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mardi, 04 août 2026

L’Allemagne sur la voie du capitalisme de Manchester

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L’Allemagne sur la voie du capitalisme de Manchester

Par Peter Haisenko 

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/203282

À l’origine, je voulais intituler « Retour au capitalisme de Manchester ». Mais après réflexion, je suis arrivé à la conclusion que cette forme brutale de capitalisme n’a jamais existé en Allemagne. On ne peut pas retourner là où l’on n’a jamais été. Pourquoi ce chemin est-il emprunté aujourd’hui ?

L’Empire britannique était aussi le maître des finances mondiales et de leurs règles. Les terres allemandes en ont toujours été exclues. Même après la fondation du Reich allemand, la situation y était différente de celle de l’Angleterre ou de l’Amérique. Le Reich allemand suivait les règles intelligentes de Friedrich List et était, de ce fait, nettement plus performant que les États anglo-américains. De même, les « tigres asiatiques » organisent leur économie selon les théories de List, ce qui explique en partie leur succès. Hitler aussi a détourné l’Allemagne des griffes du capitalisme anglo-saxon. Churchill aurait dit que le crime de l’Allemagne était qu’elle ne se laissait plus exploiter par ce capitalisme.

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Après la Seconde Guerre mondiale, la RFA s’est dotée de l’« économie sociale de marché ». Elle a si bien fonctionné que les puissances occidentales victorieuses l’ont tolérée à contrecœur. Mais cela n’a été accepté que tant que la RFA était un État-frontière face à l’URSS. En 1990, après la « victoire du capitalisme », il a fallu, pour l’Allemagne réunifiée, démanteler peu à peu cette économie sociale de marché si efficace. Dès 1990, les grilles de salaires ont été élargies vers le bas et les règles concernant l’argent ont été modifiées progressivement au profit du grand capital. Les oligarques ont pu apparaître et, grâce à leur puissance financière, dominer la politique. Nous voyons aujourd’hui où cela nous a menés. Le fossé social ne cesse de s’élargir et aujourd’hui, une vingtaine de personnes « possèdent » autant que la moitié de l’humanité. La pauvreté se répand.

Le capitalisme de Manchester symbolise l’exploitation impitoyable de la « main-d’œuvre humaine »

Mais ce n’est qu’avec le capitalisme de Manchester que l’on va au bout de cette logique. Les acquis sociaux obtenus au fil de décennies doivent désormais être démantelés. L’assurance maladie, qui a bien fonctionné pendant plus de 70 ans, est ébranlée dans ses fondements.

Même les réglementations sur le temps de travail doivent être plus ou moins supprimées.

Le chancelier Merz veut supprimer les jours de carence en cas de maladie. Dès le premier jour, il veut exiger un certificat médical ou même supprimer le maintien du salaire pour les premiers jours d’arrêt maladie.

Partout, les salaires sont réduits et les conventions collectives contournées.

Des entreprises entières sont vendues, changent continuellement de propriétaire, et tout cela enrichit encore davantage les banques, car ces rachats sont en grande partie financés par le crédit. Avec de l’argent qui n’existe en réalité pas. Ainsi, la protection contre le licenciement est contournée, car les entreprises n’existent alors plus.

D’un autre côté, la bureaucratie et ses employés prolifèrent à tel point que des projets, autrefois réalisés en quelques années, prennent désormais des décennies, voire ne sont plus du tout menés à bien.

L’âge de la retraite doit être porté à 70 ans et les pensions réduites. Et les fonctionnaires ? Ils restent largement épargnés.

Jusqu’en 1990, la RFA avait des standards sociaux exemplaires et tout fonctionnait à la satisfaction générale des citoyens. Il convient de se demander pourquoi il a fallu changer quoi que ce soit. La réponse la plus probable est que, dans le capitalisme désormais « libéré », les marges bénéficiaires pour les puissants de la ploutocratie n’étaient pas suffisantes. Jusqu’en 1990, donc jusqu’à la victoire du capitalisme, ce dernier devait constamment prouver qu’il était le meilleur système pour le bien-être des citoyens. Une fois la concurrence disparue, le capitalisme a pu montrer sans honte son vilain visage. Nous avons découvert le «turbo-capitalisme» puis le «capitalisme prédateur». Et pour couronner le tout, nous avons maintenant un chancelier qui a occupé pendant des années un poste de direction chez BlackRock. Il pourrait être soupçonné de servir davantage ses anciens maîtres que la RFA et ses citoyens. En violation de son serment.

Capitalisme + démocratie = guerre permanente – interne et externe

Partout dans le monde, on constate que ce capitalisme débridé détruit les sociétés. Cela concerne non seulement l’équilibre social, mais aussi le consensus sociétal. Nous sommes tout près de «conditions de la République de Weimar». Les prévisions pour les élections au Sénat à Berlin sont désastreuses. Aucun parti n’obtiendra plus de 20 % des voix. Comment former un gouvernement qui puisse satisfaire au moins une majorité des électeurs? Sans parler d’obtenir des résultats utiles. Et puis la «barrière» contre l’AfD. Comme on le voit au niveau fédéral, des coalitions sont formées qui ne peuvent être qualifiées que de folles. Les taux d’approbation de ce « gouvernement » et de son chef le prouvent clairement. Mais une chose les unit: personne ne s’oppose sérieusement à la voie vers le capitalisme de Manchester. Sauf la gauche et l’AfD, et on s’étonne alors que ces deux partis attirent autant. Non, les Allemands ne veulent pas ce genre de capitalisme, mais qu’importe pour les « démocrates » qui servent en réalité les capitalistes ?

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Et puis « notre démocratie ». Quelle démocratie est-ce, si un chancelier et son gouvernement ne démissionnent pas immédiatement alors qu’ils n’obtiennent plus que 13 % d’approbation pour leur « travail » de la part des électeurs ? Est-ce suffisant pour dire que ce gouvernement ne sert pas son souverain, le peuple ? Aussi à l’international. La majorité des Allemands ne veut pas de guerre avec la Russie et ne veut pas non plus continuer à donner des centaines de milliards à Kiev alors que l’argent manque partout dans le pays. Mais à quoi sert l’argent si nous avons une surabondance de bureaucrates et d’autres diplômés inutiles, mais trop peu de travailleurs qualifiés productifs ? Tandis que les premiers sont choyés, les seconds voient leur vie devenir de plus en plus difficile – y compris à cause de ces bureaucrates. Aujourd’hui, seuls environ 20 % occupent un métier productif, tandis que les autres vivent joyeusement du travail de ceux-ci.

Les dirigeants n’assument aucune responsabilité pour leurs actions

Pour que cela perdure, il faut contraindre les productifs à toujours plus de travail. Il n’y a qu’une seule voie, celle du capitalisme de Manchester. Comme autrefois, c’est aussi le cas aujourd’hui. Une « classe » privilégiée se nourrit du travail de ceux qui sont contraints à toujours plus de travail utile. L’histoire a montré que cela doit tôt ou tard mener à des soulèvements et des révoltes. Parfois sanglantes. Ces conditions ont conduit à l’invention du communisme et à son succès. Ce qui est ironique, c’est que capitalisme et communisme ne diffèrent pas vraiment. Dans les deux, il y a une « nomenklatura » privilégiée et trop de gens doivent vivre dans la pauvreté. Le communisme a pratiquement disparu et il en sera de même pour le capitalisme brutal. Tôt ou tard, mais cela viendra.

La RFA, tout l’Occident, se trouve dans un scénario de fin des temps. On essaie sans réfléchir de retarder la fin inévitable avec des crédits insensés. Mais cela aussi a une fin. Que reste-t-il pour masquer ses propres échecs ? La guerre, quoi d’autre, et le chemin vers celle-ci raccourcit de plus en plus. Ce n’est pas le gouvernement qui est responsable, mais les électeurs stupides qui donnent sans réfléchir leur voix à ces gouvernements aventureux. Oui, c’est « notre démocratie », où plus personne n’a à assumer de responsabilité. Et même pas être tenu responsable, car tout est strictement exécuté conformément à la réglementation. N’en avez-vous pas assez d’être toujours servi avec les mêmes « arguments » : C’est la règle, c’est la loi, on ne peut rien y faire. Il en va de même pour le chemin vers le capitalisme de Manchester. Tout se fait selon la loi en vigueur et est, bien sûr, démocratiquement validé. Reste la question : comment mettre fin à cette impasse ? Sans effusion de sang et sans guerre ! C’est ce que veulent les citoyens, mais est-ce aussi le cas pour nos « dirigeants » ? Je pense que cette question est légitime.

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À propos de l’auteur :

Peter Haisenko est écrivain, propriétaire des éditions Anderwelt et éditeur d’AnderweltOnline.com (https://anderweltverlag.com/ et https://www.anderweltonline.com/ )

Il existe une voie douce pour sortir du capitalisme d’exploitation, appelée « l’économie de marché humaine ». Ce modèle pour un nouveau système fondamental rend impossible l’accumulation de milliards. Il ne favorise plus la cupidité, mais encourage la cohésion sociale et une économie durable. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que le citoyen ne remarquera pratiquement aucune différence dans sa vie quotidienne. À part le fait qu’il aura soudain environ 30 % de revenus en plus à sa disposition. Renseignez-vous et commandez votre exemplaire de « L’économie de marché humaine » directement auprès de l’éditeur ici ou achetez-le en librairie ( https://anderweltverlag.com/p/die-humane-marktwirtschaft ).

jeudi, 16 juillet 2026

France, Allemagne, Grande-Bretagne: Trois patients, un diagnostic

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France, Allemagne, Grande-Bretagne: Trois patients, un diagnostic

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Le magazine britannique The New World pose ces jours-ci une question que l’on entend rarement poser aussi ouvertement dans le courant dominant : parmi les trois anciennes puissances dominantes de l’Europe de l’Ouest, laquelle est en réalité la plus profondément en crise? Rien que la formulation de cette question est révélatrice; le constat est désormais si évident que l’on ne peut plus l'escamoter sous le tapis.

Ce qui est réellement remarquable, ce n’est pas le classement, mais le schéma qui se profile derrière lui: trois pays – Londres, Paris, Berlin – affrontent simultanément des crises gouvernementales, connaissent des coalitions qui se désagrègent, et font face à une population qui retire de plus en plus sa confiance à ses institutions. Et dans les trois cas, le débat public reste pourtant dominé par tout autre chose: la course aux armements, la menace russe, le prochain milliard à offrir à l’Ukraine. Quant à l’état dégradé des infrastructures nationales, à l’effondrement des systèmes sociaux, à la perte de confiance des citoyens, on en parle bien plus discrètement, si tant est qu’on en parle.

Lorsque trois gouvernements risquent simultanément de perdre le contrôle de la politique intérieure, l’ennemi extérieur devient la bouée de sauvetage la plus fiable, le seul récit sur lequel les élites de Paris, Berlin et Londres peuvent encore s’accorder, car il détourne l’attention de leurs propres échecs tout en mobilisant des ressources budgétaires qu’il serait autrement presque impossible de justifier politiquement.

La véritable question qui se pose n’est donc pas « qui est le plus profondément en crise », mais bien : combien de temps la politique pourra-t-elle encore se légitimer par l’invocation de menaces extérieures, alors que la substance intérieure s’effrite ?

#géopolitique@global_affairs_byelena

mercredi, 15 juillet 2026

Modèle allemand pour Pékin. Modèle chinois pour l’Allemagne

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Modèle allemand pour Pékin. Modèle chinois pour l’Allemagne

Enrico Toselli

Source: https://electomagazine.it/modello-tedesco-per-pechino-mod...

Modèle allemand ou modèle chinois pour relancer l’économie stagnante de l’Europe en déclin qui, à cause de cela même, se montre de plus en plus belliciste? Paradoxalement, la Chine aurait besoin du modèle allemand, l’original, avec davantage d’État-providence, de cogestion, de participation. Et l’Europe, pas seulement l’Allemagne, aurait besoin de plus de sérieux dans les hautes études, dans la formation professionnelle, de plus de méritocratie et de moins de dirigeants et de cadres cooptés uniquement par relations.

Il est indéniable qu’à ce stade, c’est l’Europe qui court le plus de risques. Avec une classe politique qui patauge dans l'indécence et un monde entrepreneurial atteint de myopie, avachi par sa lâcheté, perclus d'avarice. Les résultats sont visibles, avec un PIB stagnant, aucune idée, aucun projet qui ait une perspective, ne serait-ce qu’à moyen terme. Mañana por la mañana et pas au-delà. Trop compliqué d’imaginer l’avenir à plus trois jours, à plus d'une semaine.

Trop pénible d’essayer d’expliquer à un gouvernement, à n’importe quel gouvernement, que l’austérité se transforme en pauvreté et que la pauvreté réduit la consommation. Les exportations ne suffisent pas, surtout en période de grandes tensions internationales.

Mais cela vaut aussi pour la Chine. Qui possède un marché intérieur immense mais asphyxié. Et qui aurait besoin d’un marché mondial prêt à absorber la surproduction de Pékin. Évidemment, la pauvreté des Européens favorise l’exportation de produits chinois de basse qualité et à bas prix. C’est pourquoi entrepreneurs et politiques européens veulent imposer des droits de douane et des barrières aux produits chinois. Dans l’espoir que les familles européennes, de plus en plus pauvres, achèteront alors des produits européens à des prix aberrants. Mais le chancelier allemand, à la solde de la finance internationale, exige que les familles s’appauvrissent toujours plus pour que l'on achète des armes…

dimanche, 12 juillet 2026

Les Verts veulent livrer d’urgence les missiles Taurus à l’Ukraine : ils sont les premiers des bellicistes allemands!

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Les Verts veulent livrer d’urgence les missiles Taurus à l’Ukraine : ils sont les premiers des bellicistes allemands!

Tobias Riegel

Source: https://www.nachdenkseiten.de/?p=153561

Avec une récente motion au Bundestag visant à livrer « enfin et sans délai » des missiles Taurus allemands à l’Ukraine, les Verts confirment une fois de plus leur statut de militaristes les plus impitoyables du Parlement. L’exigence des Verts de détruire « des rampes de lancement, des dépôts de munitions et des sites de production » sur le territoire russe à l’aide de missiles allemands est d’une telle irresponsabilité qu’il est difficile de trouver les mots pour fustiger cette option politique. Un commentaire de Tobias Riegel.

Comme le rapportent les médias, les Verts ont déposé mercredi dernier au Bundestag une motion demandant la livraison de missiles de croisière Taurus et d’autres mesures pour un appui encore plus soutenu à l’Ukraine. La motion des Verts se trouve sur format pdf, et on peut notamment y lire:

    « Il est en outre nécessaire de permettre à l’Ukraine d’attaquer avec précision des cibles militaires situées derrière le front, afin de réduire durablement la capacité offensive de la Russie. La destruction de rampes de lancement, de dépôts de munitions et de sites de production peut contribuer à diminuer l’intensité des attaques contre la population civile. De telles mesures sont conformes au droit international et servent directement à la protection de la population. Le gouvernement fédéral devrait donc abandonner son blocage concernant la livraison de missiles de croisière et mettre sans délai le Taurus à la disposition de l’Ukraine. »

Le résultat du vote illustre le rôle très radical que jouent les Verts, même parmi les nombreux autres bellicistes qui siègent au Bundestag: selon Abgeordnetenwatch, la motion des Verts a été rejetée par 510 voix contre, et soutenue par 79 voix pour, et une abstention.

« Le parti le plus dangereux du Bundestag »

Ce rejet est certes une bonne chose, mais cela ne signifie nullement que le pacifisme règne désormais au Bundestag en dehors des Verts. Bien sûr, le comportement de vote est aussi lié à la discipline de groupe. De plus, la politique du gouvernement fédéral envers l’Ukraine doit elle-même déjà être qualifiée de radicale, destructrice et dangereuse. Certaines composantes de la CDU sont depuis longtemps favorables à la livraison des Taurus.

Mais il y a toujours plus destructeur, et les Verts assument ici – à l’instar d’un Roderich Kiesewetter par exemple – par leur radicalité particulière sur la question de la guerre, la fonctions de relativiser en comparaison le caractère déjà radical de la politique ukrainienne du gouvernement fédéral. La coalition Noir-Rouge peut alors prétendre: « Voyez, il existe des forces au Parlement qui sont encore plus irresponsables que nous ».

Et l’exigence qui veut que, 85 ans après l’agression allemande contre l’Union soviétique, des missiles allemands détruisent à nouveau des cibles en Russie est d’une telle irresponsabilité que les mots nous manquent pour dénoncer cette posture. À l’ancienne déclaration de Sahra Wagenknecht, selon laquelle les Verts seraient le parti le plus dangereux du Bundestag, les Verts viennent d’apporter une nouvelle confirmation.

samedi, 11 juillet 2026

Nord Stream: la plainte que Berlin ne peut plus postposer 

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Nord Stream: la plainte que Berlin ne peut plus postposer 

Elena Fritz

Source : https://t.me/global_affairs_byelena

Pour la première fois, le parquet fédéral allemand a porté plainte en raison du sabotage des gazoducs Nord Stream. Ce n’est pas encore un procès ; la chambre de la sécurité de l’État à Hambourg doit d’abord accepter l’acte d’accusation. Mais rien que l’acte d’accusation suffit à révéler une vérité dérangeante que Berlin aurait préféré refouler.

Serhii K., alors officier d’une unité spéciale ukrainienne, aurait dirigé l’équipe de sabotage composée de sept membres. Il est accusé d’un crime de guerre: l’attaque contre une infrastructure énergétique civile. Des traces d’explosifs retrouvées sur le yacht « Andromeda », des conversations téléphoniques compromettantes depuis sa détention en vue d’une extradition. Les preuves sont considérées comme accablantes.

Et voici la partie du dossier qui, en réalité, devrait faire la une des médias: la défense a affirmé que son client ne pouvait pas être poursuivi, car il avait agi sur ordre d’un État. Immunité fonctionnelle — l’argument qui, habituellement, protège les diplomates et les actes gouvernementaux. La Cour fédérale de justice l’a rejeté. Ce que cela signifie, personne ne devrait l’ignorer: la justice allemande elle-même part du principe qu’un État, que l’Allemagne maintient en vie à coups de milliards, a ordonné une attaque contre une infrastructure critique allemande.

Ce n’est pas un dommage collatéral de la guerre. C’est un allié qui mord la main qui le nourrit, tout en continuant à être nourri.

Trois des quatre gazoducs ont été détruits. Ils avaient été construits pour le marché énergétique allemand, appartenant à la panoplie de l’infrastructure critique de l'Allemagne.

Ce n'était pas une attaque contre des biens infrastructurels russes, mais contre le territoire allemand.

Et Berlin a réagi non pas en réexaminant son soutien à l'Ukraine, mais en l’amplifiant! 

Même entre alliés, le récit se fissure. Les tribunaux polonais ont refusé à plusieurs reprises d’extrader les suspects. Pour une partie de la classe politique polonaise, le sabotage était simplement un acte légitime contre les intérêts russes, pas un crime. Si même les alliés ne sont pas d’accord sur le fait qu’il s’agisse d’un crime ou d’une aubaine pour la sécurité de l’Europe, cela devrait faire réfléchir tous ceux qui considèrent la politique inconditionnelle de Berlin comme la seule option possible.

À court terme, le gouvernement allemand séparera justice et politique, invoquera l’indépendance judiciaire, continuera à payer, à livrer. Mais chaque nouveau témoignage à Hambourg rendra plus pressante la même question dérangeante: combien de temps pourrons-nous ignorer que notre propre protégé a peut-être agi délibérément contre nous-mêmes, sans que cela n’ait la moindre conséquence? La charge explosive ne se trouve plus au fond de la mer Baltique aujourd’hui. Elle se trouve dans les dossiers du tribunal supérieur de Hambourg, et Berlin ne pourra pas l’ignorer éternellement.

#geopolitique@global_affairs_byelena

lundi, 06 juillet 2026

La Troisième Guerre Mondiale est encore en préparation 

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La Troisième Guerre Mondiale est encore en préparation 

Cristi Pantelimon

Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

La seule manière pour les États-Unis de rester aux commandes des affaires mondiales est une guerre mondiale, c’est-à-dire un conflit à grande échelle dans lequel les États-Unis endossent le rôle d’arbitre et non de participant direct.

L’imagination des stratèges américains n’est pas très riche, c’est pourquoi on répète des schémas datant d’il y a un siècle – par exemple, le réarmement de l’Allemagne et sa préparation au combat contre l’URSS.

Aujourd’hui, l’ennemi désigné, à première vue, c’est la Russie, car la Russie est en action, mais la vraie cible est surtout la Chine, le grand rival stratégique de l’Amérique.

Un point doit être souligné : pour les Américains, peu importe qui remportera le combat.

Le réarmement de l’Europe, conçu soi-disant pour sa défense contre Poutine, peut très bien mener à la ruine de l’Europe. Tant mieux ! Ce qui importe, c’est la guerre et l’arbitre (les États-Unis) dans l’ombre, non son résultat.

De même, le réarmement du Japon, qui ne peut se faire qu’en opposition à la Chine, ne signifie pas que les Américains souhaitent vraiment – ou espèrent – que le Japon l’emporte (tout comme ils n’espèrent pas que l’Ukraine l’emporte sur la Russie). La stratégie est plus cynique : l’important est de provoquer la guerre.

Et les États qui produisent ou achètent des armes (le fameux 5 % du PIB), une fois saturés de technologie militaire, peuvent facilement être dressés les uns contre les autres.

Le cas ukrainien est exemplaire. Une Ukraine bien armée sera toujours une cible pour la Russie. Mais il en va de même pour la Pologne ou un État balte. La tension monte, l’histoire européenne, avec toutes ses tragédies passées, attend cela : la course à l’armement entre voisins. Les motifs de guerre ne manquent jamais !

547x840.jpgVoici ce qu’écrit le PDG de Palantir dans un livre d’une franchise typiquement américaine sur la politique d’armement des alliés des États-Unis :

1. Allemagne

« Une résistance face à de nouveaux investissements militaires a, bien sûr, été particulièrement répandue en Allemagne. Günter Grass, romancier et auteur du “Tambour”, s’est célèbrement opposé à la réunification de l’Allemagne de l’Est avec l’Allemagne de l’Ouest, arguant qu’un État allemand unifié pourrait ouvrir la possibilité d’un nouvel Auschwitz. En 1991, il écrivait : “Rien – ni le sentiment d’appartenance nationale, aussi idyllique soit-il dépeint, ni la certitude de la bonne volonté des générations nées après la guerre – ne peut modifier ou effacer l’expérience que nous, criminels, avec nos victimes, avons vécue en tant qu’Allemagne unie.”

Pourtant, la neutralisation de facto du pays au cours des cinquante dernières années a eu des conséquences. Le retrait d’une Allemagne forte et affirmée a sans doute contribué à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Vladimir Poutine a correctement calculé qu’il ne paierait pas un prix significatif pour cette action. Après des décennies d’autoflagellation, l’armée allemande en était venue à ressembler davantage à une caricature de force armée authentique. »

2. Japon

« Il en va en grande partie de même pour le Japon. La démocratie la plus riche de la région aurait aujourd’hui encore besoin du soutien des États-Unis pour repousser – et a fortiori survivre à – une invasion à grande échelle (...)

La faute n’a pas été de dissoudre l’armée impériale japonaise et d’adopter des garanties juridiques destinées à empêcher sa reconstitution dans l’immédiat après-guerre. L’erreur a été de maintenir cette politique pendant trois quarts de siècle, malgré la transformation de l’ordre mondial, y compris l’ascension d’une Chine de plus en plus puissante et affirmée, ainsi que d’une Russie redevenue ambitieuse.

Le désarmement et la privation de l’Allemagne d’une capacité militaire significative ont constitué une réaction excessive, pour laquelle l’Europe paie désormais un lourd tribut. Un engagement similaire, largement théâtral, envers le pacifisme japonais menace, s’il est maintenu, de modifier également l’équilibre des forces en Asie. »

La conclusion est simple, à l’image de l’histoire récente !

La nécessité de distinguer entre les difficultés subjectives et les nécessités objectives

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La nécessité de distinguer entre les difficultés subjectives et les nécessités objectives

par Riccardo Paccosi

Source : Riccardo Paccosi & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-necessita-di-d...

À l’été 2024, bien conscient de mes grandes limites en tant qu’observateur extérieur au contexte allemand, j’avais écrit que le parti souverainiste-marxiste BSW de Sahra Wagenknecht aurait dû chercher un accord avec les souverainistes-libéraux de l’Alternative für Deutschland.

Évidemment, j’ai alors essuyé de nombreuses critiques venant de la gauche. L’actualité politique nous apprend cependant qu’en ce moment — avec un retard énorme et à partir d’une position de faiblesse — Wagenknecht semble vouloir justement s’engager dans cette voie: à savoir, une collaboration suivie entre les deux partis souverainistes visant à mettre fin à la guerre avec la Russie.

Il ne s’agit pas, pour l’instant, d’une véritable proposition d’alliance électorale, mais plutôt de démarrer un processus d’entente progressive: dans un premier temps, Wagenknecht rompt le cordon sanitaire érigé par tous les partis allemands autour de l’AfD en la légitimant en tant que force démocratique avec laquelle dialoguer ; dans un second temps, on évoque la possibilité d’un soutien externe des souverainistes-marxistes au cas où l’AfD formerait un gouvernement avec un premier ministre indépendant ; en troisième lieu, lors des prochaines élections régionales, le BSW pourrait s’abstenir au second tour, permettant ainsi à l’AfD de l’emporter.

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Le fait est que le BSW aurait dû entamer ce processus dès sa fondation, c’est-à-dire à l’époque où certains sondages le créditaient de plus de 10 %. Aujourd’hui, la position des souverainistes-marxistes apparaît déséquilibrée, pour ne pas dire quémandeuse. En effet, la proposition de Wagenknecht à Alice Weidel d’organiser quelques débats publics en duo a été refusée par cette dernière: après tout, pourquoi la secrétaire d’un parti crédité à 30 % s’associerait-elle à la leader d’un parti à 4 %, qui n’a même pas dépassé le seuil d’entrée au Bundestag lors des dernières élections ?

Et pourtant, malgré toutes ces problématiques, cette affaire impose de réfléchir et de distinguer entre difficultés subjectives et nécessités objectives.

La difficulté subjective de l’AfD est celle commune à tous les partis souverainistes de droite: vouloir défendre la souveraineté tout en adhérant à la doctrine économique du néolibéralisme, c’est-à-dire une doctrine qui, en soumettant la société au marché, érode par nature les frontières mêmes de la souveraineté puisqu’elle laisse le champ libre à toutes les influences et ingérences supranationales. Si à cela on ajoute le soutien de Weidel et de ses collègues à un pays comme Israël, qui vise à orienter une large part des pays occidentaux par le biais du lobbying politique, alors le « souverainisme de droite » révèle tout son caractère oxymorique.

La difficulté subjective du BSW semble, en miroir, résider dans la persistance en son sein d’une culture et de dynamiques identitaires encore liées à la gauche: on l’a vu lors des dernières élections régionales, où les souverainistes-marxistes se sont alliés en Thuringe et dans le Brandebourg avec les partis bellicistes CDU et SPD, et c’est confirmé par les rumeurs selon lesquelles la base du BSW serait actuellement agitée précisément à cause de cette récente ouverture de Wagenknecht à l’AfD.

Malgré ces énormes difficultés subjectives, deux nécessités objectives subsistent, indépendamment de la faisabilité ou non d’un accord entre le BSW et l’AfD.

1) La nécessité d’un front institutionnel large, aussi large que possible, pour arrêter la guerre en Europe.

2) La nécessité d’une redéfinition de la politique occidentale qui efface la fausse opposition entre droite et gauche et la remplace par celle entre mondialistes et souverainistes.  .

Le point 2) ne pourra être atteint que lorsque la droite et la gauche cesseront de se percevoir et de se qualifier comme telles: pour les personnes issues de la droite, il s’agira de comprendre la nature du néolibéralisme et son rôle destructeur des traditions et des identités des peuples ; pour celles issues de la gauche, il s’agira de prendre TOUT ce que la gauche politique a pensé, dit et fait depuis les années 1970 jusqu’à aujourd’hui, de l’emballer puis de le jeter sans regret à la poubelle de l’histoire.

dimanche, 05 juillet 2026

L’Allemagne s’arme et Washington encaisse

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L’Allemagne s’arme et Washington encaisse

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena  

Mark Rutte dispose à Washington d’un argument pour l’OTAN qu’il aime répéter : les commandes d’armement européennes et canadiennes, d’une valeur de 300 milliards de dollars, garantissent près de 200.000 emplois aux États-Unis. Ce qu’il présente comme une success-story de l’Alliance est en réalité une facture, et la seule question est de savoir qui la paiera à la fin.

Nous payons plus. Nous assumons plus de responsabilités militaires. Et pour les capacités décisives, nous restons tout de même dépendants des États-Unis. Ce n’est pas un effet secondaire du nouveau partage des charges, c’en est le véritable objectif.

L’Allemagne supporte l’une des plus grandes parts de l’aide à l’Ukraine, met en place une brigade entière en Lituanie et assume des responsabilités de commandement sur le flanc est de l’OTAN. La technologie clé nécessaire à cela est achetée aux États-Unis: F-35, Patriot, Chinook. L’argument habituel est qu’il n’existe actuellement aucune alternative européenne d’un degré comparable. C’est vrai, mais cela met un problème en exergue, et n'est pas une justification. C’est précisément pour cela que chaque décision d’achat qui privilégie l’interopérabilité à la souveraineté détermine la voie des trente prochaines années. Avec chacun de ces systèmes, nous nous engageons pour des décennies à acheter des munitions, des pièces de rechange, des logiciels et de la maintenance, une dépendance technique dont il sera quasiment impossible de se libérer.

Pour Washington, c’est un modèle confortable: l’Europe supporte les coûts et la charge conventionnelle pendant que l’industrie américaine de l’armement se développe et que l’influence stratégique des États-Unis perdure. On peut présenter cela, comme Rutte, comme une garantie de solidarité renforcée: qui est étroitement lié économiquement sera, en cas de besoin, plus facilement défendu. Mais si l’on regarde les dernières années – droits de douane, doutes publics sur l’article 5, luttes pour chaque engagement – on constate que l’interdépendance économique ne remplace pas la fiabilité politique. Elle donne de l’influence à l’industrie américaine, sans lier Washington.

Pour l’Allemagne, le bilan est tout autre. Nous payons la facture, nous nous trouvons géographiquement dans la zone de guerre potentielle, nous devenons la plaque tournante logistique du flanc est et nous gagnons très peu en autonomie politique ou technologique.

C’est la différence entre s’armer et devenir souverain. Une politique de sécurité digne de ce nom commencerait par se demander quelles capacités servent nos propres intérêts et lesquelles nous devons construire nous-mêmes, plutôt que de les acheter. Opposer à cet argument de bon sens que l’on manque de temps, c’est confondre une excuse avec un argument : justement parce que la construction prend des années, il aurait fallu commencer il y a des années ; chaque nouveau paquet d’achats qui ne pose pas cette question reporte la sortie de la dépendance d’une décennie supplémentaire.

La politique actuelle est tout autre : argent allemand, soldats allemands, risques allemands. Technologie américaine, valeur ajoutée américaine.

Rutte dit que cela donne davantage de responsabilité à l'Europe. Du point de vue allemand, il s’agit surtout de perpétuer notre dépendance – mais à un prix btoujours plus élevé.

#geopolitique@global_affairs_byelena

samedi, 04 juillet 2026

Le parti BSW de Sahra Wagenknecht prend les devants: des majorités à l’avenir aussi avec l’AfD

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Le parti BSW de Sahra Wagenknecht prend les devants: des majorités à l’avenir aussi avec l’AfD

Magdebourg/Schwerin. Sahra Wagenknecht ne cesse de surprendre. Cette fois, son parti a de nouveau critiqué le « cordon sanitaire » dressé par les vieux partis contre l’AfD – et avance une proposition aussi inhabituelle que constructive. Dans une lettre adressée à la cheffe de l’AfD, Alice Weidel, et à son co-président Tino Chrupalla, le BSW invite à deux débats publics – l’un à Magdebourg, l’autre à Schwerin. Le public devrait être témoin d’un « débat controversé sur une grande place publique de l’Est de la République », indique l’alliance BSW dans la lettre.

Pour justifier cette démarche inhabituelle, il est avancé que les deux partis seraient « combattus par le mainstream pour des raisons différentes ». Sahra Wagenknecht, cheffe du BSW, en profite également pour lancer une attaque générale contre l’audiovisuel public. Celui-ci serait « devenu une radio-télévision de propagande d’État, à l’image de la télévision de l'ex-RDA », déclare la fondatrice du BSW. L’AfD y serait à peine présente, et le BSW, quasiment plus du tout.

La lettre est signée par les deux coprésidents du BSW, Fabio De Masi et Amira Mohamed Ali. Le parti y réitère aussi sa demande de « ministres-présidents indépendants des partis » en Saxe-Anhalt et dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Ceux-ci devraient « gouverner avec des majorités variables, incluant l’AfD ». Une participation gouvernementale de l’AfD serait ainsi exclue, reconnaît le BSW. Mais désormais, des majorités au parlement régional devraient aussi pouvoir être organisées avec les voix de l’AfD – un modèle que tous les partis traditionnels refusent encore catégoriquement.

Le 6 septembre auront lieu les élections en Saxe-Anhalt, le 20 septembre dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Selon les sondages actuels, le BSW est sur le point d’entrer au parlement à Schwerin, tandis qu’à Magdebourg, il reste pour l’instant nettement en dessous du seuil des cinq pour cent. L’AfD, en revanche, a de grandes chances dans les deux Länder : en Saxe-Anhalt, elle est créditée de plus de 41 %, et dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale de 35 % (rk).

Source: Zu erst, juillet 2026.

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Un film qui pose les bonnes questions: Qui a fait exploser Nord Stream?

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Un film qui pose les bonnes questions: Qui a fait exploser Nord Stream?

Berlin. Le 26 septembre 2022, quatre explosions ont secoué la mer Baltique près de l’île danoise de Bornholm. Les gazoducs Nord Stream, qui transportaient du gaz naturel russe vers l’Allemagne et l’Europe de l’Ouest, ont été détruits. Les conséquences furent considérables et se font encore sentir aujourd’hui : explosion des prix de l’énergie, délocalisations d’entreprises, perte de la stabilité économique de l’Allemagne. Les enquêtes officielles n’ont jusqu’à présent apporté aucune réponse convaincante à la question de savoir qui a commis cet attentat et pour le compte de qui. Les médias dominants se concentrent sur une seule explication – particulièrement maigre : quelques Ukrainiens à bord d’un voilier affrété.

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C’est là qu’intervient le nouveau documentaire « Nord Stream – Die Sprengung » de Moritz Enders et Gunther Merz. Produit par Ronald Thoden de la maison d’édition Hintergrund, le film réunit des experts internationaux : le journaliste d’investigation allemand Dirk Pohlmann, le physicien du MIT et ancien conseiller militaire Theodore Postol, le chercheur sur la paix suédo-norvégien Ola Tunander, l’ex-analyste de la CIA Ray McGovern, l’ancien inspecteur général de la Bundeswehr et ancien président du comité militaire de l’OTAN Harald Kujat, ainsi que l’ingénieur suédois Erik Andersson, qui a examiné et analysé les débris des gazoducs à l’aide de son propre drone sous-marin.

Les réalisateurs posent les questions essentielles que d’autres éludent. Ils remettent en question la plausibilité de la thèse de l’équipage du petit voilier ukrainien. Ils replacent l’attentat dans son contexte géopolitique et de rapport de force plus large. Ils s’attardent également sur les omissions du livre très commenté du journaliste Bojan Pancevski, qui prétend pourtant livrer « la véritable histoire ».

Le film rappelle aussi l’événement mémorable du 7 février 2022, lorsque le président américain Joe Biden annonça, en présence du chancelier Olaf Scholz, la fin de Nord Stream – sans la moindre objection de Scholz. Donald Trump, quant à lui, a déclaré à plusieurs reprises, lors de sa campagne de réélection, qu’il avait déjà stoppé le gazoduc lors de son premier mandat.

Le documentaire s’appuie en grande partie sur les révélations du journaliste américain Seymour Hersh, qui a publié en février 2023, pour la première fois, des informations selon lesquelles le gouvernement américain aurait commandité l’attentat. Bien que Enders et Merz n’aient pas pu s’entretenir avec Hersh, le physicien Theodore Postol, ancien conseiller de la US Navy, a confirmé devant la caméra que les détails techniques des informations confidentielles de Hersh étaient corrects. Il les avait vérifiés pour Hersh et les avait jugés exacts.

L’ex-analyste de la CIA Ray McGovern déclare dans le film, au sujet de la réaction allemande : « La réaction allemande me stupéfie. Il est clair que l’Allemagne a reçu une gifle au visage lors de cette opération. Les politiciens allemands agissent toujours avec cette “soumission de moutons” – comme l’appelait Sebastian Haffner. »

L’économiste Christian Kreiß a fait remarquer en octobre 2022 sur la plateforme « apolut » que l’affaiblissement massif de l’économie allemande offrait « une formidable opportunité » pour les capitaux américains, en quête d’investissements rentables. Les entreprises pourraient être rachetées à bas prix suite à des ventes forcées. Fait particulièrement important : « Un fort ralentissement ouvre la possibilité d’acquérir enfin, à grande échelle, des entreprises industrielles allemandes de taille moyenne. Parmi elles se trouvent de nombreuses perles qui, jusqu’à présent, étaient hors de portée des fonds américains. »

Les réalisateurs posent également la question de savoir s’il ne serait pas temps pour l’Allemagne et l’UE de se détacher des anciennes alliances et de lutter pour leur autonomie politique et économique dans l’ordre mondial multipolaire qui se dessine. Si cela était possible, les explosions pourraient rétrospectivement être perçues comme un signal d’alarme. Mais, selon le film, cet espoir est illusoire. Les États-Unis tiennent trop fermement leur sphère d’influence – toute tentative de s’en écarter exposerait à une forte dépendance. Les laquais régionaux de la superpuissance mondiale trahissent les intérêts de leurs propres pays.

Le film sera présenté en avant-première le 2 juillet au cinéma Babylon à Berlin (mü).

Source: Zu erst, juillet 2026. 

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mercredi, 17 juin 2026

Allemagne: le Verfassungsschutz, symptôme d'une contradiction irréconciliable

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Allemagne: le Verfassungsschutz, symptôme d'une contradiction irréconciliable

par Ralf Van den Haute

Lors de la création de la République fédérale d'Allemagne en 1949, on a délibérément opté non pas pour une Verfassung, mais pour une Grundgesetz. En français, lorsqu'on parle de la « Constitution » allemande, une distinction importante est souvent perdue de vue. En effet, la République fédérale ne dispose pas d'une Verfassung (Constitution), mais d'une Grundgesetz (loi fondamentale). Ce choix terminologique était délibéré en 1949. Les auteurs du nouvel ordre étatique ouest-allemand voulaient éviter de donner l’impression que la division de l’Allemagne était définitive. La Grundgesetz était conçue comme un régime provisoire, valable jusqu’à ce que le peuple allemand se dote librement de sa propre constitution.

Cette distinction n’est pas purement sémantique. Dans la tradition constitutionnelle européenne, une constitution n’est pas simplement un ensemble de règles juridiques fondamentales. Elle est l’expression du pouvoir constituant d’un peuple qui se dote d’un ordre politique. Une Verfassung suppose un moment constituant au cours duquel une communauté politique s’organise et légitime ses institutions. La Grundgesetz, en revanche, a vu le jour sous la tutelle des Alliés, dans une Allemagne divisée et partiellement occupée. À l’origine, elle n’était pas destinée à être l’expression constitutionnelle définitive de la nation allemande.

61cLMAQINeS.jpgPas de moment constitutionnel

La réunification allemande de 1990 offrait théoriquement la possibilité d’adopter une véritable Verfassung. L’article 146 de la Grundgesetz prévoyait en effet que cette loi fondamentale perdrait sa validité dès que le peuple allemand se serait doté d’une constitution par une décision libre. Cette possibilité n’a toutefois pas été saisie. Au lieu de cela, le modèle étatique ouest-allemand existant a été étendu à l’ancienne RDA. L’Allemagne a certes été réunifiée, mais le moment constituant où le peuple allemand unifié se serait doté d’un nouvel ordre étatique n’a pas eu lieu.

Cette particularité historique jette un éclairage intéressant sur le développement ultérieur de la République fédérale. À mesure que la légitimité de l’ordre politique repose moins sur un acte constituant explicite du peuple, l’importance des institutions qui veillent sur cet ordre et l’interprètent s’accroît. La Cour constitutionnelle fédérale (Bundesverfassungsgericht) et l’Office fédéral pour la protection de la Constitution (Verfassungsschutz) en sont les exemples les plus visibles. Non seulement ils protègent l’ordre juridique existant, mais ils déterminent aussi dans une large mesure quelles opinions politiques sont jugées compatibles avec ce qu’on appelle le « freiheitliche demokratische Grundordnung » (l’ordre constitutionnel libéral et démocratique). C'est là que naît la tension fondamentale de l'État allemand d'après-guerre: entre la démocratie en tant qu'expression de la volonté populaire et la démocratie en tant que protection d'un ordre étatique prédéfini et imposé par les Alliés.

Wegbegleiter-R-S_Schmid_Carlo_5300-372x500.jpgLe professeur de sciences politiques et homme politique du SPD, le Dr Carlo Schmid (photo), a déclaré en 1948 dans sa conférence intitulée « Was heißt eigentlich Grundgesetz? » ([1] ) : « La Constitution est la décision commune d’un peuple libre sur la forme et le contenu de son existence politique. Une telle Constitution contient les normes fondamentales de l’État. Elle détermine, sans pouvoir être renvoyée à une instance supérieure, les limites de la souveraineté sur son territoire et fixe tant les droits de l’individu que les limites de l’autorité de l’État. Rien n’est au-dessus de la Constitution, personne ne peut la suspendre, personne ne peut l’ignorer. Une constitution n’est rien d’autre que la réalisation juridique de la liberté d’un peuple. C’est là que réside son pathos, et c’est pour cela que des peuples sont montés aux barricades. »

Schmid en conclut que la République fédérale fondée en 1949 ne pouvait être considérée comme un État au sens démocratique plein et entier du terme. Selon lui, elle s’organisait tout au plus comme un système de type étatique (vielleicht staatsähnlich), mais pas comme l’expression politique d’un peuple allemand constituant. Il va même jusqu’à affirmer que, tant que le caractère provisoire de cet ordre persiste, celui-ci reste essentiellement la forme organisationnelle d’une réalité politique délimitée par des puissances extérieures.

La question fondamentale qui en découle est de savoir si un État est purement une structure de domination – étrangère si nécessaire – ou bien une réalité populaire vivante : une démocratie qui ne reçoit pas sa forme de l’extérieur, mais se constitue d’elle-même par sa propre volonté. Pour Schmid, la réponse était claire. À l’ère démocratique, un État n’est légitime que s’il est le résultat d’un acte constitutif libre (konstitutiver Gesamtakt) d’un peuple souverain.

Il est remarquable que Wolfgang Schäuble, l’un des hommes politiques les plus influents de la CDU dans l’Allemagne d’après-guerre et alors ministre des Finances, ait déclaré lors du Congrès bancaire européen de 2011 que «depuis le 8 mai 1945, nous n’avons à aucun moment été pleinement souverains en Allemagne». Il faisait sans doute référence à la position constitutionnelle particulière de la République fédérale et au débat qui, depuis sa création, porte sur sa légitimité constitutionnelle. Schmid voyait dans un ordre étatique imposé de l’extérieur le danger d’un système politique qui perdrait progressivement son fondement démocratique et constitutif pour se transformer en un système principalement géré sur le plan administratif et juridique. Lorsque l'État n'est plus l'expression d'une volonté populaire constituante, il risque d'être réduit à un appareil qui tire sa légitimité de ses propres procédures et institutions.

Protection de la Constitution ou de la loi fondamentale ?

Dans cette perspective, la dénomination « Verfassungsschutz » revêt également un caractère paradoxal. Si l'on pousse le raisonnement de Carlo Schmid jusqu'au bout, la République fédérale ne dispose pas, à proprement parler, d'une Verfassung légitimée par un acte populaire constituant, mais d'une Grundgesetz qui était à l'origine conçue comme un ordre étatique provisoire. La question se pose alors de savoir ce qui est précisément protégé par une institution qui se présente comme « protectrice de la Constitution ». Pour Krebs, penseur de la nouvelle droite et fondateur du Thule Seminar, cela recèle une contradiction fondamentale. Tant que l’État allemand ne repose pas sur une Verfassung librement choisie par le peuple allemand, le Verfassungsschutz ne protège pas tant une Verfassung que l’ordre institutionnel et normatif existant du Grundgesetz. Krebs affirme donc que ce service devrait en réalité s’appeler « Grundgesetzversicherung »[2] plutôt que « Verfassungsschutz ».

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La question de droit constitutionnel que nous devons nous poser ici est la suivante: le Verfassungsschutz protège-t-il une constitution qui tire sa légitimité d’une volonté populaire constituante, ou protège-t-il un ordre institutionnel issu de l’histoire qui tire sa légitimité principalement de sa propre continuité juridique? En d’autres termes: le service veille-t-il à l’autodétermination démocratique du peuple allemand, ou veille-t-il aux limites dans lesquelles cette autodétermination peut s’exercer? C’est précisément cette question qui fait du Verfassungsschutz plus qu’un simple service de sécurité ou de renseignement et le place au cœur du débat allemand sur la légitimité.

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Sur le plan institutionnel, le Verfassungsschutz se compose d’un office fédéral (Bundesamt für Verfassungsschutz) et de seize services régionaux (Landesämter für Verfassungsschutz). Formellement, il s'agit de services de renseignement intérieurs chargés de collecter et d'analyser des informations sur des personnes, des organisations et des mouvements considérés comme une menace pour l'ordre constitutionnel libéral et démocratique. À cette fin, ils disposent d'un vaste arsenal de moyens, notamment la surveillance, les informateurs, l'infiltration et d'autres méthodes d'enquête secrètes. La décision finale quant à savoir si une organisation est effectivement anticonstitutionnelle n'appartient toutefois pas au Verfassungsschutz, mais au pouvoir judiciaire et en particulier à la Cour constitutionnelle fédérale (Bundesverfassungsgericht). C'est précisément cette interaction entre les services de sécurité et le pouvoir judiciaire qui soulève la question de savoir dans quelle mesure la frontière entre la protection juridique objective et l'interprétation politique de l'ordre constitutionnel peut réellement être maintenue.

Observation vs participation

La problématique se complexifie encore davantage lorsque l'on examine de près le mode de fonctionnement opérationnel du Verfassungsschutz. En effet, le service ne se limite pas à une observation passive de personnalités et de mouvements politiques, mais recourt largement à des informateurs (V-Leute), à des agents infiltrés et à d'autres méthodes secrètes de collecte d'informations. Il en résulte un paradoxe fondamental. À mesure que l’État s’infiltre plus profondément dans une organisation considérée comme potentiellement dangereuse pour l’État, la frontière entre observation et participation s’estompe. La question se pose alors de savoir dans quelle mesure un mouvement agit encore de manière totalement autonome lorsque ses structures, son processus décisionnel ou ses activités sont partiellement influencés par des personnes qui travaillent en réalité pour les services de sécurité. Cette problématique a été mise en évidence de manière flagrante lors des procédures engagées contre le NPD, où il est apparu qu’un nombre considérable de figures dirigeantes entretenaient des contacts avec le Verfassungsschutz ou agissaient en tant qu’informateurs pour ce service. Cela a soulevé la question délicate de savoir si l’État était encore un simple observateur ou s’il était, dans une certaine mesure, présent au sein de l’organisation qu’il considérait comme une menace pour l’ordre constitutionnel: la Cour constitutionnelle fédérale a estimé que la présence d’agents infiltrés au sein de la direction du parti rendait impossible de déterminer avec certitude quelles déclarations et activités émanaient du parti lui-même et lesquelles avaient pu être influencées par les infiltrés [3] . La question touche à un problème fondamental de l'État de droit: un État peut-il se prononcer de manière convaincante sur la dangerosité d'une organisation alors qu'il fait lui-même partie, directement ou indirectement, de son fonctionnement?

En d’autres termes: lorsque l’État est présent au sein des organisations qu’il observe, qui veille alors à la ligne de démarcation entre la protection de l’ordre démocratique et la participation à la construction de la réalité politique qu’il prétend seulement observer?

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Le paradoxe de la tolérance

La légitimité de telles institutions est souvent recherchée dans ce que Karl Popper appelait le paradoxe de la tolérance. Une société qui fait preuve d’une tolérance illimitée envers des forces qui cherchent à détruire son propre caractère tolérant court le risque de finir par périr elle-même [4]. Il en découle, selon Popper, qu’une démocratie a le droit de se défendre contre ses ennemis. Mais qui détermine quelles personnes, organisations ou idées doivent être considérées comme des ennemis de l'ordre démocratique? Cela nous amène à une question déjà posée par Juvénal: quis custodiet ipsos custodes [5]?

9782081228733_internet_h1400.jpgLa question de savoir qui doit être considéré comme un ennemi de l’ordre démocratique nous amène à Carl Schmitt. Dans Der Begriff des Politischen (1932), Schmitt soutient que toute communauté politique est finalement confrontée à la décision de déterminer qui est un ami et qui est un ennemi. Dans une démocratie activiste, cette question revêt une signification particulière . La question centrale n’est plus de savoir si l’ordre démocratique a le droit de se défendre, mais qui détient le pouvoir de déterminer quelles personnes, organisations ou idées sont considérées comme une menace pour cet ordre.

Selon la conception de la souveraineté de Schmitt, la souveraineté se déplace alors vers l'instance qui prend cette décision. «Est souverain celui qui décide de l'état d'exception». La question n'est donc plus seulement de savoir qui est l'ennemi, mais aussi qui détient l'autorité de définir quelqu'un comme ennemi.

51oDVOsfg5L._AC_UF894,1000_QL80_.jpgParadoxe fondamental

Le Verfassungsschutz se présente comme le protecteur de l’ordre constitutionnel de la République fédérale. C’est précisément là que réside le paradoxe fondamental. Si l’on prend au sérieux le raisonnement de Carlo Schmid, l’Allemagne ne dispose pas à ce jour d’une Verfassung au sens classique du terme: une constitution issue d’un acte constituant libre d’un peuple souverain. Ce qui est protégé, ce n’est donc pas tant une constitution en tant qu’expression de la volonté populaire, mais un ordre institutionnel et normatif issu de l’histoire, dont la légitimité repose principalement sur sa propre continuité juridique.

Le Verfassungsschutz n’est donc pas tant la solution à un problème constitutionnel que l’expression institutionnelle du champ de tension entre la souveraineté populaire et la démocratie des valeurs.

Le Verfassungsschutz apparaît ainsi comme le symptôme d’une contradiction plus profonde et irréconciliable au sein de l’ordre étatique allemand d’après-guerre. D'une part, la République fédérale invoque la légitimité démocratique et la souveraineté populaire ; d'autre part, elle s'appuie de plus en plus, pour sa survie, sur des institutions qui déterminent quelles opinions politiques, quels partis et quels mouvements relèvent encore de l'ordre constitutionnel. Le Verfassungsschutz tire sa raison d’être de la protection d’une Verfassung qui n’a jamais existé. Il ne veille pas sur la volonté constituante d’un peuple souverain, mais sur les limites d’un ordre normatif qui précède ce peuple et dont la signification est déterminée par des institutions qui se soustraient en grande partie au processus décisionnel démocratique.Tant que la question de l’origine constitutionnelle de cet ordre et celle du contrôle démocratique de ses gardiens resteront sans réponse, la question de la légitimité du Verfassungsschutz lui-même est également légitime.

Pas seulement en République fédérale

La question de la légitimité du Verfassungsschutz ne se limite pas à la République fédérale, mais peut s’étendre sans difficulté à l’évolution au sein des démocraties libérales occidentales. Dans presque tous les États d'Europe occidentale, on observe un glissement progressif de la prise de décision politique fondée sur la souveraineté populaire vers une prise de décision de plus en plus filtrée par des institutions administratives, judiciaires et supranationales. Il n'est pas rare que les institutions nationales des droits de l'homme agissent à la fois en tant que conseillères, plaignantes et parties au procès dans des litiges sociaux. Les tribunaux européens et nationaux sont de plus en plus souvent confrontés à des questions qui relevaient autrefois du domaine exclusif de la prise de décision politique. Le débat permanent sur la relation entre le droit national et le droit européen touche également à cette même question fondamentale: où se situe en fin de compte le centre de la souveraineté politique et qui a le dernier mot lorsque des choix démocratiques se heurtent à des cadres normatifs supérieurs?

À mesure que la légitimité de l'ordre politique se fonde moins sur la volonté immédiate du peuple et davantage sur la protection de valeurs abstraites, de droits fondamentaux et de principes constitutionnels, le pouvoir des institutions chargées d'interpréter, de veiller au respect et de faire respecter ces valeurs s'accroît également. L'État moderne risque d'évoluer d'une communauté politique (politisches Gemeinwesen) vers un système normatif géré sur le plan juridico-administratif. La nouvelle droite française a défini cela comme un totalitarisme doux.

Ce qui se manifeste en Allemagne à travers le Verfassungsschutz se manifeste ailleurs par le biais des cours constitutionnelles, des instances de défense des droits de l’homme et des ordres juridiques supranationaux. Partout, la même question se pose: la légitimité ultime de la communauté politique réside-t-elle encore dans le peuple, ou dans les institutions qui déterminent comment la volonté de ce peuple doit être interprétée?

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Le politologue américain Sheldon S. Wolin (photo) qualifie cette évolution d’«inversion du totalitarisme» [6], une forme de gouvernement dans laquelle les institutions démocratiques continuent d’exister formellement, mais où le pouvoir effectif se déplace progressivement vers un réseau d’élites administratives, économiques et juridiques. Václav Havel [7] parle d’un système dans lequel la conformité est imposée moins par la contrainte ouverte que par la pression sociale, professionnelle et institutionnelle.

Notes: 

[1] Carlo Schmid, Was heißt eigentlich Grundgesetz?, rede gehouden in de Parlementarischer Rat, Bonn, 1948.

[2] Dr. Pierre Krebs, Fangt die Rebellen und macht sie Mundtot! Zunächst… , Ahenrad der Moderne, Kassel, 2018.

[3] BVerfG, décision du 18 mars 2003, 2 BvB 1/01, 2 BvB 2/01 et 2 BvB 3/01 (procédure d’interdiction du NPD).

[4] Popper, Karl R., The Open Society and Its Enemies, Vol. I-II, London: Routledge, 1945.

[5] Decimus Junius Juvenalis, Satirae (Satires), livre VI, vers 347–348.

[6] Sheldon S. Wolin, Democracy Incorporated : Managed Democracy and the Specter of Inverted Totalitarianism, Princeton, NJ : Princeton University Press, 2008.

[7] Václav Havel, The Power of the Powerless, dans John Keane (éd.), The Power of the Powerless: Citizens Against the State in Central-Eastern Europe (Armonk, NY : M.E. Sharpe, 1985).

mardi, 16 juin 2026

Poutine prêt à livrer du gaz immédiatement: le voyage de l’AfD en Russie prouve l’échec délibéré du gouvernement allemand!

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Poutine prêt à livrer du gaz immédiatement: le voyage de l’AfD en Russie prouve l’échec délibéré du gouvernement allemand!

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/199902

Le succès diplomatique du voyage de l’AfD en Russie représente pour Merz la deuxième humiliation consécutive. Désespéré, il s’est emporté lors d’une session spéciale au Bundestag qu’il avait lui-même demandée. La raison: Poutine a déclaré que les livraisons de gaz pour l’économie allemande en difficulté ne demandaient qu'à être reprises par une simple pression sur un bouton.

Honte supplémentaire: la Russie a publiquement exigé des éclaircissements sur les dérives antidémocratiques en Allemagne, face aux discussions sur une éventuelle interdiction de l’AfD.

«La politique étrangère est une politique d’intérêts, pas une compétition de vertu», a rétorqué le porte-parole de l'AfD aux affaires étrangères Markus Frohnmaier face à l’hystérie de la CDU, du SPD et des Verts au Bundestag.

Avec une délégation de l’AfD, il a participé la semaine dernière au plus important forum économique des pays BRICS avec une équipe solide: l’eurodéputé Petr Bystron, le porte-parole pour l’énergie Steffen Kotré et le leader de l’AfD en Saxe, Jörg Urban.

Crise économique ? Un non-sujet pour la coalition…

Alors que l’industrie allemande continue de reculer, les débats du gouvernement sont dominés par la question ukrainienne. Le député CDU Jens Spahn a qualifié les représentants de l’AfD de «traîtres à la patrie». Alice Weidel a répliqué: la rhétorique de guerre sert à détourner l’attention de leur propre échec économique, qui a conduit l’Allemagne à la désindustrialisation.

La politique étrangère de Merz est un boulet sur le plan international. L’Allemagne a échoué dans sa candidature à un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. De plus, le gouvernement fédéral a laissé tomber l’économie allemande lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) – le sommet le plus important pour les matières premières dans le monde des BRICS – sans lui apporter de soutien. Rien que cela représente deux défaites diplomatiques en une seule semaine.

Ce que le voyage de l’AfD a révélé

Sans la délégation de l’AfD, des faits économiques majeurs seraient restés absents du débat public. Ainsi, Matthias Schepp, de la Chambre de commerce extérieure germano-russe, a confirmé: environ 1600 entreprises allemandes sont encore actives en Russie, avec un chiffre d’affaires global de 20 milliards d’euros. Avant les sanctions, l’Allemagne était le principal partenaire commercial européen de la Russie.

Ce vide est aujourd’hui principalement comblé par la Chine: rien que durant le premier trimestre de cette année, 1400 nouvelles entreprises chinoises ont été enregistrées en Russie. Selon le directeur du DIW, le préjudice économique subi par l’Allemagne à cause des sanctions pourrait s’élever à 200 milliards d’euros.

Les États-Unis rappellent à l’Europe l’histoire culturelle de la Russie

Tandis que les États membres de l’UE boycottaient le forum, Washington a envoyé Rodney Mims Cook, président de la commission culturelle américaine. Il a évoqué les liens culturels séculaires avec la Russie – de l’architecture de Saint-Pétersbourg au ballet.

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Le député européen de l’AfD, Petr Bystron (photo), a commenté sèchement: c’est une honte pour l’Europe qu’après 2000 ans d’histoire commune, il faille une intervention des États-Unis pour rappeler l’importance culturelle de la Russie.

Poutine : le gaz pourrait être livré dès demain !

La révélation la plus explosive du voyage: Poutine a publiquement déclaré que la Russie était prête à «livrer du gaz à l’Allemagne dès demain».

Ainsi, selon leurs propres dires, les représentants de l’AfD réfutent la thèse selon laquelle le gaz russe ne serait tout simplement plus disponible – et renouvellent leur exigence: une clarification sur la destruction des gazoducs Nord Stream.

 

jeudi, 11 juin 2026

CSIS: L’Amérique pense la double guerre – et l’Europe doit être le second théâtre d’opérations

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CSIS: L’Amérique pense la double guerre – et l’Europe doit être le second théâtre d’opérations

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena 

Un rapport du Center for Strategic and International Studies (CSIS) américain marque un tournant stratégique (https://www.csis.org/analysis/wartime-footing-two-front-strategy-confront-china-and-russia). Les États-Unis ne partent visiblement plus du principe qu’ils n’auraient à mener qu’une seule grande guerre, tout en contrôlant, à côté, un conflit régional de moindre ampleur.

La nouvelle hypothèse est la suivante: Washington doit se préparer à deux conflits majeurs simultanés – contre la Chine dans l’Indo-Pacifique et contre la Russie en Europe.

Il ne s’agit pas seulement d’un débat technico-militaire. C’est le signe que l’ordre stratégique postérieur à 1991 touche à sa fin.

Après la chute de l’Union soviétique, la planification américaine reposait essentiellement sur trois postulats:

Premièrement: une grande guerre entre puissances n’aurait plus lieu.

Deuxièmement: les États-Unis pourraient, en cas de crise, augmenter leurs forces à temps.

Troisièmement: la supériorité technologique remplacerait la masse, la profondeur industrielle et la capacité d’endurance.

Or, ces hypothèses ne tiennent plus.

La guerre en Ukraine a montré que les guerres modernes ne se décident pas seulement par la haute technologie, mais aussi par les munitions, les drones, les pièces de rechange, la logistique, la capacité de production et les réserves. En résumé: par la masse et la substance industrielle.

C’est pourquoi le CSIS ne critique pas seulement la Russie ou la Chine. Le véritable destinataire du rapport est aussi l’appareil de sécurité américain lui-même: les achats, l’industrie de l’armement, la planification stratégique.

Le message est le suivant: l’Amérique a de nouveau besoin d’une capacité de pré-guerre permanente.

Pour l’Asie, on envisage une version modernisée du concept «Air-Sea Battle»: missiles, drones, véhicules sous-marins, systèmes de commandement interconnectés – tout cela dans le but d’entraver le plus tôt possible une opération chinoise contre Taïwan.

Pour l’Europe, c’est en fait l’ancienne logique de la «Air-Land Battle» qui est réactivée: en cas de conflit avec la Russie, l’OTAN devrait neutraliser le plus tôt possible la logistique russe, les postes de commandement, l’artillerie et la défense aérienne.

Militairement, cette logique se comprend. Politiquement, elle est très risquée.

Car, face à une puissance nucléaire, toute action en profondeur dès le début signifie: risque d’escalade immédiat.

Mais le point décisif est ailleurs.

Autrefois, les États-Unis pouvaient en grande partie décider eux-mêmes où, quand et dans quelle mesure ils voulaient intervenir militairement. Aujourd’hui, ils doivent compter avec le fait que leurs adversaires leur imposent des conflits – simultanément, dans des zones différentes, avec des moyens différents.

La Chine n’a pas à attendre la fin de la guerre en Ukraine. La Russie n’a pas à attendre la résolution de la crise de Taïwan.

Rien que cette possibilité montre que l’ère de la liberté stratégique incontestée des États-Unis est terminée.

Pour l’Allemagne, ce rapport n’est donc pas une simple étude militaire américaine. C’est un avertissement. Car si Washington pense désormais en termes de double guerre, l’Europe devient automatiquement le théâtre européen de cette stratégie. Et l’Allemagne serait la zone de déploiement, la plaque tournante logistique, le financier et le co-responsable politique.

C’est précisément ici que commence la question des intérêts allemands.

L’Allemagne a besoin de capacités de défense. Mais l’Allemagne n’a pas besoin d’être automatiquement intégrée dans une stratégie mondiale américaine de double conflit.

Nos intérêts résident dans la stabilité européenne, une dissuasion contrôlée, une capacité industrielle d’action et, surtout, dans l’évitement de confrontations directes entre grandes puissances.

La politique de sécurité ne doit pas signifier se laisser entraîner dans une logique permanente de pré-guerre.

La sobriété stratégique signifie: reconnaître les rapports de force, limiter les risques, éviter l’escalade – et ne pas confondre les intérêts allemands avec la stratégie globale américaine.

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dimanche, 07 juin 2026

Sanctionnée pour double standard: pourquoi la candidature de l’Allemagne au Conseil de sécurité de l’ONU a échoué

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Sanctionnée pour double standard: pourquoi la candidature de l’Allemagne au Conseil de sécurité de l’ONU a échoué

Thomas Röper

Source: https://anti-spiegel.ru/2026/warum-deutschlands-kandidatu...

Le Sud global a présenté à l’Allemagne l’addition pour la politique qu'elle a pratiquée au cours de ces dernières années. Trois États européens se sont portés candidats pour deux sièges non permanents au Conseil de sécurité de l’ONU. L’Allemagne a été sanctionnée et les sièges sont revenus à l’Autriche et au Portugal.

Le Conseil de sécurité de l’ONU compte, en plus des cinq membres permanents que sont la Chine, la France, la Grande-Bretagne, la Russie et les États-Unis, dix membres non permanents, dont les sièges sont répartis entre les groupes régionaux de l’ONU. L’Afrique a droit à trois sièges, les États d’Asie et du Pacifique, les États d’Amérique latine et des Caraïbes, ainsi que le groupe des États d’Europe occidentale et autres, ont chacun deux sièges, et l’Europe de l’Est en a un. Chaque année, l’Assemblée générale de l’ONU élit cinq membres non permanents pour une durée de deux ans.

Mercredi avait lieu l’élection pour les années 2027/2028, au cours de laquelle les deux sièges d’Europe occidentale étaient à pourvoir. Les candidats étaient l’Autriche, le Portugal et l’Allemagne.

L’arrogance allemande

Pour le gouvernement fédéral, il s’agissait d’un projet qui lui tenait à cœur: retrouver un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Der Spiegel rapportait par exemple que le ministre des Affaires étrangères Wadephul s’était rendu spécialement à New York pour une semaine afin de faire campagne pour l’Allemagne. Et même dans Der Spiegel, on trouvait une pointe d’autocritique au sujet des chances de succès de la candidature allemande :

«Autrefois, une candidature allemande allait de soi, ne serait-ce qu’en raison de la grande aide au développement apportée par la République fédérale. Cela a changé. La candidature tardive n’est pas le seul problème. La politique allemande au Proche-Orient et envers la Russie pourrait également porter préjudice au gouvernement».

C’est formulé très poliment, car à part les quelque 50 États de l’ancien “Occident collectif”, aucun pays au monde ne soutient la politique anti-russe et pro-ukrainienne dont l’Allemagne est l’un des principaux moteurs. Contrairement à ce qu’affirment les médias et politiciens allemands, la Russie n'est pas isolée internationalement. Ce sont, comme je l’ai déjà souvent souligné, les promoteurs de la politique anti-russe qui se sont isolés sur la scène internationale. Et le fait que le soutien inconditionnel de l’Allemagne au génocide israélien à Gaza et à ses guerres au Proche-Orient soit ouvertement rejeté par le Sud global ne devrait surprendre que ceux qui ne s’informent que par le Tagesschau.

wm-2022-deutschland-japan.jpegS’ajoute à cela l’arrogance avec laquelle les politiciens allemands veulent imposer leurs “valeurs” au monde entier, à commencer par toute la question LGBT, etc., ce qui, dans le reste du monde où la propagande LGBT n’est pas présente depuis des années dans les manuels scolaires, est très mal perçu. Il suffit de se souvenir de l’intervention de Nancy Faeser avec son brassard LGBT lors de la Coupe du monde au Qatar (photo), qui a provoqué de l’incompréhension et des réactions négatives dans le monde entier.

La “défaite historique”

La “défaite historique” lors de l’élection au Conseil de sécurité de l’ONU est la juste sanction de cette arrogance et de cette hypocrisie qui caractérisent la politique allemande depuis des années. Lors du vote, l’Allemagne a été éliminée dès le premier tour, le Portugal obtenant 134 voix, l’Autriche 131 et l’Allemagne seulement 104.

L’expression “défaite historique” n’est pas de moi, mais du Handelsblatt, qui titrait après le désastre: “Conseil de sécurité de l’ONU – Comment l’Allemagne en est arrivée à sa défaite historique” et écrivait en chapeau de son article :

    “Depuis 2019, Berlin a fait campagne auprès de 191 pays pour obtenir des voix. Mais cela ne suffit pas pour un siège au Conseil de sécurité. Lorsqu’on cherche des raisons, deux noms de pays reviennent aussi : Israël et la Russie.”

L’échec porte un nom

imago0202627441h.jpgL’arrogance allemande n’a pas commencé à déranger le monde en 2022 seulement, mais déjà sous Merkel, qui avait envoyé son proche collaborateur Christoph Heusgen (photo) en tant qu’ambassadeur allemand à l’ONU. Heusgen s’est illustré par son arrogance et sa suffisance, et s’est mis à dos de nombreux pays et représentants.

J’avais déjà écrit en 2022 que la candidature allemande à un siège au Conseil de sécurité de l’ONU était vouée à l’échec. Et l’une des raisons principales en est Heusgen, car il n’est pas seulement arrogant, il ment aussi effrontément (cf. https://web.archive.org/web/20240226181643/https://anti-spiegel.ru/2022/christoph-heusgen-so-dreist-luegen-nur-wenige/).

Je l’ai démontré dans un article à propos d’une interview que Heusgen avait accordée début 2022, avant même l’escalade en Ukraine. Le public allemand, maintenu dans l’ignorance par les médias traditionnels, ne remarque pas ses mensonges, mais sur la scène internationale, les gens et les responsables sont mieux informés, et Heusgen n’a suscité que des hochements de tête.

Heusgen s’est fait à l’ONU autant d’ennemis que peu d’autres auparavant. Ce n’était même pas le fait que l’Allemagne ait parfois une opinion différente sur certains sujets – ce qui est normal. C’est son attitude arrogante et irrespectueuse qui lui a valu des ennemis et a gravement nui à la réputation de l’Allemagne dans le monde.

Lorsque Heusgen a quitté l’ONU, il lui a été clairement signifié ce que l’on pensait de lui là-bas. À ma connaissance, aucun diplomate n’a été congédié avec de tels propos.

Pour les Chinois, la politesse est, de par leur culture, très importante, et il est essentiel pour eux que même les adversaires puissent “sauver la face”. C’est donc un fait unique que Heusgen ait été salué par l’ambassadeur chinois à l’ONU par ces mots :

    “Heureux de nous débarrasser de vous”

L’ambassadeur russe à l’ONU a été un peu plus poli, disant à Heusgen à cette occasion :

    “Quel dommage que vous partiez enfin”

J’ai déjà relaté les “exploits” de Heusgen à l’ONU qui ont sans doute joué un rôle important dans l’élection actuelle, des articles avec détails sont à retrouver ici : https://web.archive.org/web/20240414135827/https://www.anti-spiegel.ru/2020/deutschlands-hoffnungen-auf-einen-staendigen-sitz-im-uno-sicherheitsrat-sind-zerstoben/ ; et ici: https://web.archive.org/web/20240505165513/https://anti-spiegel.ru/2020/deutscher-uno-botschafter-christoph-heusgen-der-diplomatische-supergau/ ).

Nord Stream: le récit officiel vacille

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Nord Stream: le récit officiel vacille

Par Ilia Ryvkin

Source: https://www.freilich-magazin.com/politik/nord-stream-die-...

De nouvelles enquêtes et des analyses techniques remettent en question les hypothèses centrales autour du sabotage de Nord Stream. Ilia Ryvkin s'interroge sur les acteurs potentiellement impliqués et sur les intérêts géopolitiques qui pourraient se cacher derrière l’attentat.

Les explosions des gazoducs Nord Stream en septembre 2022 comptent encore aujourd’hui parmi les actes de sabotage les plus lourds de conséquences dans l’histoire européenne récente.

En quelques secondes, Nord Stream s’est transformé en un effondrement physique de vagues de pression et de masses de gaz montant à la surface. L’explosif n’a d’abord ouvert la paroi du tuyau qu’à un endroit localisé. Puis, la pression interne pouvant aller jusqu’à 165 bars s’est déchaînée: le gaz s’est échappé dans la mer à la vitesse du son, d’énormes bulles sont remontées à la surface et le pipeline a été soulevé du fond marin. Il s’en est suivi une cascade de dommages mécaniques. Sur Nord Stream 1, environ 282 et 249 mètres de tuyau ont été détruits sur deux tronçons. Ce qui importe, c’est la comparaison avec Nord Stream 2 : là, une conduite est restée largement intacte, car la pression, après une première fuite, était déjà tombée à environ 35 bars.

L’enquête technique d’Erik Andersson

La reconstitution de l’ingénieur suédois Erik Andersson se distingue de la plupart des autres analyses concernant Nord Stream par son approche purement technique. Andersson a organisé ses propres expéditions sur les lieux des explosions en mer Baltique et a analysé les segments de tuyaux déformés, les schémas de rupture et la dynamique des gaz lors des détonations. Ses travaux se situent au croisement de l’ingénierie, de l’OSINT et de l’analyse géopolitique.

Il a présenté les résultats de ses recherches récemment au Bundestag, sur invitation du groupe parlementaire AfD. Le mot d’introduction et la modération étaient assurés par le porte-parole aux affaires économiques Leif-Erik Holm et le porte-parole à la politique énergétique Steffen Kotré. Près de quatre ans après les explosions des pipelines Nord Stream, l’affaire est officiellement toujours qualifiée d’« inexpliquée ». C’est précisément là que réside aujourd’hui sa vraie fonction politique. La vérité est maintenue dans un état d’incertitude permanente, car trop de certitudes géopolitiques occidentales seraient remises en cause si l’on tirait publiquement les conséquences des révélations existantes.

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Le procès de Londres et la question ouverte des auteurs

Un procès à Londres offre désormais une rare occasion de faire le point. Nord Stream AG a porté plainte devant la High Court contre ses assureurs, et en premier lieu contre Lloyd’s of London. Le montant du litige s’élève à 580 millions d’euros. Il n’est pas question ici d’identifier les auteurs, mais de savoir si le sabotage est couvert par l’assurance.

Dans des mémoires publiés juste avant le début du procès, Lloyd’s résume les avis de divers experts géopolitiques sollicités par les parties. La liste des auteurs encore envisagés est particulièrement révélatrice : des acteurs étatiques russes, des acteurs étatiques ukrainiens, des acteurs non étatiques ukrainiens ou des acteurs étatiques américains, seuls ou de concert avec l’Ukraine. Cette construction permet à Lloyd’s d’éviter la question centrale de la responsabilité. Les parties défenderesses n’ont pas à prouver qui a fait sauter Nord Stream. Il leur suffit que chacune de ces quatre variantes soit couverte par l’exclusion de guerre de l’assurance. La question décisive est donc : ces quatre alternatives sont-elles encore toutes aussi crédibles après trois ans et demi d’enquêtes, de fuites et de nouvelles révélations ?

Pourquoi la piste russe perd en crédibilité

Les enquêteurs suédois comme allemands ont examiné la piste russe et n’ont trouvé aucune preuve d’une implication de Moscou. Pourtant, pendant des mois, le récit selon lequel la Russie aurait fait sauter son propre gazoduc a dominé. De nombreux responsables politiques occidentaux se sont exprimés de manière à renforcer cette impression auprès du public. Même lorsque les enquêteurs allemands suivaient depuis longtemps la piste ukrainienne, Berlin maintenait la possibilité que la mission Andromeda ait été une opération russe sous fausse bannière.

Le problème de cette hypothèse a toujours été son absence de preuves. Aucun enquêteur sérieux n’a jamais présenté d’hypothèse solide expliquant la culpabilité russe de manière technique ou opérationnelle. Ce récit s’est maintenu essentiellement parce qu’il reposait sur un mobile apparemment évident : la Russie aurait utilisé le pipeline comme outil de chantage énergétique et aurait donc eu intérêt à le détruire.

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L’affaire des turbines et le mobile du sabotage

La réduction des livraisons de gaz via Nord Stream 1 à l’été 2022 a été avancée comme preuve majeure. Mais à y regarder de plus près, cet argument s’effondre. L’origine de la crise n’était pas un sabotage russe, mais un différend lié aux sanctions concernant une turbine Siemens retenue au Canada. Le gouvernement ukrainien s’est ouvertement opposé au retour de la turbine. Dans le même temps, le gouvernement allemand a mis en scène l’incident comme preuve de l’irrégularité russe. Le chancelier Olaf Scholz a posé devant la turbine, affirmant qu’aucun obstacle juridique ne s’opposait à son retour.

Du point de vue de Moscou, cette mise en scène devait apparaître comme un pur cynisme. Car les mêmes États qui imposaient des sanctions déclaraient publiquement que Nord Stream devait disparaître. Victoria Nuland avait annoncé que le pipeline serait « d’une manière ou d’une autre » arrêté. Le président américain Joe Biden a promis quelques semaines avant le début de la guerre: « We will put an end to it. » Le message était clair: si la pression économique ne suffisait pas, d’autres moyens seraient utilisés.

Lorsque Zelensky a qualifié le retour de la turbine Siemens en Russie d’« inacceptable », il savait déjà, selon les informations disponibles, que Kiev prévoyait de détruire Nord Stream. Le plan initial aurait été validé dès juin. Selon le Wall Street Journal, le commandant en chef ukrainien lui aurait même expliqué que l’opération était irréversible.

La Russie, coupable désignée d’avance ?

Une question gênante se pose : la désignation ultérieure de la Russie comme responsable était-elle déjà prévue quand Zelensky critiquait publiquement Moscou ? Cela y ressemble. Moscou devait être prêt à être accusé avant même que l’acte ne soit commis. Et peut-être que la colère de Kiev ne s’adressait pas seulement à la Russie, mais aussi à Berlin, qui, par une exception au régime de sanctions, permettait la poursuite du gazoduc. Le navire de recherche russe « Sibiryakov » a été présenté dans le documentaire scandinave « Skyggekrigen » en 2023 comme une sorte de témoin clé pour la thèse russe. Le navire croisait dans la zone avant les explosions, pouvait réaliser des opérations sous-marines et fut présenté comme suspect idéal à grand renfort de musique dramatique et d’images suggestives.

Mais les enquêtes publiées par Bojan Pancevski dressent un tout autre tableau. Selon elles, le projet ukrainien « Diameter » était déjà en cours à ce moment-là. Un agent du renseignement suédois (SÄPO) aurait aidé à acquérir le voilier d’où les premières attaques auraient dû être menées dès juin. Selon cette version, le « Sibiryakov » n’était pas l’auteur, mais peut-être le gardien involontaire, censé protéger le pipeline contre un plan d’attentat ukrainien déjà connu.

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L’Andromeda et la direction officielle de l’enquête

Les événements des 21 et 22 septembre sont encore plus explosifs. Alors que l’Andromeda entrait dans la phase finale de l’opération, des navires de guerre danois et suédois ont repoussé une flottille russe hors de la zone d’opération. Plus tard, des photos de ces navires russes ont été présentées comme indices d’une implication russe. Que ces mêmes unités de l’OTAN avaient croisé, juste avant, la route des véritables saboteurs présumés est passé quasiment inaperçu.

L’histoire du voilier Andromeda a longtemps été considérée comme la note de bas de page la plus absurde du dossier Nord Stream : quelques plongeurs amateurs ukrainiens, un voilier loué, des explosifs artisanaux fabriqués à partir de bouteilles de plongée et une plongée à 80 mètres de profondeur. Un scénario de film. Pourtant, c’est précisément cette histoire qui constitue aujourd’hui le cœur des enquêtes allemandes. Au centre, l’officier du SBU ukrainien Serhii Kuzniezov, actuellement détenu en Allemagne en attente de son procès. Le parquet fédéral lui reproche d’avoir dirigé l’opération depuis l’Andromeda. Des mandats d’arrêt européens ont été émis contre tout l’équipage. La Cour fédérale de justice a déclaré officiellement que le groupe avait « très probablement » agi pour le compte de l’État ukrainien.

Le rôle de Kiev et la question d’un appui extérieur

Les grands médias suivent désormais aussi cette version. En particulier, le journaliste du Wall Street Journal Bojan Pancevski décrit une opération pilotée par l’État. Un général ukrainien de haut rang aurait dirigé la mission, en aurait rendu compte directement au chef d’état-major Zaloujny et obtenu l’aval du président Zelensky. L’enquête allemande s’oriente donc désormais clairement vers un scénario: Nord Stream serait le fait d’acteurs étatiques ukrainiens. Ainsi, la thèse des « acteurs isolés » s’effondre également. Plus personne ne croit sérieusement à un groupe d’amateurs autonomes. La question n’est plus vraiment de savoir si l’Ukraine était impliquée, mais si elle a pu agir seule.

Beaucoup d’observateurs voient donc dans l’histoire des plongeurs amateurs une diversion face au contexte géopolitique réel. Car même si l’équipage de l’Andromeda a effectivement posé les bombes, cela n’explique pas la question essentielle : quelle est la probabilité qu’un pays comme l’Ukraine détruise de son propre chef la plus importante connexion énergétique de l’Allemagne avec la Russie, sans l’appui d’une grande puissance ?

America First ?

Intéressante, dans ce contexte, est l’histoire des hommes qui, selon Pancevski, auraient été derrière l’opération. L’ancien chef du HUR Vassyl Bourba, qui aurait pour la première fois proposé l’idée de faire sauter Nord Stream au sein des structures spéciales ukrainiennes, entretenait des liens étroits avec la CIA. Après son limogeage, la partie américaine a même financé sa voiture de service blindée. De même, Roman Chervinsky, coordinateur opérationnel du sabotage, entretenait selon Pancevski des liens étroits avec les services de renseignement américains. Dans ce contexte, l’hypothèse d’une opération purement ukrainienne paraît de plus en plus aventureuse. Bourba et Chervinsky savaient parfaitement que Nord Stream figurait depuis des années sur la « liste noire » de cercles influents à Washington. Ils savaient aussi qu’une opération réussie ne provoquerait guère d’indignation, mais plutôt des applaudissements.

De nombreux analystes partent donc du principe que Washington était au moins informé. D’autres soupçonnent un soutien plus concret et considèrent l’Andromeda comme une simple façade opérationnelle. Erik Andersson ne s’aventure pas dans ces spéculations. Il exige en revanche quelque chose de plus radical : des preuves techniques. Si la version allemande est exacte, on devrait retrouver sur place des traces des bombes artisanales à base de bouteilles de plongée. À ce jour, de telles preuves n’ont jamais été rendues publiques.

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Nord Stream comme projet géopolitique clé

Pour Andersson, l’explication se trouve de toute façon à un niveau supérieur. Le sabotage de Nord Stream s’inscrit dans un schéma géopolitique bien antérieur à la guerre en Ukraine. Derrière, il y a la stratégie poursuivie depuis des décennies visant à empêcher un axe énergétique et économique germano-russe. De la théorie du Heartland de Mackinder à l’« Echiquier mondial » de Brzeziński en passant par l’avertissement célèbre de George Friedman contre une alliance entre l’Allemagne et la Russie, la même idée se retrouve : le plus grand danger pour la suprématie américaine serait un bloc eurasiatique alliant la technologie allemande aux ressources russes. Nord Stream était l’incarnation matérielle de cette union.

Une Europe véritablement souveraine aurait exigé un éclaircissement immédiat après une telle attaque. Les gazoducs auraient été réparés. De lourdes conséquences diplomatiques auraient suivi. C’est l’inverse qui s’est produit : silence, délais, confusion médiatique et une étonnante retenue envers Washington. Il faut aussi mentionner un point rarement abordé. Selon plusieurs rapports, les États-Unis et certains États nordiques membres de l’OTAN ont refusé aux enquêteurs allemands l’accès à des données cruciales : enregistrements sonar, profils de mouvements de navires et avions militaires, ainsi que des données de communication. Une attitude qui ne correspond guère à celle d’acteurs totalement non impliqués.

La portée politique d’un éclaircissement total

L’explosion des pipelines n’a pas seulement détruit des infrastructures au fond de la mer Baltique. Elle a aussi anéanti la dernière illusion selon laquelle l’Allemagne pourrait à la fois coopérer économiquement avec la Russie et rester totalement intégrée dans la structure sécuritaire américaine. Remarquables furent les questions et commentaires du public après la conférence d’Erik Andersson. Un participant, qui s’est présenté comme plongeur, a émis de sérieux doutes sur la réalisation d’une opération d’une telle complexité à quelque 80 mètres de profondeur depuis un petit voilier. C’était la faiblesse centrale du récit Andromeda qui était ainsi pointée.

À la fin, le débat est revenu à la question des responsabilités politiques. Un membre du public a demandé si une éventuelle participation de l’AfD à un futur gouvernement conduirait à la présentation de demandes d’indemnisation contre les États responsables du sabotage et des dégâts occasionnés. La réponse fut claire : oui. Et à la question de savoir ce qu’il adviendrait si, finalement, les États-Unis étaient identifiés comme responsables, la réplique la plus sèche de la soirée est tombée : « D’autant plus. Là, il y aurait vraiment de quoi récupérer. » Peut-être est-ce précisément ce qui explique la nervosité persistante autour de Nord Stream. Car une clarification complète ne désignerait pas seulement les coupables. Elle révèlerait la réalité des rapports de force à l’intérieur de l’Occident.

vendredi, 05 juin 2026

Petr Bystron au Forum économique international de Saint-Pétersbourg

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Petr Bystron au Forum économique international de Saint-Pétersbourg

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/199132

Lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) le 4 juin 2026, le député européen Petr Bystron a évoqué l’importance de la culture, de la coopération économique et du dialogue diplomatique entre l’Europe et la Russie. À cette occasion, il a mêlé des expériences personnelles à une critique fondamentale de la politique étrangère actuelle de l’Europe.

Notre analyse met en lumière les messages politiques de son discours et démontre pourquoi la culture est, pour Bystron, bien plus qu’un simple sujet secondaire de la politique étrangère.

SPIEF 2026 : La culture comme pont entre l’Europe et la Russie

Au début de son discours, Bystron a évoqué un incident en Allemagne, où un activiste politique a été empêché de se rendre à un événement en Italie. Cela avait pour lui une signification particulière, car il a grandi en Tchécoslovaquie, à l’époque derrière le Rideau de fer, et se montre donc particulièrement sensible aux restrictions de la liberté de voyager.

Retour à la coopération économique

En tant que député européen de Munich, Bystron a souligné l’étroite relation de sa région avec des entreprises internationales telles que BMW et Siemens. Il a exprimé le souhait que les entreprises allemandes puissent de nouveau exercer librement leurs activités sur le marché russe à l’avenir.

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Petr Bystron (au centre de l’image) au Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF)

La mise en parallèle symbolique des marques allemandes avec des constructeurs chinois comme Geely et Haval, désormais présents en Russie à la place des voitures allemandes, illustre cette idée. Pour Bystron, la question n’est pas seulement de savoir si la Russie peut se passer des produits occidentaux, mais surtout qui occupera les places laissées vacantes. Sa réponse: ce n’est pas l’Europe qui profite du découplage économique avec la Russie, mais surtout les concurrents asiatiques.

Il a été particulièrement critique envers le retrait de Siemens de Russie. Selon lui, des décisions politiques et des sanctions ont obligé une entreprise présente depuis des décennies à quitter le pays. Les sanctions s’avèrent inadaptées comme instrument d’influence politique, et sont des mesures qui nuisent aux entreprises européennes elles-mêmes tout en offrant de nouvelles opportunités de marché aux concurrents d’autres régions.

La culture comme instrument de compréhension mutuelle

Au centre de son intervention se trouvait le rôle de la culture dans les relations internationales. Dans le cadre d’une discussion sur la «diplomatie culturelle» et le «soft power», Bystron a critiqué la position actuelle de nombreux décideurs de l’Union européenne en matière de politique étrangère.

Il a observé qu’une partie de l’UE se trouve aujourd’hui dans une position de confrontation aussi bien envers la Russie qu’envers les États-Unis. C’est une situation historiquement inédite pour l’Europe, tandis que les États-Unis cherchent bel et bien le contact avec la Russie et militent pour une fin à la guerre en Ukraine. Dans ce contexte, il a cité la rencontre des présidents Trump et Poutine en Alaska.

Une histoire commune plutôt que de nouvelles lignes de séparation

Bystron a accordé une attention particulière à la dimension culturelle des relations internationales. Il a souligné que la Russie et les nations européennes partagent depuis des siècles un espace culturel commun et sont liées par une longue histoire.

Il a considéré l’envoi d’un représentant culturel américain à Saint-Pétersbourg comme un signal positif. Cela montre l’importance de la culture pour le dialogue entre États et que la Russie continue d’être perçue internationalement comme une grande nation culturelle. Selon Bystron, les États européens devraient accorder plus d’importance aux points communs culturels avec la Russie et utiliser la culture comme un pont pour la compréhension et la coopération.

Plaidoyer pour le dialogue et la diplomatie culturelle

À la fin de son discours, Bystron a souligné que des relations durables entre États ne peuvent pas reposer uniquement sur des intérêts économiques ou géopolitiques. La culture crée la confiance, ouvre des portes au dialogue et constitue la base d’une compréhension à long terme.

Sa participation au SPIEF s’inscrit donc, selon lui, dans une démarche de dialogue qui devrait être relancé entre l’Europe et la Russie. Le discours de Saint-Pétersbourg montre que le débat sur les futures relations entre l’Europe et la Russie est loin d’être terminé (CR).

Vidéo: 

mercredi, 03 juin 2026

Il y a 85 ans: le premier ordinateur – en Allemagne!

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Il y a 85 ans: le premier ordinateur – en Allemagne!

Par Michael Kumpmann

Source: https://www.compact-online.de/vor-85-jahren-der-erste-com...

Le 12 mai 1941, Konrad Zuse présente au monde le premier ordinateur avec son Z3. Ce que beaucoup ignorent: cet ingénieur berlinois a également publié des écrits philosophiques qui proposent une vision du monde que l’on retrouvera plus tard dans des films comme Matrix. Cet article est paru initialement dans COMPACT-Histoire « Les armes secrètes d’Hitler – OVNIs, fusées et la bombe atomique allemande ». Haute technologie allemande sous le Troisième Reich. Plus d’informations ici: https://www.compact-shop.de/shop/geschichte-compact/compa...

konradzuse.jpgBerlin, 12 mai 1941 : l’ingénieur Konrad Zuse présente à un public trié sur le volet sa dernière invention. L’appareil, qui pèse près d’une tonne, est aussi large qu’une armoire murale. Il est composé d’environ 30.000 câbles et près de 2500 relais, provenant en grande partie d’une benne à déchets du Commandement suprême de la Wehrmacht.

La puissante machine peut stocker 64 nombres, met 0,8 seconde pour une addition et environ trois secondes pour une multiplication. Elle convertit automatiquement les entrées en binaire et affiche les résultats de ses calculs via des ampoules. On admire le Z3 – le premier ordinateur numérique fonctionnel au monde.

En compétition avec les Américains

L’inventeur de cette innovation du siècle est né en 1910 à Deutsch-Wilmersdorf, aujourd’hui un quartier de Berlin. Très tôt, ce bricoleur de génie découvre son intérêt pour la technique, mais aussi pour l’art. La peinture est l’une de ses passions – il s’inspire principalement du futurisme italien.

Zuse vend ses tableaux pour financer ses études d’ingénieur à l’École technique supérieure de Berlin-Charlottenburg. Après avoir obtenu son diplôme en 1935, il devient ingénieur calculateur chez Henschel, constructeur d’avions à Schönefeld. Après le travail, il poursuit ses expériences dans son atelier personnel.

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Ce qui le dérange surtout dans son métier: il doit effectuer sans cesse les mêmes calculs. Une machine ne pourrait-elle pas s’en charger? Comme le mathématicien britannique Charles Babbage (1791-1871), inventeur de la «machine analytique», Zuse pense d’abord à un appareil mécanique, mais cela s’avère vite impraticable. Le Z1, achevé en 1938, lit les programmes sur des bandes de films perforées, mais fonctionne de façon peu fiable et se bloque souvent.

Ce n’est que la combinaison de l’électronique et de la mécanique qui mène au succès: en 1941, désormais indépendant, Zuse réalise avec le technicien en télécommunication Helmut Schreyer le Z3, qui fonctionne avec la technologie des relais électromagnétiques. Comme le Z1, ce nouvel ordinateur est librement programmable grâce à l’arithmétique binaire à virgule flottante développée par Zuse lui-même.

Contrairement aux ordinateurs actuels, le Z3 ne réalise pas les fonctions logiques fondamentales à l’aide de résistances, mais de commutateurs commandés électriquement. Par cette conception, il était certes plus lent que l’ENIAC, développé en 1942 pour l’armée américaine, mais nettement plus facile à utiliser.

Le Z3 est le premier à remplir le critère de complétude de Turing. Ce concept repose sur le modèle hypothétique de la «machine de Turing» (nommée d’après le logicien britannique Alan Turing): un appareil fictif capable de déplacer un ruban à gauche et à droite, de lire la position actuelle et, selon le contenu, d’exécuter des instructions et de réécrire le ruban. De ce fait, le Z3 pouvait calculer n’importe quelle fonction mathématique. Alors que l’ENIAC devait être démonté et remonté à chaque reprogrammation, le modèle allemand – comme les ordinateurs actuels – disposait d’une mémoire de commandes et de données ainsi que d’une unité de calcul. Le Z3 anticipait donc de nombreux principes qui ne deviendront la norme qu’avec l’EDVAC, successeur de l’ENIAC, achevé en 1946.

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Le travail de Zuse attire aussi l’attention de l’industrie militaire. Pour Henschel, il développe les calculateurs spécialisés S1 (1942) et S2 (1943) pour mesurer les ailes de la bombe planante Hs 293 (photo, ci-dessous). Il a alors l’idée de mécaniser la lecture des cadrans. Les appareils construits à cet effet sont les premiers convertisseurs analogique-numérique. En 1944, Zuse met également en œuvre, sur un site délocalisé de Henschel à Warnsdorf, dans les Sudètes, le premier pilotage de processus par ordinateur. Ces travaux le rendent indispensable, et il échappe deux fois à l’enrôlement sur le front.

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Comme le Z3, le modèle suivant, le Z4, est soutenu par l’Institut allemand de recherche aéronautique. Zuse en commence la construction en 1942. Pour donner à cet ordinateur, composé de 2200 relais et d’une mémoire électromécanique pouvant stocker 64 nombres de 22 bits, plus de flexibilité du côté de la programmation, plusieurs perforateurs et lecteurs de rubans perforés lui sont ajoutés. En plus des touches et des lampes, il y a maintenant aussi un support d’entrée et de sortie sur papier.

Les travaux prennent du temps, la fin de la guerre approche. Jusqu’à présent, tous les calculateurs de la firme Zuse Ingenieurbüro und Apparatebau portaient la lettre Z pour rappeler le nom de leur inventeur, mais un employé propose maintenant de nommer le nouvel ordinateur V4, pour suggérer, comme pour les V1 et V2, qu’il s’agit d’«armes de représailles». Sous ce camouflage, il est possible de transférer la machine en mars 1945 de Berlin à Göttingen, à l’Institut aérodynamique du Kaiser-Wilhelm-Institut pour la recherche sur les flux. Mais, dans le dernier mois avant la capitulation de la Wehrmacht, Zuse fuit avec son équipe vers l’Allgäu. C’est dans le paisible Hopferau que le Z4 sera finalement achevé.

La première mise en service du Z4 a toutefois lieu en 1948, pour réaliser les calculs du lait de la laiterie locale de Lehern. Le propriétaire doutait d’abord que l’ingénieur berlinois puisse calculer les prix plus vite que ses propres experts. Un an plus tard, l’inventeur fonde à Neukirchen, près de Fulda, la société Zuse KG et vend ses ordinateurs en collaboration avec Heinz Nixdorf. L’entreprise est reprise en 1964 par la société suisse Brown, Boveri & Cie., puis en 1971, Siemens acquiert 70% des parts.

51ZHNNDJUtL.jpgLe fondateur s’était alors retiré de la société, se consacrant à nouveau à la peinture – et développe des idées philosophiques remarquables sur une base scientifique, qui remettent radicalement en question le monde tel que nous le percevons.

Le monde comme simulation

En 1970, Zuse publie un livre intitulé Rechnender Raum («L’espace calculant»). «C’est en réfléchissant à la causalité qu’il m’est soudain venu à l’esprit de concevoir le cosmos comme une gigantesque machine à calculer», écrit l’auteur. Zuse avance ainsi l’hypothèse que le monde matériel, tel qu’il nous apparaît, n’est pas réel. Les lois de la physique indiqueraient au contraire que notre réalité supposée serait le produit d’une simulation conduite par un méga-ordinateur.

Zuse fonde son hypothèse sur l’observation que les équations régissant l’expansion de champs comme l’électromagnétisme, la gravitation ou la diffusion des gaz peuvent être expliquées de manière étonnamment précise par la théorie des automates. L’un des automates les plus simples est un interrupteur, qui passe de l’état «off» à l’état «on» par simple pression. Les automates les plus sophistiqués, mais avec une mémoire limitée, sont ceux qui sont dits "Turing-complets", c’est-à-dire les ordinateurs ou, aujourd’hui, les smartphones et tablettes: l’automate parfait serait donc une machine de Turing universelle à mémoire infinie. Si un automate peut en simuler un autre (et inversement), ils sont considérés comme équivalents.

C’est là que s’inscrit la thèse de Zuse: comme de nombreux aspects de la physique théorique peuvent être simulés à l’aide d’ordinateurs, on peut en déduire, selon la théorie des automates, que le monde réel n’est qu’une simulation informatique. Plus la simulation est performante, plus il est probable que la réalité ne soit rien d’autre qu’une suite de calculs sur un ordinateur. Ce qui place Zuse en accord avec des théories philosophiques bien plus anciennes, selon lesquelles le monde matériel ne serait qu’un reflet d’informations – et que ces informations seraient la véritable réalité. On retrouve cette idée déjà chez Platon et Pythagore, mais aussi dans la Kabbale, le gnosticisme chrétien, le bouddhisme et l’alchimie hermétique.

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Zuse, qui reçut notamment la grande croix du mérite de la République fédérale d’Allemagne et fut membre de l’Académie Leopoldina, est décédé en 1995 à Hünfeld, en Hesse orientale. Des répliques du Z3 et du Z4 sont exposées notamment au Deutsches Museum de Munich. Le Z1 – ainsi que les modèles ultérieurs Z11, Z22, Z23, Z25, Z31, Z60 et Z64 – se trouvent dans l’exposition Zuse du Musée allemand des techniques de Berlin. D’autres calculateurs du génial ingénieur sont conservés au Musée Konrad-Zuse de Hünfeld, au Heinz Nixdorf MuseumsForum de Paderborn ou au musée de l’informatique de la Fachhochschule de Kiel.

Pour en savoir plus: https://www.compact-shop.de/shop/geschichte-compact/compact-geschichte-21-hitlers-geheimwaffen-ufos-raketen-und-die-deutsche-atombombe/?shop/kriegsende/compact-geschichte-21-hitlers-geheimwaffen-ufos-raketen-und-die-deutsche-atombombe/

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vendredi, 29 mai 2026

Les États-Unis veulent «acheter» Nord Stream et «dicter» les prix du gaz

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Les États-Unis veulent «acheter» Nord Stream et «dicter» les prix du gaz

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/198013

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, accuse une fois de plus les États-Unis de vouloir contrôler les gazoducs Nord Stream et ainsi, à l’avenir, fixer eux-mêmes les prix du gaz.

«Les prix ne seront alors plus fixés entre la Russie et l’Allemagne», a-t-il déclaré lors d’une interview avec RT-India.

Des prix dictés par les Américains

Lavrov a expliqué que les États-Unis prévoyaient de remettre en service les gazoducs Nord Stream endommagés et de racheter à bas prix les parts des entreprises européennes, comme l’a également rapporté Weltwoche.

«Ils veulent acheter les parts pour environ un dixième de ce que les Européens ont payé», a-t-il affirmé. Si les États-Unis réussissent, cela «obligerait les Allemands à retrouver leur dignité nationale» et à dire: «Très bien, nous allons réutiliser ce gazoduc».

Lavrov a également rappelé d’anciennes déclarations de Washington. Sous la présidence de Joe Biden, les États-Unis avaient déclaré que les gazoducs ne seraient plus jamais remis en service. Désormais, les explosions sont attribuées à des acteurs ukrainiens.

Les gazoducs Nord Stream ont été gravement endommagés par des explosions en mer Baltique en septembre 2022. Trois des quatre conduites ont été détruites. La Russie a alors ouvert une enquête pour terrorisme international. Depuis, Moscou accuse plusieurs pays européens d’entraver l’enquête.

L’audace du sabotage

La situation autour de Nord Stream est d’une audace sans pareil, car ceux qui ont endommagé les gazoducs disposaient non seulement des moyens mais aussi de l’intérêt politique.

C’est précisément pour cette raison que les récits officiels paraissent peu crédibles à beaucoup. On a d’abord accusé Poutine, puis l’Ukraine a été mise en cause. Il paraît cependant beaucoup plus plausible que les États-Unis avaient tout intérêt à détruire durablement les relations énergétiques entre l’Allemagne et la Russie. C’est d’ailleurs ce qu’avait déjà souligné le politologue et ancien conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Zbigniew Brzezinski. Affaiblir le lien entre l’Allemagne et la Russie était, du point de vue américain, un objectif géopolitique central.

Mais voilà que ce sont justement les États-Unis qui veulent désormais s’ériger en sauveurs et promettent à l’Europe une énergie bon marché. Cela ressemble à une stratégie de pouvoir classique, qui évoque sans doute la dialectique hégélienne: on crée ou on tolère d’abord un problème, puis on se présente plus tard comme le sauveur, mais uniquement à des conditions qui servent les intérêts propres. Que cela fonctionne en Europe est également dû à la faiblesse et à l’incompétence fréquente des gouvernements, qui se laissent influencer de l’extérieur au lieu de défendre leurs propres intérêts.

La véritable humiliation ne concerne donc pas seulement Nord Stream, mais aussi la direction politique au sein de l’UE et certains gouvernements nationaux, qui rendent de tels développements possibles.

jeudi, 28 mai 2026

Der Fragebogen/Le Questionnaire paraissait il y a 75 ans: comment Ernst von Salomon a disséqué la question de la culpabilité allemande

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Der Fragebogen/Le Questionnaire paraissait il y a 75 ans: comment Ernst von Salomon a disséqué la question de la culpabilité allemande

Bernard Lindekens

Source: Nieuwsbrief Knooppunt Deltapers, n°210, mai 2026

81n-ui5X4HL._SL1500_-241235038.jpgLe livre Der Fragebogen (1) (Le Questionnaire) d’Ernst von Salomon (1902–1972) fête cette année ses 75 ans et est peut-être l’un des ouvrages les plus fascinants et les plus controversés de l’Allemagne des premières années de l’après-guerre. Ce n’est pas un roman au sens classique, ni une autobiographie pure, ni même un aveu explicite de culpabilité. Il s’agit plutôt d’un auto-interrogatoire littéraire — une tentative de l’écrivain de comprendre sa vie et son époque à travers un document bureaucratique: le questionnaire de dénazification que des millions d’Allemands durent remplir après 1945.

Pour comprendre ce livre, il faut d’abord situer la figure de von Salomon lui-même. Né en 1902 dans un milieu prussien et militaire, il a grandi dans un monde où l’honneur, la discipline et la fierté nationale allaient de soi. La défaite de 1918 et le traité de Versailles ne signifiaient pas pour sa génération une libération, mais une pure humiliation et un déracinement politique.

D’ailleurs, le célèbre économiste britannique John Maynard Keynes (1883–1946) dira à propos du traité de Versailles que «la politique visant à réduire l’Allemagne à la servitude pour une génération, à humilier la vie de millions de personnes… n’apportera pas de paix durable». Jeune homme, von Salomon rejoint les Freikorps, des groupes paramilitaires qui, dans les débuts chaotiques de la République de Weimar, combattaient les soulèvements communistes. En 1922, il est condamné pour complicité dans l’assassinat du ministre des Affaires étrangères Walther Rathenau. Il n’était pas l’exécutant, mais faisait partie du réseau nationaliste qui avait fomenté l’attentat. Sa peine de prison et sa carrière d’écrivain ultérieure firent de lui une voix importante de la « Konservative Revolution».

9783928906166-cover-2022255409.jpgSelon Armin Mohler, la Konservative Revolution n’était pas un parti politique ou un mouvement organisé, mais plutôt un réseau intellectuel et culturel de penseurs, apparu en réaction à trois chocs historiques majeurs: la défaite de l’Allemagne lors de la Première Guerre mondiale, l’effondrement du système politique impérial et l’avènement de la démocratie de masse et du libéralisme. Ce courant ne cherchait pas à revenir à l’ancien passé impérial, mais voulait concevoir un nouvel ordre social où tradition, identité nationale et dynamique moderne seraient combinées différemment, souvent à travers une critique du système parlementaire et de la massification croissante de la société.

Dans son ouvrage de référence (2), Mohler souligne que ce courant était révolutionnaire dans la forme, mais conservateur dans le fond: il voulait un renouvellement social, mais sur la base de valeurs perçues comme pré-libérales ou organiques. Pendant le Troisième Reich, von Salomon occupait une position ambivalente. Il n’était pas un nazi éminent ni un membre du parti, mais sa vision nationaliste du monde était également éloignée des valeurs libérales-démocratiques. Il travaillait comme scénariste et restait intellectuellement indépendant, sans être pour autant un opposant déclaré à Hitler. Cette ambiguïté est essentielle pour Der Fragebogen: von Salomon n’était pas un innocent à l'extérieur de l'orbe nationaliste, mais pas non plus un idéologue ou un adhérent classique du parti nationa-socialiste.

Après la capitulation de 1945, l’Allemagne était en ruines. Les puissances occupantes alliées mirent en œuvre une dénazification à grande échelle. Chaque Allemand adulte devait remplir un questionnaire détaillé sur ses activités politiques, ses adhésions et ses fonctions occupées pendant le régime. Sur cette base, on était classé en catégories, de celle des principaux responsables à celle des simples suiveurs ou des innocents. Ce qui se voulait une épuration morale et juridique fut souvent ressenti dans la pratique comme une tracasserie bureaucratique, simplificatrice et parfois arbitraire.

image_14919_1-855727821.jpgErnst von Salomon prit ce questionnaire comme point de départ de son livre. Der Fragebogen est formellement construit comme une série de réponses aux questions officielles posées par les autorités alliées. Mais au lieu de fournir de brèves réponses administratives, il propose de longues réflexions sous la forme d'essais. Une simple question sur une adhésion devient le point de départ d’une réflexion sur la loyauté. Une question sur les fonctions occupées pendant le régime mène à un retour sur sa jeunesse, sa radicalisation politique et sa relation au pouvoir et à la responsabilité.

Au centre du livre se trouve la question de la mesure de la culpabilité. Ernst von Salomon s’oppose à ce qu’il considère comme une morale mécanique: la réduction de vies complexes à des cases et des catégories. Il reconnaît que l’Allemagne a causé une catastrophe, mais refuse de laisser sa propre biographie être définie uniquement par une classification administrative. Son ton est souvent ironique, parfois satirique. Il décrit l’absurdité de formulaires demandant des numéros de parti alors que le pays est en ruines et que des millions de morts sont à déplorer. Mais derrière cette ironie ne se cache aucune légèreté, mais un profond malaise. Le livre n’est donc ni une confession pure, ni une simple auto-défense. Il navigue constamment entre ces deux pôles. Ernst von Salomon se présente comme quelqu’un qui n’a jamais suivi la masse par opportunisme, qui n’était pas un nazi doctrinaire, mais qui faisait partie d’une culture où un nationalisme exacerbé et une radicalisation politique faisaient partie du quotidien. Il interroge ses propres convictions sans les renier complètement. C’est ce qui rend le livre moralement ambigu et, justement, intéressant sur le plan littéraire.

Lorsque Der Fragebogen paraît en 1951, l’Allemagne de l’Ouest est en pleine reconstruction et connait les débuts de la Guerre froide. Beaucoup veulent reconstruire le pays et surtout regarder vers l’avenir. Pourtant, le livre trouve immédiatement son public, car il touche précisément aux tensions de son époque. Ernst von Salomon exprime de façon aiguë, personnelle et souvent ironique la frustration autour des procédures de dénazification, mais aussi le besoin profondément humain de comprendre et de formuler son propre passé. Pour certains, ce livre était une forme courageuse d’auto-examen, pour d’autres une tentative de ne pas réduire des vies complexes à des étiquettes morales simplistes.

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D’un point de vue littéraire, Der Fragebogen est considéré comme l’un des ego-documents les plus importants de la jeune République fédérale. L’ouvrage offre une fenêtre exceptionnelle sur la pensée d’une génération façonnée par l’expérience de la guerre, de la défaite historique et de la quête de sens après de retentissantes catastrophes politiques et morales. Ernst von Salomon pose des questions qui dépassent sa propre vie: comment une biographie individuelle se rapporte-t-elle à la responsabilité historique? Comment préserver son intégrité personnelle à l’époque de la culpabilité collective?

evs-1955-202x300-1834426679.jpgErnst von Salomon est resté une figure complexe, sans jamais disparaître du débat culturel. Il n’a pas été totalement réhabilité, mais pas oublié non plus. C’est précisément cette position entre reconnaissance et critique qui rend son œuvre pertinente. Der Fragebogen demeure un livre particulier parce qu’il ne propose pas de réponses simples, mais invite le lecteur à réfléchir lui-même sur l’histoire, la responsabilité et la vulnérabilité humaine face aux grands événements historiques.

Notes

(1) Ernst von Salomon, Der Fragebogen. Hamburg : Rowohlt Verlag, 1951, 807 p. ISBN 978-3499104190.

(2) Voir : Mohler, Armin, Die Konservative Revolution in Deutschland 1918–1932 : ein Handbuch. Darmstadt : Wissenschaftliche Buchgesellschaft, 1972. ISBN 978-3534039555.

mardi, 26 mai 2026

Schröder comme médiateur? La vraie question est: à quoi sert l’Allemagne? 

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Schröder comme médiateur? La vraie question est: à quoi sert l’Allemagne? 

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Dès que le nom de Gerhard Schröder a été évoqué, le rituel bien connu à Berlin commence: indignation, distanciation, rejet moral. Mais la toute première question à poser pour une politique étrangère allemande cohérente devrait être beaucoup plus sobre: 

Un canal de dialogue avec Moscou est-il utile pour l’Allemagne: oui ou non? 

Car l’Allemagne n’est pas spectatrice dans cette guerre. L’Allemagne est l’un des principaux pays concernés: économiquement, énergétiquement, en matière de sécurité. 

- Notre industrie en paie le prix.

- Nos contribuables financent des paquets de milliards.

- Notre sécurité ne devient pas plus grande avec l’escalade, mais au contraire plus fragile.

Il n’est pas nécessaire d’aimer Schröder. Il n’est pas nécessaire de défendre ses liens avec la Russie. Mais une évidence demeure: il dispose d’un canal de dialogue avec Moscou. Et en diplomatie, les canaux de communication ne sont pas une question de beauté morale. Ce sont des outils. 

C’est précisément cela que Berlin semble avoir oublié.

Aujourd’hui, la politique étrangère est souvent traitée comme si elle était un engagement moral. Ceux qui veulent négocier sont suspects. Ceux qui expriment le désir de défendre les intérêts de l'Allemagne sont considérés comme manquant de solidarité. Ceux qui soulignent le coût de l’escalade sont réprimandés. 

Mais la politique étrangère n’est pas un séminaire où l'on doit chercher affirmation de soi.

C’est l’art d’éviter que le pays ne subisse des dommages.

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La proposition de Schröder révèle donc un vide: ces dernières années, l’Allemagne a presque vidé de leur valeur tous ses canaux diplomatiques avec Moscou. La vieille Ostpolitik n’a pas été poursuivie, mais délibérément mise de côté au nom de critères soi-disant "moraux". Reste, par suite, une politique qui montre beaucoup de postures, mais peu de leviers. 

Et c’est là que se trouve le cœur du problème:

L’Allemagne n’a pas besoin d’une politique symbolique. Elle a besoin de capacité de négociation.

Pour l’intérêt national ! 

L’Allemagne se trouve au centre de l’Europe. Elle a besoin de marchés stables, d’une énergie abordable, d’une substance industrielle et d’un ordre de sécurité qui ne force pas notre pays dans une logique de confrontation permanente.

Celui qui refuse tout canal de dialogue doit expliquer quelles alternatives il possède. 

Qui doit parler avec Moscou ?

Qui y a encore accès ?

Qui possède de l’expérience, du poids et une familiarité politique ? 

La liste est effrayamment courte. Gerhard Schröder n’est pas la solution à cette guerre. Mais la réaction qui se produit quand on évoque son nom montre à quel point l’Allemagne est éloignée d’une politique étrangère souveraine.

L’Allemagne doit redevenir partie négociatrice. 

Car celui qui ne peut même plus examiner si un canal de dialogue pourrait être utile ne mène plus de diplomatie, mais sa propre incapacité à parler. 

#géopolitique @affaires_mondiales_byelena

mercredi, 20 mai 2026

Pourquoi la CDU et la SPD restent-elles silencieuses ? L’AfD exige une commission d’enquête sur l’attentat terroriste contre le gazoduc Nord Stream

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Pourquoi la CDU et la SPD restent-elles silencieuses? L’AfD exige une commission d’enquête sur l’attentat terroriste contre le gazoduc Nord Stream

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/198069

Que sait Merz sur l’attentat terroriste contre Nord Stream ? Pourquoi lui et les autres se taisent-ils ?

Le sabotage des gazoducs Nord Stream compte parmi les attaques les plus graves contre les infrastructures européennes de l’après-guerre. À ce jour, de nombreuses questions restent sans réponse – mais au lieu d’obtenir des autorités une réponse claire et nette, les citoyens constatent surtout un silence politique.

Couvrir plutôt que révéler la vérité ? L’AfD veut une commission d’enquête sur le sabotage de Nord Stream

L’actuelle fraction parlementaire de l’AfD au Bundestag propose la création d’une commission d’enquête. L’objectif est d’éclaircir en profondeur les circonstances des attaques et de mettre en évidence les responsabilités politiques, de les rendre transparentes.

Pourquoi la CDU/CSU et le SPD deviennent-ils complices des terroristes ?

Les critiques portent notamment sur la CDU/CSU et la SPD. Selon l’AfD, ces deux partis auraient jusqu’à présent résisté à toute mise sur pied d'une enquête véritable et indépendante. Pourtant, face à une attaque contre le principal vecteur qui nous fournissait de l’énergie et, par suite, contre toute l’infrastructure du pays, il ne devrait y avoir aucun tabou politique.

«Il s’agit de faire la lumière sur l’une des attaques les plus graves contre les infrastructures de l'Allemagne d’après-guerre. Une attaque contre la souveraineté nationale ne doit pas rester sans conséquences», déclare la fraction AfD.

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À cela s’ajoute une déclaration du vice-président de cette même fraction et porte-parole en politique étrangère de l’AfD, Markus Frohnmaier (photo), dans un communiqué de presse:

« […] La commission d’enquête doit déterminer ce que le gouvernement allemand savait, quand il l’a su, s’il a été averti avant l’attaque, si et dans quelle mesure des services d’État ukrainiens étaient impliqués dans l’attaque, et pourquoi le gouvernement allemand reste silencieux malgré les renseignements compilés depuis. Si la participation d'un Etat quelconque à l’attaque est prouvée, l’Allemagne doit également pouvoir demander des compensations.

Nous appelons toutes les factions du Bundestag à soutenir cette proposition. Il ne s’agit pas de politique partisane. Il s’agit de faire la lumière sur l’une des attaques les plus graves contre une infrastructure allemande de l’après-guerre. Une attaque contre la souveraineté nationale ne doit pas rester sans conséquences. »

Cette initiative devrait à nouveau raviver le débat sur Nord Stream. De nombreux citoyens attendent encore des réponses claires sur qui se cache derrière l’attaque – et pourquoi le gouvernement allemand n’a pas encore apporté une transparence totale.

La question demeure: pourquoi les vieux partis protègent-ils les terroristes? Est-ce par soumission aux États-Unis? Ou sont-ils eux-mêmes impliqués? Ou les deux?

Étude de l'UNICEF: les performances scolaires en Allemagne plongent dans le néant

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Étude de l'UNICEF: les performances scolaires en Allemagne plongent dans le néant

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/198087

La très bonne position de l’Allemagne dans le domaine de l’éducation est devenue un souvenir du passé. La toute dernière étude de l’UNICEF sur le bien-être des enfants en Europe révèle et objectifie ce que tout le monde sait déjà dans le secteur de l’éducation: le taux d’analphabétisme en Allemagne explose et le système éducatif allemand s’effondre. En ce qui concerne le bien-être des enfants, l’Allemagne ne se classe plus qu’à la 25ème place sur 37.

Compétences faibles en lecture et en mathématiques

Environ 40% des adolescents de 15 ans n'atteignent pas les exigences minimales requises en lecture et en mathématiques. L’Allemagne se constitue ainsi une main-d'œuvre peu instruite, qui ne pourra plus exercer des emplois hautement qualifiés. Les perspectives d’avenir d’une part croissante de la jeunesse en Allemagne sont la criminalité, les emplois précaires ou une vie en permanence sous perfusion d’aides sociales.

Non seulement l’UNICEF, mais aussi la plupart des médias de masse et des acteurs politiques ignorent, dans le débat sur la catastrophe éducative allemande, l’éléphant qui est bien présent dans la pièce: de nombreux élèves de primaire parlent peu ou pas du tout allemand lors de l’inscription, car dans leurs familles, l’allemand n’est connu que comme une langue étrangère. Sans compétences linguistiques allemandes exploitables, ils peinent à suivre les cours. Ce fiasco est le résultat d'errements politiques et une conséquence directe de la politique migratoire. 

Conséquences de la politique migratoire

Une politique migratoire peut réussir, si elle s’accompagne d’un apprentissage linguistique immédiat et global. Elle est condamnée à l’échec si son ampleur – comme c’est le cas en Allemagne depuis plusieurs décennies – dépasse les capacités de transmission linguistique. 

L’Allemagne est un pays presque sans ressources naturelles. La seule ressource qui a, depuis 1871, alimenté la puissance économique croissante de l’Allemagne dans le monde, était l’éducation et la formation pratique dont pouvait bénéficier la population allemande. Cette ressource a été efficacement détruite par des analphabètes politiques, dont la fureur destructrice entraîne l’analphabétisation de segments de population de plus en plus nombreux. 

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À propos de l’auteur : Manfred Rouhs, né en 1965, est président de l’association Signal für Deutschland e.V., qui indemnise les victimes de crimes motivés politiquement, et publie trimestriellement la revue SIGNAL, où cet article a également été publié pour la première fois. Suivez-le sur X (https://x.com/ManfredRouhs )! Manfred Rouhs est actif en tant qu’entrepreneur à Berlin.

dimanche, 17 mai 2026

Sahra Wagenknecht appelle Merz à la démission: «Mieux vaut mettre fin à cette coalition ratée»

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Sahra Wagenknecht appelle Merz à la démission: «Mieux vaut mettre fin à cette coalition ratée»

Berlin. Un an après l'entrée en fonction de la coalition noire-rouge dirigée par le chancelier fédéral Friedrich Merz et le vice-chancelier Lars Klingbeil, la fondatrice du parti BSW, Sahra Wagenknecht, appelle le gouvernement fédéral à la démission. «Friedrich Merz est en fonction depuis un an maintenant, et on ne peut qu'espérer qu'une chose: épargner aux citoyens une deuxième année», a-t-elle déclaré au journal Die Welt. Car: «Merz et Klingbeil mènent une politique que personne n'a choisie et qui ruine le pays et sa population».

«En matière de compétence et de popularité», Merz obtient même un score inférieur à celui de l'ancien chancelier Olaf Scholz (SPD). Sahra Wagenknecht exige une fin anticipée de ce gouvernement calamiteux: «Mettre fin à cette coalition ratée serait la meilleure chose pour l'Allemagne, avant que les dommages qu'elle cause ne deviennent irréversibles».

En guise d'alternative, l'ancienne figure politique de Die Linke propose un «gouvernement citoyen»: «Un cabinet composé de spécialistes compétents et proches des citoyens, qui chercherait pour chaque thème une majorité au parlement sans exclure aucun groupe parlementaire, devrait prendre les rênes. Nous aurions alors à nouveau un système politique qui pourrait à juste titre être qualifié de démocratie».

Le propre parti de Sahra Wagenknecht, le BSW, a manqué de peu la barre des 5% aux élections fédérales de février 2025 et a engagé une procédure à ce sujet devant la Cour constitutionnelle fédérale allemande. Néanmoins, en Thuringe, le BSW fait partie d'une coalition plutôt controversée aux côtés de la CDU et de la SPD.

L'opinion publique dans le pays donne raison à Sahra Wagenknecht. Un sondage YouGov mené auprès de 2190 adultes a révélé que 55% des Allemands ne pensent pas que la coalition tiendra jusqu'en 2029. Seuls 25% jugent probable une législature complète. Même parmi les partisans de l'Union (CDU/CSU), 46% prévoient une fin anticipée (SPD: 39%). Seuls dix pour cent des personnes interrogées évaluent le travail du gouvernement comme plutôt bon ou très bon. 69% – plus des deux tiers – le jugent plutôt mauvais ou très mauvais (rk).

Source: Zu erst, mai 2026. 

mercredi, 06 mai 2026

L’Allemagne se débine devant Kiev — et Nord Stream devient le cas d’école de la souveraineté allemande

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L’Allemagne se débine devant Kiev — et Nord Stream devient le cas d’école de la souveraineté allemande

Elena Fritz

Source:  https://t.me/global_affairs_byelena 

La Neue Zürcher Zeitung formule de manière exceptionnellement tranchante ce qui est depuis des années occulté à Berlin: la critique de l’Ukraine est largement taboue en Allemagne. Même lorsque des intérêts allemands fondamentaux sont directement touchés, Berlin ne réagit pas en tant qu’État souverain, mais comme un prisonnier politique, victime de sa propre narration.

Le point le plus évident est Nord Stream.

Selon tout ce qui est désormais publiquement connu, des traces de sabotage mènent à des liens avec l’Ukraine. Il ne s’agit pas d’un thème subalterne de la politique étrangère. Il s’est agi de faire exploser une infrastructure énergétique de toute première importance pour l'industrie allemande, la seule capable de préserver sa compétitivité industrielle, sa sécurité d’approvisionnement, et de répondre à la question de savoir si l’Allemagne est encore prête à affirmer ses propres intérêts en tant que tels.

Pourtant, Berlin reste silencieux.

Ce silence n’est pas un accident de fonctionnement. Il suit une logique interne.

Depuis longtemps, l’Ukraine n’est plus seulement un État soutenu dans sa guerre par le monde politique allemand. Elle est devenue le fondement moral de tout le changement de régime qui s'observe en Allemagne. À travers Kiev, on explique pourquoi l’Allemagne s’arme, contracte des dettes, accepte la hausse des prix de l’énergie, surcharge son industrie et s’insère de plus en plus profondément dans une confrontation permanente avec la Russie.

Si Berlin critiquait sérieusement Kiev, il devrait justifier sa propre politique de manière autre. Alors, surgiraient soudainement des sujets que l’on veut éviter: les intérêts allemands réels, le coût de la servilité, la stratégie américaine, la perte d’une énergie bon marché, l’affaiblissement de l’industrie, et le nouveau rôle de l’Allemagne en tant que base arrière logistique du front oriental.

C’est précisément pour cela que le schéma moral reste si important:

- Kiev représente le Bien.

- Le Bien ne doit pas être écorné.

- Ce qui ne correspond pas à l’image d'Epinal doit être ignoré.

Cela crée une forme dangereuse de désarmement politique vis-à-vis de l'extérieur. L’Allemagne doit devenir plus forte militairement, mais ne pas déployer de stratégie. Elle doit payer, livrer, produire et assumer des risques, tandis que la ligne de conduite reste définie outre-atlantique.

Dans ce contexte, l’Ukraine agit comme un levier politique. Elle sort définitivement l’Allemagne de tout rôle équilibrant possible en Eurasie. Une Allemagne avec une politique énergétique propre, sa propre stratégie envers la Russie, et ses propres intérêts industriels, serait un facteur autonome sur le continent. Une Allemagne qui définit entièrement sa politique étrangère à travers le conflit ukrainien devient prévisible, dépendante et contrôlable.

On parle de valeurs. Il s’agit de liens.

On parle de responsabilité. Il s’agit de charges.

On parle de sécurité. Il s’agit de l’intégration de l’Allemagne dans un conflit dont les acteurs stratégiques ne siègent pas nécessairement à Berlin.

La NZZ dit les choses clairement: l’Allemagne se débine devant Kiev.

Plus précisément: l’Allemagne renonce à sa capacité de poser des jugements souverains, car sinon la construction morale de sa propre politique extérieure pourrait s’effondrer.

Nord Stream est donc plus qu’une attaque contre des gazoducs. C’est un cas d’école qui dévoile l'état de la souveraineté allemande.

Celui qui ne pense pas politiquement jusqu’au bout la destruction de sa propre infrastructure énergétique a déjà accepté que d’autres décident de la hiérarchie des intérêts allemands.

#geopolitiek@global_affairs_byelena

mardi, 05 mai 2026

5000 soldats américains en moins en Allemagne: une goutte d’eau hors d'un océan 

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5000 soldats américains en moins en Allemagne: une goutte d’eau hors d'un océan 

Washington. Une bonne nouvelle – et une mauvaise. La bonne: après de nombreuses tentatives et annonces dans le passé, les États-Unis prennent enfin au sérieux la réduction de leur présence militaire en Allemagne. La mauvaise: seulement 5000 hommes seront retirés – bien que Trump ait annoncé davantage ce week-end. 

En Europe, environ 86.000 soldats américains sont actuellement stationnés, dont environ 39.000 en Allemagne. Moins 5000, cela représente toujours 34.000 soldats américains stationnés sur le sol allemand. Selon le ministre américain de la Défense Hegseth, le retrait devrait être achevé d'ici six à douze mois. La démarche a été justifiée par une révision approfondie des déploiements de troupes en Europe ainsi que par les besoins des zones d’opérations. 

Ce retrait fait suite à une critique acerbe du président américain Donald Trump à l’encontre du chancelier Friedrich Merz, en raison de sa position défavorable à l’attaque américano-israélienne contre l’Iran. Trump avait déjà voulu examiner la possibilité d’une telle démarche. 

Samedi, le président a réitéré et annoncé une réduction « significative » de la présence des troupes américaines en Allemagne. Lorsqu’on lui a demandé la raison, il a refusé de donner une explication claire, mais a précisé qu’une réduction encore plus importante était à venir, car l’engagement des États-Unis pour la sécurité européenne allait être diminué. « Nous allons drastiquement réduire nos effectifs. Et nous allons retirer beaucoup plus que 5000 soldats », a déclaré Trump devant des journalistes en Floride. 

Les indices se multiplient pour montrer qu’il s’agit encore une fois d’une décision typique de Trump, prise sur un coup de tête. « Nous ne savons pas quelles unités sont précisément affectées. Est-ce le noyau d’une brigade, une escadre aérienne ? », a déclaré l’ancien ambassadeur américain auprès de l’OTAN, Ivo Daalder, à Euronews. Une autre source américaine a confié à la plateforme: «Il n’y a pas de détails, parce que Trump a simplement inventé ce chiffre». Et encore: «Les 5000 militaires relèvent une estimation purement arbitraire, sortie de nulle part, pour marquer le coup dans sa dispute avec Merz ». 

Depuis des décennies, l’Allemagne sert les États-Unis comme plaque tournante de leur logistique militaire – et continuera de le faire. Même dans le récent conflit avec l’Iran, la logistique américaine en Allemagne a été essentielle pour les opérations militaires des Etats-Unis. Depuis la base aérienne de Ramstein, la coordination de toutes les missions de drones dans la région afro-asiatique est assurée. 

Déjà lors du premier mandat de Trump (2017-2021), celui-ci avait menacé de qu'il réduirait les effectifs de l'US Army en Allemagne de 12.000 soldats, en représailles à ce qu’il considérait comme des dépenses de défense allemandes trop faibles. Son successeur, Joe Biden, a stoppé ces plans. Lors de son second mandat, Trump a initialement rassuré le monde, mais il a ensuite réagi avec irritabilité face à l’attitude critique des Européens concernant la guerre en Iran. Cependant, rien ne changera fondamentalement avec le retrait désormais confirmé (mü).

Source: Zu erst, Mai 2026.