jeudi, 16 avril 2026
Quelques commentaires sur les récentes élections municipales en France

Quelques commentaires sur les récentes élections municipales en France
par Georges Feltin-Tracol
Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 sont terminées. Malgré le tropisme médiatique accordé aux communes les plus peuplées (Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Nice, Strasbourg, Lille, Nantes), il paraît difficile d’en tirer des conclusions de portée nationale tant les situations diffèrent d’une municipalité à l’autre.
On peut cependant émettre deux observations générales qui confirment le contexte chaotique ou de transition, voire d’avant-guerre, dans lequel nous sommes dorénavant plongés : un éclatement inouï de la donne politique et la montée inexorable de l’abstention.
La réforme du mode d’élection dans les communes les moins peuplées imposant la sotte parité et abolissant le panachage ainsi que la rature des candidats explique en partie la forte abstention du premier tour: 42,90% au lieu de 36,45% en 2014 (on oubliera les élections de 2020 marquées par la mystification covidinguienne). Notons que cette année, 68 communes françaises n’ont pas ouvert de bureau de vote, faute de liste présentée ! En 2020, on en recensait 106 et six ans plus tôt 64…
La désaffection des électeurs se comprend en outre par l’effacement du pluralisme: 68% des communes n’offraient qu’une seule liste élue d’office dès le premier tour avec 100% des suffrages exprimés. La présence de deux listes ne concernait que 25% des communes, ce qui n’a pas empêché la hausse de l’abstention et le fort accroissement des votes nuls et des bulletins blancs. Dans Le Monde (du 27 mars 2026), le chercheur Pierre-Henri Bono précise que le nombre de listes uniques dans les communes de 3500 à 5000 habitants est passé de 12% en 2008 à 31% cette année. Si l’on élargit le critère démographique des communes entre 1000 et 20.000 habitants, il relève un phénomène plus massif encore: 32% en 2014 et 48% cette année! Le désintérêt des électeurs n’en est que plus flagrant.

Ce désaveu civique accentue la fragmentation de l’actuelle offre politique. Certes, le PS conserve Paris, Le Printemps marseillais divers-gauche la cité phocéenne et les Verts Lyon, mais la gauche municipale perd des symboles historiques tels Clermont-Ferrand. L’alliance LR–macroniste remporte la mairie auvergnate aux mains des socialistes depuis 1944. Accédant au second tour grâce à 11,29% des voix, la liste RN s’effondre à 3,64%. Ses électeurs se reportent en masse vers le candidat du bloc central par hostilité compréhensible envers l’édile socialiste sortant qui préférait mieux combattre la section locale du Bastion social et des identitaires que les trafiquants de drogue implantés dans certains quartiers de sa pauvre ville.
Le PS perd aussi des municipalités dans le Nord, en banlieue parisienne et en périphérie lyonnaise au profit de LFI mélanchoniste (Saint-Denis, Roubaix, Sarcelles, Vaulx-en-Velin). Vieille terre communiste, Vénissieux tombe aussi! La mobilisation permanente des quartiers de l’immigration en faveur des candidats de Jean-Luc Mélenchon a payé. Les notables socialistes se font «grands-remplacés». Tant mieux! On ne les pleurera pas!
Quant au RN, il faut ici distinguer la majorité des candidats des cadres et autres responsables nationaux. La voie vers l’Élysée en 2027 s’annonce plus difficile que prévue. En effet, le RN ne conquiert ni Marseille, ni Toulon, mais il gagne deux secteurs marseillais (les 5e et 6e, donc les IXe, Xe, XIe et XIIe arrondissements). Les métropoles confortent leur vive hostilité envers le parti de la flamme tricolore: 7,07% pour l’UDR Alexandre Dupalais à Lyon, 5,20% à Grenoble avec Valentin Gabriac, 7,02% à Bordeaux pour Julie Rechagneux, 7% à Strasbourg pour l’excellente Virginie Joron. En revanche, le RN s’implante dans les villes moyennes: Menton, Vierzon, Carcassonne, Rognac, La Seyne-sur-Mer, etc. Diverses municipalités RN sont reconduites dès le premier tour avec brio (77,71% à Hénin-Beaumont, 62,22% à Moissac). On notera la perte de Villers-Cotterêts au second tour alors que le maire sortant élu en 2014 et réélu en 2020, Franck Briffaut (photo), adhérent au FN dès 1977, ne sollicitait pas un nouveau mandat.

La poussée frontiste se concrétise dans les villes moyennes. Par exemple, dans les Monts du Beaujolais situés dans le département du Rhône, l’assistant du député RN Jonathan Gery de la circonscription voisine, Rémy Berthoux, devient le maire de Thizy-les-Bourgs. Le cas est intéressant. Le 1er janvier 2013, cinq communes limitrophes fusionnent à l’initiative du maire de Thizy, Michel Mercier, sénateur centriste, président MoDem du conseil général du Rhône et ministre de la Justice de 2010 à 2012. Cette commune nouvelle se trouve dans la 9e circonscription du Rhône tenue par le LR Alexandre Portier. La liste RN réalise au second tour en triangulaire 46,36%. Les «Bo-Bo» lyonnais n’en dorment toujours pas!
La presse locale a évoqué la première mairie d’extrême droite du département de la Loire. Commune rurale de la plaine du Forez, Chalain-le-Comtal ne présente qu’une seule liste à l’initiative de Tom Rieu (aucun rapport a priori avec Damien Rieu). Employé agricole de 23 ans, le nouveau maire a été le suppléant du candidat RN aux législatives de 2022 et de 2024 dans la 2e circonscription de la Loire (Saint-Étienne Sud intra muros). Il quitte le RN après la condamnation de Marine Le Pen sur les assistants parlementaires européens. Il rejoint alors Identité–Libertés de Marion Maréchal. Son engagement public lui vaut 178 votes sur 586 inscrits sans omettre 7,51% de bulletins nuls et 8,87% de votes blancs. Les journalistes pensent que quatre à cinq autres communes de la Loire auraient maintenant des maires encartés au RN et à l’UDR.
On a vu que les agglomérations sont rétives aux candidats du RN. Pourtant dans la préfecture de la Loire, Saint-Étienne, après une éclipse survenue en 2020 (9,24% au premier tour), le RN devient avec huit conseillers municipaux la principale opposition à la nouvelle équipe communale socialiste–verte–communiste–Place publique. Au soir du 15 mars, le RN arrivait déjà en deuxième position derrière l’alliance de gauche et devant les quatre listes de droite et de centre-droit (18,97% et 8212 voix exprimés). Or, par rapport aux résultats de 2014, le RN perdait néanmoins 688 suffrages. Toutefois, arrivé deuxième lui a procuré un vrai dynamisme puisqu’au soir du 22 mars, le RN a réalisé 26,68%, 11.786 suffrages, soit un apport supplémentaire de 3574 voix ! Ce résultat ne devrait pas étonner. Dès le premier tour de la présidentielle de 1995, la Loire plaçait en tête Jean-Marie Le Pen à l’instar de six autres départements (Haut-Rhin, Bas-Rhin, Moselle, Var, Bouche-du-Rhône et Vaucluse). Le FN faisait de si bons résultats qu’au début des années 2000, des rumeurs couraient autour du parachutage électoral éventuel de Bruno Gollnisch sur la ville aux sept collines ou dans ses environs immédiats (Saint-Chamond et la vallée du Gier ou la vallée ouvrière de l’Ondaine).
Bien que non victorieux, le succès le plus brillant revient sans la moindre contestation possible à Jean-Eudes Gannat à Segré-en-Anjou-Bleu en Maine-et-Loire. Le 15 février 2016, sans aucune mention au cours de la campagne électorale de 2014, quinze communes s’unissent dans une commune nouvelle d’une superficie de 242 km². En comptant les bois de Vincennes et de Boulogne, la superficie de Paris fait 105 km². Lyon couvre près de 48 km² et Marseille s’en approche avec environ 241 km². Arrivée troisième et dernier lors de l’unique tour de scrutin, Jean-Eudes Gannat fait 21,72%, soit 1517 voix. Sa liste obtient sept conseillers municipaux et envoie deux représentants à l’intercommunalité.
Dans un environnement difficile car la commune nouvelle se trouve dans la 7e circonscription, fief d’un député MoDem de la majorité présidentielle, Jean-Eudes Gannat suscite la sympathie des électeurs. Il profite de son statut d’enfant du pays comme d’ailleurs Tom Rieu qui bénéficie en outre d’un autre atout non négligeable: Chaloin-le-Comtal vote largement pour les candidats RN.
Jean-Eudes Gannat apporte la preuve magistrale qu’une démarche radicale réfléchie ne révulse pas toutes les franges de l’électorat. Son succès relatif risque cependant de lui attirer la vindicte de Thémis qui, pour avoir retransmis la sinistre réalité sur les réseaux sociaux, pourrait lui valoir une exécution provisoire et la privation durable de ses droits civiques, civils et de famille, car il est bien plus dangereux qu’un violeur d’enfant ou un trafiquant de drogue. Si sa liste courageuse réussit dans un milieu assez défavorable, pourquoi son exemple n’inciterait-il pas d’autres militants à l’imiter dans des zones bien plus propices à l’Opposition nationale, populaire, sociale, identitaire et européenne par exemple en Ardèche septentrionale autour d’Annonay qui a quand même élu un député UDR, et en Haute-Loire? Avis aux bonnes et fermes volontés, imitons les exemples de Tom Rieu et de Jean-Eudes Gannat pour l’échéance municipale de 2033 !
Ne soyons donc pas pessimistes ! Il est dès à présent certain que des maires élus sans étiquette sont en leur for intérieur de sensibilité nationaliste-révolutionnaire ou identitaire, nous en connaissons plusieurs dans le Massif Central, dans le Morvan ainsi que dans le Jura.
GF-T
- « Chronique flibustière », n° 187, d’abord mise en ligne sur Synthèse nationale, le 6 avril 2026.
21:36 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, france, élections municipales, europe, politique, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Le super-continent n’est pas euro-atlantique!

Le super-continent n’est pas euro-atlantique!
Cristi Pantelimon
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621
Nous sommes en 2019, sous le premier mandat de Trump. À mi-chemin d’un demi-siècle depuis la « pivotation » des États-Unis vers l’Asie (Obama), qui sent que quelque chose se passe et doit freiner la montée de la puissance asiatique.
En février 2012, le futur président chinois, Xi Jinping, revient des États-Unis et retourne en Chine, en faisant deux escales: en Irlande et en Turquie…
Recep Tayyip Erdogan, suite à la dernière escale de Xi, se rend en Chine, d’abord dans la province d’Urumqi, sans suivre l’exemple de Charles de Gaulle au Québec: il parle d’« une seule Chine », et non d’une région ouïgoure libre… bien qu’auparavant il ait eu des positions en faveur de ce séparatisme-là.
Les contacts entre la Turquie et la Chine s’intensifient énormément d’un point de vue économique.
Pour la Chine, l’Asie ne se limite pas à l’Asie du Sud-Est. L’Asie s’étend jusqu’à la Méditerranée. Ainsi, le Moyen-Orient fait partie de l’Asie. Ce Moyen-Orient produit exactement la quantité de pétrole dont ont besoin les géants économiques asiatiques (Chine, Inde, Japon, etc.), et seul l’Asie centrale et le Moyen-Orient peuvent la fournir.
La Chine, qui dans les années 80 était autosuffisante en matière de consommation de pétrole, est aujourd’hui le plus grand importateur mondial de cet hydrocarbure. Parce qu’elle connaît une croissance soutenue.
La Chine a dépassé les États-Unis tant en importations qu’en exportations de la zone du Golfe depuis 2006-2009. Il ne s’agit pas seulement de pétrole, mais de tous types de biens.
La croissance est si forte que les Américains ne savent plus comment penser stratégiquement cette nouvelle réalité.
Habitués aux jeux à somme nulle, ils pensent que ce que la Chine gagne, ils le perdent.
Même un Iranien-américain comme Vali Nasr partage cette opinion. Et il croit aussi que les alliés asiatiques des États-Unis demanderont aux Américains d’intervenir pour empêcher la Chine de couper leurs sources d’approvisionnement en pétrole du Moyen-Orient !
Voici une grave défaillance de perception. Les alliés des États-Unis, dont parlait Nasr il y a moins d’un dixième de siècle (dans son livre The Dispensable Nation, 2013), sont désormais irrémédiablement attirés, comme des satellites, par la force gravitationnelle de la Chine. Ils vont naturellement se détacher des États-Unis et s’aligner sur d’autres orbites. Rien n’est éternel sous le Soleil.
La puissance du Super-Continent peut résider dans le potentiel démographique énorme de toute cette zone et, implicitement, dans sa tendance au «traditionalisme».
Une synergie eurasiatique n’est pas seulement une «intégration économique». La plupart des représentations parlent uniquement d’investissements et de chiffres. Il s’agit plutôt d’un potentiel qui se trouve justement «de l’autre côté» de la modernité.
Une Europe « pré-moderne » aurait eu pratiquement un potentiel de croissance infini. La modernité typiquement occidentale l’a démographiquement et civilisationnelement bloquée.
Il y aurait encore beaucoup à dire…
La guerre actuelle au Moyen-Orient concerne aussi le blocage des relations entre l’Occident et l’Orient du Super-Continent, où la Chine et l’Europe sont des piliers. Les Américains en sont conscients et le disent ouvertement, comme à leur habitude:
«L’Europe et la Chine se trouvent à mi-chemin l’une de l’autre: elles sont situées aux antipodes de l’Eurasie. A elle deux, elle représentent les noyaux de civilisations contrastées; leur relation est marquée par un héritage complexe ou se juxtaposent distance culturelle et passé impérial.
Cependant, elles partagent le même continent et une histoire de contacts importants, même s'ils ont été intermittents, avec peu de barrières géophysiques entre elles. En tant que deux des plus grandes zones de production et de technologie dans le monde en dehors des États-Unis, elles partagent également de fortes attractions économiques mutuelles. Pour qu’un supercontinent eurasiatique à portée mondiale naisse, l’Europe et la Chine devraient en être les piliers de soutien » (Nasr, p. 178).
13:22 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Eurasisme, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, affaires européennes, affaires asiatiques, europe, asie, eurasie, géopolitique |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
mardi, 14 avril 2026
Orban a (massivement) perdu

Orban a (massivement) perdu
Martin Sellner
Bron: @MSellnerAdmin (Telegram)
Avec une victoire écrasante, le Tisza, soutenu par l'UE, a obtenu une majorité des 2/3 et peut désormais démanteler progressivement le travail de construction du Fidesz depuis 2010.
Peut-être réécrivent-ils même la constitution de Pâques d'Orban — et transforment-ils la Hongrie en un État modèle, selon les critères du libéralisme de gauche.
Alors que la Hongrie de Magyar s'assimile dans l'UE, il est probable que le pays soit inondé de fonds et qu'une période de grâce lui soit accordée pour la redistribution des demandeurs d'asile, la censure des discours de haine et l'endoctrinement en matières de genre — afin d'éviter toute agitation dans le pays. À quoi cela est-il dû?
Je ne suis pas d'accord avec de nombreux analystes dits de droite:
Orban était, économiquement parlant et dès le départ, sans aucune chance. Un petit État enclavé sans ressources ni tourisme, étouffé par l'UE suite à des sanctions et à la suspension de fonds, ne peut pas offrir à son peuple une économie attrayante. La corruption, qui doit être condamnée en tant que telle, n'est probablement ni plus ni moins présente que dans tout autre pays bénéficiaire net.
La seule façon pour Orban d’échapper à ce "traitement" aurait été d’ouvrir les frontières et de jouer le jeu géopolitique. Mais cela n'aurait pas conduit à un mieux comme dans n'importe quelle autre satrapie de l'UE.
Quant à l'approche d'Orban envers des "puissances étrangères", on ne peut guère lui en faire reproche parce qu'il était sous cette contrainte. Il devait essayer de créer des options alternatives pour satisfaire les attentes de prospérité de ses électeurs. Mais il n’a manifestement pas réussi.
Orban a certainement aussi commis des erreurs. Mais même s'il n'avait pas fait d'erreurs, il aurait eu peu de chances à long terme sous une telle pression. Les forces libérales de gauche dans l'UE sont encore trop fortes. La Hongrie n’a pas pu tenir suffisamment longtemps.
Contre l'offre de Magyar: lutte contre la corruption, critique de la migration + fonds européens, Orban est vraiment impuissant. Il n’y a pas non plus de reproche à faire aux électeurs. Il est compréhensible qu'ils aspirent à un changement et à une amélioration de leurs conditions de vie.
C’est là toute la perversité de l'"arme des sanctions", qui crée une opposition politique par l’appauvrissement ciblé.
Voici maintenant l’épreuve qui s'ensuivra: Orban a investi délibérément dans des structures métapolitiques en dehors du parlement. Avec ces structures, une hégémonie peut même "survivre" à une défaite électorale. À condition que la phalange des intellectuels de droite organiques puisse rapidement passer en mode opposition.
Ce fut également suite à une défaite électorale en 2002, que le travail métapolitique d'Orban a commencé. La liste Kubatov doit être réactivée. Une phase d'opposition peut justement, pour un milieu métapolitique fort, avoir un effet revitalisant.
Le besoin pousse à l’ingéniosité. Hölderlin l’appelle la "grande maîtresse".
"Le vieil homme Faust a rajeuni;
Elle arrive, comme la foudre de Dieu,
Et détruit des montagnes rocheuses,
Et déploie sa voie sur les géants."
Que le besoin qui s'installera dans les années à venir puisse rajeunir, activer, et faire revenir encore plus fort le bloc national hongrois !
13:41 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, actualité, hongrie, viktor orban, fidesz, europe, affaires européennes, europe centrale, europe danubienne |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Leçon de Hongrie

Leçon de Hongrie
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena#
La Hongrie est bien plus qu’un simple message électoral. C’est une leçon sur les limites de la politique nationale dans un système qui tolère la déviation au niveau national uniquement tant qu’elle reste sans conséquence.
La défaite d’Orbán montre qu’en Europe, il ne suffit plus de gagner des élections, de former un gouvernement et de se référer à la souveraineté dans des discours. En effet, le vrai pouvoir se trouve souvent plus en profondeur: dans des réseaux, des institutions, des flux financiers, des milieux médiatiques et des terrains idéologiques qui se sont largement affranchis du contrôle démocratique.
C’est précisément là que réside le problème fondamental de tous les gouvernements qui s’opposent à la ligne dominante sans toucher aux structures sur lesquelles cette ligne repose. On peut s’attaquer à Bruxelles, critiquer la politique migratoire, refuser le courant dominant, mais aussi longtemps que les strates clés d’influence et d’interprétation restent dans le même vieil ordre, toute résistance demeure précaire. Alors, ce n’est pas l’État qu’on dirige, mais seulement sa surface visible.
Orbán a été pendant des années la figure symbolique d’une contradiction limitée apportée sur le théâtre européen. Il incarnait la tentative de préserver un espace d’action national au sein de l’UE. Mais cette tentative avait dès le départ ses limites: elle contredisait le système sans véritablement sortir de ses mécanismes de pouvoir. La Hongrie est restée profondément intégrée, sur le plan financier, institutionnel, sécuritaire et idéologique, dans le bloc occidental. Dans de telles conditions, tout conflit avec Bruxelles devient un combat dans une arène dont les règles ont déjà été fixées par d’autres.
Le problème réside dans la structure même de l’UE. Car l’Union européenne n’est plus vraiment l’Europe des nations libres que l'on a autrefois vendue à ses citoyens. Elle est devenue un espace de gouvernance politique où la conformité est récompensée et la déviance est sanctionnée. Pas toujours par des moyens ouverts, pas toujours avec une pression bruyante, mais avec une grande cohérence. Par des structures de financement, par des ONG, par un cadrage médiatique, par une étiquetage moral, par des blocages institutionnels et par la tentative permanente de présenter toute politique nationale indépendante comme suspecte.
C’est précisément là que réside la finesse de ce modèle. Il n’est plus nécessaire d’imposer des interdits ouvertement. Il suffit de façonner les conditions du concours politique de façon à isoler, épuiser et délégitimer progressivement l’écarté. En apparence, tout reste propre, démocratique et conforme aux règles. En revanche, à l’intérieur, un appareil agit en connaissance de cause, en sachant quelles forces encourager et lesquelles combattre.
La forme moderne de désarmement ne s’appuie plus sur des chars, mais sur la maîtrise du discours, la pression par réseaux et l’épuisement institutionnel. La défaite d’Orbán est donc bien plus qu’un événement propre à la Hongrie. Elle est un signal à tous les acteurs politiques qui pensent qu’il est possible d’agir durablement en souverain dans cette architecture de pouvoir européenne, sans remettre en question ses fondements.
Cela ne concerne pas seulement l’Europe centrale et orientale. Au fond, cela concerne chaque acteur politique, qui veut hiérarchiser ses intérêts nationaux par rapport aux injonctions d’un système transnational technocratique. Celui qui ne remporte que des gouvernements, mais pas les centres de pouvoir qui se profilent derrière ces gouvernements, reste une figure passagère.
C’est pourquoi la lecture de ce phénomène dépasse également l’Europe. Car le motif est toujours similaire: des figures de leadership populistes ou résistantes entrent en confrontation avec un ordre de pouvoir qui va plus profondément que les cabinets, partis ou campagnes électorales. Elles peuvent mobiliser, irriter, freiner. Mais elles échouent tandis que les appareils permanents restent intacts. Le cas d’Orbán n’est donc pas seulement hongrois. Il est un cas exemplaire pour tous.
L’autodétermination nationale n’est que partiellement prévue dans l’UE d’aujourd’hui. Orbán n’a pas seulement perdu une élection. Il a échoué face à la réalité d’un système qui ne tolère la démocratie nationale que tant qu’elle ne touche pas à l’ordre du pouvoir.
11:25 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, actualité, europe, affaires européennes, hongrie, europe danubienne, europe centrale, viktor orban |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
lundi, 13 avril 2026
La Hongrie a voté

La Hongrie a voté
Björn Höcke
Source: https://www.facebook.com/Bjoern.Hoecke.AfD
La défaite électorale de Viktor Orbán marque une étape importante – non seulement pour la Hongrie, mais pour l’ensemble de l’ordre politique en Europe. Elle résulte d’un jeu complexe d’interactions économiques, politiques, structurelles et psychologiques, ainsi que d’une influence propagandiste massive venant de l’extérieur. Il ne s’agit pas d’un échec isolé d’un seul politicien.
Quelles sont les causes de ce résultat électoral ?
1. L’économie l’emporte sur la politique. L’inflation, la perte du pouvoir d’achat et la hausse du coût de la vie sont, selon l’expérience, les facteurs déterminants les plus puissants dans le choix électoral. Historiquement, il apparaît constamment que les gouvernements – quelle que soit leur orientation politique – sont sanctionnés en période de tension économique. En ce sens, Viktor Orbán n’a pas été autant victime de sa ligne nationaliste que du fonctionnement classique des cycles démocratiques, stimulés par les cycles économiques.
2. La promesse de prospérité relativise, pour la majorité des électeurs hongrois, un facteur souvent présenté par les patriotes comme décisif: la migration de masse. Alors que ce sujet est aujourd’hui déterminant dans de nombreux pays d’Europe occidentale, il ne joue pas le même rôle en Hongrie, simplement parce que l’expérience réelle des effets négatifs de la migration fait défaut. Les récits politiques déconnectés de la vie quotidienne ont peu de force mobilisatrice.
3. Il ne faut pas sous-estimer le cadre international: Orbán s’est retrouvé face à un champ d’adversaires exceptionnellement large – sur le plan politique, médiatique et institutionnel. La tension entre la souveraineté nationale et les intérêts supranationaux, notamment dans le cadre de l’UE, s’est considérablement accentuée ces dernières années. La Hongrie est devenue de plus en plus le théâtre visible de ce conflit, incarnant la défense ferme de la souveraineté nationale face aux prétentions supranationales de Bruxelles. Une élection dans de telles conditions n’est plus une simple décision purement intérieure.
4. Orbán est l’un des rares politiciens européens à avoir une approche digne d’un homme d’État. Pour permettre à son petit pays d’emprunter un chemin identitaire particulier et, dans les circonstances présentes, d’ouvrir des marges de manœuvre, il a dû chercher de puissants partenaires. La Hongrie entretenait sous Orbán des liens étroits avec Israël. On suppose que l’attaque du groupe Pager contre le Hezbollah en septembre 2024, menée à l’aide d’appareils de communication manipulés en Hongrie, en est une preuve. Alors qu’un rapprochement avec Benjamin Netanyahou était longtemps un atout pour Orbán et sa formation, le Fidesz, il s’est récemment mué en désavantage. La politique de plus en plus religieuse du Premier ministre israélien, ainsi que l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, ont sans doute causé à Orbán des dégâts sur le plan intérieur.

5. Seize années à la tête du gouvernement ont transformé le Fidesz en un parti d’État – dans le sens négatif du terme. Nombre de jeunes Hongrois m’ont parlé d’un népotisme excessif. Cette culture du favoritisme, même si dans la majorité des cas elle s’inscrivait dans un cadre légal, est devenue pour un nombre croissant de Hongrois une véritable source d’agacement. Pour la jeune génération, elle était souvent décisive lors du vote. Non sans raison, l’AfD collabore au Parlement européen avec un parti patriotique hongrois (Mi Hazánk Mozgalom / Mouvement Notre Patrie), qui, pour diverses raisons, est explicitement critique vis-à-vis de Orbán.
6. Le temps lui-même est un acteur politique. Depuis 2010 au pouvoir, Orbán a été l’un des chefs de gouvernement les plus durables d’Europe. Mais une longévité politique entraîne presque inévitablement des effets d’usure. Une tension prolongée, qui serait très productive, ne peut être maintenue indéfiniment par une communauté ou un individu. C’est aussi pour cette raison que les électeurs recherchent cycliquement un changement, dans l’espoir d’impulsions nouvelles – souvent avec une amère déception.
Que signifie la défaite de Viktor Orbán pour nous, patriotes, et pour l’Europe?
À court terme, c’est sans aucun doute un affaiblissement des forces patriotiques en Europe. Avec Orbán, nous perdons une figure nationale symbolique au sein de l’UE, un acteur qui a systématiquement défendu la marge de manœuvre nationale face au centralisme européen, et qui a au moins freiné la grande transformation démographique. Après le changement politique en Pologne et les instabilités dans d’autres pays, la relation de force se déplace encore davantage en faveur de l’establishment anti-national de l’UE. La confrontation avec la Russie pourrait également s’intensifier, ce qui m’inquiète profondément en tant que patriote pacifiste.

Ce qui me donne de l’espoir, c’est que Péter Magyar (photo) n’a pas été élu comme un simple agent de l’UE, mais surtout pour rompre avec l’immobilisme partisan du cercle dirigeant du Fidesz. Magyar a plaidé lors de la campagne en faveur de frontières fortes, n’a pas exclu à court terme une coopération énergétique avec la Russie, et a agit avec légèreté en levant le drapeau hongrois. Il s’est présenté comme un patriote. Reste à voir s’il le sera vraiment. Les doutes sont légitimes. Mais il a tout de même critiqué Orbán pour ne pas avoir suffisamment défendu la minorité hongroise en Slovaquie. Dans ce contexte, il a également appelé à l’abrogation des décrets Beneš. Si Magyar renforçait ces positions, cela pourrait même ouvrir la voie à un débat historique fécond pour toute l’Europe.
Regard vers l’avenir : confiance plutôt que résignation
En tant que patriotes européens, nous pouvons rester optimistes malgré le « choc électoral en Hongrie ». Pour notre programme de renouveau, nous avons besoin d’une longue respiration. Et les éléments porteurs de l’avenir au sein des courants politiques ne disparaissent pas à cause de défaites électorales partisanes — ils se transforment. Le soutien constant aux partis patriotes dans des pays comme l’Allemagne ou l’Autriche repose sur le fait, qui ne peut être dissimulé même avec le déploiement d'une propagande des plus sophistiquées, que les montagnes de problèmes accumulés — migration, souveraineté, déclin économique — ne peuvent plus être résolus par la classe politique au pouvoir, car l’aveuglement idéologique et l’incapacité technique empêchent un changement de cap fondamental. Le seul problème est que, sans ce changement, tous les pays européens devront d’abord continuer leur descente. Et les dégâts s’amplifient chaque jour vers le bas, la bulle de scories se remplit sans cesse jusqu’à éclater. Les rénovateurs politiques devront à l’avenir accomplir des tâches herculéennes.
Dans cette situation, une pensée d’Albert Camus prend toute son importance: l’alternative fondamentale entre résignation et révolte. Pour nous, patriotes européens, cela ne peut signifier qu’une chose : une recomposition stratégique vaut mieux qu’un recul résigné. Les défaites électorales ne doivent pas forcément signifier une perte de signification, mais peuvent, malgré toutes les déceptions, devenir le point de départ d’une nouvelle orientation. Et plus la voiture s’enlise profondément dans la boue, et cela dans tous les pays, plus le potentiel de renouveau s'avèrera fondamental, prêt à être activé par un esprit pionnier déterminé.
Les élections de Hongrie doivent donc être considérées non pas comme une annulation du projet patriotique de changement, mais comme un indicateur enrichissant la compréhension des phénomènes: les limites de la durée d'une conception particulière de la politique, le pouvoir des réalités économiques — et la dynamique persistante d’une Europe qui doit encore trouver sa propre voie vers l’avenir.
20:10 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, politique, hongrie, europe centrale, europe danubienne, fidesz, viktor orban |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Une nouvelle violation de la souveraineté en Europe de l'Est

Une nouvelle violation de la souveraineté en Europe de l'Est
Cristi Pantelimon
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621
Le scénario des élections en Roumanie s’est répété à Budapest. La différence est que là-bas, les choses ont été négociées plus simplement, et Viktor Orban a désigné son successeur, avec l’aide des nouvelles forces qui mettent la Hongrie sous tutelle, cette fois, beaucoup plus facilement.
A première vue, nous sommes face à une victoire du « mondialisme » contre le « souverainisme » — Alex Soros a salué le résultat des élections, ce qui, beaucoup le pensent, constitue un signe clair et définitif. En réalité, les choses sont, à coup sûr, beaucoup plus compliquées.
En substance, il s’agit de ce qui suit :
1. La victoire de l’UE contre la tentative des États-Unis de contrôler l’Europe de l’Est par le biais de simulacres de mouvements MAGA.
2. La repositionnement géopolitique de la Russie dans le camp européen, après la pause d’Anchorage. Probablement que, sans la guerre contre l’Iran, que la Russie et la Chine ne peuvent tolérer sur le plan géopolitique, les États-Unis auraient été laissés gagnants, du moins symboliquement, en Hongrie.

3. L’Europe se rouvrira à une coopération énergétique avec la Russie, car Donald Trump cherche des solutions pour bloquer le détroit d’Ormuz. L’Europe n’a pas d’alternative à l’énergie russe, et l’ingérence américaine en Europe de l’Est signifiait bloquer tout lien avec la Russie (l’apparence est que l’UE veut se détacher de la Russie à ce sujet — nous verrons si ce n’est pas plutôt le contraire !).
4. La Russie est, d’une certaine manière, obligée de tenir compte du désir de l’Europe de se libérer de la tutelle américaine, ce qui n’est que dans son intérêt.
5. La Chine a également intérêt à ce que les États-Unis soient écartés symboliquement de l’Europe de l’Est (« la menace » d’envoyer des troupes américaines de l’Ouest vers l’Est est une comédie géopolitique que seul le déclin de la puissance militaire américaine peut engendrer — si l'on tient compte du contexte iranien).
6. L’adhésion de l’Angleterre à ce concert eurasiste et anti-atlantiste constitue la véritable surprise géopolitique mondiale, mais ce n’est pas du tout inexplicable, car… le capital sent mieux que quiconque d’où viendra la prochaine vague de « choc » qui apportera de la prospérité.
7. La relation entre la Russie et la Chine reste plussolide que jamais; la Russie a cherché un équilibre, face au duo UE-Grande-Bretagne, en tentant un rapprochement avec les États-Unis, mais face à l’évidence que la politique américaine ne peut s’adapter au multipolarisme, elle a adopté une position de neutralité, ce qui a permis aux forces «européennes» de conquérir pacifiquement la Hongrie.
8. L’Ukraine sera simplement « intégrée » au même courant européen général, et la guerre avec la Russie sera menée en façade. Le conflit géopolitique majeur s’est déplacé en Iran, tandis que les dernières évolutions dans la zone Taiwan-Chine ne présagent rien de bon pour les États-Unis. D’autant plus qu’Orban… aurait dû perdre !
9. En Hongrie, ce n’est pas l’UE qui a gagné, mais l’alliance entre la Chine, la Russie et l’Europe anti-américaine. C’est-à-dire la même alliance qui résiste aux États-Unis en Iran !
14:57 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, hongrie, europe, europe centrale, europe danubienne, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
samedi, 11 avril 2026
Les critiques de Trump à l'égard de l'OTAN s'intensifient: l'article 5 est-il encore en vigueur?

Les critiques de Trump à l'égard de l'OTAN s'intensifient: l'article 5 est-il encore en vigueur?
Markku Siira
Source: https://markkusiira.substack.com/p/trumpin-nato-kritiikki...
Le président américain Donald Trump participait à une réunion bilatérale avec le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, en marge de la réunion annuelle du Forum économique mondial (FEM), le 21 janvier 2026 à Davos, en Suisse. Cette réunion annuelle des dirigeants politiques et économiques intervenait dans un contexte de tensions croissantes entre les États-Unis et l'Europe sur toute une série de questions, notamment la promesse de Trump d'acquérir le Groenland, un territoire danois semi-autonome.
Le second mandat du président Donald Trump a porté les tensions internes au sein de l'OTAN à un niveau sans précédent. Même si l'attitude critique de Trump envers l'alliance militaire n'est pas nouvelle, ses récentes déclarations indiquent un changement de nature: il ne s'agit plus seulement de se plaindre du déséquilibre des contributions financières, mais de remettre fondamentalement en question l'alliance dans son ensemble.
Selon Risto E. J. Penttilä, spécialiste en politique internationale, l'OTAN se trouve à nouveau en pleine crise suite aux dernières déclarations de la Maison Blanche. La nouveauté réside dans le fait que tant le président Trump que le ministre des Affaires étrangères Marco Rubio parlent ouvertement d’une réorganisation des relations internationales dans le chef des Etats-Unis. Il ne s’agit pas de diplomatie habituelle envers les "alliés", mais, selon la description de Penttilä, d’une « crise conjugale dans les relations transatlantiques ».
Au cœur des dernières critiques de Trump à l'égard de l'OTAN se trouve l'attitude réticente des pays européens face à l'appel des États-Unis à participer à l'ouverture du détroit d'Ormuz pendant la guerre avec l'Iran. Trump estime avoir aidé l'Europe en Ukraine, et pense donc qu'il était désormais au tour de l'Europe de soutenir les États-Unis. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a qualifié l’attitude des Européens de « test qu’ils ont échoué ». Dans la vision cynique du monde de Trump, un tel comportement ne sera ni oublié ni pardonné.

Les alliés européens des États-Unis n’ont pas condamné l’attaque américaine contre l’Iran, pas plus qu’ils n’ont condamné l’attaque russe contre l’Ukraine – alors qu’en Europe, celle-ci a été considérée comme une guerre d’agression illégale. Les alliés de l’OTAN n’ont même pas été informés à l’avance de la planification opérationnelle. Si l’OTAN est une alliance de défense, pourquoi ses membres devraient-ils soutenir les États-Unis dans une opération bafouant le droit international, dans laquelle le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a entraîné Trump ? Pourquoi les règles applicables à la Russie ne s’appliquent-elles pas à tous les pays ?
Dans les cercles euro-atlantiques, l'idée se renforce que les États-Unis ne sont plus aussi déterminés à défendre l'Europe – et en particulier les pays limitrophes de la Russie. L'article 5 de l'OTAN, selon lequel une attaque contre un État membre est une attaque contre tous, est la pierre angulaire de l'alliance depuis la guerre froide.
Si la fiabilité de ce mécanisme automatique venait à s’effriter, l’OTAN se transformerait essentiellement en une plateforme de coordination où la coopération européenne serait mise en avant et où la puissance militaire américaine ne servirait plus que de moyen de dissuasion potentiel – et non plus de garant de sécurité certain.
Une théorie marginale mais politiquement intéressante s'inscrit dans ce contexte: Trump souhaiterait retirer les États-Unis de l'OTAN, car après la guerre avec l'Iran, la prochaine cible potentielle d'Israël pourrait être la Turquie – un pays membre de l'alliance militaire. Dans ce cas, l'article 5 de l'OTAN serait considéré comme un obstacle stratégique à toute attaque israélienne.

Pour l’administration Trump, Israël est un partenaire nettement plus important que la Turquie, et dans un contexte plus large, le rêve sioniste d’un « Grand Israël », auquel s’ajouteraient des territoires de Syrie, du Liban, d’Égypte, de Jordanie, d’Irak, d’Arabie saoudite et de Turquie, refait surface.
Les tensions entre Israël et la Turquie se sont considérablement intensifiées ces dernières années. Le ministre israélien de la Diaspora, Amichai Chikli, a qualifié le président turc Recep Tayyip Erdoğan de « fondamentaliste islamiste » et a décrit la Turquie comme un « nouvel Iran ».
Une rhétorique similaire a également été renforcée dans une récente analyse du Jerusalem Post, qui considère la Turquie comme une menace croissante pour l’Occident et Israël – une sorte de successeur de l’Iran en tant que perturbateur régional, soutenant le Hamas et remettant en cause l’unité de l’OTAN.
Erdoğan a quant à lui qualifié les actions d’Israël à Gaza de génocide et a émis un mandat d’arrêt contre le Premier ministre Netanyahou. Israël a renforcé sa coopération en matière de défense avec la Grèce et Chypre, rivaux traditionnels de la Turquie.
Derrière les menaces publiques d’Israël pourrait également se cacher une volonté stratégique de renforcer la position politique intérieure d’Erdoğan. Au sein du Parlement turc, le président a été critiqué pour avoir maintenu une coopération pratique avec Israël, contrairement à sa rhétorique publique.
Les dernières données du Bureau central des statistiques israélien montrent que la Turquie a exporté vers Israël pour plus de 924 millions de dollars de marchandises en 2025. Les échanges commerciaux se sont poursuivis – en partie via des pays tiers et grâce à des pratiques statistiques contestables. Ce décalage entre les discours et les actes rend improbable une rupture totale.
Une théorie spéculative concernant une éventuelle attaque d'Israël contre la Turquie – soutenue par les États-Unis en dehors du cadre de l'OTAN – illustre toutefois une dynamique plus large: l'administration Trump ne considère pas l'OTAN comme une alliance de défense sacrée, mais comme un outil dont on peut se passer si nécessaire, s'il ne sert plus les intérêts de sécurité des États-Unis ou de leurs alliés proches.
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, qui a déjà surnommé Trump « papa », a qualifié sa rencontre à la Maison Blanche de « franche et ouverte ». Cette formulation diplomatique adoucit probablement le ton irrité du président. Rutte a déclaré comprendre la déception de Trump, mais a souligné que de nombreux pays européens avaient aidé les États-Unis contre l’Iran – par exemple en mettant leurs aéroports à la disposition des bombardiers.
Les États-Unis ne se retireront sans doute pas complètement de l’OTAN – Trump ne pourrait d’ailleurs pas prendre une telle décision seul –, mais la question du redéploiement des troupes a déjà été évoquée lors des discussions : des soldats pourraient être transférés d’Allemagne vers la Roumanie, par exemple, et vers d’autres pays, ceux qui se sont montrés les plus fidèles à Trump.

Bien que l’OTAN ait été confrontée à des tempêtes répétées au cours du second mandat de Trump – les menaces d’annexion du Groenland en étant l’exemple le plus grave –, les acteurs euro-atlantiques espèrent que l’alliance s’en sortira, même si ce n’est plus sous sa forme actuelle. Certains s’attendent à ce que la situation se normalise sous le mandat du prochain président américain.
Une architecture de sécurité à bâtir entre la Russie et l’Europe étant, dans la situation actuelle, une option totalement exclue, l’OTAN de demain pourrait être plus européenne et moins dépendante des garanties de sécurité américaines. Le poids symbolique et opérationnel de l’article 5 s’affaiblit, laissant place à une coopération plus ponctuelle et fondée sur les intérêts. Ce changement pourrait s’avérer l’héritage transatlantique le plus marquant du second mandat de Trump.
13:36 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, états-unis, affaires européennes, otan, donald trump, alliance atlantique |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
vendredi, 10 avril 2026
Si Orbán gagne: Bruxelles prévoit des sanctions

Si Orbán gagne: Bruxelles prévoit des sanctions
Bruxelles/Budapest. À une semaine des élections législatives hongroises du 12 avril, la nervosité monte à Bruxelles. Officiellement, on mise sur une défaite du Premier ministre Viktor Orbán, mais la victoire du challenger Péter Magyar est tout sauf certaine. C’est pourquoi les bureaucrates européens élaborent déjà des plans d’urgence — au cas où Orbán remporterait à nouveau les élections à Budapest.
Les opposants d’Orbán dans l’UE ne cachent pas leur préférence pour Magyar. Cependant, de nombreux Hongrois le voient comme une marionnette de Bruxelles. Orbán lui-même se méfie à juste titre des sondages qui montrent son parti Fidesz en recul. Son député européen András László soupçonne que l’on veut présenter une victoire de Fidesz comme «peu plausible» ou «illégitime».
En cas de – nouvelle – victoire d’Orbán, Bruxelles annonce déjà des conséquences: António Costa, président du Conseil européen, a déclaré au sujet du blocage persistant de la Hongrie sur un prêt de 90 milliards pour l’Ukraine: «Ce que fait la Hongrie est totalement inacceptable». Un diplomate européen de haut rang, qui souhaite garder l’anonymat, a précisé que si Orbán l’emportait, «on quitterait les gants de velours». La députée européenne et lobbyiste pour la défense, Marie-Agnes Strack-Zimmermann (FDP), réclame depuis longtemps de couper l’accès au financement pour la Hongrie et de lui retirer rapidement son droit de vote.
Concrètement, une réflexion est en cours pour étendre le droit de veto actuel et la «majorité qualifiée» à des domaines qui requièrent jusqu’à présent l’unanimité — une mesure radicale qui pourrait également frapper des pays comme la République tchèque ou la Slovaquie. Le gel d’autres fonds européens est aussi à l’étude. En revanche, une expulsion de la Hongrie de l’UE serait difficile juridiquement: les traités n’autorisent qu’une sortie volontaire (article 50 du TFUE), et non une exclusion forcée.
La ligne d’Orbán — notamment en matière de protection des mineurs contre la propagande de genre ou sur la question migratoire — recueille l’approbation de nombreux Hongrois. Et en Allemagne, en France ou en Italie, des majorités écrasantes se déclarent en faveur de contrôles plus stricts aux frontières. Orbán n’est pas aussi impopulaire en Europe que dans le Parlement européen. Si Bruxelles devait recourir à des méthodes douteuses en cas de réélection, cela ne favoriserait guère la popularité de l’Union (mü).
Source: Zu erst, avril 2026.
20:20 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, hongrie, europe centrale, europe danubienne, élections hongroises, viktor orban, fidesz |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Essai sur le masochisme, la décadence de l'Europe et la volonté d'autodestruction

Essai sur le masochisme, la décadence de l'Europe et la volonté d'autodestruction
A. Moncada
Source: https://socialismomultipolaridad.blogspot.com/2026/04/ens...
I. Les fondements biologiques du masochisme selon Sabina Spielrein
Pour comprendre le panorama vaste et sombre qui s'étend devant nous, il faut partir d'une découverte qui a ébranlé les fondements mêmes de la jeune science psychanalytique: la notion, formulée par Sabina Spielrein, selon laquelle au plus profond de l'instinct sexuel humain se niche une pulsion paradoxale, un désir de souffrance qui n'est pas une simple pathologie individuelle mais une composante structurelle de la vie psychique.
Spielrein, d’abord disciple puis collègue et également maîtresse présumée de Carl Gustav Jung, ainsi que collaboratrice de Sigmund Freud, a développé dans son ouvrage fondamental, La destruction comme cause du devenir, une thèse aussi audacieuse que troublante: aux côtés des pulsions d’autoconservation et de reproduction, il existe une pulsion de mort qui ne recherche pas l’anéantissement pur et simple, mais une sorte de plaisir dans la douleur, une jouissance dans l’autodestruction qu’elle a appelée, au grand dam de la terminologie ultérieure, «masochisme».


Le biologique, dans sa conception, ne se réduit pas à la simple tendance à la vie; la cellule ne cherche pas seulement à se perpétuer, mais elle contient aussi en elle-même le germe de sa propre dissolution, et de cette tension entre le vouloir vivre et le vouloir mourir naît, selon Spielrein, la possibilité même du changement, de l’évolution, de la transformation. Il ne s’agit pas d’une simple perversion, mais d’un fait biologique fondamental: l’organisme doit, en un certain sens, désirer son propre anéantissement pour pouvoir renaître sous une forme nouvelle, plus complexe.
Le plaisir, dans ce cadre, n’est pas seulement la satisfaction d’un besoin, mais aussi le soulagement qui accompagne la libération de la tension accumulée, et la tension ultime, la plus radicale, est celle qui sépare l’individu de sa propre mort.
Ainsi, le masochisme ne serait que le nom que nous donnons à la capacité, inscrite dans notre chair, de trouver un plaisir ambigu dans la douleur, de chercher dans l’humiliation une forme égarée de libération, et d’embrasser l’esclavage comme s’il s’agissait, paradoxalement, d’une expression de la volonté la plus intime.
II. L’homo europaeus en tant que sujet masochiste : l’autodestruction de 1914 à 1945
Si nous appliquons cette perspective spielreinienne à l’histoire de l’Europe au cours des premières décennies du 20ème siècle, le spectacle qui se déploie sous nos yeux est celui d’un continent tout entier se livrant à une frénésie d’autodestruction qui défie toute explication purement rationnelle ou économique. Qu'étaient les deux guerres mondiales, sinon un immense acte de masochisme collectif, une gigantesque mise en scène de cette pulsion de mort que Spielrein croyait avoir identifiée au plus profond de l'âme humaine? L'homo europaeus, qui pendant des siècles avait dominé le monde grâce à sa technique, sa science et sa foi dans le progrès, s'est lancé entre 1914 et 1945 dans une orgie de violence sans précédent, tuant des dizaines de millions de ses semblables, rasant ses villes, détruisant son art et sa mémoire, et s'exposant finalement aux humiliations les plus atroces.

Ce n’était pas seulement la lutte entre nations ou idéologies; c’était, à un niveau plus profond, le triomphe d’une volonté d’anéantissement qui semblait jaillir des entrailles mêmes de la civilisation européenne. Les soldats qui couraient joyeusement vers les mitrailleuses en 1914, les peuples qui acclamaient des dictateurs leur promettant souffrance et grandeur, des sociétés entières qui acceptaient la faim, le froid et la mort comme le prix de leur loyauté envers des symboles vides: tout cela témoigne d’un profond masochisme culturel, d’un besoin de punition et d’expiation qui ne peut s’expliquer que comme la manifestation historique de ce fait biologique dont parlait Spielrein.
L’Europe a voulu se détruire elle-même, et elle l’a fait avec une efficacité et un enthousiasme qui nous laissent encore aujourd’hui stupéfaits. Bien que ce soit l’anglosphère qui ait causé la mort et l’humiliation de l’Europe, et le capitalisme qui en ait été le poison mortel, ce désir – alimenté par ses ennemis et utilisant le mode de production comme instrument – était un désir intime. L’homo europaeus a démontré, au cours de ces trente années de folie, qu’il portait en lui non seulement le conquérant et le civilisateur, mais aussi, et de manière prépondérante, le masochiste qui trouve dans son propre anéantissement la forme la plus élevée de plaisir.
III. L’émigration massive comme nouvelle mise en scène du masochisme collectif
Et voici qu’aujourd’hui, cette pulsion autodestructrice n’a pas disparu, mais a trouvé de nouvelles formes d’expression, plus subtiles, mais peut-être plus définitives. L'Européen contemporain, celui-là même qui a survécu aux guerres et aux totalitarismes, semble avoir décidé de mener à bien son œuvre séculaire, non plus par la violence active des champs de bataille, mais par une sorte de suicide démographique et culturel passif, une dissolution volontaire dans le flot de l'émigration massive qui, venue d'Afrique, d'Asie et du Proche-Orient, inonde ses terres.

Et c’est là que nous devons poser la question la plus dérangeante, celle qu’aucun politicien, baignant dans le politiquement correct, n’ose formuler : si l’homo europaeus accepte, voire encourage, l’arrivée massive de populations qui ne partagent ni son histoire, ni sa langue, ni sa religion, ni ses coutumes; s’il permet que ses villes se transforment en mosaïques de cultures en conflit; s'il utilise son propre État de droit pour démanteler les frontières qui le protégeaient; s'il est, en somme, disposé à se diluer, à disparaître en tant que sujet historique, ne serait-il pas en train de révéler ainsi son désir le plus intime, celui que Spielrein a identifié au fond de toute vie? Ne chercherait-il pas, au fond, à être lui-même l'esclave et l'étalon qu'il croit faire venir de l'extérieur? Car l’Européen qui regarde les immigrés avec une condescendance bienveillante, qui parle de leur «diversité» comme d’un bel ornement exotique, qui se complaît dans la culpabilité post-colonialiste et l’autocritique perpétuelle, n’est qu’un masochiste qui a trouvé dans l’immigration le fouet avec lequel il peut enfin se flageller. Il veut être dominé parce qu’au fond, il ne croit plus en son droit de dominer; il veut être envahi parce qu’il ne fait plus confiance à ses propres frontières ni à sa propre identité; il veut que d’autres prennent sa place parce qu’il a perdu la volonté de l’occuper lui-même.
Et si l’on parle crûment d’«esclaves et de reproducteurs», ce n’est pas par grossièreté mais par fidélité à la vérité: l’économie européenne a besoin de corps pour le travail servile et de corps pour la reproduction biologique, et l’Européen, dans son masochisme, non seulement l’accepte mais le désire, car ainsi se confirme son rôle de maître décadent qui a besoin du barbare pour se sentir encore civilisé, et de l’esclave pour se sentir encore libre. Mais cette liberté et cette civilisation ne sont plus que des fantômes: ce qui reste, c’est la pure pulsion de mort, la jouissance dans la dissolution, le plaisir amer de savoir que l’histoire que l’on incarne touche à sa fin et que rien de ce qui viendra après ne portera plus son nom.
IV. Le Capital et le masochisme: une lecture marxiste
Cette situation ne serait toutefois pas possible sans la complicité active de cette force qui, depuis deux siècles, a façonné l’Europe plus que toute autre: le Capital. D’un point de vue marxiste, le masochisme collectif de l’Européen n’est pas un simple accident psychologique ou culturel, mais une nécessité fonctionnelle du système. Le Capital a besoin de corps, il a besoin de travailleurs, il a besoin de consommateurs, et il en a besoin qui soient dociles, dépouillés de leur histoire et de leur identité, réduits à de la pure force de travail et à un pur désir de marchandises. L'émigration massive, loin d'être une menace pour le Capital, est son allié le plus précieux: elle fournit une armée industrielle de réserve permanente, maintient les salaires à un niveau bas, fragmente la classe ouvrière en rivalités ethniques et religieuses, et surtout, démantèle toute possibilité de communauté politique solide qui pourrait s'opposer à la logique implacable de l'accumulation.

Le Capital veut le masochisme de l’Européen car un Européen masochiste est un Européen qui a renoncé à sa souveraineté, à son identité, à son avenir; c’est un Européen qui accepte d’être gouverné par des technocrates anonymes, qui se contente de la consommation et du divertissement, qui cède ses frontières et ses lois à des organismes internationaux qu’il ne contrôle pas, et qui regarde, impassible, son monde s’effondrer parce qu’au fond, c’est ce qu’il souhaite.
Mais ici, nous devons aller encore plus loin et relier cette lecture marxiste aux faits biologiques mis en exergue par Spielrein. Car le Capital n’est pas seulement une structure économique externe qui nous opprime; c’est aussi, comme l’a bien compris le marxisme critique de l’École de Francfort, un mode de vie, une culture, une subjectivité. Le Capital a su inoculer dans l’âme européenne cette pulsion de mort dont parlait Spielrein, il a su transformer le désir de vivre en désir de consommer, et le désir de consommer en désir de s’anéantir par la consommation. L’Européen qui se dissout dans l’émigration massive n’est pas seulement victime du Capital; il en est aussi le complice le plus enthousiaste, car il a intériorisé jusqu’à la moelle la logique de la marchandise, qui ne connaît que le présent perpétuel et la destruction de tout lien durable.
Le Capital, dans sa phase tardive, n’a plus besoin de soldats ni de citoyens ; il a besoin de consommateurs et d’esclaves, et il les trouve chez cet Européen masochiste qui préfère l’esclavage confortable de la société de consommation à la liberté exigeante d’une communauté politique vivante.
V. Spengler et la théorie de la décadence
Et c'est ici, à ce point de densité conceptuelle maximale, que la voix d'Oswald Spengler résonne avec une force presque prophétique. Car Spengler, dès les années 1920, avait compris quelque chose que la plupart de ses contemporains préféraient ignorer: que les cultures, à l’instar des organismes vivants, naissent, grandissent, s’épanouissent, déclinent et meurent, et que la civilisation occidentale, cette prodigieuse culture faustienne qui avait étendu sa domination à l’ensemble de la planète, était déjà entrée dans sa phase finale, dans son hiver.

Spengler a appelé « civilisation » cet état terminal d’une culture, celui où les formes spirituelles originelles se pétrifient, où la grande ville cosmopolite succède à la campagne et à la petite ville de province, où la technique devient une fin en soi et non un moyen d’expression de l’âme, où l’argent, cette pure abstraction, domine toutes les sphères de la vie jusqu’à ce qu’il soit finalement renversé par la force brute de César, du dictateur qui impose l’ordre par le sang et le feu.
Spengler, qui n’a jamais été un national-socialiste mais qui a su voir clairement la direction que prenait l’histoire, nous a avertis que la décadence n’est pas une catastrophe venant de l’extérieur, mais un processus interne, organique, inévitable, dans lequel la culture elle-même perd sa capacité à engendrer de nouvelles formes et se replie sur elle-même, s’adonnant à une répétition stérile, au culte du succès immédiat, à l’idolâtrie du pouvoir nu.
Le masochisme de l’Européen, cette volonté de dissolution que nous avons décrite en suivant Spielrein, n’est que le corollaire psychologique de cette décadence objective: lorsqu’une culture ne croit plus en elle-même, lorsqu’elle a perdu la foi en ses propres dieux et en ses propres lois, elle commence à désirer sa propre mort, à chercher chez l’autre, chez l’étranger, chez le barbare, la force qu’elle-même ne possède plus. Spengler nous a également enseigné que la décadence n’est pas, à proprement parler, quelque chose qu’il faille déplorer ou célébrer; c’est simplement un fait, une phase du cycle vital qu’aucune culture ne peut éluder.

Ce que nous appelons «l’Europe» n’est plus une culture vivante, mais une civilisation moribonde, un ensemble de techniques et de formes vides qui survivent à son esprit, et qui ne peuvent prolonger leur existence qu’au prix de la négation de leur propre nature.
L'émigration massive, la dissolution démographique, le masochisme collectif ne sont pas, dans cette perspective spenglerienne, des anomalies pouvant être corrigées par de meilleures politiques; ce sont les symptômes d'une agonie qui dure depuis déjà un siècle et qui, probablement, se prolongera encore quelque temps avant que, finalement, sur les ruines de la civilisation faustienne, ne surgissent de nouvelles cultures que nous, les habitants du crépuscule, ne pouvons même pas imaginer.
Conclusion
Le masochisme n’est donc ni une perversion mineure ni une rareté clinique; c’est le nom que nous donnons à la pulsion de mort que toute vie porte en elle, et qui, dans le cas de l’homo europaeus, s’est manifestée avec une intensité et une clarté exemplaires tout au long du siècle dernier. Des tranchées de la Grande Guerre aux vastes rivages de l’émigration massive, en passant par les totalitarismes et les camps d’extermination, l’Européen a démontré à maintes reprises que sa volonté de vivre est plus faible que sa volonté de mourir, que son désir de s’affirmer est moins puissant que son désir de se dissoudre.
Et le Capital, cette forme suprême de la civilisation décadente, a su tirer parti de cette pulsion autodestructrice, en la canalisant vers des formes qui perpétuent sa domination et empêchent toute véritable renaissance.
Spengler, en annonçant la décadence de l’Occident, ne faisait que décrire le cadre objectif dans lequel ce masochisme collectif déploie ses effets; et Spielrein, en identifiant la destruction comme cause du devenir, nous donnait la clé biologique pour comprendre pourquoi l’être humain, et en particulier l’Européen de notre temps, semble si enclin à chercher dans son propre anéantissement la forme la plus élevée de son plaisir. Nous ne savons pas si cette pulsion peut être inversée ou si, au contraire, nous assistons aux derniers soubresauts d’une culture qui a déjà accompli son cycle.
Ce que nous savons, c’est que tant que l’Européen continuera à désirer sa propre dissolution, aucun politicien, aucun parti, aucune idéologie ne pourra le sauver de lui-même. Car le salut, s’il est encore possible, ne viendra pas de l’extérieur, mais d’un regain de cette volonté de vivre que le masochisme a réussi à étouffer, et qui ne pourra renaître que si l’homo europaeus recommence à croire en sa propre histoire, en sa propre identité, en son propre avenir. Et cette croyance, à ce stade du crépuscule, semble être la plus improbable de toutes les utopies.
13:02 Publié dans Actualité, Philosophie, Psychologie/psychanalyse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : oswald spengler, masochisme, sabina spielrein, psychanalyse, europe, déclin de l'europe, déclin |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
jeudi, 09 avril 2026
Pourquoi Orbán est devenu pour beaucoup d’Européens un modèle

Pourquoi Orbán est devenu pour beaucoup d’Européens un modèle
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena#
Viktor Orbán n’est pas un problème pour l’élite euro-globaliste parce que la Hongrie serait économiquement ou militairement surpuissante (https://www.n-tv.de/politik/Vance-ueberbringt-Orban-Liebe... ). Il l’est parce qu’il gouverne comme si un État avait encore le droit de défendre ses propres intérêts. C’est précisément cela qui le rend attrayant pour beaucoup d’Européens et dangereux pour l'eurocratie de Bruxelles.
Orbán a compris ce que beaucoup de gouvernements occidentaux ont oublié: un État n’a pas pour mission de mettre en œuvre des idéologies transnationales, mais de protéger sa propre communauté. C’est pourquoi il ne parle pas seulement de «valeurs» de manière abstraite, mais agit en fonction d’intérêts nationaux concrets.
Sur la question de l’immigration, Orbán a rapidement compris que des frontières ouvertes ne signifient pas un plus d'humanité, mais une perte de contrôle social et politique. Alors que de vastes parties de l’Europe de l’Ouest ont idéalisé l’immigration massive et en ont fait porter les conséquences à leur propre population, la Hongrie a sécurisé ses frontières et affirmé clairement: c’est l’État qui décide qui entre, pas des réseaux de passeurs, des ONG ou des irresponsables excités à la moraline. C’est là l’une des premières grandes provocations d’Orbán: il a ramené la question des frontières à la question du pouvoir politique.

En politique familiale, Orbán a fait quelque chose qui paraît presque révolutionnaire en Europe: il a compris qu’un peuple qui ne prend plus son propre avenir démographique au sérieux disparaît politiquement à long terme. Au lieu de masquer le déclin démographique par de nouvelles vagues d’immigration, son gouvernement a ouvertement mené une politique familiale, une politique en faveur des enfants et de la reproduction du peuple national, ce qui constitue un enjeu véritablement politique. Cela dépasse la simple politique sociale. C’est le refus d’accepter le déclin démographique comme un état de choses normal.
En matière d’énergie et d’économie, Orbán agit de façon beaucoup plus intelligemment que les gouvernements occidentaux ivres de drogues idéologiques. Il ne subordonne pas aveuglément la substance économique du pays à des dogmes qui serait soi-disant supérieurs sur le plan moral. Alors qu’ailleurs, l'industrie nationale est affaiblie par une politique de sanctions, on assiste à une flambée des prix de l’énergie et on fait joujou avec une symbolique "verte", Budapest essaie de préserver la capacité d’agir de l'État hongrois. Orbán ne gouverne pas selon le principe de l’auto-représentation morale, mais selon celui de la survie politique.
En politique européenne, Orbán est de toute façon devenu une réelle alternative. Il n’accepte pas l’UE comme une organisation salvatrice hors du temps, mais la considère comme ce qu’elle devrait être: une alliance d’États, non la préfiguration d’un régime administratif supra-national sans frontières. Par là, il s’oppose à une évolution où la démocratie nationale est de plus en plus vidée de son contenu, parce que les décisions importantes sont délocalisées, enlevées à des parlements et des gouvernements nationaux pour être dirigées vers des commissions, des tribunaux, des agences et des réseaux informels. Orbán ne se borne donc pas à perturber certaines décisions. Il remet en question la logique du système.
Et c’est précisément pour cela qu’il est combattu avec autant de férocité par l’élite euro-globaliste. Orbán n’est pas seulement un adversaire politique. Il constitue un précédent dangereux. Il montre qu’il est possible de s’opposer à l'eurocratie de Bruxelles. Il prouve qu'une politique nationale autonome reste possible au sein de l’UE. Et pire encore, du point de vue des élites: il montre à d’autres peuples européens que la soumission n’est pas une fatalité.
C’est la véritable raison pour laquelle Orbán suscite autant d’agressivité. Pas parce qu'il fait passer une loi particulière, pas parce qu'il tient un discours extrême, mais par le simple fait qu’il détruit le grand récit. Ce récit affirme que plus de centralisation est inévitable, que plus de déresponsabilisation des nations est une tendance moderne et positive, que plus de gouvernance technocratique est la voie de la raison, et que la résistance à cette gouvernance technocratique est une position rétrograde ou dangereuse. Orbán réfute ce récit par sa simple existence politique.
#géopolitique@affaires_mondiales_par_elena
19:54 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : viktor orban, hongrie, europe, europe centrale, europe danubienne, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
mardi, 07 avril 2026
L'Atlantisme est-il en voie de disparition, et Trump sera-t-il le fossoyeur de l'Empire américain?

L'Atlantisme est-il en voie de disparition, et Trump sera-t-il le fossoyeur de l'Empire américain?
Franz Ferdinand
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/194689
La guerre contre l’Iran, déclenchée par Donald Trump, a entraîné une rupture nette entre les États-Unis et l’Union européenne. Même dans le conflit en Ukraine, la chimie entre l’Amérique et l’Europe ne fonctionne plus.
Dans les médias mainstream, la guerre contre l’Iran est, pour la première fois, qualifiée d’agression illicite selon le droit international, ce qui est bien sûr le cas, mais le proclamer est sans nul doute une nouveauté. Jusqu’à présent, toutes les guerres d’agression américaines ont toujours été présentées comme en quelque sorte justifiées. Mais cette fois, ça suffit. Même la fameuse belliciste, Mme Marie-Agnes Strack-Zimmermann, a exprimé une position critique! Cela veut vraiment la peine de le mentionner!
On peut même supposer que la colère qui règne au sein de la direction de l’UE est décrite de manière assez édulcorée dans les médias.
Il faut bien réaliser ce que cette guerre signifie pour l’UE.
Pour mémoire: la guerre en Ukraine a été initialement provoquée par le coup d’État de Maidan et par le non-respect des accords de Minsk. C’était en quelque sorte un projet commun de l’UE et des États-Unis pour dépecer la Russie et encercler la Chine. Le plan, à travers cette guerre, de remplacer Poutine par un vassal occidental docile, a échoué. Donald Trump a déjà, il y a quelque temps, dans des moments de lucidité, compris qu’il n’y avait aucun sens à continuer cette guerre pour une moitié d'oblast ukrainien.

Seule l’UE souhaite continuer cette guerre par pure folie des grandeurs, et aussi pour ne pas perdre la face après avoir dépensé des milliards d’aide, sans compter, pour soutenir le corrompu Zelensky !
Avec la guerre contre l’Iran, Donald Trump laisse l’UE sur place sans l'avoir avertie, voire lui tourne carrément le dos. Donald Trump s’est obstiné, résistant à tout, dans le même piège dans lequel Poutine est enfermé depuis quatre ans. La durée de cette guerre contre l’Iran est totalement incertaine. Ce qui est certain, c’est que la Russie et la Chine feront tout pour qu’elle dure le plus longtemps possible et pour affaiblir au maximum les États-Unis.
Cela signifie toutefois qu’un soutien américain à la guerre en Ukraine n’est plus à prévoir. L’UE doit désormais assumer seule cette guerre. De plus, les missiles, censés assurer la défense de l'Europe otanienne, missiles tout aussiessentiels dans la guerre en Ukraine, sont désormais utilisés en Israël et dans les États du Golfe.
En outre, la résistance acharnée, asymétrique, de l’Iran dans le détroit d’Ormuz conduit à une crise énergétique et économique gravissime. Si l’UE s’était déjà tirée une balle dans le pied avec ses sanctions contre la Russie, elle se trouve soudainement, et de façon inattendue, sanctionnée aussi par l’Iran, qui considère l’UE comme un groupe d’États ennemis.
Il faut craindre que toutes ces destructions en Iran, que Donald Trump célèbre actuellement comme une « victoire », finissent par être payées, en quelque sorte, par une sorte de péage pour passer le détroit d’Ormuz, péage qui sera imposé par la communauté internationale. Il est fort probable que cette taxe ne sera perçue que par des navires d’États ennemis de l'Iran, ce qui ne pèsera donc que sur ces économies-là!
La crise économique prolongée qui s’annonce affaiblira plutôt les partis politiques mainstream du « Monde occidental » et fera tomber définitivement leurs coalitions fragiles, plutôt que de faire tomber le régime des mollahs. Ce dernier a été renforcé par les bombardements criminels et illicites selon le droit international qui sont perpétrés par Israël. En fin de compte, les plus stupides d'entre nos concitoyens ont compris qu’il existait un lien entre la violence brutale qui a coûté la vie à des milliers de personnes (dont des forces de sécurité) et les bombardements, lors desquels, par exemple, 170 fillettes d'une école primaire ont été tuées.
Du point de vue de l’UE, il aurait sûrement été « plus raisonnable » de d’abord mettre fin à la guerre en Ukraine dans un sens favorable à l’Ukraine, avant de s’occuper de l’Iran. Au lieu de cela, Donald Trump, de manière unilatérale, et motivé par Netanyahu, un homme recherché par la Cour pénale internationale de La Haye comme criminel de guerre, a déclenché la guerre contre l’Iran sans consulter ses partenaires européens. Il se comporte ainsi comme une sorte de dictateur mondial, pris dans un délire césarien, auquel tous doivent obéir sans discuter.

La question qui se pose désormais est de savoir si cette rupture atlantique pourra se résorber après la fin du régime de Trump ?
Probablement pas, car la furie trumpiste va bouleverser irréversiblement l’ordre mondial existant jusqu’à la fin du mandat de Trump. Un retour au point de départ d’avant l’arrivée de Trump ne sera plus possible. De plus, déjà sous Biden, la relation entre les États-Unis et l’UE n’était pas aussi amicale qu’elle était décrite dans les médias, si l’on pense notamment à l’attaque terroriste contre le gazoduc Nord Stream, annoncée par Biden lui-même!
Ce qui peut au moins être considéré comme certain, c’est que la Russie, durant cette période, ira conquérir les quelques milliers de kilomètres carrés restants dans l’oblast de Donetsk, et la guerre en Ukraine se terminera victorieusement pour la Russie. L’UE sera humiliée. Elle devra peut-être même supplier Poutine pour du pétrole et du gaz afin de maintenir son économie à flot. Poutine exigera alors un prix politique (par exemple la reconnaissance internationale des conquêtes).
Il est possible que l’UE finisse par reconnaître que la Russie serait le partenaire naturel de l’UE, comme Gorbatchev et même Poutine l’avaient proposé, avec une Europe commune de Lisbonne à Vladivostok.
Les États-Unis seront encore affaiblis par une guerre prolongée contre l’Iran. Il se pourrait même que les monarchies du Golfe expulsent les États-Unis de leurs territoires et concluent la paix avec l’Iran. Sinon, ces monarchies ne seront plus viables. Si changement de régime il y aura, il faudra plutôt l'attendre dans ces pays-là!
20:44 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, affaires européennes, europe, états-unis, otan, atlantisme |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
dimanche, 05 avril 2026
La guerre contre l’Iran – Quelles onséquences après une guerre d’agression contraire au droit international?

La guerre contre l’Iran – Quelles conséquences après une guerre d’agression contraire au droit international?
par Siegfried Bublies
Le 28 février, lorsque les forces aériennes d’Israël et des États-Unis ont lancé leurs attaques coordonnées contre des responsables iraniens, des commandants militaires et des institutions de l’État iranien, tuant notamment le guide iranien Ayatollah Ali Khamenei ainsi que près de 50 hauts représentants du régime iranien, cela a été justifié par la déclaration qu’il s’agissait simplement d’exercer le droit à l’auto-défense. En principe, toutefois, pour tous les membres des Nations Unies, l’interdiction de faire usage de la menace ou de la force militaire est établie dans l’article 2 de la Charte des Nations Unies. Les exceptions à cette règle sont strictement limitées aux mesures de légitime défense en cas d’attaque ou d’attaque imminente.
Tant l'armée israélienne que les États-Unis soutiennent que leur attaque constitue une « frappe préventive ». En général, la doctrine du droit international ne justifie une frappe préventive qu’en dernier recours, avant une attaque imminente. Mais ce n’est pas le cas en l'occurrence.
Déjà du 13 au 25 juin 2025, les installations du programme nucléaire iranien avaient été largement détruites par des frappes aériennes israéliennes et américaines. De nombreuses rampes de lancement de missiles balistiques avaient également été détruites lors de cette guerre de 12 jours. Les capacités militaires de l’Iran avaient ainsi été suffisamment neutralisées pour qu’on ne puisse plus envisager une attaque à court terme de l’Iran contre Israël ou les États-Unis. Il faut surtout voir comme particulièrement pernicieuse l’attaque des forces aériennes d’Israël et des États-Unis contre la direction iranienne le 28 février, d’autant plus qu’elle a eu lieu à un moment où, parallèlement, les négociations entre les États-Unis et l’Iran – selon les déclarations du ministre des Affaires étrangères omanais, qui agissait en tant que médiateur – étaient proches d’un aboutissement décisif, et où l’Iran avait promis de faire de larges concessions en matière d’enrichissement d’uranium (avec un accès permanent pour les inspecteurs américains aux installations) et de programme de missiles. Joseph Kent, un républicain et directeur du Centre américain de lutte contre le terrorisme, un représentant éminent du mouvement MAGA, a annoncé sa démission à Trump à la mi-mars, en déclarant : « Je ne peux pas soutenir en conscience cette guerre persistante en Iran. L’Iran ne représentait pas une menace immédiate pour notre pays. »

On peut évidemment contourner l’interdiction d’utiliser la force, telle qu’elle est prévue dans la Charte des Nations Unies, si l’on possède la puissance militaire suffisante pour agir sans subir ensuite des sanctions. Tant les États-Unis que Israël disposent de cette force militaire. En ce qui concerne les sanctions de l’ONU, ni les États-Unis ni Israël ne doivent s’en soucier, car les États-Unis, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, peuvent bloquer toute mesure par leur droit de veto.
Il s’agit en tout cas d’une guerre d’agression contraire au droit international. Cependant, Israël et les États-Unis soutiennent également – dans une démarche de mise en scène moralisante – que ces aspects du droit international seraient sans importance, dès lors qu’il est établi que le régime des mollahs en Iran mène une politique criminelle, tant par le soutien à des groupes islamistes terroristes au Moyen-Orient que par la répression brutale de sa propre population. Il est évident que cette vision – que Trump et Netanyahou, en tant que représentants d’une mission anti-islamiste et humanitaire, semblent partager – est largement répandue dans le spectre politique conservateur-libéral en Allemagne, un récit que l’on se plaît à adopter, car il reflète l’attitude servile des rêveurs transatlantiques face à la puissance occidentale de plus en plus agressive, incarnée par les États-Unis.
Ainsi, Ulf Poschardt (photo), rédacteur en chef du journal Die Welt, peint déjà le tableau utopique d’un Iran orienté vers les valeurs occidentales, après un changement de régime provoqué par des bombardements israéliens et américains. Ce point de vue méconnaît non seulement la complexité du système de pouvoir iranien, dans lequel la Garde révolutionnaire islamiste possède une base de plusieurs millions d’adhérents avec un potentiel militaire et économique considérable, mais il ignore aussi complètement la situation géopolitique et la logique de puissance des États-Unis et d’Israël au Moyen-Orient.
Cela témoigne d’une naïveté de belle ampleur et d’un dogmatisme idéologique propre aux conservateurs-libéraux en Allemagne, qui pensent à tort que cette guerre d’agression extrêmement coûteuse et risquée, menée par les forces américaines et israéliennes contre l’Iran, aurait pour but la libération du peuple iranien d’un régime dictatorial, afin de leur offrir ensuite les promesses de bonheur de la communauté occidentale. Cette guerre d’agression n’est qu’un autre exemple de l’application brutale de leurs propres intérêts géopolitiques par les États-Unis et Israël. Il serait également pertinent de se demander quelle est l’attractivité réelle d’une communauté de valeurs occidentale, telle qu’elle est proposée dans la version américaine, qui piétine constamment les fondements du droit international qui visent à assurer une coexistence pacifique entre peuples et nations, un Occident américain qui utilise sa puissance militaire de manière impitoyable et coercitive, même envers ses alliés.

Israël voit dans cette situation, qui est tout à fait compréhensible pour un État entouré d’ennemis, une occasion d'affaiblir militairement ou même d’éliminer l’Iran en tant que principal ennemi au Moyen-Orient, à court terme, par le biais de frappes militaires. Netanyahou profite de la guerre en cours, en coordination réfléchie avec les ultra-orthodoxes, pour intervenir militairement au Liban et potentiellement occuper durablement le sud du pays. Il ne s’agit pas seulement de détruire le Hezbollah, mais aussi d’établir progressivement un Grand Israël, projet auquel Netanyahou a explicitement adhéré. Cela inclut la Cisjordanie, Jérusalem-Est, la bande de Gaza, le plateau du Golan syrien et probablement aussi le sud du Liban.

Les États-Unis considèrent que l’Iran est surtout un allié de la Russie et de la Chine, et cherchent donc, par leur intention de réduire l’Iran à néant, à détruire un système de alliances qui se resserre, lequel sert principalement les ambitions énergétiques chinoises en matière de sécurisation des ressources, mais va à l’encontre des intérêts impérialistes américains.
La concurrence politico-militaire, de plus en plus claire et également plus dangereuse, entre les deux superpuissances restantes, les États-Unis et la Chine, s’est – et ce n’est pas nouveau depuis la guerre d’agression illégale contre l’Iran – déplacée de la rivalité économique vers la confrontation militaire. La volonté d'escalade provient clairement des États-Unis. Les alliés européens n’ont pas été informés avant le début de la guerre d’agression contre l’Iran, et les conséquences encore imprévisibles sur le plan énergétique et financier leur ont été imposées comme autant de faits accomplis. Une puissance dirigeante occidentale, aussi impitoyable dans la poursuite de ses propres intérêts, a perdu toute légitimité à prétendre façonner et diriger la grande région en tant qu’hégémonie, que ce soit culturellement, juridiquement ou économiquement.
Cela implique des conséquences pour une orientation politique à long terme des États européens :
1.
La guerre d’agression illégale des États-Unis et d’Israël contre l’Iran met en évidence de manière éclatante que la situation géopolitique impose un retour des États européens à une politique de sécurité qui leur est propre. Les États-Unis et Israël poursuivent leurs propres intérêts stratégiques, qui ne sont pas compatibles avec ceux des Européens. Il en découle impérativement que la sécurité d’Israël ne peut pas être la raison d’État de l’Allemagne. De plus, la concurrence conflictuelle entre les États-Unis et leur adversaire oriental, la Chine, tourne autour des marchés de débouché et des sources de matières premières. Les Européens, économiquement et militairement impuissants, ne jouent plus aucun rôle en tant qu’acteurs sur la scène mondiale.
2.
Les obligations d’alliance au sein de l’OTAN doivent être redéfinies. Il est probable que les États-Unis se retireront eux-mêmes de l’OTAN. Si cela n’était pas le cas, les responsabilités devront être renégociées. Il est incompréhensible que le commandant suprême des forces de l’OTAN en Europe – doté de compétences très étendues – doive toujours être un général américain. À moyen terme, les Européens ont besoin d’une alliance de défense propre pour remplacer l’OTAN.
3.
Étant donné que les bases militaires américaines en Allemagne (environ 35.000 soldats sont stationnés sur le sol allemand), qui servent de points d’appui opérationnels pour les interventions militaires américaines en Afrique et au Moyen-Orient, sont essentielles pour la machine de guerre américaine, dès lors une résiliation des accords d’implantation serait dans l’intérêt de l’Allemagne si elle ne souhaite pas être impliquée dans l’escalade guerrière des États-Unis dans les périphéries de première importance pour l’Europe, c'est-à-dire en Afrique et au Moyen-Orient.
4.
La politique énergétique vitale pour l’Allemagne, en tant qu’État industriel, ne doit pas dépendre des intérêts américains. À court et moyen terme, nous avons à nouveau besoin de la Russie en tant que fournisseur de pétrole et de gaz. Pour des raisons géographiques, énergétiques, sécuritaires, politiques et, plus prosaïquement, égoïstes, l’Europe est donc durablement dépendante d’un partenariat étroit avec la Russie. Réactiver ette orientation politique doit être rapidement décidé, et les Européens doivent se préparer à résister résolument aux États-Unis.
5.
Le droit international est le droit des faibles ! L’Allemagne, ainsi que les peuples et États européens, sont des nains militaires, et c’est précisément pour cette raison qu’ils doivent faire des normes du droit international, telles qu’elles sont inscrites dans la Charte des Nations Unies et reconnues mondialement comme éléments de sécurité pacifique, la base de leur politique internationale et le fondement de leur conception politique. Cela inclut le non-recours à la violence et la reconnaissance de la souveraineté des nations ainsi que du droit à l’autodétermination des peuples comme des remparts contre l’arrogance des acteurs mondialistes et impérialistes.
Qui est Siegfried Bublies?
Siegfried Bublies, est éditeur, est le fondateur de la revue « wir selbst » en 1979, est le propriétaire de la maison d’édition Bublies et de la maison d’édition Lindenbaum. La version imprimée de « wir selbst » (revue pour l’identité nationale) a été suspendue en 2002 puis relancée en 2019 en tant que revue en ligne. Depuis 2022, des éditions imprimées de la revue « wir selbst » sont à nouveau publiées. Vous trouverez ci-dessous les numéros encore disponibles des quatre dernières années.
Site des éditions Bublies: https://bublies-verlag.de/
Site des éditions Lindenbaum: https://lindenbaum-verlag.de/
Lien pour commander les numéros de "wir selbst": https://lindenbaum-verlag.de/produkt-kategorie/zeitschrift/

18:33 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : iran, actualité, europe, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
samedi, 04 avril 2026
Carl Schmitt: Miniatures de Plettenberg 18 – Berlin-Schlachtensee, mars-mai 1945

Carl Schmitt: Miniatures de Plettenberg 18 – Berlin-Schlachtensee, mars-mai 1945
Jeroným Černý
Source: https://deliandiver.org/carl-schmitt-plettenberske-miniat...
Contexte
Ces notes de journal datant de 1945 sont tirées de l'édition critique des archives littéraires de Schmitt, préparée dans le cadre d'un projet d'édition à long terme financé par la Communauté allemande de recherche (Deutsche Forschungsgemeinschaft, DFG). Le texte s'appuie sur les manuscrits originaux et les notes sténographiques (sténographie de Gabelsberger) conservés dans les archives littéraires de Carl Schmitt à Plettenberg. L'édition a été préparée sous la supervision scientifique de la Carl-Schmitt-Gesellschaft e. V. dans le cadre de la collection Plettenberger Miniaturen.
La publication des notes de journal de Carl Schmitt prises à Schlachtensee, près de Berlin, au printemps 1945, constitue une réalisation éditoriale remarquable qui met à la disposition du lecteur un texte né de l’expérience immédiate d’un tournant historique, et non d’une réflexion rétrospective. Il ne s'agit ni d'un document de repentance ni d'une justification a posteriori du passé, mais de la poursuite de la pensée de Schmitt sous forme de journal, caractérisée par la distance, l'observation et une réflexion sur le présent, concise sur le plan linguistique. La critique ne vise donc pas à porter un jugement moral sur l’auteur, mais à examiner la nature du texte lui-même, son cadre éditorial et son importance pour la réception contemporaine de l’un des penseurs politico-juridiques les plus controversés du 20ème siècle.
La critique est structurée en blocs thématiques qui ne suivent pas la succession mécanique des entrées du journal, mais la logique interne de la réflexion de Schmitt.
Berlin 1945 : l'effondrement du monde
Les notes du journal de Carl Schmitt, datant de mars à mai 1945, ont été rédigées alors que Berlin se trouvait dans un état de décomposition effective de l'ordre politique, juridique et civilisationnel. La ville, où Schmitt réside dans le quartier de Schlachtensee, est certes éloignée des combats les plus violents du centre, mais elle est néanmoins pleinement entraînée dans la logique de la guerre totale: bombardements, chaos, mouvements de réfugiés, effondrement de l’approvisionnement, présence de forces armées et menace constante de violence. Le journal de Schmitt n’est pas une chronique des événements militaires, mais le récit d’une expérience existentielle de la fin du monde, dans laquelle les catégories politiques se désagrègent en une réalité nue faite de peur, de faim et d’incertitude.


Un thème récurrent est le rétrécissement de l’horizon de la vie humaine à des actes élémentaires: la recherche de nourriture, d’eau, de combustible, la quête d’un espace relativement sûr, l’attente de l’arrivée des troupes, l’interprétation des bruits de tirs. Schmitt remarque comment la réalité quotidienne se réduit à la survie biologique, tandis que tout ce qui revêtait auparavant une signification « d’ordre supérieur » – la culture, l’éducation, l’État, les institutions – apparaît comme vide ou impuissant. Selon lui, cette expérience révèle la véritable nature de la civilisation moderne: sa capacité à diriger le monde se transforme, en temps de crise, en une incapacité à protéger qui que ce soit. En même temps, il y a une peur permanente, qui n’est pas seulement la peur de la mort, mais la peur de l’imprévisibilité de la situation. Schmitt souligne à plusieurs reprises que ce ne sont pas des règles qui décident de la vie et de la mort, mais le hasard, l’instant, la rencontre avec un soldat ou un officier en particulier. Cette expérience revêt une profonde signification théorique : elle montre l’effondrement de la distinction entre légalité et illégalité, entre guerre et criminalité, entre décision et arbitraire. Le pouvoir ne se manifeste pas ici comme un acte souverain, mais comme un simple fait de violence, dépourvu de toute forme de légitimation.

L’attention de Schmitt se porte à plusieurs reprises sur la figure du soldat, notamment russe, mais pas dans un sens idéologique. Les Russes ne sont pas décrits dans le journal comme des ennemis avant tout, mais comme les porteurs d’un rapport au pouvoir et à la réalité différent, étranger à Schmitt, mais compréhensible. Il déduit de leurs agissements une combinaison de brutalité et de pragmatisme qui contraste avec la décomposition de l’autorité étatique allemande. Alors que l’État allemand s’effondre dans les formules toutes faites, les ordres vides de sens et l’obéissance formelle, le vainqueur apparaît comme une puissance brutale, mais d’autant plus efficace. Une caractéristique importante de ces notes est l’absence de pathos lié à la défaite. Schmitt évite les formulations héroïques ou tragiques. Il ne voit pas la fin du Reich comme une chute dramatique, mais comme un épuisement qui révèle le vide des constructions idéologiques. Il se moque à plusieurs reprises des clichés linguistiques qui, il y a peu encore, légitimaient la violence, et constate leur totale futilité face à la menace réelle.
C'est également à cette phase du journal qu'apparaît le motif du silence. Schmitt constate que tout discours sensé devient impossible. Le langage de la politique, du droit et de la philosophie fait défaut ; il ne reste que de brèves notes, des bribes, tantôt ironiques, tantôt résignées. Le silence n’est pas ici l’expression d’un vide, mais un geste de défense, un simple refus de poursuivre un discours qui s’est révélé faux. Le premier bloc thématique du journal dépeint ainsi Berlin en 1945 non pas comme une toile de fond historique, mais comme un laboratoire de l’effondrement de l’ordre moderne. Schmitt n’y propose pas encore de réflexion systématique sur la culpabilité ou la responsabilité ; ces questions viendront plus tard. Pour l’instant, nous en sommes à l’expérience fondamentale: le monde, qui était perçu comme juridiquement et politiquement ordonné, s’est effondré en une succession de situations où règnent la force, le hasard et la capacité de survivre.
Culpabilité, nihilisme et effondrement du sens
Après une première expérience de la menace physique et de l'effondrement de l'ordre quotidien, le journal de Schmitt évolue progressivement vers une réflexion plus profonde sur la culpabilité et le sens, ou plutôt vers la question de savoir s'il est encore possible, dans une situation de défaite totale, de parler de responsabilité dans les catégories morales et juridiques traditionnelles.

Chez Schmitt, le thème de la culpabilité n'apparaît pas sous la forme d'une confession autocritique explicite, mais comme un problème théorique et théologique qui émerge de la confrontation avec le nihilisme de l'époque moderne. Schmitt constate à plusieurs reprises que l’effondrement de l’ordre politique est en même temps un effondrement du contenu significatif, dans lequel se sont vidés de leur sens les concepts par lesquels la guerre, l’État et la nation étaient légitimés. Le langage qui, il y a peu, servait encore à justifier les décisions et à mobiliser la société, apparaît désormais vide de sens. C’est précisément dans ce vide que se révèle, selon Schmitt, le cœur du nihilisme: non pas comme une négation active des valeurs, mais comme une situation dans laquelle les valeurs cessent d’avoir un caractère contraignant.
Dans ce contexte, des motifs théologiques apparaissent de plus en plus souvent dans le journal, notamment des références à la conception chrétienne de la culpabilité, du jugement et de la rédemption. Schmitt ne revient pas ici au christianisme sous la forme d’une piété personnelle, mais comme au dernier cadre conceptuel capable de nommer une situation dénuée de sens. Alors que la morale moderne échoue selon lui, le langage théologique de la culpabilité et du jugement conserve la capacité de structurer l’expérience de la catastrophe.
La distinction entre culpabilité personnelle et culpabilité politique joue ici un rôle fondamental. Schmitt refuse de réduire la défaite et les crimes du régime à des défaillances morales individuelles, tout en évitant d’assumer directement sa propre responsabilité politique. Dans son interprétation, la culpabilité est plutôt structurelle: elle découle de la participation à un ordre qui s'est effondré plutôt que d'une action concrète. Ce mode de réflexion permet à Schmitt de garder ses distances tant par rapport à une introspection moralisatrice qu'à une simple auto-justification. Dans son journal, le thème du jugement revient à plusieurs reprises, mais il n’est pas compris avant tout comme un jugement humain, mais comme un jugement historique ou divin. Schmitt remarque qu’après l’effondrement de l’État, l’instance capable de statuer avec autorité sur la culpabilité et l’innocence disparaît. C'est précisément cette absence d'autorité décisive qui, selon lui, constitue l'un des traits les plus profonds du nihilisme: un monde où personne ne peut légitimement juger est un monde sans ordre.

Une caractéristique marquante de ces passages est la critique du moralisme d'après-guerre, que Schmitt anticipe avant même la fin de la guerre. Il craint que la défaite ne soit interprétée non pas comme un fait politique, mais comme un drame moral dans lequel les vainqueurs se présenteront comme des juges sans responsabilité propre. Cette critique n’est pas formulée ouvertement, mais transparaît dans des remarques ironiques sur la « morale des vainqueurs » et la condamnation universelle des vaincus. Parallèlement, cependant, apparaissent dans le journal des moments d’incertitude existentielle qui ne peuvent être réduits à une construction théorique. Schmitt note des sentiments de vide, de désespoir et de silence qui ne sont surmontés par aucune foi claire. Le christianisme fonctionne ici plutôt comme un langage permettant de parler de ce vide, et non comme une source de réconfort ou d’espoir.
Le deuxième bloc thématique montre ainsi Schmitt dans la position d’un penseur confronté à l’échec radical de l’ordre politique et moral moderne, sans disposer d’une alternative convaincante. La culpabilité n’est pas résolue ici, le nihilisme n’est pas surmonté et la théologie n’offre pas le salut, mais seulement un cadre conceptuel dans lequel cette situation peut être réfléchie. Le journal devient ainsi le récit d’une pensée en situation limite, où les anciennes catégories se sont effondrées et où les nouvelles ne font que se chercher péniblement.
L'État, la légalité et l'effondrement de la souveraineté
Dans le troisième niveau des notes du journal, Carl Schmitt revient sur les concepts qui constituent le cœur de sa propre théorie politico-juridique: l'État, la souveraineté, la légalité et la décision. Pour lui, l’année 1945 ne représente pas seulement la défaite historique de l’Allemagne, mais aussi un test empirique de la validité de ces concepts. En ce sens, le journal se lit comme une réévaluation silencieuse, mais fondamentale, des catégories théoriques à travers lesquelles Schmitt a analysé la politique moderne pendant des décennies. Schmitt constate que l’État, en tant que garant de l’ordre, a de fait cessé d’exister avant même sa capitulation formelle. Les institutions continuent d’émettre des ordres, mais ces ordres n’engagent plus personne; les normes subsistent sur le papier, mais perdent leur force normative. La légalité se détache de la réalité et se transforme en une forme vide. C'est précisément cette situation qui, selon Schmitt, révèle la faiblesse de l'État de droit moderne: sa dépendance à l'égard d'un pouvoir de fait qu'il n'est pas en mesure de garantir lui-même.

Schmitt accorde une attention particulière à l'effondrement de la décision souveraine. Dans ses travaux antérieurs, il définissait le souverain comme celui qui décide de l’état d’exception. En 1945, cependant, aucune décision de ce type n’est prise. L’état d’exception existe, mais sans souverain. Le pouvoir se désagrège en fragments que personne ne rassemble, et la prise de décision bascule dans le domaine du hasard et de l’arbitraire local. Cette expérience est paradoxale pour Schmitt: l’état d’exception, qui devait confirmer la souveraineté, devient la preuve de son inexistence.
Dans ce contexte, le journal formule une critique virulente de l'État bureaucratique. Schmitt constate que c'est précisément en temps de crise que la bureaucratie se révèle totalement impuissante. Elle est capable de produire des documents, des ordres et des actes formels, mais pas de véritables décisions; l'État se réduit ainsi à un appareil administratif dépourvu de noyau politique, ce qui, selon Schmitt, représente la phase finale de son évolution moderne. Schmitt réfléchit également à la relation entre le droit et la victoire. Il prend conscience que l’ordre d’après-guerre ne reposera pas sur la continuité des normes juridiques, mais sur le fait de la victoire. Le droit n’apparaît pas ici comme un système neutre de règles, mais comme un instrument de légitimation du pouvoir des vainqueurs. Cette perspective conduit Schmitt à un profond scepticisme à l’égard de l’idée d’un droit international universel et neutre sur le plan des valeurs, qui, selon lui, présuppose toujours un porteur politique concret.
Le journal laisse également entrevoir une autocritique implicite de la théorie de Schmitt lui-même. Si l’État échoue précisément au moment où il doit décider, il faut alors repenser la relation entre la décision, les institutions et la légitimité. Schmitt ne formule certes pas ces questions de manière systématique, mais ses remarques révèlent qu’après 1945, il n’est plus possible de s’en tenir sans autre forme de procès à l’ancien schéma conceptuel.
Schmitt apparaît ainsi non pas comme un théoricien de la souveraineté, mais comme un auteur dont les propres catégories sont mises à l’épreuve par une réalité implacable. L’État, la légalité et la souveraineté n’apparaissent pas dans le journal de 1945 comme des concepts stables, mais comme des constructions problématiques dont la validité est conditionnée par des circonstances historiques et de pouvoir concrètes. C’est précisément cette expérience qui fait de ce journal l’un des documents les plus intéressants et les plus contradictoires de la pensée tardive de Schmitt.

Vainqueurs, vaincus et nouvel ordre mondial
Dans ce cadre conceptuel, le journal de Schmitt passe de l’expérience immédiate de l’effondrement de l’État à une réflexion plus large sur l’ordre mondial d’après-guerre. La victoire des puissances alliées n’est pour lui pas seulement un fait militaire, mais le signe d’une transformation plus profonde de l’ordre politique mondial. Schmitt ne raisonne toutefois pas en termes de restauration de la vieille Europe, mais dans la perspective de la fin définitive d’une époque où l’Europe constituait le centre de la prise de décision politique. Il accorde une attention particulière à l’Union soviétique, qui n’apparaît pas dans ses notes principalement comme un adversaire idéologique, mais comme le porteur d’un autre type de pouvoir, radicalement différent. Pour lui, la Russie incarne une forme d’existence politique qui n’est pas encombrée par les fictions juridiques libérales ni par l’universalisme moral. Son pouvoir s’exprime directement, sans besoin d’être légitimé par des valeurs abstraites. C’est précisément cette « sincérité du pouvoir » qui, selon Schmitt, rend la présence soviétique effrayante, mais en même temps politiquement compréhensible.
À l’inverse, l’Occident, principalement sous la forme des puissances anglo-américaines, apparaît dans le journal comme une force qui combine la supériorité militaire avec le langage moral des valeurs universelles. Schmitt voit dans cette alliance entre pouvoir et morale un danger fondamental: les vainqueurs se stylisent en juges de l’humanité, masquant ainsi leurs propres intérêts politiques et transformant le conflit politique en condamnation morale. Cette critique anticipe les réflexions ultérieures de Schmitt sur la « notion discriminatoire de la guerre » et sur la rhétorique humanitaire en tant qu’instrument de pouvoir. Dans cette configuration, l’Europe apparaît comme un espace sans voix propre. Schmitt remarque que le vieux continent a perdu la capacité de formuler son propre projet politique et devient l’objet des décisions d’autrui. L’Allemagne, qui était encore récemment considérée comme un acteur clé de la politique européenne, se réduit désormais à un territoire conquis dont le destin sera déterminé de l’extérieur. Schmitt interprète cet état non pas comme une défaite temporaire, mais comme le symptôme d’un épuisement plus profond de la tradition politique européenne.

Le journal aborde le thème de la fin du nomos européen, c’est-à-dire de l’ordre spatial et juridique qui a structuré la politique mondiale pendant des siècles. L'effondrement de l'Allemagne est ici compris comme faisant partie d'un processus plus large, dans lequel se désagrège la conception européenne de l'ordre fondée sur la souveraineté étatique, le territoire délimité et l'équilibre des pouvoirs. Selon Schmitt, le monde d'après-guerre se caractérisera par une asymétrie, dans laquelle les grandes puissances mondiales, agissant avec des prétentions universalistes, auront le dernier mot. Dans le même temps, Schmitt rejette toutefois toute nostalgie simpliste. Il n’appelle ni au retour de la vieille Europe, ni à la réhabilitation de l’État vaincu. Il constate plutôt que la politique s’est déplacée vers un autre plan, où les catégories européennes traditionnelles cessent de fonctionner. Ce glissement est pour lui source d’angoisse intellectuelle, mais non d’espoirs illusoires.
À ce niveau, le journal s’étend du domaine de l’expérience personnelle à un diagnostic géopolitique, où le réalisme du pouvoir se mêle à un profond scepticisme envers l’universalisme moral des vainqueurs. Schmitt apparaît ici comme un penseur qui tente de comprendre le nouvel ordre mondial au moment de sa naissance, sans se faire d’illusions ni sur la position des vaincus ni sur l’avenir de l’Europe.
Autoréflexion, silence et « système Plettenberg »
Dans les derniers passages de son journal, l'attention de Carl Schmitt s'éloigne progressivement des événements immédiats et des réflexions géopolitiques pour se tourner vers sa propre existence après la défaite. Le journal se transforme alors en un espace d’introspection, caractérisé toutefois par la retenue, le caractère fragmentaire et le refus de toute confession explicite. Schmitt n’écrit ni confession ni plaidoyer; ses notes prennent plutôt la forme d’une cartographie silencieuse de nouvelles conditions d’existence. Le silence est l’un des thèmes clés. Schmitt suggère à plusieurs reprises que parler signifie s’exposer à un danger, non seulement physique, mais aussi moral et politique. Les mots perdent leur fonction protectrice et deviennent des éléments de preuve. Le silence est donc compris non pas comme un vide, mais comme une forme d’autodéfense et, en même temps, comme un moyen de préserver son autonomie intérieure dans une situation où l’espace public cesse d’être sûr.

La maison de Carl Schmitt à Plettenberg.
C’est dans ce contexte qu’apparaît l’embryon de ce que des interprétations ultérieures qualifieront de «système Plettenberg»: un retrait de la vie publique, universitaire et politique, vers une vie privée qui reste toutefois intensément intellectuelle. Le journal laisse entendre que ce retrait n’est pas seulement une réaction forcée face à la défaite et à l’ostracisme, mais aussi une stratégie consciente. Schmitt prend conscience que la possibilité de poursuivre sa réflexion est subordonnée à une prise de distance par rapport au discours public, désormais dominé par les vainqueurs et leurs catégories morales. Chez Schmitt, l’auto-réflexion ne se situe pas au niveau du regret face à des décisions politiques concrètes, mais au niveau du destin d’un penseur qui faisait partie d’un ordre effondré. Il revient sans cesse à l’idée que l’intellectuel est inévitablement impliqué dans des structures de pouvoir qu’il ne peut pas entièrement contrôler. Cette perspective lui permet de concevoir son propre passé comme tragique, mais pas nécessairement criminel, évitant ainsi une nouvelle fois toute auto-évaluation morale univoque.
Le temps joue un rôle important dans ces passages. Schmitt est conscient qu’un jugement immédiat est inévitablement injuste, tandis qu’une véritable compréhension exige du recul. Le journal travaille ainsi implicitement avec l’idée d’un décalage historique, dans lequel le sens des événements ne se révèle qu’a posteriori. Cette orientation vers la réception future de sa propre œuvre est manifeste dans les notes sur ce qui doit être conservé, ce qui doit être oublié et ce qui doit rester tu. Les dernières parties du journal ne montrent aucun signe d’optimisme ni d’espoir de restauration de l’ordre politique. Pourtant, elles ne sont pas l’expression d’une résignation. Elles signalent plutôt un glissement de la réflexion vers un autre plan, où il n’est plus question de décisions politiques, mais d’interprétation du monde après la catastrophe. C’est précisément sur ce plan que naît le Schmitt d’après-guerre – un auteur dont l’influence va paradoxalement croître au cours des décennies suivantes depuis la périphérie, depuis l’espace du silence et de la correspondance privée.
Le dernier bloc de réflexion de cette recension conclut ainsi le journal non pas par une conclusion, mais par une transition. La défaite ne conduit pas à une conclusion théorique, mais à une transformation de la manière de penser et d’exister. Le journal de 1945 apparaît en ce sens comme un tournant : la fin d’un monde et, en même temps, le début d’une longue période de réflexion qui façonnera l’œuvre tardive de Schmitt ainsi que sa réception ambivalente.

Le journal de 1945 dans l’œuvre de Schmitt
Les notes du journal de Carl Schmitt de 1945 constituent, dans son œuvre, un document exceptionnel qui se distingue tant de ses écrits théoriques systématiques que de ses textes essayistiques ultérieurs. Il ne s’agit ni d’une révision théorique au sens strict du terme, ni d’une confession personnelle, mais d’un enregistrement de la pensée dans une situation limite, où l’appareil conceptuel existant s’avère insuffisant, mais encore irremplaçable. C’est précisément cette ambivalence qui fait du journal une source essentielle pour comprendre la pensée tardive de Schmitt.
Le journal de 1945 est avant tout un document sur l’effondrement de l’ordre politique moderne, vu du point de vue de l’auteur qui a analysé et articulé théoriquement cet ordre pendant des décennies. Schmitt ne présente pas ici un nouveau concept d’État, de souveraineté ou de droit, mais observe leur effondrement effectif dans une situation où l’état d’exception ne conduit plus à une décision, mais à la dissolution du pouvoir dans la réalité nue de la violence et du hasard.
Cette désintégration est à la fois une confirmation et une réfutation empiriques de sa propre théorie: une confirmation en ce sens que la politique se réduit effectivement au conflit et à la décision, une réfutation en ce sens que la décision cesse d’avoir un caractère souverain. Le journal revêt également une importance particulière pour la compréhension du rapport de Schmitt à la culpabilité et à la responsabilité. Au lieu d’un règlement moral direct avec le passé, le texte propose une réflexion structurelle et théologique qui permet de nommer la catastrophe sans la condamner ni la clore définitivement. La culpabilité n’est ici ni individualisée ni pleinement externalisée; elle reste un problème non résolu, repoussé à l’horizon d’un jugement historique ou transcendant. Ce caractère inachevé est l’une des caractéristiques les plus problématiques, mais aussi les plus éloquentes du journal.
Sur le plan géopolitique, le journal anticipe les réflexions ultérieures de Schmitt sur la fin du nomos européen et l’émergence d’un nouvel ordre mondial, dans lequel le pouvoir se légitime par le biais de valeurs universalistes.
La critique de l’universalisme moral des vainqueurs, associée à une reconnaissance réaliste du fait de la victoire, prend ici la forme d’un diagnostic discret mais rigoureux, qui sera réinterprété et instrumentalisé à maintes reprises au cours des décennies suivantes. De plus, elle est plus que jamais d’actualité en 2026.
Le journal de 1945 marque ainsi la transition vers l’existence d’après-guerre de Carl Schmitt, caractérisée par un repli sur la vie privée, le silence et une influence indirecte par le biais de la correspondance et des visites. En ce sens, il ne s’agit pas de la fin de la pensée de Schmitt, mais de sa transformation. L’expérience de la défaite ne conduit pas à un nouveau projet politique, mais à une réflexion de longue haleine sur un monde où la politique s’est définitivement dissociée de la tradition européenne de l’État. Dans l’ensemble, le journal de 1945 peut être lu comme un texte « frontalier » qui révèle les possibilités de la théorie politique de Schmitt au moment même de sa vérification historique. Son importance ne réside pas dans les réponses qu’il apporte, mais dans les questions qu’il laisse ouvertes et qui restent d’actualité dans les débats actuels sur la crise de l’État, du droit et de la légitimité politique.
Sources:
Édition : Carl Schmitt – Opuscula (Miniatures de Plettenberg, volume 18)
Carl Schmitt, Berlin-Schlachtensee mars–mai 1945, Éd. Martin Tielke et Gerd Giesler, 26 pages, ISBN 978-3-9820020-7-1, Publié à la demande de la Carl-Schmitt-Gesellschaft e. V. (2025)
18:36 Publié dans Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : carl schmitt, 1945, défaite allemande, allemagne, europe, théorie politique, politologie, sciences politiques |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
vendredi, 03 avril 2026
Les États-Unis comme éternel ennemi de l’Europe

Les États-Unis comme éternel ennemi de l’Europe
Raphael Machado
Source: https://telegra.ph/Gli-Stati-Uniti-come-eterno-nemico-del...
Si les États-Unis sont les amis de l’Europe, alors l’Europe n’a pas besoin d’ennemis.
Nous nous sommes habitués à considérer la relation entre les États-Unis et les pays européens, notamment ceux d’Europe occidentale, comme une alliance irréprochable, une véritable amitié entre les peuples. D’ailleurs, le discours dominant parle d’une seule « civilisation occidentale », qui unit l’Amérique du Nord et l’Europe, fondée sur les mêmes « valeurs judéo-chrétiennes ».
Cette perspective, partagée par de nombreux atlantistes et anti-impérialistes, est erronée en raison de sa myopie. Elle repose sur une lecture limitée de l’histoire, qui ne prend en compte que le monde depuis la seconde moitié du 20ème siècle jusqu’aux dernières années.
Ainsi, face aux événements contemporains qui témoignent d’un certain mépris, voire d’une hostilité, des États-Unis envers l’Europe, certains restent stupéfaits. Peut-être les Européens eux-mêmes, mal informés et victimes d’ingénierie sociale, restent-ils déconcertés, sans comprendre ce qui se passe.
Au-delà de la politique étrangère britannique elle-même, qui a toujours été anti-européenne, la fondation même des États-Unis s’est faite dans une perspective anti-européenne. Pour les « pères pèlerins », les pays européens étaient tyranniques, oppressifs et hédonistes. Le papisme était le siège même de l’Antéchrist. Même les pays protestants comme les Pays-Bas étaient critiqués et condamnés comme libertins et insuffisamment religieux.
Extrêmement sectaires, les puritains qui allaient fonder les États-Unis ne considéraient même pas possible de continuer à respirer le même air que les Anglais, les Hollandais et, en général, les Européens d’autres confessions chrétiennes. Le gouverneur de Plymouth, William Bradford, également l’un des premiers écrivains américains, le précise très bien dans son ouvrage Of Plymouth Plantation où il commente, par exemple, que « Satan semble avoir suivi une méthode similaire en ces derniers jours, puisque la vérité a commencé à émerger et à se répandre après la grande apostasie de cet homme du péché, l’Antéchrist papal ».
Il n’est donc pas surprenant que dès le XIXe siècle, les États-Unis fassent leurs débuts sur la scène internationale avec une politique étrangère spécifiquement anti-européenne, visant à forcer l’expulsion des Européens de leurs derniers territoires en Amérique latine afin de remplacer la présence européenne par la leur. L’objectif principal à l’époque était l’Espagne (et dans ce cas, même la foi catholique espagnole jouait un rôle dans la propagande américaine).
Après avoir achevé l’expulsion des Européens (à l’exception des Anglais et, en partie, des Français) des Amériques, la politique étrangère américaine s’est concentrée sur l’ingérence permanente dans les affaires européennes, visant toujours à étouffer l’émergence de toute puissance capable de défier sa force croissante. À l’ombre de l’Empire britannique, qui au début du 20ème siècle commençait déjà à montrer des fissures, les États-Unis ont attisé la Première Guerre mondiale pour liquider quatre empires à la fois: les empires allemand, austro-hongrois, ottoman et russe, et affaiblir également la France et le Royaume-Uni.
La Société des Nations, quant à elle, fut créée pour permettre aux États-Unis d’influencer la politique européenne via les votes de leurs représentants latino-américains, sans que les États-Unis eux-mêmes ne se soumettent à son mandat.
On pourrait ici rappeler brièvement le rôle de Wall Street dans le soutien initial à la montée d’Hitler en Allemagne, mais même sans tenir compte de cet aspect, il est de notoriété publique et bien connu que l’OTAN a été conçue non seulement comme une arme pour tenir l’URSS hors d’Europe, mais aussi comme une structure d’occupation pour garantir la soumission des Européens et cimenter l’occupation militaire américaine du continent européen.
Maintenir l’Europe sous tutelle a toujours été un objectif principal des États-Unis, qu’ils poursuivent encore aujourd’hui.
Il est nécessaire d’insister sur cette dimension historique afin que l’on soit conscient de l’horizon radicalement anti-européen de la politique étrangère américaine. Prenons, par exemple, l’épisode de la naissance de l’euro en 1999. Malgré les critiques répandues contre l’Union européenne et l’euro de la part des souverainistes, on tentait encore parfois d’orienter le projet d’intégration européenne dans une direction qui défierait l’hégémonie économique et financière des États-Unis. Autrement dit, pendant une courte période, on tenta de considérer l’euro comme une possible voie vers la dédollarisation.
Mais juste après la naissance de l’euro, les États-Unis ont lancé une guerre en Europe, bombardant la Serbie sans aucune justification légitime, si ce n’est celle d’écraser les Serbes (alliés historiques de la Russie). L’impact immédiat pour le reste de l’Europe fut un effondrement immédiat de l’euro, car les investisseurs le vendaient pour acheter des dollars, et une baisse significative sur tous les marchés boursiers européens, autrement dit une fuite de capitaux. Un simple dommage collatéral… ou l’intervention en Serbie avait-elle été pensée dès le départ aussi comme un coup contre l’Europe ?
Le moment actuel de tension entre les États-Unis et l’Europe n’est donc pas un simple accroc dans ces relations.
Récapitulons ce qui s’est passé ces dernières années.
Les États-Unis ont convaincu les dirigeants européens d’allumer le feu en Ukraine, avec le Maïdan et la préparation d’une guerre contre la Russie. La réaction russe avec l’opération militaire spéciale a immédiatement entraîné la plus grande vague de sanctions de l’histoire de l’humanité, mais le principal perdant fut l’Europe, qui a perdu l’accès à des sources d’énergie extrêmement bon marché venant de Russie.

L’impact économique fut immédiat, avec une hausse de l’inflation et un ralentissement de l’activité économique. Des pays comme la Bulgarie, la Slovaquie, la Finlande, la République tchèque et la Lituanie ont vu leur PIB diminuer entre 2 et 5 %.
L’attentat contre le gazoduc germano-russe Nord Stream a encore aggravé la situation, en particulier pour l’Allemagne qui, à partir de ce moment, est simplement entrée en récession, avec un PIB en baisse de près de 1% par an jusqu’à la stagnation à partir de 2025. Parallèlement, le secteur industriel allemand s’est réduit, avec une perte d’emplois allant jusqu’à 200.000 unités. Pendant ce temps, bien que l’Allemagne ait réussi à remplacer le gaz russe par du gaz naturel liquéfié, les coûts restent environ 80% plus élevés que le gaz russe, avec des répercussions sur l’économie et les prix.

En d’autres termes, la “locomotive” économique de l’Europe a déraillé. Il s’agit de l’Allemagne même qui, dans la géopolitique classique (que les stratèges atlantistes connaissent très bien), a toujours été considérée comme un allié naturel et complémentaire de la Russie. En effet, depuis au moins 200 ans, l’un des objectifs principaux de la géopolitique atlantiste a été d’empêcher une alliance entre l’Allemagne et la Russie.
Pendant ce temps, très vite, les États-Unis, déjà sous Trump, ont commencé à exercer une pression encore plus forte sur l’Europe, avec la question du Groenland, les droits de douane et les tentatives de faire supporter aux Européens les coûts d’un conflit principalement géré à Washington.
Pour empirer les choses, depuis 2022, les États-Unis ont exercé des pressions pour éliminer tout achat de gaz russe par les Européens. Cet objectif a été pratiquement atteint début 2026. Peu après, les États-Unis ont déclenché une guerre dans le Golfe, provoquant la paralysie de l’industrie pétrolière régionale et une envolée des prix du baril de pétrole. Une grande partie du pétrole, du GNL et de certaines autres matières premières dont dépendait l’économie européenne provenait justement du Golfe…
Si les États-Unis sont les amis de l’Europe, alors l’Europe n’a pas besoin d’ennemis.
Article original : Strategic Culture Foundation
16:59 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : europe, affaires européennes, états-unis, politique internationale |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Autarcie plutôt que dépendance: pourquoi nous devons enfin devenir adultes en matière de politique énergétique

Autarcie plutôt que dépendance: pourquoi nous devons enfin devenir adultes en matière de politique énergétique
Un jeune député régional de l’AfD demande une réorientation de la politique énergétique et environnementale et plaide pour plus d’autarcie, une exploitation des ressources et un pragmatisme technologique. Mike Grener esquisse ici un agenda qui va bien au-delà de la simple critique.
Par Maximilian Gerner
Source: https://www.freilich-magazin.com/politik/autarkie-statt-a...
Je suis donc le nouveau venu ici, dans le rédaction de freilich-magazine.com. Maximilian Gerner est mon nom, et si vous ne me connaissez pas encore – ce qui est assez probable, sauf si vous me suivez déjà depuis longtemps sur Instagram grâce à mes contributions sur les dégustations de bières nationales et internationales ou les matchs du VfB Stuttgart –, cela devrait bientôt changer. En effet, j’ai été élu lors des élections régionales du 8 mars 2026 pour l’AfD au Parlement du Bade-Wurtemberg, et je compte bien y instaurer un nouveau style politique. Tant selon les critères généraux que pour l’AfD. Cela semble ambitieux ? Mais ce n’est peut-être pas tant que ça, car la barre n’est souvent pas très haute.
Mais commençons par le début: je suis né en 1998, intéressé par la politique depuis au moins 1999, j’aime autant troller hors ligne qu’en ligne, et je pense que la consommation d’alcool et la musculation sont deux facettes d’une même médaille. En 2017, je suis devenu membre de l’AfD – sobre, je tiens à le préciser – et depuis 2022, je suis conseiller parlementaire pour l’environnement, le climat et l’économie de l’énergie au sein du groupe AfD au Parlement du Bade-Wurtemberg. En étant placé 22ème sur la liste, je suis désormais passé de collaborateur à député, et je vais donc coûter encore plus d’argent aux contribuables à l’avenir. Merci à tous les électeurs – je donnerai tout pour que ceux-ci puissent dire dans cinq ans: ce type vaut notre argent !
Entre ambition et réalité
Au cours des quatre dernières années, j’ai, de par mon métier, traité quotidiennement des questions de politique environnementale et énergétique, et je suis convaincu que ce domaine doit occuper une place bien plus centrale dans notre travail politique. Cela concerne aussi bien la politique énergétique pure que les questions environnementales. Les deux sont souvent liées, mais il existe également des questions importantes de protection de l’environnement qui n’ont rien à voir avec la production d’énergie. Ici, nous avons, en tant que représentants de l'AfD – et je le dis sur le mode de l'autocritique – encore des progrès à faire.
Trop souvent, les figures politiques de l’AfD ne parlent avec passion de la protection de l’environnement que lorsqu’ils peuvent l’opposer, par exemple, aux éoliennes. Je veux changer cela, car la protection de l’environnement n’est pas un vêtement de circonstance qu’on enfile tous pendant quelque temps puis qu’on range ensuite dans le placard, mais la condition de base pour assurer une existence digne aux générations présentes et futures. Comme je suis quelqu’un qui aime passionnément se retrouver dans la nature, j’en suis peut-être plus conscient que d’autres. Je veux porter cette conscience non seulement au Parlement, mais aussi dans mon propre parti.
Car selon moi, il ne suffit pas de critiquer les éoliennes dans les régions peu venteuses ou au milieu de la flore et de la faune fragiles. Il ne suffit pas de produire de l’énergie solaire uniquement sur des surfaces déjà imperméabilisées et de ne pas vouloir voir ces installations sur des espaces verts. Si nous voulons faire notre travail correctement en tant que mandataire de l'AfD, nous devons offrir plus. Oui, nous voulons revenir sur la sortie du nucléaire – mais cela ne se fait pas du jour au lendemain. Oui, nous voulons maintenir provisoirement les centrales à charbon dans le cadre d’un mix énergétique équilibré. Mais que se passera-t-il après ?

Pourquoi l’autarcie est importante
Nous vivons une époque incertaine. Et c’est un euphémisme. Nous sommes témoins de bouleversements géopolitiques historiques. À la frontière orientale de l’Europe, la guerre fait rage. La volonté affichée de la Chine de s’emparer de Taïwan menace les chaînes d’approvisionnement mondiales. Ce n’est pas seulement le cas pour l’industrie des semi-conducteurs, mais aussi pour le secteur important des terres rares.
Et aux États-Unis, le président est imprévisible: aujourd’hui, il pourrait imposer des tarifs absurdes contre tout et n’importe qui, demain faire kidnapper le chef d’État d’un pays voisin, ou après-demain envahir le Groenland – rappelons que cette terre appartient au Danemark et que le Danemark est membre de l’OTAN !
Il serait négligent, face à tout cela, de ne pas se préparer de manière aussi diversifiée et autarcique que possible, surtout en ce qui concerne l’approvisionnement énergétique. Ce n’est pas seulement vrai depuis la pénurie de gaz, il y a quelques années. Et c'est dès lors clair: nous ne devons pas dépendre de monopolistes étrangers – peu importe si le monopoliste actuel semble encore bienveillant envers nous aujourd’hui.

Exploiter les ressources nationales
Selon moi, cela signifie ce qui suit: nous avons besoin d’une vision globale pour que notre pays puisse couvrir autant que possible ses besoins en énergie et en matériaux par lui-même. Cela inclut, par exemple, des installations de biogaz décentralisées, tout comme une sortie contrôlée de l’interdiction de fait du fracking, afin de ne pas devoir importer le gaz pour nos centrales à gaz. Il s’agit également d’explorer les gisements nationaux de lithium, par exemple dans la fosse rhénane. De même il faut se préparer à l’extraction de l’uranium dans les Monts Métallifères, une fois que sera lancée la reprise du nucléaire – notamment avec de petits réacteurs décentralisés. Ce sont des points qui n’ont jusqu’à présent aucune place dans le débat public, ni n’ont été abordés de manière offensive par l’AfD. Je m’engagerai de toutes mes forces pour que cela change.
Il serait court-termiste de laisser de côté ces sujets. La ministre de l’Économie Katherina Reiche (CDU) a récemment souligné que l’Allemagne dispose de ses propres gisements de gaz et a déclaré: «Du gaz peut être extrait ici». Cette déclaration a vite été éclipsée par l’attaque américano-israélienne contre l’Iran. Mais elle montre que le sujet finira par arriver sur la table. Nous devons y être préparés.
La question de la crédibilité politique
Ce serait très contradictoire si, faute de préparation, les sections locales de l’AfD venaient à empêcher l’exploitation des ressources nationales par une attitude «pas dans mon jardin», alors que le parti ne cesse de revendiquer leur utilisation dans la production énergétique. Il faut bien sûr « peser avec beaucoup de sensibilité les intérêts environnementaux et l’approvisionnement en ressources », pour citer à nouveau Mme Reiche – mais on ne peut pas, d’un côté, refuser l’importation de gaz liquéfié des États-Unis pour des raisons soi-disant écologiques (en remplacement du gaz russe), et de l’autre, bloquer l’exploitation de nos propres gisements ici. On ne peut pas réclamer le retour du nucléaire tout en dépendant naïvement du marché étranger pour l’approvisionnement en uranium – surtout venant du Kazakhstan, proche de la Russie et de la Chine, qui, en cas de conflit mondial majeur (le mot-clé, ici, est Taïwan), agirait probablement dans l’intérêt de ces puissances.

Ce ne sont là que deux exemples parmi tant d’autres. Mais vous l’aurez sans doute compris à ce stade: je suis sérieux quand je parle de résilience, de diversification et d’autarcie. L’idée et surtout la mise en œuvre concrète peuvent être inconfortables, mais c’est la seule réponse sensée aux grands défis de notre époque, tout en respectant la durabilité. Nous devons en finir avec le petit jeu étriqué et aller vers un concept global cohérent. J’y apporterai ma contribution. Sauf si je suis au bar, au stade, dans la nature ou à l’entraînement.
À propos de l’auteur Maximilian Gerner
Maximilian Gerner, né en 1998, est sommelier de bière et connaisseur du football. Depuis 2026, il est député de l’AfD au Parlement du Bade-Wurtemberg.
15:18 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : autarcie, indépendance énergétique, afd, maximilian gerner, allemagne, europe, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
lundi, 30 mars 2026
Tino Chrupalla: Soldats américains, hors d’Allemagne!

Tino Chrupalla: Soldats américains, hors d’Allemagne!
Par Valentina Schacht
Source: https://www.compact-online.de/tino-chrupalla-us-soldaten-...
Alors que les États-Unis ont déclenché une nouvelle guerre au Moyen-Orient et que les attaques défensives iraniennes visent les positions américaines dans toute la région, de nombreux citoyens prennent conscience du danger que représentent de telles bases militaires.
À présent, le chef de l’AfD, Tino Chrupalla, intervient dans le débat en avançant une position claire: lors du congrès régional de Saxe, ce natif de Görlitz exige le retrait des forces militaires américaines d’Allemagne!
Déjà dans notre édition de COMPACT, dont le thème principal était « Le pacificateur – Comment Tino Chrupalla maintient l’AfD sur la bonne voie », nous avons montré à qui nous devons la prise de position claire contre la guerre. En savoir plus ici : https://www.compact-shop.de/shop/russland/compact-der-fri...

Ami go home – avec ces trois mots, qui n’ont guère besoin d’explications supplémentaires, on peut résumer le message central du discours de Tino Chrupalla, lequel a enthousiasmé les quelque 300 délégués saxons lors du congrès régional. Le retrait des quelque 40.000 soldats américains d'une armée qui occupe l'Allemagne depuis 1945 et qui utilise notre territoire pour sa machinerie de guerre dans le monde entier — et en tête, nous avons la base américaine centrale de Ramstein en Rhénanie-Palatinat — est présenté comme objectif principal à atteindre d’ici 2029. «Commençons à mettre cela en œuvre – avec le retrait des troupes américaines d’Allemagne», a déclaré Chrupalla dans son discours.
Alors que, notamment dans les sections occidentales de l’AfD, tout débat sur l’occupation persistante de l’Allemagne et sur le soutien aux guerres contraires au droit international, menées par les États-Unis, est évité, et où certains partisans dociles du statu quo acceptent cette occupation, Chrupalla sait qu’il peut s’appuyer sur le programme de son parti: «Dans ce contexte, 70 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et 25 ans après la fin de la division de l’Europe, la renégociation du statut des troupes alliées en Allemagne est à l’ordre du jour. Celle-ci doit être adaptée à la souveraineté retrouvée de l’Allemagne. L’AfD s’engage pour le retrait de toutes les troupes alliées stationnées sur le sol allemand et en particulier de leurs armes nucléaires», peut-on lire dans les positions fondamentales de l’AfD, adoptées dès 2015. Bien avant la nouvelle agression de l’Occident, cette entité "qui repose sur des valeurs", contre l’Ukraine. Et avant les guerres récentes menées par les Américains au Moyen-Orient. Sous l’effet des nouvelles donnes, les formulations auraient sans doute été encore plus claires et plus incisives.
Chrupalla : L’Espagne comme modèle en matière de politique étrangère
Tino Chrupalla s’est également exprimé sur la guerre actuelle au Moyen-Orient dans son discours, saluant la position du gouvernement espagnol sous Pedro Sánchez, qui non seulement s’est opposé à la guerre américano-israélienne, mais a aussi interdit aux Américains l’utilisation de bases militaires sur le sol espagnol dans ce contexte. Une démarche qui devrait également être imitée en Allemagne.
12:41 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : allemagne, tino chrupalla, afd, europe, affaires européennes, neutralité |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
vendredi, 27 mars 2026
Raciste, homophobe et misogyne: Shakespeare est désormais lui aussi «décolonisé»

Raciste, homophobe et misogyne: Shakespeare est désormais lui aussi «décolonisé»
par Alexander Schwarz
Source: https://ansage.org/rassistisch-homophob-und-misogyn-jetzt...
William Shakespeare: son œuvre, son héritage muséal ainsi que sa maison natale sont dans le collimateur d’iconoclastes « woke » à l'esprit totalement dérangé.
C'est précisément l'Angleterre, berceau et modèle de la démocratie, de la liberté d'expression et de la raison non idéologique, qui est devenue le centre de cette folie woke suicidaire qui détruit toute la culture européenne. Même la sortie hors de l'UE de plus en plus totalitaire n’y a rien changé. On en est désormais arrivé, bel et bien, au point où la maison natale de William Shakespeare à Stratford-upon-Avon doit être « décolonisée », car on craint que la représentation de son succès en tant que plus grand dramaturge de l’histoire «ne favorise l’idéologie de la suprématie européenne blanche».
Cette fois-ci, c’est le Shakespeare’s Birthplace Trust qui est à l’origine de cette folie que l’on croyait impossible. Il est prévu de créer «une expérience muséale plus inclusive» en prenant ses distances par rapport aux perspectives occidentales, après que des inquiétudes ont été exprimées quant au fait que les idées de Shakespeare pourraient être utilisées pour promouvoir des notions de «suprématie blanche».

Le Trust a également déclaré que certaines de ses pièces d’exposition pourraient contenir des propos ou des représentations jugés racistes, sexistes ou homophobes. Il y a déjà quatre ans, un projet de recherche mené par le Trust et la Dr Helen Hopkins à l’université de Birmingham avait conclu que la notion de génie «universel» de Shakespeare «sert l’idéologie de la suprématie européenne blanche» – et ce, parce que la culture européenne est présentée comme la référence en matière d’art majeur et que le dramaturge est dépeint comme un symbole de la « supériorité » britannique.
Aversion typiquement de la gauche contre l’excellence et l’exception
Le projet a constaté que cette représentation avait «causé du tort» et a recommandé à la fondation de ne plus dire que Shakespeare était «le plus grand», mais qu’il faisait partie d’une communauté d’écrivains «égaux et différents» à travers le monde – c’est là que s’exprime l’hostilité typiquement gauchiste contre toute excellence et individualité. Au lieu de cela, on veut tout ramener à une médiocrité uniformisée – y compris le passé. Dès 2021, le Globe Theatre a lancé un projet de « décolonisation » des célèbres pièces de Shakespeare, pour lequel des séminaires « antiracistes » ont également été mis en place.

Aux États-Unis aussi, plusieurs universitaires complètement fous refusent d’enseigner Shakespeare. Dans un article publié en 2021 dans le School Library Journal, Amanda MacGregor, bibliothécaire, libraire et journaliste indépendante basée dans le Minnesota, s’est demandé pourquoi les enseignants continuaient d’intégrer Shakespeare dans leurs cours, alors que ses œuvres sont «pleines d’idées problématiques et dépassées, avec une abondance de misogynie, de racisme, d’homophobie, de classisme, d’antisémitisme et de misogynoir », le terme idiot de « misogynoir » faisant référence à la haine des femmes noires. Il est absolument sans précédent qu’une culture puisse sombrer si profondément dans la haine de soi qu’elle s’autodétruise sous l’impulsion de fanatiques de la vogue woke, complètement dérangés, et ouvre la voie à toutes les formes de barbarie, simplement parce qu’elle considère tout ce qui est étranger comme plus noble que ce qui lui est propre. Le trouble de l’identité est en fin de compte la cause principale de tous les problèmes dans lesquels se trouve l’Occident en déclin.
20:09 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : woke, wokisme, shakespeare, angleterre, lettres, lettres anglaises, littérature, littérature anglaise, cancel culture, europe, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
jeudi, 26 mars 2026
L’Europe dans le piège énergétique qu’elle s’est elle-même construit

L’Europe dans le piège énergétique qu’elle s’est elle-même construit
Giuseppe Gagliano
Source: https://it.insideover.com/energia/leuropa-nella-trappola-...
Sanctions, guerre et dépendance: le bilan stratégique d’une erreur politique.
La crise énergétique européenne n’a pas surgi soudainement et ne peut être expliquée uniquement par la dernière escalade militaire au Moyen-Orient. La guerre liée à l’Iran a eu, si l’on veut, le mérite brutal de rendre visible une fragilité que l’Europe traînait depuis des années, et que les élites dirigeantes du continent ont longtemps préféré masquer par des formules idéologiques, des slogans moraux et des décisions politiques dépourvues de réelle profondeur stratégique.
Aujourd’hui, le résultat est sous les yeux de tous: au moment où l’énergie redevient le fondement matériel de la puissance, l’Europe découvre qu’elle est le seul grand espace économique dépourvu d’autonomie suffisante et de réelle capacité à protéger ses propres intérêts.
Ce n’est pas la dépendance à la Russie, mais à l’énergie
Pendant des années, le débat européen a été déformé par une représentation simpliste: on disait que l’Europe devait se libérer de la dépendance à la Russie, comme si le problème était exclusivement politique et non structurel.

En réalité, le vrai enjeu n’était pas Moscou en soi, mais la dépendance européenne à une énergie bon marché, continue et abondante, quelle qu’en soit la provenance. Lorsque cette architecture s’est brisée, le continent n’a pas construit de véritable alternative: il a simplement remplacé une vulnérabilité par une autre, souvent plus coûteuse, plus instable et plus exposée aux tensions géopolitiques mondiales.
La rupture avec la Russie n’a donc pas permis une libération stratégique, mais a placé l’Europe dans une position subordonnée au sein d’un marché énergétique plus incertain. Moscou, de son côté, a constaté que son avenir économique se jouerait de moins en moins sur le marché européen et de plus en plus dans l’espace eurasiatique. Cela signifie que l’Europe n’a pas seulement perdu une source d’approvisionnement: elle a également perdu le pouvoir d’être le centre naturel de gravité d’une relation énergétique fondamentale.
Le retour de la géographie face aux illusions européennes
La crise a remis au premier plan un fait élémentaire que les élites européennes ont tenté d’ignorer: on n’efface pas la géographie par des sanctions ou des déclarations politiques. Russie, États-Unis et Chine disposent, sous des formes diverses, de leviers énergétiques, d’une masse territoriale, d’une capacité industrielle ou d’outils pour assurer leur accès aux ressources. L’Europe, non. Et lorsque la sécurité des routes est menacée, lorsque le Golfe s’agite, lorsque les prix explosent et que le marché réagit au risque avant même le dommage réel, le continent découvre qu’il ne dispose pas de marges de manœuvre équivalentes à celles de ses concurrents stratégiques.

L’effet économique est immédiat. L’énergie chère se répercute sur les coûts industriels, déprime la compétitivité, érode les marges des entreprises, réduit la consommation et accentue les fractures sociales. L’effet géo-économique est encore plus grave: une Europe qui paie son énergie plus cher que ses rivaux devient une Europe moins capable de défendre sa base productive et plus vulnérable à la désindustrialisation. La rhétorique de la transition verte, si elle n’est pas accompagnée d’une stratégie de puissance, risque alors de devenir un accélérateur de dépendance plutôt qu’une issue de secours.
Sanctions: l’arme qui a blessé celui qui la maniait
C’est ici que surgit le point politique le plus gênant. Les sanctions devaient frapper l’adversaire et affaiblir sa capacité de résistance. En partie, elles ont eu des effets, mais elles ont aussi engendré des conséquences inverses à celles recherchées. Elles ont accéléré le détachement de la Russie vis-à-vis de l’Europe, favorisé de nouveaux liens économiques en Eurasie et contraint le continent européen à payer un prix interne bien plus élevé que prévu.
Voilà la véritable leçon stratégique: la guerre économique n’est jamais un exercice abstrait. Si celui qui la mène ne dispose pas de ressources, de résilience industrielle, de contrôle logistique ni d’alternatives crédibles, il risque de se blesser lui-même avant même d’atteindre la cible. L’Europe a cru pouvoir utiliser le marché comme un instrument de coercition, mais elle a fini par découvrir que le marché énergétique est avant tout un champ de forces gouverné par ceux qui possèdent les matières premières, les routes, les capacités militaires et une vision à long terme.
Le scénario qui s’ouvre
À court terme, l’Europe restera exposée à la volatilité du Moyen-Orient, aux tensions sur les routes maritimes et à la concurrence mondiale pour le gaz et le pétrole. À moyen terme, elle devra choisir entre continuer à subir les prix et les décisions venues d’ailleurs ou se doter d’une politique énergétique réellement stratégique, fondée non sur des moralisations sélectives, mais sur la sécurité des approvisionnements, l’investissement dans les infrastructures et la protection de la capacité industrielle. À long terme enfin, la question énergétique décidera d’une partie essentielle du destin géopolitique du continent : celui qui ne contrôle pas au moins partiellement son énergie ne contrôle pas son économie, et celui qui ne contrôle pas son économie n’a pas de souveraineté politique réelle.
L’erreur européenne, en somme, a été celle-ci: confondre la posture morale avec la stratégie, la déclaration avec la puissance, le désir avec le rapport de force. Maintenant, la facture arrive. Et ce n’est pas seulement une facture économique. C’est le prix géopolitique de l’impuissance.
20:11 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : autarcie énergétique, énergie, europe, affaires européennes |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
L’UE n’échappe pas à la dépendance – elle ne fait que la remplacer

L’UE n’échappe pas à la dépendance – elle ne fait que la remplacer
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena#
Pendant des années, Bruxelles a reproché à la Russie d’utiliser l’énergie comme instrument de pression géopolitique. Or, un constat évident s’impose aujourd’hui: ce contre quoi on était censé se protéger menace désormais de venir de Washington.
Si l’UE ne ratifie pas l’accord avec les États-Unis, elle risque de se retrouver, précisément au moment d’une nouvelle tension énergétique, sans GNL américain. Le prix politique à payer serait colossal: 15% de droits de douane sur l’ensemble des exportations européennes vers les États-Unis.
Cela révèle la véritable nature du sujet: il n’est pas question de «valeurs», ni de «partenariat», mais d'une puissance qui s'exerce par la dépendance. Celui qui fournit l’énergie influence non seulement les marchés, mais aussi les décisions politiques.
La contradiction fondamentale est évidente:
L’UE voulait se détacher des ressources énergétiques russes pour gagner en souveraineté. En réalité, elle n’a pas gagné une véritable souveraineté dans de nombreux domaines, mais a simplement changé de partenaire pour perpétuer sa dépendance. La dépendance au gaz russe acheminé par pipeline s'est transformée en une dépendance au GNL américain.
Et cette nouvelle dépendance est plus coûteuse à plusieurs égards:
- économiquement, car le GNL est plus cher;
- industriellement, car des prix élevés de l’énergie affaiblissent la compétitivité de l’Europe;
- politiquement, car l’approvisionnement est désormais ouvertement lié à des exigences commerciales.
Les tant vantées «molécules de liberté» se révèlent ainsi être un boulet doré d'ordre géopolitique. L’Europe ne paie pas seulement un prix plus élevé par livraison – elle paie avec sa marge de manœuvre stratégique.
Pour l’Allemagne, la situation est particulièrement sensible. Car ici, dépendance énergétique, orientation vers l’exportation et vulnérabilité industrielle convergent directement. Lorsque la sécurité d’approvisionnement est conditionnée politiquement et que l’exportation est frappée simultanément de droits de douane, il ne s’agit plus d’un fonctionnement normal du marché. L’énergie devient alors une arme, et le commerce un instrument pour imposer la discipline.
La conclusion est inconfortable:
L’Europe n’a pas surmonté la dépendance russe, elle l’a transformée en une dépendance américaine.
Qui, tout simplement, est plus chère.
Qui, tout aussi simplement, est plus instable.
Et politiquement parlant, elle est nettement plus humiliante.
#géopolitique@global_affairs_byelena
19:45 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gaz naturel, gaz de schiste, énergie, europe, affaires européennes, états-unis, russie |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
mercredi, 25 mars 2026
Guerre d’Iran: Trump a atteint l’objectif de faire dominer les États-Unis sur le marché mondial du GNL

Guerre d’Iran: Trump a atteint l’objectif de faire dominer les États-Unis sur le marché mondial du GNL
La guerre contre l’Iran ne se déroule pas bien pour les États-Unis, mais Trump a tout de même atteint un objectif important. Après la neutralisation d’installations majeures de GNL au Qatar, les États-Unis vont dominer le marché mondial du GNL (gaz naturel liquéfié) dans les prochaines années et pourront exercer une pression et une influence sans précédent sur les économies d’autres pays.
par Anti-Spiegel
Source: https://anti-spiegel.ru/2026/trump-hat-das-ziel-erreicht-...
Lorsque les États-Unis ont publié leur nouvelle stratégie de sécurité nationale à la fin de l’année dernière, mon analyse initiale s’est révélée très juste. Dans cette stratégie, l’Asie – après les continents américains – est la région la plus importante au monde pour Trump, et le pays le plus crucial est bien sûr la Chine, considérée par les États-Unis comme leur principal concurrent.
La stratégie de sécurité de Trump
Cependant, Trump ne souhaite pas une guerre contre la Chine, comme le rêvent de nombreux faucons à Washington. Dans sa stratégie de sécurité, Trump a écrit que la région Indo-Pacifique serait l’un des principaux «champs de bataille géopolitiques», car elle «contribue déjà à près de la moitié du PIB mondial (…) et cette part ne cessera d’augmenter au 21ème siècle». On a laissé la Chine devenir trop puissante et il faut changer de politique, car la Chine représente un défi économique, mais une guerre doit être évitée. La nouvelle stratégie considère donc la Chine avant tout comme un défi économique et réaffirme que Washington «réorientera ses relations économiques avec la République populaire de Chine et accordera la priorité à la réciprocité et à l’équité pour restaurer l’indépendance économique américaine».
En d’autres termes: battre la Chine sur le plan économique est une des principales priorités de Trump en politique étrangère. Et en janvier, j’ai expliqué dans une autre analyse que Trump veut restaurer la domination mondiale des États-Unis via la suprématie sur les marchés énergétiques mondiaux.

Il suffit donc de rassembler ces éléments pour comprendre que, par la guerre contre l’Iran, Trump tente précisément d’atteindre cet objectif. La guerre ne se déroule pas du tout comme prévu pour les États-Unis, mais Trump semble avoir atteint son objectif principal: dominer les marchés du GNL et du pétrole, et affaiblir la Chine à travers les conséquences du conflit.
La domination sur le marché du GNL
Avant la guerre contre l’Iran, les cinq premiers producteurs de GNL étaient: les États-Unis (102 millions de tonnes par an), l’Australie (82 millions de tonnes), le Qatar (77 millions), la Russie (37 millions) et la Malaisie (32 millions). Les États-Unis, l’Australie et le Qatar produisaient ainsi 60% du GNL mondial.
Si le Qatar est complètement hors-jeu, cela représente environ 18% du GNL mondial en moins. Par conséquent, le pouvoir de marché des autres grands acteurs, les États-Unis et l’Australie, augmente, sachant que l’Australie est un allié fidèle des États-Unis. Ces deux pays fourniraient alors ensemble la moitié du GNL mondial, ce qui leur conférerait une puissance de marché inédite.

La Chine a certes diversifié ses importations de pétrole et de gaz, mais une part importante de ses approvisionnements provient toujours du Golfe, notamment du Qatar, qui est un fournisseur clé de GNL. Mais après que les installations de GNL au Qatar ont été gravement touchées par la guerre, il est déjà clair que le Qatar sera incapable de livrer autant de GNL qu’avant, et ce pendant des années, car la réparation des dégâts devrait, selon les experts, durer jusqu’à cinq ans.
La diminution du GNL disponible sur les marchés mondiaux entraînera une forte hausse des prix pendant des années, ce qui posera de sérieux problèmes aux économies importatrices, y compris à la Chine.
En raréfiant le GNL via cette guerre, Trump a mis en œuvre l’un des objectifs de sa stratégie de sécurité: attaquer et affaiblir l’économie chinoise. Ce sera une conséquence inévitable du conflit, car la Russie ne pourra pas compenser le manque – et la Russie ne renoncera évidemment pas à profiter des prix élevés du GNL sur le marché.
De la même manière que la Chine a profité de fortes réductions sur le pétrole russe en raison des sanctions occidentales, la Russie se réjouira de pouvoir vendre son gaz de pipeline et son GNL plus cher à la Chine grâce à la crise énergétique à venir. Pour des raisons politiques, la Chine restera sans doute un client privilégié de la Russie, mais la Russie ne fera pas de cadeaux non plus.
Quelles conséquences pour l’Europe ?
Même si Trump parle de manière très désobligeante de la politique européenne, il n’a ni totalement abandonné ni négligé l’Europe. Pour lui, l’Europe reste un contrepoids à la Russie, et bien sûr un réservoir financier à exploiter.

Il l’a prouvé de manière très claire. Il suffit de se rappeler les 5% du PIB pour la défense imposés à l’OTAN (dont la majeure partie ira à des entreprises américaines), ou encore l’accord commercial qu’il a arraché l’été dernier à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans lequel l’UE a supprimé tous les droits de douane sur les produits américains, mais accepté que ses propres produits soient taxés à 15% lors de leur entrée aux États-Unis. Et ainsi de suite: en une seule année, Trump a extorqué autant d’argent à l’UE que peu de présidents américains avant lui en aussi peu de temps.
Et maintenant que des tensions apparaissent en Europe, car l’accord commercial est jugé unilatéral et injuste et que les ambitions de Trump sur le Groenland ne plaisent pas aux Européens, les États-Unis viennent de menacer d’arrêter les livraisons de GNL à l’UE si elle ne ratifie pas l’accord sans modifications.
La politique énergétique de l’UE, dictée par des idéologues fanatiques (désolé, on ne peut pas les qualifier autrement), demeure inchangée: pas d’importations de pétrole ou de gaz russe, préférant imposer des rationnements d’électricité plutôt que d’acheter à Moscou. L’UE s’est ainsi livrée pieds et poings liés à Trump, qui ne manquera pas d’en profiter, comme le montre le chantage actuel sur les livraisons de GNL.
Et il ne faut pas croire qu’un président démocrate changerait la donne, car le plan de rendre l’UE dépendante des États-Unis pour son pétrole et son gaz, afin de mieux la contrôler politiquement, a été poursuivi par tous les présidents américains depuis vingt ans. Il suffit de se rappeler la menace de Biden contre Nord Stream en présence du chancelier Scholz, et le sabotage des gazoducs qui s’ensuivit quelques mois plus tard.
Le succès de Trump, qui pourrait lui coûter cher
Néanmoins, il faut reconnaître que la guerre contre l’Iran ne se déroule pas comme Trump l’avait prévu. Après l’échec de la guerre-éclair et de la décapitation rapide du régime, Trump se retrouve empêtré dans un long conflit, très impopulaire auprès de sa base, car il avait promis le contraire en campagne électorale, et parce que les prix de l’essence ont fortement augmenté aux États-Unis, ce qui n’était certainement pas son intention.
Cela n’empêche pas que Trump ait fait un grand pas vers son objectif de dominer les marchés mondiaux du pétrole et du gaz, ce qui constitue un succès pour lui.

La question est maintenant de savoir s’il parviendra à vendre ce succès à ses partisans ou s’ils s’en désintéresseront, «America first» n’étant pour eux pas tant la suprématie mondiale des États-Unis que leur propre niveau de vie, qui souffre des conséquences de la guerre.
Dans cette perspective, le succès de Trump pourrait littéralement lui coûter sa place lors des élections de mi-mandat. Si les démocrates remportent les deux chambres du Congrès, une nouvelle procédure de destitution sera inévitable. Et alors, le nouveau président américain s’appellerait J.D. Vance, ce qui rebattrait de nombreuses cartes.
19:54 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gnl, gaz de schiste, états-unis, hydrocarbures, iran, qatar, europe, affaires européennes, actualité |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
samedi, 21 mars 2026
Pour Umberto Bossi, le dernier “barbare”

Pour Umberto Bossi, le dernier “barbare”
Vittorio Macioce
Source: https://www.destra.it/home/vittorio-macioce-per-umberto-bossi-lultimo-barbaro/
Le regard n’a jamais changé, cette façon de voir les choses de travers, un peu de biais, mais seulement pour voir plus loin, de ressentir à fleur de peau ce que les autres ne pouvaient même pas imaginer. Sa capacité n’était pas de croire à l’impossible, trop sceptique pour se laisser aller, mais de faire en sorte que les autres s’enthousiasment pour ce qu’il racontait. Ce regard n’a pas changé même dans ces dernières années, quand il semblait perdu et distant, un chef de meute abandonné par son peuple et difficilement reconnu, trop grand pour être oublié et tellement encombrant qu’il fallait le poser sur un autel alors qu’il était encore vivant. Umberto Bossi n’est plus là maintenant, et le vide se fera sentir, pas seulement au Nord. Il est parti à 84 ans, là où finalement il devait mourir, sans trop de bruit, en province, à l’hôpital de Varèse. Bossi n’était pas un prédateur pesant. Il avait quelque chose du renard, du flair et des dents acérées, et une odeur de sauvage que jamais aucun salon romain n’a su apprivoiser. Cheveux en nid de cigogne, veste verte, cravate dénouée, la puissance d’une voix rauque qui saisissait le micro comme un chanteur de rock, car il l’avait été: chanteur, sous le nom de scène Donato, avec des 45 tours de boogie-woogie.
Avant de devenir le Senatùr, Umberto avait été ouvrier textile, étudiant en médecine sans jamais être diplômé, brièvement inscrit au PCI de Verghera, organisateur d’une manifestation contre Pinochet dont personne à Cassano Magnago n’avait rien à faire. Sa première épouse l’a quitté quand elle a découvert le plus grotesque de ses bluff : chaque matin il sortait de la maison avec sa serviette, embrassait sa femme en disant : « Ciao, chérie, je vais à l’hôpital ». Mais il n'était pas médecin. Il n’était même pas diplômé.

Cet homme sans titre ni emploi, avec la réputation d’être entretenu, avait cependant compris ce qu’aucun professeur ni éditorialiste ne voyait : la fin d’une époque. La tempête approchait et dans l’Italie stagnante de la Première République, avec une Démocratie chrétienne qui semblait immortelle mais déjà en putréfaction, il y avait un troupeau sans berger. Le peuple du “Nort”, avec le t, et du “laoro”, sans le v. Celui qui levait le rideau métallique à l’aube, et dont la rancœur comprimée s’exprimait dans les bars, les autobus, les files d’attente. Il fallait l’atteindre et lui dire six mots : et puis zut, sommes-nous les seuls à travailler ?
L’étincelle fut une affiche sur le fédéralisme et une rencontre fortuite, en janvier 1979, dans un laboratoire de pathologie chirurgicale où il faisait semblant d’étudier, avec un membre de l’Union Valdôtaine. Voilà tout. Ce fut comme une conversion. Il se passionna pour le dialecte, écrivit des poésies, entra dans la minorité autonomiste. Le 12 avril 1984, dans l’étude de la notaire Bellorini à Varèse, il fonda la Ligue Autonomiste Lombarde avec sa seconde épouse Manuela Marrone, d’origine sicilienne, son beau-frère, un représentant de commerce et un dentiste présent juste pour faire le nombre. Frais de notaire : cent deux mille lires. Personne, à Verghera di Samarate, n’aurait cru que cet acte changerait la politique italienne. La parole de Bossi courait d’usine en usine, de bar en bar, d’un indépendant à l’autre. Il n’avait pas besoin des journaux, qui l’ignorèrent longtemps. Le bar était son théâtre. Il arrivait vers deux heures du matin, spaghettis nature et Coca-Cola, puis il jouait au baby-foot jusqu’à l’aube. Mais il y eut aussi de la matière. Gianfranco Miglio, politologue raffiné, comprit que le fédéralisme n’était pas du folklore et se plaça à ses côtés. Leur collaboration dura jusqu’à une violente dispute, après quoi Bossi relégua le professeur illustre à une « petite flatulence dans l’espace ».

Le vrai génie du Senatùr fut autre : inventer à partir de rien une Terre promise. La Padanie, notion inconnue de tout historien ou géographe, naquit avec son drapeau au Soleil des Alpes, son Parlement, sa toponymie, son équipe nationale de football, sa météo, ses cercles d’échecs, ses oursons padans et même le projet d’un cirque. C’était le spectacle de la politique avant que la politique ne devienne un spectacle. La fiole avec l’eau du Pô prélevée au Mont Viso, la chaîne humaine, les serments de Pontida, les chemises vertes qu’on découvrit plus tard « made in China ». Berlusconi, inventeur du centre-droit, l’amena au gouvernement, mais le grand Umberto se sentait plus malin. Il comprit que le Cavalier pouvait lui acheter son parti sous le nez, s’accorda avec D’Alema et Buttiglione et le fit tomber. « Rome la voleuse », « Berluscaz », le doigt d’honneur, « La Lega ce l’a duro ». Drôle, agressif, bonimenteur, artiste du déguisement, impitoyable comme leader, doux comme homme, spectacle en marcel quand il fallait s’opposer à Berlusconi en Sardaigne (mais au fond ils s’aimaient bien). Un peu sincère, un peu dans la pose, un animal politique qui a créé un imaginaire, le leader de la question septentrionale.
Puis vint l’AVC, en 2004, et le Senatùr ne fut plus jamais le même. Le dernier souvenir avant l’ombre est un duo frénétique avec Mino Reitano à l’after-festival de Sanremo : le chanteur entonnait « Italiaaaa » et lui, écarlate, l’enlaçait en répondant « Padaniaaa ». Après, ce fut l’ombre. Le scandale des fonds, la tentative de succession dynastique avec son fils, le « Trota », qui échoua rapidement, et enfin Salvini qui lui prit le parti pour en faire quelque chose que Bossi aurait eu du mal à reconnaître.
Le dernier barbare était déjà devenu une relique, le fondateur exposé à Pontida comme on expose une relique sacrée. L’homme venu de Verghera a laissé une trace indélébile. Il a anticipé des langages et des modes d’expression, sans en avoir conscience, ou sans s’en soucier, qui ont rongé le XXe siècle, changé les mots et les tons de la politique, marquant la fin des partis tels qu’on les connaissait. Belle ou laide, bonne ou mauvaise, la Ligue existait. C’était une idée.
Vittorio Macioce, Il Giornale, 20 mars 2026
19:45 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Hommages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : umberto bossi, padanie, italie, fédéralisme, europe, affaires européennes, hommage |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Adieu à Umberto Bossi, l’homme qui a bouleversé la politique italienne
Adieu à Umberto Bossi, l’homme qui a bouleversé la politique italienne
par Domenico Bonvegna
Source: https://www.destra.it/home/addii-umberto-bossi-luomo-che-...
Umberto Bossi, fondateur de la Ligue du Nord et figure clé de la Seconde République italienne, est décédé. Bossi a marqué la politique italienne par son fédéralisme padan, son anti-centralisme romain et des slogans comme « Rome la voleuse ». Umberto Bossi a incarné une époque de l’histoire politique italienne, le passage de l’ère des idéologies à la soi-disant postmodernité, que le cardinal Ratzinger a si bien définie comme la « dictature du relativisme ». En effet, la Ligue est aujourd’hui le plus ancien parti présent au Parlement, car c’est le premier à être post-idéologique, alors que tous les précédents, du parti communiste à la Démocratie chrétienne en passant par le parti socialiste, n’existent plus.
« Bossi avait hérité du leader de l’Union Valdôtaine, Bruno Salvadori (1942-1980), la passion pour les mouvements autonomistes de l’arc alpin, qui n’étaient alors que de petits groupes d’intellectuels défendant les dialectes et préservant la mémoire historique des territoires, sans organiser autre chose que de modestes initiatives culturelles locales. Son mérite fut de donner un “habit” politique à cet ensemble, en unissant les Vénitiens de la Liga, qui existait déjà avant celle de Lombardie, à la Ligue lombarde et à celles du Piémont, de la Ligurie et d’Émilie-Romagne. Cette initiative touchait un nerf à vif de l’histoire italienne : son origine centralisatrice par l’unification de 1861, peu respectueuse des traditions locales, qui voulait “faire les Italiens” en leur imposant une idéologie d’État, nationaliste et libérale. » (Marco Invernizzi, Umberto Bossi, 20.3.26, alleanzacattolica.org).
En 2004, un AVC l’a profondément marqué. Ces dernières années, il est resté une voix « sage » et écoutée du Carroccio. Un franc-tireur, comme toujours. « Courage, génie, passion, effort, amour, révolution, racines, liberté. J’avais 17 ans quand je t’ai rencontré et tu as changé ma vie. Aujourd’hui, j’en ai 53 et je te dis adieu, le jour de la fête des pères, avec une larme mais aussi avec la même gratitude, la même fierté et la détermination de ne jamais abandonner, comme tu nous l’as appris. Ton immense peuple te rend hommage et continuera de marcher sur la route que tu as tracée : celle de la liberté. Salut, Chef. Adieu. » Par ces mots, Matteo Salvini, secrétaire de la Ligue, a voulu rendre hommage au senatur. « Umberto Bossi, par sa passion politique, a marqué une étape importante de l’histoire italienne et a apporté une contribution fondamentale à la formation du premier centre-droit. En ce moment de grande douleur, j’adresse tout mon soutien à la famille et à sa communauté politique », a déclaré la Première ministre Giorgia Meloni.

« C’est lui, au début des années quatre-vingt-dix, qui a révélé la crise italienne, pressenti le changement d’époque, le tournant de l’histoire italienne, c’est lui qui a soulevé la question du Nord, provoquant la colère des soi-disant classes cultivées. Le lion du Nord collait des affiches, fumait mille cigarettes, perdait et retrouvait la voix mille fois dans les vallées. » (Mario Sechi, Umberto Bossi et ce dimanche à Pontida il y a 33 ans, 20.3.26, Libero)
« La grande presse dite “sérieuse” le dépeignait comme un clown, une figure folklorique, alors qu’elle avait en face d’elle un grand homme politique, celui qui avait vu et prévu la “rupture” de l’Italie […] Bossi était une force de la nature, il avait l’instinct, le flair de l’animal politique, ses discours parlementaires à l’époque du grand krach de la Première République étaient comme une épée : le portrait d’une nation égarée, avec la question méridionale inversée en question septentrionale […] Il parlait de sécession, mais ne la pratiquait pas du tout, c’était un fleuve rhétorique destiné à secouer l’arbre, à en faire tomber des fruits et de nouvelles graines.

Bossi recueillait les paroles des entrepreneurs, des artisans, du peuple des indépendants, des familles sans rente qui souhaitaient la fin du gaspillage public pour en tirer seulement un gain privé. “Se détacher de Rome” était une idée portée au nom du fédéralisme, de l’autonomie. Bossi se sentait plus italien que bien des Italiens, avec leur bonne éducation en surface et leur corruption cachée, il a essayé de donner à l’Italie une forme de fédéralisme, il n’y est pas parvenu à son âge d’or, mais ce travail n’a pas été vain, le flambeau est passé à ses héritiers et cette idée est aujourd’hui plus proche qu’elle ne l’était il y a trente ans, dans la boue de Pontida. » La longue expérience politique de la Ligue doit être rappelée pour sa tentative d’exprimer un fédéralisme effectif dans notre pays, j’en parlerai dans ma prochaine intervention.
19:31 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Hommages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : umberto bossi, italie, padanie, fédéralisme, europe, hommage, affaires européennes, lega, lega nord |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
La guerre est aux portes de l’Europe

La guerre est aux portes de l’Europe
Lorenzo Maria Pacini
Source: https://telegra.ph/La-guerra-%C3%A8-alle-porte-dellEuropa...
Les dirigeants européens étaient prêts à faire la guerre contre la Russie et faisaient tout pour précipiter l'ensemble du continent dans l’abîme. Mais leurs plans ont ensuite été interrompus par la fureur israélienne, et le nouveau conflit au Moyen-Orient a changé la direction du grand plan euroïnomane.


Le conflit contre l’Iran est déjà arrivé en Europe. Le géographe Manlio Dinucci présente les structures militaires américaines et de l’OTAN présentes en Italie. Celles-ci fonctionnent à plein régime pour préparer les raids aériens contre les populations iraniennes. Chaque pays membre de l’OTAN a les mains couvertes de sang, à l’exception de l’Espagne.
Contrairement à ce qu’affirme le gouvernement, les États-Unis ne requièrent ni l’aval du gouvernement, ni celui du Parlement italien pour utiliser leurs installations en Italie, bénéficiant d’une autonomie totale pour les employer à leur guise. En utilisant Sigonella comme quartier général du renseignement dans la lutte contre l’Iran, les États-Unis s’assurent une protection, mais impliquent inévitablement l’Italie dans le conflit, l’exposant au risque d’attaques.


Le ministre de la Défense lui-même, Guido Crosetto, a décrit ainsi le conflit au Moyen-Orient en répondant à la Chambre: «Sans aucun doute, il s’est produit en dehors des normes du droit international. Il s’agit d’un conflit qui a commencé sans que le monde n’en sache rien, et auquel nous devons maintenant faire face. Notre tâche est d’affronter les répercussions d’une crise qui a éclaté et que nous n’avons pas provoquée». La Première ministre Giorgia Meloni, lors d’une émission radio, a reconnu que le conflit présente un «risque d’élargissement aux effets incalculables».
Au sujet des bases américaines en Italie, Giorgia Meloni a affirmé: «Nous respectons les accords bilatéraux de 1954». Et elle a ajouté: «En Italie, nous comptons trois complexes militaires confiés aux États-Unis grâce à des accords signés en 1954, périodiquement renouvelées». Nous demandons donc à la Présidente du Conseil de présenter au Parlement et dans les médias les documents des accords bilatéraux de 1954 entre l’Italie et les États-Unis, ainsi que leurs versions mises à jour. Opération peu aisée: ces accords sont couverts par le secret militaire dans leurs parties essentielles. Concernant l’affirmation de Meloni selon laquelle «en Italie, nous avons trois bases militaires données aux Américains», qu’elle précise ces éléments devant le Parlement et devant les médias.
Selon le rapport officiel du Pentagone, le Base Structure Report, les forces armées américaines disposent en Italie de plus de 1500 bâtiments, pour une surface totale supérieure à 1 million de mètres carrés, auxquels s’ajoutent 800 autres structures en location ou en concession, pour environ 900.000 mètres carrés. Au total, il s’agit de plus de 2300 structures sur environ 2 millions de mètres carrés, réparties dans une cinquantaine de localités. Cela ne représente qu’une fraction de la présence militaire américaine en Italie. À cela s’ajoutent les bases OTAN sous contrôle américain et les bases italiennes réservées aux troupes US/OTAN.

Au total, on estime qu’elles dépassent la centaine. L’ensemble du réseau d’installations militaires en Italie répond, directement ou indirectement, au Pentagone. Il fait partie de la «zone de compétence» du Commandement européen américain, dirigé par un général américain qui est aussi le Commandant suprême allié en Europe. En résumé: les États-Unis n’ont besoin d’aucune autorisation du gouvernement ou du Parlement italien pour cet ensemble d'installations militaires et peuvent l’utiliser librement à tout moment et de toute manière.
Avec la base américaine de Sigonella, l’Italie est impliquée dans le conflit contre l’Iran
C’est ce que prouve l’utilisation de la base de Sigonella en Sicile par les États-Unis. La Naval Air Station (NAS) de Sigonella, qui emploie quelque 7000 militaires et civils, est la principale base navale et aérienne des États-Unis et de l’OTAN en Méditerranée. En plus de soutenir logistiquement la Sixième Flotte américaine, elle sert de plateforme pour des missions secrètes, principalement (mais pas uniquement) au Moyen-Orient et en Afrique. La NAS – comme l’indique la description officielle – «accueille des appareils américains et de l’OTAN de toutes sortes». Parmi eux, des drones de reconnaissance capables de parcourir plus de 16.000 km sans ravitaillement, qui, depuis Sigonella, survolent le Moyen-Orient, l’Afrique, l’est de l’Ukraine, la mer Noire et d’autres régions.
Pour des frappes de précision (toujours secrètes), partent également de là des drones armés de missiles et de bombes guidées par satellite. La NAS Sigonella est intégrée à la base italienne d’Augusta, qui fournit carburant et munitions aux unités US et OTAN, ainsi qu’au port de Catane, capable d’accueillir neuf navires de guerre.

Sigonella est reliée à la station MUOS de Niscemi (Caltanissetta): un réseau de communications satellitaires militaires en bande ultra-haute, avec quatre satellites et quatre terminaux terrestres: deux aux États-Unis (Virginie et Hawaï), un en Australie et un en Sicile, chacun doté de trois antennes paraboliques de 18 mètres.
Ce système permet au Pentagone de relier, dans un seul réseau de commandement, sous-marins et unités navales, avions d’attaque et drones, moyens terrestres et unités d’infanterie, où qu’ils se trouvent sur la planète.

Italmilradar, portail spécialisé dans la surveillance du trafic aérien militaire, indique à partir des données radar: «Récemment, plusieurs drones MQ-4C Triton (photo) de l’US Navy ont été repérés en transit depuis et vers la base aérienne de Sigonella, actifs en Méditerranée orientale et dans des zones proches du golfe Persique. Normalement, les Triton destinés au golfe opèrent depuis des bases des Émirats, en particulier à Abou Dhabi. De là, ils peuvent effectuer des missions ISR (renseignement, surveillance, reconnaissance) sur le détroit d’Ormuz, le golfe d’Oman et le nord de l’océan Indien. L’utilisation depuis Sigonella allonge les distances, mais garantit une plateforme plus protégée et politiquement stable. En gardant les drones en Sicile, l’US Navy minimise les risques pour ses installations ISR.
Sigonella est depuis des années un nœud clé pour le renseignement américain et pour l'OTAN en Méditerranée. Dans la crise actuelle, elle semble jouer un rôle accru, comme base ISR reculée mais efficace, en soutien aux opérations de la Méditerranée orientale au Golfe». Le sens est clair: en utilisant Sigonella comme centre de renseignement pour le conflit contre l’Iran, les États-Unis se protègent, mais exposent l’Italie au conflit avec le risque d'essuyer des représailles.
Et nous y voilà. Avec l’Italie en première ligne, toujours prête à s’assurer la première place, l’Europe s’apprête à commettre une énième erreur historique. Ou pas. Peut-être n’est-ce qu’une anticipation de cet engagement militaire qui verra, à partir de 2027 et depuis la France, le début de la grande guerre continentale eurasiatique.
18:04 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : otan, atlantisme, italie, bases américaines, sicile, europe, affaires européennes, méditerranée, us air force, us navy |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Pour l’extrême gauche française, même les écologistes sont désormais des «fascistes»…

Pour l’extrême gauche française, même les écologistes sont désormais des «fascistes»…
Peter W. Logghe
Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94
La France Insoumise (LFI) cogne en tous sens
En avril 2023, l’hebdomadaire français de référence, de tendance libérale-conservatrice, Valeurs Actuelles, avait organisé plusieurs soirées-débats. Cela n’a rien d’exceptionnel, car les hebdomadaires et les mensuels le font régulièrement. Ce qui était toutefois remarquable, c’est que Hugo Clément (photo), journaliste de gauche et militant écologiste de terrain, y a débattu avec Jordan Bardella, président du Rassemblement National. Sur les réseaux sociaux, on a alors pu lire des réactions particulièrement virulentes de l’extrême gauche, notamment le fait qu’il ne fallait pas débattre avec l’extrême droite, mais bien la « combattre ».
Un certain Raphaël Arnault, qui appartenait déjà à ce moment-là au parti politique d’extrême gauche La France Insoumise, a réagi de manière particulièrement tranchante: «Hugo Clément en visite chez Valeurs Actuelles pour discuter avec les élites néofascistes. Nous en prenons bonne note». À ce moment-là, Arnault n’avait pas encore été condamné pour violences. Le 18 février dernier, Hugo Clément a répondu à ces accusations: « Voyez-vous, Raphaël Arnault, discuter, débattre n’est certes pas parfait, mais c’est toujours mieux que la violence et le fait de tuer un homme à terre. Si le débat n’est plus possible, il ne nous reste qu’un déferlement de haine». L’un des auteurs présumés de l’agression contre le militant de droite Quentin est un collaborateur du député Raphaël Arnault.
Le meurtre de Quentin dans le débat politique français
La controverse entre gens de gauche aurait pu s’arrêter là. Action et réaction. Mais c’était sans compter la «brillante» députée LFI Nadège Abomangoli (photo), qui a jugé bon de réagir ainsi au propos de Clément: «Enfin, le pseudo-écolo fasciste se révèle». À quoi Clément a immédiatement répliqué: «À force de vider des mots comme ‘fasciste’ de leur sens, madame, ces termes ne veulent plus rien dire. Ces brutalités et cette méthode qui consiste à coller sans cesse des cibles dans le dos des adversaires ne peuvent que conduire à d’autres drames».
Cela rappelle un incident de septembre 2025 à la fête annuelle du journal communiste français L’Humanité. Un autre écologiste, Paul Watson (photo, ci-dessous), fondateur du groupe d’action Sea Shepherd, a été hué par une partie du public et empêché de prendre la parole. «Paul ne diffusera pas ses idées fascistes lors de cette fête», déclarait un communiqué de Youth For Climate Paris.

Si La France Insoumise continue sur cette voie, il y aura bientôt plus de fascistes en France que d’électeurs. Le meurtre de Quentin suscite beaucoup d’émoi, y compris à gauche, cela ne fait aucun doute.
15:02 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : france, actualité, europe, affaires européennes, la france insoumise, hugo clément, paul watson |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
vendredi, 20 mars 2026
Zelenski survivra-t-il politiquement à Trump?

Zelenski survivra-t-il politiquement à Trump?
Cristi Pantelimon
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621
Au début du second mandat du président Trump, Volodymyr Zelenski apparaissait comme un paria politique et géopolitique, écrasé entre la volonté des États-Unis de faire la paix avec la Russie et le désir de la Russie d’éliminer celui qui incarnait, symboliquement, la résistance de l’Ukraine face à Moscou.
Aujourd’hui, la situation semble complètement changée.
La guerre contre l’Iran déclenchée par Donald Trump a placé le président américain dans la position de devoir demander humblement l’aide de la Chine et de l’OTAN (?) pour débloquer le détroit d’Ormuz. Un Trump incohérent, qui lançait depuis la porte de son avion des messages sur la faiblesse militaire de l’Iran, mais aussi sur l’incapacité de la marine américaine à faire face à cette faiblesse de l’Iran dans le détroit en question!
Les alliés des États-Unis regardent de loin la puissance militaire américaine s’épuiser face à l’Iran.
L’effet majeur de cette guerre n’a déjà plus de rapport direct avec celui qui a poussé Trump à la déclencher. À court terme, Israël sera moins affecté par cette aventure. Les États-Unis, eux, paieront la véritable addition.
La leçon pour les États-Unis est amère: plus personne ne veut du renouveau de l’empire américain (MAGA), tout le monde souhaite que la puissance américaine voie et accepte ses propres limites !
Mais Volodymyr Zelenski ?
À l’ombre de la guerre en Iran, Zelenski respire.
Si l’Ukraine joue désormais une carte prudente à l’est comme à l’ouest, elle a des chances de sortir de l’affrontement avec la Russie en meilleure posture que prévu.

Quelqu’un, une main invisible, a envoyé Zelenski à Bucarest pour conclure un partenariat avec la Roumanie, un pays européen malléable, qui stockera le gaz de Neptun Deep dans les réservoirs ukrainiens.
Ce gaz est roumain et européen (OMV). Ainsi, l’Ukraine reçoit une aide de l’UE par l’intermédiaire de la Roumanie.
De plus, l’Ukraine peut également devenir utile à l’UE, compte tenu de ses capacités de stockage. Un rôle qui ne peut que profiter à l’Ukraine au sein de la « famille européenne ».
Et la Russie ? A-t-elle encore intérêt à écarter Zelenski de toute urgence ?
Oui et non !
Pour Moscou, le maintien de Zelenski au pouvoir est un motif de renforcement de l’esprit combatif. Une Ukraine soudainement «dénazifiée» et sans Zelenski à sa tête désengagerait l’opinion publique russe à un moment où la guerre globale n’est pas terminée, même si certaines tendances se dessinent.
Il est donc possible que Moscou n’ait pas un intérêt réel à renverser Zelenski, du moins pour l’instant. L’UE non plus. L’Ukraine devra continuer à jouer le rôle de victime !
On peut même imaginer que Moscou n’a rien eu contre cette visite de Zelenski à Bucarest.
Zelenski est la barricade parfaite derrière laquelle Bruxelles et Moscou s’envoient des signaux de menace, mais peuvent tout aussi bien élaborer des plans pour l’avenir…
Pendant ce temps, Donald Trump s’agite seul et devra affronter la vague de mécontentement interne qui suivra la défaite stratégique que la Chine, la Russie et l’UE ont déjà infligée aux États-Unis en Eurasie.
18:16 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, roumanie, mer noire, ukraine |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook

