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vendredi, 31 juillet 2020

Luc-Olivier d'Algange: Entretien avec Anna Calosso sur "L'âme secrète de l'Europe"

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Luc-Olivier d'Algange: Entretien avec Anna Calosso sur "L'âme secrète de l'Europe"

9782343204765b.jpgAnna Calosso : Vous venez de faire paraître un fort beau  livre, au titre particulièrement évocateur pour nous, L'Ame secrète de l'Europe, dans la collection Théôrià, aux éditions de L'Harmattan, et je serais tentée de vous demander d'emblée : Qu'est-ce qu'une âme ? Et l'Europe, selon vous, a-t-elle encore une âme ?

Luc-Olivier d'Algange : Avant de répondre directement à votre question, ou plus exactement à vos deux questions, aussi fondamentales l'une que l'autre, permettez-moi de dire quelques mots à propos de la collection où il vient de paraître, dirigée par Pierre-Marie Sigaud, nommée Théôrià. Cette collection, qui prend  la suite de la collection Delphica des éditions de L'Age d'Homme, publie, depuis deux décennies, des œuvres, philosophiques et métaphysiques, qui relèvent de ce que l'on a nommé la sophia perennis . Citons, parmi les auteurs, Frithjof Schuon, Jean Borella, Jean Hani, Marco Pallis,  Gilbert Durand, Françoise Bonardel, Patrick Laude ou encore Paul Ballanfat, dont un livre tout récent présente l'oeuvre de Yunus Emre, poète majeur, dont l'oeuvre poétique vient également de paraître  dans cette collection.

Si l'on considère la pensée dominante, y  compris dans ses aspects en apparence contradictoires, force est de reconnaître que nous sommes pris en tenaille entre le nihilisme relativiste, d'une part, et des formes de religiosités fondamentalistes, légalistes ou moralisatrices d'autre part. Entre l'homme-machine et le dévot narcissique et vengeur, entre un matérialisme et un spiritualisme (qui, soit dit en passant,  obéissent également à une logique managériale), bien peu d'espace nous reste, tant et si bien que nous vivons dans un monde où nous ne respirons guère, où les souffles sont courts, où les pensées sont étroitement surveillées, où le débat intellectuel se réduit à l'accusation et à l'invective. D'où l'importance de ce corpus  rassemblé sous le nom de Théôria,- mot qui veut dire contemplation, et qui redonne sa primauté à l'herméneutique, l'art de l'interprétation, l'expérience intérieure, mais avec précision et exigence, loin du fatras New Age et des « spiritualités » interchangeables ou touristiques. 

Voici donc pour le paysage, où je suis heureux de me retrouver, et dans lequel le mot âme, bien sûr, vient tout de suite à l'esprit. L'expression « venir à l'esprit », au demeurant, n'est pas fortuite. L'âme, pour sortir de la sa gangue, a besoin de l'esprit. De même, que serait un esprit  qui serait totalement détaché de l'âme, d'un esprit sans souci de l'âme, sinon une pure abstraction ? Une chose détachée, une chose sans cause, un pur néant.

Qu'est que l'âme ? L'âme est ce qui anime, et je serais tenté de dire, avec Jean-René Huguenin, que ce n'est pas l'âme qui est dans le corps mais le corps qui est dans l'âme. L'âme est inspir et expir,  elle n'est point un épiphénomène, elle n'est pas subjective ; si intérieure qu'elle soit, c'est elle qui nous donne accès à la grande extériorité, au cosmos lui-même. Infime iota de lumière incréée dans le noir de la prunelle, elle est ce qui resplendit, la lumière sur l'eau, « la mer allée avec le soleil » dont parle Rimbaud.

Quant à la seconde partie de votre question, le titre même de l'ouvrage, donne la réponse. L'âme de l'Europe est devenue secrète. Elle existe, mais inapparente et lorsqu'elle semble apparaître, ici ou là, dans les vestiges visibles du passé, sa statuaire par exemple, ou ses œuvres contemporaines, elle est insultée, bafouée, conspuée, ou tout simplement ignorée. Cependant, le secret, dans sa modalité, n'est pas seulement un refuge, un retrait, une clandestinité, mais aussi, de par l'étymologie même du mot, un recours au sacré. Secrète, l'âme de l'Europe, n'est pas moins vive. Peut-être même pouvons-nous comprendre cette clandestinité  comme une sorte de « mise-en-abyme » héraldique , la possibilité d'une récapitulation salvatrice. L'âme disparaît des apparences pour se tenir en éveil dans l'Apparaître.

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Un chapitre du livre évoque cette possibilité : «  Les dieux, ceux qui apparaissent ». Pour qu'une chose apparaisse, il faut qu'au préalable elle soit cachée, en attente, en puissance. Il n'est si grand hiver, qui, vers sa fin, ne laisse éclater les graines qui survivaient sous sa glace. Tout désormais, pour ceux qui sont attachés à la grande culture européenne, est affaire de survie. Or, lorsqu'elle est menacée, la survie devient métaphysique. Elle passe de l'immanence à la transcendance, elle se retourne vers son origine et sa fin dernière.  Elle devient une lisière entre l'être et le néant, une expérience « gnostique » non au sens de la « gnose qui enfle », de la prétention intellectuelle, mais au sens d'une humilité nécessaire. Lorsque plus rien ne semble tenir, que tout s'effondre, et que l'horizon indépassable du « progrès » semble être un champs de ruines ou, pire encore, une réalité faussée, virtuelle, clonée, « zombique », nous devons retrouver le sens de la terre, de l'humus.

Vous avez remarqué qu'à intervalles régulier nos ordinateurs nous demandent de prouver que nous ne sommes pas des robots. Les preuves à l'appui seront, je gage, de plus en plus en plus difficiles à fournir, puis inutiles. Nous sommes intimement modifiés par les instruments que nous utilisons et par notre façon de les utiliser. En littérature, cette façon se nomme le style. Mais la littérature qui exige le silence, l'attente, la patience, la temporalité profonde, est elle-même menacée par l'ère du « clic » et du « toc » où nous sommes déjà entrés. Voyez la morale, qui fut autrefois l'objet de tant de réflexions et de passion, voyez ce qu'elle est est devenue : une chose binaire, manipulable, destructrice et d'une crétinerie sans nom, voire, pour filer la métaphore, une sorte de TOC, autrement dit un trouble obsessionnel compulsif. La morale qui fut l'objet de l'attention patiente des stoïciens, des théologiens, de Spinoza, de Montaigne, de Pascal, est devenue une forme de pathologie qui menace de tout ravager sur son passage, à commencer par la littérature, - non seulement la littérature « mal-pensante », mais la littérature en soi, autrement le langage qui n'est pas exclusivement au service d'une utilité ou d'une efficience immédiate.

4e0201ce40862a30174c407776952be6.jpgAnna Calosso : La comparaison vous paraîtra peut-être étrange, mais à lire votre livre, j'ai pensé à l'ouverture du Lohengrin de Richard Wagner. J'ai perçu là une musique, des nappes sonores, des orchestrations, des « leitmotives »,  comme si, en évoquant, tour à tour Nietzsche et Venise, la pensée grecque, des présocratiques à Plotin, Novalis et les romantiques allemands, l'alchimie du poème, vous vous étiez donné pour dessein de dire l'aurore attendue à travers le crépuscule : une aurore européenne, belle comme la statue de Uta von Ballenstedt qui figure sur la couverture de votre livre. 

Luc-Olivier d'Algange : Je vous avoue n'y avoir pas songé, mais la façon dont vous en parlez donne à la comparaison une pertinence qui va,sans tarder, me porter à réécouter cette ouverture... Je vous avoue cependant que ces derniers temps j'ai davantage écouté du Debussy et du Ravel, voire du Nino Rota, que du Wagner. Mais vous avez sans doute raison, et Debussy fut aussi, peut-être, à sa façon, un « anti-wagnérien » wagnérien. Enfin, je vous dirai qu'entendre un livre comme de la musique, entendre la musique sur laquelle reposent les phrases, est sans doute la meilleure façon de lire, et peut-être la seule. Il n'est rien de plus navrant que ces lecteurs qui, dans un livre, se contentent de collecter les informations, des opinions, à partir desquelles ils se forgeront des avis ou des opinions, en accord ou en contradiction avec ceux du livre, peu importe. Ils seront passés à côté  de ce dont naquirent les phrases ; ils seront passés à côté de l'auteur, et, ce qui est plus grave, des paysages et des figures aimées. Nous écrivons toujours avec toutes nos Muses. Les écrivains sont tous des plagiaires, - mais ce qu'ils tentent de plagier, ce n'est que malencontreusement d'autres livres. Le bon défi, en écrivant, est de tenter de plagier Scarlatti ou John Coltrane, ou encore un bruissement de feuillage ou son enchevêtrement, la neige qui tombe, la rugosité de l'écorce, la fugacité de la luciole, et les vagues, bien sûr, les vagues en leur triple mouvement. C'est la raison pour laquelle il n'y a pas une seule façon de bien écrire, mais d'infinies, allant de l'évidence immobile du galet sur la plage jusqu'aux bouleversements des nuages par temps d'orage.

Anna Calosso : Cependant votre livre, si grande que soit l'importance que vous attachez à la poésie, est aussi un livre polémique, et, si j'ose dire, une sorte de « défense et illustration » de la culture européenne dans son identité profonde. Comment pourriez-vous formuler rapidement la thèse défendue?

Luc-Olivier d'Algange : Le mot « thèse » me semble inadéquat, cela supposerait une anti-thèse et une synthèse. Mon dessein est plus modeste et plus improvisé. J'obéis à des admirations, - et toutes, loin de là, ne figurent pas dans cet ouvrage... Ce livre est peut-être né du sentiment que tout conjure, aujourd'hui plus jamais, à nous faire passer à côté de la beauté des êtres et des choses. L'Europe n'est pas seulement un territoire, un ensemble de langues et de peuples plus ou moins apparentés ; elle fut aussi une possibilité de l'esprit et des corps, une réfraction particulière du monde. Qu'elle disparaisse, et ce sont des aspects de l'entendement humain qui disparaîtront, des styles, des exactitudes et des abandons, des mythes et des symboles, des inquiétudes et des aventures, des métaphysiques contradictoires, mais aussi des coutumes, des rites populaires ou aristocratiques . C'est vous dire que je ne crois aucunement en l'Europe économique ou technocratique, mais en la France, l'Allemagne, l'Italie, la Grèce, le Portugal etc... Que se passe-t-il quand nous nous promenons à Paris ou à Venise, dans un village de Provence ou de l'Aveyron, quelles pensées nous viennent sur le quai du Tounis à Toulouse, ou sur le bord du Tage à Lisbonne, ou encore au Temple de Delphes, - ou tout simplement dans une forêt, sur la chemin de campagne, sur la terrasse d'un bistrot ?  L'esprit des lieux, toujours, est plus grand que nous. Une certitude nous en vient : nous nous devons à ce qui est plus grand que nous, au choeur des voix qui se sont tues dont parlait Péguy, à notre langue, au Logos qui est Roi. Les grands bonheurs sont des réminiscences.

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Anna Calosso : Mais qu'en est-il alors du présent, du bonheur présent ?

Luc-Olivier d'Algange : Le bonheur du présent est de devenir présence par l'afflux de la réminiscence, par les dons reçus et honorés. Il n'est pire malheur que l'amnésie ou le reniement. L'enfer sur terre a toujours été instauré par les adeptes de la table rase. Ceux-ci, remarquons-le, ne désarment pas. A peine sommes-nous remis d'un de leurs désastres programmés que les voici de nouveau à la tache, traquant, surveillant, lynchant sans relâche, honnissant leur passé et s'exaltant narcissiquement de leur présent, lui trouvant toutes sortes de vertus, et se croyant l'incarnation du Bien. A chaque homme de grande mémoire qui disparaît, notre vie s'abaisse d'un cran ; elle devient plus ennuyeuse, plus mesquine, plus calculatrice, et, en tout, plus misérable. Notre langue est notre mémoire : elle nous dit ce que nous fûmes et ce que nous pourrions être. Aussi bien s'acharne-t-on à la défigurer, à en rendre l'usage presque impossible, avec l'écriture inclusive, l'approximation, le jargon, une syntaxe effondrée, mais aussi, et surtout, un appauvrissement du vocabulaire, une uniformisation du propos autorisé, - si bien que certaines choses ne peuvent, tout simplement plus être dites. Les quelques « puristes » de la langue qui demeurent, hélas, n'y changeront rien. Tout au plus feront-ils quelques livres aimables dans un style « néo-hussard », où Blondin, Nimier, ou Jacques Laurent, certes, ne reconnaîtraient point leurs petits.  Le mal est en amont. Il est dans l'expérience intérieure, l'espace intérieur. Qu'en est-il du « champs du possible » qu'évoquait Pindare ? Qu'en est-il de nos sensations à fleur de peau et des plus hautes spéculations de l'Intelligible, - au sens platonicien. Qu'en est-il de l'espace entre les deux, ce monde « imaginal » selon le néologisme de Henry Corbin, d'où apparaissent les symboles, les mythes, les épiphanies ? Qu'en est-il de l'aventure humaine ? 

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Anna Calosso : Vous écoutant, il me vient naturellement à l'esprit le nom de Gabriele D'Annunzio, auquel un des chapitres de votre livre est consacré. Un regret cependant, vous n'y retracez pas la fameuse équipée de Fiume, dont vous aviez parlé dans une excellente émission de radio en compagnie de Didier Carette.

Luc-Olivier d'Algange : Fiume sera présente dans un prochain livre qui porte sur le refus de la servitude volontaire. Ce fut, en effet, une aventure extraordinaire, échappant à toutes les idéologies, un exercice pratique de liberté conquise. J'y reviendrai. J'étais particulièrement heureux de l'évoquer avec Didier Carette, - qui sait particulièrement bien ce que c'est qu'être acteur, - au sens étymologique du terme. Au commencement était l'action, disait Goethe. Qu'est-ce que l'agir, qu'est-ce que la pensée ? Heidegger creuse admirablement la question. Nous croyons penser alors que nous ne pensons pas encore ; nous calculons, nous classons, nous évaluons, nous ratiocinons, mais nous ne pensons pas encore. Nous construisons des systèmes, nous inventons des orthopraxies, mais nous ne pensons pas. Il en est de même de l'action : nous nous affairons, mais l'essence de l'agir nous échappe. Le monde  politique est la scène de ces actions vides, qui n'existent que par la représentation qu'elle se donnent d'elle-mêmes, - qui est flatteuse, qui n'est même que flatterie. Rien ne se fait vraiment : nos contemporains en sont flattés. Il y a des écoles de flatterie, de flagornerie, c'est une science : selon que le vent souffle, bien reconnaître le sens du poil. Un bon politicien reconnaît le sens du poil du Gros Animal dont il voudra se servir pour ne rien faire. D'où l'importance des poètes, du poien, et D'Annunzio en eut la plus haute conscience. La vie, dont il écrivit l'éloge, il la voulut, en disciple de Pindare, magnifique. Célébrer le passé afin que l'avenir revienne vers nous, ne rien renier, et tout vouloir hausser à une plus haute intensité, aimer d'un amour égal la douceur de la vie et la tragique de la mort. Sa devise est parfaite : « J'ai ce que j'ai donné ».

Anna Calosso : Quant-à-vous, cher Luc-Olivier, vous nous avez donné un beau livre, dont nous n'avons évoqué ici qu'une infime partie. Mais j'invite nos lecteurs à voyager avec vous dans le songe de Pallas-Athéna, d'entendre « le beau murmure des sages abeilles du pays », de méditer sur « la légère et infinie trame du monde »,  de divaguer  au bord de lllissos, du Tage et de la Garonne, dans l'Allemagne d'Hölderlin, ou de Jacob Böhme, dans monde des visionnaires néoplatoniciens et des Alchimistes, « entre Albe et Aurore ».  Rarement l'image de l'Attelage Ailé ne m'a semblé plus juste. Une dernière question. Dans votre hommage à Stefan George vous écrivez «  La poésie est un combat ». Qu'en est-il du combat aujourd'hui ? Contre qui  ou contre quoi faut-il se battre ?

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Luc-Olivier d'Algange : Stefan George est un poète qui me tient à cœur. Il est tout ce que ce monde, - tantôt nihiliste malin, tantôt fondamentaliste obtus – n'est plus. Ludwig Lehnen disait de l'oeuvre de Stefan George qu'elle était un « contre-monde ». Solennelle, mais pour inviter à la légèreté de l'être ; mystérieuse mais pour donner accès au mystère de la limpidité ; aristocratique, mais par générosité. Ce « contre-monde » est l'enfance continuée. Sa langue est là, mallarméenne à certains égards,  pour dire ce que nous ressentions avant de pouvoir le dire, avant l'adultération, la ratiocination, la banalité despotique.

La poésie est un combat contre le prosaïque, - elle est un combat pour la sauvegarde de ses propres sources intérieures . Le combat n'est pas idéologique, ni politique au sens actuel du terme, - qui se réduit à trouver un poste, -  mais de chaque instant... A chaque instant, il nous donné de ternir ou de faire resplendir le monde. Il ne suffit plus d'être intelligent, de manier des concepts ou d'être maître dans l'art du sarcasme : il faut, comme disait Novalis « poétiser le réel ». Chacun sait, par intuition, que la vie ne suffit pas. Il faut faire danser les images et les mots en tarentelles dionysiaques... ou comme le proclamait D'Annunzio, à Fiume, aux derniers jours de l'aventure, danser une dernière fois devant la mer, aux lueurs des feux, avant la fin du rêve.

dimanche, 05 juillet 2020

Marcel Gauchet: malheur français et néolibéralisme

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Marcel Gauchet: malheur français et néolibéralisme

Ex: Aph Aph Philippe Conrad (via Facebook)

Il y a un malheur français, bien spécifique à ce pays : pourquoi sommes-nous les champions du monde du pessimisme et du mécontentement de nous-mêmes ? Pourquoi vivons-nous notre situation, notre place dans l’Europe et le monde, comme un malheur incomparable ?


Marcel Gauchet aborde ce problème d’une façon originale, en procédant d’abord à un vaste examen historique, qui le conduit aux xviie-xviiie siècles, jusqu’à la période immédiatement contemporaine: pourquoi la mondialisation et l’insertion dans l’ensemble européen sont-ils ressentis en France avec une particulière inquiétude ? Pourquoi le divorce entre les élites et le peuple prend-il chez nous ce tour dramatique ? Quelle responsabilité incombe aux dirigeants dans la montée de ce qu’on appelle, sans y réfléchir, « populisme » ? Quel rôle joue, dans le marasme français, le néo-libéralisme auquel Mitterrand a converti la France sans le dire ?


Enfin, l’auteur montre que nous sommes aujourd’hui au plein coeur d’une période d’idéologie, d’autant plus pernicieuse qu’elle n’est jamais repérée pour ce qu’elle est, mais toujours confondue avec le cours obligatoire des choses : il s’agit de l’idéologie néo-libérale, qui va de pair avec la dépolitisation de nos sociétés.

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lundi, 29 juin 2020

Salut à la victoire !

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Salut à la victoire !

par Thierry DUROLLE

L’œuvre de Julius Evola aura marqué d’une empreinte indélébile la Droite européenne et nord-américaine. Et, bien tenu, Europe Maxima ne fait pas exception. Il reste encore des textes inédits en français, sans parler de plusieurs ouvrages qui ne sont plus réédités. Les prix de l’occasion pour certains de ces livres sont tout simplement exorbitants !

Les éditions Kontre Kulture ont beaucoup œuvré pour la redécouverte des livres rares. Leur réédition du maître-ouvrage Révolte contre le monde moderne fut une initiative sans doute attendue depuis fort longtemps, d’autant plus qu’il est fortement conseillé de commencer par cet ouvrage riche, ouvrage qui pose les fondations de la pensée évolienne.

C’est au tour de l’opuscule La doctrine aryenne du combat et de la victoire d’être réédité. Autrefois disponible en supplément du septième numéro de la revue Totalité, ce discours délivré en allemand le 7 décembre 1940 à Rome était devenu lui aussi difficile à se procurer.

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L’intérêt d’un ouvrage ne faisant pas partie des « classiques » de l’œuvre évolienne doit se trouver dans son format d’une part, et dans son contenu d’autre part. À l’heure où la lecture livresque rebute de plus en plus de monde, surtout parmi la jeunesse, un format court permet de focaliser l’attention et de ne pas effrayer le lecteur. Son contenu, ensuite, à l’instar d’un autre livre d’Evola sur la guerre, met en lumière l’aspect spirituel de la guerre.

En préambule, Julius Evola tient à faire le point sur les concepts a priori antagonistes, ou présenté comme tel par René Guénon par exemple, que sont « Action » et « Contemplation » chez les peuples aryens : « L’opposition entre action et contemplation était, en fait, inconnue des anciens Aryens. Action et contemplation n’étaient pas conçues par eux comme les termes d’une opposition. Elles désignaient seulement deux voies distinctes pour parvenir à la même réalisation spirituelle (p. 10). »

Puis de préciser que « [l]a tradition de l’action est typique des races aryano-occidentales. Mais cette tradition a progressivement subi une déviation (p. 10). » Chez ces peuples, la guerre renvoie à une lutte spirituelle cosmique mais à une échelle microscopique en quelque sorte : « D’une part, il y avait le principe olympien de la lumière, la réalité ouranienne et solaire; d’autre part, il y avait la violence brute, l’élément titanique et tellurique, barbare au sens classique du terme, féminin-démonique. Le thème de cette lutte métaphysique réapparaît de mille façons dans toutes les traditions d’origine aryenne (p. 11). »

 

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Evola, pour appuyer son propos, convoque ensuite plusieurs traditions d’origine aryenne. La première qu’il cite est la tradition spirituelle d’Europe du Nord, plus particulièrement celle que l’on qualifie de nordico-germanique. Impossible de faire l’impasse sur le Valhalla (la halle des morts tombés au combat) et des Einherjar de Wotan, ces guerriers dont le Destin final est de combattre lors du Ragnarök. À noter, qu’Evola passe sous silence le fait que, selon certaines sources, la moitié des morts tombés au combat revient à la déesse Freya, déesse qui revêt certes des aspects guerriers, mais qui de par son essence (elle est une déesse Vane, c’est-à-dire de la Fertilité) n’a rien d’ouranien ni de solaire…

L’islam est ensuite abondamment cité par Evola pour son aspect belliqueux, à la nuance près que le concept de « Guerre sainte (Djihad) » couvre à la fois une conception martiale (le petit Djihad) et une conception spirituelle (le grand Djihad). « La petite guerre sainte est […] la lutte physique, matérielle, la guerre menée dans le monde extérieur. La grande guerre sainte est la lutte de l’homme contre les ennemis qu’il porte en lui-même. Plus précisément, c’est la lutte de l’élément surnaturel en l’homme contre tout ce qui est instinctif, lié à la passion, chaotique, sujet aux forces de la nature (pp. 13-14). »

Enfin, l’auteur de Révolte contre le monde moderne s’attarde aussi sur la Bhagavad-Gita, texte d’une importance capitale pour lui. Effectivement le caractère actif et spirituelle de la Bhagavad-Gita ne fait aucune doute. « Si nous savons apercevoir ici la forme la plus haute de réalisation spirituelle par le combat et l’héroïsme, nous comprenons alors combien est significatif le fait que cet enseignement soit présenté dans la Bhagavad-Gita comme dérivant d’un héritage primordial aryen et solaire. En effet, il fut donné par le “ Soleil ” au premier législateur des Aryens, Manu, avant d’être gardé par une dynastie de rois sacrés. Au cours des siècles, cet enseignement fut perdu, puis de nouveau révélé par la divinité, non à un prêtre, mais à un représentant de la noblesse guerrière, Arjûna (p. 17). »

Evola évoque aussi ces esprits, ces doubles que sont les Daimons, Valkyries et Fravashi perses qui sont en lien avec la mort héroïque et le combat. Encore une fois, c’est l’exemple des Valkyries qui est le plus parlant.

En guise de conclusion, Julius Evola affirme que « bien des choses dépendront de la façon dont l’individu pourra donner une forme à l’expérience du combat : c’est-à-dire s’il sera en mesure d’assumer héroïsme et sacrifice comme une catharsis, comme un moyen de libération et d’éveil intérieur. Cette entreprise de nos combattants – intérieure, invisible, éloignée des gestes et des grands mots – aura un caractère décisif, non seulement pour l’issue définitive et victorieuse des vicissitudes de cette époque particulièrement troublée, mais pour donner une forme et un sens à l’ordre qui naîtra de la victoire. C’est dans la bataille elle-même qu’il faut réveiller et tremper cette force qui, au-delà de la tourmente, du sang et des privations, favorisera,avec une splendeur nouvelle et une paix toute-puissante, une nouvelle création (p. 25) ».

La doctrine aryenne du combat et de la victoire est un vibrant appel à l’action en soi et à l’extérieur de soi via le prisme de la guerre. De nos jours, en ce monde iréniste, le propos de Julius Evola semble dater d’un autre temps. C’est effectivement le cas puisqu’il s’agit d’un temps éternel en quelque sorte, celui d’un Âge d’Or. Pour le retrouver, il faut agir sur soi, mener une guerre intérieure (car les forces ténébreuses de l’Âge du Loup sont aussi en nous, chacun porte en lui un loup Fenrir), lutter contre le dragon, contre son propre dragon.

Thierry Durolle

• Julius Evola, La doctrine aryenne du combat et de la victoire, Kontre Kulture, 2020, 32 p., 9,50 €.

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Wie is verantwoordelijk voor de Eerste Wereldoorlog? Frankrijk, een puzzelstuk dat ontbrak

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Wie is verantwoordelijk voor de Eerste Wereldoorlog?

Frankrijk, een puzzelstuk dat ontbrak
 
Luc Vanacker, Over die oorlog - Bedenkingen bij een eeuw geschiedschrijving over het ontstaan van de Eerste Wereldoorlog, Uitgeverij Aspekt, ISBN-9789463387101, 91 bl., € 9.95

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‘De tijd van de grote debatten over de oorzaak van de Eerste Wereldoorlog is voorbij,’ schreef de Duitse historicus Oliver Janz in 2013. Niets is minder waar, antwoordt Luc Vanacker, germanist en historicus gespecialiseerd in de Eerste Wereldoorlog. In het boekje Over die oorlog dat onopgemerkt voorbijging tussen het luidruchtig klaroengeschal van de vele publicaties over het eind van de Eerste Wereldoorlog, stelt Vanacker de stoute vraag: is Duitsland alleen verantwoordelijk voor, en schuldig aan Wereldoorlog I?

De Zwarte Hand

Luc Vanacker vertelt ons over wat hij noemt het ‘puzzelstukje dat in de meeste ontstaansgeschiedenissen van de Eerste Wereldoorlog ontbreekt’. In januari 1914 vergaderen leden van Jong-Bosnië, Mlada Bosna in het Servisch, in de Occitaanse stad Toulouse. De aanslag op de Oostenrijks-Hongaarse kroonprins Frans Ferdinand werd dus in Zuid-Frankrijk besproken en voorbereid. ‘Dan al werd de naam Princip naar voor geschoven,’ voegt Vanacker er nog aan toe.

Doel was alle Serven onder één land te verenigen

Gavrilo Princip (1894-1918), die de aanslag zou plegen, was lid van de geheime Bosnisch-Servische nationalistische beweging de Zwarte Hand (Servisch: Crna Ruka). Deze samenzwerende groepering, in Toulouse aangeduid om de klus te klaren, was in Servië gekend als ‘zij die Frans spreken’. Haar doel was alle Serven onder één land te verenigen. Zes maanden voor de aanslag in Sarajevo op 28 juni 1914 was de zaak al grondig voorbereid. De Russen zouden voor Belgische wapens zorgen.

Ook de gekozen datum was geen toeval. Op 28 juni vieren de Serviërs een belangrijke feestdag, Vidovdan. Dat is de feestdag van Sveti Vit, een orthodoxe heilige die liever de marteldood stierf dan aan zijn geloof te verzaken.

De band met Frankrijk

De nauwe banden tussen Servië en Frankrijk dateren uit de 19de eeuw. Duizenden Franse studenten studeerden voor Wereldoorlog I in Belgrado. ‘Sinds 1911 bestond er een Franse Office central des nationalités dat via de vrijmetselaarsloges contact hield met de radicalen in Servië,’ aldus Luc Vanacker. ‘Servië was het meest francofiele land ter wereld,’ bevestigt de Servische historicus en diplomaat D.T. Batakovic. 75 jaar later, tijdens de Bosnische oorlog in 1992-1995, zullen sommige Fransen nog nadrukkelijk de Servische kant kiezen.

Na de aanslag wilde men af van de laatste getuigen van de Zwarte Hand. In 1917 werd een proces in Thessaloniki gevoerd tegen hun leider, Dragutin T. Dimitrijevic, bijgenaamd Aspic. In ruil voor de vrijspraak moest hij de volle verantwoordelijkheid van de aanslag op zich te nemen. Hij deed dat, maar werd alsnog geëxecuteerd. Het enige land dat op executie had aangedrongen, was… Frankrijk. ‘Hebben wij hier te maken met een opdrachtgever die zijn belangrijke uitvoerders het zwijgen wil opleggen,’ vraagt Vanacker.

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Een wereldoorlog voor Elzas-Lotharingen?

Luc Vanacker vervolgt: ‘Wie kon het beter weten dan de Serviërs die na de oorlog Poincaré als de aanstichter van de oorlog bestempelden?’ Raymond Poincaré (1860-1934), was de president van de Franse Republiek ten tijde van de Eerste Wereldoorlog. Hij was geboren te Bar-le-Duc in Lotharingen.  Samen met de Elzas was Lotharingen door de Duitsers op Frankrijk teruggenomen na de Frans-Duitse oorlog van 1870-71. De haat tegen Duitsland voor het verlies van Elzas en Lotharingen en de revanchegedachte zou Poincaré heel zijn politieke leven kenmerken. Een anekdote die veel zegt over de gevoelens van de man: de hond van Poincaré heette ‘Bismarck’.

Nu Elzas en Lotharingen de beschaving hadden moeten achterlaten voor de barbarij was de hele Franse politiek tussen 1871 en 1918 er op gericht om de herinnering aan het verloren gebied levendig te houden. In alle scholen hing een kaart van Frankrijk, met een blinde vlek voor Elzas-Lotharingen. Alle Franse leerlingen leerden het liedje:

Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine,
Et malgré vous nous resterons Français.

Het revanchisme en de herovering van Elzas-Lotharingen was voor elke jonge Fransman een schoolvak op zich. Elke morgen deed de Franse schoolgaande jeugd schietoefeningen op de speelplaats.

De mening van de Britse premier

Om Elzas-Lotharingen terug te nemen met eigen kracht was Frankrijk te zwak. Poincaré werkte daarom ijverig aan de alliantie met Rusland, traditionele bondgenoot van de Serviërs. Groot-Brittannië, de andere bondgenoot, geloofde in 1914 nog in een defensieve houding van Frankrijk. Enkele decennia later klonk David Lloyd Georges, de Britse premier van toen, helemaal anders. Volgens hem subsidieerde Poincaré de bewapening van Polen en Tsjechoslowakije, moedigde de opstand aan in het Saarland en bestreed elke poging tot versoepeling van de maatregelen tegen Duitsland. Luc Vanacker citeert Lloyd Georges in 1938: ‘Hij (Poincaré) is de ware schepper van het moderne Duitsland met zijn groeiende bewapening en als dit op een nieuw conflict zou uitlopen, dan zal de ramp te wijten zijn aan Poincaré’.

Artikel 231 van het verdrag van Versailles stelt Duitsland alleen verantwoordelijk en dus schuldig voor alle schade wegens het op gang brengen van de oorlog. We weten vandaag de dag dat dit flagrant onjuist is. In een boek dat in 2003 verscheen* heeft de Franse historicus en verzetsstrijder Léon Schirmann het over ‘de leugens en desinformatie van de zomer 1914‘. Niet Oostenrijk-Hongarije, bondgenoot van Duitsland nam het initiatief van de oorlog.  Maar wel Rusland, opgehitst door de Franse regering en door een bezoek van Poincaré die Duitsland op twee fronten wilde aanvallen. Luc Vanacker stelt terecht dat het voor Frankrijk in juli 1914 niet meer ging ‘om “defensief patriottisme”, maar om “offensief nationalisme”‘.

De gevolgen

De revanchistische politiek van Frankrijk zal heel Europa definitief destabiliseren. Duitsland wordt als grootmacht vernederd, Oostenrijk-Hongarije verdwijnt van de kaart als draaischijf van Europa, en het Ottomaanse rijk wordt ontmanteld. Deze periode ziet ook de overwinning van het communisme, de opkomst van het nazisme, en van Amerika als grootmacht.

De conclusie laat Luc Vanacker aan de non-conformistische Franse schrijver Alfred Fabre Luce (1899-1983): ‘Duitsland en Oostenrijk-Hongarije hebben daden gesteld die de oorlog mogelijk maakten, de Triple Entente heeft die gesteld die hen zeker maakten’. Dat is dan zeer diplomatisch uitgedrukt. Het boek Over die oorlog van Luc Vanacker toont aan dat een ontbrekend stuk van de puzzel Frankrijk heet.

*Léon Schirmann/ Eté 1914: Mensonges et désinformation. Comment on « vend » une guerre/ Italiques, 2003

jeudi, 25 juin 2020

»Corona Fehlalarm?«: Regierungskritisches Buch stürmt die Spiegel-Bestsellerliste

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Torsten Groß:

»Corona Fehlalarm?«: Regierungskritisches Buch stürmt die Spiegel-Bestsellerliste

Paukenschlag des Jahres: Schon wenige Stunden nachdem der Büchergemeinde im Netz Anfang Juni bekannt wurde, dass der anerkannte deutsche Facharzt für Mikrobiologie und Infektionsepidemiologie, Prof. Dr. Sucharit Bhakdi (73), seine regierungskritischen Thesen zur »Corona-Pandemie« in einem Buch veröffentlicht, eroberte die Publikation alleine durch Vorbestellungen – rund drei Wochen vor Erscheinungstermin (!) – nahezu sämtliche Internet-Bestsellerlisten des Landes im Sturm (KOPP Report berichtete). Jetzt ist das Druckwerk im Handel erschienen und unverzüglich auf Platz 5 in die Spiegel-Bestsellerliste geschossen – und somit ein überaus deutlicher Anwärter auf den Mega-Bestseller des Jahres!

Das besonders BEMERKENSWERTE vorab: Die Rangfolge der Spiegel-Bestsellerliste wird im Auftrag von buchreport durch elektronische Abfrage in den Warenwirtschaftssystemen buchhändlerischer Verkaufsstellen – derzeit anhand der Verkaufsdaten aus mehr als 4200 Verkaufsstellen – ermittelt. Dies umfasst nach aktuellen Angaben von buchreport den Sortimentsbuchhandel (Standort- und Filialhändler), Online-Shops, den Bahnhofsbuchhandel, Kauf- und Warenhäuser und Nebenmärkte (u.a. Elektrofachhandel und Drogerieketten mit Medienangebot). Jeweils am Montagmittag werden die vorliegenden Verkaufsdaten der Vorwoche ausgewertet.

Nun ist der glasklare Favorit auf den Mega-Bestseller des Jahres nach offiziellen Angaben des publizierenden Verlages am 23. Juni 2020 im Handel erschienen – also konkret vor zwei Tagen. Und buchreport hat Mittwochnachmittag (gestern) die Rangfolge der Spiegel-Bestsellerliste (Woche 27/2020) veröffentlicht und das regierungskritische Buch Corona Fehlalarm? von Prof. Dr. rer. nat. Karina Reiss und Univ.-Prof. Dr. med. Sucharit Bhakdi bereits auf Rang 5 gelistet (Kategorie Taschenbuch Sachbücher).

Es ist also alles andere als unwahrscheinlich, dass der bei Politik und Mainstream-Medien unliebsame wie in Gänze boykottierte Buch-Verkaufsschlager zeitnah die obersten Plätze der Spiegel-Bestsellerliste erklimmen und dort für sehr lange Zeit verharren dürfte – sehr zum Leidwesen der Fans eines erneuten Lockdowns.

Interessierte Leser medizinischer Fachbuchliteratur mit noch etwas Platz im Bücherregal könnten also nicht nur gravierenden Einfluss auf die Rangfolge der Spiegel-Bestsellerliste der nächsten Wochen und Monate nehmen, sondern auch zu Auftraggebern für weitere aufschlussreiche wie amüsante Besprechungen der »anerkannten Literaturkritiker« dieser Republik avancieren!

Bestellinformationen:

» Karina Reiss/Sucharit Bhakdi: Corona Fehlalarm?, 160 Seiten, 15,00 Euro – hier bestellen!

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Donnerstag, 25.06.2020

lundi, 15 juin 2020

Yves Perez : Les vertus du protectionnisme

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Politique & Eco avec Yves Perez :

Les vertus du protectionnisme

 
9782810009350.jpgRedonner ses lettres de noblesse au protectionnisme ! C'est la mission que s'est donné l'économiste Yves Perez. Mis à l'index par une majorité de décideurs acquis au dogme du libre-échange, le protectionnisme est pourtant aujourd'hui dans tous les esprits, sinon dans les faits, comme en témoigne l'Amérique de Trump. Et avec la pandémie de covid-19, même les néo-libéraux commencent à tourner casaque. Dans son ouvrage "Les vertus du protectionnisme", Yves Perez propose de redéfinir une stratégie économique et industrielle cohérente et pérenne.
 
Retrouvez-nous sur : https://www.tvlibertes.com/
 

samedi, 13 juin 2020

Michel Vial : "La chute de l'empire occidental"

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Sortie cette semaine du livre de Michel Vial : "La chute de l'empire occidental"

Rencontre avec l'auteur...

Ex: http://synthesenationale.hautetfort.com

Michel Vial, avant toutes choses, pouvez-vous vous présenter...

Je suis un jeune retraité de 64 ans. Certains, parmi les amis de Synthèse nationale doivent me connaître, car ils se souviennent peut-être de mon parcours de militant depuis la fin d’Ordre Nouveau jusqu’aux premières années du Parti des forces nouvelles.

Très jeune, en 1972, j’ai rejoint les rangs de ceux qui refusaient l’embrigadement de la jeunesse que pratiquaient les mouvements d’extrême-gauche, maos et trotskystes, alors très influents dans les lycées et les facultés. Je me sentais plus proche de ceux qui défendaient la nation et l’identité françaises et qui se battaient à un contre cent. L’ambiance de camaraderie que j’ai connue dans ces différents mouvements, ON, Front de la Jeunesse, GUD, Faire Front, PFN, m’a marqué durablement, j’en ai gardé des amitiés solides et fidèles. J’ai cessé toute activité politique assez tôt, mais n’ai jamais renié mon engagement de jeunesse.

Pourquoi ce livre ?

Ayant plutôt l’habitude d’écrire sur l’histoire militaire moderne, je me suis lancé cette fois dans un ouvrage « militant ». C’est venu un peu par hasard. A l’origine, j’avais écrit un article traitant du langage que le politiquement correct tente de nous imposer et que j’ai proposé à Présent, mais qui n’a pas été publié, car trop long pour le gabarit du journal et trop déconnecté de l’actualité immédiate. J’ai décidé alors unilatéralement de poursuivre sur ma lancée et de coucher sur le papier mes sentiments sur notre époque et ses dérives, sur la profonde crise morale qui frappe notre civilisation et qu’il paraît très difficile de surmonter. J’ai voulu alerter mes compatriotes, surtout les plus jeunes, du grave danger qui les menace et les pousser à réagir.

Pouvez-vous résumer le contenu de celui-ci ?

J’ai choisi une dizaine de thèmes (le langage, l’immigration, le terrorisme, l’écologie, l’Europe…) qui me paraissaient révélateurs de notre glissement dans une société décadente, que j’ai décortiqués, m’appuyant sur une bibliographie, sans aucun doute en partie orientée, mais dont les auteurs sont reconnus pour le sérieux de leurs travaux. Naturellement, ces thèmes se recoupent, ainsi immigration, islam, terrorisme, vivre-ensemble sont traités séparément, mais il ne surprendra personne qu’ils ont un lien plus qu’évident. Plus que nos ennemis clairement déclarés, j’ai voulu dénoncer les traîtres à notre nation et à notre civilisation, ceux qui nous livrent à l’ennemi et musèlent notre parole. Mon propos peut sembler pessimiste, j’en conviens, mais je crois quand même qu’un sursaut, une saine réaction se fera jour. En tout cas, je l’appelle de mes vœux.

Pourquoi avoir choisi ce titre ?

Évoquer la chute d’un empire, c’est faire référence à la fin d’un monde et à l’entrée dans une période de chaos dont nul ne sait ce qu’il va en sortir. « L’empire occidental » n’est pas l’empire romain, ni l’empire des Tsars, il n’a pas d’unité politique, son emprise est essentiellement culturelle, scientifique, technique et financière. Il s’est imposé au monde il y a environ cinq siècles et s’est considérablement affaibli depuis un demi-siècle, un affaiblissement moral qui m’a fait penser à la lente agonie de Rome, d’où ce titre.  

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Quel est votre avis sur la crise actuelle ?

Si on évoque la crise sanitaire qui a mis le pays en panne et provoqué une panique aussi généralisée qu’irrationnelle, je crois qu’elle a révélé beaucoup de choses inquiétantes. Non que le danger vienne d’un quelconque virus, créé artificiellement ou non, chinois ou non. La maladie, les épidémies et la mort sont le lot de l’humanité et il faut nous y résigner. Le plus inquiétant, c’est la facilité avec laquelle les lobbies mondialistes qui nous dirigent ont pu exercer leur mainmise sur l’opinion. Ce test grandeur nature démontre comment on peut imposer une dictature parfaite, rapidement et sans avoir recours à la violence. L’appui des médias et un semblant de caution scientifique suffisent à neutraliser toute opposition, la peur suffit à faire taire les plus récalcitrants. Nul doute que cette expérience réussie d’asservissement va servir à des fins inavouables. Nous devons nous y préparer

La chute de l'empire occidental, Michel Vial, Les Bouquins de Synthèse nationale, collection "Idées", 130 pages, 18 euros (+ 5 euros de port).

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Bulletin de commande 

Eric Vanneufville : « L’abbé Gantois appréciait les qualités humaines de l’abbé Perrot »

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Flandres/Bretagne:

Eric Vanneufville : « L’abbé Gantois appréciait les qualités humaines de l’abbé Perrot »

[Interview]

Ex: https://www.breizh-info.com

Eric Vanneufville, issu d’une famille ancrée au cœur de la Flandre, déjà auteur de plusieurs livres sur l’histoire de sa contrée, vient de sortir une biographie de l’abbé Gantois, prêtre de Flandre française et surtout nationaliste flamand et néerlandophone, mort en 1968. Ce sont les éditions Yoran Embanner qui permettent de découvrir une figure majeure du nationalisme flamand du XXe siècle.

Condamné par la justice française en 1946, l’abbé Gantois fût considéré comme traître à la patrie. Or l’Abbé Gantois, en tant que nationaliste flamand, était anti-français, considérant que la France était la puissance occupante responsable de la division de la Flandre en deux États par une frontière artificielle. Pendant l’Occupation, il a donc eu une position pro-allemande, du fait de son pangermanisme.

Durant l’entre-deux-guerres, Gantois fut secrétaire général et véritable leader du Vlaamsch Verbond van Frankrijk (Ligue des Flamands de France). Cette biographie est l’œuvre d’un historien flamand, elle est donc à charge et à décharge laissant au lecteur le choix de son opinion.

« L’analyse pertinente produite par Éric Vanneufville est l’histoire d’un homme, dénué de culture et d’analyse politiques, qui a placé son amour passionné et idéaliste, voire mystique dans sa patrie flamande. Dommage qu’il ait vécu cette période de l’Histoire du XXe siècle qui l’a broyé » écrit l’éditeur.

L’Abbé Gantois, Eric Vanneufville, Yoran Embanner, 10 € (à commander ici).

Breizh-info.com : Pourquoi avez-vous souhaité écrire sur l’Abbé Gantois ? Pouvez-vous nous le présenter rapidement ?

Eric Vanneufville : J’ai souhaité écrire sur Gantois car plus de 70 ans après les années de l’occupation allemande du nord de la France, il n’existait pas de présentation la plus véridique possible et pour le grand public, de l’abbé dans ses différents aspects.

L’abbé Gantois, né en 1904, était un prêtre de Flandre de France, d’une famille de Watten. Érudit, il réalisa très vite que sa Flandre française n’était que la partie méridionale de l’ancien comté de Flandre, lui-même intégré aux 17 provinces des Pays-Bas de l’empereur Charles Quint. Il insista donc sur l’aspect « Néerlande » de la Flandre des bouches de l’Escaut aux collines d’Artois, ainsi que, de façon plus contestable, sur les fondements germaniques d’une grande partie de la Picardie.

Entraîné par le pangermanisme dans lequel il inscrivit son action, il s’affirma partisan de la refonte des régions et États d’Europe sous la domination germanique du IIIème Reich, sans toutefois sombrer dans le nazisme. De ce fait, il fut jugé et condamné après guerre. Il resta bien considéré en certains cercles de Flandre Belge mais en Flandre de France il fut déconsidéré, ce qui handicapa pendant longtemps tout mouvement flamand régionaliste.

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Breizh-info.com : Qu’est-ce que le nationalisme flamand qu’il prônait ?

Eric Vanneufville : Le nationalisme flamand doit être selon l’abbé Gantois ancré dans ses racines, y compris ethniques mais aussi chrétiennes, populaires et sociales et ne pas rejeter la Flandre de langue française ou picardisante (Lille, Douai).

Bien dans son temps des nationalismes des années 30, Gantois affirma des convictions racistes, en considérant que c’étaient la race et le sang qui décidaient.

Cela lui permit de préciser que dans les régions autrefois de langue germanique ou de peuplement flamand, basé sur les tribus franques ou saxonnes ou frisonnes, la francisation ultérieure ne gommait pas le caractère ethnique fondamental : ces francophones demeuraient germains et flamands par la race et le sang, lesquels expliquaient l’unité culturelle traditionnelle des Pays-Bas français, jusqu’à la Somme.

Même en France en la seconde moitié du XXe siècle, il y eut chez un petit nombre de régionalistes, plutôt à droite, une référence révérencieuse à « l’abbé », personnage devenu quasi mythique. Évidemment, pendant longtemps cela découragea les idéologues de gauche de soutenir les régionalistes flamands. La situation n’évoluera que peu avant 1980, plus de 10 ans après le décès de Gantois en 1968 à Watten alors qu’il n’était déjà plus vraiment actif au titre du mouvement flamand.

Breizh-info.com : Il n’y a pas de bibliographie à la fin de votre ouvrage. Est-ce un parti pris de votre part ?

Eric Vanneufville :  J’ai préféré citer les ouvrages essentiels permettant de l’approcher dans les notes, références et citations indiquées dans le corps même de l’ouvrage.

Breizh-info.com : L’abbé Gantois en Flandres, l’abbé Perrot en Bretagne. Même époque, mêmes fonctions. Quelles similarités ? Quelles différences ?

Eric Vanneufville : C’est l’un des aspects les plus difficiles à cerner. Gantois était persuadé que, pour connaître quelque chance de succès, les mouvements régionalistes de France devaient être unis chez eux et solidaires entre eux. Il s’y ajouta une certaine empathie de Gantois envers Perrot dont il appréciait les qualités humaines.

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Breizh-info.com : Quel héritage a laissé, aujourd’hui encore, l’abbé Gantois aux Flamands ? Comment se fait-il qu’il soit finalement assez méconnu, voir pas connu du tout ?

Eric Vanneufville : Gantois en France est soit méconnu, soit présenté négativement, au détriment du régionalisme encore à présent, en particulier eu égard à la période de l’occupation allemande. En Flandre belge, il jouit encore d’une certaine aura.

Propos recueillis par YV

Photo d’illustration : DR
[cc] Breizh-info.com, 2020, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine – V

mercredi, 10 juin 2020

Jean-François Gautier : « Les vieux polythéismes fourmillent de récits merveilleux, d’expériences oubliées de la vie en société »

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Jean-François Gautier : « Les vieux polythéismes fourmillent de récits merveilleux, d’expériences oubliées de la vie en société »

Ex: https://www.breizh-info.com
Notre collaborateur Jean-François Gautier vient de publier un petit livre intitulé À propos des dieux. Il y vante les tours et détours de sagesses antiques, helléniques pour l’essentiel. Ancien disciple de l’historien et philosophe Lucien Jerphagnon, il pratique ces mondes anciens de longue date, par éducation et par passion. Mais en quoi des références aussi surannées sont-elles branchées sur l’actualité ? En quoi permettent-elles de l’éclairer, de mieux la comprendre, d’en analyser le devenir ? C’est ce que nous sommes allés lui demander.

Breizh-info.com : Pourquoi publier, en 2020, un livre sur les religions antiques ? N’est-ce pas de l’érudition gratuite, et donc inutile selon les critères de l’heure ?

Jean-François Gautier : Plus que sur des religions, ce livre porte sur des religiosités anciennes, sur leurs manières de considérer le monde de plusieurs points de vue associés, l’un et le multiple, le proche et le lointain, l’ici et l’ailleurs, etc. Les vieux polythéismes fourmillent à ce propos de récits merveilleux, d’expériences oubliées de la vie en société. Nous pouvons y réapprendre à vivre mieux, ce qui, dans nos périodes et nos sociétés troublées, est un objectif plutôt réjouissant, du moins me semble-t-il.

ulysse.jpgBreizh-info.com : Mais pourquoi opérer aujourd’hui un tel détour par des représentations qui, quoi qu’il en soit, sont terriblement datées ?

Jean-François Gautier : Tout simplement parce que nos sociétés vont y être portées, durablement, plusieurs générations durant, au moins jusqu’à la fin de ce siècle. L’affaire de la covid-19 est un épiphénomène, grave et bouleversant, certes, mais, couplée à la crise des équilibres énergétiques et environnementaux, aux malaises de vieilles nations qui ne savent plus ni qui elles sont, ni où aller, elle met nettement en évidence l’impuissance des modèles en cours dans la compréhension de l’état du monde et des relations interétatiques, ou plus simplement dans l’éclairage du labyrinthe des relations interhumaines. Tout ce qui tourne autour de l’égalité universelle, de l’équivalence des êtres, des lieux, des cultures, des compétences ou des ambitions, tous ces moteurs de représentations en usage depuis plus de deux siècles, voilà qui a irrémédiablement et définitivement fait faillite.

Breizh-info.com : Encore faut-il le prouver…

Jean-François Gautier : Qu’une partie de la planète, sauf l’Asie, l’Afrique, l’islam ou Israël, mette un genou pénitentiel en terre pour symboliser un problème de police regardant les États-Unis seulement, et là-bas la seule ville de Minneapolis, voilà qui illustre la force et les limites des propagandes en cours en faveur de l’universel. De tels matraquages des consciences touchent à leur fin, par épuisement de leurs significations ordinaires, pratiques, quotidiennes. À quoi servent de telles mises en scène ? Sincèrement, à rien. Et ce rien commence à devenir évident, perceptible par chacun, et pour cela haïssable. Tous nos référents habituels vont en être bouleversés, et pour très longtemps. Il faut dès maintenant s’apprendre à nous représenter autrement nos situations collectives. Et l’esprit des anciens polythéismes peut nous y aider.

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Breizh-info.com : En quoi des références à Dionysos ou Apollon peuvent-elles aider qui que ce soit ?

Jean-François Gautier : Ce ne sont pas ces dieux-là en particulier qui sont de bon secours. Ils sont morts de longue date. Les polythéismes relèvent d’autres critères que les personnalités de dieux spécifiques. Ce sont des phénomènes religieux qui, jusque dans des époques pas si lointaines, ont transmis ou transmettent d’autres expériences humaines, vécues autrement. Ils permettent par exemple de baliser l’espace des représentations. Voilà un demi-siècle, les cultes aux Vierges de Lourdes en France, de Częstochowa en Pologne ou de Fátima au Portugal étaient très actifs. De tels cultes réapparaissent. Il est dérisoire de s’en moquer ou d’en caricaturer la naïveté. Ces références aux figures originelles des déesses-mères signifient que les mentalités ordinaires ont à nouveau besoin de se confectionner des intermédiaires entre les difficultés ou les détresses d’aujourd’hui, et l’inconnu de lendemains qui n’attirent guère. L’anxiété moderne, elle se raconte là tout entière, et elle cherche des voies de secours entre la pitié à l’égard de ceux qui souffrent de ne pas comprendre où nous allons collectivement, et la piété à l’égard de l’inconnu des lendemains.

Breizh-info.com : Ce fut ainsi dans toutes les époques troublées, non ?

Jean-François Gautier : Oui et non. Il y eut, après la Seconde Guerre mondiale, des mouvements d’espérance dans des lendemains qui chantaient. Ces mouvements politisés ont fait faillite avec l’URSS en 1991. La croyance moderne en l’universalité de solutions planétaires, disons « américanomorphes », ne passe pas mieux la rampe. Il est aujourd’hui évident que les crissements du devenir pèsent plutôt en faveur d’inquiétudes grandissantes. Et ce sont elles qui vont mener petit à petit nos sociétés vers des reterritorialisations essentielles. Tout un chacun vit mal dans l’universel. Nous allons avoir besoin de nous regrouper sur nos territoires premiers, communes, cantons, villes moyennes. Les représentations polythéistes délivrent à ce propos des monceaux d’expériences utiles et profitables. Il suffit d’apprendre à les lire.

Breizh-info.com : Mais en quoi les anciens dieux peuvent-ils s’opposer, par exemple, aux menées islamiques ?

Jean-François Gautier : Il ne faut pas poser le problème à l’envers. Les mouvements de reterritorialisation que nous allons connaître vont remettre au centre des soucis collectifs ce que les anciens appelaient l’oïkos, le bien commun, terme dont nous tirons en français celui d’économie. Autour d’un bien commun, considéré comme partagé sur un territoire donné, s’opéreront de nouveaux regroupements, d’autres redistributions des urgences. L’islam est une religion de l’universel ; elle sera marginalisée, voire maudite quand le souci du bien commun sur un territoire donné aura repris son caractère premier. Il y aura des transferts dans les représentations, qui ne se feront pas en faveur des universalistes de tout poil, au contraire. Le problème, disons, ethnique, sera dépassé en direction d’autres urgences, dont celles de se reconnaître entre soi autour d’un même bien commun, et sur un même territoire. Les critères d’appréciation des conduites, et donc des collectivités, vont changer du tout au tout.

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Breizh-info.com : Et vous imaginez tout cela sans levées de boucliers de la part des humanistes bien en cour aujourd’hui, ceux qui, précisément, vendent par Internet tout un universel frelaté ?

Jean-François Gautier : Évidemment non. Ce qui signifie que toute société vit de conflits et qu’elle s’apprend à les surmonter. Il y aura probablement de graves affrontements, notamment dans ce qui est nommé « les quartiers », qui sont des zones non pas de « non-droit », comme disent les chaisières, mais plus simplement d’illégalité. La référence partagée au bien commun demandera des comptes à des gens qui profitent de logements pour lesquels ils n’ont rien donné de travail, et auprès desquels l’eau, le gaz et l’électricité gratuits peuvent être coupés à chaque instant, tout comme les voies d’accès. Rien de cela ne se fera sans violences, mais la remise à l’heure de rapports harmonieux entre collectivités est à ce prix. Cela posé, quand les enjeux seront clairs, plutôt que masqués par des subventions idiotes, et donc injustes, les choix tactiques ou stratégiques des uns et des autres seront évidemment mieux orientés, et moins violents.

Breizh-info.com : Pour revenir à la matière de votre livre, que nous disent les vieux polythéismes à ce propos ?

Jean-François Gautier : Ils nous enseignent que nous vivons dans un monde sans signification préalable ni salut assuré. Le devenir, l’histoire à faire, tout cela relève d’inconnues qu’il nous faut explorer et apprivoiser. Voilà qui rend à la fois prudent et audacieux. Nous avons à construire un monde dont nous savons surtout qu’il sera ce que nous sommes capables d’en faire. L’incompétence individuelle ou collective n’est plus de mise, à moins de choisir de disparaître. Mais il y a assez de volontaires dans les jeunes générations pour compenser la lourdeur de l’immense majorité des flemmards attentistes. C’est évidemment par ceux-là, par les plus désintéressés, que l’ardeur deviendra action.

Breizh-info.com : Alors, vive Apollon ?

Jean-François Gautier : Pas lui particulièrement, ni un autre. Les polythéismes ne sont pas des affaires d’identité de dieux particuliers, mais de relations dynamiques entre des pôles d’action différents. C’est ce que le vieux grec nommait la diasthèma, un mot qui signifie à la fois la tension et la polarisation, mais aussi le mouvement et l’écoulement. Le monde des dieux, c’est celui des tensions, c’est-à-dire de la mise en mouvement des êtres et des collectivités. Après le confinement sanitaire, après tant de confinements de toute sorte sous l’orbe d’une paralysie absurde, celle d’un universel faussement protecteur, nous voilà contraints à la mise en mouvement. C’est sans doute ce qui pouvait nous arriver de mieux.

Propos recueillis par YV

Jean-François Gautier, À propos des dieux. L’esprit des polythéismes, La Nouvelle Librairie Éditions, 68 pages, 7 euros (commander ce livre).

Illustration : Poséidon assis, Apollon et Artémis, par Phidias, frise orientale du Parthénon. DR
[cc] Breizh-info.com, 2020, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine – V

Jean-François Gautier, penseur du divers

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Jean-François Gautier, penseur du divers

par Christopher Gérard

ex: http://archaion.hautetfort.com

519X0JHWD5L._SX244_BO1,204,203,200_.jpgJean-François Gautier collabora, il y a près d’un quart de siècle, à ma revue Antaios, au moment de la publication simultanée de deux essais remarqués L’Univers existe-t-il ?  et Claude Debussy. La musique et le mouvant, tous deux chez Actes Sud. D’emblée, le personnage suscita chez moi une sorte de fascination : docteur en philosophie, assistant à l’Université de Libreville, et donc promis à une carrière sans histoire de mandarin, ce disciple de Julien Freund et de Lucien Jerphagnon, deux grands maîtres de la pensée non conformiste, rompit les amarres pour se lancer dans des recherches personnelles, devenant même rebouteux après de brillantes études d’étiopathie sous la houlette de Christian Trédaniel – encore un personnage haut en couleurs !

Son essai, Le Sens de l’histoire (Ellipses), est un modèle de lucidité et de courage intellectuel.

Il signe un court et dense essai, vraiment bienvenu, A propos des Dieux, publié avec un goût parfait par l’Institut Iliade, où il défend avec intelligence la pensée polythéiste,  dont l’un des leitmotive pourrait bien être « Pourquoi pas ? » Pourquoi pas des correspondances entre Hermès et Hestia, entre Apollon et Dionysos ? Pourquoi ne pas faire le pari de la malléabilité, de l’assimilation et de l’identification ? Pourquoi ne pas comprendre le divin comme fluide, en perpétuel mouvement ?

Impensable posture pour le monothéiste qui, sans toujours y croire,  prétend détenir une vérité intangible, gravée sur des tablettes, aussi fermée aux apports extérieurs que muette sur ses sources. Plus faible sa croyance intime, plus tenace son obsession de convertir autrui – une monomanie.

410kjtYVbxL._SX257_BO1,204,203,200_.jpgPlurivoque en revanche, le langage polythéiste traduit et interprète sans cesse ; monotone, le monothéiste se bloque pour se déchirer en controverses absurdes – les hérésies. A la disponibilité païenne, à la capacité de penser le monde de manière plurielle répond la crispation abrahamique, source de divisions et de conflits : ariens contre trinitaires, papistes contre parpaillots, chiites contre sunnites – ad maximam nauseam.

Toutefois, on aurait tort, et Jean-François Gautier l’illustre bien, de minimiser l’un des fondements des polytéismes, à savoir le principe hiérarchique : les panthéons ne sont jamais des ensembles désordonnés ni des accumulations de divinités interchangeables, mais bien des hiérarchies célestes de puissances (Dieux, saints, anges, esprits,…) à la fois autonomes et complémentaires, regroupées en armatures souples et organiques, stratifiées. Tout polythéisme se fonde sur une hiérarchie des figures divines, souvent exprimées par le biais du schème de la parenté – les généalogies divines. Ces configurations hiérarchiques sont illustrées par le mythe, le rite et l’image, tous trois liés à une cité, qui traduit de la sorte son identité profonde. Rien de moins « dépassé », rien de moins « exotique » que ces principes éternels qui furent nôtres des siècles durant. Les paganismes d’Europe ont disparu en tant que religions organisées, mais les Dieux, immortels par définition, demeurent présents, en veille, prêts à servir. Tout cela, Jean-François Gautier le dit avec autant de talent que d’érudition dans cette défense du divers comme norme et comme identité.

3797414225.jpgTrès juste, cette articulation qu’il propose entre Dasein (être-là) et ce qu’il appelle Mitsein (être-avec) : les deux vont bien de pair. Très juste, l’idée que le paganisme en Europe ignore le Livre à prétentions universelles qui dicterait une vérité unique valable en tous temps et en tous lieux au détriment de vérités partielles, locales et plurielles. Nulle illusion de salut, nulle espérance au sens chrétien, mais l’énigme du monde, un monde éternel sans fin ni début, l’honnête reconnaissance de l’inconnaissable et le refus des rassurantes certitudes.

Gautier ne le cite pas, mais je pense qu’il doit beaucoup à Clément Rosset, lui aussi lecteur attentif des Tragiques. Il ne cite pas non plus Jean-François Mattéi, dont la (re)lecture le rendrait un tantinet moins sévère à l’égard de Platon – vaste débat.

Un essai dynamique au sens propre, une belle leçon de polythéisme dans la lignée d’Héraclite, entre équilibre et affrontement.

Christopher Gérard

Jean-François Gautier, A propos des Dieux, Nouvelle Librairie, 64 pages, 7 €

* Une broutille à corriger, page 44, aristos est bien le superlatif d’agathos, et non son comparatif ; il signifie donc « le meilleur ».

mardi, 09 juin 2020

Caroline Oh ! Caroline: une farce uchronique de Paul Van Herck

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Caroline Oh ! Caroline: une farce uchronique de Paul Van Herck 

par Georges FELTIN-TRACOL

Parues de nos jours, certaines couvertures soulèveraient sur le champ l’indignation des chochottes de la mémoire et des contempteurs de l’« appropriation culturelle ». C’est le cas pour celle-ci : un célèbre personnage historique germano-autrichien de la première moitié du XXe siècle attifé à la mode afro-amérindienne !

Paul Van Herck.jpgOutre sa couverture, Caroline Oh ! Caroline du Flamand Paul Van Herck (1938 – 1989) brave toutes les convenances historiques en proposant une satire déjantée proprement impubliable aujourd’hui. Inspiré à la fois par le style de Marcel Aymé et de la veine littéraire flamande souvent burlesque, Caroline Oh ! Caroline associe la farce, le fantastique, le psychadélisme et l’uchronie.

Guillaume « Bill » de Lancastère n’admet pas le décès de son amour fou, Caroline. Croyant à la métempsychose, il se souvient parfois d’un fragment de ses vies antérieures et recherche la réincarnation de sa bien aimée. Ses divagations personnelles ne l’empêchent pas de faire son devoir de soldat : partir en Amérique du Nord en mission secrète afin d’y recenser les puits de pétrole disponibles. Préfiguration du steam punk qui apparaîtra une décennie plus tard, le roman évoque l’emploi de véhicules à vapeur. Or, trouver du pétrole deviendra indispensable avec un nouveau modèle d’automobile tracté par « un moteur beaucoup plus léger, plus puissant, plus économique que la machine à vapeur (p. 36) ».

Guillaume de Lancastère sert dans l’armée grande-française. L’Empire français de Napoléon VIII s’étend de l’Oural à l’Irlande. Son modèle administratif centralisé couvre tout le continent de départements, d’arrondissements, de cantons et de communes. C’est l’héritage de Napoléon Ier, vainqueur surprise de Waterloo. En effet, « en 1815, au cri de “ La Fayette nous voici ! ” les Américains décidèrent d’intervenir au côté des Français à Waterloo, les Indiens et les Noirs s’unirent de façon touchante. Ce fut pour jeter à la mer, de concert, les Blancs démunis de leur armée régulière. Depuis, toute l’Amérique est rouge et noire. Les derniers Blancs ont été expulsés il y a environ une centaine d’années (p. 38) ». l’auteur n’insiste pas sur les raisons de cette surprenante action. On peut imaginer une poursuite du conflit anglo-américain commencée en 1812 – la seconde Guerre d’Indépendance – ou bien la volonté du Congrès de se venger de l’incendie de la Maison Blanche… Il en résulte l’expulsion de tous les Européens du Nouveau Monde et la fermeture du continent américain à toute influence extérieure. Les services du renseignement impérial supposent que les tribus noires et indiennes ont plongé toute l’Amérique dans la sauvagerie et l’arriération technique.

L’Empire français d’Europe n’est pas la seule puissance mondiale. Il tient compte du redoutable royaume d’Israël d’Hérode XII. Le peuple juif a profité « des troubles de 1815 pour faire main basse sur tout le Moyen-Orient […]. Et depuis il s’était emparé du Sahara et il menaçait des États comme l’Algérie et le Maroc. Pas étonnant, quand on songeait qu’Israël passait sa vie l’arme au pied (p. 165) ». Par ailleurs, l’ordre impérial napoléonien n’assure pas une pleine quiétude. Perdure ici ou là un relatif sentiment francophobe. Aux périphéries de l’Empire éclatent parfois quelques agitations à l’instigation, par exemple, de ce « Joseph Staline, fomentateur d’agaçants troubles politiques dans le département de Moscou (p. 27) ».

9200000085012694.jpgDans le cadre de sa mission secrète qui nécessite de traverser l’Atlantique par les airs grâce à l’un des tout premiers avions, on adjoint à Bill un second d’origine germanophone, prénommé Adolf, grand fan de Richard Wagner. C’est un « homme à la drôle de petite moustache et aux cheveux gris coiffés à la limande. Son regard était à la fois pénétrant et étrange (p. 46) ». Bien que regrettant la victoire franco-américaine de Waterloo, Adolf est prêt à explorer les « riches gisements au Tex-Ha, ou chez le Caliphe Hornia (p. 53) ».

Leur arrivée en Amérique provoque la stupeur : on les prend pour des dieux. Bill utilise cet atout surnaturel pour semer la zizanie entre les tribus indiennes des Wah-Shintogos et noire des Niou-Yokos. En exacerbant les rivalités, Bill estime que l’armée grande-française reprendra sans grand mal l’Amérique et ses précieux champs pétroliers. Or, la supercherie est bientôt éventée. Si Bill parvient à revenir en Europe où il est fêté en héros impérial, Adolf évite de peu d’être mangé par des cannibales. Il accepte de passer du statut de prisonnier à commandant en chef de l’armée américaine avec le grade de caporal afin de ne pas provoquer « d’infarctus à nos militaires de carrière par une promotion trop rapide (p. 126) ». Les chefs noirs et indiens lui ont offert ce poste, car ils savent aussi qu’ils n’ont « pas un seul militaire de génie, […] intelligent (Idem) ».

Indiens et Noirs ont conclu une alliance militaire secrète. Ayant caché leur avance technologique, ils s’apprêtent à envahir l’Europe napoléonienne par l’Ouest avec une formidable armada navale noire, par l’Est avec la ruée des Indiens à travers la Sibérie, et par le Sud avec l’entrée en guerre des populations africaines. Le « caporal autrichien » Adolf échafaude une stratégie rapide, violente et brutale qu’il baptise Blitzkrieg.

La conquête de l’Est se révèle facile. Londres tomba rapidement. Puis, « les Noirs débarquèrent en France, poussèrent jusqu’au Rhin, anéantissant au passage une armée démoralisée. L’armée noire traversa le fleuve à Remagen, sur un pont demeuré intact, et, dans un élan irrésistible, elle atteignit Berlin. Les Rouges venant de l’Oural portèrent un coup décisif à l’armée impériale, sur la Volga, en un lieu nommé Impérialeville. […] L’empereur Napoléon VIII se suicida (p. 171) ». La conquête achevée, « une des premières étapes de la déseuropéanisation (quel mot !) fut de rebaptiser les Blancs avec des noms nègres ou indiens (p. 174) ». Défait mais vivant, Guillaume de Lancastère s’appelle désormais veau-Idiot et vit dans une réserve près de Moscou avec sa femme et leurs deux enfants.

get-item-image.php.jpgDans ce monde rêvé par Houria Bouteldja, Rokhaya Diallo et Lilian Thuram, existent dorénavant « deux Europes, l’Europe Noire et l’Europe Rouge. Comme les Noirs venaient de l’ouest, et les Indiens de l’est, ce furent l’Europe occidentale et l’Europe orientale, sans aucune référence à la réalité géographique, car la ligne de démarcation avait de singulières sinuosités (p. 172) ». Les relations entre les deux ensembles victorieux se chargent de méfiance réciproque quand il n’est pas la proie d’attentats à répétition. L’un d’eux revient à Bill.

Arrêté, Guillaume de Lancastère se fait interroger par Adolf en personne qui se rappelle peu à peu de lui. En touchant la fibre wagnérienne de son interlocuteur, Bill parvient à le raisonner. Tous deux rencontrent un descendant de H.G. Wells qui a conçu le chronoscaphe, une machine à remonter le temps. Les trois compères retournent alors en 1815 et implorent le Congrès des États-Unis de conserver une juste neutralité. Washington n’expédie aucune force armée en Europe au secours de l’« Ogre corse ». Le Grand Empire français n’existera jamais plus. « Nous pouvons toujours en tirer une conclusion, dit Adolf : n’appelez jamais les Américains à l’aide, ils ne font que nous embarrasser (p. 221). »

Essayant de revenir à leur époque à bord du chronoscaphe, le trio se perd dans les couloirs du temps, ce qui rend Bill inconsolable de ne plus pouvoir rencontrer encore une fois sa chère Caroline. L’absurde s’ajoute à la narration pittoresque pour clore ce récit fantaisiste. Un fait est certain : vu l’ambiance intellectuelle actuelle délétère, on ne verra pas de si tôt une réédition de Caroline Oh ! Caroline de Paul Van Herck, l’espiègle uchroniste.

Georges Feltin-Tracol

• Paul Van Herck, Caroline Oh ! Caroline, préface et traduction de Michel Védéwé, Librairie des Champs-Élysées, coll. « le Masque Science-fiction », 1976, 251 p.

Emmanuel Todd: un essai polémique et naïf

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Emmanuel Todd: un essai polémique et naïf

par Georges FELTIN-TRACOL

Jouissant aujourd’hui d’une paisible retraite, l’anthropologue, historien et sociologue Emmanuel Todd passe pour un franc-tireur dans l’univers béat de l’enseignement dit supérieur français. Ses analyses sur les structures anthropologiques des formes familiales suscitent toujours de vives controverses, mais ce sont ses essais politiques qui en font une personnalité publique.

Les-Luttes-de-claes-en-France-au-XXIe-siecle.jpgOpposant résolu au traité de Maastricht en 1992, Emmanuel Todd n’a jamais hésité à rédiger des ouvrages incisifs tels que L’Illusion économique (1998), Après l’empire (2002), Après la démocratie (2008) ou Qui est Charlie ? (2015). Placé sous le patronage de Karl Marx qui « a dit beaucoup de bêtises, mais Marx était un esprit libre, il était capable de regarder la société de son temps avec ironie et cruauté. Il est le remède contre le panglossisme, c’est-à-dire cette propension à croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles (p. 19) », Les Luttes de classes en France au XXIe siècle ne déroge pas aux prédispositions politique de son auteur, républicain souverainiste – nationiste de gauche. « Ayant vécu Mai 68 à l’âge de 17 ans, à une époque où j’étais membre des Jeunesses communistes (p. 276) », il avoue avoir voté en 2017 « héroïquement (p. 250) » pour Jean-Luc Mélenchon avant de s’abstenir au second tour. Il assume aussi un « républicanisme national-cosmopolite ». Par exemple, « j’ai toujours été, me semble-t-il, et je reste, un immigrationniste raisonnable (p. 270) ». Il ajoute que « trois de mes petits-enfants ont un père d’origine algérienne. […] Je trouve mon propre “ remplacement ” par ces petits Français-là merveilleux (p. 267) ».

Exaspéré par la politicaillerie hexagonale, il déplore que « le but fondamental du système politique français est d’organiser des pièces de théâtre successives qui doivent masquer l’absence de pouvoir économique réel du président (p. 226) ». La révolte automnale des Gilets jaunes l’enthousiasme, malgré son refus du RIC (référendum d’initiative citoyenne). Il y voit la fin d’une phase historique commencée en 1968. « Le cycle qui s’ouvre avec les Gilets jaunes correspond au début de la baisse du niveau de vie et il marque le retour de la lutte des classes (p. 278) », d’où sa référence au livre de Marx, Les Luttes de classes en France, publié en 1850.

Une marginalité permise

À travers le phénomène politico-social des « Gilets jaunes », Emmanuel Todd s’attend au rejet impétueux des dogmes financiaristes de ses bêtes noires, les traités européens. N’évoque-t-il pas « le péché originel : Maastricht (p. 167) » ? Certes, il ne pouvait pas prévoir le surgissement imprévu du coronavirus qui ruinerait les critères maastrichtiens plus sûrement que mille manifestations et cinq mille émeutes. Il prévient néanmoins que « ce livre n’est nullement écrit “ contre l’euro ”. En tant que militant opposé à la monnaie unique, je me considère comme un vaincu de l’histoire (pp. 17 – 18) ». La crise sociale de novembre 2018 au printemps 2019 contredit ce qu’il pensait jusque-là, à savoir qu’« à l’heure actuelle, la défaite se manifeste, pour les classes populaires, par une baisse du niveau de vie et une disparition de toute capacité à influer sur la décision politique. Nous courons, depuis le milieu des années 1980, de micro-défaites en micro-défaites (p. 119) ».

Emmanuel Todd ne retient jamais ses coups à l’égard des puissants et des importants. « Depuis vingt ans, écrit-il avec une certaine auto-dérision, je me suis fait une spécialité d’insulter nos présidents. J’ai eu l’occasion de traiter Chirac de “ crétin ” sur France Inter, Sarkozy de “ machin ” sur France 3, Hollande de “ nain ” dans Marianne (je ne suis plus très sûr) (p. 234) ». Il étrille donc Emmanuel Macron, « candidat surprise du Néant (p. 250) ». Son bouquin-programme, « Révolution est un robinet d’eau tiède, parfois distrayant par l’inculture historique qui s’y déploie (p. 230) ». « En le lisant, j’ai eu confirmation de ma première impression : 265 pages (gros caractère) de vide (p. 228). » L’auteur partage l’opinion de Michel Drac qui, lors d’une recension sur sa chaîne YouTube du 8 février 2017, en déplorait déjà la vacuité.

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On décèle parfois dans les démonstrations de Luttes de classes en France au XXIe siècle des fortes prégnances anarchistes. Si, pour lui, « au tribunal de l’histoire, Mitterrand pourrait […] plaider une sorte d’irresponsabilité intellectuelle (p. 177) » pour cause d’« européïte » aiguë, le second François présidentiel en prend pour son grade. En 2012, face à un « hyper-président » déconsidéré, Hollande « s’offre en Prozac institutionnel (p. 192) » à ses compatriotes si bien que par ses circonvolutions incessantes, « son quinquennat peut se résumer en un mot, c’est celui de lâcheté (p. 194) ». Son propos est ainsi notoirement « dégagiste », sinon « populiste ». « Avec les rêves néo-libéraux de Macron, dignes des années 1980, les fantasmes ethniques de Le Pen, l’auto-hallucination de Fillon en incarnation de la droiture, l’insoumission de Mélenchon qui veut sortir du capitalisme mais pas de l’euro, la France a véritablement atteint le degré zéro du sérieux politique (p. 249). » Pis, « sous Macron, l’histoire politique reste une comédie (p. 223) ».

Il s’attaque volontiers aux journalistes et plus particulièrement aux médiacrates. Avec le « Grand Débat » post-Gilets jaunes, « l’information continue devenait bourrage de crâne continue (p. 310) ». Il note qu’« à l’âge d’Internet, les journalistes constituent un groupe menacé de disparition et donc extrêmement vulnérable. Ils ont beau appartenir à la catégorie des cadres et professions intellectuelles supérieures, ils se retrouvent dans la même situation de dominés que les ouvriers de l’industrie : ils n’ont aucune capacité de négociation et doivent donc, sans que les choses soient explicitement dites, obéir. Ou être virés (p. 30) ». Cela confirme ce qu’avance depuis des années le dissident persécuté Alain Soral : les journalistes sont soit des « putes », soit des « chômeurs »… Emmanuel Todd oublie peut-être qu’en France, depuis Théophraste Renaudot et sa Gazette de France (1631) soutenus par des subsides du cardinal de Richelieu, la presse sert le régime en place.

Une autre identité française…

D’après l’auteur, « l’histoire, n’en déplaise aux élitistes et aux complotistes, faces complémentaires d’une même incompréhension, est faite par des masses, aisées, pauvres ou médiocres (p. 31) ». C’est un jugement quelque peu péremptoire de sa part. Il se félicite du phénomène tumultueux (ou chamailleur ?) des Gilets jaunes. Puisqu’il annonce que « les luttes de classes, c’est la France. Marx a certes étendu le concept à l’échelle planétaire, mais il ne faisait aucun doute pour lui que le lieu de naissance des luttes de classes modernes, c’était la France. Beaucoup plus que la chasse aux Arabes ou aux homosexuels, la lutte des classes est notre identité (p. 20) », il estime que « les Gilets jaunes ont, eux, été capables, un court moment, d’unifier la société française, de la rassembler, à l’inverse du “ Rassemblement ” national (p. 282) ». Les Gilets jaunes seraient par conséquent un nouveau facteur « unificateur » des strates sociales françaises en ce premier quart du XXIe siècle. Au siècle précédent, il a le toupet d’écrire que « nous avons eu la “ chance ” de faire la Grande Guerre qui, en envoyant les Vendéens massacrer les Allemands, et se faire massacrer par eux, les a réconciliés avec la nation (pp. 107 – 108) ». Emmanuel Todd valide l’entière responsabilité de la funeste « Union sacrée » dans le « populicide » des campagnes françaises. Il aurait été préférable que Vendéens et Allemands se coalisent au nom de Dieu, de la hiérarchie, de l’autorité et des communautés charnelles contre une République française individualiste mortifère. Un certain nationalisme français porte aussi une lourde responsabilité dans la « victoire » de 1918 qui montre, un siècle plus tard, sa sanglante inutilité.

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En homme de gauche, Emmanuel Todd dénigre bien sûr le parti de Marine Le Pen. Arc-bouté sur la décennie 1980, il réduit le vote « lepéniste » à « un sentiment anti-arabe (p. 259) ». Le « fonds de commerce [du FN/RN] est l’hostilité aux immigrés d’origine maghrébine, la haine ethnique. Mais, je puis vous l’assurer, s’opposer au lepénisme ne fait pas de vous un héros de la liberté et de l’égalité si vous avez, par ailleurs, privé le citoyen français de son droit de vote effectif, c’est-à-dire qui puisse servir à quelque chose. Tout au plus pouvez-vous vous présenter comme un oligarque libéral anti-raciste (p. 182) ». A-t-il oublié que le Front national de Jean-Marie Le Pen a toujours défendu, face à l’atlantisme, des États arabes comme l’Irak baasiste, la Libye kaddhafiste ou la Syrie nationale-populaire ? Plus sérieusement, il considère que « l’installation permanente du Front national dans le système politique français offre […] à nos classes dirigeantes une nouvelle fausse virginité démocratique. Occupées à détruire la démocratie en pratique, elles peuvent quand même désormais parler sans cesse de la défendre contre Satan (p. 181) ». Par de savantes analyses statistiques, il énonce une nouvelle fois que l’électorat frontiste se droitise (!) en attirant vers lui retraités et petits commerçants. Mieux, « le Rassemblement national est devenu le parti dominant d’un groupe social qui disparaît. […] L’échec du RN est programmé par son succès prolétarien (p. 344) ». Bref, « les chances du FN d’arriver au pouvoir sont nulles et elles ne risquent pas d’augmenter puisque, justement, sa base électorale principale, le monde ouvrier, est en contraction rapide (p. 258) ».

Tout en regrettant que La France Insoumise n’ait pas négocié ce fameux tournant populiste et souverainiste au lieu de revenir « vers la petite gauche PS (p. 326) », il affirme que « le vote Vert est un vote d’attente, un vote faute de mieux pour l’instant. Une pause, un refuge provisoire pour des électeurs au moi fatigué (p. 328) ». Les élections européennes de 2019 prouvent que l’électorat de Yannick Jadot demeure « un électorat “ bobo ” classique (p. 327) », que c’est un « vote […] : “ Ni Macron ni le peuple ” (p. 327) » qui traduit surtout « un vote contre le Jaune. Non à Macron, non aux Gilets jaunes aussi. Un vote “ ni ni ”, en somme (p. 328) ». S’agit-il d’un nouveau symptôme du pourrissement continu du microcosme politique et donc de la France ? Pas du tout ! « Les modèles de segmentation qui s’efforcent de mettre en évidence la séparation de groupes entraînés par des mœurs, des valeurs ou des destins économiques différents – la fracture territoriale de Christophe Guilluy, l’archipellisation de Jérôme Fourquet, les clivages générationnels de Louis Chauvel – se dirigent vers l’obsolescence. La vérité ultime du moment est sans doute que la société française n’a jamais été aussi homogène dans son atomisation et ses chutes. Avec, au sommet, une caste de vrais riches (pp. 152 – 153). »

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Emmanuel Todd remet en cause sa propre théorie anthropologique familiale qui expliquait la complexe diversité française. « Le chercheur, et particulièrement le vieux chercheur, finit par se trouver prisonnier de ses propres modèles et conceptions (pp. 12 – 13). » Or, le « principe d’empirisme […] a guidé toute ma vie de chercheur (p. 66) ». Il entérine la fin de « la polarité entre les valeurs libérales – égalitaires du centre et les valeurs autoritaires inégalitaires de la périphérie (p. 100) ». Maints essayistes, historiens, sociologues, économistes, démographes se sont disputés à propos d’une époque précise de l’unification des territoires français. L’auteur assure que cette intégration unificatrice s’est achevée au cours du cycle 1968 – 2017. Si sa thèse se révèle juste, elle confirmerait notre approche gallovacantiste qui postule l’absorption et donc l’effacement de la France par la République hexagonale.

Achèvement de la France ?

Par-delà les graphiques, les pourcentages et le savant calcul de coefficients, l’auteur ne voit pas que le fort taux de mariages mixtes en France s’explique par l’union au bled des filles d’immigrés d’origine musulmane avec des maris du coin. Il se rit de la « querelle » lancée par Éric Zemmour sur les prénoms non français. « Si s’appeler Mustapha, Kader ou Yasmina signifie que l’on n’est pas un vrai Français, alors, avec près de 20 % de faux Français parmi ses naissances, la France n’existe déjà plus (p. 364). » Eh oui ! Todd serait-il un francovacantiste qui s’ignore ? Bien sûr, le « Grand Remplacement » n’existe pas à ses yeux, quoique… « Nos idéologues, à l’image de beaucoup d’électeurs du Front national, continuent d’être obsédés par les Arabes sans voir qu’une immigration noire africaine massive est en train de changer le pays de couleur et que le nombre de mariages mixtes, surtout si l’on tient compte du caractère récent de cette immigration, est déjà étonnamment élevé (p. 108). » L’africanisation de l’Hexagone avance à un rythme soutenu. L’auteur passe bien entendu sous silence les méfaits calamiteux de cette vague migratoire. Pourtant, « avec ses escalators en panne, ses accidents de train à répétition, ses usines et cathédrales qui flambent, la France, où la pauvreté est devenue un motif d’angoisse générale, me semble moins évoquer un pays sur la pente ascendante qu’une société en voie de re-sous-développement (p. 45) ».

Emmanuel Todd évoque l’euro pour expliquer cette effroyable descente économique et sociale. Il s’inquiète de la baisse évidente de la natalité sans viser les politiques familiales néfastes de « Sarkollande ». À rebours des études de l’INSEE qui « ne calcule plus que le produit intérieur brut (PIB) et a abandonné le concept de produit national brut (PNB) qui permet, lui, de distinguer l’activité des entreprises sur le territoire national, selon leur nationalité, et l’activité des firmes françaises à l’étranger (p. 36) », il insiste sur « la baisse du niveau de vie (p. 34) ». Pourquoi ? « Dans ce monde en régression, qui se concentre sur les services, le chômage peut effectivement régresser lui aussi. Seulement, parce que la richesse réelle d’une population dépend de ses exportations industrielles, les emplois nouvellement créés sont inférieurs à ceux qui ont été détruits : ils requièrent un niveau de qualification plus bas et offrent un niveau de vie plus bas également. Ce vers quoi nous sommes peut-être en train de tendre, c’est en somme une société “ serviciée ” (comme on parle de société “ ruralisée ”) (pp. 58 – 59). »

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Plus que l’euro, c’est la mondialisation provoque ce déclin. Mais Todd se focalise sur la monnaie unique européenne. « À partir de 1999 [année du lancement de l’euro en tant que monnaie de compte effective] la démocratie représentative, au sens classique et conventionnel du terme, a cessé d’exister en France (p. 182). » Ce lecteur de l’historien royaliste, libéral et germanophobe Jacques Bainville n’aime pas l’Europe. Avec toute l’autorité universitaire qui lui est due, « en tant qu’anthropologue, je sais que les Européens n’existent pas (p. 203) ». Première nouvelle ! Et le Français existe-t-il vraiment en 2020 ? Il reconnaît que « l’euro, monnaie créée pour des raisons politiques et géopolitiques, est en lui-même intensément “ étatique ” (p. 345) », ce qui explique son approbation du Traité constitutionnel européen au référendum de 2005. Il souligne que « l’euro contient […] en lui-même l’idée d’un État si puissant qu’il peut s’opposer aux forces du marché (p. 346) ». Quelle belle perspective anti-libérale ! Emmanuel Todd ne semble pas savoir que les promoteurs initiaux du projet dit européen, en premier lieu les États-Unis, refusent l’émergence sur la scène mondiale d’une nouvelle grande puissance associant la dissuasion nucléaire française, la force monétaire allemande, le dynamisme industriel italien et l’influence géo-linguistique espagnole, qui s’adosserait à la Russie et à l’Eurasie.

Il préfère accuser les enseignants d’européisme anti-national. « À travers les professeurs d’histoire, ils inculquent depuis des décennies l’idée d’un horizon européiste indépassable et ont ainsi contribué à ancrer dans de jeunes esprits une idéologie (objectivement) de droite (p. 239). » Il ignore peut-être que ce monde enseignant, longtemps socle principal du PS, applique des programmes scolaires acceptés par les ministres de l’« Éducation nationale ». L’auteur serait-il favorable à la réintroduction de Vercingétorix, de Clovis, de Louis XIV et de Napoléon ? Pas certain… Il se contredit aussi puisqu’on lit que « l’européisme le plus dense, le plus anti-national, fut socialiste. La droite n’a fait que suivre (p. 224) ». Loin d’inculquer aux adolescents une supposée idéologie de droite, écoles, collèges et lycées déversent chaque jour un « sociétalisme culturel » caractérisé par l’« ouverture obligatoire à l’Autre » (n’est-ce pas, les filles ?) et le consentement forcé au terrorisme psychologique du sectarisme queer.

Phobie allemande

Écartant sans aucune raison valable Italiens et Espagnols de son raisonnement historique, Emmanuel Todd assure que « les Français du XXIe siècle se situent principalement par rapport à deux peuples très proches physiquement : les Allemands, vis-à-vis desquels ils souffrent d’un complexe d’infériorité, et les Arabes, vis-à-vis desquels ils souffrent d’un complexe de supériorité. Il y a une dialectique Allemands – Arabes inconsciente dans la mentalité française, fortement associée à la problématique générale de l’inégalité. Une France obsédée par les Allemands le sera aussi par les Arabes. Et vice versa (p. 189) ». Les Arabes ou les Maghrébins ? Monsieur l’Anthropologue ne sait-il pas que l’Afrique du Nord est toujours berbère et non massivement arabe ? On sait tous de nos jours que ce sont les mots allemands, plus qu’arabes d’ailleurs, qui envahissent le langage courant et que les cinémas ne diffusent que des productions d’outre-Rhin au titre germanique non traduit… Cette explication psychologique simpliste et sommaire ne masque pas une germanophobie tenace.

arton50528-ecb24.jpgEn écrivant que « les élites allemandes souffrent plutôt d’un complexe d’infériorité vis-à-vis de l’Angleterre, depuis Guillaume II au moins. Elles ont beaucoup rêvé d’un “ couple ” anglo-allemand présidant aux destinées de la planète (note 1 p. 190) », Todd ignore peut-être que l’actuelle dynastie régnante de Buckingham Palace vient du Hanovre et que Guillaume II d’Allemagne cousine avec le père de Georges V d’Angleterre, Édouard VII. Entre 1945 et 1949, les Britanniques occupèrent le Nord-Ouest de la future RFA. La rééducation mentale collective entreprise par les Occidentaux a produit des institutions allemandes vassales de l’atlantisme, des États-Unis, de la City et de Wall Street. Guy Mettan rapporte une « révélation de l’ancien patron du contre-espionnage militaire allemand, le général Gerd-Helmut Komossa, suivant laquelle les chanceliers allemands, depuis la mise en place de la Loi fondamentale créant la République fédérale en 1949, doivent faire acte d’allégeance aux trois anciennes puissances occupantes de 1945 (1) ». Il cite ensuite un ancien collaborateur du chancelier social-démocrate Willy Brandt, Egon Bahr, expliquant qu’« on avait soumis au chancelier fraîchement élu Willy Brandt trois lettres à signer pour les ambassadeurs des puissances occidentales. Avec sa signature, il devait confirmer son accord aux restrictions légales exprimées par les gouverneurs militaires alliés à propos de l’application de la Loi fondamentale du 12 mai 1949 (2) ». Cette soumission perdure-t-elle depuis la réunification de 1990 ? D’une manière indirecte, très certainement. Il ne fait en outre guère de doute qu’Angela Merkel se trouve tenue par les services occidentaux. Son père, le pasteur Horst Kasner, a quitté Hambourg en 1954 pour la RDA. Avant la chute du Mur, la jeune Angela participait à la Jeunesse libre allemande et fut secrétaire à l’Académie des sciences du Département pour l’agitation et la propagande. Or, le journaliste et ancien agent de renseignement Pierre de Villemarest signale que la Jeunesse libre allemande servait souvent d’antichambre aux futurs cadres du Parti et de la Stasi sous la supervision directe du KGB soviétique (3). Il n’est pas non plus anodin d’apprendre qu’une fois la réunification acquise, la mère d’Angela Merkel adhéra au SPD et que son propre frère milita chez les Verts. Imbu de certitudes et sans connaître les coulisses de l’actualité, Emmanuel Todd se trompe sur un projet pseudo-européen qui ne tend pas vers un hypothétique IVe Reich, mais plutôt vers un condominium américain germano-atlantiste sur l’Europe.

En marxien hétérodoxe, il proclame : « Pas de nation sans lutte des classes (p. 363). » Avant de faire de la France paupérisée une nouvelle patrie prolétaire prête à se dresser contre les « États nantis », il espère beaucoup dans le mouvement des Gilets jaunes. Il y devine une expression de l’unité nationale. « En tant qu’historien de la longue durée et contre les théoriciens de la fragmentation de la société française, je suis prêt à parier que les mutilations et les incarcérations de Français ordinaires mal payés – employés, caristes, chauffeurs routiers, électeurs ou non du Rassemblement national ou parfois de Mélenchon, venant ou non de provinces de l’Ouest où il n’y a pas de problème d’immigration [!] – ont amorcé une réunification de la société française dans ses masses populaires (p. 302). » En se penchant sur le profil des « meneurs » de la fronde jaune, il en déduit une dissociation croissante de l’intelligence et de l’instruction transmise par l’école. Les classes populaires deviendraient-elles moins diplômées et plus intelligentes ? En effet, « comment expliquer que de plus en plus d’enfants obtiennent le bac au sein de générations qui savent de moins en moins écrire et compter ? (p. 65) » Par la haine programmée de la transmission des connaissances de la culture classique européenne et française. Aujourd’hui, les facultés, en particulier en sciences humaines et en psychologie, sont peuplées de sots qui ne le savent pas, à qui on fait miroiter un avenir merveilleux et qu’on manipule par des injonctions impérieuses de la « pensée » inclusive. La responsabilité de tous les présidents depuis Giscard d’Estaing est en cause, même si avant 1995, « le bac général restait le bac, il n’était pas dévalué par rapport à celui qu’avaient pu passer les générations antérieures. […] Non, nous n’avons plus affaire au même bac : il est plus facile à obtenir (p. 64) ».

Des contradictions patentes

618fzPpWPSL.jpgNe souhaitant pas verser explicitement dans le « populisme », Emmanuel Todd se fourvoie totalement quand « n’appréciant pas, d’instinct, le populisme moralisateur de Michéa et surtout l’association systématique que ses fidèles en ont tiré entre libéralisme des mœurs et libéralisme économique, entre réformes sociétales et financiarisation de l’économie, constatant avec tristesse son influence grandissante dans la contestation en France, j’avais relu Lasch dans l’intention, je l’avoue, de pouvoir dire que Michéa ne l’avait pas compris, que Lasch, tout de même, c’était autre chose – par exemple, l’optimisme et le pragmatisme américains, etc. Désillusion. À la relecture, j’ai trouvé Lasch moralisateur (pp. 131 – 132) ». Pointe ici une once de jalousie intellectuelle envers Jean-Claude Michéa, cet Emmanuel Todd qui aurait gagné de nombreux esprits… L’auteur en profite pour dénigrer, peut-être avec raison, « l’utilisation de la notion de common decency, tiré d’Orwell, si présente dans le discours des jeunes contestataires, de droite et de gauche, de l’ordre établi, [qui] résulte d’une fondamentale erreur de perspective historique sur l’anthropologie du monde ouvrier des années 1880 – 1939 (p. 128) ». La « décence commune » ne concerne pas en 2020 dans une société cassée et mondialisée dans laquelle « le diplôme vaut quelque chose même quand il ne vaut rien. Même dépourvu de contenu intellectuel, il est un titre donnant accès, dans un monde désormais stratifié et économiquement bloqué, à des emplois, des fonctions, des privilèges. Le diplôme est devenu, dans une société où la mobilité sociale a dramatiquement chuté, un titre de noblesse (pp. 78 – 79) ». C’est dans ce contexte bouleversé que « nous assistons à l’émergence d’une classe moyenne dominante dans un contexte d’appauvrissement (p. 113) ».

76ca9fd13d37099f73b6eafb4c8e56c1.jpgTodd s’inquiète d’« une nouvelle théorie du ruissellement (p. 260) » via un vigoureux mépris social, car « le mépris est au cœur du macronisme (p. 261) ». Il le résume par « voter Macron, dès le premier tour, c’est donc voter contre Le Pen (p. 248) ». Il ajoute même que « la France “ ouverte ” […] avait montré dès 2017 qu’elle était plus motivée par la haine d’un lepénisme bien français […] que par le désir de découvrir le monde (p. 320) ». Il critique un Hexagone de « petits bourgeois gavés de fausse conscience (p. 339) » pour qui « les réfugiés forment désormais […] le cœur de [leurs] préoccupations socio-politiques (p. 267) ».

Cette haine des classes laborieuses suspectées de lepénisation avancée se vérifie avec l’épisode des Gilets jaunes. Non seulement l’auteur ne pardonne pas à Emmanuel Macron et à son entourage « l’instrumentalisation de l’antisémitisme dans leur lutte contre (p. 311) » eux, mais « il est clair que la violence de la crise des Gilets jaunes, la violence de la répression en particulier, a fait de lui le président du parti de l’Ordre. […] En 2017, il était le président du XXIe siècle. Au sortir des européennes, il est un président du XIXe siècle (p. 322) ». Irrité par l’agitation sociale et séduite par les « réformes » ambitieuses de démantèlement de la société, l’électorat droitard se rue maintenant en masse vers les candidats de La République en branle. « Telle est l’ironie du macronisme : l’homme qui a aboli l’ISF a été plébiscité par des salariés très moyens. Il existe un terme technique français pour désigner les individus placés dans ce genre de situation : “ cocus ” (p. 240). »

Là où Emmanuel Todd exagère, c’est quand il insinue que « le Rassemblement national au service de l’ordre […] a joué un rôle trouble. Tout en affirmant soutenir les Gilets jaunes, il a, de fait, entériné la répression (p. 308) ». Il remarque de manière pernicieuse qu’« il existe une catégorie qui a voté à 50 % – davantage encore que les ouvriers – pour Marine Le Pen : les gendarmes (p. 242) ». Il se contredit néanmoins puisqu’il mentionne « le journal L’Essor de la gendarmerie nationale du 1er février 2019 [qui] se félicite que “ seuls 10 % des tirs LBD 40 ont été effectués par des gendarmes ” (p. 279) ». Ce faible pourcentage annule sa théorie de convergence implicite entre les deux finalistes de la présidentielle de 2017. Ce n’est pas demain qu’on verra Marine Le Pen nommée Premier ministre par Emmanuel Macron… En revanche, il n’est pas impossible que l’actuel locataire de l’Élysée se projette à « droite » et collabore avec une jeune retraitée de la politique, directrice d’une « école » politique lyonnaise en toc et dont le cercle rapproché aiguillonné par un mensuel inintéressant travaille à une fantasmatique union des droites… Déjà, à l’occasion du second tour des municipales, dans de nombreuses villes telles Lyon ou Bordeaux, LREM fusionne avec Les Républicains chiraco-sarkozystes. Les électorats macronien et filloniste sont finalement très proches dans leurs aspirations de retraités rentiers décatis.

Le coup de tonnerre politique serait en fait l’arrivée à Matignon d’une personnalité « écolo-autoritaire » plus ou moins progressiste (Ségolène Royal ou Valérie Pécresse). Cette nomination ne serait pas une surprise, surtout s’il s’agit d’une manœuvre désespérée de l’« État profond (p. 324) » hexagonal. Bien que niant toute thèse conspirationniste, Emmanuel Todd emploie trois fois ce terme lourd de sens. Il s’interroge même : Macron serait-il « le candidat de l’État profond ? (p. 230) » Lors d’une allocution devant les ambassadeurs en août 2019, le chef de l’État a lui-même employé l’expression. Pour Todd, « Macron l’emporte parce qu’il a, avec lui, non pas le grand capitalisme mais l’État profond et parce que tout en lui suggère que rien ne va changer (p. 249) ». Qu’entend-il par « État profond » ? Todd n’apporte aucune réponse. Il n’a jamais lu les études de Henry Coston et d’Emmanuel Ratier. En bon structuraliste marxien influencé par les travaux précurseurs du conservateur Frédéric Le Play, il entreprend en revanche une nouvelle stratigraphie de la société française.

Les quatre strates sociales de l’Hexagone

À sa base se trouve le « prolétariat (p. 124) », soit environ 30 % de la population composée d’ouvriers et d’employés non qualifiés (25 % sont français ou européens, et 5 % extra-européens). Les agriculteurs, les professions intermédiaires (techniciens et infirmières), les employés qualifiés, les artisans et les petits commerçants, etc., forment 50 % de la population française, ce qui constitue une « majorité atomisée (p. 123) ». La « petite bourgeoisie CPIS (pour cadres et professions intellectuelles supérieures) (p. 122) » représente 19 %. Enfin, le dernier 1 % correspond à l’« aristocratie stato-financière (p. 120) ». Cette dernière coïncide à peu près à l’« État profond ». Emmanuel Todd dénonce le « modèle d’une société où le problème central n’est pas le monstre néo-libéral, mais bien plutôt un État qui dévore la société et qui, par inadvertance idéologique et bureaucratique, menace soudain de mort sociale, par des taxes, les plus fragiles, qui sont souvent du côté de l’entreprise, salariés ou tout petits entrepreneurs (p. 350) ». Cette « aristocratie stato-financière se croit financière, alors qu’elle est étatique (p. 341) ».

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Bien que cette nouvelle nomenklatura s’organise autour de deux mondes distincts parfois antagonistes (les ultra-riches et la très haute fonction publique peuplée d’anciens élèves de l’ENA, de Polytechnique, des Écoles des Mines), « la haute-bureaucratie y domine; la culture du marché y est dominée, si bien que l’on y trouve un néo-libéralisme loufoque géré par des énarques qui n’acceptent pas au fond la simple loi de l’offre et de la demande. Un tel magma conceptuel ne peut être que dysfonctionnel (p. 169) ». Le plus bel exemple de ce dysfonctionnement permanent a longtemps été personnifié par Guillaume Pépy, le très discutable président de la SNCF. Ces « aristocrates » d’un nouveau genre « commencent leur carrière à Bercy, mais considèrent qu’ils ont raté leur vie s’ils y travaillent encore à quarante ans. Leur objectif est d’aller dans le privé multiplier par dix, voire par cinquante, un salaire déjà très confortable, quitte ensuite à retourner dans la fonction publique (pp. 213 – 214) ». Le journaliste de L’Obs, Vincent Jauvert, avec ses deux enquêtes (4), ne dit pas autre chose. La facilité de passer du public au privé et réciproquement – le « pantouflage » – s’appuie sur un ensemble de clubs discrets et influents dont le plus important demeure Le Siècle. Ce 1 % incarne la Caste qui parasite et pille la population française.

Tandis que ses chiens de garde médiatiques célèbrent un « vivre ensemble » meurtrier ainsi que le sociétalisme – Todd s’étonne de ces « 66 % des juges désormais [qui] sont des femmes (p. 309) » (Où est donc la fameuse parité ?), d’où son constat amer : « L’émancipation des femmes se déploie simultanément pour assumer la violence, en tant que juges, et pour la rejeter, en tant qu’électrices (p. 328) » -, la Caste peut « tout vendre, tout brader, tout voler à la nation : le rétrécissement du capitalisme industriel français nous garantit l’affaiblissement du secteur privé. Paradoxalement, les politiques “ néo-libérales ” suivies en France, en détruisant le capitalisme industriel, en restreignant, par l’euro, l’initiative privée, ne peuvent que mener à un renforcement de l’État en tant qu’agent autonome (p. 262) ». Loin des sornettes libérales « statophobes », le libéralisme 3.0 a besoin d’un État toujours plus omnipotent qui écrase toutes les résistances culturelles, politiques et sociales au marché. Aux États-Unis, la guerre entre le capitalisme industriel plutôt protectionniste, le néo-capitalisme commercial libre-échangiste et le capitalisme hyper-libéral de l’économie numérique a produit un Donald J. Trump. Dans l’Hexagone, « la victoire de Macron démontre, en un sens, qui est le vrai patron en France : l’État libéré des partis, plutôt qu’un capitalisme sous perfusion. […] À travers Macron nous avons vécu l’arrivée directe au pouvoir de l’État devenu un acteur politique autonome (p. 231) ». Est-ce vraiment une novation pour un pays tel que le nôtre bâti autour et par une volonté régalienne ? Emmanuel Todd ne saisit pas que le Français est d’instinct un homo status. Sans État, – nounou ou pas -, il se perd vite.

Si cette « pègre » s’approprie l’État en France, elle appartient néanmoins, à l’instar des « petits bourgeois CPIS [qui] font partie des perdants du système [… des] “ losers ” d’en haut (p. 240) », à la catégorie sociologique des larbins à leur propre insu. En effet, depuis la Grande Récession de 2007 – 2008, « l’aristocratie stato-financière, si elle peut continuer de s’enrichir et de placer son argent dans des paradis fiscaux, perd son statut de classe dirigeante. Elle devient une sorte de bourgeoisie coloniale, relais d’un système impérial dont elle ne partage plus la direction (pp. 191 – 192) ». Cette « mafia » reporte alors sa frustration vers les classes populaires. « En échec partout, humiliée partout, notre classe supérieure s’est trouvée le peuple français comme bouc émissaire en le traitant de fainéant aux réformes (p. 263) » ou l’infantilise et le culpabilise à propos de l’épidémie de covid-19. Voilà pourquoi Emmanuel Todd assène que « le bon animal totémique pour Macron dans une société dont le tissu est en décomposition, dont il s’acharne à dépouiller les entreprises publiques et à attaquer les blessés, c’est peut-être la hyène (p. 333) ». Il ne recevra pas de si tôt un appel téléphonique du président de la République…

Alignement anglo-saxon

L’auteur l’assume, lui qui craint dans un avenir proche un « coup d’État 2.0 (p. 355) » de la part des autorités. « Ce livre est […] civique et expérimental. Et expérimental par civisme. […] Parce que la France est menacée et que publier, dans dix ans, un livre – écrite sans doute en exil en Angleterre – sur les raisons de l’effondrement de la démocratie dans notre pays aurait présenté très peu d’intérêt (pp. 11 – 12). » Anglophone et ancien étudiant, puis enseignant à Cambridge, Emmanuel Todd garde les yeux de Chimène pour le Royaume Uni. Londres n’est-elle pas la ville la plus vidéo-surveillée d’Europe ?Conservateurs, travaillistes et libéraux-démocrates ont bien restreint la liberté d’expression outre-Manche.

frangl.pngExcessivement germanophobe, il ne cache pas une évidente anglomanie. Pour lui, « l’Angleterre fut et reste notre grande alliée, depuis l’Entente cordiale, et le seul pays d’Europe avec lequel nous ayons une collaboration militaire réelle et efficace (p. 251) ». Quel est le nombre de soldats britanniques qui se battent au Sahel aux côtés des forces françaises ? Cet historien oublie que la diplomatie français fut souvent à la remorque du Foreign Office avant 1914 et pendant l’Entre-deux-guerres. Le 3 septembre 1939, la République déclare la guerre à l’Allemagne après la déclaration de guerre de la Grande-Bretagne au moyen d’une banale loi de finance. Ce suivisme diplomatique catastrophique s’applique aussi aux milieux atlantistes. Le Brexit ne le surprend pas; il le satisfait plutôt. « Dans un pays qui a perdu son indépendance, la reconquête de l’indépendance est la priorité absolue (p. 358). » Certes, mais quelle indépendance « nationale » qu’il ne précise pas ? Politique ? Économique ? Militaire ? Culturelle ? Démographique ?

Au-delà d’une simple anglophilie, Emmanuel Todd témoigne d’un vibrant tropisme étatsunien. « Nous, Français, sommes du côté de la liberté, n’est-ce pas ?, et nous devrons, comme les géopoliticiens américains, suivre Trump. Nous rallier au populisme américain en somme (p. 161). » Il se félicite que « la répartition constitutionnelle des pouvoirs […] laisse [à Trump] une vaste zone de libre action en matière de politique commerciale et il est en train de tenir ses promesses protectionnistes. Son attitude reste hésitante vis-à-vis de l’Europe et, en particulier, de l’Allemagne, devenue pour les États-Unis un adversaire industriel. Mais il a rallié l’establishment géopolitique à sa stratégie d’affrontement avec la Chine. Sa motivation première était de taxer les importations chinoises pour protéger les travailleurs américains. Or, dans le même temps, l’avancée menaçante de la Chine en mer du Sud inquiétait une bonne partie de l’establishment américain, qui est arrivée à la conclusion que le moment était venu de briser la superpuissance montante (pp. 160 – 161) ». Contrairement toutefois à diverses franges souverainistes, l’auteur appelle clairement à « renoncer à demander la sortie de l’OTAN […]. Pour sortir de l’euro sans trop de casse, soyons clairs, nous aurons besoin d’un appui massif des autorités monétaires américaines, de la FED (p. 360) », soit se libérer de Berlin et de Bruxelles pour se réfugier sous Londres et Washington. La France détient encore l’arme nucléaire ! Il regrette que les Gilets jaunes n’aient pas été la variante française du populisme à la sauce trumpienne… Il justifie son surprenant raisonnement géopolitique. « Un pays qui vit sous emprise doit avoir des alliés puissants pour s’en sortir, qu’il n’a pas à aimer mais à utiliser. Un seul pays peut permettre à la France d’échapper à l’euro. […] C’est celui qui ne veut pas d’un système impérial européen dominé par l’Allemagne : les États-Unis. Le salut de la France passe par l’aide des Américains. Je serais tenté de dire : comme d’habitude (p. 359). » Il ne comprend pas que l’« État profond » US se répartit depuis 1945 les rôles entre les tenants d’un continent européen brisé en États souverains factices malléables à l’exemple de la Pologne nationale-conservatrice du PiS, et les zélotes d’une intégration pseudo-européenne autour d’une Allemagne elle-même fort docile envers Washington et Wall Street. L’auteur écarte dès le départ de sa réflexion quelques « puissances » géopolitiques « secondaires » telles que la Russie, l’Iran, la Chine ou l’Inde. La libération de la France passera nécessairement par l’émancipation réelle des Européens de la servitude volontaire culturelle anglo-saxonne. Emmanuel Todd ne se dirige pas vers cette direction libératrice. Bien au contraire…

Comme son auteur, Les Luttes de classes en France au XXIe siècle est un livre qui agacera par sa relative naïveté. Il donne cependant le point de vue iconoclaste d’un membre du sérail médiatico-intellectuel. Cet ouvrage présente le mérite de démontrer qu’un certain souverainisme français ne se soucie pas de l’enjeu identitaire ethnique et spirituel. D’après Emmanuel Todd, « nous sortons du sociétal et des valeurs identitaires pour retrouver le socio-économique. L’identité de la France, c’est la lutte des classes, pas de taper sur les Arabes ou de se prendre pour des Allemands (5) ». Quant à l’Albo-Européen, l’ennemi est aussi bien le bankster que le républicain cosmopolite anti-européen, les ONG immigrationnistes que l’occidentaliste atlantiste.

Georges Feltin-Tracol

Notes

1 : Guy Mettan, Le continent perdu. Plaidoyer pour une Europe démocratique et souveraine, Éditions des Syrtes, 2019, p. 184.

2 : Idem.

3 : cf. Pierre de Villemarest, Le coup d’État de Markus Wolf. La guerre des deux Allemagnes 1945 – 1991, Stock, 1991.

4 : cf. Vincent Jauvert, Les intouchables d’État. Bienvenue en Macronie, Robert Laffont, 2018, et Les Voraces. Les élites et l’argent sous Macron, Robert Laffont, 2020. La rapacité de la Caste ne date pas de Macron. Elle se manifeste dès le second mandat de Mitterrand avec le retour au pouvoir en 1988 de l’« État PS » aux dépens de l’« État RPR » issu des accointances profondes entre des réseaux bientôt « affairo-gaullistes » et certains parrains criminels liés à la French Connection. Les enquêtes de Jauvert pourraient aussi émaner de quelques factions socialo-hollandaises de l’« État profond » hexagonal critiques envers certains gestes diplomatiques de Macron à l’égard de la Russie.

5 : Entretien avec Emmanuel Todd dans Libération du 22 janvier 2020.

• Emmanuel Todd avec la collaboration de Baptiste Touverey, Les Luttes de classes en France au XXIe siècle, Le Seuil, 2020, 376 p., 22 €.

dimanche, 07 juin 2020

Over Karl Haushofer en het nationaal-socialisme

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Over Karl Haushofer en het nationaal-socialisme

Bjorn Roose

(via https://www.goodreads.com)

Wie zich ook maar voor een uurtje in geopolitiek verdiept – en dat zijn er sinds die tak van de wetenschap de laatste decennia weer enigszins gededouaneerd is geraakt toch niet weinig –, komt hoe dan ook bij de naam Karl Haushofer terecht. Het is dan ook enigszins spijtig dat Perry Pierik het woord “geopolitiek” niet eens vernoemt op de cover van dit boek, zodanig dat wie nog nooit gehoord heeft van geopolitiek niet door dat woordje kan aangetrokken worden om het boek ter hand te nemen. Nah ja, “nationaal-socialisme” zal een belangrijker verkoopsargument geweest zijn en Pierik is per slot van rekening niet alleen schrijver, maar ook uitgever (dit boek is uitgegeven bij Aspekt, waarvan hij de eigenaar is) en boeken over het nationaal-socialisme en aanverwanten zijn zo’n beetje de specialiteit van zijn uitgeverij. “Als de nationaal-socialisten niet hadden bestaan, dan hadden ze ze moeten uitvinden”, zei een Franstalige kennis van me wel eens en hij had voor de wereld van uitgevers, documentairemakers en cineasten zeker gelijk.

Nu, los daarvan, dit Karl Haushofer en het nationaal-socialisme is een redelijk sterk boek. Ook voor wie meer wil weten over geopolitiek, want Pierik gaat uitgebreid op het vakgebied in in het derde hoofdstuk Geopolitik: de mores van het vak. De ideeën van Friedrich Ratzel, Rudolf Kjellén, Halford Mackinder en uiteraard Karl Haushofer en de andere geopoliticus in de familie, zijn zoon Albrecht passeren, samen met die van een aantal mindere goden, uitgeverijen, begunstigers, enzovoort, de revue. Bovendien zijn in het boek 35 bladzijden aan voetnoten opgenomen en 20 bladzijden aan literatuurregister. Daarin zit héél veel over de geopolitiek, zodat wie zich verder wil verdiepen in die wetenschap zich nog lang niet zal gaan vervelen.

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Maarreuh, geopolitiek, was dat niet iets van de nationaal-socialisten? Was dat niet de semi-wetenschappelijke uitleg die ze gaven aan hun drang naar Lebensraum (en nach Osten)? Zou zoiets niet beter in de hoek blijven liggen waarin het na WOII geschopt is? Wel, dat soort vragen zal allicht ook de reden geweest zijn waarom Pierik dit boek geschreven heeft.

Mijn mening: politici (en dat zijn nationaal-socialisten net zo goed al communisten en “democraten”) maken altijd, net zoals “gewone” burgers (én een groot deel van de wetenschappelijke wereld), misbruik van die conclusies die de wetenschap (tijdelijk) trekt en stofferen er hun eigen aannames mee. Dat dat zal gebeuren, mag geen reden zijn om niet verder te streven naar kennis. En als iemand streeft naar kennis, zal hij doorgaans niet zoveel zelfbeheersing aan de dag leggen dat hij die voor zich houdt tot ze “volledig” is. Wetenschappers hebben een ego, willen niet dat een ander hen vóór is, en verdienen óók graag hun boterham.

Dat er zelfs in de definitie van geopolitiek nogal verschillen zitten van persoon tot persoon, van instelling tot instelling, maakt het er uiteraard niet makkelijker op. Dat er héél veel factoren meespelen óók niet. En dat iedereen er mee doet wat hem zint al evenmin. David Criekemans definieerde geopolitiek in 2005 als “het wetenschappelijk studieveld behorende tot zowel de Politieke Geografie als de Internationale Betrekkingen, die de wisselwerking wil onderzoeken tussen de politiek handelende mens en zijn omgevende territorialiteit (in haar drie dimensies; fysisch-geografisch, menselijk-geografisch en ruimtelijk)”, wat het wel zo’n beetje samenvat, maar ook meteen duidelijk maakt dat geopolitiek over álles kan gaan en overal heen kan.

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Is het dan eigenlijk wel een wetenschap, kan je je afvragen? En, weerom mijn mening, dat is het en dat is het niet. Is filosofie een wetenschap? Is psychologie een wetenschap? Is economie een wetenschap? Die eerste twee vragen zullen veel mensen meteen met een “nee” beantwoorden, al zullen de beoefenaars van de wetenschap in kwestie daar wellicht een andere mening over hebben, maar economie wordt algemeen gezien als wetenschap. Ik, als economist, zeg dat het dat niet is. Op basis van de economische “wetenschap” zijn systemen gevestigd die zo ver uiteenlopen als communisme en kapitalisme, verdedigt de ene een “miljardairstaks” en de andere een “flat tax”, is de ene in crisistijden voor zware overheidsinvesteringen terwijl de andere pleit voor het buiten de economie blijven van de staat. En elke politicus én elke economist heeft “wetenschappelijke” bewijzen die zijn gelijk staven. En stuk voor stuk zijn ze van oordeel dat hun tegenstanders onwetenschappelijke klungelaars zijn. Of ze negeren die tegenstanders volkomen. Ergo: als we economie als een wetenschap beschouwen, kunnen we geopolitiek óók als een wetenschap beschouwen.

KH-japon.jpgSterker nog: er is eigenlijk véél meer overeenstemming in de geopolitieke wereld dan er in de economische wereld is. Zonder dat die overeenstemming met de macht van de straat afgedwongen wordt (cfr. de zogenaamde consensus in de wetenschappelijke wereld over klimaatopwarming, afgedwongen door activistische politieke instellingen en dito van mediatieke roeptoeters voorziene burgers). Er zijn een aantal verschillende verklaringsmodellen, geen daarvan is volledig, en er is sprake van voortschrijdend inzicht, maar de voorlopige conclusies gaan geen radicaal verschillende richtingen uit. Én het is ook gewoon een razend interessant kennisdomein, zeker in tijden waarin grotendeels gedaan wordt alsof grenzen voor eeuwig vastliggen, handels- en andere oorlogen zich bedienen van flauwe excuses, en gedateerde internationale instellingen hun leven proberen te rekken.

Nu, ook los van de rol van Karl Haushofer in de geopolitiek – een rol die eigenlijk nauwelijks kan overschat worden – is dit een interessant boek. De naam van Haushofer zal namelijk zelden genoemd worden zonder ook die van Rudolf Hess te noemen. Rudolf Hess, de gevangene en gehangene van Spandau, de plaatsvervanger van Adolf Hitler, de man met een vredesmissie, is ondanks alle literatuur die over hem gepleegd is nog steeds een van de enigma’s van de twintigste eeuw (daar kom ik bij een latere boekbespreking nog op terug). En hij was jaren een leerling en vriend van Karl Haushofer en diens zoon Albrecht. Hij had hun naamkaartje op zak toen hij naar Schotland vloog. De Haushofers wisten (de zoon in verschillende hoedanigheden) naar alle waarschijnlijkheid van zijn plannen. Al die zaken komen aan bod in Karl Haushofer en het nationaal-socialisme – Tijd, werk en invloed, wat toch veel meer is dan wat Wikipedia ter zake vermeldt. Dat spreekt namelijk alleen van Hess die Haushofers ideeën zou geïntroduceerd hebben bij Hitler en van Hess die Haushofers “joodse familie” (Haushofers vrouw was joods) beschermde tegen diezelfde Hitler, maar vertikt het het ook maar met een woord te hebben over de invloed die de Haushofers (zowel Karl als Albrecht) gehad hebben op zijn “vlucht”.

51xBC4aj8ML._SX298_BO1,204,203,200_.jpgEn dan is er natuurlijk ook nog Karl als vader van Albrecht. De twee kwamen na de “vlucht” van Hess in een neerwaartse spiraal terecht (het nationaal-socialistische regime was zich wél bewust van het feit dat er een samenhang was tussen Hess en de Haushofers die véél verder ging dan het promoten van geopolitieke ideeën), maar zelfs binnen die spiraal bleven ze een merkwaardig evenwicht bewaren. Een evenwicht tussen afkeuring en goedkeuring van de Führer, tussen conservatisme en nationaal-socialisme, tussen oost en west, tussen esoterisme en wetenschap. Een evenwicht dat kennelijk heel moeilijk te begrijpen is in hysterische tijden als de onze en dat daarom steeds weer afgedaan wordt als onzin. Een evenwicht dat Karl Haushofer niet kon redden van een gevangenschap in Dachau en Albrecht Haushofer van executie in de nasleep van het conservatieve von Stauffenberg-complot. Een evenwicht dat Karl Haushofer en zijn echtgenote Martha definitief verloren toen ze zich op 10 maart 1946 achtereenvolgens vergiftigden en ophingen (al lijkt me dat, in combinatie met het lot van Hess, sowieso ook weer een eigenaardigheid).

Voeg aan dit alles een een hoofdstuk toe over de Duitse Sonderweg, een gedegen uitleg over de revolutionaire toestand die uiteindelijk Hitler aan de macht bracht, een stavaza van de geopolitiek op het moment van publicatie (2006) en zelfs – al hoefde dat voor mij niet – een hoofdstuk over wat er van Karl Haushofer gemaakt is in de esoterische literatuur, en je weet dat dit boek van Perry Pierik een aanrader is. Lezen dus !

549x840.jpgKarl Haushofer en het nationaal-socialisme: tijd, werk en invloed

 
De Duitse geopoliticoloog Karl Haushofer is een van de meest omstreden denkers uit de 20ste eeuw. Sommigen vergeleken zijn invloed met die van Karl Marx, maar tegelijkertijd ontbreekt in verschillende historische standaardwerken zijn naam. De historiografie rond Karl Haushofer, wiens naam vaak verbonden wordt aan voor de Duitse geschiedenis zo explosieve termen als 'Lebensraum' en 'Heim ins Reich', is niet in balans. In deze studie beschrijft de historicus Perry Pierik werk en invloed van Karl Haushofer. Daarbij wordt stilgestaan bij zijn rol in het turbulente tijdvak van zijn werkzame leven, welke de meest dramatische jaren van de twintigste eeuw omvat.

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samedi, 06 juin 2020

Pierre Laval. Une biographie par Renaud Meltz

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Pierre Laval. Une biographie par Renaud Meltz

 
618aKdr5-AL.jpgRenaud Meltz vient de livrer, avec les Éditions Perrin, une monumentale et phénoménale biographie de Pierre Laval, l'homme le plus détesté de l'histoire de France. Pacifiste forcené, partant de l’extrême gauche, maire d'Aubervilliers, sénateur, président du Conseil, il bascule vers le centre droit tout en s'enrichissant de façon troublante. Acteur clé de la mort de la République en juillet 40, il invente la Collaboration avec l'Allemagne nazie pensant qu'il "roulera Hitler" et qu'il sera la sauveur de la France. Il finira par céder à tout, à aider au pillage du pays, et à livrer les juifs à la déportation. Renaud Meltz grâce à des archives neuves ou peu exploitées renouvelle profondément la vision que nous avions de Pierre Laval dans ce livre remarquablement écrit et subtilement construit par un mariage réussi de chapitres thématiques et chronologiques. Abonnez vous aux Voix de l'histoire et partagez si vous avez aimé. Merci.
 
 
 

lundi, 01 juin 2020

Sur le livre « maudit » de Thierry Maulnier

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Sur le livre « maudit » de Thierry Maulnier

par Georges FELTIN-TRACOL

Maulnier-RN-214x300.jpgThierry Maulnier, nom de plume de Jacques Louis André Talagrand (1909 – 1988), a rédigé de nombreux essais, écrit plusieurs pièces de théâtre et donné bien des préfaces. Sa bibliographie comporte cependant une omission de taille : l’absence de Révolution Nationale. L’avenir de la France. Cet ouvrage s’apparente à une sorte de fantôme dont diverses personnes ont nié son existence réelle.

Le silence de Thierry Maulnier sur ce livre est peut-être dû à un ensemble de facteurs liés à la période de l’après-guerre. Outre son titre, ce recueil de vingt-six textes paraît en 1942 à l’« Édition du gouvernement général de l’Indochine » domiciliée à Hanoï. Son impression a par conséquent bénéficié de toutes les autorisations de la part des services de censure locale. Sachant qu’il est alors très difficile aux représentants de l’État français en Extrême-Orient de communiquer correctement avec les autorités à Vichy, il était quasi impossible de penser que Thierry Maulnier a eu connaissance de cette publication. Il s’agirait d’une édition pirate officielle…

Un livre non souhaité

On peut très bien en revanche envisager qu’un fonctionnaire du bureau de propagande du gouvernement général soit un lecteur attentif de Maulnier. Avant de venir au Tonkin, il lisait probablement le mensuel de Maulnier et de Jean de Fabrègues, Combat, et L’Insurgé de Maulnier et de Maurice Blanchot. Maréchaliste convaincu, ce fonctionnaire voit dans l’auteur d’Au-delà du nationalisme le plus amène d’expliquer la Révolution nationale. Avec l’assentiment de sa hiérarchie, ce responsable de propagande en Indochine choisit les articles les plus pertinents et les agence autour de six grands thèmes. Ainsi y trouve-t-on une contribution de 1934, des articles de La Revue Universelle, du Figaro, de Candide et du Jour – Écho de Paris, souvent repris par le Journal de Shanghaï qui assure un lien ténu entre la métropole, le monde et la communauté française d’Indochine.

thMnietzsche.jpgCette hypothèse expliquerait la non reconnaissance de cette édition par Thierry Maulnier d’autant que la même année sort chez Lardanchet La France la guerre et la paix. Dans cet autre recueil, voulu celui-ci par Maulnier, se trouvent trois textes présents dans Révolution Nationale : « Guerre mondiale et Révolution nationale » à l’identique dans les deux ouvrages tandis que les premiers paragraphes de « Rester la France » et « La médiation française » ont été réécrits pour cette parution. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, Thierry Maulnier publie chez Gallimard Violence et Conscience qui « a été écrit en 1942 et 1943 (p. 1) » et qui contient une version modifiée et enrichie à partir du deuxième paragraphe de « Révolution prolétarienne et réaction patriarcale ». En 1946, chez un jeune éditeur moins consensuel, La Table Ronde, paraît Arrière-pensées qui réunit des chroniques « écrites et publiées entre le printemps de 1941 et le printemps de 1944 (p. 5) ». Par rapport à Révolution Nationale, on relit souvent dans une version modifiée, voire changée, « Les poseurs de rails », « Avant l’assaut », « Erreurs de jeunesse », « L’assaut des médiocres », « Les “ intellectuels ” sont-ils responsables du désastre ? », « Un jugement sur Racine », « L’art et l’éducation », « Polémique d’ancien régime » et « L’esprit français est-il coupable ? » qui s’intitule dans Révolution Nationale « Controverses sur l’esprit français » (1). On suppose que les textes qui forment Révolution Nationale proviennent directement des périodiques. Dans le cas des recueils autorisés, Thierry Maulnier a retravaillé certains passages afin de les lier aux autres textes et d’en donner une cohérence interne évidente.

Révolution Nationale. L’avenir de la France séduit les autorités proconsulaires françaises. Ses articles développent un point de vue proprement national français qui ne cède ni au camp du « Ja », ni à celui du « Yes » et encore moins à celui du « Da ». Cette position favorable à une « quatrième voie » se rapproche de l’attitude du capitaine de cavalerie Pierre Dunoyer de Segonzac, le « Vieux Chef », et de ses élèves de l’École des cadres d’Uriage (2). Tous pensent que « se renier et chercher ailleurs des modèles, c’est, tout comme s’abandonner, une manière de subir, de déchoir et enfin de mourir, avertit Maulnier. La France n’a qu’un moyen de se sauver, et c’est de continuer d’être (p. 13) ». Seule l’action résolue d’une révolution nationale effective facilitera le maintien et le renouvellement français surtout si on conçoit « la Révolution nationale [… comme] une œuvre de destruction et de construction positives (p. 220) » (3).

Pourquoi la révolution nationale ?

Il faut cependant prendre garde à ne pas encore verser dans les anciens clivages stériles, funestes et incapacitants. Thierry Maulnier proclame que « la Révolution Nationale sera réaliste ou ne se sera pas (p. 215) ». Ainsi renonce-t-il aux controverses de l’entre-deux-guerres entre « matérialistes » et « spiritualistes ». « La Révolution nationale n’est pas matérialiste, assure-t-il. Mais elle n’est pas non plus uniquement idéaliste, et l’idéalisme est peut-être un des dangers qui la menacent le plus (p. 118) ».

552176_medium.jpgEn outre, « le destin de la Révolution nationale, poursuit-il, est précisément de ne se laisser attirer ni par l’ancienne gauche, ni par l’ancienne droite : d’attirer au contraire en elle l’ancienne gauche et l’ancienne droite pour abolir en elles leurs stériles contradictions et pour les anéantir (p. 82) ». Voilà pourquoi « c’est dans la révolution nationale et dans la révolution nationale seule que la France peut aujourd’hui trouver les moyens de guérir ou plutôt de renaître, faire éclater la vigueur d’un génie qui survit intact à ses blessures, affirmer son droit à la vie (pp. 76 – 77) ». Il devient évident que « c’est sur nous et nous seuls que nous devons compter pour créer une civilisation où il nous soit possible de vivre (p. 55) ».

Fidèle à la ligne maurrassienne de la « seule France », le chroniqueur militaire à L’Action Française et au Figaro Thierry Maulnier déplore qu’« un certain nombre de Français cèdent aujourd’hui à une passion singulière, qui est celle de l’humiliation, pour ne pas dire de la servitude (p. 7) ». « La révolution nationale ne saurait être qu’une révolution qui libère, ajoute-t-il. Elle est aux yeux de tous les Français un moyen de retrouver la France et de lui rendre une personnalité inaliénable, non pas un moyen de la soumettre, politiquement, économiquement ou spirituellement, à d’autres peuples. Elle ne saurait donc se confondre avec cette autre forme plus subtile de la servitude qui s’appelle l’imitation (pp. 39 – 40). » Selon Maulnier, « les Français savent très bien que le salut pour eux est dans la révolution nationale française, non dans l’adhésion de la France à un “ national-socialisme ” ou à un “ fascisme ” international. Une révolution nationale reçue de l’étranger est contradictoire dans les termes (pp. 38 – 39) ». La rédaction de Je Suis Partout ne peut pas ne pas réagir à de pareilles saillies typiquement « vichystes » (4).

mythes-socialistes.jpgThierry Maulnier conçoit la Révolution Nationale, on l’a vu, comme la matrice d’un nouvel ordre français. « Il faut créer de nouvelles mœurs, de nouvelles valeurs et de nouveaux modes de pensée (p. 71). » Comment ? Ce qu’il propose convient au fonctionnaire de la propagande à Hanoï qui a classé les textes à sa disposition. « refaire une nation, c’est d’abord se donner les moyens de la refaire. C’est d’abord occuper et réorganiser l’État (p. 22). » l’auteur s’intéresse aux interactions psychiques, sociales et politiques entre le « Chef », l’élite et le peuple. « La nature de l’autorité n’est pas seulement d’accroître la force ou pour mieux dire l’efficacité de ceux qui lui obéissent; elle est de métamorphoser cette force en une force de qualité supérieure (p. 204). » Cependant, « l’autorité elle-même, pour atteindre à toute sa vertu, a besoin à son tour de la collaboration de ceux sur qui elle s’exerce. Elle perd beaucoup de son efficacité, s’il ne lui est donné qu’une obéissance passive et comme inerte (p. 205) ». Cela signifie restaurer ce qui est à l’origine de la nation française : l’État. « C’est le pouvoir qui devait donc être rétabli ou refait avant toute chose : c’est l’ensemble des moyens d’exécution; c’est l’État. C’est par l’État que la reconstruction française à commencer (p. 23). »

En quête d’héroïsme volontariste

L’auteur de La crise est dans l’homme s’intéresse par ailleurs à l’esprit français qui doit animer en amont cette nécessaire restauration nationale. Défendant René Descartes et Jean Racine, il voit en Pierre Corneille, qu’il qualifie de « plus grand des poètes de la volonté (p. 192) », comme « l’un des plus actuels de nos maîtres parce qu’il est le poète de la personnalité (p. 196) ». Il se lance dans une comparaison entre l’héroïsme de Frédéric Nietzsche et de celui de Pierre Corneille. Pour lui, l’héroïsme cornélien « est l’effort de l’homme pour se conquérir lui-même, pour atteindre le plus haut degré humain de domination de la nature humaine, d’indépendance et de responsabilité (pp. 193 – 194) ». Il en profite au passage pour déplorer qu’« en trois siècles, de Richelieu à M. Lebrun [le dernier président de la IIIe République décadente], l’âge moyen des membres de l’Académie française était passé de vingt-sept à soixante-dix ans (p. 213) ». L’ironie fera que Thierry Maulnier entrera sous la Coupole du quai Conti en 1964 à l’âge de 55 ans !

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La référence à Corneille et à Racine n’est pas anodine. De formation littéraire, cet épris du « Grand Siècle » ludovicien recherche un volontarisme héroïque indépendant de l’enseignement de l’« Allemand » de Sils-Maria. Il souhaite par des figures volontaristes et héroïques insuffler un dynamisme nouveau au peuple de France trop longtemps léthargique et avachi. « devant ses vainqueurs et devant l’histoire, il est impossible qu’un peuple ne soit pas jugé solidaire, au moins jusqu’à un certain point, des institutions qu’il a, sinon choisies, du moins tenues pour acceptables et tolérées (p. 5). » S’il ne veut pas une révolution nationale inspirée des exemples allemand et italien, il propose néanmoins une « révolution intellectuelle et morale » d’un peuple traumatisé par la raclée de mai – juin 1940. Sous la direction du Maréchal Pétain (qu’il ne cite jamais), il croit que « la France reprend conscience d’elle-même nationalement et politiquement, non seulement pour sauvegarder son existence dans des circonstances difficiles, mais pour reconstruire de bas en haut, tous les rapports et toutes les valeurs de sa civilisation, pour faire une “ révolution nationale ”. Ensuite, que la situation où se trouve la France est si particulière, qu’elle lui permet, ou plutôt qu’elle lui impose, une “ révolution nationale ” plus étendue et plus complète que celles des autres pays (pp. 29 – 30) ».

La_face_de_Méduse_du_[...]Maulnier_Thierry_bpt6k3355720d.JPEGLa Révolution Nationale doit de facto « dès maintenant nous préparer à une paix qui pourrait être pour nous, sin nous n’y prenons garde, plus redoutable que la guerre elle-même (p. 44) ». Il lui assigne donc une tâche ardue : fondre toutes les contradictions nationales dans un seul môle. En effet, « le drame du monde moderne vient de ce que les valeurs dont la composition merveilleuse et l’équilibre sans cesse en mouvement font une société harmonieuse ont commencé de se séparer les unes des autres, de s’exclure les unes les autres avec une fanatique intolérance, de s’amplifier jusqu’au mythe et d’exercer leur ravage anarchique en visant d’une vie monstrueusement indépendante (pp. 52 – 53) ». D’où cette mentalité française qui s’installe facilement dans la routine. « Si les Français se sont montrés inférieurs à d’autres peuples, au cours des cinquante dernières années, ce n’est pas dans la vitalité, ce n’est pas dans le jaillissement des sources créatrices, c’est dans l’organisation, l’utilisation, l’exploitation de leurs ressources. Ils n’ont pas été dépassés dans l’ordre de l’invention scientifique, mais dans celui des applications industrielles (p. 11) ». Il ne pointe pourtant pas la cause pratique de ces échecs répétés : une administration de plus en plus bureaucratique qui freine ou noie toute initiative originale afin de rester dans un moule normatif confortable. Il n’entend pas que la Révolution Nationale s’affadisse ou s’embourbe dans le marais des ministères incapables de se faire obéir de ses fonctionnaires.

Au service d’une France européenne et impériale

Thierry Maulnier l’imagine comme une synthèse des valeurs actuelles. « Liberté et autorité, coordination de tous les efforts au service de la communauté et indépendance des personnes, souveraineté de l’État et droit des individus, capital et travail; droit et force, recherche du bien-être et acceptation du sacrifice, tradition et progrès, statisme et dynamisme, stabilité des institutions et libre développement des énergies vivantes, droit et force, technique et culture, bonheur et courage, les antagonismes du monde moderne ne sont que les antagonismes de vérités incomplètes (pp. 51 – 52) ». De ce constat découle l’obligation d’une révolution nationale française qui intégrera et réordonnera ces vains antagonismes dans un sens français. Ne s’agit-il pas là de la fonction de la France dont « le rôle de médiatrice […] lui appartient par vocation (p. 67) » ? Attention néanmoins ! « La médiation dont nous parlons est celle qui consiste dans la construction d’un ordre; elle ne se situe pas au “ juste milieu ” entre les extrêmes qui se combattent, elle tend à dépasser les contradictions et à aller au-delà, là où le problème est résolu (p. 67). »

L’auteur comprend bien que « la conciliation des contraires est pour la France la loi même de son existence nationale. De tous les peuples, elle est celui dont la composition est la plus complexe, dont le sol, la race et l’esprit sont formés du plus grand nombre d’éléments hétérogènes, dont les activités sont les plus diverses (pp. 59 – 60) ». Toujours à la suite de Charles Maurras, il rappelle qu’« il n’y a pas de sang français pur, il n’y a pas de type ethnique français (5). Le peuple français est le produit non du sang, mais de l’histoire, il n’est parvenu à se donner une unité que par une lente et délicate élaboration, par la fusion patiente dans le creuset commun d’apports hétérogènes (p. 63) ».

Thierry-MAULNIER-LA-PENSÉE-MARXISTE-1948.jpgThierry Maulnier pense par conséquent que « la France n’est pas le pays de la mesure : mais elle est, géographiquement, historiquement, socialement, moralement, intellectuellement, le pays de la conciliation des contraires (p. 59) ». Malgré la Débâcle de 1940, le pays vaincu conserve des atouts. Ceux-ci reposent sur sa géographie. L’auteur se lance dans une succincte et pertinente analyse géopolitique qui bouscule la fameuse et sempiternelle dualité Terre – Mer. La « complexité de notre civilisation nous est imposée par notre sol lui-même. Solidement établie au cœur de l’Europe, la France regarde en même temps vers toutes mers, et la géographie l’attache en même temps aux peuples continentaux et aux peuples maritimes qui se disputent en ce moment la prééminence. L’Allemagne n’est qu’européenne (6), l’Angleterre n’est qu’impériale (7) : la France est européenne et impériale en même temps. On en a vu les conséquences dans l’histoire militaire : celle de l’Allemagne n’est guère que terrestre, celle de l’Angleterre n’est guère que marine. Tout au long de son histoire, la France a dû se battre sur terre et sur mer en même temps (pp. 60 – 61) ». Encore de nos jours, l’Hexagone républicain se voit tiraillé entre un projet pseudo-européen germanocentré sous la houlette étatsunienne, une francophonie « grand remplaciste » métisseuse mondialisée et un monde atlantique anglo-saxon auquel il se rattache indirectement par la Normandie et la rémanence territoriale de la Grande Louisiane et de la Nouvelle-France des XVIIe et XVIIIe siècles… Terre de contrastes majeurs parce que « continentale et maritime, agricole et urbaine, européenne et impériale, nationaliste et humaniste, unitaire et régionaliste, religieux et rationaliste (8), particulariste et cosmopolite, pacifique et guerrière, la France concentre en elle toutes les contradictions de l’univers et a fait sa civilisation et sa vie, passablement heureuse et glorieuse au cours des siècles, de ces mêmes contradictions (p. 65) ».

Une révolution économique et sociale

Cette médiation géo-politique trouve son équivalent dans le champ économique et social. En observant le national-socialisme allemand et le fascisme italien, Thierry Maulnier remarque que « le nationalisme européen n’a accompli sa deuxième étape qu’en prenant conscience de soi comme antidémocratique dans l’ordre politique, et antilibéral ou anticapitaliste dans l’ordre économique et social (p. 32) ». La Révolution Nationale a une ambition socio-économique similaire. La troisième partie du recueil, « La Révolution Nationale et les problèmes sociaux », comprend huit articles, tous de haute volée, en particulier le sixième intitulé « Sociaux ou Socialistes ? (pp. 143 – 147) ». Si le socialisme sonne trop marxiste, « social » laisse entendre une signification réactionnaire, sauf si entre en jeu le caractère révolutionnaire du redressement national, cette « organisation d’une société nouvelle où le travail ne sera pas le serviteur docile du capital, où le produit du travail ne sera pas la propriété exclusive du capital (p. 144) ».

Thierry Maulnier reprend des accents de L’Insurgé en 1937. « Nos théoriciens politiques, de Maurras à Sorel, ont été les premiers maîtres des révolutions contemporaines (p. 12). » Il s’en prend bien sûr à « la mythologie libérale [qui] n’est en fin de compte que la méthode de domination d’une certaine partie de la société sur les autres parties (p. 102) ». Il pointe « la démocratie libérale et capitaliste [qui] avait affaibli l’État français, livré la politique française aux intérêts financiers, aux intrigues internationales et aux passions populaires, désorganisé la production française, affaibli en fin de compte la valeur technique et morale de l’armée elle-même (pp. 7 – 8) ». Il soutient que « la liberté dans le régime démocratique n’est point, conformément aux apparences, la liberté pour chacun de vivre, d’agir et de penser à sa guise sous la protection des lois, mais la liberté conférée à l’argent d’étendre indéfiniment dans la vie sociale la domination des moyens de puissance qui lui sont propres (p. 107) ».

thierry-maulnier-un-itineraire-singulier.jpgEspérant que « la structure économique de la France de demain sera corporative (p. 119) », Thierry Maulnier se plaît à souligner au nom d’une future et éventuelle convergence des révolutionnaires nationaux de « droite » et des révolutionnaires sociaux de « gauche » que « l’opposition légitimiste approuva les révoltes ouvrières contre la monarchie bourgeoise et libérale de Louis-Philippe (p. 121) ». Parce que « la Révolution Nationale n’est pas le régime de la facilité : elle demande et doit demander à chacun la patience dans l’effort et le sacrifice (p. 139) », son rôle « est précisément d’arracher le travail à cette dégradation qu’il subit dans l’exploitation capitaliste et dans les réactions qu’elle provoque (p. 137) » en s’appuyant sur un corporatisme renaissant à expérimenter. Il est clair qu’« anticapitaliste, [la Révolution Nationale] ne se confond ni avec la réaction patriarcale ni avec la révolution prolétarienne. […] Elle est la révolution d’une société qui ne se renie pas pas, mais obéit à sa loi interne d’un présent qui ne transforme le passé que pour l’accomplir (pp. 124 – 125) ». N’est-ce pas la définition exacte d’une révolution conservatrice ?

Probablement non souhaité ni encouragé par un auteur distant de plusieurs milliers de kilomètres, Révolution Nationale. L’avenir de la France n’en reste pas moins la preuve d’une tentative dans la première moitié des années 1940 de renouveler les idées nationalistes et sociales dans une orientation conservatrice et révolutionnaire. Ce livre – rare et « maudit » – demeure un témoignage tout à fait pertinent dans le cadre de l’histoire des idées politiques non-conformistes du siècle dernier.

Georges Feltin-Tracol

Notes

1 : Certains textes dans Révolution Nationale sont des extraits incomplets du Figaro. D’autres articles commencent dans Arrière-pensées au deuxième ou troisième paragraphe des textes lus dans Révolution Nationale. Dans « Polémique d’ancien régime » paru dans Arrière-pensées, Thierry Maulnier rend anonymes les noms de Ludovic-Oscar Frossard et d’Édouard Herriot et modifie la conclusion en changeant « révolution nationale » en « reconstruction française ».

2 : cf. le remarquable travail de Bernard Comte, Une utopie combattante. L’École des cadres d’Uriage 1940 – 1942, préface de René Rémond, Fayard, coll. « Pour une histoire du XXe siècle », 1991. On lira aussi Michel Bergès, Vichy contre Mounier. Les non-conformistes face aux années 40, préface de Jean-Louis Loubet Del Bayle, Economica, coll. « Publications du Centre d’analyse politique comparée », 1997.

3 : Proche de certains cénacles de l’État français, Thierry Maulnier accepte que certains de ses articles soient repris par Jeunesse… France !, la revue officielle de l’École d’Uriage. Ses livres figurent dans les listes de lecture proposées par l’encadrement de l’école à ses stagiaires. Bernard Comte rappelle qu’en juillet 1941, Thierry Maulnier aurait dû donner une conférence à Uriage sur « Vérités et erreurs du nationalisme », mais il dut l’annuler pour une raison inconnue (Bernard Comte, op. cit., pp. 235 – 236).

4 : cf. collectif, Je Suis Partout. Anthologie (1932 – 1944), préface de Philippe d’Hugues, Auda Isarn, 2012.

5 : Cette assertion peut être contredite. Cf. par exemple Charles Becquet, L’ethnie française d’Europe, avant-propos de Hervé Lavenir, préface de Marcel Thiry, Nouvelles Éditions latines, 1963.

6 : C’est-à-dire continentale.

7 : Comprendre puissance coloniale de première importance.

8 : Le texte écrit « nationaliste », ce qui est certainement une coquille.

dimanche, 31 mai 2020

Guillaume Faye (1949-2019) par-delà censure et récupération

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Guillaume Faye (1949-2019) par-delà censure et récupération

Philippe Baillet

006724613.jpg« Je n’ai pas connu Guillaume Faye assez longtemps pour oser me compter au nombre de ses amis, mais suffisamment pour avoir partagé avec lui d’excellents moments, que j’évoque ici. Je ne lui rends pas un hommage convenu, mais salue la mémoire d’un homme resté jusqu’au bout un soldat politique, un partisan européen de la Cause blanche.

Puisque G. Faye a fait l’objet d’une tentative de récupération de la part d’un Torquemada d’opérette, j’administre à celui-ci, avec les gants de la dérision, un soufflet mérité. Le fourbe jésuitique qui préside aux destinées de la Nouvelle Droite, qui a voulu pulvériser G. Faye en « non-personne » qui n’aurait jamais existé et qui veut faire croire que les traductions de Julius Evola se sont faites toutes seules, a droit, lui, à une nouvelle dérouillée.

Bien loin du chaudron de sorciers franco-gaulois où s’agitent les pitres et les escrocs de l’antijudaïsme rabique et du complotisme délirant mais alimentaires, je me penche aussi – à l’heure du terrorisme islamiste sauvage à l’arme blanche - sur le thème de la guerre civile raciale que G. Faye voyait venir et qu’il souhaitait même voir éclater. »

Philippe Baillet

Pour l'honneur d'un camarade - Guillaume Faye (1949-2019) par-delà censure et récupération, 72 p., 10 euro.

Pour commander l'ouvrage: https://www.akribeia.fr/nationalisme/2070-pour-l-honneur-d-un-camarade.html

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Conseil de lecture: Un homme d'abord et un ami, un engagement, un esprit fulminant en perpétuel mouvement, intransigeant sur le respect des valeurs, sans le moindre dogmatisme, ouvert aux arguments d'une critique constructive, désintéressé, une voix et le grand projet de la renaissance du monde blanc. Il n'a jamais triché, malgré quelques petites chutes provisoires, dont l'origine, nous le savons est une blessure profonde longtemps occultée. Oui, je suis fier d'avoir été son ami.
Merci à Philippe Baillet de lui avoir rendu hommage.

Et je précise que Guillaume avait de l'humour et qu'il ne se prenait pas au sérieux !

Jean-Jacques Vinamont.

mercredi, 27 mai 2020

Armer manipulierter Orwell

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Armer manipulierter Orwell

von Viktor Timtschenko

Ex: https://www.compact-online.de

George Orwell hat ein Buch über Nationalismus geschrieben, verstand ihn aber in  unorthodoxer Weise. Dennoch versuchen politisch-korrekte Intellektuelle ihn für linksgrünen Globalismus zu vereinnahmen. Viktor Timtschenko hat ebenfalls ein Buch über Nationalismus geschrieben, und verteidigt den berühmten Kollegen gegen seine Fehldeuter.

Gottbegnadete Menschen dürfen das. Sie dürfen einen Vogel „Tisch“ nennen und schreiben: „Ein Tisch sitzt auf dem Baum“. Und sie dürfen ein Vogel-Buch „Über Tische“ nennen. So ist es mit dem erstmals auf Deutsch erschienenen Buch von George Orwell „Über Nationalismus“.

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Nationalismus ist nicht gleich Nationalismus

Zugegeben: Von Anfang an klärt der berühmte englische Autor („Farm der Tiere“, „1984“) den Leser über die „Vogel-Tisch-Problematik“ auf: Er hat sich „für die Bezeichnung ‚Nationalismus‘ entschieden, aber wir werden gleich sehen, dass ich dieses Wort nicht im üblichen Sinne verwende“. Allerdings! Was ist unter dem Nationalismus in diesem 1945 geschriebenen Artikel gemeint? Orwell hüllt sich nicht in Metaphysik: „Der Nationalismus im erweiterten Sinne, wie ich ihn verwende, umfasst Bewegungen und Neigungen, wie (jetzt aufpassen! – V. T.) den Kommunismus, den politischen Katholizismus, den Zionismus, den Antisemitismus, den Trotzkismus und den Pazifismus.“ Was hat das mit dem „konventionellen Nationalismus“ zu tun?

Da Orwell nicht ohne Grund vermutet, dass der Leser etwas irritiert sein könnte, nennt er „auf der Hand liegende Beispiele“ des von ihm neu definierten Nationalismus: „Das Judentum, der Islam, das Christentum, das Proletariat und die weiße Rasse sind allesamt Gegenstand leidenschaftlicher nationalistischer Empfindungen.“ Und fügt hinzu: „Ein Nationalist ist jemand, der einzig und allein – oder überwiegend – in Kategorien konkurrierenden Prestiges denkt.“ Und die Nationalisten eifern nicht um die Belange einer Nation, sondern einer „eigenen Machteinheit“ – Sekte, Organisation, Gruppe von Gleichgesinnten oder beispielsweise der Partei der „Sozialisten, deren Nationalismus die Form des Klassenhasses annimmt“.

Also hat ein Nationalist, wie Orwell ihn definiert, nicht unbedingt etwas mit Nation und Rasse am Hut. Das ist einfach ein engstirniger indoktrinierter Mensch, der blind(wütig) seine „Sache“ verteidigt, keine Argumente wahrnimmt und in schwarz-weiß-Kategorien denkt – und diese Doktrinen können religiöser, politischer, aber auch ethnischer Natur sein. Das Pamphlet „Über Nationalismus“ ist eine Invektive gegen Sturheit und Besessenheit, gegen Obsession und Rechthaberei. Das ist ein Text nicht über die Politik, sondern über die „Geisteshaltung“, über die „Emotion“, wie Orwell selbst erklärt oder „eine Mentalität, eine zum Habitus gewordene Ideologie“, wie Gustav Seibt in der Süddeutschen schreibt.

Durchaus aktuell. Aber wie!

An dieser Stelle darf nicht vergessen werden, dass Orwell den Essay eigentlich über die damalige Geisteshaltung der britischen Intelligenzija schreibt – und manche Kunstschaffende (exemplarisch Gilbert Keith Chesterton – der mit den Krimis um Pater Brown – , sowie Evelyn Waugh und T. S. Eliot) kriegen ihr Fett weg: „Die bei der Intelligenzija vorherrschende Form von Nationalismus (wir erinnern uns, wie breit er den Begriff gefasst hat – V. T.) ist selbstverständlich der Kommunismus“, den Orwell nicht auf die Mitglieder der Kommunistischen Partei begrenzt, sondern alle „Russlandfreunde“, was zu diesem Zeitpunkt Stalinfreunde bedeutete, einbezieht.

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Schonungslos deckt Orwell die Fälschungen auf, die diese, von ihren Ideen besessenen, Propagandisten produzieren. Fakten werden von ihnen unterdrückt, „Zitate aus dem Kontext gerissen und so bearbeitet, dass sich ihr Inhalt verändert. Ereignisse, die, so das Gefühl, nie hätten stattfinden sollen, bleiben unerwähnt und werden letztlich geleugnet.“ Ein Beispiel: „1917 ließ Tschiang Kai Schek Hunderte Kommunisten bei lebendigem Leib verbrühen, und doch wurde er innerhalb von zehn Jahren zu einem Heroen der Linken. Die Neuordnung der Weltpolitik hatte ihn ins antifaschistische Lager befördert, und so hatte man das Gefühl, das Verbrühen der Kommunisten ‚zähle nicht‘ oder sei vielleicht nie geschehen“, berichtet der Literat.

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Eric Blair_(George Orwell) from his Metropolitan Police file.
Foto: The National Archives UK / No restrictions. Wikimedia, CC0

Also, „so das Gefühl“: „Lückenpresse“ und Haltungsjournalismus gab es schon damals auf der britischen Insel! Es gibt auch andere recht aktuelle Bezüge in dem vor 75 Jahren geschriebenen Text. Als einer der Formen des Nationalismus beschreibt Orwell die Anglophobie der englischen „Intellektuellen“: „Innerhalb der Intelligenzija ist eine spöttische und dezent feindselige Haltung gegenüber Großbritannien mehr oder weniger Pflicht.“ Etwas später schwappt diese Haltung auch nach Deutschland über, es erklingt nun „dezent“ „Deutschland verrecke!“ und „Bomber Harris“, der – unter anderem – 1945 Dresden in Schutt und Asche legte, wird mit Applaudissement bedacht.

Was ist das für ein perverses Phänomen, dass die Menschen ihr eigenes Land hassen, welche Geistesverfassung besitzen sie? Orwell aus dem Jahr 1945: „Natürlich wollten englische Linksintellektuelle nicht wirklich, dass die Deutschen oder die Japaner den Krieg gewannen, aber viele von ihnen zogen einfach einen Kick daraus, wenn sie sahen, wie ihr eigenes Land gedemütigt wurde.“ Der Unterschied zu Deutschland ist schon gut sichtbar: Die von Orwell beschriebenen Hasser saßen damals nicht in der britischen Regierung. Deutlich beschreibt der Schriftsteller und Zeitzeuge die Wendehälsigkeit, „Bigotterie“ solcher linken „Nationalisten“: „Auf dem europäischen Kontinent rekrutieren sich faschistische Bewegungen überwiegend aus Kommunisten – in den nächsten Jahren läuft die Sache möglicherweise in die entgegengesetzte Richtung.“  Meinte er, dass aus Faschisten „Anti-Faschisten“ werden? Läuft!

Die Ikone wird instrumentalisiert

Warum publiziert Mainstream den alten Orwell’schen Essay gerade jetzt? Die Frage ist leicht beantwortet: Weil der Nationalismus auf dem Vormarsch ist. Politische Parteien, die die Interessen ihrer eigenen Völker und nicht die Interessen der anderen Völker und globaler Konzerne in den Vordergrund stellen (exemplarisch „Amerika zuerst!“), gewinnen an Zuspruch. Die AfD in Deutschland, Lega in Italien, Viktor Orban in Ungarn, der Nationalisten in Belgien, Dänemark, Estland, Finnland, Schweden, Frankreich, Polen, Slowakei verbuchen Erfolge. Großbritannien ist aus dem EU-Imperium raus. In den USA, in Russland, China, Pakistan, Indonesien, Kambodscha, Indien, Südkorea, Japan, in der Türkei sind Nationalisten an der Macht.

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Daher bekommt der linksgrüne Mainstream kalte Füße. Woher die Stärkung des Nationalismus kommt, möchten sie nicht ehrlich beantworten oder vermögen es nicht. Einziger Ausweg: man sucht (auch in historischen Mottenkisten) nach Prominenz, die sagt (oder sagen sollte): Nationalismus ist eine ga-a-a-nz böse Sache.

So kommen sie auf Orwell, einen der bedeutendsten Schriftsteller der Weltliteratur. Da sich die Herausgeber der Antiquiertheit des Textes bewusst sind, versehen sie die nicht einmal 40 Buchseiten des originalen Orwell mit einem opulenten Nachwort des Soziologen Armin Nassehi. Mit vielen Verrenkungen macht er dabei eine gute Figur und, wie der NDR-Rezensent Alexander Solloch bemerkt, schafft es immerhin „in einem leicht aktualisierungsneurotischen Abschnitt, den Nationalismus, von dem Orwell einst sprach, mit den heutigen ‚Klimaprotesten‘ (und mit Brexit! – V. T.) in Verbindung zu bringen.“
Das ist der Publikationsgrund Nummer zwei.

Der Mainstream, sowohl der politische als auch der mediale (samt Armin Nassehi), schwört auf die „sozialistischen Ansichten“ Orwells. Das stimmt nur so weit: Orwell war Sozialromantiker, ein Sozialträumer, der an irgendeinen „Sozialismus“ glaubte, der in der Realität gar nicht existierte (und nicht existiert). Was gab es da? Es gab den von Orwell rigoros abgelehnten Sozialismus Stalin’scher Prägung in der Sowjetunion, wo Millionen (politische) Häftlinge den Belomor-Kanal und Eisenbahnlinien in Sibirien bauten, es gab in Palästina sozialistische Kibbuzim, die unter Verzicht auf das Nötigste das Paradies auf Erden zu erschuften suchten. Beide „Projekte“ sind bitterböse gescheitert. Aber was Orwell nicht erleben konnte, war der Pol-Pot-Sozialismus der Roten Khmer in Kambodscha – mit Millionen Toten, der Sozialismus in China mit Freiheiten à la Platz des Himmlischen Friedens, der Sozialismus der Entbehrungen in ganz Osteuropa, in Nordkorea und auf Kuba. (Fortsetzung des Artikels unter dem Werbebanner)

Aber geniale Autoren, wie Orwell einer war, sind auch deshalb genial, weil sie in ihren Werken nicht ideologisch geblendet sind. Die Logik der Erzählung an sich, die erschaffenen Charaktere führen den Autor oft zu literarischen Erkenntnissen, die seinen eigenen Überzeugungen diametral gegenüberstehen. Einen ähnlichen „permanenten Kampf des Autors mit dem Helden“ bemerkt Literaturwissenschaftler Jakow Sundelowitsch auch bei Fjodor Dostojewskij. Der Autor Orwell glaubt an seinen romantisierten „Sozialismus“, die Gestalten, die aus seiner Feder kommen, entlarven aber das unmenschliche Wesen dieser politischen Ideologie. Deshalb heißt totalitäre Herrschaft in „1984“ – „Engsoz“, englischer Sozialismus.

Ein Beispiel von dem „ersehnten Sozialismus“ gibt Orwell in der „Grammatik des (sozialistischen – V. T.) Neusprechs“: „Das Wort frei gab es zwar im Neusprech noch, aber es konnte nur in Sätzen wie ‚Dieser Hund ist frei von Flöhen‘, oder ‚Dieses Feld ist frei von Unkraut‘ angewandt werden. In seinem alten Sinn von ‚politisch frei‘ oder ‚geistig frei‘ konnte es nicht gebraucht werden, da es diese politische oder geistige Freiheit nicht einmal mehr als Begriff gab und infolgedessen auch keine Bezeichnung dafür vorhanden war.“

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Orwell als Apologet des Sozialismus? Keineswegs! Eher entschiedener Gegner des Überwachungsstaates, der Meinungsmanipulationen, political correctness und der gendersensiblen Sprache. Die beabsichtigte Schmähung des Nationalismus durch einen überzeugten „Sozialisten“ ist mit der Veröffentlichung des Buches „Über Nationalismus“ also weit daneben gegangen. Daraus wurde ein Schuss ins eigene linke Bein. Die Versuche vieler Rezensenten, Orwell umzuinterpretieren (indem man das Orwell’sche Verständnis für „seinen“ Nationalismus einfach weglässt) und aus dem Text einen Strick für den modernen Nationalismus zu drehen, sind kläglich gescheitert. Der Text ist aktuell, der Text ist brisant, und zwar nicht, weil er die Liebe zur Nation anprangert, sondern weil er den heutigen verlogenen politischen Eliten einen Spiegel vor ihre Fratzen hält.

Orwell, George: Über Nationalismus, dtv Verlagsgesellschaft mbH, München, 2020.

dimanche, 24 mai 2020

Philippe Boulanger, La Géographie, reine des batailles

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Philippe Boulanger, La Géographie, reine des batailles

par Yann-Loic André

Ex: http://www.lelitteraire.com

La géo­gra­phie, savoir stra­té­gique pour le militaire

La géo­gra­phie est-elle tou­jours la « reine des batailles » ? À l’heure de l’intelligence arti­fi­cielle et de la course tech­no­lo­gique, il pour­rait être ques­tion de l’inutilité de l’approche géo­gra­phique dans la démarche mili­taire. En réa­lité, cette science connaît un renou­veau sans égal depuis la Pre­mière Guerre mon­diale, encore plus évident avec les nou­veaux outils numé­riques dans les opé­ra­tions en cours.

Tous les états-majors des armées modernes la redé­couvrent et la déve­loppent comme un savoir stra­té­gique, réac­tif et pragmatique.

Profes­seur de géo­gra­phie à l’Université de la Sor­bonne, Phi­lippe Bou­lan­ger est spé­cia­liste de la géo­gra­phie his­to­rique, mili­taire, stra­té­gique, poli­tique et géo­po­li­tique. Il livre ici son der­nier ouvrage en date, après la paru­tion d’autres publi­ca­tions remar­quées, dont Géo­gra­phie mili­taire et géos­tra­té­gie : enjeux et crises du monde contem­po­rain, chez A. Colin en 2015.

L’ouvrage s’organise en sept cha­pitres et en trois temps, pour appor­ter une réponse à l’usage de la géo­gra­phie par les mili­taires. Le pre­mier temps aborde le besoin de géo­gra­phie mili­taire : l’invention de cette approche par et pour le mili­taire, les champs de la connais­sance géo­gra­phique pour gagner la guerre… puis la paix. Il tend à com­prendre com­ment la géo­gra­phie mili­taire s’est construite comme un savoir prag­ma­tique, effi­cace et incon­tour­nable, prin­ci­pa­le­ment depuis le XIXe siècle.

Le deuxième temps met en lumière ce qui carac­té­rise le plus la géo­gra­phie mili­taire opé­ra­tion­nelle : la rela­tion entre les milieux géo­gra­phiques et les opé­ra­tions mili­taires. Le rai­son­ne­ment mili­taire a sou­vent construit le savoir aca­dé­mique, tout comme il s’est ins­piré de la géo­gra­phie uni­ver­si­taire : ce sont sou­vent les mêmes méthodes, les mêmes démarches intel­lec­tuelles qui sont appli­quées à l’activité mili­taire. Les échelles géo­gra­phiques (géo­tac­tique, géo­pé­ra­tion­nelle, géos­tra­té­gique) témoignent ainsi de cette rela­tion.

Mais les doc­trines et les outils uti­li­sés montrent aussi des spé­ci­fi­ci­tés opé­ra­tion­nelles qui sont propres à la géo­gra­phie mili­taire. La notion de milieu natu­rel, par exemple, appa­raît comme fon­da­men­tale dans la manœuvre, comme le révèlent les récentes opé­ra­tions en milieu fores­tier, déser­tique ou mon­ta­gneux. Celle d’environnement humain, qui fait appel à la connais­sance de la géo­gra­phie humaine, est pro­ba­ble­ment la plus dyna­mique depuis les années 2000. La redé­cou­verte de la connais­sance de l’Autre dans les armées, dans le contexte des guerres de contre-insurrection, appa­raît comme une approche cen­trale dans les opé­ra­tions contemporaines.

Enfin, le troi­sième est celui du renou­veau de la géo­gra­phie mili­taire, dont les contours sont évo­lu­tifs. La ques­tion de l’interconnexion des milieux dans les opé­ra­tions, le renou­vel­le­ment de la géo­gra­phie mili­taire par l’information géo­spa­tiale, la révo­lu­tion de la géo­gra­phie numé­rique dans les armées sont autant de sec­teurs, cepen­dant non exclu­sifs, d’une géo­gra­phie mili­taire réac­tive et, plus que jamais, au centre d’un savoir à haute valeur ajou­tée.
Les deux der­niers cha­pitres, « Geo­spa­tial Intel­li­gence » et « La Révo­lu­tion de la géo­gra­phie his­to­rique et mili­taire », font le point sur des ques­tions fondamentales.

L’ouvrage se com­plète d’un « glos­saire » qui déve­loppe et explique cer­tains termes, et ce qu’ils recouvrent, notam­ment en anglais ; il pré­sente aussi une rapide liste des abré­via­tions, tou­jours utile lorsqu’il s’agit d’un lan­gage de spé­cia­listes, des notes rela­tives à chaque cha­pitre, et sur­tout une biblio­gra­phie par cha­pitre, ce qui per­met d’approfondir les ques­tions sou­le­vées par cette étude.

Il s’agit ici d’un ouvrage fon­da­men­tal et de haut niveau, tant pour les spé­cia­listes de géo­po­li­tique que pour les militaires.

Yann-Loic Andre

Phi­lippe Bou­lan­ger, La Géo­gra­phie, reine des batailles, Perrin/Ministère des Armées, 2020, 368 p. — 23,00 €.

mardi, 19 mai 2020

Aleksandr Solzhenitsyn’s Lenin in Zürich

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Aleksandr Solzhenitsyn’s Lenin in Zürich

51tMhCAkhzL._SX303_BO1,204,203,200_.jpgIn 1975, Aleksandr Solzhenitsyn excised the several Lenin chapters from his massive and unfinished Red Wheel epic and compiled them into one volume entitled Lenin in Zürich. At the time, only one of these chapters had been published — in Knot I of the Red Wheel, known as August 1914 — while the remaining chapters would still have to languish in the author’s desk drawer for decades before appearing as part of The Red Wheel proper (November 1916 and March 1917, specifically). In order to save time and make an impression on his contemporaries, many of whom in the West still harbored misplaced sympathies for Lenin, Solzhenitsyn decided to share with the world his eye-opening and unforgettable treatment of the Soviet Revolutionary.

Solzhenitsyn’s approach, which was based on close study of Lenin’s speeches and letters as well as few accounts of his exile in Switzerland, combines third-person narration and first-person intimacy to deliver a nearly-Satanic depiction of Lenin at that time. Lenin is peevish, intolerant, tyrannical, ideologically murderous, and astoundingly petty. He’s also brilliant, dedicated, focused, and consumed by inhuman energy. It’s both fiction and not, and, as with the entire Red Wheel saga, demonstrates how Solzhenitsyn used the narrative arts to reconstruct and decipher historical events.

Lenin in Zürich’s enduring meaning for the Right lies not so much in Solzhenitsyn’s negative portrayal of Lenin, the memory of whom most Rightists would rather smash with a pedestal than hold up with one. Lenin’s ruthlessness and cruelty as a world leader is well documented. Rather, Solzhenitsyn cuts open, as only a novelist could, the repulsive psychological innards of the nation-killing Left, thereby defining the Right as its opposite in comparison.

We feel the strain, first off. Through his Nietzschean use of exclamation points and the constant stream of insults he hurls, unspoken, at his fellow socialists, Lenin never seems to enjoy being Lenin. He resembles Milton’s Lucifer cast down to Hell in Paradise Lost, only he’s stuck in Zurich, a place so peaceful, so prosperous, so bourgeois, so pleased with itself — in the middle of a world war, no less — that Lenin could just spit. Even the socialists there are incompetent, blockheaded vacillators. All Lenin can do is study the newspapers, plot unlikely ways in which the war could instigate communist revolutions, and fulminate. But mostly, he fulminates.

But worst of all, obscenest of all, Kautsky, with his false, hypocritical, sneaking devotion to principle, had started squawking like an old hen. What a vile trick: setting up a “socialist court” to try the Russian Bolsheviks, and ordering them to burn the all-powerful five-hundred-ruble notes! (Lenin had only to see a picture of that hoary-headed holy man in his goggling glasses, and he retched as though he had found himself swallowing a frog.)

August 1914 was a low point for the Bolsheviks abroad, apparently. They had few prospects and constantly bickered among themselves. That many on the Swiss Left were hampered by quaint notions of nationalism infuriated Lenin, but there was little he could do about it. After the failed Russian revolution in 1905, expectations were low — that is, until world war is declared. Solzhenitsyn’s first indication of how the Left operates against humanity, almost like a cancer, appears when Lenin reveals how overjoyed he is with the war. Death and destruction mean nothing to him unless it helps the Cause. He sees the struggle on the Left as patriots vs. anti-patriots — but on a larger scale, his revolutionary framework pits nationalists against anti- (or super-) nationalists. And nothing can weaken nationalism more than a senseless and protracted war. At one point, he ghoulishly admits that the greater the number killed in battle, the happier he gets. He worries only that the European leaders would do something stupid and ghastly like sue for peace before he and his fellows could instigate revolution in teetering-on-the-brink nations such as Switzerland and Sweden.

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The little things that Lenin does, and many of his offhand remarks and observations, also reveal his enmity towards everything traditional, natural, and morally wholesome. He complains bitterly against the principle of property rights. He recoils when approached by nuns on a train platform. He endeavors to keep his colleagues quarreling when it is useful to him. He opposes the Bolshevik employment of individual terror only because he believes terror should be a “mass activity.” He passes shops and delicatessens on the street and imagines them being smashed by an axe-wielding mob. He even foreshadows the Soviet Dekulakization of the next decade by claiming that

The Soviet must try to ally itself not with the peasantry at large but first and foremost with the agricultural labourers and the poorest peasants, separating them from the more prosperous. It is important to split the peasantry right now and set the poor against the rich. That is the crux of the matter.

Lenin not only pits himself against mankind, he pits himself irrevocably against his own colleagues. When he meets with the Swiss Social Democrats (dubbed “the Skittles Club”) at a restaurant, Solzhenitsyn offers this diabolic nugget:

Lenin’s gaze slides rapidly, restlessly over all those heads, so different, yet all so nearly his for the taking.

They all dread his lethal sarcasm.

And don’t get him started on the Mensheviks. He hates the Mensheviks. At one point, Lenin rather hilariously avers that he “would sooner see Tsarism survive another thousand years than give a millimetre to the Mensheviks!”

He also lies. He announces that Switzerland is an imperialist country when he knows it isn’t. He also claims, to the bafflement of the Swiss socialists, that Switzerland is the most revolutionary country in the world. He makes false promises to the more moderate socialists regarding their post-revolutionary roles. Double standards are nothing to him as well. He advocates opposing the war in public but egging it on in private. He professes to support democracy, but only before the revolution. Afterward, it should be abolished with all other hindrances to his planned totalitarian rule.

If any of this sounds familiar, it should. The Left has not changed much since Lenin’s day, merely exchanging class for race in the twenty-first century. The same bunch that clamored for civil rights for non-whites in the 1960s are now calling for the open oppression of whites. Just as with Lenin, what the Left says it wants and what it truly wants are two different things — the only determining factor here being who wields the power. Furthermore, a stroll through anti-white Twitter or anti-white Hollywood will show quite clearly that Left’s violent fantasies against their perceived enemies aren’t going anywhere.

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Another aspect of the Left that Solzhenitsyn reveals is its Jewishness. True, he does not name the Jew in Lenin in Zürich like he does in 200 Years Together. However, since all the characters in these chapters are historical figures, it’s easy enough to gauge exactly how Jewish Lenin’s circle was and how important some of these Jews were to his — and the Bolsheviks’ — ultimate success. And the answer is considerable on both counts.

Parvus_Alexander.jpgA man known as Parvus appears foremost among the Jews in Lenin in Zürich. Born Izrail Lazarevich Gelfand, he comes across, at least to Lenin, as an enigmatic and somewhat unscrupulous capitalist and millionaire who, for some reason, dedicates his life to socialist causes. Either this, or he wishes to destroy Russia while exhibiting a suspicious allegiance to Germany. Parvus, along with his protégé Leon Trotsky, had tried and failed to overthrow the Tsar in 1905, and now offers a new plan: With his deep contacts in the German government, he will arrange for the Bolsheviks’ to travel through Germany in order to re-enter Russia where they can foment revolution against a weakened Tsar. This would serve not only Lenin but Parvus’ German friends as well by knocking Russia out of the war. Suspicious of Parvus’ outsider status, and especially of his tolerance of Lenin’s detested Mensheviks, Lenin at first refuses. However, he cannot shake his respect and fascination for this mysterious benefactor.

Fat, ostentatious, and lacking tact, Parvus appears just as repulsive to the reader as he does to Lenin. However, his great wealth and his acumen for political scheming tames Lenin’s rapacious attitude and manages to shut him up for a while (which perhaps exonerates him somewhat as a character in the reader’s mind). He’s also quite prescient, having predicted World War I at an earlier point and impressing upon an incredulous Lenin that “the destruction of Russia now held the key to the future history of the world!”

And, of course, he’s a financial genius:

It was a matter of instinct with him, the emergence of disproportions, imbalances, gaps which begged him, cried out to him to insert his hand and extract a profit. This was so much part of his innermost nature that he conducted his multifarious business transactions, which by now were scattered over ten European countries, without a single ledger, keeping all the figures in his head.

d595b497ad4d0145202370e65cddfeb5.jpgAnother Jew who figures prominently in Lenin in Zürich is Radek (born Karl Berngardovich Sobelsohn). Lenin has tremendous respect for Radek as a writer and propagandist — that Radek had become one of the Soviet Union’s most prominent journalists years after Lenin’s death certainly justifies Lenin’s esteem. In all, he is clever and resourceful and the only person to whom Lenin would voluntarily surrender his pen. After the February Revolution in Russia, as Lenin prepares for travel back to his home country according to Parvus’ plan, Radek contrives ingenious solutions to formidable logistical problems that threaten to sink the enterprise. This makes Lenin, for one of the few times in the book, truly happy.

Not included in the later editions of The Red Wheel, which contain all of the Lenin in Zürich chapters, is an extremely useful “Author’s Index of Names” in the back of the book. Forty-nine names are mentioned, fifteen of which are Jews — sixteen if we include the half-Jewish Ryazanov (David Borisovich Goldendakh). This is over thirty percent, with a couple of names that I could not verify one way or the other. The ones I could are: Aleksandr Abramovich, Moisei Bronski, Grigory Chudnovsky, Lev Kamenev, Moisei Kharitonov, Paul Levi, Maksim Litvinov, Yuly Martov, Parvus, Radek, Georgy Shklovsky, Georg Sklarz, Grigory Sokolnikov, Moisei Uritsky, and Grigory Zinoviev.

Further, not all of the gentiles mentioned were part of Lenin’s inner circle. Some, such as the much-despised Robert Grimm and Fritz Platten, were Swiss socialists who contended with Lenin and did not accompany him to Russia. Others, such as Aleksandr Shlyapnikov and Nikolai Bukharin, were important and were mentioned frequently in the text but were not in Switzerland during the timeframe of the chapters. And two, Nadezhda Krupskaya (his neglected wife) and Inessa Armand (his beloved mistress) made few substantive contributions to his revolutionary work in the pages of Lenin in Zürich. According to Solzhenitsyn, many of Lenin’s closest associates in Zurich were Jews. Certainly, the two most important ones were.

From the perspective of the Right, Solzhenitsyn offers tantalizing evidence that the October Revolution would not have occurred (or would not have been as successful) without crucial actions from Jews at the most important moments. Without Parvus and Radek, Lenin likely would have stayed in Zurich in March 1917. Would he have gotten out in April or May or at all? Would he have even made it to Russia in time to make a difference? Would the Bolsheviks have been as successful without him? Impossible to say, but a reasonable conclusion would be that the fate of the Soviet Union would have hung much more in the balance without Lenin running things during its formative years. And without a successful October Revolution, we likely wouldn’t have the tens of millions of people senselessly killed by the Soviets during the 1920s and 1930s.

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Lenin in Zürich offers positive value to the Right as well, almost to the point of irony. Despite being an unhinged, foul-tempered, miserable villain, Solzhenitsyn’s Lenin exhibits some admirable characteristics that dissidents of any stripe would do well to emulate — provided they sift out the destructive elements. His gargantuan faith in himself makes him utterly impervious to ridicule and embarrassment. He thinks in slogans — always striving for a way to control and motivate the masses. (“The struggle against war is impossible without socialist revolution!”) He’s obsessed with time and gets annoyed almost to the point of rage whenever he wastes any. Everything is urgent for him. The man also demonstrates inhuman energy, always working, always reading, always striving. Solzhenitsyn, to his great credit as an author, makes Lenin’s intensity vibrate on nearly every page. Here’s a sample:

By analogy, by association, by contradiction, sparks of thought were continually struck off, flying at a tangent to left or right, on to loose scraps of paper, on to the lined pages of exercise books, into blank margins, and every thought must be stitched to paper with a fiery thread before it could fade, to smoulder there until it was wanted, in a draft summary or else in a letter begun there and then so that he could forge his sentences red-hot.

In essence, Lenin’s bulletproof spiritual constitution makes him the perfect radical machine. Who wouldn’t want to follow such a man during a crisis?

But to afford this, Lenin must live a Spartan life. He dedicates his entire life for his cause, and so does little for himself in terms of pleasure. Sadly for him, and for humanity, his dear Inessa could not requite his infatuation with her. In a candid moment, Lenin admits that only in her presence could he slow down and relax and do things for himself — day after gloriously languid day. Perhaps if he had found a little more solace with her, the world could have been spared his Mephistophelean wrath. Perhaps with her, he could have been more human and less Lenin.

Here is where I believe Solzhenitsyn fibs in the way all great authors should fib. This is all too good, too perfect a story to tell. I sense an all-encompassing tragic architecture rather than the ramshackle formation of truth. I can’t prove it, but I would guess that Vladimir Lenin would have remained a devourer of worlds even if he had had his way with Inessa every night while in Zurich. He would have eventually grown bored and contemptuous of her, like he did with most everyone else. Nothing would have changed.

But Solzhenitsyn makes us wish it had. And he makes us believe, even if only for a moment, that through romantic love it could have. When Lenin has an introspective moment alone, shortly after learning of the first revolution in Russia, he contemplates how his life is going to change forever. He then sits on a park bench before an obelisk commemorating a 1799 Zurich battle between the Russians and Austrians and the French. Yes, Russians of the past had fought even here, he thinks.

The clip-clop of hooves startles him. Inessa! Here she comes! What a surprise! She’s sitting upright in the saddle of a chestnut horse. She’ll be with him at any moment!

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Of course, it isn’t her, but a beautiful woman nonetheless. And this gets our Lenin to thinking. . .

He sat very still studying her face and the hair like a black wing peeping under her hat.

If he could suddenly liberate his mind from all the work that needed to be and must be done — how beautiful this would seem! A beautiful woman!

Her only movement was the swaying of shoulders and hips as the sway of the horse lifted her toe-caps in the stirrups.

She rode on downhill to a turn in the road — and there was nothing but the rhythm of hooves for a little while longer.

She rode on, carrying a little part of him away with her.

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samedi, 16 mai 2020

“ORION”: NUOVE SINTESI O PROVOCATORI FILOCOMUNISTI?

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“ORION”: NUOVE SINTESI O PROVOCATORI FILOCOMUNISTI?

di Matteo Luca Andriola

Uno dei teorici italiani della “nuova sintesi” nazionalcomunista è Carlo Terracciano, già descritto come “padre” della geopolitica eurasiatista in Italia. Questi arriva a storicizzare fascismo e nazionalsocialismo – nonostante permangano certi legami visto il background della redazione storica –, consentendone una rilettura critica: in «Rote Fahne und Schwartze Front»: la lezione storica del nazionalbolscevismo, saggio introduttivo al volume di Erich Müller Nazionalbolscevismo (Barbarossa, 1988), Terracciano, analizzando l’esperienza della componente rivoluzionario-conservatrice nazionalbolscevica, le teorie di Pierre Drieu La Rochelle, Emmanuel Malynski, l’ala sociale del fascismo e del nazionalsocialismo (il cosiddetto “fascismo rivoluzionario”) ecc., traccia le linee dell’attualizzazione di tali esperienze, il “nazionalcomunismo”, oltre il nazionalismo e il comunismo otto-novecentesco: “Oggi il nazionalismo è inteso come radicamento etnico, storico, culturale della propria terra, modificata fino nel suo paesaggio da millenni di cultura, nella ‘piccola’ e nella ‘grande’ patria, fino a estendersi all’unità del continente eurasiatico. In quanto al ‘comunismo’ esso va ben oltre nei secoli al pensiero di Marx e di Lenin e dei suoi seguaci, lo precede di millenni nella sua teoria e nella prassi di comunità contadine,di ordini monastico-guerrieri, di popoli, di interi imperi”.[1]

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Per Terracciano esisteva un comunismo pre-marxista che andava riscoperto, un “nazional-comunitarismo” che, oltre la scientificità di Karl Marx e Friederich Engels dimostrava che l’uomo non è un monade individualista ma un’animale comunitario. Quella di “Orion” è una rilettura tönnesiana e comunitarista di esperienze comunistiche sia tradizionalmente legate al movimento operaio socialista e comunista sia eresie utopistiche e forme di ancestrali comunità del mondo antico e medievale, cosa che portò certuni a destra a definire “filocomunista” il sodalizio, facendo bandire letteralmente “Orion” dalle sezioni del Msi e del Fdg: su «Candido» n°12 del 15/30 luglio 1986, rivista di destra del senatore missino Giorgio Pisanò, compare l’articolo caustico Che cosa si aspetta a reagire?, con un sopratitolo che recita: Provocatori filocomunisti operano negli ambienti del MSI, dove il direttore, filoamericano, attaccherà il gruppo di “Orion” per l’influenza esercitata fra i giovani del FdG, egemonizzato sin dal decennio precedente dai rautiani (si pensi al peso determinante della Nuova Destra di Marco Tarchi, che verrà poi cacciato dal Msi nel 1981), scrivendo: «Con il bel risultato di influenzare e plagiare cervelli e coscienze di troppi giovani che, presentando culturalmente un encefalogramma piatto, diventano facile preda di provocatori filocomunisti come quelli sopra citati».


Il direttore, Maurizio Murelli risponderà non solo enumerando noti esempi di fascinazione filosovietica di esponenti di spicco del fascismo italiano come “Italo Balbo [che] nel suo libro (Ali d’Italia sul mondo ed. Mondadori, 1930) non lesina complimenti all’Urss, sostenendo che ogni popolo ha la sua via nazionale di realizzazione e costruzione”[2] ma, usando come fonte lo storico inglese Denis Mack Smith, citerà frasi “filocomuniste” del dittatore italiano («Mussolini tentò di convincersi che il comunismo russo stava dimostrandosi di gran lunga meno rivoluzionario del fascismo, e tra i suoi seguaci ci fu chi si domandò se i due movimenti non stessero a tal punto avvicinandosi da non esser più facilmente distinguibili. Il Duce stesso non escluse una tale eventualità»),[3] concludendo:

orion_1993_n9_br.jpg«Alcuni storici asseriscono […] che il Mussolini della RSI era influenzato da Bombacci, cioè uno dei fondatori del PCI che si arruolò volontario nella RSI per difendervi la propria idea e perdervi la propria vita. Può darsi […] che Mussolini fosse influenzato da Bombacci; ciò non toglie, egregio Senatore, che è in nome di quel Mussolini che Lei ha combattuto (se mai ha veramente combattuto) nella RSI. È inutile dire che di citazioni “filocomuniste” e “filorusse” di Mussolini-maestro-di-Pisanò ne potremmo produrre ancora ben più di una, inchiodando Pisanò al palo della sua ignoranza o a quello del suo tradimento (scelga lui, giacché il suo filoamericanismo “fascista” è sinonimo o di ignoranza sull’autentica essenza del fascismo, oppure è consapevole tradimento). Ma il punto è anche un altro, giacché essendo noi per l’Eurasia non siamo affatto per il “comunismo” e, in ogni caso, il regime al potere in Russia non ha niente a che vedere con il comunismo marxista, né con quello leninista né con quello stalinista. Anzi, l’attuale premier [Michail Sergeevič Gorbačëv, dal 1985 segretario generale del PCUS e presidente dell’Unione Sovietica, n.d.a.] si sta dimostrando un burattino del potere mondialista, potere del quale già abbiamo detto e molto ancora diremo.»[4]

Il nazionalcomunismo non si presenta come un confuso guazzabuglio come di primo acchito si potrebbe pensare, cioè la mera sommatoria fra comunismo e nazionalsocialismo o fascismo ma, in una fase storica come gli anni ‘80 dove, a seguito dei cambiamenti economici e strutturali concernenti il passaggio dall’accumulazione “fordista o, come viene detta, d[a]ll’accumulazione rigida [a] quella postfordista o dell’accumulazione flessibile, che ne hanno scandito la storia durante il secolo scorso per giungere fino ai nostri giorni”,[5] concretizzandosi in campo culturale nella messa in discussione delle ideologie otto-novecentesche, giudicate incapacitanti, con l’avvento della postmodernità e del “pensiero debole”. Il “nazionalcomunismo” – in quegli anni elaborato anche da altri sodalizi intellettuali, si pensi alle nuove sintesi elaborate in area franco-belga dalla Nouvelle Droite pescando anche dall’eredità di Jeune Europe di Jean Thiriart[6] – viene vista come la risposta, e si cavalca la crisi delle ideologie non archiviandole, ma elaborandone di nuove. Mentre il grosso della destra e della sinistra nei primi anni '90 sposerà il mercato, “Orion” arriva a proporre arditamente – non senza i condizionamenti della Nouvelle Droite – la sua ‘nuova sintesi’ nazionalcomunista: l’unione degli ideali del “fascismo-movimento” (secondo l’espressione coniata da Renzo De Felice) con quelli del bolscevismo pre-regime, accanto a un occhio di riguardo per il mondo islamico (soprattutto l’Iran di Khomeini) e la spiritualità russa, un progetto nazionalcomunista dove trovano spazio culturale «oltre alle SS, a Degrelle e al Rexismo, a Evola e Guénon, agli autori “proibiti” – da Brasillach a Drieu La Rochelle a Codreanu – e ai “fascisti eretici” alla Berto Ricci, ai teorici della Konservative Revolution tedesca, altre figure “irregolari” come Noam Chomsky piuttosto che il comunista-fondamentalista Zjuganov, e persino i miti della sinistra, da Mao Dzedong a Che Guevara»[7].

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[1] C. Terracciano, «Rote Fahne und Schwartze Front»: la lezione storica del nazionalbolscevismo, in E. Müller, C. Terracciano, Nazionalbolscevismo, Edizioni Barbarossa, Saluzzo 1988, p. 47, ora in C. Terracciano, 'Alle radici del "rossobrunismo". Orion, gli scritti di Carlo Terracciano, vol. 1, AGA Editrice, Cusano Milanino 2020.
[2] M. Murelli, Per l’Europa agli Europei, in “Orion” n° 22, luglio 1986.
[3] D. Mack Smith, Mussolini, Rizzoli, Milano 1981, p. 220.
[4] R. Finelli, Globalizzazione, postmoderno e “marxismo dell’astratto”, in “Consecutio temporum. Rivista critica della postmodernità”, a. I, n° 1, giugno 2011. Cfr. inoltre R. Bellofiore, Dopo il fordismo, cosa? Il capitalismo di fine secolo oltre i miti, in R. Bellofiore (a cura di), Il lavoro di domani. Globalizzazione finanziaria, ristrutturazione del capitale e mutamenti della produzione, Biblioteca Franco Segantini, Pisa 1998, pp. 23-50 e D. Harvey, La crisi della modernità. Riflessioni sulle origini del presente, tr. it. di M. Viezzi, Net, Milano 2002, pp. 151, 152.
[5] Cfr. C. Terracciano, Jean Thiriart: profeta e militante, in “Orion” n° 252, settembre 2005.
[6] M. Fraquelli, A destra di Porto Alegre. Perché la Destra è più no-global della Sinistra, Rubbettino, 2005, p. 64.

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Un livre de Carlo Terracciano publié en Allemagne (il y en eut plusieurs éditions)

mercredi, 13 mai 2020

Guillaume Fayes Chronik aus dem Zeitalter des Archäofuturismus

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Jetzt vorbestellen: Guillaume Fayes Chronik aus dem Zeitalter des Archäofuturismus

»Guillaume Faye hat eine von schwarzem Humor durchzogene Erzählung von erheblichem Reiz geschaffen, die noch lange in der Fantasie des Lesers fortleben wird, der sich selbst die Frage stellen kann, ob er in einer solchen Welt leben will oder ob er sie überhaupt für möglich oder wünschenswert hält.« (Martin Lichtmesz)

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Guillaume Faye prophezeite das apokalyptische Ende der modernen Welt in einer »Konvergenz der Katastrophen«, die nicht mehr aufzuhalten sei. Doch wie könnte eine Welt nach dem großen Zusammenbruch aussehen? Hat Europa eine Chance auf eine Wiedergeburt?

Faye entwirft in seiner Science-Fiction-Erzählung eine aus der Asche wiedergeborene Welt jenseits der egalitären Irrwege der Neuzeit.

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La Tradition primordiale est en nous

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La Tradition primordiale est en nous

par Patrice Lemaître

Ex: https://www.nice-provence.info

Un nouveau livre de Paul-Georges Sansonetti est toujours un événement… Alors quand il y en a deux, l’événement devient ravissement.

COUV-Arcanes-polaires-WEB.jpgPaul-Georges Sansonetti, faut-il le préciser, est un spécialiste des mythes et des symboles, titulaire d’un doctorat de lettres traitant de l’ésotérisme des romans arthuriens. Il a également écrit de nombreux articles et conférences, notamment dans l’excellente revue hélas disparue, « Hyperborée ».

Deux ouvrages donc, du maître des runes et du Pôle, sont arrivés ces derniers mois dans les rayons des bonnes librairies.

Les deux ouvrages, bien que différents, traitent à leur manière de la quête permanente de l’auteur : le Pôle. Non pas le pôle géographique à la manière d’un Paul-Émile Victor, mais, s’il n’en est pas très éloigné, du symbole polaire de la Tradition primordiale chère à René Guénon. Ces deux ouvrages s’adressent donc, comme il est écrit dans l’un deux, « à celles et ceux qui refusent de perdre le Nord ».

L’idée directrice est que cette Tradition primordiale motrice de l’Âge d’Or est toujours présente, alors que se rapproche chaque jour un peu plus la fin du quatrième âge, ou Âge de fer, encore appelé Kali Yuga dans la cosmogonie hindoue. Elle fait partie de ce que Carl Gustav Jung appelait l’inconscient collectif. Elle est ancrée en nous depuis l’origine, mais cet ancrage se fait le plus souvent d’une manière ésotérique, c’est-à-dire cachée, et seuls les initiés ou de fins observateurs peuvent en percevoir les traces ou les allusions dans les œuvres profanes.

Le premier ouvrage, intitulé « Arcanes Polaires » (aux éditions Arqa), reprend en quinze chapitres, un éventail d’analyses portant sur des formulations diversifiées de la Tradition primordiale. On y trouve une étude de la doctrine des quatre âges, qui nous renvoie ensuite à un christianisme original et ésotérique, le mythe du Graal, les Templiers ou le chevalier Yvain y trouvant toute leur place.

Un chapitre concernant un roman étrange paru en 1925, « La sphère d’or » d’un auteur australien Erle Cox, précurseur des grands romans de science fiction, apporte un éclairage puissant et nécessaire à la lecture de ce livre malheureusement difficilement trouvable de nos jours mais dont le message reste parfaitement immanent.

ob_029cb2_couv-pg-sansonetti.jpgLe second, « Présence de la Tradition primordiale » (aux éditions Oeil du Sphinx), est un recueil de nombreux articles parus dans la défunte revue « Hyperborée ». Paul-Georges Sansonetti vient ici poser le doigt sur des œuvres que l’on pensait connaître, pour nous montrer toutes les traces que leurs auteurs y ont cachées plus ou moins volontairement. Nous revisitons ainsi des grands classiques. Tolkien bien sûr avec son « Seigneur des anneaux », mais aussi Howard Phillips Lovecraft, ou plus curieusement Alain Fournier et son « Grand Meaulnes ». Un grand chapitre est consacré à l’immense film de Stanley Kubrick « 2001, Odyssée de l’espace ». 

Poe, Meyrink se croisent également dans cet escalier menant droit… au Pôle. Car ici, comme dans le précédent ouvrage, la direction est la même : cap au Nord, la Grande Ourse, l’Hyperborée, patrie d’Apollon, d’où est partie la base principielle de nos civilisations, et qu’il est bon de remettre en mémoire en ces temps de fin de cycle.

Comme dirait Pierre-Émile Blairon, il serait bien de s’armer de « bagages pour franchir le gué », afin que, dans cette prochaine ère qui ne tardera pas à venir, les racines soient déjà prêtes pour entamer un nouveau cycle, la Tradition primordiale rassemblant toutes les données permettant de comprendre la raison d’être du fondement des civilisations anciennes, mais aussi à venir.

Patrice LEMAÎTRE.

Comment se procurer ces deux livres ?

Arcanes Polaires (éditions Arqa)
Présence de la Tradition primordiale
(éditions Oeil du Sphinx)

 

mardi, 12 mai 2020

Mysticism After Modernism: From Meme Magick to Evolian Populism

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Mysticism After Modernism:
From Meme Magick to Evolian Populism

mysticismaftermodernism-198x300.pngJames J. O’Meara
Mysticism After Modernism: Crowley, Evola, Neville, Watts, Colin Wilson & Other Populist Gurus
Melbourne, Australia: Manticore Press, 2020

“For me real and imagined, by the way, is just the same. Because the world is our imagination.” — Aleksandr Dugin [1] [1]

“The whole vast world is nothing more than the confused imaginations of men and women.” — Neville [2] [2]

A new book from James O’Meara is always a treat, but until that long-awaited collection of film reviews arrives, this will serve to assuage the hungry public. Astute readers here at Counter-Currents will immediately perceive that this is a new, slightly but cunningly revised edition [3] of Magick for Housewives: Essays on Alt-Gurus (Manticore, 2018). Although the title was intended as an homage to Crowley titles like Yoga for Yahoos and Yoga for Yellowbellies, I am told that the publishers found that too many potential buyers were unable to look past the thumbnail online and took it to be a work of “kitchen magic,” which is a new one on me but apparently is a real thing.

I myself miss the perky housewife of the original cover, an icon of American postwar ascendancy who not only alluded to the “ladies who lunch” that filled Neville’s audiences, [3] [4] but also connected it to the author’s End of An Era: Mad Men and the Ordeal of Civility [5] (Counter-Currents, 2017). Arguably the new cover, a moody, misty collage of the subjects, is more appropriate to the contents as a whole.

The subtitle also frees the book from any links to the late, mostly unlamented “alt-right.” Strange as it may seem to our grandchildren — or children — there was a time when anything “hip” was linked to the “alt” phenomenon; sort of like those funny haircuts in old pictures. Potential readers were left asking, along with Steve Bannon:

“But why does a guy who is that sophisticated get hooked up with Richard Spencer? [He’s] a goofball, and you can’t get in business with goofballs like that.” [4] [6]

For the new edition, the contents have been carefully revised, occasional misprints silently corrected, and an index of gurus added for the reader’s convenience.

Since all but the title essay — a synoptic look at the Hermetic tradition from Plotinus to Evola to Neville, demonstrating the author’s easy mastery of the field, which first appeared in Aristokratia IV — appeared in some form here on Counter-Currents, the high level of scholarship and presentation can be taken for granted. But what is the principle of selection for this motley crew, ranging from the infamous Crowley and the underground magic of Evola, to the misunderstood “popularizer” Alan Watts, then to modern chaos magic and Colin Wilson’s Outsider, finally back to the barely remembered midcentury phenomenon who called himself Neville?  As O’Meara explains it,

You can buy James O’Meara’s book The Eldritch Evola here. [7]

51OCsL3ZCNL.jpgIn the wake of the populist revolt against globalist tyranny, and its controversial tribunes like Trump, it’s time for a look at what can now be discerned as an equally new development, on the fringes of Western civilization, among what came to be known as “popular culture,” during the so-called pre- and post-war eras: a new kind of spiritual teacher or “guru,” one more interested in methods, techniques and results than in dogmas, institutions, or — especially — followers.

In the wake of even more recent developments, what O’Meara previously styled “alt-gurus” he now calls “populist gurus.” An equally good term, if we extend our temporal limits back into the 19th century, and acknowledge how geographically American this phenomenon is, [5] [8] might be what Arthur Versluis has dubbed “American gurus,” who espouse what he calls “immediatism.”

[Immediatism is] the assertion of immediate spiritual illumination without much if any preparatory practice within a particular religious tradition. Some call this “instant enlightenment.” [Its] origins precede American Transcendentalism, [6] [9] and whose exemplars include a whole array of historical figures, right up to contemporary New Age exponents. In this line, a figure like Timothy Leary, and other erstwhile psychedelic evangelists, play a significant role because what could be more immediate than the result of taking a pill? [7] [10]

Immediatism is based, in turn, on “an underlying metaphysics” which Versluis calls “primordialism”: “We as human beings have access to blissful awareness that is not subject to temporal or spatial restriction [and] is always present to us.” [8] [11] Since it is always present, it pops up from time to time in history, only to be occulted again by mainstream dogmatism, until rediscovered once more; it endures in time not by institutions but by texts and gurus, [9] [12] and above all by techniques: from Crowley’s convoluted and obscurantist rituals and doctrines to Wilson’s “pencil trick” and, perhaps most archetypally, Neville’s “simple method to change the future”; as Neville says repeatedly, “Go home and try it tonight — prove me wrong!”

So it’s no surprise that immediatism should be so prevalent today, and especially in the United States: in the Kali Yuga, where institutions are in decay, or, as in America, they never really existed.

Immediatism is sort of the Dark Twin of Traditionalism; or rather, seeing it from our Yankee perspective, it’s the Bright Twin. To Traditionalism’s innate pessimism — “You must submit to an orthodox tradition to have even a glimmer of a change, after arduous labor, to achieve enlightenment or even a fully human life; oops, looks there aren’t any around these days, too bad, better luck in the next kalpa” — Emerson, the original American Guru, asks bluntly:

The foregoing generations beheld God and nature face to face; we, through their eyes. Why should not we also enjoy an original relation to the universe? Why should not we have a poetry and philosophy of insight and not of tradition, and a religion by revelation to us, and not the history of theirs? [10] [13] Embosomed for a season in nature, whose floods of life stream around and through us, and invite us by the powers they supply, to action proportioned to nature, why should we grope among the dry bones of the past, or put the living generation into masquerade out of its faded wardrobe? The sun shines to-day also. [11] [14]

This may all seem too airy-fairy, but if you want a practical application, consider, as O’Meara does here, the role played by “meme magick” in the Trump phenomenon; it can also provide the key to understanding Steve Bannon’s surprising and complex relationship with Traditionalism.

Benjamin Teitelbaum, in his War for Eternity: Inside Bannon’s Far-Right Circle of Global Power Brokers, devotes considerable attention to Bannon’s idiosyncratic reading of Guénon and Evola. He never discusses Bannon’s American intellectual heritage, which is a pity, since it would help explain what he calls Bannon’s “horizontal Traditionalism”: rather than bemoaning the confusion of the castes in the modern world, and futilely wishing for a “return of kings” (with oneself, of course, as a king, or at least on the general staff), Bannon tips the hierarchy on its side, and puts his faith in the ordinary working-class Joe Schmoe (Bannon calls them “serfs”) as a perennial source of traditional values to counterbalance the elite’s secular globalism. It’s basically Jeffersonian “natural aristocracy” and a political application of Emerson’s primordialism. [12] [15]

But how does Evola fit in here, with all these mystical Yankee peddlers, these Melvillian confidence men, and lightning-rod salesmen? Was Evola not the proponent of capital-T Tradition with its hierarchies and fatalism?

Indeed; but before he became the darling of alt-rightists seeking “our Marcuse, only better,” before reading a word of Guénon, he was a magician; that is, neither a dogmatic theologian or a materialistic scientist, but an esotericist. That Evola is quoted as the epigraph of the work under review:

One can expect that one day religion, as well as theology itself, will become an experimental science, certainly an upheaval, not lacking interest, that leads us back to a proper view of mystical and traditional esotericism. [13] [16]

This was the “good” Evola. The “bad” Evola arose from what Pierlo Fenili, in an eye-opening article in Politica Romana — “The Errors of Evola” — calls the “wrong choice of traditions;” as Jocelyn Godwin explicates: [14] [17]

Fenili points out that of the four protagonists who were left at the end of the Western Empire in 476, only the Roman Senate and the Eastern Empire had authentic Roman roots. The other two players were the Church, whose origin was in the Near East, and the Germanic peoples of the north, and it was with these enemies of Romanity that Evola chose to align himself.

You can buy James O’Meara’s End of an Era here [5].

51mlLDdbThL._SX322_BO1,204,203,200_.jpgFrom this followed another error, “alienation from the ancestral tradition.” [15] [18] The true Western Tradition was

[Carried] onward by such figures, ignored by Evola [and loathed by Guénon], as. . . Boethius. . . who worked under a Gothic emperor to preserve all he could of Greco-Latin learning; Michael Psellus. . . the Byzantine Platonist; the early Humanists from Petrarch onwards, whom Evola dismisses as merely safeguarding the “decadent forms” of Antiquity; Ficino, who continued Boethius’s project by translating the works of Hermes, Plato, and the Neoplatonists; Pico della Mirandola with his defense of the dignity of man [which Evola] censured for its “rhetorical exaltation of individuality.” 

The choice is not between secular science and “Tradition” in the form of dogmatic religion. [16] [19] The true “Roman” tradition is the one that gave birth to the Renaissance, the Reformation, and the Enlightenment, the bug-bears of both Traditionalists and Neo-Reactionaries. Needless to say, this is the Platonic tradition — pro-science but anti-scientism, pro-spirituality but anti-“churchianity” — to which Emerson and the “American Gurus” belong.

And this is why Evola belongs here; Fenili insists that “the most important part of Evola’s creative oeuvre consist[s] of the works of esoteric, orientalist and philosophic character,” which include The Doctrine of Awakening, The Hermetic Tradition, and The Yoga of Power, which, together with Magic: Rituals and Practical Techniques for the Magus, are the works constantly cited by O’Meara to explicate and justify what he calls “America’s homegrown Hermeticism, native Neoplatonism, and two-fisted Traditionalism” — a more authentic Tradition than anything dreamed up in Guénon’s cork-lined bedroom.

Bringing these figures together illuminates a uniquely American and Modernist phenomenon, excavates a third stream — esotericism — between science and religion, and de-occultates the hidden passage from Evola’s magic to post-Trump populism.

There is another thread of continuity in the studies presented here. Starting from reminiscences of teenage years listening to early Sunday morning radio broadcasts of Alan Watts, through the dense accumulation of names and references, surfacing in the clear, easy mastery of his presentation of Neville as the greatest voice of hermetic tradition in the 20th century, we have here, intended or not, an intellectual biography, a more modest version of Evola’s Path of Cinnabar.

And so we can say, as Teitelbaum says of the Brazilian Traditionalist and populist Olavo de Carvalho:

Thinking in these terms. . . made his ostensible journey seem like no journey at all: his activities since discovering Traditionalism in the 1970s would instead appear variations on a theme rather than a dilettantish succession of gimmicks and reinventions. [17] [20]

Whitman, one of the great voices of American immediatism, comes to mind. “This is no book, cammerade [sic]. Who touches this touches a man. . .”

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Notes

[1] [22] Quoted in Benjamin Teitelbaum, War for Eternity: Inside Bannon’s Far-Right Circle of Global Power Brokers (New York: HarperCollins, 2020), p. 153

[2] [23] “Neville’s Purpose Revealed,” in Let Us Go Into the Silence: The Lectures of Neville Goddard, compiled by David Allen (Kindle, 2016)

[3] [24] Described in the title essay, “Magick for Housewives: The (Not So) New (and Really Rather Traditional) Thought of Neville Goddard.”  Neville, by his own admission, was known as “The Mad Mystic of 48th Street.” The haute bourgeois ladies Tom Wolfe later called “Social X-Rays,” looking for a new thrill, would say to each other: “Oh, do come along and hear him, it’s free and he’s terribly funny!”

[4] [25] Teitelbaum, op. cit., p.267.

[5] [26] Watts were British, but Watts emigrated to the US and gained fame there, while Wilson always felt like an “outsider” in British culture and openly preferred Americans. Neville was from Barbados, emigrated to New York at seventeen, and was given citizenship after being drafted in World War Two. The outlier is Crowley, but he would be an outlier anywhere, and at least spent some time in the US.

[6] [27] Versluis traces it back to Plato, via Emerson: see American Gurus, Chapter 2, “Revivalism, Romanticism, and the Protestant Principle.” Camille Paglia also delineates a “North American Literary Tradition” that originates in the collision of American Puritanism with European Romanticism; see my review “The Native American Nietzsche: Camille Paglia, Frontier Philosopher [28].”

[7] [29] See his interview here [30].

[8] [31] American Gurus: From Transcendentalism to New Age Religion (Oxford, 2014), p 248.

[9] [32] Like Zen, a “special transmission outside the scriptures” – Heinrich Dumoulin, Zen Buddhism: A History. Volume 1: India and China, World (Wisdom Books, 2005), pp. 85-94.

[10] [33] Neville: “Religious progress is a gradual transition from a god of tradition to a God of experience.” (“Control Your Inner Conversations [34],” 4-26-1971.

[11] [35] “Nature” (1844).

[12] [36] “When I was drafted, called, and sent, it was with the command, ‘Down with the bluebloods.’ In other words, down with all church protocol, with anything that would interfere with the individual’s direct access to God. There is only one foundation upon which to build. That foundation is I AM, and there is no other.” Neville, “No Other Foundation [37],” 11-04-1968.

[13] [38] Julius Evola, “The New Spirit Movement”; originally published in Bilychnis, June, 1928.

[14] [39] See Jocelyn Godwin, “Politica Romana Pro and Contra Evola,” in Arthur Versluis, Lee Irwin, and Melinda Phillips (eds.), Esotericism, Religion, and Politics (Minneapolis, MI: New Cultures Press 2012). I don’t read Italian and haven’t read the article itself, so I am relying on Godwin’s presentation.

[15] [40] Guénon, for his part, never even pretended to be “Roman” and in fact despised the Classical world, no doubt a reaction to a typical French education; after years of trying to interest the Catholic Church in his ideas, he eventually converted to Islam. Why rightists think he has anything to contribute to their struggle is a mystery.

[16] [41] Commenting on 1 Corinthians, Robert Price notes that in the “Catholic anti-wisdom section” of Chapter 3 we find “once again, the opposite of [worldly] wisdom is not esotericism but simplicity. The pious attitude is that which regrets the sampling of the knowledge tree in Eden, the erection of the Babel tower. Such a one is happy to mortgage his faith to the Grand Inquisitor.” The Amazing Colossal Apostle: The Search for the Historical Paul (Salt Lake City: Signature Books, 2012); compare Evola’s The Hermetic Tradition: Symbols and Teachings of the Royal Art (Rochester, Vt.: Inner Traditions, 1995), especially the “Introduction to Part One: The Tree, the Serpent, and the Titans.”

[17] [42] Teitelbaum, op. cit., p.260.

Article printed from Counter-Currents Publishing: https://www.counter-currents.com

URL to article: https://www.counter-currents.com/2020/05/hes-our-bannon-only-better-from-meme-magick-to-evolian-populism/

vendredi, 08 mai 2020

De la “pandémie médiatique” : entretien avec François-Bernard Huyghe

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De la “pandémie médiatique” : entretien avec François-Bernard Huyghe

Ex: https://www.ojim.fr

Nous avons déjà présenté plusieurs ouvrages du médiologue François-Bernard Huyghe qui vient de publier en mai une nouvelle édition actualisée de son opus Fake news (“Manip, Infox et Infodémie”) aux éditions VA Press. Entretien.

Question : Vous venez de publier une nouvelle édition de Fake news, version entièrement remaniée de votre livre sur les « infox ». Il y a une telle actualité du faux qu’il faille compléter l’édition de l’année dernière ?

François-Bernard Huyghe : Il y a même urgence ! La preuve : après avoir fait adopter une « loi contre le manipulation de l’information » (en 2018), le gouvernement a envisagé de créer une plateforme « Désinfox coronavirus » pour contrer rumeurs et affabulations relatives à l’épidémie et suggérer de “bonnes” sources. Selon le mot de Debord, le système libéral “ne veut être jugé que sur ses ennemis” ; visiblement, le macronisme a choisi le registre “Fakes, complotisme, délire haineux et fantasmes extrémistes” pour disqualifier toute parole critique. Plutôt qu’à une censure du contenu (interdire de dire x ou y), on agit désormais sur le code (informations vérifiées — devinez par qui — versus manipulations ne relevant pas de l’opinion mais de la malfaisance). Le citoyen est invité à intérioriser les normes du politiquement correct et de l’authentiquement correct. Il y a un enjeu idéologique considérable. Même si le projet mal ficelé a été abandonné, la tentation de réguler le code demeure.

Bien entendu, dire cela ce n’est pas nier qu’il prolifère des explications délirantes, des photos truquées, des révélations imaginaires, des thèses douteuses ou des prédictions invraisemblables sur la pandémie. Il a même fallu inventer un néologisme pour désigner le phénomène : infodémie. La propagation du faux parallèle à celle du virus.

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Vous dites même que la crise prend une dimension géopolitique ?

Oui, il y a comme des strates dans la mésinformation relative au Covid-19 :

- Il y a d’abord le phénomène ancestral de la rumeur ou de la pensée magique en période de catastrophe : remèdes miracles, boucs-émissaires désignés, récits surprenants sur “la vérité qu’on nous cache”, explications bricolées etc. se répandent spontanément.

- Une composante “médiologique”, disons liée aux technologies de l’information. Les réseaux sociaux qui permettent à chacun de s’exprimer, de diffuser, mais aussi de se dissimuler, sont favorables par nature aux discours alternatifs, éventuellement aux trucages, et toujours aux emballements collectifs. Surtout ici dans un domaine où le discours “scientifique” ou l’établissement des “faits” donnent lieu à interprétations hasardeuses.

- Outre la dimension politique nationale (un gouvernement donnant des versions contradictoires mais toujours “appuyées sur les scientifiques” à quelques jours de distance), il y a un enjeu géopolitique. Pour faire simple : les Chinois, après avoir un peu cafouillé au début de l’épidémie, lancent une grande opération de charme (soft power) sur le thème nous avons bien maîtrisé et notre modèle est universel. Côté américain ou dans les milieux atlantistes on riposte : les Chinois ont menti, ils manipulent l’opinion mondiale, non à l’hégémonie de Pékin. Une guerre internationale de l’information est en cours.

Au fait, comment reconnaît-on une “fake news” ?

Il faut que ce soit une nouvelle (un récit, une citation une photo de quelque chose qui se serait produit) et qu’elle soit fausse. Ce qui en général se reconnaît à ce qu’elle contredit la logique, ou les autres témoignages, ou les sources originelles. Ou encore si l’on peut prouver la fabrication : il y a des logiciels, des ONG, des rubriques “fact-checking” des médias qui passent leur journée à vérifier et la probabilité qu’un faux avéré ne soit pas signalé en ligne en quelques minutes est très faible.

Mais après avoir examiné le message, il faut aussi faire son auto-examen. Ne pas qualifier de fake tout ce qui relève de l’interprétation des idées ou de l’anticipation du futur, ne pas qualifier de manipulation tout ce qui contredit nos croyances (ni ne tenir pour démontré tout ce qui les renforce)…

Vous qui êtes un défenseur de la langue française vous avez placé un glossaire anglais (ou globish) des mots employés à ce sujet ?

Oui, bien forcé : tout ce débat sur les fake news (qui auraient fait élire Trump ou provoqué le Brexit) s’est développé aux États-Unis après 2016 ; et les médias et centres de recherches étatsuniens ont produit énormément de néologismes à ce sujet. Demandez-vous pourquoi les Européens se sentent obligés de penser puis d’adopter ces idées et ce vocabulaire.

Fake news : Manip, Infox et Infodémie en 2021, Format Kindle, VA Press, mai 2021 (6,49 €)

lundi, 04 mai 2020

Une intrigue policière dans l’Angleterre occupée

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Une intrigue policière dans l’Angleterre occupée

par Georges FELTIN-TRACOL

On appelle « thriller » une catégorie de roman qui suscite un suspense permanent et un dénouement inattendu. En 1978, le Britannique Len Deighton écrit un roman qui joint le polar, le récit d’espionnage et l’uchronie. SS – GB est d’ailleurs devenu un classique de la science-fiction.

9780008201241.jpgHistorien de formation, l’auteur plonge le lecteur à la fin de l’année 1941 dans une Angleterre vaincue et occupée par l’Allemagne. Si le roi George VI est prisonnier dans la Tour de Londres, son épouse et leurs filles, la princesse héritière Elizabeth et sa sœur Margaret, vivent en exil en Nouvelle-Zélande. Winston Churchill est pendu haut et court. À l’instar de l’éphémère « France libre » de Charles de Gaulle qui « s’est promu général et [qui] a déclaré qu’il était la voix de la France. Ça n’a jamais abouti à rien (p. 174) », la « Grande-Bretagne libre » s’incarne depuis l’Amérique du Nord dans un certain contre-amiral Conolly. Cette résistance extérieure complète une résistance intérieure plus ou moins balbutiante.

En Angleterre uchronique

Quand Len Deighton sort son uchronie, il prend bien soin d’éviter toute digression politique. En effet, l’ancien roi Edouard VIII, devenu le duc de Windsor, et Sir Oswald Mosley vivent toujours. Contrairement au film de Kevin Brownlow diffusé par la BBC en 1964, It Happened Here (« En Angleterre occupée »), le roman ne fait donc aucune allusion sur une éventuelle restauration d’Edouard VIII ou sur l’instauration d’un régime fasciste dont Mosley serait le Leader. L’auteur fait en sorte que l’armée allemande gouverne la Grande-Bretagne depuis la capitulation britannique du 18 février 1941.

Responsable du maintien de l’ordre public et de la sûreté de la population, les Allemands bénéficient de l’expertise de Scotland Yard. Le commissaire Douglas Archer et son adjoint, l’inspecteur Harry Woods, constituent une efficace « brigade criminelle ». Fin limier au palmarès impressionnant d’enquêtes résolues, le commissaire Archer « avait non seulement la réputation d’être un des plus brillants policiers de la brigade criminelle, mais en outre il était jaune, il avait l’air sportif, avec ce genre de visage osseux et un peu pâle que les Allemands trouvaient aristocratique. Il avait le type “ germanique ”, un exemple parfait du “ Nouvel Européen ”. Et il parlait même un excellent allemand (p. 24) ». Son supérieur hiérarchique, le général ou Gruppenführer SS Fritz Kellerman, l’apprécie beaucoup et le chouchoute souvent.

Régulièrement affecté aux meurtres liés au marché noir ainsi qu’à divers trafics de contrebande, le commissaire Archer enquête cette fois-ci sur l’assassinat d’un certain Spode. Ses recherches attirent vite l’attention particulière de Berlin. Il passe bientôt sous l’autorité directe du Standartenführer (colonel) SS Huth de l’état-major personnel du Reichsführer SS Heinrich Himmler. Cette subordination dérange Douglas Archer qui se veut apolitique bien qu’il sait que son collègue et ami, Harry Woods, fricote avec la résistance intérieure.

Un récit riche et complexe

L’intrigue de SS – GB est brillante. Le lecteur découvre le quotidien des Anglais marqué par le rationnement, les pénuries, les rafles, les profiteurs de guerre, etc. Au risque de déflorer l’histoire, Douglas Archer, au cours de son enquête, entre en contact avec certains résistants influents. Par ailleurs, il apprend que le dénommé Spode était un ingénieur en physique nucléaire. Sa mort participe à une vaste machination où se mêlent manœuvres de résistants et contre-opérations de la part des occupants eux-mêmes. Len Deighton décrit les profondes, vives et tenaces rivalités entre la Wehrmacht, représentée à Londres par Fritz Kellerman, l’Abwehr et les SS.

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Son enquête prend vite une tournure politique puisque entrent en ligne de compte l’évasion du roi, la volonté de provoquer l’entrée en guerre des États-Unis d’Amérique et la possession prochaine d’une bombe atomique. Or, si les SS, et Huth en particulier, veulent être les premiers à la détenir, la Wehrmacht et Himmler lui-même, influencé par son mage – gourou, s’y refusent. Chef d’un groupe de résistants, le colonel Mayhew use de machiavélisme afin de libérer George VII et de retarder l’acquisition de la bombe par les Étatsuniens tout en les contraignant à entrer dans le conflit européen. Ayant obtenu l’accord de Franklin Delano Roosevelt, il monte une opération commando en concertation avec quelques unités d’US Marines.

SS – GB ne verse pas dans le manichéisme primaire. C’est un ouvrage de son époque, le milieu des années 1970, quand l’hypermnésie historique hémiplégique n’avait pas encore pris une boursouflure exubérante. Un agréable roman au dépaysement uchronique garanti!

Georges Feltin-Tracol.

• Len Deighton, SS – GB, Denoël, coll. « Folio – Science Fiction », n° 601, 2017, 519 p, 9,10 €.