vendredi, 17 juillet 2026
La rupture de Tucker Carlson et l’érosion du consensus en politique étrangère

La rupture de Tucker Carlson et l’érosion du consensus en politique étrangère
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Tucker Carlson, républicain fidèle depuis 35 ans, quitte le parti et veut contribuer à la création d’une troisième force. Il ne souhaite pas se présenter lui-même. Ce n’est pas sa personne qui importe, mais la question que soulève sa rupture: qui définira à l’avenir ce que signifie «America First» – et quelles seront les conséquences pour ceux qui comptent sur les garanties de sécurité américaines?

La comparaison avec Elon Musk s’impose, mais elle mène à des diagnostics différents. La rupture de Musk en 2025 concernait le récit fiscal du trumpisme – la dette et les déficits restant élevés malgré la rhétorique des réformes. Son «America Party» est aujourd’hui largement hors-jeu. La rupture de Carlson touche la deuxième grande colonne de l'édifice trumpien: la promesse de mettre fin à l’interventionnisme militaire. La guerre contre l’Iran a réduit cette promesse à néant.
L’alliance qui en découle n’est plus seulement une rhétorique de talk-show, elle revêt désormais une réelle substance politique: Républicains et Démocrates votent parfois ensemble au Congrès contre l’escalade militaire. Marjorie Taylor Greene, jadis alliée la plus fidèle de Trump, explore publiquement les possibilités de créer un parti «authentiquement centré sur l’Amérique».
À droite, la résistance vient du rejet des guerres de changement de régime et de l’attachement à Israël; à gauche, elle puise dans l’ancienne critique du complexe militaro-industriel et du lobby israélien à Washington. Ce qui unit surtout les deux camps: la colère contre un establishment de politique étrangère qui, au-delà des clivages partisans, poursuit la même ligne. Sur la migration, l’avortement ou les impôts, rien ne les rapproche – c’est une coalition de rejet, pas un parti.
Ce qui importe, c’est de savoir si cette rupture est cyclique ou structurelle. Les chiffres penchent pour la structure: 45% des Américains s’identifient désormais comme indépendants – un record, Républicains et Démocrates n’atteignant chacun que 27%. Sur l’Iran et Israël, la ligne de fracture ne passe pas entre les partis mais en leur sein: 85% des républicains de plus de 50 ans soutenaient l’intervention militaire contre l’Iran, contre seulement 58% des moins de 50 ans. Concernant Israël, déjà 57% des jeunes républicains ont une opinion négative du pays – contre la ligne du parti.
Pour nous, cela confirme ce que nous savions déjà, ce n’est pas une surprise. Le consensus en politique étrangère auquel la politique allemande s’est si longtemps soumise – la loyauté envers l’alliance avant les intérêts propres, la politique de sanctions au lieu d’un partenariat énergétique pragmatique avec la Russie, sur le gaz de laquelle notre prospérité a reposé pendant des décennies – n’a jamais résulté d’une large majorité américaine. Il s’agissait d’un projet de l’establishment de Washington, soutenu par les think tanks, les groupes de pression et un appareil de sécurité qui traverse les deux partis. Que ce soient justement des pans entiers des Républicains et des Démocrates qui se soulèvent désormais ensemble contre cet appareil montre que la ligne prétendument inévitable du transatlantisme a toujours été un choix politique – pas une fatalité.
Pour le débat allemand, cela signifie: ceux qui continuent de subordonner leurs propres intérêts – économiques comme diplomatico-militaires – au consensus d’un establishment qui perd lui-même du terrain aux États-Unis, ne défendent plus un partenariat stratégique, mais une fiction d’inéluctabilité que même les Américains remettent de plus en plus en question.
Carlson ne fondera probablement pas de parti. Mais il montre que le consensus auquel Berlin s’est si longtemps soumis est plus fragile dans son propre pays d’origine que les atlantistes allemands ne veulent bien l’admettre.
#géopolitique@global_affairs_byelena
18:20 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, tucker carlson |
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lundi, 06 juillet 2026
La Troisième Guerre Mondiale est encore en préparation

La Troisième Guerre Mondiale est encore en préparation
Cristi Pantelimon
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621
La seule manière pour les États-Unis de rester aux commandes des affaires mondiales est une guerre mondiale, c’est-à-dire un conflit à grande échelle dans lequel les États-Unis endossent le rôle d’arbitre et non de participant direct.
L’imagination des stratèges américains n’est pas très riche, c’est pourquoi on répète des schémas datant d’il y a un siècle – par exemple, le réarmement de l’Allemagne et sa préparation au combat contre l’URSS.
Aujourd’hui, l’ennemi désigné, à première vue, c’est la Russie, car la Russie est en action, mais la vraie cible est surtout la Chine, le grand rival stratégique de l’Amérique.
Un point doit être souligné : pour les Américains, peu importe qui remportera le combat.
Le réarmement de l’Europe, conçu soi-disant pour sa défense contre Poutine, peut très bien mener à la ruine de l’Europe. Tant mieux ! Ce qui importe, c’est la guerre et l’arbitre (les États-Unis) dans l’ombre, non son résultat.
De même, le réarmement du Japon, qui ne peut se faire qu’en opposition à la Chine, ne signifie pas que les Américains souhaitent vraiment – ou espèrent – que le Japon l’emporte (tout comme ils n’espèrent pas que l’Ukraine l’emporte sur la Russie). La stratégie est plus cynique : l’important est de provoquer la guerre.
Et les États qui produisent ou achètent des armes (le fameux 5 % du PIB), une fois saturés de technologie militaire, peuvent facilement être dressés les uns contre les autres.
Le cas ukrainien est exemplaire. Une Ukraine bien armée sera toujours une cible pour la Russie. Mais il en va de même pour la Pologne ou un État balte. La tension monte, l’histoire européenne, avec toutes ses tragédies passées, attend cela : la course à l’armement entre voisins. Les motifs de guerre ne manquent jamais !
Voici ce qu’écrit le PDG de Palantir dans un livre d’une franchise typiquement américaine sur la politique d’armement des alliés des États-Unis :
1. Allemagne
« Une résistance face à de nouveaux investissements militaires a, bien sûr, été particulièrement répandue en Allemagne. Günter Grass, romancier et auteur du “Tambour”, s’est célèbrement opposé à la réunification de l’Allemagne de l’Est avec l’Allemagne de l’Ouest, arguant qu’un État allemand unifié pourrait ouvrir la possibilité d’un nouvel Auschwitz. En 1991, il écrivait : “Rien – ni le sentiment d’appartenance nationale, aussi idyllique soit-il dépeint, ni la certitude de la bonne volonté des générations nées après la guerre – ne peut modifier ou effacer l’expérience que nous, criminels, avec nos victimes, avons vécue en tant qu’Allemagne unie.”
Pourtant, la neutralisation de facto du pays au cours des cinquante dernières années a eu des conséquences. Le retrait d’une Allemagne forte et affirmée a sans doute contribué à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Vladimir Poutine a correctement calculé qu’il ne paierait pas un prix significatif pour cette action. Après des décennies d’autoflagellation, l’armée allemande en était venue à ressembler davantage à une caricature de force armée authentique. »
2. Japon
« Il en va en grande partie de même pour le Japon. La démocratie la plus riche de la région aurait aujourd’hui encore besoin du soutien des États-Unis pour repousser – et a fortiori survivre à – une invasion à grande échelle (...)
La faute n’a pas été de dissoudre l’armée impériale japonaise et d’adopter des garanties juridiques destinées à empêcher sa reconstitution dans l’immédiat après-guerre. L’erreur a été de maintenir cette politique pendant trois quarts de siècle, malgré la transformation de l’ordre mondial, y compris l’ascension d’une Chine de plus en plus puissante et affirmée, ainsi que d’une Russie redevenue ambitieuse.
Le désarmement et la privation de l’Allemagne d’une capacité militaire significative ont constitué une réaction excessive, pour laquelle l’Europe paie désormais un lourd tribut. Un engagement similaire, largement théâtral, envers le pacifisme japonais menace, s’il est maintenu, de modifier également l’équilibre des forces en Asie. »
La conclusion est simple, à l’image de l’histoire récente !
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Le conflit permanent contre l’Europe

Le conflit permanent contre l’Europe
par Daniele Perra
Source : Daniele Perra & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/un-conflitto-cont...
En campagne électorale, Donald J. Trump avait affirmé qu’il mettrait fin au conflit en Ukraine dans le mois suivant son élection. Aujourd’hui, près de deux ans plus tard, la situation est bien différente. Ou, ce qui est beaucoup plus probable, Trump mentait en toute connaissance de cause, comme à son habitude. Le conflit en Europe de l’Est est en effet fonctionnel aux plans de «reconstruction» industrielle des États-Unis. Plus précisément, les Américains, selon Trump et le secrétaire général de l’OTAN, vont se «contenter» de produire des armes que les Européens (contraints de porter leurs dépenses militaires à 5% du PIB) devront payer, avant d’en céder une partie à l’Ukraine.
Evidemment, l’objectif est aussi de provoquer la désindustrialisation de l’Europe ; une stratégie qui a été amorcée dès le début des années 2000 et a été révélée en son temps par Edward Snowden. Celui-ci a en effet mis en lumière comment la NSA a pu espionner toutes les communications internes de l’entreprise allemande Volkswagen, afin d’obtenir des avantages compétitifs pour l’industrie automobile américaine (la fameuse « Opération Dragonfish »). C’est assez curieux si l’on pense que les États-Unis accusent constamment la Chine d’espionnage industriel.
Quoi qu’il en soit, ce processus s’est poursuivi avec le démantèlement de la relation économique entre les ressources énergétiques russes et le potentiel industriel de l’Europe occidentale: conflit ukrainien, sabotage du Nord Stream à la clé, et réarmement allemand en accord avec les plans de Palantir, qui vise à utiliser l’Allemagne en tant qu’outil anti-russe (voir « The Technological Republic » d’Alex Karp). La diffusion de la russophobie, en ce sens, est essentielle pour insister sur le réarmement européen et maintenir en vie le complexe militaro-industriel américain; revitaliser la «rust belt» et achever de détruire également l’industrie automobile européenne.
Aujourd’hui, nous assistons à une nouvelle phase d’aggravation du conflit, que la Russie continue de gagner territorialement (mais très lentement), mais de perdre sur le plan sensationnaliste et propagandiste (même si les attaques ukrainiennes sur le territoire russe posent désormais de graves problèmes à Moscou). Un conflit, à mon sens, désormais dépourvu de sens, surtout pour l’Europe qui, si elle n’était pas gouvernée par une élite corrompue et servile, devrait tout faire pour y mettre fin avant qu’il ne soit trop tard.
12:26 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, europe, affaires européennes, politique internationale |
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lundi, 29 juin 2026
L’ordre mondial post-américain naît aux sources de l’histoire

L’ordre mondial post-américain naît aux sources de l’histoire
Adrian Severin
Source: https://www.estica.ro/news/ordinea-mondiala-post-american...
À Versailles, dans la galerie des Glaces où l’on peut, avec l’œil de l’esprit, contempler les images de la grandeur et du déclin de la monarchie française, là où fut proclamé le Deuxième Reich allemand après la victoire de la Prusse sur l’Empire de Napoléon III, et où le “Tigre” Clemenceau a imposé à l’Allemagne une paix abusive, non seulement sévère mais aussi injuste, à la fin de la Première Guerre mondiale, rendant ainsi inévitable la Seconde Guerre mondiale, suivie par la Guerre froide, puis par l’unipolarisme de la paix américaine aujourd’hui expirée, le Président Donald Trump, sous les yeux des membres du G7, a signé dans un geste destiné à souligner la grandeur du moment, un mémorandum qui met officiellement fin à la guerre menée sans déclaration entre les États-Unis et l’Iran.

Les puissances européennes impuissantes ont salué ce geste, dans l’espoir qu’en mettant fin à la guerre au Moyen-Orient, ils obtiendront, aux sens propre et figuré, un accès à des sources d’énergie à des prix raisonnables, leur permettant de poursuivre la guerre en Ukraine.
Séparément, le mémorandum a également été signé par le président iranien, qui l’a présenté au peuple iranien dans une photo diffusée par les médias. Le guide suprême, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a pour sa part déclaré que, malgré quelques réserves initiales, il a décidé de soutenir le document et a exhorté le peuple à être fier de cette réalisation obtenue grâce à son courage, ses sacrifices et son patriotisme.
Dans ce contexte, se pose la question de savoir qui a perdu et qui a gagné dans la guerre américano-iranienne, déclenchée par les États-Unis avec leurs propres objectifs géostratégiques mais aussi sous l’insistance de leur alter ego israélien, ainsi que des effets de la manière dont ce conflit s’est terminé ou est prévu de se terminer selon un accord de volonté principal entre les principaux belligérants.
LES TROIS GUERRES ASIATIQUES DE L’AMÉRIQUE
Au Moyen-Orient, les États-Unis ont mené une triple guerre :
1) une guerre explicite et directe contre l’Iran ;
2) une guerre implicite et directe contre Israël ;
3) une guerre implicite et indirecte contre la Chine.

1. La résilience stratégique perse.
Dans la guerre avec l’Iran, les États-Unis ont subi une défaite stratégique majeure, consistant en la perte de leur capacité de dissuasion (désormais, personne, et en particulier l’Iran, ne croit plus en l’omnipotence américaine et n’a plus peur de défier ses ordres), ainsi qu'en leur capacité de séduction et de fédéralisation (désormais, personne, et en particulier les États arabes du Golfe, ne croit plus aux garanties américaines de protection contre leurs rivaux régionaux ou les grandes puissances mondiaux).
Cela poussera tous les pays du Moyen-Orient à rechercher d’autres arrangements sécuritaires dans le cadre d’une architecture conçue sur le plan régional, sans apports extérieurs. Par exemple, les monarchies sunnites du Golfe chercheront des solutions de sécurité collective en coopération avec l’Iran chiite, plutôt qu’en affrontant l’Iran sous le parapluie promis par les États-Unis.
2. Le décalage stratégique israélien.
Dans la guerre avec Israël, les États-Unis ont obtenu une victoire d’étape, ayant une valeur stratégique, en parvenant à découpler l’agenda américain de celui d’Israël, victoire qui demande cependant à être consolidée (une fois n’est pas coutume) dans le domaine de la politique intérieure américaine, dans la relation entre l’agenda des intérêts vitaux de l’Amérique et l’agenda du lobby sioniste israélien aux États-Unis.

Dans tous les cas, comprenant que le soutien inconditionnel américain à l’agenda sioniste israélien n’est plus d’actualité, Israël sera finalement obligé de trouver des solutions au niveau régional, en tant que membre du Moyen-Orient, et non comme un alter ego, une incarnation locale des États-Unis.
3. La rivalité stratégique chinoise.
Dans la guerre avec la Chine, les États-Unis sont arrivés à un match nul stratégique (consacré lors de la rencontre Trump-Xi à Pékin) qui a légitimé et ordonné la rivalité stratégique entre eux, consacrant un G2 comme noyau dur d’un monde objectivement multipolaire en passe de devenir un ordre multipolaire. Conjugué à la “Paix d’Anchorage” et au “Partenariat russo-chinois sans limites”, la “Paix de Pékin” suggère, au moins à moyen terme, la viabilité d’un futur ordre tripolaire discipliné par un G2+1. Cela conduit à un nouveau statu quo au Moyen-Orient, ainsi qu’à une nécessaire refondation de l’UE (l’alternative à la refondation de l’UE étant sa disparition).
LE TRÉPIED DE LA SÉCURITÉ MOYEN-ORIENTALE…
Actuellement, au Moyen-Orient, les États musulmans ont une politique intérieure basée sur les enseignements du Coran, mais une politique étrangère guidée par la logique du réalisme géopolitique, tandis qu’Israël a une politique intérieure d’inspiration séculière, mais une politique étrangère fondée sur la conception de l’Ancien Testament. Dans les deux cas, par un effet de retour, la politique étrangère influence aussi l’évolution de la politique intérieure. Il en résulte que le principal danger pour la paix dans la région trouve son origine dans le pathos mystique qui enveloppe le besoin, par ailleurs légitime, de sécurité d’Israël, cette sécurité étant proclamée en termes millénaristes et messianiques, servant ainsi de couverture à un inacceptable impérialisme sioniste à visage religieux.
Dans ces conditions, la sécurité et la stabilité régionales, au moins pour une longue période à venir, jusqu’à l’intégration d’Israël dans un système de sécurité collective moyen-oriental, ne peuvent être assurées que par une entente stratégique entre l’Iran, les États arabes du Golfe (surtout l’Arabie Saoudite) et la Turquie. La Chine a déjà aidé, directement et indirectement, explicitement et implicitement, à entamer la normalisation des relations entre ces acteurs.
…ET SES GARANTIES
Le principal problème pour la réalisation du triangle turco-arabo-persan, après des siècles d’hostilité et de divisions induites par les puissances mondiales extérieures à la région, est le manque de confiance. Or, sans confiance, il n’y a pas de progrès.
Ce manque de confiance rend indispensable l’implication de garants tiers, ayant une fonction de modération et de médiation, et non de discipline et d’arbitrage. Contrairement aux anciennes superpuissances militarisées et militaristes de la Guerre froide, ces garants doivent intervenir non pas par leur capacité à sanctionner, mais par leur capacité à stimuler ; non pas en ajustant de l’extérieur le rapport de forces entre les acteurs régionaux et en armant de manière sélective et discriminatoire, mais en les impliquant dans des projets communs de développement, fondés sur la solidarité de leurs intérêts ; non pas par la terreur induite par l’inégalité des niveaux de puissance, mais par l’harmonie générée par l’égalité des niveaux de développement et l’accès égal aux instruments du développement ; non pas par l’endoctrinement, la domination et l’arbitrage, mais par la communication, la concertation et la coopération.

Une telle approche peut caractériser une puissance continentale traditionnelle, non expansionniste, légitimiste, non militariste et conservatrice comme la Chine (la Chine a été conservatrice et confucéenne même à l’époque de la révolution communiste), et non une puissance maritime, traditionnellement expansionniste et militariste, comme les États-Unis.
LE MULTIPOLARISME ORIENTAL À LA RECHERCHE D’UN ORDRE GLOBAL POST-AMÉRICAIN
En phase avec les évolutions mondiales, le conflit armé imprudemment déclenché par les États-Unis au Moyen-Orient a mis fin à l’ordre construit et dominé par l’Amérique, sur les ruines duquel émerge un monde multipolaire. Une telle réalité exige aussi un ordre multipolaire, qui ne peut naître que par le consensus des membres de la communauté internationale.
L’Iran a subi de sérieux coups tactiques dans cette guerre, mais a obtenu une grande victoire stratégique, suffisante pour le ramener au rang de grande puissance régionale.
Cependant, cela se passe dans un nouveau contexte international qu’il ne peut ignorer et qui, tout en lui offrant le bénéfice de la solidarité, lui impose d’éviter toute tentation hégémonique. Tant qu’il restera dans ce cadre (structuré notamment par les BRICS), il n’y aura pas de raison de susciter la crainte des autres puissances régionales, grandes ou petites. C’est précisément pour cela que les puissances concernées auront intérêt à maintenir ce cadre multilatéral, qui ordonnera et stabilisera le mouvement de tous ses membres, leur offrant une sécurité collective.
En conséquence, la réhabilitation de la puissance perse ne conduira pas à un néo-impérialisme perse qui stimulerait des alliances anti-iraniennes entre les monarchies arabes du Golfe et Israël, sous l’égide de nouveaux accords abrahamiques. Au contraire, la cause palestinienne sera redécouverte et revalorisée comme un vecteur de fédéralisation des acteurs régionaux, pour une géopolitique cohérente ayant pour objectif de discipliner Israël et de l’aligner sur les besoins sécuritaires de la région.

ISRAËL ENTRE SÉCURITÉ PAR LA DOMINATION ET SÉCURITÉ PAR L’INTÉGRATION
À partir de maintenant, tout mouvement d’Israël ne sera plus lu à travers le prisme de la lutte contre les menaces existentielles, mais à travers celui du projet du Grand Israël, du Nil à l’Euphrate. Un projet qui menace tout l’équilibre régional, hostilise tous les pays directement concernés, ainsi que la Turquie néo-ottomane ou le Pakistan nucléaire, et les unit dans un effort non pas pour détruire Israël — car il est aussi nécessaire à la construction de l’ordre régional — mais pour en faire un acteur de cet ordre, respectueux de ses règles.
Même si l’agenda israélien dans la guerre contre l’Iran, la Syrie, le Liban ou le Yémen, ainsi que, pour l’instant, seulement au niveau rhétorique, contre la Turquie, était différent de celui des États-Unis dans la région, la défaite stratégique du principal protagoniste implique aussi la défaite stratégique de son accessoire israélien face à l’Iran et aux autres États arabes.
Le fait est qu’Israël a perdu à la fois la guerre contre l’Iran et celle contre les États-Unis. Le monde arabe (y compris l’Égypte et peut-être même la Jordanie) ne tardera pas à savourer le moment tant attendu de ce règlement de comptes.
Même si Israël affirme que la paix négociée par Trump ne le concerne pas, tentant de s’autonomiser par rapport à la stratégie américaine, il est certain que la défaite de Trump l’implique.
Dans ce contexte, l’État palestinien, séparé ou intégré dans une formule dualiste ou confédérale, qui à l’“ère Netanyahu” était vu comme une menace héréditaire à l’existence d’Israël, pourrait devenir son salut.
DONALD TRUMP: UN VAINCU VICTORIEUX ?
Beaucoup accusent le Président Trump de la défaite stratégique subie, consécutive à l’intervention militaire en Iran sans objectifs clairs ou avec des objectifs irréalistes et irréalisables.
Mais l’administration Trump a-t-elle vraiment subi une telle défaite ? Quelle Amérique a été stratégiquement vaincue au Moyen-Orient ?
Il y a des victoires qui valent une défaite et des défaites qui valent une victoire.
En perdant face à l’Iran, Trump a vaincu les instincts impériaux exclusifs américains, attisés par le narcissisme et un dangereux complexe de supériorité, qui poussent les États-Unis à s’accrocher à un statut de superpuissance mondiale qu’ils ne peuvent plus justifier, continuant vainement à revendiquer les privilèges correspondants et résistant à la naissance d’un ordre mondial post-américain, alors que c’est précisément dans ce nouvel ordre, aux côtés d’autres acteurs mondiaux, que l’Amérique pourrait redevenir grande.
En ce sens, la défaite d’une Amérique liée à un passé révolu représente la victoire de l’Amérique d’un avenir possible.
Pour se réveiller à la réalité et comprendre que ce qui lui paraît inacceptable est en fait inévitable, les États-Unis devaient perdre une guerre. Donald Trump a-t-il calculé de donner à son pays cette défaite révélatrice et salvatrice dans une confrontation avec l’Iran, plutôt que dans une guerre catastrophique (et vraiment nucléaire) avec la Russie ou la Chine ?
En tout cas, on observe que les premiers bourgeons d’un nouvel ordre mondial émergent dans l’Ancien Monde, là où se situent les sources de l’histoire, et non dans le Nouveau Monde. La grandeur du Nouveau Monde décline à mesure que la civilisation humaine, dans sa marche vers l’ouest, retourne à ses origines orientales. La reconquête de cette grandeur dépend non pas de la ténacité à s’opposer à l’émergence du nouvel ordre issu de racines antiques, mais de la sagesse à s’associer à son essor.
C’est pourquoi la défaite de l’Amérique en Iran pourrait, à long terme, valoir comme une victoire. Une victoire non pas contre l’Iran ou la Chine, mais contre ses propres obsessions dominatrices et la frivolité sénile d’un empire moribond.
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samedi, 27 juin 2026
La dangerosité des États-Unis

La dangerosité des États-Unis
par Alessandro Volpi
Source : Alessandro Volpi & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-pericolosita-d...
La dangerosité des États-Unis se perçoit quand on tient compte de certains chiffres qui sont très explicites. J’en ai déjà parlé par ailleurs, mais je souhaite essayer de les présenter ici clairement.
1. La dette fédérale approche désormais les 40.000 milliards de dollars. Le coût annuel des intérêts atteint 1200 milliards de dollars. Les rendements des obligations à dix ans dépassent 4,5%. L’assurance contre le risque de défaut de la dette américaine est la plus coûteuse parmi celles concernant les dettes des principaux pays du monde. Les acheteurs étrangers de la dette américaine sont tombés à 25% du total et les adjudications voient une demande à peine supérieure à l’offre, ce qui rend l’intervention des banques américaines fondamentale, alors qu’elles sont déjà saturées de titres qui valent de moins en moins. Aujourd’hui, la dette publique américaine représente 40% de la dette publique mondiale.
2. Le dollar a perdu 11% par rapport à un panier de devises mondiales et continue d’afficher une tendance à la baisse qui ne s’explique pas seulement par la volonté de l’administration américaine de favoriser les exportations grâce à une monnaie faible, mais aussi par une crise de crédibilité internationale. La part des actifs en dollars dans les banques centrales du monde s’est effondrée à un peu plus de 50%, et dans le cas des fonds souverains, elle est même descendue à 48%.
3. Le déficit du compte courant a atteint le record de représenter les deux tiers du déficit global de la planète, tandis que le déficit commercial, bien qu’il se soit partiellement réduit, reste autour de 56 milliards de dollars en mai 2026.


4. La production industrielle américaine stagne à un peu plus de 0%, et les États-Unis produisent 15% des biens manufacturés mondiaux contre 35% pour la Chine.
5. En juin, l’inflation a dépassé les 4,2% et continue d’augmenter, et la persistance de la crise du détroit d’Ormuz la fera encore croître. Dans ce contexte, les espoirs de Trump de ne pas importer les effets inflationnistes de la guerre et des droits de douane se sont révélés vains, rendant de plus en plus concrète la perspective d’une hausse des taux par la Fed de Kevin Warsh, ce qui aura un impact très dur sur le coût de la dette publique et privée. Cela entraînera une contraction de la consommation, qui aux États-Unis repose sur l’endettement et représente un élément essentiel du PIB, estimé à fin 2026 autour de 1,5%.
6. Les bourses américaines sont en pleine bulle financière. Le ratio Cours/Bénéfice (Price/Earnings) estimé à 12 mois est de 21,5. Ce chiffre est nettement supérieur à la moyenne historique des 25 dernières années (qui se situe autour de 17,6x). Cela signifie que le marché est «cher» et que les investisseurs paient une prime élevée pour chaque dollar de bénéfice attendu. En effet, le marché anticipe une croissance des bénéfices de 12 à 14% pour le reste de l’année 2026. Si la production industrielle continue de stagner à 0,1% ou si la consommation venait à baisser en raison de l’inflation (à 4,2%), les entreprises ne pourront pas répondre à ces attentes, déclenchant une correction brutale des prix.
En résumé, les États-Unis ont des dettes gigantesques, dépendent de façon déterminante des prêts consentis par les épargnants et investisseurs du monde entier, ne peuvent plus imprimer de nouveaux dollars pour couvrir la dette et produisent de moins en moins. C’est pourquoi le dollar perd du terrain. Face à cela, ils enregistrent une gigantesque bulle financière, déconnectée de la réalité et soutenue, à nouveau, par le transfert de l’épargne mondiale vers les titres américains, notamment grâce à l’intervention décisive des grands gestionnaires, à commencer par BlackRock. De plus, et c’est un point décisif, ils subissent une inflation qui réduit le pouvoir d’achat d’une large part de la population américaine, frappée par des taux d’intérêt élevés imposés justement par l’inflation et la faiblesse du dollar.
De tout cela découle la dangerosité de l’ex-Empire, qui se retrouve confronté à un véritable bouleversement de son rôle dans les hiérarchies mondiales, un changement que la politique et même la culture populaire des États-Unis devraient affronter, après avoir cultivé pendant des décennies le culte de la suprématie. Il me semble que la situation est vraiment difficile, et dangereuse.
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vendredi, 26 juin 2026
Pax Silica: la Norvège se soumet à la dictature technologique des États-Unis

Pax Silica: la Norvège se soumet à la dictature technologique des États-Unis
Par Øyvind Andresen
Source: https://steigan.no/2026/06/pax-silica-norge-underlegger-s...
Pax Silica est présentée comme une coopération internationale volontaire en matière de technologie et de sécurité. En réalité, cette initiative est un outil américain destiné à contrôler les chaînes de valeur mondiales pour l’IA et les semi-conducteurs – et à contraindre les alliés, y compris la Norvège, à se plier à une dictature géopolitique dirigée contre la Chine. Israël joue un rôle clé dans Pax Silica.
L’initiative Pax Silica, dirigée par les États-Unis, a été lancée à Washington le 12 décembre 2025. Officiellement, son objectif est d’assurer la sécurité des chaînes d’approvisionnement en intelligence artificielle (IA), en semi-conducteurs et en matières premières critiques, ainsi que de protéger les technologies sensibles et de promouvoir l’innovation.
Les sept membres fondateurs sont l’Australie, Israël, le Japon, Singapour, le Royaume-Uni, la Corée du Sud et les États-Unis. Pax Silica dépend du département d’État américain et est dirigée par Jacob Helberg, secrétaire d’État adjoint chargé de la croissance économique, de l’énergie et de l’environnement.
Le nom s’inspire de la «Pax Romana». «Pax» signifie paix, tandis que «Silica» fait référence au silicium – un élément clé des puces informatiques modernes. Selon Reuters, l’un des objectifs centraux est de constituer un contrepoids à l’influence de la Chine dans le domaine de l’IA et de l’accès aux minéraux stratégiques.
D’autres pays ont rejoint l’initiative par la suite: les Émirats arabes unis, les Philippines, la Finlande, la Grèce, l’Inde, le Qatar et la Suède. Taïwan s’est rallié aux principes qui sous-tendent l’initiative.

Washington, 6 mai 2026 : Le secrétaire d’État américain chargé de la croissance économique, de l’énergie et de l’environnement, Jacob Helberg, et l’ambassadrice de Norvège Anniken Huitfeldt signent l’adhésion de la Norvège à Pax Silica. Photo : U.S. Department of State
En mars de cette année, les États-Unis ont annoncé la création d’un fonds lié à Pax Silica, d’une valeur de plus de mille milliards de dollars. Le New York Times a décrit ce projet comme un consortium international, qualifié par Helberg de «coalition de fonds souverains et d’investisseurs institutionnels».
L’adhésion de la Norvège – sans transparence
En mai de cette année, la Norvège a rejoint Pax Silica: l’ambassadrice de Norvège aux États-Unis, Anniken Huitfeldt, a signé l’accord le 6 mai (voir photo ci-dessus). À cette occasion, le sous-secrétaire d’État Helberg a déclaré, sur le site officiel du Département d’État des États-Unis:
« Aujourd’hui, les États-Unis accueillent le Royaume de Norvège au sein de Pax Silica. La Norvège n’est pas étrangère à la confiance que nous construisons. Depuis des décennies, la Norvège est aux côtés des États-Unis et de nos alliés sur les questions qui comptent le plus – sécurité énergétique, sécurité maritime, sécurité technologique, sécurité du capital.
La Norvège apporte une véritable force à cette coalition. L’une des flottes marchandes les plus importantes au monde. Des minéraux critiques, dont des terres rares à Fen. Une énergie hydraulique qui peut garantir la capacité de calcul dont nos économies auront besoin. »
Sur le site d’information Semafor, Helberg précise ce que la Norvège doit apporter à Pax Silica :
« La Norvège abrite le plus grand fonds souverain du monde, et la profondeur de ce capital institutionnel combinée aux réserves de minéraux critiques est importante », a déclaré Jacob Helberg, sous-secrétaire d’État aux affaires économiques, lors d’un entretien.
Autrement dit: les attentes envers ce que la Norvège doit offrir à cette initiative sont importantes: le fonds pétrolier, la flotte marchande, les minéraux critiques – dont le gisement de Fen – et l’hydroélectricité. Ce n’est pas peu de choses qui sont mises sur la table.
Et qu’en retire la Norvège? Selon le gouvernement, cette initiative devrait permettre à l’industrie et aux entreprises norvégiennes d’obtenir un bon accès au marché et de mieux accéder aux chaînes de valeur technologiques avancées. Mais cela semble très peu engageant.
Que propose la Norvège pour son adhésion à Pax Silica ?
Pax Silica n’a pas de cotisation formelle, mais la coopération suppose des investissements et une adaptation stratégique. Selon l’article « Les États-Unis ont un plan » d’Evgeny Morozov dans Le Monde diplomatique (juin 2026), chaque nouveau pays membre doit présenter une offre concrète.
L’Inde s’est engagée à investir 210 milliards de dollars provenant de ses oligarques pour construire une infrastructure d’IA sur des plateformes technologiques américaines. Les Émirats arabes unis ont proposé que leur entreprise d’IA, G42, rompe tous ses liens avec la Chine et conclue des partenariats avec Microsoft.
Ce que la Norvège a proposé, en revanche, n’est pas connu publiquement.
L’adhésion de la Norvège à Pax Silica s’est faite à huis clos, sans vote au Storting (parlement) et sans débat public, bien que cet accord soit probablement l’acte diplomatique le plus important de la Norvège cette année.

À ma connaissance, seul le parti Rødt a protesté: le député Bjørnar Moxnes a déclaré à Nettavisen le 10 mai :
« Le gouvernement se trompe sur l’objectif d’indépendance stratégique vis-à-vis des régimes autoritaires s’il pense qu’une coopération accrue avec les États-Unis de Trump et l’Israël de Netanyahou via Pax Silica est la solution. »
Les États-Unis sanctionnent les pays désobéissants
Pax Silica est présentée comme un accord d’intention non contraignant, mais fonctionne en réalité comme un instrument de pouvoir destiné à promouvoir les intérêts économiques et stratégiques américains dans la rivalité avec la Chine.
Morozov décrit dans Le Monde diplomatique comment les États-Unis ont fait pression sur la Malaisie pour qu’elle abandonne ses projets de stratégie nationale d’IA basée sur la technologie du chinois Huawei.

Les Pays-Bas aussi se sont heurtés aux États-Unis. Le pays a assisté à la réunion fondatrice à Washington, mais a refusé de signer. La raison: la volonté de protéger la société néerlandaise ASML, premier fournisseur mondial de machines de lithographie pour l’industrie des semi-conducteurs – la plus grande entreprise technologique d’Europe.
Les États-Unis ont mis en place des contrôles à l’exportation pour empêcher la vente de technologies avancées, y compris les machines d’ASML, à la Chine. Washington justifie ces mesures par la sécurité, mais la direction d’ASML affirme depuis longtemps que ces mesures sont d’abord motivées par des raisons économiques. Le gouvernement néerlandais a adressé des protestations officielles. Si les Pays-Bas refusent de se plier aux exigences américaines, ils risquent des sanctions.
Israël comme partenaire d’ancrage
Israël est l’un des membres fondateurs de Pax Silica, sur l’initiative directe du Premier ministre Benjamin Netanyahou. Helberg a qualifié Israël de «partenaire d’ancrage», faisant référence à l’écosystème technologique du pays et à sa capacité à obtenir des «résultats asymétriques» par rapport à sa taille.
Cela a été souligné lors d’une réunion à Jérusalem le 16 janvier de cette année entre les autorités israéliennes et américaines, à laquelle Helberg a participé avec des représentants de l’administration israélienne de l’IA.
Sources :
https://www.gov.il/en/pages/israel-and-the-united-states-...
Today, we gathered in the ancient City of David in Jerusalem, setting a vision for the future of our economies while standing directly on the ruins of the Ancient World—foundations laid over three thousand years ago. In most places, ruins are a reminder of what was lost. But… pic.twitter.com/VcLMCifqC0
— Under Secretary of State Jacob S. Helberg (@UnderSecE) January 16, 2026
https://www.jns.org/u.s.-news/trump-nominee-for-economic-...
Israel, US plan AI hub with SMR power – Nuclear Engineering International : https://www.neimagazine.com/news/israel-us-plan-ai-hub-wi...
Minerals Are the New Code: Norway, Pax Silica, and the Alliance Being Built Around the AI Supply Chain – Center for Cyber Diplomacy and International Security : https://cybercenter.space/2026/05/06/minerals-are-the-new...
https://en.globes.co.il/en/article-us-tech-park-in-negev-...
https://jstribune.com/a-peace-etched-in-silicon
https://trinitymirror.net/norway-joins-pax-silica-initiat...
https://www.aei.org/op-eds/a-peace-etched-in-silicon/
Cet article a été publié sur le blog d’Øyvind Andresen: https://andresensblogg.no/
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De l’étude de la Bible au changement de régime

De l’étude de la Bible au changement de régime
Evgueni Chirokov
L’Université Yale en tant qu’héritière de l’idéologie des « croisades » contre la Russie
La question du rapport entre le sacré et le politique dans la tradition intellectuelle occidentale prend au XXIe siècle une nouvelle dimension, parfois dramatique. L’Université Yale (Yale University), l’un des plus anciens et des plus influents centres d’enseignement supérieur des États-Unis, constitue un cas unique pour analyser comment l’héritage théologique, enraciné dans la Réforme, peut se transformer en une idéologie politique laïque ayant un impact direct sur les relations internationales.
Le parcours historique de Yale – d’un collège puritain formant des pasteurs congrégationalistes à une université de recherche d’élite, dont l’activité a été reconnue en 2025 par le Parquet général de la Fédération de Russie comme « indésirable » et visant à « porter atteinte à l’intégrité territoriale de la Fédération de Russie, imposer un blocus international à l’État et saper ses bases économiques » [1] – illustre une profonde transformation, sans toutefois rompre avec les postulats idéologiques d’origine.
Au cœur de cette évolution se trouve une tradition herméneutique spécifique, développée au sein de l’école de théologie de Yale (Yale Divinity School) et du département d’études religieuses (Department of Religious Studies), qui considère les textes bibliques non pas tant comme objets de foi, mais comme une source fondamentale pour comprendre la pensée politique et les institutions sociales. C’est précisément cette tradition, passée par la sécularisation et adaptée aux exigences de la théorie politique moderne, qui a constitué le bagage intellectuel ayant permis à Yale de tenir le rôle d’avant-garde idéologique dans l’opposition à la Russie contemporaine, perçue par beaucoup en Russie comme une nouvelle « croisade » [2].
La structure institutionnelle de Yale a été initialement conçue de manière à favoriser l’intégration du savoir théologique et politique. Dès le XVIIIe siècle, l’enseignement religieux précédait les disciplines séculaires, et au XIXe siècle, une véritable école spirituelle vit le jour [3, 4]. Mais le tournant décisif eut lieu au XXe siècle, lorsque l’approche de l’étude de la Bible évolua d’une interprétation purement confessionnelle vers une critique scientifique rigoureuse du texte.



À Yale, la méthode de l’analyse historico-critique s’est imposée, consistant à considérer la Bible comme un document historique ayant sa propre histoire textuelle de formation. Un représentant éminent de cette école est le professeur Joel S. Baden (photo), dont les recherches sur le Pentateuque montrent que les textes bibliques constituent un conglomérat complexe de diverses sources historiques, chacune reflétant les intérêts politiques et théologiques de groupes sacerdotaux ou royaux spécifiques de l’ancien Israël et de Juda [5, 6].

Dans son ouvrage sur le roi David, Baden va plus loin et applique la méthode de déconstruction politique: il argumente que le récit biblique est un exemple d’apologie politique antique, où les faits historiques réels – commandement d’une troupe de bandits, service comme mercenaire chez les Philistins ennemis, mort de tous les rivaux politiques dans des circonstances suspectes – sont soumis à un traitement informationnel total dans le texte, afin de prouver l’élection divine et l’innocence [7]. Cette analyse montre une continuité directe entre la légitimation sacrée du pouvoir dans l’Antiquité et le « marketing politique » contemporain.
Ainsi, à Yale, a été élaboré un puissant outillage herméneutique, permettant de révéler les significations politiques cachées de la Bible et, ce qui est tout aussi important, d’appliquer ces mêmes méthodes à la déconstruction des récits politiques contemporains.
Cet outillage n’est pas resté l’apanage exclusif des théologiens. Au contraire, il a été intégré et développé de façon organique au sein du département de science politique (Department of Political Science), considéré comme l’un des meilleurs au monde. À Yale, il s’est formé un environnement unique où les textes bibliques sont étudiés non seulement comme monuments religieux, mais aussi comme des sources fondamentales pour comprendre la pensée politique.
Dans les cours de philosophie politique, la Bible est vue comme un document ayant posé les bases des notions de droit, de contrat, de souveraineté et de justice sociale. Par exemple, l’épisode du chapitre 18 de la Genèse, où Abraham négocie avec Dieu sur le sort de Sodome, est interprété comme le plus ancien précédent de la limitation du pouvoir suprême par les exigences de la justice.
L’analyse des caractères des patriarches permet aux chercheurs de suivre les mécanismes de formation du leadership politique et de la légitimation dynastique [8, 9]. Cette tradition se prolonge dans l’étude des classiques de la pensée politique européenne – de John Locke, qui, dans sa « Lettre sur la tolérance », a défini la frontière entre société civile et sphère du salut de l’âme, à Alexis de Tocqueville qui a étudié le phénomène américain unique de la combinaison de « l’esprit de religion » et de « l’esprit de liberté ».
Ainsi, la bibléistique à Yale a cessé d’être une discipline purement théologique pour devenir l’une des pierres angulaires de la théorie politique, et l’université elle-même un centre où textes bibliques et théorie politique sont étudiés dans une connexion étroite.
Le maillon clé reliant l’étude académique de la Bible à l’activité politique pratique est la Yale Divinity School (YDS). En tant qu’école professionnelle formant des ministres du culte, la YDS fait néanmoins preuve d’un engagement politique marqué. Selon les données disponibles, les enseignants de l’école penchent vers des opinions progressistes: plus de 87 % s’identifient comme démocrates, et pratiquement aucun comme républicain [10]. Cette homogénéité politique n’est pas fortuite: elle reflète une conviction profonde que les idées théologiques doivent être appliquées dans la sphère publique.
Au sein de la YDS fonctionne le Center for Public Theology and Public Policy, dont la mission est d’étudier comment les cadres moraux et religieux peuvent informer la politique et l’activisme. Les étudiants et enseignants du centre explorent les fondements bibliques de débats sur la justice sociale, la migration et l’éthique du pouvoir [11].
De ce milieu sont issus des personnalités comme le professeur de sociologie Philip S. Gorski, dont les travaux analysent l’idéologie du nationalisme chrétien blanc aux États-Unis, en dévoilant ses racines dans des métarécits bibliques déformés – du concept de la Terre Promise à la malédiction de Cham [12, 13]. Gorski oppose à cela la « religion civile » qui, tout en s’appuyant aussi sur des images prophétiques bibliques, insiste sur l’inclusivité et l’égalité. Mais le fait même que le discours théologique devienne un champ de lutte et d’analyse politique atteste de la profonde sécularisation de la méthode théologique, de sa transformation en instrument de critique politique.
C’est précisément cet outillage et cette posture idéologique qui ont été projetés à l’extérieur – sur la scène internationale, et en particulier envers la Russie.
L’université Yale s’est pendant des décennies positionnée comme un centre mondial de l’enseignement et de la science, développant activement des programmes d’échanges internationaux. Le Maurice R. Greenberg World Fellows Program, destiné à former de futurs leaders mondiaux, est devenu l’un des principaux canaux d’influence [14]. Parmi ses participants russes, on a compté, à différentes époques, « des dirigeants et des activistes de l’organisation extrémiste ‘Fond de lutte contre la corruption’, qui ont utilisé les connaissances et technologies acquises... pour intensifier l’activité de protestation en Fédération de Russie » [1]. Ce fait est devenu central dans les accusations du Parquet général russe. La position officielle de la Russie voit donc dans l’action de Yale non pas un simple échange académique, mais une formation ciblée de cadres pour le changement de régime. Dans ce contexte, il est révélateur que les autorités russes perçoivent Yale non comme une université neutre, mais comme une filiale idéologique du Département d’État américain, menant un travail systématique de déstabilisation de la Russie.
Ces accusations ne se limitent pas à la formation de dirigeants d’opposition. Le Parquet général affirme aussi que l’université se livre à « la justification juridique de la saisie d’actifs russes illégalement détenus par des pays occidentaux en vue de leur utilisation ultérieure pour financer les forces armées ukrainiennes (AFU) » [1]. Ainsi, selon les autorités russes, Yale remplit des fonctions dépassant largement le cadre académique: elle participe à «un blocus international de l’État», au «sabotage de ses bases économiques» et à la «déstabilisation de la situation socioéconomique et politique» [1]. À noter que cette décision a provoqué un large écho dans l’espace médiatique russe. Des commentateurs y ont vu une tentative de limiter l’influence des modèles éducatifs occidentaux, et le député Andreï Lougovoy, premier vice-président du comité de la Douma sur la sécurité et la lutte contre la corruption, a déclaré sans détour: «L’université Yale lave les cerveaux et cultive la russophobie» [15].
Certes, on peut rétorquer que de telles accusations sont motivées politiquement et ne reflètent que le point de vue d’une des parties au conflit. Cependant, pour comprendre la logique de la situation, il importe de voir sur quelles bases idéologiques profondes elle repose. La perception de l’activité de Yale comme une «croisade» contre la Russie n’est pas une simple métaphore: elle s’enracine dans l’histoire de la confrontation entre l’Occident et la Russie, où le facteur religieux a souvent joué un rôle clé. Si, au Moyen Âge, le prétexte formel des croisades était la libération du Saint-Sépulcre, aujourd’hui, dans un monde sécularisé, ce sont les idéologèmes de «démocratie», de «droits de l’Homme» et de «leadership global» qui jouent ce rôle.
L’université de Yale, avec sa synthèse unique de bibléistique et de théorie politique, s’est retrouvée à l’avant-garde de ce processus, car elle a su proposer non seulement une légitimation politique, mais presque théologique, à l’ingérence dans les affaires intérieures d’autres États. Ses programmes académiques, initialement destinés à l’analyse critique des textes bibliques, sont devenus des instruments de critique et de transformation des régimes politiques. La continuité est frappante: tout comme les théologiens puritains du XVIIe siècle s’identifiaient au peuple élu d’Israël et voyaient l’Amérique du Nord comme un nouveau Canaan, justifiant ainsi la colonisation [16], les idéologues contemporains de Yale, s’appuyant sur ce même outillage herméneutique, construisent l’image de la Russie comme «empire du mal» nécessitant un «baptême démocratique».
La décision des autorités russes du 8 juillet 2025 [1] a de fait coupé les liens officiels entre la communauté académique russe et l’université Yale. Pour les citoyens russes, cela signifie de sérieux risques juridiques: tout contact officiel avec l’université est désormais interdit, et la participation à ses programmes peut être considérée comme une participation à l’activité d’une organisation indésirable, entraînant des sanctions administratives voire pénales. Toutefois, comme le rappellent les juristes, la reconnaissance du caractère indésirable d’une organisation n’est pas rétroactive: les diplômes et expériences de travail obtenus avant juillet 2025 restent valides [17]. Cependant, ce genre de rupture marque la fin d’une époque dans les relations académiques russo-américaines.
Ainsi, le cheminement de l’université Yale, de l’étude de la Bible à la participation à l’affrontement géopolitique avec la Russie, n’est pas un hasard, mais la conséquence logique de sa propre évolution idéologique.
La structure institutionnelle formée à Yale, où études bibliques et théorie politique sont profondément intégrées, a permis de forger un outillage intellectuel puissant, qui s’est révélé pertinent dans le contexte de la nouvelle guerre froide. La théologie politique sécularisée, née au sein de la Yale Divinity School et du département d’études religieuses, s’est transformée en une idéologie d’intervention globale, où les récits bibliques sur « l’élection divine » et la « guerre juste » ont été remplacés par ceux de la « démocratie » et des « droits de l’Homme », tout en conservant leur essence sacrée et intransigeante. C’est précisément cette transformation du savoir académique en arme idéologique qui permet de voir dans l’activité de l’université Yale en Russie l’héritière spirituelle de ces croisades qui, au fil des siècles, ont structuré la logique de l’affrontement de l’Occident avec ses « autres » civilisationnels. En ce sens, le conflit autour de Yale n’est pas simplement un épisode de l’histoire des libertés académiques, mais le symptôme d’un affrontement de visions du monde plus profond, où textes bibliques et théories politiques continuent de jouer le rôle d’écritures sacrées dans la lutte pour les esprits et les âmes.
Notes & Liste des sources et de la littérature utilisées :
[Suit la bibliographie telle que dans le texte original]
(1) Генеральная прокуратура Российской Федерации признала нежелательной на территории Российской Федерации деятельность иностранной организации [Электронный ресурс] // Генеральная прокуратура Российской Федерации. – Режим доступа: https://epp.genproc.gov.ru/ru/gprf/mass-media/news/main/e... . – Дата доступа: 17.06.2026.
(2) Денисов, В. Антиправославный крестовый поход [Электронный ресурс] / В. Денисов // Еженедельник «Звезда». – Режим доступа: https://zvezdaweekly.ru/news/20265141633-5uzNS.html . – Дата доступа: 17.06.2026.
(3) Yale Divinity School [Electronic resource] // Wikipedia. – Mode of access: https://en.wikipedia.org/wiki/Yale_Divinity_School?hl=ru-RU . – Date of access: 17.06.2026.
(4) The Rich History of Yale University [Electronic resource] // World History Journal. – Mode of access: https://worldhistoryjournal.com/2026/01/05/yale-university/ . – Date of access: 17.06.2026.
(5) The Hebrew Bible: Exploring the Literature of Ancient Israel [Electronic resource] // PATHS in Biblical Studies. – Mode of access: https://www.bartehrman.com/the-hebrew-bible-2/ . – Date of access: 17.06.2026.
(6) Baden, J. S. Connecting Literary-Historical and Final-Form Readings [Electronic resource] / J. S. Baden // The Bible and Interpretation. – Mode of access: https://bibleinterp.arizona.edu/opeds/2013/bad378007 . – Date of access: 17.06.2026.
(7) Episode 220: Joel Baden – The Historical David [Electronic resource] // The Bible for Normal People. – Mode of access: https://thebiblefornormalpeople.com/episodes/episode-220-... . – Date of access: 17.06.2026.
(8) Religion & Politics [Electronic resource] // Hertog Foundation. – Mode of access: https://hertogfoundation.org/courses/religion-politics-20... . – Date of access: 18.06.2026.
(9) The Bible & Political Philosophy [Electronic resource] // Hertog Foundation. – Mode of access: https://hertogfoundation.org/courses/the-bible-political-... . – Date of access: 18.06.2026.
(10) Ham, G. The Numbers Are in: the Buckley Institute's Yale Divinity School Ideological Diversity Report [Electronic resource] / G. Ham // Garrett Ham. – Mode of access: https://garrettham.com/yale-divinity-school-political-div... . – Date of access: 18.06.2026.
(11) 2026 Yale Center for Public Theology & Public Policy Conference [Electronic resource] // Repairers of the Breach. – Mode of access: https://breachrepairers.org/get-involved/events/2026-yale... . – Date of access: 19.06.2026.
(12) Philip Gorski [Electronic resource] // NIAS. – Mode of access: https://nias.knaw.nl/fellow/philip-s-gorski/ . – Date of access: 19.06.2026.
(13) Gorski, P. S. White Christian Nationalism and the Threat to American Democracy [Electronic resource] / P. S. Gorski // Friedrich Ebert Stiftung. – Mode of access: https://collections.fes.de/publikationen/content/zoom/178... . – Date of access: 19.06.2026.
(14) Maurice R. Greenberg World Fellows Program at Yale University [Electronic resource] // The Starr Foundation. – Mode of access: https://starrfoundation.org/program-areas/public-policy-i... /. – Date of access: 19.06.2026.
(15) Андрей Луговой: Йельский университет воспитывает русофобов [Электронный ресурс] // Партархив. – Режим доступа: https://pa.inion.ru/documents/12939/ . – Дата доступа: 19.06.2026.
(16) The Puritans in America Identified with the Ancient Israelites and Practiced Covenants [Electronic resource] // American Heritage Education Foundation. – Mode of access: https://americanheritage.org/the-puritans-identified-with... . – Date of access: 19.06.2026.
(17) Костерева, М. Йельский университет признали нежелательной организацией в России. Что это значит для российских выпускников и научных сотрудников [Электронный ресурс] / М. Костерева, М. Лисицына // РБК. – Режим доступа: https://www.rbc.ru/politics/08/07/2025/686d2cf99a7947e4fb... . – Дата доступа: 20.06.2026.
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vendredi, 19 juin 2026
L’accord États-Unis–Iran signe-t-il la fin de l’unipolarité? - Traités et retour de la compétition civilisationnelle

L’accord États-Unis–Iran signe-t-il la fin de l’unipolarité?
Traités et retour de la compétition civilisationnelle
Constantin von Hoffmeister
La rhétorique du président Trump à l’égard de l’Iran a évolué avec une rapidité surprenante, passant d’un langage évoquant la destruction complète à celui vantant la réconciliation. À un moment, il s’exprimait en des termes laissant présager la ruine totale de la République islamique. À un autre, il dessinait une vision de paix s’étendant dans le futur, assortie de promesses de prospérité à grande échelle. Désormais, Washington et Téhéran ont l’intention de signer un mémorandum d’entente ce vendredi. De tels documents possèdent une valeur symbolique et une signification diplomatique, tout en étant dépourvus de force juridique contraignante. Cet accord particulier semble exceptionnellement concis. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a déclaré lors d’un entretien avec l’agence Mehr samedi que le texte lui-même ne dépassait pas deux pages. Le destin des nations peut parfois dépendre de documents plus courts qu’un simple article de journal.

La brièveté du texte suggère que de nombreux points clés demeurent non résolus. Les responsables évoquent des mesures urgentes à prendre immédiatement, parmi lesquelles la restauration de la libre navigation dans le détroit d’Ormuz. Pourtant, les informations disponibles laissent planer un flou persistant. Les médias iraniens présentent une version où les restrictions américaines sur les ports iraniens du golfe Persique disparaîtraient tandis que l’Iran, en coopération avec Oman, continuerait d’exercer une surveillance sur la zone et d’en tirer des revenus substantiels via des taxes maritimes. Trump, lui, semble décrire un résultat très différent. Dans des propos rapportés par le New York Times dimanche, il a affirmé que l’une des réalisations centrales de l’accord serait l’établissement d’un détroit d’Ormuz gratuit de tout péage, de façon permanente. Un accord décrit de manière incompatible par ses signataires ressemble à un texte ancien traduit en langues rivales, chaque version servant un destin différent. La diplomatie vit dans ce domaine de symboles mouvants et de silences stratégiques, où les États mènent des batailles par le langage.
Le concept de multipolarité darwinienne offre un cadre pour comprendre de tels événements. L’ordre mondial émergent ressemble à un écosystème civilisationnel dans lequel les grandes puissances s’adaptent aux circonstances changeantes, préservent leur identité propre et rivalisent pour leur influence à travers régions et continents. La fin de la domination unipolaire n’annonce pas une ère de coopération universelle. Elle marque le retour de l’histoire dans sa forme la plus ancienne : une compétition entre civilisations dotées de traditions, de valeurs et d’intérêts stratégiques différents. De même que les espèces survivent en s’adaptant à des environnements changeants, les civilisations perdurent par la résilience, l’innovation, la vitalité démographique et la cohésion culturelle. La multipolarité, en ce sens, obéit à des pressions évolutives. Les États émergent, déclinent, se transforment et se réaffirment. La paix demeure possible, mais elle naît d’un équilibre entre les puissances, et non du rêve d’un modèle universel imposé à l’humanité.
Le contenu réel de l’accord envisagé demeure largement caché au public. Araghchi a annoncé que le texte serait rendu public après la signature prévue vendredi. Même cette assurance invite à la prudence. Des rapports de l’agence Mehr évoquent ce qui serait quatorze points clefs du mémorandum. Ces points divergent fortement des déclarations du président américain et de ses proches collaborateurs. Plusieurs revendications attribuées à l’accord défient la crédibilité. Le point cinq prévoit, dit-on, un retrait américain de la région entourant l’Iran. Le point six appellerait à la levée de toutes les sanctions sans concessions réciproques. Le point sept propose un effort de reconstruction américain en Iran d’une valeur d’au moins 300 milliards de dollars. De telles dispositions constitueraient une transformation géopolitique d’ampleur historique.

L’explication la plus vraisemblable semble simple: les quatorze points représentent une proposition iranienne transmise aux négociateurs américains le 2 mai par des médiateurs pakistanais. Croire que les États-Unis ont accepté l’ensemble du package iranien, c’est confondre désir et réalité, propagande et diplomatie. Les empires avancent à travers l’histoire comme de vieilles bêtes: ils négocient, menacent, reculent et progressent, mais ils renoncent rarement à un avantage stratégique en échange de mots couchés sur de fragiles feuilles de papier. Pourtant, les récits officiels façonnent souvent la perception du public. En Iran, une partie de la population entend depuis des semaines des récits présentant le récent conflit comme une victoire sur le champ de bataille, un triomphe, la preuve du statut de superpuissance de la nation. Dans ce contexte, croire à un accord exceptionnellement favorable devient plus compréhensible. Quelques manifestations opposées au rapprochement avec les États-Unis ont également eu lieu.
La question centrale demeure : cet accord peut-il produire une paix durable ? L’histoire regorge d’exemples d’accords qui ont offert une stabilité temporaire tout en laissant intactes des rivalités plus profondes. Les grandes puissances abandonnent rarement leurs intérêts stratégiques suite à une seule signature. Elles font une pause, se repositionnent, négocient et se préparent à la phase suivante de la compétition. Dans le cadre de la multipolarité darwinienne, la paix naît de l’équilibre entre des civilisations capables de défendre leurs intérêts tout en reconnaissant la force des autres. Un tel ordre pourrait s’avérer plus durable que l’universalisme idéologique, car il reflète la pluralité du monde réel plutôt que des visions abstraites d’un destin politique unique.
Pour Trump, le calcul immédiat est peut-être plus simple. Préserver la stabilité jusqu’aux élections de mi-mandat américaines du 3 novembre serait déjà un succès politique d’envergure. Les hommes d’État poursuivent la paix pour des raisons à la fois grandioses et pratiques. Certains cherchent des règlements durables. D’autres achètent du temps. Le système international récompense souvent ceux qui savent faire la différence.
20:41 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : états-unis, iran, actualité, moyen-orient, détroit d'ormuz |
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mercredi, 17 juin 2026
Ce que signifie la guerre d’Iran pour nous

Ce que signifie la guerre d’Iran pour nous
Par Dimitrios Kisoudis
Source: https://www.linkedin.com/pulse/der-irankrieg-f%C3%BCr-uns...
Les États-Unis et la République islamique semblent s’être mis d’accord sur les conditions qui mettront fin à la guerre. Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a été le premier à annoncer un accord sur X. Selon le Financial Times, le Qatar aurait joué un rôle déterminant dans la médiation.
Il reste cependant douteux que cet accord tienne. Les deux attaques contre l’Iran ont eu lieu alors que des négociations étaient en cours. Israël, de son côté, n’est pas impliqué, mais pourrait torpiller les accords de paix au Liban. Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a déclaré immédiatement sur X qu’Israël ne se considérait pas lié par l’accord de Trump.
Le ton général des commentateurs des deux camps : l’Iran a infligé une défaite aux États-Unis. L’analyste en géopolitique Andrew Korybko considère cependant que c’est Israël qui sort perdant, car selon lui, les États-Unis ont renoncé à des objectifs de guerre ambitieux et coûteux (poursuivis par Israël) dans le but de lier durablement l’Iran à eux, avec l’aide de la faction « modérée » autour de Mohammad Javad Zarif (photo).
Au vu des expériences des dernières années, il serait surprenant que la Chine, la Russie ou l’Iran veuillent réellement rétablir leurs relations avec les États-Unis au détriment d’un des pôles du triangle multipolaire. La mise en place de structures alternatives de coopération devrait rester prioritaire. Même si Trump agissait de bonne foi — ce dont rien ne témoigne —, n’importe quel futur président américain pourrait annuler des accords éphémères et raviver le conflit. Il n’y a aucun sens de laisser des structures fragiles pour un gain à court terme. Aucun des trois pays ne peut douter de l’hostilité de l’Occident.
Et que signifie la guerre d’Iran pour l’Allemagne et l’Europe? L’Allemagne s’est moins laissée entraîner dans la guerre qu’on aurait pu le penser. Le chancelier fédéral Merz a refusé toute intervention dans le détroit d’Ormuz et a corrigé sa position vis-à-vis de l’Iran au cours du conflit. Il n’a jamais été question d’un soutien militaire à Israël ; cet objectif, parfois présenté comme une raison d’État, est donc difficilement réalisable. Le chancelier Merz n’est certes pas allé aussi loin que le courageux Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, qui a refusé aux États-Unis l’accès complet aux bases espagnoles. Mais tout commencement s’accompagne d’hésitation.
Face à la guerre d’Iran, l’Allemagne a fait un pas vers la multipolarité, mais face à la guerre en Ukraine qui se poursuit, elle a fait un demi-pas en arrière. En négociant un accord avec l’équipe Trump, la Russie a fait de l’Allemagne l’ennemi à la place des États-Unis, car un accord avec l’ennemi numéro un n’est pas justifiable. On peut supposer que les États-Unis participent au moins à ce jeu, sinon le dirigent, et ajustent leur partage des charges en conséquence.
L’Allemagne s’est laissée pousser dans ce rôle d’ennemi par des provocations, alors que la Russie est indispensable à la stabilisation de la position allemande au centre de l’Europe. Désormais, l’UE est considérée comme l’ennemi principal là où les factions atlantistes qui ont préparé la guerre en Ukraine le voulaient. Sur le troisième front, à savoir la Chine, l’UE génère un bruit de fond dans lequel la République populaire est perçue comme à l’origine de la désindustrialisation de l’Europe. Ce bruit de fond peut être amplifié à tout moment par l’Occident pour se muer en véritable vacarme.
Si l’accord avec l’Iran tient, l’Allemagne doit œuvrer pour la normalisation des relations avec la République islamique. Si aucun accord n’est trouvé entre Trump et Poutine, la relation avec la Russie pourrait rapidement se détendre. Mais le plus important est de refuser toute préparation à une guerre économique avec la Chine. Si les États-Unis attisent le conflit avec la Chine, une voie de sortie de l’ancrage occidental s’ouvrira pour l’Allemagne et l’Europe. Pour cela, l’UE doit protéger son infrastructure de paiement — comme le font les pays des BRICS — contre les attaques géopolitiques venant des États-Unis.
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États-Unis et Iran: un accord, deux interprétations

États-Unis et Iran: un accord, deux interprétations
Jeanne Delahaye
Source: https://www.facebook.com/jeanne.delahaye.7
1. La version américaine
Washington présente l’accord avant tout comme un accord portant sur la sécurité et sur le nucléaire :
- Ouverture du détroit d’Hormuz
- Fin de la confrontation militaire directe
- Négociations sur le programme nucléaire iranien
- Allègement progressif des sanctions
- À long terme, plus d’armes nucléaires iraniennes
Dans la communication américaine, le Liban n’est généralement mentionné qu’en passant.
2. La version iranienne
Téhéran décrit l’accord de façon nettement différente.
Le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi a déclaré à la télévision d’État iranienne qu’on travaillait à un accord visant à mettre fin à la guerre «sur tous les fronts, y compris au Liban». En outre, l’Iran souligne que les véritables questions nucléaires ne seront négociées qu’après la signature du mémorandum.
Du point de vue iranien, les priorités sont :
- Fin de la guerre
- Levée des sanctions
- Libération des avoirs iraniens gelés
- Fin du blocus des ports iraniens
- Désescalade régionale, y compris au Liban
3. Le point de vue du Hezbollah et d’une partie du camp iranien
Ici, on va encore plus loin.
Des représentants du Hezbollah ont déclaré aux médias arabes que l’Iran leur avait assuré que le Liban faisait partie de l’accord et qu’un retrait israélien des territoires libanais disputés était prévu. Cependant, cette version n’a jusqu’à présent été confirmée ni par Washington, ni par Israël.
C’est pourquoi de nombreux observateurs se demandent actuellement :
Le Liban figure-t-il vraiment dans le texte, ou s’agit-il seulement d’engagements politiques en coulisses?
Pourquoi Téhéran reste si prudent
Un autre point important :
Tandis que Trump parle déjà d’un accord pratiquement finalisé, des représentants du gouvernement iranien rappellent sans cesse qu’aucun accord définitif n’a encore reçu l’approbation de tous les centres de pouvoir en Iran. Même les médias proches du gouvernement ont tempéré à plusieurs reprises les propos de Trump, expliquant qu’aucun texte final n’avait encore été approuvé. À Téhéran, il y a en outre des protestations de la part des conservateurs, qui reprochent aux négociateurs d’avoir fait trop de concessions.
Mon impression d’après les informations connues jusqu’à présent
Les Iraniens semblent considérer l’accord comme une première étape, et non comme la paix définitive.
Ils le présentent à l’intérieur du pays à peu près ainsi :
- La guerre est arrêtée.
- Les sanctions commencent à être levées.
- L’Iran continue d’exister en tant qu’État.
- La question nucléaire sera discutée plus tard.
- Le Liban et le Hezbollah ne sont pas abandonnés.
Les États-Unis, en revanche, présentent le même accord comme suit :
- L’Iran renonce à l’arme nucléaire.
- Le détroit d’Hormuz est ouvert.
- Le conflit est terminé.
- Ce n’est qu’ensuite que l’Iran bénéficiera d’avantages économiques.
C’est pourquoi on entend actuellement des déclarations aussi différentes. Les deux parties mettent en avant les points qui sont importants pour leur propre opinion publique. Le texte exact du mémorandum n’a pas encore été publié dans son intégralité. C’est précisément pourquoi il n’est pas encore clair si l’interprétation iranienne concernant le Liban et le Hezbollah figure effectivement dans le texte de l’accord, ou s’il s’agit d’engagements politiques en dehors du cadre publié.
Si la signature a bien lieu aujourd’hui, un texte plus détaillé ou un résumé sera probablement publié pour la première fois dans les 24 à 48 heures à venir. On pourra alors voir quelle version est la plus proche de la réalité.
Il est également intéressant de noter que Trump a déclaré publiquement que Netanyahu «n’a pas d’autre choix» que d’accepter un accord irano-américain.
Sichtwechsel.lu
18:51 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, iran, états-unis, moyen-orient |
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lundi, 15 juin 2026
De la doctrine Monroe du XXIᵉ siècle: le néocolonialisme des États-Unis en Amérique latine

De la doctrine Monroe du XXIᵉ siècle: le néocolonialisme des États-Unis en Amérique latine
Leonid Savin
Les services de renseignement américains continuent de s’ingérer sans vergogne dans les affaires intérieures des pays de la région.
Le 2 juin, lors d’auditions devant la commission des affaires étrangères du Sénat américain, le secrétaire d’État Marco Rubio (photo) a déclaré: «Nous avons désormais, dans cet hémisphère, une coalition de pays amis – plus d’une dizaine – qui se sont unis pour travailler non seulement sur des questions de sécurité communes à nous tous, mais aussi sur la prospérité économique, ce qui va de pair. C’est une histoire étonnante, car, en fait, à l’exception du Nicaragua, de Cuba et, évidemment, du Venezuela, il reste bien sûr quelques problèmes, et aussi le Brésil, bien qu’ils soient là-bas en pleine période électorale, et dans une certaine mesure aussi le gouvernement actuel de la Colombie, du moins le président, a posé problème, mais, dans l’ensemble, il s’agit désormais d’une région remplie d’alliés des Américains, de dirigeants favorables à l’Amérique et d’une orientation favorable à l’Amérique. Il est désormais évident que nous devons mettre cela en œuvre après vingt ans d’inaction, durant lesquels la Chine et d’autres puissances mondiales ont envahi notre hémisphère occidental, au détriment non seulement des intérêts nationaux américains, mais aussi, selon nous, des peuples de ces pays».
Cette déclaration a suscité de vifs débats. Si, au Venezuela, on a gardé un silence soumis, Cuba et le Nicaragua ont condamné ces propos, et le président brésilien Lula da Silva a critiqué les actions de Marco Rubio, les jugeant hostiles non seulement envers le Brésil, mais envers toute l’Amérique latine. Il a affirmé que Rubio était lui-même l’ennemi mortel de Cuba et de plusieurs autres pays d’Amérique latine.
Le fait est que l’establishment de Washington a de nouveau décidé d’imposer des droits de douane supplémentaires de 25% sur certains produits brésiliens. À la veille d’élections dans ce pays où le processus politique s'est fortement polarisé ces dernières années, c’est un signal clair des États-Unis qu’ils ne souhaitent plus voir Lula ou son successeur à la tête de l’État.

De plus, le 28 mai, les États-Unis ont reconnu les groupes brésiliens Comando Vermelho (CV) et Primeiro Comando da Capital (PCC) comme organisations terroristes, ce qui ouvre la voie à une ingérence et à des pressions supplémentaires sous prétexte de sécurité.
Le 2 juin également, la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a accusé l’ambassadeur américain au Mexique, Ronald Douglas Johnson, d’ingérence dans les affaires intérieures du pays. Plus tôt, aux États-Unis, des accusations de trafic de drogue avaient été portées contre le gouverneur de l’État mexicain de Sinaloa, Rubén Rocha Moya ; et, auparavant, en avril de cette année, la CIA avait mené un raid dans l’État de Chihuahua sans l’accord des autorités officielles du Mexique.
La réaction de la dirigeante mexicaine est donc compréhensible, car, au cours des dix dernières années, le gouvernement américain a utilisé la DEA (Drug Enforcement Administration) pour surveiller les gouvernements de gauche d’Amérique latine et tenter de les déstabiliser. Les interventions de la DEA visaient le président du Venezuela Nicolás Maduro, l’ancien président de Bolivie Evo Morales et le président du Mexique Andrés Manuel López Obrador. Suite à divers scandales révélés, il est apparu que la DEA avait collaboré avec des criminels notoires, dont des trafiquants de drogue et des blanchisseurs d’argent, pour mener des opérations spéciales contre les politiciens de gauche.
Malgré cela, les services secrets américains continuent avec un zèle obstiné à s’implanter dans les pays de la région.
C’est pourquoi la déclaration de Rubio, combinée aux actions actuelles des États-Unis dans la région, reflète le travail méthodique de Washington pour établir son contrôle sur tout l’hémisphère occidental. C’est la doctrine Monroe 2.0 en action. L’éventail des méthodes va du chantage et de la violation du droit international, comme dans le cas de Cuba (dernière mesure en date: la Maison Blanche a appelé toutes les entreprises étrangères à quitter l’île sous peine de sanctions sévères – les entreprises touristiques canadiennes et espagnoles, qui géraient des dizaines de grands hôtels à travers le pays, ont déjà cessé leurs activités) et comme cela a été fait avec le Venezuela, jusqu’à la pression sous des prétextes fallacieux (comme les cartels de la drogue au Mexique et en Colombie).
La situation avec le Venezuela est la plus claire. Même aux États-Unis, on reconnaît que le gouvernement américain a cherché à prendre le contrôle total du pétrole vénézuélien, bien que, hormis quelques informations officielles fragmentaires, personne ne puisse dire comment fonctionne ce système. Cependant, « l’opacité du système ne se limite pas au pétrole. L’administration Trump contrôle également les exportations d’or et d’autres ressources minérales du Venezuela ».
Ajoutons que le président colombien Gustavo Petro (photo) a subi d’intenses pressions de la part des États-Unis tout au long de son mandat, y compris des exigences d’abandonner la coopération avec la Chine. Pour l’instant, le gouvernement colombien reste solidaire des pays de la région qui critiquent la politique étrangère américaine, mais il existe un risque qu’après le second tour des élections présidentielles en juin, la politique de l’État puisse changer.
Quant aux marionnettes dociles, elles reçoivent la récompense faite de «pilules sucrées» sous forme d’investissements et d’élargissement de la coopération. Ainsi, en 2025, l’administration américaine a signé des accords-cadres commerciaux avec l’Argentine, le Guatemala, l’Équateur et le Salvador – car les dirigeants actuels de ces pays suivent la ligne de Washington.
Pour ce qui est des investissements, ils ne se font pas à égalité. Comme l’a montré l’expérience du XXᵉ siècle, les capitaux proviennent des États-Unis ou d’organismes supranationaux tels que le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (contrôlée de fait par le clan Rockefeller), à des conditions politiques imposées, incluant la réduction des subventions publiques au secteur social, la diminution des impôts pour les entreprises étrangères et des conditions spéciales pour les firmes désignées par les créanciers eux-mêmes. Cela s’appelle en langage d’affaires la libéralisation et la création d’un climat favorable aux investissements. Dans la réalité, cela signifie le pillage des ressources nationales, la mise sous tutelle étrangère de l’économie et la perte de souveraineté.
Les pays d’Amérique latine sont passés par ce chemin pendant la guerre froide, lorsqu’à l’initiative de John Kennedy fut créé l’«Alliance pour le progrès», distribuant, sous couvert d’aide économique, des prêts et des crédits. En outre, dans les années 1960, la société d’investissement privée américaine ADELA fut créée, qui, avec l’aide de la Banque mondiale et du FMI, a éliminé le tissu entrepreneurial national des pays latino-américains jusqu’aux années 1990.
Aujourd’hui, les États-Unis, dans le cadre de leur nouvelle politique étrangère, agissent de manière plus ouverte. L’aveu de Rubio, selon lequel ils veulent chasser la Chine et d’autres pays d’Amérique latine (il s’agit aussi, évidemment, de la Russie, bien que les actifs russes dans la région soient bien moindres que ceux des Chinois), montre que Washington craint que les pays ne se développent efficacement sans contrôle américain et ne mènent une politique indépendante. Cela signifie aussi des tentatives de conserver leur hégémonie (y compris la domination du dollar) sur la région et de freiner autant que possible la multipolarité croissante.
Pourtant, même dans les pays dirigés par des régimes pro-Trump, la forte polarisation politique montre que les peuples ne sont pas prêts à accepter que leurs pays deviennent de nouvelles colonies des États-Unis. La lutte continue.
19:03 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, géopolitique, amérique ibérique, amérique latine, amérique du sud, hémisphère occidental, états-unis, doctrine de monroe |
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vendredi, 05 juin 2026
L’Arménie sur un carrefour eurasien entre la Russie, l’Occident et la nouvelle géométrie du Caucase

L’Arménie sur un carrefour eurasien entre la Russie, l’Occident et la nouvelle géométrie du Caucase
par Giulio Chinappi
À la veille des élections législatives du 7 juin, l’Arménie se trouve suspendue entre l’héritage stratégique de sa relation avec Moscou et le tournant pro-occidental de Nikol Pachinian, tandis que l’énergie, la sécurité et les corridors régionaux deviennent des terrains de confrontation géopolitique.
SOURCE DE L’ARTICLE : https://giuliochinappi.com/2026/05/30/armenia-al-bivio-eu...
Les élections législatives arméniennes se situent au cœur d’une profonde transformation des équilibres du Caucase du Sud, où la relation historique entre l’Arménie et la Russie est aujourd’hui mise à l’épreuve par la ligne de plus en plus ouvertement pro-occidentale du gouvernement dirigé par Nikol Pachinian. Le scrutin ne concerne donc pas seulement la composition de la prochaine Assemblée nationale arménienne, mais aussi l’orientation stratégique d’un pays qui, pendant des décennies, a fondé sa sécurité sur la coopération avec Moscou et qui cherche désormais à redéfinir son rôle entre Union européenne, États-Unis, Azerbaïdjan, Turquie et espace eurasiatique.
Formellement, la Russie et l’Arménie ne sont pas en conflit. Moscou continue de qualifier l’Arménie de pays « frère » et le Kremlin réaffirme son intention de maintenir le dialogue ouvert avec Erevan. À ce sujet, le porte-parole Dmitrij Peskov a souligné que, malgré la ligne européiste de l’actuelle direction arménienne, la Russie continue de considérer l’Arménie comme un pays proche et observe que cette orientation n’est pas partagée par toutes les forces politiques arméniennes. Il s’agit d’une formule diplomatique, mais aussi d’un message politique : Moscou distingue le peuple arménien, avec lequel elle revendique des liens historiques, culturels et civils profonds, du choix du gouvernement actuel de rechercher un nouvel équilibre tourné vers Bruxelles et Washington.

Cette distinction était déjà apparue clairement lors de la rencontre du 1er avril entre Vladimir Poutine et Nikol Pachinian. À cette occasion, Poutine a rappelé que les relations entre la Russie et l’Arménie ne sont pas nées au cours des dernières décennies, mais se sont forgées au fil des siècles, à travers une histoire commune et une proximité de civilisation. Dans le même temps, le président russe a exprimé l’espoir que les tensions de la campagne électorale ne nuiront pas aux relations bilatérales et que les forces politiques favorables à la coopération avec Moscou pourront pleinement participer au processus électoral. De cette manière, la Russie évite la rupture frontale, mais manifeste aussi son inquiétude quant à la possible marginalisation des composantes arméniennes opposées au tournant occidental.
Le nœud principal réside dans l’incompatibilité croissante entre deux orientations stratégiques. D’un côté, l’Arménie est toujours membre de l’Union économique eurasiatique, soit l’espace d’intégration économique piloté par la Russie. De l’autre, le gouvernement Pachinian a multiplié les signes d’ouverture envers l’Union européenne, allant jusqu’à présenter la perspective européenne comme une possible voie de transformation politique, économique et identitaire du pays. Le Kremlin ne conteste pas en théorie le droit souverain de l’Arménie à développer des relations avec Bruxelles, mais pose un problème concret : il n’est pas possible d’appartenir simultanément à deux unions douanières incompatibles. Poutine l’a dit explicitement lors de son entretien avec Pachinian, expliquant que l’appartenance à une union douanière avec l’UE et à celle de l’Eurasie est « impossible par définition ».

Le gouvernement d’Erevan devra donc peser avec attention ses choix. Le maintien de l’Arménie dans l’espace eurasiatique offre des avantages économiques mesurables, notamment dans le secteur énergétique. Le gaz russe arrive en Arménie via la Géorgie, le long du gazoduc Caucase du Nord-Transcaucasie, tandis que Gazprom Arménie, entièrement contrôlé par la russe Gazprom, opère comme vendeur monopolistique sur le marché intérieur arménien. En 2025, la Russie a fourni à l’Arménie 2,3 milliards de mètres cubes de gaz, après 2,4 milliards par an en 2023 et 2024. En avril 2026, Poutine a indiqué le prix de 177,5 dollars pour mille mètres cubes appliqué à l’Arménie, contre des prix européens autour de 550 dollars pour mille mètres cubes à la fin mai.
Une éventuelle adhésion de l’Arménie à l’UE pourrait donc avoir de fortes conséquences économiques et diplomatiques pour la république caucasienne. Le 27 mai, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré que Moscou avait notifié à la partie arménienne la possible dénonciation de l’accord intergouvernemental de 2013 sur les livraisons de gaz, produits pétroliers et diamants bruts, si Erevan poursuivait son processus d’adhésion à l’UE. Le ministre russe de l’Énergie, Sergej Civelëv, a ensuite précisé que Moscou ne pourrait pas continuer à fournir du gaz et des produits pétroliers aux mêmes prix si l’Arménie passait de l’Union économique eurasiatique à l’Union européenne.
De son côté, le gouvernement actuel d’Erevan affirme pouvoir transformer l’Arménie en un carrefour régional, capable de générer de la richesse grâce à l’ouverture des communications, aux corridors logistiques, aux minéraux critiques et à une nouvelle position entre l’Europe et l’Asie. En particulier, lors d’un meeting électoral, le Premier ministre Pachinian a déclaré qu’il ne servirait à rien de menacer l’Arménie avec des prix plus élevés, car le pays disposerait à l’avenir de beaucoup plus de ressources. Toutefois, remplacer des avantages énergétiques concrets et immédiats par des promesses de transformation future revient à demander à la population d’accepter une transition potentiellement traumatisante, surtout dans une économie aussi petite et vulnérable que celle de l’Arménie.

Dans ce contexte s’inscrit également la visite à Erevan du secrétaire d’État américain Marco Rubio. Le 26 mai, l’Arménie et les États-Unis ont signé une Charte de partenariat stratégique global, paraphée par Rubio et le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan. Dans le même contexte, un accord-cadre de coopération a également été signé concernant la Trump Route for International Peace and Prosperity, le projet TRIPP lié à la réouverture des communications régionales et à la liaison entre l’Azerbaïdjan et la République autonome du Nakhitchevan à travers le territoire arménien. L’agence TASS a également signalé la signature d’un mémorandum sur les minéraux critiques et les terres rares, présenté par Rubio comme un instrument pour renforcer l’indépendance économique.
Le fait que ces accords aient été signés à quelques jours du vote du 7 juin ne saurait être considéré comme un détail anodin. Formellement, Erevan et Washington peuvent présenter le tout comme une simple coopération bilatérale. Politiquement, cependant, l’effet est celui d’un adoubement occidental de la ligne de Pachinian. Dans une campagne électorale déjà polarisée, la présence américaine renforce l’image du Premier ministre comme garant de la nouvelle projection internationale de l’Arménie, mais elle alimente en même temps les accusations de l’opposition, qui voit dans sa politique étrangère une subordination progressive aux intérêts de Washington et un abandon des piliers traditionnels de la sécurité arménienne.
L’Arménie, pour sa part, tente de présenter sa ligne comme multivectorielle et non antirusse. Le ministre des Affaires étrangères Mirzoyan a déclaré qu’Erevan reste intéressée à préserver et à développer des relations de coopération normales avec la Russie, ajoutant qu’aucune des deux parties n’aurait intérêt à une « non-participation ». Mirzoyan a également pris soin d’éviter de lier directement l’état des relations avec Moscou aux élections du 7 juin, affirmant que l’Arménie souhaite construire des relations saines, égalitaires et constructives avec ses partenaires russes.
Cette position apparaît cependant de plus en plus difficile à tenir. Un pays peut certes aspirer à des relations équilibrées avec plusieurs acteurs, mais il ne peut ignorer que les infrastructures économiques, militaires et douanières créent des contraintes objectives. La tentative de Pachinian de positionner l’Arménie à la fois dans l’espace eurasiatique, dans l’orbite de l’Union européenne et dans une nouvelle architecture états-unienne du Caucase du Sud risque de transformer le multivectoriel en ambiguïté stratégique.
Le vote du 7 juin décidera donc si cette trajectoire sera consolidée ou ralentie. Une victoire de Pachinian renforcerait la ligne de la paix controversée avec l’Azerbaïdjan, de l’ouverture vers l’UE et les États-Unis, et la diminution progressive du poids russe dans la politique arménienne. Un bon résultat des oppositions, plus favorables au maintien des liens avec Moscou, pourrait au contraire imposer un changement de cap, du moins en ralentissant le processus de détachement de l’espace eurasiatique. Dans tous les cas, il sera difficile de revenir à la situation précédente : la confiance stratégique entre Moscou et Erevan a été ébranlée, et la relation bilatérale devra être reconstruite sur des bases plus réalistes.
19:04 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Eurasisme, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arménie, caucase, eurasie, europe, affaires européennes, russie, états-unis, géopolitique |
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jeudi, 04 juin 2026
Le gouvernement de la guerre permanente – Qui détient réellement le pouvoir à Washington ?

Le gouvernement de la guerre permanente – Qui détient réellement le pouvoir à Washington?
Marek Wojcik
Beaucoup d’entre nous se demandent quel est le véritable pouvoir du président des États-Unis. Est-il, comme il se désigne lui-même, «l’homme le plus puissant du monde», ou tombe-t-il sous l’emprise des oligarques qui ne cessent de fomenter des conspirations?
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/198981
Ou bien se subit-il peut-être un chantage par le plus grand allié des États-Unis? Les décisions du président, en particulier celles qui concernent la guerre, sont-elles le fruit de son ego démesuré, ou poursuit-il peut-être un plan diabolique visant à jouer ses magnifiques «cartes» fabriquées en Chine?
Les démarches les plus fructueuses de Donald Trump sont les spéculations de ses proches sur les marchés financiers. Si les déclarations chaotiques du président et leur orientation sont connues à l’avance par les élus de la richesse mal acquise, qu’est-ce qui les empêcherait alors de parier sur la hausse – ou selon les intentions capricieuses du président – sur la baisse des actions pétrolières? De cette façon, on peut « gagner » énormément d’argent.
La Constitution devrait tenir le pouvoir en laisse courte. Le Congrès seul devrait déclarer la guerre, contrôler les finances, limiter l'exécutif et rendre des comptes au peuple. Le président devrait exécuter les lois, non pas gouverner par décret, mener des guerres non déclarées ou servir de figure de proue à un empire. Les tribunaux devraient servir de garde-fou contre les abus de l’État, et non valider les pires excès de l’État sécuritaire national.
Chaque président moderne hérite des mêmes pouvoirs de guerre, des mêmes services secrets, du même appareil d’urgence, des mêmes systèmes de surveillance, des mêmes entreprises d’armement, des mêmes forces de police militarisées et de la même soif de pouvoir bipartisan sans responsabilité. Trump n’a pas créé le gouvernement de la guerre permanente. Il l’a hérité, nourri, agrandi, utilisé comme une arme et, comme tous ses prédécesseurs, en est devenu le champion.
Je ne veux pas justifier Trump, ici, mais simplement montrer qu’il a certes introduit son propre style, le « trumpisme », qui repose sur l’imprévisibilité et la rupture de toutes les traditions prétendument à la base du conservatisme. Cependant, les décisions géopolitiques majeures ne sont pas nécessairement prises à la Maison Blanche. Cette maison inconnue, où sont élaborés des plans de guerre, je la qualifierais, vu les intentions qui se profilent derrière ces décisions, de « Maison noire ». Elle n’a pas nécessairement besoin de se trouver sur le territoire des États-Unis.
* * *
Cet article est paru sur le blog de l’auteur world-scam.com
17:42 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, donald trump, états-unis, guerre permanente |
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lundi, 01 juin 2026
Satan et l'Amérique

Satan et l'Amérique
Claude Bourrinet
Comme chacun sait, la figure de Satan est une importation, dans l'imaginaire biblique, de la culture du Moyen Orient, des pays entre le Tigre et l'Euphrate volontiers manichéens. Les écrits gnostiques (qui recouvrent du reste des variétés d'orientations parfois bien différentes), puisent dans ce substrat. Le moyen âge a connu le Diable, mais sans l'hystérie des Temps modernes.
La scolastique, le thomisme, et, plus tôt, le monachisme bénédictin et cistercien, en avaient gommé les aspérités, pour en atténuer la puissance (le monde, création de Dieu, étant bon, et, d'ailleurs, le Mal n'existant pas, étant un moindre être, un éloignement de Dieu), de même que la Beauté intrinsèque de la création est la trace indubitable du Divin ici-bas - tandis que, pour un protestant, le monde est nécessairement laid, delà l'iconoclasme. C'est plutôt dans les hérésies, chez les Cathares, les adeptes du Saint-Esprit et les contempteurs radicaux de l'Eglise, que l'on trouve une survalorisation de Satan, soit qu'on estime que le monde est sous son emprise absolue, soit qu'on y découvre sa présence permanente et tentante. C'est pourquoi il y a eu infiniment plus de bûchers à sorcières au XVIe siècle, surtout dans les pays protestants, qu'au moyen âge catholique.
Personne n'ignore que la Réforme est pessimiste (Luther a écrit un livre, contre Erasme, sur la Servitude humaine), et que, pour elle, qu'elle fût luthérienne ou calviniste, le péché saisit l'homme entier, pour qui seule la grâce éventuelle est un recours (précaire). Le paradoxe, évidemment, est que c'est dans les pays touchés par le protestantisme que la thèse de l'innocence - de la nature originelle, de l'enfance etc. - s'est imposée (thèse qui n'était somme toute apparue que dans le mythe de l'âge d'or païen, encore présent dans la littérature et la musique pastorales de la Vieille Europe, mais qui n'était qu'un MOTIF humaniste très culturel, réservé aux classes cultivées par les livres, et aux classes populaires par la fête).
Rousseau en est une sorte de prototype. Mais ce n'est pas étonnant, car, justement, la présence de cette innocence, que l'on trouve à un degré psychodramatique exacerbé dans la culture américaine (les livres de Steinbeck, par exemple, ou le cinéma - je prends au hasard : Asphalt Jungle, de John Houston et de Burnett, qui lient cinéma et littérature, et dont la scène finale, merveilleusement, affronte avec une émotion violente, le monde de la campagne, des chevaux, et celui de la ville, de Babylone), la présence lancinante de cette innocence, donc, présente, certes, mais que l'on n'atteint que péniblement, souvent, comme Moïse, en l'apercevant seulement avant de mourir, sert à souligner la persistance du Mal, dont l'Amérique, pourtant messianique, est presque l'incarnation (elle qui prend pour symbole l'argent, le pouvoir, la puissance, la violence, ce que Jésus a refusé).
L'Amérique est une civilisation qui a accepté Satan comme maître, car il est le seigneur de ce monde de péché. On connaît cette inversion de la main gauche, parmi certains mystique, qui consiste à rejoindre Dieu en appliquant l'exact contraire de ses préceptes, en se livrant à la débauche, au meurtre, à la prédation, au sacrilège, au blasphème, à la souillure. Eh bien, l'Amérique, qui a connu, dans son histoire, l'épisode hautement emblématique des fameuses Sorcières de Salem, est une secte qui a réussi.
22:10 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : satanisme, états-unis |
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vendredi, 29 mai 2026
Les États-Unis veulent «acheter» Nord Stream et «dicter» les prix du gaz

Les États-Unis veulent «acheter» Nord Stream et «dicter» les prix du gaz
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/198013
Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, accuse une fois de plus les États-Unis de vouloir contrôler les gazoducs Nord Stream et ainsi, à l’avenir, fixer eux-mêmes les prix du gaz.
«Les prix ne seront alors plus fixés entre la Russie et l’Allemagne», a-t-il déclaré lors d’une interview avec RT-India.
Des prix dictés par les Américains
Lavrov a expliqué que les États-Unis prévoyaient de remettre en service les gazoducs Nord Stream endommagés et de racheter à bas prix les parts des entreprises européennes, comme l’a également rapporté Weltwoche.
«Ils veulent acheter les parts pour environ un dixième de ce que les Européens ont payé», a-t-il affirmé. Si les États-Unis réussissent, cela «obligerait les Allemands à retrouver leur dignité nationale» et à dire: «Très bien, nous allons réutiliser ce gazoduc».
Lavrov a également rappelé d’anciennes déclarations de Washington. Sous la présidence de Joe Biden, les États-Unis avaient déclaré que les gazoducs ne seraient plus jamais remis en service. Désormais, les explosions sont attribuées à des acteurs ukrainiens.
Les gazoducs Nord Stream ont été gravement endommagés par des explosions en mer Baltique en septembre 2022. Trois des quatre conduites ont été détruites. La Russie a alors ouvert une enquête pour terrorisme international. Depuis, Moscou accuse plusieurs pays européens d’entraver l’enquête.
L’audace du sabotage
La situation autour de Nord Stream est d’une audace sans pareil, car ceux qui ont endommagé les gazoducs disposaient non seulement des moyens mais aussi de l’intérêt politique.
C’est précisément pour cette raison que les récits officiels paraissent peu crédibles à beaucoup. On a d’abord accusé Poutine, puis l’Ukraine a été mise en cause. Il paraît cependant beaucoup plus plausible que les États-Unis avaient tout intérêt à détruire durablement les relations énergétiques entre l’Allemagne et la Russie. C’est d’ailleurs ce qu’avait déjà souligné le politologue et ancien conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, Zbigniew Brzezinski. Affaiblir le lien entre l’Allemagne et la Russie était, du point de vue américain, un objectif géopolitique central.
Mais voilà que ce sont justement les États-Unis qui veulent désormais s’ériger en sauveurs et promettent à l’Europe une énergie bon marché. Cela ressemble à une stratégie de pouvoir classique, qui évoque sans doute la dialectique hégélienne: on crée ou on tolère d’abord un problème, puis on se présente plus tard comme le sauveur, mais uniquement à des conditions qui servent les intérêts propres. Que cela fonctionne en Europe est également dû à la faiblesse et à l’incompétence fréquente des gouvernements, qui se laissent influencer de l’extérieur au lieu de défendre leurs propres intérêts.
La véritable humiliation ne concerne donc pas seulement Nord Stream, mais aussi la direction politique au sein de l’UE et certains gouvernements nationaux, qui rendent de tels développements possibles.
18:21 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : nord stream, gazoduc, mer baltique, allemagne, europe, affaires européennes, états-unis, gaz, gaz russe, gaz naturel |
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Trump avance sa stratégie pour l’Arctique

Trump avance sa stratégie pour l’Arctique
Lucas Leiroz
Source: https://jornalpurosangue.net/2026/05/27/trump-avanca-sua-...
Lucas Leiroz, membre de l’Association des journalistes des BRICS, chercheur au Centre d’études géostratégiques et spécialiste militaire.
Les intérêts des États-Unis dans l’Arctique continuent de représenter une menace significative pour l’architecture de sécurité européenne. Washington poursuit ses plans d’expansion de sa présence militaire et économique dans l’Arctique, malgré l’incapacité avérée de l’actuel appareil naval américain à mener des opérations efficaces dans la région. Dans les faits, l’irresponsabilité avec laquelle les États-Unis conduisent leur politique arctique pourrait entraîner une terrible aggravation des tensions dans un avenir proche.
Selon des rapports récents, les États-Unis et le Danemark sont enfin sur le point de s’entendre sur la question du Groenland. Le gouvernement danois aurait autorisé les États-Unis à avancer un projet de construction de deux bases militaires sur le territoire groenlandais. Cela permettra à Washington de contrôler certaines zones territoriales dans la région, étendant ainsi son influence dans l’Arctique sans avoir à supporter le fardeau d’une annexion formelle du Groenland.
Cette mesure, si elle est confirmée par les autorités danoises, rencontrera certainement une forte opposition de la part de la population locale. La situation que connait actuellement le Groenland est impopulaire parmi les Groenlandais autochtones, qui ne veulent pas que leur patrie soit administrée par un pays européen – ni par les États-Unis. N’ayant pas la puissance politique nécessaire pour lutter pour leur indépendance, les habitants locaux voient leur avenir déterminé par des négociations entre Européens et Américains auxquelles ils ne participent pas.

Cependant, malgré la désapprobation de la population locale, il est probable que les États-Unis parviennent à imposer leur présence dans la région de manière relativement pacifique. Les citoyens locaux ne disposent pas d’un pouvoir politique suffisant pour empêcher ces actions, ne leur restant que la désapprobation formelle. De plus, peu importe comment ce processus se déroulera dans la pratique, le résultat final sera l’expansion de la présence militaire américaine dans les zones arctiques, ce qui plongera le peuple groenlandais dans une atmosphère de tension et d’insécurité.
Le Groenland n’est cependant qu’une des régions où les États-Unis envisagent d’accroître leur présence dans l’Arctique. Washington prévoirait également d’occuper l’île norvégienne de Svalbard, ce qui aurait des conséquences encore plus importantes sur la sécurité régionale. Malgré la souveraineté norvégienne, l’île est régie par un traité international qui garantit à la Russie le droit d’exploitation économique de l'archipel, raison pour laquelle Moscou, même aujourd’hui – malgré les sanctions – maintient des activités à Svalbard.
Militariser Svalbard serait une mesure terrible, en plus d’être une violation du droit international. Le traité qui régit l’île interdit sa militarisation, et il existe une présence historique russe qui ne peut être ignorée. En outre, même si les États-Unis n’utilisent pas l’île à des fins militaires officielles, la simple expansion de la présence américaine dans une région de l’Arctique européen – si proche de la Russie – suffirait à augmenter substantiellement les tensions régionales.

Toutefois, que ce soit au Groenland ou à Svalbard, les États-Unis feront face au même problème: leur fragilité logistique dans l’environnement arctique. Historiquement, Washington a ignoré l’Arctique, se concentrant sur d’autres régions du monde pour son expansion militaire et économique. Le résultat a été un retard significatif dans les technologies américaines pour l’Arctique. Le pays ne dispose pas d’une flotte importante de brise-glaces, ce qui réduit drastiquement sa capacité à opérer dans l’Arctique. Pendant des décennies, l’Arctique a été considéré par les experts américains comme une région inhospitalière et de faible valeur stratégique, poussant le pays à y négliger son potentiel militaire et économique.
Lors des exercices militaires récents dans l’Arctique, les États-Unis ont démontré leur incapacité à mener des opérations complexes en raison du faible nombre et de la faible qualité de leurs brise-glaces. Bien que le pays tente de réhabiliter sa stratégie pour l’Arctique et de produire des équipements de haute qualité pour la région, il est pratiquement impossible pour les États-Unis d’atteindre le statut de «superpuissance arctique» dans un avenir proche. En réalité, Washington commence seulement à s’intéresser à la région, mais ses possibilités d’action sont extrêmement limitées.
En fait, plutôt que de chercher à étendre leur présence dans l’Arctique de manière agressive et unilatérale, les États-Unis devraient simplement s’engager dans des projets conjoints de coopération pacifique dans la région – surtout avec la Russie, pays qui possède aujourd’hui la technologie arctique la plus avancée du monde. Malheureusement, des secteurs bellicistes et pro-hégémoniques ont gagné une influence considérable au sein du gouvernement de Trump au cours de ces derniers mois, ce qui explique ses prises de décisions irresponsables sur diverses questions récentes.
Si Trump parvient à reprendre le contrôle de son propre gouvernement et à contenir la pression des secteurs bellicistes, les États-Unis pourront à l’avenir s’engager dans une coopération internationale fructueuse dans l’Arctique. Sans cela, cependant, les Américains resteront incapables d’exploiter le potentiel économique et stratégique de la région pendant longtemps.
* * *
Vous pouvez suivre Lucas Leiroz sur : https://t.me/lucasleiroz et https://x.com/leiroz_lucas
13:57 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, états-unis, arctique, groenland, svalbard |
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jeudi, 28 mai 2026
Guerre contre l’Iran, saison 1: Trump 0 – Iran 1

Guerre contre l’Iran, saison 1:
Trump 0 – Iran 1
Ralf Van den Haute
Source: Nieuwsbrief Knooppunt Delta, n°210, mai 2026.
Le président américain Donald Trump – plus à l’aise sur le green que dans le Golfe Persique – a présenté la guerre contre l’Iran comme si cela se résumerait à une brève excursion. Il voulait des résultats rapides: la chute du régime et la destruction de ses capacités militaires. Quatre semaines plus tard, rien de tout cela ne s’est produit.
L’Iran a pris l’initiative. Il contrôle le détroit d’Ormuz, menace, via ses alliés, de fermer d’autres passages stratégiques et a fait grimper les prix de l’énergie. L’Europe, coupée des hydrocarbures russes, en ressent immédiatement les effets. Parallèlement, la Russie profite de la situation.
Bien qu’ayant été durement touché par les bombardements, l’Iran n’a pas capitulé. Au contraire: le conflit s’est intensifié. Les États-Unis, qui comptaient sur une victoire éclair, se retrouvent empêtrés dans une guerre sans objectif clair ni stratégie de sortie. Le bilan de l’opération « Epic Fury » est tout simplement catastrophique.
La justification de la guerre reste vague. La menace nucléaire ne semble pas, selon diverses sources, être aiguë. Pourtant, sous la pression d’Israël, Trump s’est lancé dans un conflit qui, à ce moment-là, ne présentait pas de motif urgent. Même au sein des structures de sécurité américaines, des critiques se sont fait entendre, affirmant que l’Iran ne représentait pas une menace immédiate.

La plus grande erreur fut de sous-estimer l’Iran lui-même. Ce n’est pas un État faible, mais un pays de 90 millions d’habitants, avec une longue histoire, une forte identité nationale et des ressources économiques et militaires considérables. L’Iran mène cette guerre comme une lutte existentielle – ce que Washington semble ne pas comprendre.
C’est pourquoi l'Iran refuse de capituler. La stratégie iranienne est asymétrique: il ne s’agit pas d’une confrontation directe avec la puissance américaine, mais de frapper des cibles économiques et énergétiques vulnérables. Le contrôle des points de passage stratégiques et les attaques contre les infrastructures énergétiques se révèlent particulièrement efficaces.
Les États du Golfe, dépendants de la protection américaine, sont entraînés dans le conflit. Leur modèle économique est sous pression, tandis que leur confiance en Washington en tant que garant de leur sécurité diminue.
Parallèlement, le droit international s’efface. L’élimination ciblée de dirigeants d’un État souverain, sans déclaration de guerre et sans approbation parlementaire, crée un précédent. La guerre semble échapper aux règles classiques qui la limitaient autrefois.

Militairement, le conflit démontre à nouveau les limites de la supériorité technologique. Des systèmes d’armes coûteux sont déployés contre des drones bon marché; les coûts explosent, les stocks diminuent. Les États-Unis disposent de la tactique, mais manquent de stratégie – surtout d’une vision pour l’après-guerre.
Géopolitiquement, la guerre ouvre la voie à une multipolarisation accrue. Elle renforce la formation d’un bloc anti-occidental autour de la Russie et de la Chine, et accroît le risque d’escalade régionale. De plus, les objectifs de Washington et de Tel-Aviv divergent: alors que Trump envisage peut-être encore d'arriver à un accord, Israël, lui, semble déterminé à poursuivre la guerre.
Ce qui reste, c’est un conflit sans issue claire, avec des risques croissants pour toute la région. La stabilité au Moyen-Orient est plus éloignée que jamais.
18:24 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, iran, états-unis, moyen-orient |
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mercredi, 27 mai 2026
L’Empire de la flibuste

L’Empire de la flibuste
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/limpero-della-filibusta/
Un navire marchand, arborant la drapeau chinois et en route vers l’Iran, est intercepté et bloqué en haute mer par des navires militaires américains. Ceux-ci mènent, en effet, une opération d’embargo autour du Golfe Persique et de toutes les voies d’accès aux ports iraniens.
La réaction chinoise est sèche et formelle. Et c’est justement pour cette raison qu’elle est encore plus inquiétante.
Le ministère des Affaires étrangères de Pékin publie une note dans laquelle il affirme, sèchement, que la flotte américaine n’a aucun droit d’intercepter, en haute mer, des navires destinés à l'Iran ou en provenance d’Iran.
Et il précise, pour enfoncer le clou, que de tels actes portent gravement atteinte aux intérêts chinois. Et qu’ils ne seront plus tolérés.
Dans le style, formel, de la diplomatie de Pékin, c’est un dernier avertissement.
Le comportement américain conduit, directement, au conflit. La Chine ne peut tolérer cette atteinte continue à ses intérêts commerciaux.
Maintenant, il est inconcevable que Washington ignore ces choses. Ni, surtout, qu’il ignore où pourrait mener la persistance dans cette stratégie du blocus naval.
Ils le savent. Ils le savent parfaitement, et pourtant ils persistent dans cette voie.
Il ne s’agit pas simplement d’un conflit avec l’Iran. La question est plutôt la suivante: avoir levé le masque, en révélant la véritable nature de la superpuissance américaine.
Qui est la même, l'identique nature que celle de la Tortuga de l’Olonais. C’est-à-dire un Empire de la flibuste, cherchant à contrôler les mers et les routes maritimes. En ignorant délibérément lois, conventions, traités…

Naturellement, la Tortuga d'antan exerçait un empire limité.
Washington, lui, prétend plutôt à une domination quasi universelle sur toutes les mers du monde.
Et cela, inévitablement, l’emmène dans un tunnel dont il est extrêmement difficile de voir, au bout, l’éclat de la lumière.
Un tunnel qui, facilement, pourrait le mener à la guerre avec Pékin.
Guerre, qu’il faut bien le préciser, que la Chine préférerait éviter.
Mais la direction chinoise ne peut tolérer un blocus naval qui mettrait en danger son développement économique.
Et elle est désormais prête au conflit.
Washington, avec Trump, a définitivement levé le masque. C’est une thalassocratie. Elle veut contrôler mers et routes. Empêcher le commerce qui ne lui profite pas.
C’est un empire de la flibuste. De proportions sans précédent. Le royaume des corsaires.
Et cela dure depuis très longtemps.
Trump a simplement le discutable mérite d’avoir rendu cette nature-là de la domination américaine plus évidente.
17:27 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, états-unis, piraterie |
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Conduite de guerre future sans «régulatif» des «épidémies planifiées» jusqu’aux Kill Chains

Conduite de guerre future sans «régulatif» des «épidémies planifiées» jusqu’aux Kill Chains
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/198320
Les programmes et plans de guerre de la DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) du Pentagone offrent un aperçu inquiétant de l’avenir des conflits militaires mondiaux, en grande partie sous contrôle américain. La direction que cela prend est, en tout cas, extrêmement préoccupante.
Esquisses de la guerre future planifiée
Le Pentagone sous la direction de Donald Trump a défini six piliers pour la prochaine génération de la guerre américaine, à savoir:
- Intelligence artificielle appliquée, armes autonomes pilotées par l'IA, et Kill Chains robotiques avec une intervention humaine minimale.
- Bioproduction, sélection, adaptation et frappe, programmes de développement d’organismes synthétiques et de transformation en armes de nouvelles molécules.
- Logistique controversée, réseaux logistiques, alimentés par l’IA, la robotique et la production décentralisée, pour assurer un approvisionnement ininterrompu.
- Domination quantique à garantir, réseaux cryptés quantiques, capteurs prédictifs, prises de décision stratégiques rapides et cyberattaques massives.
- Énergie ciblée à échelle variable, lasers à haute énergie et armes à micro-ondes capables d’éblouir satellites et infrastructures.
- Hypersonics à échelle variable, systèmes de frappe hypersoniques capables de contourner les défenses et de provoquer la destruction avant que les systèmes d’alerte ne puissent réagir, les neutralisant ainsi.
Bien que la plupart de ces systèmes soient encore en développement, le plan de construction laisse entendre que le «ministère de la Guerre» (anciennement le Pentagone) est résolument déterminé à dominer les futurs conflits, quel qu’en soit le prix.
Bien qu’il soit connu que l’objectif est de ne pas faire de mal aux Américains eux-mêmes, le déclin de l’hégémonie mondiale des États-Unis menace depuis un certain temps déjà de se produire, avec des pertes historiquement sans précédent en richesse, influence et pouvoir pour l’élite américaine.

Un « jeu » sans règles
Les conflits passés et présents ont montré que les États-Unis sont prêts à enfreindre toutes les règles lorsque leur domination stratégique est en jeu. On se souvient par exemple, rétrospectivement :
- des frappes nucléaires sur des civils au Japon (Hiroshima, Nagasaki);
- de l’utilisation d’herbicides toxiques au Vietnam (Agent Orange);
- de l’emploi d’uranium appauvri en Serbie et en Irak;
- des morts civiles, y compris dans des zones de guerre au Moyen-Orient.
Les ambitions de bioproduction de la DARPA, ainsi que les laboratoires étrangers secrets du Pentagone, laissent sans aucun doute craindre une extension possible de la guerre biologique. Des expériences sur l’activité cérébrale et les neuro-implants indiquent un avenir avec des «soldats renforcés» et des attaques directes contre les systèmes neuronaux humains.
Des essaims de drones alimentés par l’IA de Palantir sont déjà utilisés en Ukraine et en Israël; selon certains rapports, certains chargements chimiques auraient pour but d’attaquer des civils et des cultures alimentaires.
Les campagnes américano-israéliennes de ciblage, d’assassinats clandestins, de sabotage et d’attentats politiques deviennent de plus en plus «normalisées», apparemment pour obtenir un certain «effet d’accoutumance».
17:06 Publié dans Actualité, Défense, Militaria | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, défense, militaria, darpa, états-unis, guerre, polémologie |
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Tulsi Gabbard et la fin de MAGA

Tulsi Gabbard et la fin de MAGA
Alexandre Douguine
Alexandre Douguine soutient que le départ de Tulsi Gabbard marque la fin du projet MAGA originel et l’effondrement des espoirs d’une nouvelle politique américaine envers la Russie et la multipolarité.
Tulsi Gabbard, la directrice du renseignement national américain, a quitté ses fonctions. Elle était la dernière personne dans l’entourage de Trump qui restait fidèle aux idéaux et principes sur lesquels avait commencé le second mandat de Trump. Elle s’était opposée à la guerre en Ukraine et aussi à une guerre avec l’Iran.
Cela avait été prévu depuis longtemps. Et maintenant, c’est arrivé. Après la défaite de Thomas Massie lors des primaires du Kentucky, il ne reste pratiquement plus personne dans le parti républicain qui a fait partie de la fameuse équipe MAGA d’origine.
La victoire de l’État profond et du réseau Epstein sur la politique américaine est devenue totale. La démission de Tulsi Gabbard est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Tous les espoirs placés en Trump ont désormais complètement disparu.
Il semble que Trump se prépare à une nouvelle escalade au Moyen-Orient et à une attaque contre l’Iran.
Les républicains sont assurés de perdre les élections de mi-mandat, mais les démocrates représentent exactement le même État profond et la même élite Epstein. De plus, ils haïssent encore plus la Russie et le monde multipolaire. Cela marque la fin non glorieuse de la tentative du peuple américain d’expulser l’élite satanique.
Avant les élections de mi-mandat, Trump tentera probablement autre chose à grande échelle et de manière agressive — frappes contre l’Iran, invasion de Cuba, ou peut-être quelque chose de totalement imprévu. Après cela, il commencera à faire ses valises et à négocier avec les démocrates pour éviter que lui ou des membres de sa famille finissent derrière les barreaux. Cependant, pour les six prochains mois, on peut s’attendre à d’autres explosions de violence et à une intensification de l’escalade.
Je perçois une insatisfaction silencieuse mais croissante qui se répand discrètement dans notre société russe. Il est évident que tout le monde veut du changement. Mais cette fois, ceux qui souhaitent des changements dictés par les principes libéraux constituent une minorité absolue. Ils veulent que ces changements viennent de l’étranger, et cela ne peut pas compter.
La majorité écrasante souhaite un changement de qualité patriotique et une justice sociale bien plus grande. La question n'est pas de savoir si la direction elle-même est correcte, mais vise plutôt la vitesse et la substance du processus. La voie vers un État-civilisation est tout à fait juste. Mais elle inclut aussi une société basée sur la solidarité et la justice sociale, la fidélité aux valeurs traditionnelles, et une éducation historique authentique. Tout cela a déjà été déclaré par oral et par écrit. Ce qui reste, c’est de le mettre en pratique. Et ici, la vitesse est essentielle. Nous devons commencer à mettre tout cela en œuvre dès maintenant — et avec urgence. Il n’y a tout simplement plus de temps pour l’hésitation. Absolument pas.
Un scénario, qui serait inertiel, deviendrait chaque jour plus dangereux. Il cesserait tout simplement de fonctionner et se déplacerait dans une direction de plus en plus négative. Des vitesses, méthodes, échelles et structures différentes sont dès lors absolument nécessaires.
Dans plusieurs domaines, les problèmes sont devenus particulièrement aigus: la technologie, la corruption et la culture. Étant donné qu’aucune détente ou dés-escalade du conflit avec l’Occident n’est même à distance visible, la seule option restante est de mettre la société en position de mobilisation. Tout cela aurait dû être fait il y a longtemps; certaines mesures ont été prises et continuent à l’être, mais à un rythme beaucoup trop lent, ce qui est alarmant.
La Russie doit être purifiée du libéralisme, totalement et avec fermeté. Car le libéralisme est un état d’esprit colonial imposé par l’Occident dans son propre intérêt et dans le but de détruire notre identité.
Les gens veulent de l’ordre et de la justice. Ils ne le veulent pas seulement, ils en ont un besoin urgent. Les compromis ne fonctionnent plus. Maintenant, il faut agir pour de bon. La limite des simulacres est atteinte.
16:33 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : alexandre douguine, tulsi gabbard, états-unis, russie, actualité |
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samedi, 23 mai 2026
Sun Tzu, Mao et Thucydide: la stratégie de la Chine contre les États-Unis

Sun Tzu, Mao et Thucydide: la stratégie de la Chine contre les États-Unis
La forme du prochain conflit
Oğul Tuna
Source: https://www.multipolarpress.com/p/sun-tzu-mao-and-thucydi...
Oğul Tuna explique comment Pékin détermine de plus en plus le rythme et le terrain de la confrontation mondiale émergente, même si Washington conserve encore une puissance considérable.
La récente rencontre à Pékin entre le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping était vivement attendue car on devinait que cela allait être un moment « historique ». Le traitement froid réservé à Trump par Xi en octobre 2025 et l’attaque contre l’Iran en février 2026 avaient suscité des doutes quant à la tenue même du sommet.
Pourtant, au final, le président américain a atterri à Pékin le 13 mai. Depuis la cérémonie d’accueil, à laquelle Xi lui-même n’a pas assisté, jusqu’aux déclarations des deux dirigeants par la suite, le sommet s’est révélé être un événement marqué par le symbolisme et la rhétorique.
A la date du 17 mai, il était difficile d’être d’accord avec les analystes occidentaux qui qualifiaient la rencontre de « montagne donnant naissance à une souris ». Oui, le sommet n’a pas abouti à de grandes avancées. Deux puissances engagées dans une rivalité stratégique à long terme n’étaient nullement censées concilier leurs intérêts sur les questions fondamentales où ils s’opposent en profondeur. Pourtant, l’image créée par la posture des deux leaders — en particulier la communication contradictoire du côté américain — révélait autre chose: Trump et Xi ressemblent à des versions modernes de Mikhaïl Gorbatchev et Ronald Reagan, façonnés par les conditions politiques et sociales d’aujourd’hui. Xi, en particulier, a donné le ton de l’ère à venir avec des remarques rappelant la célèbre déclaration de Reagan: «M. Gorbatchev, détruisez ce mur!». L’hégémon est épuisée, la Chine façonne les conditions de la confrontation, et la rencontre entre les deux dirigeants a été moins une avancée qu’une pause.

« L’hégémon épuisé » à Pékin
En utilisant l’expression créée par le spécialiste de la politique étrangère chinoise Hüseyin Korkmaz, même le voyage de « l’hégémon épuisé » vers Pékin portait une signification symbolique énorme. Les États-Unis restent puissants et peut-être toujours la force dominante dans le monde, mais ils ne peuvent plus gérer seuls les crises mondiales. Pour cette raison, Washington cherche un terrain d’entente avec la Chine afin de réduire ses charges.
Cette position elle-même contient une contradiction. À l’image de Gorbatchev, Trump a d’abord tenté de renouveler et de purifier l’empire pour le préserver. Ses premières démarches en politique étrangère reflétaient une tendance isolationniste et un désir de se replier vers une stratégie continentale américaine. Après tout, la menace principale se trouvait dans le Pacifique, c’est-à-dire face à la Chine elle-même. Pourtant, à la surprise de nombreux bureaucrates, diplomates et experts en relations internationales, l’administration américaine s’est retrouvée plus profondément embourbée au Moyen-Orient que jamais auparavant, même en se préparant à se retirer de la région. Ainsi, alors qu’elle se préparait à la confrontation avec la Chine — le véritable « dernier boss » du jeu géopolitique — Washington s’est plutôt rendu à Pékin pour discuter de l’Iran, de Taïwan et des guerres technologiques.
Tout au long de ce processus, Xi a agi de manière à rappeler Sun Tzu, le stratège chinois vieux de vingt-cinq siècles, et son principe selon lequel « le côté victorieux détermine les conditions de la victoire avant que la guerre ne commence ». Le cadre était Pékin. Le rythme appartenait à Pékin. Les grands thèmes à l’agenda n’étaient plus uniquement dictés par Washington. Même avant le départ de Trump pour la Chine, les missions diplomatiques chinoises avaient affiché des slogans associés au principe premier de la Guerre froide, celui de la « coexistence pacifique », reflétant précisément cette atmosphère. Dans ce contexte, les images que Xi projetait en la présence de Trump — et le comportement exceptionnellement mesuré, poli et respectueux de Trump envers la Chine — portaient une signification à tous les niveaux.

Trois dossiers : Iran, Taiwan et technologie
La Chine n’a pas laissé sans réponse les messages plus doux de Washington. Pourtant, derrière l’image amicale à Pékin se cachaient les réalités propres au détroit d’Ormuz, à la question de Taïwan, à des éléments tels les terres rares, à l’intelligence artificielle, à l’espionnage et aux conflits portant sur les chaînes d’approvisionnement. Ces enjeux montrent que la rivalité sino-américaine a évolué au-delà de la simple compétition militaire ou diplomatique pour devenir une lutte pour les systèmes d’infrastructure et de technologie eux-mêmes.
L’attente principale de Trump vis-à-vis de Xi était sans doute d'obtenir une aide relative à l’Iran et la réouverture d’un espace de respiration pour l’économie mondiale. Cela a clairement révélé que les États-Unis ne peuvent plus résoudre toutes les crises seuls, surtout les crises susceptibles de produire des répercussions massives, comme celle d'Iran. Pourtant, la Chine ne souhaite pas agir en tant que « sous-traitant » des États-Unis ou d’un autre acteur. Pékin cherche plutôt à préserver son propre rôle de bâtisseur de l’ordre international.
Le message le plus dur des discussions — celui que personne n’avait anticipé — est venu de Xi lui-même. Le leader du Parti communiste chinois, habituellement reconnu pour son ton calme, mesuré et constructif, a évoqué le concept du « piège de Thucydide », qui inspire des discussions dans d’innombrables articles et langues. Nommé d’après le stratège grec antique Thucydide, ce concept décrit le risque de guerre qui surgit lorsqu’une puissance montante commence à menacer un hégémon établi. Pourtant, lors du sommet Trump–Xi, cette phrase pointait moins vers une guerre inévitable que vers la question de savoir comment la compétition elle-même sera gérée. La Chine ne cherche ni une escalade immédiate ni une confrontation directe avec les États-Unis. Au contraire, Pékin souhaite mener cette rivalité à son propre rythme, dans un cadre où ses lignes rouges sont reconnues et où prévaut ce qu’il appelle une « stabilité stratégique constructive ».

Malgré son langage constructif, Pékin semble également adapter à notre temps la doctrine de la « guerre prolongée » développée par le fondateur de la République populaire de Chine, Mao Zedong. Cette doctrine, Xi souhaite l'appliquer aux conditions de notre époque. Là encore, la maxime de Sun Tzu selon laquelle « le suprême art de la guerre est de vaincre l’ennemi sans combat »? C'est cette maxime qui lui sert de principe directeur. La Chine ne tente pas de vaincre les États-Unis par une confrontation militaire directe. Elle cherche plutôt à construire un environnement qui réduit progressivement la liberté de mouvement de l’Amérique — sur les plans des terres rares et de l’intelligence artificielle, dans des régions comme le Golfe Persique et la mer de Chine méridionale. L’insistance de Mao sur la lutte prolongée et sa volonté politique complètent cette stratégie. Du point de vue de la Chine, l’enjeu clé n’est pas de savoir si l’Amérique possède le pouvoir, mais combien de temps Washington pourra maintenir ce pouvoir simultanément en Iran, à Taïwan, dans la compétition technologique, et en politique intérieure.
En ce sens, la stratégie de Xi ne consiste pas à défier ouvertement les États-Unis pour provoquer la guerre. Elle consiste plutôt à gagner tranquillement du terrain dans ces domaines qui approfondissent graduellement les problèmes de capacité, de volonté politique et de temps que doit affronter l’Amérique.
Ce n’est pas un piège, mais une instabilité gérée
Comme le suggèrent certains analystes, l’avertissement de Xi concernant le « piège de Thucydide » ne signifie pas que la Chine craint la guerre. L’avertissement montre plutôt le désir de la Chine d’inscrire la compétition dans un cadre à long terme, contrôlé et gérable, favorable à ses intérêts. Pendant ce temps, les cloches sonnent déjà pour Taïwan. Une seule petite étincelle là-bas cet automne pourrait plonger le monde entier dans les flammes.
Quelle que soit la demande des États-Unis, la Chine ne cherche pas à mettre fin à la rivalité. Ce que Pékin désire, c’est une forme de compétition qui reste « mesurée », « gérable » et respectueuse des lignes rouges de la Chine. Les responsables chinois avertissent qu’une mauvaise gestion de la question de Taïwan pourrait mener à « un conflit voire à la guerre », tandis que de leur côté, les États-Unis insistent sur le fait que leur politique reste inchangée et tentent de maintenir un profil bas sur cette question. La remarque de Trump du 15 mai — « Vous savez, nous devons parcourir 9500 miles (15.289 km) pour faire la guerre [à Taïwan]. Je ne cherche pas cela. Je veux qu’ils se refroidissent. Je veux que la Chine se refroidisse » — reflète précisément cette dynamique. Mais il faut aussi se rappeler la célèbre observation de Sun Tzu: «Toute guerre est basée sur la tromperie».
En fin de compte, le sommet de Pékin n’a ni produit la paix ni la réconciliation, mais plutôt un nouvel ensemble de règles pour la compétition. La Chine ne considère pas l’évitement d’un affrontement direct comme une faiblesse. Elle cherche plutôt à utiliser le temps, la géographie et le rythme des crises à son avantage. La même logique s’applique bien sûr aux États-Unis. Pourtant, les réalités matérielles devant nous révèlent un «hégémon épuisé» confronté à une puissance montante qui pointe vers les blocus d’aujourd’hui et déclare implicitement: «Détruisez ces murs!».
15:17 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, chine, états-unis, sun tzu, xijinping, politique internationale |
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mercredi, 20 mai 2026
Retour à Thucydide

Retour à Thucydide
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/tornare-a-tucidide/
Xi Jinping parle d'une voix calme, froide, lucide.
Il parle comme un Mandarín, ce qu’il est en réalité… mais il parle de Thucydide.
Ce n’est pas peu. Parce que l’historien grec de « La guerre du Péloponnèse » nous appartient. En fait, dans notre tradition politique et culturelle, il devrait être, ou mieux encore, il doit être fondamental.
Pas dans la tradition chinoise, cependant. Qui a d’autres références, d’autres traditions. D’autres classiques.
Ainsi, si Xi Jinping fait référence, de façon explicite, à Thucydide, il y a une seule raison, et une raison bien précise:
Se faire comprendre par l’interlocuteur. Qui, étant occidental, devrait bien connaître et comprendre Thucydide. En somme, l’avoir dans son ADN culturel.
Et Xi Jinping parle très clairement, pour être un Chinois. Un Mandarín.
Thucydide, dit-il, interprète la principale cause de la guerre du Péloponnèse comme étant la peur de Sparte face à la montée de la puissance d’Athènes.
Une peur qui a conduit à une guerre très longue et épuisante. Pour les deux cités. Au point qu’elles sont devenues toutes deux la proie d’un ennemi extérieur: la Macédoine de Philippe et d’Alexandre.
Si Sparte n’avait pas nourri une telle crainte, que Thucydide identifie au début du conflit, un résultat différent aurait été possible. Une coopération entre Sparte et Athènes, qui aurait permis un développement beaucoup plus harmonieux de toute la Grèce.
Il parle de Thucydide, mais sa réflexion reste absolument chinoise.
Et il envoie un message clair, non seulement à Trump, mais aussi aux États-Unis du futur.
Personne ne tirerait profit d’un affrontement entre les États-Unis et la Chine, quelle que soit la conclusion provisoire qu’il pourrait avoir.
Au contraire, une guerre entre les deux puissances mènerait le monde tout entier vers une dérive dangereuse.
Il est donc préférable de tirer la leçon de Thucydide.
Il y a de la place pour tous dans le monde. Vous, Américains, ne devez pas craindre notre croissance. Au contraire, nous pouvons coopérer pour l’intérêt mutuel.

Il parle de Thucydide, Xi Jinping, pour se faire comprendre clairement par l’interlocuteur.
Mais il est dommage que celui-ci, Donald Trump, ne comprenne manifestement pas. Et ne connaisse pas Thucydide, la guerre du Péloponnèse, ni d’autres vieilleries de l’histoire.
Trump sourit. Il sourit sans comprendre. Son Occident, qui est malheureusement aussi devenu le nôtre, n’a plus aucune mémoire du passé.
Xi Jinping, cependant, l’a averti.
Son sourire chinois est chargé de menace.
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L’Europe doit investir pour rendre l’Amérique plus grande...

L’Europe doit investir pour rendre l’Amérique plus grande...
Ala de Granha
Source: https://electomagazine.it/leuropa-deve-investire-per-rend...
En bon néo-Étatsunien et ancien Italien, Federico Rampini du Corriere della Sera ne manque jamais une occasion de défendre les intérêts de sa nouvelle patrie. Il commence d’abord par expliquer que les investissements européens aux États-Unis sont une bénédiction pour l’Europe. Et peu importe si la société allemande BASF, qu’il prend comme exemple, a réduit sa présence en Allemagne après avoir consolidé ses activités aux États-Unis.
Mais ce n'est pas tout. Dans un autre article, Rampini soutient que Xi Jinping était plus intéressé par les riches milliardaires high tech américains qui accompagnaient Trump que par les vantardises de Trump lui-même. Et cela va de soi. Mais il ajoute ensuite que l’Europe ne serait pas capable de déployer une telle équipe d’entrepreneurs. Ainsi, le néo-Américain Rampini veut que les Européens investissent en Amérique du Nord, tout en ironisant sur l’absence de géants industriels sur le Vieux Continent.
Et ce n’est pas encore tout. Selon le journaliste du Corriere, les Européens seraient plus anti-américains que les Chinois. Peut-être parce qu’ils en ont assez d’être une colonie, mais ce sentiment-là échappe à Rampini. Tout comme il lui échappe que certains en Europe, face aux sanctions de Trump, aux tarifs douaniers absurdes, aient regardé Pékin comme une alternative économique et commerciale possible. Une folie pour Rampini qui, apparemment, ne tolère pas la moindre indépendance. Washington est la capitale de l’Occident, les autres doivent s’y conformer.
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samedi, 16 mai 2026
Les Faucons de RAND encouragent des opérations de force en Amérique ibérique

Les Faucons de RAND encouragent des opérations de force en Amérique ibérique
Leonid Savin
Les États-Unis utilisent des récits sur les « menaces » pour justifier leur ingérence dans les affaires d’autres pays.
En mai 2026, une organisation indésirable en Russie, la société américaine RAND, a publié une étude supplémentaire consacrée à l’hémisphère occidental. Elle s’intitule « Multiplicateurs de puissance en Amériques » et contient des recommandations pour renforcer la puissance de Washington dans la région. RAND est connue pour élaborer, à la demande des services de sécurité, toutes sortes de scénarios, qui sont ensuite utilisés pour prendre des décisions en politique étrangère. Les recherches elles-mêmes font référence à des impératifs de sécurité nationale.
Dans la stratégie de sécurité nationale de 2025, l’Amérique latine est désignée comme une région suscitant une préoccupation sérieuse de la part des États-Unis en matière de sécurité. Cette région offre aux États-Unis à la fois des opportunités prometteuses et les exposent à de graves problèmes. En appliquant de nouvelles approches innovantes pour fournir une assistance à la sécurité (Security Force Assistance, SFA) ou en élargissant ses capacités, les États-Unis peuvent profiter de ces opportunités et atténuer les problèmes existants. Il est important de souligner que ces résultats peuvent être atteints à des coûts relativement faibles, ce qui fait de la SFA un outil précieux pour promouvoir les intérêts américains en Amérique latine.
Ensuite, les auteurs décrivent des moyens possibles d’utiliser tout le potentiel des activités du Commandement stratégique des Forces armées américaines en Amérique latine pour contrer les menaces internes, renforcer les partenariats et étendre l’influence stratégique des États-Unis dans la région.

Comme l’a montré l’opération contre la direction du Venezuela au début de l’année, les États-Unis utilisent des récits sur les « menaces » pour justifier leur ingérence dans les affaires d’autres pays.
De plus, conformément à d’autres rapports et à la tendance actuelle dans la planification géopolitique de l'establishment américain, parmi les menaces figurent les intérêts de la Russie, de la Chine et de l’Iran dans la région. La Russie est mentionnée 74 fois dans le rapport, la Chine 115 fois. Ces trois pays sont désignés comme des États adversaires (Adversarial States).
Les auteurs écrivent que Moscou continue prétendument à investir du capital politique, économique et militaire dans la région pour démontrer sa puissance, défier l’influence des États-Unis et créer un électorat anti-occidental en faveur d’un ordre mondial multipolaire. L’attention se concentre sur Cuba, le Nicaragua, le Venezuela et, dans une moindre mesure, le Brésil.
Pour faire une comparaison avec les investissements de l’UE et des États-Unis dans la région, le niveau d’investissement de la Russie apparaît si insignifiant que cette déclaration semble délibérément déformée à des fins politiques. Les sanctions américaines empêchent simplement Moscou de travailler avec les pays de la région. Par conséquent, une coopération ciblée, largement humanitaire, comme avec Cuba, influence très peu la possibilité de limiter les capacités des États-Unis. En ce qui concerne la multipolarité, cette orientation a été annoncée par plusieurs États, indépendamment des souhaits et efforts de la Russie. Par exemple, lors du premier mandat présidentiel d’Hugo Chávez, le Venezuela a annoncé de lui-même une stratégie de multipolarité, considérant ce processus comme intrinsèque à la décolonisation en tant que telle.
Les auteurs tentent également de relier l’activité de divers groupes criminels dans la région à des intérêts politiques et à des régimes de certains pays, afin de leur coller des étiquettes, de les diaboliser et de les désigner comme des cibles légitimes d’intervention. C’est une méthode assez ancienne, pratiquée par le département d’État et les services secrets américains. Cependant, cela n’a pas permis de réduire la criminalité dans les pays d’Amérique latine, où les États-Unis ont imposé leurs programmes de « sécurité », comme en Colombie, en Équateur et au Mexique. À l’inverse, lorsque les autorités locales ont commencé à résoudre elles-mêmes leurs problèmes, cela a réussi, comme sous la présidence de Rafael Correa en Équateur (photo), avec le soutien de Cuba dans le processus de négociation avec les groupes rebelles colombiens.
Le rapport conclut que les États-Unis tendent à privilégier l’usage de la force plutôt que le processus diplomatique, ce qui, face aux menaces constantes de Donald Trump à l’encontre de certains pays, suscite de graves inquiétudes quant à la possibilité de nouveaux conflits provoqués par Washington.
Il est indiqué que, en utilisant de manière innovante les capacités des forces de renseignement et de frappe, ou en élargissant leur application actuelle, les États-Unis peuvent exploiter les opportunités qui s’ouvrent en Amérique latine et atténuer les problèmes existants. Il est important de souligner que les résultats de l’utilisation des forces de renseignement et de frappe peuvent être atteints à des coûts relativement faibles, ce qui en fait un outil précieux pour promouvoir les intérêts américains en Amérique latine.
Il est clairement indiqué que le Pentagone peut mobiliser toute sa gamme de forces et de capacités. En complément d’autres instruments de la puissance nationale, les possibilités de la SFA du ministère de la Défense peuvent être utilisées pour relever un large éventail de missions dans diverses conditions stratégiques — de la lutte concurrentielle aux actions non conventionnelles et aux situations de crise…
Le ministère de la Défense peut mobiliser le Groupe de soutien à la sécurité des forces terrestres dans le sud (anciennement connu sous le nom de 1re brigade de soutien aux forces de sécurité), les forces spéciales et le Programme de partenariat étatique de la Garde nationale pour renforcer la coopération dans la lutte contre la corruption, qui constitue à la fois une base pour le trafic illicite de drogues et, dans certains cas, la promotion des intérêts chinois dans les pays d’Amérique latine.
Ce qui est le plus important, c’est que les pouvoirs communs en matière de sécurité sont en grande partie suffisants pour mener des activités dans le cadre du Partenariat stratégique, mais ces pouvoirs ne sont pas destinés à faire face à la pression économique dans les pays partenaires, qui est la principale méthode par laquelle la Chine étend son influence en Amérique latine. À cet égard, le ministère de la Défense des États-Unis pourrait envisager comment il pourrait contribuer à résoudre ces problèmes.
Fait intéressant, les États-Unis peuvent à tout moment mener une opération de force sous un faux prétexte. Cependant, agir par des mécanismes économiques leur est plus difficile, ce qui nécessite une approche plus sophistiquée pour empêcher la coopération des pays avec d’autres régions.

Cela inclut la stratégie de dédollarisation, appliquée de manière systématique par certains pays, notamment via la Nouvelle Banque de développement des BRICS. Washington réagit nerveusement à la réduction de l’utilisation du dollar dans les paiements internationaux, et Donald Trump avait menacé d’imposer des sanctions tarifaires aux États qui passeraient à des mécanismes de paiement alternatifs. Selon l’expérience du Brésil après l’introduction de tarifs protectionnistes, les États-Unis dépendent davantage des livraisons de produits en provenance de ce pays, ce qui a conduit à de nombreuses exceptions.
La situation autour de l’Iran oblige également la Maison-Blanche à adopter une politique plus prudente, car des décisions impulsives, notamment en matière d’usage de la force, avant les élections législatives américaines, pourraient affaiblir la position du Parti républicain. Toutefois, il faut tenir compte du fait que le rapport RAND a un caractère consultatif, qu’il sera encore un certain temps analysé dans les couloirs du pouvoir aux États-Unis, synchronisé avec d’autres analyses de centres similaires, puis éventuellement intégré dans les plans stratégiques. Par conséquent, la mise en œuvre des modèles proposés se fera avec un certain retard.
12:40 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, amérique ibérique, amérique latine, amérique du sud, rand corporation, états-unis |
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vendredi, 15 mai 2026
Les Chinois réclament la fin de l’extraterritorialité du droit

Les Chinois réclament la fin de l’extraterritorialité du droit
Source: https://www.linkedin.com/showcase/le-club-panda-coq/
Les Français se souviennent de l’amende de 8,9 milliards de dollars infligée à BNP Paribas en 2014 par le Trésor américain, en raison de ses transactions commerciales avec le Soudan et l’Iran.
Pour les Américains, la banque avait violé leurs lois, parce que les transactions avaient transité par le système financier en dollars.
L’absence de réaction du gouvernement français était frappante.
Fin 2018, Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei, a été arrêtée au Canada à la demande des USA. Il lui était reproché d’avoir supervisé des opérations commerciales avec l’Iran, alors sous sanctions américaines.
La réaction de Pékin a été immédiate: trois ressortissants canadiens ont été arrêtés en Chine.
Le message chinois est clair: face aux USA, la logique est celle du rapport de force — œil pour œil, dent pour dent.
Washington a visiblement sous-estimé la détermination de la Chine à ne plus subir passivement cette pression.
Le 24 avril 2026, les États-Unis ont sanctionné cinq raffineries chinoises. Par le passé, ce type de décision aurait été absorbé discrètement. Mais cette fois, la réponse a été différente.
Le 2 mai 2026, le ministère chinois du Commerce a publié un ordre de blocage officiel. Ce texte juridique stipule que les sanctions américaines ne doivent ni être reconnues ni appliquées sur le territoire chinois.
Toute entreprise opérant en Chine qui se conformerait aux sanctions américaines s’expose désormais à des poursuites en justice en Chine, ainsi qu’à des mesures de rétorsion pouvant aller jusqu’à la saisie de ses actifs.
Les entreprises multinationales se retrouvent donc face à un dilemme insoluble :
- se conformer aux exigences américaines et violer le droit chinois,
- respecter la loi chinoise et s’exposer aux sanctions américaines.

Dans ce contexte, plusieurs grandes banques chinoises entretiennent des relations commerciales avec les raffineries visées. Si elles cessent toute coopération pour se conformer aux injonctions américaines, elles risquent des sanctions de la part de Pékin. Mais si elles poursuivent leurs activités, elles s’exposent à être exclues du système financier dominé par les États-Unis, notamment du réseau SWIFT.
Parmi ces établissements figure la Banque de Chine, qui détient une part significative de la dette américaine sous diverses formes.
Cette situation alimente les craintes d’un découplage financier entre les deux pays. Un tel scénario pourrait avoir des répercussions majeures sur les marchés financiers internationaux, notamment sur la stabilité des bons du Trésor américain.
La Chine semble avoir intégré ces risques dans son calcul stratégique, misant sur le fait que les États-Unis hésiteront à prendre des mesures trop radicales contre ses grandes banques, de peur de déclencher une instabilité financière mondiale.
Ce bras de fer pourrait ainsi marquer l’entrée dans une nouvelle ère, où l’extraterritorialité des sanctions américaines perdrait sa crédibilité.
Un billet du Club Panda & Coq
15:39 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : extraterritorialité du droit, chine, états-unis, asie, affaires asiatiques, sanctions |
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