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lundi, 09 décembre 2019

Des nouvelles du Bélarus

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Des nouvelles du Bélarus

par Georges FELTIN-TRACOL

Ex: http://www.europemaxima.com

Le dimanche 17 novembre dernier, près de sept millions de Bélarussiens ont renouvelé les 110 sièges de la Chambre des représentants. Coincé entre la Russie, la Lituanie, la Lettonie, la Pologne et l’Ukraine, le Bélarus – qu’on appelle en France la Biélorussie – demeure le seul État du continent à ne pas céder aux injonctions du détestable Conseil de l’Europe en appliquant toujours l’indispensable peine de mort.

Dirigé depuis 1994 par Alexandre Loukachenko, le Bélarus et son excellent président auraient dû figurer en bonne place dans le Dictionnaire des populismes sous la coordination d’Olivier Dard, de Christophe Boutin et de Frédéric Rouvillois. En effet, une multitude d’articles n’hésitent jamais à qualifier le modèle politique en vigueur à Minsk de « populiste ».

Ces élections législatives sont anticipées; elles auraient dû se dérouler en septembre 2020. La Chambre des représentants est élue pour quatre ans au scrutin majoritaire uninominal à un tour. Outre la prise en compte des votes blancs et nuls, l’électeur peut aussi choisir le bulletin « Aucun d’entre eux ». Si ce bulletin spécifique, voire l’abstention, atteint 50 % comme ce fut le cas lors du second tour des législatives françaises de juin 2017, les autorités doivent invalider le scrutin.

L’opposition payée par les officines de Soros et les observateurs de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe ont évoqué l’impossibilité pour des opposants de se présenter. Ils ont critiqué des pressions administratives sur les nombreux fonctionnaires et dénoncé d’éventuelles fraudes massives. Le bidule de Strasbourg qu’il ne faut pas confondre avec l’Union dite européenne devrait plutôt se pencher sur ces municipalités communistes, socialistes, centristes et Les Républicains de l’Hexagone où le clientélisme généralisé, la corruption endémique, le bourrage des urnes et le taux élevé de votes post mortem sont des habitudes bien installées. Maints candidats de l’ancien Front national auraient mille anecdotes à raconter sur ce sujet inépuisable…

Le Bélarus populiste ne plie pas devant la Finance internationale et son principal larbin, les États-Unis d’Amérique. Le président Alexandre Loukachenko qui entend se représenter l’an prochain pour un sixième mandat consécutif de cinq ans n’adhère à aucun parti et ne dispose même pas de sa propre formation politique. Il bénéficie en revanche de l’appui implicite d’une majorité présidentielle qui vient de remporter la totalité des sièges. La participation a augmenté de 2,6 %, d’où une abstention à 22,69 %. Les bulletins blancs et nuls s’élèvent à 0,94 %. Quant au choix « Aucun d’entre eux », il baisse de 1,09 %, soit 8,48 %.

Les grands vainqueurs des législatives restent les candidats indépendants avec 60,31 % des voix et 89 élus. Ils perdent cependant cinq sièges et 6,70 %. Le Parti communiste du Bélarus (10,67 %, en progression de 3,2 %) prend trois sièges supplémentaires, soit un total de onze élus. De tendance sociale-démocrate et en hausse de 3,88 %, le Parti républicain du travail et de la justice recueille 6,75 % et six élus. Variante locale du mouvement nationaliste grand-russe de Vladimir Jirinovski, le Parti libéral-démocrate du Bélarus conserve son unique député, mais avec 5,36 %, il progresse de 1,12 %. La gauche nationale incarnée par le Parti patriotique bélarussien maintient lui aussi ses deux élus en dépit d’une faible audience nationale (1,43 %) et un retrait de 0,73 %.

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Trois nouvelles formations liées à la majorité présidentielle informelle ont présenté quelques candidats. En dépit d’un résultat national décevant (0,89 %), le Parti agraire obtient un élu. Une formation atypique à l’intitulé original, le Parti socialiste des sports bélarussien, récolte 0,15 %. Quant au Parti républicain d’inspiration eurasiste, il ne réalise que 0,14 % des suffrages.

Les oppositions nationale-centriste, atlantiste et pro-occidentaliste du Front populaire et des communistes dissidents balayées, la nouvelle assemblée va pouvoir collaborer avec le Conseil de la République. Elle aussi élue pour 4 ans, cette chambre haute compte 56 membres élus par les conseils des représentants locaux des sept oblast (ou régions) dont la capitale et huit membres nommés par le président de la République. Celui-ci, conscient des fragilités géopolitiques et économiques de sa patrie louvoie entre Moscou, Pékin et Bruxelles. Parfois confronté comme au printemps 2017 à une vive contestation sociale, le président Loukachenko qui écoute avec une rare attention ses compatriotes a eu le courage politique de renoncer à certains projets.

Malgré d’inévitables défauts inhérents à la nature humaine, Alexandre Loukachenko appartient aux derniers véritables grands hommes d’État de la planète. En revanche, ni la France ni l’Europe n’ont cette chance.

Georges Feltin-Tracol

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 150, mise en ligne sur TV Libertés, le 2 décembre 2019.

Die Balkanisierung Europas – Der Große Austausch und seine Folgen

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Die Balkanisierung Europas – Der Große Austausch und seine Folgen

Tomislav Sunic

Ex: https://gegenstrom.org

Im Folgenden veröffentlichen wir den Vortrag des Politikwissenschaftlers Dr. Tomislav Sunic, den er auf dem 5. Seminar für rechte Metapolitik am 23. November 2019 hielt. Sunic geht dabei auf das aus seiner Sicht mögliche Szenario der Balkanisierung Europas ein und untersucht die Ursachen desselben. Dabei befasst er sich auch kritisch mit dem in Europa seit mehr als einem Jahrtausend bestehenden Christentum sowie der Lehre von einer universellen Gleichheit, wie sie heute vom Klerus postuliert würde.

Die Redaktion

„Balkanisierung“ als Begriff und geschichtliche Entwicklung

„Balkanisierung“ – ein neutraler und gängiger Begriff für multiethnische und multirassische Staaten, die in der Regel immer einer gewaltigen Auflösung ausgesetzt sind. Die zahlreichen Autoren, Politiker, sowie die Medien benutzen seit langem das Wort Balkanisierung, um die bürgerkriegsähnliche Lage in einem multiethnischen Staat darzustellen. In heutigen Medien hört man oft über die Balkanisierung Nordamerikas und der EU, wo sich die Bewohner dieser Staaten mehr und mehr ethnisch und rassisch wie zwei Pole gegenüberstehen. „Überall und zur Freude der Antiamerikaner sowie der Gleichgültigkeit der Eliten laufen wir der Gefahr einer Balkanisierung und einem Auseinanderbrechen Amerikas entgegen“, (1) prophezeite in 2007 der bekannte amerikanische konservative Politiker Patrick Buchanan.

Ähnliche balkanesische Parallelenängste sowie die Nutzung des Wortes Balkanisierung findet man täglich in systemfreundlichen Medien im Westen, besonders in Bezug auf die künftige Lage der EU nach dem Brexit—wobei manche Systempolitiker ganz offen vorhersagen, „dann droht die Balkanisierung Europas“ (2).  Mögliche Balkanisierungs-Szenarien im gegenwärtigen Europa und Amerika haben heute völlig andere Ursachen, die sich zumeist durch den Zuzug nichteuropäischer Migranten erklären. Diese sind längst in der heutigen BRD, eine Nachkriegsentität, die mehr und mehr von zahlreichen außereuropäischen Parallelgesellschaften und ethnischen Clans auseinandergerissen wird, sichtbar.

Balkan, Balkanesen, Balkanentum und Balkanisierung sind auch Begriffe, die oft als beleidigende Schimpfworte in den Balkanländern erklingen. Besonders die Kroaten werden ärgerlich, wenn westliche Ausländer und Medien Kroatien zum Balkan zählen. Ihrerseits beharren die Kroaten darauf, dass Kroatien nicht dem Balkan zugehöre, sondern ein Teil Mitteleuropas ist (3). Zudem betonen die Kroaten, dass ihr Land jahrhundertelang ein Teil des Kaiserreichs Österreich-Ungarn und der venezianischen Republik war, und deshalb dem Abendland angehöre. Vielmehr sind im kroatischen Sprachgebrauch die Balkanesen zumeist die „bösen“ andersartigen, namentlich die östlichen Nachbarn Bosniaken, Albaner und Serben.

Balkanisierung ist nicht nur ein Problem der geographischen Entortung. Balkanisierung bedeutet auch eine biokulturelle Entartung, wobei verschiedene Völkerschaften und Ethnien aufgrund ihrer verlorenen oder mangelnden Identität in Konflikt geraten. Balkanisierung und interethnische Kleinkriege in Europa und Nordamerika scheinen in der nahen Zukunft unausweichlich zu sein, obgleich wir derzeit nicht wissen, wie und wann und welche Gestalt diese Kleinkriege annehmen werden.

Der Lauf der Geschichte und somit ebenso wenig der Beginn eines Balkanisierungsprozesses sind nicht vorhersehbar. Die Geschichte ist immer offen und folgt stets unvorhersehbaren Verläufen. Es ist viel leichter für einen Historiker, über ehemalige Ereignisse zu sprechen, als sich den Zukunftsprognosen zahlreicher moderner Soziologen und Politologen anzuschließen. Prognosen, die sich in der Regel immer als falsch herausstellen. Der Historiker stützt sich in seinen Analysen auf seinen Kausalnexus, um Ursachen und Wirkungen in ein vernünftiges Verhältnis zu bringen.  Der Zufall, der Ernstfall oder die Plötzlichkeit in der Politik spielen in der Erwägung heutiger systemfreundlicher Historiker jedoch eine untergeordnete Rolle.

Bisher ist die Einheit jeder politischen Analyse immer der einzelne Staat gewesen. Heute, in der globalen und vernetzten Welt, ist dies nicht länger der Fall. Die traditionelle Rolle des Staates wird von supranationalen und suprastaatlichen Instanzen ersetzt. Es gibt in Westeuropa heute keinen einzigen Staat, der noch ethnisch und kulturell homogen ist, wie es noch vor ca. 60 Jahren weitgehend der Fall war. Im Durchschnitt besteht gegenwärtig die Bevölkerung jedes einzelnen EU-Staates aus 15 % Bewohnern nichteuropäischer Abstammung. In den USA beträgt dieser entsprechende Anteil sogar fast 50 %. Diesbezüglich kann man freilich über eine neue Balkanisierung des Abendlandes reden, dessen Parallelgesellschaften wenig gemeinsam haben und früher oder später Unruhen und Kleinkriege auslösen werden.

Der einzige Grund, dass es derzeit keine gewaltigen und massiven zwischenrassischen Konflikte in Westeuropa und Amerika gibt, liegt an der Tatsache, dass Amerika und Westeuropa noch immer relativ wohlhabende Länder sind, deren großzügige Sozialausgaben an die außereuropäischen Migranten den sozialen Frieden bewahren sollen. Das westliche System und dessen kleiner Ableger EU, so wie wir es kennen, basiert seit einem Jahrhundert lediglich auf „der heiligen Wirtschaftlichkeit“, wie es einst von dem deutschen Soziologen Werner Sombart genannt wurde (4). Dieses System, in dem der Fortschrittsglaube eine neue Religion geworden ist, wird auch zugrunde gehen, sobald diese heilige Wirtschaftlichkeit kein Heil für ihre multiethnische Bewohner mehr versprechen kann.

Über die Nichtigkeit von Voraussagungen

Über die Nichtigkeit politischer Prognosen kann man noch etwas hinzufügen. Vor 30 Jahren konnte niemand, auch die besten Meinungsforscher der Neuzeit nicht, den Fall der Berliner Mauer voraussagen. Ebenso war keiner in der Lage, vor 30 Jahren das Ende des multiethnischen Jugoslawiens zu prognostizieren. (5)  Nur hinterher gab es eine Menge selbsternannter Experten, die über vergangene kausale Zusammenhänge schwadronierten.  Auch auf philosophischer Ebene finden wir heute selbsternannte Stoiker und Fatalisten gleich Seneca im alten Rom, die eine Neigung zur göttlichen Vorherbestimmung aller politischen Ereignisse zeigen. Seneca selbst schrieb: „Niemand ist ein wirklich guter Mensch ohne Gott. …Oder könnte sich jemand ohne seine Hilfe über das Schicksal erheben? Ihm verdanken wir alle unsere großen und erhabenen Entschlüsse. […]“ (6). Solches deterministisches bzw. defätistisches Verhalten ist sehr gängig bei vielen unserer christlichen Landsleute, die für ihre Leiden immer den warnenden Finger Gottes erblicken. Damit rechtfertigen sie den Mangel an ihrem eigenen Willen zur Macht und ihre Abwesenheit an der Abwendung bevorstehender Katastrophen. 

Wie stellt sich nun die Zukunftsfrage hinsichtlich der außereuropäischen Migrantenflut?  Niemand konnte vor 10 Jahren diese große Migrantenwelle nach Europa prognostizieren, deren schwerwiegende Folgen heute noch nicht abzusehen sind. Ebenso wenig konnte niemand im Jahr 1936 in Deutschland die millionenfache volksdeutsche Flüchtlingskatastrophe in Mittel und Osteuropa 10 Jahre später voraussagen (7). Natürlich könnte der heutige Völkeraustausch von jedem europäischen Staat jederzeit gestoppt oder auch rückgängig gemacht werden – solange europäische  Politiker genug Mut zur Macht haben,  solange sie politische Entscheidungen treffen wollen, oder anders gesagt, so lange die EU Entschlossenheit zeigt, den Zuzug der Migranten aufzuhalten – wenn man nur den Willen dazu hätte. Jeglicher Grenzschutz wäre sicherlich noch kostengünstiger als die Kosten der Kollateralschäden einer ungezügelten Immigration.

Besonders ist diese Angst vor Entscheidungen hinsichtlich der außereuropäischen Migrantenströme bei der hochneurotisierten politischen Klasse in der BRD sichtbar, welche die ständige Angst vor der Faschismuskeule spürt. „Der Antifaschismus ist eine Fundamentalnorm der politischen Kultur Deutschlands seit 1945.“ (8) 

Warum fehlt es bei westlichen Politikern an politischem Entscheidungsmut in Bezug auf den Migrantenstopp? Die Antwort zu dieser Frage ist nicht schwer zu erraten.  Seit dem Ende des Zweiten Weltkriegs fehlt es bei den Politikern in der EU am Willen zur Macht, oder diplomatisch gesagt, es fehlt ihnen der Begriff des Politischen, oder auch noch philosophisch ausgedrückt, es mangelt ihnen am Sinn für das Tragische. Allerdings ist solches un-tragisches Verhalten heutiger EU-Politiker völlig im Einklang mit ihrem Zweckoptimismus, der auch als Gründungsmythos des liberalen Systems fungiert. Das apolitische Verhalten der Regierenden in Europa und Amerika sollte gar keine Überraschung für uns sein, da die zugrundeliegende Ideologie des Systems keinen politischen Einzelwillen heutiger Politiker dulden darf. Dazu kommt auch die Angst, besonders inmitten der liberalen bundesdeutschen Politiker, dass eine Entscheidung über die Abschiebung von Migranten sofort als Faschismus gebrandmarkt würde, ein Stigma, das kein deutscher Politiker medial über sich ergehen lassen darf.

Genom und Geopolitik

In der Tat bleibt Geopolitik ein wichtiger Bereich der Staatswissenschaft. Es ist eine Binsenwahrheit, dass sich alles bewegt und ändert, nur nicht die geographische Lage unserer Länder. Unser Glaube, unsere Wahrheiten kommen und gehen, doch unsere Landkarte bleibt immer immobil und wird noch mehrere Äonen so bleiben – sogar mit Restdeutschen, Nichtdeutschen oder Neudeutschen.  Geopolitik und unser Genom sind immer eine Konstante im Gegensatz zu politischen Mythen und Theologien, die ständig neuem Wandel unterliegen. In Berlin, am selben Ort, unter dem selben Himmel, hielten Friedrich der Große, Kanzler Bismarck und Frau Merkel ihre Reden und alle drei haben auch dieselbe Luft geatmet, obgleich sie alle von verschiedenem politischen Mythos angetrieben wurden.  Heute kann jedoch selbst eine vorteilhafte geopolitische und insulare Lage auf der Landkarte, wie es zum Beispiel auf die ideale Verortung der Vereinigten Staaten zutrifft, in der globalisierten und balkanisierten Welt nicht gegen fremde Invasoren schützen.

Die USA und besonders die BRD fühlen sich deshalb verpflichtet, ihre Ersatzsouveränität nicht an ihren jeweiligen Grenzen zu behaupten, zum Beispiel in den Karawanken oder entlang des Rio Grande Flusses, sondern weit weg und in den meisten Fällen in den Herkunftsländern der Migranten.  Dies ist ein weiterer Beleg dafür, dass der heutige Nationalstaat keine souveräne Rolle mehr spielen darf. 

Wieder benötigen wir eine Begriffserklärung. Wir sollten einen wichtigen Unterschied zwischen Anlass und Ursachen in Bezug auf den Migrantenstrom erkennen. Hier soll man auch unterstreichen, dass die deutsche Sprache, im Gegensatz zur englischen und französischen Sprache einen feinen Unterschied zwischen Ursache und Anlass kennt. Nicht die vorderasiatischen oder afrikanischen oder islamischen Einwanderer tragen Schuld an der Balkanisierung Europas, sondern die westlichen Systempolitiker und ihre intellektuelle Oberklasse. In jedem Fall sind die Migranten auch Opfer dieses globalistischen Systems.  Der Anlass zum jetzigen Völkeraustausch waren Kriege am Anfang der neunziger Jahre des vorigen Jahrhunderts im Mittleren Osten und Afrika sowie der Zusammenbruch jeglichen Staatsverständnisses bei verschiedenen Völkern in diesem Teil der Welt. Die Ursachen und Urwurzeln des heutigen Völkeraustauschs in Europa sind jedoch vielschichtig und andernorts zu suchen – zumeist in der politischen Theologie der Neuzeit.

Der Einfluss des Neokonservatismus

Einer der Anlässe des heutigen Großen Austauschs liegt in den 90er Jahren des vorigen Jahrhunderts, als US-amerikanische Neokonservative und Berater des ehemaligen US Präsidenten George W. Bush vom Ausbruch des „arabischen Frühlings” geschwärmt haben. Nicht zu vergessen ist ihre Rolle bei der Installierung des PNAC (Project for New American Century) oder zu Deutsch “Neues amerikanisches Jahrhundert“ hinsichtlich der neuen Ausrichtung in der amerikanischen Außenpolitik. Bemerkenswert zu zitieren ist hier ein am 3. April 2003 in der bekannten israelischen Tageszeitung Haaretz erschienener Artikel, dessen Autor schrieb: „Der Krieg im Irak wurde von 25 neokonservativen Intellektuellen konzipiert, von denen die meisten jüdisch sind und die den Präsidenten Bush dazu gedrängt hatten, den Lauf der Geschichte zu ändern.“ (9) Das Ziel dieser neokonservativen Intellektuellen und Bush-Berater war und ist auch heute weniger, die Demokratie in der arabischen Welt herzustellen, als vielmehr die israelische Vorherrschaft im Nahen Osten zu sichern. Zwanzig Jahre danach sehen wir die chaotischen Folgen dieser amerikanisch gesteuerten Demokratisierung bzw. Balkanisierung des Mittleren Ostens und Nordafrikas, die die endlosen lokalen Kriege, dysfunktionale und gesetzlose Staaten, und zu guter Letzt Massenmigrationen sowie die globale Bedrohung durch den Terrorismus ausgelöst haben.

Die wahren hauptsächlichen Ursachen dieses Migrationsstroms sollten wir jedoch in dem uralten christlichen Glauben von Gleichheit und Brüderlichkeit aller Menschen und in ihren modernen Ablegern im Kommunismus und Multikulturalismus suchen. Es wird oft die Rolle des höheren katholischen Klerus in Amerika und Europa in Bezug auf heutige außereuropäische Migrantenströme übersehen. Insbesondere sind die katholischen Kreise heute die lautesten Befürworter der nichteuropäischen Migranten — was wiederum völlig im Einklang mit ihrem Ökumenismus bzw. christlichen Universalismus steht.  Zum Beispiel steht die Deutsche Bischofskonferenz unter dem Vorsitz einflussreicher Kardinäle, die die multikulturelle Doktrin predigen und offen das Evangelium der grenzenlosen multiethnischen Gesellschaft fordern. (10)

Nun, es ist lächerlich, über das Ende Europas zu jammern, angesichts der Tatsache, dass schon viele Orte in der BRD, in der EU und Amerika mehr afrikanisch oder arabisch aussehen, als Teile Marokkos oder Nigerias. Aber auch das Gegenteil ist mancherorts anzutreffen. In Lateinamerika oder in manchen Stadtenklaven Südafrikas leben nur weiße Einwohner. Allerdings ist Völkeraustausch gar nichts neues in der Geschichte, da er schon in der jüngeren europäischen Geschichte in verschiedenen Richtungen stattgefunden hat. Dutzende Millionen Deutsche sowie Millionen anderer Europäer haben sich schon in den letzten 150 Jahren eine neue außereuropäische Heimat gesucht und sich eine völlig neue Nationalidentität angeeignet. Dennoch haben sie alle ihre uralte gemeinsame biokulturelle Identität beibehalten.  Es ist sehr wahrscheinlich, dass das heutige Deutschland seinen Namen behalten wird, aber es wird wahrscheinlich in der nahen Zukunft von ganz anderen Ethnien bewohnt werden. Auch der umgekehrte Fall kann eintreten, wobei Millionen Bio-Europäer sich eine neue Heimat in Afrika, oder Australien oder in Osteuropa oder im riesigen Russland suchen könnten.  In unserem Gründungsmythos und in zahlreichen Schriften deutscher Denker und Dichter berufen wir uns alle auf europäischstämmige Bewohner von Troja, obgleich dieses seit jeher in Asien liegt und heute ein Ort in der Türkei ist.

Das Ende einer Tragik?

Demzufolge stellt sich die Frage, wo lebt heute ein guter Europäer oder besser noch, was bedeutet es heute, ein guter Europäer zu sein? Ist ein Bauer im ethnisch homogenen Rumänien oder Kroatien ein besserer Europäer, oder ist ein Nachkomme der dritten Generation eines Somaliers oder Maghrebiner, der in Berlin oder Paris wohnt, ein besserer Europäer? In ethnischer oder rassischer Hinsicht ist Osteuropa ohnehin mehr europäisch als Westeuropa oder Nordamerika.

Die Linke und die Liberalen predigen gerne Menschenrechte und beharren darauf, dass es keine Unterschiede zwischen den Menschen gebe, und all unsere ethnischen, geschlechtlichen oder völkischen Identitäten nur ein bloßes Sozialkonstrukt seien, das man immer mit einem anderen austauschen könne.  Auffallend ist, dass diese Weltverbesserer oder Gutmenschen nie die enormen und menschenunwürdigen Wohlstandsunterschiede zwischen dem globalen Establishment und einfachen Bürgern antasten wollen, sondern solche ökonomischen Ungleichheiten vielmehr noch tolerieren. “Viele derjenigen, die mit ihrem letzten Atemzug diese Rechte und Gleichheit verteidigen würden (wie viele englische und amerikanische Liberale), schrecken zurück vor jeglicher wirtschaftlichen Gleichmacherei” (11).  Die heilige Wirtschaft, deren Bannerträger der heutige Liberalismus ist, muss die Balkanisierung weitertreiben, da der freie Handel keine Heimat kennen soll. Er kennt nur die Mobilität der Arbeitskräfte über nationale Grenzen hinweg. Die Linke spricht sich für die Masseneinwanderung aus, da die Einwanderer für sie heute als Ersatzproletariat zu missbrauchen sind. Nach Alain de Benoist: „Wer den Kapitalismus kritisiert und gleichzeitig die Einwanderung billigt, deren Arbeiterklasse das erste Opfer ist, sollte besser die Klappe halten. Wer die Einwanderung kritisiert, aber über den Kapitalismus schweigt, sollte das Gleiche tun“. (12)

Die wahren geistesgeschichtlichen Wurzeln des heutigen Völkeraustauschs liegen in der Vernachlässigung unseres biokulturellen Bewusstseins. Dieses biokulturelle Bewusstsein war jedoch sehr früh durch die frühen christlichen Lehren zur Gleichberechtigung aller Menschen geschwächt, verpönt oder unterdrückt worden. Die christliche Lehre von der Gleichmacherei aller Menschen taucht heute in der Ideologie des Antifaschismus und dem Aufkommen verschiedener egalitärer und globalistischer Sekten auf, die das Ende der Geschichte in einer großen multirassischen und transsexuellen Umarmung predigen.  Wenn wir uns jedoch nicht mit diesen christlichen Grundursachen der Gleichmacherei befassen wollen, werden wir weiterhin nur hohle Floskeln über Liberales oder Kommunistisches oder Multikulti-Übel schwafeln. So sehr es lobenswert ist die Antifa und den Finanzkapitalismus zu kritisieren, dürfen wir nicht vergessen, dass die universalistische Lehre des Christentums der eifrigste Bote der Balkanisierung und des großen Austauschs ist.

Anmerkungen und Literaturquellen

(1) Patrick Buchanan, State of Emergency: The Third World Invasion and Conquest of America ( NY: St. Martin’s Press: 2006), p.13. “To the delight of anti-Americans everywhere and the indifference of our elites, we are risking the Balkanization and breakup of the nationhttps://archive.org/stream/State-of-Emergency-Pat-Buchana...

(2) Die Presse, Interview mit Denis MacShane „Britischer EU-Austritt? Dann droht die Balkanisierung Europas“, den 22.01.2016. https://www.diepresse.com/4910215/britischer-eu-austritt-...

(3) Der Beitrag vom Geographen Dragutin Feletar „Hrvatska nije na „zapadnom Balkanu“ (Kroatien ist nicht auf dem „Westbalkan“), in kroatischer literarischer zweiwöchentlicher Zeitschrift, Vijenac, (den 29. Oktober 2015). http://www.matica.hr/vijenac/565/hrvatska-nije-na-zapadno...

(4) Werner Sombart, „Die Heilige Wirtschaftlichkeit,“ in Werner Sombart, Der Bourgeois, (München and Leipzig: Verlag von Duncker and Humblot, 1923), pp. 137-160.

(5) Sunic, „The Terminal Illness Of Yugoslavia“, Chicago Tribune, (den 09.06.1990)

(6) Seneca, Epistulae morales 2, 5 und 41.

(7) Alfred-Maurice de Zayas, The German Expellees: Victims in War and Peace (New York: St. Martin’s Press, 1993). Auch T. Sunic, The Destruction of Ethnic Germans and German Prisoners of War in Yugoslavia, 1945-1953, IHR Konferenz, den 22.06.2002, http://www.ihr.org/other/sunic062002.html

(8) Hans-Helmuth Knütter: Die Faschismus-Keule. Das letzte Aufgebot der deutschen Linken, (Frankfurt am M.: Ullstein,1994). S. 5. „Der Antifaschismus ist eine Fundamentalnorm der politischen Kultur Deutschlands seit 1945.“

(9) Ari Shavit, Haaretz, April, 3, 2003 „The war in Iraq was conceived by 25 neoconservative intellectuals, most of them Jewish, who are pushing President Bush to change the course of history.https://www.haaretz.com/1.4764706

Auch Rebuilding  America’s Defenses: Strategy, Forces and Resources for a New Century, e d Kagan, Donald, Schmitt, Gary, Donnelly, Thomas (Washington:  Project for the New American Century, 2000). https://archive.org/stream/RebuildingAmericasDefenses/Reb...

(10) Sunic „Non-White Migrants and the Catholic Church: The Politics of Penitence, The Occidental Observer (den 29.04.2017) https://www.theoccidentalobserver.net/2017/04/29/non-whit...

(11) David Thomson, Equality (Cambridge: University Press, 1949), p. 79

(12) Alain de Benoist, „Immigration: The Reserve Army of Capital“ (übersetzt aus dem Französischen von T. Sunic), The Occidental Observer, (August 23, 2011) https://www.theoccidentalobserver.net/2011/08/23/immigrat...

 

dimanche, 08 décembre 2019

La guerre invisible des normes

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La guerre invisible des normes

 
 
Auteur : Abdelkader Diabi
Ex: http://zejournal.mobi
 

« L’influence sur les règles et normes internationales, c’est-à-dire sur les règles du jeu économique, est une composante essentielle quoique peu visible de la compétitivité des entreprises et des États. Les régulations internationales ne sont jamais innocentes, elles déterminent des marchés, fixent des modes de gouvernance, permettent à leurs auteurs de devancer la concurrence, ou de la freiner, ou d’exporter leurs contraintes. Les acteurs privés contribuent de plus en plus à leur élaboration. Exercer de l’influence (ou lobbying ou advocacy) implique la mise en œuvre de stratégies et d’actions communes, dont l’absence ou la faiblesse aujourd’hui nuit à des Français par ailleurs dotés de compétences pointues dans tous les domaines ».

C’est par ces mots que Claude Revel commençait son rapport remis à la ministre de l’économie en 2013. C’est dire l’importance capitale que revêt la question des normes dans un marché globalisé.

De prime abord, la notion de norme se rapporte aux règles, principes et critères auxquels se réfère tout jugement ou encore un repère : se fonder sur la norme admise dans une société. En peut la définir aussi comme l’Ensemble des règles de conduite qui s’imposent à un groupe social. La définition est d’ordre général. La notion est au centre d’enjeux qui dépasse la simple définition linguistique. La norme est assimilée à la règle fixant les conditions de la réalisation d’une opération, de l’exécution d’un objet ou de l’élaboration d’un produit dont on veut unifier l’emploi ou assurer l’interchangeabilité. (Les travaux de normalisation internationale sont menés par l’Organisation internationale de normalisation [International Organization for Standardization], conventionnellement appelée ISO, qui publie des normes internationales destinées à harmoniser entre elles les normes nationales. Il existe aussi un Comité européen de normalisation [CEN]).

***

Normes, la guerre invisible

Problématique

Habituellement, à la suite d’une compagne de R&D, une innovation donne naissance à un brevet. Ce brevet est déposé devant des instances nationales, régionales ou internationales. C’est un sésame, par le biais duquel, son détenteur s’octroi, par la force de la loi, une exploitation exclusive sur l’aire géographique administrée par les mêmes instances ayant enregistré ledit brevet. C’est un monopole consenti sur une période précise avant sa mise au rebut. Toute entreprise souhaitant utiliser ce brevet doit préalablement avoir l’accord du détenteur moyennant royalties.

C’est une expression de puissance par excellence. À partir du dépôt du brevet, l’innovation en question devient la norme jusqu’à l’émergence d’une nouvelle innovation.

Dans la pratique, l’espionnage industriel contredit ce schéma idéal. Il réussit à se procurer le brevet de manière détournée. L’éclatement des instances dans une économie mondialisée n’assure plus de protection des intérêts du détenteur de brevet. Comme ce travail s’effectue à l’ombre, les concurrents peuvent rattraper le temps perdu sans subir les même dépenses matérielles et humaines. Par ailleurs, les instances internationales ne peuvent protéger ces brevets car des pays comme la Chine n’ont pas ratifiés les accords permettant cette protection.

A partir de là, le détenteur d’une innovation a le choix entre la breveter avec le risque que cela peut engendrer ou encore mieux en faire la norme. Ceci revient à la gratuité d’accès à la norme mais une influence manifeste et un leadership sur le marché.

Définitions

En 1947 les instances internationales se sont accaparé le sujet. Ainsi l’organisation internationale de normalisation voyait le jour. Cette instance donne cette acception à cette notion de la norme comme suit : « L’ISO établit des documents qui définissent des exigences, des spécifications, des lignes directrices ou des caractéristiques à utiliser systématiquement pour assurer l’aptitude à l’emploi des matériaux, produits, processus et services ».

L’énumération des catégories de normes fait état d’un inventaire non exclusif. En peut énumérer les suivantes :

  • Normes professionnelles et/ Ou institutionnelles technique comme celles de l’ISO.
  • Normes standards non
  • Accord commerciaux Bilatéraux.
  • Accords commerciaux des différentes alliances internationales, régionales ou continentales.
  • Directives européennes.
  • La grande famille des normes de lois molles ou de
  • De son côté, l’AFNOR (Association française de normalisation) classe les normes en quatre types : fondamentales, de spécifications, de méthodes et d’essais et celle d’organisation. La logique d’orientation du contenu de la norme serait la suivante :
    • Les résultats : normes de
    • Les moyens : normes
    • Il est opportun de distinguer norme, règlement et standard :
    • Norme : Règles du jeu volontaires définies par consensus entre l’ensemble des acteurs du marché
    • Règlements : application obligatoire
    • Standard : spécifications établies par un groupe restreint d’acteur (Consortium ou forum…etc).

Instance de gouvernance

L’innovation est source de normes. Les États ont besoin de norme pour réguler les affaires et les rapports entre acteurs économiques au quotidien. Il arrive que les États courent derrière la norme sans pour autant être trop restrictif et bloquer l’innovation et la production du génie humain.

Depuis sa création l’ISO a édité 22662 normes internationales disponibles à la vente auprès des membres ou sur le store de l’ISO. D’emblée, nous sommes en face d’un produit commercial. La réalité est plus complexe. L’ISO n’a pas le monopole sur la promulgation des normes. Il est clair que la norme est au cœur de stratégies et d’enjeux planétaires. La notion est hissée au rang de moyen d’influence et de domination, raison pour laquelle elle devient un outil et une fin en soi. Entre les mains de l’entité qui l’édite, elle lui procure une position dominante sur les autres concurrents car c’est cette entité qui dicte les règles du jeu. Par conséquent, celui qui tient la norme tient le marché avec une bonne longueur d’avance. Ceci est d’autant plus vrai que les instances émettrices de normes sont légion et d’obédiences différentes.

L’importance accordée au sujet diffère d’un pays à l’autre. Le budget de l’AFNOR en 2018 était de 82,3[1] million d’euros alors que celui du National Institute of Standards and Technology (NIST) s’élevait à 945 millions de dollars[2]. Rien qu’à travers le budget on comprend la place de la norme dans les politiques publiques et qu’on souhaite en faire en France et de l’autre côté de l’Atlantique. Il s’agit d’influence normative. Un outil efficace dans l’arène de la mondialisation envers une concurrence féroce. Une arme redoutable pour prendre de l’avance ou pour attaquer et retarder les autres. Il n’est pas anodin de signaler qu’aux Etats Unis d’Amérique. Les meilleurs chercheurs vont au NIST alors qu’en France la recherche fondamentale est mieux perçue.

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En Grande-Bretagne le sujet est porté par le British Standard Institution (BSI) et par le DIN en Allemagne. Ceci est vrai pour les normes ISO. Cependant pour les normes de Soft Low la chose diffère. En Allemagne, ce sont les Länder qui sont investi de promouvoir les normes. Ils associés aux acteurs économiques pour la promulgation des normes industrielles notamment.

Les Anglais se font représenter par leurs meilleurs spécialistes dans les instances de normalisation. Ils sont leaders dans la Responsabilité Sociale des Entreprises. Les allemands, de leur côté sont très investis dans les normes industrielles. Les français sont plus investis dans l’ISO. Ce dernier n’est pas un espace de stratégie et ne s’implique point dans le champ politique. C’est l’une des raisons du retard des entreprises françaises par rapport à leurs rivales car l’objectif même de l’ISO est la standardisation alors que la conquête de nouveaux marchés nécessité la différentiation et l’innovation.

La Chine est un acteur de plein droit de la mondialisation. Elle s’est inscrite dans ce jeu en se réinvestissant dans les institutions internationales et recrute d’ancien dirigeant des instances internationales à la retraite. Idem pour l’Inde ce grand pays caractérisé par sa force tranquille à ce jour. A une nuance près, le cas de la Chine se distingue : elle est passée d’un pays connu pour la copie et la contrefaçon à un grand émetteur de norme ce qui change la donne dans les rapports internationaux.

Influence, Veille et protection

La norme est au cœur des stratégies d’influence et des dispositifs d’intelligence économique. La norme est une partie importante du patrimoine à protéger. C’est un excellent vecteur d’influence et un sujet central pour le dispositif de veille stratégique qui peut l’utiliser comme une arme économique.

Le sujet des normes est très subtil. Il a été un point déclencheur de la réorientation de l’appareil américain du renseignement. L’affaire date du début des années 90 lorsqu’une jeune star up américaine souhaitant investir le marché nippon se fait spoliée de son innovation par une mastodonte local. Ce géant a réussi à se procurer le process et l’a fait breveter au Japon. Depuis la jeune entreprise américaine ne pouvait vendre son modèle de lampe car il est consenti exclusivement à l’entreprise locale.

L’appartenance à un système d’intelligence économique vaut cher surtout si c’est le plus puissant au monde. Les 17 agences américaines ont entrepris une série d’investigations menant à une découverte : celle que les sociétés américaines se font volées leurs innovations car non protégées. Depuis, la puissance de cet appareil a été déployé pour accompagner l’expansion mondialisée des entreprises américaines.

La grande nouveauté dans l’échiquier est l’entrée en jeu d’acteurs non- gouvernementaux parmi lesquels on cite les ONG productrice d’une nouvelle forme de lois à savoir celles dites lois molles ou Soft Low.

Le protectionnisme par les normes

Les États Unis d’Amérique n’hésitent pas à recourir au protectionnisme et au patriotisme économique. Le congrès américain s’est opposé à la vente d’entreprises stratégiques ou du moins des secteurs symboliques. La vente d’IBM aux chinois et Qualcom ont été bloquées, du moins partiellement pour la branche stratégique d’IBM, car elle risquait de compromettre les intérêts et actifs stratégiques américains si ces technologies tombaient entre les mains d’acteurs hostiles aux États Unis d’Amérique. Pas loin de nous, la guerre déclarée contre Huawei, leader mondial de la 5 G, en dit long sur la guerre des normes que se font les États et les grands acteurs économiques. Huawei est l’expression de la puissance chinoise et donc de la position dominante sur les marchés de télécommunication et par extension la nanotechnologie. C’est de l’avenir de la toile qu’il est question. Si les États Unis d’Amérique sont leader sur le Net et à travers les GAFAM, la Chine déploie cette technologie comme support de transmission du Net. Ainsi, cette norme est devenue une arme contre celles utilisées par les Américains pour défendre leurs intérêts. Ces derniers arguent que Huawei espionne les communications à travers sa technologie. En réalité, ils ont bien assimilé la stratégie chinoise qui compromets leurs intérêts. Depuis, les États-Unis d’Amérique tablent sur la 6 G à venir.

Lors de ces hostilités, un phénomène est apparu au grand jour : le patriotisme économique américain et les liens étroits entre opérateurs économique et appareil d’État. Ainsi, lorsque le département d’État a intimé à Google de suspendre sa collaboration avec Huawei, Google s’est appliqué en reléguant ses engagements commerciaux au second rang de ses priorités. Huawei a été très soutenu par l’État chinois. En France, les sociétés se positionnent comme libre d’engagement vis-à-vis de l’État. Le scandale Alstom, société naquit grâce à l’effort étatique, est révélatrice d’un malaise profond celui de l’absence de patriotisme et de la grande braderie des fleurons économiques d’où une perte de puissance dévastatrice qui relègue le pays à la seconde division économique voir de vassal dépendant.

C’est une guerre économique d’un genre nouveau mêlant intérêts étatiques et privés dans l’expression de la puissance et la domination. La même affaire met en relief la périlleuse position de dépendance. A partir de ces affaires, il devient urgent pour les États de se doter de technologies propres pour assurer sa souveraineté.

La norme concrétise parfaitement le partenariat des États avec leurs entreprises. C’est la manifestation de la notion d’appartenance à un système d’intelligence économique. L’impulsion de l’État français a donné naissance à des champions économiques dans le secteur de la GSM qui a permis un essor économique fulgurant. La notion d’exception culturelle française a permis la protection du marché culturel lors de la libéralisation du secteur sur influence de l’union européenne.

Pour comprendre ce jeu subtil nous devons nous intéresser à des cas concrets.

Émergence des ISDS

Les accords TTIP ou TAFTA ou encore le CETA ont institué les fameux ISDS (Investor- State Dispute Settlement) pour règlement des différends entre investisseurs et États en donnant plus de moyens aux multinationales. Cette novation est assimilable à une privatisation de la justice et une substitution aux instances juridiques nationales et supranationales à travers le principe de subsidiarité. C’est un déni de toute une branche du droit communautaire à savoir le droit public économique. La volonté à travers les accords TAFTA est d’instituer une nouvelle norme de règlement des litiges sans passer par la justice. L’arrêt du 6 mars 2018 de la Cour de justice de l’Union Européenne met un arrêt aux ISDS en estimant qu’ils ne sont pas compatibles avec le droit communautaire. Il a fallu plus de 10 ans et l’intervention de Cour de Justice de l’Union Européenne pour stopper cet artifice d’échapper au droit commun.

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C’est là un exemple de norme qui échappant aux Etats du fait des acteurs privés éditeurs de normes non-institutionnelles.

Les Américains qui imposent leurs normes au reste du monde

Norme IFRS. Principe de convergence des normes (Néo impérialisme)

Les travaux de l’IAAFT et l’influence de l’IASB[3] ont amené à la généralisation des normes IFRS. Les entreprises de l’Europe continentales sont sorties très démunies de cette mutation. Là ce sont deux visions qui s’opposent. La première basée sur le principe européen de prudence comptable, donc vision à long terme, contre celle dite de faire value. (Cotation la plus proche possible de la valeur du marché).

À la suite de la crise de 2008, l’implémentation imposée des normes IFRS a obligé les banques européennes à revoir la valorisation de leurs actifs et à vendre ces actifs avec 600 milliards de pertes[4]. Cette perte constitue un handicap pour les banques européennes qui perdent autant de poids face aux américaines qui dominent le monde de la finance.

Normes sur l’archivage

Une compagne savamment orchestrée a été orchestrée pour l’implémentation d’une norme portants sur les archives. Celle-ci voudrait une organisation et ordonnancement selon une logique précise. En France, la loi oblige à stocker, dans certains cas, les archives pendant 30 ans. L’externalisation et la privatisation de ces services devient pratique courante. Il est très facile pour une entité avisée de se procurer ces archives avec un relai local et de simples moyens financier. Quel acteur économique local irai s’investir dans cette entreprise ? Certainement pas un local mais l’entité avisée qui a organisé toute la manœuvre pour faire main basse sur ces archives. Tous les savoirs et informations contenues dedans seraient cédés gratuitement à cette entité.

Mondialisation et démondialisation

La norme a participé à l’essor de la mondialisation car elle était synonyme de standardisations. La libre circulation des personnes (dans une certaine mesure), biens capitaux et services a favorisé la logique du village global accentué par l’avènement des technologies numériques. C’était l’époque de l’abrogation des frontières et de l’effacement des Etats au profit des multinationales.

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Actuellement, on vit une ère qui amorce la démondialisation. Dérégulation et démondialisation du monde, thèmes chers à Bill Gates, sont des concepts en vogue. On assiste à une vague de normalisation et de régulation avec de nouveaux partages des marchés et derrière l’identification de nouvelles zones d’influence. C’est le retour à la souveraineté des États qui se manifeste à travers la mise en place de mesures protectionniste[5].

De l’Union Européenne

La norme est un frein pour la Construction européenne dans l’absence de système d’Intelligence économique européen. La problématique de la norme a trahi la construction européenne dans le sens où elle en constitue une limite. Les entreprises s’identifient à un seul système d’intelligence économique. Ces systèmes sont en opposition et c’est de bonne guerre. Ceci crée une distorsion à la une logique d’union vue la multiplicité des systèmes référents qui sont étatiques. A moins d’implémenter un système d’intelligence économique européen, vingt-sept systèmes cohabiteront et les efforts seront vains car ils s’opposent et s’annulent entre eux. Le sujet devient une nécessité pour apaiser les querelles intra-européennes et les réorienter vers des velléités envers l’espace extra-européen.

Conclusion

La stratégie classique des quatre segments change. Le produit star n’est plus symbole de simple progrès technologique mais plutôt synonyme d’innovation. Celle-ci se traduit en norme, devient arme et manifestation de puissance économique permettant l’anticipation sur la concurrence et l’affrontement globalisé.

La guerre des normes concerne tous les pays. Plus les États-Unis que la Chine. La Chine entame une phase d’innovation et intègre le processus de normalisation à sa démarche de puissance économique.

La norme est une arme au service d’une stratégie. La bataille des idées va avec celle des normes. Certains États disposent d’agendas et poursuivent une vision d’ensemble pour l’atteinte d’objectifs prédéfinis. C’est dire que leur feuille de route inclut la norme et l’utilisant comme manifestation de puissance.

Il est grand temps pour les autres, comme la France de s’approprier le sujet et d’en faire un atout pour promouvoir son économie. Cette entreprise serait peine perdue sauf si elle est orchestrée au niveau européen cet espace communautaire permettant l’atteinte de taille critique et la manifestation d’une puissance normative vecteur de réussite économique.

Notes:

[1] Rapport du Sénat l’impact de la normalisation.

[2] NIST_and_NTIS_FY2019_President’s_Budget_for_508_comp.pdf

[3] The International Accounting Standards Board

[4] Pascal Junghans : intervention dans émission de France culture : la guerre des normes

[5] Blog de Jacques Sapir


- Source : Infoguerre

Analyse de "The (real) Revolution in Military Affairs" d'Andrei Martyanov

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Analyse de "The (real) Revolution in Military Affairs"“ d'Andrei Martyanov

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

Andrei Martyanov est un expert militaire réputé. Il s'est spécialisé dans l'étude des forces navales et terrestres russes ainsi que celle des  stratégies de leur utilisation.

Né à Bakou, URSS, en 1963, il a servi comme officier dans les Gardes Côtes soviétiques. Après l'effondrement de l'Union Soviétique, il s'est rendu aux Etats-Unis en 1990. Il travaille actuellement dans l'industrie aéro-spatiale américaine.

The (real) Revolution in Military Affairs“ est son second ouvrage. Le premier a été “Losing Military Supremacy: the Myopia of American Strategic Planning. Ces deux ouvrages étudient ce qu'il considère comme l'impuissance militaire américaine face à la Russie, ceci malgré un budget militaire annuel d'environ 700 milliards de dollars

The (Real) Revolution in Military affairs vise à démontrer l'irréalisme des dirigeants américains. Ils semblent avoir repris à leur compte l'affirmation prétentieuse du gourou américain Karl Rove « Nous sommes un Empire maintenant et nous créons notre propre réalité ».

L'ouvrage se présente comme un avertissement aux citoyens américains relativement à la guerre moderne au 21e siècle et à leur aveuglement en refusant de voir que la Russie et désormais la Chine ont fait des progrès considérables dans leur capacités militaires. Celles-ci ont radicalement remis en cause la suprématie américaine.

Martyanov montre en particulier que les modèles numériques utilisés dans les académies militaires pour simuler les enjeux et les modalités des guerres futures sont complètement dépassés. Ils utilisent pour ce faire des équations inspirées des lois dites “Osipov-Lanchester Laws” ou « Lanchester laws » du début du 20e siècle. Celles-ci sont résumées dans un article de Wikipedia auquel on pourra se reporter. Or Martyanov considère que pour des motifs techniques relatifs aux armements d'aujourd'hui, et a fortiori de demain, dont nous ne discuteront pas ici, elles ont perdu toute pertinence. De ce fait, les concepts de guerre hybride, de guerre numérique ou de guerre de 4e (5e) génération utilisés par les médias ne présentent aucun intérêt pratique.

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Son livre vise à préciser les caractéristiques de la guerre de demain au regard des nouveaux types d'armes et des probables façons dont celles-ci seront utilisées par les belligérants dans les prochaines années (ou décennies). Il pourra servir aux gouvernements visant à utiliser efficacement les budgets militaires dont ils se sont dotés, ne fut-ce que dans les opérations défensives ou dans la mise au point d'armements de dissuasion, visant à prévenir des conflits qui, même sans faire appel à l'arme nucléaire, provoqueront des dizaines ou centaines de millions de morts parmi les populations.

Pendant les années de guerre froide, les conflits furent évités parce que les experts militaires avaient une vue à peu près exacte des désastres réciproques qu'ils provoqueraient. C'est sans doute encore le cas en Russie et en Chine. Ni Vladimir Poutine ni Xi Jinping n'envisagent à tout propos d'utiliser à titre offensif les armements futuristes dont ils se sont désormais dotés, tels que le missile hypersonique Avanguard ou les systèmes anti-missiles S.400-S.500.

Ce n'est le cas aux Etats-Unis. Andrei Martyanov rappelle que le général Petraeus, considéré comme un « Ass-Kissing Little Chickenshit » ou « merde de poulet » par des opposants comme Ron Paul ou Tulsi Gabbard (laquelle vise à se présenter aux prochaines élections présidentielles), a longtemps conseillé le secrétaire à la défense Jim Mattis, dit « mad dog », voire Donald Trump lui-même.

Il précise que son livre n'est pas une simple critique de la stratégie américaine actuelle. Il vise à mieux informer les responsables de l'"Intelligence" ou du renseignement sur ce que seront nécessairement les prochains conflits. Ceci dans l'espoir qu'ils en avertiront les milieux politiques américains, afin qu'ils cessent de présenter  de prochaines guerre comme susceptibles d'assurer aux Etats-Unis un succès définitif face à la Russie, à la Chine ou aux deux réunies. 1)

Il n'est malheureusement guère  probable qu'il soit lu avec l'attention qu'il mérite au Pentagone ou à la Maison Blanche.

1) Ajoutons que l'attaque d'une enceinte extérieure russe telle que Kaliningrad par des forces conventionelles de l'Otan, souvent envisagée par celle-ci, entrainerait nécessairement une réponse nucléaire de la Russie, faute pour celle-ci de pouvoir riposter avec des moyens identiques.  

 

samedi, 07 décembre 2019

Konstantin Leontiev, l'inaudible

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Konstantin Leontiev, l'inaudible

par Thierry Jolif

(Infréquentables, 10)

Ex: http://www.juanasensio.com

«La flatterie politique [...] n'est absolument pas obligatoire en littérature.»
Konstantin Leontiev.


Infréquentable, à coup sur, Konstantin Leontiev l'est. Non qu'il le fut, de son vivant. Certainement pas. Sûrement même le fut-il moins, bien moins, que Dostoïevski ou Tolstoï aux yeux d'une grande partie de la bonne société de l'époque. Actuellement, par contre, il l'est évidemment, pour la très simple raison qu'il est mort, et pour la tout aussi simple raison qu'il n'a pas eu l'excellente idée de laisser à la postérité une œuvre immortelle selon les actuels canon de l'immortalité.

Le voici donc bel et bien frappé d'oubli et, conséquemment, contraint de se voir classer parmi les infréquentables, non pas seulement en raison de son décès mais aussi, et surtout, à cause, précisément, de ses écrits. En fait, pas tant à cause de ses écrits mais bien plutôt en conséquence de son écriture ! De son style ! Style que lui reprochaient déjà ses contemporains, trop clair, trop «latin» pour les slavophiles, trop russe pour les occidentalistes. Politiquement concret et précis, sans sentimentalisme, extrêmement réaliste et profondément religieux, philosophiquement spirituel (et pas spiritualiste) et rigoureux, ni romanesque, ni romantique, aucunement utopique. Ainsi Leontiev, en dehors de son infréquentabilité physique due à son trépas, demeure stylistiquement infréquentable !

Il est hélas à peu près certain que, selon les très actuels critères qui font qu'un écrivain est «lisible» ou mérite d'avoir des lecteurs, notre très oublié Leontiev serait recalé. Il suffit, pour s'en convaincre, de relire une seule petite phrase du penseur russe : «L'idée du bien général ne contient rien de réel» (1).

kl-kar.jpgQui, parmi les lecteurs contemporains, souhaite encore lire de pareilles formules, et qui, parmi les marchands qui font profession de fournir de la matière imprimée, aurait encore envie de fourguer une telle camelote ? Non, soyons sérieux, ce genre de sortie, et plus encore le comportement qu'elle suppose, datent d'une autre époque, époque, fort heureusement, révolue pour nous, qui sommes gens évolués et accomplis. En outre, le bonhomme eu l'impudence de critiquer Dostoïevski ! Du moins, ce qui à notre époque revient au même, certaines idées avancées par l'auteur des Frères Karamazov. Ainsi l'obscur et impudent, à propos de Crime et châtiment, a-t-il osé écrire que «Sonia... n'a pas lu les Pères de l'Église» ! Voilà qui le rend «suspect» et par trop réactionnaire, même pour les chrétiens ! Pourtant Leontiev ne dit pas là autre chose que Chesterton lorsque celui-ci écrit qu’«En dehors de l'Église les Évangiles sont un poison», proposition raisonnable et si juste de la part d'un Britannique. «Toutes les idées modernes sont des idées chrétiennes devenues folles» : là encore, l'amateur éclairé opinera du chef et se régalera d'une telle sagacité bien audacieuse. Mais que ce grand Russe, petit écrivain compromis par sa «proximité avec le régime», se permette d'écorcher, pour les mêmes motifs, ce que la Russie nous a donné de meilleur, qu'il s'en prenne à ce style psychologique qui a fait, justement, le régal des belles âmes, voilà ce qui est proprement impardonnable.

J'aurais pu écrire «Leontiev l'illisible» mais alors je n'aurais pas touché juste. Notre époque peut tout lire, tout voir, tout entendre, et elle le veut d'ailleurs. En fait, plus qu'elle ne le veut elle le désire, et même ardemment ! Son incapacité est ailleurs : «J'entends mais je ne tiens pas compte.» Cela vous rappelle quelque chose ? Toute ressemblance avec des faits réels n'est nullement fortuite. Cette confession est révélatrice de cet autisme tant individuel que collectif et, à la fois, paradoxalement, volontaire et inconscient.

L'écriture de Leontiev est donc devenue inaudible. Notre temps désire tout entendre mais il ne sait plus écouter. Or, une telle écriture demande un réel effort d'attention et d'écoute. Leontiev, pourrais-je dire, a écrit, de son vivant, pour «ces quelques-uns dont il n'existe peut-être pas un seul». Depuis son décès, cette vérité est encore plus cinglante. Un autre écrivain russe, grand solitaire également, Vassili Rozanov, écrivait de Leontiev qu'il était plus «nietzschéen que Nietzsche».

Pendant une brève période ces deux contempteurs de leur époque entretinrent une correspondance. Ils se fréquentèrent donc, du moins par voie épistolaire. Rien de très étonnant à cela tant ces deux caractères, pourtant si profondément différents l'un de l'autre, se trouvèrent, tous deux, radicalement opposés à tout ce qui faisait les délices intellectuelles de leur siècle. Rien d'étonnant non plus à ce que leurs tombes aient été rapidement profanées et détruites par les persécuteurs socialistes; leur «infréquentabilité» devenait ainsi plus profonde, et plus large même, post-mortem. (Rozanov avait tenu à être inhumé auprès de Leontiev, dans le cimetière du monastère de Tchernigov à Bourg-Saint-Serge).

Inaccessible Konstantin Leontiev l'est, sans nul doute possible. Né charnellement en janvier 1831, né au ciel en novembre 1891 après avoir reçu la tonsure monastique sous le nom de Kliment à la Trinité Saint-Serge. Ce russe, typiquement XIXe et pourtant si terriblement, si prophétiquement «moderne» qui vécut en une seule vie les carrières de médecin militaire, de médecin de famille, de journaliste, de critique littéraire, de consul, de censeur..., côtoya aussi tous ceux qui, inévitablement, lui faisaient de l'ombre, Soloviev, Dostoïevski, Tolstoï. Inévitablement, à cause de leur talent, certes, mais aussi parce qu'ils furent toujours plus «libéraux» que lui, qui ne put jamais se résigner à l'être.

Inaccessible plus encore qu'infréquentable, car tout ce qui «sonne» un peu trop radicalement réactionnaire est, on le sait, furieusement réprimé par notre époque douce et éclairée et qui a su, si bien, retenir les leçons du passé. Les excités tel que Leontiev ne peuvent qu'être dangereux (pensez donc, défenseur d'une ligne politique byzantino-orthodoxe : même un Alexandre Duguin, de nos jours, dénonce ceux de ces compatriotes qui se laissent aller à ce rêve-là). Même à leur corps défendant, même s'ils sont, par ailleurs, nous pouvons bien le reconnaître, des «êtres délicieux», nous ne saurions tolérer leur imprécations obscurantistes. De même qu'en France un Léon Bloy, c'est «amusant»; c'est, nous pouvons bien le concéder, stylistiquement admirable (surtout à le comparer à nos actuels littératueurs, pisse-copies patentés d'introversions fumeuses et professionnels de la communication et du marketing), mais non, philosophiquement, allons, soyons sérieux, tout cela est dépassé, dépassé parce que faux, pis : incorrect !
Oui, en quelque sorte, à nos oreilles éduquées par d'autre mélopées, plus suaves, la tonalité de Leontiev sonne méchamment; c'est bien cela ! Pour notre moralisme, que nous pensons si rationnel et si réaliste, les propos de Leontiev sont affreusement méchants, et ce d'autant plus qu'il y mit lui-même toute sa force de conviction non moins réellement réaliste, mais d'un réalisme qui sut rester non matérialiste et non idéologique, d'un réalisme outrageusement chrétien. Et c'est au nom de ce christianisme réaliste que Leontiev osa adresser ses reproches à Léon Tolstoï, à Dostoïevski, à Gogol aussi (l'un des buts littéraires avoués de Leontiev était de mettre fin à l'influence de ce dernier sur les lettres russes !). Comble de l'audace perfidement rétrograde, qui scandalise plus aujourd'hui qu'alors ! À tous ceux qui étaient tentés de justifier la mélasse socio-démocratique par le christianisme, voire à faire de celui-ci rien de moins que l'essence même de cette eau-de-rose truandée, Leontiev rappelait quelques utiles vérités. Tout comme les authentiques musiques traditionnelles des peuples sont, à l'opposé des soupes sirupeuses avariées du new age, fortes et rugueuses aux oreilles non-initiées et ne dévoilent leur vraie douceur qu'après une longue intimité dans la chaleur de la langue et de l'esprit, le christianisme, à l'opposé de la doucereuse tolérance socio-démocrate, est austère et exigeant avant que d'être accueillante et lumineuse bonté !

kl-berd.jpgEt puis surtout, que pourrions-nous bien en faire de ce furieux vieux bonhomme qui a osé écrire  L'Européen moyen, idéal et outil de la destruction universelle ? Puisque, ne l'oublions pas, la littérature «vraie» doit être, nécessairement, engagée; c'est-à-dire, au-delà de critiques de pure forme, aller, toujours, dans le sens du courant. Or, nous y sommes d'ores et déjà en la belle et unie Europe, nous y sommes depuis un bon bout de temps dans ce moment historique, dans cet événement des événements qui va durer encore et encore, en plein dans cette heureuse période de l'unification, dans l'heureuse diversité des êtres équitablement soumis aux choses. Certes, avec des heurts et quelques accidents de parcours, mais bénins en somme, insignifiants même, au regard du grand espoir de «paix universelle» vers lequel tous, dans une belle unanimité, nous tendons. En tout cas nous y sommes bel et bien, oui en Europe ! Alors, quel besoin aurions-nous de nous auto-flageller en lisant ce «grand-russien» décédé, dépassé, déclassé ?

Eh bien il se trouve que la distance s'avère souvent nécessaire pour mieux se connaître. Pour nous autres, très fréquentables européens moyens et contemporains, quelle plus grande distance que celle qui nous sépare de cet inclassable russe ?

Ce grand-russien qui, de son vivant, s'ingénia à se montrer implacable envers l'européen moyen pourrait bien s'avérer, par ses écrits, un viatique pour le même à l'heure d'une renaissance russe qui pourrait offrir à une Europe épuisée et ridiculisée par quelques décennies d'une politique frileuse, cupide et aveugle à son être authentique, de regagner une place qui lui est véritablement propre, possibilité à envisager sans fol optimisme puisque Leontiev lui-même insistait sur le fait que «la véritable foi au progrès doit être pessimiste».

Conservateur comme il l'était, Konstantin Leontiev faisait partie de cette race d'hommes qui savait encore que sentiments (et non sentimentalisme) et intelligence aiguisée, loin d'être antinomiques, sont intimement liés. Ainsi, c'est avec une acuité et une intelligence épidermique que notre auteur se montrait absolument et irrémédiablement opposé à l'idéologie du progrès, du bien et de la paix universelles, idéologie dont il avait su flairer les relents dans les différents partis en présence de son temps. Refusant cette idéologie comme une utopie mortifère qu'il identifiait à un état d'indifférence, degré zéro de toute activité humaine, il refusait aussi à la politique de se projeter vers un hypothétique futur, vers le lointain, lui assignant pour seul objectif le «prochain» : «[…] cette indifférence est-elle le bonheur ? Ce n'est pas le bonheur, mais une diminution régulière de tous les sentiments aussi bien tristes que joyeux.»

Dès lors, comme tout authentique conservateur, ce que Leontiev souhaitait conserver ce n'était certainement pas un système politique ou économique quelconque ou bien quelques grands et immortels principes : «Tout grand principe, porté avec esprit de suite et partialité jusqu'en ses conséquences ultimes, non seulement peut devenir meurtrier, mais même suicidaire.» Non, ce que Leontiev aimait et voulait voir perdurer c'était bien la véritable diversité humaine, les différences dont notre époque, si douce et éclairée, nous enseigne qu'elles sont sources de conflits et d'agressions tout en en faisant une promotion trompeuse : «L'humanité heureuse et uniforme est un fantôme sans beauté et sans charme, mais l'ethnie est, bien entendu, un phénomène parfaitement réel. Qu'est ce qu'une ethnie sans son système d'idées religieuses et étatiques ?» (2).

Toute la philosophie de l'histoire développée par Konstantin Leontiev projette sur ces questions une lumière qui, bien que crue, est loin d'être aussi cynique que ses contempteurs voudraient le faire croire.

«La liberté, l'égalité, la prospérité (notamment cette prospérité) sont acceptés comme des dogmes de la foi et on nous affirme que cela est parfaitement rationnel et scientifique. Mais qui nous dit que ce sont des vérités ? La science sociale est à peine née que les hommes, méprisant une expérience séculaire et les exemples d'une nature qu'ils révèrent tant aujourd'hui, ne veulent pas admettre qu'il n'existe rien de commun entre le mouvement égalitaro-libéral et l'idée de développement. Je dirais même plus : le processus égalitaro-libéral est l'antithèse du processus de développement» (3).

Pour Leontiev, cette loi de l'histoire qu'il nomme processus de développement est une «marche progressive de l'indifférencié, de la simplicité vers l'originalité et la complexité», mais loin de tendre vers une amélioration constante, vers un bonheur complet et épanoui, qui n'est, en définitive, qu'une abstraction, cette marche connaît une forme d'arrêt qui se traduit par une simplification inverse dont Leontiev analyse trois phases : le mélange, le nivellement et, finalement, l'extinction.

kl-eurom.jpgSelon lui, cette loi quasi cyclique s'observe dans tous les domaines des civilisations historiques. Et, ce que nous appelons unanimement progrès, il le distingue très nettement de ce processus de développement, le nommant «diffusion» ou «propagation» et l'attachant à cette phase dissolvante de «simplification syncrétique secondaire» : «[…] l'idée même de développement correspond, dans les sciences exactes d'où elle a été transférée dans le champs historique, à un processus complexe et, remarquons-le, souvent contraire au processus de diffusion, de propagation, en tant que processus hostile à ce mécanisme de diffusion» (4).
Ainsi, dans les pages de son maître-livre Byzantinisme et slavisme, Leontiev scrute scrupuleusement les mouvements, les courants, lumineux et obscurs de l'histoire, leurs lignes droites, leurs déviations, leurs dérivations, sans jamais se laisser prendre aux rets des lumières crépusculaires des idéologies. Admirateur avoué de l'idée byzantine et de sa réception créatrice en Russie, Leontiev refusera pourtant l'idéal slavophile, tout autant, mais cela paraît plus «logique», que l'occidentalisme. Profondément fidèle, quoiqu'avec une élégante souplesse, à la vision des lignes de force et de partage qu'il avait su dégager de l'histoire ancienne et récente, Leontiev repèrera dans tous les courants contemporains la même force agissante : «La marche tranquille et graduelle du progrès égalitaire doit avoir vraisemblablement sur le futur immédiat des nations une action différente de celle des révolutions violentes qui se font au nom de ce même processus égalitaire. Mais je prétends que, dans un avenir plus éloigné, ces actions seront similaires. Tout d'abord un mélange paisible, l'effondrement de la discipline et le déchaînement par la suite. L'uniformité des droits et une plus grand similitude qu'auparavant de l'éducation et de la situation sociale ne détruisent pas les antagonismes d'intérêts, mais les renforcent sans doute, car les prétentions et les exigences sont semblables. On remarque également que, partout, vers la fin de l'organisation étatique, l'inégalité économique devient plus grande à mesure que se renforce l'égalité politique et civique» (5).

Bien qu'il ait considéré, en littérature, le réalisme comme désespoir et auto-castration, c'est bien à cause de son réalisme qu'il ne voulut jamais sacrifier à aucune «idée supérieure», que Leontiev a vu se refermer sur lui la porte du placard étiqueté «infréquentables».

La grande faute de Leontiev fut de dire, comme le répétait Berdiaev lui-même, que «l'homme privé de la liberté du mal ne saurait être qu'un automate du bien» ou bien encore que «la liberté du mal peut être un plus grand bien qu'un bien forcé.»

Mais... énorme mais, Berdiaev ne cessa d'essayer de convaincre, et de se convaincre, qu'il était socialiste. Cela suffit pour qu'on entrouvre, même très légèrement, la porte.

Notes
(1) Toutes les citations de Leontiev sont tirées de l'ouvrage Écrits essentiels (L'Âge d'Homme, Lausanne, 2003).
(2) Op. cit., p. 108.
(3) Op. cit., p. 139.
(4) Op. cit., p. 137.
(5) Op. cit., ibid.

L’auteur
36 ans, père de famille, chanteur et auteur breton, créateur de la “cyberevue” bretonne Nominoë et du blog Tropinka, Thierry Jolif, après avoir fondé et animé, pendant plus de dix ans l’ensemble musical Lonsai Maïkov, a étudié la civilisation celtique, le breton et l’irlandais à l’Université de Haute-Bretagne. Il a scruté et médité, durant plusieurs années, les aspects tant pré-chrétiens que chrétiens de la civilisation celtique (religion, art, musique, poésie). Orthodoxe, ayant étudié la théologie, il s’est particulièrement penché sur les aspects théologiques, mystiques et ésotériques du Graal, ainsi que sur l’étude du symbolisme chrétien, de l’écossisme maçonnique, de la philosophie religieuse russe et de l'histoire et de la mystique byzantine.
Il a collaboré aux revues Sophia (États-Unis), Tyr (États-Unis), Hagal (Allemagne), Contrelittérature (France), Terra Insubre (Italie) et est l’auteur de Mythologie celtique, Tradition celtique, Symboles celtiques et Les Druides dans la collection B-A. BA. des éditions Pardès.

vendredi, 06 décembre 2019

Ecology Viewed from the Right

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Ecology Viewed from the Right

Whatever its contemporary associations, the natural home of political ecology lies on the Right – not the false Right associated with the Republican Party in America, of course, whose conservatism is little more than a desperate and self-destructive attachment to the liberal principles of the Enlightenment, but what Julius Evola has called the True Right: The timeless devotion to order, hierarchy, and justice, entailing implacable hostility against the anarchic and disintegrating principles of the modern age.

However, while a commitment to ecological integrity has long been a mainstay of the European Right, in the United States it is typically regarded as a plank in the progressive political platform – part of its prepackaged offering of open borders, economic redistribution, and amoral individualism. The absence of any broad Right-wing consensus on environmental questions in this country is partially due to the fact that our mainstream conservative party, a tense coalition of Protestant fundamentalists and neoliberal oligarchs, has proven unable (or unwilling) to actually conserve most vestiges of traditional society. This includes the purity, wholeness, and integrity of our native land, which constitute a significant part of the American national heritage. Articulating a Rightist approach to ecology while exposing its subversion by the political Left therefore remains a necessary task, due to its invariably progressive connotations in this country.

My argument for the essential place of ecology in any program of American Restoration, as well as my ideas concerning the form it should take, will differ markedly from other well-known “conservative” approaches. It is not premised merely upon our duty to wisely conserve natural resources for future human use, nor upon the restorative power of natural beauty and recreation, nor is it a patriotic commitment to preserve the heritage of our native land. These have their place, but are subordinate to the ultimate principle of ecology rightly understood: that the natural world and its laws are a primordial expression of the cosmic order and accordingly deserve our respect. Recapturing the metaphysical and ethical outlook of the traditional world, and restoring a society in accordance with it, therefore demands a defense of the natural order from those who would seek to subvert it.

To begin, it is necessary to distinguish between the Right- and Left-wing variants of political ecology, which differ so greatly in their metaphysical foundations and political ramifications as to constitute two wholly separate approaches to ecological preservation.

Leftist or progressive ecology is essentially an outgrowth of Enlightenment ideals of liberty and egalitarianism, extended to the natural world. Progressive ecology comes in two guises. The most well-publicized is the elite, technocratic, internationalist version associated with the European Greens, the American Democratic Party, and myriad NGOs, international agencies, and celebrity advocates across the globe. When it is sincere (and not merely a power grab or a cross upon which to nail ecocidal white patriarchs), this variant of progressive ecology pins its hopes on clean energy, international accords, sustainable development, and humanitarian aid as the necessary means by which to usher in an ecologically sound society. Its symbolic issue is global warming, fault for which is assigned almost exclusively to the developed world and which can be defeated through regulations penalizing these nations for their historic sins.

The other version is more avowedly radical in its political prescriptions, and might best be understood as the ecological arm of the New Left. It finds its army among the adherents of the post-1980s Earth First! and the Earth and Animal Liberation fronts, as well as green anarchists, anarcho-primitivists, and ecofeminists; its tactics are mass demonstrations, civil disobedience, and minor acts of sabotage that are sometimes branded “eco-terrorism.” Activists subscribing to these views tend to reject civilization altogether, and work to combat its many evils – hierarchy, racism, patriarchy, speciesism, homophobia, transphobia, classism, statism, fascism, white privilege, industrial capitalism, and so on – in order to end the exploitation and oppression of all life on Earth. “Total liberation” is their rallying cry. Though drawing upon romantic primitivism and New England Transcendentalism, the philosophical foundations of Leftist ecology can be traced more directly to the ‘60s counter-culture, critical race theory, feminism, and the peace and civil rights movements.

Despite their ostensible commitment to natural preservation, both variants of Leftist ecology (for reasons discussed below) ultimately devolve into a fixation on “environmental justice” and facile humanitarianism, lacking the features of a genuinely holistic, integral ecological worldview. However, despite the apparently monolithic nature of American environmentalism, the progressive understanding of ecology is not the only one to take root in this country.

To many of its earliest prophets, such as the Romantic poets and New England Transcendentalists, as well as nineteenth-century nature philosophers and wilderness advocates, nature mysticism was the contemporary expression of a primordial doctrine, one that emphasizes natural order and a devotion to forces that transcend mankind. For men of the West, this ancient doctrine and its understanding of the cosmos are expressed, symbolically and theoretically, in the traditional Indo-European religions and their philosophical offshoots.

According to some proponents of this tradition, while primordial man – with his unfettered access to divine reality – might have possessed this wisdom in its entirely, when mankind fell from his early state, these ancient teachings receded into distant memory. They are dimly echoed in the traditional religious doctrines of the ancient world, such as the old European paganisms, Vedic Hinduism, and early Buddhism. Philosophical traces of this old wisdom can also be discerned in the metaphysics of the Pythagoreans, Neoplatonists, and Stoics.

While certain strains of Christianity have emphasized a strictly dualistic and anti-natural conception of the cosmos, this is not the only or even the predominant view. The more esoteric Christian theologians and mystics (largely Europeans influenced by their ancestral pantheism or Neoplatonism) have also regarded the natural world as an unfolding of divine reality, expressed in the theology of Franciscan and Rhineland mysticism, as well as the Christian Hermetism of the Renaissance.

Finally, to counter the development of Enlightenment liberalism, socialism, scientific materialism, and industrialism in the modern era, Romanticism and German Idealism offered a new artistic and philosophical iteration of the ancient holistic worldview, which later achieved its most radical expression in the anti-anthropocentrism of Nietzsche, Heidegger, and Robinson Jeffers.

Of course it would be an exaggeration to claim that all of these thinkers were proto-ecologists or, for that matter, even remotely concerned with the preservation of wild nature. The point is rather to understand how they all offer, in languages and concepts adapted to different cultures and epochs, a particular way of approaching one primordial truth: that the cosmos is an interconnected, organic whole, a natural order which demands our submission.

The fundamental metaphysical orientation of the traditional world, and therefore of the True Right, might be technically described as “panentheistic emanationism.” Simply put, there is an ultimate reality, a silent ground that contains and transcends all that is, known variously as God, Brahman, the Absolute, the Tao, the One, or Being. All that exists is an unfolding or emanation of this primordial oneness, from the highest deities and angels to material elements in the bowels of the Earth. While there is a hierarchy of being, all that exists has dignity insofar as it participates in this divine unfolding. Everything in the cosmos is an emanation of this transcendent reality, including all things on Earth and in heaven: the animals, the plants, the mountains, the rivers and seas, and weather patterns, as well as the biological, chemical, and ecosystemic processes that give them order and being.

This includes the race of man, which occupies a unique station in the cosmic hierarchy. Into the primordial oneness, the seamless garment that linked all other known creatures in their unbroken fealty to the natural law, human self-consciousness arose. Though partaking of the material form of other animals and “lower” orders of creation, mankind also possesses reason and self-will, introducing multiplicity into the divine unity. We find ourselves between Earth and Heaven, as it were.

On the one hand, this renders us capable of transcending the limitations of the material world and obtaining insight into higher levels of being, thereby functioning as an aspect of “nature reflecting on itself.” By the same token, unique among other known emanations of the Godhead, we are capable of acting out of self-will, violating natural law and setting ourselves and our own intelligence up as rivals to the Absolute. In addition, given our self-will, artificial desires, and unnaturally efficient means of obtaining them, humans cannot in good conscience pursue the purely natural ends of propagation, hedonism, and survival at any costs. To truly achieve his nature, to reintegrate himself into that primordial oneness from which he is presently alienated, man must transcend the merely human and align his will with that of the Absolute. Certain humans are capable of approaching this state: These are the natural aristocrats, the arhats, the saints, the Übermenschen.

Of course, given our flawed and fallen nature, most humans will remain attached to their self-will and material interests. Thus, while the religion of egalitarianism proposes a basic anthropocentrism whereby all humans are equal simply by virtue of being human, in the traditional doctrine this is negated by the fact of human inequality. As Savitri Devi observed, a beautiful lion is of greater worth than a degenerate human, given the lion’s greater conformity to the natural order and divine Eidos. For this reason, both traditional metaphysics and an ecology viewed from the Right require that we reject the sentimental humanitarianism of the modern Left, according to which each and every human life (or, indeed, non-human life, in the case of animal rights) has equal value.

An additional implication of this view is that, humans being unequal in their ability to approach the divine and to exercise power justly, social arrangements must ensure rule by the higher type. This is the essence of the tripartite Indo-European social structure; the caste system of priest, warrior, and merchant/artisan that formed the basis of traditional societies. The regression of castes characteristic of the modern world, the collapse of all traditional social structures and the enshrinement of democratic rule, does not truly mean we are self-ruled. It merely means that instead of being ruled by priestly (spiritual) or kingly (noble) values, we are ruled at best by bourgeois (economic) or at worst by plebeian (anarchic) values. The values of the bourgeois and the plebeian are invariably oriented towards comfort, pleasure, and acquisition, rather than transcendence or honor. The tripartite organization is therefore necessary in order to place a check on humanity’s most profane and destructive impulses, towards itself and towards the natural world.

The corollary to this outlook is a suspicion of the philosophical underpinnings of late modernity, with its unbridled reductionism, atomism, and purely instrumental view of man. Other sociopolitical implications follow.

Rightist ecology entails a rejection of both Marxist-Communist and neoliberal economics, the former for its egalitarian leveling and both for their reduction of man to a purely economic being. In addition to its toxicity for the human spirit, this tyranny of economics leads humans to regard the world not as the garment of God but as a mere standing reserve, a collection of resources for the satisfaction of human desires.

While advocating for technology that genuinely improves human life and lessens human impact on other species, the Right-wing ecologist rejects technology which encourages ugliness, hedonism, weakness, and feckless destruction.

While understanding the importance of cities as centers of culture and commerce, the Right-wing ecologist prefers the Italian hill town, attuned to the contours of the land, with a cathedral standing at its highest point, over the inhuman modernist metropolis or manufactured suburb.

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This ecology also entails an opposition to excessive human population growth, which threatens spiritual solitude, the beauty of the wilderness, and the space needed for speciation to continue. Quality and quantity are mutually exclusive.

Additionally, contrary to the “totalitarian” slur often employed against it, the True Right believes that difference and variety is a gift from God. Rather than viewing this as a categorical imperative to bring as much diversity as possible into one place, the right seeks to preserve cultural, ethnic, and racial distinctions. It should therefore also strive to preserve the world’s distinct ecosystems and species, as well as human diversity of race and culture, against feckless destruction by human actors (unavoidable natural catastrophes are another matter). As the world of mankind sinks into greater corruption, the natural world remains as a reflection of eternal, higher values, a unified whole unfolding in accordance with the divine order.

A possible objection bears discussion. All Indo-European beliefs, and indeed most traditional doctrines the world over, posit an inevitable end to this world. Whether it comes to a close with the Age of Iron, the Second Coming, the Age of the Wolf, or the Kali Yuga, most teach that this cosmic cycle must end in order to make way for a new one. This generally entails the destruction of the Earth and everything on it. How can this be reconciled with a Right-wing ecology, which posits a duty to preserve those vestiges of pure nature most reflective of the divine order? What, indeed, is the point, if it is all destined to be destroyed anyway?

First of all, this apocalyptic scenario is also a dogma of modern science, inescapably implied by its theories of cosmic evolution. Life on Earth will be destroyed, if not by some anthropogenic insanity then by the expansion of the Sun or the heat death of the universe. The difference is that the progressive ecologist has no abiding, objective reason to preserve the pristine and the authentic in nature beyond personal taste; no escape, in fact, from the jaws of complete subjectivity and nihilism. This is why progressive ecology typically devolves into a concern with social justice, when it is not merely a personal preference for pretty scenery or outdoor recreational opportunities.

For the ecologist of the Right, however, the end of all things human is no argument against living with honor and fighting dispassionately against the forces of disintegration and chaos. The Man Against Time may, in the long run, be destined to fail in his earthly endeavors, but that does not lessen his resolve. This is because he acts out of a sense of noble detachment – the karma yoga of the Bhagavad Gita, Lao-tzu’s wu-wei, or Meister Eckhart’s Abgeschiedenheit – whereby action flows from the purity of his being and his role in the cosmos rather than from utilitarian calculus or willful striving. Upholding the natural order demands that we defend its purest expressions: the holy, innocent, and noble among mankind, as well as the trees and wolves and rocks that were here before us, which abide in an unconscious harmony with the cosmic order to which man can only aspire.

In his commitment to live in conformity with the natural order and to uphold it against the arrogance of modern man, the Right-wing ecologist accepts the role of detached violence. Most environmentalist rhetoric one hears nowadays is couched in the effete verbiage of contemporary Leftism: rights, equality, anti-oppression, “ethics of care,” and so forth. In addition to its stronger metaphysical bent, the ecology of the Right also offers a more virile ecology, a creed of iron which disdains the technologization and overpopulation of the world because it leads to the diminishment of all life; which upholds the iron laws of nature, of blood and sacrifice, of order and hierarchy; and which is contemptuous of human hubris because of its very pettiness. It is an ecology that loves the wolf, the bear, the warrior, as well as the thunderstorm and the forest fire, for the role they play in maintaining the natural order; that wants to keep large tracts of the Earth wild and free, that cannot bear to see it rationalized, mechanized, and domesticated. It is ecology that disdains softness, ease, sentimentalism, and weakness.

The ecologist of the Right knows that “life in accordance with nature” is no Rousseauian idyll or neo-hipster imperative to “let it all hang out,” but demands stoicism, hardness, and conformity to a thousand stern laws in the pursuit of strength and beauty. This is a virile religiosity, an ascesis of action rather than mere personal salvation or extinction.

Seen in this light, ecology is a necessary feature in the restoration of traditional society. By “traditional” we mean not the free-market, family values, flag-waving fundamentalist zealotry that the term implies in twenty-first century America, but rather an outlook that is grounded upon the divine and natural order, which dictates that all things abide in their proper place. With respect to man and nature, this means that mankind must acknowledge his place in the cosmic order and his role as the guardian and self-awareness of the whole, rather than seeing himself as its tyrannical overlord. It demands the wisdom and introspection necessary to understand our role in the divine plan and to perform our duties well. It demands authenticity, recognizing the cultural and historical soil from which we emerged, and preserving the traditions and memory of our forefathers. This reverence towards the cosmic order demands that we respect its manifestation in the rocks, trees, and sky, whose beauty and power continually serve to remind us of the transcendent wisdom of the whole.

An earlier draft of this essay was published in Social Matter Magazine.

Article printed from Counter-Currents Publishing: https://www.counter-currents.com

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Faut-il quitter l'Otan ?

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Faut-il quitter l'Otan ?

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

On retrouve dans la déclaration des dirigeants de l'Otan publiée à la suite de leur réunion de Londres des 3 et 4 décembre 2019 le langage convenu qui est traditionnel dans les comptes-rendu des réunions de l'Otan.

On pourra l'examiner en détail pour voir en quoi elle diffère des dernières réunions plénières précédentes. Mais il ne faudrait pas oublier que l'Otan a été et reste mise en place par les Etats-Unis pour enrégimenter les pays européens dans la perspective d'un conflit militaire, avec l'URSS initialement, par la suite avec la Russie. 

Les Etats-Unis voulaient initialement empêcher que l'URSS, devenue aujourd'hui la Fédération de Russie ( Российская Федерация, Rossiïskaïa Federatsiïa) n'envahisse ce qu'ils considèrent encore comme leur arrière-cour, sinon leur colonie, l'Europe de l'Ouest d'abord, le continent européen tout entier aujourd'hui. Très vite, cependant, au fur et à mesure que l'Union européenne s'affirmait, ils ont voulu en faire une base avancée, diplomatique mais aussi militaire, leur permettant de provoquer sinon d'attaquer la Russie sur ses frontières occidentales.

Celle-ci s'était donné progressivement la maîtrise de l'arme nucléaire, initialement conçue par le Pentagone comme devant rester son monopole. Même si aujourd'hui d'autres Etats disposent d'armements atomiques dits à courte et moyenne portée, la Russie possède des ICBM ou missiles intercontinentaux dotés d'une tête nucléaire susceptibles de détruire les centres vitaux américains. Elle ne cesse de les perfectionner tout en se dotant de nouvelles armes aujourd'hui imparables telles que les missiles hypersoniques. 

Contre ce danger, d'ailleurs en grande partie exagéré par la propagande américaine, les Etats-Unis ont plus que jamais  besoin de l'Europe. Ils y ont établi des dizaines de bases militaires où ils abritent des contingents importants de l'US Army. Leurs navires de guerre circulent librement dans les eaux territoriales européennes. Ils comptent aussi sur l'appui que leurs donneraient contre la Russie des forces européennes aujourd'hui renforcées. 

Au delà de cet intérêt, ils ont besoin des importantes importations de matériels militaires américains auxquelles procèdent les Européens, même la France qui s'est pourtant dotée depuis les origines d'une force nucléaire indépendante. Ils tentent aujourd'hui d'utiliser l'Otan pour faciliter leurs efforts de pénétration au Sahel et plus généralement en Afrique francophone. Plus significativement et plus dangereusement pour la paix mondiale, ils s'efforcent d'obtenir de l'Otan un appui dans la crise ukrainienne, terrain où ils se trouvent loin de leurs bases.

Le vrai risque qui menace aujourd'hui les Etats Européens est la volonté de l'internationale islamique (Daesh) de mettre progressivement la main sur l'Europe. Mais les Européens ne peuvent pas compter à cet égard sur l'Otan américanisé. Ils ne devraient pas oublier que Daesh a été dès son origine financée et aidée militairement par la CIA américaine en vue d'empêcher la Russie d'augmenter son influence au Moyen Orient. Aujourd'hui encore, il est possible que les services secrets américains continuent à aider le terrorisme islamique.

La Russie aujourd'hui ne menace pas la sécurité et l'indépendance des Etats européens membres de l'Otan. Celle-ci à d'autres priorités que d' « envahir l'Europe ». Il est de plus en plus visible par contre, pour ceux qui veulent bien voir, que ce danger provient de la maîtrise quasi absolue que se sont données les entreprises numériques américaines, notamment les GAFAS, sur l'Internet occidental. Cette maîtrise se traduit par le poids écrasant pris en Europe non seulement par la  culture américaine de loisir, mais sur les réseaux numériques à haut débit et les services associés qui, dans une large mesure, tiennent les Européens en servitude.

Ceux-ci ont été empêchés par Washington de se doter de variantes de l'Internet, technologiques et culturelles, véritablement européennes de souche, si l'on peut dire. Elles leur auraient permis de figurer dans le monde numérique de demain autrement que comme des relais passifs des Etats-Unis face aux internet chinois et russes qui se mettent actuellement en place.

Si les Européens voulaient vraiment se protéger, ils conviendraient que c'est tout autant à l'égard des Etats-Unis que de la Russie qu'ils devraient le faire. Autrement dit, ils devraient se retirer de l'Otan et construire entre eux des alliances non seulement économiques mais militaires capables d'assurer leur défense contre les dangers extérieurs actuels et futurs. L'Europe, 2e puissance économique du monde, aurait largement les moyens de se doter en propre des effectifs et des matériels nécessaires. Mais les gouvernements européens, dans leur écrasante  majorité des "puppets" de Washington, ne le feront jamais.  

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Annexe

 

Déclaration de Londres publiée par les dirigeants des pays de l'OTAN à leur réunion tenue à Londres les 3 et 4 décembre 2019

  1. Aujourd'hui, nous sommes réunis à Londres, là où l'OTAN a établi son premier siège, pour célébrer le 70e anniversaire de l'alliance la plus solide et la plus réussie de l'histoire, ainsi que pour commémorer le 30e anniversaire de la chute du rideau de fer. L'OTAN garantit la sécurité du territoire de nos pays et celle de leurs citoyens, au nombre d'un milliard, ainsi que notre liberté et les valeurs que nous partageons, parmi lesquelles la démocratie, la liberté individuelle, les droits de la personne et l'état de droit. La solidarité, l'unité et la cohésion sont des principes fondamentaux de notre Alliance. Alors que nous œuvrons ensemble à prévenir les conflits et à préserver la paix, l'OTAN reste le fondement de notre défense collective et le forum essentiel pour les consultations et la prise de décision en matière de sécurité entre Alliés. Nous réaffirmons le lien transatlantique qui unit durablement l'Europe et l'Amérique du Nord, notre adhésion aux buts et principes de la Charte des Nations Unies, ainsi que notre engagement solennel, inscrit dans l'article 5 du traité de Washington, selon lequel une attaque contre un Allié est considérée comme une attaque contre nous tous.
     
  2. Nous sommes résolus à partager le coût et les responsabilités qu'implique notre sécurité, qui est indivisible. Grâce à notre engagement en matière d'investissements de défense, nous augmentons ces investissements pour nous conformer aux seuils de 2 % et de 20 % qui y sont définis, nous investissons dans de nouvelles capacités et nous fournissons plus de forces pour les missions et opérations. Les dépenses de défense hors États-Unis ont augmenté pendant cinq années consécutives ; un montant supplémentaire supérieur à 130 milliards de dollars des États-Unis est investi dans la défense. Conformément à notre engagement inscrit dans l'article 3 du traité de Washington, nous continuons de renforcer notre capacité individuelle et collective de résistance à toute forme d'attaque. Nous accomplissons des progrès appréciables. Nous devons et nous allons faire davantage.
     
  3. Nous sommes confrontés, en tant qu'Alliance, à des menaces et défis distincts, qui émanent de toutes les directions stratégiques. Les actions agressives de la Russie constituent une menace pour la sécurité euro-atlantique ; le terrorisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations demeure une menace persistante pour nous tous. Des acteurs étatiques et non étatiques mettent à mal l'ordre international fondé sur des règles. L'instabilité observée au-delà de nos frontières favorise aussi la migration irrégulière. Nous sommes confrontés à des menaces cyber et hybrides.
     
  4. L'OTAN est une alliance défensive et ne représente une menace pour aucun pays. Nous adaptons nos capacités, notre stratégie et nos plans militaires dans l'ensemble de l'Alliance conformément à notre approche à 360 degrés en matière de sécurité. Nous avons pris des décisions afin d'améliorer la disponibilité opérationnelle de nos forces pour qu'elles puissent répondre à tout moment à n'importe quelle menace, d'où qu'elle vienne. Nous restons déterminés dans notre engagement à lutter contre le terrorisme et nous agissons ensemble avec une plus grande fermeté pour en venir à bout. Nous agissons et continuerons d'agir d'une manière mesurée et responsable face au déploiement par la Russie de nouveaux missiles de portée intermédiaire, qui sont à l'origine de l'extinction du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) et qui font peser des risques importants sur la sécurité euro-atlantique. Nous intensifions notre action pour protéger nos libertés, en mer et dans les airs. Nous renforçons encore notre aptitude à assurer la dissuasion et la défense par une combinaison appropriée de capacités nucléaires, conventionnelles et de défense antimissile, que nous continuons d'adapter. Aussi longtemps qu'il y aura des armes nucléaires, l'OTAN restera une alliance nucléaire. Nous sommes pleinement attachés à la préservation et au renforcement d'un système efficace de maîtrise des armements, de désarmement et de non-prolifération, compte tenu de l'environnement de sécurité du moment. Les Alliés sont fermement attachés à la pleine mise en application du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) dans tous ses aspects, à savoir le désarmement nucléaire, la non-prolifération et les utilisations de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques. Nous restons ouverts au dialogue, et à la perspective d'établir une relation constructive avec la Russie lorsque les actions de cette dernière le permettront.
     
  5. Nous nous employons à accroître la sécurité pour tous. Nous avons renforcé les partenariats dans notre voisinage et au-delà, approfondissant le dialogue politique, le soutien et la collaboration qui s'exercent avec les pays partenaires et les organisations internationales. Nous réaffirmons notre engagement en faveur de la sécurité et de la stabilité à long terme en Afghanistan. Nous accroissons notre coopération avec l'Organisation des Nations Unies ; des progrès sans précédent sont enregistrés dans la coopération OTAN­UE. Nous sommes attachés à la politique de la porte ouverte de l'OTAN, qui renforce l'Alliance et a apporté la sécurité à des millions d'Européens. La Macédoine du Nord, présente à nos côtés en ce jour, deviendra bientôt le tout nouveau membre de notre Alliance. Nous sommes déterminés à assurer la réussite de toutes nos opérations et missions. Nous rendons hommage à tous les hommes et à toutes les femmes qui ont servi au nom de l'OTAN, et nous honorons la mémoire de tous ceux qui ont sacrifié leur vie pour préserver notre sécurité.
     
  6. Pour maintenir notre sécurité, nous devons regarder ensemble vers l'avenir. Nous prenons en compte l'éventail et l'étendue des nouvelles technologies pour conserver notre avance technologique, tout en préservant nos valeurs et nos normes. Nous continuerons d'accroître la résilience de nos sociétés, ainsi que de nos infrastructures critiques et de notre sécurité énergétique. L'OTAN et les Alliés, dans les limites de leurs compétences respectives, sont déterminés à garantir la sécurité de leurs communications, y compris la 5G, conscients de la nécessité de recourir à des systèmes sécurisés et résilients. Nous avons déclaré l'espace en tant que milieu d'opérations de l'OTAN, reconnaissant ainsi son importance s'agissant de préserver notre sécurité et de relever les défis en la matière, dans le respect du droit international. Nous étoffons nos moyens d'action face aux cyberattaques, et nous renforçons notre aptitude à assurer la préparation, la dissuasion et la défense face aux tactiques hybrides visant à porter atteinte à notre sécurité et à nos sociétés. Nous développons le rôle de l'OTAN en matière de sécurité humaine. Nous sommes conscients que l'influence croissante et les politiques internationales de la Chine présentent à la fois des opportunités et des défis, auxquels nous devons répondre ensemble, en tant qu'Alliance.
     
  7. Compte tenu de l'évolution de l'environnement stratégique, nous invitons le secrétaire général à présenter aux ministres des Affaires étrangères une proposition approuvée par le Conseil pour que soit mené, sous les auspices du secrétaire général, avec le recours à l'expertise pertinente, un processus de réflexion prospective visant à renforcer encore la dimension politique de l'OTAN, y compris la consultation.
     
  8. Nous exprimons notre gratitude au Royaume-Uni pour l'accueil généreux qui nous a été réservé. Nous nous réunirons de nouveau en 2021.
     
  9. En des temps difficiles, nous sommes plus forts de par notre Alliance, et nos populations plus en sécurité. Le lien qui nous unit et notre engagement mutuel garantissent nos libertés, nos valeurs et notre sécurité depuis 70 ans. Nous agissons aujourd'hui afin de faire en sorte que l'OTAN soit la garante de ces libertés, de ces valeurs et de cette sécurité pour les générations à venir.
 

 

 

Pierre Gripari, portrait de l’écrivain en joyeux pessimiste

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Pierre Gripari, portrait de l’écrivain en joyeux pessimiste

par Anne Martin-Conrad

(Infréquentables, 8)

Ex: http://www.juanasensio.com

Vous avez dit «infréquentable» ? Oui, bien sûr, et heureusement ! Où serait la grandeur d’un écrivain qui plairait à tout le monde ?

Gripari est né en 1925, mort en 1990 : le calcul est vite fait et vous m’avouerez qu’être fréquentable en ce siècle ce serait plutôt inquiétant. Ils sont d’ailleurs nombreux ceux qui ont été couverts d’honneurs et sur lesquels la pierre du tombeau s’est refermée lourdement : on n’en parle plus, on ne les lit plus. Il est vrai qu’on inventait alors l’intellectuel, qui devait se confondre avec l’écrivain… Peine perdue, leur compte est bon, les hommes, les idées, passent, les œuvres resteront.

Les nuages noirs qui menaçaient toute entreprise littéraire, toute réflexion à cette époque, c’était le communisme et la psychanalyse : il n’y avait pas d’autre grille de lecture. Hélas, à peine en a-t-on fini avec celles-là que d’autres se précipitent à l’horizon : la même quantité de bêtise et de conformisme pèse toujours sur le monde, sous une forme ou sous une autre. Aujourd’hui, les droits de l’homme et les bons sentiments continuent de semer la mort à tous les points cardinaux : fuyons les amoureux de l’humanité.

Des vertus requises pour réussir dans le monde littéraire de ces temps de misère, Gripari n’en avait aucune. La souplesse qui fait les carrières, la flatterie qui ménage les puissants, le dossier de subvention glissé au bon moment au bon endroit, sur le bureau qui l’attend ce n’est pas que Gripari se le refusait, c’est qu’il n’en avait aucune notion !

Dans le livre d’entretiens, Gripari mode d’emploi, son ami Alain Paucard lui dit : «Ça commence par un malentendu, ça se poursuit par un purgatoire, et ça finit par une réhabilitation !» Faut-il vraiment le souhaiter ? S’il s’agit de consensus, non : une œuvre digne de ce nom doit rester au-dessus de tout, en quelque manière infréquentable.

pg-pierrot.jpgComme dirait une femme célèbre, et largement surestimée, «on ne naît pas infréquentable, on le devient !» Mais la vie est une sorte de lutte entre un individu et le monde qui l’accueille : il naît avec quelques atouts, un noyau dur, il les confronte avec ce qui l’entoure, puis, un jour, c’est la bataille en rase campagne. Il faut conquérir l’univers… c’est un corps à corps dont il sort, éventuellement, mais rarement, une œuvre.
Gripari aimait ce thème, il le décline dans tous ses romans, Pierrot la Lune, Gripotard, Branchu, dans ses contes aussi, Le Prince Pipo, Jean-Yves sont des enfants de Wilhelm Meister. Et il ne s’agit pas de grandir pour se perdre dans la masse, mais pour accomplir une vocation, quel qu’en soit le prix. Il faut apprendre à désespérer de bonne heure, mais la mélancolie contemplative n’est pas pour lui et sa profession de foi, souvent répétée est : «la tête qui dit non, le cœur qui dit oui.»

Les années d’apprentissage de Pierre Gripari forment un socle fragile qui prépare le terrain pour une vie difficile : un père arrivé de Grèce et fraîchement naturalisé, une mère normande que l’ambition déçue amène à prendre un amant, puis à noyer le chagrin qui s’ensuit dans les alcools forts. Elle en meurt en 1941. Le père est tué sur une route de Touraine par un mitraillage allié en 1944… Les astrologues disent doctement que Gripari avait Mars dans son ciel.

Les années 40 avaient amené la famille Gripari dans un village des bords de la Loire, Saint-Dyé, et Pierre s’y retrouve seul avec son jeune frère… Ce village existe, j’y suis allée dans les années 90 : on se souvient des Gripari. Ils étaient scandaleux, infréquentables, déjà… Et Pierre qui n’aimait pas les filles ! C’est le comble.
Ce jeune homme qui a fait de bonnes études, interrompues par les événements, travaille comme dactylo chez le notaire, s’emploie l’été chez un cultivateur, joue du piano le samedi soir dans les bals. Bref, il n’y a rien à lui reprocher, mais, tout de même, il n’est pas comme tout le monde : on le lui fait savoir. Pourtant, il est communiste, selon l’air du temps, mais à sa façon sans doute.

Il écrit, mais personne ne le sait. La vie est un théâtre, dit Shakespeare, et Gripari entre déjà dans son rôle : il imagine une correspondance qui s’adresse à un inconnu rêvé et qui est signée Alceste… Grande solitude, sentiment d’exil.

Au cours de son enfance mouvementée, il avait eu recours aux livres, ceux des autres : «J’ai parlé autre part de l’émerveillement, du sentiment de fraternité joyeuse qu’ont éveillé en moi, lorsque j’étais enfant, des livres comme Croc-Blanc ou David Copperfield. J’ai retrouvé cela depuis avec Homère, Tolstoï, Gogol, Kipling, Céline… Ce qu’ils m’ont apporté n’était pas quelque chose d’accessoire, ce n’était pas du luxe, ni du superflu. C’était, c’est au contraire quelque chose d’essentiel, de vital.» Il se considère comme un héritier, à lui maintenant d’écrire, envers et contre tout.

«Je pars à l’armée en 46 avec la carte du Parti dans la poche, je la fous en l’air après avoir lu Kravtchenko, je reviens à Paris en 49, sur mes vieilles positions sceptiques, épicuriennes et pessimistes […] déclassé total, je me retrouve au milieu de gens dont la mentalité m’est totalement étrangère, snobé par mes anciens amis […] dans le quartier, au bureau, les seules personnes qui m’intéressent sont des communistes, et je reviens tout doucement à eux.»

Il travaille à la Mobil Oil, apprend le russe aux cours du soir de France URSS, tout naturellement, puisqu’il aime les livres, il exerce les fonctions de bibliothécaire pour le compte de la CGT… C’est là que les choses se gâtent : au lieu de recommander la littérature soviétique, il conseille Gogol ! Scandale… Sans compter qu’au syndicat, on n’aime pas beaucoup les «pédés».

pg-ev.jpgDans les années 50, à l’occasion d’un voyage en train vers la Grèce, où il rencontre sa famille paternelle, il traverse la Yougoslavie, voit le communisme de l’intérieur et en sort définitivement, guéri de toute espérance dans quelque système que ce soit, sur la terre comme au ciel.

Son expérience, du communisme et de ses avatars lui sera une source abondante d’inspiration… Cela nous vaut quelques nouvelles jubilatoires et le personnage émouvant de Socrate-Marie Gripotard.
Vers la fin des années cinquante, il cesse de jeter ses carnets, ses essais… Il écrit, pour le théâtre, et son premier roman, Pierrot la Lune. Et là commence sa brillante carrière d’infréquentable, en tant qu’écrivain… D’abord, il y évoque, avec une sincérité qui n’était pas de bon aloi à l’époque, son homosexualité. O, rien de scandaleux, pas de descriptions scabreuses, plutôt le trouble et la difficulté qu’il y a à le vivre. Au pire, c’était tout de même immoral, au mieux, c’était gênant… personne ne s’y retrouvait, ni les censeurs, ni les intéressés eux-mêmes.

Le récit de cette jeunesse se situait dans les années quarante… le sujet était délicat et les opinions bien tranchées. Lui raconte ce qu’il a vu, avec étonnement, avec le souci de la vérité, d’évoquer la complexité de la situation. Rien pour arranger les choses ! Dans l’après guerre, on s’installait dans le noir et blanc et nous y sommes toujours, il faut bien le dire.

Ce manuscrit se retrouva sur le bureau de Roland Laudenbach à La Table Ronde, dûment recommandé par Michel Déon qui avait été séduit par Lieutenant Tenant

Lieutenant Tenant est la première pièce jouée, en 1962… Une critique flatteuse de Jean-Jacques Gautier l’avait lancée et un reportage photo dans Paris-Match avait précipité Pierre sous les feux de la rampe (le système a parfois des faiblesses et laisse passer… Il ne peut pas tout contrôler, aussi rigide qu’il soit). Et voici que tout se gâte : après quelques semaines, le producteur trouve que la pièce est trop courte et lui demande d’ajouter une scène. Pierre refuse (on reconnaît là sa propension à être infréquentable !) Il n’a pas de vanité d’auteur, mais beaucoup d’orgueil et ne supportera jamais qu’on touche à ce qu’il écrit. Qu’à cela ne tienne, le producteur fait écrire la scène par un autre… ce que Pierre n’accepte pas, évidemment.

Cet acte de rébellion arrête net sa carrière d’auteur dramatique, et le malentendu n’est pas seulement économique et médiatique : «Ceux qui attendaient une pochade antimilitariste furent déçus. Les habitués du boulevard trouvèrent les scènes philosophiques trop lourdes. Les staliniens (russes ou chinois) du théâtre «engagé» tiquèrent devant les allusions aux Tatars de Crimée qui furent massacrés, sur l’ordre de Staline, à la libération du territoire. Et le public de l’avant-garde qui a mauvaise conscience dès qu’il ne s’ennuie pas, trouva la pièce légère.»

Il aggrave son cas en refusant de signer le fameux Manifeste des 121… Pour lui, l’Algérie sera algérienne, c’est inévitable, mais ce n’est pas une raison pour trahir les Français installés là-bas depuis des générations et à qui on a promis... Il est remarquable de voir que la plupart des thèmes qui l’ont diabolisé et qui donnaient lieu à des conflits sanglants, n’ont plus de sens aujourd’hui ! Comme la querelle du Filioque et celle des Iconoclastes, ils ne sont plus que matière d’Histoire.

Plus jamais il ne sera joué ailleurs que dans les cafés-théâtres. Pas de subventions pour lui, pas de metteur en scène qui s’y risque… Sauf Guy Moign qui créera une compagnie et montera ses textes chaque fois qu’il le pourra, mais pour qui jamais les grandes salles ne s’ouvriront.

pg-arr.jpgGripari avait écrit des contes pour la jeunesse. Il était sous contrat avec La Table ronde, l’éditeur de l’Algérie Française, qui publiait aussi des romans, mais des livres pour enfants… jamais. Les célèbres Contes de la rue Broca parurent en 1967 : un beau volume de la collection Vermillon… sans images, diffusé comme les pamphlets politiques qui faisaient la renommée de l’éditeur. Aucun succès ! Chute dans un gouffre sans fond…

C’est Jean-Pierre Rudin, libraire à Nice, qui, au début des années 70 entreprit une croisade, vendit deux mille exemplaires à lui tout seul, par la persuasion ou la terreur… Le contact était établi, hors des fameux «circuits» et les enfants le plébiscitèrent. Depuis, les Contes de la rue Broca ont refait le chemin à l’envers, investi les écoles, les bibliothèques, le ministère de l’Education nationale lui-même… Là, les choses se gâtent, car tout le monde s’en saisit et les «adapte». Une notion très dangereuse… Qui lit Perrault dans la merveilleuse version originale des Contes de ma Mère l’Oye ? Même chose pour les contes de Gripari. Lui qui travaillait scrupuleusement le rythme, le choix des mots, se voit souvent attaqué par toute sorte de prédateurs-adaptateurs et autres simplificateurs : c’est la rançon du succès.

Je disais bien qu’être trop fréquentable, c’est un autre genre de malédiction ! Mais rassurons-nous, c’est la seule partie de son œuvre qui trouve grâce aux yeux du monde tel qu’il est.

À la fin de ces années 60, les malentendus étaient donc déjà bien installés. Comme il est passé du communisme à la fréquentation d’un milieu de droite, à cause de son éditeur, et qu’il s’y est fait des amis, c’est un traître de la pire espèce. Ou bien, comme un esprit libre est vraiment infréquentable dans tous les mondes possibles, cela arrange le milieu littéraire, théâtral, journalistique de le cataloguer ainsi. En fait, Gripari n’est pas un idéologue, c’est un moraliste, il le dit, l’écrit et le montre : «Moi, je suis un individualiste discipliné, qui paie ses impôts, jette ses papiers dans les corbeilles, afin que l’État lui foute la paix sur tout le reste.»

C’est à ce moment-là que je l’ai connu. Il était solide comme un roc : il écrivait et tout le reste était secondaire. C’était sa force. Pour se loger et se nourrir (très mal !) il continuait de faire des petits travaux de bureau qui l’occupaient à mi-temps et lui laissaient la tête libre. Vivant comme un moine, il n’était embarrassé de rien : pas de voiture, pas de télé, pas de radio, même pas de livres ou presque, car il en achetait quelquefois qu’il donnait aussitôt lecture faite. Quand ses amis, cherchant à l’aider, lui offraient un objet quelconque ou un vêtement, il remerciait gentiment et s’en débarrassait immédiatement, trouvant toujours plus pauvre ou plus intéressé que lui.

Cet état de pauvreté consenti lui donnait une apparence un peu particulière qui le rendait encore infréquentable à une autre échelle : celle des relations sociales. Il allait en sandales, à grandes enjambées, le pantalon attaché avec une ficelle, un «anorak» informe jeté sur les épaules. Le luxe qu’il s’accordait, dès qu’il le pouvait, c’était l’opéra, un lieu où il faisait certainement sensation, mais quant au répertoire il le connaissait certainement mieux que la plupart des spectateurs qu’il y côtoyait.

Mais c’était un si joyeux compagnon, si cultivé, si drôle, si original qu’il était souvent invité à dîner. Il se mettait à table avec grand appétit, riait à gorge déployée, racontait une histoire aux enfants, flattait les animaux de la maison, et si par hasard il y avait un piano, il jouait des rengaines (son répertoire de pianiste de bal) entrecoupées de leitmotive des opéras de Wagner. Après quoi, tout le monde faisait silence et il nous lisait un texte fraîchement écrit.

mechant-dieu-77c63.jpgEn 1969, La Table ronde renonce à publier cet auteur par trop atypique… Dans les deux années qui suivent, il sera refusé par dix-sept éditeurs. Ne nous privons pas d’en faire la liste : Gallimard, Flammarion, Albin Michel, Bourgois, Julliard, Le Seuil, Belfond, José Corti, Balland, Fayard, Denoël, Laffont, Grasset, Losfeld, Stock, Mercure de France, Marabout… Il est à noter que parmi eux, il en est de grands et qui ont du flair : il est à craindre que les refus émanèrent de lecteurs plus soucieux du politiquement correct que de la valeur littéraire.

On les comprend, je veux dire qu’on comprend leur prudence, ils avaient une mission : faire tenir debout l’aveuglement idéologique sous toutes ses formes, soutenir coûte que coûte le progrès, le féminisme, la psychanalyse, la décolonisation, mai 68, Mao… C’est que Gripari n’y allait pas par quatre chemins. «Il ne faut jamais faire de concession, les concessions, c’est comme le crime : ça ne paye pas», disait-il et il savait bien qu’il n’avait plus rien à perdre… «Si ces cons-là n’en veulent pas, (il parlait de ses manuscrits), ils peuvent m’étouffer, me faire crever, d’accord, mais ce sera tant pis pour eux d’abord. C’était quand même tragique, parce que, quand on n’est pas publié, on est moins motivé à écrire. On a beau dire, quand le débouché n’existe pas… Je me suis vraiment senti menacé d’asphyxie, de mort lente, d’assassinat». Cette douloureuse expérience nous vaut une description à la manière de Balzac du milieu éditorial dans Histoire de Prose. Il était catalogué : mécréant, fasciste, provocateur. Le pire, le plus insupportable est qu’il n’attaquait pas de front, il n’opposait pas une idée à une autre, il détournait tout en ironie, en rêve, en drôlerie.

Il ne disait pas «Dieu n’existe pas !», il disait «On ne sait pas pourquoi les hommes ont tant besoin de son existence !» Dieu est le personnage principal de l’œuvre de Gripari. Il est partout, dans les romans, les nouvelles, les poèmes, de même que Jésus, la Vierge et le Saint-Esprit., A tel point que dans les pays très catholiques, comme l’Espagne ou la Hongrie, on n’a pas souhaité publier le Petit Jéhovah ou le Gentil petit diable.

L’Histoire du méchant Dieu, son exégèse biblique à lui, a de quoi énerver le chrétien sincère ou pratiquant, ou tout simplement l’amoureux de juste mesure, mais L’Évangile du Rien, une anthologie de textes sacrés ou mystiques est un très beau livre, une sorte de bible nihiliste. La fin, la disparition des dieux dans son roman posthume, Monoméron, dont c’est le sujet, arrache des larmes au matérialiste le plus endurci.

Il aimait la Bible, comme il aimait les poèmes homériques. L’Éternel le fascinait, alors que, pour lui, le Jésus des Évangiles était «un personnage littéraire peu crédible»… Et si vous êtes intrigués par des personnages tels que le nain Dieu, le géant Jésus, Sainte Épicure et la déesse Bonne Mère, les clés sont dans le roman Le Conte de Paris. L’un de ses amis, religieux traditionaliste notoire, officiant à Saint-Nicolas du Chardonnet, pouvait dire avec humour mais non sans vérité : «Si Dieu n’existait pas, je me demande ce qu’il aurait raconté !».

Il n’en ratait pas une : dans les années 70, Bettelheim avait décrété que les contes de fées n’étaient pas démocratiques et qu’il ne fallait plus de rois, ni de princesses. Gripari ignorait l’oukase et continuait d’en écrire. C’est sans doute cet épisode auquel il avait été confronté qui lui donna l’idée de Patrouille du Conte. Une patrouille doit moraliser les contes : le loup ne peut plus manger la grand mère, l’ogre doit opter pour un régime végétarien… Heureusement, l’entreprise tourne mal et les contes retrouvent la délicieuse cruauté qui réjouit les enfants et nous laisse à tous d’excellents souvenirs.

Il avait pris le pli du paradoxe, du pas de côté, tout lui était bon pour renverser les situations et les fameuses «valeurs». Malgré son goût des hommes, Gripari n’avait rien d’un misogyne. Il était simplement irrité et amusé par les slogans féministes. Il leur préférait la franche et joyeuse guerre des sexes et son Roman Branchu illustre le sujet avec allégresse. Ses histoires ne se terminent jamais par un mariage heureux et il y a peu de femmes, sauf les déesses mères, dans son œuvre : «L’amour fin en soi, l’amour fou, l’amour sauveur du monde m’inspirent la même méfiance, la même gaieté amère, la même agressivité goguenarde que la joie du martyre.» Lisez que, même si on remplace la femme par un homme, la question de fond est que, pour accomplir une œuvre, il faut s’y engager, il faut être seul et libre de toute pesanteur affective ou matérielle.
Tout cela ne fait pas un gros dossier de presse ! Et quand un journaliste aventureux chronique les Contes, encore aujourd’hui, il ne manque pas de prendre les précautions d’usage, disant que son œuvre pour adultes sent le soufre. Le jour où Jacques Chancel l’invita pour la célèbre émission Radioscopie, en 1979, il fut rappelé à l’ordre par la LICA… Gripari s’était livré à quelque plaisanterie saugrenue sur le racisme !

Les dix dernières années de sa vie, il participa à une émission de radio qui consistait en des exercices littéraires dans le style de l’Oulipo. Il y était très apprécié des auditeurs, car, non seulement, il excellait dans ces jeux «de potache, de matheux en goguette», disait-il, mais il était très drôle et apportait une animation très personnelle… Là aussi, rien n’arrêtait une boutade ou une plaisanterie de telle sorte que le producteur de l’émission nourrissait à chaque enregistrement de légitimes inquiétudes.

pg-7.jpgEn 1975, Grasset Jeunesse commence à publier tout ce qu’il écrit pour les enfants, réédite en albums très bien illustrés par Lapointe les Contes de la rue Broca et les Contes de la Folie-Méricourt. Dans le courant des années 80, il pourra vivre de sa plume… toujours comme un ascète, mais en tous cas, libre de son temps.
À auteur infréquentable, éditeurs infréquentables, en tous cas hors du système éditorial, commercial, médiatique : enfin, il les rencontre ! D’abord en 1972, Robert Morel, chrétien de gauche, installé dans les Hautes Alpes, qui laissera un catalogue de livres reliés, très originaux, publiera Les Rêveries d’un Martien en exil (des nouvelles), et Gueule d’Aminche (un polar méditerranéen inspiré de l’épopée de Gilgamesh) puis s’empressera de faire faillite.

Enfin, en 1974, il rencontre Vladimir Dimitrijevic, le fondateur de L’Âge d’Homme, l’éditeur des dissidents russes, qui deviendra son ami. Désormais, tout ce qu’il écrit sera édité : poésie, théâtre, romans, essais, nouvelles…

Gripari est mort jeune, je veux dire qu’il avait encore des histoires à raconter et en ce XXIe siècle déjà bien engagé, il est toujours un auteur inconnu. Ceux qui l’ont rencontré, qui l’ont lu, qui ont parlé avec lui, l’ont trouvé très fréquentable, amical, généreux, courtois et bienveillant.

Rue de la Folie Méricourt, sa dernière adresse, il déjeunait «en dessous» de sa chambre, chez Dany. C’était une gargote où il y avait encore des habitués ronds de serviette, employés, ouvriers, artisans qui travaillaient dans le quartier. Certains jours, il y avait les déménageurs qui sont immortalisés dans l’un de ses contes… Le chien dormait sous le bar, le saucisson beurre, les harengs à l’huile et les plats en sauce étaient promptement dévorés. Et c’était un spectacle réjouissant de voir Pierre Gripari causant avec tout le monde, racontant, riant, chantant, commentant les nouvelles et les résultats sportifs. Ici, son élégance toute personnelle ne choquait personne. Non, il n’était pas du tout infréquentable,

«Il faut des malheurs pour que naissent et s’épanouissent les héros» dit le poète. Pierre Gripari a connu l’adversité, l’injustice et l’incompréhension. Jamais il ne s’est incliné, jamais il n’a remis en question l’idée qu’il se faisait de la grandeur de son métier : écrivain, raconteur d’histoires.

C’est la Mort, la Faucheuse, qui l’a trouvé très fréquentable, et un peu trop tôt.

On est complice de ce qui arrive, Gripari marchait joyeusement dans les flaques en ayant la tête levée vers les étoiles.

Heureusement il a rencontré ses frères, lecteurs, éditeur.

L'auteur
Anne Martin-Conrad, née en 1941, autodidacte, a eu de nombreuses activités professionnelles, parmi lesquelles celles de journaliste et libraire. Elle a accueilli Pierre Gripari dans sa librairie-théâtre en 1967 et a fait partie de son cercle d'amis jusqu'à sa mort, puis elle a animé l'Association des Amis de Pierre Gripari pendant dix ans. Elle a publié un Dossier H aux éditions L'Âge d'Homme et un Gripari dans la collection Qui suis-je ? (en collaboration avec Jacques Marlaud) chez Pardès en 2010.

jeudi, 05 décembre 2019

Comprendre ce que fait Donald Trump

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Comprendre ce que fait Donald Trump

par Sylvain Laforest

Ex: https://echelledejacob.blogspot.com

Le moment est venu de comprendre ce que fait Donald Trump et de décrypter l’ambigüité de la manière dont il le fait. Le controversé président a un agenda beaucoup plus clair qu’on ne peut l’imaginer sur la politique étrangère et les affaires intérieures, mais puisqu’il doit rester au pouvoir ou même en vie pour atteindre ses objectifs, sa stratégie est si raffinée et subtile que presque personne ne la comprend. Son objectif global est si ambitieux qu’il emprunte des courbes elliptiques aléatoires pour aller du point A au point B, en utilisant des méthodes qui déconcertent les gens sur leur compréhension de l’homme. Cela inclut la plupart des journalistes indépendants et les analystes alternatifs, comme les grands médias occidentaux propagateurs de fausses nouvelles et une grande majorité de la population.

En ce qui concerne sa stratégie, je pourrais faire une analogie rapide et précise avec les médicaments : la plupart des pilules sont destinées à guérir un problème, mais elles sont accompagnées de toute une série d’effets secondaires. Eh bien, Trump utilise ces médicaments uniquement pour leurs effets secondaires, alors que la première intention de la pilule est ce qui le maintient au pouvoir et en vie. À la fin de cet article, vous verrez que cette métaphore s’applique à presque toutes les décisions, actions ou déclarations qu’il a faites. À partir du moment où vous comprendrez Trump, vous serez en mesure d’apprécier l’extraordinaire mandat présidentiel qu’il accomplit, comme aucun prédécesseur n’a jamais été proche de le faire.

Pour commencer, clarifions le seul aspect de sa mission qui est sans détour et terriblement direct : il est le premier et seul président US à s’être jamais attaqué au pire défaut collectif de l’humanité, soit son ignorance totale de la réalité. Parce que les médias et l’éducation sont tous deux contrôlés par la poignée de milliardaires qui dirigent la planète, nous ne savons rien de notre histoire qui a été tordue à sec par les vainqueurs, et nous ne savons absolument rien sur notre monde actuel. En entrant dans l’arène politique, Donald a popularisé l’expression « fake news » (fausses nouvelles) pour convaincre les citoyens US, tout comme la population mondiale, que les médias mentent toujours. L’expression est maintenant devenue banale, mais réalisez-vous à quel point il est choquant de constater que presque tout ce que vous pensez savoir est totalement faux ? Les mensonges médiatiques ne couvrent pas seulement l’histoire et la politique, mais ils ont façonné votre fausse perception sur des sujets comme l’économie, l’alimentation, le climat, la santé; sur tout. Et si je vous disais que nous savons exactement qui a tiré sur JFK depuis le monticule herbeux, que la connaissance préalable de Pearl Harbor a été prouvée en cour, que l’effet de serre du CO2 est scientifiquement absurde, que notre argent est créé par des prêts de banques qui n’ont même pas les fonds, ou que la science démontre avec une certitude absolue que le 11 septembre fut une opération interne américaine ? Avez-vous déjà entendu parler d’un journaliste mainstream, d’un documentaire de PBS ou d’un professeur d’université parlant de tout cela ? 44 présidents se sont succédés sans jamais soulever un mot de cet énorme problème, avant que le 45ème n’arrive. Trump comprend que la libération des gens de cette profonde ignorance est le premier pas vers la liberté totale, or il a immédiatement commencé à appeler les journalistes mainstream par ce qu’ils sont : des menteurs pathologiques.

« Des milliers de professionnels de la santé mentale sont d’accord avec Woodward et l’auteur de l’article d’opinion du New York Times : Trump est dangereux » – Bandy X. Lee, The Conversation 2018

« La question n’est pas de savoir si le Président est fou, mais s’il est fou comme un renard ou fou comme un fou » – Masha Gessen, The New Yorker 2017

Soyons clairs : pour l’establishment, Trump n’est nullement déficient, mais il est plutôt considéré comme le destructeur potentiel de leur monde. Depuis qu’il a emménagé à la Maison-Blanche, Trump a été dépeint comme un narcissique, un raciste, un sexiste et un climato-sceptique, chargé d’un passé louche et affublé de troubles mentaux. Même si environ 60% des Américains ne font plus confiance aux médias, plusieurs ont avalé l’histoire que Trump pourrait être cinglé ou inapte à diriger, et les statistiques sont encore plus élevées à l’extérieur des États-Unis. Bien sûr, Donald ne fait rien de spécial pour changer la perception profondément négative que tant de journalistes et de gens ont de lui. Il est ouvertement scandaleux et provocateur sur Twitter, il apparait impulsif et même stupide la plupart du temps, agit de façon irrationnelle, ment tous les jours, et distribue des sanctions et des menaces comme si c’était des bonbons sortis de la hotte d’un elfe dans un centre commercial en décembre. D’emblée, on peut détruire un mythe médiatique persistant : l’image que projette Trump est autodestructrice, et c’est exactement le contraire dont les pervers narcissiques agissent, puisqu’ils veulent être aimés et admirés par tous. Donald ne se soucie tout simplement pas que vous l’aimiez ou non, ce qui fait de lui l’ultime anti narcissique, par sa définition psychologique de base. Et ce n’est même pas ouvert aux opinions, c’est un fait tout simple et indéniable. 

Son plan général se dégage d’une de ses devises préférées : « Nous redonnerons le pouvoir au peuple » , parce que les États-Unis et leur toile impérialiste tissée à travers le monde ont été entre les mains de quelques banquiers mondialistes, industriels militaires et des multinationales depuis plus d’un siècle. Pour accomplir sa mission, il doit mettre fin aux guerres à l’étranger, ramener les soldats à la maison, démanteler l’OTAN et la CIA, prendre le contrôle de la Réserve Fédérale, couper tout lien avec les alliés étrangers, abolir le système financier Swift, démolir le pouvoir de propagande des médias, drainer le marais de l’État Profond qui dirige les agences d’espionnage et neutraliser le gouvernement parallèle qui se tapis dans les bureaux du Conseil des Relations Étrangères et de la Commission Trilatérale. Bref, il doit détruire le Nouvel Ordre Mondial et son idéologie mondialiste. La tâche est immense et dangereuse, c’est le moins qu’on puisse dire. Heureusement, il n’est pas seul.

Avant d’aborder ses tactiques et techniques, nous devons en savoir un peu plus sur ce qui se passe réellement dans le monde. 
 

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La puissante Russie

Depuis Pierre le Grand, toute l’histoire de la Russie est une démonstration permanente de sa volonté de maintenir son indépendance politique et économique vis-à-vis des banques internationales et de l’impérialisme, poussant cette grande nation à aider de nombreux autres pays à conserver leur propre indépendance. Par deux fois, la Russie a aidé les États-Unis contre l’Empire britannique/Rothschild, d’abord en les soutenant ouvertement pendant la guerre d’Indépendance, puis encore pendant la guerre civile, alors que Rothschild finançait les Confédérés pour démanteler la nation et la ramener sous la coupe de l’Empire colonial Britannique. La Russie a également détruit Napoléon et les Nazis, tous deux financés par des banques internationales comme outils pour écraser des nations économiquement indépendantes. L’indépendance est dans l’ADN russe. Au terme de presque une décennie d’oligarchie occidentale ayant pris le contrôle de l’économie russe après la chute de l’URSS en 1991, Poutine a pris le pouvoir et a immédiatement drainé le marais russe. Depuis lors, chacune de ses actions vise à détruire l’Empire US, ou l’entité qui a remplacé l’Empire Britannique en 1944, qui est aussi la dénomination non-associée aux théories de la conspiration du Nouvel Ordre Mondial. Ce nouvel empire est fondamentalement le même modèle des banques centrales, avec juste un groupe légèrement différent de propriétaires qui ont changé l’Armée royale Britannique pour l’OTAN, comme Gestapo mondiale.

Jusqu’à l’arrivée de Trump, Poutine luttait seul contre le Nouvel Ordre Mondial dont l’obsession séculaire est le contrôle du marché mondial du pétrole, puisque le pétrole est le sang qui coule dans les veines de toute l’économie mondiale. Le pétrole a mille fois plus de valeur que l’or. Les cargos, les avions et les armées ne fonctionnent pas avec des batteries. Par conséquent, pour contrer les mondialistes, Poutine a mis au point les meilleurs systèmes de missiles offensifs et défensifs, de sorte que la Russie peut désormais protéger tous les producteurs de pétrole indépendants comme la Syrie, le Venezuela et l’Iran. Les banquiers centraux et le gouvernement de l’ombre US s’accrochent toujours à leur plan mourant, car sans une victoire en Syrie, il n’y a pas d’élargissement d’Israël, mettant ainsi fin au fantasme centenaire d’unir la production pétrolière du Moyen-Orient entre les mains du Nouvel Ordre Mondial. Demandez à Lord Balfour si vous avez le moindre doute. C’est ça le véritable enjeu de la guerre de Syrie, il ne s’agit rien de moins que d’y arriver ou de mourir.
 
Un siècle de mensonges

Maintenant, parce qu’un gouvernement de l’ombre commande directement la CIA et l’OTAN au nom des banques et des industries, Trump n’a aucun contrôle sur l’appareil militaire. L’État Profond est un chapelet de fonctionnaires permanents gouvernant Washington et le Pentagone qui ne répondent qu’à leurs ordres. Si vous croyez toujours que c’est le « Commandant en chef » qui commande, expliquez pourquoi chaque fois que Trump ordonne de se retirer de Syrie et d’Afghanistan, des troupes supplémentaires arrivent ? Au moment où j’écris ce texte, les troupes US et de l’OTAN se sont retirées des zones kurdes, se sont rendues en Irak et sont revenues avec du matériel plus lourd autour des réserves pétrolières de la Syrie. Donald doit encore drainer le marais avant que le Pentagone n’écoute ce qu’il dit. Trump devrait être outré et dénoncer à haute voix que le commandement militaire ne se soucie pas de ce qu’il pense, mais cela déclencherait un chaos inimaginable, et peut-être même une guerre civile aux États-Unis, si les citoyens qui possèdent environ 393 millions d’armes dans leurs maisons apprenaient que des intérêts privés sont en charge de l’armée. Cela soulèverait également une question très simple, mais dramatique : « Quel est exactement le but de la démocratie ? » Ces armes domestiques sont les barrières de titane qui protègent la population d’un Big Brother totalitaire.

Il faut se rendre compte à quel point l’armée US et les agences d’espionnage se donnent du mal pour créer des opérations sous faux-drapeau (false flags) depuis plus d’un siècle, de sorte que leurs interventions semblent toujours justes, au nom de la promotion de la démocratie, des droits humains et de la justice sur la planète. Ils ont fait sauter le navire Maine en 1898 pour entrer dans la guerre hispano-étasunienne, puis le Lusitania en 1915 pour entrer dans la Première guerre mondiale. Ils ont poussé le Japon à attaquer Pearl Harbor en 1941, étaient au courant de l’attaque 10 jours à l’avance et n’ont rien dit à la base hawaïenne. Ils ont inventé une agression de torpilles nord-vietnamiennes contre leurs navires dans la baie du Tonkin pour justifier l’envoi de soldats sur le sol vietnamien. Ils ont inventé une histoire de soldats irakiens détruisant des pouponnières pour envahir le Koweït en 1991. Ils ont inventé des armes de destruction massive pour attaquer de nouveau l’Irak en 2003 et ont organisé l’opération du 11 septembre 2001 pour déchirer la Constitution de 1789, attaquer l’Afghanistan et lancer une guerre interminable contre le terrorisme. Ce masque de vertu totalement factice doit être préservé pour contrôler l’opinion des citoyens US et leur arsenal domestique, qui doivent croire qu’ils portent les chapeaux blancs des cowboys de la démocratie.
 

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Or, comment Trump a-t-il réagi quand il a appris que les troupes US revenaient en Syrie ? Il a répété encore et encore dans chaque interview et déclaration que « nous avons sécurisé les champs pétroliers de Syrie », et a même ajouté « je pense envoyer Exxon dans la région pour s’occuper du pétrole syrien.» Les néoconservateurs, les sionistes et les banques étaient ravis, mais le reste du monde est outré, car la grande majorité ne comprend pas que Trump avale cette pilule uniquement pour ses effets secondaires. Sur le flacon est écrit en petits caractères que « l’utilisation de cette drogue pourrait forcer les troupes US-OTAN à quitter la Syrie sous la pression de la communauté mondiale unie et de la population US ahurie ». Trump a rendu la situation insoutenable pour l’OTAN de rester en Syrie, et la façon dont il a répété cette position profondément choquante et politiquement incorrecte dévoile clairement sa véritable intention. Il a détruit plus d’un siècle de fausses vertus en une seule phrase.

Trump est une anomalie historique

Trump n’est que le quatrième président dans l’histoire des États-Unis à se battre pour le peuple, contrairement aux 41 autres qui ont principalement canalisé l’argent du peuple dans un pipeline de dollars aboutissant dans des banques privées. Il y a d’abord eu Andrew Jackson qui fut tiré à bout pourtant après avoir détruit la Second Bank des États-Unis, qu’il accusait ouvertement d’être contrôlée par les Rothschild et la City de Londres. Puis, Abraham Lincoln fut assassiné après avoir imprimé ses « greenbacks » (billets verts), monnaie nationale que l’État a émise pour payer les soldats parce que Lincoln refusait d’emprunter des Rothschild à 24% d’intérêt. Ensuite, il y a eu JFK, qui a été tué pour une douzaine de raisons qui allaient toutes à l’encontre des profits des banques et de l’industrie militaire, et maintenant Donald Trump qui vocifère qu’il va « rendre l’Amérique au peuple ».

Comme la plupart des hommes d’affaires, Trump déteste les banques, pour le pouvoir formidable qu’elles ont sur l’économie. Il suffit de jeter un coup d’œil au livre unique d’Henry Ford, « The International Jew », pour découvrir sa méfiance et sa haine profondes envers les banques internationales. Les entreprises de Trump ont beaucoup souffert à cause de ces institutions qui vous vendent un parapluie, pour le reprendre dès qu’il se met à pleuvoir. Le contrôle des banques privées sur la création monétaire et les taux d’intérêt, à travers chaque banque centrale de presque tous les pays, est un pouvoir permanent sur les nations, bien au-delà du cycle éphémère des politiciens. En l’an 2000, ces pillards de nations n’étaient plus qu’à quelques pas de leur rêve totalitaire planétaire, mais deux détails subsitaient : Vladimir Poutine et 393 millions d’armes US. Puis est arrivé Donald au visage orange, la dernière pièce du puzzle dont nous, le peuple, avions besoin pour mettre fin à 250 ans de l’empire des banques.

Techniques et tactiques

Au début de son mandat, Trump a naïvement tenté l’approche directe, en s’entourant de rebelles de l’establishment comme Michael Flynn et Steve Bannon, puis en aliénant chacun de ses alliés étrangers, déchirant leurs traités de libre-échange, imposant des taxes sur les importations et les insultant en pleine face lors des rencontres du G7 de 2017 et de 2018. La réaction fut forte et tout le monde s’est mis à focaliser sur l’absurdité du Russiagate, qui semblait la seule option pour arrêter l’homme sur son chemin de la destruction du mondialisme. Comme on pouvait s’y attendre, l’approche directe n’a mené nulle part ; Flynn et Bannon ont dû partir, et Trump fut emmêlé dans une poignée d’enquêtes lui faisant réaliser qu’il n’obtiendrait rien avec la transparence. Il devait trouver un moyen d’anéantir les personnes les plus dangereuses de la planète, mais en même temps, rester au pouvoir et en vie. Il fallait devenir plus malin.

C’est à ce moment que son génie a explosé sur le monde. Il a complètement changé sa stratégie et son approche, a commencé à prendre des décisions absurdes et à tweeter des déclarations scandaleuses. Aussi menaçantes et dangereuses que certains d’entre elles puissent paraitre, Trump ne les a pas verbalisées pour leur signification au premier degré, mais visait plutôt leurs effets secondaires. Et sans se soucier de ce que les gens pensaient de lui, car seuls les résultats comptent à la fin. Il a même joué au bouffon sur Twitter, avait l’air naïf, fou ou carrément idiot, peut-être dans l’espoir de faire croire qu’il ne savait pas ce qu’il faisait, et qu’il ne pouvait pas être si dangereux. Trump qui était déjà politiquement incorrect, a poussé beaucoup plus loin pour montrer l’horrible visage que les États-Unis cachent derrière leur masque.
 
Le premier test de sa nouvelle approche fut d’arrêter le danger croissant d’une attaque et d’une invasion de la Corée du Nord par l’OTAN. Trump a insulté Kim Jung-Un sur Twitter, l’a appelé Rocket Man et a menacé de nucléariser la Corée du Nord au ras du sol. Son ire s’est déchainée pendant des semaines, jusqu’à ce que tout le monde s’aperçoive que ce n’étaient pas là de bonnes raisons pour attaquer un pays. Il a paralysé l’OTAN. Trump a ensuite rencontré Rocket Man, et ils ont marché dans le parc avec la naissance d’une belle amitié, riant ensemble, tout en n’accomplissant absolument rien dans leurs négociations, car ils n’ont rien à négocier. Beaucoup parlaient du prix Nobel de la paix, parce que beaucoup ne savent pas qu’il est généralement remis pour blanchir des criminels de guerre comme Obama ou Kissinger.

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Puis ce fut le tour du Venezuela. Trump a poussé sa tactique un peu plus loin, pour s’assurer que personne ne puisse soutenir une attaque contre le pays libre. Il a mis les pires néoconservateurs disponibles sur l’affaire: Elliott Abrams, anciennement condamné pour conspiration dans l’affaire Iran-Contras dans les années ’80 et John Bolton, célèbre belliciste au premier degré. Trump a ensuite confirmé Juan Guaido comme son choix personnel pour la présidence du Venezuela; une marionnette vide si stupide qu’il ne peut même pas comprendre à quel point on l’utilise. Une fois de plus, Trump a menacé de réduire le pays en cendres, tandis que la communauté mondiale désapprouvait le manque total de subtilité et de diplomatie dans le comportement de Trump, avec pour résultat final que le Brésil et la Colombie ont reculé en déclarant qu’ils ne voulaient rien avoir à faire avec une attaque sur le Venezuela. La prescription de Trump n’a laissé que 40 pays satellites dans le monde, avec des présidents et des premiers ministres suffisamment dénués de cervelle pour soutenir timidement Guaido le bouffon. Donald a coché la case à côté du Venezuela sur sa liste, et a continué de défiler vers le bas.

Puis vinrent les deux cadeaux à Israël : Jérusalem en tant que capitale, et le plateau du Golan syrien en tant que possession confirmée. Netanyahou qui n’est pas le crayon le plus aiguisé dans le coffre a sauté de joie, et tout le monde criait que Trump était un sioniste. Le véritable résultat fut que l’ensemble du Moyen-Orient s’est uni contre Israël, que plus personne ne peut soutenir. Même leur complice historique, l’Arabie Saoudite, a dû désapprouver ouvertement cette lourde gifle à l’Islam. Les cadeaux jumeaux de Trump étaient en fait des coups de poignard dans le dos de l’État d’Israël, dont l’avenir ne semble pas très prometteur, puisque l’OTAN devra bientôt quitter la région. Case cochée à nouveau.

Alors que la réalité s’installe

Mais ce n’est pas tout ! Avec son absence de contrôle sur l’OTAN et l’armée, Trump est très limité dans ses actions. À première vue, la multiplication des sanctions économiques contre des pays comme la Russie, la Turquie, la Chine, l’Iran, le Venezuela et d’autres pays semble dure et impitoyable, mais la réalité de ces sanctions a poussé ces pays hors du système financier Swift conçu pour maintenir les pays esclaves dans l’hégémonie du dollar, et ils glissent tous entre les mains des banques internationales. Elles ont forcé la Russie, la Chine et l’Inde à créer un système alternatif de paiements commerciaux basé sur les monnaies nationales, au lieu du dollar tout-puissant. La réalité bipolaire du monde est maintenant officielle, et avec ses prochaines sanctions à venir, Trump poussera encore plus de pays hors du système Swift pour rejoindre l’autre camp, au moment où d’importantes banques commencent à tomber en Europe.

Même dans l’ouragan politique entourant Trump, il trouve encore le temps d’afficher son humour arrogant presque enfantin. Regardez sa dernière moquerie grandiose d’Hillary Clinton et de Barrack Obama, alors qu’il s’est assis avec des généraux aux traits tendus, pour prendre une photo dans une « salle de situation » alors qu’ils simulaient la surveillance de la mort de Baghdadi quelque part où il ne pouvait pas être, exactement comme ses prédécesseurs criminels l’ont fait il y a longtemps avec le faux assassinat de Ben Laden. Il a même poussé la blague jusqu’à ajouter les détails d’un chien reconnaissant le faux calife de Daesh en reniflant ses sous-vêtements. Maintenant que vous comprenez qui est vraiment Trump, vous serez également en mesure d’apprécier le spectacle, dans toute sa splendeur et sa vraie signification.

« Nous avons sécurisé les champs de pétrole de Syrie.» Avec cette courte phrase, Trump joint sa voix à celle du Général Smedley Butler qui fit vibrer le monde il y a 80 ans avec un petit livre intitulé « La Guerre est un racket.» Piller et voler du pétrole n’est certainement pas aussi vertueux que de promouvoir la démocratie et la justice. Ce qui m’étonne, ce sont ces nombreux journalistes et analystes « alternatifs », qui connaissent sur le bout des doigts tous les problèmes techniques dans l’histoire officielle du 11 septembre, ou la réalité scientifique de l’absurde réchauffement climatique anthropique, mais qui n’ont toujours aucune idée de ce que fait Trump, 3 ans après le début de son mandat, car ils ont été convaincus par les grands médias que Trump était un malade mental.

 
Pour ceux qui doutent encore du programme de Trump, croyez-vous vraiment que l’implosion évidente de l’impérialisme US sur la planète soit une coïncidence ? Croyez-vous toujours que c’est à cause de l’influence russe sur les élections de 2016 que la CIA, le FBI, tous les médias, le Congrès US, la Réserve Fédérale, le Parti Démocrate et la moitié belliciste des républicains travaillent contre lui et tentent même de le destituer ? Comme la plupart de ce qui sort des médias, la réalité est exactement le contraire de ce que l’on vous dit : Trump est peut-être l’homme le plus dévoué qui ait jamais mis les pieds dans le bureau ovale. Et certainement le plus ambitieux et politiquement incorrect. 

Conclusion

Le monde changera radicalement entre 2020 et 2024. Le deuxième et dernier mandat de Trump coïncide avec le dernier mandat de Poutine en tant que Président de la Russie. Il se peut qu’il n’y ait pas une autre coïncidence comme celle-ci avant très longtemps, et les deux savent que c’est maintenant, ou peut-être jamais. Ensemble, ils doivent mettre fin à l’OTAN, à Swift, et l’Union Européenne devrait s’effondrer. Le terrorisme et le réchauffement climatique anthropique sauteront dans le tourbillon et disparaitront avec leurs créateurs. Trump devra drainer le marais de la CIA et du Pentagone et nationaliser la Réserve Fédérale. Avec Xi et Modi, ils pourraient mettre un terme définitif de l’ingérence des banques privées dans les affaires publiques, en refusant de payer un seul sou de leurs dettes, et refonder l’économie mondiale en se tournant vers les monnaies nationales produites par les gouvernements, et les banques privées tomberont comme des dominos, sans plus de serviteurs comme Obama pour les sauver à vos frais. Après, une paix et une prospérité insupportables pourraient errer sur la planète, car nos impôts paieront pour le développement de nos pays au lieu d’acheter du matériel militaire inutile et payer des intérêts sur les prêts des banquiers qui n’avaient même pas ces fonds en premier lieu.

Si vous ne comprenez toujours pas Donald Trump après avoir lu ce qui précède, vous êtes sans espoir. Ou vous êtes peut-être Trudeau, Macron, Guaido, ou tout autre idiot utile, ignorant que le tapis sous vos pieds a déjà glissé. 
 
Sylvain Laforest.

Source
Traduit par Réseau International

L’antifascisme de la RDA et sa mise en question

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L’antifascisme de la RDA et sa mise en question

par Jacques Poumet

Ex: https://echelledejacob.blogspot.com

 
L’est de l’Allemagne et la RDA sont perçus par les étudiants français à travers l’image qu’en véhiculent les livres d’histoire et surtout les médias. Ceux-ci ont une prédilection pour les sujets qui allient le spectaculaire à l’émotionnel, pour les événements qui alimentent les craintes collectives, pour les affaires qui font apparaître le dessous des choses.

De ce point de vue, les années qui ont suivi la réunification ont offert de quoi alimenter la chronique, et ce qui a été perçu de la RDA rétrospectivement nourrit sans doute durablement l’imaginaire de nos étudiants. L’économie n’y tient pas la place principale, mais les esprits sont marqués par ce qui a fait longtemps la une des médias : la découverte du monde de la Stasi et du mouchardage généralisé, l’explosion des actes xénophobes après 1989, la présence visible de l’extrême-droite, qui ravivent les vieilles craintes et confirment les suspicions.

Il peut être utile de partir de cette observation contemporaine pour démêler la part de l’ancien et du nouveau dans ce phénomène inquiétant. L’extrême-droite dans les nouveaux Länder a-t-elle quelque chose à voir avec le rapport de la RDA au nazisme, ou est elle entièrement née de l’après-réunification ? Peut-on apprécier, et avec quels moyens, la réception en RDA de l’antifascisme officiel ?

L’antifascisme sert à légitimer la RDA

4Dans l’historiographie de la RDA, la période 1945-1949 est désignée comme celle des transformations « antifascistes démocratiques », de l’ordre « antifasciste démocratique ». Elle se définit par le caractère antifasciste de la politique qui y est menée sous le contrôle de l’occupant soviétique. La fondation de l’État est-allemand est présentée comme inscrite dans la continuité de cette période de transition : la RDA est fille de l’antifascisme. L’occupant soviétique n’apparaît pas comme l’acteur principal de ce « bouleversement », ce qui serait contre-productif dans une perspective d’autolégitimation. Dans l’historiographie de RDA, les acteurs sont des antifascistes de divers horizons, dont l’expression politique commune est le « front Unique » des partis antifascistes et démocratiques (Einheitsfront der antifaschistisch-demokratischen Parteien) et qui collaborent au renouveau de l’Allemagne au sein d’un dispositif dont le SED est la pièce maîtresse (Münkler, 1998 : 16sq.).

»Auf freiem Grund mit freiem Volke stehen« (Goethe, Faust II, v. 11581).

5On voit donc émerger un sujet qui est institué porteur d’identité au moment de la fondation de la RDA : l’Allemagne antifasciste. Dans le passé immédiat, c’est l’Allemagne des opposants au nazisme, celle des émigrants, des résistants et spécialement des résistants communistes. Mais on assigne aussi à cette Allemagne antifasciste une profondeur historique : ce sont les « traditions humanistes et progressistes » de l’histoire allemande, incarnées par Thomas Münzer et la guerre des paysans, par les guerres de libération de 1813-1814, par les Lumières, par Lessing, mais aussi par Heine, Thomas Mann et, puisqu’il est incontournable, par Goethe. Ulbricht a pu dire en 1962 que la RDA, c’était le 3e Faust (»dritter Teil des „Faust“«). Ce qui voulait dire que la RDA incarne le meilleur des idéaux humanistes, en particulier la vision de Faust au moment de sa mort, dans le second Faust, lorsqu’il prédit et appelle de ses vœux l’avènement d’un état de liberté où l’homme industrieux est libéré des contraintes injustes : « Me tenir sur une terre libre parmi un peuple libre » (traduction H. Lichtenberger)1.

6C’est une référence fondatrice, et on la voit à l’œuvre par exemple dans la querelle au sujet de l’opéra de Hanns Eisler Johann Faustus. Le livret publié en 1952 réinterprétait le personnage de Faust et en faisait un exemple de la faillite de l’intellectuel allemand, qui se range au côté des princes dans la guerre des paysans, un renégat qui trahit la paysannerie dont il était originaire, et qui scelle sa trahison par un pacte avec le diable dans lequel il renonce à tous ses idéaux humanistes. Faust n’annonçait plus la RDA, il annonçait le fascisme. Il n’était pas question pour les responsables de RDA de laisser subvertir l’image de Faust dont elle se réclamait, celle du chercheur de vérité, de renoncer à un élément aussi central de l’héritage culturel classique. Faust devait rester intangible pour que la RDA puisse continuer à revendiquer l’héritage culturel face à une République fédérale ou régnait selon les termes officiels la non-culture, la barbarie culturelle, l’américanisme. La polémique déclenchée par voie de presse s’est achevée par un dernier débat le 10 juin 1953, une semaine avant le soulèvement du 17 juin. L’opéra n’a jamais vu le jour, Eisler a renoncé à composer la musique.

L’antifascisme est souvent désigné comme le « mythe fondateur » de la RDA : mythe fondateur en tant que récit des origines et en tant que récit qui donne une vision simplifiée de ces origines, suffisamment simple pour diffuser largement et servir de repère à une collectivité pour s’orienter dans l’histoire. Les mythes fondateurs ne s’embarrassent pas d’exactitude historique, leur utilité n’est pas du domaine de la connaissance, mais elle résulte de leur capacité à créer un consensus, à uniformiser la vision qu’une communauté a de sa propre histoire, en écartant les visions divergentes et non consensuelles.

Le récit des origines véhicule un message simple : l’antifascisme est consubstantiel à la RDA. La RDA a extirpé chez elle les racines du fascisme, du passé elle a fait table rase, elle ne porte pas en elle le péché originel du nazisme. Cette Immaculée Conception la délivre du poids du passé : bien qu’allemande, elle n’a rien à voir avec la guerre et avec le fascisme allemand. Dans les années 1950, elle est souvent représentée sur les affiches de propagande comme un nouveau-né, symbole d’innocence. En 1969 encore, pour le 20e anniversaire de la RDA, la campagne d’agitation qui accompagne les festivités utilise des photos de bébés nés le 7 octobre pour illustrer ce caractère de page blanche attribué à la naissance de la RDA (Gibas et al., 1999 : 32 ; Gries/Satjukow, 2003 : 24).

L’après-guerre a été une période riche en mythes fondateurs ou refondateurs. En ce sens, l’Autriche a aussi son mythe re-fondateur qui n’est pas l’antifascisme, mais l’extra-fascisme : l’Autriche première victime du nazisme, victime d’un nazisme exogène, dont elle n’a donc pas à rendre compte. Le confort de ce mythe re-fondateur a été dénoncé inlassablement par toute une série d’écrivains autrichiens, de l’humoriste Helmut Qualtinger à l’imprécateur Thomas Bernhard. Il y a eu aussi un mythe de la France résistante, qui a longtemps prévalu dans la conscience collective, à tel point que c’est de l’extérieur qu’est venue la remise en cause de cette représentation confortable, avec les travaux de l’américain Robert Paxton sur la France de Vichy.

La thèse de l’antifascisme collectif conduit, en RDA comme dans d’autres pays, à une forme d’absolution collective. Le Komintern avait donné dans les années 1930 une définition universalisante du fascisme : la dictature de la fraction la plus réactionnaire et la plus agressive du capitalisme monopoliste (Böhme, 1983 : 257). Cette définition a été reprise telle quelle par la RDA. Son caractère universel avait l’avantage de ne pas isoler le nazisme des autres formes de fascisme, de l’inscrire dans un contexte européen. Mais de par son interprétation marxiste strictement orthodoxe, il laissait hors champ les caractères spécifiques de l’histoire allemande, le déficit démocratique, la tradition autoritaire. Les coupables, c’étaient un groupe de « capitalistes monopolistes ». À la lumière de cette thèse, la question de la responsabilité morale, individuelle ou collective de la population allemande était une question secondaire. Ce qui comptait, c’était que les vrais coupables aient été éliminés par l’épuration des années 1945-47, ou qu’ils se soient éliminés eux-mêmes en fuyant à l’Ouest devant l’avance de l’Armée rouge. Les bases matérielles de leur pouvoir avaient été supprimées par la réforme agraire et par les expropriations industrielles en 1946. Le reste de la population était absous par la définition elle-même, et pouvait considérer en toute bonne conscience que les assassins n’étaient plus dans ses rangs. Quand l’« ordre antifasciste » est devenu l’État antifasciste, les habitants de cet État ont été implicitement invités à se considérer de facto comme antifascistes, la question de leur co-responsabilité à l’époque du nazisme a perdu sa pertinence.

Il y a eu quelques cas, comme Ernst Grossmann, membre du comité central du SED, qui avait été le p (...)

11Ils étaient confortés dans cette attitude par la pratique soviétique de la dénazification, différente de la pratique américaine. L’occupant soviétique a concentré ses efforts sur les principaux responsables – avec les dérives que l’on sait dans l’usage politique de l’internement – mais ne s’est pas enlisé comme à l’Ouest dans l’épluchage de millions de dossiers. En 1948, le parti national démocratique, le NDPD, a été créé (3 ans après les autres partis) pour élargir la base politique sur laquelle s’appuyait le SED et permettre aux anciens membres du NSDAP de réintégrer la vie politique. Cette situation n’a pas empêché que d’anciens membres du parti nazi fassent partie du SED. Mais à la différence de la RFA, la RDA n’avait pas d’anciens nazis notoires aux postes de responsabilité2. Par ailleurs, la résistance communiste sous le nazisme, et par-delà, la résistance ouvrière, ont été hypostasiées. La classe ouvrière dans son ensemble était réputée avoir été imperméable au nazisme. Quiconque appartenait à la classe ouvrière au sens où l’entendait la RDA, avait en poche un certificat d’innocence. Pour les autres, le ralliement au programme du SED sous l’égide du « front unique » valait absolution.

12Cette perspective a trouvé son expression dans la notion de « vainqueurs de l’Histoire ». Au côté de l’Union soviétique qui avait payé un prix colossal pour gagner la guerre, on était dans le camp des « vainqueurs de l’Histoire ». La formule, introduite par la propagande de RDA, a connu un franc succès : c’était une façon commode de se démarquer des coupables et de renvoyer l’héritage de la culpabilité dans l’autre camp, dans l’autre Allemagne. L’historien Bernd Faulenbach, dans un rapport pour la commission d’enquête du Bundestag, a parlé de ce phénomène en disant : « L’héritage national-socialiste est devenu le problème des Allemands de l’Ouest, Hitler était devenu pour ainsi dire un Allemand de l’Ouest » (cité par Münkler, 1998 : 23).

L’antifascisme sert à saper la légitimité de la RFA

13La RDA a fait un usage polémique du mot « fascisme » et de l’antifascisme. Dans un premier temps, l’objectif a été de combattre l’idée d’une légitimité du régime nazi, car celui-ci n’avait pas que des adversaires dans la population. En témoignent les enquêtes faites jusqu’au début des années 1950 par les Américains, selon lesquelles une proportion importante des personnes interrogées pensaient encore que le nazisme était une bonne idée, mais mal appliquée.

Dans un deuxième temps, après la fondation des deux États allemands, il s’est agi de nier la légitimité de l’État d’en face en l’assimilant à ce qui est illégitime par excellence : le fascisme. Dans la logique de ce discours, la RFA était préfasciste, potentiellement fasciste, ou réellement fasciste. Jusqu’à la fin des années 1960, Bonn est dans le discours de la RDA un repère de nazis, de fascistes, de criminels de guerre et de revanchards alliés aux impérialistes américains et à leur complexe militaro-industriel. Berlin-Ouest mérite une mention spéciale comme poste avancé de la lutte des revanchards contre la RDA.

À l’appui de cette thèse, la RDA, en 1963, ouvre une instruction contre Hans Globke, Secrétaire d’État à la Chancellerie, qui avait été le commentateur officiel des lois de Nuremberg sous le IIIe Reich. Dans la même veine, elle fait diffuser en 1965 le « Livre gris » (Graubuch), une documentation qui énumère 1 800 grands nazis ou criminels de guerre qui occupent des fonctions importantes en République fédérale, en particulier dans la justice et dans l’armée, ou qui touchent des pensions confortables. La République fédérale y est présentée comme le paradis des criminels de guerre. Le titre même de l’ouvrage renvoie à un classique de la lutte antifasciste, le « Livre brun » (Braunbuch) édité par les émigrés allemands en juillet 1933 pour dénoncer la manipulation de l’incendie du Reichstag par les nazis. La République fédérale prêtait le flanc à ce genre de critique étant donné l’ampleur des amnisties et des lois de réintégration dans les années 1950. La République fédérale est présentée comme l’héritière de l’Allemagne fasciste, la RDA comme l’héritière de l’Allemagne antifasciste. Elle revendique sur cette base une légitimité morale qu’elle oppose à la prétention constante de la République fédérale à être seule représentante légitime de tous les Allemands (Alleinvertretungsanspruch).

Corollairement, tout ce qui menace l’existence de la RDA est qualifié de fasciste : après une brève période de flottement, le soulèvement du 17 juin 1953 est devenu dans la doctrine officielle la tentative de « putsch fasciste » du 17 juin, et va le rester quasiment jusqu’à la fin. On va se donner beaucoup de mal pour apporter des éléments de preuve à l’appui de la thèse, et pour montrer qu’il y avait d’anciens nazis à la tête des manifestations. La propagande a beaucoup exploité le cas d’une femme nommée Erna Dorn condamnée à mort et exécutée parce qu’elle était supposée avoir été surveillante au camp de concentration de Ravensbrück et avoir suscité un comité de grève en juin 1953 à Halle. À tel point que Stefan Hermlin a repris le sujet et son interprétation officielle dans une nouvelle, »Die Kommandeuse« (1954). En fait, tout indique aujourd’hui, depuis l’ouverture des archives, qu’Erna Dorn a simplement été délivrée de prison par les émeutiers du 17 juin, mais qu’elle n’a pris aucune part active au soulèvement. Il n’est même pas certain qu’elle ait été surveillante à Ravensbrück.

Quant au mur de Berlin, on a souvent rappelé que la RDA, contre toute évidence, le désignait comme un « rempart antifasciste », et célébrait tous les ans l’anniversaire de la construction de ce rempart.

La narration rituelle/la narration du mythe

18Il n’y avait eu en Allemagne moyenne comme dans le reste du Reich qu’une faible minorité de résistants au nazisme. La population de la zone soviétique comptait 1,5 million d’anciens membres du NSDAP. L’adhésion à la thèse de l’antifascisme collectif pouvait donc rarement reposer sur une expérience individuelle ou familiale. D’où l’importance particulière des moyens de propagation institutionnels pour ancrer et entretenir cette représentation :
La narration scolaire, dont il sera question par ailleurs, forge pour des générations d’élèves une épopée fondatrice de la RDA faite de l’histoire des antifascistes assassinés, au premier rang desquels se trouve Ernst Thälmann.
La liturgie des manifestations officielles et des cortèges commémoratifs produit une narration rituelle : 17 janvier, date anniversaire de l’assassinat de Karl Liebknecht et de Rosa Luxembourg ; 1er mai, fête du travail ; 8 mai, anniversaire de la Libération (Tag der Befreiung) ; 7 octobre, fête nationale. Dans les manifestations et les cortèges officiels, l’antifascisme avait sa place dans les slogans affichés sur les pancartes et les banderoles.

19Le 8 mai mérite une mention particulière. On fêtait ce jour-là la victoire des « forces progressistes de l’Histoire » sur la barbarie hitlérienne, en soulignant le rôle de libérateur joué par l’Union soviétique (Gibas, 2003 : 145). Cela a laissé des traces :

« Une enquête comparative sur les conceptions de l’histoire des Allemands de l’Est et de l’Ouest (réalisée dix ans après l’unification) a montré que les Allemands de l’Est considèrent aujourd’hui encore la participation de l’Union soviétique à l’effondrement du nazisme comme déterminante, alors que pour les Allemands de l’Ouest, c’est celle des alliés occidentaux qui a été déterminante. » (ibid. : 153).

»Bericht des Delegierten der Deutschen Demokratischen Republik.«

Les anniversaires aux chiffres ronds (le dixième, vingtième, trentième anniversaire de la RDA) ont été analysés dans le cadre d’un projet de la Deutsche Forschungsgemeinschaft sur la propagande de RDA. Ces grands anniversaires, précédés de campagnes de mobilisation importantes, étaient l’occasion de réactiver à grande échelle le récit des origines. À côté des perspectives d’avenir (« En avant vers de nouveaux succès ! »), il y avait le regard sur les origines. Pour le 40e anniversaire en 1989, il y avait toujours une affiche qui disait : « Plus jamais le fascisme et la guerre ! 40 ans de politique d’État » (Gibas et al., 1999 : 257). Pour le 20e anniversaire en 1969, la RDA a diffusé une anthologie de poèmes intitulée « Miroir de notre devenir. L’homme et le travail dans la poésie allemande de Goethe à Brecht ». L’anthologie contenait un poème signé Helmut Preißler, écrit plusieurs années après la mort de Brecht et intitulé « Rapport du délégué de la RDA »3. Le poème raconte l’histoire de la RDA à travers celle d’une famille : le père, fait prisonnier sur le front russe, est revenu de captivité métamorphosé en antifasciste militant. Et le fils dit de lui-même :

»Ich selbst habe von vornherein / Hass gelernt gegen den Faschismus / Liebe zu allen Nationen und (...)

« Moi-même j’ai appris dès le départ
à haïr le fascisme
à aimer toutes les nations et toutes les races,
et à aimer notre État des ouvriers ».4 (ibid. : 256)


21Un certain nombre de lieux de commémoration contribuaient à asseoir l’idée d’une identification entre l’État de RDA et l’antifascisme. La Neue Wache sur l’avenue centrale Unter den Linden à Berlin-Est était un mémorial dédié aux « victimes du fascisme et du militarisme ». La relève de la garde y était particulièrement soignée, pour montrer le prix que le pays y attachait. La grande relève de la garde (Großer Wachaufzug), une fois par semaine, était suffisamment spectaculaire pour attirer les groupes de touristes et les soldats américains de Berlin-Ouest.
Le mémorial de Buchenwald a joué un rôle éminent dans la politique de la mémoire en RDA. Dans l’enceinte du camp, la RDA a construit un complexe monumental, des escaliers monumentaux convergeant vers un monument à la mémoire des victimes du camp et du soulèvement des détenus. Le pèlerinage à Buchenwald était un passage obligé pour tout enfant scolarisé en RDA, et pour les groupes de la FDJ, l’organisation de jeunesse. C’est là que se manifestait de la manière la plus visible l’antifascisme d’État, où chacun était invité à se pénétrer de l’idée que l’antifascisme était consubstantiel à la RDA.

Les icônes nationales, particulièrement Ernst Thälmann, incarnent l’antifascisme. Secrétaire Général du Parti Communiste Allemand (KPD) avant 1933, candidat communiste à l’élection présidentielle sous la république de Weimar, Ernst Thälmann a passé dix ans en camp de concentration avant d’être finalement assassiné au camp de Buchenwald. Ces années ont fait de lui le principal martyr de la résistance communiste.

Dans le moindre village, après 1950, il y a eu une rue Thälmann, une place Thälmann et dans toutes les villes des usines Thälmann, des écoles Thälmann et des parcs Thälmann. L’omniprésence du nom témoigne d’une volonté politique de populariser son image. Après l’alignement du SED sur le Parti Communiste soviétique et l’introduction du centralisme démocratique, Thälmann est devenu la grande figure symbolique de la RDA, parée de toutes les vertus : sagesse, prévoyance, vision d’ensemble, autorité naturelle, les qualités d’un vrai chef. Il était en particulier donné en exemple aux enfants dès le plus jeune âge, les pionniers s’appelaient les pionniers Thälmann, et on y prêtait serment à Thälmann : « Ernst Thälmann est mon modèle, je prête serment d’apprendre, de travailler et de lutter selon l’exemple d’Ernst Thälmann. Je respecterai les lois des pionniers Thälmann. Conformément à notre salut, je serai toujours prêt pour la paix et le socialisme ».

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Cette instrumentalisation de l’antifascisme a présenté pour la RDA elle-même plusieurs inconvénients. À force de répétition, l’antifascisme s’est figé, il est devenu synonyme de culte des morts, comme l’a écrit Heiner Müller (1992 : 364). L’incapacité à mettre en œuvre la relève des dirigeants et à remplacer les octogénaires à la tête du Parti et de l’État, n’est pas étrangère à la prétention constante de la RDA d’être l’État antifasciste par excellence. Les vieux dirigeants appartenaient à la génération qui avait combattu le nazisme, et cela leur donnait un reste de légitimité ; leurs successeurs potentiels, plus jeunes, n’auraient pas pu incarner cette légitimité là, leur seule légitimité aurait été le socialisme en Allemagne.

Enfin, le génocide juif n’a pas eu la même place dans la mémoire de la RDA que dans celle de la République fédérale : l’absolution collective liée au mythe fondateur a renvoyé le travail de mémoire sur le génocide juif à « ceux d’en face », aux héritiers supposés du national-socialisme, aux Allemands de l’Ouest. Dans le mémorial de Buchenwald, l’exposition permanente sur le système des camps de concentration mettait en relief la persécution des communistes et le traitement des prisonniers soviétiques, beaucoup plus que l’extermination des Juifs et des Roms. Les commémorations du 9 novembre sont également significatives à cet égard. Le 9 novembre est une date très chargée de l’histoire allemande : celle de la révolution de novembre 1918, du putsch avorté de Hitler en 1923, de la « nuit de cristal » en 1938, et depuis 1989 c’est aussi la date de l’ouverture du mur de Berlin. Pendant longtemps, le pogrom nazi de 1938 a été éclipsé par la commémoration de la révolution de 1918. Le 9 novembre était consacré à la commémoration de la révolution de novembre (Gedenktag der Novemberrevolution), et la « nuit de cristal » était reléguée à une place marginale. Les choses ont commencé à changer en 1978, avec le 40e anniversaire de la nuit de cristal. Le nouveau cadre international (les accords d’Helsinki, la nouvelle respectabilité internationale de la RDA, la recherche d’un rôle actif au niveau international) ne permettait plus de faire l’impasse sur la question au moment où la série télévisée Holocauste sensibilisait à nouveau l’opinion occidentale à la question du génocide. Contrairement aux deux décennies précédentes, le sujet a commencé à être traité dans les médias. Dans les années 1980, les considérations de politique internationale ont joué aussi un rôle décisif : après sa visite officielle à Bonn (plusieurs fois reportée), E. Honecker souhaitait consacrer la reconnaissance internationale de la RDA par une visite officielle à Washington. Ces considérations ne sont pas étrangères au programme commémoratif mis en œuvre pour le 9 novembre 1988, 50e anniversaire de la nuit de cristal. L’aspect le plus spectaculaire en a été la rénovation (longtemps différée) de la grande Synagogue de Berlin, située dans la partie est de la ville et détruite en 1938, et l’invitation de personnalités juives internationales.

Succès du mythe fondateur antifasciste

L’antifascisme officiel de RDA est souvent qualifié d’antifascisme de commande (»verordneter Antifaschismus«). Même si la démarche politique est indéniable, cette démarche a cependant suscité une adhésion dont ne rendent pas suffisamment compte tous les discours polémiques sur la question. Dans son rapport d’expertise devant la commission d’enquête du Bundestag, l’historien Bernd Faulenbach souligne que l’antifascisme a été un ciment idéologique bien plus fort que l’idéologie marxiste. De même que l’anticommunisme a été l’un des ciments idéologiques de la société d’après guerre à l’Ouest, l’antifascisme a contribué à la consolidation interne de la RDA en désignant un ennemi commun. Il avait une grande force émotionnelle, et il a conservé sa crédibilité bien après que l’idéologie marxiste s’est figée en un corpus doctrinaire perçu comme déconnecté de la réalité. L’antifascisme n’était pas un simple slogan (Drechsler et al., 1997, vol. 1 : 150-152).

En 1972, Wolf Biermann, interdit de publication depuis 8 ans, publiait à l’Ouest son recueil Deutschland, ein Wintermärchen (Allemagne, conte d’hiver), où il éreinte la RDA qui est pour lui le pays de la révolution trahie, des espoirs trahis, de la trahison au pouvoir (Biermann, 1972, 66-68). Mais la critique atteint ses limites lorsque les deux Allemagne sont comparées du point de vue de l’antifascisme :

»Die DDR, mein Vaterland / Ist sauber immerhin / Die Wiederkehr der Nazizeit / Ist absolut nicht d (...)


La RDA, ma patrie,
est propre en tous cas
le retour du nazisme
y est absolument impossible.
Nous avons tellement bien frotté
avec le dur balai de Staline
que le derrière autrefois brun
est devenu tout rouge.5

La force d’intégration réelle de cet antifascisme d’État a permis à la première génération de l’après-guerre d’éviter à bon compte de se poser la question de la culpabilité, et a contribué à maintenir dans la deuxième et la troisième génération un degré de respectabilité élevé du motif antifasciste.

On trouve la trace ambiguë de cette force d’imprégnation du motif antifasciste dans les œuvres de la nouvelle génération d’écrivains est-allemands qui avaient environ quinze ans à la chute du mur et qui publient leurs premières œuvres plus de dix ans après la disparition de leur pays d’origine : leur socialisation s’est faite en RDA, et leur entrée dans le monde adulte s’est faite dans l’Allemagne unifiée.

Le plus médiatisé de leurs livres est sans doute celui de Jana Hensel, Zonenkinder (Enfants de la « Zone »). On peut citer bien d’autres exemples de cette littérature de la génération « à cheval » sur deux mondes qui est l’objet d’un certain engouement : Claudia Rusch, Meine freie deutsche Jugend, André Kubiczek, Junge Talente, Falko Hennig, Trabanten, Annette Gröschner, Moskauer Eis, Jana Simon, Denn wir sind anders, etc. Ces auteurs qui avaient entre treize et vingt ans à la chute du Mur témoignent clairement de la différence entre la rupture biographique qu’ils ont vécue et celle qu’ont vécue leurs aînés. Pour la génération de leurs parents, la fin de la RDA a signifié la perte des idéaux (quand bien même l’idéal était celui d’une « autre » RDA), la mise en cause publique, la dévalorisation de l’expérience de toute une vie, le retour introspectif sur la question de la co-culpabilité tel qu’on le retrouve dans de nombreuses autobiographies. Cette génération a eu le sentiment d’être sacrifiée par la réunification. En revanche, la génération de ces écrivains qui ont aujourd’hui entre trente et trente cinq ans, est dans un tout autre état d’esprit. Pour elle, l’unification a été vécue essentiellement comme une ouverture inespérée, et le mixage Est-Ouest s’est opéré rapidement. Mais étant de plain-pied dans l’Allemagne unifiée, ils revendiquent le droit de se reconnaître sans fausse mauvaise conscience dans l’environnement de leur enfance, sans avoir à en abjurer une part.

Leurs récits, leurs histoires sont centrés sur le monde de leur enfance et de leur adolescence, un monde parcouru de phantasmes comme tout univers d’enfance, et marqué par des rejets qui sont le propre de toute adolescence.

Claudia Rusch est issue d’une famille d’opposants très liée à Robert Havemann. Elle s’est identifiée très tôt aux positions de ses parents et se trouve en décalage par rapport à la plupart de ses camarades de classe. Mais il y au moins une chose qu’elle partage avec ceux-ci, c’est l’image de Thälmann. « Il faut savoir une chose », écrit-elle, « pour les enfants de RDA, Thälmann c’était Robin des bois et Superman en une seule personne » (Rusch, 2003 : 38) : une icône intangible, le socle de l’éducation antifasciste depuis le plus jeune âge, en particulier dans les petits journaux pour les pionniers qui popularisaient l’histoire édifiante de « Teddy » Thälmann.

Jana Hensel résume en quelques phrases l’impression qui se dégage de toute son éducation :

»Im Geschichtsunterricht unserer Kindheit waren wir Antifaschisten. Unsere Großeltern, unsere Elte (...)

« Dans les cours d’histoire de notre enfance, nous étions antifascistes. Nos grands-parents, nos parents, nos voisins – tout le monde était antifasciste […]. Quand je m’imaginais la Seconde Guerre mondiale, je nous voyais tous plus ou moins membres de la Rose Blanche ou en train de conspirer dans des caves ou des arrière-cours pour organiser la résistance et imprimer des tracts. La guerre n’avait pas eu lieu chez nous. Le monde qui m’entourait avait commencé en 1945 »6 (Hensel, 2002 : 108).

»Dann fiel mir auf, dass wir nie über solche Dinge gesprochen hatten. Wir wussten nicht, was unser (...)

35D’où une expérience étonnante qu’elle a faite après la chute du Mur : la scène se passe dans la région de Cologne, avec des amis de l’Ouest. Après une soirée bien arrosée, les amis ouest-allemands se mettent à confier les uns après les autres qu’ils ont dans leur famille un grand-père ou un grand-oncle très compromis dans le nazisme. Pour tous les amis de l’Ouest, cela fait partie de l’histoire familiale normale. Et elle s’aperçoit que elle, venant de l’Est, elle est la seule à n’avoir rien de tel à raconter : « Je me rendais compte que nous n’avions jamais parlé de ça. Nous ne savions pas ce qu’avaient fait nos grands-parents, s’ils avaient collaboré ou fait de la résistance […] On nous avait épargné les questions et les histoires pas très jolies à raconter »7 (112).

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36L’appel « Pour notre pays » (»Für unser Land«) diffusé en RDA peu après l’ouverture du mur de Berlin, et signé entre autres par Christa Wolf, Stefan Heym, Friedrich Schorlemmer et Ulrike Poppe se place sous le signe du retour aux idéaux antifascistes du début de la RDA : « Nous pouvons encore revenir aux idéaux antifascistes et humanistes dont nous sommes partis autrefois ». Cette référence montre que pour les partisans d’une « autre » RDA, c’est-à-dire principalement les mouvements civiques de fin 1989, l’antifascisme n’a pas perdu sa crédibilité, et que le fait d’avoir été instrumentalisé n’a pas suffi à le discréditer. Pour Bernd Faulenbach, l’antifascisme était en 1989 « le dernier reste d’identification avec la RDA » (Drechsler et al., 1997, vol. 1 : 152).

Conséquences à long terme

L’antifascisme de RDA a été un antifascisme d’État, et il est difficile de le dissocier de l’entreprise d’instrumentalisation de l’histoire menée dans les ex-pays de l’Est et en particulier en RDA. Le discrédit total jeté sur le régime de RDA après l’unification entraîne une remise en cause de cet antifascisme qui était accepté sans trop de difficulté jusqu’en 1989. Un antifascisme reposant sur l’idée que la RDA fait partie des « vainqueurs de l’Histoire » ne peut plus fonctionner après l’effondrement des régimes socialistes et l’expérience d’une unification où la population de l’Est n’a pas eu globalement le sentiment d’avoir vécu une victoire. L’antifascisme de RDA ne peut plus servir de référence auprès de la jeune génération.

Cet antifascisme d’État présente des zones d’ombre qui concernent les camps d’internement soviétiques et les procès de Waldheim. Dans les quatre zones, les occupants ont internés des suspects en quantité importante dans le cadre de la dénazification. Il y a eu onze camps d’internement en zone soviétique, dont deux installés dans des anciens camps de concentration, Buchenwald et Sachsenhausen. Les internements en zone soviétique présentent deux particularités par rapport à ceux des autres zones : d’une part, les soviétiques n’ont pas interné que des nazis et des criminels de guerre, mais ils se sont servis de l’étiquette « fasciste » pour interner des adversaires politiques, notamment des sociaux-démocrates opposés à la fusion avec le parti communiste, ou des personnes qui avaient manifesté leur désaccord avec le SED ou avec l’administration soviétique. À cette époque, être contre, c’était être potentiellement fasciste. D’autre part, la mortalité dans les camps d’internement soviétiques a été très importante car les conditions de vie y étaient très dures. Il y a eu environ 150 000 internés, dont un tiers, selon les estimations, sont morts de faim, de froid et de maladie.

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Lorsque les camps d’internement soviétiques ont été dissous en 1950, 15 000 détenus ont été remis à la RDA, dont 3 400 n’avaient pas encore été jugés par des tribunaux soviétiques. Il fallait les juger. Pour ce faire, on a mis en place en mai-juin 1950 une procédure expéditive. Un tribunal d’exception siégeant à huis clos s’est réuni dans l’enceinte de la prison de Waldheim où les anciens détenus étaient rassemblés. Au mépris des droits de la défense, et à l’issue d’audiences très courtes, ce tribunal a prononcé des sentences extrêmement lourdes alors que dans la plupart des cas les charges étaient faibles : 12 ans de prison pour avoir été instituteur nazi, 12 ans aussi pour avoir été journaliste sous le 3e Reich. Il y a eu 33 condamnations à mort, dont 24 exécutées. Il a eu manifestement volonté de condamner parce qu’il ne fallait pas qu’il soit dit que des innocents avaient été internés par les Soviétiques, et volonté de condamner lourdement pour montrer que les Soviétiques n’avaient pas interné à la légère.

Malgré l’absence d’information officielle, ces excès ont été rapidement connus et on suscité de nombreuses protestations de l’extérieur. Thomas Mann, par exemple, a demandé la révision des procès. À l’intérieur de la RDA, il n’y a pas eu de débat public sur la question. Otto Nuschke, Président de la CDU de RDA, a demandé en conseil des ministres la révision des procès, mais sa protestation a été étouffée (Klonovsky, 1991).

Enfin, l’antifascisme étatique de la RDA, qui proclamait que l’État avait fait le nécessaire pour que le nazisme soit banni à tout jamais de cette partie de l’Allemagne, a dispensé les Allemands de l’Est de faire à titre local, familial ou individuel le travail d’interrogation active du passé qui a eu lieu en République fédérale à partir de la fin des années 1960. On n’a pas vu en RDA ce phénomène générationnel de révolte contre le silence des pères et contre les mensonges de l’après-guerre qu’on a vu à l’Ouest. On n’a pas vu non plus les grands débats sur le rapport au nazisme qui ont agité l’espace public à l’Ouest dans les années 1980 (type « querelle des historiens »). Et de ce fait, l’antifascisme de RDA n’a pas été revivifié par des apports nouveaux, il est resté pendant 40 ans à peu près ce qu’il était depuis le début, comme un élément du patrimoine.

Les arts plastiques en RDA et le fascisme

Les sujets historiques ont occupé une place importante dans la peinture de RDA : la guerre des paysans, la Réforme, la guerre de trente ans, la Commune de Paris et, plus près de nous, le putsch de Pinochet au Chili, sont des sujets récurrents. Les expositions quinquennales de peinture au niveau régional et national faisaient à ces tableaux une place de choix. La peinture qui aborde la question du nazisme n’est donc pas isolée, elle s’insère dans tout un paradigme de peinture historique.

Les exemples qui suivent sont tirés des œuvres de peintres de l’école de Leipzig qui a été présentée en tant que telle à l’exposition Kunst in der DDR en 2003 à la Neue Nationalgalerie de Berlin (Belschner, 2003). Les noms les plus connus de cette école de Leipzig du temps de la RDA – Werner Tübke, Bernhard Heisig, Wolfgang Mattheuer – ont abordé chacun à leur façon la question de l’antifascisme en y apportant leur éclairage.

L’un des tableaux majeurs de l’œuvre de Tübke, peint en 1965, s’intitule « Souvenirs du juriste Schulze III » (Lebenserinnerungen des Dr. jur. Schulze III). Le chiffre III fait référence à un cycle d’une dizaine d’œuvres sur le même thème dont celle-ci, monumentale, est la plus connue. Au centre du tableau est assis un juge en robe rouge représenté comme une marionnette dont les mains, le cou, la tête sont en bois articulé – la tête à peine ébauchée et sans traits individuels s’accorde bien avec le nom « Schulze », un nom passe-partout qui évoque un personnage interchangeable. De tous les points de son corps partent des ficelles qui le relient à une multitude de scènes représentées en miniature autour de lui : une ville détruite, des prisonniers torturés, un SA et un soldat, une exécution, tout un chaos meurtrier dont la composition évoque la peinture de Breughel. C’est un monde de l’horreur, contrastant avec la sérénité du paysage méridional déployé devant le juge assis et qui représente la belle apparence dont on cherche à recouvrir les horreurs du passé nazi.

C’est une peinture allégorique, comme souvent chez Tübke, un tableau à lire et à déchiffrer, peint peu après les procès d’Auschwitz, et qui dénonce la continuité dans le corps de la justice en République fédérale, le scandale des juges qui ont servi le nazisme et qui continuent à exercer : ces « juristes effrayants » (furchtbare Juristen) qui figurent au catalogue des lieux de mémoire allemands dans l’inventaire d’Étienne François et Hagen Schulze (François/Schulze, 2001). Ce tableau anticipe largement sur l’affaire Filbinger et la pièce de Rolf Hochhuth, « Juristes », écrite contre lui en 1979. Il s’agit selon Tübke de dénoncer « les tendances néo-fascistes en République fédérale » (déclaration de 1979 citée dans Blume/März, 2003 : 270). Pour autant, le tableau et les autres tableaux du même cycle n’ont pas fait l’unanimité en RDA. On lui a reproché de brouiller le message, sur un sujet hautement politique, de manquer d’esprit partisan (Parteilichkeit), d’abandonner le réalisme, de se réfugier dans le « surréalisme » (Beaucamp, 1997 : 204 ; Lang, 1983 : 75).

Bernhard Heisig, né en 1925 à Breslau, a été engagé volontaire à 17 ans dans une unité blindée, puis fait prisonnier sur le front russe et libéré en 1946. Son expérience de la guerre et du nazisme hante son œuvre. C’est un des représentants les plus importants de la peinture historique en RDA. Dans les années soixante, après avoir produit un cycle de tableaux sur la Commune de Paris, il peint en 1964 le « Songe de Noël du soldat impénitent » (»Weihnachtstraum des unbelehrbaren Soldaten«) qu’il reprendra dix ans plus tard (Gillen, 1997 : 200) et dont le titre annonce, si l’on peut dire, la couleur.

Son œuvre est pénétrée de ce qu’il appelle « le cauchemar fasciste ». Ses tableaux les plus connus se présentent comme un enchevêtrement de fragments extraits de l’univers contemporain et de fragments empruntés à l’horreur nazie. Premier exemple : le tableau intitulé « Obstination de l’oubli » (»Beharrlichkeit des Vergessens«) (1977). Au centre, un mutilé de guerre allongé sur un drapeau nazi brandit sa croix de guerre avec un rire sardonique. Il est environné d’un ensemble chaotique où l’on reconnaît pêle-mêle un couple d’amoureux, des soldats en train de tuer, un bouffon qui joue de la musique, une tête sanglante, des morts et des prisonniers – et au milieu de tout cela serpente une banderole sur laquelle on lit : « Nous sommes pourtant tous frères et sœurs ». C’est une danse macabre nettement inspirée d’Otto Dix, dans laquelle s’inscrit le refoulement du passé nazi et le retour de ce refoulé. À première vue, le texte de la banderole renvoie plus particulièrement à l’Allemagne de l’Ouest – la formule « frères et sœurs » (»Brüder und Schwestern«) désignait les habitants de RDA dans les discours bien pensants de l’Ouest. Cette lecture ne doit pas être évacuée, mais elle n’épuise pas le message. Ce qui est désigné, c’est la fausse innocence de l’oubli, l’impossibilité d’une innocence après le nazisme, au moins pour la génération qui l’a vécu, et donc par là même la représentation taboue d’une RDA dont les habitants seraient indemne de tout passé nazi.

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Un autre tableau de Heisig s’appelle « Fin du programme de la soirée » (»Ende des Abendprogramms«) (1982) : un personnage central marche au pas de l’oie à travers un entassement de téléviseurs qui montrent tous la même image ; une bouche qui baille, et l’inscription « Dormez bien » (»Schlafen Sie wohl«). Il va se coucher une chandelle à la main, en emportant un téléviseur portatif, comme s’il ne pouvait s’en séparer. Tout autour de lui, on observe un mélange de scènes de catastrophe (une tour de Babel qui explose, un incendie) et d’éléments divers du spectacle télévisuel (un opéra, un match de football), le tout dominé par des avions de combat en position d’attaque. Nous sommes invités à établir un rapprochement entre une attitude de type fasciste, symbolisée par le pas de l’oie, et un envahissement médiatique qui suscite indifférence et passivité. Le matraquage médiatique est présenté comme une manipulation qui fait le lit des fascismes. C’est donc une peinture en forme d’avertissement. Le personnage contemporain bercé par le spectacle des catastrophes, tel qu’il est représenté, n’a plus rien de commun avec l’image simpliste de « l’homme nouveau » ou de la « personnalité socialiste développée ». Il porte en lui un héritage ancien qui inclue l’héritage fasciste. Il y a là une forme de mise en cause de la façon dont la RDA se situe par rapport au fascisme.

Cette problématique nous conduit à un troisième peintre de l’école de Leipzig, Wolfgang Mattheuer. Il a peint en 1982 un tableau appelé « Cauchemar » (»Albtraum«), dont il a tiré une sculpture intitulée « Le pas du siècle » (»Der Jahrhundertschritt«), exposée aujourd’hui à Leipzig devant l’implantation locale de la Maison de l’Histoire. Le tableau a fait sensation à l’exposition d’arts plastiques de RDA organisée à Hambourg en novembre 1982 (»Zeitvergleich«), et montrée ensuite dans les grandes villes de République fédérale. Le tableau de Mattheuer fait la couverture du catalogue de cette exposition et se retrouve de nouveau en double page à l’intérieur. On y voit, sur un fond très sombre, dans un espace vide et nocturne, un personnage qui court le long d’une ligne noire. Le personnage est très schématisé et disproportionné, sa tête n’est qu’une vague silhouette noire, il est presque dépourvu de tronc et son corps se résume à ses deux bras et à ses deux jambes. Le bras gauche et la jambe gauche dessinent une croix gammée, le bras droit et la jambe droite une sorte de « V » de la victoire. Les symboles du mouvement ouvrier et du nazisme s’entremêlent : le poing levé du bras gauche (symbole ouvrier) dessine une forme de croix gammée avec la botte nazie de la jambe gauche. Le bras droit qui fait le salut fasciste et la jambe droite peinte aux couleurs du bras ouvrier propulsent ensemble le personnage. Détail supplémentaire : cette étrange silhouette porte une rangée de médailles, c’est donc un modèle, mais il est sans visage, et les médailles sont des points de couleur interchangeables. On remarquera que la trajectoire du personnage suit la ligne, et la « ligne », ce qui n’est pas sans signification dans un pays dirigé par un parti communiste. On a là une vision très distanciée de la conception du nouvel homme socialiste, la personnalité socialiste : le nouvel homme traîne des éléments de la structure de la personnalité fasciste, le poids du passé fasciste est inscrit en lui, il n’y a pas d’Immaculée Conception.

Leipziger Volkszeitung du 03.12.1987.

50Une version de ce tableau a été exposé à la neuvième Exposition nationale de peinture de Dresde en 1982-83, mais n’était pas reproduit dans le catalogue. Le contraste est frappant avec la place vedette que lui accorde au même moment le catalogue des expositions qui se tiennent en République fédérale. À l’Est, ce tableau gêne, à l’Ouest, il illustre l’idée d’un renouveau de la peinture en RDA. La sculpture en bronze « Le pas du siècle » issue de ce tableau a été exposée à Dresde à la dixième exposition nationale en 1987-88, et la presse de RDA l’a accueillie comme « une des œuvres les plus marquantes de toute l’exposition »8. Mais elle n’est pas non plus reproduite dans le catalogue, ce qui montre bien que cinq ans après sa création cette œuvre dérange toujours autant.

On quitte en apparence seulement l’école de Leipzig avec les tableaux de Hubertus Giebe. En effet, Giebe a quitté volontairement l’école des Beaux-Arts de Dresde pour venir faire ses études à Leipzig où il a été élève de Heisig dont il a reçu de fortes influences. Il est de la génération suivante, puisqu’il est né en 1953, c’est son père qui a fait la guerre sur le front russe. Ce père qui était antinazi (de tradition sociale-démocrate) a déserté les rangs de la Wehrmacht, a été fait prisonnier et envoyé dans un camp de travail soviétique. À son retour il s’est enfermé dans le silence et pendant 35 ans, jusqu’à sa mort, a toujours refusé, comme beaucoup d’autres, de parler de ses années de guerre et de captivité (Blume/Gassner, 2003 : 120). Dans toute sa peinture des années 1980, Giebe explore la face cachée de l’antifascisme de RDA. Il refuse cette espèce de « trafic d’indulgences » de l’antifascisme officiel, et peint des tableaux qui expriment la part de la culpabilité qui retombe sur les épaules de la génération suivante. À la neuvième exposition nationale de Dresde, il présente « La culpabilité » (»Die Schuld«), inspiré du Tambour de Günter Grass. Cinq ans plus tard, à la dixième exposition (1987), c’est un tableau intitulé « La résistance – pour Peter Weiss » (»Der Widerstand – für Peter Weiss«).

Dans ce tableau, il s’intéresse au personnage de Willi Münzenberg qu’il a déjà peint dans d’autres tableaux, soit en exil dans les rues de Paris, soit levant le poing en signe de lutte dans le camp d’internement de Chambaran. Ici Münzenberg se tient tout à droite du tableau, les bras croisés, dans son manteau en feutre au col relevé qui lui arrive jusqu’aux chevilles et qui est indissociable de son image. Willi Münzenberg était membre du comité central du KPD, dont il a été exclu pour avoir critiqué les procès de Moscou. Émigré à Paris, il a dénoncé le pacte germano-soviétique avant d’être interné en 1940 dans le camp de Chambaran. Il s’en est évadé, et on l’a retrouvé mort ; l’enquête a conclu à un suicide, mais certains pensent encore qu’il a été liquidé par des agents de Moscou. Dans son Esthétique de la résistance, Peter Weiss se livre à une sorte de réhabilitation de Münzenberg, et c’est à cela que rend hommage Hubertus Giebe. La perspective de Giebe sur la résistance communiste n’est pas triomphaliste, on est loin de l’imagerie officielle. Au centre du tableau, deux personnages dont les silhouettes forment une croix marchent dans des directions divergentes, encore imbriqués l’un dans l’autre et déjà ennemis. Et sous leurs pieds, c’est une orgie de violence et de sang qui se déchaîne.

Une rétrospective des œuvres de Heisig au musée de Leipzig a été inaugurée en présence du chanceli (...)

Présentés à un public d’étudiants, ces exemples empruntés à des peintres de RDA permettent de s’interroger sur la pertinence de l’équation « rouge égale brun » (»rot gleich braun«) qui assimile, tous domaines confondus, la dictature nazie et la dictature communiste. C’est ce point de vue qui a conduit il y a quelques années au malheureux épisode de l’exposition de Weimar sur la Modernité (»Aufstieg und Fall der Moderne«). Elle présentait côte à côte la peinture nazie et la peinture de RDA, le parallélisme invitant à les rejeter et à les condamner en bloc. Les œuvres de RDA étaient présentées en désordre, sans fil conducteur, serrées l’une contre l’autre, sans aucune mise en valeur. Les œuvres de commande, celles qui venaient par exemple de la galerie du Palais de la République de Berlin, étaient présentées à même le sol, gisant pêle-mêle comme un tas de déchets – alors qu’il s’agissait de peintres reconnus à l’Ouest depuis fort longtemps, comme Heisig, Tübke, et Sitte. On sait que Helmut Schmidt avait choisi Bernhard Heisig pour faire son portrait officiel destiné à la galerie de la chancellerie9… Cette exposition avait un statut particulier puisqu’elle s’inscrivait dans le programme de « Weimar, capitale européenne de la Culture » en 1999. Cela a provoqué un scandale, l’intervention du président du Bundestag, Wolfgang Thierse, et une polémique qu’on a appelé la « querelle des images » (Bilderstreit). On a dit à ce propos que les toiles de RDA n’avait pas été « accrochées », comme dans toute exposition, mais « collées au mur », comme pour être fusillées. Plusieurs expositions organisées depuis cette date ont montré que cette perspective est en recul, et qu’une réévaluation des arts plastiques de RDA est en cours.


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Notes

1 »Auf freiem Grund mit freiem Volke stehen« (Goethe, Faust II, v. 11581).

2 Il y a eu quelques cas, comme Ernst Grossmann, membre du comité central du SED, qui avait été le président de la première coopérative agricole (LPG) fondé en 1951. On s’est aperçu en 1959 qu’il avait fait partie des SS depuis 1938, et il a été écarté.

3 »Bericht des Delegierten der Deutschen Demokratischen Republik.«

4 »Ich selbst habe von vornherein / Hass gelernt gegen den Faschismus / Liebe zu allen Nationen und Rassen / und Liebe zu unserem Arbeiterstaat«.

5 »Die DDR, mein Vaterland / Ist sauber immerhin / Die Wiederkehr der Nazizeit / Ist absolut nicht drin. / So gründlich haben wir geschrubbt / Mit Stalins hartem Besen / Dass rot verschrammt der Hintern ist / Der vorher braun gewesen.« (p. 7).

6 »Im Geschichtsunterricht unserer Kindheit waren wir Antifaschisten. Unsere Großeltern, unsere Eltern, die Nachbarn – alle waren Antifaschisten […] Sooft ich mir als Kind den zweiten Weltkrieg vorstellte, waren deshalb alle irgendwie Mitglieder der Weißen Rose oder trafen sich konspirativ in Hinterhöfen und Kellern, um den Widerstand zu organisieren und Flugblätter zu drucken. Der Krieg hatte in unserem Land nicht stattgefunden Die Welt um mich herum hatte im Jahr 1945 begonnen«.

7 »Dann fiel mir auf, dass wir nie über solche Dinge gesprochen hatten. Wir wussten nicht, was unsere Großeltern gemacht, ob sie kollaboriert oder Widerstand geleistet hatten. «.

8 Leipziger Volkszeitung du 03.12.1987.

9 Une rétrospective des œuvres de Heisig au musée de Leipzig a été inaugurée en présence du chancelier Gerhard Schröder le 20 mars 2005.

Auteur

Jacques Poumet


Ancien élève de l’École Normale Supérieure, professeur de civilisation allemande à l’Université Lumière Lyon 2. Responsable de l’équipe de recherche sur la RDA et les nouveaux Länder au sein du centre de recherche Langues et Cultures Européennes. Publications sur les textes satiriques (voir La satire en RDA. Cabarets et presse satirique, Presses Universitaires de Lyon, 1990) et sur les revues non-officielles en RDA. 
 
Source :  https://books.openedition.org/psn/7894?lang=fr

Le Serpent à plumes, un dieu normand ?

Avant d’avoir été un dieu, le Serpent à plumes, originaire d’une lointaine contrée, débarqua au Mexique. Il devint le chef d’un peuple ancien, les Toltèques. Le Serpent à plumes était considéré comme le plus beau des hommes. Ses cheveux et sa barbe avaient la couleur des rayons de l’astre solaire. La légende raconte que Quetzalcoatl, une des incarnations du Serpent à plumes, apprit aux hommes à fondre les métaux et tailler les pierres précieuses. Malheureusement, des rivalités politiques obligèrent Quetzalcoatl à quitter le pays. Avant son départ, il lança au peuple : « Un jour, des hommes blancs et barbus comme moi viendront de l’Orient pour rétablir mon ancien royaume ». Puis, il s’embarqua dans le golfe du Mexique avec quelques compagnons pour disparaître au-delà de l’Océan.

En fouillant la mémoire des peuples Mayas, Muiscas, Vénézuéliens, on retrouva quelques traces de son passage. Son nom diffère selon les peuples : Kukulkan, Zumé, Bochica, Viracocha… Un homme blanc, blond et barbu.

Cinq siècles plus tard, face aux Espagnols, Aztèques et Incas pensaient avoir affaire à ces dieux barbus de leur panthéon. Quelle grave erreur, quelle méprise ! Il s’agissait des conquistadors Cortès et Pizarre.

En ces temps reculés que certains situent au Xe siècle, quel peuple à la barbe et aux cheveux clairs avait bien pu impressionner les Amérindiens au point de le faire entrer dans la légende ?

Lequel, sinon ce peuple de hardis navigateurs – les Normands – seuls capables d’affronter l’Océan avec leurs bateaux, esnèques ou drakkars, durant le Haut Moyen Âge,

On trouve, en Amérique du Sud, des portraits européens sous forme de sculptures ou de fresques, des momies blondes sont détenues par le Musée anthropologique de Lima, au Pérou, une écriture étrangement semblable à des runes au Paraguay, un navire de type nordique à Lambayeque, au Pérou et même une carte avec le tracé précis de l’Amérique du Sud avant la découverte du Pacifique par Balboa et le voyage de Magellan.

Les Normands implantés en baie de Seine surent alors établir des routes commerciales régulières avec l’Amérique méridionale. À la fin du XIIIe siècle, le bois du Brésil est mentionné dans les « Droitures, coustumes et appartenances de la viscomté de l’eau ». En outre, la coutume d’Harfleur et les douanes de Dieppe prélevaient à la même époque des droits sur les troncs de sapang, qui donnent une teinte rouge, que l’on retrouve en Amérique centrale et du Sud.

En parallèle à ce négoce transocéanique, les cartes commencent à situer dans l’Océan Atlantique une « île » que les géographes appellent Bracil, Berzil, Brazil…

Dans le sillage des courageux navigateurs normands du Moyen Âge, le gentilhomme honfleurais, le capitaine Paulmier de Gonneville accoste au Brésil en 1503 et Jean Denis, maire de Honfleur, explore l’embouchure du Saint-Laurent en 1506.

Pour effectuer ces découvertes, les Normands sont à la pointe.

EuroLibertés vous conseille deux livres de Jacques de Mahieu aux éditions Dualpha pour découvrir la présence viking en Amérique du Sud :

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Jünger le subtil

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Jünger le subtil

par Dominique Autié

(Infréquentables, 1)

 

In memoriam, Dominique Autié (6 octobre 1949 - 27 mai 2008).
 
Ex: http://www.juanasensio.com

Voici, sous la plume de Dominique Autié, le premier texte, évoquant Ernst Jünger, d'une série d'inédits consacrés à différents maudits tels que Joseph de Maistre (Olivier Bruley), Bruno Dumont (Ludovic Maubreuil) ou encore Pierre Boutang (Francis Moury). Ces textes constituaient le prolongement naturel (ou plutôt, selon la belle expression dont Dominique Autié m'a fait part, la tête de pont) de ceux qui ont paru le 21 février dans le numéro spécial de La presse littéraire consacré à ces véritables proscrits, prudemment tenus à l'écart des raouts parisiens, grand bien leur a d'ailleurs fait, par une ligue de petits pions qui en France hélas, ont encore pouvoir de bannissement et peut-être même de vie et de mort. Ces quatre textes ont été simultanément mis en ligne ici même et sur le site de Joseph Vebret, qui me confia la réalisation de ce numéro parfaitement infréquentable, pourtant riche des beaux textes de Paul-Marie Coûteaux, Jean-Luc Moreau, Rémi Soulié, Jean-Luc Evard, Georges Sebbag, Jean Renaud et beaucoup d'autres auteurs que je tiens à remercier chaleureusement.

1


Que lisez-vous Jünger ? D’autant – l’atteste l’alignement des volumes – qu’il n’est guère plausible de s’acquitter d’une telle lecture comme on le fait de L’Homme sans qualité ou de la Bhagavad-Gîtâ pour lire Musil ou flirter avec l’âme de l’Inde.

2


Pour évoquer Ernst Jünger, s’impose soudain d’emprunter l’une de ses structures les plus familières, afin de mieux se couler dans le régime d’une pensée à l’œuvre.

3


Dans une note additionnelle à sa traduction du Traité du rebelle, Henri Plard s’explique du choix qu’il a fait pour traduire le mot allemand Waldgänger (5), «emprunté lui-même à une coutume de l’ancienne Islande. Le proscrit norvégien, dans le haut Moyen Âge scandinave, avait “recours aux forêts” : il s’y réfugiait et y vivait librement, mais pouvait être abattu par quiconque le rencontrait. Les émigrants norvégiens qui colonisèrent l’Islande y transportèrent cet usage et ce terme, bien que leur île fût dépourvue de forêts : c’est dans ses déserts intérieurs, pierreux, stériles et glacés que le proscrit menait une vie de péril constant, de dénuement et de liberté.» Henri Plard souligne que Jünger s’est approprié l’homme du recours aux forêts pour en forger une figure – comme il le fit pour le travailleur –, c’est-à-dire intemporelle, «qui peut être actualisée à tout moment de l’histoire». Si le terme de proscrit respectait la tradition, il maintenait le Waldgänger dans la situation du criminel «qui subit passivement son exclusion. Alors qu’on devient [tel que l’entend Jünger] Waldgänger par libre choix, par protestation.» Ainsi Henri Plard justifie-t-il rebelle.
À l’exception des romans et des journaux, la plupart des grands textes procèdent par succession de séquences ainsi numérotées (1). Il en va ainsi des essais politiques, dans le sens austère de ce mot – Le Travailleur (2) (Der Arbeiter, 1932), La Paix (Der Friede, 1946), Le Traité du rebelle ou le recours aux forêts (Der Waldgang, 1951), L’État universel (Der Weltstaat, 1960) – comme des nombreux textes d’approches (tentative, ici, pour désigner ce qui n’est pas soumis à la chronologie du journal et qui ne prend pas la forme d’un livre discursif, d’un seul tenant) : Le Nœud gordien (Der gordische Knoten, 1953), Traité du sablier (Das Sanduhrbuch, 1954), Le Mur du temps (An der Zeitmauer, 1959), Approches, drogues et ivresse (Annäherungen. Drogen und Rausch, 1970). L’Auteur et l’Écriture (Autor und Autorschaft, 1981) déroge : les séquences sont séparées par un astérisque.

Si tant est qu’elle fût, à quelque moment, fragmentaire, la pensée s’ordonne, fixe sa progression. Elle réserve toutefois son liant. Au lecteur d’établir les connexions – les cohérences aventureuses, selon Roger Caillois (3) –, de se glisser entre les séquences pour tisser lui-même sa méditation. Pascal Quignard recourt à cette forme dans ses Petits Traités (4) : chaque traité porte un numéro d’ordre, mais celui des séquences qui les composent est absent – mais leur présence ne fait pas de doute, ils figurent en texte caché, ils ont été retirés comme les fils de bâti de la couturière. Pour le lecteur assidu, on pourrait procéder à ce même retrait dans une nouvelle édition du Mur du temps.

On peut voir dans cette forme une structure enviable.

Plus tard, dans un roman, Eumeswil (6) (1977), Ernst Jünger développe, amplifie, rend pour ainsi dire urbaine la figure du Waldgänger. Avec le personnage de Venator, il compose l’anarque, le solitaire, que son choix résolu de l’isolement démarque de l’anarchiste – dont les États finissent toujours par manipuler la révolte.

4


ej-chasses.jpgIl est étrange que la fermeté du tracé psychologique de l’anarque ait pu laisser place au doute, voire à la haine qui jette l’anathème sur toute une œuvre. Il faut chercher ailleurs les raisons de l’incompatibilité de nature organique entre le texte jungerien et son temps – qui ne cesse d’être le nôtre, qui se propage, joue les prolongations. Pour s’y aider, on peut se représenter un décor plus ordinaire que le cadastre imaginaire d’Eumeswil (c’est le grand ordinaire, précisément, qu’il convient de planter) : une soirée de beuverie entre amis et, allant de l’un à l’autre, riant de bon cœur, l’un d’eux, alcoolique abstinent depuis de nombreuses années désormais. Son cas est connu de tous, on aurait pu se dispenser de l’inviter, mais nul ne dispose de la force morale pour en décider. Et c’est – ce fut – un bon ami à nous. Quelle raison de l’exclure ? Son regard bienveillant qui s’attarde sur notre négligé qui finira de sombrer dans l’obscène, l’alcool aidant au fil des heures, rend insupportable sa présence. Mais nul n’a le courage d’en tirer les conséquences. D’ailleurs, quelqu’un l’a-t-il vu depuis tout à l’heure ? L’anarque s’est retiré, personne ne l’a vu faire. Il nous laisse à notre écœurement, à notre haine de nous-mêmes. Salaud !

5


Aujourd’hui, dans la bibliothèque de survie (7), ouvrir l’un des livres d’Ernst Jünger qui alignent leurs tranches comme des fûts, c’est pratiquer le Waldgang, le recours aux forêts. S’esquiver de la fête, qui bat son plein.

6


«Très mal dormi. Friedrich Georg (8) exprime la crainte qu’après la mort nous ne soyons sujet, dans l’autre vie, à cet ennui bien spécifique qui règne sur les nuits d’insomnie.» Le journal du Voyage atlantique s’ouvre sur cette notation (9). Les journaux principalement sont parsemés de tels pas de côté. Ce n’est pas moi qui le dit, mais je l’inscris. Sans commentaire. Il se peut que le lecteur y reconnaisse l’une de ses préoccupations. Je laisserai dire que, sans doute, je partage son angoisse.

«Vivre dans l'angle – in angulo – du monde.» Pascal Quignard précise : «Dans l'angle mort – par lequel le visible cesse d'être visible à la vue.» (10) Dans l’angle, ou dans la forêt.

Jünger, lui aussi, explore le jeu du monde depuis l’angle mort. Le passage, l’un des plus beaux, se trouve dans la seconde version du Cœur aventureux (Das abenteuerliche Herz. Figuren und Capriccios, 1938), intitulé «Le rouge-queue» (11). Un petit, à peine né, est tombé du nid. Les parents passent à proximité du cadavre sans y prêter attention. «J’en conclurais volontiers qu’ils ne se perçoivent pas entre eux en tant qu’images, mais en tant que manifestations de la vie ; rapports qui feraient songer à ce qui se passe entre nous et la lampe électrique qui nous éclaire parce que le courant l’habite et tant qu’il y est. […] Lorsque nous réussissons à pénétrer une réalité de cette sorte, nous pouvons être sûrs qu’elle se cache également dans notre propre vie. Cet antique aveuglement règne peut-être où nous l’attendions le moins, je veux dire en ce qui concerne notre propre moi. Nous ne nous percevons pas nous-même comme individu, et l’image de notre cadavre échappe à notre représentation. Dans notre organisation extrêmement ramifiée, le moi est la suprême forteresse où s’est retiré l’aveuglement vital, et c’est de là qu’il effectue ses sorties. […] Nous vivons ainsi dans l’angle mort de nous-même.»

Aussitôt, Jünger relève que le privilège de l’homme est de n’être pas entièrement soumis au pouvoir d’un tel aveuglement. Ses capacités d’intelligence, de lucidité, son aptitude à répondre à l’injonction socratique du Connais-toi toi-même rendent compte du développement du Droit, de la naissance des États et de l’Histoire : «Aussi est-ce à bon droit que cet homme supérieur parle de soi à la troisième personne», note Jünger.
Jusqu’à ce point du propos, le raisonnement est unanimiste. Si convaincant que le lecteur pourrait ne pas prendre la mesure de ce qui suit, sur quoi s’achève le passage. «Car chacun de nous ne cesse de sentir le puissant attrait de la nuit vitale, profonde et sombre, qui cherche à nous reprendre en son sein. Il existe une grande tendance qui, voilée sous des formes toujours changeantes, vise à ramener totalement notre vie sous l’empire de la loi qui règne dans les nids ou dans l’obscurité du sein maternel. Il n’est plus ici de grandeur, de droit, hors de l’aveugle et profonde cohérence où tout est lié. Nos racines plongent dans ce sommeil ; mais la trame de notre vie exige l’un et l’autre monde.»

Le soldat est à son poste, mais il lit – Tristam Shandy, Roland Furieux –, et c’est la littérature qui le rend héroïque. Dans deux entretiens au moins, Ernst Jünger relate sa pratique de la lecture au front durant la Première Guerre mondiale à ses interlocuteurs : en 1985, à Julien Hervier, l’un de ses traducteurs : «Il se produisait à intervalles réguliers des pauses d’une ou deux heures où je lisais Sterne, puis le feu reprenait, puis de nouveau Sterne ; et, chose étonnante, cette lecture s’est plus profondément gravée dans ma mémoire que tout le déroulement des combats. C’est-à-dire que la littérature est en fait plus importante pour moi que l’expérience vécue, même concentrée à l’extrême.» (12) Dix ans plus tard, à Antonio Gnoli et Franco Volpi : «J’ai toujours conçu ma vie comme la vie d’un lecteur avant que d’être celle d’un soldat.» (13)
 

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Il est permis de supposer que ce qui n’est pas soluble dans la pensée dominante de l’après-guerre, c’est la posture de ce soldat-là – et non quelque introuvable objet de repentir, tel que chacun le désigne à chacun ces temps-ci, voire l’exhibe avant qu’on ne le lui enjoigne de le faire, justifiant les grandes ordalies cathodiques par quoi les passagers de l’ordre moral se donnent l’illusion que le rafiot tient l’eau.

7


Heidegger pense les Holzwege, qui ne sont pas plus des chemins qui ne mènent nulle part que le Waldgänger n’est, stricto sensu, un rebelle. Jünger, qui élabora pendant l’offensive de 1918 des tactiques de progression (14), expérimente la méthode pour emprunter les Holzwege. On imagine que c’est de cela qu’ils s’entretinrent quand ils se rencontrèrent.

[«Dès l'abord, il y eut là quelque chose – non seulement de plus fort que le mot et la pensée, mais plus fort que la personne même. Simple comme un paysan, mais un paysan de conte qui peut à son gré se métamorphoser en gardien du trésor, dans la profonde forêt de sapins, il avait aussi quelque chose d'un trappeur.» (15) Ainsi Jünger décrit-il, en 1969, l’impression que lui fit Heidegger lors de la première visite qu’il lui rendit à Todtnauberg vingt ans plus tôt, en 1949. Toutefois, l’aurait-il entrevu déjà dans la figure de ce «Grand Forestier» qu’il mit en scène en 1938, dans Le Cœur aventureux ? «J’eus alors l’effrayante certitude que j’étais tombé, en dépit de tout, dans les filets du Grand Forestier. Je commençai à maudire ma sagacité et la témérité solitaires qui m’avait fait le captif de cette compagnie, car je comprenais trop tard que la subtilité de mes manœuvres n’avait servi qu’à rendre invisibles les fils dans lesquels il m’avait enveloppé. L’adepte, qu’il voulait faire disparaître, le gibier qu’il avait attiré par l’appât de la vipère bleue, c’était moi.» (16) Que ce bref conte fantastique anticipât de dix ans la montée à Todtnauberg ne fait qu’aiguiser l’intérêt d’une telle hypothèse : les deux hommes étaient entrés en relations épistolaires au début des années mille neuf cent trente.]

Survivre dans la forêt exige la furtivité du tigre – de progresser à contre-vent. Le Holzweg est une trouée que pratique le forestier pour se rendre sur les lieux de coupe. Le Waldgänger n’a, à proprement parler, rien à faire dans les parages. Si leur chemin viennent à se rejoindre, le second trouve un prétexte à sa propre présence. Mais il tomberait parfois sur plus retors que lui. Il y aurait des subtilités qui ne mènent nulle part.

8


Mantrana. Einladung zu einem Spiel (17), 1958. Singulière invitation au jeu ! «Le Mantrana est un jeu de dominos à deux et à trois dimensions, joué avec des maximes qu’on appellera des “pierres”. […] Les pierres ont la forme de brèves maximes qui expriment une expérience ou une opinion. Elles comprennent en règle générale une phrase, et ne devraient pas aller au-delà de trois. Elles doivent être autonomes, compréhensibles et dépourvues de trait polémique. […] Elles doivent s’en tenir à des thèmes universels ; c’est dire que les références spécifiques sont exclues. Dès lors, les sciences spécialisées, les faits politiques, sociaux, historiques et psychologiques ne peuvent servir de thème. Mais il serait concevable que les ajouts ultérieurs s’étendent dans leur direction. Tout ce qui est mesurable doit par principe être écarté.»

Ernst Jünger tire de sa poche les règles d’un jeu qu’il pratique depuis quelques décennies déjà. Il y a un meneur de jeu, il y a des joueurs, mais aucune partie ne se dessine vraiment. «Quand les pierres sont en nombre suffisant, elles sont tirées de leur série élémentaire pour être assemblées. La manière de l’assemblage dépend de leur contenu et de leur densité. […] Si l’assemblage ne se fait pas, il reste une collection de sentences sur la vie et la mort, avec la valeur didactique qui s’attache à toute mise en forme concise d’un contenu vrai et important ou d’une expérience de la vie. Le joueur remarquera que cet effort l’éloigne de la contrainte des idées du moment, mais exerce surtout par lui-même une action bienfaisante.»

À la même époque, des escadrons d’universitaires s’efforcent de se concilier les bénéfices d’une thèse, soutenue en 1948, qui a pour titre Les Structures élémentaires de la parenté. Dans d’innombrables notations, qui émaillent les livres assemblés déjà dans ces années-là, Jünger avait produit de quoi dissuader plusieurs générations à venir : inutile qu’ils s’essoufflent aux basques du maître, qu’ils déclinent et qu’ils brodent, l’analyse structurale ne jetterait pas un surcroît de clarté sur les agencements secrets de la langue et de l’âme. Lui, Jünger, du fond de ses forêts, restera plus moderne qu’eux, jusqu’à son dernier souffle.

«L’obscurité devrait présager l’incommunicable, non l’incapacité à communiquer.» (18) Le dernier des «mantras» que pose Jünger sur le damier resserre à l’extrême toute une dialectique de la lumière, qui mériterait pour elle-même, au long de l’œuvre, un minutieux examen, tant elle est récurrente.


9


Le Traité du rebelle ouvre, en sa dernière séquence (19), sur un saisissant tableau des relations de l’homme et de sa langue : les conjonctions du Verbe [matière de l’esprit, précise Jünger] et du langage. Le pouvoir, qui s’exprime dans les réalisation humaines, « [suit] le poème » – ce qui signifie qu’il en épouse le cours. « La langue ne vit pas de ses lois propres ; sinon les grammairiens régiraient le monde. […] Le langage se tisse autour du silence, comme l’oasis s’ordonne autour d’une source. Et le poème confirme que l’homme a découvert l’entrée des jardins intemporels. Acte dont vit ensuite le temps. »
Comment imaginer vie plus écrite ?

10


«Wilfingen, 17 mars 1996 – Le matin au jardin – une belle journée d’avant printemps. L’ellébore d’hiver fleurit tout autour de la tonnelle et sous le hêtre pourpre; le jasmin d’hiver est fané. Les crocus commencent tout juste à percer. Sur l’étang, deux cygnes, des foulques et de nombreux canards, les verdiers picorent le thuya. Hier soir, c’était la fête au Löwen (20) pour l’abattage du cochon – dans la nuit, rêves agités, entre autres en compagnie de Florence Gould (21). En face de moi, un noble élégamment vêtu; il ne faisait pas partie du rêve mais se trouvait concrètement dans la pièce. Peut-être ma lecture intensive de Dostoïevski me prédispose-t-elle à ce genre d’apparitions.» [Douze jours plus tard, Jünger aura cent un an, ces lignes sont les dernières du journal (22)].

Comment ne pas relever que l’homme du recours aux forêts confond si peu sa silhouette avec celle de l’homme des bois que, jusqu’en ses pages ultimes, il fait figure de dernier classique ?


***


L'auteur
Dominique Autié est éditeur.


Notes :
(1) Encore qu’un roman au moins, Le Problème d’Aladin (Aladins Problem, 1983), emprunte cette forme. L’énumération qui suit n’est évidemment pas exhaustive.
(2) Lors de la première occurrence, le titre allemand et son année d’édition suivra le titre français de l’ouvrage. Les références de l’édition française ne seront mentionnées qu’en cas de citation.
(3) Titre sous lequel Roger Caillois, en 1976, rassembla en un volume de la collection de poche Idées de Gallimard, trois de ses textes majeurs : Esthétique généralisée (1962), Au cœur du fantastique (1965) et La Dissymétrie (1973). Pour qui chemine avec Jünger, convoquer Caillois n’est pas fortuit, qu’il s’agisse, chez l’un et l’autre, d’observer et d’écrire la nature – les coléoptères, les minéraux… – ou de tracer ses propres diagonales, ses chemins de traverse dans l’approche des jeux de l’ivresse, de mettre à la question les protocoles de l’imaginaire, l’esprit refuse d’obtempérer devant l’évidence que d’autres auraient érigée avant eux en théorème.
(4) Maeght, 1990. Nouvelle édition, Gallimard, collection Folio, 1997.
(5) Essai sur l’homme et le temps, Christian Bourgois, 1970, pp. 145 et sq.
(6) Traduit par Henri Plard, La Table ronde, 1978.
(7) L’appellation est de Maurice G. Dantec.
(8) Friedrich Georg Jünger, (1898-1977), frère cadet d’Ernst (1895-1998). Ils furent affectés dans le même régiment durant la Première Guerre mondiale – Ernst sauva la vie à Friedrich Georg durant la bataille de Langemark, en juillet 1917 ; ils participèrent ensemble au mouvement du national-bolchévisme qui, dans l’entre-deux-guerres, proposait une alternative à ceux qui refusaient à la fois le communisme et le national-socialisme. Les Jünger se lièrent avec Ernst Niekish (1889-1967), qui joua un rôle déterminant dans l’établissement des bases théoriques de cette mouvance. Ernst et Friedrich Georg Jünger écrivirent jusqu’en 1933 dans la revue du mouvement, Widerstand [opposition, résistance], que les nazis interdiront l’année suivante.
(9) Traduit de l’allemand par Yves de Chateaubriant, La Table ronde, 1952, p. 7.
(10) Les Ombres errantes, Grasset, 2002, p. 58.
(11) Traduit par Henri Thomas, Gallimard, 1942, pp. 166-169.
(12) Julien Hervier, Entretiens avec Ernst Jünger, Gallimard, coll. Arcades, 1986, pp. 24-25.
(13) Antonio Gnoli et Franco Volpi, Les prochains Titans [trois conversations avec Ernst Jünger], traduit de l’italien par Myriem Bouzaher, Grasset, 1998, p. 18.
(14) Julien Hervier, op. cit., p. 24.
(15) Ernst Jünger, Rivarol et autres essais, traduit de l’allemand par Jeanne Nuajac et Louis Èze, Grasset, 1974, p. 130.
(16) Op. cit., p. 64. Le Grand Forestier est la figure (au sens jüngerien) de Sur les falaises de marbre, roman qui paraît en Allemagne en 1939, un an après la seconde version (1938) du Cœur aventureux, dans laquelle figure le passage cité ici. Le bref récit fantastique de 1938 semble donc écrit en marge du projet des Falaises… Bout d’essai ? Esquisse abandonnée pour le roman mais recyclée dans Le Cœur aventureux ? Seul un spécialiste de l’œuvre pourrait nous éclairer. Il me semble toutefois que cette première apparition du Grand Forestier est bien moins brutale que la figure du roman – qui stigmatise Hitler, les critiques s’accordent sur ce point, même si Jünger a louvoyé ensuite à propos de l’allégorie, refusant avec panache les perches qu’on lui tendait pour mieux le dédouaner de tout soupçon (mais Jünger a quelques principes : ne pas se commettre, même pour montrer patte blanche !). Mon hypothèse, mezza voce : le Grand Forestier ne serait pas une métaphore à usage unique : dans la saynète du Cœur aventureux de 1938, construite comme l’un des innombrables rêves dont l’œuvre de Jünger est semée, on ne songe pas à Hitler; c’est plus subtil, d’ailleurs Jünger dit lui-même que, face au Grand Forestier, il a lui-même cherché à jouer au plus fin; le Grand Forestier, ici, n’est pas encore passé à l’acte; c’est la «très vieille femme», apparue à la fin du récit, qui prévient le narrateur : il ne paie rien pour attendre, lui qui est imprudemment tombé dans les pièges tendus par le Grand Forestier.
(17) Mantrana, traduit de l’allemand par Pierre Morel, La Délirante, 1984.
(18) Mantrana, op. cit., p. 43.
(19) Op. cit., pp. 143-145.
(20) L’auberge du Lion à Wilflingen [note du traducteur].
(21) Mécène de nationalité américaine, Florence Gould (1895-1983) s’installa en France dès 1906 et tint un salon fréquenté par le Tout-Paris littéraire, qu’elle maintint durant l’Occupation, y recevant notamment Ernst Jünger.
(22) Soixante-dix s’efface, V – Journal 1991-1996 (Siebzig verweht V, 1997), traduit par Julien Hervier, Gallimard, coll. Du monde entier, 2004, p. 240.

mercredi, 04 décembre 2019

Drieu la Rochelle et le grand remplacement en 1918

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Drieu la Rochelle et le grand remplacement en 1918

par Nicolas Bonnal

Ex: http://www.dedefensa.org

En 1921 Drieu la Rochelle publie un beau et grand livre, Mesure de la France, déjà étudié ici. Il est préfacé par Daniel Halévy. Drieu n’y va pas de main morte avec la France et sa république déjà crépusculaire.

Voici ce qu’il écrit, que je relierai à la riche notion de Grand Remplacement – on comprendra pourquoi :

« Pendant cinq ans la France a été le lieu capital de la planète. Ses chefs ont commandé à l'armée des hommes, mais son sol a été foulé par tous et par n'importe qui. Tout le monde est venu y porter la guerre : amis et ennemis. Les étrangers s'y sont installés pour vider une querelle où tous, eux et nous, avons oublié la nôtre.

Notre champ a été piétiné. Sur la terre, notre chair ne tient plus sa place. L'espace abandonné a été rempli par la chair produite par les mères d'autres contrées. »

C’est le début du grand remplacement ! Un autre à l’avoir compris est Céline sur lequel je compte publier quelque chose cette année. Il ne voit plus un Français à Paris en 1918-1919 et même l’inoffensif Marcel Proust comprend confusément quelque chose. Tiens, citons Proust pour une fois :

… les rares taxis, des Levantins ou des Nègres, ne prenaient même pas la peine de répondre à mes signes… »

On le met en prison Proust aussi ? Plus un blanc à Paris ! De quoi se plaint Camus ?

Drieu insiste sur cette profanation de la vieille France :

« Mais après la Marne, l'ennemi s'est planqué dans notre terre. Il s'y est vautré, la défonçant à grands coups de bottes. Et nous ne l'en avons pas arraché. Si nous étions restés seuls, que serait-il arrivé ? »

Et voici ce qu’il pense des résultats de cette guerre où il se comporta si noblement :

Drieu-La-Rochelle_2808-en-1914-babelio-222x300-1-222x300.jpg« Qu'importe cette victoire du monde en 1918, cette victoire qui a failli, cette victoire qu'on a abandonnée avec honte comme une défaite, cette victoire du nombre sur le nombre, de tant d'empires sur un empire, cette victoire anonyme. »

Et il revient au nombre et à la démographie – qui déterminent tout.

« Nous, aujourd'hui, 38 millions de vivants, notre groupe vient quatrième, après l'Allemagne, l'Angleterre, l'Italie. Et au-delà de l'Europe, comme nous nous rapetissons entre les 150 millions de Russes et les 120 millions d'Américains. »

La médiocrité française correspond à sa démographie.

« Et puis je veux vivre. Dans mon pays, je respire mal, je prétends qu'on veut m'entraver dans un malentendu qui peu à peu me déforme et m'estropie. »

Et Drieu accuse la France de s’être dépeuplée au dix-neuvième siècle ; elle a ainsi attiré l’Allemagne sujette comme la Russie à un boom démographique. Et l’Allemagne était sans espace, privée de ses colonies par le Traité :

« … leur absence (d’hommes) a creusé au milieu de l'Europe laborieuse un vide qui a été la cause du malaise d'où la guerre est sortie. L'Allemagne a été tentée. L'Allemagne surpeuplée ne pouvait apprendre sans indignation que certains de nos départements se vidaient et que pourtant nous réclamions de nouvelles colonies et exigions contre elle l'aide de toute l'Europe, sans compter les barbares noirs que nous armions. »

Un siècle avant que Preparata ne démonte les machinations anglaises (voyez mes textes sur le livre Conjuring Hitler), Drieu comprend que l’enjeu dépasse la France et la petite Alsace, pour laquelle on se fit illusoirement massacrer :

« Je vois que la Grande Guerre éclate non moins violente, non moins inexpiable, parce que demeure le principal antagonisme, celui de l'Allemagne et de l'Angleterre. L'Allemagne, à cause du développement de sa puissance, regardait pardessus la France. Elle tendait à la domination mondiale… »

Il évoque l’Empire colonial multiracial. Il est là aussi le Grand Remplacement :

« Il est vrai que nous nous augmentons de tous ceux-là, noirs et jaunes, qui se groupent autour de nous. Ce second empire colonial du monde, mes garçons, où on ne voit pas souvent le bout de notre nez. »

Il note cette juste chose qui pèsera de tout son poids en mai 1940 ou à Suez :

« En attendant, qu'elles le veuillent ou non, la France et l'Angleterre sont liées par leur affaiblissement simultané. »

Sur l’Europe le pronostic n’est guère optimiste :

« L'Europe se fédérera ou elle se dévorera, ou elle sera dévorée. »

Elle peut aussi se dévorer en se fédérant l’Europe.

Répétons les deux grandes phrases de ce livre époustouflant :

« Tous se promènent satisfaits dans cet enfer incroyable, cette illusion énorme, cet univers de camelote qui est le monde moderne où bientôt plus une lueur spirituelle ne pénétrera…

« Il n'y a plus de partis dans les classes plus de classes dans les nations, et demain il n'y aura plus de nations, plus rien qu'une immense chose inconsciente, uniforme et obscure, la civilisation mondiale, de modèle européen. »

Au moins on peut dire que les plus lucides des nôtres se trompent rarement.

La France deviendra un déplorable exemple pour le reste du monde concernant la suppression des « contenus haineux »

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La France deviendra un déplorable exemple pour le reste du monde concernant la suppression des « contenus haineux »

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

Qu'ils appartiennent ou non à la République en Marche, parti politique sur lequel s'appuie aujourd'hui Emmanuel Macron, la plupart de ceux qui ont eu l'occasion de discuter de la proposition de loi défendue par Laetitia Avia et visant à "lutter contre les contenus haineux sur internet" ont souligné le caractère ambigu de ce texte.

Qu'est-ce en effet qu'un contenu haineux ? Qu'est ce que la haine sur Internet ? De plus, même si la haine n'est pas recommandable, elle ne peut un délit au sens pénal. Sinon tous ceux qui voudraient faire taire l'auteur d'un propos qui leur déplaît pourront toujours le prétendre haineux et le poursuivre en justice.

La proposition de loi dite Avia a été approuvée à une large majorité par l'assemblée nationale française le 9 juillet 2019. Elle devrait être débattue au Sénat le 17 décembre 2019. Rappelons que ce texte offre à chacun la possibilité de dénoncer un "contenu haineux" sur internet et d'exiger son retrait ou son déréférencement dans les 24 heures. Il a fait l'objet d'une procédure accélérée et le vote du Sénat devrait donc permettre son entrée en vigueur immédiate.

On accuse souvent la Commission Européenne de vouloir s'ingérer sans légitimité dans la vie politique des Etats-Membres. Les défenseurs du texte Avia ne manqueront pas de renouveler cette accusation. En effet la Commission vient de faire valoir que la directive européenne du 9 septembre 2015 impose une procédure de notification à la Commission de tout texte relatif à la société de l'information. Il appartient ensuite à la Commission d'informer l'Etat concerné si elle considère que certaines dispositions ne sont pas conformes au droit de l'Union européenne. En l'espèce, la proposition Avia a été notifiée par les autorités françaises après le vote de l'Assemblée, le 21 août 2019 et la réponse de la Commission est claire. Le texte est en effet présenté comme largement incompatible avec le droit européen.

La Commission a rappelé que la proposition de loi française modifie la loi du 21 juin 2004 pour la confiance dans l'économie numérique, loi qui elle-même transposait la directive du 8 juin 2000 relative à certains aspects juridiques de la société de l'information et notamment au commerce électronique. Dans la mesure où les dispositions de la proposition de loi relèvent du champ d'application de la directive sur le commerce électronique, elle est considérée comme impliquant le droit au sein de l'Union, et notamment la Charte européenne des droits fondamentaux.

Or la Commission estime que la proposition est incompatible avec trois articles de la directive sur le commerce électronique. Nous ne donnerons pas ici les détails de son argumentation. Elle estime que le texte représente une atteinte à la libre circulation de l'information entre les Etats-membres. Cet article autorise ceux-ci à restreindre la libre circulation pour empêcher les "atteinte à la dignité de la personne", mais il précise que cette restriction doit être proportionnée à l'objectif poursuivi. La proposition Avia devrait s'appliquer à toutes les entreprises diffusant de l'information, notamment celles que l'on nomme les plateformes en ligne. On ne distinguera pas les contenus présentant un risque particulier pour la dignité de la personne et ceux qui ne présentent aucun risque. De plus, pour exercer ce travail, toute entreprise de service sur Internet devra recruter des milliers de contrôleurs compétents en ce domaine délicat. 

Par ailleurs et surtout, la proposition de loi Avia réduit considérablement les exigences nécessaires à l'envoi d'une notification aux plateformes. Il ne serait plus nécessaire d'identifier l'emplacement du "contenu haineux", obligeant ainsi l'entreprise concernée à parcourir tous ses contenus pour retrouver celui qui est illicite, le tout dans un délai inférieur à 24 heures. Il ne serait plus nécessaire non plus de préciser les dispositions prétendument enfreintes, discrimination, négationnisme, apologie du terrorisme.

Ce sera donc à la plateforme de s'assurer du caractère illicite du contenu. La directive européenne relative au commerce électronique prévoit une exclusion de responsabilité des fournisseurs de service s'ils agissent promptement pour retirer ou rendre inaccessible les contenus illicites. Mais faudra-t-il demander aux fournisseurs de service sur internet d'évaluer en temps réel le moindre contenu susceptible d'être illicite. Il leur faudrait pour cela recruter des centaines d'évaluateurs compétents.

Par ailleurs, le projet de loi Avia impose un délai unique de 24 heures pour retirer les "contenus haineux". Pour la Commission, respecter ce délai risque de conduire à une suppression excessive de contenus, parce qu'il est plus simple de les supprimer que d'apprécier leur caractère réellement illicite, surtout lorsque la notification est imprécise. Le projet met véritablement en cause la liberté d'expression.

S'il est possible de surveiller des contenus faciles à identifier, par exemple les images pédopornographiques, il est moins aisé de surveiller en permanence des contenus dont la licéité s'apprécie au regard de leur contexte, par exemple en comparant les images et le texte. Peu désireuses de faire appel à des systèmes complexes d'intelligence artificielle, les plateformes pourraient peut-être utiliser des systèmes simples de reconnaissance, notamment par mots-clés, ce qui conduirait à effacer des contenus illicites, mais aussi de nombreux contenus licites. Aux yeux de la Commission, l'existence d'un tel risque emporte une atteinte trop élevée à la liberté d'expression sur internet.

Il est étonnant que le gouvernement français n'ait pas fait valoir dès le début à la sémillante Laetitia Avia ces arguments de bon sens. Mais peut-être a-t-il voulu la ménager, en tant que personne issue de l'immigration susceptible de servir de modèles à ses homologues qui se pressent aux frontières.

Foucault, el neoliberal

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Foucault, el neoliberal

Ex: https://www.geopolitica.ru

Uno de los temas que está entrando a debate en los ambientes izquierdistas franceses es la cada vez más manifiesta afinidad existente entre el pensamiento de la denominada Nueva Izquierda, nacida en Mayo del 68, y el neoliberalismo económico. Hoy, este debate está empezando a caldear los ánimos y se puede decir que gira alrededor de la figura de uno de los gurús más importantes de la Nueva Izquierda: Michel Foucault. Gracias al trabajo de investigación publicado por varios de sus discípulos y críticos, hoy surge una nueva imagen de un Foucault menos izquierdista, o de extrema izquierda, y más bien apuntando en un sentido contrario: el de un apologista de la sociedad neoliberal y del capitalismo tardío. Realizando un examen de la obra de Michel Foucault, los sociólogos franceses Daniel Zamora y Michael C. Behrent, han mostrado una nueva imagen del famoso filósofo postmoderno, después de compilar una serie de estudios acerca de la influencia del neoliberalismo en el pensamiento de Foucault: su estudio titulado Foucault y el neoliberalismo, publicado por la editorial Amorrortu, resulta muy revelador. En una entrevista hecha por la revista Ballast, Daniel Zamora señala como al final de su vida Foucault mostró un gran interés por el neoliberalismo. “Foucault”, dice Zamora, “se sentía muy atraído por el liberalismo económico: el cual veía como una posible forma de gobierno menos normativa y autoritaria que la izquierda socialista y comunista que encontraba totalmente obsoleta. Veía al neoliberalismo como una opción “mucho menos burocrática” y “mucho menos disciplinaria” que la propuesta por el Estado social de postguerra. Imaginaba un neoliberalismo que no proyectaría un modelo antropológico sobre los individuos y que les ofrecería mayor autonomía frente al Estado” (1).

Este tema no deja de tener una profunda repercusión en el ámbito académico, pues la Nueva Izquierda francesa – convertida en el núcleo duro de la postmodernidad occidental – había sido cubierta con un halo de invulnerabilidad y reconocimiento acrítico de todos sus postulados. Muchos de sus autores han sido consagrados en las universidades y las academias como clásicos del pensamiento que son ineludibles, y los estudios hechos sobre ellos se hacen ya innumerables. Recordemos que bajo el rotulo de la Nueva Izquierda se agrupaban una serie de pensadores modernos, sobre todo franceses, que habían optado por una revisión sistemática de la herencia del pensamiento de la Modernidad Occidental y en la cual convergían autores como Félix Guattari, Gilles Deleuze, Michel Foucault, Jacques Lacan, Jacques Derrida, entre otros. Muchos de ellos optaron por una “deconstrucción” de la cultura occidental, la cual clamaban estaba llena de prejuicios, autoritarismo, exclusiones y disciplinas que habían producido un totalitarismo velado en las sociedades democráticas y liberales. A través de la revisión del aparato teórico de la modernidad, sus autores esperaban demoler ideológicamente semejante legado y preparar la llegada de una nueva libertad: la de un “cuerpo sin órganos”, una lengua sin contenidos, un mundo menos estructurado que podría finalmente ser considerado afín a una sociedad libre. Muchos de los autores de esta Nueva Izquierda habían sido disidentes de la Guerra Fría, identificándose como izquierdistas, pero detestando los regímenes del socialismo real, a los cuales consideraban demasiado autoritarios, y desligándose de cualquier herencia de la filosofía ilustrada, que resultaba para ellos demasiado dogmática. El ataque sistemático a las instituciones sociales, a las formas veladas de gobierno y poder, sin hablar de su provocadora actitud hacia el orden general de la Europa de la postguerra, convirtió a los representantes de la Nueva Izquierda en el objeto de un culto fetichista de las nuevas generaciones universitarias, sobre todo en las facultades de humanidades y filosofía, como los grandes exponentes de una izquierda anárquica e individualista. Hoy día es imposible no oír los nombres de alguno de ellos en los pasillos universitarios o siendo citados en revistas científicas de investigación como autoridades consagradas. Lo que no deja de ser un giro irónico para una serie de autores que se rebelaban contra la autoridad establecida. De hecho, las posiciones de muchos de los representantes de la Nueva Izquierda no pasaron desapercibidas, e incluso lograron llamar la atención de la CIA, que vio con buenos ojos la deserción de los autores de izquierda franceses, porque “ya no hay más Sartres, ya no hay más Gides”, sino que en su lugar se mostraban hostiles a la Unión Soviética y atacaban los presupuestos básicos del marxismo. Esto último despertó la simpatía de los organismos de inteligencia norteamericanos, quienes comentaban que «en el campo de la antropología», dice un documento de la CIA, «la influencia de la escuela estructuralista vinculada con Claude Lévi Strauss, Foucault y otros, ha cumplido esencialmente la misma función. […] creemos sea probable que su demolición de la influencia marxista en las ciencias sociales perdure como una contribución profunda tanto en Francia como en Europa Occidental» (2).

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Como recuerda el sociólogo Daniel Zamora, Foucault llamó a abandonar las luchas políticas y sociales, que habían perdido sentido en el Estado de Bienestar de la postguerra, y más bien proponía dedicarse a una “resistencia molecular”, donde fueran cuestionadas las grandes construcciones modernas y se disolvieran las masas homogéneas de la sociedad industrial. «En realidad», dice Daniel Zamora, «la idea de una revolución “molecular” descentralizada que pudiera conducir a grandes cambios se mostró poco realista, especialmente cuando se trataba de las relaciones económicas. Si se quiere entrar en una polémica, uno podría preguntarse por la relación entre esta visión con el neoliberalismo. “No olvides inventar tu vida”, concluía Foucault a comienzos de 1980. ¿Acaso no se asemeja mucho esto al mantra de Gary Becker de que nosotros debemos convertirnos en “empresarios de nuestro yo”?» (3). Y no deja de llamar la atención que precisamente esta convergencia entre el postmodernismo y el neoliberalismo alcanzara su mayor auge en las universidades norteamericanas, donde surgió precisamente el epíteto “postmoderno” y donde todos sus representas (Foucault, Deleuze, Derrida) alcanzaron un gran reconocimiento en vida. Zamora una vez más pone el dedo en la llaga y dice que resulta una empresa inútil «reconciliar a Marx con Foucault en alguna síntesis mayor, cuando de hecho al final de su vida Foucault “decidió deshacerse del marxismo”». Tampoco  puede alegarse que Foucault desconociera los primeros experimentos neoliberales en la política y la sociedad, pues él conoció muy bien la California gobernada por Ronald Reagan – quien por cierto destruyó el sistema de hospitales psiquiátricos del Estado federal, lo cual siempre fue uno de los grandes sueños de la anti-psiquiatría foucaultiana – y donde impartió varios cursos en sus universidades. En lugar de eso, Zamora recuerda la «profunda conexión entre el neoliberalismo como forma de gobernabilidad y la promoción, por parte de Foucault, de la invención de nuevas subjetividades. Lejos de oponerse, son dos ojos pares. Más abierto al pluralismo, el neoliberalismo parecía ofrecer un marco menos estrecho para la proliferación de experimentos de minorías» (4). Aquí cobra todo su sentido las palabras del filósofo francés Jean-Claude Michéa, para quien “Foucault es el complemento cultural del economicismo de Hayek, Friedman y Gary Becker”.

Todo lo anterior nos ayuda a explicar porqué algunos de los seguidores y discípulos de Foucault han terminado por convertirse en grandes defensores del capitalismo de mercado, mientras atacan de un modo inmisericorde los sistemas de pensiones, los servicios sociales y el Estado de Bienestar de la postguerra. Basta con citar a Beatriz Preciado, una de las representantes más radicales de la izquierda feminista, quien escribía en el periódico digital Libération que «no debemos llorar por el fin del estado de bienestar, porque el Estado de Bienestar es el hospital psiquiátrico, la oficina de discapacitados, la prisión, la escuela patriarcal-colonial-heteronormativa» (5). Por supuesto, este desmonte de las instituciones estatales está completamente de acuerdo con las políticas neoliberales promocionadas por grandes figuras del mundo de los negocios como Bill Gates o Georges Soros, quienes también se han convertido en grandes defensores de las políticas a favor de las minorías sexuales, el feminismo, amigos de la inmigración masiva y promotores del anti-racismo, mientras promueven la demolición del aparato estatal y su suplantación por un sector privado y una sociedad civil organizada que reemplazaría cualquier forma de poder público. Como ya había observado Marx, el capitalismo no es un sistema social conservador ni mucho menos: “La burguesía sólo puede existir si no es revolucionando incesantemente los instrumentos de producción, y con él todo el régimen social… La época de la burguesía se caracteriza y distingue de todas las demás, por la conmoción ininterrumpida de todas las relaciones sociales, por una inquietud y una dinámica incesantes. Las relaciones inconmovibles y mohosas del pasado, con todo su séquito de ideas y creencias viejas y venerables, se derrumban… Todo lo que se creía permanente y perenne se esfuma, todo lo santo es profanado” (6). Por lo que no resulta extraño que el gran capital financiero asumiera hoy el patrocinio de la nueva revolución de las relaciones sociales que se está gestando, siendo esta revolución íntimamente unida a las transformaciones del capitalismo y su concepción del individuo, que hoy pasa de estar basada en el naturalismo filosófico del siglo XIX al trans-humanismo que es promocionado por empresas como Google o filósofos postmarxistas como Toni Negri, para quienes la naturaleza eterna no existe sino que puede ser alterada por la biotecnología o la nanotecnología que hoy se está desarrollando.

No deja de ser interesante observar, como este nuevo capitalismo y neoliberalismo han impregnado la cultura de la izquierda. Una vez demolidos los últimos restos del socialismo real y conquistado el mundo por la globalización, la izquierda por fin se ha separado del comunismo y ha decidido conscientemente convertirse en el buldócer del capitalismo. Algunos intelectuales de izquierda como Nancy Fraser o Daniel Zamora han señalado esta contradicción. Nancy Fraser, por ejemplo, en su libro Las fortunas del feminismo ha mostrado como, poco a poco, el movimiento feminista ha abandonado todas sus reivindicaciones de izquierda, unidas al comunismo y al igualitarismo radical, para en su lugar adoptar el discurso del “empoderamiento femenino” planteado por el capitalismo neoliberal, cuyo modelo sería la mujer exitosa en la política y la economía, estilo Hillary Clinton o Margaret Thatcher (7). Otros, como Daniel Zamora han señalado que la postmodernidad foucaultina terminó por ser un antecesor directo de la Tercera Vía de Tony Blair y Anthony Giddens, convirtiéndose de este modo en un defensor de la globalización. Quizás esta impregnación cada vez mayor del socialismo por elementos liberales sea la causa del hundimiento de los partidos comunistas y la razón por la cual hoy día las clases trabajadoras votan cada vez más por los partidos identitarios de derecha, tanto en América Septentrional como en Europa. Una vez que la izquierda se unió al gran capital financiero y abrazó el liberalismo cultural, era inevitable que las clases trabajadoras, consideradas demasiado autoritarias y totalitarias, fueran atacadas y sustituidas por objetos de rebelión que chocaban con su sentido común. Resulta interesante anotar que ya en 1947, el comisario soviético y responsable del control ideológico de la cultura en Rusia Andrei Zhdánov denunciara en su momento este giró en la cultura occidental y de la izquierda francesa. Al comentar la obra de Jean-Paul Sarte en su curso Sobre la historia de la filosofía, Zhdánov señalaba como esta figura izquierdista de primera línea en Europa alababa el Diario de un ladrón del criminal homosexual Jean Genet: un libro que comenzaba declarando que su tema seria “la traición, el robo y la homosexualidad”, para finalmente acabar en la depravación y el nihilismo. Zhdánov vería en ello el desplome de la filosofía occidental, última consecuencia del cosmopolitismo burgués: la destrucción de toda moral y de relación social en defensa de las pasiones individuales y la estética. “Hoy”, escribía Zhdánov, “esas filosofías se presentan bajo una forma nueva, particularmente repugnante, reflejando toda la profundidad, toda la bajeza, toda la villanía de la decadencia burguesa. Los «souteneurs» y los criminales de derecho común en filosofía significan, evidentemente, el límite de la ruina y de la descomposición” (8).

Frente a este panorama, resulta bastante significativo que hoy esté apareciendo una nueva generación de autores izquierdistas que, distanciados de los medios de comunicación y exiliados de las academias, han comenzado a denunciar este devenir de la Nueva Izquierda, convertida para muchos de ellos en uno de los pilares centrales del sistema capitalista globalizado y defendida por un grupo de gurús intelectuales enemigos de las causas populares. Mientras Daniel Cohn-Bendit y Bernard-Henry Lévy – protagonistas de Mayo del 68 y grandes héroes de la izquierda libertaria – se dedican ahora a denunciar como fascistas todos los movimientos contestatarios – caso de los chalecos amarillos en Francia y el crecimiento de las olas populistas en el Primer Mundo –, otros han decidido regresar a las causas originales del comunismo y abrazar los movimientos populistas dirigidos contra el sistema. Este viejo estandarte ha sido alzado una vez más por autores como Jean-Claude Michéa, Constazo Preve, Diego Fusaro, Adriano Errigel y Kevin Boucaud-Victoire, quienes han decidido dejar de lado cualquier cooperación con la izquierda fucsia y multicolor para más bien plantearse la pregunta contraria y necesaria: ¿cuáles serán los presupuestos de la actual lucha contra el cosmopolitismo burgués como último elemento de la alienación sistemática de lo social y la cultura? Para esta izquierda populista, la lucha contra el capitalismo ya no puede pasar por el deseo deconstruccionista de la anarquía individual y el abandono de todo contenido social, antes bien se trata de una nueva contestación que pretende rescatar del olvido todo aquello desechado por la Nueva Izquierda en el transcurso del siglo XX.  Si la Nueva Izquierda abandonó el socialismo y afirmó, por el contrario, el libre mercado y la libertad individual a favor de proyectos individuales de “experimentación del yo”, la izquierda populista propone más bien “la síntesis entre las ideas de izquierda y los valores de la derecha en nombre del interés nacional”. Es decir, el rescate del “trabajo, la solidaridad, la defensa de los débiles, la comunidad” junto con “la familia, la patria, el Estado, el honor”, tal y como afirma actualmente el filósofo italiano Diego Fusaro (9).

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Esta nueva brecha, que pareciera estarse formando en la izquierda europea, nos pone frente a una disyuntiva: una defensa a ultranza de la globalización y el neoliberalismo, amparada en la postmodernidad como la ideología global de una multitud imperial sin rostro o contenido, o por el contrario la defensa de un nacional-populismo que se enfrenta al cosmopolitismo y reclama una defensa del trabajo frente al capitalismo financiero y de los valores nacionales frente al universalismo. Semejante división, sin embargo, recuerda a otra que ya había sucedido en el pasado, cuando la socialdemocracia y el socialismo moderado europeo había adoptado el programa del reformismo, dejando la bandera de la revolución y la lucha violenta al socialismo nacionalista, que se encarnó en el sindicalismo y los movimientos nacionales. Ante estos nuevos devenires políticos, la izquierda europea tendrá que enfrentar una disyuntiva que parece estarse transformando en una guerra civil en su interior.

Notas:

1. Entrevista a Daniel Zamora, “Peut-on critiquer Foucault?”, en la revista electrónica Bastiat, https://www.revue-ballast.fr/peut-on-critiquer-foucault/

2. France: Defection of the Leftist Intellectuals, en http://www.deigualaigual.net/cultura/2017/1222/braudel-le...

3. Entrevista a Daniel Zamora, “La résistence chez Foucault ne prend plus vraiment le visage de la lutte des clases”, en https://comptoir.org/2019/09/05/daniel-zamora-la-resistan...

4. Ibid.

5. Beatriz Preciado, “Nous disowns Revolution”, en https://next.liberation.fr/culture/2013/03/20/nous-disons...

6. Karl Marx y Friederich Engels, Biografía del Manifiesto Comunista, Editorial Mexico S.A., 1949, pág. 75-76.

7. Nancy Fraser, Las fortunas del feminismo, Traficante de Sueños, 2015.

8. A. Zhdánov, “Sobre la historia de la filosofía”, en http://www.filosofia.org/hem/dep/pce/nb024071.htm

9. Entrevista de Rafaele Alberto Ventura a Diego Fusaro, “Le cas Fusaro”, en https://legrandcontinent.eu/fr/2018/10/27/nous-avons-renc...

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The Three Seas Initiative - a real geopolitical project or just the American version of Mitteleuropa

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The Three Seas Initiative - a real geopolitical project or just the American version of Mitteleuropa

 
Ex: https://www.geopolitica.ru

In the Polish scientific and geopolitical discourse there is about 100-years old tradition of the concept of distinguishing countries located in the (quite generally described) area located between the Adriatic, Baltic and Black seas, which is based on at leasttwo falsehoods and one understatement.

First of all - especially Polish politicians like to add to this project (born on the wave of the collapse of the Russian Empire and the emergence of new nationalisms in its areas) whole Centuries of supposedly natural integration processes taking place from Scandinavia to the Balkans, of course, with particular regard to the aspirations of some Polish monarchs (especially from the Jagielloniandynasty), leaders (Adam Jerzy, Prince Czartoryskiand Józef Piłsudski) and writers (Jerzy Giedroyc, Rowmund Piłsudski, Juliusz Mieroszewski). Meanwhile, only these last ones, 20thCentury activists and thinkers were true supporters, and in fact also the creators and continuators of the Polish version of the known German theory and practice of domination and exploitation of the German-Russian borderlands in the first half of the 20th Century. Any prior genesis and justification given to this idea is pure historical anachronism.

Secondly - the authorship, and thus the "natural leadership" of the project, is eagerly attributed to Poles by… falsehood. Meanwhile, there is no doubt that despite the different names - the vision of Intermarium, the Three Seas or any other Central European Initiatives are just a repetition of the Friedrich Naumann’s (primarily economic) conception, being at most a recapitulation of the tendencies dominating in the war and industrial spheres of the German Empire. Similarly, today it is easier for Poles to refer to Marshal Piłsudski and Jerzy Giedroyc than to confirm for example, the inspirational and efficient role of such American politicians as Zbigniew Brzezinski.

However, the understatement mentioned above remains the most important weakness of all these ideas. More precisely, the fact that no common interest could ever be pointed out in the past, unconditionally and unquestionably connecting and uniting the Central and Eastern Europe states, not only those distant from each other such as Finland and Greece, but even as seemingly close and neighbourly as Poland and ... Lithuania.

Moreover, that the only common goals for this area have so far been formulated only from the outside, from the point of view of some global power for various reasons wanting to pursue its interests in Central Europe. This was the case with imperial Germany, the Soviet Union, and now with the United States. And in this last, most current sense (in connection with the Three Seas Initiative) it is most clearly seen that this is not an integration, but ... an alienation program, intended to exclude acquired countries from other initiatives (primarily the mainstream European Union), and replace their own sovereign geopolitical visions and interests. And this is also the similarity of the American vision of the organization of Central Europe with its German, Kaiser's original (not to mention the identical purpose of both: economic exploitation. 

And of course - these are not the only barriers and limitations for Central European cooperation. It should be emphasized that often the same forces that formally support unity and integration - in fact, stimulate instincts and polarization initiatives, led by escalated ethno-nationalism to the level of chauvinism. It is enough to mention that quite recently, just 105 years ago, Central and Eastern Europe was already subject to far-reaching integration - within the framework of multi-ethnic empires - Russian, Austro-Hungarian and Turkish. And as it turned out, globalization interest (then, of course, not so called) – caused not only  awaking the state-building aspirations of historical nations (such as Poles or Czechs), but simply creating new nations, what finally led to fragmentation and permanent conflict in this part of the World (this process was also continued and intensified only 30 years ago, during the collapse of Yugoslavia and the Soviet Union).

This is how a significant part of the political borders that divide our World has been established up to this day - and even more importantly, how arose barriers in national consciousness (or according to others - sometimes how they were revealed) in extreme, even pathological forms. And this is also worth remembering that those who today urge for accelerated, political and mostly artificial integration - are often the same who once divided us.

From a purely geopolitical point of view – such a role was played in the Central European area historically by British politics and German practice - and today the by hegemonic interests of the United States in their declining, somewhat self-limiting shape.

We can see the playing of the ethnonationalist factor especially in the Baltic States and recently in Ukraine, and even in Russia, where a few years ago attempts at the "Colour Revolution" from liberal slogans smoothly switched to elements of xenophobia. So, we are dealing with an interesting paradox (in fact, however, rather apparent one).

At the same time we are witnesses of:

- disintegration activities leading to the diversification of the formally functioning European Community (from two points: from Brussels, Paris and Berlin to a Europe of Two Speeds - most of Eurozone vs. the rest and from Washington to create "an even more American Europe", i.e. the Three-Seas Initiative;

- supporting chauvinistic ethno-nationalisms in these areas, which in principle are against any real regional cooperation.

All these tactics are intertwined and complementary, which makes us understand that their real goal is neither real integration, including creation of any separate value (no matter - true or imaginary) in the form of the organization of the Intermarium area; nor the actual restoration of the national principle in World relations. So regardless of whether we want to increase the factor of cooperation and integration, or whether we recognize the priority of the national factor - the vision of the Three-Seas / Intermarium is radically contradictory with them and should be rejected.

Lecture at the conference "Академия диалога: культурные разломы и границы между Балтийским и Черным морями", Kaliningrad, November 28-29.

mardi, 03 décembre 2019

Guillaume Faye le nietzschéen & entretien audio inédit avec Faye sur "La colonisation de l'Europe"

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Guillaume Faye le nietzschéen

& entretien audio inédit avec Faye sur "La colonisation de l'Europe"

 
 
Lien de l'entretien de Guillaume Faye à la Nietzsche Académie : http://nietzscheacademie.over-blog.co...
 
Boutique de la Nietzsche Académie (livres sur Nietzsche d'Olivier Meyer, animateur de la Nietzsche Académie) : http://nietzscheacademie.over-blog.co...
 
Lien du site de l'écrivain Olivier Meyer, animateur de la Nietzsche Académie : https://oliviermeyer.home.blog/
 
Lien du livre hommage "Guillaume Faye cet esprit fusée" aux éditions du Lore : http://www.ladiffusiondulore.fr/home/...
 
Lien du dernier livre de Guillaume Faye, "Guerre civile raciale" aux éditions Conversano : https://danielconversano.com/product/...
 

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Nackter Wirtschaftskrieg: USA nehmen Maßnahmen gegen Nord Stream 2 in Verteidigungshaushalt auf

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Nackter Wirtschaftskrieg: USA nehmen Maßnahmen gegen Nord Stream 2 in Verteidigungshaushalt auf

Ex: http://www.zuerst.de

Washington. Das amerikanische Vorgehen gegen die russisch-deutsche Ostsee-Pipeline Nord Stream 2 nimmt immer aggressivere Formen an. Jetzt wurden die amerikanischen Sanktionsmaßnahmen, die derzeit gegen Firmen in Stellung gebracht werden, die an Nord Stream 2 beteiligt sind, formell in den Verteidigungshaushalt aufgenommen. Die Strafmaßnahmen wurden vom Kongreß in den Entwurf des sogenannten National Defense Authorization Act (NDAA) aufgenommen, teilte Jim Risch, Vorsitzender des Auswärtigen Ausschusses im Senat, dem US-Magazin „Defense News” mit.

Die Zeit für den Vorstoß wird immer knapper: „Vieles von Nord Stream ist bereits getan“, sagte Risch am Rande eines Sicherheitsforums im kanadischen Halifax. Die Sanktionen würden die beteiligten Baufirmen aber davon „überzeugen“, ihre Arbeit einzustellen. Risch weiter: „Es wird sie sehr viel kosten. Ich denke, wenn diese Sanktionen verabschiedet werden, werden sie schließen, und ich denke, die Russen werden nach einem anderen Weg suchen müssen, um dies zu erreichen, wenn sie es können.

Nach russischer Einschätzung sollen die jüngsten US-Sanktionsmaßnahmen nicht nur Rußland, sondern auch die Europäer als wirtschaftliche Konkurrenz für die USA schwächen.

Der russische Senator Wladimir Dschabarow sieht die US-Pläne als Teil eines Wettbewerbsbetrugs: „Nord Stream 2 hat nichts mit den Sicherheitsfragen in den USA sowie ihrer Verteidigungskapazität zu tun. Man will US-amerikanisches Gas aufzwingen, das wesentlich teurer ist.” (mü)

Le numéro 51 de Solaria arrive très bientôt !

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Solaria

Le numéro 51 de Solaria arrive très bientôt !

Au sommaire du nouveau numéro de Solaria :

— Entretien : QUESTIONS À OLIVIER MEYER AU SUJET DE SON LIVRE " BALDR AU HELHEIM "

— Entretien : L'ART SACRÉ DU VITRAIL, QUESTIONS À SYLVIE FAGOT, MAITRE VERRIER, MEILLEUR OUVRIER DE FRANCE

— Poème : SOLEIL DE VÉRITÉ

— Tradition : LES ÉPICLÈSES D'APOLLON (V)

— Plus nos rubriques habituelles: Héliothèque (Livres, Revues, CD, DVD, Internet), Vents Solaires (Lauriers de Solaria, Expositions, Le monde en bref, Télévision), Plumes Solaires, Cadeaux…

Les tarifs sont les suivants :

Ce numéro : 9€ +1€ de frais d'envoi

Abonnements:

2 numéros (un an): 18€

4 numéros (2 ans): 34€

8 numéros (4 ans): 66€

France: chèque à l’ordre de Solaria.
Autres pays: euros en espèces (discrètes) ou virement à notre compte (nous le demander).
A envoyer à Solaria, 7 rue Christian Dewet, 75012 PARIS.

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« Enki Bilal entre dieux et chaos »

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« Enki Bilal entre dieux et chaos »

par Jérôme GOFFETTE

 
 
Planches hexagonales et francophones : l'au-delà de la science-fiction ?
 

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lundi, 02 décembre 2019

Post-modernisme sociétal : enfer et damnation

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Post-modernisme sociétal : enfer et damnation

par Léon Camus

Ex: http://www.geopolintel.fr

C’est toujours la même chose, l’on cherche sempiternellement des explications pour justifier – comprendre dit-on – l’évidence, l’explicable en soi, chaque fois qu’un allumé (ou illuminé) surine allégrement des passants. Le 4 octobre 2019 ce sont des collègues de travail, mais d’autres fois ce sont des passants innocents… dans des transports en commun, ou des jeunes femmes attendant devant la gare St Charles à Marseille, des soldats en faction, un prêtre âgé officiant dans son église, bref n’importe qui, n’importe quand. Et toujours la même histoire et le même éteignoir. Le même sordide déni de réalité de la part de l’autorité publique. Affaire classée sans suite, direction l’hôpital psychiatrique d’où l’assassin ressortira au bout de six mois blanc comme neige, déclaré rétabli et ayant coupé aux Assises (certes une économie pour le budget de la Justice, que le citoyen lambada paiera néanmoins par un impôt de sang).

Les Romains jugeaient des actes bruts et non des intentions. Il est aussi vrai que nos lois, imprégnées de christianisme, distinguent avec plus de mansuétude l’acte fortuit, accidentel ou passionnel (perpétré sur le coup de la colère), par rapport au forfait mûri et prémédité. La question des circonstances atténuantes fut dès lors introduite à bon escient. Cela fut bel et bon mais une brèche était ouverte par laquelle s’engouffra à l’époque contemporaine, de façon catastrophique, toutes les dérives imaginables. Plus encore après l’avènement de ces lèpres de l’esprit que furent le marxisme, le freudisme puis le freudo-marxisme qui introduisirent après la lutte des classes, la guerre des races et des sexes jusqu’au pandémonium actuel avec pour conséquence peu visible - en accompagnement - la destruction de toute logique du réel qui s’est traduite notamment par la dislocation du droit.

Déchéance intellectuelle des pseudos élites

La déchéance intellectuelle de nos classes dirigeantes est affligeante au-delà de toute expression. Elle serait au fond plutôt comique si elle n’était à ce point tragique. On en veut pour exemple les propos du garde des Sceaux, l’échevelée Mme Nicole Belloubet, statuant que « ce n’est pas l’accouchement qui fait la filiation… [celle-ci étant] fondée sur un acte de volonté et un projet parental…[et] déconnectée de la vraisemblance biologique, pour les couples de femmes ». Cet éminent ministre devrait au demeurant nous dire ce que qu’elle entend par « vraisemblance idéologique  ». Il faut se reporter au débat sur la “procréation médicalement assistée” (et le duo d’anthologie Buzin-Belloubet [1]) pour bien prendre la mesure des lourdes pathologies mentales (sous forme de délires objectifs ou d’extravagants dénis de réalité) des débattants quant aux droits à l’insémination artificielle des transgenres.

Dans Byzance assiégée par Mehmet II en 1453, l’on débattait encore, dit-on du sexe des anges. Aujourd’hui, alors que nos usines chimiques brûlent à l’instar et à la suite de la cathédrale Notre-Dame de Paris, il n’est rien de plus urgent que de faire passer des lois bouleversant l’ordre social, créant des ruptures anthropologiques dont nous n’avons pas fini d’absorber (si tant faire se peut) les traumatisme et retombées de tous ordres. Au nom d’un soi-disant bonheur, ces gens s’acharnent à faire notre malheur car… si l’on touche un bout de la charpente, c’est à terme, tout l’édifice qui s’écroule1. C’est également la voie choisie par le piteux démagogue « Insoumis », Jean-Luc Mélenchon, crachant dans le sens du vent et voyant dans la PMA - “dans un discours vibrant relatif à la portée philosophique du texte” !? [2] - « une révolution du principe de la filiation qui proclame que le patriarcat est fini…Autrement dit : que propriété des hommes sur le corps des femmes ou sur celui de leurs enfants, qui a prévalu pendant des millénaires est terminé ». Bravo. Insistant lourdement sur le caractère « social et culturel de la filiation et non pas sur son caractère biologique »… « Oui c’est la fin du patriarcat. Des femmes mettront au monde des enfants sans l’autorisation des hommes. Pour ma part, je me suis toujours opposé à ce qu’on proclame d’une façon ou d’une autre une vérité biologique… Il n’y a pas de vérité biologique, il n’y a qu’une vérité sociale et culturelle ». Or si c’est M. Mélenchon qui le dit, c’est que cela doit être vrai, n’est-ce pas  [3] ?

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Avec et après la drogue (feu Jacques Chirac en fut un formidable exemple [4]), l’addiction sexuelle et la pornographie, le satanisme bcbg – très silencieusement présent hélas depuis des lustres - est aujourd’hui ouvertement revendiquée par Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations depuis mai 2017 (elle-même auteur de romans obscènes, prélude au début de sa rapide ascension politique avant d’être fondatrice du blog “Maman travaille” !). Ceci dans le magazine phare de la mode féminine « Elle », numéro sorti également ce 4 octobre. Or çà, si le satanisme s’invite subrepticement (mais de moins en moins discrètement ) à la remorque de l’écolâtrie en tant que religion dominante parmi les méchants apôtres du mondialisme, il sera/serait intéressant d’examiner le rôle que le dit satanisme peut y jouer comme rite d’admission, sa profession scellant, dans la transgression partagée, l’appartenance aux différents degrés d’initiation et aux grades correspondant de l’hyperclasse rectrice du destin de l’humanité.

Le terrorisme une fatalité  !

Au gouvernement, l’on s’est très hâtivement essayé à minimiser, à relativiser l’aimable tuerie préfectorale entre collègues. Une fois de plus les bards de service – Castaner entre autres - ont dû se déjuger en urgence parce qu’il a été rapidement impossible d’affirmer que le fonctionnaire de police, né à Fort de France, boucher d’occasion au couteau de céramique, était un déséquilibré… en dépit des dires de son épouse qui, recourant au plan de sortie convenu, s’était appliqué à le faire passer derechef pour schizophrène : « il m’a réveillée la nuit précédente parce qu’il entendait des voix » [5] !

La méchante combine et les gros mensonges gouvernementaux n’ont cependant pas tenu longtemps au vu des messages textuels échangés entre époux, complices dans la préméditation et l’action. D’ailleurs de qui se moque-t-on : habilité secret défense, l’homme était converti depuis une dizaine d’années (2008) et non depuis dix-huit mois comme l’ont seriné les médias et tout ce temps, collègues et services de sécurité internes n’y ont vu que du feu ! Ils seraient aujourd’hui très précisément 38 fonctionnaires ou assimilés présentant des risques sérieux de radicalisation, enkystés dans des services sensibles. N’est-ce pas 38 de trop ? Ne faudrait-il pas revoir alors, en priorité, la politique autoritairement volontariste de recrutement visant à créer une mixité obligée, raciale, ethnique, confessionnelle, notamment dans les administrations publiques avec passage facilité dans les filières d’accès aux grandes écoles et aux grands corps de l’État pour les individus issus de la diversité ? Cela au nom d’une prétendue discrimination positive, ce qu’annonçait le 17 décembre 2008 avec une certaine brutalité, le sieur Sarkozy dans son discours fondateur de Palaiseau « Égalité des chances et diversité » [6]. Au demeurant, la discrimination, qu’elle soit positive ou non, reste une discrimination en transgression absolu des principes constituants de la République, non ?

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On voit ce que cela donne dans nos services de police, dans l’armée (n’a-t-on pas parlé de mutinerie sur le porte-avions Charles de Gaulle ?). L’inculture étant à présent ce qu’elle est, et les cadres compétents de l’armée et de la haute administration ayant été envoyés prématurément au rencart (ou épurés comme en 2004 à l’occasion de l’Affaire dite “Pétrole contre nourriture” engagée à l’initiative du Trésor américain, laquelle permit d’éliminer la vieille garde du Quai d’Orsay et de laminer ce qui demeurait encore de la politique arabe de la France). D’abord certes en raison du renouvellement des générations, mais aussi par la modification des critères de sélection et de recrutement (diversité et correction politique obligent, à Sciences Po et à l’ENA), jusqu’à obtention de l’effet souhaité à savoir l’arasement de la mémoire institutionnelle et historique. État de fait qui a permis au président Macron de parler impunément de supposés crimes contre l’humanité perpétrés par la France en Algérie et ce sans que quiconque ait songé à rappeler que nombre d’officiers et de sous-officiers de l’Armée de libération nationale algérienne (ALN) avaient été formés par la France, avaient servi en Indochine où ils purent acquérir une science des armes qu’ils retournèrent ensuite contre la Métropole et les départements français d’Algérie. On ferait bien de s’en souvenir parce que nous sommes en train de reproduire la même criminelle erreur. Ce dont se fichent bien les adeptes dogmatiques ou laxistes (et leurs comparses, commensaux et acolytes), partisans du métissage à tout crin, de l’effacement des frontières et du grand remplacement à tous les échelons au sein des Services de l’État.

Demeure un point très noir : le dossier de la tuerie a été juridiquement ouvert sous la qualification « d’assassinats et tentatives d’assassinat sur personnes dépositaires de l’autorité publique en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste criminelle ». Est-ce à dire que le tueur aurait pu ne pas agir de son seul chef ? Michaël Harpon était-il une taupe islamiste pouvant avoir transmis à des réseaux takfiristes certains fichiers ou bases de données de la DRPP ? Les Services étrangers et Interpol doivent être ravis… Voilà où conduit l’amour immodéré de la société plurielle et du brassage interculturel… mais aussi d’une haine à peine masquée pour la franchouillardise. Au total, les services de l’État sont désormais à l’image de la nation, c’est-à-dire en passe d’être dévorés par les conséquences mortifères d’idéologies férocement anti-nationales. Et conséquemment, infiltrés, noyautés par des activistes ennemis, lesquels, à l’arrivée, pas n’ont besoin d’être une multitude pour être d’une extrême nocivité.

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Bref, l’administration française (au même titre que ses homologues européennes), otage de la dogmatique officielle, est de cette façon peu à peu gangrenée par une politique devant se lire et s’analyser dans le contexte général d’une sournoise éviction des populations autochtones. Ce qu’il est convenu d’appeler le Grand remplacement, ceci au grand dam des Commissaires politiques et idéologiques qui sévissent sur tous les plateaux des grandes chaînes d’information (Cnews/BFM/LCI/FrandInfo/France24/EuroNews/etc.). Substitution de population que ceux-ci qualifient avec un mépris non dissimulé de « mythe » ou de « phantasme », nous expliquant benoîtement et doctement que le terrorisme n’est en fin de compte qu’une fatalité inhérente à la modernité et que nous devrions finalement faire avec.

Ces ténors de la doxa surinformés, si éclairés, n’ont de toute évidence pas dû prendre le métro depuis au moins une trentaine d’années, à qui il ne viendrait jamais à l’idée (tous n’étant pas absolument pervers que le monde a changé sous leurs pieds. Des gens qui devraient normalement être placés dans la catégorie des minus habens (voire des oligophrènes) parce qu’incapables de saisir que les frontières devraient être fermées de toute urgence à l’immigration légale (à commencer par le regroupement familial) et a fortiori illégales, frontières qui d’ailleurs n’eussent jamais dues être ouvertes… Quand s’achèvera le quinquennat en cours, ce sont quelque cinq millions de migrants qui seront entrés et se seront installés, en grand partie à la charge d’un pays pourtant en voie de désindustrialisation et de paupérisation rapide !

L’Éducation nationale, Lampedusa bis

La rentrée s’est bien passée ! Nos enseignants préparent la “France” de demain avant de se suicider [7] à l’instar de nos 51 policiers morts depuis janvier dernier et de nos paysans, un tous les deux ou trois jours. Cent femmes ont été tuées par leur conjoint ces neufs derniers mois. Toutefois, dans ce dernier cas, personne ne songe (ou ne réclame) que soit rendu public l’appartenance culturelle, confessionnelle, l’origine ethnique des meurtriers. Si par extraordinaire c’était le cas nous risquerions d’avoir de belles surprises. Mais cela n’arrivera pas, la divulgation de ce genre d’information tombe sous le coup de la loi (on voit bien ici que l’antiracisme est une forme aiguë d’antifrancisme). Ces jours-ci des vidéos circulaient donnant à voir de choquantes agressions dans des écoles de la République contre des maîtres. Ces actes se multiplient aujourd’hui à la vitesse grand V. On assassine (vendredi 4 octobre dans le Val d’Oise un adolescent est poignardé) et l’on rackette aux abords des établissements scolaires. … « Combien - d’enseignants - nous dit Claude Bourrinet [8] - ont-ils vu leur idéal brisé par la démagogie de pédagogues irresponsables, par une administration tatillonne et aveugle, par l’indifférence du système aux épreuves qu’ils subissent pour tenter de délivrer leur savoir à des populations de plus en plus déséquilibrées, déstabilisées par une sous-culture mortifère, hostiles à la culture, à l’effort intellectuel, au livre, au savoir scientifique, historique ? La peste de l’inculture agressive frappe tout le monde, y compris les enfants de souche. C’est une pandémie barbare, que les idéologues ne veulent pas voir, quand ils ne la cautionnent pas par des préceptes égalitaristes, laxistes et bienveillants, ineptes  ». 

Le 30 septembre, dans le Val d’Oise à Sarcelles, au lycée de la Tourelle, un jeune majeur âgé de 19 ans s’est attaqué avec une rare violence à son prof de gym après avoir refusé de retirer sa casquette, signe identitaire s’il en est. Il est complaisamment filmé par ses petits copains. La chose serait anecdotique si elle n’était parfaitement emblématique de l’état décomposition avancée de l’institution éducative… relais, s’il en est, de la pire politique anti-française. La comparution immédiate du voyou – quand même ! - nous a appris, que le dénommé Dio est arrivé clandestinement en France en 2013 ; qu’il a été condamné à huit mois de prison, dont quatre avec sursis et qu’il n’a, évidemment, jamais été expulsé. En un mot il s’agit d’une super chance pour la France… Autrement dit un parasite destiné à vivre ad vitam æternam au crochet de la vache à lait hexagonale. Pour mémoire, nos établissements publics, avec la complicité du ministère de l’Éducation nationale (et d’une nuée d’associations subventionnées), accueillent des milliers de sans papiers et qu’il est assez souvent recommandé aux enseignants de falsifier des résultats scolaires ou autres documents administratifs afin que « le jeune » ne rencontre pas de difficultés… avec pour contrepartie les graves problèmes de discipline et de sécurité que l’on déplore de nos jours. L’Éducation nationale, havre d’accueil pour les migrants est ainsi devenue une quasi zone de non-droit… avec la complicité de certains enseignants eux-mêmes… avant qu’éventuellement ils n’en deviennent eux-même les pitoyables victimes.

La Maison brûle

En temps de crise, la multiplication à l’infini des événements dramatiques ou tragiques, grave dans l’opinion l’idée que le pouvoir s’est engagé dans une mortelle impasse et qu’il s’avère incapable de gérer avec le minimum d’efficacité et de résultats, les effets négatifs (collatéraux) de ses errements. Un sentiment qui s’est manifesté très nettement avec l’affaire Lubrizol où la seule question qui mériterait une réponse aussi rapide que nette : pourquoi un tel sinistre s’est-il déclaré à proximité d’installations protégées par des dispositifs de sécurité optimaux ? Question qui continue à se poser en outre à propos de l’incendie de Notre-Dame et l’hallucinante vitesse de propagation du feu dans la charpente.

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Un arbre ne devant jamais cacher la totalité de la forêt, rappelons – nous y reviendrons – que le terrible sinistre rouannais, fait suite à une impressionnante série d’incendies, tout aussi gravissimes, ayant détruits des sites industriels de nature similaire… tels l’incendie du 3 juillet dernier sur le site classé « Seveso seuil haut » dans les Yvelines, au sein du périmètre de l’usine « Seine Aval » du Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (SIAAP) implantée dans la plaine d’Achères. “Une installation stratégique, soit la plus grande station d’épuration des eaux usées d’Europe - s’étendant sur 600 ha, elle traite 60 % des eaux usées de 9 millions de Franciens [9] - anéantie en totalité par le feu et ce, à seulement trente kilomètres de la capitale. Il faudra entre trois et cinq ans pour la reconstruire, au prix, dans l’intervalle, d’une pollution gravissime de la Seine. » Qui en parle ? Ce site n’a en fait cessé d’enregistrer des sinistres de plus en plus graves depuis plusieurs années. Sa gestion est entachée par des dévoiements sans précédent en matière de marchés publics avec en arrière plan un théâtre de concussion et corruption ! Un désastre absolu, qui ne suscite qu’une fort inquiétante indifférence [10]. Cela reste bien entendu à inscrire au bilan de Mme Hidalgo, maire de Paris, intuitu personnæ, membre du conseil d’administration de la dite entreprise d’intérêt vital pour la capitale et sa région.

Léon Camus - 6 octobre 2019

Notes

[1Cf. facebook.com/ridiculeTV/ - Voir https://www.facebook.com/ridiculeTV...

[2lesinrocks.com26sep19

[3On en jugera à travers cette sotie déjà immédiatement envisageable, la réalité dépassant désormais l’imagination… « En terre d’Absurdie anoméenne (négation/abolition des lois issues de l’ordre naturel) après le vote sur la PMA, antichambre de la gestation pour autrui, quoique l’On clame à tout-va qu’il s’agirait en ce cas d’espèce d’un tabou, une limite intransgressible. La PMA serait une aubaine pour Charlotte (adoptée par un couple d’hommes mariés via cet autre formidable progrès égalitariste que fut le mariage pour tous) à l’heure de sa maturité sexuelle, cette heureuse enfant se trouvant titulaire d’un père adoptif Jean et d’une mère adoptive Pierre. Or grâce à l’œuvre immense du bon docteur Freud et de son émule Wilhelm Reich, elle se trouve, par la grâce de ces géants, dépourvue de toute inhibition, trouble ou culpabilité (soit la cohorte de névroses véhiculées par l’éducation chrétienne), quant à l’attirance ressentie pour l’un et pour l’autre des parents, légalement et respectivement père et mère quoique pourvus d’organes reproducteurs identiques. Il arriva ce qui devait arriver : Charlotte mit au jour un garçon de son père Jean (sans que l’on puisse évidemment parler d’inceste), puis une fille conçue avec sa mère adoptive, Pierre. Devinette, objet des débats policés Buzin/Belloubet : quel doit être le statut exact de la mère de Charlotte vis-à-vis de l’enfant conçu avec son mari, père d’icelle ? Au demeurant, la loi permettra aux enfants de Charlotte, s’il s’agit d’une fille et d’un garçon, de se marier ensemble ». Elle est pas belle la vie ?

[4Voir le témoignage accablant de Gérard Fauré « Dealer du tout Paris » octobre 2018.

[5Michaël Harpon, le bien nommé, 45 ans, employé depuis 20 ans au service informatique de la Direction du renseignement de la préfecture de police « a pété un plomb et a tué quatre collègues à l’arme blanche ». Converti à l’islam depuis 18 mois (en vérité depuis 2008), aux dires d’un psychiatre expert « en général, lorsqu’on a des gestes brusques d’une telle violence, ils ont extrêmement rares surviennent sous couvert de formes très particulières de schizophrénie ». Et comme il est devenu impossible de gommer la dimension confessionnelle de ce passage à l’acte, on la met à « en parts égales avec la psychopathologie de la personne ». Nul ne parle évidemment de fanatisme religieux, une notion trop concrète et pas assez scientifique.

[6Seule la version audio est fidèle, la transcription écrite officielle ayant éliminé les passages où le président parle de conduire cette politique par la contrainte. Extrait : https://www.youtube.com/watch?v=1XI...

[7Christine Renon, directrice de l’école maternelle Méhul de la ville de Pantin, dans l’académie de Créteil, parvenu au bout de l’épuisement moral a été retrouvé morte le 24 septembre 2019. Le même jour, Frédéric Boulé, professeur au lycée international de Valbonne dans les Alpes-Maritimes, en finissait également avec la géhenne qu’est devenue l’Éducation nationale tombées aux mains de soi-disant pédagogues confits en idéologie mortifère.

[8bdvoltaire.fr5oct10

[9Les Franciens, habitants de la Francie, sont ce que l’on nomme aujourd’hui assez sottement les Franciliens.

[10cf.MarcLaimé/mondediplo.net27sep19

 

5 décembre «  Le  » choc  ?

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5 décembre «  Le  » choc  ?

Léon Camus

Ex: http://www.geopolintel.fr

L’Élysée se barricade à l’approche de la tornade sociale annoncée pour le 5 décembre, coup d’envoi d’une contestation XL (extra large). Les conseillers de M. Macron font grise mine sous les ors des lambris pâlissant dans le crépuscule présidentiel, cela sent «  La chute  »  ! Eh oui, nous sommes loin de la bacchanale trans de la fête de la Musique du 21 juin 2018. L’heure n’est plus à la joie mais à la pétoche. Maintenant le président branché serre les fesses, plaignons-le  ! À tel point qu’il prévoit d’annuler ou d’écourter ses déplacements à l’étranger, à telle enseigne qu’il ne se rendra pas en Espagne en décembre pour la conférence climatique mondiale dite COP 25… Mais il ne manquera pas  d’assister à Jérusalem en janvier prochain, nonobstant le chaos politique régnant en Eretz Israël, aux côtés d’une poignée de dirigeants – parmi lesquels Vladimir Poutine, mais aussi les présidents fantoches allemand, italien, autrichien Frank-Walter Steinmeier, Sergio Mattarella et Alexander Van der Bellen aux côtés d’esquisses de rois, celui d’Espagne et de Belgique – à la commémoration de l’holocauste, en principe prévue pour être « le plus grand rassemblement de l’histoire consacré à la lutte contre l’antisémitisme ». Bon sang ne saurait mentir  ! Et puis les dieux modernes ont soif et M. Macron sait où est son devoir…
La teuf semble (enfin) finie  !

My kingdom for a horse

Mon royaume pour un cheval… la République en Marche est à bout de souffle et à bout de faux fuyants. Le Grand débat du premier semestre 2019 et ses interminables monologues, n’a pas vraiment eu le retentissement ou l’effet désiré. N’ont été convaincus que ceux qui avaient a priori envie de l’être, en témoigne le 102e Congrès des Maires de France porte de Versailles devant lequel le président Macron est venu faire la danse du ventre mais dont le discours de clôture, le 23 novembre, imprégné de pathos, en a écœuré plus d’un. Promettant une fois de plus de réformer en profondeur la fiscalité locale et d’aboutir à la suppression progressive de la taxe d’habitation pour 80 % des Français - ce qui sera un cruel manque à gagner pour nombre de collectivités territoriales - M. Macron n’a fait que se paraphraser sans vraiment se rendre compte qu’il conduit les territoires au bord de la rupture. Ne se sentant ni écoutés, et encore moins entendus, beaucoup de maires ont d’ailleurs boycotté cette très inutile et assez coûteuse grand messe (500 € par tête de pipe). De même que près de la moitié d’entre les 35 498 maires (dénombrement au 1er janvier 2017) hésitent encore ou renoncent à se représenter aux prochaines élections municipales. Faut-il préciser qu’à ce stade le divorce entre les territoires et le pouvoir central devient une réalité palpable ? Disons-le carrément la France profonde, celle de la province et des terroirs, est volontairement oubliée, autrement dit sacrifiée. Elle n’intéresse pas le gratin urbain, elle ne rapporte rien hors de certains secteurs comme l’agro-industrie… 

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Entre 2000 et 2016, un quart des exploitations agricoles hexagonales a disparu et aujourd’hui, un quart des chefs d’exploitation est âgé de plus de 60 ans, le désert français est ainsi condamné à progresser toujours davantage chaque année. Pas étonnant dans ces conditions que les meilleures terres et les vignobles prestigieux sont de plus en plus souvent acquis par des multinationales étrangères, chinoises, nippones ou coréennes. La France des grandes périphéries est véritablement hors courant pour être devenue au mieux une sorte de variable d’ajustement et/ou une vaste jachère postindustrielle. Mais aussi… un authentique gisement de mégas revenus fiscaux au regard des juteuses taxes qui en sont extraites  ; notamment vu l’importance de sa consommation en hydrocarbures divers (essence/gazoil/fuel domestique) proportionnelle à la dispersion spatiale et à l’éloignement des infrastructures et des services.

En attendant la déroute finale, le pouvoir, impuissant à gérer la casse sociale qu’il a délibérément laissée se développer (effet de la mondialisation de l’économie, associée au processus de fédéralisation engagé au sein de l’Union européenne et à l’intégration euro-atlantique en cours via, par exemple, le Traité de libre-échange transatlantique – ne sait plus sur quel pied danser face à cette France périphérique et rurale qui se sent totalement abandonnée. La Fronde des Gilets Jaunes n’aura pas été de ce point de vue – et de loin - un simple feu de paille mais, en toute logique, doit ou devrait se réembraser à la première occasion, pendant ou après le 5 décembre prochain, conjointement ou indépendamment des mouvements sociaux orchestrés par des organisations syndicales en perte de vitesse mais ayant au demeurant - peu pou prou - partie liée avec le pouvoir macronien.

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Les syndicats  : courroie de transmission d’un pouvoir apatride

Remarquons au passage, cette drôle d’alliance paradoxalement contre nature entre ce qui fut naguère l’essence de la Gauche, l’internationalisme prolétarien qui, jetant bas le masque, se révèle être ce qu’il a toujours été un cosmopolitisme débridé. La République en Marche n’est que la mise en pratique du grand métissage fusionnel dans le creuset de la termitière universelle, le but ultime de la Révolution léniniste… lequel se contrefichait du prolétariat russe (amplement massacré et déporté) ne visant que la révolution mondiale (conception attribuée à tort au seul Trotski) et rien d’autre. Bref le grand rêve messianique de la Jérusalem terrestre (en réalité le bagne pour tous parce qu’il ne saurait y avoir de construction du socialisme sans réduction générale au statut d’esclave) se trouve tout entier contenu dans le discours de Sarkozy à l’école polytechnique de Palaiseau le 17 décembre 2008 et ses menaçantes envolées lyriques relatives au métissage obligatoire sous la férule de l’État  : … Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs, La France ne serait pas la France sans la passion de la République, de ses valeurs et de ses principes. La France ne serait pas la France sans la passion de la liberté, de l’égalité et de la fraternité qui est le propre de la République… Et du «  métissage qui n’est désormais plus un choix mais une obligation  » à laquelle il peut plus être question de se dérober. Lors de la campagne présidentielle de 2012 le candidat du Nouveau Parti anticapitaliste (faux-nez de la Ligue communiste révolutionnaire), Philippe Poutou (et pitre utile), confronté à des journalistes facétieux (une fois n’est pas coutume) qui lui faisaient remarquer à quel point son programme de disparition des frontières ressemblait furieusement à celui de Wall Street. Interloqué celui-ci ne sut que répondre « moi ce que je veux, c’est la liberté  ».

À propos de cette Gauche syndicale déliquescente, émanation du Parti communiste, rappelons qu’en mai 2017, le Secrétaire général de la Confédération générale du Travail (CGT), Philippe Martinez souhaitait que «  Macron fasse le score le plus haut possible  » [lemonde.fr5mai17]. Mais, forcée de constater la dynamique engendrée par le mouvement des Gilets Jaunes, la centrale syndicale tentait rapidement de réinvestir la vague déferlant depuis le 17 novembre après l’avoir dénoncée début octobre comme un mouvement d’extrême droite reprenant en cela la rhétorique gouvernementale. Sous la pression de sa base, la direction syndicale revenait sur sa position (alignée sur celle du ministère de l’Intérieur), prenait le train de la contestation en marche et diffusait le 27 novembre un tract visant explicitement à récupérer la colère populaire à son profit… et par voie de conséquence, en sous-main, subrepticement, au bénéfice d’un macronisme expression de la nouvelle gauche cosmopolitiste, déracinée, apatride, ultra libérale-libertaire. Dans ce cas récupération est assimilable à neutralisation  : retenons cette manœuvre utile à sauver un peu de l’audience perdu (un reliquat de part du marché syndical) par les organisations professionnelles de Gauche et à servir paravent de protection (désamorçage et canalisation de la colère) au pouvoir. Bref, comprenons que les syndicats sont des éléments intrinsèques, des rouages, du système, ils aident et participent à son maintien, sa stabilité et à sa consolidation.

Un morceau d’anthologie  : «  Le mouvement des GJ exprime depuis le 17 novembre dernier, le ras-le-bol d’un peuple qui n’en peut plus d’être taxé, humilié, exploité, méprisé par un pouvoir toujours plus distant de sa réalité… Comme vous, nous vivons dans un monde que nous n’avons pas choisi, où celles et ceux qui luttent subissent au quotidien la propagande gouvernementale, la répression policière, l’utilisation politique des “casseurs”, les mensonges des médias… Beaucoup d’entre nous ont partagé vos mobilisations, gilets au coude à coude, même si nos “gilets” sont “rouges”… Notre objectif commun est de redonner le plus rapidement possible le pouvoir de décision au peuple, par le peuple, pour le peuple. Un pouvoir qui lui revient pleinement de droit  » [syndicollectif.fr/cgt-appel-aux-gilets-jaunes27nov2018].

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Ici, la dénonciation des «  casseurs  » ne manque pas de sel, sachant, que la CGT, utilisent à l’occasion les Antifas pour faire interdire de parole telle ou telle personnalité invitée à s’exprimer dans des cercles militants… n’hésitant pas, par le biais de ses nervis, à menacer ceux qui oseraient mettre à disposition des lieux de réunion. La boucle est – provisoirement – bouclée  : il n’existe pas de solution de continuité entre le pouvoir, la gauche et l’extrême gauche violente si utile à déconsidérer les GJ et à tarir leurs rassemblements. À l’heure actuelle, les discussions ne vont-elles pas bon train pour réunir les lambeaux épars des verts, socialo-communistes et des modérés, afin de redistribuer le gâteau territorial entre les différentes factions résiduelles de la Gauche et du Centre. Les marchandages électoraux sont déjà et seront intenses pour le plus grand accomplissement de la démocratie participative, n’est-ce pas  ?

Black blocs et Antifas nervis et supplétifs

Il faut insister sur l’extrême habileté (et l’efficacité) avec lesquelles le pouvoir est parvenu à casser les GJ, à les conduire à l’épuisement ou apparemment, à la fin du printemps dernier, à la quasi extinction. Effectuons un récapitulatif sommaire des méthodes employées … Dans les rassemblements, plutôt que de repousser les manifestants vers des issues de sortie comme cela doit se faire pour éviter les incidents, la technique vicieuse de la nasse (bouclage) a été systématiquement utilisée avec en sus, gazage surabondant, tirs de grenades offensives dites de désencerclement, matraquages, le tout combiné avec l’usage non restrictif de balles de caoutchouc… en fait, avec des munitions non initialement prévues par les lanceurs, qui se sont révélées très vulnérantes. Une répression à fort coût collatéral, mais à cause de cela à fort impact psychologique et particulièrement dissuasive  : manifester son rejet de la politique gouvernementale vaut-il de perdre un œil ou une main, d’avoir la mâchoire fracassée, les côtes enfoncées  ?

Chacun a pu voir cette stratégie encore à l’œuvre à Paris, place d’Italie, à l’occasion du 53e Acte, le samedi 16 novembre, jour anniversaire de l’Insurrection civique 6 commencé à l’automne 2018. Une nouvelle victime d’un tir de balle de défense - un journaliste indépendant - fut atteinte au visage. Comment ne pas penser que ces tirs sont intentionnellement destinés à blesser et à mutiler  ? Qu’ils sont en l’occurrence un moyen singulièrement odieux de dissuader les citoyens de faire entendre leur ressenti face à une insupportable mal-gouvernance  ? Noyée sous les fumées des incendies de poubelles et les gaz lacrymogènes, au milieu des véhicules retournés et en flammes, des abribus saccagés, le monument dédié au maréchal Juin vandalisé et partiellement détruit, la place présente dès la fin de matinée le charmant spectacle du chaos le plus achevé… Devant ces « violences et exactions », en début d’après-midi, la préfecture de police décide d’annuler la manifestation pourtant licite au moment précis où elle devait quitter la place d’Italie. Pontifiant, le préfet Didier Lallement7 déclarait  : « cette manifestation rassemblait des individus ne défendant pas une cause, mais procédaient à des destructions… et à des attaques systématiques contre les forces de sécurité et contre les pompiers  ». Mais qui s’est montré incapable de filtrer l’accès à ce point de rassemblement  ? Qui a autorisé cette concentration en un lieu encombré de chantiers (quelques uns parmi les 7000 ouverts par la mairesse de Paris, Mme Hidalgo, travaux publics qui défigurent la capitale et y rendent la circulation impossible) et des matériels afférents  ? Du pain béni pour les casseurs qui purent trouver sur place, à domicile, tous les projectiles et les combustibles propices à leur chienlit et à leurs violences. Alors si les autorités ne sont pas seulement laxistes, elles sont a fortiori complices.

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À la panoplie réputée sublétale des moyens physiques de répression, est venu s’ajouter le recours à des instruments juridiques aussi spécieux que discutables  : participer c’est se rendre complice des vols et des exactions commis en marge de manifestations par les casseurs… un terme générique qui évite de désigner nommément les Antifas et les Black blocs, ces supplétifs avons-nous dit, des forces de l’ordre, jamais arrêtés ni déférés devant u tribunal de flagrant délit, mais au contraire toujours laissés la bride sur le cou sous l’œil de caméras complaisantes. Facile ensuite de brouiller l’image des GJ, apolitiques et pacifiques au départ, qui, associés (ou amalgamés) aux actes juridiquement répréhensibles et moralement condamnables de ces bandes de nervis - au service évident de la place Beauvau - se voient durement discrédités. Dans le même ordre d’idée, le recours aux brigades anticriminalité [Bac], non formées pour les opération de maintien de l’ordre (et dont les personnels ont parfois la même allure - à s’y méprendre  : dégaine identique type caillera – que les bandes de casseurs), s’est avéré contre les GJ d’une certaine efficacité en contribuant à discréditer et à déconsidérer le mouvement auprès de la partie de la population la moins concernée ou la moins politisée.

Aucun doute n’est à présent plus envisageable  : les Black blocks – répertoriés, fichés, suivis, noyautés et infiltrés à satiété - sont et ne sont que des auxiliaires de police utiles voire indispensables à la survie du pouvoir républicain dans ce qu’il a de plus exécrable, par conséquent, protégés et intouchables. Déplorons que certains policiers et gendarmes, mal rémunérés, mal récompensés et bien peu considérés, pourtant sans doute parfaitement conscients de cette situation, de ces manipulations et des coups tordus qui en résultent, continuent à obéir passivement, préférant à l’occasion le suicide (pour des causes jamais publiées) à la désobéissance… Quoique le droit de refuser de suivre un ordre immoral soit reconnu par la loi  ! Il s’agirait en outre de connaître les «  règles d’engagement  » édictées par le sommet de la pyramide administrative. Qui décide et de quelles façons sont-elles interprétées aux différents échelons de la hiérarchie policière et par qui  ? Depuis 1972, de nouvelles dispositions réglementaires priveraient en principe les auteurs (ou les complices) d’une action contraire aux lois et coutumes de guerre, de faits délictueux ou criminels la faculté de s’abriter derrière l’ordre reçu si celui-ci apparaissait comme illégal. Les forces de sécurité publique devraient à ce titre se rendre à l’évidence qu’elles ne protègent ni la population, ni l’ordre (soi-disant) républicain, mais essentiellement la canaille des palais nationaux (fidéicommis de la haute finance) et une classe dirigeante grassement prébendière, ceci avec l’aide d’une anarcho-racaille… u rôle naguère dévolu à la populace des bas-fonds, le prolétariat en haillons, le lumpenprolétariat de Karl Marx  !

La République gère fort mal mais se défend à merveille

Les liens entre les casseurs, l’État et la Gauche néo-communiste met donc en évidence ou souligne une collusion à peine occultée entre le pouvoir, des groupes activistes et violents et des organisations politiques et syndicales chargées de récupérer le mouvement, de le canaliser pour mieux le désamorcer… en un mot pour mieux le faire rentrer dans le jeu de dupe du syndicalisme compradore. La soi-disant opposition de Gauche n’étant, vue sous cet angle, qu’une composante du système, un rouage parmi d’autres du mécanisme politique systémique, c’est-à-dire dont toutes les composantes – même et surtout oppositionnelles – concourent à la pérennité de l’ensemble… nous invitons sur ce point le lecteur à méditer le chef d’œuvre de George Orwell «  1984  »  !

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Le rejet général des violences de la part de l’opinion publique, concernant en premier lieu les atteintes perpétrées contre des symboles de la Nation tels le musée de l’Arc-de-Triomphe ou dernièrement, le monument du maréchal Juin, tout comme les incendies de commerces, de banques, suscite sans équivoque une réprobation aussi intense que spontanée. Déjà parce que ces comportements sont dissonants par rapport à l’expression d’un mécontentement populaire - certes profond - mais toutefois, dans sa vocation vécue, non encore insurrectionnel. En raison également de l’imprégnation des foules par le préjugé idéologique démocratique, selon lequel la pression populaire de la rue serait susceptible de faire avancer les choses et même de les transformer… même si les récents «  Printemps arabes  », leurs échecs patents ou bien d’autres événements en cours à travers le monde, montrent la vacuité d’une telle illusion.

Instinct de conservation, Gouvernance mondiale et Europe réelle

Pour ne pas conclure, la bonne gestion policière du mouvement grâce à une répression ne laissant aucune place aux états d’âme, laquelle se complète par un épais faisceau de techniques manipulatoires des GJ eux-mêmes et de l’opinion en général, démontre à l’envi - s’il en était encore besoin - la nature machiavélienne pour ne pas dire perverse d’un pouvoir qui, à défaut d’être apte à gérer intelligemment le pays dans l’intérêt de tous, met toutes ses capacités et ses forces à le mettre au pas. Constat qui doit tempérer nos espoirs immédiats (ou notre optimisme) et nous convier à toujours plus de réalisme et de détermination…

Là, dans ce iatus interne au système, pourrait néanmoins se trouver la pierre de touche du mouvement populaire face à un pouvoir incapable de surmonter la contradiction «  essentielle  » d’un pouvoir réduit à quadriller le territoire national dans l’obligation qu’il est de soumettre le pays réel pour mieux le faire entrer dans le moule de la mondialisation (à ne pas confondre avec une modernisation servant de prétexte). Concrètement l’État – lequel fait preuve d’une consternante absence d’imagination quant aux voies et moyens utiles à la liquidation en douceur de la Nation8 - s’évertue à employer mécaniquement des politiques d’austérité draconiennes (sous couvert de cahier des charges, de livre de recettes, de procédures sèchement comptables), sans le dire ouvertement et sans y parvenir vraiment (tel le nécessaire dégraissage des effectifs pléthoriques de l’état  : 5.666.000 fonctionnaires et assimilés au 31 déc. 2017)… on rabote sur tout mais sans finesse, ni véritable discernement. On travaille à la hache et à la louche  !

Nos gouvernants s’occupent d’abord du service de la dette (cette dernière atteint 100% du Pib  ; soit environ 2231,7 mds d’euros  ; même si aujourd’hui – pour le moment - les taux d’intérêts sont asymptotiques à zéro), mais jamais de son remboursement. Le refinancement se faisant chaque année par de nouveaux emprunts sur les marchés internationaux ce qui revient à creuser sans fin et abyssalement le déficit public. Tout ceci afin de se plier au dogme ultra libéral de l’effacement des frontières et du laisser faire laisser passer, de la main invisible et une concurrence pure et parfaite… Fumées opiacées de l’Utopie toujours meurtrière  !

La Révolution française étant ontologiquement - dans son être intime - une révolution libérale, M. Macron, en digne héritier et continuateur, va au bout de cette logique démentielle. Retenons pour finir que l’idéologie ultra libérale (celle de l’École de Chicago et du Nobel Milton Friedman) a opéré depuis longtemps sa jonction avec l’école freudo-marxiste dite de Francfort… Or c’est bien la convergence de ces deux courants de pensée révolutionnaires qui nous conduit à l’écroulement sociétal, politique, moral et spirituel que nous connaissons à présent. Toutefois, l’arbre ne devant pas cacher la forêt, comprenons que ce qui est en cause n’est ni plus ni moins que le projet messianique de disparition des peuples et des nations en tant que communautés organiques relativement homogènes aux plans ethnique, confessionnel, historique et culturel au profit de la termitières ou du mouvement brownien des monades leibniziennes.

Et c’est bien ce contre quoi, consciemment/inconsciemment, intuitivement, se sont dressés les GJ dont la «  colère  » n’exprime - plus ou moins - que le refus de mourir, en un mot une authentique manifestation de l’instinct de conservation… Raison pour laquelle, quelque soit la forme que cette insurrection civique prendra, les GJ ne sont pas morts et ne sont certainement pas prêts de s’effacer du paysage. Même s’il paraît à première vue, aux yeux de nos pseudo élites déracinées et nomades (elles prennent l’avion comme la France profonde prend sa voiture pour aller acheter son pain… ce qui est d’ailleurs à déplorer) plus facile de diriger un magma humain (ou une mosaïque constituée d’éléments étrangers les uns aux autres, culturellement, confessionnellement, ethniquement) qu’une communauté pensant et réagissant majoritairement à l’unisson.

Au demeurant ne nous serine-t-on pas tous les jours que Dieu fait, que le nationalisme c’est la guerre, tout comme l’Union fédérale européenne serait «  La paix  »  ! Tout comme pour le sieur Attali «  le souverainisme, c’est la haine, le racisme   » et même – fallait-il l’oser  ? - «  de l’antisémitisme   »… Première et apparemment unique préoccupation de nos élites  ! Diviser pour régner est devenu aujourd’hui une devise et une règle universelle, la gouvernance par le chaos sociétal… La théorie du genre, la guerre des sexes, l’islamophilie et la haine de soi, l’ethnomasochisme et au bout la confusion universelle. Comprenons alors l’insurmontable contradiction à laquelle se trouvent confrontés les larbins du mondialisme anoméen, anarcho-libéral, qui doivent à la fois conduire cette Grande transformation et procéder dans l’urgence des agendas planétariens, à la dissolution des États-Nations et à la destruction des peuples nés dans la matrice des temps historiques.

Cruelle contradiction que M. Macron essaie vainement ces derniers jours de dépasser en nous bassinant et en tentant de nous endormir avec de quotas d’immigration sachant que ce sont de quatre à cinq cent mille étrangers qui s’installent durablement chaque année en France. Reste que le brassage des peuples (principalement avec l’Afrique dont un scientisme dévoyé nous ressasse chaque jour qu’elle serait le berceau de l’humanité), est une priorité et un impératif auquel les dirigeants européens ne saurait déroger… Avant que l’Europe réelle ne s’aperçoive (ou ne prenne conscience) que si elle décidait d’exister en tant que puissance organisée (sous forme d’une confédération par exemple), elle serait la première économie planétaire… et le reste avec  !

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À la fin de l’été, au début de l’automne nous avons vu se succéder une multitude de mouvements revendicatifs catégoriels  : hospitaliers urgentistes, policiers (le 2 octobre la veille de l’attentat à la préfecture de police de Paris, ce qui a, en raison de l’émotion suscitée, a soufflé comme un bougie l’extraordinaire manifestation policière de la veille  ; nous ne ferons pas plus ample commentaire sur la succession nécessairement fortuite de ces deux événements  !). Puis l’on a vu défiler les professions libérales – avocats, médecins – décidés à sauver leurs caisses de retraite autonomes (et autofinancées), ainsi que les pompiers matraqués et gazés comme jamais les Blacks blocs ne le furent. Enfin la manifestation transcourant (plusieurs centaines de milliers de personnes passées sous silence et méprisées par la presse) contre la Loi sur la bioéthique (PMA ouvrant évidemment la voie à la GPA en dépit des mensonges éhontés de ses promoteurs) agrémentée des arguties et démonstrations grotesques développées par le duo de choc Buzin-Belloubet, respectivement ministre de la Santé et garde des Sceaux. La liste des protestations est bien loin d’être close et nous verrons ce qu’il en est le 5 décembre car tout laisse à penser que de nouvelles éruptions de mécontentement et de ressentiment sont à prévoir et à très court terme… Au final, malgré toute son habileté à manier le verbiage et à rouler les gogos dans la farine, la question se pose désormais de savoir si, réellement, M. Macron parviendra bien au bout de son mandat. Pari tenu  ?

24 novembre 2019

 

Jérôme Sainte-Marie sur le thème “Macron, le bloc bourgeois et les Gilets jaunes”

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Jérôme Sainte-Marie sur le thème “Macron, le bloc bourgeois et les Gilets jaunes”

 
Mercredi 9 janvier, aux “Mercredis de la NAR” nous recevions Jérôme Sainte-Marie sur le thème “Macron, le bloc bourgeois et les Gilets jaunes”. Diplômé de l’Institut d’Études politiques de Paris, politologue, spécialiste des études d’opinion, Jérôme SAINTE-MARIE préside la société d’études et de conseil Polling Vox.
 
Il a notamment publié « Le nouvel ordre démocratique » aux éditions du Moment en 2015. Au lendemain de l’élection présidentielle de 2017, Jérôme Sainte-Marie avait expliqué que le clivage droite-gauche s’estompait au profit d’un affrontement entre « libéralisme élitaire » et « souverainisme populaire » dont les Français avait de plus en plus nettement conscience et qui pourrait conduire à de très fortes tensions si un programme ultralibéral était appliqué.
 
Comment analyser aujourd’hui “Macron et le bloc bourgeois face à la révolte des Gilets jaunes ?”
 

Thomas Ferrier: une interprétation audacieuse du fascisme

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Thomas Ferrier: une interprétation audacieuse du fascisme

par Georges FELTIN-TRACOL

Patron du « Libre-Journal des Européens » un mardi sur quatre en semaine C de 21 h 30 à 23 h 00 à Radio Courtoisie, président – fondateur du Parti des Européens et animateur engagé sur YouTube, Thomas Ferrier étudie l’histoire du fascisme en Europe dans un ouvrage dense sur le fond et succinct (un peu trop ?) sur la forme.

Ferrier-209x300.jpgIl intègre sous ce terme l’ensemble des mouvements politiques européennes entre 1918 et 1945, y compris le national-socialisme allemand. Il complète son (assez) courte étude par trois annexes sur les relations entre le paganisme et le national-socialisme, les symboles fascistes et le mésusage par l’hitlérisme du mot « Aryen ». Ainsi Thomas Ferrier observe-t-il que le fascisme « idéal » se manifeste en une profusion de fascismes historiques, car « ce qui modifie le fascisme idéal en un fascisme historique, c’est le contexte politique et le contexte national (p. 91) ».

Au-delà du socialisme

L’auteur apporte cependant un éclairage aujourd’hui largement occulté : « Le fascisme puise ses racines dans la tradition européenne, et a été l’aboutissement sous la forme d’une synthèse nouvelle de nombreux thèmes antérieurs (pp. 5 – 6). » Au risque de choquer une opinion publique moutonnière, il est patent que « la triade Machiavel – Voltaire – Nietzsche est un des fondements idéologiques du fascisme (p. 35) ». Il ajoute même que « le fascisme est un des héritiers de la Révolution française de 1789 (p. 29) ». Syncope générale au Grand Orient de France et chez Vincent Peillon !

De ce constat fort peu historiquement correct, il s’interroge sur la complexité originelle du national-socialisme allemand. Celui d’Adolf Hitler qui dirigea l’Allemagne une douzaine d’années associait un pangermanisme dément, un antisémitisme forcené et une slavophobie exacerbée. Héritier indirect des socialistes révolutionnaires français Auguste Chirac, Alphonse Toussenel et de Benoît Malon, « l’antisémitisme fasciste est essentiellement issue de la gauche, mais de celle du XIXe siècle (p. 19) ».

Thomas Ferrier avance par exemple que « le national-socialisme d’Hitler est un authentique mouvement socialiste et de gauche mais qui, pour des raisons politiques, a laissé partiellement son programme en suspens en attendant de pouvoir l’imposer intégralement (p. 73) ». Les premiers mois de l’après-Première Guerre mondiale demeurent d’ailleurs assez obscurs pour Adolf Hitler. Avant d’être retourné (ou de changer de camp au bon moment) et de devenir un officier de renseignement politique, le futur Führer « semble bien avoir brièvement fait partie de la SPD, la social-démocratie allemande, dans sa frange la plus révolutionnaire, proche de la USPD [NDLR – EM : les socialistes indépendants à l’origine du mouvement spartakiste]. En effet, il était selon toute vraisemblance garde rouge à Munich en 1918 et il aurait même assisté aux funérailles du dirigeant socialiste Kurt Eisner (p. 71) ».

Cette information renforce le parallélisme entre Adolf Hitler et Benito Mussolini dans leur formation initiale socialiste-révolutionnaire. Thomas Ferrier assume que sa « grille de lecture […] consiste à prendre au sérieux la dimension socialiste du fascisme (p. 5) ». « En tant que socialisme communautaire, le fascisme met l’accent sur l’intérêt général en même temps que sur l’identité propre à cette communauté (p. 25). » Joue ici la polysémie du vocable « communauté ». Le fascisme s’inscrit dans trois catégories de communautés éventuellement rivales : l’État, la race ou bien la priorité accordée à la question sociale, ce qui se traduit par le syndicalisme national. Toutefois, hors du fait national-syndicaliste, le fascisme demeure « également un nationalisme mais révolutionnaire (p. 14) ».

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Thomas Ferrier évoque par conséquent un socialisme national idéal articulé autour d’un socialisme non marxiste et non collectiviste, d’un nationalisme ethnique revendiqué, d’une conception « res-publicaine » des institutions publiques, d’une démocratie autoritaire, directe et organique, de l’écologie radicale et d’une spiritualité païenne – polythéiste. Présenté ainsi, le socialisme national ou « le fascisme se distingue profondément de l’extrême droite. Celle-ci est cléricale, chauvine, réactionnaire et monarchiste, et s’oppose au nationalisme ethnique (p. 23) ». Pour preuve, le renversement du Duce en juillet 1943 par le Grand Conseil du fascisme avec l’aval du roi Victor-Emmanuel III et l’attentat raté de juillet 1944 du colonel von Stauffenberg contre le Führer. « La réaction, poursuit Thomas Ferrier, n’entend pas tolérer un 1789 fasciste (p. 83). »

Une réponse païenne

Bien mieux que les collectivistes, les anti-fascistes les plus véhéments demeurent les conservateurs, souvent fort religieux surgis du catholicisme. Ils se méfient avant tout de sa portée spirituelle. « Le fascisme met naturellement en avant le paganisme, celui du peuple auquel chaque parti fasciste s’adresse (p. 14). » Il détient une autre conception du monde. Si « vouloir sortir l’Europe de 1500 ans de christianisme était osé (p. 99) », l’auteur insiste sur l’essence spirituelle du fascisme qui ne relève pas du christianisme. « Le paganisme est perçu comme une religion républicaine et authentiquement européenne développant les vertus héroïques et guerrières, et compatible avec les autres éléments doctrinaux, notamment l’écologie et le nationalisme (pp. 88 – 89). » Tout cet arrière-plan est ignoré quand on accuse aujourd’hui quelqu’un d’être fasciste. « À peine mort, souligne encore l’auteur, son nom a servi à désigner tout et n’importe quoi (p. 6). »

En Européen convaincu, Thomas Ferrier signale enfin que « le fascisme est également favorable à la formation d’une Nouvelle Europe dans une perspective aryaniste (p. 15) ». Or cette dernière ne se restreint pas au seul paganisme. L’aryanisme a pu être chrétien avec la thèse chère à certains Völkischen du Christ aryen puisque la racine Gal indique la présence de tribus celtiques – gauloises en Gaule, au Pays de Galles, en Galilée, en Galicie, en Galatie et en Galice.

« La renaissance de l’Europe aurait-elle besoin que le fascisme, même dissimulé sous un autre nom, aboutissement d’une idéologie européenne énergique qui plonge ses racines dans l’Antiquité européenne la plus ancienne, soit réhabilité quant à ses valeurs, sans que cela n’implique le retour à une conception totalitaire et criminogène, en somme compatible avec la démocratie ? (pp. 97 – 98). » Thomas Ferrier le pense. Il mentionne par exemple une multitude de formations fascistes en Europe dans les décennies 20, 30 et 40 du XXe siècle. La Pologne de l’Entre-deux-guerres fut riche en mouvements fascistes divers et variés. En Grande-Bretagne, avant l’arrivée des « Chemises noires » de Sir Oswald Mosley en 1932 existait dès 1916 (et non 1918 !) un National Socialist Party de l’antisémite Henry Mayers Hyndman (1842 – 1921). L’ouvrage aurait mérité de mieux entrer dans les détails afin d’examiner leurs différences programmatiques tangibles.

Signalons enfin un oubli majeur et deux erreurs relevés dans Fascismes d’Europe. Thomas Ferrier n’évoque jamais Qu’est-ce que le fascisme ? de Maurice Bardèche et sa conception anhistorique du fascisme. Il est en revanche inexact, d’une part, de parler d’une « Internationale » fasciste dès 1946. Le Congrès fondateur du Mouvement social européen se déroule à Malmö en mai 1951. L’erreur plus manifeste concerne « Vilfredo Pareto, philosophe socialiste (p. 41) ». L’économiste et sociologue italien a certes écrit Les systèmes socialistes pour les condamner, lui qui professait volontiers le libéralisme.

Fascismes d’Europe de Thomas Ferrier n’en demeure pas moins une belle introduction au « croque-mitaine » des idées politiques du siècle dernier. Il risque de ne pas satisfaire les connaisseurs pointus du sujet. Néanmoins, grâce à une vraie aptitude pédagogique, il est facile et finalement plaisant de plonger dans cette histoire condensée des fascismes européens.

Georges Feltin-Tracol

• Thomas Ferrier, Fascismes d’Europe. Origine, idéologie, histoire…, Les Bouquins de Synthèse nationale, coll. « Idées », 2019, 121 p., 18 €.

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dimanche, 01 décembre 2019

La Droite buissonnière de François Bousquet

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La Droite buissonnière de François Bousquet

par Juan Asensio

Ex: http://www.juanasensio.com

 
Nous avouerons sans peine que l'essai que François Bousquet a consacré à Patrick Buisson, un auteur à réputation médiatiquement sulfureuse que j'avais évoqué dans cette note, se lit non seulement sans peine mais avec un assez vif plaisir : nous sommes là, tout de même, avec La Droite buissonnière, face à un commentateur qui possède ses lettres et sait, à l'occasion, en jouer, à l'inverse des arrivistes incultes que sont Eugénie Bastié et Alexandre Devecchio pour n'en citer que deux parmi tant d'autres, que Jean-François Colosimo n'hésite pourtant pas à publier au Cerf, sans doute parce qu'il estime que leur surface médiatique est inversement proportionnelle à la qualité de leur prose insipide, et que dire de ce qui leur tient lieu de culture et de pensée. N'oublions pas que cette même Eugénie Bastié a pu être présentée, dans le numéro du mois de juin 2017 de la revue Éléments dont François Bousquet est le rédacteur en chef, comme une authentique insoumise, et que ce dernier a assuré la promotion, à l'occasion d'une conférence au cercle bruxellois Pol Vandromme, du dernier ouvrage d'Alexandre Devecchio, que j'ai surnommé Monsieur Euh... (un Euh... bien appuyé, vous suçant la semelle comme une plaque de gadoue) tant il est incapable d'aligner plus d'un mot sans prononcer celui de son fier patronyme, et qui, habitué du Figaro, n'a pas exactement besoin, euh..., de publicité. Autant de petites raisons, que les nobles âmes jugeront évidemment mesquines et même lamentables ce dont je me contrefous comme il se doit, qui pourraient me faire prendre en grippe une revue qui incarne à peu près tout ce que je déteste : le copinage idéologique à voilure plus ou moins ample, et qui n'épargne à l'évidence aucun organe de la Presse, y compris (surtout sans doute) tel ou tel qui se présente comme absolument pur de toute contamination consanguine.
 
Ajoutons, histoire d'enfoncer le clou ou d'aggraver mon cas ce sera selon, qu'Éléments n'a jamais cru devoir évoquer mon travail si ce n'est il y a fort longtemps, par le biais d'un Ludovic Maubreuil ou d'un Christopher Gérard. Cela ne m'empêche certes pas de dormir, pas plus que mon sommeil n'en a été troublé depuis que j'explore la Zone, mais enfin, quand je vois la place accordée à tant de nullités dont la moindre dégoulinade est tournée en bouche comme un nectar d'intelligence, quand je vois la haute considération entourant le ridicule Renaud Camus, je me dis que cette revue, puisque, à tout le moins, elle ne cesse de se dire indépendante de toute chapelle et de toute alcôve, s'honorerait d'évoquer le colossal travail d'anarque que j'abats depuis des années, et cela sans bénéficier des petites aides et renvois d'ascenseur si communs à droite, à gauche, au centre et aux bords (pour ne pas dire extrêmes). Ces plaisantes saillies, nous le verrons plus loin, ne traduisent pas que mon bannissement de ce type de revue, mais un mal plus profond, en lien direct avec le sujet du livre de François Bousquet : non seulement l'éparpillement des clans, à droite, pouvant peser sur une réflexion politique mais l'absence de véritable socle intellectuel sur lequel en bâtir une, ce qui est infiniment plus grave on me l'accordera.
 
Ce n'est en tous les cas que tardivement que j'ai lu le livre de François Bousquet, alors que je l'avais reçu au mois de mars 2017 en ma qualité de membre du jury de feu le Prix du livre incorrect, qu'André Bonet a récemment sabordé, sans doute pour laisser place nette aux batraciens de L'Incorrect, tout contents de pouvoir ainsi récupérer à moindres frais un intitulé qui leur permettra eux aussi de récompenser les productions de leurs petits copains et seulement elles, voire de les inviter à partager la flache dans laquelle ils barbotent et croassent lorsqu'ils voient passer une blonde à regard vide prénommée Marion, espérant qu'elle daignera leur accorder un chaste baiser qui les transformera aussitôt en Princes de la Chrétienté écrasant de sa superbe germanopratine et de son marteau dialectique le rusé donc fourbe Sarrazin.

FB-drbuiss.jpgMe relisant, je me dis que j'ai finalement du mérite à m'être en fin de compte plongé dans la lecture de l'ouvrage de François Bousquet dont on ne pourra guère m'accuser, du coup, de vanter louchement les mérites qui, sans être absolument admirables ni même originaux, n'en sont pas moins bien réels : mes préventions, toujours, tombent devant ma curiosité, ma faim ogresque de lectures, et ce n'est que fort normal.

J'affirmais que ce gros ouvrage de quelque 400 pages pour une fois à peu près correctement revu (1) se lisait très agréablement, peut-être parce qu'il se place sous les auspice du titre d'un des textes les plus connus de l'excellent critique que fut le regretté Pol Vandromme, sans doute encore parce qu'il évoque bellement des auteurs tels que Georges Bernanos (cf. p. 62) ou encore Pier Paolo Pasolini (cf. p. 36) et Léon Daudet, le gros Léon dont le verbe si extraordinairement pugilesque fut tout sauf rond et bonhomme (cf. p. 64), surtout enfin parce qu'il ne dédaigne pas appeler un chat un chat et une nullité journalistique une nullité journalistique (2) tout en filant, ici ou là, la métaphore, sans trop d'exagération pour que la pratique ne nous paraisse pas une coquetterie censée masquer de véritables lacunes ou faiblesses : «pour le Buisson ardent, le bûcher est toujours allumé» (p. 143) ou bien à propos de l'influent Alain Bauer, dont «l'entregent est transversal et transpartisan» et qui «graisse les gonds des portes du pouvoir ou les grippe au nom des solidarités d'appartenance», les siennes allant «préférentiellement à la franc-maçonnerie et à la police» (p. 348). D'autres font les frais, et c'est heureux, de l'alacrité de François Bousquet, excellent porte-flingue de Patrick Buisson puisque, au rebours des plus basiques règles de la défense rapprochée, il tire avant de désarmer l'adversaire ou plutôt, avec ces guignols malfaisants, l'ennemi. Enfin, un peu d'acidité distillée dans une écriture point aussi insipide que la camomille sirupeuse des sous-pigistes du Figaro et des maréchalistes à jabot transparent, incorrection germanopratine, petits poings roses fermés sous des gants de soie et langue effiloché et filandreuse !

On jugera ces traits de l'esprit des facilités, ce qu'elles ne manquent pas d'être bien sûr, même si elles restent, à une époque où l'essayiste le plus accompli écrit comme un notaire constipé, plus que jamais nécessaires à notre plaisir de lecteur, surtout aussi lorsqu'il s'agit de défendre et d'illustrer l'action d'un conseiller de l'ombre encore vivant sur lequel est tombé à bras raccourci et langue pendue «un syndic d'ambitions médiocres qui ne donnent leur mesure que coagulées contre l'homme seul, qu'il s'appelle le colonel Chabert, le cousin Pons, Vautrin ou Patrick Buisson» (p. 352). C'est sans doute en faire un peu trop dans la paternité d'un homme débarrassé des «affiliations partisanes» et appartenant selon notre commentateur aux irréguliers, aux anarques (tiens !) et aux mauvais esprits (p. 371) pour le coup même si, dans cette défense truculente, François Bousquet est infiniment plus convainquant qu'une Muriel de Rengervé endossant son armure de sainte Pucelle pour porter secours à Renaud Camus emprisonné dans la plus haute tour de son petit château.

Si la forme est agréable, le fond ne démérite pas, puisqu'il se propose d'examiner à l'air libre quelques-unes des racines intellectuelles ayant façonné la pensée politique de Patrick Buisson, que nous pourrions, en collant plusieurs citations de François Bousquet, résumer en peu de mot : une droite, buissonnière donc, autrement dit qui n'a pas eu peur de frôler les pires interdits structurant l'idéologie française et, plus largement, une politique qui «reposera sur l'imitation des pères, par l'émancipation des fils, et proclamera une loi entre toutes supérieure» consistant pour l'homme à s'acquitter, «noblesse oblige» (p. 65), de la charge qu'il a contractée dès sa naissance. Il s'agit donc de sortir, pourquoi pas par l'action du Prince ou plutôt du conseiller du Prince qui est aussi, selon Bousquet, le Prince des conseillers, de l'âge de la «moyennisation» tel qu'elle fut diagnostiquée par le sociologue Henri Mendras, à savoir un «effondrement de la qualité humaine» (p. 91) qui sera ainsi commodément rangée dans les petits tiroirs des pions déconstructeurs maîtres du nouveau monde dans lequel nous sommes d'ores et déjà entrés, où «toutes les identités subsidiaires, voire parodiques», sont recevables, «sauf l'identité nationale» selon les mots mêmes de Patrick Buisson que cite François Bousquet (p. 254).

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Quoi qu'il en soit, le rôle de Patrick Buisson n'est absolument pas à minimiser, malgré l'évidente nullité intellectuelle et la versatilité opportuniste du Président Nabot qu'il a conseillé car, selon François Bousquet, nous avons assisté à un véritable changement «dans l'ordre du discours» et même, n'hésite pas à affirmer l'essayiste, à «une révolution conservatrice», du moins à ses «premières lueurs», Sarkozy en ayant été «l'instrument», «inconscient, somnambulique ou contrarié, comme on voudra» et Buisson le «ventriloque» (p. 364). En fait, tout l'intérêt du livre de François Bousquet, outre celui consistant à reprendre, pour les contrer point par point, les allégations et fantasmes d'une Presse devenue totalement consensuelle et la gardienne du Camp du Bien, aura été de démontrer que «la ligne Buisson», moins que le politique on l'a vu si piètrement incarné par l'époux de Carla Bruni que moque allègrement François Bousquet, se sera efforcée d'agir sur l'ordre symbolique (cf. p. 366), osant de nouveau prononcer, après tant d'années d'une honte si intimement assimilée par les habitants de notre pays démoli qu'elle semble surgir immédiatement prête toutes les fois que naît un Français ne sachant quasiment plus rien de l'histoire grandiose de ce qu'il hésitera à reconnaître comme étant son propre pays, quelques mots chargés de dynamite (autorité, nation, etc.), même si nous avons pour le moins beaucoup de mal à imaginer de quelle façon nous pourrions faire revenir l'assise française, et cela dans ses composantes socio-intellectuelles, dans une «matrice chrétienne» (p. 370) qui ma foi, si elle n'est pas surnaturelle, aura au moins en toute logique théologienne force raison de disparaître, engloutie dans sa médiocrité et sa faiblesse.

Nous touchons-là le centre de l'essai de François Bousquet, que nous pourrions rapprocher des petites remarques ironiques mais pas moins vraies émises en début d'article, et qui n'étaient que faussement superficielles puisque, après tout, le livre de François Bousquet peut se lire, aussi, comme l'analyse spectrale de la droite française ou de ce qu'il en reste : aujourd'hui, le camp de la Réaction que nous opposerons au camp perclus du soi-disant progressisme qui ne fait que du surplace et du rabâchage depuis des lustres, est difficilement tenu par une poignée de petits cercles plus ou moins de droite ou d'extrême droite, mais qui en aucun cas n'accepteront de se fondre en une puissante force capable de porter vers la présidence de la République une personne censée porter et même mettre en pratique ses idées. Nous nous trouvons bien au contraire face à une multitude d'intérêts, parfois profondément contradictoires (la droite royaliste méprise la droite lepéniste qui le lui rend bien, la droite catholique se pince le nez et murmure des oraisons devant la droite païenne qui la trouve fossilisée, la droite anarchiste les regarde toutes de haut), mais qui pourtant ne se privent pas de s'entraider, ou, plus sordidement, de s'entrelécher à l'occasion et suivant les intérêts, petits ou grands. Patrick Buisson a cru ou semblé croire, un temps du moins, que Nicolas Sarkozy, en dépit de sa médiocrité politique et intellectuelle patente, pouvait traduire ces idées de droite, jamais vraiment appliquées, en actes, comme si un homme mille fois plus constant, courageux et intelligent qu'il ne l'aura jamais été pouvait, à lui tout seul, replanter l'arbre français catholique déraciné, conférer une nouvelle harmonie à un organisme privé de vertèbres, de cœur et même de cerveau, pour ne rien dire de l'âme !

BdC-île.jpgReste une autre solution, plus fictionnelle, donc métapolitique, que réellement, modestement politique, sur le papier en tout cas ne souffrant point l'endogamie propre à l'élite française, de droite comme de gauche, solution purement romanesque qu'explore Bruno de Cessole dans son dernier livre, L'Île du dernier homme, et que nous pourrions du reste je crois sans trop de mal rapprocher de la vision de l'Islam développée depuis quelques années par Marc-Édouard Nabe, consistant à trouver, dans la vitalité incontestable des nouveaux Barbares, le sang nécessaire pour irriguer la vieille pompe à bout de force d'un Occident en déclin, d'une France complètement vidée de sa substance, d'un arbre, si cher au Barrès des Déracinés, qui a perdu toutes ses feuilles et ne fait plus de bourgeons. Je doute que cette vision que l'on pourrait à bon droit qualifier de facilement esthétisante ou de dangereusement nihiliste et que je me bornerais pour ma part à prétendre strictement réaliste, ainsi qu'une voie géopolitique méritant, comme une autre, d'être explorée du moins intellectuellement, comme le montre par exemple le propos d'un Michel Houellebecq dans Soumission, je doute donc qu'une telle ligne, fictionnelle au mauvais sens du terme, fictive, puisse être facilement acceptée par Patrick Buisson ou même par son excellent interprète, François Bousquet. Pour ma part, la plus grande des fictions, la plus ridicule des fables serait assurément de croire que la France va être rebâtie autour du sabre et du goupillon : les épées sont de mousse et les curés michetonnent le surnaturel.

Notes

(1) François Bousquet, La Droite buissonnière (Éditions du Rocher, 2017). Je n'ai relevé qu'une seule coquille, outre un détail d'ordre typographique (cf. p. 229) à la page 228, revenue et non pas «revenu» puisque l'auteur évoque la gauche, couvertures de magazines plutôt que «magazine» (p. 356). Notons aussi quelques répétitions malencontreuses de termes à quelques lignes d'écart (comme «jamais» p. 270 ou «également» p. 323).
(2) Mention spéciale à Ariane Chemin, objet, avec sa collègue Vanessa Schneider du Monde du mépris viscéral de l'auteur, en raison de la pseudo-enquête qu'elles ont publiée sur Patrick Buisson en 2015, intitulé Le mauvais génie.