31.07.2008

Energie solaire et souveraineté

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Energie solaire et souveraineté

 

Si une nation veut se maintenir sur la scène internationale et historique, elle doit créer les conditions de son indépendance et s'y tenir. Toute politique au niveau national doit néanmoins s'orienter sur les données de la scène internationale: ainsi l'art du politique pratiqué par Bismarck et Cavour a su habilement utiliser à son profit les intérêts divergents des grandes puissances européennes. Il ne pouvait en être autrement, même quand ils ont poursuivi la politique par d'autres moyens, afin de parfaire l'unité des nations allemande et italienne. La génération qui les a suivis a eu pour tâche de défendre la place que l'Allemagne s'était donnée sous le soleil, justement contre les intérêts des puissances étrangères. Mais Guillaume II a été incapable de répéter le génie de Bismarck, de pratiquer son art du politique. L'époque qui s'étend de 1919 à 1949 est le triste résultat de ce manquement et c'est surtout le Traité de Versailles qui en témoigne, même si Ebert et Stresemann ont tenté d'en dépasser les clauses et les obligations imposées au Reich. Dans l'époque où se juxtaposaient une RDA et une RFA et jusqu'à l'effondrement du système soviétique, l'objectif de ceux qui voulaient rétablir la souveraineté allemande aurait dû répondre au mot d'ordre: “la souverainété en se dégageant des blocs”. Depuis lors, écrit Peter List, “de nouvelles circonstances se sont imposées. La lutte pour restaurer l'identité nationale allemande et la souveraineté du pays ne doit plus en première instance se diriger contre telle ou telle puissance étrangère, mais contre un système financier international, organisé en réseaux, opérant sur le globe tout entier; ce système s'est largement dégagé de la tutelle de ses pays d'origine et de ses liens avec certains Etats, pour considérer que les Etats, et surtout les Etats nationaux définis par une appartenance ethnique, constituent des limitations problématiques qui freinent ses stratégies d'accumulation de profits” (1).

 

Lors d'un débat du club de presse allemand ARD, un participant a un jour clairement esquissé la situation: les grandes décisions politiques ne se prennent plus dans les cabinets ministériels. Les consortiums multinationaux déterminent de plus en plus souvent la marche du monde. Ils tiennent les gouvernements sous leur coupe et si ces gouvernements n'obéissent pas, ils les menacent et les obligent à composer, par exemple en délocalisant, en créant artificiellement du chômage. L'idée du “One World” est articulée pour augmenter les bénéfices de ces consortiums: telle est la réalité qui se profile derrière les phrases clinquantes qui nous parlent de globalisation et de “planétarisation du bonheur humain”.

 

Aujourd'hui, on devrait suivre le mot d'ordre: “Est souverain celui qui dispose des sources d'énergie nécessaires pour la survie de sa communauté politique”. Si une nation veut conserver son indépendance, elle doit s'assurer de ses sources d'énergie. Disposer de sources énergétiques directes est aussi précieux que le pain quotidien pour l'homme. L'énergie est le carburant de l'économie, surtout l'électricité. Toute politique nationale aujourd'hui doit viser l'objectif suivant: en cas de nécessité, la pays doit être capable de produire les denrées agricoles suffisantes pour nourrir sa population et aussi de produire de l'électricité en suffisance pour maintenir les activités économiques et commerciales.

 

Sauver notre agriculture, qui est jour après jour broyée par les rouages administratifs de l'UE, fera l'objet d'un article ultérieur. Dans ces lignes, je souhaite aborder le problème de l'approvisionnement de l'Allemagne en énergie électrique, laquelle fait fonctionner la majeure partie de notre industrie. L'Allemagne a été capable  —et serait encore capable—  de couvrir ses besoins à l'aide de ses seules réserves de charbon. Dans l'optique d'une politique d'indépendance nationale, on ne devrait jamais avancer l'argument suivant: “le charbon sud-africain est moins cher”. Car l'indépendance nationale n'a pas de prix. Hélas, les politiques menées à Bonn et à Bruxelles ont tué les mines de charbon et rien ne laisse prévoir un changement de politique! Dans dix ans tout au plus, les “rationalisateurs” auront noyé définitivement nos mines. Quant à nos réserves de lignite, elles connaîtront rapidement le même sort.

 

Nous devons toutefois reconnaître que les énergies fossiles, c'est-à-dire l'électricité produite au départ du charbon, du pétrole ou du gaz pollue l'environnement. Certes, il existe des procédés qui réduisent considérablement les émissions de dioxide de charbon, mais il n'est pas possible de les éviter entièrement. Même les émissions les plus réduites sont encore trop importantes, vu les dégâts immenses subis par l'environnement au cours des dernières décennies.

 

Les économies d'énergie permettent partiellement de résoudre le problème, par exemple, le procédé la couplage énergie/chaleur, qui utilise plus optimalement l'énergie primaire et ne se contente pas d'une simple transformation en électricité. Un programme national de calorifugeage (d'isolation thermique) constituerait certainement un pas en avant, y compris dans la lutte contre le chômage. D'autres possibilités d'utilisation plus rationnelle de l'énergie existent, mais l'atout majeur reste l'approvisionnement en électricité par exploitation de l'énergie solaire.

 

Chaque jour, le soleil envoie sur la terre de 10.000 à 15.000 fois plus d'énergie que n'en consomme l'humanité toute entière quotidiennement. Cette énergie ne pollue par l'environnement et, si on le veut vraiment, aucune multinationale de l'uranium ou du pétrole ne pourra nous empêcher de l'utiliser.

 

L'Allemagne possède une avance technologique en matière d'énergie solaire, mais, comme cela s'est passé avec les appareils de télécopie, d'autres pays nous achètent les brevets et les exploitent avant nous! Cette année déjà, une entreprise américaine exploitant l'énergie solaire vendra le Kw/h d'électricité à 8 Pfennige (1,60 FB ou 0,26 FF). Le ministère japonais de l'économie a introduit le projet “Genesis”, de concert avec la firme d'électronique Sanyo. Les Japonais veulent qu'en l'an 2030 la moitié de la production d'électricité dans le monde provienne de cellules photoélectriques. En quatre ans, l'énergie solaire japonaise devrait produire 4600 Kw, autant que quatre grandes centrales nucléaires.

 

Les arguments avancés contre l'énergie solaire ne tiennent pas la route. Ceux qui les énoncent n'expriment que leur stupidité car il est vraiment stupide de dire que l'énergie solaire équivaut à un retour à la primitivité. Le lobby nucléaire, par exemple, prétend que l'énergie solaire serait insuffisante pour couvrir les besoins de l'Allemagne. Pourtant, en Norvège, un pays qui est nettement moins ensoleillé que le nôtre, 50.000 maisons sont équipés d'appareils récepteurs d'énergie solaire, livrés à des prix vraiment concurrentiels. Et le Norvège ne fait que démarrer son projet de solarisation de l'énergie domestique! Ensuite, il est faux de dire que l'énergie solaire sera trop chère: le Japon a diminué de 80% ses coûts énergétiques, grâce à la mise en œuvre d'un nouveau procédé! Les adversaires de l'énergie solaire argumentent comme si l'“hélio-technologie” en était restée au stade de 1952, quand la firme américaine Bell Laboratories a commencé à construire des cellules photoélectriques, réceptrices et transformatrices d'énergie solaire.

 

La seule alternative au charbon et au pétrole que suggère Bonn est l'énergie atomique. Pourtant, le producteur d'électricité Hans-Dieter Harig, Directeur de “Preussen Elektra”, refuse catégoriquement cette option. Il constate qu'il y aura sur-capacité jusqu'en 2010, que les besoins ne croîtront pas outre mesure et que les réacteurs atomiques fonctionneront à perte. Pour les profanes, les électriciens font toujours “comme si” cette énergie atomique était la seule envisageable. Qui est prêt à confesser humblement ses erreurs? Beaucoup de gestionnaires du secteur électricité veulent éviter les pertes en mettant en jachère plusieurs centrales nucléaires. Harig a fait savoir à la ministre de l'environnement Merkel, que les entreprises électriques allemandes ne placeraient aucun Pfennig dans l'élaboration d'un nouveau type de réacteur, supposé être plus sûr. Les expériences acquises font désormais peur: le monopole “Electricité de France” est en déficit depuis des décennies: il dépend du “baxter” de l'Etat. Les tentatives de privatiser les centrales nucléaires en Grande-Bretagne et en Hongrie ont échoué. Personne ne veut s'engager dans une entreprise vouée à éponger des pertes.

 

Bonn s'obstine avec entêtement à poursuivre son programme nucléaire. Est-ce de la bêtise ou est-ce intentionnellement? Quelles sont les réserves allemandes en uranium? Elles sont pratiquement nulles! Si nous parions sur l'énergie nucléaire, autant remettre les clefs de notre souveraineté et de notre indépendance en tant qu'Etat aux mains des multinationales de l'uranium et du pétrole comme Shell, Gulf ou Texaco; ou encore, aux mains du clan Exxon-Esso-Rockefeller; qui connaît l'histoire de cette multinationale, et notamment les pratiques commerciales de son fondateur John D. Rockefeller, il y a bien lieu de se faire du souci si l'on suppute que derrière Kohl ou Lafontaine se cache un boss secret issu de cette famille...

 

Bien sûr, les multinationales vont faire leur entrée dans le domaine de l'énergie solaire. Entretemps l'Allemagne aura pris tellement de retard en s'obstinant à entretenir ses technologies nucléaires obsolètes, qu'elle devra acheter les brevets et les procédés solaires chez Exxon & Co., au lieu de prendre directement part au marché. Une fois de plus, les Japonais auront une longueur d'avance et nous risquons de tomber sous la dépendance des consortiums multinationaux. Déjà en 1979, le “Worldwatch Institute” de Washington estimait que les besoins en énergie du monde pouvaient être couverts à 40% par l'énergie solaire, avant la fin du siècle, ce qui aurait permis de créer un grand nombre d'emplois dans notre pays, si nous avions pu exploiter notre avance technologique et théorique et la transformer en techniques d'exploitation pratiques, afin de passer à l'exportation.

 

Il ne faut pas sous-estimer non plus les dérivés non polluants de l'énergie solaire comme la biomasse, surtout celle provenant du carex (de la laîche) (2). Il conviendrait encore d'examiner sérieusement l'“énergie libre”, encore peu connue, comme nous l'ont proposé Plocher, Martin et Hacheney. L'énergie éolienne, également dérivée de l'énergie solaire, ne devrait fournir qu'une petite partie de notre électricité, parce que les immenses hélices montées sur mâts défigurent le paysage. Sans doute, pourront-elles auto-alimenter les fermes, en dépit des protestataires professionnels qui se sont opposer à l'énergie éolienne à cause des mâts surdimensionnées qui ont gâché nos paysages...

 

Le grand tournant de la politique énergétique est possible (3). Il signifierait en même temps un pas de plus vers la souveraineté nationale. Il suffit de vouloir!

 

Hans RUSTEMEYER.

(Texte paru dans Europa Vorn, n°105-106/1996; trad. franç.: Robert Steuckers).

 

Notes:

(1) Peter LIST, Bioregionalismus und volkstreue Politik, DESG-Verlag GmbH, Postfach 111.927, D-20.419 Hamburg.

(2) Franz ALT, Schilfgras statt Atom, Piper, München.

(3) Franz ALT, Die Sonne schickt uns keine Rechnung, Piper, München.

 

10.01.2008

Les racines du mouvement écologique

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Brigitte SOB :

Au-delà de la droite et de la gauche : les racines du mouvement écologique

 

Le concept d’ « écologie » fut utilisé pour la première fois en 1866 par Ernst Haeckel (1834-1919), qui entendait désigner, par ce terme, « toute la science des rapports de l’organisme avec le milieu extérieur environnant ». Ernst Haeckel était naturaliste et philosophe. Le monde universitaire a reconnu toute sa valeur scientifique grâce aux travaux de recherches qu’il avait accomplis dans le domaine de la biologie marine. Haeckel avait décrit plus de 3500 nouvelles espèces de radiolaires, qui avaient été collationnées lors d’une expédition. Haeckel avait également confectionné quantité de dessins et de tableaux sur le fruit de ses recherches, qui ont tous encore quelque validité scientifique aujourd’hui.

 

Haeckel avait étudié la médecine au départ, avait reçu le titre de docteur en médecine après une thèse, présentée en 1861, sur l’anatomie comparée. Mais il estimait que l’exercice de l’art médical n’était pas suffisamment intéressant et s’était alors tourné vers la philosophie et la zoologie. En 1865, il obtint le titre de docteur honoris causa en philosophie et un poste de professeur en zoologie à l’Université d’Iéna, dont il devint ultérieurement le vice-recteur.

 

Haeckel avait une capacité de travail époustouflante : son livre « Die Welträthsel », paru en 1899, fut l’un des best-sellers de son époque, de même que sa « Morphologie générale » de 1866, qui était considérée comme un ouvrage fondamental. Quant à sa « Natürliche Schöpfungsgeschichte » (= « Histoire naturelle de la création ») de 1868, elle connut neuf éditions successives et fut traduite en douze langues. Après sa mort, ses œuvres complètes parurent en six volumes, permettant de jeter un regard synoptique sur ses travaux de vulgarisation scientifique.

 

Celles-ci ont toutes leur importance car c’est par leur truchement que Haeckel répandit en Allemagne les théories de Charles Darwin. Haeckel défendait la théorie de l’évolution, ce qui l’entraîna dans un conflit avec l’église catholique, alors qu’il était issu d’une famille pieuse. En 1904, Haeckel participa au Congrès international des Libres Penseurs à Rome. Devant le monument érigé en l’honneur du philosophe Giordano Bruno, brûlé comme hérétique, Haeckel déposa une couronne de lauriers, ce que l’église catholique considéra, à l’époque, comme une provocation. A la suite de ce geste, Haeckel s’exposa à de solides inimitiés, qui allèrent jusqu’à mettre en doute le sérieux de ses travaux scientifiques. Dans une réplique, intitulée « Sandalion – Eine offene Antwort auf die Fälschungsanklagen der Jesuiten » (= « Sandalion – Réponse publique aux accusations de falsification des Jésuites »), Haeckel réfuta tous les reproches qu’on lui adressait.

 

Haeckel avait également des activités politiques : il était membre de l’ « Alldeutscher Verband » (l’association pangermaniste). Pourtant, il m’apparaît difficile aujourd’hui de cataloguer Haeckel quelque part dans le schéma binaire « gauche/droite », difficulté que corrobore notamment l’histoire de la réception des travaux de Haeckel : certes, les nationaux-socialistes ont tenté de l’annexer mais Lénine aussi lui a rendu un vibrant hommage, car le chef de file des bolcheviques voyait en notre naturaliste un « combattant contre la philosophie idéaliste des professeurs » ; quant au socialiste Robert Niemann, il chantait les louanges de Haeckel en le campant comme un « esprit libre post-bourgeois ». Plus tard, les autorités de la RDA socialo-communiste firent de lui un pionnier de l’idéologie socialiste.

 

Haeckel n’était certes pas une personnalité incontestée : il n’y a pas que l’église catholique qui rejetait ses thèses avec véhémence. On l’accusa de « chauvinisme national-allemand », de même, on lui reprocha aussi d’avoir ouvert la voie à l’ « hygiénisme racialiste ».

 

Pour être exact, nous devons dire que Haeckel défendait un « monisme biologique », selon lequel la nature  -en dépit de sa pluralité-  formait une seule et unique totalité, au sein de laquelle tous  -y compris l’homme-  étaient animés par une seule et même force vitale. Haeckel fut ainsi l’un des premiers à réclamer des droits pour les animaux : il pensait que les animaux, parce qu’ils étaient des êtres dotés de sensibilité, des êtres sociaux et, dans le cas des mammifères supérieurs, des êtres rationnels, devaient bénéficier d’un statut équivalent à celui de l’homme. Haeckel s’insurgeait, dans le cadre de cette défense du statut de l’animal, contre toute interprétation anthropocentrique de la nature. Pour lui, une telle interprétation relevait « de l’arrogance autoproclamée de l’homme, être vaniteux », qui se voulait égal à Dieu et à l’image de celui-ci. Haeckel défendait la thèse que la nature consistait en une substance infinie, sans commencement ni fin. En posant cette « loi de substantialité », Haeckel affirmait que, de cette façon, l’idée, qui veut qu’il y ait un être divin transcendant la nature, était réfutée. Selon la philosophie moniste de Haeckel, il faudrait remplacer le culte chrétien de Dieu par un culte de la nature. D’après Haeckel, le christianisme « n’avait pas seulement contribué à nous aliéner dangereusement de notre merveilleuse mère la Nature mais nous avait aussi conduit à mépriser, de manière fort déplorable, les autres organismes ». Haeckel voulait aussi, dans cette même logique, que l’individualisme égoïste de l’homme soit éliminé au profit d’un nouveau monisme éthique, afin de bien faire voir à l’homme que ses intérêts personnels étaient indéfectiblement liés aux intérêts de sa communauté.

 

Le monisme de Haeckel a eu, plus tard, des répercussions importantes dans la mesure où il inspira directement le Prix Nobel Konrad Lorenz qui, par ses recherches sur le comportement des animaux, tenta de prouver la validité de la grande intuition de Haeckel, soit que les animaux et leur environnement  -y compris l’homme et son environnement-  constituaient une unité indissoluble. Le philosophe Ludwig Klages, pour sa part, fut l’auteur d’un petit livre intitulé « Mensch und Erde » (= « L’Homme et la Terre »), où il défendit la thèse suivante : le progrès, comme projet rationaliste de l’Homme, est arrivé au bout de son rouleau. « Comme un feu dévorant, il ravage la Terre entière, et là où il a brûlé un lieu de fond en comble, plus rien ne pousse ni ne croît, tant qu’il y vit des hommes ». D’après Klages, l’homme détruit « par une rage aveugle sa propre mère la Terre… jusqu’à ce que toute vie et, en bout de compte, lui-même, sont livrés au néant ». Klages était tributaire de la philosophie de Nietzsche et porte paroles du mouvement de jeunesse allemand à ses débuts, quand ces jeunes, dont les options étaient hostiles à la technique et à ses répercussions, voulaient retourner au romantisme allemand, opérer un retour à la nature. Lors d’un rassemblement de cette jeunesse néo-romantique sur la montagne du Hoher Meissner, ces options ont été clairement proclamées (ndt : c’est à la suite de ce rassemblement, où Klages prit la parole pour exposer ses visions, que fut rédigé « Mensch und Erde »).

 

Via Max Scheler, qui avait lu Klages, Martin Heidegger, à son tour, reçut l’influence des idées technophobes de « Mensch und Erde ». Heidegger défendit la thèse que la perte du lien nous unissant à la nature revêtait pour l’homme moderne une perte d’être (« Seinsverlust ») : « A la place de ce qui, jadis, donnait contenance affirmée au monde et aux choses, nous voyons, toujours plus vite, avec de moins en moins de considération et de scrupules, de manière de plus en plus complète, se répandre sur la terre l’objectivisation de la domination de la technique ». Heidegger, critique, nous enseignait que la technique, développée par ce qu’il est convenu d’appeler l’ « Occident », faisait désormais « apparaître tout étant/Seiende comme un étant/Seiende fabricable dans le processus de la production » et, qui plus est, « distribuait les produits de la production via le marché dans le monde entier ». Toujours aussi critique, Heidegger ne cessait de nous rappeler que le « capitalisme technologique dissolvait l’humain dans l’homme et la choséité dans les choses » au profit « d’une valeur marchande calculée par le marché lui-même », afin de créer « un marché mondial qui englobera toute la Terre ». Après avoir décrit ce processus calamiteux, Heidegger nous exhorta à considérer dorénavant l’homme comme l’administrateur de la Terre et non plus comme son dominateur. L’homme, nous enseigne Heidegger, doit apprendre à abandonner à terme la technologie et la pensée consumériste, pour retrouver sa position modeste dans cette unité totalisante qu’est la Nature.

 

Rudolf Steiner, fondateur de l’école anthroposophique, chercha à développer un mode d’économie biologique/dynamique, où l’agriculture serait un jeu de réciprocité entre l’homme, l’animal, la plante et la Terre.

 

Dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres, le « mouvement environnementaliste » (« Umweltbewegung ») recevait le soutien de mouvements politiques très divers ; ces courants politiques et idéologiques si divers avaient chacun une conception différente de la nature, depuis le monisme matérialiste jusqu’à un vitalisme biologique et dynamique. Mais tous avaient le même ennemi : l’ « Occident » moderne, technicien, capitaliste. Indépendamment des sentiments et convictions politiques de chacun de ces groupes ou partis ou mouvements, tous les courants du « mouvement environnementaliste » donnaient raison au « national-bolchevique » Ernst Niekisch, quand il écrivait en 1931 : « La technique est viol de la nature ; elle se superpose à la nature. Le progrès technique consiste en ceci : arracher par ruse l’un morceau de sol après l’autre au règne libre de la nature ; ce qui est triomphe pour la technique est profanation pour la nature. Dans la mesure où la technique abat pas à pas les limites que la nature a posées, elle tue la vie ». Même Oswald Spengler et Ernst Jünger, qui célébraient la technique comme partie prenante du nouvel ordre culturel allemand, réclamaient tous deux que la technique soit en permanence remodelée dans une forme « vitaliste ».

 

Brigitte SOB.

(article paru dans l’hebdomadaire viennois « zur Zeit », n°41/2007, trad. franç. : Robert Steuckers).

 

 

16.11.2007

L'homme et son territoire enraciné

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Jean-Yves LE GALLOU:

Pour une écologie humaine : l’homme et son territoire enraciné

http://www.polemia.com/contenu.php?cat_id=36&iddoc=1538

Les problèmes d’environnement sont réels. Chacun le ressent bien dans sa vie de tous les jours. Chacun peut ainsi observer la multitude des conflits locaux autour de la destination et de l’usage de l’espace.
Mais les idéologies dominantes abstraites et globalisantes ne permettent pas d’appréhender les problèmes concrets.
Notre environnement sensible, notre environnement palpable est pris en tenaille par l’écologie planétaire, d’un côté, la marchandisation du monde de l’autre.

• L’écologie planétaire

L’écologie planétaire est abstraite et globalisante. Elle s’intéresse à ce qu’elle appelle les « biens publics mondiaux » comme l’atmosphère terrestre. Elle est réductionniste et ramène quasiment tout à des données physico-chimiques : la production de CO2 et de gaz à effet de serre. Elle est totalitaire puisqu’elle nous bombarde constamment de messages de type « maoïste » : certes, il ne s’agit plus de construire le socialisme par « un grand bond en avant » mais de « sauver la planète » par de « petits gestes du quotidien ». La méthode est la même : le conditionnement des esprits et des comportements. C’est une nouvelle forme d’hygiénisme, négatrice des particularités et des paysages. Négatrice aussi des libertés.

• La marchandisation du monde

La marchandisation du monde n’est pas moins redoutable pour notre environnement. Elle vise à transformer en avantage marchand immédiat les biens rares de la nature vierge ou anthropisée, en oubliant que le paysage est d’abord un bien public territorial ; un bien public territorial car, de manière générale, un paysage est accessible à tous sans rivalité (la découverte du site par un individu n’empêche pas sa vision par un autre) et sans exclusion (sauf clôture et péage). Ainsi tout dans l’environnement urbain ou campagnard dans lequel nous vivons, tout dans l’espace littoral ou montagnard de notre pays n’est pas privatisable sans dommage ni appauvrissement collectif. Car cela revient trop souvent à détruire pour un avantage particulier et temporaire des sites qui sont le résultat d’une évolution naturelle millénaire ou d’une action humaine inscrite dans l’histoire. De même la multiplication d’infrastructures de transports qui font gagner du temps dans les déplacements (temps facile à valoriser) doit être mise en balance avec la destruction définitive des paysages et des milieux naturels qu’elle peut impliquer. Il n’y a pas que les collectivistes qui sont contre l’environnement, cela arrive aussi aux marchands !

Ceux qui en douteraient peuvent se plonger dans la lecture du « Fou d’Edenberg » : dans ce roman fleuve, prix Goncourt 1967, Samivel montre comment le développement économique et touristique de la montagne peut conduire à la destruction des équilibres naturels et culturels.
http://www.amazon.fr/fou-dedenberg-Samivel/dp/B00...

• L’écologie humaine

L’abstraction planétaire et l’abstraction marchande ne savent pas rendre compte d’une réalité essentielle de la vie : la relation de l’homme enraciné avec son territoire : territoire urbain, territoire naturel, territoire culturel et civilisationnel.

— L’homme enraciné et son territoire urbain —

Aujourd’hui plus de la moitié de la population mondiale vit en ville. Et c’est le cas de 75% des Français.
Pour des raisons idéologiques (la lutte contre les déplacements en automobile) une puissante tendance se fait jour pour « densifier la ville ». Ainsi le maire de Paris envisage-t-il la construction de tours d’habitation ; quant au Conseil régional d’Ile-de-France, il préconise, dans son schéma directeur, d’augmenter de 50% la mise en chantier de logements neufs… tout en diminuant de 50% la superficie des espaces constructibles.

Cet urbanisme politiquement correct se heurte à une réalité : le besoin de « confort spatial » des habitants : confort spatial individuel mais aussi collectif (espaces de déplacements, d’études, de loisirs, de détente) qui suppose, selon l’analyste Olivier Piron, de ne pas dépasser la densité de 40 habitants à l’hectare.
http://cfdu.arunpp.free.fr/UE.2006/atelier.1/Piro...

En sachant que les « villes denses », Paris intra-muros par exemple, excluent de facto la majorité des familles, en tout cas d’origine française. Il faut donc clairement placer les décideurs politiques en face d’une réalité : il n’est pas possible de tolérer, voire d’encourager, la persistance de puissants courants migratoires tout en refusant l’urbanisation de terres agricoles ! De même qu’il n’est pas plausible de négliger l’impact des achats étrangers sur Paris, souvent spéculatifs, qui ont représenté, selon la Chambre des notaires, 8% des transactions en 2006.

— L’homme enraciné et son territoire naturel sauvage —

En France, 98% des espaces naturels sont anthropisés. Cette situation est le fruit d’une occupation méthodique et raisonnée de l’espace. Il ne reste donc plus que 2% d’espace naturel vraiment sauvage. Il s’agit souvent de lieux d’une grande beauté qu’il est donc légitime de conserver intacts.

C’est la raison pour laquelle, même s’il arrive au Mont Blanc d’être (relativement) encombré quelques jours par an, il ne serait pas raisonnable de le mettre aux enchères comme le proposent certains libéraux libertariens.

C’est aussi la raison pour laquelle la loi sur les parcs nationaux (1963), la loi montagne (1985), la loi littorale (1986) doivent être conservées et améliorées. Il ne s’agit pas là d’un interventionnisme étatique français mal placé mais de la simple prise en compte de l’existence des biens publics territoriaux : les pays anglo-saxons réputés les plus libéraux ont d’ailleurs édicté des règles protectrices bien avant nous : le parc de Yellowstone a été créé aux Etats-Unis en 1872 et les landes et montagnes britanniques sont, elles aussi, très protégées : s’ils revenaient parmi nous, les grands poètes romantiques anglais retrouveraient le charme du Lake District quasi inchangé ! Quant à la verte Erin, devenue un dragon économique européen, elle a choisi de limiter l’accès à ses comtés de l’Ouest, le Donegal et le Kerry, en maintenant à voie unique les routes qui conduisent à leurs collines et à leurs côtes pour en conserver la sauvage beauté.

La petite Suisse libérale et nationale protège, elle aussi, la splendeur de ses sites par des parcs et des réserves et la stricte limitation des emprises routières. De plus, elle veille à limiter l’appropriation de son espace par le capital mondial grâce à la Lex Koller qui réglemente l’acquisition des biens immobiliers par les résidents étrangers. Une coalition d’intérêts marchands cherche à obtenir l’abrogation de cette loi. Mais elle se heurtera à l’obstacle d’un référendum d’initiative populaire qui rassemblera les courants environnementalistes et patriotiques.

— L’homme enraciné et son territoire culturel et civilisationnel —

Le premier propriétaire foncier en France, c’est l’Etat, à travers un établissement public industriel et commercial (EPIC), l’Office national des forêts (ONF), qui détient 17.500 km2 et gère (avec les forêts communales qui lui sont concédées) 44.000 km2, soit près de 10% du territoire national.

Un libéral utopique pourrait, là aussi, être tenté de voir dans cette situation un reste de socialisme et se demander pourquoi l’Etat ne vend pas ces biens. Effectivement, une mise aux enchères ou une mise en bourse, voire l’acquisition par un fonds de pensions anglo-saxon, ne manquerait pas de produire des ressources importantes : de quoi payer une partie de la charge de la dette publique française ou financer des dépenses d’aide sociale croissantes ! Avec comme conséquence de liquider un patrimoine naturel et culturel patiemment constitué depuis la création de l’administration des eaux et forêts par Philippe le Bel : par un effort séculaire marqué par la politique volontariste de Louis XIV et de Colbert, et les grandes actions de reboisement du XIXe siècle.

L’ONF, qui gère ce patrimoine, n’a d’ailleurs pas qu’une mission commerciale (de production et de vente de bois), il a aussi une mission de protection des territoires contre les risques naturels, de sauvegarde d’habitats naturels (tourbières, pelouses alpines, dunes), de création de réserves naturelles et biologiques, d’accueil, enfin, de promeneurs, de randonneurs, de chasseurs, de cueilleurs.

La forêt n’est pas seulement un bien privé, c’est un bien public bénéficiant de manière non exclusive aux habitants vivant à sa périphérie ou à sa proximité. Elle est d’ailleurs souvent gérée de manière partenariale entre les forestiers, les élus et tous ceux qui la fréquentent pour la contemplation ou pour l’action. La forêt publique est d’ailleurs d’autant plus nécessaire que bien des propriétaires de bois privés, de prairies et de champs ont une conception abusive du droit de propriété les conduisant à supprimer illégalement les servitudes qui les frappent et à privatiser les chemins publics qui les maillent.

Au-delà de la forêt, c’est tout le paysage naturel humanisé qui doit faire l’objet d’un soin attentif. Car les moyens modernes permettent parfois de détruire en quelques heures l’effort patient des siècles.

Il faut à cet égard se méfier des modes :

  1. le remembrement a détruit des paysages humanisés par le beau labeur de nombreuses générations – le bocage vendéen, par exemple – sans bénéfice durable en termes de production agricole ;
  2. les agro-carburants pourraient aujourd’hui, au nom d’une hypothétique action contre l’effet de serre, contribuer à artificialiser davantage encore qu’il ne l’est le paysage rural, dont la beauté est liée à la diversité ;
  3. quant aux éoliennes, sous prétexte de produire, pourtant en faible quantité et à un prix exorbitant, une énergie réputée renouvelable mais souvent disponible à un moment inutile, elles risquent d’avoir un effet dévastateur sur le paysage.

— L’homme enraciné et son territoire politique —

Volens nolens, le discours écologique remet au premier plan la thématique de Malthus sur la distorsion entre l’évolution du nombre des hommes et celle des ressources. Même si elle ralentit, la croissance démographique mondiale, tout comme la croissance économique des pays émergents, est la cause principale des problèmes écologiques qui sont présentés comme gravissimes pour notre avenir.

Précisément, si l’on partage l’opinion qu’il y a un réchauffement du climat, que ce réchauffement est général, qu’il ne s’inscrit pas dans les cycles habituels de la terre mais qu’il a des causes anthropiques et qu’enfin ses conséquences sont potentiellement catastrophiques, alors il ne faut pas se contenter de promouvoir les éoliennes en France, et le « vélib » à Paris : il faut revendiquer un droit d’ingérence démographique sur l’Afrique et un droit d’ingérence économique sur l’Inde, la Chine et le Brésil.

Si cela ne paraît pas possible ou pas souhaitable, alors il ne faut pas se polariser, comme les médias nous y invitent, sur les seuls problèmes atmosphériques mais s’intéresser aux vraies raretés qui se manifestent dans d’autres domaines :

  1. la rareté de l’espace disponible pour chaque personne au regard de l’augmentation de la population ;
  2. la rareté des ressources en matières premières au regard des besoins de la production et de la consommation en biens et des services.

Il est exact – et les libéraux ont raison de le souligner – qu’il existe en économie de marché un remarquable mécanisme de régulation de la rareté : les prix. Néanmoins, la simple analyse de la réalité conduit à observer que les mécanismes régulateurs du marché sont doublement biaisés dans les économies modernes :

  1. par les politiques d’Etat-providence qui donnent des « droits à », des « droits aux logements » au cœur des villes denses et qui y subventionnent des logements sociaux ;
  2. par les politiques d’Etats souverains, qui s’assurent le contrôle des matières de leurs sols pour les uns, Iran, Venezuela, Russie, ou du sol des autres, s’agissant des Etats-Unis.

De ce point de vue-là, la situation de la France (et de l’Europe) apparaît doublement dégradée : petite péninsule du continent euro-asiatique, elle manque de matières premières et d’espace… et dans le même temps accueille une population sans cesse plus nombreuse venue de pays toujours moins denses qu’elles et souvent plus riches en matières premières. Certes, il n’est pas politiquement correct de le dire, mais l’immigration a un impact majeur sur l’environnement en France : laisser entrer chaque année en France 200.000 étrangers supplémentaires et, dans le même temps, prétendre lutter contre l’étalement urbain est profondément contradictoire.

Soyons clair : on a le droit d’être favorable à l’immigration mais alors il faut accepter l’étalement urbain ; on a le droit d’être hostile à l’étalement urbain mais alors il faut contrôler l’immigration. A moins, bien sûr, de vouloir cyniquement organiser la substitution d’une population par une autre.

• Terre et peuple, nature et culture, paysage et civilisation

Nous pensons pour notre part que nous sommes des héritiers : les héritiers d’une longue histoire et d’une grande culture. Nous pensons qu’il y a un rapport particulier entre nos paysages et notre civilisation, la civilisation européenne d’expression française ; nous pensons que nos sites et nos monuments sont des biens précieux qui font ce que nous sommes, qui sont parties intégrantes de notre identité ; nous pensons aussi que nos forêts et nos landes, nos prairies et nos marais, nos torrents et nos rivières méritent d’être protégés des folies collectivistes, marchandes ou technicistes ; nous pensons qu’il ne faut pas tout sacrifier au temps immédiat mais inscrire nos actions sur la terre de nos pères dans le temps immémorial.
Il est temps de réfléchir à une écologie enracinée, identitaire et localiste.

Jean-Yves Le Gallou
© Polémia
20/10/07

07.07.2007

Pour une écologie authentique et traditionnelle

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Pour une écologie authentique et traditionnelle

Afin de se trouver parmi l'illimité

L'être isolé voudra fuir dans l'inexistence

Là ou s'évanouit toute satiété;

Ce n'est point toi, désir, ni toi, lourde

exigence mais vous, profond Vouloir,

Dure Nécessité qui donnez notre joie

à notre obéissance.


Ame du monde, viens! Tu nous pénétreras!

Alors, contre toi-même engager le combat

C'est le suprême appel que notre force

Entend. De bons esprits compatissants,

Maîtres très-hauts, gouverneurs indulgents

Conduisent à celui qui crée et créa.


Et pour créer la créature, afin

Qu'elle ne s'arme point pour

L'engourdissement, l'Acte éternel agit, vivant!

Et ce qui n'était pas, veut être, veut enfin

Au soleil, à la terre, aux couleurs se mêler;

Nulle chose jamais ne se peut reposer.


L'Un et le Tout

(Goethe)

Il serait vain et trop exaustif de dresser la liste des menaces et des dégradations que subit la nature dans son ensemble sur notre planète: pollution, disparition d'espèces végétales et animales, dégradation de la couche d'ozone, nuisances de toutes sortes, etc. Il est pour nous d'une importance fondamentale de préserver en Croatie, dont les variétés de paysages, de faunes végétales et animale sont d'une extrême richesse, notre patrimoine naturel, forestier et végétal, animal et marin, comme un élément indispensable à la survie du vaste éco-système terrestre. Mais nous entendons dépasser le stade purement défensif et “réactionnel” de l'écologie contemporaine, qui en tant que simple mouvement d'action défensive sert trop souvent de support idéologique à des programmes politiques et qui considère la nature comme un simple cadre de vie et d'environnement constituant l'accessoire agréable et utile à notre civilisation du béton et à notre confort quotidien.

Or nous pensons qu'il convient pour adopter une attitude authentiquement écologiste, purement désintéressée, de restituer à la nature la fonction traditionnelle sacrale et spirituelle qu'il lui revient, en réconciliant le monde de la matière et de la nature avec l'élément divin qui s'exprime à travers l'idée de dieu, en les intégrant tous deux dans une totalité organique. Déjà dans l'antiquité gréco-romaine, les écoles atomistes et stoïciennes s'efforçaient d'élaborer une conception cosmologique définissant le rôle de la nature, les premiers en considérant l'univers comme un ensemble d'atomes infinis en nombre et les seconds affirmant le dualisme de deux principes, la matiere et Dieu, ce dernier résidant dans la première.

Plus tard les diverses formes de panthéisme et d'immanentisme de type stoïcien tendaient à identifier Dieu et la nature tel le panthéisme spinozien qui reconnaissait l'unité organique de dieu et du monde, et proclamait l'unité foncière de tout ce qui existe. Le polythéisme et le paganisme vénéraient les dieux symbolisant les attributs multiples de la divinité, lesquels attributs constituaient chacun des génies intermédiaires faisant l'objet de différents cultes mystiques: Mithra, Isis, Cybèle, Coré, Dionysos et les ménades. Le paganisme avait ce mérite de nous enseigner le respect des infinis éléments intermédiaires de la nature dont chaque partie aussi infine soit elle et chaque espèce avait sa place spécifique et contribuait à l'harmonie du concert général. La compréhension et l'individualisation de ces éléments intermédiaires aboutissait à les considérer comme des présences intermédiaires avec lesquelles nous sommes tous invités à communiquer afin de comprendre et de discerner l'identité de nos essences respectives.

La pensée chrétienne, en séparant Dieu du monde et de la nature par le principe de la transcendance divine et la doctrine de la création, a replacé Dieu au-dessus de la nature. La pensée et la conception augustinienne considérait le destin et le développement de l'univers comme tributaire de la volonté divine. Mais même après l'évangélisation des différents peuples païens et notamment dans les campagnes et pays celtiques, les croyances anciennes, d'essence païennes, restent profondément ancrées dans les mémoires collectives. Nous considérons que notre époque qui constitue bien peu de chose au regard de l'histoire de l'humanité à dominante technologique et de civilisation citadine, est bien plus inférieure quant à la vénération, la compréhension et le respect de la nature que les anciennes civilisations du dolmen et des mégalithes, des polythéismes gréco-romains, celtiques, shivaïstes et dionysiaques.

Les théories évolutionnistes de la fin du 18ième siècle, considérant les éléments naturels intermédiaires comme occupant une place inférieure à la nôtre, Buffon, Erasme Darwin, Charles Darwin, Lamarck, Huxley, le rationalisme et le scientisme du siècle des Lumières, la civilisation technologique et post-industrielle d'aujourd'hui ont considérablement contribués à la dégradation, à la désacralisation et au déperissement inéluctable de la nature. C'est pourquoi ce n'est

- qu'en restituant à la nature sa dimension sacrale, sa fonction spirituelle et symbolique,

- en conciliant les anciennes croyances d'inspiration païennes avec le christianisme tout au moins dans son inspiration assisienne (St. François d'Assise), lequel avait bien compris le langage et l'enseignement de la nature comme la necessité d'une communion et d'une fraternité entre tous les êtres vivants,

que l'on réussira à préserver la nature des catastrophes à venir.

Dans cette perspective, un nécessaire retour et une réintégration des origines s'impose ainsi qu'une véritable rupture et purification ontologique avec nous-mêmes, afin de reconsidérer la Terre comme notre mère commune et féconde dans son ancienne signification cultuelle des rites de Démeter et de Coré. Il nous faut nous libérer de notre étroite conception statique et matérialiste de la nature qui n'y voit qu'un conglomérat de matières et de couches minérales superposées ou la considère, comme Hegel, comme le tombeau de Dieu, de même qu'il nous faut rejeter le sentimentalisme béat qui n'y voit qu'un pastiche de couleurs et de paysages figés et inertes, pour y reconnaître et discerner le mouvement dynamique et circulaire d'une force en perpétuel devenir indomptable et impondérable, dont les geysers jaillissants et les magmas volcaniques en ébullition ne sont que les manifestations visibles et externes. La nature dans sa régulation et sa succesion cyclique des saisons nous apprend à restituer et à reconnaître en nous-mêmes nos propres limites et potentialités qui résident au tréfond de l'âme de notre être lequel reste inexorablement soumis comme l'ensemble des autres êtres vivants sur terre aux phases de naissance, de croissance, de maturation, de vieillesse, de déclin, de mort et de renaissance.

Et comme l'éternel retour des saisons, du foisonnement des bougeons et des multicolores floraisons du printemps, du rayonnement du soleil invaincu au zénith d'été, du pourpre multiforme des forêts dénudées d'automne, aux aurores boréales et glacées au-dessus des cîmes aux neiges immaculées, nous possédons en nous-mêmes des états multiples qu'il convient de sublimer, lesquels restent irrémédiablement soumis aux lois d'airain de naissance, de maturation, de déclin, de mort et de renaissance, et nous portent à entrer en relation intime avec les mêmes éléments multiples de la nature, pour parfaire et nourrir ce sentiment ineffable de communion mystique avec le Tout.

Une attitude écologique authentiquement traditionnelle ne saurait se soustraire à une forme de disposition contemplative qui nous permet de dépasser la simple surface de nous-mêmes et de reconnaître dans le monde naturel ambiant les signes du divin. C'est ainsi que chaque élément de la terre est l'objet d'une quête vers l'absolu et l'inaccessible, d'une initiation, d'une potentialité et le support rituel d'une vision comme dans le chamanisme indien, la symbolique et l'incarnation d'une force spirituelle comme dans les civilisations antiques traditionnelles: les civilisations précolombiennes et aryennes de culte et de mythologie solaire, le symbolisme du mont Mérû dans la mythologie perse, la vénération du mont Kaïlash dans le boudhisme tibétain, le culte choraïchite de la pierre sacrée, la Kaaba dans l'Islam primitif pré-mahométan, le chêne Yggdrasil dans la mythologie nordique tout comme la représentation cosmologique de l'Univers par le Mandala hindou etc. Une authentique écologie traditionnelle s'est toujours fixée pour but de réconcilier l'univers-matière avec l'homme et de réaliser une union mystique avec l'élément divin.

Dans ce sens, la pensée métaphysique, la philosophie et la dialectique de la nature, la cosmologie pan-christique, la mystique et la conception énérgétique et théologique du Père Teilhard de Chardin se rattache à une tradition vivante et vénérable, se perpétuant depuis les vieux philosophes ioniens qui rêvaient de physique idéale et de cosmogonies totales, la dialectique ascensionnelle de la beauté et de l'amour de l'idéalisme platonicien, la métaphysique pythagoricienne, et l'enseignement de l'école de Milet avec Thalès, recherchant le principe premier qui anime l'univers et régit son processus de développement, jusqu'aux philosophes de la renaissance, de Ravaisson, Schelling, à l'idéalisme d'un Goethe et d'un Hölderlin dans ses hymnes, odes et élégies.

La pensée de Teilhard de Chardin a consisté à expliquer et à exalter le développement unitaire du monde naturel et tangible sous l'influx de la puissance christique, ainsi que la montée des effets de l'Incarnation dans l'univers où le Christ s'est inséré et continue d'agir eucharistiquement. Plongé dans le monde moderne, Teilhard de Chardin a réussi à le resacraliser, il a refait de l'univers un temple. En proposant des axes d'orientation, de recherches, de méditation et d'action, il expliquait lui-même la Weltanschauung qu'il proposait comme ne représentant nullement un système fixé et fermé, mais seulement un faisceau d'axes de progression comme il en existe et s'en découvre peu à peu dans tout système en évolution. La cosmogenèse ascensionnelle de Teilhard, en tant qu'univers conçu comme un système animé d'un mouvement orienté et convergent, expliquait l'humanité comme convergeant inéluctablement vers le centre Oméga qui est le point de convergence absolu et naturel de l'humanité et du cosmos entier, une sorte d'interuptum coïncidenciae, dans la conception de Nicolas Berdaïev, cet absolu et ce bien pour toujours dont Nietzsche disait que “la joie veut l'éternité de toutes choses, elle veut la profonde, profonde éternité”.

Rejetant les différentes formes

- de panthéisme, de confusion (où Dieu étant un Tout, le personnel et le moi tendent à s'identifier en se dépersonnalisant avec le tout, conçu comme l'élémentaire), comme le panthéisme humanitaire (religion sans dieu apparent d'après laquelle l'intérêt suprême de l'existence consiste à se vouer corps et âme au progrès universel et du développement de l'humanité), et le panthéisme matérialiste (de type marxiste expliquant l'évolution du monde par le pouvoir d'autocréation de la matière, dialectique de la nature), il proposait un panthéisme de convergence, selon lequel Dieu est un tout en tous, et où chaque moi personnel cherche à rejoindre le centre où tout s'achève par une attitude de pan-communion ou chaque être humain participe à la vie divine du Christ par les forces passées et présentes de l'univers, par les personnes, les évènements et tout ce qui constitue l'ambiance de notre univers. cette attitude de communion et d'action aboutissait à un panchristisme qui constitue l'universalisation du Christ permettant de lui conserver ses attributs essentiels dans une perspective en cosmogenèse et plaçant l'union au terme d'une différenciation organique et laborieuse.

C'est dans cet même esprit de communion avec la nature et d'union mystique avec le cosmos entier, que Goethe élabora le concept de “nature vivante” et qu'Oswald Spengler identifiait avec l'Univers-Histoire. En tant qu'artiste, philosophe, écrivain et physicien qui ne cessait de créer la vie et de nouvelles formes, il opposait l'univers organique à l'univers mécanique, la nature vivante à la nature morte, la forme à la formule. Par opposition à la méthode de la recherche et la méthode scientifique et matérialiste qui soumet les phénomènes naturels aux lois de causalité et d'effet, il proposait, pour cerner et comprendre le mystère du phénomène de la nature en mouvement, de le revivre par le sentiment, l'intuition, la comparaison, la certitude intérieure immédiate, l'imagination exacte et sensible.

C'est précisément dans le cadre de cette expression goethéenne intimement empiriste et sensible, qu'une véritable écologie traditionnelle devrait s'inscrire pour comprendre et expliquer le destin de la nature et non sa causalité en étudiant et en vivant son langage formel et sensible, sa structure périodique, sa logique organique et en partant de l'abondance des faits particuliers qui tombent sous nos sens, pour aboutir à la conclusion que tous les phénomènes et organismes sensibles et naturels, aussi infimes soient-ils, appartiennent à une unité supérieure. La perception sensible de l'univers et du monde de la nature comme un devenir éternel, nous fait découvrir l'abondance incoercible de ses transformations. Goethe écrivait à ce propos dans une œuvre posthume: “que la forme est un dynamisme qui devient, qui passe. Métamorphose est doctrine du changement. La théorie des métamorphoses est doctrine du changement. La théorie des métamorphoses est la clé qui montre les signes de la nature”.

L'esprit citadin contemporain et la conception rationaliste et scientifique moderne élève et organise une nature stricte et utilitaire et accessoire autour de l'individu avec une pression et une obstination tyrannique et systématique, sans comprendre et être en mesure de s'expliquer que la nature originelle des premiers temps, l'univers ambiant obscur de la première humanité dont témoignent aujourd'hui les rites religieux et la survivance des mythes dans ce que nous appelons “les sociétés et peuples primitifs”, univers entièrement organique plein de démons hostiles et de puissances bienfaitrices et capricieuses est un tout absolument vivant, incoercible et incommensurable. L'une des constantes néfastes de l'esprit moderne et de la conception mécaniste et rationaliste de la nature a été de rompre avec ce passé originel, avec la chaîne mythique des générations, des unités et organismes vivants ancestraux infiniment reliés entre eux, pour faire du monde de la nature un pôle indépendant, décentré, unique champ d'expérimentation et d'exploitation, domestiqué et mesurable.

C'est ainsi que la nature dans un sens étriqué, exact et scientifique, restreinte aux hommes des grandes villes mondiales cosmopolites qu'Oswald Spengler a si bien décrites, qui n'est qu'objet de possession et d'analyse scientifique, s'oppose à la conception proprement naturelle, la forme naïve et juvénile plus inconsciente qui demeure latente dans les tréfonds de l'âme de chaque homme. A ce propos, Oswald Spengler écrivit: “C'est du moins ainsi que la nature mathématique, a-mystérieuse, décomposée et décomposable d'Aristote et de Kant, des sophistes et des darwiniens, de la physique et de la chimie moderne s'oppose à cette nature vécue, illimitée, sentie chez Homère et les Eddas, le Dorien et l'homme Gothique. L'oublier, c'est méconnaître l'essence de toute recherche historique. Elle est proprement la conception naturelle, opposée à la nature exacte et mécaniquement organisée qui est la conception artificielle de l'âme par rapport à son univers”.

Nous considérons à juste titre que l'essence d'une véritable écologie traditionnelle est indissociable d'une conception organique et naturelle du monde et de l'univers, qui recherche la compréhension et l'expression dans sa pureté, le langage formel de l'image cosmique, en vivant à chaque instant la nature de manière illimitée et sensuelle comme Goethe et Platon nous l'ont si bien enseigné. Il est d'autre part d'une necessité impérative pour cette même écologie traditionnelle de dénoncer la conception artificielle, matérialiste, scientifique et l'image mécanique du monde naturel ambiant pour affirmer l'incoercibilité, l'incommensurabilité et l'éternité d'une nature-mère qu'il convient de resacraliser dans tous ses éléments constitutifs. Seule cette attitude écologique et cette disposition intérieure purement spirituelle et de conception organique est à même de servir de solide fondement à toutes les formes extérieures de défense et d'action de sauvegarde de notre environnement naturel. C'est pourquoi toute forme d'écologie contestataire défensive et revendicative, détachée d'un centre spirituel de connaissance et de perception supérieure de la nature, sera vouée à l'échec et limitée à des actions ponctuelles et des effets ephémères facilement récupérables.

Jure VUJIC.

16.06.2007

La Teoria Gaia

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 La Hipótesis Gaia afirma que las condiciones de la superficie de la Tierra son reguladas por las actividades de la vida

La Teoría Gaia

Por Alexis López Tapia
1996

http://www.accionchilena.cl/Ecofilosofia/lateoria...

19.05.2007

Biosemiotica y Complejidad

Si Dios fuese una criatura viviente en la tierra, creo no sería un ser humano, no otra vez.
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Biosemiótica y Complejidad

http://www.accionchilena.cl/Ecofilosofia/BiosemioticayCom...

Prof. Oscar Fernández Galíndez
Biólogo Venezolano

Desde el virus hasta la ballena, desde el micro-hongo hasta el árbol, todos tenemos algo que decir.

La única ventaja de ser primates, es que aún nos reconocemos ante un espejo.

Todos deberíamos asistir a la escuela para empresarios de las hormigas.

Observemos la transmutación de la oruga.

¿Qué tigre se corta las uñas?.

¿Qué planta odia el dióxido de carbono?.

Es curiosa la fractalidad del girasol.

Un copo de nieve es orden y caos a la vez.

Los caballos si saben de miradas.

Los loros no sólo repiten palabras.

En la semiótica natural el mensaje es el medio.

Entre el corazón y la razón existe todo un sistema inmunológico.

¡Que compleja puede llegar a ser la telaraña del pensamiento!.Si no lo escuchas no quiere decir que no se ha dicho. Ejemplo: el sonar de los murciélagos y los delfines.

Déjate atrapar por los tentáculos inteligentes de un octópodo.

Podríamos aprender mucho de las aves migratorias y los campos magnéticos.

La relación marea/luna nos habla de la ley de la gravedad. Y la relación ser vivo/luna ¿de que nos habla?.

Generalmente no somos conscientes de todo lo que trasmitimos. Ejemplo: la ceguera de los peces biolumínicos (ellos tampoco ven lo que hacen).

 ¡Que puntuales son las aves. Y no tienen reloj! ¿o sí?

 Sincronicemos nuestros relojes biológicos con las aves.

  Los perros pueden oler al cáncer, ¿tú que puedes oler?

Si a una planta se le coloca música rock y ésta se seca, ¿qué le pasará a los seres humanos al escuchar la misma música?

Si escucháramos la voz de los elefantes entenderíamos mejor la vida.

Si escucháramos a los elefantes, tendríamos que recordar su compleja lengua, y para ello su memoria es mejor que la nuestra..

En el orden social de las abejas no existe ni la política ni el protocolo.

 Cantemos a la lluvia con la música de las cigarras.

Prefiero las predicciones sísmicas de los animales por encima de los sismógrafos y los sismólogos.

El campesino sabe cuando es el tiempo de sembrar. El hombre urbano no sabe cuando es el tiempo de vivir.

 El campesino entiende muy bien las señales de la naturaleza.

 El indígena no sólo le habla a sus dioses.

  ¡Que halcón usa anteojos

Ninguna especie animal necesita inventarse juegos colectivos para compartir medianamente (excepto la humana).

Las asociaciones, gremialismos, grupos, religiones, equipos, etc; son sólo inventos humanos, el resto de las especies zoológicas no requieren de excusas para compartir.

El agua no sólo es el origen de la vida. También es su vehículo.

Si Dios fuese una criatura viviente en la tierra, creo no sería un ser humano, no otra vez. 

14.03.2007

Un site consacré à Raoul Heinrich Francé

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Un site entièrement consacré au pionnier de l'écologie Raoul Heinrich Francé, par son petit-fils Pierre Francé

En allemand, anglais et français.

http://perso.orange.fr/france.pierre/

A lire également: In Memoriam Raoul Heinrich Francé (1874-1943):

http://www.thomas-caspari.com/bodenkunde/france/index.htm...