mercredi, 14 octobre 2026
C'est inéluctable depuis longtemps: la CDU est au bord de l’insignifiance politique

C'est inéluctable depuis longtemps: la CDU est au bord de l’insignifiance politique
Berlin. Seules les personnes les plus âgées se souviennent encore du sort des démocrates-chrétiens italiens, la Democrazia Cristiana: en 1994, le parti s’est auto-dissous après avoir été marginalisé par les populistes de droite en pleine ascension de Silvio Berlusconi.
Cette épée de Damoclès est désormais également suspendue au-dessus de la CDU. Pour les chrétiens-démocrates des nouveaux Länder, les résultats électoraux et les sondages de ces derniers mois donnent à voir un véritable gouffre politique. En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la CDU n’a, pour la première fois, pas réussi à franchir le seuil des 5%, avec un score de 4,9%. Dans le Brandebourg, elle est tombée à 9% selon une récente enquête de l’institut INSA. Dans le même temps, l’AfD continue de gagner du terrain : dans le Brandebourg, elle atteint désormais 40%, soit six points de pourcentage de plus qu’il y a six mois.
Mais l’effondrement ne se limite depuis longtemps plus à l’Est. Même en Rhénanie-du-Nord–Westphalie, le Land le plus peuplé, l’AfD devance désormais la CDU dans les intentions de vote pour les élections au Bundestag si celles-ci avaient lieu dimanche : elle recueille 24%, contre 22% pour la CDU. Pour un Land de l’Ouest, il s’agit d’une véritable sensation. L’Union est en passe de passer du statut de grand parti populaire implanté dans toute l’Allemagne à celui de parti régional et marginal ouest-allemand.
La CDU est également sous pression en Saxe, en Thuringe et en Saxe-Anhalt. En Saxe-Anhalt, son résultat aux élections régionales du 6 septembre est passé de 37,1% en 2021 à 17,2%, soit moins de la moitié. La Saxe, autrefois bastion des chrétiens-démocrates, est dominée dans les sondages actuels par l’AfD, créditée de 42% ; la CDU n’y obtient plus que 21%. En Thuringe, l’Union recueille 22%, contre 40% pour l’AfD.
L’analyste politique Einar Koch décrit cette évolution comme une menace de perte d’influence: «À l’Est, l’Union risque d’être aspirée dans un champ gravitationnel où, mathématiquement, elle deviendra de plus en plus insignifiante». Comme la CDU exclut toute coopération avec l’AfD, elle ne serait plus, avec des résultats à un seul chiffre, qu’un «simple marchepied pour des alliances de gauche». Selon Koch, elle a déjà perdu au profit de l’AfD son rôle de force politique bourgeoise dans l’Est (se).
Source: Zu erst, oct. 2026.
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mardi, 13 octobre 2026
L’atout dans le jeu: Washington et Moscou négocient au sujet de Nord Stream

L’atout dans le jeu: Washington et Moscou négocient au sujet de Nord Stream
Washington/Moscou. Des discussions explosives à l’ombre de la guerre: Washington et Moscou exploreraient en coulisses les possibilités de renouer leurs relations commerciales grâce aux gazoducs Nord Stream traversant la mer Baltique. Un tel accord revêtirait une importance considérable, non seulement parce qu’il pourrait réorganiser les relations énergétiques entre les États-Unis, la Russie et l’Europe, mais aussi parce qu’il s’opposerait diamétralement à la politique des élites européennes, pour lesquelles Nord Stream constitue un tabou absolu.
Selon Reuters, Jared Kushner, envoyé spécial des États-Unis, et Kirill Dmitriev, proche conseiller du président russe Vladimir Poutine, participent aux discussions. Tous deux se seraient récemment rencontrés à Moscou et à New York. Outre Nord Stream, ils auraient également évoqué une éventuelle vente des actifs internationaux du groupe pétrolier russe Lukoil à des investisseurs des États-Unis, du Qatar et des Émirats arabes unis.
Kushner chercherait manifestement à faire de la coopération économique l’une des composantes d’un éventuel processus de paix dans la guerre en Ukraine. Les entreprises américaines pourraient ainsi accéder à de futurs marchés énergétiques avec l’Europe si la guerre prenait fin. La Maison-Blanche souligne que de tels accords devraient également profiter aux entreprises et aux contribuables américains.
À l’heure actuelle, la remise en service des gazoducs ne serait pas juridiquement possible. Nord Stream fait l’objet de sanctions de la part des États-Unis et de l’Union européenne. Le président Donald Trump — qui, dès son premier mandat, comptait parmi les opposants les plus virulents au projet et avait fait pression pour qu’il soit abandonné — pourrait certes assouplir, voire lever, les sanctions américaines existantes. Mais Nord Stream reste également controversé dans la politique intérieure américaine. Si les démocrates obtenaient la majorité au Congrès lors des élections de mi-mandat de novembre, les sanctions ne devraient, dans un premier temps, guère évoluer.
Il faudrait également s’attendre à une opposition en Europe. Une porte-parole du ministère fédéral allemand de l’Économie a maintenu le tabou que l’Allemagne s’est elle-même imposé et a déclaré à Reuters que le gaz russe et Nord Stream faisaient l’objet de sanctions en Europe. Elle a ajouté que l’Allemagne avait depuis lors trouvé d’autres sources d’énergie.
Cette dernière affirmation constitue certes un travestissement éhonté de la situation, comme le montrent les problèmes annuels d’approvisionnement pendant la saison froide. Mais même si la politique allemande changeait de cap — par exemple en cas d’arrivée de l’AfD au gouvernement —, d’importantes réserves subsisteraient à l’étranger à l’égard d’une remise en service du gazoduc. La Pologne, les États baltes et l’Ukraine, en particulier, rejettent toute idée d’un partenariat énergétique germano-russe. Le sujet reste passionnant, mais il ne faut pas s’attendre à des progrès rapides (mü).
Source: Zu erst, octobre 2026.
19:34 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : énergie, gaz, nord stream, actualité, états-unis, russie, allemagne, europe, affaires européennes |
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samedi, 10 octobre 2026
Le but de l’organisation, c’est son échec! - Interventions réactionnaires depuis le labyrinthe du politique

Le but de l’organisation, c’est son échec!
Interventions réactionnaires depuis le labyrinthe du politique
Werner Olles
Bien qu’elle mérite assurément un examen plus approfondi, le réactionnaire considère la «Nouvelle Droite intellectuelle» de ce pseudo-État qu’est la RFA comme une entreprise relativement dépourvue de perspectives, si on la compare à des groupements similaires en Italie, en France, en Espagne ou en Amérique latine. Fait intéressant, cela correspond exactement à la faible légitimité d’un non-État — ou anti-État — sans courage ni honneur, dont le personnel politique souffre d’un incroyable déficit d’intelligence qui ne l’empêche toutefois pas de cultiver une mentalité de petit malin.
Il en va de même des établissements d’enseignement supérieur et des universités allemandes, aujourd’hui détruits, avec leurs étudiants dépourvus de la capacité d’enthousiasme, qui devrait pourtant être le propre de la jeunesse, et du goût de penser et de prendre plaisir à la pensée.
Pour donner quelques repères généraux: cela résulte, du moins en partie, de la victoire illusoire et de la pseudo-émancipation produites par la prétendue révolution culturelle de 1968. Son raisonnement fallacieux — selon lequel la révolution aurait pour fonction de réaliser, ou tout au moins de favoriser, l’émancipation des êtres humains, alors qu’elle est en réalité une lutte pour le pouvoir — a largement contribué à la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui la droite. À l’époque, cependant, on ne voyait pas là un échec inévitable, mais des erreurs théoriques et des trahisons qui auraient pu être évitées: une erreur fatale. Désormais, même les très jeunes savent déjà ce que «l’opinion publique» attend d’eux.
Les soixante-huitards ont en réalité déployé des efforts et des ambitions intellectuels absolument extraordinaires et redécouvert de façon remarquable des continents entiers de littérature théorique oubliée, de Georg Lukács, Karl Korsch et Wilhelm Reich jusqu’à la Dialectique de la raison de Horkheimer et Adorno. Cependant, avec la disparition du SDS et l’ascension de ceux que l’on a appelés les «soixante-douzards» — voir Joschka Fischer —, il ne s’agissait plus de transformer la structure profonde de la société, ni de modifier la formule constitutive de l’économie nationale, ni de poser la question du pouvoir, mais d’adopter un autre mode de vie, recherchant au sein de l’ordre existant un hédonisme flottant, presque semblable à des particules en suspension. Alors que les anciens marxistes se trahissent jusque dans leur langage, puisqu’ils emploient sans hésiter des termes tels que «plus-value», «lutte des classes», «loi de la valeur», «accumulation primitive» et «paupérisation», la gauche woke ignore absolument tout du marxisme. L’intelligence considérable des anciens soixante-huitards, gravitant autour de Frank Böckelmann et Günter Maschke, s’est précipitée à une vitesse vertigineuse dans les profondeurs les plus extrêmes après la victoire des « soixante-douzards ».
Alors que, dans la RFA, la droite intellectuelle constitue, sur les plans théorique et métapolitique, un ensemble assez hétérogène de nominalistes et d’universalistes, qui avait déjà fortement perdu en qualité et en mordant polémique dans les années 1990 et demeure jusqu’à aujourd’hui incapable d’expliquer, historiquement et du point de vue de la théorie de l’État, le totalitarisme de l’État dit "le plus libre ayant jamais existé sur le sol allemand", les sceptiques et les réactionnaires comprennent bien mieux la tyrannie de l’opinion publique, malgré le vacarme humanitariste aussi stupide qu’éhonté. Son principal défaut tient manifestement au fait que cette droite intellectuelle ne lit et ne médite plus que ce qui pourrait éventuellement lui être vite utile.
Pourtant, quiconque veut comprendre, ne serait-ce qu’approximativement, toute l’incommensurabilité de l’imperfection humaine et politique doit au moins lire Kierkegaard — «Dans l’ensemble, il est presque incroyable de voir à quel point les hommes sont habiles et ingénieux lorsqu’il s’agit d’éviter les décisions!» —, Tocqueville et Donoso Cortés: «Il s’agit finalement de choisir entre la dictature du poignard et la dictature du sabre. Je choisis la dictature du sabre, parce qu’elle est la plus noble!».
Les horreurs de la démocratie moderne de masse, de la termitisation, de l’accélération technologique, de l’uniformisation du monde, de l’absence de Dieu et de l’arrachement à tout lieu, ainsi que les guerres des États-Unis — l’État voyou numéro un —, qui ont fait, rien qu’en Irak, 300.000 morts et un demi-million d’enfants morts de faim, la tromperie de l’Union européenne, de l’OTAN et de l’ONU, et le capitalisme boursier mondialisé donnent finalement raison à la célèbre formule de Moeller van den Bruck: «C’est par le libéralisme que meurent les peuples!».

Alors que le socialisme est mort de l’économie et les différentes formes de fascisme de la guerre civile, le libéralisme déracine les êtres humains, tandis que la stratégie corrompue de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international désorganise les pays les plus faibles au moyen du libre-échange.
La Révolution conservatrice a certes perçu ces dangers, mais elle n’est pas parvenue à édifier un césarisme audacieux, encore moins à suivre la célèbre maxime de Donoso: «Si la légalité suffit à sauver la société, alors la légalité; si elle ne suffit pas, alors la dictature!». Donoso savait au moins que «c’est précisément la pseudo-religion de l’humanité absolue qui ouvre la voie à une terreur inhumaine!».
Nous voyons que la démocratie ne peut jamais être que celle d’un peuple, uniquement le kratos d’un demos. Il ne saurait donc exister de démocratie européenne, et encore moins de démocratie englobant le monde entier. Les anticipations d’un «droit cosmopolitique» et d’un ordre juridique cosmopolite ne sont rien d’autre qu’un paninterventionnisme mensongèrement travesti sous des euphémismes — «mandat robuste», «mesures de maintien de la paix», etc. — et attestent que la «démocratie» porte toujours en elle la démocratie totalitaire, y compris la haute trahison, l’incitation à la guerre et la guerre civile.
Le bavardage sur la «démocratie» sert donc les appareils de partis et les carriéristes opportunistes, ainsi que des «groupes de pression» anonymes au sein de parlements infiltrés. En réalité, le politique est tout simplement inconcevable sans théories du complot; tout le reste relève du néo-dada de tous ces vulgarisateurs impudents et des paroles de combat habituelles de la gauche, destinés à tromper les masses manipulables.


Hans Freyer et Herbert Marcuse.
«Les mouvements vers la grandeur sont toujours contraints; les mouvements vers la décadence sont toujours naturels», écrit Georges Sorel, que la droite refuse elle aussi obstinément de lire. Il en va de même d’Herbert Marcuse, dont le livre L’Homme unidimensionnel constitue une mine de tout premier ordre, y compris pour les esprits de droite, du moins s'ils sont vraiment intelligents. Le texte de Marcuse s’inspire en effet en grande partie du penseur de droite Hans Freyer et de son ouvrage Théorie de l’époque contemporaine (1955). Le terme même d’«unidimensionnalité» vient de Freyer. Une hostilité commune à l’ordre existant et des diagnostics similaires devraient pourtant suffire à susciter un intérêt pour la pensée, la lecture et la discussion, car c’est surtout cette dernière qui constitue la véritable solution de remplacement à la démocratie libérale et parlementaire.
Ainsi, Marx critiquait sans la moindre gêne le capitalisme industriel naissant en s’appuyant sur des auteurs conservateurs. Il pourrait donc servir d’exemple à une droite sans œillères, car le véritable partisan prend ses armes là où il peut les trouver. Malheureusement, la Nouvelle Droite se montre souvent incapable d’examiner sans ressentiment les arguments d’autrui, en quoi elle ne diffère guère de l’ancienne droite.
Quant à la gauche woke, qui n’a pas un seul argument intelligent à offrir, mieux vaut ne pas en parler. En réalité, nous — la droite — ne disposons toujours pas d’une analyse satisfaisante des sociétés occidentales de consommation et d’un pouvoir étatique qui s’appuie sur la technique moderne et sur l’art d’influencer les masses — contrairement à certains intellectuels marxistes qui ne craignent pas les contacts avec la droite, tels que Diego Fusaro.
Nous demeurons dans l’«immobilité frénétique» qu'évoquait Günter Maschke. Nous ne savons même pas exactement qui sont les dominants ni sur quoi repose leur domination. La complicité funeste avec le système néolibéral et mondialiste se retrouve aujourd’hui dans presque toutes les couches de la société: même l’ouvrier prétendument «éclairé», le petit artisan ou l’employé de bureau suivent désormais avec anxiété les cours de la Bourse, quand bien même la virgule de leur compte courant se situerait nettement à gauche.

Assécher les territoires de la rectitude politique, infestés par la fièvre des marais, devrait être la tâche d’un État fort. Mais la RFA est tout ce que l’on voudra, sauf un État fort: c’est une république bananière animée par la ruse, l’hypertrophie morale, la complaisance fangeuse dans tout travail effectué sur le passé et l’hédonisme vulgaire. Imperturbable et sans même sourciller, elle assiste chaque année au meurtre de masse de plus de 100.000 enfants à naître, innocents, tandis que ses « élites » favorisent politiquement cet acte monstrueux sans éprouver la moindre honte.
La RFA est ainsi une société mourante qui va jusqu’à saluer expressément sa propre mort. Toute personne à peu près honnête ne peut que désespérer de ce pays et de son insupportable «esprit démocratique». Les chances de changement sont malheureusement très très faibles; «mais le combat perd-il donc tout son sens uniquement parce que les perspectives de succès sont mauvaises?» (Günter Maschke). Et n’oublions pas: «Il sera toujours temps de mourir», disait Clausewitz.
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Russie-Allemagne, au-delà de la crise: une relation qui continue de peser sur les équilibres européens

Russie-Allemagne, au-delà de la crise: une relation qui continue de peser sur les équilibres européens
La guerre en Ukraine a porté les relations entre la Russie et l’Allemagne à leur niveau le plus bas depuis la fin de la guerre froide. Berlin considère Moscou comme une menace pour la sécurité européenne, soutient Kiev et a progressivement démantelé une grande partie des fondements économiques de son Ostpolitik. Vue de Moscou, l’Allemagne apparaît comme l’un des principaux soutiens européens de la ligne de confrontation avec la Russie.
par Giorgio Livas
Source: https://www.cese-m.eu/2026/09/russia-germania-oltre-la-cr...
La guerre en Ukraine a porté les relations entre la Russie et l’Allemagne à leur niveau le plus bas depuis la fin de la guerre froide. Berlin considère Moscou comme une menace pour la sécurité européenne, soutient Kiev et a progressivement démantelé une grande partie des fondements économiques de son Ostpolitik. Vue de Moscou, l’Allemagne apparaît comme l’un des principaux soutiens européens de la ligne de confrontation avec la Russie.
Pourtant, derrière la dureté des déclarations publiques, le dialogue n’a pas entièrement disparu : les ambassades restent opérationnelles et Berlin n’exclut pas, à terme, un retour à des relations constructives avec Moscou. Il n’y a là aucune contradiction. Être adversaires ne signifie pas cesser de se parler, surtout dans une relation marquée par une longue histoire d’équilibre et de conflit entre l’Allemagne, l’Europe et la Russie.
Avant l’unification de 1871, l’Allemagne était une mosaïque d’États. La Prusse fut le principal moteur de l’unification, mais, même après la naissance de l’Empire, de profondes différences subsistèrent entre ses diverses composantes territoriales et politiques.
Dans cette histoire, on peut discerner une tension récurrente : d’un côté, l’orientation occidentale, principalement liée à la France et aux puissances maritimes ; de l’autre, une tradition centre-orientale dans laquelle la Prusse a longtemps accordé à la Russie une importance particulière.
Il ne s’agit pas d’une division géographique rigide, et il n’existe pas de ligne continue reliant toutes les phases de l’histoire allemande. Mais cette grille de lecture peut être utile.

La Prusse et la Russie combattirent ensemble contre Napoléon, et l’armée prussienne de Blücher joua un rôle décisif à Waterloo. Quelques décennies plus tard, ce fut Bismarck qui transforma la relation avec Saint-Pétersbourg en un élément structurel de la politique étrangère allemande.
Le chancelier savait que l’Allemagne ne pouvait se permettre de combattre simultanément la France et la Russie. D’où le système complexe d’alliances mis en place après l’unification et, en 1887, le traité de réassurance conclu avec l’Empire russe. Il n’existait aucune communauté idéologique, mais une convergence d’intérêts. Berlin voulait éviter l’encerclement et maintenir un équilibre continental favorable.
Cette distinction reviendra à plusieurs reprises dans l’histoire européenne: coopérer avec la Russie ne signifie pas nécessairement partager son système politique.
La Première Guerre mondiale et la révolution bolchevique changèrent tout, mais elles n’éliminèrent pas la possibilité de relations pragmatiques entre l’Allemagne et la Russie.

Sous la République de Weimar, certains milieux militaires, nationaux-conservateurs et nationaux-bolcheviques voyaient dans l’Union soviétique un interlocuteur potentiel. Dans les années 1920, la Reichswehr et l’Armée rouge développèrent même certaines formes de coopération militaire secrète.
Cela permet également d’interpréter avec davantage de précision le pacte Molotov-Ribbentrop de 1939. Celui-ci ne fut pas le produit d’une prétendue affinité idéologique entre le nazisme et le stalinisme. L’accord résultait avant tout d’une convergence temporaire d’intérêts: non-agression, calcul stratégique et partage de l’Europe orientale en sphères d’influence par l’intermédiaire des protocoles secrets.
L’idéologie ne suffit pas à expliquer pourquoi Berlin et Moscou décidèrent de s’entendre en 1939.
L’année 1945 provoqua une rupture encore plus profonde. L’Allemagne de l’Ouest entra dans le système américain et dans l’OTAN, tout en construisant avec la France le noyau politique de l’intégration européenne. L’Allemagne de l’Est fut, quant à elle, intégrée au système soviétique.
La République fédérale trouva ainsi une formule particulière: limiter sa puissance nationale par l’intégration européenne, sans renoncer à son poids économique et politique.
La réunification de 1990 rouvrit inévitablement la question de la puissance allemande. Plusieurs capitales européennes redoutaient une Allemagne redevenue trop forte. Margaret Thatcher et François Mitterrand envisagèrent la réunification avec inquiétude, tandis qu’Helmut Kohl et George H. W. Bush œuvrèrent pour ancrer définitivement l’Allemagne dans le camp occidental.
La création de l’euro peut, elle aussi, être interprétée, du moins en partie, dans le cadre de ce processus. Il serait toutefois simpliste d’affirmer que la monnaie unique a été créée uniquement pour «contenir» l’Allemagne. Elle fut le résultat de multiples facteurs, mais elle contribua assurément à inscrire la puissance économique allemande dans un projet européen plus vaste.
L’Allemagne réussit à transformer cette contrainte en source de puissance. Le passage du mark à l’euro n’effaça pas son poids économique. Berlin apprit plutôt à l’exercer au sein des institutions européennes.

Parallèlement se développait l’autre pilier de la politique allemande: l’Ostpolitik. À partir de la fin des années 1960, Bonn chercha à réduire les tensions avec l’Est par le dialogue et les échanges économiques. Après la fin de la guerre froide, cette approche fut étendue à la Russie. L’énergie russe, l’industrie allemande et le commerce international formèrent un modèle qui semblait offrir à Berlin croissance économique et stabilité stratégique.
Ce système commença à se fissurer en 2014, puis s’effondra avec l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. L’Allemagne a progressivement renoncé à sa dépendance au gaz russe. Le sabotage des gazoducs Nord Stream, en septembre 2022, a constitué le symbole le plus manifeste de cette rupture. Les enquêtes allemandes ont ensuite conduit à l’inculpation de ressortissants ukrainiens accusés d’avoir joué un rôle dans l’opération, mais la question des responsabilités politiques reste controversée.
Avec la Chine également, l’ancien modèle est devenu plus difficile à maintenir. Pékin reste un partenaire économique, mais constitue en même temps un concurrent industriel et stratégique.
La guerre a donc ébranlé deux piliers de la stratégie allemande antérieure: l’énergie russe et la conviction qu’une forte interdépendance économique — y compris avec la Chine — pouvait réduire les risques politiques.
La réponse est le réarmement.
Il ne s’agit plus d’un projet abstrait. Les dépenses militaires européennes ont rapidement augmenté, et l’Allemagne figure parmi les pays qui accélèrent le plus fortement. Friedrich Merz a annoncé l’objectif de porter les dépenses de défense à 3,5% du PIB d’ici à 2029.
L’élément le plus intéressant n’est pas seulement quantitatif. Berlin débat du rôle que doit jouer une Allemagne de nouveau capable d’exercer une puissance militaire considérable.

C’est ici qu’intervient Karl Kaiser (photo), figure historique de l’euro-atlantisme allemand qui a dirigé pendant une trentaine d’années la Deutsche Gesellschaft für Auswärtige Politik (DGAP).
Kaiser affirme que l’Allemagne deviendra «pour la troisième fois de son histoire la puissance militaire dominante en Europe occidentale». Mais c’est précisément pour cette raison qu’il pose trois conditions. La nouvelle puissance allemande "ne doit jamais tomber entre les mains de l’AfD". La direction exercée par Berlin doit être «intégrée aux structures européennes». Enfin, malgré la nécessité d’une plus grande autonomie européenne, le «grand projet de l’Occident» et la solidarité des démocraties doivent demeurer les références fondamentales de la politique allemande.
La formule la plus significative est peut-être celle concernant le «dangereux déni de la réalité de la puissance», qui, selon Kaiser, serait en recul en Allemagne.
La question n’est donc plus de savoir si l’Allemagne doit redevenir une puissance militaire. Le débat porte principalement sur la manière d’utiliser cette puissance et sur le système d’alliances dans lequel elle doit s’inscrire.
C’est précisément sur ce point que les analyses venues de Russie deviennent intéressantes.

Ivan Timofeïev (photo), directeur général du Conseil russe des affaires internationales (Russian International Affairs Council, RIAC), invite à ne pas décrire la situation actuelle comme une guerre mondiale déjà en cours. Il parle plutôt d’«une série de crises et de conflits d’intensité variable», tout en avertissant qu’un affrontement entre deux grandes puissances, même accidentel, pourrait avoir des conséquences mondiales.

Dmitri Trenin (photo), président du RIAC et ancien directeur du Centre Carnegie de Moscou, insiste sur la nécessité, pour Moscou, de maintenir une politique étrangère capable d’exploiter les divisions entre les États-Unis et l’Europe, en soutenant ses partenaires et ses alliés, tout en «préservant sa liberté d’action».
C’est la logique d’une politique «multivectorielle»: la Russie ne veut pas être simplement la composante subordonnée d’un bloc dirigé par Pékin ou par quelque autre puissance.
Trenin va jusqu’à affirmer qu’en cas d’escalade entre Washington et la Chine, Moscou devrait soutenir Pékin sur les plans politique et économique, mais «n’a aucune raison de participer directement au conflit».

Timofeï Bordachev (photo), directeur de programmes au Club Valdaï, rejette lui aussi une interprétation purement bipolaire. Sergueï Poletaïev, cofondateur du projet Vatfor, observe que «la Russie doit elle aussi contenir la Chine». Tout ne se réduit donc pas à un schéma opposant la Russie et la Chine à l’Occident.
Cela vaut tout particulièrement pour l’Europe.
Timofeïev affirme que la «fenêtre sur l’Europe» ouverte par Pierre le Grand n’est pas nécessairement refermée à jamais. La Russie a encore besoin de modernisation et ses relations avec l’Asie, aussi fondamentales soient-elles, n’effacent pas l’importance du continent européen.
Trenin évoque la possibilité d’un futur «établissement de relations pragmatiques avec au moins certains États, fondées sur les principes du bon voisinage». Il rappelle en outre une réalité élémentaire: «contrairement à la politique, la géographie ne peut être modifiée».
Dans ce contexte, l’Allemagne revêt une importance particulière.
Bordachev l’a désignée comme le pivot potentiel d’une future transformation des relations européennes. L’ancien partenariat énergétique avec Moscou avait contribué au modèle économique allemand et, selon l’analyste russe, un éventuel rapprochement pourrait également modifier les rapports de force entre Berlin et l’Europe orientale.
Cela ne signifie pas que Moscou s’attende à une réconciliation imminente. Cela signifie quelque chose de plus simple: l’Allemagne continue d’être considérée comme l’un des États par lesquels pourrait passer une future redéfinition de l’ordre européen.
Sergueï Lavrov a lui aussi évoqué la nécessité d’une «architecture de sécurité continentale ouverte à tous les États eurasiatiques et reflétant la réalité multipolaire actuelle», laissant ouverte la perspective d’une participation européenne future.
Cette perspective est très éloignée de celle de Kaiser. Pour l’analyste allemand, la puissance de Berlin doit s’inscrire dans les structures européennes et rester ancrée dans le camp occidental. Pour une partie de la pensée stratégique russe, en revanche, une Allemagne plus forte et plus autonome pourrait devenir un facteur capable de modifier les équilibres du continent.

Dans ce contexte, l’AfD ne constitue pas simplement une parenthèse de la politique intérieure allemande.
Au sein de l’AfD se dessine une ligne politique qui remet en question la dépendance stratégique à l’égard de Washington — même si cette orientation est pour l’instant gelée par le moindre intérêt des États-Unis à intensifier la confrontation avec la Russie — ainsi que les contraintes imposées par les partenaires européens, qui suscitent un mécontentement croissant. Le fait que l’AfD n’ait pas remis en cause le réarmement allemand constitue, de ce point de vue, un élément significatif.
Cette fracture a des précédents dans l’histoire allemande. À différentes époques, des groupes politiques et stratégiques ont envisagé les relations avec la Russie sous l’angle de l’intérêt national, sans qu’une communauté idéologique soit nécessaire.
C’est précisément là que réside la clé. Il ne s’agit pas de déterminer si la Russie et l’Allemagne «se ressemblent». Elles ne se ressemblent pas. Il s’agit de comprendre si elles peuvent, dans certaines conditions, trouver des intérêts convergents.
Kaiser voit dans une éventuelle accession de l’AfD au pouvoir un risque pour l’ordre européen et occidental. Moscou, en revanche, considère avec intérêt la disposition du parti au dialogue.
Deux lectures opposées d’une même transformation: le retour de l’Allemagne comme puissance.
Une perspective qui, indépendamment de l’identité de ceux qui gouvernent à Berlin, inquiète les principales chancelleries européennes: de Varsovie à Paris, en passant par La Haye, on craint qu’une Allemagne redevenue plus affirmée ne bouleverse les équilibres du continent.
La Russie est devenue un «ennemi nécessaire» pour Berlin: la confrontation avec Moscou justifie le retour de la puissance militaire allemande. Mais lorsque le ministre polonais des Affaires étrangères, Radosław Sikorski, affirme qu’en cas d’attaque, Varsovie et ses alliés pourraient rapidement vaincre la Russie, le message s’adresse également à Berlin: l’Allemagne ne sera pas une puissance solitaire au sein de l’Union. Moscou connaît ces fractures et peut tenter de les exploiter.
L’histoire permet de comprendre pourquoi. Bismarck avait recherché une entente avec la Russie afin d’éviter l’encerclement de l’Allemagne. La République de Weimar avait maintenu des relations pragmatiques avec l’Union soviétique. L’Ostpolitik avait fait du dialogue économique un instrument de stabilisation. L’Allemagne réunifiée avait ensuite bâti une part importante de sa puissance économique précisément sur l’interdépendance avec l’Est.
Ce modèle a pris fin. Le problème géopolitique demeure toutefois: comment intégrer dans l’équilibre européen une Allemagne redevenue puissante ?
16:37 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : allemagne, russie, actualité, affaires européennes, politique internationale, histoire, ostpolitik |
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vendredi, 09 octobre 2026
L’AfD et le BSW s’unissent pour la première fois: «Des pourparlers de paix plutôt que la guerre!»

L’AfD et le BSW s’unissent pour la première fois: «Des pourparlers de paix plutôt que la guerre!»
Magdebourg. Il existe de nombreux points de convergence entre l’AfD et l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW). La politique à l’égard de la Russie et une politique visant la restauration de la paix en Europe en font partie. Ces dernières années, les deux partis se sont prononcés à plusieurs reprises, et avec insistance, contre la politique d’escalade menée par l’Occident et ont réclamé des initiatives en faveur d’un processus de paix en Ukraine.
Depuis son triomphe électoral en Saxe-Anhalt, l’AfD a franchi une étape supplémentaire. Selon toute vraisemblance, elle fournira, en la personne d’Ulrich Siegmund, le prochain ministre-président, qui sera officiellement soumis au vote en décembre. Mais les «Bleus» souhaitent dès à présent lancer des initiatives importantes. C’est pourquoi une motion conjointe des groupes parlementaires de l’AfD et du BSW, intitulée «Des pourparlers de paix plutôt qu’un élargissement de la guerre en Ukraine», devrait figurer la semaine prochaine à l’ordre du jour d’une séance extraordinaire du Landtag.
L’objectif central est de constater que la politique à l’égard de la Russie menée par les partis établis a échoué de manière retentissante, ainsi que d’appeler le gouvernement du Land à agir, par l’intermédiaire d’une initiative au Bundesrat, en faveur de «la prévention d’une nouvelle escalade en Ukraine et de la mise en œuvre d’une politique favorisant la paix». Les auteurs de la motion souhaitent mettre l’accent sur le retour à la diplomatie.
Ulrich Siegmund, président du groupe parlementaire de l’AfD, déclare à ce sujet: «Cette motion symbolise la volonté de changement. Nous allons enfin exploiter toutes les possibilités afin d’accroître la pression politique sur Berlin, pour que celui-ci œuvre enfin à mettre un terme à la guerre plutôt qu’à la prolonger, et pour que les milliards d’argent public soient consacrés aux habitants de notre pays plutôt qu’à des armes destinées aux champs de bataille ukrainiens!».

L’initiative ainsi que la demande de convocation de cette séance plénière extraordinaire ont été conjointement signées par Oliver Kirchner et Ulrich Siegmund, présidents du groupe parlementaire de l’AfD, ainsi que par Thomas Schulze, président du groupe parlementaire du BSW (voir photo) — un début prometteur pour les travaux du nouveau Landtag. Bien qu’elle y constitue la première force politique, l’AfD a besoin des voix d’autres groupes parlementaires pour obtenir la majorité absolue. Le BSW a déjà annoncé qu’il soutiendrait l’AfD sur des questions de fond. Cette initiative commune en faveur de la paix en marque le début. Elle obtiendra — et il s’agit là aussi d’une première — une majorité pour la première fois au sein d’un parlement allemand (se).
Source: Zu erst, Octobre 2026.
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lundi, 05 octobre 2026
Cascades de crises mondiales - Escalade au Moyen-Orient, pénuries d’énergie et pressions politiques

Cascades de crises mondiales
Escalade au Moyen-Orient, pénuries d’énergie et pressions politiques
(Situation au 2 octobre 2026)
Jens Kröger
Source: https://jensk250895.substack.com/p/globale-krisenkaskaden...
1. Le réseau imbriqué des crises internationales
Les conflits géopolitiques surviennent rarement de manière isolée. Les affrontements militaires, les perturbations des marchés mondiaux et les luttes de pouvoir intérieures s’influencent mutuellement.
Le conflit larvé entre les États-Unis et l’Iran provoque de profondes secousses sur les marchés internationaux de l’énergie. Cela accroît considérablement la pression économique exercée sur des États européens comme l’Allemagne et la France.
Dans le même temps, les gouvernements de Washington et de Berlin se retrouvent soumis à une forte pression politique intérieure les obligeant à agir. La baisse des taux d’approbation et le risque d’éclatement des coalitions influencent les décisions stratégiques et militaires prises à l’étranger.
Pour comprendre le contexte, il est nécessaire d’examiner le système dans son ensemble: outre la politique quotidienne et les mouvements de troupes, des intérêts financiers profondément enracinés jouent un rôle déterminant.
Depuis des décennies, des réseaux bancaires et des groupes de réflexion occidentaux cherchent à placer sous leur contrôle les ressources mondiales en matières premières. Les orientations politiques prises aux États-Unis ou en Allemagne ont ainsi des répercussions directes sur le prix de l’essence dans les stations-service nationales, la stabilité des réserves d’urgence des différents pays et la sécurité mondiale.
Message essentiel:
« Les escalades militaires au Moyen-Orient, les pénuries mondiales de carburant et les crises politiques intérieures aux États-Unis comme en Allemagne sont étroitement liées. Elles sont alimentées par les luttes de pouvoir actuelles et par des structures financières géopolitiques profondément enracinées. »
2. Le conflit entre les États-Unis et l’Iran: escalade militaire et crise énergétique mondiale
2.1 Déploiement militaire et calendrier stratégique
Les forces armées américaines ont considérablement renforcé leur présence militaire au Moyen-Orient. Pour la première fois depuis avril et pour la deuxième fois depuis 2003, trois porte-avions américains se trouvent simultanément dans la région.

Parmi les forces et unités déployées figurent :
Porte-avions : l’USS Theodore Roosevelt, dont l’arrivée est prévue pour la fin du mois d’octobre, l’USS George Washington et l’USS George W. Bush.
Forces amphibies : le groupe opérationnel du Makin Island, accompagné de la 13e unité expéditionnaire des Marines.
Effectifs : plus de 2 000 à 4 000 Marines américains, ainsi qu’environ 10 000 soldats supplémentaires au total.
Capacités aériennes et défensives : plus d’une douzaine d’avions de combat F-35B, des véhicules blindés et deux batteries supplémentaires de missiles Patriot, déployées en Arabie saoudite et au Qatar afin de protéger les installations pétrolières et gazières locales.
L’un des principaux déclencheurs de la récente spirale d’escalade rhétorique et militaire est un incident survenu à bord d’un avion de ligne de FlyDubai à destination de Tel-Aviv. Le copilote y aurait poignardé le commandant de bord. Malgré des informations contradictoires — allant de deux pilotes à la retraite à un plombier sans expérience aéronautique qui aurait fait atterrir l’appareil —, le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou ont immédiatement attribué l’incident au Corps des gardiens de la révolution islamique iranien (IRGC).
Cet incident sert désormais de possible prétexte — de catalyseur pour une opération sous faux drapeau — à des frappes militaires de représailles immédiates.
Sur le plan stratégique, l’armée américaine est confrontée à un problème technique: les principales installations nucléaires iraniennes se trouvent jusqu’à 600 mètres de profondeur sous une épaisse masse rocheuse, comme le complexe de bunkers «Spitzhackenberg». Les bombes conventionnelles antibunkers ne peuvent pénétrer à une telle profondeur. C’est pourquoi l’option d’une invasion terrestre passe au premier plan: des unités spéciales des Marines devraient alors placer des charges explosives au cœur même des forteresses souterraines.
Le calendrier de ces opérations est étroitement lié aux élections de mi-mandat américaines de novembre. Du côté américain, il est envisagé de reporter les vagues d’attaques de grande ampleur après le jour du scrutin, afin de réduire au minimum les risques politiques avant les élections.
Du côté iranien, en revanche, la crainte d’une attaque américaine massive et inévitable s’accroît, ce qui pourrait conduire les dirigeants iraniens à lancer eux-mêmes une frappe préventive avant novembre.

2.2 Le différend relatif aux réserves stratégiques d’urgence et les accusations de chantage
Les tensions militaires pèsent lourdement sur les marchés énergétiques. Les prix connaissent des hausses spectaculaires à la pompe: l’essence a augmenté de 48%, tandis que le diesel a bondi de 70%.
La vulnérabilité européenne à ce choc des prix résulte d’une chaîne directe de causes et d’effets: pour des raisons politiques, l’Europe a volontairement interdit l’importation de diesel russe et a transféré sa dépendance en matière d’approvisionnement vers les raffineries américaines. Les États-Unis utilisent désormais cette dépendance volontaire comme moyen de pression.
Outre la modification de la structure commerciale, d’autres facteurs aggravants entrent en jeu :
- La persistance de l’incertitude et des attaques contre des pétroliers dans le détroit d’Ormuz.
- L’explosion des coûts du transport et de l’assurance maritimes.
- De nouvelles attaques des Houthis contre les installations de traitement du groupe pétrolier Aramco en Arabie saoudite.
- Les interdictions russes d’exporter des carburants et les restrictions chinoises à l’exportation.
Afin de faire baisser les prix aux États-Unis avant les élections de mi-mandat, Washington adresse un ultimatum à ses partenaires européens (Panneau n°1).

Exigence des États-Unis
Libération de réserves de diesel: l’Allemagne, la France, l’Italie, le Royaume-Uni et l’Irlande devraient débloquer au total 120 millions de barils de diesel issus de leurs réserves stratégiques sur une période de six mois.
Menace d’interruption des exportations: en cas de refus européen, les États-Unis menacent de suspendre totalement leurs exportations de diesel vers l’Europe.
Conséquences possibles pour l’Europe
Épuisement du dispositif d’urgence: les réserves nationales destinées à amortir les graves perturbations de l’approvisionnement tomberaient presque à 0%.
Effondrement de la logistique: puisque l’Europe tire la moitié de son diesel des raffineries américaines, une interruption des exportations américaines provoquerait l’arrêt du transport routier de marchandises, de l’agriculture et de l’artisanat.
* * *
2.3 Informations générales: comment fonctionnent les réserves stratégiques de pétrole?
Les réserves stratégiques d’urgence ne sont pas stockées dans de grands réservoirs en surface. Leur stockage et leur extraction sont techniquement complexes.
Stockage dans des cavernes salines : les cavernes salines sont d’immenses cavités artificiellement creusées par dissolution au cœur de profondes formations salifères. Le pétrole brut y flotte physiquement sur une couche d’eau salée.
Mécanisme d’extraction : pour extraire le pétrole, de l’eau douce est pompée au fond de la caverne. L’eau injectée repousse le pétrole, plus léger, vers le haut et jusqu’à la surface. La cavité doit toujours rester remplie afin d’éviter l’effondrement de la roche.
Risques techniques liés à une utilisation répétée : lorsque de l’eau douce est injectée trop souvent, elle dissout davantage de sel sur les parois. Des morceaux de roche se détachent alors, le pétrole brut est contaminé et la cavité souterraine perd durablement sa stabilité.
3. Politique intérieure américaine : élections de mi-mandat, chute dans les sondages et déclarations de Trump
3.1 Des sondages catastrophiques et la tournée électorale de Trump
À l’approche des élections de mi-mandat, l’administration américaine de Donald Trump subit une pression considérable. Le Wall Street Journal a relevé des niveaux historiquement bas :
- Taux d’approbation global: 37 %. À titre de comparaison, avant de précédentes élections de mi-mandat, George W. Bush se situait à 39 % en 2006 et Barack Obama à 46 % en 2010.
- Effondrement parmi les électeurs latino-américains : chute de 62 points, pour atteindre seulement 15 % d’opinions favorables, contre 77 % d’opinions défavorables.
- Effondrement parmi les électeurs noirs : recul de 49 points du taux d’approbation.
- Chute selon le niveau d’études : électeurs titulaires d’un diplôme de fin d’études secondaires : −37 % ; diplômés de l’enseignement supérieur : −15 % ; titulaires d’un master ou d’un doctorat : +10 %.
- Renversement sur la question migratoire : l’avantage électoral en matière de compétence perçue sur l’immigration est passé de 12 points en faveur des républicains en 2024 à 6 points en faveur des démocrates en septembre 2026.
En raison de ses dérapages verbaux et de ses absences cognitives, de grandes chaînes de télévision conservatrices comme Fox News et Newsmax ont cessé de diffuser en direct les interventions électorales improvisées de Trump. Le président américain est désormais largement relégué sur des chaînes locales marginales, comme Fox 2.
Pour enrayer cette chute, Trump parcourt des États traditionnellement très républicains, les Deep Red States, comme l’Oklahoma, le Texas, l’Ohio, l’Alabama et le Nebraska. Les projections relatives aux sièges du Sénat font toutefois apparaître des pertes considérables, même dans ces bastions conservateurs:
Michigan: 80% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Maine: 74% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Texas: 70% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Ohio: 70% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Iowa: 59% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Alaska: 51% de probabilité de victoire pour les démocrates.

3.2 Citations et controverses tirées de l’entretien accordé à Time Magazine
Dans un entretien de plusieurs heures accordé à Time Magazine, ainsi que sur Truth Social, Trump s’est exprimé sur la liberté de la presse et le conflit avec l’Iran.
À propos de la liberté de la presse et du traitement médiatique de son action gouvernementale, Trump a déclaré :
« Même si j’accomplissais quelque chose de vraiment extraordinaire […], ils diraient: pourquoi ne l’a-t-il pas fait plus rapidement? Ce sont tout simplement des gens affreux […] Je crois en une presse libre […], mais je ne crois pas aux fausses informations. »
Concernant la situation militaire en Iran et la manière dont il se définit lui-même en tant que chef du gouvernement, Trump a déclaré:
« J’avais dit qu’il faudrait entre quatre et six semaines pour éliminer la menace nucléaire iranienne. Je l’ai fait en une seule nuit. »
Lorsque le journaliste lui a demandé comment ses déclarations relatives à la destruction totale de l’Iran pouvaient être conciliées avec sa prétention à être un président de la paix, Trump a répondu:
« Parce qu’en détruisant l’Iran, nous instaurons la paix dans le monde. Avec l’Iran, je crois qu’il ne pourrait jamais y avoir de paix. »
Mise en perspective analytique: ces citations témoignent d’une attitude de plus en plus défensive à l’égard de la presse et d’une radicalisation de la politique étrangère. L’affirmation selon laquelle le problème nucléaire aurait été résolu « en une seule nuit » est en contradiction directe avec les mouvements de troupes réels et les difficultés non résolues dans le détroit d’Ormuz.
4. La crise politique en Allemagne: fin de la coalition, scandale de l’OTAN et blocage des réformes
4.1 Le scandale du prix de la paix décerné à l’OTAN et les manifestations citoyennes
En Allemagne, l’attribution du Prix westphalien de la paix à l’alliance militaire de l’OTAN, à l’hôtel de ville de Münster, a suscité une vive controverse. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a reçu le prix, tandis que le chancelier fédéral Friedrich Merz a prononcé l’éloge officiel.

Des médias critiques comme la Berliner Zeitung ont souligné le renversement orwellien résumé par la formule «la guerre, c’est la paix», consistant à décerner un prix de la paix à une alliance militaire. Ils ont rappelé des interventions historiques de l’OTAN, telles que la guerre de Yougoslavie en 1999.
À l’époque, le bombardement ciblé de sites chimiques comme Pančevo — où l’OTAN avait frappé, malgré un avertissement préalable, un réservoir contenant 450 tonnes de chlorure de vinyle cancérigène — ainsi que celui de la raffinerie de Novi Sad avaient causé des dommages environnementaux et sanitaires durables. Devant l’hôtel de ville, de bruyantes manifestations citoyennes ponctuées de cris tels «Assassins!» ont accompagné la cérémonie.
Les organisateurs ont tenté en vain de couvrir ces invectives en faisant jouer une fanfare militaire.
4.2 Niveaux historiquement bas et ultime conflit au sein de la coalition gouvernementale
Les alliances gouvernementales à Berlin se trouvent au bord d’une paralysie totale :
Niveaux historiquement bas dans le baromètre ARD-Deutschlandtrend: 88% des personnes interrogées se déclarent mécontentes du travail du chancelier Friedrich Merz, contre seulement 10% d’opinions favorables. Par ailleurs, 89% sont insatisfaites du gouvernement fédéral dans son ensemble.
Situation financière critique: avec plus de mille milliards d’euros de dette, les caisses de protection sociale sont menacées de faillite. Après avoir reçu 3,2 milliards d’euros, l’assurance dépendance a encore besoin de 700 millions d’euros de prêts sans intérêt; sans apport supplémentaire, elle risque de se retrouver en cessation de paiement en novembre.
Le conflit autour de la taxe sur le sucre: le ministre des Finances Lars Klingbeil prévoyait une taxe sur les boissons sucrées, susceptible de rapporter entre 450 millions et 1,2 milliard d’euros, ainsi que la création de 223 nouveaux postes administratifs. Le projet a échoué en raison du veto de deux ministres compétents et de l’opposition du groupe parlementaire CDU-CSU.
Ultimatum de la CDU-CSU: le groupe parlementaire bloque la réforme de l’impôt sur le revenu de Klingbeil et exige de la ministre du Travail Bärbel Bas d’importantes concessions concernant les réformes du marché du travail.
Les appels téléphoniques secrets de Steinmeier le président fédéral Frank-Walter Steinmeier est intervenu lors d’entretiens téléphoniques confidentiels avec Lars Klingbeil et Alexander Dobrindt, avertissant du risque de déclenchement d’une crise d’État incontrôlable.
Le jugement de Gauck et la crainte d’élections anticipées: l’ancien président fédéral Joachim Gauck a commenté les spéculations concernant une démission du chancelier Merz en affirmant que celui-ci serait, dans ce cas, un «parfait imbécile politique». Le véritable moteur du blocage berlinois réside dans la peur profondément ancrée des élites politiques face à des élections anticipées rapides, qui entraîneraient, selon les sondages actuels, une progression massive de l’AfD.
5. Analyse géopolitique approfondie : intérêts financiers, oligarques et «empire mort-vivant»
5.1 Le pillage de la Russie dans les années 1990 et la rupture opérée sous Poutine
Un examen des fondements économiques des relations entre l’Occident et la Russie permet de mettre en lumière les racines des conflits actuels.
Les années 1990 et le pillage de la Russie: après l’effondrement de l’Union soviétique, des conseillers occidentaux appartenant à l’entourage de Boris Eltsine ont pris en charge la rédaction de décrets étatiques. Des matières premières et des installations industrielles russes d’une valeur de plusieurs milliers de milliards de dollars ont ainsi été privatisées et transférées à l’étranger. La Semibankirchtchina, ou « règne des sept banquiers », s’est alors mise en place.
Des acteurs financiers occidentaux comme George Soros, Edmond Safra et Jacob Rothschild ont utilisé des intermédiaires tels que Bill Browder, de Hermitage Capital, ainsi que des oligarques locaux, comme Mikhaïl Khodorkovski, afin de prendre le contrôle de ressources stratégiques. L’objectif était d’utiliser les matières premières russes comme garanties de crédit.
Explication: les garanties de crédit servent de sûreté aux banques. Lorsqu’une banque prend le contrôle des réserves pétrolières ou aurifères d’un pays, elle peut s’appuyer sur celles-ci pour accorder des crédits internationaux et percevoir des intérêts. Le pays concerné perd alors la maîtrise de ses propres richesses.
La réorganisation opérée par Poutine à partir de 2000: après son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine mit fin à cet accès direct. Lors d’une réunion autour d’une table ronde, il lança un ultimatum aux oligarques : ils pouvaient conserver leurs biens, mais devaient payer leurs impôts, préserver les emplois et se retirer de la politique.

Lorsque Mikhaïl Khodorkovski, fondateur de l’organisation Russie ouverte, enfreignit ces règles, il fut arrêté en 2003 pour fraude fiscale. L’objectif des intérêts financiers occidentaux — s’emparer des ressources naturelles russes, estimées entre 75.000 et 90.000 milliards de dollars, afin de les utiliser comme garanties financières — se trouva ainsi bloqué.
5.2 Le concept de l’« Empire britannique mort-vivant » et la dynamique Master-Blaster
L’analyste financier Alex Krainer décrit les structures d’influence dissimulées des réseaux financiers et de renseignement britanniques sur la politique mondiale (Panneau n°2).

(NdT: Denktanks = Groupes de réflexion, Boîtes à penser, think tanks).
Ce modèle explique la répartition des rôles entre les groupes de réflexion londoniens et la puissance militaire américaine:
Opérations clandestines: les tentatives d’influence se manifestent dans des affaires telles que le Russiagate, le scandale de blanchiment d’argent de HSBC ou des documents stratégiques comme l’étude Britain and Iran War, publiée par Policy Exchange en juillet 2023, qui esquissait à l’avance le déroulement de la crise au Moyen-Orient.
Retour historique sur 1863: pendant la guerre de Sécession, le tsar russe Alexandre II soutint le président américain Abraham Lincoln. Il envoya les flottes russes de l’Atlantique et du Pacifique à New York et à San Francisco. Cette mesure empêcha une intervention militaire planifiée par la Grande-Bretagne et la France en vue de partager les États-Unis.
Le principe « du plomb ou de l’argent » — Plomo o Plata: Krainer décrit ainsi le mécanisme de domination exercé par le système financier impérial sur les États souverains. Les gouvernements se voient proposer soit « l’argent » — l’intégration à l’élite mondiale et le maintien de leurs privilèges en échange de l’ouverture de leurs ressources nationales —, soit « le plomb » : frappes militaires, changements de régime et appauvrissement en cas de résistance, comme en Libye, en Syrie, au Venezuela ou en Russie.
6. Synthèse et principaux enseignements
Les crises mondiales forment un système cohérent. La politique de puissance militaire, la lutte pour des réserves de carburant devenues critiques, les mécanismes de chantage politique intérieur et les intérêts financiers profondément enracinés s’imbriquent les uns dans les autres (Panneau n°3).

Conflit entre les États-Unis et l’Iran
Problème principal: Renforcement militaire massif — trois groupes aéronavals et 10 000 soldats — avant les élections américaines de mi-mandat ; instrumentalisation d’incidents comme celui de FlyDubai.
Répercussions mondiales: Forte hausse des prix de l’énergie — essence : +48 %, diesel : +70 % — et risque élevé de frappe préventive en raison des installations souterraines situées à 600 mètres de profondeur.
Réserves d’urgence américaines et Europe
Problème principal: Dépendance européenne envers le diesel américain, provoquée par l’embargo contre la Russie; exigence américaine portant sur 120 millions de barils de diesel issus des réserves d’urgence.
Répercussions mondiales: Épuisement des réserves de sécurité européennes jusqu’à un niveau proche de 0%; risque d’effondrement de la logistique européenne des marchandises en cas d’arrêt des exportations américaines.
Crise politique en Allemagne
Problème principal: Niveaux historiquement bas du gouvernement — 88 à 89% d’insatisfaction —, menace de faillite de l’assurance dépendance et blocages réciproques concernant la taxe sur le sucre et les réformes du travail.
Répercussions mondiales: Perte de la capacité d’action politique; avertissements du président fédéral concernant une crise d’État; crainte des élites face aux gains de l’AfD en cas d’élections anticipées.
Intérêts financiers géopolitiques
Problème principal: Lutte pour le contrôle des ressources mondiales — estimées entre 75.000 et 90.000 milliards de dollars en Russie — au moyen du principe «Master-Blaster» et du modèle «du plomb ou de l’argent».
Répercussions mondiales: Persistance des tensions géostratégiques et des guerres par procuration destinées à imposer les structures financières et de crédit occidentales.
14:39 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique internationale, actualité, europe, états-unis, russie, allemagne, affaires européennes, moyen-orient, iran |
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dimanche, 04 octobre 2026
Pourquoi Berlin cherche de nouveau à dialoguer avec Moscou

Pourquoi Berlin cherche de nouveau à dialoguer avec Moscou
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Qu’est-ce qui a poussé le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, à chercher le dialogue avec son homologue russe, Sergueï Lavrov?
L’initiative allemande s’explique par des considérations relevant aussi bien de la politique étrangère que de la politique intérieure. Sur le plan extérieur, c’est surtout l’escalade croissante de la guerre visant les infrastructures en Ukraine qui se trouve au premier plan. Dans ce contexte, la partie ukrainienne subit une pression de plus en plus forte.
Le blocus des ports d’Odessa ainsi que les attaques régulières contre les installations industrielles, les voies de transport et les infrastructures de communication aggravent la situation économique et sociale du pays. Dans ce contexte, l’intérêt pour une suspension des hostilités, au moins temporaire, s’accroît en Europe, notamment à l’approche de l’hiver, durant lequel les attaques russes pourraient se concentrer davantage sur les infrastructures énergétiques.
Il est remarquable que les principaux soutiens européens de l’Ukraine — la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni — aient eux-mêmes largement insisté, durant l’été de cette année, sur l’intensification des attaques ukrainiennes au moyen de systèmes d’armes à longue portée. Les orientations politiques correspondantes avaient déjà été arrêtées en janvier, lors des entretiens de Volodymyr Zelensky avec Emmanuel Macron, Friedrich Merz et Keir Starmer.
Le revers de cette logique d’escalade apparaît désormais: Moscou est appelé à limiter ses attaques sur le territoire ukrainien, à assouplir le blocus maritime et, en particulier pendant les mois d’hiver, à renoncer aux attaques contre l’approvisionnement énergétique.
Si la Russie acceptait ces demandes, elle renoncerait toutefois à une part considérable du potentiel de pression militaire qu’elle a désormais constitué.
L’initiative de dialogue de Wadephul comporte cependant aussi une dimension de politique intérieure. En Allemagne, l’inquiétude grandit face à une nouvelle escalade du conflit. La perspective d’une confrontation militaire de plus en plus directe entre l’Allemagne — ou l’OTAN — et la Russie suscite un scepticisme manifeste au sein d’une partie de la population, d’autant plus que le gouvernement fédéral dirigé par Friedrich Merz suit une ligne toujours plus conflictuelle en matière de politique étrangère et de sécurité.
Cette évolution fait également partie du contexte politique dans lequel l’AfD gagne du terrain, tandis que l’Union chrétienne-démocrate et chrétienne-sociale se retrouve sous pression.
Dans ce contexte, la rencontre entre Wadephul et Lavrov, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York, remplissait également une fonction de politique intérieure: Berlin montre que les canaux de communication avec Moscou ne sont pas entièrement fermés.
Pour l’instant, il s’agit toutefois principalement de déconflictualisation diplomatique, c’est-à-dire d’afficher ostensiblement la volonté même de se parler. Rien ne permet encore de savoir si cette démarche débouchera sur un véritable dialogue politique de fond.
#géopolitique @global_affairs_byelena
15:49 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, diplomatie, allemagne, russie, europe, affaires européennes, politique internationale |
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jeudi, 01 octobre 2026
La ploutocratie internationale et le déclin politique de Macron et de Merz

La ploutocratie internationale et le déclin politique de Macron et de Merz
Source: https://geopoliticarugiente.com/2026/09/25/la-plutocracia...
La dure réalité se révèle désormais dans toute son ampleur et indique sans détour que les familles Rothschild et BlackRock éprouvent des difficultés à trouver de meilleurs représentants capables de gérer confortablement leurs intérêts depuis les sphères du pouvoir politique français et allemand.
Car lorsque les Français et les Allemands — ainsi que l’opinion publique internationale — soulignent l’impopularité de Macron et de Merz, qui font l’objet de taux de rejet social considérables, rarement observés chez les plus hauts dirigeants de ces deux États, et lorsqu’il est dit que les camps politiques respectifs auxquels appartiennent ces deux dirigeants traversent eux aussi des difficultés non négligeables, nous constatons que la ploutocratie internationale a des problèmes à résoudre.
On constate également que les entités supranationales sont récusées par une part importante des citoyens français et allemands et que, tôt ou tard, ceux-ci refuseront de continuer à suivre docilement les programmes dangereux, qui plus est, destructeurs de la souveraineté nationale, défendus par les Rothschild et BlackRock.

Ils pourront conserver le contrôle de nombreux leviers du pouvoir, mais ils finiront incontestablement par perdre leur emprise sur la majorité de ces peuples. Une fois ce tournant historique atteint, un changement radical pourrait — ou non — se produire.
Il semble que Macron et Merz ne soient pas très efficaces dans l’exercice de leurs fonctions étatiques, car, lorsqu’ils auront tous deux achevé leur mandat, leurs peuples, et le système même qu’ils servent, seront confrontés à un nombre encore plus élevé de problèmes. Il ne faut pas croire, de manière linéaire, que seuls les Français et les Allemands d’en bas subissent toutes les difficultés découlant des insuffisances de Macron et de Merz dans l’art de gouverner, car les maîtres du système sont eux aussi confrontés à des difficultés encore plus graves.
Des sensibilités particulières se sont déjà mobilisées contre l’oligarchie mondialiste et partagent la conviction que le jeu démocratique n’existe pas pour les sommets du pouvoir financier. Elles considèrent au contraire que ceux-ci sont toujours disposés à interrompre le libre jeu de la démocratie populaire dès que le peuple commence à se penser et à agir comme un substantif, comme un sujet, et non plus comme un adjectif ni comme l’objet des dirigeants d’élites criminelles et hostiles à la souveraineté nationale.
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mercredi, 30 septembre 2026
Allemagne: les élections régionales et l’échec de la coalition de Merz

Allemagne: les élections régionales et l’échec de la coalition de Merz
Alexandre Douguine
Présentateur : Alexandre Guélievitch [Douguine], le week-end n’a pas été consacré uniquement aux élections russes. L’Allemagne offre une fois de plus un tableau saisissant. Des élections ont eu lieu à Berlin et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale — des régions qui, certes, ne sont pas les plus peuplées, et il s’agit que de scrutins régionaux. Malgré cela, la coalition gouvernementale et le chancelier Merz en personne ont essuyé un sérieux revers. Dans certains Länder, son parti n’atteint même pas le seuil des 5% nécessaire pour entrer au parlement régional. En Mecklembourg, l’AfD obtient de bons résultats dans les sondages; à Berlin, c’est la gauche. Le décompte final dans les circonscriptions uninominales reste encore à effectuer. Que se passe-t-il en Allemagne? On nous a appris que tenir deux ans au poste de chancelier ou de Premier ministre constituait déjà un exploit, et que les changements de dirigeants étaient devenus monnaie courante aussi bien en Grande-Bretagne qu’en Allemagne. Ou bien quelque chose qui leur est propre est-il malgré tout en train d’y prendre forme?
Alexandre Douguine: Dans la première partie de notre entretien, nous avons dit que la société russe surmonte le côté hideux de la démocratie occidentale en y introduisant ses propres significations — et même ses propres procédures. En Occident, le mot «démocratie» lui-même a été déformé au point d’en devenir méconnaissable et s'est transformé en pouvoir des minorités.
Aujourd’hui, il existe en Occident deux démocraties, deux définitions du mot — en Amérique et en Europe, berceau de la démocratie. Selon l’interprétation la plus «avancée», la démocratie est le pouvoir des minorités.
Dans cette logique, si vous êtes un pervers, un malade — souffrant, par exemple, de démence ou de troubles cognitifs — et qu’en plus vous appartenez à une minorité ethnique, religieuse ou autre, alors c’est vous le bon «démocrate»: vous soutenez les autres minorités, vous ouvrez grand la porte à une immigration illimitée, vous abolissez les valeurs traditionnelles et vous les remplacez par des valeurs non traditionnelles. Voilà ce qui passe pour la version «avancée» de la démocratie.
Mais il existe également de larges couches de la population qui comprennent la démocratie autrement. Le «démocrate à l’ancienne » raisonne simplement: si cela ne me plaît pas, je voterai autrement, contre la coalition en place. Et il reste encore à venir une troisième démocratie, électronique, dans laquelle les robots logiciels et l’intelligence artificielle voteront. Palantir — la grande entreprise américaine d’analyse de données fondée en 2003 — prépare quelque chose de ce genre, bien que cela n’ait pas encore été annoncé.


Ces deux mode de démocratie existent réellement — en science politique, dans le discours et dans les résolutions. Je ne les invente pas. Certains, en Occident, estiment que la démocratie est une affaire de minorités; d’autres pensent toujours que c’est la majorité qui décide. C’est à cela que l’Allemagne se heurte aujourd’hui. Les personnes qui croient au pouvoir de la majorité votent comme elles l’entendent. Celles qui ont été rééduquées, formées à aimer l’ignoble migrant violeur et le déviant qui erre dans les rues des vieilles villes européennes, votent autrement. Il existe même un mot pour cela: la dysgénie. Les libéraux de gauche dans l’esprit de Merz prêchent que plus une personne est repoussante et laide, mieux c’est. On rassemble d’immenses chœurs de dégénérés qui remplissent des hangars entiers — entonnent des chants grotesques, appuyés par des musiciens et des chefs d’orchestre; ils sont censés chanter mal et faux, parce que le beau chant est considéré comme un signe de «suprémacisme élitiste ». Merz est le porte-parole de cette dysgénie, tout comme le couple Macron, chez qui l’on ne saurait distinguer lequel est l’homme et laquelle est la femme.
Ces minorités se considèrent comme les seules détentrices légitimes de la démocratie. Mais certaines régions d’Allemagne — l’Est et le Nord, en particulier la Saxe-Anhalt — voient les choses autrement. Des Baltes et des Slaves y vivaient autrefois; ce sont à l’origine des terres slaves et baltes. Peut-être les gènes des gens respectables y ont-ils survécu. Ou peut-être le socialisme en RDA [République démocratique allemande] a-t-il rendu service à la population locale en la laissant attachée à l’ancienne démocratie.
L’ancienne démocratie, c’est ce qui se produit lorsqu’un citoyen ordinaire contemple le cauchemar qui l’entoure — lorsqu’on le force à dire que deux et deux font cinq, qu’il est plus en sécurité aujourd'hui alors même qu’on peut le poignarder et le tuer à chaque coin de rue, et que quiconque n’est pas d’accord avec cette situation est un fasciste — et que rien de tout cela ne parvient à entrer dans son esprit. Pour lui, pouvoir marcher dans une rue sans que rien ne lui tombe dessus et voir des gens se parler poliment est une bonne chose. Ce n’est pas du fascisme. C’est l’exigence minimale d’un ordre sain.

Une grande partie des Allemands ne votent ni pour la droite ni pour la gauche. Ils votent pour la démocratie à l’ancienne: pour que la vie soit commode et vivable, et non pour financer des chœurs dysgéniques, des hurluberlus qui s'identifient à des animaux, à des chiens, et des habitués de clubs BDSM qui scandent: «Pas d’AfD, pas de normalité». Ce qui s’affronte, au fond, c’est la démocratie telle que la conçoit une personne normale et la démocratie imaginée par une personne gravement perturbée par une démence quelconque. La même chose se produit en Amérique.

Il est difficile de dire laquelle des ces deux conceptions de la démocratie l’emportera. J’ai un jour discuté de cette logique minoritaire avec Francis Fukuyama lors d’un débat. Il disait que toute majorité est dangereuse: elle peut choisir Poutine, un dictateur ou Hitler; il ne faudrait donc pas l’écouter, mais, au contraire, écouter les «minorités dysgéniques», les dégénérés et les personnes atteintes de démence. Parce qu’ils sont faibles, ils incarnent la «pensée faible», une philosophie faible et une théologie faible; selon cette théorie, de tels dirigeants à l’esprit déficient seraient préférables pour un pays à de sérieux bâtisseurs d’ordre. Le chaos et la schizophrénie, soutient-on, seraient préférables à l’ordre et à la paranoïa. Il est difficile de prévoir l’issue de cet affrontement.
Lorsque l’AfD a remporté les élections en Saxe-Anhalt, il a été proposé de lui interdire l’accès aux informations classifiées de la Bundeswehr — au motif qu’elle n’adhère pas à la démocratie des minorités et représente dès lors un autre type anthropologique; elle «n’aurait pas le droit» de savoir, car elle pourrait relier les faits entre eux et agir rationnellement. Selon cette logique, les véritables visages de la nouvelle démocratie sont Kaja Kallas, Ursula von der Leyen et Annalena Baerbock — représentantes de ce qu’ils appellent les «minorités mentales».
Vous direz qu’il s’agit, de ma part, d’une parodie malveillante de l’Occident contemporain. Lisez leurs manuels de science politique, leurs cours de philosophie et leurs études culturelles; parlez aux philosophes qui incarnent cet Occident. Prenez Žižek, une icône de la pensée libérale: négligé, à la parole inarticulée, il transforme chaque phrase en un paradoxe dépourvu de sens qui humilie la raison. Ce n’est pas un hasard s’il a intitulé l’un de ses livres Moins que rien — Hegel et l’ombre du matérialisme dialectique. Voilà le diapason de l’orthodoxie philosophique actuelle: un festival de dégénérés qui ont érigé la dysgénie en principe. La dysgénie est l’opposé de l’eugénisme: il ne s’agit pas de favoriser la reproduction du meilleur type humain, mais de celle du pire, de lui confier le pouvoir et de l’écouter au nom de la «solidarité» et de «l’empathie». Plus la strate des déficients mentaux est importante en politique et aux plus hautes fonctions de l’État, plus la garantie est solide que les personnes normales n’accéderont pas au pouvoir.
Pour l’instant, cela ne fonctionne pas tout à fait. Ils semblent tout contrôler, et pourtant une vague de mécontentement monte. La vieille démocratie citoyenne, tranquille et petite-bourgeoise, semble dire: je n’ai pas disparu; je vais voter. À Berlin, on ne peut pas voter pour l’AfD — car ce serait comme voter pour Poutine ou Trump; dans le bureau de vote, au sens figuré, les groupes dysgéniques vous mettront en pièces. Plus à l’est, les gens votent tout à fait tranquillement pour l’AfD. C’est un vote en faveur de la normalité contre une anti-normalité confortablement installée.
Regardez ce que propose Merz. Premièrement, une immigration illimitée. Deuxièmement, des valeurs anti-traditionnelles et des défilés consacrés à toutes les perversions imaginables. Et, parallèlement, la guerre contre la Russie, la militarisation et la surveillance totale. Ces deux orientations sont incompatibles. Soit vous choisissez les défilés — et vous vous rapprochez alors d’une Greta Thunberg déchaînée et de son fondamentalisme écologique —, soit vous choisissez la guerre, auquel cas il vous faut du nationalisme, du patriotisme, du «fascisme».
Comment concilier le fait que Merz attise d’une main une vague de désintégration et appelle, de l’autre, ces mêmes personnes à se préparer en toute hâte à la guerre contre la Russie? Une personne normale examine cette proposition et constate qu’elle ne tient pas debout. L’exigence de s’abandonner à la décadence tout en devant, simultanément, «se mettre à courir ventre à terre vers le front de l’Est» paraît relever de la folie totale à quiconque possède encore un peu de raison. Selon toute apparence, ces personnes sont plus nombreuses dans l’est de l’Allemagne, dans l’ancienne Prusse. Les gens de ces régions se sont révélés plus sains.
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mardi, 29 septembre 2026
Qui profite de la vague de réarmement en Europe? - BlackRock est aux avant-postes

Qui profite de la vague de réarmement en Europe?
BlackRock est aux avant-postes
Source: https://uncutnews.ch/wer-profitiert-von-europas-aufruestu...
Le paysage politique allemand est soumis à une pression croissante. Lors des élections régionales organisées dimanche en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la CDU du chancelier fédéral Friedrich Merz n’a pas réussi à franchir le seuil des 5%. Pour la première fois de leur histoire, les chrétiens-démocrates ne seraient plus représentés au parlement d’un Land allemand. Avec 38,2% des voix, l’AfD est arrivée en tête et a nettement amélioré son résultat. Après l’annonce des projections électorales, Merz a néanmoins déclaré vouloir rester en fonction: «Je souhaite faire avancer notre pays».
Parallèlement, les critiques se multiplient concernant le réarmement massif de l’Europe et la question de savoir qui profite des milliards mobilisés à cette fin. Le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, BlackRock, se trouve de plus en plus au centre de l’attention. La youtubeuse et militante Naomi Seibt a attiré l’attention sur un discours prononcé par Beatrix von Storch, députée de l’AfD au Bundestag. Celle-ci a formulé une grave accusation devant le Parlement fédéral: la nouvelle donne politique en Allemagne, dans les domaines de l’endettement et de l’armement, profiterait précisément à l’ancien employeur du chancelier Merz.

Avant son retour au premier plan de la vie politique, Friedrich Merz a présidé pendant plusieurs années le conseil de surveillance de BlackRock Asset Management Deutschland. Compte tenu de la politique financière et de défense actuellement menée par l’Allemagne, ce passé suscite des critiques. Sous sa direction, l’Allemagne a adopté un programme de réarmement d’une ampleur historique, prévoyant d’affecter plusieurs centaines de milliards d’euros supplémentaires à la défense. Des critiques comme Beatrix von Storch se demandent donc si cette politique ne favorise pas aussi, directement ou indirectement, les intérêts économiques de l’ancien employeur du chancelier.
Un examen de l’industrie de l’armement permet de comprendre sur quoi repose cette critique. BlackRock détient une participation importante dans Rheinmetall, l’un des plus grands groupes allemands d’armement et l’un des principaux bénéficiaires économiques de la hausse des dépenses européennes de défense. En outre, le gestionnaire d’actifs détient, par l’intermédiaire de ses fonds, des participations dans de nombreuses autres entreprises de l’industrie de l’armement. Lorsque le cours de leurs actions augmente sous l’effet de la hausse des dépenses de défense, les fonds détenant ces actions en profitent eux aussi.

Selon cette présentation des faits, les liens en question dépassent le cadre de l’industrie de l’armement. BlackRock intervient, ou est intervenu, en tant que conseiller dans la mise en place de structures d’investissement destinées à la reconstruction et au développement économique de l’Ukraine. Le gestionnaire d’actifs participe ainsi aux réflexions sur la manière dont des capitaux privés peuvent être mobilisés et employés pour reconstruire le pays. Beatrix von Storch a soutenu devant le Bundestag que des recettes fiscales et des milliards mobilisés par les pouvoirs publics pourraient ainsi, en définitive, être dirigés vers des structures dont bénéficierait également l’ancien employeur de Merz.
Une information publiée par Bloomberg a suscité une attention supplémentaire. Selon cette information, avant l’annonce des nouveaux projets financiers allemands, BlackRock avait sensiblement modifié son positionnement sur les obligations d’État allemandes, ou misé sur une hausse de leurs rendements. La raison en est la suivante: une forte augmentation de la dette publique peut entraîner une hausse du rendement des obligations fédérales allemandes. Les positions financières correspondantes peuvent profiter de cette évolution.
Beatrix von Storch a donc résumé son accusation devant le Bundestag en des termes particulièrement vigoureux: l’Allemagne s’endette tandis que BlackRock en tire profit. Cette accusation relie ainsi trois domaines: les participations de BlackRock dans des entreprises d’armement, son rôle dans les structures d’investissement destinées à l’Ukraine et son positionnement sur le marché allemand des obligations d’État.
Les critiques en déduisent l’existence d’un conflit d’intérêts plus fondamental entre la finance et la politique. Un ancien haut responsable du plus grand gestionnaire d’actifs au monde se trouve aujourd’hui à la tête du gouvernement allemand, tandis que sont prises des décisions politiques concernant des secteurs et des marchés financiers dans lesquels BlackRock a massivement investi.

Il convient toutefois de distinguer les liens publiquement connus de la conclusion politique qui en est tirée. Les participations de BlackRock dans les entreprises d’armement, les anciennes fonctions exercées par Merz au sein de BlackRock, le rôle du gestionnaire d’actifs dans le cadre des investissements en Ukraine ainsi que les positions sur le marché obligataire rapportées par Bloomberg constituent le fondement de l’argumentation. En revanche, l’affirmation selon laquelle Merz mènerait délibérément cette politique au profit de son ancien employeur constitue une accusation politique formulée par Beatrix von Storch et d’autres critiques.
Le fait que cette critique soit formulée par une députée de l’AfD ne change rien au fait que les liens économiques sous-jacents soulèvent une question politique: jusqu’où peut aller la proximité résultant des passages de hauts responsables entre l’un des gestionnaires d’actifs les plus puissants au monde et les plus hautes fonctions gouvernementales, alors même que sont prises des décisions portant sur de gigantesques investissements publics?
La portée de cette question dépasse par ailleurs largement l’Allemagne. Les Pays-Bas, la Belgique et la France subissent également des pressions croissantes afin d’augmenter considérablement leurs dépenses de défense. Dans ces pays aussi, BlackRock détient, par l’intermédiaire de ses fonds, des participations dans de nombreuses entreprises, tout en gérant les capitaux d’investisseurs institutionnels et de fonds de pension qui investissent à leur tour dans des obligations d’État. Le débat allemand devient ainsi une question européenne: qui profite économiquement de la plus grande vague de réarmement que l’Europe ait connue depuis des décennies?
Plus les milliards consacrés à l’armement, à l’endettement public et à la future reconstruction de l’Ukraine seront nombreux, plus la question des éventuels conflits d’intérêts entre le monde politique et l’industrie financière gagnera en importance. Le cas Merz-BlackRock illustre à cet égard la proximité entre ces deux univers: un ancien haut responsable du plus grand gestionnaire d’actifs au monde dirige aujourd’hui l’Allemagne dans une période de dépenses de défense historiquement élevées, tandis que BlackRock intervient, par l’intermédiaire de ses fonds, précisément dans les secteurs économiques et financiers susceptibles de bénéficier de cette évolution.
16:39 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, allemagne, europe, affaires européennes, afd, beatrix von storch, friedrich merz, blackrock |
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lundi, 21 septembre 2026
À propos de la crise énergétique en Europe

À propos de la crise énergétique en Europe
Carlos X. Blanco
L’Europe occidentale manque de ressources énergétiques fossiles. Contrairement à des géants tels que la Chine — qui est en passe de devenir un « État électrique » —, les États-Unis ou la Russie, qui disposent d’importantes ressources énergétiques propres, les États européens sont, dans ce domaine également, devenus dépendants.
La subordination politique et militaire des pays européens depuis l’occupation de 1945 est devenue chronique. Dans une civilisation technologique, celui qui possède et contrôle l’énergie contrôle dans une large mesure le pouvoir. Les précédentes crises pétrolières — comme celle des années 1970 — ont montré que les Européens doivent être prêts à abandonner à tout moment leur voiture au profit du vélo. De même, maintenir les niveaux élevés de consommation des Européens tout en payant des prix exorbitants pour l’énergie et sans disposer d’énergies renouvelables suffisamment développées entraînera la ruine économique de cette partie du monde.

La « crise d’Ormuz », c’est-à-dire l’attaque injustifiable des États-Unis contre la République islamique d’Iran, constitue une preuve supplémentaire de l’incompatibilité des intérêts et des objectifs des États-Unis, d’une part, et de l’Europe, d’autre part.
Selon la presse, les agressions américaines ont provoqué un tel blocage des voies d’approvisionnement que les Européens ont dû, et devront encore, supporter un surcoût considérable sur leurs importations de pétrole brut. Quatre pays européens seulement — les Pays-Bas, l’Italie, la France et l’Espagne — devront payer 41 milliards d’euros supplémentaires en raison du blocage du détroit d’Ormuz, selon Euronews. Sur ces 41 milliards, 8 milliards incomberont au Royaume d’Espagne.
Les États européens, qui manquent d’énergie et de nombreuses ressources fondamentales pour l’industrie technologique moderne, ont eux-mêmes provoqué leur dépendance, leur soumission et leur absence d’autonomie stratégique. En vain, la presse atlantiste, qui continue d’endoctriner l’Europe, accusera les «radicaux» iraniens du blocage du détroit d’Ormuz et de l’instabilité au Moyen-Orient. Pourtant, les attaques illégales et brutales lancées par Trump, qui ont notamment comporté l’assassinat ciblé de négociateurs et de dirigeants politiques, sont la véritable cause de cette crise qui ruinera l’Europe.
Sur le plan géopolitique, les États-Unis forment une grande île, relativement isolée des bouleversements affectant le reste de la planète. Il s’agit d’une vaste île dotée de ses propres ressources minières et énergétiques, où le Nord yankee peut se réfugier ou se replier en cas d’accumulation de défaites, en exploitant le sud de son propre continent — «l’arrière-pays de la doctrine Monroe» —, en s’emparant du Groenland, etc.
Pourtant, les Européens ont vu, sous leurs propres yeux, les Américains déclencher des conflits contraires à leurs intérêts objectifs, les enfonçant encore davantage dans une dépendance quasi coloniale remontant à 1945. Ignorer cette asymétrie est fatal. Il existe des attaques et des actions que les Américains peuvent, pour le moment, se permettre, mais pas les Européens.

L’explosion du gazoduc Nord Stream, le 26 septembre 2022, acceptée et même dissimulée par l’Allemagne — le premier pays d’Europe occidentale à en avoir subi les conséquences —, suivie par la soumission des autres pays européens directement concernés par ce gazoduc, constitue un autre cas flagrant: les intérêts des États-Unis et ceux de l’Europe ne coïncident pas. Au contraire, ils sont contradictoires: ce qui profite à l’une des parties nuit nécessairement à l’autre, et inversement.
Le gaz russe, accessible et bon marché pour une grande partie de l’Europe, est désormais interdit sur ordre des États-Unis. L’Europe achète du gaz coûteux aux États-Unis et, par pur esprit de servilité, refuse de négocier avec la Russie. L’enracinement du conflit ukrainien, devenu une véritable guerre de l’OTAN contre la Russie, peut être interprété comme un nouvel épisode de la colonisation américaine de l’Europe.
Les dirigeants et les principaux partis au pouvoir dans les États européens sont influencés, sinon directement choisis, par les États-Unis. La mise en scène de certaines frictions ou divergences entre Trump et ses alliés ne saurait masquer les faits objectifs. Pour atteindre leurs objectifs géopolitiques, les Américains sont disposés à précipiter toute l’Europe dans la ruine économique.

Le cas espagnol est assez représentatif et comparable au cas allemand. Madrid obtenait de l’Algérie — plutôt que de la Russie — un gaz bon marché et géographiquement proche, couvrant plus de 30% de ses besoins.
La politique de soumission à l’axe atlantique menée par le gouvernement de Pedro Sánchez et le PSOE a provoqué une paralysie des relations avec l’Algérie au cours de l’exercice 2022-2023, blocage auquel il est aujourd’hui remédié.
Plus de 600 millions d’euros ont été perdus en raison de la soumission absolue de Madrid à Rabat, uniquement pour s’aligner sur l’axe atlantiste-sioniste auquel Rabat appartient. L’Espagne doit être le seul cas au monde où un État européen appartenant — prétendument — au «monde libre» et «avancé» est colonisé par une dictature nord-africaine où règnent le sous-développement et l’ignorance.
Cela ne peut s’expliquer que par la vassalité atlantiste. Pourtant, une analyse superficielle des chiffres relatifs aux investissements des entrepreneurs espagnols au Maroc et à ceux des entrepreneurs marocains en Espagne révèle le contraire.
Lors de cette désastreuse crise de 2022, au cours de laquelle l’Espagne a renoncé de facto au Sahara — un territoire qui aurait dû être décolonisé, mais qui demeure de jure sous souveraineté espagnole —, le gouvernement de Madrid a adopté une attitude analogue à celle du gouvernement allemand lorsque le gazoduc Nord Stream a été dynamité sous ses yeux: la ruine nationale et la trahison des intérêts souverains devaient être acceptées avec impassibilité ou résignation en raison de la vassalité envers l’atlantisme, c’est-à-dire envers les États-Unis.
À moins d’un tournant populiste radical, le gouvernement espagnol sera toujours dominé par le gouvernement marocain et risquera de perdre le gaz algérien, ou tout autre avantage nécessaire, en échange de son appartenance à l’axe yankee-sioniste-atlantique, au sein duquel Rabat joue un rôle essentiel — contrairement à l’Espagne. Il en va de même pour les Allemands, qui ont encore intensifié le réarmement et la russophobie même après que Nord Stream eut été saboté sous leurs yeux, allant ainsi à l’encontre des intérêts souverains du peuple allemand et de la moitié de l’Europe.
Être l’ami des Américains coûte cher.
15:35 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, crise énergétique, espagne, allemagne, europe, affaires européennes |
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Ryan Perkins: la désindustrialisation allemande dans le plan de bataille américain pour la nouvelle Europe

Ryan Perkins: la désindustrialisation allemande dans le plan de bataille américain pour la nouvelle Europe
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/206014
Ryan Perkins sur l’intégration de l’Europe de l’UE à la politique impériale atlantiste mondiale
L’auteur et analyste Ryan Perkins explique qu’il n’existe aucun divorce transatlantique. L’Europe serait simplement reconfigurée afin d’accorder aux États-Unis une plus grande liberté d’action dans la région Asie-Pacifique: la désindustrialisation et la financiarisation de l’Allemagne constituent la dot impériale de ce mariage!
Le nouveau rôle de l’Allemagne par la financiarisation, pierre angulaire du plan de bataille américain pour l’Europe
L’article de Ryan Perkins sur la désindustrialisation délibérée de l’Allemagne, traduit en français
Pas de divorce
L’idée selon laquelle les États-Unis et l’Europe se dirigeraient vers une séparation stratégique paraît séduisante sur les plans politique et émotionnel: les différends commerciaux, les subventions industrielles, le partage du fardeau en matière de défense et la rhétorique d’une «autonomie stratégique» européenne sont considérés comme autant de preuves que l’ordre atlantique serait prétendument en train de se désagréger. Mais cela permet seulement aux élites des deux côtés de l’Atlantique de…
… se bercer, elles-mêmes ainsi que leurs électorats, d’illusions quant à leur capacité d’action politique !
Mais cette idée est fausse! Il n’y aura pas de césure transatlantique, non pas parce qu’un amour perdu aurait été retrouvé, mais parce qu’une telle séparation serait structurellement impossible. Les États-Unis et l’Europe ne sont liés ni par des sentiments ni par des valeurs communes. Ils sont liés par le capital, qu’il est impossible de découpler à une telle échelle.
Au cœur de cette relation se dissimule un fait presque entièrement passé sous silence dans les commentaires des médias [occidentaux] :
Le stock d’investissements directs croisés entre les États-Unis et l’Europe s’élève à environ sept mille milliards de dollars!


Il ne s’agit pas de flux commerciaux qui pourraient être réorientés, ni de capitaux de portefeuille qui pourraient être retirés. Il s’agit d’usines, de chaînes d’approvisionnement du secteur de la défense, de banques, d’assureurs, de propriété intellectuelle et d’interconnexions durables entre entreprises, intégrés aux systèmes juridiques nationaux et politiques des deux côtés de l’Atlantique.
Un système édifié sur un socle de capital aussi fondamental ne se désagrège pas: il ne fait que se réorganiser !
Ce à quoi nous assistons aujourd’hui n’est pas l’effondrement de l’ordre atlantique, mais un recalibrage interne au sein d’un empire financier centré sur les États-Unis. Les querelles portant sur la politique industrielle et les dépenses de défense concernent la répartition des coûts et la division du travail, mais ne constituent pas des stratégies de sortie.
Au niveau qui compte réellement, l’intégration s’est au contraire approfondie: les lignes de swap dollar-euro demeurent l’épine dorsale de la stabilité financière mondiale. La coordination réglementaire est aujourd’hui encore plus étroite qu’avant la crise financière mondiale. Lors de chaque période de tension — comme en 2008, durant les crises de l’euro et du Covid, ou lors du choc énergétique —, la coordination s’est au contraire intensifiée et ne s’est nullement délitée.
Ce n’est pas ainsi que se déroulent les divorces. C’est ainsi que se comportent les empires financiers qui ne se dissolvent pas d’eux-mêmes: ils se contentent de réagir et de se réorganiser!

Le facteur chinois
La logique stratégique à l’origine de ce réalignement est la Chine:
Washington considère la région Asie-Pacifique comme le théâtre décisif de la lutte pour la suprématie au XXIe siècle, précisément parce que la Chine est la seule puissance qui serait capable de contester la suprématie technologique, industrielle et militaire des États-Unis. Cette appréciation entraîne une conséquence inévitable: les États-Unis doivent retirer des ressources d’Europe sans pour autant laisser s’effondrer l’ordre sécuritaire européen.
En d’autres termes, l’Europe doit devenir un pilier suffisamment fiable de l’OTAN pour que les États-Unis puissent déployer leurs forces ailleurs:
Cela n’exige pas l’indépendance européenne — cela l’exclut au contraire!
Cela nécessite toutefois des capacités européennes — budgétaires, industrielles et institutionnelles — permettant à l’Europe de gérer sa propre zone tout en restant pleinement intégrée au système atlantique.
Ce qui change réellement
C’est pourquoi l’Europe remanie discrètement son système d’exploitation économique:
Les emprunts communs de l’UE, autrefois tabous, sont devenus la norme. On attend désormais de la Banque centrale européenne qu’elle stabilise les marchés des obligations souveraines en temps de crise, plutôt que de rester à l’écart. La discipline budgétaire a cédé la place à la capacité d’action budgétaire…
…ce qui apparaît le plus clairement dans l’abandon, par l’Allemagne, du frein à l’endettement !
Les politiques de défense et industrielle ne sont plus considérées comme des réponses temporaires à des situations d’urgence, mais comme des composantes permanentes du paysage économique.
Rien de tout cela ne crée un super-État européen. Mais, prises ensemble, ces transformations rendent l’Europe financièrement lisible et opérationnellement mobilisable dans un monde où les États-Unis partent du principe qu’ils seront occupés ailleurs.

Le nouveau rôle de l’Allemagne dans le nouveau concept européen
Le déclin industriel de l’Allemagne n’est pas le fruit accidentel d’une mauvaise politique énergétique:
Il s’agit de la reconfiguration stratégique d’un État central au sein de l’empire financier [atlantique]!
La fermeture des centrales nucléaires et l’abandon de la dépendance au gaz russe n’étaient pas des erreurs, mais le démantèlement contrôlé d’un modèle d’exportation obsolète, incompatible avec une zone euro unifiée. En bref, les excédents commerciaux persistants de l’Allemagne et son autoritarisme budgétaire — l’«ordolibéralisme» allemand — ont déstabilisé la périphérie de l’Europe. La véritable fonction de l’Allemagne est passée de la production de biens à la gestion financière — d’hégémon industriel à ancrage financier. Cette financiarisation ne constitue…
…aucunement un signe d’indépendance européenne, mais celui d’une intégration plus profonde dans un système dirigé par les États-Unis!
[Note de la rédaction: L’école de pensée ordolibérale fut fondée dans la première moitié du XXe siècle par les économistes de l’école de Fribourg. Elle constituait un courant de pensée économique selon lequel l’État fixe un cadre juridique stable afin de garantir la libre concurrence et la liberté du marché.
L’ordolibéralisme sert de fondement théorique à l’économie sociale de marché en Allemagne et en Europe centrale. Il associe les principes de performance et de responsabilité à la compensation sociale, une approche qui est toutefois demeurée complètement étrangère à l’Occident.

Après 1945, les idées de l’école de Fribourg servirent de fondement théorique à l’ordre économique ouest-allemand sous Ludwig Erhard (photo). L’objectif était d’empêcher les monopoles et les cartels afin de permettre la libre concurrence. Une monnaie stable devait en constituer le fondement décisif.
Associée à la Deutschland AG [1], cette école de pensée allemande devait apparaître comme un chiffon rouge aux yeux des représentants de l’impérialisme et du néocolonialisme atlantistes. Dans la lutte décisive pour reconfigurer le modèle économique allemand en fonction de l’impérialisme économique atlantiste, l’ordolibéralisme allemand fut, au tournant du millénaire, de plus en plus pris pour cible par les curateurs atlantistes. Ceux-ci le firent ensuite dénigrer comme relevant prétendument de la «vieille école», conjointement avec la Deutschland AG, avant de les éliminer définitivement dans le sillage de la crise financière de 2008. Parallèlement, l’Allemagne fut atlantisée.
Les articles de Ryan Perkins portent sur ce nouvel ordre européen consécutif à la prise de contrôle atlantiste, strictement conforme au modèle de domination atlantiste sous une oligarchie qui ne tolère les démocraties simulées que dans certaines limites].
En abandonnant son frein à l’endettement et en acceptant une dette collective de l’UE, l’Allemagne s’est transformée en garante budgétaire de la stabilité continentale. Cela rend possible une Europe plus performante et capable de s’autofinancer, qui agit de façon autonome dans la gestion quotidienne — afin que les États-Unis puissent déplacer leur puissance, leurs ressources et leur attention vers la compétition décisive dans la région Asie-Pacifique:
La désindustrialisation de l’Allemagne est le prix à payer pour devenir un pilier fiable de cette structure impériale!
L’Ukraine et l’escalade contrôlée
L’Ukraine se trouve au centre de ce nouvel ordre.
La tâche de l’Europe n’est pas de remplacer la puissance militaire américaine, mais de soutenir l’Ukraine sur le long terme et de conserver la possibilité d’intensifier, voire de «rallumer», un conflit gelé chaque fois que cela paraîtrait opportun sur le plan géopolitique — sans obliger les États-Unis à maintenir de nouveau d’importantes forces armées sur le continent. Cela nécessite de l’argent, de la logistique et des capacités de production [chez les Européens de l’UE], mais aucune autonomie rhétorique.
La nouvelle architecture financière européenne est précisément conçue à cet effet !

Réarmement sans indépendance
Le réarmement de l’Europe ne signifie toutefois pas l’indépendance de sa politique de défense. Bien au contraire!
Les équipements militaires les plus modernes continueront d’être achetés aux États-Unis, avec une production supplémentaire sous licence, notamment dans les pays d’Europe orientale. Les accords transatlantiques conclus en juillet en vue de réorienter le commerce et la sécurité engagent de fait l’Europe à…
… acheter pour quelque 600 milliards de dollars d’armements américains au cours des dix prochaines années!
Cela lie directement le développement militaire européen aux capacités industrielles des États-Unis!
Ce n’est pas un hasard. Cela est présenté comme le prix de la rapidité, de l’ampleur et de l’interopérabilité, mais lie inévitablement l’Europe aux chaînes de commandement américaines et…
…garantit que Wall Street en prélèvera, comme toujours, sa part!
La nouvelle division européenne du travail
Ce qui se dessine n’est pas une Europe souveraine, mais une Europe fonctionnelle, organisée selon des schémas manifestement impériaux:
- La France fournit une marge d’appréciation politique et une crédibilité militaire. L’Allemagne apporte la profondeur de ses bilans, tandis que son modèle industriel axé sur les exportations s’érode et que le financement par le déficit devient inévitable.
- L’Europe du Sud sert de zone de transmission budgétaire et de demande.
- L’Europe de l’Est devient l’atelier industriel où se déroulent la production d’armes sous licence, les activités manufacturières énergivores et la logistique avancée, étroitement intégrées aux systèmes de l’OTAN.
Ce n’est pas de la convergence, mais bien de la différenciation!
L’autonomie stratégique comme simple théâtre politique
Le discours sur l’«autonomie stratégique» persiste avec ténacité parce qu’il remplit une fonction politique utile. Il permet aux chefs d’État et de gouvernement européens de justifier l’expansion budgétaire, les dépenses militaires et la centralisation institutionnelle sans devoir reconnaître que ces changements enchaînent davantage l’Europe au système atlantique, au lieu de desserrer ces liens:
La rhétorique est tournée vers l’extérieur, mais les structures vers l’intérieur!

Il n’existe aucune issue à ce système
Une véritable séparation transatlantique exigerait des contrôles de capitaux, des sanctions financières entre alliés ou l’effondrement de la coopération en matière de liquidités dollar-euro. Rien de tout cela n’est même de loin plausible. Toutes ces mesures entraîneraient des pertes trop importantes pour que l’une ou l’autre partie veuille les supporter.
L’ordre atlantique n’est pas maintenu par la bonne volonté, mais par le fait qu’une sortie serait financièrement catastrophique.
Conclusions
Les relations transatlantiques ne prennent pas fin: elles sont simplement reconfigurées pour une époque marquée par la rivalité entre les États-Unis et la Chine.
L’Europe est recapitalisée, centralisée et militarisée — non pas pour échapper à la puissance américaine, mais pour permettre à celle-ci d’être employée ailleurs. Les États-Unis ne perdent pas l’Europe: ils délèguent simplement la gestion d’un théâtre d’opérations [territoire occupé] afin de pouvoir se concentrer sur un autre.
Ce qui repose sur sept mille milliards de dollars de capitaux irrécupérables ne se dissout pas:
Cela ne fait que s’adapter — au service de l’Empire!
Note:
[1] Il existait en Allemagne, jusqu’au tournant du millénaire, un système comparable, la «Deutschland AG», qui s’était développé comme fondement de l’essor industriel de l’Allemagne après la fondation du deuxième Empire allemand en 1871. La structure de la Deutschland AG fut progressivement démantelée, à commencer par l’assassinat, le 30 novembre 1989, d’Alfred Herrhausen, alors président de la Deutsche Bank, par des services atlantistes, avant d’être définitivement éliminée en 2008. La dissolution étatique ultérieure de la République fédérale d’Allemagne au sein du système financier atlantique s’en trouvait ainsi nécessairement prédéterminée.
* * *
Les articles de Ryan Perkins font partie d’une série consacrée à la désindustrialisation de l’Allemagne et à la restructuration de l’Europe dans le cadre de l’Empire américain.
À propos de l’auteur: Ryan Perkins est analyste principal et rédacteur pour le Global Economic Indicator. Il vit à Pékin. Ses analyses ont été publiées dans des médias internationaux tels que The Atlantic Magazine et ont été sollicitées aussi bien par des entreprises que par des groupes de réflexion. Son blog Substack s’est classé à la 49ème place dans la catégorie «Actualités mondiales et politique».
Le livre L’esprit dans la machine de Ryan Perkins, consacré à la technocratie capitaliste, souvent confondue avec le marxisme | Source : ryanperkins.sustack.com
- L’article de Ryan Perkins du 27 décembre 2025, « Désindustrialisation délibérée : le nouveau rôle de l’Allemagne par la financiarisation dans le plan de bataille américain pour l’Europe », en version originale anglaise - ICI: https://ceinewsletter.substack.com/p/deindustrialization-...
- L’article d’UM de Ryan Perkins du 16 décembre 2025, « Le théâtre politique de Friedrich Merz » - ICI: https://www.unser-mitteleuropa.com/205934
- L’article d’UM de Ryan Perkins du 29 octobre 2025, « La désindustrialisation de l’Allemagne est un coup d’État du capital ! » - ICI: https://www.unser-mitteleuropa.com/205668
- L’article d’UM de Ryan Perkins du 10 novembre 2025, « Finale du coup d’État du capital : l’Europe démantelée entre les États-Unis et la Chine ! » - ICI: https://www.unser-mitteleuropa.com/205778
- L’article d’UM sur le « sombre accord » du 17 janvier 2025 — comment et quand le transfert planifié et systématique de richesses vers les États-Unis a commencé - ICI: https://www.unser-mitteleuropa.com/157313
- L’article d’UM de Ryan Perkins du 20 novembre 2025, « La vassalisation de l’Europe et la Pax Americana dans la pénombre du crépuscule » - ICI: https://www.unser-mitteleuropa.com/205842
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Quand la politique étrangère devient une politique industrielle - ce que Volkswagen révèle du modèle allemand

Quand la politique étrangère devient une politique industrielle - ce que Volkswagen révèle du modèle allemand
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Volkswagen a nettement revu à la baisse ses prévisions pour 2026. On peut y voir un problème propre au groupe: coûts, Porsche, logiciels, politique de gamme et transformation.
Mais on peut aussi pousser l’analyse un peu plus loin.
Car le cas de Volkswagen montre avec une grande précision à quel point les conditions permettant à l’industrie allemande de réussir ont changé.
Pendant longtemps, la Chine a représenté pour les constructeurs automobiles allemands à la fois un marché, un site de production et une source de bénéfices. Aujourd’hui, elle est également devenue un concurrent technologique et industriel qu’il faut prendre au sérieux, non seulement sur son propre marché, mais aussi, et de plus en plus, en Europe et sur les marchés tiers.
De leur côté, les États-Unis, depuis longtemps, ne considèrent plus le commerce comme une simple question d’ouverture des marchés. Les droits de douane, les subventions, l’accès aux marchés et les décisions d’implantation font désormais partie d’une politique industrielle stratégique.
L’Union européenne commence elle aussi à réagir: au moyen de droits compensateurs, du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), d’une politique des matières premières, de marchés publics stratégiques et de tentatives visant à faire davantage du marché intérieur un levier de politique économique.
Il ne s’agit plus seulement de savoir si une entreprise allemande produit de manière suffisamment efficace ou si elle est capable de rester à la hauteur sur le plan technologique.
Il s’agit de savoir dans quelles conditions politiques elle peut encore produire, d’où viennent l’énergie et les matières premières, quels marchés demeurent ouverts, qui définit les normes technologiques et dans quelle mesure les dépendances économiques peuvent être exploitées à des fins de politique étrangère.
C’est précisément ici que la politique étrangère commence à devenir aussi une politique industrielle.
Pendant longtemps, le modèle allemand a reposé sur une combinaison exceptionnellement favorable: une énergie relativement bon marché, des marchés mondiaux ouverts, une demande croissante en Chine, la protection des États-Unis en matière de sécurité et des chaînes d’approvisionnement mondiales résilientes.
Plusieurs de ces conditions s’érodent simultanément. C’est pourquoi l’annonce que fait Volkswagen est plus intéressante qu’un simple avertissement sur résultats (!).
Elle montre que l’Allemagne ne doit pas seulement débattre des stratégies d’entreprise, mais aussi des conditions permettant de maintenir sur son territoire la création de valeurs industrielles.
Il ne s’agit pas pour autant d’autarcie, mais de marge de manœuvre stratégique. Un pays industriel est en mesure d’agir lorsque, en matière d’énergie, de matières premières, de technologies, de capitaux et de débouchés, il ne dépend pas d’une seule configuration politique.
C’est précisément là que réside le véritable défi pour l’Allemagne: non pas choisir entre Washington, Pékin ou un autre centre de pouvoir, mais être capable d’entretenir des relations avec plusieurs centres de pouvoir sans devenir dépendante de l’un d’entre eux au point que ses décisions économiques puissent lui être dictées de l’extérieur.
Volkswagen est donc bien plus qu’un constructeur automobile en difficulté.
Le groupe illustre un modèle économique allemand désormais plongé dans un monde où la puissance économique est de nouveau plus étroitement liée au pouvoir politique, à la maîtrise technologique et au contrôle des ressources.
C’est précisément pourquoi la question de l’avenir de Volkswagen finira par devenir celle de la position stratégique de l’Allemagne elle-même.
#geopolitiek@global_affairs_byelena
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dimanche, 20 septembre 2026
Clause de l’ONU: l’Allemagne reste un État ennemi des Nations-Unies!

Clause de l’ONU: l’Allemagne reste un État ennemi des Nations-Unies!
Michael von der Schulenburg,
député européen et diplomate auprès de l’ONU
Source: https://www.anonymousnews.org/hintergruende/un-klausel-de...
Le député européen (BSW) et diplomate de longue date aux Nations unies Michael von der Schulenburg met en garde le gouvernement fédéral allemand : la clause dite des États ennemis, qui autorise dans certains cas une intervention militaire contre les anciennes puissances de l’Axe, n’est ni oubliée ni obsolète.
Lorsque les Alliés de la Seconde Guerre mondiale élaborèrent la Charte des Nations unies, ils souhaitaient créer un système mondial de sécurité collective. Celui-ci devait avoir pour objectif de «préserver les générations futures du fléau de la guerre». En adoptant la Charte des Nations unies, tous les États membres s’engagèrent également à régler désormais leurs différends exclusivement par des moyens pacifiques, et non plus par la force militaire. Les décisions relatives au recours à la force pour maintenir ou rétablir la paix ne devaient plus être prises que collectivement, d’abord par les onze membres, et aujourd’hui par les quinze membres du Conseil de sécurité des Nations unies.
La Charte des Nations unies contient toutefois une exception aujourd’hui largement tombée dans l’oubli: la clause dite des États ennemis, figurant aux articles 53, 77 et 107. Elle confère aux anciennes puissances alliées victorieuses le droit de prendre, même sans mandat du Conseil de sécurité, des mesures militaires contre les États ennemis appartenant autrefois aux puissances de l’Axe, afin d’empêcher toute nouvelle agression de leur part. Le Conseil de sécurité étant expressément exclu dans ce cas, cela pourrait signifier que chacun des anciens Alliés est habilité à déterminer lui-même si une ancienne puissance de l’Axe adopte de nouveau une attitude agressive.
Les pays de loin les plus importants auxquels s’appliquait la clause des États ennemis étaient l’Allemagne et le Japon. Mais cette clause demeure-t-elle applicable plus de quatre-vingts ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale? Le gouvernement fédéral allemand répond sans équivoque par la négative. La situation juridique ne paraît cependant pas aussi claire.
Le gouvernement fédéral estime que la clause des États ennemis est depuis longtemps devenue sans objet («obsolète»). Il invoque principalement deux éléments: premièrement, une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies datant de 1995 et, deuxièmement, le traité Deux-plus-Quatre de 1990.

En 1995, l’Assemblée générale constata, dans une résolution adoptée, que l’Allemagne réunifiée faisait partie des États épris de paix et que la clause des États ennemis était donc dépassée. Auparavant déjà, selon l’argumentation du gouvernement fédéral, les quatre puissances victorieuses avaient renoncé, dans le traité Deux-plus-Quatre, à leurs droits particuliers à l’égard de l’Allemagne, ce qui inclurait également les droits découlant de la clause des États ennemis. Mais ces arguments sont-ils réellement valables? Voici quelques considérations :
1. La clause des États ennemis n’a jamais été supprimée de la Charte des Nations unies.
L’Assemblée générale s’est contentée de constater que cette clause devait être considérée comme sans objet à l’égard d’une Allemagne éprise de paix. Le texte de la résolution ne précise toutefois pas que cette clause serait désormais définitivement caduque. Si, à l’avenir, l’Allemagne n’était plus considérée comme un État épris de paix, la clause des États ennemis pourrait-elle être appliquée de nouveau? Il n’existe probablement pas de réponse claire à cette question.
2. Les résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies ne sont pas juridiquement contraignantes.
Les résolutions de l’Assemblée générale ont généralement valeur de recommandations. En vertu de la Charte des Nations unies, les décisions contraignantes ne peuvent, en principe, être prises que par le Conseil de sécurité. Or, aucune résolution du Conseil de sécurité n’a jamais formellement abrogé la clause des États ennemis. Les dispositions concernées figurent donc toujours dans le texte de la Charte.
3. La suppression de la clause nécessiterait une modification de la Charte des Nations unies.
La suppression de la clause des États ennemis nécessiterait une procédure formelle de révision conformément aux règles de la Charte. Cela nécessiterait sans doute également la ratification de cette modification par tous les États membres. Rien de tel ne s’est produit et les articles concernés demeurent donc en vigueur.

4. Le traité Deux-plus-Quatre ne peut pas modifier la Charte des Nations unies.
Le traité Deux-plus-Quatre est certes un traité juridiquement contraignant au regard du droit international. Toutefois, un traité conclu entre l’Allemagne et les quatre puissances victorieuses ne saurait décider d’une modification de la Charte. Le traité ne contient pas non plus de référence à une abrogation expresse de la clause des États ennemis figurant dans la Charte des Nations unies.
5. La Russie pourrait éventuellement dénoncer le traité Deux-plus-Quatre.
La Russie pourrait faire valoir que l’Allemagne a violé l’esprit et la lettre du traité Deux-plus-Quatre, par exemple en raison de sa participation à l’intervention de l’OTAN contre la Yougoslavie en 1999, du stationnement de troupes allemandes en Lituanie ou de la mise en place de structures militaires de l’OTAN sur le territoire de l’ancienne RDA.
Compte tenu des tensions croissantes entre l’Allemagne et la Russie, la clause des États ennemis pourrait retrouver une importance politique. La Chine l’a déjà invoquée dans le cas du Japon. Comme l’a indiqué l’ambassade de Chine au Japon sur X, la Chine aurait le droit de prendre des «mesures militaires directes» sans solliciter l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies, si le Japon prenait des mesures allant dans le sens d’une nouvelle agression.
La Russie pourrait tenter d’invoquer la clause des États ennemis, comme elle en a déjà menacé, pour justifier des opérations militaires contre des installations allemandes produisant des drones à longue portée destinés à la guerre en Ukraine. Elle pourrait alors soutenir que, par son soutien à l’Ukraine, l’Allemagne est devenue de fait partie prenante à la confrontation.
Il pourrait également être souligné que le gouvernement fédéral a élaboré une nouvelle stratégie militaire exclusivement dirigée contre la Russie. Comme circonstance aggravante, il pourrait être avancé que la dernière stratégie militaire allemande remonte à 1939 et qu’elle conduisit directement à la Seconde Guerre mondiale. Par l’application de la clause des États ennemis — voire par la seule menace de son application —, l’Allemagne pourrait être rattrapée par son passé. Il est douteux que la République fédérale d’Allemagne puisse compter, dans ce cas, sur un soutien international.
Le gouvernement fédéral ne devrait donc pas écarter d’un revers de main la possibilité d’une nouvelle application de la clause des États ennemis, mais se rappeler que, compte tenu de son passé, l’Allemagne a l’obligation particulière d’œuvrer en faveur d’une solution pacifique à la guerre en Ukraine, d’éviter les risques d’escalade et de ne pas aggraver davantage les tensions politiques. À une époque où la confrontation militaire s’intensifie, il serait donc particulièrement judicieux de rechercher le dialogue entre l’Allemagne et la Russie ainsi que des voies de désescalade.
20:03 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, allemagne, affaires européennes, onu, nations-unies |
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La stratégie est-européenne de la Grande-Bretagne, 1912–2026

La stratégie est-européenne de la Grande-Bretagne, 1912–2026
par Zheng Wei
Analyste stratégique freelance
Source: https://www.linkedin.com/pulse/gro%C3%9Fbritanniens-osteu...
Un siècle d’étranglement par l’«offshore balancer»: la stratégie est-européenne de la Grande-Bretagne, de la poudrière balkanique de 1912 au bourbier du Donbass en 2026.
Sur le grand échiquier géopolitique de l’époque moderne, les effectifs de l’armée britannique n’ont certes jamais égalé ceux des principales puissances terrestres du continent européen. Pourtant, la capacité de Londres à façonner — et à détruire — l’espace géopolitique au cœur de l’Eurasie s’est déployée tout au long d’un siècle. Depuis que Halford Mackinder a formulé sa «théorie du Heartland» en 1904, le centre névralgique stratégique de l’Empire britannique est hanté par un cauchemar immuable: il ne fallait en aucun cas permettre aux ressources essentielles, à l’industrie et à la population de l’Eurasie de s’intégrer en un seul ensemble.
Appliqué à l’espace européen, ce cauchemar stratégique s’est cristallisé en une loi d’airain: il ne fallait jamais que l’industrie de précision, les capacités d’organisation et de mobilisation ainsi que les capitaux de l’Allemagne fusionnent en profondeur avec les immenses ressources naturelles, la profondeur stratégique et l’assise démographique de la Russie.
Afin d’empêcher cette intégration terrestre, la Grande-Bretagne a perfectionné, au cours d’un siècle entier, son rôle traditionnel d’«offshore balancer» pour en faire une technique sophistiquée de fragmentation continentale. Du déclenchement des guerres balkaniques en 1912 afin de couper le chemin de fer de Bagdad, jusqu’à la transformation du Donbass en hachoir destiné à briser, en 2026, la confiance stratégique entre l’Allemagne et la Russie, la stratégie est-européenne de la Grande-Bretagne a toujours suivi la même logique mécanique de la géopolitique.


1. Le sabotage de la ligne ferroviaire des «3 B»: la mèche de la poudrière balkanique et le premier étranglement continental (1912–1914)
Vers la fin du XIXe siècle, l’unification allemande et l’essor fulgurant de la production industrielle poussèrent Berlin à rechercher de nouvelles voies terrestres pour contourner le blocus des routes maritimes mondiales exercé par la Royal Navy. Le chemin de fer de Bagdad, promu par le gouvernement de Guillaume II — la ligne dite des «3 B»: Berlin–Byzance–Bagdad — constituait un coup de poignard stratégique porté directement contre le cœur du Moyen-Orient, jusqu’au golfe Persique. Une fois cette ligne achevée, les troupes allemandes pourraient non seulement être transférées en quelques jours sur le flanc des Indes britanniques, en échappant à toute opération d’interception de la flotte britannique; cela signifiait en outre que les ressources pétrolières des plaines de Mésopotamie ainsi que les droits d’exploitation tout au long du tracé reviendraient à l’alliance entre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie.
Face à cette menace mortelle, l’appareil diplomatique londonien mit en œuvre des mesures froidement calculées et hautement efficaces:
- Le revirement radical de la posture géopolitique: en 1907, la Grande-Bretagne abandonna le «Grand Jeu» qu’elle menait depuis près d’un siècle contre l’Empire tsariste au Moyen-Orient et en Asie centrale, signa la convention de Saint-Pétersbourg et, au moyen de concessions en Perse et en Afghanistan, attela l’Empire tsariste — longtemps considéré comme son ennemi juré — au char de guerre de l’Entente contre l’Allemagne.


- L’activation de la zone de fracture balkanique: le point d’étranglement le plus vulnérable du pont terrestre continental reliant Vienne à Constantinople en direction du sud se trouvait dans les Balkans. La Grande-Bretagne toléra et encouragea secrètement la formation de la Ligue balkanique. Les deux guerres balkaniques de 1912 et 1913, présentées en apparence comme des guerres de libération nationale visant à chasser l’Empire ottoman de la région, servirent essentiellement à la puissance maritime pour réduire en ruines le corridor stratégique entre l’Europe centrale et le Moyen-Orient, en provoquant l’affrontement entre le nationalisme slave et les forces pangermanistes.
- Le dilemme de sécurité irréversible: l’héritage des guerres balkaniques fut une Serbie expansionniste soutenue par Saint-Pétersbourg. Ce coin enfoncé à la frontière méridionale de l’Autriche-Hongrie contraignit l’Allemagne à subordonner toute nouvelle extension de sa puissance terrestre à la soumission complète des Balkans, tandis que l’Empire tsariste ne pouvait en aucun cas reculer s’il voulait préserver son rôle de puissance protectrice. La mèche allumée par la Grande-Bretagne dans les Balkans produisit finalement à Sarajevo l’étincelle qui déclencha la Première Guerre mondiale et fit en sorte que les deux grands empires, l’Allemagne et la Russie, s’épuisent mutuellement jusqu’à leur effondrement dans les plaines d’Europe orientale.


2. Le tournant de l’après-guerre: «Operation Unthinkable» et le rempart devant le rideau de fer (1945–1946)
Les atrocités de la Première Guerre mondiale ne purent empêcher cette logique historique de se répéter. Avant la défaite de l’Allemagne nazie au printemps 1945, les États-Unis et la Grande-Bretagne avaient temporairement favorisé le «plan Morgenthau», qui visait à inonder les mines du bassin de la Ruhr, à transférer toutes les machines-outils lourdes, à désindustrialiser durablement l’Allemagne et à la transformer en un territoire agricole et pastoral docile. Mais lorsque des millions de soldats aguerris de l’Armée rouge se retrouvèrent sur l’Elbe et que le drapeau rouge flotta sur le Reichstag, la peur de Londres passa brusquement de la «revanche allemande» à la «soviétisation complète de l’Eurasie».
Les manœuvres de Churchill au cours de cette période révélèrent sans ménagement le vrai visage des élites de la puissance maritime, dépouillé de toute façade morale:
- «Operation Unthinkable»: en mai 1945 — le mois même de la capitulation allemande — Churchill chargea dans le plus grand secret l’état-major interarmées de planification du cabinet de guerre britannique d’élaborer une attaque surprise contre les troupes soviétiques stationnées en Europe orientale et en Allemagne de l’Est. L’un des principaux éléments de ce plan consistait à maintenir secrètement en unités constituées environ 100.000 soldats de la Wehrmacht et de la Waffen-SS qui venaient d’être désarmés, à les équiper d’armes britanniques et américaines et à les employer comme première vague de chair à canon lors de la progression vers Moscou.
- Du diktat de désindustrialisation au réarmement en première ligne: lorsque l’état-major constata qu’une bataille terrestre conventionnelle contre la masse des blindés soviétiques se solderait par un fiasco, et que le commandement militaire américain mit précipitamment fin à l’offensive, la Grande-Bretagne assuma immédiatement le leadership idéologique de la guerre froide — comme en témoigne le discours de Churchill sur le «rideau de fer», prononcé à Fulton en 1946. Le plan Marshall qui suivit et la reconstruction de l’Allemagne de l’Ouest ne furent nullement un acte de bienfaisance occidentale; ils constituèrent un rempart géopolitique voulu par la Grande-Bretagne: afin de bloquer l’avancée de la puissance terrestre soviétique, il fallait rapidement ranimer l’industrie lourde ouest-allemande et l’intégrer solidement à l’architecture défensive de l’OTAN.

3. Guerre cognitive et forces par procuration: la rupture physique des liens germano-russes à l’époque contemporaine
À l’ère de l’après-guerre froide, la mondialisation et le développement des réseaux de gazoducs créèrent en réalité une base matérielle sans précédent pour une nouvelle intégration du continent eurasiatique. Le gaz naturel russe bon marché et fiable, acheminé par gazoduc — Nord Stream 1 et Nord Stream 2 —, associé aux produits industriels allemands de haute technologie et aux immenses débouchés extérieurs à l’Europe, constituait le fondement porteur de la prospérité européenne.
Dans les calculs britanniques, cependant, cette fusion organique de «l’ingénierie berlinoise et des matières premières moscovites» ne différait en rien du chemin de fer de Bagdad un siècle auparavant: il s’agissait d’une menace mortelle qu’il fallait anéantir à tout prix.
Londres ne disposant plus, au XXIe siècle, des capacités de projection militaire de son ancien empire mondial, elle réorienta son action vers une politique agressive des forces périphériques, agissant par procuration, et de guerre cognitive de facture moralisatrice:
- La constitution d’un bloc avancé radicalement antirusse en Europe orientale: Londres contourna délibérément le noyau traditionnel de l’Europe occidentale formé autour de l’Allemagne et de la France et noua avec la Pologne et les États baltes un axe de sécurité particulièrement intransigeant. En stationnant durablement des groupements tactiques multinationaux en première ligne, notamment en Estonie, la Grande-Bretagne fit avancer la ligne de l’OTAN jusqu’aux flancs les plus vulnérables de la Russie et priva systématiquement Moscou de ses corridors de sécurité historiques.
- La substitution du fanatisme idéologique à la rationalité géopolitique: la Grande-Bretagne et les réseaux transatlantiques composés de groupes de réflexion dûment façonnés par son influence s’infiltrèrent en profondeur dans l’espace du débat européen. Les nécessités relevant de la realpolitik — la préservation de l’État et la sécurité énergétique — furent soudain réduites à un récit bipolaire opposant «le bien au mal». Toute approche rationnelle d’une politique allemande envers la Russie fut étouffée par des campagnes moralisatrices; dans l’espace public, les décideurs pondérés furent ostracisés car considérés comme des «auxiliaires de la dictature».

4. Le piège final: le bourbier du Donbass et l’automutilation stratégique de l’Allemagne (jusqu’en 2026)
Après le déclenchement de la crise ukrainienne en 2022, la Grande-Bretagne se distingua au sein du camp occidental comme le partisan de l’escalade le plus implacable. Depuis le Premier ministre de l’époque, qui se précipita à Kyiv pour faire échouer les premières négociations de paix à Istanbul, jusqu’au rôle de chef de file joué dans le franchissement des lignes rouges par la livraison de chars Challenger 2 et de missiles de croisière Storm Shadow, la Grande-Bretagne accula impitoyablement Berlin à chaque tournant critique.
En 2026, cette stratégie produit pour la puissance maritime les résultats destructeurs escomptés:
- Le double isolement, sur les plans physique et historique: la destruction terroriste des gazoducs Nord Stream coupa définitivement toute voie de retour physique à une coopération énergétique germano-russe. Et lorsque les premiers chars allemands Leopard 2 arborant la croix droite allemande prirent feu dans les steppes de Zaporijjia et du Donbass, la Grande-Bretagne atteignit son objectif historique: la confiance historique et la réconciliation entre Allemands et Russes, patiemment construites pendant des décennies après la Seconde Guerre mondiale, furent irrévocablement anéanties.

- La castration opérationnelle et la saignée économique de l’Allemagne: sous la bannière de la « Zeitenwende » moralement imposée, l’Allemagne s’infligea une explosion des dépenses d’armement et des prix exorbitants pour le gaz naturel liquéfié américain importé. Depuis lors, des centaines de milliards d’euros sont drainés vers le complexe militaro-industriel anglo-américain, tandis que les industries nationales de la chimie, de la construction mécanique et de l’automobile sont frappées par une profonde désindustrialisation. L’Allemagne perdit non seulement sa base énergétique bon marché et sa profondeur stratégique orientale, mais se trouva aussi, dans le gouffre sans fond de l’aide militaire destinée au Donbass, solidement enchaînée au rôle humiliant de bailleur de fonds et d’avant-poste de l’hégémonie atlantique.
Le verdict de l’histoire: les limites de la politique maritime de l’ombre
Au cours des 114 années qui s’étendent des gorges des Balkans en 1912 aux sols gelés du Donbass en 2026, la stratégie est-européenne de la Grande-Bretagne apparaît comme une chronique ininterrompue de division continentale délibérée. Elle s’est toujours caractérisée par sa capacité à pousser les principales puissances continentales à s’affronter dans de sanglantes guerres d’usure, au prix de pertes propres minimales et en attisant les blessures ethniques dans les zones périphériques.
Cette méthode d’étranglement par-derrière atteint cependant ses limites physiques. Alors que la Grande-Bretagne ne cessait d’allumer des incendies dans les plaines d’Europe orientale, sa propre base industrielle s’érodait de plus en plus, jusqu’à ne laisser subsister qu’une structure financière parasitaire. Lorsque les tirs d’artillerie et les essaims de drones sur les champs de bataille du Donbass ramènent de nouveau la guerre à une impitoyable épreuve de force fondée sur la profondeur de l’appareil industriel, la production d’acier et la capacité d’endurance stratégique, les intrigues diplomatiques poussiéreuses et la puissance médiatique de la propagande ne peuvent plus dissimuler la pourriture intérieure de ce vestige impérial. La main de l’« offshore balancer », qui n’a cessé de mettre le feu aux lignes de fracture eurasiatiques, risque, avec le retour inexorable de la realpolitik continentale, d’être consumée par les flammes qu’elle a elle-même allumées.
14:57 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : grande-bretagne, royaume-uni, géopolitique, europe orientale, allemagne, russie, europe, affaires européennes, histoire |
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mercredi, 16 septembre 2026
L’amiral Schönbach interrogé par Paolo Arrigotti: «La doctrine militaire allemande est erronée»

L’amiral Schönbach interrogé par Paolo Arrigotti: «La doctrine militaire allemande est erronée»
Par Movisol.org
Source: https://comedonchisciotte.org/l-ammiraglio-schonbach-inte...
EIR et la chaîne YouTube de Paolo Arrigotti, «Spunti di riflessione» («Pistes de réflexion»), ont interrogé le vice-amiral à la retraite Kay-Achim Schönbach, ancien chef de la Marine allemande.
De nombreuses personnes en Allemagne partagent la position de l’amiral, selon laquelle la diabolisation du président russe Vladimir Poutine et de tout un peuple est une erreur.
« La diabolisation — et c’est très important —, la diabolisation du président russe de la Fédération de Russie et, dans une certaine mesure, celle du peuple russe par certains secteurs des médias allemands, est imprudente et trompeuse, car, tôt ou tard, cette guerre prendra fin et il faudra alors continuer à vivre aux côtés d’un État situé à notre frontière orientale », a déclaré Schönbach.
« À mon avis, a poursuivi l’amiral, mais aussi selon l’appréciation bien plus autorisée et significative des principaux services de renseignement — et surtout celle du plus haut commandant militaire américain en Europe —, la Russie n’est ni disposée ni en mesure d’attaquer l’OTAN. »
Ceux qui persistent à affirmer que la Russie veut envahir l’Europe font preuve d’un «niveau intellectuel abyssal», a-t-il déclaré.
Dans cet entretien, l’amiral critique la nouvelle stratégie de sécurité allemande, qu’il juge
« trop axée sur la menace russe, au lieu de placer la République fédérale d’Allemagne et sa population au centre de la mission de défense, dans toutes les directions ».
« Le réarmement militaire russe, qui fait l’objet d’une surveillance attentive, est perçu comme le signe que la Russie se prépare à une guerre en Europe. Notre propre réarmement, qui est parti d’un niveau beaucoup plus élevé — non seulement celui de l’Allemagne, mais aussi celui de l’Europe et de l’OTAN —, devrait en revanche être compris par la Russie comme une mesure en faveur de la paix. »
Peut-être la cause de cette «obsession» réside-t-elle dans le fait que,
« tout comme en matière de politique migratoire, l’objectif est également de montrer au monde entier que nous, Allemands, sommes redevenus bons, ou que nous voulons le redevenir. Du point de vue des élites politiques allemandes, l’Ukraine est une cause commode qu’il convient de défendre avec un soutien inconditionnel contre la bête qu’est Moscou, afin de garantir que, cette fois, l’Allemagne se trouve du bon côté de l’histoire ».
Mais, ce faisant, l’Allemagne franchit une ligne rouge en produisant sur son territoire des armes destinées à l’Ukraine. Kiev frappe avec ces armes des cibles situées en Russie, et l’amiral Schönbach met en garde contre les conséquences :
« La guerre fait également rage loin à l’intérieur du territoire, et la Russie n’a pratiquement aucun moyen de se défendre. Je ne partage pas nécessairement cette position, mais je la comprends. Et la Russie n’a pratiquement aucune possibilité de se défendre en bombardant les installations de production, puisque celles-ci se trouvent hors d’Ukraine.
C’est pourquoi, en tant que citoyen allemand, je dois craindre qu’il y ait un jour des actions militaires russes sur le sol allemand, lesquelles pourraient prendre des formes très diverses. En définitive, nous ne serons pas en mesure de nous en protéger. Peut-être subirons-nous également de lourdes pertes dans ce contexte, et j’espère que cela ne se produira pas. »
L’amiral Schönbach avait fait la une de l’actualité en 2022, lorsqu’il avait été contraint de démissionner de ses fonctions d’inspecteur général de la Marine — l’équivalent allemand du chef d’état-major de la Marine — après que certains propos tenus lors d’une réunion à huis clos en Inde eurent été rendus publics. À cette occasion, il avait affirmé que Vladimir Poutine cherchait à obtenir le respect de l’Occident et que, si ce respect lui avait été accordé, il n’aurait pas marché sur l’Ukraine. Il avait également déclaré que la Russie ne restituerait pas volontairement la Crimée.
L’amiral a signé le récent appel adressé au pape Léon à l’initiative de diverses organisations internationales œuvrant pour la paix, parmi lesquelles l’Institut Schiller.
Par Movisol.org (11 septembre 2026)
Source : https://movisol.org/lamm-schonbach-alleir-la-dottrina-mil...
15:18 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Défense | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : allemagne, actualité, kay-achim schönbach, défense, otan, bellicisme, europe, affaires européennes |
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samedi, 12 septembre 2026
Götz Kubitschek: «Nous sommes nés au cœur de la société. Les vieux partis? Ils exploseront»

Götz Kubitschek: «Nous sommes nés au cœur de la société. Les vieux partis? Ils exploseront»
Source: https://www.ilgiornale.it/news/politica-estera/noi-nati-n...
L’idéologue de la Nouvelle Droite Götz Kubitschek: «L’AfD est le parti le plus intéressant d’Europe. La remigration est une politique dure; si nous ne la mettons pas en œuvre, la situation de l’Allemagne ne fera qu’empirer».
Propos recueillis par Francesco De Felice (Il Giornale, Italie)
Remigration, défense de la tradition et droite authentique conçue comme un mouvement populaire : tels sont les thèmes grâce auxquels l’AfD — le parti souverainiste qui, avec environ 30% dans les sondages, constitue la première force politique d’Allemagne — a triomphé aux élections législatives de Saxe-Anhalt. Avec 43,8% des voix, cette droite se prépare à diriger ce Land de l’Est avec Ulrich Siegmund, son candidat au poste de ministre-président. Depuis Magdebourg, capitale de la Saxe-Anhalt où elle a amorcé un tournant historique, l’AfD se met en marche vers Berlin, à la conquête du gouvernement fédéral.
La CDU du chancelier Friedrich Merz s’effondre à 17,2%, écrasée par les souverainistes, tout comme les autres partis qui ont tenté d’enrayer leur progression en les isolant politiquement et en agitant les spectres du nazisme. Götz Kubitschek, idéologue de la Nouvelle Droite, explique à Il Giornale les raisons du succès de l’AfD. Sa maison d’édition Antaios a publié en Allemagne Il mondo al contrario de Roberto Vannacci.
En Saxe-Anhalt, le parti de droite AfD a écrit une page d’histoire en remportant les élections législatives. Comment commentez-vous le résultat du scrutin?
«Un très beau résultat était prévisible, mais son ampleur et l’effondrement de la CDU ont surpris. Séduisant, sincère et positif, Ulrich Siegmund — le candidat des souverainistes au poste de ministre-président du Land, NDLR — s’est révélé être une véritable chance pour le parti et lui a fait gagner des points décisifs. C’est véritablement un événement historique dans l’histoire du parlementarisme allemand. Il est difficile de dire ce qui va se passer maintenant. Je conseille à l’AfD de ne pas faire le premier pas. Les vieux partis doivent d’abord se désagréger et exploser».
Quelles sont les raisons du succès de l’AfD ? La Brandmauer, le «mur coupe-feu» érigé par les autres partis contre l’"extrême-droite", s’est-elle enfin effondrée?
«Depuis des années, l’AfD est le projet de parti de droite le plus intéressant d’Europe. Pourquoi? L’AfD est née au cœur de la société et a compris combien il était important qu’il existe en Allemagne un parti pleinement de droite, et combien il est normal d’être de droite. Par leurs méthodes de dénonciation et de criminalisation, ainsi que par leur Brandmauer, ses adversaires politiques ont fait de l’AfD la seule véritable Alternative pour l’Allemagne. Le résultat était prévisible, mais pas dans de telles proportions».
Siegmund (photo) mise sur la remigration, une proposition qui suscite la peur en Allemagne et en Europe. Que signifie-t-elle? Comment comptez-vous apaiser ces craintes?
« La remigration n’est pas ce que prétendent les adversaires de ce concept. C’est une politique dure. Je crains qu’il ne soit pas possible de dissiper toutes les craintes. De plus, l’avenir de l’Allemagne sera encore plus dur si la remigration n’est pas mise en œuvre. En raison des politiques catastrophiques menées au cours des dernières décennies, il n’existe pas de solution douce».
L’AfD mène un Kulturkampf, une guerre culturelle: avec le mot d’ordre «Pense allemand», le parti a déclaré la guerre à la modernité. «Nous sommes traditionalistes», affirme Hans-Thomas Tillschneider (photo), député de l’AfD au Parlement de Saxe-Anhalt. Que signifie pour vous la tradition? Comment remporte-t-on la guerre contre la modernité?
«La postmodernité a déclaré la guerre à la modernité il y a déjà cinquante ans. Le postmoderne a gagné. Il ne faut pas combattre les vaincus. Au fond, c’est simple: la culture signifie devoir et vouloir vivre avec l’histoire. Soit on la déconstruit et l’on vit parmi les ruines, soit on l’accepte, on la cite et l’on comprend que nous sommes juchés sur les épaules de géants. La tradition fait partie intégrante d’une conception allemande de la culture, tout comme la capacité de penser au-delà d’elle. Ou bien voulons-nous nous contenter de visiter des musées?».
21:01 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Entretiens, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : götz kubitschek, actualité, entretien, allemagne, europe, affaires européennes, afd, saxe-anhalt |
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vendredi, 11 septembre 2026
Sahra la Rouge

Sahra la Rouge
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/sahra-la-rossa/
Certains pourraient dire que la nouvelle politique allemande est déterminée par des femmes. Si ce n’était que ces femmes dérangent. Elles brisent les schémas établis, suscitent des doutes, voire une véritable angoisse.
Sahra Wagenknecht est la dirigeante du BSW, une formation d’extrême gauche qui porte d’ailleurs son nom. Une transition vers un nouveau parti, après la rupture retentissante de Wagenknecht avec Die Linke, le parti de la gauche radicale allemande dont elle était vice-présidente.
En simplifiant beaucoup, Wagenknecht est une «rouge-brune»: elle associe les revendications propres à une gauche communiste, dont elle est issue par sa formation politique, à la défense de l’identité nationale allemande. Notamment face à une immigration incontrôlée qui tend à dénaturer l’Allemagne et qui finit par appauvrir les classes prolétariennes.
Or, lors des élections en Saxe-Anhalt, le BSW a recueilli 5,4% des voix. Des voix qui deviennent essentielles pour former un gouvernement dirigé par l’AfD.
En effet, le parti de droite a obtenu 44,5%. Un score considérable, mais insuffisant pour prendre la tête du gouvernement du Land.
Wagenknecht s’est déclarée disposée à conclure un accord. Grâce à son vote favorable, ou même à sa simple abstention, l’AfD pourrait prendre la direction du Land.
Il ne s’agit pas seulement d’un événement local, circonscrit à une réalité limitée. Il s’agit plutôt d’un signal politique très clair.
Réfléchissons-y bien…
La droite populiste et l’extrême-gauche s’allient. Pour gouverner en opposition à la vieille nomenklatura qui domine la scène politique depuis des décennies.
Ce n’est plus une lutte entre la droite et la gauche, mais plutôt un affrontement entre le haut et le bas.
Autrement dit, entre les forces qui émergent des profondeurs d’un peuple las et en colère, et ceux qui, au cours de ces dernières années, ont décidé de l’avenir de l’Allemagne.
Mais qui ont conduit le pays non seulement au bord de la guerre avec la Russie, mais aussi — et surtout — dans une crise économique sans précédent dans l’histoire de l’Allemagne d’après-guerre.

L’AfD et le BSW ont des origines et des couleurs politiques différentes. Ils représentent néanmoins le soulèvement du peuple allemand contre de prétendues élites qui ne répondent qu’au pouvoir de la finance mondiale.
Et ce qui se passe en Saxe-Anhalt n’est qu’un signal. Le début d’un processus qui pourrait bientôt gagner toute l’Allemagne.
Le falot Merz tentera certainement tout ce qui est en son pouvoir pour enrayer cette menace contre son propre pouvoir et, surtout, contre celui de ses maîtres.
Mais s'il y parviendra est une tout autre affaire.
17:16 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, sahra wagenknecht, bsw, politique, allemagne, europe, affaires européennes |
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mercredi, 09 septembre 2026
Le paradoxe vert: des colombes de la paix aux faucons de guerre

Le paradoxe vert: des colombes de la paix aux faucons de guerre
par Franz Ferdinand
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/205108
Plus d’un lecteur s’est peut-être déjà demandé pourquoi les colombes de la paix écologistes se sont, au fil du temps, transformées en faucons de guerre. Existerait-il éventuellement un lien intrinsèque entre l’hystérie climatique et le bellicisme occidental ?
Le début de la propagande climatique a coïncidé, même sur le plan chronologique, avec l’effondrement de l’Union soviétique
L’effondrement de l’Union soviétique et la réunification allemande ont été interprétés par l’«Occident des valeurs» comme un signe de faiblesse de la Russie; et il est vrai qu’il y a 37 ans, la Russie était réellement très faible. Dès lors, les élites occidentales ont espéré pouvoir démanteler entièrement la Russie en exerçant une pression extérieure par l’élargissement de l’OTAN vers l’Est et une pression intérieure par le soutien aux dissidents, afin d’intégrer cet immense territoire dans l’orbite occidentale. (Voir à ce sujet : https://www.unser-mitteleuropa.com/201573 .)
Vladimir Poutine l’a compris et a donc tenté de s’opposer à cette prétention, ce qui constitue désormais, du point de vue occidental, une «agression», parce que l’ambition occidentale de domination mondiale se trouve contrariée.

Dans la guerre en Ukraine, l’Occident est de fait une partie belligérante
Par ses livraisons d’armes et d’argent, ainsi que par son soutien aux attaques ukrainiennes contre les infrastructures civiles en Russie, l’Occident est partie prenante à cette guerre. De surcroît, il mène de plus en plus d’attaques directes contre la Russie en arraisonnant des navires, ce qui constitue des actes de guerre de faible intensité. Il ne se contente pas de saisir des pétroliers russes importants pour l’effort de guerre de la Russie, mais s’empare également d’autres bâtiments, comme récemment d’un navire de recherche russe. (Voir à ce sujet: https://www.unser-mitteleuropa.com/204991 .)
L’« Occident des valeurs » s’emploie donc consciencieusement à faire dégénérer le conflit ukrainien, dans l’espoir que Vladimir Poutine finisse par perdre patience et réagisse par des attaques directes contre l’Occident. On sait qu’il existe en Russie plusieurs commentateurs, comme le politologue Sergueï Karaganov, qui plaident en faveur d’une frappe nucléaire préventive contre l’Occident.
Les Verts ne veulent pas « exclure complètement » une guerre nucléaire et entendent « mettre clairement en évidence les risques» [1]
Il est évident que des provocations répétées sapent la position de Poutine et qu’elles peuvent soit entraîner son renversement et son remplacement par un dirigeant beaucoup plus radical, comme Dmitri Medvedev, soit le contraindre lui-même à céder aux revendications radicales en faveur d’une première frappe nucléaire.
Manifestement, dans sa tentative de démanteler et de déstabiliser la Russie, l’« Occident des valeurs », tout en connaissant la doctrine nucléaire russe, accepte sciemment le risque d’une escalade atomique !
Quel lien cette politique entretient-elle donc avec l’hystérie climatique, toujours plus envahissante en Allemagne ?
Pour le comprendre, il faut se mettre dans l’univers mental des illuminés de la gauche écologiste. Ce n’est qu’ainsi que l’on peut établir un lien entre l’idéal de société écologiste et l’effondrement social complet qui suivrait une guerre nucléaire dévastatrice avec la Russie.

Fort heureusement, une représentante de la secte écologiste qui prétend améliorer le monde, l’auteure Ulrike Herrmann, a écrit un livre dont on peut tirer les idées directrices des visions écologistes de l’avenir. Cet ouvrage, intitulé Das Ende des Kapitalismus (« La fin du capitalisme »), imagine une société dont la consommation énergétique serait couverte uniquement par l’énergie solaire et éolienne. Naturellement, cette piètre production est immédiatement devenue un « best-seller » dans les médias dominants! Ce livre ne constitue donc pas seulement les élucubrations d’une folle solitaire: son contenu bénéficie d’une large approbation au sein de la communauté des déments de la gauche écologiste qui, malheureusement, décide actuellement de notre sort!
Le but de l’utopie de la gauche écologiste: la pauvreté pour tous !
Ulrike Herrmann parvient logiquement, dans ce livre, à la conclusion que limiter la consommation énergétique aux énergies éolienne et solaire signifiera la fin de notre société industrielle et entraînera ainsi la disparition de la plupart des emplois industriels. L’Allemagne se trouve effectivement déjà sur cette voie de régression, comme le montrent plusieurs exemples:
- Le drame de l’industrie automobile allemande, qui a commencé avec des normes absurdes sur les gaz d’échappement et a atteint son point culminant provisoire avec la menace d’une interdiction des moteurs thermiques.
- La pénurie d’électricité : grâce à la « transition énergétique », l’électricité devra à l’avenir être rationnée pour les entreprises (voir: https://www.youtube.com/watch?v=7TwkarMTjO8 ). Les entreprises allemandes quitteront l’Allemagne les unes après les autres.
- Le niveau d’instruction de la jeunesse s’effondre pour une multitude de raisons (voir: https://www.unser-mitteleuropa.com/204845 ).

Toutefois, la main-d’œuvre ainsi libérée et peu instruite trouvera alors un emploi dans l’agriculture, puisqu’il n’y aura plus non plus de diesel pour les tracteurs et que l’ensemble des travaux agricoles devra donc, à l’avenir, être de nouveau effectué à la main.
La conséquence serait l’appauvrissement complet de l’Allemagne, comme au Moyen Âge ou au Cambodge sous Pol Pot. Il est clair qu’une telle idiotie ne pourrait être mise en œuvre qu’à plusieurs conditions :
- La démocratie — ou ce qu’il en reste après les «cordons sanitaires» et les limites imposées à ce qu’il est permis de dire — doit être entièrement abolie. Le pouvoir doit être repris par une noblesse écosocialiste.
- La religion climatique constitue le fondement idéologique de cette société.
- L’industrie existante doit être physiquement détruite, afin qu’un retour aux bienfaits de l’industrialisation soit impossible sous le dogme du recours exclusif aux énergies éolienne et solaire.
- L’éducation doit être réprimée comme sous Pol Pot. Ce n’est qu’ainsi que la foi climatique naïve pourra être consolidée.
- La population doit être réduite.
Comment parvenir à cet état si bénéfique aux yeux de nos hystériques du climat ?
La réponse est limpide. Il faut une guerre qui détruise tout, ruine la base industrielle, fasse mourir un grand nombre de personnes et au cours de laquelle un régime d’exception militaire soit instauré, avant de ne tout simplement plus être levé à la fin de la guerre. Vladimir Poutine devra servir de bouc émissaire pour cette folie !
Cette conclusion peut paraître quelque peu tirée par les cheveux à certains lecteurs. Mais il ne faut pas oublier que les élites européennes devenues complètement folles, et plus particulièrement les élites allemandes, ont de l’eau jusqu’aux lèvres. Ces élites ne se préoccupent plus que de leur survie politique. Pour conserver leur pouvoir, elles sont prêtes à commettre n’importe quel crime. Après tout, seuls les citoyens stupides sont censés mourir.
Que l’on songe, par exemple, aux prochaines élections régionales en Saxe-Anhalt, où même une majorité absolue de l’AfD est envisageable, ou encore à la situation en Autriche, où l’impopularité de la « coalition des perdants » atteint chaque jour de nouveaux sommets.
En France, Marine Le Pen devient toujours plus populaire. Sa cote de popularité atteint actuellement 36%! Si elle n’est pas autorisée à se présenter à la prochaine élection présidentielle de 2027, Jordan Bardella prendra sa place. Après les prochaines élections, la France deviendra très probablement ingouvernable. Il est impossible de savoir si elle appartiendra encore alors à la «coalition des volontaires». Si la France se tient à l’écart d’une guerre contre la Russie, toute l’Europe du Sud se détournera de l’OTAN.
Seule une guerre avec la Russie peut encore sauver « nos » élites !
Les élites allemandes et autrichiennes se sont totalement fourvoyées, en particulier dans la «transition énergétique». Après des investissements s’élevant à plusieurs milliers de milliards, l’approvisionnement électrique devient de plus en plus cher et de moins en moins fiable. D’ici à 2045, la transition énergétique allemande devrait coûter jusqu’à 5400 milliards d’euros. Il n’est plus possible de faire marche arrière sans que les responsables de cette folie soient chassés!
Une multitude d’autres problèmes dépassent également nos élites démentes, tels que la question migratoire, le problème des retraites, une dette publique totalement hors de contrôle laissant entrevoir un effondrement monétaire, et bien d’autres encore. La seule possibilité, pour le courant politique dominant, de survivre à l’effondrement général de la société est une catastrophe aux allures d’Armageddon dont on pourra rejeter la faute sur Poutine !
Une guerre avec la Russie est donc nécessaire de toute urgence, et le temps presse avant qu’il ne soit trop tard pour « nos » élites!
17:57 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, allemagne, affaires européennes, verts, écologistes, bellicisme, transition énergétique |
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lundi, 07 septembre 2026
AfD - Le nouveau parti des ouvriers

AfD - Le nouveau parti des ouvriers
Par Daniell Pföhringer
Source: https://www.compact-online.de/die-neue-arbeiterpartei/
Lors des élections régionales de Saxe-Anhalt, l’AfD est arrivée en tête dans presque toutes les tranches d’âge. Son avance était particulièrement nette chez les 35-44 ans et les 45-59 ans: dans ces deux catégories, elle a recueilli 53% des voix.
Mais l’AfD a également obtenu de bons résultats chez les jeunes et les primo-votants de 18 à 24 ans, ainsi que chez les 25-34 ans, avec respectivement 42 et 44% des voix, ce qui la place très nettement devant tous les autres partis. Chez les 60-69 ans, elle a recueilli 47% des suffrages. Ce n’est que chez les plus de 70 ans qu’elle se retrouve à égalité avec la CDU, à 31%.
De manière générale, on peut affirmer que plus la tranche d’âge des électeurs est élevée, plus le soutien à la CDU est important. Chez les jeunes électeurs de 18 à 24 ans, le parti du ministre-président encore en fonction, Sven Schulze, atteint tout juste la barre des 5%. Outre l’AfD, Die Linke (17%) et les Verts (13%) ont également obtenu dans cette tranche d’âge des résultats supérieurs à leur moyenne.
Une forte implantation dans toutes les catégories professionnelles
Si l’on examine les catégories professionnelles, les chiffres d’Infratest dimap montrent que l’AfD, victorieuse du scrutin, est particulièrement forte parmi les ouvriers. Dans cette catégorie, 61% des électeurs ont voté pour le parti, qui devance ainsi largement toutes les autres formations. Le SPD, autrefois considéré comme le parti des ouvriers, est très largement distancé: il arrive derrière la CDU (10%), Die Linke (7%) et le BSW (6%), et à égalité avec les Verts (5%).
Parmi les employés également, l’AfD devance largement tous les autres partis avec 46% des voix. Dans cette catégorie, la CDU recueille 13%, les Verts 12% et Die Linke 10%. Chez les travailleurs indépendants, plus d’un électeur sur deux a voté pour l’AfD (52%), contre 19% pour la CDU et 14% pour les Verts.
Une ventilation des résultats selon le sexe fait apparaître en Saxe-Anhalt un phénomène déjà observé lors de précédents scrutins. Alors que 50% des hommes ont voté pour l’AfD, cette proportion n’est que de 39% chez les femmes. Un élément est ici particulièrement frappant: auprès des femmes, tous les partis représentés dans le nouveau Parlement régional, à l’exception de l’AfD, obtiennent de meilleurs résultats qu’auprès des hommes. Le SPD, les Verts et Die Linke recueillent tout au plus deux points de pourcentage supplémentaires chez les femmes, tandis que l’écart atteint quatre points pour la CDU.
L’AfD remporte presque tous les mandats directs
Autre détail remarquable de ces élections: l’AfD a remporté presque toutes les circonscriptions au scrutin direct en Saxe-Anhalt. Dans trois circonscriptions — Magdebourg II, Halle II et Halle III —, les candidats de Die Linke ont été élus directement au Parlement régional. En revanche, la CDU au pouvoir n’a remporté aucun mandat direct. Lors des élections régionales de 2021, l’Union avait encore gagné 40 des 41 circonscriptions au scrutin direct. Cela souligne une nouvelle fois l’ampleur de la débâcle subie hier par la CDU.
Pour ce qui est des secondes voix, attribuées aux listes des partis, l’AfD a dominé dans 40 des 41 circonscriptions. Ce n’est que dans la circonscription de Halle III que les Verts sont arrivés en tête des secondes voix, avec 33,7%. Là encore, le déclin de l’Union est manifeste, puisque la CDU avait encore obtenu le plus grand nombre de secondes voix dans les 41 circonscriptions en 2021.
L’un des mandats directs a été remporté par Ulrich Siegmund, tête de liste de l’AfD. Selon les résultats provisoires, il a recueilli 49,0% des premières voix dans sa circonscription de Genthin. Le meilleur résultat de l’AfD en matière de premières voix a toutefois été obtenu par Reiner Kretschmann, avec 55,6% à Eisleben. Le candidat direct de la CDU, René Barthel, n’y a recueilli que 21,4%. Dans aucune autre circonscription l’écart n’a été aussi important: 34,2 points de pourcentage.

Le deuxième meilleur résultat au scrutin direct a été obtenu par Hans-Thomas Tillschneider (photo), avec 54,9% dans la circonscription de Querfurt. La troisième place du classement de l’AfD pour les premières voix revient à Matthias Büttner, qui a obtenu 53,4% à Staßfurt. Au total, onze candidats directs de l’AfD ont recueilli plus de 50% des suffrages.
Le ministre-président encore en fonction, Sven Schulze, a perdu son mandat direct dans la circonscription de Magdebourg III face à Christian Mertens, de l’AfD. Schulze a obtenu 31,7%, contre 35,2% pour Mertens: il s’agissait du résultat le plus serré de la soirée électorale d’hier. Dans la circonscription de Halle III, Jannik-Loris Balint, de Die Linke, a remporté une victoire écrasante avec 39,9% des premières voix. Il devance ainsi de 22,1 points son adversaire de l’AfD, Martin Sehrndt (17,8%), lequel a obtenu le score le plus faible de tous les candidats arrivés en deuxième position au scrutin direct.
Les bastions électoraux
L’AfD a obtenu des résultats particulièrement élevés en matière de secondes voix dans les zones rurales situées au sud de Magdebourg. Dans l’arrondissement de Mansfeld-Harz-du-Sud, elle a recueilli plus d’une voix sur deux (51,9%); dans les communes de Plötzkau et de Schnaudertal, elle a même dépassé les 60%. Le BSW a enregistré des résultats supérieurs à sa moyenne dans les circonscriptions d’Aschersleben (7,4%), de Dessau-Roßlau (6,6%) et de Stendal (6,4%).
Les bastions des autres partis sont répartis dans l’ensemble du Land. Dans l’arrondissement de Wittenberg, la CDU, avec 20,3%, a obtenu un résultat supérieur à sa moyenne régionale; à l’échelle communale, elle a réalisé son meilleur score à Steigra, avec 23,3%. Die Linke et les Verts ont surtout obtenu de bons résultats dans les villes traditionnellement ancrées à gauche de Magdebourg et de Halle. Quant au SPD, il a enregistré son meilleur score à Wernigerode, dans le Harz, avec 16,5%.
15:48 Publié dans Actualité, Actualité, Affaires européennes, Affaires européennes, Politique, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : classe ouvrière, actualité, allemagne, afd, saxe-anhalt, politique, europe, affaires européennes, classe ouvrière, actualité, allemagne, afd, saxe-anhalt, politique, europe, affaires européennes |
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AfD - Le nouveau parti des ouvriers

AfD - Le nouveau parti des ouvriers
Par Daniell Pföhringer
Source: https://www.compact-online.de/die-neue-arbeiterpartei/
Lors des élections régionales de Saxe-Anhalt, l’AfD est arrivée en tête dans presque toutes les tranches d’âge. Son avance était particulièrement nette chez les 35-44 ans et les 45-59 ans: dans ces deux catégories, elle a recueilli 53% des voix.
Mais l’AfD a également obtenu de bons résultats chez les jeunes et les primo-votants de 18 à 24 ans, ainsi que chez les 25-34 ans, avec respectivement 42 et 44% des voix, ce qui la place très nettement devant tous les autres partis. Chez les 60-69 ans, elle a recueilli 47% des suffrages. Ce n’est que chez les plus de 70 ans qu’elle se retrouve à égalité avec la CDU, à 31%.
De manière générale, on peut affirmer que plus la tranche d’âge des électeurs est élevée, plus le soutien à la CDU est important. Chez les jeunes électeurs de 18 à 24 ans, le parti du ministre-président encore en fonction, Sven Schulze, atteint tout juste la barre des 5%. Outre l’AfD, Die Linke (17%) et les Verts (13%) ont également obtenu dans cette tranche d’âge des résultats supérieurs à leur moyenne.
Une forte implantation dans toutes les catégories professionnelles
Si l’on examine les catégories professionnelles, les chiffres d’Infratest dimap montrent que l’AfD, victorieuse du scrutin, est particulièrement forte parmi les ouvriers. Dans cette catégorie, 61% des électeurs ont voté pour le parti, qui devance ainsi largement toutes les autres formations. Le SPD, autrefois considéré comme le parti des ouvriers, est très largement distancé: il arrive derrière la CDU (10%), Die Linke (7%) et le BSW (6%), et à égalité avec les Verts (5%).
Parmi les employés également, l’AfD devance largement tous les autres partis avec 46% des voix. Dans cette catégorie, la CDU recueille 13%, les Verts 12% et Die Linke 10%. Chez les travailleurs indépendants, plus d’un électeur sur deux a voté pour l’AfD (52%), contre 19% pour la CDU et 14% pour les Verts.
Une ventilation des résultats selon le sexe fait apparaître en Saxe-Anhalt un phénomène déjà observé lors de précédents scrutins. Alors que 50% des hommes ont voté pour l’AfD, cette proportion n’est que de 39% chez les femmes. Un élément est ici particulièrement frappant: auprès des femmes, tous les partis représentés dans le nouveau Parlement régional, à l’exception de l’AfD, obtiennent de meilleurs résultats qu’auprès des hommes. Le SPD, les Verts et Die Linke recueillent tout au plus deux points de pourcentage supplémentaires chez les femmes, tandis que l’écart atteint quatre points pour la CDU.
L’AfD remporte presque tous les mandats directs
Autre détail remarquable de ces élections: l’AfD a remporté presque toutes les circonscriptions au scrutin direct en Saxe-Anhalt. Dans trois circonscriptions — Magdebourg II, Halle II et Halle III —, les candidats de Die Linke ont été élus directement au Parlement régional. En revanche, la CDU au pouvoir n’a remporté aucun mandat direct. Lors des élections régionales de 2021, l’Union avait encore gagné 40 des 41 circonscriptions au scrutin direct. Cela souligne une nouvelle fois l’ampleur de la débâcle subie hier par la CDU.
Pour ce qui est des secondes voix, attribuées aux listes des partis, l’AfD a dominé dans 40 des 41 circonscriptions. Ce n’est que dans la circonscription de Halle III que les Verts sont arrivés en tête des secondes voix, avec 33,7%. Là encore, le déclin de l’Union est manifeste, puisque la CDU avait encore obtenu le plus grand nombre de secondes voix dans les 41 circonscriptions en 2021.
L’un des mandats directs a été remporté par Ulrich Siegmund, tête de liste de l’AfD. Selon les résultats provisoires, il a recueilli 49,0% des premières voix dans sa circonscription de Genthin. Le meilleur résultat de l’AfD en matière de premières voix a toutefois été obtenu par Reiner Kretschmann, avec 55,6% à Eisleben. Le candidat direct de la CDU, René Barthel, n’y a recueilli que 21,4%. Dans aucune autre circonscription l’écart n’a été aussi important: 34,2 points de pourcentage.

Le deuxième meilleur résultat au scrutin direct a été obtenu par Hans-Thomas Tillschneider (photo), avec 54,9% dans la circonscription de Querfurt. La troisième place du classement de l’AfD pour les premières voix revient à Matthias Büttner, qui a obtenu 53,4% à Staßfurt. Au total, onze candidats directs de l’AfD ont recueilli plus de 50% des suffrages.
Le ministre-président encore en fonction, Sven Schulze, a perdu son mandat direct dans la circonscription de Magdebourg III face à Christian Mertens, de l’AfD. Schulze a obtenu 31,7%, contre 35,2% pour Mertens: il s’agissait du résultat le plus serré de la soirée électorale d’hier. Dans la circonscription de Halle III, Jannik-Loris Balint, de Die Linke, a remporté une victoire écrasante avec 39,9% des premières voix. Il devance ainsi de 22,1 points son adversaire de l’AfD, Martin Sehrndt (17,8%), lequel a obtenu le score le plus faible de tous les candidats arrivés en deuxième position au scrutin direct.
Les bastions électoraux
L’AfD a obtenu des résultats particulièrement élevés en matière de secondes voix dans les zones rurales situées au sud de Magdebourg. Dans l’arrondissement de Mansfeld-Harz-du-Sud, elle a recueilli plus d’une voix sur deux (51,9%); dans les communes de Plötzkau et de Schnaudertal, elle a même dépassé les 60%. Le BSW a enregistré des résultats supérieurs à sa moyenne dans les circonscriptions d’Aschersleben (7,4%), de Dessau-Roßlau (6,6%) et de Stendal (6,4%).
Les bastions des autres partis sont répartis dans l’ensemble du Land. Dans l’arrondissement de Wittenberg, la CDU, avec 20,3%, a obtenu un résultat supérieur à sa moyenne régionale; à l’échelle communale, elle a réalisé son meilleur score à Steigra, avec 23,3%. Die Linke et les Verts ont surtout obtenu de bons résultats dans les villes traditionnellement ancrées à gauche de Magdebourg et de Halle. Quant au SPD, il a enregistré son meilleur score à Wernigerode, dans le Harz, avec 16,5%.
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Le deuxième tournant historique de l’Allemagne

Le deuxième tournant historique de l’Allemagne
par Wolfgang Hübner
Source: https://pi-news.net/2026/09/deutschlands-zweite-wende/
Après les événements de Saxe-Anhalt, une nouvelle époque de l’histoire allemande se dessine à l'horizon. Elle a déjà un visage: celui d’Ulrich Siegmund, né en 1990, l’année de la réunification. Au lendemain de son grand succès électoral, rien ne pourrait être plus superficiel que de se demander si, et comment, il deviendra prochainement ministre-président de ce Land, même sans majorité absolue. Car il obtiendra bien entendu cette fonction — qui d’autre pourrait l’obtenir?! Mais Siegmund, cet enfant du premier grand tournant national, signale, du haut de ses 35 ans, la fin de la vassalisation de ce pays et de ce peuple.
Avec cet homme politique de l’AfD réapparaît une Allemagne qui se libère des ombres du national-socialisme et du complexe d’expiation. Quiconque, dans un refus absolu de tirer les leçons du passé, cherche à nuire à Siegmund en brandissant contre lui la fallacieuse massue accusatoire de "nazisme" ne fera que se ranger lui-même parmi les irréductibles. Les prochaines semaines, jusqu’à l’élection de l’homme de Tangermünde au poste de ministre-président, seront certes encore marquées par les mises en scène plus ou moins enragées du front uni de la mouvance Antifa, mais la pénible époque des coalitions formées contre un parti touche à sa fin.
Avec le scrutin de Saxe-Anhalt s’est ouverte une période de nouvelles perspectives pour cette maison de retraite prise de panique qu’est la République fédérale. Cela concerne aussi bien la politique intérieure que la politique étrangère. La chute vertigineuse de la CDU en Saxe-Anhalt et dans les sondages fait sonner le glas de celle qui fut pendant de longues années le « parti d’État » d’Adenauer et de Kohl. Ce parti moribond souffre d’une maladie incurable provoquée par la funeste stratégie du « cordon sanitaire », qui devait pourtant — ironie du sort — le préserver du malheur.
Friedrich Merz peut porter le deuil, mais seul son ami Zelensky pleurera ce chancelier qui a d’ores et déjà échoué. Outre le triomphe de Siegmund, le résultat électoral dans l’Est présente un autre aspect important : le sauvetage in extremis du BSW, le parti de Wagenknecht. Premièrement, le BSW devient ainsi l’arbitre décisif au Parlement de Magdebourg. Et après sa faute politique en Thuringe, le parti ne peut pas une nouvelle fois mettre son existence en jeu avec un spectacle anti-AfD politiquement aveugle. Deuxièmement, la ligne pacifiste relativement constante du BSW a porté ses fruits. Elle reste nécessaire en Allemagne, notamment parce que la position de l’AfD à cet égard est loin d’être univoque.
Le résultat électoral comporte encore d’autres aspects remarquables. Les prochains jours seront consacrés à leur interprétation. Une chose est toutefois claire : en Saxe-Anhalt, des faits ont été établis pour l’avenir de l’Allemagne que plus personne ne peut désormais faire disparaître par des pirouettes interprétatives — le deuxième tournant a commencé !
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Victoire de l’AfD aux élections en Saxe-Anhalt: quelle suite?

Victoire de l’AfD aux élections en Saxe-Anhalt: quelle suite?
Source: https://report24.news/afd-sieg-in-sachsen-anhalt-wahl-wie...
Le résultat provisoire des élections régionales en Saxe-Anhalt est connu. Avec 43,8% des voix, l’AfD devient ainsi la première force politique du Land, tandis que le score de la CDU a été réduit de plus de moitié. L’entrée du BSW au Parlement empêche toutefois l’AfD de disposer d’une majorité de sièges lui permettant de gouverner seule. Que va-t-il donc se passer maintenant ?
En 2018 encore, Friedrich Merz annonçait avec emphase qu’il briguait la présidence de la CDU afin de réduire de moitié le score de l’AfD. Or, huit ans plus tard, c’est précisément l’AfD qui a divisé par deux celui de la CDU. Tandis que l’"Alternative pour l’Allemagne" a plus que doublé sa part des voix, l’Union chrétienne-démocrate, malgré une participation électorale record, a perdu plus de la moitié de son électorat — soit une baisse de 19,9 points — et n’est plus parvenue à convaincre que 17,2% des électeurs. Les réactions des représentants de la CDU étaient révélatrices.
La seule question qui se pose désormais est celle de la suite. Ulrich Siegmund, qui déclarait encore avant le scrutin ne vouloir devenir ministre-président qu’en cas de majorité nette de l’AfD, considère à présent que d’autres possibilités sont envisageables. Il a qualifié de « bricolage » le modèle proposé par le BSW, qui prévoit un ministre-président au-dessus des partis. Une coopération pourrait avoir lieu avec les forces disposées à soutenir le changement de politique réclamé par l’AfD — expressément, «que cela passe par un groupe parlementaire ou par des députés à titre individuel». En cas d’échec, Siegmund a même évoqué de nouvelles élections, prédisant alors «50 ou 55%» des voix pour son parti.

Le BSW, qui a franchi de justesse du seuil des 5 %, a compliqué la situation, devient maintenant une sorte de «faiseur de roi», d’autant que, selon les résultats provisoires, l’AfD et le BSW totalisent ensemble 44 sièges. Les partis du «cordon sanitaire» — la CDU (15 sièges), le SPD, les Verts et Die Linke (8 sièges chacun) — comptent quant à eux un total de 39 députés.
Mais cela signifie aussi que si, par exemple, trois ou quatre députés de la CDU déclaraient publiquement vouloir soutenir un gouvernement AfD minoritaire, Siegmund pourrait obtenir une majorité avec eux et le BSW — une telle configuration permettrait également de compenser d’éventuelles absences. Parmi les quinze députés CDU élus au Parlement régional, cinq se sont clairement opposés par le passé à toute coopération. Pour trois autres, certains indices laissent au moins entrevoir une certaine ouverture.
L’autre possibilité, celle d’un gouvernement réunissant tous les autres partis contre l’AfD, paraît toutefois improbable. D’une part, la CDU ne veut pas non plus gouverner avec Die Linke, le SPD ne veut pas s’allier au BSW et le BSW refuse également de former une coalition avec la CDU. Toutefois, si les autres partis empêchent l’AfD, victorieuse des élections, de former un gouvernement, la prédiction de Siegmund selon laquelle de nouvelles élections donneraient lieu à un vote protestataire encore plus massif pourrait bel et bien se réaliser. Du moins si Siegmund tente réellement et sérieusement de former un gouvernement et d’obtenir le soutien du BSW ainsi que de certains députés de la CDU.
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Le séisme allemand qui pourrait annoncer d’autres secousses en Europe



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jeudi, 03 septembre 2026
Le populisme prospère sur le terreau d’une démocratie paralysée

Le populisme prospère sur le terreau d’une démocratie paralysée
L’arrogance morale empêche toute discussion ouverte
Herbert Ammon
Source: https://www.tabularasamagazin.de/herbert-ammon-der-populi...
L’AfD, parti populiste de droite, doit son ascension non seulement à des décisions politiques contestables, mais aussi au fait que toute discussion sur la question centrale de l’immigration sans limites est rejetée avec une «arrogance morale provocatrice» (comte Kielmannsegg). Dans son article, Herbert Ammon rappelle les prises de position d’Eva Quistorp, de Richard Schröder et de Gunter Weißgerber, dont les voix sont restées inaudibles dans les milieux ecclésiastiques.
Encore un commentaire sur l’apocalypse médiatiquement annoncée pour le 6 septembre? Oui, assurément. Ce nouveau commentaire m’a été inspiré par l’essai du politologue, le Comte Peter von Kielmannsegg (photo), publié dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung du 31 août 2026 (p. 6) sous le titre: «Le naufrage de la démocratie peut-il encore être évité?». L’auteur ne fait pas partie de ces prophètes de malheur qui, face à la victoire électorale imminente de l’AfD en Saxe-Anhalt, voient déjà se profiler une répétition de la catastrophe allemande de 1933 à 1945. Il désigne et explique plutôt le dilemme dans lequel «la démocratie allemande […] s’est empêtrée», et qui pourrait tout de même «déboucher sur une véritable crise démocratique».
Les phrases essentielles du texte sont les suivantes: «Le dilemme peut se résumer en une phrase: la République fédérale ne peut pas être gouvernée avec l’AfD, mais elle ne peut désormais plus l’être sans elle. La démocratie allemande s’est, dans une large mesure, elle-même placée dans cette situation. D’un côté, elle n’a presque rien omis de ce qui était susceptible de faire naître un puissant populisme de droite. De l’autre, elle a fait tout ce qui était imaginable pour rendre impossible une domestication démocratique de ce populisme. À présent, elle, la démocratie allemande, se heurte à elle-même».
Kielmannsegg désigne sans détour la principale raison de l’essor — particulièrement spectaculaire en comparaison avec d’autres pays — du populisme de droite allemand, sans toutefois mentionner la chancelière Angela Merkel comme principale responsable: l’immigration massive, rendue possible sans égard pour la population locale et élevée au rang d’impératif idéologique. «Ce qui a surtout ouvert la voie à l’AfD, c’est que la politique des frontières ouvertes s’est refusée pendant des années, avec une arrogance morale provocatrice, à toute discussion sérieuse. Un front uni (sic!) des partis politiques établis ne laissait aucune place à la controverse en matière d’immigration, tandis que l’espace public sanctionnait durement, par les moyens dont il disposait, toute infraction à l'ordre de "s’ouvrir au monde"».
Rares sont les représentants de l’élite universitaire à avoir jusqu’ici désigné aussi clairement les causes — et les responsables — de l’envolée de l’AfD. Kielmannsegg aurait également pu mentionner le front idéologique uni dans les médias, ainsi que les ONG, acteurs imbus d’eux-mêmes émanant de la «société civile». Enfin, les Églises, qui revendiquent un rôle de direction morale dans toutes les questions politiquement pertinentes — au premier rang desquelles figure l’«immigration» —, jouent, elles aussi, un rôle contestable du point de vue d’une éthique de la responsabilité.
Il convient néanmoins de rappeler ici une exception éditoriale concernant la «culture de l’accueil», mise en scène avec des ours en peluche et des acclamations après l’ouverture des frontières décidée par Merkel. En 2018, Eva Quistorp (photo) — théologienne et autrefois cofondatrice des Verts —, le philosophe et théologien Richard Schröder — ancien président du groupe parlementaire du SPD à la Chambre du peuple librement élue — et Gunter Weißgerber — alors encore membre du SPD — publièrent aux éditions Herder un mémorandum sur la question des réfugiés intitulé Weltoffenes Deutschland? Zehn Thesen, die unser Land verändern (« Une Allemagne ouverte sur le monde ? Dix thèses qui transforment notre pays »).
Il y était question de la nécessité — également commandée par l’éthique — de tenir compte des limites d'une immigration illimitée. Voir également : https://ulrich-siebgeber.blogspot.com/2018/03/weigerber-schroder-quistorp-10-thesen.html. Dans les milieux de l’Église évangélique en Allemagne (EKD), cet avertissement resta lettre morte. Quiconque aborde aujourd’hui la coresponsabilité des Églises — dont les effectifs diminuent de manière spectaculaire pour de multiples raisons — dans la polarisation croissante de la vie politique et de la société se heurte à une fin de non-recevoir indignée.
Dans son essai, Kielmannsegg relie la question de l’AfD à des problèmes fondamentaux de la théorie démocratique. Il s’agit des contradictions inhérentes à la notion de «souverain» — c’est-à-dire du «peuple» comme source du pouvoir établi — ainsi que de la confiance réciproque entre gouvernants et gouvernés. Le populisme signale la perte de confiance du «peuple» envers le système de pouvoir établi. Voir également H.A. : https://www.globkult.de/geschichte/rezensionen/2488-die-entmachtung-des-demos-in-%E2%80%9Eunserer%E2%80%9C-demokratie.
En ce qui concerne «la troupe» — autrement dit l’AfD —, Kielmannsegg estime que «l’effondrement spectaculaire de la confiance envers l’État, la politique et les responsables politiques, tel qu’il apparaît dans les comportements électoraux, […] reste difficile à comprendre dans son ampleur». Il lui trouve néanmoins une explication dans l’évolution de la CDU, devenue un «parti de l’air du temps» sans profil bien défini.
Les causes de l’essor de l’AfD — qu’il n’est désormais plus possible d’écarter de « notre démocratie » — sont manifestes. Elles apparaissent dans tous les domaines : économie, démographie, infrastructures, éducation et culture. La question de l’immigration demeure au centre. Pendant des décennies — et même après l’ouverture des frontières décidée par Merkel —, aucun débat ouvert sur les graves conséquences de l’«immigration» dans notre «société moderne d’immigration» n’a été mené au sein de l’État dominé par les partis établis; il a été, de fait, étouffé. Lorsque les partis se contentent de défendre leurs parts de pouvoir et leurs prébendes, lorsqu’ils considèrent en définitive le «peuple» comme immature — ou «de droite» — et lorsqu’aucun débat ouvert n’a lieu sur le bien commun et les dangers qui menacent la res publica, il ne s’agit pas d’une démocratie «vécue», mais d’une démocratie paralysée.
21:27 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : démocratie, actualité, allemagne, europe, affaires européennes, afd, peter graf von kielmannsegg |
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