vendredi, 09 octobre 2026
Souverainisation et institutions communes

Souverainisation et institutions communes
Danielius Edvardas Karkozas
Le sommet 2026 des BRICS, réunissant la majorité mondiale dans la capitale indienne, s’est achevé. Fait surprenant, les évolutions les plus importantes et les plus lourdes de conséquences se sont produites cette fois-ci bien avant même le début du sommet. Le sommet lui-même a débouché sur un constat simple: une part croissante des participants commence à ressentir toujours plus fortement les turbulences et les coûts qui les accompagnent, induits par leur attachement à la multipolarité et à la transformation de l’ordre économique et politique mondial. Il est néanmoins réjouissant que la pression attendue de l’Occident n’ait pas ébranlé leur détermination. Lentement, péniblement, mais résolument, ils continuent d’avancer vers un système de relations internationales radicalement nouveau, équitable et plus inclusif. Mais qu’a-t-on réellement accompli cette année, et que devons-nous finalement obtenir à l’avenir?
Principaux résultats de l’année
Sans l’ombre d’un doute et de manière incontestable, la principale réussite actuelle de la majorité mondiale, de ses amis et de ses alliés réside dans l’éviction méthodique et résolue de la domination économique et militaire occidentale du détroit d’Ormuz et du détroit de Bab-el-Mandeb. La guerre du printemps, déclenchée par Israël et les États-Unis, a constitué, depuis le lancement par la Russie de son opération militaire spéciale en Ukraine en 2022, l’épreuve morale et physique la plus lourde et la plus manifeste pour les participants des BRICS+ comme pour ceux de l’OCS (Organisation de coopération de Shanghai). Une conséquence moins évidente de la guerre toujours en cours autour de ces deux artères vitales du commerce maritime a été de prouver l’attachement indéfectible des principaux pays du Moyen-Orient à une politique de coexistence pacifique dans la région. Le point le plus déterminant est que ces pays ont refusé de participer à la guerre contre l’Iran, alors même que celui-ci avait frappé des cibles militaires américaines et occidentales sur leur territoire. Bien plus encore: un mois avant le sommet des BRICS, le pacte de La Mecque a été établi et signé sous l’égide de l’Arabie saoudite, formant avec la Turquie et le Pakistan une alliance militaire destinée à assurer une défense collective sur le modèle de l’article 5 de l’OTAN. Le point essentiel à souligner ici est que l’Iran a lui aussi été invité à adhérer à ce pacte.

Il est évident que l’écrasante majorité de nos amis du Moyen-Orient possède à la fois le désir et une détermination croissante à devenir véritablement indépendante et à assumer la responsabilité de son propre avenir. Il ne faut toutefois pas oublier que les États qui sont parties au pacte de La Mecque restent, tant dans le domaine civil que militaire, dépendants de manière inacceptable des technologies occidentales.
À l’heure actuelle, leurs infrastructures numériques sont également loin d’être «BRICS»; un changement immédiat de mentalité et de système revêt donc une importance vitale. Les domaines numérique, économique, culturel, humanitaire et militaire — autrement dit leur souverainisation et leur affranchissement des outils, plateformes, conceptions de la vie et discours occidentaux sur le développement humain et étatique, certes pratiques, mais stratégiquement destructeurs — détermineront si un monde multipolaire prendra véritablement corps ou s’il restera au stade des simples déclarations.
Nous avons déjà vu au Venezuela où mènent l’ajournement et l’absence de telles décisions: un pays souverain, riche de ses ressources naturelles et, par conséquent, humaines, a été perdu sans même livrer une seule bataille et est passé entièrement sous le contrôle du principal hégémon occidental.

Une autre évolution importante et décisive tient aux accords conclus en vue de l’achat, par des compagnies aériennes indiennes, du tout dernier avion régional russe, l’Il-114-300: les commandes portent au total sur une centaine d’appareils. Plus important encore, il ne s’agit pas d’un simple achat, mais de l’expression d’une hausse extrêmement significative de la confiance placée dans la Russie et de la réputation de celle-ci en tant que pays capable de concevoir, de fabriquer et de livrer des produits de haute technologie, même sous la forte pression de l’Occident.
L’Inde et l’Iran envisagent en outre d’accroître leurs commandes d’autres nouveaux avions de ligne russes, tels que le SJ-100 (photo) et le MC-21. Si le processus est correctement conduit, il pourrait s’agir de la plus importante commande étrangère d’avions civils de fabrication nationale de toute l’histoire de l’aviation russe et soviétique. Mais l’essentiel réside dans la confiance croissante et dans le prestige considérablement renforcé de la Russie en tant que chef de file de la majorité mondiale. C’est toujours là le point crucial dans tout ce que nous faisons, et il est désormais temps que nous l’admettions tous.
Les prochaines étapes vers l’avenir
Comme l’a proposé Narendra Modi, il convient de cybernétiser — de numériser — l’ensemble des initiatives, des décisions et des étapes de mise en œuvre. Il s’agit d’une excellente mesure, quelque peu tardive, mais absolument indispensable. Elle vise à réduire radicalement le nombre d’actes de sabotage interne perpétrés par des agents pro-occidentaux au sein des bureaucraties des États membres des BRICS. On pourrait soutenir que cette décision aurait pu être prise il y a environ sept ans, mais, dans la pratique, cela était presque impossible en raison du manque de détermination et des priorités différentes qui étaient alors celles du Sud global et de la Russie.
La cybernétisation des décisions et des décrets relatifs à la mise en œuvre de projets et d’initiatives spécifiques doit également être indissociablement liée à la création progressive, mais rapide et compétente, d’institutions destinées à assurer le fonctionnement, le développement et la protection harmonieux et dynamiques des États membres. Des organismes de régulation doivent également impérativement être créés.
Puisqu’il est question d’une institutionnalisation conçue pour faciliter un passage concret à la souveraineté, tant pour l’union que pour chacun de ses membres, voici les principaux domaines sur lesquels il convient de se concentrer:
Domaine financier: des compagnies d’assurance nationales et, surtout, des systèmes de paiement et de compensation. Des instruments tels que Mir, le SBP (Système de paiements rapides) et UnionPay doivent devenir les principaux moyens utilisés dans tous les pays des BRICS, des BRICS+ et de l’OCS.

Domaine numérique: il s’agit peut-être du secteur le plus sensible, car la plupart des pays du monde — et, dans une certaine mesure, les BRICS eux-mêmes — dépendent actuellement beaucoup plus des outils occidentaux que des outils et plateformes « BRICS » dans des domaines comme l’économie, le secteur civil et la cybersécurité. Dans ce domaine, le comportement des géants technologiques occidentaux est, comme on pouvait s’y attendre, agressif: ils recourent dans une large mesure à une stratégie de prix cassés et financent littéralement de leur propre poche des coopérations à long terme, car, à leurs yeux, la fin justifie les moyens. Nous devons toujours garder cette approche à l’esprit.
Transports: une organisation comparable ou identique à l’OACI occidentale doit être créée dans les plus brefs délais. Son objectif devra être d’élaborer et de fixer ses propres normes pour la certification et l’exploitation de tous les types d’aéronefs. La situation actuelle est absolument inacceptable, puisque les règles et les normes dans ce domaine sont dictées par l’Occident. De telles organisations et normes doivent bien entendu être créées et développées non seulement dans l’aviation, mais aussi, par exemple, dans les transports terrestres.
Domaine humanitaire: nous devons commencer à nous parler entre nous, ainsi qu’au reste du monde, dans le langage des images. Nous devons montrer et mettre en avant notre rêve commun, assurer la continuité des idées et développer des mécanismes de défense psychologique. La garantie de la sécurité mentale deviendra le facteur le plus déterminant de la réussite dans tous les autres domaines de coopération mutuelle. Ne parler que le langage des chiffres, des statistiques et des déclarations revient à adopter un mode d’existence passif, réactif et, en définitive, mortel. Nous n’en avons pas encore pris toute la mesure.
Domaines militaire et paramilitaire: ils constituent le fondement de la sécurité physique, de la résilience et d’un développement durable garanti. Il faut des forces armées communes pour assurer la défense des États membres et des sociétés militaires privées pour garantir la sécurité et la protection des investissements. Les exemples de la République centrafricaine et du Niger sont à cet égard presque parfaits: la Russie aide ses alliés à dissuader l’agression occidentale tout en garantissant la sécurité des projets d’investissement dans le pays contre les attaques hybrides. Il s’agit d’un bénéfice mutuel et d’un parfait alignement des intérêts des deux parties.
Pour poursuivre le développement, le plus important est de reconnaître une réalité qu’il n’est désormais plus possible d’ignorer: un nombre croissant d’acteurs de la majorité mondiale expriment ouvertement et courageusement leur volonté d’investir dans l’édification de la multipolarité. Ils se préparent véritablement et consciemment à accepter des privations temporaires dans la lutte pour la liberté, le développement et une plus grande justice — et, de fait, ils les acceptent déjà.
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jeudi, 08 octobre 2026
Le monde se réorganise — et nous le constatons à la pompe

Le monde se réorganise — et nous le constatons à la pompe
Jeanne Delahaye
Source: https://www.facebook.com/jeanne.delahaye.7
Il suffit de mettre côte à côte quelques informations de ces derniers jours pour comprendre ce qui est en train de se produire.
Le 2 octobre, les pays du G7 se sont réunis en session de crise en raison des tensions sur les marchés de l’énergie. Après la décision, déjà prise en mars, de débloquer 400 millions de barils provenant des réserves d’urgence — dont environ 325 millions ont désormais été mis sur le marché, selon l’Agence internationale de l’énergie —, 100 millions de barils supplémentaires de pétrole et de diesel doivent maintenant être mobilisés. Le marché du diesel est particulièrement sous pression (AIE).
Un détail est à cet égard particulièrement remarquable: outre la crise dans le détroit d’Ormuz, l’AIE cite explicitement les attaques ukrainiennes contre des raffineries russes comme l’un des facteurs aggravant la pénurie de diesel. Dans le même temps, les pays du G7 déclarent vouloir maintenir les sanctions contre la Russie (AIE).
C’est de la géopolitique — mais ses conséquences nous touchent directement.
La Commission européenne le confirme désormais elle-même: l’approvisionnement de l’Europe est certes assuré pour le moment, mais le diesel demeure cher. La Banque centrale européenne souligne que, en tant que grand importateur net d’énergie, la zone euro perd du revenu réel au profit du reste du monde lors de tels chocs de prix. Une étude de la Commission européenne montre en outre que les ménages à faibles revenus sont beaucoup plus durement touchés par les chocs sur les prix de l’énergie que les ménages aisés (Energy).

Parallèlement, le paysage politique se transforme hors d’Europe.
Lors du dernier sommet des BRICS à New Delhi, les pays membres — dont le groupe s’est désormais considérablement élargi — ont appelé à la retenue au Moyen-Orient et au maintien du commerce international. Quelques jours plus tard, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, il était également impossible de ne pas entendre les nombreux États qui réclament une réforme de l’ordre international. L’Afrique, en particulier, exige enfin une représentation appropriée au Conseil de sécurité (Al Jazeera).
Voilà, selon moi, le point décisif: l’ordre mondial est en train de se déplacer.
Un nombre croissant d’États ne veulent plus se contenter d’appliquer des règles définies ailleurs. Ils réclament davantage de voix au sein des institutions internationales tout en nouant de nouveaux partenariats politiques et économiques.
Cela ne doit nullement être une catastrophe pour l’Europe.
Mais l’Europe doit se demander quelle place elle souhaite occuper dans ce nouveau monde.
L’Union européenne parle elle-même d’«autonomie stratégique». Dans le même temps, elle demeure fortement dépendante dans des domaines essentiels: des importations d’énergie, des chaînes mondiales d’approvisionnement en matières premières et en marchandises et, sur le plan de la sécurité, toujours largement des États-Unis. Le Conseil européen considère désormais lui-même l’accès à une énergie abordable, la compétitivité industrielle et la réduction de ces dépendances comme des tâches urgentes (consilium.europa.eu).
C’est peut-être précisément là que réside l’impasse européenne :
Nous continuons d’essayer de façonner un monde en mutation à l’aide des instruments de l’ancien ordre — sanctions, pressions économiques et formation de blocs —, tandis qu’une grande partie du reste du monde diversifie de plus en plus ses relations.
Or, la question décisive devrait être la suivante :
Comment l’Europe peut-elle préserver ses propres intérêts sans se couper des nouveaux centres de pouvoir?
Une plus grande autonomie stratégique ne signifierait pas «rejoindre» la Russie, la Chine, l’Inde ou les BRICS.
Elle signifierait être capable de dialoguer et de commercer avec différents centres de pouvoir, de désamorcer autant que possible les conflits par la diplomatie et d’évaluer davantage les décisions européennes en fonction de leurs conséquences pour la population européenne.
Car la politique mondiale ne se déroule plus depuis longtemps dans quelque lointain ailleurs.
Nous la rencontrons à la pompe, sur notre facture de chauffage, au supermarché, dans les coûts de production de nos entreprises et, en définitive, dans notre pouvoir d’achat.
La multipolarité n’est donc pas une théorie géopolitique abstraite.
Elle fait depuis longtemps partie de notre quotidien.
14:33 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, politique internationale |
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lundi, 05 octobre 2026
Cascades de crises mondiales - Escalade au Moyen-Orient, pénuries d’énergie et pressions politiques

Cascades de crises mondiales
Escalade au Moyen-Orient, pénuries d’énergie et pressions politiques
(Situation au 2 octobre 2026)
Jens Kröger
Source: https://jensk250895.substack.com/p/globale-krisenkaskaden...
1. Le réseau imbriqué des crises internationales
Les conflits géopolitiques surviennent rarement de manière isolée. Les affrontements militaires, les perturbations des marchés mondiaux et les luttes de pouvoir intérieures s’influencent mutuellement.
Le conflit larvé entre les États-Unis et l’Iran provoque de profondes secousses sur les marchés internationaux de l’énergie. Cela accroît considérablement la pression économique exercée sur des États européens comme l’Allemagne et la France.
Dans le même temps, les gouvernements de Washington et de Berlin se retrouvent soumis à une forte pression politique intérieure les obligeant à agir. La baisse des taux d’approbation et le risque d’éclatement des coalitions influencent les décisions stratégiques et militaires prises à l’étranger.
Pour comprendre le contexte, il est nécessaire d’examiner le système dans son ensemble: outre la politique quotidienne et les mouvements de troupes, des intérêts financiers profondément enracinés jouent un rôle déterminant.
Depuis des décennies, des réseaux bancaires et des groupes de réflexion occidentaux cherchent à placer sous leur contrôle les ressources mondiales en matières premières. Les orientations politiques prises aux États-Unis ou en Allemagne ont ainsi des répercussions directes sur le prix de l’essence dans les stations-service nationales, la stabilité des réserves d’urgence des différents pays et la sécurité mondiale.
Message essentiel:
« Les escalades militaires au Moyen-Orient, les pénuries mondiales de carburant et les crises politiques intérieures aux États-Unis comme en Allemagne sont étroitement liées. Elles sont alimentées par les luttes de pouvoir actuelles et par des structures financières géopolitiques profondément enracinées. »
2. Le conflit entre les États-Unis et l’Iran: escalade militaire et crise énergétique mondiale
2.1 Déploiement militaire et calendrier stratégique
Les forces armées américaines ont considérablement renforcé leur présence militaire au Moyen-Orient. Pour la première fois depuis avril et pour la deuxième fois depuis 2003, trois porte-avions américains se trouvent simultanément dans la région.

Parmi les forces et unités déployées figurent :
Porte-avions : l’USS Theodore Roosevelt, dont l’arrivée est prévue pour la fin du mois d’octobre, l’USS George Washington et l’USS George W. Bush.
Forces amphibies : le groupe opérationnel du Makin Island, accompagné de la 13e unité expéditionnaire des Marines.
Effectifs : plus de 2 000 à 4 000 Marines américains, ainsi qu’environ 10 000 soldats supplémentaires au total.
Capacités aériennes et défensives : plus d’une douzaine d’avions de combat F-35B, des véhicules blindés et deux batteries supplémentaires de missiles Patriot, déployées en Arabie saoudite et au Qatar afin de protéger les installations pétrolières et gazières locales.
L’un des principaux déclencheurs de la récente spirale d’escalade rhétorique et militaire est un incident survenu à bord d’un avion de ligne de FlyDubai à destination de Tel-Aviv. Le copilote y aurait poignardé le commandant de bord. Malgré des informations contradictoires — allant de deux pilotes à la retraite à un plombier sans expérience aéronautique qui aurait fait atterrir l’appareil —, le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou ont immédiatement attribué l’incident au Corps des gardiens de la révolution islamique iranien (IRGC).
Cet incident sert désormais de possible prétexte — de catalyseur pour une opération sous faux drapeau — à des frappes militaires de représailles immédiates.
Sur le plan stratégique, l’armée américaine est confrontée à un problème technique: les principales installations nucléaires iraniennes se trouvent jusqu’à 600 mètres de profondeur sous une épaisse masse rocheuse, comme le complexe de bunkers «Spitzhackenberg». Les bombes conventionnelles antibunkers ne peuvent pénétrer à une telle profondeur. C’est pourquoi l’option d’une invasion terrestre passe au premier plan: des unités spéciales des Marines devraient alors placer des charges explosives au cœur même des forteresses souterraines.
Le calendrier de ces opérations est étroitement lié aux élections de mi-mandat américaines de novembre. Du côté américain, il est envisagé de reporter les vagues d’attaques de grande ampleur après le jour du scrutin, afin de réduire au minimum les risques politiques avant les élections.
Du côté iranien, en revanche, la crainte d’une attaque américaine massive et inévitable s’accroît, ce qui pourrait conduire les dirigeants iraniens à lancer eux-mêmes une frappe préventive avant novembre.

2.2 Le différend relatif aux réserves stratégiques d’urgence et les accusations de chantage
Les tensions militaires pèsent lourdement sur les marchés énergétiques. Les prix connaissent des hausses spectaculaires à la pompe: l’essence a augmenté de 48%, tandis que le diesel a bondi de 70%.
La vulnérabilité européenne à ce choc des prix résulte d’une chaîne directe de causes et d’effets: pour des raisons politiques, l’Europe a volontairement interdit l’importation de diesel russe et a transféré sa dépendance en matière d’approvisionnement vers les raffineries américaines. Les États-Unis utilisent désormais cette dépendance volontaire comme moyen de pression.
Outre la modification de la structure commerciale, d’autres facteurs aggravants entrent en jeu :
- La persistance de l’incertitude et des attaques contre des pétroliers dans le détroit d’Ormuz.
- L’explosion des coûts du transport et de l’assurance maritimes.
- De nouvelles attaques des Houthis contre les installations de traitement du groupe pétrolier Aramco en Arabie saoudite.
- Les interdictions russes d’exporter des carburants et les restrictions chinoises à l’exportation.
Afin de faire baisser les prix aux États-Unis avant les élections de mi-mandat, Washington adresse un ultimatum à ses partenaires européens (Panneau n°1).

Exigence des États-Unis
Libération de réserves de diesel: l’Allemagne, la France, l’Italie, le Royaume-Uni et l’Irlande devraient débloquer au total 120 millions de barils de diesel issus de leurs réserves stratégiques sur une période de six mois.
Menace d’interruption des exportations: en cas de refus européen, les États-Unis menacent de suspendre totalement leurs exportations de diesel vers l’Europe.
Conséquences possibles pour l’Europe
Épuisement du dispositif d’urgence: les réserves nationales destinées à amortir les graves perturbations de l’approvisionnement tomberaient presque à 0%.
Effondrement de la logistique: puisque l’Europe tire la moitié de son diesel des raffineries américaines, une interruption des exportations américaines provoquerait l’arrêt du transport routier de marchandises, de l’agriculture et de l’artisanat.
* * *
2.3 Informations générales: comment fonctionnent les réserves stratégiques de pétrole?
Les réserves stratégiques d’urgence ne sont pas stockées dans de grands réservoirs en surface. Leur stockage et leur extraction sont techniquement complexes.
Stockage dans des cavernes salines : les cavernes salines sont d’immenses cavités artificiellement creusées par dissolution au cœur de profondes formations salifères. Le pétrole brut y flotte physiquement sur une couche d’eau salée.
Mécanisme d’extraction : pour extraire le pétrole, de l’eau douce est pompée au fond de la caverne. L’eau injectée repousse le pétrole, plus léger, vers le haut et jusqu’à la surface. La cavité doit toujours rester remplie afin d’éviter l’effondrement de la roche.
Risques techniques liés à une utilisation répétée : lorsque de l’eau douce est injectée trop souvent, elle dissout davantage de sel sur les parois. Des morceaux de roche se détachent alors, le pétrole brut est contaminé et la cavité souterraine perd durablement sa stabilité.
3. Politique intérieure américaine : élections de mi-mandat, chute dans les sondages et déclarations de Trump
3.1 Des sondages catastrophiques et la tournée électorale de Trump
À l’approche des élections de mi-mandat, l’administration américaine de Donald Trump subit une pression considérable. Le Wall Street Journal a relevé des niveaux historiquement bas :
- Taux d’approbation global: 37 %. À titre de comparaison, avant de précédentes élections de mi-mandat, George W. Bush se situait à 39 % en 2006 et Barack Obama à 46 % en 2010.
- Effondrement parmi les électeurs latino-américains : chute de 62 points, pour atteindre seulement 15 % d’opinions favorables, contre 77 % d’opinions défavorables.
- Effondrement parmi les électeurs noirs : recul de 49 points du taux d’approbation.
- Chute selon le niveau d’études : électeurs titulaires d’un diplôme de fin d’études secondaires : −37 % ; diplômés de l’enseignement supérieur : −15 % ; titulaires d’un master ou d’un doctorat : +10 %.
- Renversement sur la question migratoire : l’avantage électoral en matière de compétence perçue sur l’immigration est passé de 12 points en faveur des républicains en 2024 à 6 points en faveur des démocrates en septembre 2026.
En raison de ses dérapages verbaux et de ses absences cognitives, de grandes chaînes de télévision conservatrices comme Fox News et Newsmax ont cessé de diffuser en direct les interventions électorales improvisées de Trump. Le président américain est désormais largement relégué sur des chaînes locales marginales, comme Fox 2.
Pour enrayer cette chute, Trump parcourt des États traditionnellement très républicains, les Deep Red States, comme l’Oklahoma, le Texas, l’Ohio, l’Alabama et le Nebraska. Les projections relatives aux sièges du Sénat font toutefois apparaître des pertes considérables, même dans ces bastions conservateurs:
Michigan: 80% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Maine: 74% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Texas: 70% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Ohio: 70% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Iowa: 59% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Alaska: 51% de probabilité de victoire pour les démocrates.

3.2 Citations et controverses tirées de l’entretien accordé à Time Magazine
Dans un entretien de plusieurs heures accordé à Time Magazine, ainsi que sur Truth Social, Trump s’est exprimé sur la liberté de la presse et le conflit avec l’Iran.
À propos de la liberté de la presse et du traitement médiatique de son action gouvernementale, Trump a déclaré :
« Même si j’accomplissais quelque chose de vraiment extraordinaire […], ils diraient: pourquoi ne l’a-t-il pas fait plus rapidement? Ce sont tout simplement des gens affreux […] Je crois en une presse libre […], mais je ne crois pas aux fausses informations. »
Concernant la situation militaire en Iran et la manière dont il se définit lui-même en tant que chef du gouvernement, Trump a déclaré:
« J’avais dit qu’il faudrait entre quatre et six semaines pour éliminer la menace nucléaire iranienne. Je l’ai fait en une seule nuit. »
Lorsque le journaliste lui a demandé comment ses déclarations relatives à la destruction totale de l’Iran pouvaient être conciliées avec sa prétention à être un président de la paix, Trump a répondu:
« Parce qu’en détruisant l’Iran, nous instaurons la paix dans le monde. Avec l’Iran, je crois qu’il ne pourrait jamais y avoir de paix. »
Mise en perspective analytique: ces citations témoignent d’une attitude de plus en plus défensive à l’égard de la presse et d’une radicalisation de la politique étrangère. L’affirmation selon laquelle le problème nucléaire aurait été résolu « en une seule nuit » est en contradiction directe avec les mouvements de troupes réels et les difficultés non résolues dans le détroit d’Ormuz.
4. La crise politique en Allemagne: fin de la coalition, scandale de l’OTAN et blocage des réformes
4.1 Le scandale du prix de la paix décerné à l’OTAN et les manifestations citoyennes
En Allemagne, l’attribution du Prix westphalien de la paix à l’alliance militaire de l’OTAN, à l’hôtel de ville de Münster, a suscité une vive controverse. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a reçu le prix, tandis que le chancelier fédéral Friedrich Merz a prononcé l’éloge officiel.

Des médias critiques comme la Berliner Zeitung ont souligné le renversement orwellien résumé par la formule «la guerre, c’est la paix», consistant à décerner un prix de la paix à une alliance militaire. Ils ont rappelé des interventions historiques de l’OTAN, telles que la guerre de Yougoslavie en 1999.
À l’époque, le bombardement ciblé de sites chimiques comme Pančevo — où l’OTAN avait frappé, malgré un avertissement préalable, un réservoir contenant 450 tonnes de chlorure de vinyle cancérigène — ainsi que celui de la raffinerie de Novi Sad avaient causé des dommages environnementaux et sanitaires durables. Devant l’hôtel de ville, de bruyantes manifestations citoyennes ponctuées de cris tels «Assassins!» ont accompagné la cérémonie.
Les organisateurs ont tenté en vain de couvrir ces invectives en faisant jouer une fanfare militaire.
4.2 Niveaux historiquement bas et ultime conflit au sein de la coalition gouvernementale
Les alliances gouvernementales à Berlin se trouvent au bord d’une paralysie totale :
Niveaux historiquement bas dans le baromètre ARD-Deutschlandtrend: 88% des personnes interrogées se déclarent mécontentes du travail du chancelier Friedrich Merz, contre seulement 10% d’opinions favorables. Par ailleurs, 89% sont insatisfaites du gouvernement fédéral dans son ensemble.
Situation financière critique: avec plus de mille milliards d’euros de dette, les caisses de protection sociale sont menacées de faillite. Après avoir reçu 3,2 milliards d’euros, l’assurance dépendance a encore besoin de 700 millions d’euros de prêts sans intérêt; sans apport supplémentaire, elle risque de se retrouver en cessation de paiement en novembre.
Le conflit autour de la taxe sur le sucre: le ministre des Finances Lars Klingbeil prévoyait une taxe sur les boissons sucrées, susceptible de rapporter entre 450 millions et 1,2 milliard d’euros, ainsi que la création de 223 nouveaux postes administratifs. Le projet a échoué en raison du veto de deux ministres compétents et de l’opposition du groupe parlementaire CDU-CSU.
Ultimatum de la CDU-CSU: le groupe parlementaire bloque la réforme de l’impôt sur le revenu de Klingbeil et exige de la ministre du Travail Bärbel Bas d’importantes concessions concernant les réformes du marché du travail.
Les appels téléphoniques secrets de Steinmeier le président fédéral Frank-Walter Steinmeier est intervenu lors d’entretiens téléphoniques confidentiels avec Lars Klingbeil et Alexander Dobrindt, avertissant du risque de déclenchement d’une crise d’État incontrôlable.
Le jugement de Gauck et la crainte d’élections anticipées: l’ancien président fédéral Joachim Gauck a commenté les spéculations concernant une démission du chancelier Merz en affirmant que celui-ci serait, dans ce cas, un «parfait imbécile politique». Le véritable moteur du blocage berlinois réside dans la peur profondément ancrée des élites politiques face à des élections anticipées rapides, qui entraîneraient, selon les sondages actuels, une progression massive de l’AfD.
5. Analyse géopolitique approfondie : intérêts financiers, oligarques et «empire mort-vivant»
5.1 Le pillage de la Russie dans les années 1990 et la rupture opérée sous Poutine
Un examen des fondements économiques des relations entre l’Occident et la Russie permet de mettre en lumière les racines des conflits actuels.
Les années 1990 et le pillage de la Russie: après l’effondrement de l’Union soviétique, des conseillers occidentaux appartenant à l’entourage de Boris Eltsine ont pris en charge la rédaction de décrets étatiques. Des matières premières et des installations industrielles russes d’une valeur de plusieurs milliers de milliards de dollars ont ainsi été privatisées et transférées à l’étranger. La Semibankirchtchina, ou « règne des sept banquiers », s’est alors mise en place.
Des acteurs financiers occidentaux comme George Soros, Edmond Safra et Jacob Rothschild ont utilisé des intermédiaires tels que Bill Browder, de Hermitage Capital, ainsi que des oligarques locaux, comme Mikhaïl Khodorkovski, afin de prendre le contrôle de ressources stratégiques. L’objectif était d’utiliser les matières premières russes comme garanties de crédit.
Explication: les garanties de crédit servent de sûreté aux banques. Lorsqu’une banque prend le contrôle des réserves pétrolières ou aurifères d’un pays, elle peut s’appuyer sur celles-ci pour accorder des crédits internationaux et percevoir des intérêts. Le pays concerné perd alors la maîtrise de ses propres richesses.
La réorganisation opérée par Poutine à partir de 2000: après son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine mit fin à cet accès direct. Lors d’une réunion autour d’une table ronde, il lança un ultimatum aux oligarques : ils pouvaient conserver leurs biens, mais devaient payer leurs impôts, préserver les emplois et se retirer de la politique.

Lorsque Mikhaïl Khodorkovski, fondateur de l’organisation Russie ouverte, enfreignit ces règles, il fut arrêté en 2003 pour fraude fiscale. L’objectif des intérêts financiers occidentaux — s’emparer des ressources naturelles russes, estimées entre 75.000 et 90.000 milliards de dollars, afin de les utiliser comme garanties financières — se trouva ainsi bloqué.
5.2 Le concept de l’« Empire britannique mort-vivant » et la dynamique Master-Blaster
L’analyste financier Alex Krainer décrit les structures d’influence dissimulées des réseaux financiers et de renseignement britanniques sur la politique mondiale (Panneau n°2).

(NdT: Denktanks = Groupes de réflexion, Boîtes à penser, think tanks).
Ce modèle explique la répartition des rôles entre les groupes de réflexion londoniens et la puissance militaire américaine:
Opérations clandestines: les tentatives d’influence se manifestent dans des affaires telles que le Russiagate, le scandale de blanchiment d’argent de HSBC ou des documents stratégiques comme l’étude Britain and Iran War, publiée par Policy Exchange en juillet 2023, qui esquissait à l’avance le déroulement de la crise au Moyen-Orient.
Retour historique sur 1863: pendant la guerre de Sécession, le tsar russe Alexandre II soutint le président américain Abraham Lincoln. Il envoya les flottes russes de l’Atlantique et du Pacifique à New York et à San Francisco. Cette mesure empêcha une intervention militaire planifiée par la Grande-Bretagne et la France en vue de partager les États-Unis.
Le principe « du plomb ou de l’argent » — Plomo o Plata: Krainer décrit ainsi le mécanisme de domination exercé par le système financier impérial sur les États souverains. Les gouvernements se voient proposer soit « l’argent » — l’intégration à l’élite mondiale et le maintien de leurs privilèges en échange de l’ouverture de leurs ressources nationales —, soit « le plomb » : frappes militaires, changements de régime et appauvrissement en cas de résistance, comme en Libye, en Syrie, au Venezuela ou en Russie.
6. Synthèse et principaux enseignements
Les crises mondiales forment un système cohérent. La politique de puissance militaire, la lutte pour des réserves de carburant devenues critiques, les mécanismes de chantage politique intérieur et les intérêts financiers profondément enracinés s’imbriquent les uns dans les autres (Panneau n°3).

Conflit entre les États-Unis et l’Iran
Problème principal: Renforcement militaire massif — trois groupes aéronavals et 10 000 soldats — avant les élections américaines de mi-mandat ; instrumentalisation d’incidents comme celui de FlyDubai.
Répercussions mondiales: Forte hausse des prix de l’énergie — essence : +48 %, diesel : +70 % — et risque élevé de frappe préventive en raison des installations souterraines situées à 600 mètres de profondeur.
Réserves d’urgence américaines et Europe
Problème principal: Dépendance européenne envers le diesel américain, provoquée par l’embargo contre la Russie; exigence américaine portant sur 120 millions de barils de diesel issus des réserves d’urgence.
Répercussions mondiales: Épuisement des réserves de sécurité européennes jusqu’à un niveau proche de 0%; risque d’effondrement de la logistique européenne des marchandises en cas d’arrêt des exportations américaines.
Crise politique en Allemagne
Problème principal: Niveaux historiquement bas du gouvernement — 88 à 89% d’insatisfaction —, menace de faillite de l’assurance dépendance et blocages réciproques concernant la taxe sur le sucre et les réformes du travail.
Répercussions mondiales: Perte de la capacité d’action politique; avertissements du président fédéral concernant une crise d’État; crainte des élites face aux gains de l’AfD en cas d’élections anticipées.
Intérêts financiers géopolitiques
Problème principal: Lutte pour le contrôle des ressources mondiales — estimées entre 75.000 et 90.000 milliards de dollars en Russie — au moyen du principe «Master-Blaster» et du modèle «du plomb ou de l’argent».
Répercussions mondiales: Persistance des tensions géostratégiques et des guerres par procuration destinées à imposer les structures financières et de crédit occidentales.
14:39 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique internationale, actualité, europe, états-unis, russie, allemagne, affaires européennes, moyen-orient, iran |
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dimanche, 04 octobre 2026
Pourquoi Berlin cherche de nouveau à dialoguer avec Moscou

Pourquoi Berlin cherche de nouveau à dialoguer avec Moscou
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Qu’est-ce qui a poussé le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, à chercher le dialogue avec son homologue russe, Sergueï Lavrov?
L’initiative allemande s’explique par des considérations relevant aussi bien de la politique étrangère que de la politique intérieure. Sur le plan extérieur, c’est surtout l’escalade croissante de la guerre visant les infrastructures en Ukraine qui se trouve au premier plan. Dans ce contexte, la partie ukrainienne subit une pression de plus en plus forte.
Le blocus des ports d’Odessa ainsi que les attaques régulières contre les installations industrielles, les voies de transport et les infrastructures de communication aggravent la situation économique et sociale du pays. Dans ce contexte, l’intérêt pour une suspension des hostilités, au moins temporaire, s’accroît en Europe, notamment à l’approche de l’hiver, durant lequel les attaques russes pourraient se concentrer davantage sur les infrastructures énergétiques.
Il est remarquable que les principaux soutiens européens de l’Ukraine — la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni — aient eux-mêmes largement insisté, durant l’été de cette année, sur l’intensification des attaques ukrainiennes au moyen de systèmes d’armes à longue portée. Les orientations politiques correspondantes avaient déjà été arrêtées en janvier, lors des entretiens de Volodymyr Zelensky avec Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Keir Starmer.
Le revers de cette logique d’escalade apparaît désormais: Moscou est appelé à limiter ses attaques sur le territoire ukrainien, à assouplir le blocus maritime et, en particulier pendant les mois d’hiver, à renoncer aux attaques contre l’approvisionnement énergétique.
Si la Russie acceptait ces demandes, elle renoncerait toutefois à une part considérable du potentiel de pression militaire qu’elle a désormais constitué.
L’initiative de dialogue de Wadephul comporte cependant aussi une dimension de politique intérieure. En Allemagne, l’inquiétude grandit face à une nouvelle escalade du conflit. La perspective d’une confrontation militaire de plus en plus directe entre l’Allemagne — ou l’OTAN — et la Russie suscite un scepticisme manifeste au sein d’une partie de la population, d’autant plus que le gouvernement fédéral dirigé par Friedrich Merz suit une ligne toujours plus conflictuelle en matière de politique étrangère et de sécurité.
Cette évolution fait également partie du contexte politique dans lequel l’AfD gagne du terrain, tandis que l’Union chrétienne-démocrate et chrétienne-sociale se retrouve sous pression.
Dans ce contexte, la rencontre entre Wadephul et Lavrov, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, remplissait également une fonction de politique intérieure: Berlin montre que les canaux de communication avec Moscou ne sont pas entièrement fermés.
Pour l’instant, il s’agit toutefois principalement de déconflictualisation diplomatique, c’est-à-dire d’afficher ostensiblement la volonté même de se parler. Rien ne permet encore de savoir si cette démarche débouchera sur un véritable dialogue politique de fond.
#géopolitique @global_affairs_byelena
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mardi, 29 septembre 2026
Pékin, le grand médiateur

Pékin, le grand médiateur
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/pechino-il-grande-mediatore/
La Chine se taille, avec force et détermination, un nouveau rôle sur la scène internationale.
Et ce rôle correspond parfaitement tant à sa nature historique qu’à sa projection politique pour l’avenir.
Le rôle de médiateur. Ou plutôt de Grand Médiateur, celui qui cherche à apporter une solution politique aux différends internationaux.
En évitant qu’ils ne dégénèrent en conflits armés.
C’est le rôle que Pékin est en train de se tailler. Et non par quelque «pacifisme» idéologique. Bien au contraire, c’est précisément l’histoire de la Chine qui dicte l’agenda de la Cité interdite.
Pékin ne cherche pas à étendre son territoire à la manière d’un empire. Il cherche plutôt à exercer un contrôle sur les flux et les échanges commerciaux, tout en demeurant à l’intérieur de ses frontières, qui sont déjà extrêmement vastes.
Cela ne signifie naturellement pas une quelconque forme de neutralité. Ni, à plus forte raison, de «pacifisme».
Le gouvernement chinois poursuit des objectifs précis. Et il les poursuit avec une extrême détermination.
Parmi ceux-ci, le commerce avec la Russie joue un rôle primordial. La Russie est en effet un grand producteur de matières premières, en particulier de gaz et de pétrole, qui sont indispensables à la croissance de l’économie chinoise.
Vient ensuite la liberté de commercer et d’exporter dans le monde entier les produits de son industrie. La nouvelle Route de la soie 2.0 et le «noble collier de perles» maritime en sont les deux exemples les plus connus, bien qu’ils ne soient pas les seuls.
Le gouvernement chinois, les maîtres de la Cité interdite, préfèrent éviter autant que possible les confrontations directes.
Cela ne signifie toutefois pas qu’ils ne se préparent pas à la guerre.
Ils savent parfaitement qu’ils sont dans la ligne de mire de Washington. Et que seul l’enchevêtrement complexe des intérêts financiers rend plus difficile — ou, à tout le moins, retarde — le moment de la confrontation ou de l’affrontement avec les États-Unis.
Mais celui-ci viendra tôt ou tard. C’est pourquoi Pékin s’y prépare selon une logique typiquement chinoise.
Une logique difficile à comprendre pour nous, Occidentaux, et plus encore pour les Américains, qui considèrent que l’histoire n’a commencé qu’il y a deux siècles.
La Chine et les Chinois raisonnent selon des perspectives et des horizons temporels infiniment plus longs.
Et ils ont de la patience. Beaucoup de patience.
17:31 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chine, actualité, politique internationale |
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L’extension de la guerre contre l’Iran signalée par le contrôle de Berbera par les Émirats arabes unis

L’extension de la guerre contre l’Iran signalée par le contrôle de Berbera par les Émirats arabes unis
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/206621
Le contrôle exercé par les Émirats arabes unis (EAU) sur le port de Berbera, au Somaliland, constitue un point précis où les intérêts commerciaux et la stratégie militaire se recoupent clairement.
Un contrat de 442 millions de dollars sur trente ans
En mai 2016, la société DP World, alors dirigée par Sultan Ahmed bin Sulayem, correspondant épistolaire d’Epstein, a signé un contrat d’une durée de trente ans, d’une valeur de 442 millions de dollars, pour l’exploitation du port en eau profonde de Berbera.
En 2017, le Parlement du Somaliland a finalement approuvé la construction d’une base militaire émiratie à Berbera, donnant ainsi aux EAU accès à la piste d’atterrissage de 4140 mètres construite par l’Union soviétique, ainsi qu’à d’autres installations aéronautiques.

L’importance stratégique de Berbera
Pour les EAU, cette porte d’accès en eau profonde située sur le golfe d’Aden occupe naturellement une position stratégique favorable: elle ne se trouve qu’à 300 kilomètres du détroit crucial de Bab el-Mandeb. Cela permet aux EAU de faire transiter des forces navales et aériennes par cette voie maritime et de défier ainsi aussi bien les intérêts d’Ansar Allah au Yémen que ceux de l’Arabie saoudite dans la région.
La base militaire est en cours d’agrandissement en vue d’une éventuelle utilisation conjointe par les EAU, Israël et les États-Unis. Le Monde a publié des images satellites à ce sujet en juillet. Des rapports OSINT diffusés sur X évoquent la construction de nouvelles positions pour missiles sol-air, de stations radar, de hangars destinés aux drones et aux avions, ainsi que de plusieurs structures souterraines, bunkers et dépôts de munitions.
Le rôle commercial de Berbera s’accroît lui aussi, les entreprises se réorientant de plus en plus vers la mer Rouge à la suite de la crise dans le détroit d’Ormuz.
Le Somaliland, théâtre d’une nouvelle bataille géostratégique ?
Lors de sa récente visite aux États-Unis, le dirigeant somalilandais Cabdiraxmaan Cirro a présenté son pays et le port de Berbera comme une porte d’accès stratégique à la mer Rouge pour les États-Unis et comme une base potentielle contre les Houthis. Des experts militaires avertissent toutefois déjà que le conflit qui se poursuit au Moyen-Orient risque de s’étendre au Somaliland et au reste de cette région africaine.
17:15 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, géopolitique, politique internationale, afrique, somaliland, berbera, affaires africaines, corne de l'afrique |
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samedi, 26 septembre 2026
La fin de l’ONU

La fin de l’ONU
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/la-fine-dellonu/
Soixante-dix-sept délégations ont quitté l’Assemblée générale des Nations unies lorsque Bibi Netanyahou s’apprêtait à prendre la parole.
Soixante-dix-sept… et, manifestement, il ne s’agissait pas uniquement de pays musulmans, loin de là, puisque figuraient notamment parmi eux le Venezuela et la Slovénie, pour ne citer que deux exemples.
Netanyahou a néanmoins pris la parole, sur un ton méprisant et devant une salle à moitié vide.
Sans probablement se rendre compte que cet «incident» confirme, ni plus ni moins, la fin de l’ONU.
Du moins de l’ONU telle qu’elle a existé jusqu’à présent.
C’est-à-dire une assemblée de pays contrôlée, dans les faits, par leur hôte. Un hôte — les États-Unis — qui se montre par ailleurs extrêmement vigilant et intrusif, et qui n’a jamais manqué une occasion de faire sentir qu’il était l’actionnaire majoritaire.
Certes, il y a déjà eu par le passé des moments où l’Assemblée s’est montrée réticente à obéir aux desiderata — ou plutôt aux ordres — de Washington.
Cependant, il s’est toujours agi de cas relativement marginaux, qui ne touchaient pas au fond même de la politique américaine.
Ici, la situation est nettement différente. Netanyahou représente celui qui a déterminé le choix des États-Unis de s’engager résolument contre l’Iran. Celui qui a fortement influencé leurs choix et leurs décisions, et qui continue de le faire.
Naturellement, la spectaculaire protestation des délégués de l’ONU concernait le massacre de Gaza, et non le conflit en cours avec l’Iran.
Il est toutefois inutile de se voiler la face. Les deux questions sont étroitement liées.
Condamner explicitement le carnage palestinien et le boucher israélien signifie aussi stigmatiser ceux qui permettent et cautionnent ce carnage.
Il s’agit donc de l’administration Trump, qui a placé l’alliance avec Tel-Aviv au-dessus de toute autre considération, lui sacrifiant tout reste de crédibilité.
Dans les faits, cela marque — ou plutôt pourrait marquer — la fin de l’ONU. Ou, du moins, de ce que l’ONU a jusqu’à présent feint et prétendu être.
La brutalité et l’arrogance de Netanyahou contraignent les Nations unies à se regarder en face. Et, surtout, à constater que l’administration Trump ne fait même plus semblant de leur reconnaître un rôle impartial.
C’est le signe de la fin. La fin, par ailleurs, d’un malentendu. D’un mensonge qui, depuis l’après-Seconde Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui, a laissé croire aux rêveurs et aux utopistes qu’il pouvait exister un gouvernement mondial placé au-dessus des véritables puissances militaires et économiques.
Un réveil assurément brutal. Le rictus de Bibi sonnant le glas de cette chimère.
La salle qui se vide comme un retour à la réalité de la politique mondiale.
18:59 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, politique internationale, onu, nations unies |
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vendredi, 25 septembre 2026
Par la guerre en Ukraine vers la soumission aux États-Unis

Par la guerre en Ukraine vers la soumission aux États-Unis
Franz Ferdinand
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/206398
Au cours des deux dernières semaines, la situation sur le champ de bataille a évolué de manière plutôt laborieuse pour la Russie : au nord de l’agglomération de Kramatorsk et Sloviansk, l’armée ukrainienne a mené avec succès des contre-attaques qui n’étaient peut-être, elles aussi, qu’une sorte de version ukrainienne de l’offensive allemande des Ardennes pendant la Seconde Guerre mondiale, peu avant l’effondrement.
En revanche, la guerre économique déclenchée contre la Russie par l’Occident dit « des valeurs », au moyen d’innombrables sanctions, s’est transformée en une guerre économique globale et couronnée de succès du Sud global contre cet Occident des valeurs.
Il faut à cet égard considérer la situation générale en Ukraine conjointement avec celle qui prévaut autour de l’Iran et de l’Arabie saoudite :
La guerre en Ukraine, la guerre d’agression contre l’Iran lancée par Donald Trump, ainsi que les actions des Houthis et, éventuellement, de groupes mandataires iraniens en Irak, doivent désormais être considérées comme une troisième guerre mondiale, qui se déroule toutefois, à bien des égards, différemment des Première et Seconde Guerres mondiales du siècle dernier. Il faut également prendre en compte la Chine en tant que participante silencieuse en arrière-plan, celle-ci soutenant à de nombreux égards aussi bien l’effort de guerre russe que le combat défensif de l’Iran.
L’intérêt de la Chine réside avant tout dans l’éviction du dollar américain de son statut de monnaie de référence mondiale, objectif qui doit être atteint par le déclassement du système financier occidental. Il suffit pour cela à la Chine de renforcer les évolutions existantes ou simplement de les laisser suivre leur cours, comme les actions des Houthis contre l’approvisionnement pétrolier occidental dans le détroit de Bab el-Mandeb, ou l’interruption de l’oléoduc est-ouest qui traverse l’Arabie saoudite. Au total, ces actions, conjuguées au blocage du détroit d’Ormuz, affectent jusqu’à 30 % de l’approvisionnement mondial en pétrole ! Le prix du pétrole est ainsi passé de 60 dollars l’année dernière à environ 104 dollars le baril actuellement !
Même Mike Wirth, le patron de Chevron, met en garde contre une crise mondiale des carburants susceptible d’échapper totalement à tout contrôle !
On peut toutefois difficilement imaginer que la Chine tolère ces actions des Houthis, soutenus par l’Iran, sans être elle-même intéressée par cette évolution. Pour la Chine, l’essentiel est seulement de continuer à être suffisamment approvisionnée en pétrole, ce qui est également possible par voie terrestre.

Il est intéressant de noter, dans ce contexte, que les États-Unis ont rejeté une demande d’assistance de l’Arabie saoudite. Manifestement, l’hégémon est déjà tellement surmené et affaibli qu’il n’est plus en mesure de mener des actions contre les Houthis.
La situation sur le marché pétrolier est encore aggravée par les attaques ukrainiennes contre les raffineries russes. Celles-ci avaient encore été célébrées par les médias occidentaux comme un « game changer », mais elles conduisent désormais la Russie à interdire ses exportations de diesel et font, en ce moment même, flamber les prix de ce carburant ! En Allemagne, le prix du diesel est passé cette année de 1,60 euro à un niveau atteignant actuellement 2,50 euros le litre ! Tandis que les Russes doivent encore faire la queue pour obtenir leur diesel, beaucoup moins cher, le citoyen de l’Union européenne ne pourra bientôt plus du tout se permettre d’en acheter.
Cette évolution des prix du pétrole et du diesel a simultanément entraîné une hausse généralisée des prix des matières premières. Les prix du riz et des céréales, par exemple, ont augmenté de 50 % au cours de l’année.
Le taux d’inflation officiel de 2,9 % annoncé pour l’Allemagne ne peut être considéré que comme une plaisanterie, ainsi que chaque citoyen peut lui-même le constater en faisant ses achats quotidiens.
Ces récentes flambées des prix aggravent à présent la situation du système financier occidental délabré. Conjuguée à l’état dramatique des finances publiques dans l’Occident des valeurs, la poussée inflationniste générale a désormais entraîné une hausse des taux d’intérêt du marché obligataire, ainsi qu’un relèvement des taux directeurs de la Réserve fédérale américaine jusqu’à 4 %. De nouvelles hausses des taux directeurs sont également attendues de la part de la BCE.
Les États doivent maintenant payer ces taux d’intérêt plus élevés non seulement sur leurs nouveaux emprunts, mais aussi — ce qui est particulièrement douloureux — sur le refinancement de leur dette existante. Donald Trump et son gouvernement ont franchi cette année, avec brio, le seuil des 40 000 milliards de dollars de dette, dont 7 000 milliards devront être refinancés à court terme à un taux d’intérêt plus élevé ! Il en va naturellement de même pour tous les débiteurs européens, ce qui conduira inévitablement à des programmes d’austérité en pleine période de déclin économique général, et donc à une érosion supplémentaire du système politique existant.
La Réserve fédérale pourrait certes financer la dette américaine en faisant fonctionner la planche à billets, mais cela conduirait inévitablement à l’hyperinflation et, par conséquent, à la fin du dollar en tant que monnaie de référence mondiale.
Ces hausses de taux portent préjudice à l’ensemble du développement économique dans l’Occident des valeurs et entraînent inévitablement des pertes d’emplois, ainsi qu’un mécontentement encore plus grand à l’égard du système politique existant dans l’Union européenne.

La France constitue un exemple révélateur de cette situation : elle est actuellement déjà ingouvernable et pourra, lors de l’élection présidentielle de l’année prochaine, choisir entre Marine Le Pen et le communiste Jean-Luc Mélenchon. Après une victoire de Le Pen, plus rien ne serait sans doute comme avant au sein de l’Union européenne !
Toutefois, la hausse des taux d’intérêt du marché a des répercussions particulièrement dramatiques sur les bilans des banques et des compagnies d’assurance, et ce, sans que le public s’en aperçoive. Comme chacun sait, ces établissements détiennent environ 60 % de leurs placements sous forme d’obligations, et c’est précisément sur le marché obligataire que les hausses de taux ont provoqué un véritable carnage boursier. Cela s’explique par le fait que, durant la période de taux nuls ou faibles, il y a trois ou quatre ans, des obligations à long terme assorties de coupons très faibles ont été émises, et que leur cours s’est aujourd’hui effondré en raison de la hausse des taux. Le cas d’une obligation à trente ans à taux zéro, dont le cours a désormais fondu de moitié, est devenu célèbre — une perte de valeur inhabituelle pour une obligation.
Certes, il ne s’agit que de pertes comptables, que l’on dissimule simplement dans les bilans bancaires en ne procédant à aucune dépréciation comptable. Dans le cas contraire, les résultats des banques fondraient comme neige au soleil et leurs cours boursiers s’effondreraient eux aussi. Quoi qu’il en soit, de telles pertes comptables ne deviennent effectives que lorsqu’une banque est contrainte, pour une raison quelconque, de vendre une obligation de ce type. Les banques ne sont, en tout état de cause, plus en mesure d’absorber d’autres chocs extérieurs.
Les indices boursiers se situent certes encore actuellement à des niveaux records, mais la hausse des rendements obligataires mine naturellement aussi le marché des actions. Tout investisseur expérimenté sait que les cours des actions ne sont que du vent, en partie encore uniquement portés par des spéculations totalement irrationnelles, comme dans le cas de « l’intelligence artificielle ». Dès que les grands investisseurs tourneront le dos au marché des actions en raison des taux élevés et préféreront investir dans des obligations plus sûres, la bulle boursière éclatera. L’inévitable désillusion concernant les valeurs liées à l’IA constituera une autre cause de l’éclatement de cette bulle !
Selon toute probabilité, un effondrement boursier et financier partira une nouvelle fois des États-Unis. Il convient à cet égard de rappeler la crise financière de 2008, lorsque les États-Unis avaient exporté vers l’Europe des créances irrécouvrables sous la forme de « titres » dits subprimes et que les faillites bancaires n’avaient pu être évitées que grâce à des interventions massives des gouvernements. Le prochain tsunami financier reléguera dans l’ombre la crise de 2008 !

Dans cette situation générale, l’Europe doit en outre faire face au fait qu’elle se trouve engagée dans une guerre économique avec les États-Unis. Sous Donald Trump, les États-Unis tentent systématiquement de saigner l’Europe à blanc, les Verts allemands jouant notamment le rôle d’une cinquième colonne de la haute finance américaine. L’« escroquerie du CO₂ » a servi à démanteler le secteur énergétique allemand et, de surcroît, la destruction du gazoduc Nord Stream 2 a rendu l’Allemagne dépendante des livraisons de gaz de schiste américain, cinq fois plus cher que le gaz russe. Il en résulte un exode de l’industrie allemande hors d’Allemagne vers les États-Unis, mais également vers la Chine.
Dans le même temps, en plus du soutien à l’Ukraine — qui s’élève actuellement à 190 millions de dollars par jour —, le citoyen de l’Union européenne devrait encore assumer des dépenses militaires nettement plus élevées afin d’alimenter l’industrie américaine de l’armement.
Il est donc d’ores et déjà prévisible que l’Europe de l’Union européenne sera la grande perdante de la guerre en Ukraine. D’une certaine manière, cela rappelle la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle le « soutien » américain a complètement ruiné la Grande-Bretagne en tant que grande puissance et l’a transformée en caniche des États-Unis ! L’Union européenne ne pourra échapper à ce sort qu’en mettant fin le plus rapidement possible à sa guerre contre la Russie, en réorientant son économie vers une coopération avec la Russie et en réduisant ainsi ses liens avec les États-Unis.
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jeudi, 24 septembre 2026
Grande-Bretagne et Israël: une alliance en miettes?

Grande-Bretagne et Israël: une alliance en miettes?
Giovanni Balducci
Source: https://geopoliticaesistemi.com/gran-bretagna-e-israele-u...
La relation historique entre la Grande-Bretagne et Israël a récemment franchi un seuil critique, passant d’un partenariat stratégique à toute épreuve à un bras de fer diplomatique ouvert. Les évolutions récentes ainsi que les dossiers analysés par la presse internationale et les centres d’études géopolitiques montrent que les deux pays n’agissent plus comme des alliés traditionnels, mais comme de véritables adversaires au sein de l’échiquier occidental. Au cœur de cette fracture se trouvent les opérations militaires à Gaza, la flambée des tensions en Cisjordanie et la crainte de Londres de perdre sa crédibilité internationale en matière de droit humanitaire.
La rupture diplomatique a été encore alimentée par les mesures économiques et les sanctions coordonnées. Sous l’effet d’une forte pression parlementaire et populaire, le gouvernement britannique a gelé les négociations en vue d’un nouvel accord commercial et adopté des sanctions ciblées contre des entités et des réseaux qui financent les colons dans les territoires occupés. En annonçant un durcissement imminent des restrictions visant le commerce lié aux colonies, Londres a aligné sa ligne politique sur celle d’autres partenaires occidentaux, provoquant une vive réaction de Tel-Aviv. De son côté, le gouvernement israélien a qualifié ces décisions d’ingérence inacceptable dans sa souveraineté nationale et, en pleine campagne électorale, est allé jusqu’à menacer la Grande-Bretagne de représailles diplomatiques.
Ce climat d’affrontement bilatéral s’inscrit dans un contexte mondial fortement polarisé, dans lequel le facteur russe joue un rôle de catalyseur de l’instabilité. Alors que le Royaume-Uni est devenu l’un des soutiens les plus intransigeants de l’Ukraine face à l’agression de Moscou, Israël a maintenu une position d’extrême prudence et de neutralité à l’égard du Kremlin afin de préserver ses intérêts stratégiques et sécuritaires au Moyen-Orient, notamment dans l’espace aérien syrien. Cette divergence fondamentale éloigne davantage encore les orientations géopolitiques de Londres et de Tel-Aviv, affaiblissant la cohésion générale des alliés occidentaux face aux crises régionales.
Dans le débat public et les analyses diffusées en ligne, cette crise est par ailleurs souvent mise en relation avec de grands acteurs financiers et institutionnels. D’un côté, il y a l’hostilité politique entre le gouvernement de Benyamin Netanyahou et le philanthrope George Soros — accusé à plusieurs reprises par Tel-Aviv de financer des ONG critiques à l’égard de la politique de colonisation — ; de l’autre, des personnalités institutionnelles telles que le roi Charles III, qui évoluent dans des milieux proches de ceux du philanthrope juif hongrois, au sein d’organisations comme le Forum économique mondial (WEF), capables d’imposer l’agenda économique mondial d’une manière souvent contraire aux intérêts de la droite israélienne.
La crise actuelle entre Londres et Jérusalem reflète donc l’affrontement concret entre, d’une part, la ferme volonté d’Israël de régler une fois pour toutes la question de sa sécurité nationale sans subir de pressions extérieures et, d’autre part, la nécessité pour la diplomatie britannique de préserver son image de garante du droit international et des « valeurs occidentales », tout en soutenant — hypocritement — la perspective d’une solution à deux États.
21:32 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : grande-bretagne, royaume-uni, israël, actualité, politique internationale, europe, affaires européennes, levant, proche-orient |
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jeudi, 06 août 2026
À la veille d’un soulèvement mondial

À la veille d’un soulèvement mondial
Un point de vue chiite
Damir Nazarov
À la veille de la procession funèbre d’Arbaïn, tous ceux qui ont été confrontés à la barbarie, au terrorisme et à la dictature totale de l’oligarchie au pouvoir devraient étudier la voie du légendaire Imam Hussein (paix sur lui), dont l’épée fut brandie comme symbole de la lutte pour la justice contre la tyrannie oppressante de son temps.
Depuis plus de trois ans, nous sommes témoins de la façon dont la kakistocratie américaine, incarnée par le régime Trump, tente d’étouffer la planète entière, quitte à détruire ses vieux alliés, qu’il s’agisse de l’Europe ou du Japon. Le phénomène Trump rappelle une fois de plus à tous les amoureux de la liberté qu’il est temps d’emprunter la voie révolutionnaire, où le principal mot d’ordre de l’humanité devrait être: «la liberté face à l’expansion des autocrates».
Aujourd’hui, nous voyons comment la puissante alliance des néoconservateurs américains, des sionistes et de leurs séides de droite, les loyaux de l’UE, tente de remodeler complètement la communauté internationale à leur image. Aux États-Unis, rares sont ceux qui ne s’inquiètent pas des plans concoctés par les grandes entreprises technologiques de s’emparer des centres de données, puis de tous les types de médias. Désormais, Elon Musk et le Pentagone ne sont plus seulement associés à l’impérialisme d’outre-Atlantique: ils sont devenus un instrument destructeur pour réprimer la liberté humaine partout et en tout temps.
En Europe, malgré l’atmosphère anti-palestinienne dominante, on observe néanmoins un esprit lucide en Espagne, en Irlande, en Slovénie – et regardez ce qui s’est passé en Espagne, où le Maroc, allié proche d’Israël et des États-Unis, a provoqué une crise migratoire. Les sionistes et les néoconservateurs continueront à déstabiliser l’Espagne afin de liquider le principal allié de la Palestine en Europe, lui ôtant complètement sa souveraineté. D’ailleurs, ils ne s’arrêteront pas à l’Espagne.
En ce qui concerne le sionisme, sa croisade ne se limite pas à la réalisation du projet IMEC sur les ossements et les cadavres des habitants du Moyen-Orient. Pour les « cosmopolites radicaux », il s’agit désormais, à l’aide de l’intelligence artificielle, d’anéantir physiquement toute critique et opposition à leurs actions. Ils sont allés si loin que leurs agents aux États-Unis déclarent ouvertement n’avoir que faire du bien-être des Américains ou du déclenchement d’une guerre mondiale, car l’essentiel est «la défense d’Israël».
La situation est assombrie par les alliés de l’empire américano-sioniste au Moyen-Orient, dont les Émirats arabes unis ou le régime syrien sont des exemples frappants. Les Émirats sèment le chaos partout, du Soudan à la Somalie et au Cham, où ils se distinguent par le financement de séparatistes et de combattants locaux. En Syrie, il y a eu un véritable coup d’État avec une trahison flagrante de la part du gouvernement Baas: désormais, à Damas, règne une ancienne branche d’Al-Qaïda syrienne (interdite en Fédération de Russie). Son leader favorise largement l’occupation sioniste et utilise des discours anti-iraniens pour renforcer sa propre dictature. Le but ultime du nommé Ahmed al-Sharaa : intégrer la Syrie à toute coalition dirigée contre le bloc de « l’Axe de la Résistance ».
Le Yazid collectif de notre temps a déjà pris une forme moderne : il est partout, il ne regarde ni la religion, ni la nation, ni votre attachement à telle ou telle idéologie. Sa tâche principale est de vous faire croire que toute forme de résistance est inutile et que leurs plans pour instaurer une dictature totale ne sont qu’une question de temps. Dans une telle situation, il ne faut ni désespérer ni s’attrister, car c’est exactement ce que souhaitent les forces de Satan. Le soulèvement de l’Imam Hussein (paix sur lui) est d’abord une lumière d’espoir pour tous les insoumis au sein de la communauté mondiale. Dans la lutte de la vérité contre le mal, il y a à la fois une « révolte contre le monde moderne » pour reprendre l'expression de Julius Evola, une libération de la classe ouvrière selon le marxisme, et même le slogan des Jacobins «liberté et égalité», qui est aujourd’hui plus que jamais nécessaire à la classe révolutionnaire en formation.
La minorité ne l’emporte pas toujours sur la majorité, mais elle laisse au moins un rayon d’espoir pour les générations futures.
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lundi, 06 juillet 2026
Le conflit permanent contre l’Europe

Le conflit permanent contre l’Europe
par Daniele Perra
Source : Daniele Perra & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/un-conflitto-cont...
En campagne électorale, Donald J. Trump avait affirmé qu’il mettrait fin au conflit en Ukraine dans le mois suivant son élection. Aujourd’hui, près de deux ans plus tard, la situation est bien différente. Ou, ce qui est beaucoup plus probable, Trump mentait en toute connaissance de cause, comme à son habitude. Le conflit en Europe de l’Est est en effet fonctionnel aux plans de «reconstruction» industrielle des États-Unis. Plus précisément, les Américains, selon Trump et le secrétaire général de l’OTAN, vont se «contenter» de produire des armes que les Européens (contraints de porter leurs dépenses militaires à 5% du PIB) devront payer, avant d’en céder une partie à l’Ukraine.
Evidemment, l’objectif est aussi de provoquer la désindustrialisation de l’Europe ; une stratégie qui a été amorcée dès le début des années 2000 et a été révélée en son temps par Edward Snowden. Celui-ci a en effet mis en lumière comment la NSA a pu espionner toutes les communications internes de l’entreprise allemande Volkswagen, afin d’obtenir des avantages compétitifs pour l’industrie automobile américaine (la fameuse « Opération Dragonfish »). C’est assez curieux si l’on pense que les États-Unis accusent constamment la Chine d’espionnage industriel.
Quoi qu’il en soit, ce processus s’est poursuivi avec le démantèlement de la relation économique entre les ressources énergétiques russes et le potentiel industriel de l’Europe occidentale: conflit ukrainien, sabotage du Nord Stream à la clé, et réarmement allemand en accord avec les plans de Palantir, qui vise à utiliser l’Allemagne en tant qu’outil anti-russe (voir « The Technological Republic » d’Alex Karp). La diffusion de la russophobie, en ce sens, est essentielle pour insister sur le réarmement européen et maintenir en vie le complexe militaro-industriel américain; revitaliser la «rust belt» et achever de détruire également l’industrie automobile européenne.
Aujourd’hui, nous assistons à une nouvelle phase d’aggravation du conflit, que la Russie continue de gagner territorialement (mais très lentement), mais de perdre sur le plan sensationnaliste et propagandiste (même si les attaques ukrainiennes sur le territoire russe posent désormais de graves problèmes à Moscou). Un conflit, à mon sens, désormais dépourvu de sens, surtout pour l’Europe qui, si elle n’était pas gouvernée par une élite corrompue et servile, devrait tout faire pour y mettre fin avant qu’il ne soit trop tard.
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lundi, 22 juin 2026
Hommage à la complexité

Hommage à la complexité
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/omaggio-alla-complessita/
Il nous est arrivé de vivre dans un monde extrêmement complexe.
Autrefois, il n’y a pas si longtemps – j’en ai un souvenir personnel direct – tout était plus… simple.
Il existait deux blocs. Et l’on se rangeait soit du côté de l’un, soit de l’autre.
L’Occident sous direction américaine. L’Orient sous direction soviétique.
Je sais bien que c’est une simplification. Je sais aussi que, déjà à l’époque, il existait des jeux ambigus de puissances, les fameux « non-alignés », ceux qui cherchaient appui tantôt ici, tantôt là-bas.
Et je sais que la diplomatie a toujours été une chose complexe, souvent un art occulte, et que ce qui apparaissait ne correspondait, bien souvent, pas à la réalité des choses.
Je le sais… maintenant. Car à l’époque, tout paraissait simplifié. Ou avec Moscou, ou avec Washington. Et même ceux, rares, qui nourrissaient de saints et légitimes doutes, étaient forcés de s’en accommoder. Ou, du moins, de se taire.

C’était un monde dangereux. Il fallait vivre avec le vertige. Pourtant, au fond, l’affrontement opposait deux poids lourds. Et cela, paradoxalement, donnait quelques garanties sur le régime et les équilibres.
Mais aujourd’hui ?
Le rêve – car ce n’était qu’un rêve – d’un monde entier uni sous une seule direction a lamentablement échoué.

Même Fukuyama, qui, avec sa « Fin de l’histoire », voulait en être le chantre, a dû renier tout ce qu’il avait écrit.
Admettre son erreur – colossale.
Car il s’agit d’un monde bien plus dangereux que celui de la Guerre froide. Qui, au fond, avait le triste mérite de geler les tensions. Et de les faire diriger par les deux blocs.
Les deux poids lourds, justement.
Aujourd’hui, chacun, ou presque, joue sa propre partie.
Certes, il y a encore des géants. Les États-Unis, la Russie et, désormais, la Chine.
Mais ils ne contrôlent pas le monde. Ils exercent de l’influence, attirent, créent des alliances.
Ce sont, cependant, des géométries variables. Et variables à une vitesse fulgurante.
L’Inde, le Pakistan, et, quoique non officiellement, Israël sont des puissances nucléaires. Ils jouent leur propre jeu.
Certes, Israël exerce un pouvoir de suggestion sur Washington, incroyable à certains égards. Dont il est désormais l’unique allié. Pourtant, la stratégie de Tel-Aviv ne correspond pas à celle des États-Unis. Elle poursuit, avec ténacité, sa propre ligne, sans se soucier de personne.
La colère, grandissante, de Trump ne s’explique pas autrement.
Et puis, il y a le Japon qui se réarme, et recommence à poursuivre ses propres objectifs stratégiques.
L’Iran, qui est sorti, de façon incroyable, vainqueur de l’affrontement avec les États-Unis.
L’Afrique subsaharienne en révolte ouverte contre Londres et surtout Paris.

Erdogan qui poursuit le projet de la Grande Turquie. En conflit ouvert avec Israël, et prenant à contre-pied Washington. Mais trouvant un appui inattendu à Londres.
Et encore une Amérique du Sud extrêmement agitée, et aussi rétive à l’hégémonie américaine.
Cuba, désormais, assiégée.
La région andine traversée par des ingérences dangereuses et des coups d’État téléguidés.
Le Brésil préoccupé, cherchant des appuis internationaux.
Dans tout cela, une Europe tourmentée par les vents de guerre. Avec de puissants groupes d’intérêts qui voudraient pousser l’UE à l’affrontement direct avec Moscou. Et qui utilisent l’Ukraine, désormais dévastée, comme terrain d’affrontement.
Je pourrais continuer…
Non, ce monde est bien plus dangereux que celui de la Guerre froide.
Bien plus dangereux, et aussi beaucoup plus… intéressant.
Pour le dire avec les termes d'une vieille malédiction chinoise :
« Puissiez-vous vivre des temps intéressants… »
Eh bien, désormais, c’est chose faite.
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samedi, 30 mai 2026
La stratégie d’Abraham

La stratégie d’Abraham
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/la-strategia-di-abramo/
Croire que Trump est aveugle, dépourvu d’idées et de stratégie, totalement dominé par son « ami » Netanyahu, peut être une erreur. Une erreur très grave, dans laquelle, d’ailleurs, nos médias tombent, aveuglés par la rancœur idéologique et les préjugés.
En réalité, The Donald a bel et bien des stratégies et des programmes. Même si beaucoup d’entre eux trahissent les attentes de ceux qui, aux États-Unis, l’ont soutenu dans un premier temps.
Et qui n’auraient pas voulu que les États-Unis s’embourbent à nouveau au Moyen-Orient, en soutenant Israël et en entrant directement en conflit avec l’Iran.
Une guerre que Trump a, en fait, perdue. N’ayant pas réussi à atteindre son objectif, initialement clair et déclaré, d’un changement de régime à Téhéran. En imposant un nouveau gouvernement docile – Reza Cyrus ou d’autres – et en éliminant définitivement la domination des ayatollahs.
Cependant, The Donald semble avoir une stratégie différente, qui pourrait (le conditionnel est de rigueur) lui permettre de transformer une défaite momentanée en une victoire finale.
Il s’agit, à bien y regarder, d’un élargissement de la stratégie qui était à l’origine des anciens Accords d’Abraham.
Qui, dans la vision de Trump, devraient s’étendre considérablement. En incluant tous, absolument tous les pays de la région moyen-orientale qui sont, pour une raison ou une autre, hostiles à l’Iran.
Donc les Saoudiens, Oman, les Émirats, le Qatar, Bahreïn, le Koweït.
Mais aussi les Égyptiens, les Syriens d’al-Jolani, les forces libanaises opposées aux chiites du Hezbollah.
Et, surtout, la Turquie d’Erdogan.
Bref, d’une certaine manière, une recomposition du front sunnite. Une réédition de la Fitna, la guerre endémique entre sunnites et chiites, mais, évidemment, sous la direction et le contrôle de Washington.
Et c’est là, pourtant, que le bât blesse.
Car, dans le plan de Trump qui se dessine et se précise, il y a un élément de « perturbation » non négligeable. Israël.
En effet, ce front sunnite, qui devrait combattre et réduire l’influence iranienne dans toute la région, aurait, dans la vision du président américain, pour objectif principal la sécurité d’Israël.
Ou même, d’en constituer la cuirasse.
Et c’est là, évidemment, que le problème surgit. Car Israël est perçu par de nombreux pays sunnites comme une menace. Par la Turquie d’Erdogan, surtout, mais aussi, de façon plus voilée, par l’Égypte d’al-Sissi.
Et les pays mêmes de la péninsule arabique semblent bien conscients que s’engager trop officiellement dans la défense d’Israël serait mal vu et mal supporté par leurs populations. Avec le risque d’émeutes ou même de révoltes internes.

Et puis, il y a aussi le problème d’Israël lui-même. Ou plutôt du dessein du gouvernement Netanyahu de donner naissance au Grand Israël. En soumettant, ou mieux encore, en chassant les Arabes d’une vaste région.
Un dessein qu’aucun gouvernement arabe ne saurait accepter. Même s’il était soumis à Washington.
The Donald a, quoi qu’il en soit, son projet en tête. Et il fera tout, dans les mois à venir, pour le réaliser. Ou, du moins, pour commencer à le mettre en œuvre.
Ce qui arrivera réellement, il est difficile de le dire pour l’instant.
Il est certain que le patriarche Abraham aurait sans doute quelque chose à redire depuis sa tombe, hypothétique et silencieuse.
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samedi, 23 mai 2026
Sun Tzu, Mao et Thucydide: la stratégie de la Chine contre les États-Unis

Sun Tzu, Mao et Thucydide: la stratégie de la Chine contre les États-Unis
La forme du prochain conflit
Oğul Tuna
Source: https://www.multipolarpress.com/p/sun-tzu-mao-and-thucydi...
Oğul Tuna explique comment Pékin détermine de plus en plus le rythme et le terrain de la confrontation mondiale émergente, même si Washington conserve encore une puissance considérable.
La récente rencontre à Pékin entre le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping était vivement attendue car on devinait que cela allait être un moment « historique ». Le traitement froid réservé à Trump par Xi en octobre 2025 et l’attaque contre l’Iran en février 2026 avaient suscité des doutes quant à la tenue même du sommet.
Pourtant, au final, le président américain a atterri à Pékin le 13 mai. Depuis la cérémonie d’accueil, à laquelle Xi lui-même n’a pas assisté, jusqu’aux déclarations des deux dirigeants par la suite, le sommet s’est révélé être un événement marqué par le symbolisme et la rhétorique.
A la date du 17 mai, il était difficile d’être d’accord avec les analystes occidentaux qui qualifiaient la rencontre de « montagne donnant naissance à une souris ». Oui, le sommet n’a pas abouti à de grandes avancées. Deux puissances engagées dans une rivalité stratégique à long terme n’étaient nullement censées concilier leurs intérêts sur les questions fondamentales où ils s’opposent en profondeur. Pourtant, l’image créée par la posture des deux leaders — en particulier la communication contradictoire du côté américain — révélait autre chose: Trump et Xi ressemblent à des versions modernes de Mikhaïl Gorbatchev et Ronald Reagan, façonnés par les conditions politiques et sociales d’aujourd’hui. Xi, en particulier, a donné le ton de l’ère à venir avec des remarques rappelant la célèbre déclaration de Reagan: «M. Gorbatchev, détruisez ce mur!». L’hégémon est épuisée, la Chine façonne les conditions de la confrontation, et la rencontre entre les deux dirigeants a été moins une avancée qu’une pause.

« L’hégémon épuisé » à Pékin
En utilisant l’expression créée par le spécialiste de la politique étrangère chinoise Hüseyin Korkmaz, même le voyage de « l’hégémon épuisé » vers Pékin portait une signification symbolique énorme. Les États-Unis restent puissants et peut-être toujours la force dominante dans le monde, mais ils ne peuvent plus gérer seuls les crises mondiales. Pour cette raison, Washington cherche un terrain d’entente avec la Chine afin de réduire ses charges.
Cette position elle-même contient une contradiction. À l’image de Gorbatchev, Trump a d’abord tenté de renouveler et de purifier l’empire pour le préserver. Ses premières démarches en politique étrangère reflétaient une tendance isolationniste et un désir de se replier vers une stratégie continentale américaine. Après tout, la menace principale se trouvait dans le Pacifique, c’est-à-dire face à la Chine elle-même. Pourtant, à la surprise de nombreux bureaucrates, diplomates et experts en relations internationales, l’administration américaine s’est retrouvée plus profondément embourbée au Moyen-Orient que jamais auparavant, même en se préparant à se retirer de la région. Ainsi, alors qu’elle se préparait à la confrontation avec la Chine — le véritable « dernier boss » du jeu géopolitique — Washington s’est plutôt rendu à Pékin pour discuter de l’Iran, de Taïwan et des guerres technologiques.
Tout au long de ce processus, Xi a agi de manière à rappeler Sun Tzu, le stratège chinois vieux de vingt-cinq siècles, et son principe selon lequel « le côté victorieux détermine les conditions de la victoire avant que la guerre ne commence ». Le cadre était Pékin. Le rythme appartenait à Pékin. Les grands thèmes à l’agenda n’étaient plus uniquement dictés par Washington. Même avant le départ de Trump pour la Chine, les missions diplomatiques chinoises avaient affiché des slogans associés au principe premier de la Guerre froide, celui de la « coexistence pacifique », reflétant précisément cette atmosphère. Dans ce contexte, les images que Xi projetait en la présence de Trump — et le comportement exceptionnellement mesuré, poli et respectueux de Trump envers la Chine — portaient une signification à tous les niveaux.

Trois dossiers : Iran, Taiwan et technologie
La Chine n’a pas laissé sans réponse les messages plus doux de Washington. Pourtant, derrière l’image amicale à Pékin se cachaient les réalités propres au détroit d’Ormuz, à la question de Taïwan, à des éléments tels les terres rares, à l’intelligence artificielle, à l’espionnage et aux conflits portant sur les chaînes d’approvisionnement. Ces enjeux montrent que la rivalité sino-américaine a évolué au-delà de la simple compétition militaire ou diplomatique pour devenir une lutte pour les systèmes d’infrastructure et de technologie eux-mêmes.
L’attente principale de Trump vis-à-vis de Xi était sans doute d'obtenir une aide relative à l’Iran et la réouverture d’un espace de respiration pour l’économie mondiale. Cela a clairement révélé que les États-Unis ne peuvent plus résoudre toutes les crises seuls, surtout les crises susceptibles de produire des répercussions massives, comme celle d'Iran. Pourtant, la Chine ne souhaite pas agir en tant que « sous-traitant » des États-Unis ou d’un autre acteur. Pékin cherche plutôt à préserver son propre rôle de bâtisseur de l’ordre international.
Le message le plus dur des discussions — celui que personne n’avait anticipé — est venu de Xi lui-même. Le leader du Parti communiste chinois, habituellement reconnu pour son ton calme, mesuré et constructif, a évoqué le concept du « piège de Thucydide », qui inspire des discussions dans d’innombrables articles et langues. Nommé d’après le stratège grec antique Thucydide, ce concept décrit le risque de guerre qui surgit lorsqu’une puissance montante commence à menacer un hégémon établi. Pourtant, lors du sommet Trump–Xi, cette phrase pointait moins vers une guerre inévitable que vers la question de savoir comment la compétition elle-même sera gérée. La Chine ne cherche ni une escalade immédiate ni une confrontation directe avec les États-Unis. Au contraire, Pékin souhaite mener cette rivalité à son propre rythme, dans un cadre où ses lignes rouges sont reconnues et où prévaut ce qu’il appelle une « stabilité stratégique constructive ».

Malgré son langage constructif, Pékin semble également adapter à notre temps la doctrine de la « guerre prolongée » développée par le fondateur de la République populaire de Chine, Mao Zedong. Cette doctrine, Xi souhaite l'appliquer aux conditions de notre époque. Là encore, la maxime de Sun Tzu selon laquelle « le suprême art de la guerre est de vaincre l’ennemi sans combat »? C'est cette maxime qui lui sert de principe directeur. La Chine ne tente pas de vaincre les États-Unis par une confrontation militaire directe. Elle cherche plutôt à construire un environnement qui réduit progressivement la liberté de mouvement de l’Amérique — sur les plans des terres rares et de l’intelligence artificielle, dans des régions comme le Golfe Persique et la mer de Chine méridionale. L’insistance de Mao sur la lutte prolongée et sa volonté politique complètent cette stratégie. Du point de vue de la Chine, l’enjeu clé n’est pas de savoir si l’Amérique possède le pouvoir, mais combien de temps Washington pourra maintenir ce pouvoir simultanément en Iran, à Taïwan, dans la compétition technologique, et en politique intérieure.
En ce sens, la stratégie de Xi ne consiste pas à défier ouvertement les États-Unis pour provoquer la guerre. Elle consiste plutôt à gagner tranquillement du terrain dans ces domaines qui approfondissent graduellement les problèmes de capacité, de volonté politique et de temps que doit affronter l’Amérique.
Ce n’est pas un piège, mais une instabilité gérée
Comme le suggèrent certains analystes, l’avertissement de Xi concernant le « piège de Thucydide » ne signifie pas que la Chine craint la guerre. L’avertissement montre plutôt le désir de la Chine d’inscrire la compétition dans un cadre à long terme, contrôlé et gérable, favorable à ses intérêts. Pendant ce temps, les cloches sonnent déjà pour Taïwan. Une seule petite étincelle là-bas cet automne pourrait plonger le monde entier dans les flammes.
Quelle que soit la demande des États-Unis, la Chine ne cherche pas à mettre fin à la rivalité. Ce que Pékin désire, c’est une forme de compétition qui reste « mesurée », « gérable » et respectueuse des lignes rouges de la Chine. Les responsables chinois avertissent qu’une mauvaise gestion de la question de Taïwan pourrait mener à « un conflit voire à la guerre », tandis que de leur côté, les États-Unis insistent sur le fait que leur politique reste inchangée et tentent de maintenir un profil bas sur cette question. La remarque de Trump du 15 mai — « Vous savez, nous devons parcourir 9500 miles (15.289 km) pour faire la guerre [à Taïwan]. Je ne cherche pas cela. Je veux qu’ils se refroidissent. Je veux que la Chine se refroidisse » — reflète précisément cette dynamique. Mais il faut aussi se rappeler la célèbre observation de Sun Tzu: «Toute guerre est basée sur la tromperie».
En fin de compte, le sommet de Pékin n’a ni produit la paix ni la réconciliation, mais plutôt un nouvel ensemble de règles pour la compétition. La Chine ne considère pas l’évitement d’un affrontement direct comme une faiblesse. Elle cherche plutôt à utiliser le temps, la géographie et le rythme des crises à son avantage. La même logique s’applique bien sûr aux États-Unis. Pourtant, les réalités matérielles devant nous révèlent un «hégémon épuisé» confronté à une puissance montante qui pointe vers les blocus d’aujourd’hui et déclare implicitement: «Détruisez ces murs!».
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mardi, 28 avril 2026
Crise iranienne: pourquoi il est encore trop tôt pour enterrer Trump

Crise iranienne: pourquoi il est encore trop tôt pour enterrer Trump
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Friedrich Merz s’est exprimé sur la crise iranienne — et a surtout montré une chose: l’Europe ne craint pas seulement la guerre, mais aussi la perte de tout contrôle sur la stratégie américaine.
Merz affirme en substance que l’Iran « humilie » les États-Unis, que Washington ne dispose d’aucune stratégie claire, et que les Américains ne savent apparemment pas comment sortir de cette impasse. À première vue, cela ressemble à une analyse sobre. À y regarder de plus près, c’est surtout un signal politique.
Car, bien entendu, l’Europe a un intérêt massif à ce que le conflit avec l’Iran se termine le plus rapidement possible. Une guerre plus longue au Moyen-Orient toucherait l’Europe plus durement que les États-Unis. La hausse des prix de l’énergie, la fragilité des chaînes d’approvisionnement, la montée des coûts de sécurité et de nouvelles pressions sur le budget retombent principalement sur l’industrie européenne et les contribuables européens. Washington vend du pétrole et du GNL, l’Europe paie la facture.
C’est précisément ici que réside le cœur du problème: ce qui représente pour Bruxelles et Berlin un risque économique peut pour Trump devenir un levier stratégique. Trump agit comme un joueur qui rassemble les risques, déplace les marchés, met la pression sur ses adversaires et maintient la situation ouverte aussi longtemps que cela lui permet d’obtenir de nouvelles marges de négociation.
Premièrement : un conflit iranien prolongé procure aux États-Unis des avantages économiques. L’Europe a besoin d’énergie, les marchés réagissent nerveusement, le GNL et le pétrole deviennent alors des instruments géopolitiques. Washington en tire profit pendant que l’Europe paie. Les États-Unis détiennent le levier le plus fort.
Deuxièmement : le déplacement massif de moyens militaires vers le Moyen-Orient ne témoigne pas d’un manque de direction, mais d’une préparation. Une trêve serait, dans cette optique, non pas un signal de paix, mais une pause opérationnelle : faire le plein des stocks, repositionner les forces, créer des options.
Troisièmement : le conflit iranien offre à Trump une fenêtre pour se sortir de la guerre en Ukraine. Le message serait simple dans ce cas: si l’Europe exige une retenue américaine au Moyen-Orient, alors l’Europe doit aussi assumer la responsabilité en Ukraine. La formule «Ce n’est pas notre guerre» devient alors soudainement acceptable.
Pour Berlin et Bruxelles, cela constituerait un cauchemar. Car l’Europe s’est engagée très largement dans la stratégie ukrainienne, sans disposer des moyens militaires, industriels et politiques pour soutenir ce conflit de manière autonome.
Quatrièmement : un arc de crise permanent, allant du Moyen-Orient à l’Ukraine, affaiblit surtout les opposants de Trump au sein de l’establishment mondialiste. Ceux-ci doivent mobiliser en permanence de nouvelles ressources, stabiliser de nouveaux narratifs et justifier de nouveaux coûts. Pendant ce temps, Trump peut continuer à affirmer qu’il se débarrasse des charges héritées d’une politique interventionniste ratée.
Cinquièmement : au Moyen-Orient, ce ne sont pas seulement des lignes militaires qui se déplacent, mais aussi des actifs, des zones d’influence et des réseaux politiques qui perdent de leur valeur. Ceux qui survivent à une crise et disposent de liquidités achètent plus tard à bon marché. Là aussi, il s’agit de politique de puissance.
Pour l’Europe, c’est amer. Car l’UE s’est habituée à commenter les crises géopolitiques à l’aide de formules morales, alors que d’autres grandes puissances les utilisent comme instruments de puissance. En Europe, on parle de «valeurs», mais on paie en prix de l’énergie, en délocalisations industrielles et en trous dans le budget.
La véritable humiliation ne réside peut-être pas dans le fait que l’Iran dévoile la faiblesse des États-Unis. La vraie humiliation est que l’Europe, une fois de plus, parle d’une crise dont elle supporte les coûts, mais dont elle ne contrôle guère le déroulement.
Trump peut sembler fragilisé. Mais «fragilisé» ne veut pas dire «impuissant». Sa méthode politique consiste justement à transformer le chaos apparent en matière première pour la négociation.
En conclusion : ceux qui déclarent hâtivement que Trump est un «canard boiteux» risquent de découvrir à la fin qu’ils n’ont été que des personnages dans un jeu dont les règles ont déjà été écrites depuis longtemps à Washington.
#géopolitique@affaires_globales_byelena
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mercredi, 22 avril 2026
Institutions internationales: un échec. Seuls les États peuvent résoudre nos problèmes

Institutions internationales: un échec. Seuls les États peuvent résoudre nos problèmes
Par Claudio Risé
Source : Claudio Risé & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/istituzioni-globa...
Quelles règles serait-il préférable d’adopter face aux tensions et disputes internationales dans lesquelles se trouve le monde? Changer de voie n’est pas simple en ces temps-ci, entre des porteurs puissants de projets parfois très singuliers, qui devisent comme si de rien n’était de l’énergie atomique, dans un contexte déjà plutôt tendu. Mais le point faible dans ces disputes n’est pas le seul problème.


La question a été abordée par Nadia Schadlow, chercheuse de pointe en stratégie politique auprès du prestigieux institut Hudson, aux Etats-Unis. Schadlow est, en soi, un exemple de lucidité scientifique qui dépasse sans difficulté les pièges des différences politiques, par exemple en publiant tranquillement l’essai dont je vais parler ici dans la revue Foreign Affairs, le plus anti-Trump des magazines américains, après avoir été une stratège importante lors de la première administration Trump.
«Les changements dans la gestion du pouvoir ne sont jamais faciles», commence Schadlow, et ce qui nous arrive actuellement en est un parmi ceux qui se proposent, à intervalles d’au moins un demi-siècle. Il ne s’agit plus «de questions entre États rivaux», mais carrément d’alternatives sur différentes façons de faire la politique étrangère. Qu’est-ce qui est si important, qui change en ce moment?
«Pour définir une grande partie de l’ère post-Guerre froide — écrit Schadlow — le mot d’ordre jusqu’à présent a été pour tous: d’abord le global», la vision globale, la manière de voir et de traiter les questions internationales. «Les gouvernements nationaux comme toutes les institutions transnationales ont jusqu’ici suivi une seule croyance: seul le global pouvait faire face aux problèmes de notre temps, qui pouvait être, au mieux, considéré comme incertain».
Le secrétaire général actuel de l’ONU, l’espagnol Antonio Guterres, en poste depuis plus de dix ans, représentant des critères suivis jusqu’ici, se plaint du manque de «bon sens» pour le bien collectif. Mais Schadlow remarque que, justement, il faudrait peut-être vérifier si ce n’est pas ce peu de «bon sens» qui maintient tout en l’état, et si cela ne vaudrait pas mieux changer de voie, en arrêtant de sacraliser le global: toutes les initiatives et tous les travaux véritablement indispensables pour éviter les risques les plus graves de la politique internationale.

Que cela ne fonctionne pas, «la déception globaliste», comme l’appelle désormais Nadia Schadlow, a été officiellement certifiée pour la première fois il y a déjà 10 ans, lorsque l’Angleterre a voté en 2016 la sortie de l’Union européenne, annonçant l’insatisfaction croissante, en Europe comme ailleurs, vis-à-vis des institutions supranationales.
Le fait est que, derrière la mise en scène de Trump, remarque Schadlow, on a finalement compris que la solution ne se trouve pas au niveau mondial. Ce sont les États souverains qui génèrent les problèmes (comme avec les industries polluantes), en font l’expérience (par leurs citoyens qui souffrent), et disposent des moyens pour les résoudre (par leurs revenus, infrastructures, services). Seuls les États réellement engagés à défendre leurs intérêts peuvent démêler des questions que, jusqu’ici, les institutions mondiales n’ont nullement résolues.
La forme globale, observe la professeure stratège sans détour, fonctionne passivement pour enregistrer ce qui ne marche pas, le signaler et en discuter, mais ce sont ensuite les États locaux, et non les institutions mondiales, qui ont la responsabilité directe envers les citoyens. «Les processus globaux avancent lentement, quand ils avancent. Les États, en revanche, ont davantage de possibilités d’agir rapidement, avec souplesse et résultats. Même dans les questions de «changement climatique», l’orientation ouverte aux besoins mais aussi aux ressources de l’État permet de mieux respecter ces besoins et ces ressources locales que ne le font les ressources globales».

Et ici, Nadia, la stratège, donne une intuition très fine en soulignant la profondeur des simples mais prometteuses intuitions démocratiques face aux structures gigantesques des institutions globalistes, qui se sont révélées inefficaces face à de nombreux défis cruciaux du 21ème siècle. «Le progrès vient plus facilement par la persuasion, par l’union de la volonté entre les personnes, et par la coopération directe entre gouvernements. Les grandes structures globales se sont en revanche révélées insuffisantes face à de nombreux défis importants du 21ème siècle. Ces actions concrètes produisent non seulement des résultats tangibles et positifs, mais soutiennent et renforcent aussi les valeurs démocratiques, de façon plus convaincante que les structures globales compliquées et prétentieuses». Et elle conclut: «Les États-Unis et les autres États démocratiques doivent cesser de se référer à cet ordre global rigide et trouver leurs propres solutions aux graves problèmes de notre temps».
Applaudissements.
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lundi, 06 avril 2026
Géopolitique de la troisième guerre mondiale

Géopolitique de la troisième guerre mondiale
Alexandre Douguine
De nombreux analystes avancent actuellement l’hypothèse que la troisième guerre mondiale a déjà commencé et que nous en sommes à sa première phase. Que ce soit vrai ou non, nous le saurons dans un avenir proche, mais supposons pour l’instant que cette hypothèse est fondée et tentons d’en examiner les contours géopolitiques.
La signification de la troisième guerre mondiale réside dans un changement radical de toute l’architecture de la politique mondiale. Les institutions internationales existantes depuis longtemps ne correspondent plus à la réalité. Elles sont toujours structurées selon la logique du système de Westphalie et du monde bipolaire. Le modèle de Westphalie repose sur la reconnaissance de la souveraineté de tous les États reconnus au niveau international. L’ONU est bâtie sur le même principe.
Cependant, dans la pratique, au cours des cent dernières années, le principe de souveraineté est devenu une pure hypocrisie. Dans les années 1930, en Europe, un système s’était formé où seuls trois forces étaient souveraines, et de manière strictement idéologique : 1) l’Occident bourgeois-capitaliste (Grande-Bretagne, États-Unis, France, etc.) ; 2) l’URSS communiste ; 3) les pays de l’Axe, avec une idéologie fasciste.
Une telle situation a perduré après la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais un seul de ces pôles idéologiques — le fasciste — a disparu. Cependant, les deux autres — capitaliste et socialiste — se sont renforcés et étendus. Mais là encore, aucun État-nation en soi n’était souverain. Certains étaient dirigés depuis Moscou, d’autres depuis Washington. Le mouvement de non-alignement oscillait entre ces deux pôles.
L’auto-dissolution du Pacte de Varsovie et l’effondrement de l’URSS ont éliminé le bipolarisme, et à partir de ce moment, seul les États-Unis ont été porteurs de la souveraineté. L’ONU et le modèle de Westphalie sont devenus de simples paravents de l’hégémonie mondiale. Ainsi est apparu un monde unipolaire.

Dès les années 1990, il est devenu évident qu’il fallait revoir le droit international au profit soit d’un gouvernement mondial (version libérale de la fin de l’histoire selon Francis Fukuyama), soit d’une hégémonie occidentale directe (les néoconservateurs américains). Les pays européens ont suivi le scénario du gouvernement mondial, en cédant leur souveraineté en faveur de l’UE, en tant qu’étape préparatoire à celui-ci. À leur tour, il a été suggéré discrètement à tous les autres de se préparer à la même chose.
Cependant, au début des années 2000, une nouvelle tendance a émergé: la volonté de restaurer la souveraineté en Russie et en Chine. Moscou et Pékin ont tendu vers la réalisation de la souveraineté non plus comme une fiction, mais comme une réalité. C’est ainsi que la multipolarité s’est manifestée. Désormais, il était proposé que les porteurs de la souveraineté deviennent des États-civilisations — aussi bien déjà constitués (Russie, Chine, Inde) que potentiels (monde islamique, Afrique, Amérique latine). Et c’est ainsi qu’ils se sont constitués en BRICS.
En conséquence — le projet unipolaire est entré en collision avec le multipolaire. Tant les globalistes que les néoconservateurs s’opposaient au multipolarisme. Le potentiel de conflit était évident, et les anciennes normes et règles, encore issues des périodes géopolitiques précédentes, n’étaient plus applicables.
Il n’importe pas de savoir si la troisième guerre mondiale a déjà commencé ou non, mais sa teneur géopolitique est claire : c’est une guerre entre l’unipolarité et le multipolarisme pour une nouvelle architecture mondiale, pour la répartition des centres de décision souverains — soit uniquement à l’Ouest, soit parmi les États-civilisations en pleine montée en puissance.
Donald Trump est arrivé à la Maison-Blanche pour un second mandat en 2024 avec un programme qui laissait penser qu’il adopterait le multipolarisme : refus des interventions, critique des globalistes, conflit direct avec les libéraux, attaques virulentes contre les néoconservateurs, concentration sur les problèmes intérieurs des États-Unis, appel à revenir aux valeurs traditionnelles — tout cela laissait penser que Trump et son administration prendraient partie pour le multipolarisme, tout en cherchant à assurer aux États-Unis des positions aussi avantageuses que possible dans cette nouvelle configuration.

Cependant, très vite, l’administration américaine a commencé à se rapprocher des néoconservateurs et à s’éloigner de sa position initiale. Par la suite, elle a soutenu le génocide à Gaza, poursuivi l’approvisionnement de Kiev en renseignements, capturé Maduro, préparé une invasion de Cuba, et enfin déclaré la guerre à l’Iran avec l’assassinat des dirigeants politiques de la République islamique d’Iran.
La troisième guerre mondiale a été déclenchée par les États-Unis dans le contexte de la préservation, du renforcement et même de l’affirmation définitive du modèle unipolaire de l’ordre mondial. On propose à tous les autres d’être soit des vassaux obéissants, soit des ennemis. C’est avec ces adversaires du monde unipolaire que Washington mène cette troisième guerre mondiale. En jeu, il y a la souveraineté. Il n’existe pas encore une seule puissance capable de faire face de manière symétrique aux États-Unis, c’est pourquoi ceux-ci déploient des actions militaires sur plusieurs fronts simultanément.
Le premier front de cette guerre du monde unipolaire contre un monde multipolaire est l’Ukraine. Cette guerre a été provoquée par les néocons dès l’époque d’Obama, et ce sont surtout les globalistes qui y ont pris part, voyant en la Russie non seulement un obstacle géopolitique à l’établissement d’un gouvernement mondial, mais aussi une menace idéologique. Trump a hérité cette guerre, et il ne s’en réjouit pas vraiment (la Russie étant une puissance nucléaire avec une idéologie conservatrice, contre laquelle le président américain n’a rien à redire). Mais Moscou n’est manifestement pas prête à reconnaître sa vassalité envers Washington, insistant sur la souveraineté et la multipolarité, ce qui est incompatible avec l’hégémonie unipolaire. Quoi qu’il en soit, Washington continue de soutenir le régime de Kiev, tout en transférant l’initiative aux pays européens de l’OTAN, pour lesquels ce conflit revêt un caractère à la fois essentiel et idéologique. Ce front demeure important, et plus Moscou défend sa souveraineté, plus Washington sera dur avec la Russie.

Le deuxième front des États-Unis concerne l’hémisphère occidental: l’enlèvement de Maduro et la prise de contrôle du Venezuela, la préparation d’une invasion de Cuba, des actions contre les cartels au Mexique, en Colombie, en Équateur, etc. En substance, c’est une guerre contre toute l’Amérique latine dès lors qu’un pays tente de résister au diktat direct des États-Unis.
Le troisième front, actuellement à la phase la plus intense, est l’attaque israélo-américaine contre l’Iran, qui a enflamé tout le Moyen-Orient. Cela inclut également la poursuite des opérations militaires de Tel-Aviv à Gaza, au Liban, au Yémen, ainsi que la refonte de toute la carte du Moyen-Orient.
En substance, l’Occident mène actuellement une guerre simultanée contre trois pôles du monde multipolaire (Russie, monde islamique, Amérique latine). À l’ordre du jour, l’ouverture d’un quatrième front — dans le Pacifique. Le conflit avec la Chine est inévitable selon la logique globale des changements en cours dans la politique mondiale.
L’Inde — un autre État-civilisation — adopte encore une position fluctuante et, en raison des contradictions avec la Chine et le Pakistan, penche vers les États-Unis et Israël. Mais pour jouer le rôle de vassal docile, l’Inde, avec son potentiel, ne semble guère adaptée, d’autant plus que la multipolarité constitue la ligne officielle de son gouvernement.
Ainsi, la carte de la géopolitique de la troisième guerre mondiale est esquissée dans ses grandes lignes. La faction du monde unipolaire y est représentée par les États-Unis, l’Occident dans son ensemble et leurs vassaux, y compris le Japon et la Corée du Sud en Extrême-Orient. Ils se battent selon deux scénarios qui ne sont pas totalement identiques: le mondialisme (l’UE et le Parti démocrate des États-Unis) et l’hégémonie américaine directe (les néocons).
Par ailleurs, Netanyahu a dans cette configuration ses propres plans autonomes pour la construction d’un grand Israël, ce qui est difficilement conciliable avec le mondialisme libéral, mais tout à fait soutenu par la Maison-Blanche, les néocons et les chrétiens sionistes. Cependant, dans l’ensemble, cette coalition reste relativement solidaire face au monde multipolaire et, à mesure que l’escalade augmente, elle sera contrainte d’agir de plus en plus de manière unie, en laissant les contradictions internes pour plus tard.

Le camp du monde multipolaire est beaucoup plus dispersé. Ses principaux centres sont la Russie et la Chine. La Russie mène déjà sa guerre en Ukraine, tandis que la Chine évite pour l’instant une confrontation directe. Le monde islamique est divisé, une partie des pays musulmans étant sous contrôle total des États-Unis. L’Iran et le monde chiite en général sont les plus radicaux, ils sont en première ligne de la confrontation contre l’Occident, mais les Iraniens ne comprennent pas encore totalement que d’autres fronts de cette guerre, notamment l’Ukraine, les touchent directement.
La direction de la RPDC comprend parfaitement la situation géopolitique globale, étant la plus ouverte à soutenir la Russie dans la confrontation contre l’Occident sur le front ukrainien.
L’Amérique latine est également fragmentée. Le gouvernement de Lula au Brésil penche vers la multipolarité, tandis que le régime de Milei en Argentine soutient, au contraire, l’axe américano-israélien.
En Afrique, la multipolarité est la plus fortement ressentie par les pays de l’Association du Sahel (Mali, Burkina Faso et Niger). La position leur est proche, tout comme celle de l’Afrique du Sud, de la Centrafrique, de l’Éthiopie et de certains autres pays. Mais aucun d’eux ne possède une position consolidée.
L’Inde adopte une position neutre — d’un côté, en tant que membre du bloc multipolaire, et de l’autre, en raison de ses relations étroites avec les États-Unis et Israël.
Globalement, les forces unipolaires, malgré toutes leurs contradictions internes, sont plus consolidées et ont une vision plus claire de contre qui, pour quels intérêts et quelles valeurs elles combattent. La divergence de priorités et même de visions sur le modèle final de l’ordre mondial souhaité par l’Occident — les États-Unis — ne constitue pas un obstacle à leur stratégie commune, à leur coopération étroite dans le domaine du renseignement, à l’échange de technologies militaires, etc.
De leur côté, le camp multipolaire est beaucoup plus dispersé. Même les pays directement attaqués par l’Occident unipolaire ne se précipitent pas pour intégrer leur potentiel ni pour soutenir directement les autres.
20:43 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, troisième guerre mondiale, alexandre douguine, politique internationale, géopolitique, monde multipolaire |
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Le système wilsonien de Versailles est mort!

Le système wilsonien de Versailles est mort!
Cristi Pantelimon
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621
La guerre en Iran signifie aussi la fin du système wilsonien, œcuménique et internationaliste postulant une « paix mondiale » et une lutte policière contre la guerre.
Une fédération (globale) d’États, dit Carl Schmitt, ne connaît pas la guerre, mais seulement « les exécutions ».
Nous avons vécu un siècle d’exécutions, durant lequel le concept juridique de guerre est revenu à la pré-modernité, avec l’aide de nuances moralisatrices (guerre « juste » contre guerre « injuste »).
Dans ce sens, une discrimination dangereuse a été opérée entre la direction des États (à commencer par le Kaiser Guillaume II) et le peuple (Wilson, dans sa déclaration du 2 avril 1917, disait que les Américains n’avaient rien contre le peuple allemand…).
Nous sommes donc dans le domaine de ces « États voyous », de ces États pirates, qui sont déclarés hors-la-loi. Quelle loi ? La loi… œcuménique, internationaliste mais auto-destructrice de la Société Globale, qui, en théorie, admet tout membre respectant le statut pacifique de la Société, éliminant complètement le sens réaliste que revêt l’idée de conflit.
Mais une paix totale est-elle possible ? Seulement à condition qu’il existe un Sur-État assurant la police globale.
Donc, soit nous créons une Société Globale où les États perdent et où il y a une police (une Garde Globale), soit nous acceptons l’existence des États en tant que sujets du droit international (plus, éventuellement, le déclenchement de conflits entre eux, qui peuvent conduire à la guerre), et alors, les États ne sont plus des « États voyous » et le concept de Garde Mondiale disparaît.
Nous sommes dans cette dernière situation.

Trump détruit le mondialisme parce qu’il n’a plus la capacité d’être la Garde. Mais il mène la guerre, pleinement, même s’il l’habille des vieilles robes de l’internationalisme pacifiste.
Or, la Garde Mondiale n’opère pas dans le système international où le concept de guerre est clairement défini, mais dans un système où les disputes sont internes. Il est évident que l’œcuménisme est mort, car Trump est seul contre l’Iran, qui n’est plus un pirate à punir par la police globale, mais un État avec des intérêts qu’il peut défendre en menant la guerre !
L’internationalisme transforme la guerre entre États en guerre civile, rien de plus. Les conflits ne disparaissent pas, mais sont simplement floutés dans des nuances morales et sont « internationalisés », devenant ainsi « dé-nationalisés ».
Dé-nationaliser un conflit signifie le transformer en conflit global. Cas de l’Ukraine contre la Russie, de l’Iran contre les États-Unis, etc.
En principe, la séparation entre régime et peuple, entre État et nation, reste un artifice de la notion internationaliste de la guerre (le poutinisme contre le peuple russe, les ayatollahs contre le peuple iranien que Trump veut sauver du régime, etc. Bien sûr, les Russes ont aussi leur propre version, avec le régime de Zelenski !).
Attention ! Nous-mêmes pouvons tomber dans cette vision étrange, en admettant que nous n’avons plus d’État, mais un « régime » comme celui de Nicușor Dan ou de Bolojan en Roumanie. Une telle chose est inadmissible en droit international, car c’est un piège de l’internationalisation du concept de guerre…
En somme, le système de la Paix instauré dans les banlieues parisiennes, après la Première guerre mondiale, renforcé à nouveau à Paris après le second conflit mondial, touche à sa fin.
Le groupe BRICS est la version non mondialiste du monde de demain, sans prétentions universalistes, mais faisant appel à des concepts juridiques clairs, qui devront être réajustés et réorganisés dans leur « droit ».
14:06 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, versailles, système wilsonien, politique internationale |
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vendredi, 03 avril 2026
Les États-Unis comme éternel ennemi de l’Europe

Les États-Unis comme éternel ennemi de l’Europe
Raphael Machado
Source: https://telegra.ph/Gli-Stati-Uniti-come-eterno-nemico-del...
Si les États-Unis sont les amis de l’Europe, alors l’Europe n’a pas besoin d’ennemis.
Nous nous sommes habitués à considérer la relation entre les États-Unis et les pays européens, notamment ceux d’Europe occidentale, comme une alliance irréprochable, une véritable amitié entre les peuples. D’ailleurs, le discours dominant parle d’une seule « civilisation occidentale », qui unit l’Amérique du Nord et l’Europe, fondée sur les mêmes « valeurs judéo-chrétiennes ».
Cette perspective, partagée par de nombreux atlantistes et anti-impérialistes, est erronée en raison de sa myopie. Elle repose sur une lecture limitée de l’histoire, qui ne prend en compte que le monde depuis la seconde moitié du 20ème siècle jusqu’aux dernières années.
Ainsi, face aux événements contemporains qui témoignent d’un certain mépris, voire d’une hostilité, des États-Unis envers l’Europe, certains restent stupéfaits. Peut-être les Européens eux-mêmes, mal informés et victimes d’ingénierie sociale, restent-ils déconcertés, sans comprendre ce qui se passe.
Au-delà de la politique étrangère britannique elle-même, qui a toujours été anti-européenne, la fondation même des États-Unis s’est faite dans une perspective anti-européenne. Pour les « pères pèlerins », les pays européens étaient tyranniques, oppressifs et hédonistes. Le papisme était le siège même de l’Antéchrist. Même les pays protestants comme les Pays-Bas étaient critiqués et condamnés comme libertins et insuffisamment religieux.
Extrêmement sectaires, les puritains qui allaient fonder les États-Unis ne considéraient même pas possible de continuer à respirer le même air que les Anglais, les Hollandais et, en général, les Européens d’autres confessions chrétiennes. Le gouverneur de Plymouth, William Bradford, également l’un des premiers écrivains américains, le précise très bien dans son ouvrage Of Plymouth Plantation où il commente, par exemple, que « Satan semble avoir suivi une méthode similaire en ces derniers jours, puisque la vérité a commencé à émerger et à se répandre après la grande apostasie de cet homme du péché, l’Antéchrist papal ».
Il n’est donc pas surprenant que dès le XIXe siècle, les États-Unis fassent leurs débuts sur la scène internationale avec une politique étrangère spécifiquement anti-européenne, visant à forcer l’expulsion des Européens de leurs derniers territoires en Amérique latine afin de remplacer la présence européenne par la leur. L’objectif principal à l’époque était l’Espagne (et dans ce cas, même la foi catholique espagnole jouait un rôle dans la propagande américaine).
Après avoir achevé l’expulsion des Européens (à l’exception des Anglais et, en partie, des Français) des Amériques, la politique étrangère américaine s’est concentrée sur l’ingérence permanente dans les affaires européennes, visant toujours à étouffer l’émergence de toute puissance capable de défier sa force croissante. À l’ombre de l’Empire britannique, qui au début du 20ème siècle commençait déjà à montrer des fissures, les États-Unis ont attisé la Première Guerre mondiale pour liquider quatre empires à la fois: les empires allemand, austro-hongrois, ottoman et russe, et affaiblir également la France et le Royaume-Uni.
La Société des Nations, quant à elle, fut créée pour permettre aux États-Unis d’influencer la politique européenne via les votes de leurs représentants latino-américains, sans que les États-Unis eux-mêmes ne se soumettent à son mandat.
On pourrait ici rappeler brièvement le rôle de Wall Street dans le soutien initial à la montée d’Hitler en Allemagne, mais même sans tenir compte de cet aspect, il est de notoriété publique et bien connu que l’OTAN a été conçue non seulement comme une arme pour tenir l’URSS hors d’Europe, mais aussi comme une structure d’occupation pour garantir la soumission des Européens et cimenter l’occupation militaire américaine du continent européen.
Maintenir l’Europe sous tutelle a toujours été un objectif principal des États-Unis, qu’ils poursuivent encore aujourd’hui.
Il est nécessaire d’insister sur cette dimension historique afin que l’on soit conscient de l’horizon radicalement anti-européen de la politique étrangère américaine. Prenons, par exemple, l’épisode de la naissance de l’euro en 1999. Malgré les critiques répandues contre l’Union européenne et l’euro de la part des souverainistes, on tentait encore parfois d’orienter le projet d’intégration européenne dans une direction qui défierait l’hégémonie économique et financière des États-Unis. Autrement dit, pendant une courte période, on tenta de considérer l’euro comme une possible voie vers la dédollarisation.
Mais juste après la naissance de l’euro, les États-Unis ont lancé une guerre en Europe, bombardant la Serbie sans aucune justification légitime, si ce n’est celle d’écraser les Serbes (alliés historiques de la Russie). L’impact immédiat pour le reste de l’Europe fut un effondrement immédiat de l’euro, car les investisseurs le vendaient pour acheter des dollars, et une baisse significative sur tous les marchés boursiers européens, autrement dit une fuite de capitaux. Un simple dommage collatéral… ou l’intervention en Serbie avait-elle été pensée dès le départ aussi comme un coup contre l’Europe ?
Le moment actuel de tension entre les États-Unis et l’Europe n’est donc pas un simple accroc dans ces relations.
Récapitulons ce qui s’est passé ces dernières années.
Les États-Unis ont convaincu les dirigeants européens d’allumer le feu en Ukraine, avec le Maïdan et la préparation d’une guerre contre la Russie. La réaction russe avec l’opération militaire spéciale a immédiatement entraîné la plus grande vague de sanctions de l’histoire de l’humanité, mais le principal perdant fut l’Europe, qui a perdu l’accès à des sources d’énergie extrêmement bon marché venant de Russie.

L’impact économique fut immédiat, avec une hausse de l’inflation et un ralentissement de l’activité économique. Des pays comme la Bulgarie, la Slovaquie, la Finlande, la République tchèque et la Lituanie ont vu leur PIB diminuer entre 2 et 5 %.
L’attentat contre le gazoduc germano-russe Nord Stream a encore aggravé la situation, en particulier pour l’Allemagne qui, à partir de ce moment, est simplement entrée en récession, avec un PIB en baisse de près de 1% par an jusqu’à la stagnation à partir de 2025. Parallèlement, le secteur industriel allemand s’est réduit, avec une perte d’emplois allant jusqu’à 200.000 unités. Pendant ce temps, bien que l’Allemagne ait réussi à remplacer le gaz russe par du gaz naturel liquéfié, les coûts restent environ 80% plus élevés que le gaz russe, avec des répercussions sur l’économie et les prix.

En d’autres termes, la “locomotive” économique de l’Europe a déraillé. Il s’agit de l’Allemagne même qui, dans la géopolitique classique (que les stratèges atlantistes connaissent très bien), a toujours été considérée comme un allié naturel et complémentaire de la Russie. En effet, depuis au moins 200 ans, l’un des objectifs principaux de la géopolitique atlantiste a été d’empêcher une alliance entre l’Allemagne et la Russie.
Pendant ce temps, très vite, les États-Unis, déjà sous Trump, ont commencé à exercer une pression encore plus forte sur l’Europe, avec la question du Groenland, les droits de douane et les tentatives de faire supporter aux Européens les coûts d’un conflit principalement géré à Washington.
Pour empirer les choses, depuis 2022, les États-Unis ont exercé des pressions pour éliminer tout achat de gaz russe par les Européens. Cet objectif a été pratiquement atteint début 2026. Peu après, les États-Unis ont déclenché une guerre dans le Golfe, provoquant la paralysie de l’industrie pétrolière régionale et une envolée des prix du baril de pétrole. Une grande partie du pétrole, du GNL et de certaines autres matières premières dont dépendait l’économie européenne provenait justement du Golfe…
Si les États-Unis sont les amis de l’Europe, alors l’Europe n’a pas besoin d’ennemis.
Article original : Strategic Culture Foundation
16:59 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, affaires européennes, états-unis, politique internationale |
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vendredi, 20 mars 2026
Glaziev et le nouveau désordre mondial – La guerre contre l’Iran décidera du sort de l’Ukraine

Glaziev et le nouveau désordre mondial – La guerre contre l’Iran décidera du sort de l’Ukraine
Markku Siira
Source: https://substack.com/home/post/p-191254494
L’académicien et théoricien russe de l’économie Sergueï Glaziev analyse la politique mondiale à la lumière des lois économiques de long terme. Sa thèse centrale est que le monde est en train de passer d’un ordre dirigé par les États-Unis à une nouvelle structure intégrale dont le centre se forme en Asie de l’Est et du Sud.
Glaziev rappelle qu’il avait prédit, il y a plus de dix ans, que les États-Unis déclencheraient un conflit mondial pour maintenir leur hégémonie, mais qu’ils finiraient par le perdre. Selon lui, cette prédiction est en train de se réaliser.
Washington a affaibli ses alliés européens tout en renforçant la Chine, devenue la puissance dominante aussi bien sur le plan productif que scientifique et technologique. Dans son analyse, la politique de sanctions et les guerres commerciales menées par les États-Unis ont détruit le système international du commerce et des devises et affaibli le dollar en tant que monnaie dominante mondiale.

L’agression actuelle des États-Unis et d’Israël contre l’Iran s’inscrit, selon Glaziev, dans une trajectoire historique plus large. Il affirme que les États-Unis suivent toujours le plan en cinq étapes élaboré par Zbigniew Brzezinski après la chute de l’URSS, dont le but était la domination globale américaine.
Le plan a commencé avec la prise de pouvoir des nationalistes ukrainiens et l’isolement de la Russie par rapport à l’Europe. Ensuite, il s’agissait de renverser le gouvernement de Moscou, de détruire l’Iran et, finalement, d’isoler la Chine par un blocus commercial. Selon Glaziev, « les services secrets américains ont réussi à insuffler ce plan insensé à leurs gouvernements marionnettes européens », ce qui a plongé l’UE dans une crise socio-économique irréversible.
Cependant, le plan ne s’est pas déroulé comme prévu. En Russie, la menace extérieure a renforcé l’unité intérieure, tandis que la Chine a profité au maximum du pivot de la Russie vers l’Asie.
Aujourd’hui, Washington est passé à la quatrième étape du plan, la destruction de l’Iran, bien que la troisième n’ait pas été réalisée. Cette fois, l’avant-garde idéologique est constituée par les sionistes israéliens, tout comme auparavant par les nationalistes ukrainiens et les revanchards allemands.
L’administration américaine mène une guerre hybride par procuration et n’hésite pas à sacrifier ses alliés, craignant pour sa propre popularité intérieure. Cette stratégie inclut aussi diverses provocations, comme l’attaque contre une base britannique à Chypre ou des frappes sur le territoire de l’Azerbaïdjan. L’objectif est d’étendre le conflit et de fragmenter l’Iran entre ses différents groupes ethniques.
Selon Glaziev, la direction iranienne est consciente de la menace existentielle et prête à se battre jusqu’au bout. En réponse à l’attaque, elle a fermé le détroit d’Ormuz, ce qui risque de déclencher une crise énergétique mondiale. Plusieurs analyses de marché ont averti qu’une fermeture du détroit provoquerait un choc pétrolier majeur.

Cela accélérerait l’inflation, plongerait l’Europe dans la récession et déclencherait une vague de faillites qui se répercuterait sur les marchés de produits dérivés américains et pourrait faire s’effondrer tout le mécanisme d’endettement du pays. Selon des agences de presse, l’Iran envisage un plan permettant à certains pétroliers de franchir le détroit à condition que les transactions se fassent en renminbi chinois.
Déjà, la hausse du prix du gaz a approfondi la crise économique en Europe. Si la Russie interrompait ses livraisons, les gouvernements pro-américains pourraient perdre leur emprise sur l’UE. L’OTAN pourrait se disloquer si le secrétaire général Mark Rutte mettait à exécution sa menace d’une défense collective contre l’Iran – ce que, selon Glaziev, les services de renseignement israéliens cherchent à provoquer par une attaque contre Chypre.
Glaziev envisage plusieurs scénarios pour l’évolution du conflit. Le premier, consistant en un coup d’État et un éclatement de l’Iran, paraît désormais improbable, mais même cela ne sauverait pas les États-Unis de l’effondrement du système du dollar, de l’éclatement des bulles financières et de l’éloignement de leurs alliés.
Le deuxième scénario, et le plus probable, est celui d’un état intermédiaire prolongé, où les combats se poursuivent de façon limitée et où les prix de l’énergie continuent d’augmenter.
Dans le troisième scénario, le plus sombre, les États-Unis et Israël auraient recours à l’arme nucléaire pour détruire l’Iran. Tout le Moyen-Orient deviendrait alors une zone de catastrophe – la peur et l’exode augmenteraient, et « la moitié de la population pourrait fuir », certains se dirigeant peut-être vers l’Ukraine. Glaziev considère toutefois une guerre nucléaire généralisée comme irréaliste et trop destructrice.
Dans le quatrième scénario, l’Iran inflige à Israël des pertes insoutenables, forçant ce dernier à se retirer de la guerre. Cela déclencherait une nouvelle vague d’antisionisme dans la région et remettrait en question l’existence même d’Israël. Dans ce contexte, Glaziev avance la théorie selon laquelle un transfert de population israélienne vers l’Ukraine serait déjà en préparation.
Selon lui, sur la rive droite du Dniepr, en Ukraine, il se déroule actuellement un «génocide des Russes», le «régime nazi de Kiev» libérant la zone pour des réfugiés israéliens en tuant et en déportant les hommes de Dnipropetrovsk, Mykolaïv, Kherson et Odessa.
Le cinquième scénario concerne une implication plus large de l’OTAN et une réponse de la Chine. Si la Chine bloquait Taïwan, les pays de l’OTAN perdraient la plupart de leurs microprocesseurs. Cela ferait éclater les bulles spéculatives autour de l’IA et plongerait tant l’Europe que les États-Unis dans une catastrophe sociale.

Dans tous les scénarios examinés, Glaziev prévoit un approfondissement de la crise économique en Occident. Cela atténuerait la pression contre la Russie et renforcerait la position russe, accélérant la réalisation des objectifs de « l’opération spéciale ».
Mais ici se pose une question incontournable sur le rôle de la Russie elle-même: si l’affirmation de Glaziev sur le transfert de population israélienne en Ukraine est exacte, le gouvernement Poutine participe-t-il alors activement à ce jeu géopolitique cynique, dans lequel des territoires ukrainiens sont «nettoyés» de leur population d’origine pour laisser place à de nouveaux arrivants?
Glaziev entrevoit deux alternatives pour l’avenir de l’Ukraine: soit les Ukrainiens «se soumettent à l’esclavage de leurs nouveaux maîtres et répètent le sort des Palestiniens», soit ils reconnaissent leur origine russe et reviennent vers la Russie. Cette dernière option paraît peut-être plus attrayante, mais dans la pratique, elle signifierait la fin de l’indépendance ukrainienne et le déplacement forcé de millions de personnes vers l’empire russe.
Cela dévoile la dure réalité de la situation: la vie humaine n’est finalement qu’un carburant pour la machine géopolitique. Les États-Unis et Israël utilisent leurs propres citoyens comme des pions tout en détruisant les peuples de la région, les gouvernements européens se vendent à bas prix, et les Ukrainiens et Russes ordinaires paient le prix fort dans le récit des deux camps. Le bouleversement de l’ordre mondial balaie des masses humaines sur son passage, alors que l’ancien pouvoir s’effrite et que le nouveau cherche sa place.
20:34 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, sergueï glaziev, politique internationale, iran |
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Les États-Unis commencent-ils à perdre?

Les États-Unis commencent-ils à perdre?
Alexandre Douguine
Animateur: Le sujet principal de cette émission reste sans aucun doute inchangé et, à l’évidence, il nous accompagnera encore longtemps. Il s’agit de la guerre dans le golfe Persique, de la guerre au Moyen-Orient. On ne peut plus appeler cela autrement: ce n’est plus juste un conflit, ni un dérapage temporaire — c’est une véritable guerre. Puisque nous avons l’intention de l’analyser en détail, permettez-moi de vous demander: à votre avis, tout ce qui se passe actuellement dans la région, cela doit-il être pris au sérieux et pour longtemps ?
Alexandre Douguine : À mon sens, dans notre monde volatil, où tout est sur le fil et ne tient qu’à un cheveu, nous pouvons être confrontés aux retournements les plus incroyables. C’est pourquoi je ne crois à aucune analyse qui affirme: «cela va durer, nous le savons avec certitude» ou «cela va se terminer bientôt, nous en sommes sûrs». Je ne prends pas une telle responsabilité. Je pense qu’il faut suivre les événements, essayer d’en comprendre le sens et voir comment ils se déploient. Les prévisions selon lesquelles tout se terminera dans six mois ou durera éternellement tombent constamment à l’eau. Il me semble irresponsable de faire de telles prédictions. La guerre continue, tout simplement, elle n’est pas terminée.
Comparons: Trump avait l’intention de la finir en quelques heures, puis en quelques jours, mais elle dure déjà depuis deux semaines et se déroule de façon tout à fait différente de la guerre des 12 jours entre Israël et l’Iran qui avait eu lieu il y a moins d’un an, avec la participation des États-Unis. C’est une autre guerre sous tous les aspects, incomparablement différente de la précédente. C’est une guerre radicale qui a déjà causé à l’Iran des pertes colossales: presque toute la direction religieuse, politique et militaire du pays a été éliminée, des gens sont morts, les villes et infrastructures économiques iraniennes subissent des bombardements massifs. À cela, l’Iran répond par une résistance sans précédent: il ne se rend pas et, surtout, il ne se met pas à négocier avec l’agresseur. L’Iran bombarde régulièrement et massivement Israël. Cette information est censurée, car la majorité de la presse américaine est du côté des États-Unis — ils sont partie prenante du conflit — et donc l’Amérique cache la réalité de la situation en Israël. Israël se transforme progressivement en Gaza, c’est-à-dire que de plus en plus d’objectifs économiques, militaires et civils y sont détruits.


Une véritable insurrection couve donc, et je n’exclus pas qu’on assiste à un changement de régime non pas en Iran, mais en Israël — justement parce que Netanyahou a disparu et qu’on tente d’expliquer son absence. Parfois, il s’agit manifestement de fake news, parfois c’est difficile à dire, mais quoi qu’il en soit, il se passe quelque chose en Israël: avec Ben-Gvir, Netanyahou, la société, la stratégie militaire et simplement la population — dont on ne sait encore rien. Selon les informations fragmentaires, fortement censurées en Occident, Israël se transforme peu à peu en Gaza. Les missiles iraniens arrivent, traversent le « Dôme de fer » et atteignent leurs cibles. Lesquelles exactement? À quelle échelle? Il est impossible de le dire précisément. Les Iraniens avancent leur point de vue, l’Occident le sien. Il semble que les dégâts subis par Israël sont bien supérieurs à ce qu’on estimait ou annonçait en Occident, même s’ils restent moindres que selon les sources iraniennes. La vérité se situe quelque part entre les deux, mais ce sont déjà des pertes très sérieuses, qu’Israël n’avait certainement pas prévues lors de la première guerre de 12 jours contre l’Iran. Quant à la profondeur de ces pertes, il est encore difficile de se prononcer, mais il est évident que l’Iran a appliqué une tactique très efficace: il a fermé le détroit d’Ormuz, frappé les principaux pôles économiques et de communication dans les pays arabes, touchant des ambassades américaines, des centres de renseignement et des infrastructures énergétiques.

C’est-à-dire que l’Iran, n’ayant pas les moyens d’atteindre ses principaux adversaires — les États-Unis — faute de puissance suffisante, a porté des coups très efficaces sur des bases et objectifs militaires locaux d’où partaient les attaques contre lui, modifiant ainsi profondément l’équilibre des forces dans la région. Cela ne s’est pas produit seulement sur le plan militaire, mais aussi économique. Le blocage du détroit d’Ormuz, ainsi que la possible fermeture par les Houthis du détroit de Bab el-Mandeb — l’accès à la mer Rouge — met en péril tout le système énergétique mondial.
Les deux gazoducs russes Nord Stream ont été sabotés par les Américains, via leurs satellites ukrainiens, le monde était déjà privé du pétrole russe par de lourdes sanctions, et voilà qu’il perd une deuxième source d’hydrocarbures — le Moyen-Orient, désormais bloqué. C’est un coup colossal pour l’économie mondiale, qui commence déjà à se faire sentir. En d’autres termes, l’Iran a choisi une méthode de guerre qui oblige réellement l’adversaire à réfléchir à ses actes.
Et là, on voit des signes de panique à la Maison Blanche, car Trump change d’avis plusieurs fois par jour. Un coup il fanfaronne qu’il va résoudre seul le problème iranien, un autre il appelle tout le monde à l’aide: «venez, aidez-nous à patrouiller pour protéger les pétroliers dans le détroit d’Ormuz», et il invite — tenez-vous bien — la Chine. Donc, pas seulement les pays européens, qu’il a récemment insultés, mais aussi la Chine, qui devrait réparer les conséquences de son agression totalement injustifiée contre l’Iran. Et que voit-on? Tout le monde refuse. Certains hésitent: Starmer, Macron, Merz — tantôt ils envoient des navires, tantôt non. Maintenant, même Meloni refuse de participer, alors qu’elle était pourtant une alliée de Trump. On a l’impression que Trump ne sait plus ce qu’il fait.
De plus en plus de messages circulent sur les réseaux sociaux américains: «Nous sommes gouvernés par un fou, un maniaque sénile, un paranoïaque». Et si l’on se souvient de l’affaire Epstein, le tableau devient franchement terrifiant — à la tête d’une puissance nucléaire se tient un maniaque imprévisible, dont les propos et les actes échappent à toute logique, même élémentaire. Il décide une chose le matin, une autre l’après-midi, une troisième le soir, et le lendemain tout recommence. Cela vaut aussi pour sa politique des droits de douane et des sanctions. On a l’impression qu’à la tête de la plus grande puissance mondiale s’est retrouvé un homme gravement malade, mentalement instable, traînant derrière lui un «passif» criminel effrayant.
Comment alors prévoir la suite? Tout a commencé avec un calcul: que l’Iran finirait vite par négocier aux conditions américaines, reconnaîtrait sa défaite et accepterait les exigences des États-Unis. Mais il s’est passé tout le contraire. Des forces bien plus radicales sont arrivées au pouvoir. C’est aujourd’hui le Corps des Gardiens de la Révolution islamique qui mène la guerre — des gens sans pitié, ayant perdu leurs guides spirituels, politiques, leurs enfants.

Et l’Iran, à mon avis, tiendra jusqu’au bout. Mais qu’est-ce que cela signifie, «jusqu’au bout»? Personne ne le sait: frappes nucléaires? Opération terrestre? Aura-t-elle un effet? Impossible à dire. Israël survivra-t-il, existera-t-il encore un certain temps ou disparaîtra-t-il simplement dans un futur proche? Car si l’on compare Israël à l’Iran, a fortiori au monde islamique, on comprend que ce n’est qu’une petite base militaire américaine — très active, très agressive — mais ce n’est ni un pays, ni un État, ni une civilisation. C’est une sorte de réseau qui survit en manipulant d’autres pays: l’Amérique via ses lobbys, l’Europe, et le monde arabe.
Si ce conflit devient de plus en plus "civilisationnel" et finit par le devenir totalement, le facteur religieux montant de part et d’autre, je pense qu’on peut supposer avec une certaine probabilité qu’Israël sera rayé de la carte. Cet État, dans son format actuel, n’existe pas depuis si longtemps. C’est en grande partie une construction artificielle, un proxy de l’Occident au Moyen-Orient.
Jusqu’où sera-t-il défendu et que restera-t-il à défendre? Peut-être quelque chose, mais tout prend un tour de plus en plus sinistre, et à mon avis, on s’approche du point où l’une des parties — Israël ou les États-Unis — pourrait lancer une frappe nucléaire tactique sur le territoire iranien. Si l’Iran continue à agir aussi efficacement, il subira bien sûr de lourdes pertes, et ses villes seront aussi frappées, mais regardez une carte: la taille de l’Iran par rapport à Israël, c’est bien moins que Gaza par rapport à Israël. On voit ce qu’Israël a fait de Gaza: des ruines. Théoriquement, transformer Israël en une nouvelle Gaza, c’est possible. D’autant que tous les autres commencent à être entraînés dans cette guerre, directement ou indirectement. Certains affirment qu’ils ne soutiendront pas Trump. D’ailleurs, le Japon a refusé d’envoyer sa flotte en patrouille pour escorter les navires dans le détroit d’Ormuz, et Trump déclare: «ce n’est pas notre problème, nous avons assez de pétrole, si vous en voulez, allez patrouiller vous-mêmes».
C’est lui qui a tout déclenché, qui a frappé l’Iran. Il a provoqué ces représailles qui frappent désormais ses propres alliés — les Émirats arabes, le Qatar, Bahreïn, le Koweït — et maintenant il dit: «je m’en lave les mains, j’ai assez de pétrole, si vous avez des problèmes, défendez vos pétroliers vous-mêmes dans le détroit d’Ormuz». C’est à peine croyable. Nous avons vu divers dirigeants aux États-Unis, en Europe, et même chez nous — certains étaient à la limite de l’équilibre mental, cela arrive. Mais ce que nous voyons aujourd’hui, cet individu à la tête de l’Amérique, c’est vraiment très inquiétant, car il n’y a aucune logique dans ses actions. Il dit une chose aujourd’hui, une autre demain, une troisième le jour suivant. Pour l’instant, il ne s’est pas retourné contre nous, il ne nous a pas encore visés avec sa folie agressive — d’ailleurs, il garde ce thème sous la main. Il estime manifestement qu’il faut agir par étapes.

Déjà deux fronts actifs: l’Amérique latine avec le Venezuela, avec Cuba qu’il prépare à envahir, avec les sanctions et le blocus. Il est plongé dans la guerre du Moyen-Orient, qui n’est pas près de finir, et ensuite il s’attaquera à la Chine sous prétexte de protéger Taïwan. Le dossier ukrainien n’est plus sa priorité. Mais si ses actions agressives réussissaient, tout se rapprocherait à nouveau de nous. Il faut bien comprendre: l’Iran, aujourd’hui, c’est un bouclier pour nous et pour la Chine, car, s'il tombe, après, ce sera notre tour.
Et même pour Trump, lancer une agression sur tous les fronts, même dans son état, ce serait trop. Mais il faut comprendre à qui on a affaire. Toute idée selon laquelle on pourrait s’entendre avec ce système, trouver un terrain d’entente — tout cela s’est effondré. Nous avons essayé, nous avons agi correctement. Lorsque Trump est arrivé, il avait un discours plutôt sensé, il était entouré de gens sérieux et cohérents. Aujourd’hui, il les a tous chassés — les derniers ont été limogés hier. Il dit : « il ne me reste que mon ami Mark Levin, Laura Loomer et Lindsey Graham, et tous ceux qui ne les aiment pas sont détestés par toute l’Amérique, y compris par les conservateurs, de droite comme de gauche». D’abord, ce trio est repoussant physiquement, ensuite ils sont absolument antipathiques, sans aucun charisme. Tous les gens respectables de l’entourage de Trump sont partis ou se taisent: J. D. Vance, Tucker Carlson, Megyn Kelly — tous ont pris leurs distances.
Voilà ce que je veux dire : Trump est dans une impasse. Il faut bien le comprendre. C’est pourquoi sa manière de se comporter, en guerre comme en politique internationale, est extrêmement dangereuse. Nous devons être extrêmement prudents dans une telle situation.
Animateur : Essayons d’en discuter un peu plus en détail, car vos propos soulèvent de nombreux aspects importants. Commençons par l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran et les représailles iraniennes contre les monarchies du Golfe. Selon les dernières informations, le PIB du Koweït et du Qatar a déjà chuté de 14% et continue de baisser: les raffineries ferment, tout le secteur pétrolier régional est en stagnation. Il est évident que l’Iran agit délibérément. Même selon les propos que vous avez cités de Donald Trump, il est d’accord pour dire que les monarchies du golfe Persique, en tant que source de pétrole, ne l’intéressent plus.
Ma question suivante : à qui profite ce conflit, selon vous ? Car les raisons officielles étaient fallacieuses — tout le monde comprend que la question de l’arme nucléaire iranienne n’est plus mentionnée. Comment définiriez-vous l’idée initiale de cet embrasement? Qui devait gagner, qui veut gagner, et comment?
Alexandre Douguine : Il me semble que nous vivons les événements à plusieurs niveaux: géopolitique, économique et idéologique-religieux. On considère souvent que l’idéologie religieuse n’est qu’une lubie, sans importance, car seuls les intérêts matériels comptent. Mais c’est une erreur. Les trois participants de ce conflit sont largement motivés par leur vision de la fin des temps, chacune radicalement opposée.

D’un côté, il y a l’idée du «Grand Israël» que soutient Netanyahou: c’est la guerre des derniers jours, qu’il mène contre l’Amalek — l’Iran. Cette lutte doit mener à la venue du Messie, et des rituels sont préparés pour cela. Le Sanhédrin a été reconstitué, on a importé des vaches rousses qu’il faut sacrifier, on prépare la construction du Troisième Temple. Un grand prêtre est formé, qui ne touche pas terre et qu’on porte sur un palanquin. On prépare la destruction de la mosquée Al-Aqsa, et, il y a deux jours, pour la première fois dans l’histoire d’Israël, les offices religieux ont été interdits pendant le Ramadan. C’est la réalité de la politique israélienne, qui utilise tous les moyens pour avancer son projet messianique.

Le sionisme chrétien dans l’entourage de Trump est aussi devenu une force dominante. Paula White (photo), à la tête des evangelicals dispensationalistes, officie à la Maison Blanche et proclame que la prophétie s’accomplit, que la fin du monde approche, que c’est pourquoi Israël est si important: "prions pour lui et tuons tous ses ennemis", a-t-elle lancé. Il ne faut pas sous-estimer le degré de fanatisme religieux en Israël et aux États-Unis. Autrefois, cela semblait marginal, aujourd’hui c’est un facteur majeur de la grande politique. L’Iran répond de la même façon, voyant en Trump et Netanyahou le Dajjal — l’Antéchrist. Ici, la géopolitique passe au second plan.
Néanmoins, elle a son importance. Si Trump veut imposer l’hégémonie américaine, il souhaite couper les liens économiques entre la Russie et le reste du monde. Il poursuit la politique de Biden: sanctions, interdiction d’acheter notre pétrole, attaques contre nos pétroliers. D’un autre côté, il s’agit de neutraliser le deuxième pôle mondial de production d’énergie: le Moyen-Orient. Les États-Unis ont leur pétrole et leur gaz, qu’ils sont prêts à vendre très cher. Plus le Venezuela, que Trump considère comme acquis avec toutes ses réserves. Voilà une source alternative d’énergie pour le monde — un modèle de domination unipolaire dur.
La façon dont tout cela se déroule rappelle un show postmoderne paranoïaque ou une série sur un tueur sanguinaire. L’association d’une eschatologie radicale, qui anime Israël, d’un affrontement géopolitique et d’un changement d’équilibre énergétique dessine un tableau sombre: la Russie isolée, une deuxième source de ressources neutralisée, tout cela pour permettre à l’Amérique de s’ériger en hégémon mondial dans une ère «messianique».
Animateur : Continuons notre entretien sous un autre angle. Trump doit se rendre en Chine dans moins de trois semaines. D’une part, Pékin est officiellement le principal rival géopolitique des États-Unis. D’autre part, Washington ne peut s’en passer: la Chine est la source des ressources clés et des terres rares. Sans elles, l’industrie américaine — de l’aviation au high-tech — ne peut fonctionner.
À votre avis, comment pourraient-ils résoudre ce dilemme à Washington et à Pékin? Que peut changer cette visite? On dit même que la Chine pourrait forcer les États-Unis à revoir leur politique au Moyen-Orient, en utilisant sa base de ressources comme levier. Qu’en pensez-vous?
Alexandre Douguine : D’abord, Trump a déclaré aujourd’hui qu’il n’ira pas en Chine: son agenda change. Ce qui était prévu dans trois semaines est repoussé, car les événements évoluent à la minute près. Tout récemment, sur les réseaux sociaux occidentaux, il a dit qu’il n’ira pas tant que les Chinois n’enverront pas leurs navires d’abord.
Il y a une part de rationalité: la Chine est un énorme pôle du monde multipolaire, qu’il faut considérer, comme la Russie, pour des raisons économiques, politiques, militaires, nucléaires. Mais de toute évidence, Trump ne veut pas le faire. Il ne veut tenir compte de rien ni de personne — ni des puissances de second plan, ni de celles de premier plan. Mais il ne se risque pas encore à un conflit direct avec la Chine: quelque chose le retient — peut-être un reste de raison. Il n’est pas prêt à s’aventurer sur cette glace.

Dans sa vision, le monde est égocentrique: il n’y a qu’un seul centre de décision — lui-même. C’est une forme sévère de paranoïa: il se croit tout-puissant et le reste du monde doit obéir. Si quelqu’un ne s’y plie pas, cela le met en rage, il veut se venger et briser l’opposant. Avec les plus faibles, il y parvient: il a réussi avec Maduro, à éliminer tout le leadership iranien, à soutenir Israël dans la destruction de Gaza, à mettre la main sur Cuba, à humilier ses partenaires européens. Là où il peut exercer un pouvoir absolu, il le fait.
Il voit l’Inde et le Japon comme des Etats esclaves. L’expérience de l’île d’Epstein — la règle de la domination absolue sur des victimes — a forgé chez lui ce comportement monstrueux et criminel. Trump agit comme s’il était entouré de victimes d’Epstein: dociles, sans droits, qui ne se défendront pas. Epstein, pour éviter que ses victimes ne mordent, leur faisait arracher les dents ! Trump a participé à ces orgies pédophiles. Qu’a-t-il dans la tête? Avec qui avons-nous affaire? L’Amérique est désormais terrifiée par cela.
C’est à cette psychologie que nous avons affaire. Comment voit-il la Russie et l’Iran? Il nous voit, nous et la Chine, comme des concurrents très dangereux, témoins de ses crimes, capables de réagir. Je pense qu’il nous déteste vraiment. Mais quelque chose l’empêche d’attaquer frontalement: trop de choses dépendent, dans l’économie, le militaire et la politique, de la Chine et de la Russie. Il a aussi un autre front de travail. Ou peut-être plus d’ailleurs, je pense à l’Europe.
Animateur : Vous avez déjà abordé la question de l’Europe, qui se retrouve à nouveau dans une position très étrange. D’abord Trump demandait l’aide des Européens, puis il s’est offusqué que Starmer ait proposé de l’aide «au mauvais moment», etc.
À votre avis, l’Europe a-t-elle aujourd’hui la moindre qualité de sujet politique — non seulement dans ses relations avec Trump, mais aussi dans le contexte de la guerre dans le Golfe, dont elle est la première victime? A-t-elle encore la capacité d’influencer les vicissitudes politiques actuelles?
Alexandre Douguine : L’Europe, si l’on poursuit la métaphore de l’île d’Epstein, fait figure de complice, de garde ou d’homme à tout faire dans ces crimes monstrueux. Elle dispose d’une liberté très limitée, mais en réalité, elle n’est qu’un employé de cette île. Elle n’est pas le principal criminel, mais pas non plus une victime complète. Au fond, elle aimerait faire partie de la «première ligue», mais sait qu’à tout moment elle peut être rejetée et devenir une victime. Le Premier ministre belge parlait de différence entre vassal et esclave, mais en réalité, elle n’existe pas: on traite le vassal avec respect en exigeant une soumission totale, l’esclave, lui, on le traite sans aucun respect. Voilà la situation de l’Europe. Si Trump voulait la féliciter, il l’appellerait «fidèle vassale», ce qu’il fait parfois quand il est de bonne humeur. S’il se fâche, il traite ses employés comme des esclaves — il ne tape pas sur la joue, il mord, il frappe, il leur jette un cendrier à la tête.
La position de vassal-esclave est telle: le maître a changé, c’est un fou, mais que faire? Attendre qu’on l’interne, saboter peu à peu, refuser d’exécuter des ordres criminels. Mais alors on est licencié ou on devient victime. Les marges de manœuvre de l’Union européenne sont faibles: ils rêvent que cet enfer se termine, que le maniaque parte, qu’ils redeviennent de fiers vassaux. Pour l’heure, Trump les traite comme des esclaves rebelles, ils essaient de résister, d’échapper à la traque sur l’île d’Epstein, devenant eux-mêmes les victimes des forces avec lesquelles Trump fait ce qu’il veut.
On assiste à la perte de statut de sujet politique chez tous ceux avec qui Trump traite: il est le seul sujet, tous les autres sont des objets. Ceux qu’il peut transformer en choses, humilier, tuer ou violer — il le fait. Mais l’Europe occupe une position intermédiaire: ce sont aussi des «invités» de l’île, qui peuvent à tout moment devenir victimes, passant de bourreaux à victimes. Nous, la Chine et le grand Iran, qui fait la preuve de sa dignité et de son refus d’être transformé en objet, refusons cette ablation de notre statut de sujet — nous nous opposons à ce maniaque déchaîné. Notre potentiel, notre arsenal nucléaire stratégique, notre économie, notre volonté, notre président, notre peuple attaché aux valeurs traditionnelles et non à celles d’Epstein, font barrage. Nous affirmons notre souveraineté, refusons le rôle de vassaux, même choyés. Nous avons déjà essayé ce rôle dans les années 1990 et savons comment cela se termine.

Toute négociation avec nous ou avec la Chine est pour Trump une épreuve psychologique, car il y rencontre des sujets. Nous désubjectiver n’est pas si simple, et c’est là son problème. Nous devons donc, en soutenant au maximum l’Iran, élaborer une contre-stratégie, car un tel ordre mondial doit être empêché: il faut réfléchir à comment neutraliser ce forcené et le mettre en sécurité. Beaucoup ont discuté de la clairvoyance de notre président quand il disait que Kamala Harris serait mieux. On croyait à l’ironie, pensant que Trump tiendrait ses promesses. Or, notre président avait vu juste. Il est remarquablement lucide et visionnaire. Ce que nous vivons aujourd’hui est une catastrophe mondiale: on est au bord de la guerre nucléaire parce qu’à la tête d’une grande puissance se trouve un individu manifestement dérangé, avec des idées folles, une psyché délabrée, une démence évidente. C’est dangereux pour tous, il faut penser à s’en protéger. D’ailleurs, l’Europe devrait se tourner vers nous, car nous sommes prévisibles.
Animateur : Permettez-moi de poursuivre sur cette note. Si l’on laisse de côté la personnalité de Trump, on constate que ce qui se passe au Moyen-Orient — la crise énergétique et économique — conduit inévitablement l’Europe à une catastrophe totale. Tous les experts l’écrivent. Les Européens vont à l’abattoir comme des agneaux.
J’aimerais savoir pourquoi ils agissent ainsi: est-ce le résultat de l’incompétence et de la dégradation des élites, qui ne voient pas que cette crise ne leur apportera que misère et effondrement, ou bien s’agit-il d’une trahison consciente des instances de l’UE, comme von der Leyen et consorts, qui savent très bien où cela mène mais continuent? À votre avis, qu’est-ce qui motive réellement la position suicidaire de l’Europe?
Alexandre Douguine : Ils n’ont tout simplement pas le choix. En ont-ils un? Ils ne sont qu’une partie de ce système, de simples employés.
Animateur : Mais ne pourraient-ils pas se révolter contre Trump, soutenir l’Iran, la Russie, la Chine, etc.? L’imaginez-vous?
Alexandre Douguine : Non, bien sûr que non. Voyez-vous Macron — ce politicien dont on ne connaît même pas l’orientation — ou le collaborateur de «BlackRock», ce Merz, qui ressemble à Himmler dans un mauvais rêve posthume, ou l’ahuri Starmer — pensez-vous qu’ils défendront la souveraineté européenne? Tous ceux qui auraient pu aller dans ce sens — Schröder en Allemagne, Mitterrand ou Chirac en France — ont disparu. Ceux-là étaient souverains: certes, ils jouaient selon les règles occidentales, atlantiques, mais ils avaient une vraie autonomie.


Depuis, il y a eu une rotation des élites européennes, qui sont devenues totalement subalternes. Ce sont peut-être des personnalités vaniteuses, mais elles ne reflètent ni les intérêts des sociétés européennes, ni la géopolitique européenne. Elles sont en fait parties intégrantes du système américano-centré, sans aucune liberté. Les leaders globalistes américains présentaient cette dépendance des élites européennes sous une forme polie: on parlait de multilatéralisme, de l’importance de l’avis des partenaires. C’est comme un répondeur: «votre avis nous intéresse», mais en réalité, gardez-le pour vous.
Animateur : Alors, est-ce de la bêtise ou de la trahison ?
Alexandre Douguine : C’est le résultat d’un long travail : cela ne s’est pas fait en un jour. Ce n’est pas seulement de la bêtise ou de la trahison — l’Europe a en fait perdu sa souveraineté après 1945. Dès que les États-Unis sont devenus superpuissance, ils ont pris en charge les principaux problèmes politico-militaires, puis économiques de l’Europe, et les prérogatives de l’Ancien Monde n’ont cessé de diminuer. Bien sûr, les dirigeants européens ont souvent tenté de s’émanciper de cette hégémonie américaine pour faire de l’Europe un acteur souverain avec ses propres intérêts, objectifs et valeurs — souvenez-vous de De Gaulle, qui était sorti de la structure de l’OTAN. Mais cela n’a jamais marché, car Washington disait: «Pourquoi vous séparer? Nous partageons les mêmes valeurs, vous êtes nos partenaires». On les appelait partenaires, mais en réalité, ils restaient des vassaux, traités «gentiment». «Pas besoin d’affirmer votre identité, c’est notre affaire, nous pensons pour vous». Comme on disait en Allemagne: «laissez tomber la conscience, le Führer pense pour vous» — aujourd’hui, c’est pareil: «dirigeants européens, Washington pense pour vous».
Ils en sont arrivés à ce qu’un maniaque prenne la tête du système. Bien sûr, ils ne s’attendaient pas à se retrouver sous la coupe d’un dirigeant totalement fou, qui se met à les humilier publiquement. Il leur enlève l’énergie, et quand on lui demande pourquoi, il répond: «parce que j’en ai envie, il n’y a plus de droit international, seulement moi et ma morale». Si vous voulez du pétrole, allez vous battre dans le détroit d’Ormuz contre les Iraniens, ce n’est pas mon affaire. Il peut très bien déclarer bientôt: «j’ai gagné, l’Amérique a infligé un coup décisif, l’Iran n’existe plus, je m’en lave les mains». Et tout continuera: bombardements sur Israël, explosions de nouvelles bases, mais Trump affirmera que tout cela, ce sont des fake news. Il dit déjà que tous les dégâts subis par Israël, c’est de l’intelligence artificielle, qu’aucune roquette n’a percé le «Dôme de fer», que tout va bien. Dans ce monde halluciné et solipsiste, il peut proclamer la victoire, et l’Europe aura à en gérer les conséquences.
Où irait-elle? Son degré de liberté est nul. Ces dirigeants n’aiment pas Trump, et qui pourrait l’aimer? À voir Melania Trump, on se demande: que se passe-t-il dans sa tête, avec qui a-t-elle partagé sa vie? C’est terrifiant. Comment aimer un tel homme? On peut le supporter, si l’on est en esclavage, mais pas plus. Son air sévère témoigne qu’elle sait que la situation est très mauvaise, qu’elle est une victime. Peut-être essaie-t-elle même de lancer des signes quand elle dit «je suis médium, visionnaire» — en réalité, elle crie «sauvez-moi».
Animateur: Alors elle en sait beaucoup plus que nous…
Alexandre Douguine : Elle en sait assurément plus, et ce savoir lui gâche la vie. Mais laissons-la. Quant à l’Europe, elle se retrouve dans la position non d’une épouse aimée, mais de quelqu’un de bien plus malheureux sur cette île d’Epstein qu’est devenu l’Occident. Les dirigeants européens sont «coincés»: ils ne voulaient pas cela, rêvaient d’un autre statut, voulaient fixer les règles, mais n’y sont pas arrivés. Je n’ai aucune pitié pour eux — ils méritent ce qui leur arrive, et même pire. Nous, nous devons ne compter que sur nos propres forces, gagner cette guerre, nous rapprocher de nos alliés — Iran, Corée du Nord, Chine — et chercher d’autres partenaires pour un monde multipolaire. Il faut convaincre tous ceux qui ont encore un minimum de souveraineté de ce qui les attend s’ils laissent perdurer cette hégémonie, et bâtir notre monde multipolaire.
Si des révolutions surviennent en Europe et que les élites libérales et mondialistes sont renversées, tant mieux, je pense que nous leur tendrons la main, y compris un «pipeline» de secours, voire plusieurs. Mais pour cela, ils doivent d’abord se sortir eux-mêmes de la dépendance où ils se trouvent. Les peuples d’Europe souffrent deux fois: ils sont gouvernés par des maniaques qui eux-mêmes obéissent à un maniaque encore pire. Imaginez leur sort! Le pire, c’est qu’on ne les nourrit même plus. Autrefois, les vassaux et esclaves étaient au moins nourris, maintenant le maître a cessé de le faire, et les autres ne veulent pas s’en charger. Epstein et Bill Gates discutaient jadis de ce qu’il fallait faire des pauvres, et sont arrivés à la conclusion qu’il fallait s’en débarrasser. Peut-être est-ce ainsi que ce plan est mis en œuvre.

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vendredi, 13 mars 2026
La sagesse de la République populaire de Chine face à l’instabilité mondiale

La sagesse de la République populaire de Chine face à l’instabilité mondiale
Luca Bagatin
Source: https://amoreeliberta.blogspot.com/2026/03/la-saggezza-de...
En marge de la quatrième session de la 14ème Assemblée nationale populaire, qui s’est tenue à Pékin, le ministre chinois des Affaires étrangères a répondu, lors d’une conférence de presse, aux questions relatives à la position de la République populaire de Chine en cette période de grande turbulence internationale.
Concernant les relations entre la Chine et les États-Unis, le ministre Wang a expliqué qu’aucune des deux parties ne peut remodeler l’autre, mais que les deux doivent s’efforcer d’interagir de manière constructive, en éliminant les interruptions inutiles dans leurs rapports.
Tout en critiquant fermement les actions militaires américaines au Moyen-Orient, le ministre Wang souhaite stabiliser les relations avec Washington.
Il a affirmé que la Chine ne partage pas la logique de la « co-gouvernance des grandes puissances », mais qu’il faut tenir compte du fait qu’il y a plus de 190 pays sur la planète et que l’Histoire mondiale doit être écrite collectivement par toutes les nations. L’avenir de l’humanité – selon le ministre Wang – doit donc être créé conjointement par les peuples de tous les pays.
La position chinoise se fonde sur la « diversité et la coexistence », qui sont les fondements mêmes de la nature de la communauté humaine, et il a affirmé que la coexistence multipolaire est la forme la plus appropriée pour le paysage international.
Le ministre a rappelé que l’Histoire nous enseigne que la rivalité entre grandes puissances et l’affrontement entre blocs ne mènent qu’à la souffrance et aux désastres pour l’humanité.
C’est pour cette raison que la Chine ne souhaite pas suivre le principe selon lequel «une nation forte est destinée à rechercher l’hégémonie».

Les lignes directrices de la politique étrangère chinoise resteront fondées sur la construction d’un monde «multipolaire, équitable et ordonné». «Équitable», a expliqué le ministre Wang, signifie que les pays, quelle que soit leur taille ou leur puissance, doivent être considérés comme des membres égaux de la communauté internationale. «Ordonné» signifie que tous les pays doivent respecter les règles internationales reconnues, c’est-à-dire les buts et principes de la Charte des Nations unies et les normes qui régissent les relations internationales.
Selon le ministre Wang, pour construire un ordre multipolaire, les grandes puissances, dotées de plus de ressources, doivent assumer davantage de responsabilités afin d’atteindre ces objectifs d’équité et d’ordre.
Concernant l’agression des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, le ministre a souligné, citant un ancien proverbe chinois, que «les armes sont des instruments menaçants et ne devraient pas être utilisées à la légère».
Il a affirmé que «c’est une guerre qui n’aurait pas dû avoir lieu, une guerre qui n’apporte de bénéfice à personne», expliquant que l’Histoire du Moyen-Orient enseigne que la force n’a jamais apporté de solution et que les conflits armés n’ont fait qu’attiser la haine et engendrer de nouvelles crises.
Le ministre Wang a également souligné que la Chine entend poursuivre son soutien et sa coopération avec les pays du Sud global; qu’elle souhaite sauvegarder et renforcer le rôle de l’ONU et s’oppose à toute forme d’hégémonie, tout en promouvant l’indépendance, la paix et le développement mondiaux.
Concernant les tensions avec un Japon de plus en plus belliciste et militariste, gouverné par l’extrême droite, le ministre Wang a déclaré que la Chine ne permettra plus à quiconque de justifier le colonialisme et que «l’avenir des relations entre la Chine et le Japon dépend du choix du Japon».
Luca Bagatin
19:12 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : wang yi, actualité, chine, politique internationale |
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lundi, 02 mars 2026
Aggression contre l’Iran par les États-Unis et Israël - La première réaction officielle de la Chine

Aggression contre l’Iran par les États-Unis et Israël
La première réaction officielle de la Chine
Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/32440-reda...
Pékin demande la fin immédiate des hostilités et le retour au dialogue, en soulignant que «la souveraineté nationale, la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Iran doivent être respectées».
Le ministère chinois des Affaires étrangères a exprimé aujourd’hui sa profonde inquiétude face aux attaques militaires menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran.
Dans une note officielle, le porte-parole du ministère a déclaré que «la Chine est très préoccupée par l’attaque militaire des États-Unis et d’Israël contre l’Iran», réaffirmant un principe clé de la politique étrangère chinoise: «La souveraineté nationale, la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Iran doivent être respectées».
Un appel à la désescalade et au dialogue
Dans son communiqué, Pékin a lancé un appel à la communauté internationale, demandant «la cessation immédiate des actions militaires» afin d’«éviter une intensification supplémentaire des tensions». Le porte-parole a également souligné l’urgence de «reprendre le dialogue et les négociations» comme seule voie pour «maintenir la paix et la stabilité au Moyen-Orient».
Les déclarations de Pékin interviennent à un moment de crise grave. Dans les premières heures de samedi, le ministère israélien de la Défense avait annoncé le lancement d’une attaque «préventive» contre la République islamique, avec pour objectif déclaré «d’éliminer les menaces contre l’État d’Israël». Par la suite, le président américain Donald Trump a confirmé l’implication des forces armées américaines dans l’opération.
Suite à cette offensive conjointe, l’Iran a rapidement riposté en lançant des attaques de missiles non seulement contre Israël, mais aussi contre plusieurs bases américaines au Moyen-Orient. Des explosions et des alarmes ont été signalées à Bahreïn, aux Émirats arabes unis, en Jordanie, au Koweït, au Qatar et en Arabie saoudite, pays qui abritent des installations militaires américaines.
Téhéran avait précédemment averti que toute action militaire contre lui «serait considérée comme le début d’une guerre», réaffirmant la pleine préparation de ses forces armées à répondre «immédiatement et résolument à toute agression».
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samedi, 28 février 2026
La confrontation permanente avec la Russie devient la nouvelle norme en Europe

La confrontation permanente avec la Russie devient la nouvelle norme en Europe
Elena Fritz
Source: https://pi-news.net/2026/02/dauerkonfrontation-mit-russla...
Un cessez-le-feu en Ukraine, selon Foreign Affairs (cf. https://www.foreignaffairs.com/russia/europes-next-war-ch... ), ne rétablirait pas l’équilibre, mais marquerait la transition vers une phase de confrontation structurelle à long terme entre la Russie et l’Occident.
Une analyse du journal américain de géopolitique Foreign Affairs formule une constatation remarquablement pertinente: un cessez-le-feu en Ukraine ne rétablirait pas l’équilibre, mais marquerait le passage à une phase de confrontation structurelle durable entre la Russie et l’Occident. Ce diagnostic constitue une auto-positionnement stratégique.
Premièrement, les auteurs partent du principe que l’architecture de sécurité d'avant 2022 est irréversiblement détruite. Le Conseil OTAN-Russie est considéré comme pratiquement mort, l’OSCE comme largement démantelé, l’interconnexion économique entre l’UE et la Russie comme détruite. Les canaux de communication sont réduits, la confiance réduite à néant. Ainsi, un tel état de choses n’est plus défini comme une crise, mais comme la nouvelle normalité.
Aucun effondrement interne de la Russie
Deuxièmement, il est admis ouvertement que la Russie ne s’effondrera pas politiquement ou économiquement, même en cas de défaite. L’attente d’un effondrement interne, sur laquelle beaucoup de stratégies occidentales comptaient implicitement, est qualifiée d’irréaliste. Cela signifie: l’Occident se prépare à une concurrence durable, et non à une transformation de la Russie.
Troisièmement, l’analyse décrit un développement parallèle: l’UE se remilitarise systématiquement, la Russie réorganise ses ressources militaires et économiques. La question centrale n’est plus de savoir si un conflit futur est possible, mais quand et dans quelles conditions il pourra être contrôlé.
Risque d’attaque russe contre l’OTAN: peu probable
Il est remarquable que l’on estime qu’une attaque directe de la Russie contre l’OTAN est peu probable. Le vrai risque réside dans la «zone grise»: opérations hybrides, cyberattaques, incidents, exercices militaires, crises politiques aux frontières de l’alliance. Les zones d’escalade possibles incluent la Biélorussie, la Géorgie et la Moldavie. La menace réside moins dans la planification que dans la dynamique.
Par ailleurs, la crainte fondamentale est clairement identifiée: un effondrement du pacte transatlantique. La priorité centrale est donc de maintenir durablement les États-Unis en Europe. La stratégie proposée combine la militarisation de l’Europe, la limitation des canaux de communication avec Moscou, et une intégration progressive des États post-soviétiques dans les structures de l’UE. L’objectif n’est pas la détente, mais une confrontation contrôlée en dessous du seuil nucléaire.
Tous les acteurs ont des intérêts légitimes — même la Russie !
Mais voici le paradoxe: l’«irréversibilité» supposée de la rupture est présentée comme une réalité objective, alors qu’elle résulte de décisions politiques prises entre 2022 et 2025. Les institutions ne se désintègrent pas d’elles-mêmes. Elles sont démantelées. Et ce qui a été détruit politiquement peut aussi être politiquement reconstruit.
Plus grave encore, la prémisse normative: la Russie ne doit pas avoir de voix légitime dans sa proximité immédiate. Cela supprime l’espace pour des compromis, car toute reconnaissance d’intérêts serait interprétée comme une capitulation. Reste une logique pure d’équilibre des forces sans modèle viable pour un ordre européen stable.
Une approche réaliste supposerait que tous les acteurs ont des intérêts légitimes et que la stabilité ne naît que de leur équilibre. Tant que ce niveau n’est pas atteint, le conflit est reproduit structurellement.
Pour l’Europe et l’Allemagne, ce débat marque une rupture. Le continent évolue vers une économie de sécurité à long terme, où la militarisation, la mobilisation industrielle et la formation de blocs géopolitiques deviennent la nouvelle base de la légitimité politique. La question n’est plus de savoir si cette orientation coûte, mais dans quelle mesure elle transformera l’économie, la société et les systèmes politiques. Une confrontation permanente n’est pas un destin inévitable. C’est une décision stratégique. Et chaque décision comporte des alternatives. Mais celles-ci sont actuellement peu discutées.
21:03 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, russie, otan, actualité, affaires européennes, politique internationale |
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mardi, 17 février 2026
L’Arménie, le corridor du Zangezour et les équilibres dans le Caucase

L’Arménie, le corridor du Zangezour et les équilibres dans le Caucase
Ce territoire est aujourd’hui un carrefour entre les intérêts russes, turcs, iraniens, européens et américains, où Erevan n’a pas la force de s’imposer mais peut faire preuve d’intelligence en s’insérant dans le contexte.
par Giorgio Arconte
Source: https://www.barbadillo.it/128093-globalia-larmenia-il-cor...
2026 pourrait être une année déterminante pour l’avenir de l’Arménie, et ce n’est pas une figure de style mais la réalité d’un pays qui, après la perte définitive de l’Artsakh et la purification ethnique qui s'est achevée dans cette région historiquement arménienne, se trouve aujourd’hui à négocier non pas la paix, mais son espace d’existence dans le Caucase.
Erevan évolue dans un environnement stratégique radicalement changé. La Russie n’est plus le garant absolu de la sécurité qu’elle avait été dans les décennies précédentes; l’Occident offre un soutien politique mais pas de garanties militaires automatiques; l’Azerbaïdjan, fort de ses victoires et de ses revenus énergétiques, dicte le rythme des négociations; la Turquie observe et influence. Entre-temps, nous avons un petit État de trois millions d’habitants, avec une diaspora puissante mais distante, et une société traversée par de profondes fractures.
Le gouvernement de Nikol Pashinyan (photo) a choisi une voie claire: mettre fin à la longue phase de conflit permanent. L’Artsakh a été officiellement mis de côté. On ne parle plus de statut, on ne revendique plus de droits collectifs internationalisés, on n’évoque plus d’options militaires. C’est une décision logique: éviter un nouveau choc que l’Arménie, aujourd’hui, ne pourrait pas se permettre. Mais la paix n’est jamais une action unilatérale, et l’Azerbaïdjan continue de parler du “corridor du Zangezour” avec un vocabulaire qui frôle la revendication d’extraterritorialité. La frontière est en cours de délimitation, mais la pression reste constante.
Le Premier ministre arménien Pashinyan insiste sur un concept: pleine souveraineté sur les passages, intégrité territoriale mutuelle, réouverture des communications sur une base équitable. C’est une ligne cohérente mais fragile, car le déséquilibre des force entre Erevan et Bakou demeure évident. La question centrale est le fameux corridor de Zangezour. Pour Bakou et Ankara, c’est la pièce qui relie l’Azerbaïdjan au Nakhitchevan, consolidant ainsi la continuité turco-azerbaïdjanaise dans l’espace turcophone. Pour l’Arménie, c’est une question existentielle: permettre le transit, oui, mais sans perdre le contrôle et la juridiction. Là se joue bien plus qu’une ligne de chemin de fer: c’est l’équilibre futur du Caucase méridional. Si le corridor devenait extraterritorial, l’Arménie perdrait en profondeur stratégique; s’il restait sous souveraineté arménienne, il pourrait transformer sa vulnérabilité en opportunité, en reliant l’Iran, la Russie et potentiellement l’Europe dans une nouvelle alliance commerciale. La question n’est pas seulement technique, c’est une question géopolitique pure.
L’Arménie tente un repositionnement international difficile. L’Union européenne a accru sa présence politique par le biais de la mission civile de surveillance à la frontière avec l’Azerbaïdjan. Les sommets européens prévus à Erevan en 2026 ont une forte valeur symbolique: pour la première fois, l’Arménie essaie de se présenter comme une plateforme européenne dans le Caucase. Mais Erevan reste membre de l’Union économique eurasiatique, n’a pas présenté de candidature officielle à l’UE, et continue de maintenir des canaux ouverts avec Moscou.
La Russie, bien qu'affaiblie par la guerre en Ukraine, conserve des leviers importants: la base militaire de Gyumri, le contrôle de segments d’infrastructures, l’influence économique. Moscou n’est plus le seul garant, mais ce n’est pas un acteur marginal non plus. Pendant ce temps, les États-Unis augmentent leur engagement. La visite récente du vice-président américain et le début d’une coopération dans le domaine de la défense — y compris la fourniture de drones V-BAT — marquent un changement de cap. Ce n’est pas une alliance formelle, mais un signal politique.

L’Arménie ne peut pas se permettre de choisir un camp de façon claire et nette; elle doit rester équilibrée. Le problème, c’est que l’équilibre dans le Caucase est toujours précaire. La vraie fragilité arménienne, cependant, est intérieure. Les élections parlementaires du 7 juin 2026 se tiendront dans un climat de polarisation profonde. Pashinyan se présente comme l’homme de la paix et de la stabilisation économique, tandis que ses opposants l’accusent d’avoir normalisé la défaite et d’avoir minimisé l’identité nationale. En fait, la question de l’Artsakh n’est pas effacée de la mémoire collective; pour beaucoup d’Arméniens, ce n’est pas une question territoriale, mais une blessure identitaire. De plus, la suppression de symboles historiques, comme l’iconographie de l’Ararat dans les timbres officiels, a été perçue comme une forme d’autolimitation symbolique. À cela s’ajoute le conflit avec l’Église apostolique arménienne, pilier historique de la continuité nationale. Les tensions entre le gouvernement et la direction ecclésiastique ont creusé la fracture, aussi dans la diaspora, et le risque n’est pas seulement politique: il est identitaire.
L’Arménie se trouve à un carrefour étroit: d’un côté, la normalisation avec l’Azerbaïdjan et la Turquie pourrait ouvrir des routes commerciales, réduire l’isolement, créer de la croissance; de l’autre, sans un système solide de garanties multilatérales, la paix pourrait rester réversible. Le Caucase du Sud est aujourd’hui un carrefour entre les intérêts russes, turcs, iraniens, européens et américains, où l’Arménie n’a pas la force de s’imposer, mais peut faire preuve d’intelligence en s’insérant dans le jeu comme un nœud d’équilibre. Pour y parvenir, elle doit éviter deux erreurs: croire que l’Occident remplacera automatiquement la Russie comme garant de la sécurité, ou penser que le retour exclusif sous l’aile russe est encore possible comme dans le passé.
La survie de l’Arménie, aujourd’hui, passe par une diplomatie fine, une stabilisation intérieure et une utilisation intelligente de sa position géographique. 2026 ne sera pas seulement une année électorale, mais un test de maturité géopolitique.
16:44 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, arménie, caucase, politique internationale, corridor du zangezour, géopolitique |
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