jeudi, 10 mai 2007
9ième Université d'été de "Synergies Européennes"
L'Université d'été tient une place centrale dans les activités de l'association «SYNERGIES EUROPÉENNES». Elle est simultanément la Diète du mouvement, qui permet à ses sympathisants, venus de toute l'Europe, de se rencontrer et de constater que bon nombre de leurs préoccupations sont les mêmes en dépit des barrières nationales ou linguistiques. Cette année, cette réunion annuelle a eu lieu en Basse-Saxe, à proximité du site archéologique préhistorique des "Externsteine", qui fut probablement un observatoire astronomique, comme Stonehenge en Angleterre. Les stagiaires ont visité ce site et suivi les explications d'un guide professionnel, qui s'est spécialisé dans la question, et qui maîtrise parfaitement l'histoire très controversée —à l'instar de Glozel en France— des recherches qui ont eu lieu là-bas depuis la fin du 19ième siècle.
Les interventions principales de la session de 2001
Lors de cette 9ième Université d'été (qui est simultanément la 16ième rencontre internationale de ce type patronnée directement par «SYNERGIES EUROPÉENNES») a vu se succéder des orateurs très différents. Les organisateurs ont toujours voulu présenter un panel d'orateurs chevronnés et d'orateurs néophytes. Cette méthode permet un enrichissement réciproque et évite le piège de la répétition, qui est mortel à terme. Souvent les orateurs néophytes se défendent d'ailleurs fort bien. Ce fut le cas cette année plus que jamais. Parmi les orateurs chevronnés, nous avons eu Guillaume Faye, Frédéric Valentin, le Général Reinhard Uhle-Wettler et Robert Steuckers.
Guillaume Faye et la «convergence des catastrophes»
Faye nous a parlé de la "convergence des catastrophes" qui risque fort bien de s'abattre sur l'Europe dans les deux prochaines décennies. C'est un thème qu'il a déjà eu l'occasion d'évoquer dans ces trois derniers ouvrages, mais qu'il va approfondir en étudiant les théories de la physique des catastrophes. Le résultat final de cette quête va paraître dans une dizaine de mois et nous offrir une solide batterie d'argumentaires pour notre "philosophie de l'urgence", héritée de sa lecture de Carl Schmitt (l'Ernstfall sur lequel il a déjà travaillé au début des années 80, notamment avec le concours de Robert Steuckers, de son ami et traducteur milanais Stefano Sutti Vaj et de Jaime Nogueira Pinto, éditeur de la revue portugaise Futuro Presente). L'influence d'auteurs comme Ernst Jünger et Martin Heidegger a également été capitale dans l'élaboration de cette pensée de l'urgence. Faye est ainsi le disciple fidèle d'Armin Mohler, auteur du manuel de référence principal des ND allemandes et italiennes (paru en version française chez Pardès). Mohler développait, lui aussi, une pensée de l'urgence, tirée des auteurs de la Révolution Conservatrice dont Jünger, de Carl Schmitt (“die Entscheidung”, “der Ausnahmezustand”), des disciples de celui-ci qui parlaient d'«Ernstfall», de la théorie de Walter Hof sur le “réalisme héroïque” et de la philosophie du Français Clément Rosset, auteur d'un ouvrage capital: La logique du pire. Pour Rosset, il fallait en permanence penser le pire, donc l'urgence, pour pouvoir affronter les dangers de l'existence et ne pas sombrer dans le désespoir devant la moindre contrariété ou face à un échec cuisant mais passager. Mohler et Rosset sont les véritables professeurs de Faye, tout comme son ami Giorgio Locchi, disparu trop tôt en 1992. Guillaume Faye poursuit et approfondit ce filon très fécond de la pensée. En cela, il reste inébranlablement fidèle à l'option la plus essentielle de la "Nouvelle Droite", à laquelle il a voué son existence.
De nous tous, qui avons participé aux initiatives de la ND, incontestablement, Faye est celui qui a le plus donné, sans autre retours que l'ignoble trahison de ses premiers commanditaires, qui ont délibérément tenté de réduire sa voix à un silence définitif, d'abord en lui coupant les vivres, ensuite, dans une deuxième phase, en montant au printemps 2000 une machination, une cabale, destinée à le faire condamner à une amende astronomique par la 17ième chambre de Paris. Qu'il accepte ici notre plus sincère gratitude. Et que les comploteurs soient assurés de notre plus parfait mépris.[NDLR/RS : à propos de la critique de toute "pensée de l'urgence" chez Alain de Benoist: Locchi, Mohler et Rosset sont également mes professeurs, des maîtres que je ne saurais renier: je n'accepte pas qu'on les trahisse aussi misérablement, que l'on opère une volte-face aussi pitoyable, surtout que rien, mais alors rien, n'est jamais venu infirmer la justesse de leurs démonstrations. La critique d'Alain de Benoist contre la pensée de l'urgence, telle que Faye l'articule, est résumée en une seule page de son journal, celle du 1 août 1999 (cf. La dernière année, L'Age d'Homme, 2000). Elle est à mon avis très bête, et tout à la fois suffisante et insuffisante. “Suffisante” par la prétention et la cuistrerie qui se dégagent de cette leçon sans substance, diamétralement opposée à celles de Mohler et Rosset, et “insuffisante” par sa nullité et sa non pertinence. De Benoist critique Faye, parce que sa vision "catastrophiste" dérive d'une analyse des effets pervers des politiques irréfléchies d'immigration, pratiquées en France et dans d'autres pays d'Europe occidentale. Faye a prévu également le terrorisme, qui a frappé en 2001, à New York et peut-être aussi à Toulouse. L'islamisme, en tant qu'extrémisme (qu'on ne confondra pas avec l'Islam), est évidemment un danger, pour les peuples de souche européenne comme pour les peuples musulmans, mais de Benoist, pour des raisons vénales et alimentaires, ou de vaine gloriole, ne peut développer une critique de ces dérives: il est un des correspondants ou des collaborateurs occasionnels à Paris du journal iranien Teheran Times. Cette modeste position, qui pourrait certes être intéressante, autorise-t-elle l'aveuglement intellectuel ou le reniement de ses propres positions? Là est toute la question…].
Frédéric Valentin: régulationistes et modèles indien et chinois
Frédéric Valentin a abordé deux thèmes importants: la théorie de la régulation, avancée par les gauches aujourd'hui, mais qui puise dans les corpus "hétérodoxes" (selon la définition de Perroux, Albertini et Silem). Pour les régulationistes français, la bonne marche de l'économie dépend de l'excellence des institutions politiques et économiques de l'entité où elle se déploie. Ces institutions découlent d'une histoire propre, d'un long terme historique, d'une continuité, qu'il serait tout à fait déraisonnable d'effacer ou de détruire, sous peine de disloquer la société et d'appeler une cascade de problèmes insolubles. Par conséquent, une économie qui se voudrait "mondiale" ou "globale" est une impossibilité pratique et une dangereuse illusion. Dans sa deuxième intervention, il a montré comment les civilisations indiennes et chinoises avaient mis au point des garde-fous pour empêcher les classes sociales s'adonnant au négoce (du latin "neg-otium", fébrilité ou frénésie sans élégance) de contrôler l'ensemble du corps social.
Reinhard Uhle-Wettler: Brzezinski, Kennedy, Chomsky
Le Général Uhle-Wettler, ancien commandant des unités parachutistes allemandes et ancien chef de la 1ière Division aéroportée de la Bundeswehr, nous a exhorté à lire attentivement
- les ouvrages de Paul Kennedy sur la dynamique des empires et sur le concept d'hypertension impériale (imperial overstretch),
- de Zbigniew Brzezinski pour connaître les intentions réelles de Washington en Eurasie et
- de Noam Chomsky pour connaître les effets pervers du globalisme actuel.
Cet exposé a été d'une clarté limpide, tant par la voix d'un homme habitué à haranguer ses troupes que par la concision du chef qui donne des ordres clairs. En tous points, les énoncés et les conclusions du Général correspondaient aux projets de l'"Ecole des Cadres" de "SYNERGIES EUROPÉENNES", dirigée en Wallonie par Philippe Banoy, ce qui a évidemment enthousiasmé les stagiaires de cette école, présents à l'Université d'été! Mieux: en entendant les paroles du Général, nous avons été frappé d'entendre son appel aux jeunes Allemands à rejoindre un cercle comme "Synergies Européennes" pour élaborer l'alternative au monde actuel.
Steuckers: cartographie géopolitique
Pour sa part, Robert Steuckers a présenté 54 cartes historiques de l'Europe, montrant le conflit cinq fois millénaire de nos peuples avec les peuples de la steppe eurasiatique. Nos cartographies scolaires sont généralement insuffisantes en France, en Allemagne et en Belgique. Les Britanniques en revanche, avec les atlas scolaires de Colin McEvedy, que Steuckers n'a cessé de potasser depuis plus de vingt ans, disposent d'une cartographie historique beaucoup plus précise. En gros, quand les peuples européens dominent la steppe eurasienne jusqu'aux confins du Pamir (et peut-être au-delà, vers la Chine, à partir de la Dzoungarie et du désert du Taklamakan), ils sont maîtres de leur destin. Mais dès qu'un peuple non européen (Huns, Turcs) dépasse le Pamir pour s'élancer sur la ligne Lac Balkhach, Mer d'Aral, Mer Caspienne, il peut rapidement débouler en Ukraine puis dans la plaine hongroise et disloquer la cohésion territoriale des peuples européens en Europe. Cette vision, bien mise en exergue par la cartographie de Colin McEvedy, depuis la dispersion des peuples iraniens en Eurasie (vers 1600 av. J. C.), permet de bien mesurer les dangers actuels, où, avec Brzezinski, les Américains considèrent que l'Asie centrale fait partie de la zone d'influence des Etats-Unis, qui s'appuient sur les peuples turcophones.
Engelbert Pernerstorfer
Dans une deuxième intervention, plus littéraire celle-là, Steuckers a montré comment les ferments de la fameuse "révolution conservatrice" allemande étaient né dans un cercle lycéen de Vienne en 1867, pour se développer ensuite à l'Université puis dans la sphère politique, tant chez les socialistes que chez les nationalistes. L'objectif de ce cercle, animé par la personnalité d'Engelbert Pernerstorfer, était de raviver les racines, de promouvoir un système d'enseignement populaire, de combattre les effets de la société marchande et de la spéculation boursière, de diffuser des formes d'art nouvelles selon les impulsions lancées par Schopenhauer, Wagner et Nietzsche (la "métaphysique de l'artiste", créateur de formes immortelles par leur beauté). La "révolution conservatrice" de Pernerstorfer est intéressante dans la mesure où elle se déploie avant la césure gauche/droite, socialistes/nationalistes, dévoilant une synthèse commune qui nous permet aujourd'hui de surmonter le clivage gauche/droite, qui bloque toute évolution idéologique, sociale et politique dans nos sociétés. Ensuite, le corpus idéologique qui a germé à Vienne de 1867 à 1914, permet de déployer une "révolution conservatrice" civile, c'est-à-dire une Révolution Conservatrice qui est en phase avec toutes les problématiques d'une société civile et non pas de la réduire à un "univers soldatique" comme dans la période de guerre civile qui a régné en Allemagne de 1918 à 1923. L'"univers soldatique" est certes fascinant mais demeure insuffisant pour une pratique politique en temps normal (ceci dit pour répondre aux critiques d'Alain de Benoist à l'encontre de toute pensée de l'urgence, critiques qu'il adresse surtout à Faye).
L'itinéraire de Georg Werner Haverbeck
Deux autres orateurs de 40 ans se sont succédé à notre tribune: Andreas Ferch qui nous a brossé une esquisse biographique de Georg Werner Haverbeck, ancien animateur de la jeunesse "bündisch", inféodé par décret aux jeunesses hitlériennes, en rupture de banc avec le parti dès 1936 (parce que Haverbeck voulait une jeunesse fonctionnant selon les principes de la "démocratie de base" et non pas une jeunesse sous la tutelle d'un Etat), pasteur à Marbourg dans les années 40 et 50, animateur de cercles pacifiques au temps de la guerre froide (ce qui lui a valu le reproche d'être un "agent rouge"), fondateur de l'écologie non politicienne dans les années 80, refusant l'inféodation au gauchisme des Grünen (ce qui lui a valu le reproche de "néo-nationaliste" sinon pire…). Un destin étonnant qui résume toutes les problématiques de notre siècle. Werner Haverbeck est décédé à la fin de l'année 1999, à l'âge de 90 ans.
Oliver Ritter: Heidegger et la technique
Oliver Ritter, pour sa part, nous a parlé avec une extraordinaire concision et une remarquable clarté de Martin Heidegger. Il a parfaitement démontré que la transposition de critères et de grilles d'analyse de type technique ou de nature purement quantitative/comptable dans l'appréhension du réel conduit à des catastrophes (à cause du "voilement" ou de l'"oubli" de l'Etre). Face à l'option "archéofuturiste" de Faye, qui a des aspects techniciens, voire assurément "technophiles", en dépit de références heideggeriennes, les positions de Ritter sont bien sûr différentes, mais non "technophobes", dans la mesure où Heidegger s'émerveille aussi devant la beauté d'un pont qui enjambe une vallée, d'un barrage qui dompte une rivière ou un fleuve. Heidegger, et Ritter à sa suite, dénonce le désenchantement, y compris celui des productions de la technique, par l'effet pervers de ce culte technicien et quantitativiste de la faisabilité (Machbarkeit, feasability). Cette faisabilité (que critique aussi Emanuele Severino en Italie) réduit à rien la force intérieure des choses, qu'elles soient organiques ou produites de la main de l'homme. Cette réduction/éradication conduit à des catastrophes, et assurément à celles, convergentes, qu'annonce Faye. Ce dernier est plus proche du premier Heidegger, qui voit l'homme arraisonner le réel, le commettre, le requérir; Ritter, du second, qui contemple, émerveillé, les choses, souvent simples, comme la cruche qui contient le vin, au sein desquelles l'Etre n'a pas encore été voilé ou oublié, de ce second Heidegger qui dialogue avec ses disciples zen japonais dans son chalet de la Forêt Noire.
Sven Henkler: le rapport homme/animal
Sven Henkler, secrétaire de Synergon-Deutschland, vient de sortir un ouvrage sur le rapport homme-animal, totalement vicié aujourd'hui. Henkler nous a présenté son ouvrage le plus récent, Mythos Tier, qui déplore la déperdition définitive du rapport sacré qui existait entre l'homme et l'animal, de l'effroi respectueux que ressentait parfois l'homme face à la force de l'animal (notamment l'ours). L'animal est devenu pure marchandise, que l'on détruit sans pitié quand les réquisits de l'économie l'exigent.
Ezra Pound et la «Beat Generation»
Thierry de Damprichard a présenté un panorama des auteurs américains de la Beat Generation et explicité quelles influences ils avaient reçues d'Ezra Pound. Cette présentation a suscité un long débat qu'il a magistralement co-animé avec Guillaume Faye, très bon connaisseur de cette littérature, très en vogue dans les années 60. Ce débat a permis de rappeler que notre contestation du système (et de l'«américanosphère») est également tributaire de cette littérature protestataire. Guillaume Faye a notamment dit qu'elle avait marqué une figure non-conformiste française qui a démarré sa carrière dans ces années-là, qui est toujours à nos côtés: Jack Marchal.
J. R. Diaz: l'alliance indienne
Jorge Roberto Diaz nous a parlé de la géopolitique de l'Inde, dans le cadre de diverses interventions sur les questions stratégiques et géostratégiques. Le groupe "SYNERGIES EUROPÉENNES" aborde chaque année un ensemble de questions de ce domaine, afin de consolider ses positions géopolitiques. L'ouvrage auquel Diaz s'est référé pour prononcer son exposé est celui d'Olivier Guillard, La stratégie de l'Inde pour le 21ième siècle (Economica, Paris, 2000). Jouer la carte indienne est un impératif géostratégique pour l'Europe et la Russie d'aujourd'hui, qui permettrait de contourner la masse territoriale turcophone, afghane/talibanique et pakistanaise, mobilisée contre l'UE et la Fédération de Russie par les Etats-Unis. Une alliance entre l'UE, la Russie et l'Inde aurait pour corollaire de contenir l'effervescence islamiste et surtout, comme l'a très bien exposé Diaz, de contrôler l'Océan Indien et le Golfe Persique, donc les côtes des puissances islamiques alliées des Etats-Unis. Le développement de la marine indienne est donc un espoir pour l'Europe et la Russie qui permettra, à terme, de desserrer l'étau islamique dans le Caucase et les Balkans et de parfaire, le cas échéant, un blocus de l'épicentre du séisme islamiste, c'est-à-dire l'Arabie Saoudite. La menace qui pèse sur l'Inde vient de l'occupation américaine de l'île de Diego Garcia, où sont concentrées des forces impressionnantes, permettant aux Etats-Unis de contrôler les flots et le ciel de l'Océan Indien ainsi que le transit maritime du pétrole en direction de l'Europe, de l'Afrique du Sud, du Japon et des nouveaux pays industriels d'Asie orientale.
Max Steens: le Tao du Prince de Han Fei
Max Steens nous a plongés dans la pensée politique chinoise, en évoquant la figure de Han Fei, sage du 3ième siècle avant l'ère chrétienne. Han Fei nous suggère une physique politique limpide, sans jargon, avec, en plus, 47 principes pour prévenir toute pente vers la décadence. Phrases ou aphorismes courts, à méditer en permanence! Le renouveau de notre espace politico-idéologique passe à notre sens par une lecture des sagesses politiques extrême-orientales, dont
◊ le Tao-Te-King, traduit en italien par Julius Evola pendant l'entre-deux-guerres et texte cardinal pour comprendre son idéal de “personnalité différenciée” et son principe de “chevaucher le Tigre” (c'est-à-dire de vivre la décadence, de vivre au sein même de la décadence et de ses manifestations les plus viles, sans perdre sa force intérieure et la maîtrise de soi),
◊ le traité militaire de Sun Tsu comme le préconise Philippe Banoy, chef de l'école des cadres de "SYNERGIES EUROPÉENNES" en Wallonie,
◊ le "Tao du Prince" de Han Fei, comme le préconise Steens de l'école des cadres de Bruxelles et
◊ le code du Shinto japonais, comme le veut Markus Fernbach, animateur de cercles amis en Rhénanie-Westphalie. Fernbach est venu nous présenter le code du Shinto avec brio, avec une clarté aussi limpide que son homologue français ès-shintoïsme, que les lecteurs de la revue "Terre et Peuple" connaissent bien, Bernard Marillier, auteur d'une étude superbe sur ce sujet primordial, parue récemment chez Pardès.
Markus Fernbach: les leçons du shintoïsme
Ces voies asiatiques conduisent à tremper le caractère, à combattre en nos fors intérieurs tous les affects inutiles qui nous distraient de l'essentiel. Un collège de militants bien formés par ces textes, accessibles à tous, permettrait justement de sortir des impasses de notre mouvance. Ces textes nous enseignent tout à la fois la dureté et la sérénité, la force et la tempérance. Après la conférence de Fernbach, le débat s'est prolongé, en abordant notamment les similitudes et les dissemblances entre ce code de chevalerie nippon et ses homologues persans ou européens. On a également évoqué les "duméziliens" japonais, étudiés dans le journal "Etudes indo-européennes" du Prof. Jean-Paul Allard de Lyon III, bassement insulté par la presse du système, qui tombe ainsi le masque et exhibe sa veulerie. Enfin, il y a eu un aspect du débat qui nous paraît fort intéressant et prometteur: notre assemblée comptait des agnostiques, des païens, des catholiques et des luthériens. Ethique non chrétienne, le Shinto peut être assimilé sans problème par des agnostiques ou des païens, mais aussi par des catholiques car le Vatican a admis en 1936 la compatibilité du shintoïsme et du catholicisme romain. On peut donc être tout à la fois catholique et shintoïste selon la hiérarchie vaticane elle-même. Dès lors pourquoi ne pas étendre cette tolérance vaticane aux autres codes, ceux de la Perse avestique ou des kshatriyas indiens, le culte romain des Pénates, etc., bref à tout l'héritage indo-européen? Voilà qui apporterait une solution à un problème qui empoisonne depuis longtemps notre mouvance. Mais cette reconnaissance du shintoïsme, qui date de 1936, sous le Pontificat de Pie XII, est-elle encore compatible avec les manifestations actuelles du catholicisme: les mièvreries déliquescentes de Vatican II ou l'impraticable rigidité des intégrismes obtus?
Manfred Thieme nous a ramenés à l'actualité en montrant avec précision les effets de la privatisation de l'économie dans les PECO (pays d'Europe centrale et orientale), en prenant pour exemple l'évolution de la République Tchèque.
La suite à Bruxelles…
Les autres conférences, prévues à Bruxelles pendant le week-end précédant l'Université d'été proprement dite, seront prononcées plus tard, majoritairement en langue néerlandaise. Successivement, Jürgen Branckaert, germaniste et angliciste, l'historien brugeois Kurt Ravyts, Philippe Bannoy, Guillaume Faye et Robert Steuckers y prendront la parole. Branckaert évoquera une figure cardinale de notre histoire: le Prince Eugène de Savoie, vainqueur des Turcs à la fin du 17ième siècle. Un cercle "Prince Eugène" verra le jour à Bruxelles, rassemblant des Flamands et des Wallons fidèles à l'idée impériale, fédérant les cercles épars qui véhiculent la même inébranlable fidélité, tels “Empire et puissance” de Lothaire Demambourg ou la “Sodalité Guinegatte”. Des sections seront créées ensuite en Autriche, en Hongrie et en Croatie, de façon à nous remémorer notre seule légitimité politique possible, détruite par la révolution française, mais dans une perspective plus claire et plus européenne que celle de l'iconographie que nous avait présentée, dans notre enfance, le Chanoine Schoonjans, avec les images de la collection “Historia”. Ravyts analysera les influences de Gabriele d'Annunzio et de Léon Bloy, notamment sur la figure du national-solidariste flamand Joris Van Severen. Il rendra de la sorte cette figure de notre histoire plus compréhensible pour nos amis français et italiens. Cet exposé permettra également de raviver le souvenir de Léon Bloy dans notre mouvance, qui l'a trop négligé jusqu'ici. Bannoy analysera l'œuvre de Vladimir Volkoff et en tirera tous les enseignements nécessaires: lutte contre la subversion et la désinformation. Guillaume Faye présentera une nouvelle fois sa théorie de la “convergence des catastrophes", cette fois à l'occasion de la parution de son ouvrage Avant-guerre, promis pour février 2002.
Jérémie CATTEAUX.
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Généralisation de l'économie informelle
La généralisation de l'économie informelle et ses conséquences
Il était banal d’évoquer l’économie informelle dans les pays en développement. La croissance fulgurante de ces pratiques dans les pays développés signe la fin de la question sociale au sein des États et le retour d’un monde hétérogène. Certains aspects se rapprochent des descriptions de l’historien F. Braudel qui, dans “Civilisation matérielle, Économie et Capitalisme”, distingua la vie matérielle (les activités de production et d’échange de base), la vie économique et le capitalisme. Trois niveaux qui nous rapprochent de ce que crée la mondialisation.
L'informel en tant qu'illégal
Braudel décrivit par exemple certaines activités illégales : « (A Londres) une population misérable voit défiler devant elle les richesses des navires qui accostent (...) Le brigandage affreux dont la Tamise est le théâtre (...) s’exerce sur toutes les espèces de propriétés commerciales. A ces chapardeurs qui opèrent par bandes organisées... (s’ajoutent)... les gardes de nuit, les déchargeurs, les matelots (...), les “alouettes de vase”, “fouilleurs de la rivière”» (Braudel, 1979, Tome II, p.486).
Ces observations rappellent que le rapport à la loi est essentiel dans la dynamique de l’informel. Les économies européennes articulent légal et illégal. Par exemple, un chantier emploie des personnes déclarées et non déclarées. Des heures sont officielles et d’autres non. Si ces pratiques sont parfois proposées par l’employeur, souvent elles résultent d’une demande des employés eux-mêmes. L’État contemporain laisse faire car le juridisme tatillon qui s’est développé au cours des trente dernières années permet d’enrichir certains et d’appauvrir les autres. La loi et ses applications dépendent désormais de la position des personnes ou des groupes qui commettent des illégalités.
Un premier enseignement est que le droit du travail cesse de s’appliquer dans les activités informelles. Certaines dispositions sont respectées (repos hebdomadaire par exemple), d’autres non. Ce flou volontaire favorise le clientélisme des groupes dominants ainsi que la conception patrimoniale du pouvoir légal. La prolifération d’activités informelles signifie simultanément que la corruption de membres de l’administration se généralise et que des services sont rendus aux hommes politiques aptes à déclencher ou non l’action légale. L’informel offre enfin une opportunité de spéculation. Tout ce qui entoure les lieux de trafics illégaux perd de sa valeur. Des intérêts privés, en relation avec les autorités publiques, rachètent à bas prix puis obtiennent le nettoyage de la zone pour accroître la valeur des bâtiments rénovés.
Un deuxième enseignement est que l’illégal fonctionne avec la loi du milieu, un code mafieux. Les observations récentes établissent qu’il s’agit de plus en plus de codes privés ethniques puisque, dans les pays “développés”, les nouveaux venus du vaste monde se groupent par ethnos.
Le développement des activités et pratiques informelles a un grand avenir puisqu’il accompagne les transformations dues à la mondialisation.
Relations entre économie formelle et informelle
1 - La délocalisation engendre la sous-traitance et les multiples formes d’emplois : permanent, temporaire, partiel, stages. Le travail “indépendant” est le lieu où désormais se chevauchent les formes légales et non légales d’activités. La sous-traitance pacifie le climat social de l’entreprise et dissout la question sociale traditionnelle, celle qui assimilait le social au monde ouvrier. Dans les périodes de récession, les activités informelles ont moins de débouchés (la demande chute) ; elles réduisent leurs commandes, en amont, aux entreprises du secteur légal. Une récession affecte désormais simultanément les deux domaines.
2 - La part des ménages ne percevant que des revenus légaux ou formels diminue. Le nombre de ceux qui mélangent les diverses sortes de revenus ou “spécialisent” l’un de leurs membres dans l’informel croît inexorablement. Ainsi, toute réduction d’emplois formels entraîne la baisse d’un nombre plus ou moins important d’emplois informels.
Le cercle vicieux à l’œuvre dans les pays “développés” est donc le suivant : l’extension de l’économie informelle incite les politiciens à accroître la fiscalité et les prélèvements obligatoires sur l’économie formelle. Il en résulte une poussée en faveur des délocalisations et une augmentation des ménages participant à titre de travailleur ou de consommateur au secteur informel. Les législations sociales sont de moins en moins utilisées et le poids de l’ordre mafieux s’accentue. Ces réseaux favorisent la corruption. Ainsi se délite l’État et renaît, au niveau de la vie matérielle et du capitalisme la lutte entre clans, familles, tribus, ethnies,... La guerre de tous contre tous.
L'informalité : un modèle en extension
L’informalité est un modèle en extension. Il est adapté à la croissance des villes et des banlieues, là où apparaissent de multiples activités susceptibles de procurer des ressources. Ce processus favorise l’ordre mafieux, nourrit l’enrichissement des mieux organisés et prolétarise les indépendants. La question sociale est en voie de disparition puisque l’informalité définit les populations hétérogènes s’installant dans les villes ; elle affecte maintenant les classes moyennes appauvries par les conséquences du processus de mondialisation.
Puisque l’illégal et l’informel sont en rapport avec l’hétérogénéité des foules et les transformations dues à l’économie transnationale globale, les classes dominantes ont une quiétude assurée. La disparition de tout corps social organisé favorise le contrôle et l’exploitation des foules hétéroclites. Le renforcement du pouvoir est une conséquence de la croissance de l’informel : les groupes dominants ont très bien assimilé cette situation. L’élargissement indéfinie du pouvoir sera vérifiable dans les années à venir. Les secteurs très actifs seront liés au contrôle social : vidéo-surveillance, écoutes, fichage, délation; mais aussi : juges, policiers, gardiens de prison, thérapeutes, assistants sociaux, pseudo-experts en sciences sociales. Le retour de l’obscurantisme et de l’inhumanité.
Jean DESSALLE.
Référence : Liane MOZÈRE : Travail au noir, informalité : liberté ou sujétion ?, L’Harmattan, 147p., 1999.
06:00 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) |
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Faye et les Arabes
Faye et les Arabes
Par Ivane / sur : http://aumilieudesruines.blogspot.com/.
On me fait remarquer que Faye n’est pas très pro-arabe, contrairement à moi. Et que considérant cela, je devrais m’abstenir de faire de la pub pour ce salaud de sioniste… Ben oui mais la vérité est toujours plus compliquée que… Que quoi ? Ces ébauches de caricatures ?
Et d’abord suis-je pro-arabe ? Non. Je suis pour les peuples, pour tous les peuples qui se battent contre le formatage et la mise en fiche par le Nouvel Etatisme mondialiste et bien-pensant. Dictature sans limite qui prétend régenter l’ensemble d’une Humanité qui aurait vocation à s’unifier. Les maniaques de l’Unique sont nos ennemis. Quel que soit le peuple dont ils sortent. Ceux qui s’y opposent sont, au moins objectivement, nos alliés.
Je note, très empiriquement, que les Américains portent ce projet mortifère. Aidés et cornaqués par de petites élites embusquées un peu partout dans le monde. Je constate, alors que les Européens, esclaves volontaires de leurs grands frères américains depuis soixante ans, ont abandonné tout esprit de lutte et d’indépendance, que des peuples attardés dans une fidélité à leurs racines et à des modes de vie traditionnels, se tiennent, malgré un déficit technique et financier gigantesques, debout et fiers. Cela fait-il de moi un pro-arabe ? Je ne l’affirmerais pas. Mais cette étiquette en vaut bien une autre… Alors…
*
Pour ce qui est de Guillaume Faye, dont, très imprudemment, j’ai recommandé la lecture à de jeunes et moins jeunes camarades, il distingue aujourd’hui l’ennemi de l’adversaire, les USA étant tenus pour un adversaire passager, « non point une "nation" ni encore moins un "empire", mais une gigantesque entreprise commerciale et financière - une symbiose étatico-entrepreneuriale - appuyée par le complexe militaro-industriel et fondée sur la nécessité d’un état de guerre permanent. »
L’ennemi c’est, pour Faye, l’Islam à la longue mémoire, avec son réservoir inépuisable de combattants que lui fournit une démographie pléthorique. Il ne croit pas à la pérennité de la puissance américaine. Il écrit : « A terme, l’Amérique perdra. Ses atouts de superpuissance sont déjà minés. Elle ne pourra pas contenir d’ici trente ans, l’énorme masse de la Chine, qui sera la première puissance étatique mondiale. Les Etats-Unis ne feront pas non plus le poids contre la force de l’islam, dont les racines archaïques et fanatiques, sont infiniment plus puissantes que le containment (contention) technologique ou financier américain, ou que son idéal matérialiste habillé de sensiblerie biblique. De plus, démographiquement, les Etats-Unis sont de moins en moins anglo-saxons, et ce fait aura des conséquences fatales sur leur fameux "dynamisme", comme sur la force de leur patriotisme. »
*
Qu’ajouter ? Sinon que j’inverserais quant à moi les propositions. L’ennemi c’est pour moi cette Amérique, cette Europe reniée qui met son idéal dans le cosmopolitisme et sa puissance au service du matérialisme le plus creux. Un ennemi qui l’est d’autant plus qu’on le ne connaît pas pour tel, qu’il s’est insidieusement glissé dans la mémoire collective de nos peuples, parasitée dès l’enfance au moyen des techniques de publicité et décérébrée par le bombardement de l’industrie cinématographique… Un ennemi qui nous a volé notre âme et qui nous a appris à nous haïr… Un ennemi dont la domination a rendu possible l’invasion de cet adversaire millénaire que représente l’Islam, avec ses cavaliers ou ses foules faméliques…
Mais, au-delà de ces priorités dans la désignation du l’ennemi, on ne peut que tomber d’accord quand il écrit : « Et vous remarquerez que, même si ces deux adversaires s’accusent mutuellement d’incarner le Démon, ils n’en sont pas moins tous les deux - comme par hasard - fils de la violence biblique de l’Ancien Testament, dont les puritains américains comme les musulmans sont les fils spirituels. Ce sont des frères ennemis, mais des frères en idéologie. Ils partagent la même vision manichéenne du monde. Ben Laden et Bush sont liés, comme Caïn et Abel, issus du même moule.
Et, nous autres, Européens, "bons Européens", comme disait Nietzsche, ne devons plus entrer dans ce jeu. Nous devons être impitoyables quand il s’agit de protéger notre espace des colonisateurs, mais parfaitement respectueux des autres chez eux et indifférents à leurs mœurs. »
Les citations sont extraites de Avant-guerre publié en 2000 aux éditions de l’Aencre.
05:40 Publié dans Nouvelle Droite, Politique | Lien permanent | Commentaires (1) |
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