vendredi, 17 juillet 2026
La rupture de Tucker Carlson et l’érosion du consensus en politique étrangère

La rupture de Tucker Carlson et l’érosion du consensus en politique étrangère
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Tucker Carlson, républicain fidèle depuis 35 ans, quitte le parti et veut contribuer à la création d’une troisième force. Il ne souhaite pas se présenter lui-même. Ce n’est pas sa personne qui importe, mais la question que soulève sa rupture: qui définira à l’avenir ce que signifie «America First» – et quelles seront les conséquences pour ceux qui comptent sur les garanties de sécurité américaines?

La comparaison avec Elon Musk s’impose, mais elle mène à des diagnostics différents. La rupture de Musk en 2025 concernait le récit fiscal du trumpisme – la dette et les déficits restant élevés malgré la rhétorique des réformes. Son «America Party» est aujourd’hui largement hors-jeu. La rupture de Carlson touche la deuxième grande colonne de l'édifice trumpien: la promesse de mettre fin à l’interventionnisme militaire. La guerre contre l’Iran a réduit cette promesse à néant.
L’alliance qui en découle n’est plus seulement une rhétorique de talk-show, elle revêt désormais une réelle substance politique: Républicains et Démocrates votent parfois ensemble au Congrès contre l’escalade militaire. Marjorie Taylor Greene, jadis alliée la plus fidèle de Trump, explore publiquement les possibilités de créer un parti «authentiquement centré sur l’Amérique».
À droite, la résistance vient du rejet des guerres de changement de régime et de l’attachement à Israël; à gauche, elle puise dans l’ancienne critique du complexe militaro-industriel et du lobby israélien à Washington. Ce qui unit surtout les deux camps: la colère contre un establishment de politique étrangère qui, au-delà des clivages partisans, poursuit la même ligne. Sur la migration, l’avortement ou les impôts, rien ne les rapproche – c’est une coalition de rejet, pas un parti.
Ce qui importe, c’est de savoir si cette rupture est cyclique ou structurelle. Les chiffres penchent pour la structure: 45% des Américains s’identifient désormais comme indépendants – un record, Républicains et Démocrates n’atteignant chacun que 27%. Sur l’Iran et Israël, la ligne de fracture ne passe pas entre les partis mais en leur sein: 85% des républicains de plus de 50 ans soutenaient l’intervention militaire contre l’Iran, contre seulement 58% des moins de 50 ans. Concernant Israël, déjà 57% des jeunes républicains ont une opinion négative du pays – contre la ligne du parti.
Pour nous, cela confirme ce que nous savions déjà, ce n’est pas une surprise. Le consensus en politique étrangère auquel la politique allemande s’est si longtemps soumise – la loyauté envers l’alliance avant les intérêts propres, la politique de sanctions au lieu d’un partenariat énergétique pragmatique avec la Russie, sur le gaz de laquelle notre prospérité a reposé pendant des décennies – n’a jamais résulté d’une large majorité américaine. Il s’agissait d’un projet de l’establishment de Washington, soutenu par les think tanks, les groupes de pression et un appareil de sécurité qui traverse les deux partis. Que ce soient justement des pans entiers des Républicains et des Démocrates qui se soulèvent désormais ensemble contre cet appareil montre que la ligne prétendument inévitable du transatlantisme a toujours été un choix politique – pas une fatalité.
Pour le débat allemand, cela signifie: ceux qui continuent de subordonner leurs propres intérêts – économiques comme diplomatico-militaires – au consensus d’un establishment qui perd lui-même du terrain aux États-Unis, ne défendent plus un partenariat stratégique, mais une fiction d’inéluctabilité que même les Américains remettent de plus en plus en question.
Carlson ne fondera probablement pas de parti. Mais il montre que le consensus auquel Berlin s’est si longtemps soumis est plus fragile dans son propre pays d’origine que les atlantistes allemands ne veulent bien l’admettre.
#géopolitique@global_affairs_byelena
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Sur le déclin de la civilisation occidentale

Sur le déclin de la civilisation occidentale
par Pierluigi Fagan
Source : Pierluigi Fagan & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/sul-declino-della...
Arlacchi, dans Il Fatto, a écrit un article d’analyse sur les relations entre la civilisation occidentale en déclin et le groupe ascendant des civilisations aujourd’hui appelées « Sud global », même si certaines sont plutôt à l’est qu’au sud.
Il a cité Arnold Toynbee (illustration), historien dont le nom est particulièrement lié à l’étude des civilisations. Toynbee soulignait que les civilisations meurent plus par suicide que par homicide, il aurait aussi pu dire par inadaptation progressive.
Le cycle d’une civilisation prévoit une naissance et une affirmation, une expansion, le début des contradictions d’adaptation qui accompagnent le déclin, puis la fin de la civilisation, qui se dissout dans d’autres systèmes et se reformule après un certain temps, mais de façon difficilement reliée à l’histoire précédente. Le sommet de la courbe d’adaptation, là où se terminent les « temps d’or » et où commence le déclin, est simplement dû au fait que le temps passe et modifie le contexte dans lequel la civilisation a prospéré.
Les civilisations semblent aveugles à ce changement de contexte: elles ne s’en rendent pas compte ou, plus souvent, le refusent, et entrent ainsi progressivement en inadaptation parce qu’elles ne changent pas alors que tout autour d’elles change. Toutes les formes de vie sont soumises aux règles de l’adaptation, mais les civilisations ne sont des sujets qu’au sens métaphorique: ce sont des systèmes acéphales et inconscients, sans corps biologique unitaire.

Si l’on considère les élites du système qui gouvernent ou administrent les destinées d’une civilisation, dans la phase de déclin on observe une faible production de leaders, une absence de nouvelles idées, une insistance obstinée à appliquer les méthodes qui ont fait la grandeur de cette civilisation, comme si le problème était quantitatif et non qualitatif.
Il faut dire que les élites du système se trouvent dans un conflit d’intérêt ontologique. Les adaptations nécessaires sont structurelles, c’est-à-dire qu’elles exigent de changer les modalités par lesquelles les élites ont été élues ou se sont maintenues. Il est donc évident qu’elles ne seront pas enclines à réformer le système. De plus, être une « élite » ne signifie rien d’autre que s’être bien adapté dans un système, cela n’implique pas de bien comprendre ce qu’est ce système, sa dépendance au contexte et, le cas échéant, dans quel sens et comment le changer.
Dans le déclin, les sociétés accumulent des dysfonctionnements et des contradictions, des peurs et des malaises que des leaders occasionnels tentent d’exploiter pour accéder au pouvoir. Même ceux qui partent avec des intentions sincères, bien que vagues, de changement, finissent aspirés par l’inertie des habitudes, trahissant leurs intentions initiales.



Il faut aussi dire que la société elle-même a son inertie propre. Dans son étude de 2020, le psychologue social John T. Jost a analysé précisément les mécanismes de cette inertie, avec sa «théorie de la justification du système». En bref, outre les élites en conflit d’intérêts avec le changement, ce sont souvent les couches les plus basses de la société qui soutiennent les élites par peur du changement. Même lorsque les choses vont mal, on trouve souvent de multiples moyens de s’adapter, condition qui, bien que pénible, est préférée à l’inconnu d’un changement radical, auquel ces couches sociales ne peuvent même pas penser, encore moins le maîtriser.
Mais réfléchir à de telles questions complexes est difficile pour tous. Les intellectuels sont structurellement liés au succès de théories, d’idées, de livres, d’articles, qui leur permettent d’obtenir des chaires et de la reconnaissance, étant donné qu’ils doivent trouver un public et que ce public pense au contingent, ils se consacrent donc peu et mal à ces études.
En outre, la formation disciplinaire produit des « experts » en économie, géopolitique, sociologie, histoire, philosophie, écologie, etc., à qui manque systématiquement la vision d’ensemble de choses qui, par nature, sont « tissées ensemble » (cum-plexus).

Enfin, les élites du système (et elles ne sont pas si peu nombreuses, car la part de la société ayant des intérêts divers à divers niveaux dans le fonctionnement du système en place atteint jusqu’à un quart de la population; le fameux «1%» est une simplification journalistique, non le fruit d’une véritable analyse sociale), ostracisent de multiples façons toute pensée non conforme. Plus les choses vont mal, plus la liberté d’opinion se réduit, et l’on voit surgir des excommunications et des ostracismes. L’Inquisition est apparue à « l’automne du Moyen Âge ».
L’intellectuel travaille avec l’intellect, mais au-delà de cette particularité, il doit gagner sa vie ils ne sont certainement pas favorisés, qui peuvent se permettre une réelle liberté de pensée. Enfin, même l’intellectuel le plus libre ou courageux doit s’aligner sur le niveau culturel, psychique et émotionnel-rationnel de son public, sinon il prêche dans le désert, jusqu’à être «redécouvert» quelques décennies ou siècles plus tard.
Actualisant l’analyse à notre époque, définir quand a commencé la courbe descendante de notre civilisation est complexe. Tout événement, surtout d’une telle portée, est la confluence de différentes lignes causales et la causalité est toujours plurielle ; seuls des intellectuels enfermés dans leur discipline et ignorants d’autres points de vue, d’autres objets du système complexe qu’est la vie en société, s’accrochent à l’événement x ou à la cause y liée au sujet z dont ils sont spécialistes.

Cependant, on peut faire remonter le début avéré du déclin aux années 1980. Un peu avant, un peu après, ont commencé les problèmes écologiques et le déclin démographique, et même la reproduction standard (au moins 2,1 enfants par couple) a commencé à baisser, tandis que la part de population non occidentale augmentait fortement. Nous étions un tiers de la population mondiale au début du XXe siècle, aujourd’hui à peine un sixième, et à l’avenir encore moins.
Les mouvements sociaux et culturels de la fin des années 1960 et 1970 ont effrayé les élites qui, conscientes d’aller vers des temps difficiles, ont commencé à saboter la précédente et élémentaire forme de démocratie, combattant de multiples façons toute participation politique active et réduisant le pluralisme à un bipartisme convergeant vers le centre.
L’idéologie néolibérale commence à s’imposer (en réalité née plus de cinquante ans plus tôt, mais cultivée en silence avec cette « patience stratégique » que les élites savent parfois avoir, contrairement au peuple) et, peu après, arrive la « mondialisation » pour l’ensemble du monde et la «financiarisation» pour les détenteurs de capitaux occidentaux, d’où le début de courbes inédites d’inégalités croissantes.
Le reste du monde a profité de cette soudaine ouverture des capitaux et des délocalisations et, s’appropriant les principes de l’économie moderne, a développé sa propre voie de développement, formant de nouvelles «puissances» et «zones de marché» non occidentales. Ce sont des systèmes qui ont devant eux des décennies de croissance naturelle, alors que l’Occident a désormais ce fameux «brillant avenir derrière soi».

À noter, comme nous l’avions déjà relevé précédemment, que cette importante reformulation de l’économie occidentale se traduit par des indices de croissance générale de plus en plus faibles, avec deux crises majeures, l’une en 2008-09 et l’autre pendant la Covid, plus la formation et l’explosion répétée de bulles numériques. On peut mettre en parallèle la forme toujours plus désespérée de totalitarisme économique qu'adopte le néolibéralisme avec le fait que l’économie productive fonctionnait de moins en moins bien alors que la finance prospérait sur le nouveau marché mondial.
À côté de ces dynamiques désormais anciennes, les graphiques montrent un appauvrissement progressif de la classe moyenne, poussée vers le bas, avec précarisation, sous-emploi, réduction du pouvoir d’achat.
Dès lors, après quelques guerres ici et là, des provocations envers la Russie qui réagit en culbutant la table ukrainienne et donc les fragiles équilibres du droit international, avec la crise environnementale et climatique, avec la réaction désordonnée à la SARS-Covid (comme si le problème n’avait pas été annoncé et largement prévu depuis la fin des années 1990), avec le coup de force en Syrie, à Gaza, dans le détroit d'Ormuz et avec l'Iran, jusqu’au récent lancement de la «Révolution Industrielle de la Défense» pour laquelle les personnes âgées européennes doivent céder une partie de leur richesse sans que l’on comprenne rationnellement pourquoi.
Au niveau des dirigeants, la séquence Bush père, Clinton, Bush fils, Obama, Trump illustre bien le déclin américain, qui est aussi culturel, au sein de la société américaine. En Europe, le dernier leader a été Merkel (aussi peu que cela puisse nous plaire idéologiquement), les Britanniques ont enchaîné une série de dirigeants improbables après avoir cru pouvoir se détacher de l’UE pour vendre des « services » au reste du monde en croissance, se trompant lourdement. Macron a tenu la dernière tranchée française avant l’arrivée d’une droite dont les programmes réels demeurent encore inconnus, quant à l’Italie, n’en parlons pas.
Dans tout cela, depuis la chute de l’URSS en 1991, la « gauche » social-démocrate, socialiste, communiste s’est soit transformée en libéralisme progressiste cantonné aux seuls droits civils (car les droits sociaux sont en contradiction avec le libéralisme), soit littéralement volatilisée, faute d’une idéologie articulée qui ne soit pas héritée de systèmes de pensée remontant à la seconde moitié du XIXe siècle.
En revanche, la droite a refleuri sous diverses formes et est aujourd’hui plus prospère que jamais, s’alimentant de peurs — et aujourd’hui, les peurs sont abondantes. Une brève et éphémère saison de ce qu’on a qualifié de «populisme» a joué le rôle d’un apparent dissensus, sans aucune substance, dilapidant l’énergie sociale.
En général, les critiques choisissent des cibles faciles comme tel ou tel leader, vendu, inapte, déséquilibré ou autre, mais les leaders ne sont que l’expression d’une partie du peuple. Ce sont les Occidentaux qui sont l’âme du déclin; une civilisation décline dans son ensemble, dans tous ses aspects, car c’est un «système», sinon il y aurait rupture et rébellion, ou du moins friction. Mais s’il est une chose qui caractérise ces dernières décennies, c’est le quiétisme social total.

D’ailleurs, en l’absence de la fonction politique d’une gauche historiquement alternative au système en place — la droite n’ayant jamais su formuler autre chose que conservation, tradition, ordre, hiérarchie, un peu de haine et un silence-assentiment envers le capitalisme —, le centre informe a eu la tâche facile.
Le déclin culturel a été parallèle et mériterait un post à part entière. La seule forme culturelle qui semble en relative bonne santé est la pensée technique et, en partie, la pensée scientifique (davantage techno-scientifique que scientifique à proprement parler), mais la seule véritable «innovation» de la seconde moitié du XXe siècle est celle de l’info-numérique, dont l’impact économique reste à mesurer (bien moindre que promis pour des raisons purement publicitaires qui nourrissent des bulles financières), dont l’impact sur l’emploi est nettement négatif, et culturellement proche de la dystopie. De plus, pour l’Occident, concentré entre très peu de mains américano-monopolistiques, même Adam Smith en serait horrifié.
On se dirige ainsi vers une triste «fin de partie» où les personnes âgées européennes veulent se réarmer (?), la démocratie, même relative, est en coma profond, l’Occident tout entier se réduit à des intérêts financiers étroits et stratégiquement pilotés vers la pire configuration socioculturelle américaine de l’histoire, la « culture » générale a largement régressé, personne ne sait comment relancer l’économie.
Comme beaucoup le savent, l’histoire ne produit pas de lois et les cinq mille ans de civilisation ne sont rien comparés aux trois millions d’années de l’espèce humaine; si, jusqu’à aujourd’hui, les civilisations sont nées, se sont développées, puis ont décliné plus ou moins rapidement jusqu’à l’effondrement ou la lente disparition, rien ne dit qu’il soit impossible de trouver un moyen de changer profondément pour éviter une inadaptation catastrophique.

Cependant, que ceux qui pensent que l’histoire peut se résumer à une heure et demie de film américain où l’on mange du pop-corn en regardant des catastrophes se préparent: le déclin peut durer des décennies déchirantes, et celui qui regarde n’est pas hors du film, il est le film.
Pour tenter de sauver notre civilisation, il faut du temps, de la patience, des compétences très larges et diffusées, une imagination réaliste, des cycles d’idées-pratique avec essais-erreurs-recommencements. Moins «d’intelligence» artificielle, plus d’intelligence humaine partagée.
18:04 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, déclin, occident |
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jeudi, 16 juillet 2026
France, Allemagne, Grande-Bretagne: Trois patients, un diagnostic

France, Allemagne, Grande-Bretagne: Trois patients, un diagnostic
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Le magazine britannique The New World pose ces jours-ci une question que l’on entend rarement poser aussi ouvertement dans le courant dominant : parmi les trois anciennes puissances dominantes de l’Europe de l’Ouest, laquelle est en réalité la plus profondément en crise? Rien que la formulation de cette question est révélatrice; le constat est désormais si évident que l’on ne peut plus l'escamoter sous le tapis.
Ce qui est réellement remarquable, ce n’est pas le classement, mais le schéma qui se profile derrière lui: trois pays – Londres, Paris, Berlin – affrontent simultanément des crises gouvernementales, connaissent des coalitions qui se désagrègent, et font face à une population qui retire de plus en plus sa confiance à ses institutions. Et dans les trois cas, le débat public reste pourtant dominé par tout autre chose: la course aux armements, la menace russe, le prochain milliard à offrir à l’Ukraine. Quant à l’état dégradé des infrastructures nationales, à l’effondrement des systèmes sociaux, à la perte de confiance des citoyens, on en parle bien plus discrètement, si tant est qu’on en parle.
Lorsque trois gouvernements risquent simultanément de perdre le contrôle de la politique intérieure, l’ennemi extérieur devient la bouée de sauvetage la plus fiable, le seul récit sur lequel les élites de Paris, Berlin et Londres peuvent encore s’accorder, car il détourne l’attention de leurs propres échecs tout en mobilisant des ressources budgétaires qu’il serait autrement presque impossible de justifier politiquement.
La véritable question qui se pose n’est donc pas « qui est le plus profondément en crise », mais bien : combien de temps la politique pourra-t-elle encore se légitimer par l’invocation de menaces extérieures, alors que la substance intérieure s’effrite ?
#géopolitique@global_affairs_byelena
20:32 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, france, allemagne, royaume-uni, grande-bretagne |
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Le soft power dans un monde post-hégémonique: crise conceptuelle et nouveaux acteurs de l’influence culturelle

Le soft power dans un monde post-hégémonique: crise conceptuelle et nouveaux acteurs de l’influence culturelle
par Anton Bespalov
Source: https://telegra.ph/Il-soft-power-in-un-mondo-post-egemoni...
Les échanges culturels accompagnent depuis longtemps les interactions politiques et économiques entre États, mais ce n’est qu’au XXe siècle que la diplomatie culturelle a émergé comme politique étatique délibérée. À partir des années 1960, le champ de compétence de la diplomatie publique s’est élargi au-delà de la diffusion culturelle pour inclure la formation de l’opinion publique étrangère, la communication des objectifs politiques et la lutte contre les stéréotypes.
Dans les années 1990, le terme « soft power » est entré dans le discours courant. S’il recoupe largement la diplomatie publique et culturelle, il a aussi une portée plus large: le soft power peut émaner non seulement des acteurs étatiques, mais aussi de la société civile, du monde des affaires et de la culture populaire.
Le phénomène en soi, évidemment, est antérieur à la terminologie utilisée pour le décrire. Culture et pouvoir ont toujours été historiquement liés. Les conquêtes d’Alexandre le Grand ont été accompagnées par la diffusion de la culture hellénistique de l’ouest vers l’est ; l’influence culturelle des premiers siècles de l’islam s’est propagée simultanément dans de multiples directions. Il est intéressant de noter que la diffusion des cultures ne dépend pas nécessairement de la victoire militaire: la défaite de Napoléon, par exemple, n’a pas vraiment contribué à diminuer le prestige de la culture française en Europe et au-delà.



Ce n’est pas un hasard si le « soft power » est apparu comme concept à la fin de la guerre froide. Les valeurs et modes de vie occidentaux, transmis par des canaux informels et — plus rarement — officiels, ont joué un rôle significatif dans l’érosion des idéologies officielles au sein du bloc de l’Est et, par conséquent, dans l’issue du conflit bipolaire. Bien que le terme « instrumentalisation » ne soit entré que récemment dans le langage courant, la culture a été largement instrumentalisée durant la guerre froide, comme le montre de façon convaincante Frances Stonor Saunders dans son ouvrage Who Paid the Piper?. Par la suite, encouragées par ce succès perçu, les nations occidentales ont mené une campagne visant à gagner les cœurs et les esprits dans le monde non occidental, en créant de nombreuses organisations dédiées à la promotion du soft power.
Aujourd’hui, cependant, les outils du soft power font l’objet de débats beaucoup moins nombreux qu’il y a dix ou quinze ans. En Occident, la rhétorique du pouvoir « dur » classique a pris de plus en plus d’importance. La mobilisation de l’opinion publique européenne contre la Russie et les menaces de Donald Trump de « détruire » la civilisation iranienne sont devenues presque routinières selon les normes actuelles.
Dans le même temps, le soft power occidental traverse aujourd’hui une grave crise de réputation. Le fossé entre les valeurs proclamées et les politiques effectives — qu’il s’agisse de doubles standards dans la gestion des conflits ou de gouvernance économique mondiale — rend les messages culturels et diplomatiques de moins en moins convaincants pour les publics non occidentaux. Là où l’on transmettait jadis une vision d’un avenir désirable, ces messages sont désormais perçus de plus en plus comme des instruments de coercition.
Dans les années qui ont suivi la guerre froide, les États non occidentaux ont en grande partie adopté le modèle occidental. À travers diverses institutions culturelles — ainsi que des médias destinés à un public étranger et largement calqués sur les modèles occidentaux — des pays comme la Russie et la Chine ont en substance reproduit les schémas occidentaux d’influence culturelle. Pourtant, eux aussi ont rencontré des résistances, comme en témoignent les sanctions contre Rossotrudnichestvo, la fermeture des Instituts Confucius dans les pays occidentaux, sans parler du blocage de RT et Sputnik. Bien que ce soit un article de foi dans le courant libéral occidental que les « démocraties » auront toujours un avantage sur les « autocraties » dans le libre marché des idées, un changement discursif significatif s’est produit.

Le soft power des États non occidentaux est désormais de plus en plus perçu, par défaut, comme potentiellement nuisible aux intérêts occidentaux — il est rebaptisé « sharp power ». Joseph Nye, qui a inventé le terme, a un jour mis en garde sur la nécessité de distinguer entre les deux concepts et de ne pas entraver les efforts légitimes de soft power des pays non occidentaux ; l’expérience récente, cependant, suggère le contraire.
L’avenir du soft power dans le dialogue bilatéral entre la Russie et la Chine (Hua Han)
La Chine et la Russie ne se limitent plus à mettre en œuvre des pratiques et instruments de soft power parallèles, mais convergent progressivement vers une configuration hybride que l’on peut qualifier de « soft power stratégique ». Cette forme émergente d’influence combinée intègre infrastructures, médias, connectivité des ressources clés et plateformes institutionnelles dans une architecture géopolitique unifiée.
L’analyse de la crise du détroit d’Ormuz, du conflit en Ukraine, de la chaîne russe RT, de la chinoise CGTN, du réseau médiatique TV BRICS, de la coopération arctique et de l’initiative chinoise « Belt and Road » montre comment le soft power est devenu indissociable de la connectivité matérielle et de l’alignement géopolitique dicté par les crises, écrit Hua Han, cofondateur et secrétaire général du Beijing Club for International Dialogue.

En Chine, la reconnaissance des limites du soft power a donné naissance à un débat croissant sur le « pouvoir discursif » — c’est-à-dire la capacité à façonner l’agenda international, élaborer des récits et déterminer les cadres de référence dans lesquels sont débattues les questions clés. L’objectif n’est plus simplement d’être apprécié, mais de s’exprimer dans un langage que les autres sont obligés d’écouter. L’efficacité de cette approche demeure débattue, mais le changement d’accent est en soi révélateur.
L’expérience récente de la Russie offre un autre exemple instructif, d’une perspective différente. Les tentatives de « cancel culture », dirigées contre la Russie depuis 2022, ont couvert un large éventail: de l’exclusion des athlètes russes des compétitions sous leur propre drapeau à la suppression des œuvres de compositeurs russes dans les programmes de concerts. L’ampleur de ces mesures n’a pas eu de précédent ces dernières décennies. Pourtant, la culture russe n’a pas disparu de la scène mondiale; la langue russe a conservé sa position dans les régions où elle est traditionnellement forte ; et la perception de la Russie dans le Sud global n’a changé que marginalement — parfois même en mieux.
La culture, à la différence des flux financiers ou des fournitures d’équipements, est difficile à bloquer totalement par des moyens administratifs.
Cela ramène à la question plus large de l’efficacité des institutions étatiques de diplomatie culturelle. Les canaux informels, la « seconde voie » comme on l’appelle, donnent souvent des résultats bien supérieurs. Un label étatique infuse inévitablement un message politique dans le message culturel, et le public réagit en conséquence. Cela ne signifie pas que l’État doive se retirer complètement de cette sphère. Cependant, son rôle pourrait être repensé de façon plus utile: non pas comme producteur et distributeur de contenus culturels, mais comme promoteur de conditions favorables à la prospérité des échanges informels: politiques de visas, mobilité académique, accessibilité aux infrastructures numériques et absence de restrictions excessives sur les exportations culturelles.

Dans ce contexte, les nouvelles technologies — notamment l’intelligence artificielle — méritent une attention particulière. Historiquement, les barrières linguistiques ont constitué l’un des principaux obstacles à la diffusion organique des cultures. Aujourd’hui, le développement d’outils de traduction automatique pour les contenus vidéo, par exemple, contribue à surmonter cet obstacle. Des spectateurs au Brésil ou en Indonésie, ayant un accès direct à des vidéos russes, chinoises ou iraniennes dans leur langue maternelle, se forgent leur propre perception de ces pays. Cela ne garantit pas la sympathie — l’exposition directe peut autant susciter l’attirance que la répulsion — mais offre au moins la possibilité d’une perception plus complexe et nuancée, susceptible de dépasser le poids des stéréotypes ancrés.
En ce sens, les avancées technologiques ouvrent des perspectives tout à fait nouvelles. La diplomatie culturelle de demain sera peut-être bien moins l’œuvre des États et des institutions spécialisées, et bien davantage le fait d’algorithmes, de plateformes et de millions d’utilisateurs individuels qui n’auraient jamais imaginé devenir des acteurs de la diplomatie. L’influence culturelle, dès lors, ne disparaît pas : elle emprunte simplement des canaux de plus en plus informels. Les États qui reconnaissent ce fait et élaborent des politiques qui laissent place à de tels canaux seront en meilleure position que ceux qui s’obstinent à vouloir contrôler d’en haut cet instrument rétif.
Publié préalablement sur Valdai : https://valdaiclub.com/a/highlights/soft-power-in-a-post-...
14:08 Publié dans Actualité, Définitions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, soft power |
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mercredi, 15 juillet 2026
Modèle allemand pour Pékin. Modèle chinois pour l’Allemagne

Modèle allemand pour Pékin. Modèle chinois pour l’Allemagne
Enrico Toselli
Source: https://electomagazine.it/modello-tedesco-per-pechino-mod...
Modèle allemand ou modèle chinois pour relancer l’économie stagnante de l’Europe en déclin qui, à cause de cela même, se montre de plus en plus belliciste? Paradoxalement, la Chine aurait besoin du modèle allemand, l’original, avec davantage d’État-providence, de cogestion, de participation. Et l’Europe, pas seulement l’Allemagne, aurait besoin de plus de sérieux dans les hautes études, dans la formation professionnelle, de plus de méritocratie et de moins de dirigeants et de cadres cooptés uniquement par relations.
Il est indéniable qu’à ce stade, c’est l’Europe qui court le plus de risques. Avec une classe politique qui patauge dans l'indécence et un monde entrepreneurial atteint de myopie, avachi par sa lâcheté, perclus d'avarice. Les résultats sont visibles, avec un PIB stagnant, aucune idée, aucun projet qui ait une perspective, ne serait-ce qu’à moyen terme. Mañana por la mañana et pas au-delà. Trop compliqué d’imaginer l’avenir à plus trois jours, à plus d'une semaine.
Trop pénible d’essayer d’expliquer à un gouvernement, à n’importe quel gouvernement, que l’austérité se transforme en pauvreté et que la pauvreté réduit la consommation. Les exportations ne suffisent pas, surtout en période de grandes tensions internationales.
Mais cela vaut aussi pour la Chine. Qui possède un marché intérieur immense mais asphyxié. Et qui aurait besoin d’un marché mondial prêt à absorber la surproduction de Pékin. Évidemment, la pauvreté des Européens favorise l’exportation de produits chinois de basse qualité et à bas prix. C’est pourquoi entrepreneurs et politiques européens veulent imposer des droits de douane et des barrières aux produits chinois. Dans l’espoir que les familles européennes, de plus en plus pauvres, achèteront alors des produits européens à des prix aberrants. Mais le chancelier allemand, à la solde de la finance internationale, exige que les familles s’appauvrissent toujours plus pour que l'on achète des armes…
18:37 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chine, allemagne, europe, asie, affaires européennes, affaires asiatiques, économie |
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On ne négocie pas avec Dadjdjal - L’escalade doit être mutuelle

On ne négocie pas avec Dadjdjal
L’escalade doit être mutuelle
Alexander Douguine
Alexander Douguine explique pourquoi l’escalade doit être mutuelle, sinon les négociations avec l’Occident deviennent un piège.
Comme on pouvait s’y attendre, aucune paix entre l’Iran et les États-Unis n’a jamais vu le jour. Les États-Unis ont repris leurs bombardements sur le territoire iranien. Téhéran a frappé les bases militaires américaines à Bahreïn et a de nouveau fermé le détroit d’Ormuz. Cela n’a pas fonctionné, et cela n’aurait jamais pu fonctionner. On ne forge pas d’accords avec Dadjdjal¹. C’est un principe fondamental de la métaphysique chiite.
Retarder la guerre et maintenir la simple apparence de négociations joue toujours et dans toutes les circonstances en faveur de l’Occident.
En Iran, tout comme dans notre propre guerre russe contre l’Occident, il existe une règle inébranlable: l’escalade doit être réciproque. L’ennemi intensifie, nous intensifions. Ce n’est qu’alors que nous pouvons influencer le processus. Sinon, l’ennemi intensifie unilatéralement, entièrement dans son propre intérêt, tandis que nous nous contentons de réagir de manière passive, en mode « suiveur ». En réalité, ce type d’escalade unilatérale en temps de guerre crée un système de contrôle externe.
Au fait, pourquoi ne brûle-t-on pas de statues de Baal en Russie ? Pourquoi ne soulevons-nous pas une tempête contre les réseaux criminels liés à Epstein ? Pourquoi ne répondons-nous en aucune manière significative à la participation directe des pays occidentaux — les États baltes, la Grande-Bretagne et l’Allemagne — à la guerre contre nous, même si nous en faisons nous-mêmes le rapport ?
L’Iran va à la table des négociations et n’en retire rien. Pour les observateurs extérieurs, cela est évident. Parfois, on voit les choses plus clairement depuis l’extérieur.
D’ailleurs, juste après les premières frappes américaines et israéliennes contre la direction iranienne, les Gardiens de la Révolution (IRGC) ont éliminé une part significative de la sixième colonne. Apparemment, certains subsistent encore.
Des négociations peuvent avoir lieu, mais on ne doit les mener uniquement dans son propre intérêt et jamais publiquement. Dès qu’elles deviennent ouvertes et publiques, elles se transforment instantanément en une arme d’information que seul l’Occident utilise, et exclusivement à ses propres fins.
C’est pourquoi toute mention de Witkoff, Kushner, ou même Kirill Dmitriev, à un certain moment, devient un coup porté au moral des soldats au front et à l’état d’esprit patriotique du pays. Une seule mention suffit. C’est la même chose avec la diffusion apparemment innocente d’un ancien programme de Vladimir Pozner sur Channel One².
La même chose se produit avec les Iraniens. Lors des funérailles de l’Imam Khamenei et de sa famille, des malédictions furieuses ont été lancées contre ceux qui négocient avec Dadjdjal : Pezeshkian et Araghchi. Je ne pense pas qu’ils soient personnellement coupables. C’est simplement ainsi que fonctionnent les lois de la guerre de l’information. L’Occident fixe ces règles, et il est le seul à les utiliser de manière unilatérale.
(Traduit du russe)
Notes:
(1) Note du traducteur (NT) : Dadjdjal est le faux messie borgne et l’ultime trompeur dans l’eschatologie islamique. Dans la tradition chiite en particulier, il incarne le mal absolu et la tromperie, rendant toute forme de compromis avec lui impossible.
(2) NT : Douguine fait référence à la rediffusion d’anciens programmes de Vladimir Pozner, journaliste russe bien connu pour ses opinions libérales et pro-occidentales. Même des émissions apparemment inoffensives de ce genre sont vues par de nombreux patriotes comme des instruments subtils de la guerre de l’information, qui minent le moral public et la volonté de résister.
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mardi, 14 juillet 2026
La civilisation de la luxure

La civilisation de la luxure
Karim Nazriev
La direction que prend la civilisation moderne mondiale est l’une des questions fondamentales que doit se poser toute vision stratégique alternative. Le thème principal est le suivant: quelles sont les lois qui régissent le développement de la civilisation mondiale et quels en sont les éléments de valeur? Tout d’abord, l’esprit évoque les progrès de l’humanité dans le domaine des technologies de l’intelligence artificielle. Mais à quoi répondent le développement technologique mondial, le développement de l’intelligence artificielle et la numérisation? La science et la technologie ont cherché à réduire le travail humain afin que l’homme puisse atteindre le bien-être. Cependant, le progrès technique a également apporté d’autres problèmes. On peut qualifier cette situation d’antithèse du progrès.
Dans la tentative de libérer l’homme des difficultés, la science et la civilisation dominante d’aujourd’hui ont asservi la société aux moyens et aux choses. Cette civilisation s’est construite sur les valeurs du libéralisme. Bien que le libéralisme ait tenté de garantir la liberté humaine, comment un individu lié à son ego et à sa propre luxure peut-il être libre? La civilisation moderne promeut l’égoïsme et la concupiscence.
Tous ces progrès scientifiques et technologiques dans le monde, le développement économique et les revenus élevés visent à satisfaire la concupiscence, car l’humanité ne reconnaît aucune valeur en dehors de cela. La matrice de cette civilisation-là ne nous permet pas de penser ou de vivre en dehors d’elle. Dans une telle situation, la socialisation devient nécessaire. Sinon, l’individu devient un élément non systémique.
La civilisation moderne a acquis un caractère global avec la mondialisation du libéralisme. Le développement des technologies de l’information et de la communication a diffusé de tels éléments de civilisation dans le monde entier, franchissant les frontières nationales. Une telle civilisation a acquis un caractère universel. Nous pouvons observer les principaux éléments de cette civilisation à différents niveaux à travers le monde. La création d’un espace informationnel unique a conduit à l’acceptation de ces éléments par différentes sociétés, tandis que d’autres doivent passer par un processus d’adaptation.

La caractéristique la plus importante de cette civilisation est le culte des valeurs matérielles. Les moyens d’atteindre ces valeurs sont l’argent et le capital. Même la cupidité financière est un moyen d’obtenir des biens matériels. Le matérialisme et le désir de biens matériels ont transformé l’homme en une « créature avide ». L’essence de la vie pour ces personnes est représentée par les choses et les moyens de les obtenir. Ainsi, l’homme ne trouve pas la paix dans une telle civilisation. La vie se résume à manger, boire et dormir.

En réalité, il s’agit d’une civilisation de la consommation. La consommation de masse de biens et de services devient l’objectif principal de l’homme et le fondement des relations économiques, dépassant souvent les besoins biologiques ou sociaux réels. Les médias publicitaires mondiaux, tels que la télévision, Internet et l’industrie cinématographique, en font la promotion. La conscience simpliste forgée via les réseaux sociaux adapte sa propre vie aux contenus diffusés. La vie idéale montrée par les réseaux sociaux et les films est devenue le rêve des masses. Les foules s’efforcent de l’atteindre, sans réfléchir à leurs propres actions. Tout le monde veut être au centre de l’attention sur les réseaux sociaux. L’individu devient une marchandise. Son objectif principal est d’atteindre un certain statut dans la communauté virtuelle.
Le matérialisme et la soif de biens terrestres légitiment le capitalisme. Les moyens financiers deviennent la principale façon d’obtenir des biens matériels. La cupidité financière est devenue l’esprit dominant du peuple. La paix et la patience ont progressivement disparu. Obtenir de l’argent par tous les moyens est devenu le but des gens. Le jeu, la corruption et l’oppression financière sont présents dans les relations sociales. Il est connu que la résistance à la corruption financière dans les pays ne donne pas de résultats, car les législateurs ne tiennent pas compte des lois de la civilisation.
Dans une civilisation qui façonne l’individu dans l’esprit de la cupidité financière, la résistance à la corruption devient un acte anti-systémique. Malheureusement, les pays ne tiennent pas compte de cette loi et la lutte contre la corruption financière n’est en réalité que démagogie et manipulation. La corruption et le jeu sont enracinés dans le corps de l’économie moderne.
La communauté mondiale suit les idéaux de cette civilisation. Mais il n’y a pas de sentiment de bonheur ni de bien-être. Les valeurs spirituelles n’ont pas de place dans une telle société. L’homme ne connaît pas la finalité de sa vie et avance vers l’incertitude. Le système ne lui permet pas de comprendre des questions plus vastes et plus profondes. Il n’a aucune possibilité de choix. Ainsi, il accepte librement le mode de vie dominant.
Le mode de vie de la civilisation moderne est caractérisé par la consommation extrême et l’hédonisme. Le système civilisateur a créé les conditions pour cela, mais, selon la classe sociale à laquelle appartient l’individu, cela se concrétise à ce niveau. Dans la pyramide sociale, la culture de la consommation et de l’hédonisme extrême constitue la base de cette civilisation. Pour atteindre la consommation et l’hédonisme, l’oppression et la corruption sont institutionnalisées. La crise morale est l’élément principal de cette civilisation, car le système génère la crise. L’hédonisme détruit la moralité. Un tel système mondial peut être défini comme une « civilisation de la luxure », car son objectif principal et ultime est de satisfaire l’ego et la concupiscence par tous les moyens. La situation mondiale actuelle montre les signes d’une civilisation de la luxure.
« Civilisation de la luxure » est un terme philosophique et culturel. Il décrit la société de consommation moderne, où la marchandisation et la culture populaire élèvent les instincts biologiques (quête du plaisir, sexualité et hédonisme) au rang d’absolu, les transformant en moteur de l’économie, de la propagande et du statut social.

En théologie chrétienne, ces concepts se réfèrent aux maladies spirituelles suivantes: la concupiscence de la chair désigne la recherche égoïste des plaisirs physiques (gourmandise, fornication, paresse) et la satisfaction de tous les désirs physiques au détriment de ceux de l’esprit. La concupiscence des yeux est le désir de biens matériels, l’avidité et l’envie. C’est le désir de « posséder » tout ce que l’œil voit. Ainsi, la publicité pour les biens et les objets dans les médias, qui attire l’attention des individus, pousse la personne à devenir avide. Mais il n’y a jamais assez de temps pour tout posséder. À cet égard, tous les conflits entre individus et entre États sont motivés par la possession de biens terrestres. La nature de la civilisation a été décrite en ces termes et l’homme a été défini comme un animal égoïste.
Lorsque l’homme fait de ses désirs matériels, de ses plaisirs et de ses instincts — qui sont en réalité à la base de la survie de la vie terrestre — le but ultime de sa vie, il devient « luxurieux ». Cette immoralité, qui a des effets néfastes aussi bien au niveau individuel que social, est interdite et condamnée dans le Coran et les Hadiths. Tant le christianisme que l’islam ont défini des positions claires et fermes sur ce phénomène, mais dans la civilisation moderne, les valeurs religieuses ne sont plus prises en considération. L’hédonisme et la « civilisation de la luxure » s’imposent dans le monde moderne, en opposition avec les lois religieuses. Les religions du monde sont affaiblies par la « civilisation de la luxure », car cette civilisation s’oppose à leurs valeurs doctrinales. La religion, dans le monde libéral moderne, confrontée à la « civilisation de la luxure », se retrouve contrainte de défendre ses fondements comme un phénomène extrémiste.
La civilisation de la luxure a des racines profondes dans l’histoire humaine, mais elle ne s’est ni institutionnalisée ni systématisée sous sa forme moderne. Ses principaux éléments existaient déjà dans la vie des rois et des courtisans des États du passé et existent encore aujourd’hui. Ce mode de vie a progressivement acquis un caractère de masse. En conséquence du développement de cette civilisation, les gens abordent les phénomènes et les processus sous l’angle de la luxure, de l’ego et de l’instinct sexuel. En l’absence de normes morales et spirituelles capables de transformer un être humain de « bête sexuelle » en personne pensante, l’humanité traverse une profonde crise morale. Pourtant, il n’existe aucun commentaire sur de telles conditions, car il n’est pas clair selon quels critères de valeur il faudrait juger les choses. L’humanité a perdu la conscience de l’essence des valeurs. Elle cherche son salut dans le bourbier de la crise humaine.

Les éléments de la « civilisation de la luxure » existaient déjà dans le passé, et toutes les grandes figures, y compris les prophètes, ont cherché à la combattre. Dans une certaine mesure, ils y sont parvenus, mais avec le temps et l’apparition d’une nouvelle phase historique, les éléments de cette civilisation ont commencé à prospérer. L’émancipation et l’introduction de l’éducation libérale dans le monde, commencées en Europe, ont contribué à la formation de la « civilisation de la luxure » et à son développement jusqu’à l’époque moderne. C’est cette même émancipation qui a éliminé les valeurs religieuses, qui visaient à contrôler et à réprimer l’ego et la concupiscence. Cette civilisation a prétendu que toutes les sphères sociales devaient contribuer à la glorification et à l’institutionnalisation de la « civilisation de la luxure ».
Il a d’abord été nécessaire de modifier l’habillement et la tenue vestimentaire des femmes. Les femmes devaient devenir des objets de propagande pour l’instinct sexuel et la luxure. Cela s’est produit et la modernisation de l’habillement est aujourd’hui acceptée comme un phénomène moderne et contemporain. La nudité féminine, en tant que symbole de progrès, contribue activement à la civilisation de la luxure.

Ce processus a débuté en Europe et a été appliqué comme instrument de modernisation dans d’autres régions du monde. L’objectif de l’exposition du corps féminin est de stimuler l’instinct sexuel du sexe opposé. Lors du processus d’européanisation en Turquie, en Russie et en Asie centrale, les femmes ont été dévêtues, et cela a été fait intentionnellement. Dans les nouvelles conditions, ce processus a pénétré les pays islamiques et se réalise en sous-main dans la « civilisation de la luxure ». La « civilisation de la luxure » vise à transformer la femme en être sensuel. L’histoire a montré que cette pratique se met en place et évolue sans cesse. De cette manière, on cherche à rendre les esprits et les pensées dépendants des instincts sexuels, à travers la diffusion de la pornographie et la transformation des gens en utilisateurs de réseaux sociaux, pour que tout soit vu à travers le prisme de la luxure.
Dans les conditions modernes, les femmes à moitié nues sont utilisées dans la publicité comme puissant stimulus visuel pour attirer l’attention. C’est l’une des méthodes du neuro-marketing qui exploite les instincts biologiques primaires. Dans tout le monde du spectacle moderne – des concours aux concerts, des compétitions sportives aux expositions, des films à tout ce qui est présenté comme divertissement –, on recourt systématiquement à des femmes à moitié nues comme outil publicitaire.
L’objectif principal n’est pas le corps en soi, mais de susciter l’instinct sexuel, de troubler l’esprit et d’inciter à des actes sexuels. Ainsi, cette civilisation cherche à libérer les femmes de leurs responsabilités sociales et humaines afin qu’elles puissent profiter de la vie. La réticence au mariage et à la procréation, qui s’est manifestée chez les femmes, est liée à l’hédonisme. Tout ce qui constitue un obstacle au bien-être des femmes est supprimé par la civilisation libérale. D’autres femmes assouvissent leurs instincts comme elles le souhaitent, par divers moyens. Elles n’ont plus besoin des hommes. L’homosexualité masculine et féminine se diffuse partout. Il en résulte que l’amitié et les relations sincères entre membres de la société se perdent. La société devient un troupeau, chacun ne pense qu’à sa propre pâture. Les gens se considèrent les uns les autres comme une source de satisfaction de leurs propres intérêts. La satisfaction de l’ego et de la luxure devient plus importante que toute autre chose, car telle est l’exigence de la civilisation.
La science, l’éducation, la littérature et l’art légitiment en permanence la « civilisation de la luxure ». L’humanité devient un élément de cette civilisation sous l’égide de la science, de l’éducation, de la littérature et de l’art. Lorsque cette civilisation s’étend par le biais des principales institutions de la société, elle acquiert un caractère systémique. Tant qu’un nouveau système n’est pas mis en place, le système de la « civilisation de la luxure » ne peut être totalement détruit. Dans une société où la science et l’éducation sont les promotrices et les propagatrices des valeurs de la « civilisation de la luxure », il est impossible de préserver une société conservatrice.
De plus, préserver une atmosphère morale et spirituelle dans une situation où les gens sont exposés à des contenus immoraux et où la manifestation des instincts sexuels devient monnaie courante, devient extrêmement difficile. Pour attirer l’attention du public et éveiller leur propre ego sexuel, les femmes accordent une grande importance à la modification de leur apparence (augmentation de certaines parties du corps), et cette situation est devenue une tendance sociale moderne.
Dans les sciences sociales, en particulier en psychologie, une idéologie particulière est imposée aux étudiants. Il s’agit en réalité d’un point de vue, mais il est transmis comme une science. La réalité de la situation éducative montre que l’enseignement de certaines théories conduit à la normalisation de certaines questions intimes entre personnes.
Dans les universités du monde entier, dans l’enseignement des sciences sociales et en particulier de la psychologie, la méthodologie et le paradigme de S. Freud influencent tout le monde. Pour cette raison, l’attitude envers la luxure et la vision sexuelle de l’autre sexe deviennent normales. Sigmund Freud (ci-contre) considère la luxure (l’attirance sexuelle) non seulement comme un instinct biologique, mais aussi comme la principale force motrice de la psyché humaine. Il introduit le concept de libido : l’énergie psychique à la base de tous les désirs d’amour, de création et de plaisir. Il transmet sa propre perception aux autres comme s’il s’agissait d’une science.
Parfois, on trouve dans la science des éléments déshumanisants et immoraux, ce qui signifie que les scientifiques ont ce type de pensée. Ainsi, par le biais de l’éducation et du système éducatif, cet enseignement déshumanisant et immoral pénètre la conscience des masses. Il existe des millions de sites internet qui promeuvent la pornographie, et la débauche est répandue dans la société ; la raison en est que cette attitude existe dans la science.
À titre d’exemple, on peut citer les enseignements biologiques d’Alfred Charles Kinsey. Sa science et son enseignement sur la pornographie, qu’il dispensait aux étudiants universitaires, ont conduit à la corruption morale de la société.
On peut également mentionner les enseignements de Sigmund Freud, considéré comme un pionnier de la psychologie moderne. S. Freud considère l’homme comme un « animal sexuel » et recommande diverses manières de satisfaire les besoins sexuels. Les enseignements de S. Freud deviennent la source de la diffusion de l’immoralité et de la débauche dans la société, mais malheureusement, dans les établissements d’enseignement supérieur, la psychologie est étudiée à travers une « littérature freudienne ».
Le sens de ces propos est que la « civilisation de la luxure » a été renforcée par un fondement scientifique et théorique. Par conséquent, la société, à travers des théories spécifiques, l’éducation et les moyens de diffusion, a établi un lien avec la « civilisation de la luxure » et s’y adapte. Cependant, le développement de la « civilisation de la luxure » a conduit à une dévalorisation réciproque entre les sexes, et, en conséquence, la consommation d’alcool et de substances enivrantes n’est que la pointe de l’iceberg.

Le mode de vie « relâché » est l’idée centrale de la « civilisation de la luxure », qui n’est en réalité qu’extase. Les artisans de cette civilisation créent d’autres moyens et voies pour atteindre l’extase selon la demande et l’époque. Les centres de divertissement, les plages, les spectacles qui mettent à l’épreuve la résistance sexuelle, les films, la pornographie, l’industrie vestimentaire et la musique pop se développent en fonction des besoins sexuels des individus.
Avec le temps, la « civilisation de la luxure » s’est répandue dans les pays aux cultures traditionnelles et conservatrices, conduisant à la destruction de l’ordre social. Progressivement, la honte et la pudeur disparaissent chez les femmes comme chez les hommes, et les actes intimes deviennent la nouvelle réalité sociale.
Selon le classement des pays les plus débauchés du monde (World Population Review), l’Australie occupe la première place. En moyenne, les Australiens ont environ 13 partenaires sexuels, les Brésiliens 9, et la Grèce affiche une moyenne de 10,6. Le Chili, la Nouvelle-Zélande, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse, la Thaïlande et l’Afrique du Sud figurent également dans le top dix. C’est ce mode de vie, reflet de la « civilisation de la luxure », qui s’est répandu au fil du temps et, dans les décennies à venir, de plus en plus de pays apparaîtront dans ce classement. Ainsi, on peut entrevoir une image possible de l’avenir.
L’intelligence artificielle et la technologie numérique moderne ne peuvent ni soigner ni éliminer la corruption de l’humanité. L’homme ne doit pas être considéré uniquement comme un être consumériste, limité à l’ego et à la luxure. Il possède un besoin spirituel particulier. Sinon, pourquoi ressentirait-il à nouveau malaise et tristesse face au développement de la civilisation moderne? La civilisation de la luxure fait disparaître la famille en tant que moyen de développement et de reproduction. D’autres personnes n’ont pas besoin d’une telle unité sociale. Le mariage devient insignifiant à mesure que la famille perd toute valeur. La trahison, l’adultère et la débauche détruisent les familles.
La formation et le développement de la « civilisation de la luxure » sont le reflet de la crise morale et spirituelle. Cette civilisation s’est formée sur la base d’un mode de vie fondé sur l’amoralisme, l’hédonisme et la corruption morale. Elle considère comme son principal accomplissement d’être en phase avec l’ère numérique. Pourtant, il s’agit d’une régression masquée en progrès. Descendre à ce niveau et limiter le bonheur humain à la seule satisfaction des instincts sexuels est une distorsion de l’anthropologie. La promotion sans précédent de la corruption par divers moyens, qui en a fait un mode de vie, ne peut contribuer ni au bonheur ni au développement de l’humanité. La « civilisation de la luxure » s’étend en fonction des conditions du monde, mais son développement est un désastre pour l’humanité. À mesure que la vie mondaine touche à sa fin, nous en découvrons la vérité.
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Ukraine: le MI6 et la CIA paient des dizaines de milliers de mercenaires

Ukraine: le MI6 et la CIA paient des dizaines de milliers de mercenaires
Source: https://www.anonymousnews.org/international/ukraine-mi6-u...
Les lourdes pertes du régime de Kiev dans la guerre en Ukraine obligent ses instigateurs occidentaux à payer à Kiev des contingents de mercenaires toujours plus importants. Douglas MacGregor évoque un chiffre record de plus de 50.000 mercenaires.
par Ernst Fleischmann
Des dizaines de milliers de mercenaires étrangers, financés par le MI6 et la CIA, combattent dans l’armée ukrainienne. Leur nombre s’élèverait à plus de 50.000 hommes, a déclaré le colonel à la retraite de l’armée américaine Douglas MacGregor, ancien conseiller principal du secrétaire américain à la Défense, qui fut également responsable de la planification au sein de l’état-major de l’OTAN lors du bombardement de la Yougoslavie, et occupa un poste similaire lors de la première guerre du Golfe. Il a déclaré sur YouTube:
« J’ai vu des rapports selon lesquels de nombreux mercenaires, c’est-à-dire des non-Ukrainiens en uniforme ukrainien, sont déployés dans la région du fleuve Stary Oskol. J’ai également vu récemment un rapport affirmant qu’au moins 50.000, voire plus, de ces non-Ukrainiens en uniforme ukrainien combattent du côté de l’armée ukrainienne en première ligne. Et ce n’est pas étonnant: l’Ukraine manque de personnel militaire. Il est alors plus simple de laisser le MI6 et la CIA payer des étrangers pour qu’ils se battent pour l’Ukraine – et c’est exactement ce qui se passe. »
Il y a encore deux ans, fin février 2024, ce chiffre était estimé à environ 20.000 hommes par le régime de Kiev lui-même, comme le rapportait alors le Washington Post.
MacGregor a également souligné que, pour les mercenaires, l’argent est aujourd’hui quasiment la seule raison de s’engager dans l’armée de Kiev – notamment au vu des pertes actuelles du côté ukrainien:
« Quoi qu’il en soit, ils trouvent toujours et encore des personnes prêtes à cela. Manifestement, il suffit de mettre une somme importante sous le nez de quelqu’un et d’arranger les choses pour que, par exemple, la famille en profite. »
Le ministère russe de la Défense avait déjà annoncé à plusieurs reprises que des mercenaires venus de Grande-Bretagne, de Géorgie, de Pologne et d’autres pays, notamment d’Amérique latine, avaient été éliminés en Ukraine, estimant les pertes à plusieurs milliers. Le ministère soulignait que le régime de Kiev les utilisait comme chair à canon.
Les soldats de fortune modernes du côté de Kiev ont reconnu, dans de nombreux entretiens, que la direction ukrainienne coordonne mal leurs actions et que leurs chances de survie sont minces — parfois aussi parce que l’intensité du conflit n’est pas comparable à leurs expériences en Afghanistan et au Moyen-Orient.
08:16 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, ukraine, mercenariat |
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lundi, 13 juillet 2026
Pax Silica: l’Europe va-t-elle devenir la vassale numérique des États-Unis?

Pax Silica: l’Europe va-t-elle devenir la vassale numérique des États-Unis?
L’Europe est-elle menacée de devenir, avec la « Pax Silica », la vassale numérique des États-Unis? Tandis que Washington présente cette alliance comme une réponse à la Chine, les critiques y voient la fin de la souveraineté technologique européenne.
Par Yannick Gregory
Source: https://www.freilich-magazin.com/welt/pax-silica-wird-eur...
La semaine dernière, vingt États et organisations – dont l’Union européenne, l’Allemagne et la Grèce – se sont réunis à Washington, D.C., pour rejoindre l’alliance « Pax Silica » menée par les États-Unis, formant ainsi une coalition officielle. Cette alliance a été lancée en décembre 2025 par le sous-secrétaire d’État américain Jacob Helberg (ancien conseiller principal du PDG de Palantir, Alex Karp). L’objectif: coordonner plus étroitement les États participants sur les semi-conducteurs, les matières premières critiques, l’énergie, les infrastructures d’IA et d’autres technologies stratégiques, afin de réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine.
Dans un article intitulé « Le piège de la souveraineté numérique », Helberg explique les principes fondateurs de Pax Silica comme « une coalition de capacités – une façon pour les États qui se font confiance de trouver la meilleure technologie là où elle existe au sein de cette alliance, et d’entrelacer ces forces. Le principe de base est simple et ancien: des partenaires de confiance qui échangent leurs avantages respectifs peuvent accomplir ensemble ce qu’aucun État isolé ne peut réaliser seul. La puissance de calcul de l’un rencontre les ressources de l’autre, les talents d’un troisième et le capital d’un quatrième – et le résultat n’est pas une simple addition, mais une multiplication. »
Entre espoir et dépendance
Pour les Atlantistes européens, Pax Silica a été une confirmation presque rassurante du rôle de leadership internationaliste des États-Unis sous le président Trump. Ainsi, le commentateur allemand en politique de sécurité et partisan d’une intégration plus étroite entre l’UE et les États-Unis, Ulrich Speck, a écrit sur X: «Il serait bien plus sage d’abandonner l’illusion de souveraineté et de considérer l’espace transatlantique comme un espace économique et technologique commun du "monde libre". Séparés, nous ne pouvons pas rivaliser avec la Chine – et la Chine est le véritable défi et la menace pour notre sécurité, notre prospérité et notre liberté».

D’autres voient au contraire dans la vision de Helberg (photo) un sombre avenir pour l’indépendance technologique, économique et politique de l’Europe. Dans un article intitulé «Pax Silica: L’alliance transatlantique qui voue l’Europe à la vassalité éternelle», l’économiste français Julien Pillot écrit: «Si nous passons les prochaines années – voire décennies – à construire des architectures compatibles avec les normes définies par les Américains, l’effet cumulatif ne fera que renforcer la position dominante déjà acquise par les entreprises américaines. Jusqu’au point où le coût d’une sortie sera si élevé qu’il nous liera de fait à une trajectoire de développement technologique contrôlée et dominée par les Américains».
En réaction à Pax Silica, l’analyste allemand en IA Kim Isenberg nomme l’obstacle central qui a fait passer l’Union européenne du statut de défenseur bruyant de l’indépendance technologique à celui de suiveur docile: «L’Europe a parlé pendant des années d’indépendance technologique. Mais lorsque l’IA est devenue réalité, lorsqu’il a fallu parler de puces, d’infrastructures cloud, d’énergie, de matières premières, d’usines de puces et de contrôles à l’exportation, l’Europe a choisi l’intégration dans le système américain».
Pourquoi le temps presse pour l’Europe
Dans l’article désormais viral « Ce que nous risquons si nous ratons la révolution de l’IA », l’initiative Europe 2031 résume l’inquiétude des partisans de la souveraineté numérique en Europe: «Un oracle apparaît soudainement à ta porte et te dit que tu dois te qualifier pour le 200 mètres nage libre aux Jeux Olympiques dans trois ans, sinon le monde s’effondrera. Et tu ne t’entraînes presque pas. Peut-être que tu vas à la salle de sport une fois par semaine. Il n’existe aucune version réaliste où tu te qualifies. Mais l’oracle a raison. Le monde s’effondrera si tu n’y parviens pas. Que devrais-tu faire alors?».
En réalité, l’Europe a encore un long chemin d’« entraînement » à parcourir si elle veut développer, avec les États-Unis et la Chine, des modèles d’IA à la pointe de la technologie. Le premier défi, c’est l’infrastructure: l’Union européenne ne représente que moins de cinq pour cent de la capacité de calcul mondiale pour l’IA de pointe, contre 75% pour les États-Unis et 14% pour la Chine. La plupart des plus grands clusters d’entraînement d’IA et plateformes de cloud au monde sont donc aux mains des Américains. Cela donne aux entreprises américaines un avantage considérable pour attirer les talents, le capital et les clients. Parallèlement, les coûts énergétiques plus élevés en Europe, le marché de l’électricité fragmenté et la lenteur des procédures d’autorisation ont considérablement freiné la construction des centres de données nécessaires pour pouvoir rivaliser technologiquement avec les meilleurs.
22:31 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, intelligence artificielle, pax silica |
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OTAN: l’Europe découvre qu’elle n’a jamais été protégée, mais tenue en laisse par Washington

OTAN: l’Europe découvre qu’elle n’a jamais été protégée, mais tenue en laisse par Washington
par Raphaël Besliu
Source: https://reseauinternational.net/otan-leurope-decouvre-que...
Dans le sillage du sommet de l’OTAN à Ankara, une question que beaucoup préféraient encore taire il y a deux ans s’est invitée sans détour dans les couloirs des chancelleries européennes: que faire si les États-Unis partent? Les responsables de l’Alliance et les dirigeants politiques européens ont commencé, selon le Financial Times, à penser à «l’impensable», une OTAN sans Washington, ou du moins une OTAN radicalement moins américaine. Ce moment de lucidité forcée mériterait d’être salué, si l’on ne mesurait pas à quel point il révèle, derrière l’apparent volontarisme, des décennies d’irresponsabilité stratégique collective.
Une dépendance choisie, une facture présentée
Un représentant français a résumé avec une franchise inhabituelle la séquence ouverte autour du sommet d’Ankara : «Le Groenland a placé l’européanisation de l’OTAN au centre de son agenda. L’Iran a relégué l’européanisation au second plan. Mais de plus en plus, cela devient le seul moyen de sauver l’OTAN». Ce glissement de curseur au gré des crises dit beaucoup. L’européanisation de la défense n’est pas le fruit d’une volonté politique construite, d’une doctrine réfléchie, d’un projet stratégique assumé. C’est une réaction, tardive et contrainte, à la pression américaine. On ne bâtit pas une défense crédible sous la menace d’un abandon.

Le président américain a qualifié l’Alliance de «tigre de papier» sans les États-Unis et a explicitement lié la menace d’un retrait américain au refus de certains alliés d’atteindre 5% du PIB en dépenses militaires, ainsi qu’à leur refus de soutenir la campagne américaine contre l’Iran. On peut contester la méthode, juger le chantage grossier. Mais le diagnostic de fond est difficile à réfuter. Une alliance où un seul membre assure l’essentiel de la dissuasion, du renseignement, de la logistique et du commandement n’est pas une alliance: c’est un protectorat.
Le commandant suprême adjoint des forces alliées de l’OTAN en Europe, Johnny Stringer (photo), l’a lui-même reconnu sans ambages: la doctrine de l’Alliance «s’est arrêtée aux alentours de 1991» et n’a pratiquement pas évolué depuis la première guerre du Golfe.
Trente-cinq ans de stagnation doctrinale dans un environnement stratégique bouleversé à plusieurs reprises. Voilà le bilan réel de la tutelle américaine acceptée sans conditions: une Europe stratégiquement atrophiée, incapable de penser sa propre défense parce qu’elle n’avait jamais eu à le faire.
Un haut responsable britannique a averti que la volonté de l’administration Trump de retirer rapidement ses troupes créait un «moment extraordinairement dangereux». Le danger est réel. Mais il faut avoir l’honnêteté de dire d’où il vient : non pas du retrait américain en lui-même, mais du vide capacitaire que ce retrait révèle. Un continent de 450 millions d’habitants, l’un des premiers pôles économiques mondiaux, qui tremble à l’idée de devoir assurer seul sa propre sécurité, c’est cela, le scandale.
L’argent ne fait pas la stratégie
Les chiffres du réarmement sont présentés comme une preuve de sérieux retrouvé. Les membres non américains de l’OTAN ont augmenté leurs dépenses militaires de 20% l’année dernière, pour atteindre 574 milliards de dollars. L’Allemagne aurait bondi de 24%, à 114 milliards, avec des projections qui la porteraient vers 180 milliards d’ici 2029. Ces montants sont considérables. Ils ne règlent pas la question essentielle.
Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, l’a lui-même concédé: «Nous atteignons pratiquement la limite d’absorption des fonds alloués». Les industries de défense européennes, comme américaines, sont saturées. Les carnets de commandes débordent.
Mais au-delà des capacités industrielles, c’est la question doctrinale qui reste entière. Le responsable britannique cité par le Financial Times le formule nettement: la manière américaine de faire la guerre reposait sur l’emploi d’une force écrasante. Les Européens devront agir autrement, en créant des dilemmes pour l’adversaire, en construisant une «défense en porc-épic». C’est une vision cohérente. Mais elle suppose une pensée stratégique autonome que l’Europe a précisément renoncé à entretenir pendant trente ans.

Dépenser davantage dans le cadre d’une doctrine que l’on n’a pas écrite, avec des équipements dont les standards ont été définis à Washington, en maintenant des structures de commandement intégrées pensées pour la subordination, ce n’est pas de l’autonomie stratégique. C’est du réarmement sous franchise. L’Europe peut doubler ses budgets militaires sans gagner un gramme de souveraineté réelle si elle ne tranche pas les questions politiques fondamentales: qui commande, selon quelle doctrine, pour défendre quels intérêts, définis par qui?
Ce sont précisément ces questions que les responsables européens, à en croire les échanges rapportés autour du sommet d’Ankara, commencent à peine à formuler. Formuler, pas résoudre. Le représentant français le dit d’ailleurs avec lucidité: «Moins d’Amérique, ce n’est pas simplement moins de troupes ou de chars venant à notre secours: c’est une question de savoir comment nous combattrons si nous n’avons pas besoin de combattre comme les Américains». C’est la bonne question. Elle aurait mérité d’être posée en 2002, en 2008, en 2014. Elle l’est en 2026, sous la pression d’une administration américaine qui menace de claquer la porte. L’urgence est mauvaise conseillère en matière de doctrine militaire.
Ce que révèle ce moment, au fond, c’est moins la brutalité de Trump que la fragilité d’une construction sécuritaire européenne bâtie sur le confort d’une garantie extérieure plutôt que sur l’exigence d’une autonomie assumée. Les États-Unis ont intérêt à maintenir leur présence en Europe, c’est un levier de puissance considérable. Mais ils ont aussi la capacité de s’en passer stratégiquement. L’Europe, elle, n’a toujours pas démontré qu’elle pouvait exister sans eux sur le plan militaire. C’est cette asymétrie fondamentale, et non les déclarations de Trump, qui constitue le véritable problème.
Source : Géopolitique Profonde, https://geopolitique-profonde.com/actualite/otan-leurope-...
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dimanche, 12 juillet 2026
Les Verts veulent livrer d’urgence les missiles Taurus à l’Ukraine : ils sont les premiers des bellicistes allemands!

Les Verts veulent livrer d’urgence les missiles Taurus à l’Ukraine : ils sont les premiers des bellicistes allemands!
Tobias Riegel
Source: https://www.nachdenkseiten.de/?p=153561
Avec une récente motion au Bundestag visant à livrer « enfin et sans délai » des missiles Taurus allemands à l’Ukraine, les Verts confirment une fois de plus leur statut de militaristes les plus impitoyables du Parlement. L’exigence des Verts de détruire « des rampes de lancement, des dépôts de munitions et des sites de production » sur le territoire russe à l’aide de missiles allemands est d’une telle irresponsabilité qu’il est difficile de trouver les mots pour fustiger cette option politique. Un commentaire de Tobias Riegel.
Comme le rapportent les médias, les Verts ont déposé mercredi dernier au Bundestag une motion demandant la livraison de missiles de croisière Taurus et d’autres mesures pour un appui encore plus soutenu à l’Ukraine. La motion des Verts se trouve sur format pdf, et on peut notamment y lire:
« Il est en outre nécessaire de permettre à l’Ukraine d’attaquer avec précision des cibles militaires situées derrière le front, afin de réduire durablement la capacité offensive de la Russie. La destruction de rampes de lancement, de dépôts de munitions et de sites de production peut contribuer à diminuer l’intensité des attaques contre la population civile. De telles mesures sont conformes au droit international et servent directement à la protection de la population. Le gouvernement fédéral devrait donc abandonner son blocage concernant la livraison de missiles de croisière et mettre sans délai le Taurus à la disposition de l’Ukraine. »
Le résultat du vote illustre le rôle très radical que jouent les Verts, même parmi les nombreux autres bellicistes qui siègent au Bundestag: selon Abgeordnetenwatch, la motion des Verts a été rejetée par 510 voix contre, et soutenue par 79 voix pour, et une abstention.
« Le parti le plus dangereux du Bundestag »
Ce rejet est certes une bonne chose, mais cela ne signifie nullement que le pacifisme règne désormais au Bundestag en dehors des Verts. Bien sûr, le comportement de vote est aussi lié à la discipline de groupe. De plus, la politique du gouvernement fédéral envers l’Ukraine doit elle-même déjà être qualifiée de radicale, destructrice et dangereuse. Certaines composantes de la CDU sont depuis longtemps favorables à la livraison des Taurus.
Mais il y a toujours plus destructeur, et les Verts assument ici – à l’instar d’un Roderich Kiesewetter par exemple – par leur radicalité particulière sur la question de la guerre, la fonctions de relativiser en comparaison le caractère déjà radical de la politique ukrainienne du gouvernement fédéral. La coalition Noir-Rouge peut alors prétendre: « Voyez, il existe des forces au Parlement qui sont encore plus irresponsables que nous ».
Et l’exigence qui veut que, 85 ans après l’agression allemande contre l’Union soviétique, des missiles allemands détruisent à nouveau des cibles en Russie est d’une telle irresponsabilité que les mots nous manquent pour dénoncer cette posture. À l’ancienne déclaration de Sahra Wagenknecht, selon laquelle les Verts seraient le parti le plus dangereux du Bundestag, les Verts viennent d’apporter une nouvelle confirmation.
19:52 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, bellicisme, allemagne, verts, missiles taurus, europe, affaires européennes |
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La Russie, l’Asie centrale et les enjeux de la politique infrastructurelle

La Russie, l’Asie centrale et les enjeux de la politique infrastructurelle
Leonid Savin
Nous nous trouvons actuellement dans une situation de turbulence géopolitique. D’un côté, pour beaucoup, cela signifie incertitude et instabilité politique. Pour d’autres, c’est un bon moment sur le plan géoéconomique, en particulier pour les acteurs qui restent en dehors des principaux conflits. Les politologues évoquent également l’essor des puissances moyennes, qui saisissent les opportunités existantes pour améliorer leur position en politique, économie, diplomatie et relations internationales.
Dans le même temps, il existe l’opinion selon laquelle, alors que le système mondial passe de l’unipolarité à la multipolarité, nous vivrions un moment « techno-polaire ».
Même les pays technologiquement avancés ou les groupes d’États tels que l’UE et les États-Unis s’inquiètent fortement de leur souveraineté en matière de technologies critiques, notamment la microélectronique et les industries de haute technologie. La raison en est la même: la désindustrialisation des dernières décennies et la tentative d’utiliser la mondialisation pour exploiter d’autres pays vers lesquels la production avait été délocalisée. Mais avec la défragmentation mondiale actuelle, le leadership technologique devient la clé non seulement des avantages économiques, mais aussi de la stabilité géopolitique.
L’instabilité globale nous amène également à réfléchir à la fiabilité des partenaires – les États fragiles pourront-ils, si leur situation politique ou économique se détériore, honorer leurs engagements ?
L’élément de liaison entre tous les acteurs est l’infrastructure. Récemment, un terme spécifique est apparu: l’infra-politique, qui reflète la manière dont les décisions politiques influent sur la situation des systèmes infrastructurels. Tous les États sont des maillons de la chaîne complexe d’interdépendance de l’économie mondiale.
D’autres risques peuvent s’y ajouter. Ainsi, les sanctions peuvent avoir des effets à long terme sur des pays tiers, car en général, elles visent des secteurs de l’économie qui impactent directement la concurrence économique et la capacité de défense du pays. Certains estiment que même le changement climatique peut également constituer une menace pour l’accès aux produits essentiels et aux innovations technologiques.
L’UE, par exemple, en est arrivée aux conclusions suivantes concernant la géopolitique des chaînes d’approvisionnement :
– il existe des risques significatifs liés à la diversification commerciale en raison de la fragilité des États, de la coercition économique et de la vulnérabilité climatique ;
– une stratégie de diversification sera probablement appliquée aux matières premières ou aux composants, plutôt qu’aux secteurs de haute technologie tels que les processeurs de données, les télécommunications ou les superordinateurs, qui nécessitent de lourds investissements pour être viables ;
– les partenariats commerciaux existants de l’UE constituent une bonne base pour la diversification.
En parallèle, l’UE a tenté d’introduire des droits de douane et des mesures restrictives spéciales, espérant ainsi obtenir un avantage concurrentiel. Et la nouvelle politique tarifaire de Donald Trump montre que cela n’apporte qu’une grande incertitude dans les relations transatlantiques (et au-delà), recréant effectivement un régime de grandes puissances plus caractéristique du XIXᵉ siècle que du XXᵉ siècle avec ses guerres mondiales et son système bipolaire de la seconde moitié du siècle. Reste à savoir si les principaux acteurs joueront la même partition ou si chacun aura la sienne.

Il semble que la seconde option soit plus probable et, dans le contexte de la géostratégie, nous devrions porter plus d’attention à l’Eurasie. Géopolitiquement, elle a toujours été le prix convoité par les acteurs extérieurs comme la Grande-Bretagne ou les États-Unis. Il existe une sorte d’idée fixe sur le contrôle de l’Eurasie, que l’on retrouve dans les ouvrages de H. Mackinder, N. Spykman et Z. Brzezinski.
Pour cette raison, la pression sur la Russie – le Heartland de l’Eurasie – se poursuit. Pour la même raison, les pays occidentaux tentent activement de pénétrer en Asie centrale, l’arrière-pays, qui est un lien organique entre le Nord et le Sud, ainsi qu’entre l’Ouest et l’Est de l’Eurasie.
En tant qu’ex-républiques soviétiques, ces pays disposent déjà d’une certaine infrastructure, mais en tant qu’États indépendants, ils ont leurs propres intérêts, souvent en contradiction avec ceux de leurs voisins. Tout d’abord, il existe des disputes constantes sur le contrôle des ressources en eau, rares dans la région, ce qui soulève automatiquement la question de l’hydro-hégémonie. L’énergie est un autre facteur important. Outre les réseaux électriques existants, la possibilité de construire de nouvelles centrales nucléaires est envisagée.
L’entreprise russe Rosatom a déjà des contrats avec le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, où la construction d’unités de production d’électricité est prévue. Des négociations sont en cours avec le Kirghizistan pour la construction de centrales nucléaires de faible puissance. L’accroissement de l’indépendance énergétique grâce à de tels projets aidera considérablement ces pays et réduira les tensions liées à la faim énergétique. Il faut considérer tout cela dans le contexte des défis mondiaux actuels, liés aussi au changement climatique, à l’utilisation de nouvelles technologies comme les centres de données, ainsi qu’à l’extraction continue de minerais, du pétrole et du gaz aux terres rares.
En même temps, il est impossible de ne pas prêter attention aux mythes de la soi-disant économie verte, dont les éléments actifs pourraient avoir un effet indésirable à l’avenir. Par exemple, les panneaux solaires et les éoliennes. En plus du fait que leur fabrication nécessite des composants associés à une production polluante, il n’existe pas de technologie véritablement écologique pour l’élimination des panneaux usagés ou des pales d’éoliennes. Par conséquent, ils ne peuvent pas être considérés comme 100 % respectueux de l’environnement. De plus, il faut tenir compte des rapports de prix des producteurs – la Chine domine actuellement dans ce secteur, où la surproduction de ces produits, ainsi que des véhicules électriques, est manifeste. Dans le cadre de la stratégie « Belt and Road », la Chine procède également à des interventions commerciales dans la vente de systèmes de production d’énergie alternative.

Ainsi, nous observons un type particulier de concurrence, où la Chine possède un avantage évident, puisque ce segment reste demandé par les consommateurs extérieurs.
Si nous continuons à parler de la concurrence dans la région, la Turquie est un autre acteur actif, mais elle tente d’agir par des stratégies culturelles et politiques – à travers l’Organisation des États turciques, en construisant une idéologie artificielle d’identité commune. Parallèlement à la stratégie culturelle et politique, une voie économique est également développée, comprenant la vente de marchandises et l’intérêt des entreprises de construction. Ces entreprises sont théoriquement intéressées par le développement des infrastructures des pays d’Asie centrale, car cela leur permet d’obtenir des contrats de construction.
Cependant, il reste deux acteurs majeurs – l’Iran et l’Afghanistan. Les deux pays ont montré une résilience remarquable face à la pression extérieure, y compris l’usage de la force militaire. Les deux nécessitent une reconstruction et un développement à long terme, notamment par le biais de projets d’importance internationale comme le corridor Nord-Sud, le gazoduc TAPI et bien d’autres initiatives.
Nous avons maintenant dressé un tableau des faits. Cependant, des solutions concrètes sont nécessaires pour mettre en œuvre des stratégies à grande échelle. Cela dépend désormais des dirigeants politiques des pays de la région. Pour sa part, la Russie est intéressée par le renforcement de la stabilité de ce « ventre mou » de l’Eurasie, de sorte que l’élargissement des partenariats en matière de projets d’infrastructures serait dans l’intérêt de Moscou.
18:26 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, géopolitique, russie, asie centrale |
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L’Ukraine devient le fondement d’un nouvel ordre militaire européen

L’Ukraine devient le fondement d’un nouvel ordre militaire européen
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Le sommet de l’OTAN à Ankara doit aboutir à trois résultats: une dissuasion crédible et immédiate dirigée contre la Russie, un nouveau partage des charges entre les États-Unis et l’Europe, et un signal clair à Kiev. Les trois points convergent vers le même axe: l'axe Russie–Ukraine.
L’architecture est déjà claire. Les États-Unis restent l’ancre nucléaire et technologique, mais réduisent leur part dans la défense conventionnelle. L’Europe prend en charge les soldats, la production d’armes, la logistique et les coûts. L’Ukraine continue de se battre. Ce n’est pas une situation temporaire, mais une formule: contenir la Russie, maintenir l’Ukraine comme moyen de pression, transformer l’OTAN pour qu’elle soit dirigée par une puissance moins fiable.
La règle des 5%, décidée à La Haye et mise en œuvre à Ankara, impose un redéploiement qui va bien au-delà des budgets de la défense : il s’agit de passer de la politique sociale à la militarisation. Pour l’Allemagne, cela signifie: elle offrira la plus grande aide européenne à l’Ukraine, installera une nouvelle brigade en Lituanie, jouera un rôle de leader dans la Baltique, et tout cela sera financé par un pays qui débat en même temps de la réforme des retraites et du retard en matière d’investissement.
La véritable faiblesse de cette construction, c’est le temps. L’argent peut être alloué par décision du cabinet. Les officiers, les usines de munitions, la défense antiaérienne, les dépôts de pièces détachées, et la volonté sociale d’accepter de lourdes pertes ne se créent pas en quelques années. Celui qui ne regarde que le pourcentage confond symbolique politique et capacité réelle.
Et dans cette formule, l’Ukraine n’a pas besoin de gagner – elle ne doit simplement pas perdre de façon à ce que toute la nouvelle architecture de défense européenne s’effondre avec elle. C’est pourquoi l’aide se poursuivra, même en cas de conflits, de déficits budgétaires et de mécontentement croissant des électeurs européens. L’aide d’urgence à un pays attaqué devient le pilier de la propre architecture de sécurité européenne, un glissement que personne n’admet ouvertement pour l’instant.
La séparation entre dissuasion et capacité de guerre ne tient pas. Plus les troupes, les états-majors, les dépôts et les voies de communication de l'Allemagne sont intégrés dans les structures de l’OTAN, plus la marge de manœuvre politique en cas de crise se réduit. Une escalade sur le flanc est toucherait les structures allemandes dès la première heure – ce n’est pas un effet secondaire, c’est l’objectif.
À cela s’ajoute le rôle croissant de la Turquie: contrôle de l’accès à la mer Noire, industrie de l’armement en expansion, interface entre la Russie, le Moyen-Orient et la Méditerranée. En contrepartie, Erdoğan exige d’être intégré à la structure de défense européenne – une «OTAN à 360 degrés» qui place les menaces du Sud sur un pied d’égalité avec la Russie. L’Allemagne paie et organise, la Turquie devient une charnière, l’Ukraine un avant-poste, et Washington peut, sans perdre de son influence, se consacrer à d’autres régions du monde. Voilà quel est le véritable partage des charges qui était inscrit à l'ordre du jour à Ankara, donc il ne s'agissait pas seulement de l'aide à l'Ukraine.
L’aspect le plus lourd de conséquences: il n’y a toujours pas de but final qui a été désigné. Isolement de la Russie? Reconquête totale par Kiev? Une impasse militaire qui finirait par imposer des négociations? Sans réponse, la dissuasion devient une préparation sans fin pour atteindre le prochain niveau d’escalade.
Ainsi, le sommet d'Ankara prendra bien plus de décisions que celle d'accorder de nouveaux milliards pour Kiev. Il s’agit d’établir un ordre dans lequel l’Allemagne paie et dirige, l’Ukraine continue de se battre, et les États-Unis, bien que moins impliqués, restent la puissance dominante. Cela peut stabiliser l’OTAN à court terme. Mais de là à dire que cela rend l’Allemagne plus sûre, c’est une autre question.
#geopolitique@global_affairs_byelena
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samedi, 11 juillet 2026
Nord Stream: la plainte que Berlin ne peut plus postposer

Nord Stream: la plainte que Berlin ne peut plus postposer
Elena Fritz
Source : https://t.me/global_affairs_byelena
Pour la première fois, le parquet fédéral allemand a porté plainte en raison du sabotage des gazoducs Nord Stream. Ce n’est pas encore un procès ; la chambre de la sécurité de l’État à Hambourg doit d’abord accepter l’acte d’accusation. Mais rien que l’acte d’accusation suffit à révéler une vérité dérangeante que Berlin aurait préféré refouler.
Serhii K., alors officier d’une unité spéciale ukrainienne, aurait dirigé l’équipe de sabotage composée de sept membres. Il est accusé d’un crime de guerre: l’attaque contre une infrastructure énergétique civile. Des traces d’explosifs retrouvées sur le yacht « Andromeda », des conversations téléphoniques compromettantes depuis sa détention en vue d’une extradition. Les preuves sont considérées comme accablantes.
Et voici la partie du dossier qui, en réalité, devrait faire la une des médias: la défense a affirmé que son client ne pouvait pas être poursuivi, car il avait agi sur ordre d’un État. Immunité fonctionnelle — l’argument qui, habituellement, protège les diplomates et les actes gouvernementaux. La Cour fédérale de justice l’a rejeté. Ce que cela signifie, personne ne devrait l’ignorer: la justice allemande elle-même part du principe qu’un État, que l’Allemagne maintient en vie à coups de milliards, a ordonné une attaque contre une infrastructure critique allemande.
Ce n’est pas un dommage collatéral de la guerre. C’est un allié qui mord la main qui le nourrit, tout en continuant à être nourri.
Trois des quatre gazoducs ont été détruits. Ils avaient été construits pour le marché énergétique allemand, appartenant à la panoplie de l’infrastructure critique de l'Allemagne.
Ce n'était pas une attaque contre des biens infrastructurels russes, mais contre le territoire allemand.
Et Berlin a réagi non pas en réexaminant son soutien à l'Ukraine, mais en l’amplifiant!
Même entre alliés, le récit se fissure. Les tribunaux polonais ont refusé à plusieurs reprises d’extrader les suspects. Pour une partie de la classe politique polonaise, le sabotage était simplement un acte légitime contre les intérêts russes, pas un crime. Si même les alliés ne sont pas d’accord sur le fait qu’il s’agisse d’un crime ou d’une aubaine pour la sécurité de l’Europe, cela devrait faire réfléchir tous ceux qui considèrent la politique inconditionnelle de Berlin comme la seule option possible.
À court terme, le gouvernement allemand séparera justice et politique, invoquera l’indépendance judiciaire, continuera à payer, à livrer. Mais chaque nouveau témoignage à Hambourg rendra plus pressante la même question dérangeante: combien de temps pourrons-nous ignorer que notre propre protégé a peut-être agi délibérément contre nous-mêmes, sans que cela n’ait la moindre conséquence? La charge explosive ne se trouve plus au fond de la mer Baltique aujourd’hui. Elle se trouve dans les dossiers du tribunal supérieur de Hambourg, et Berlin ne pourra pas l’ignorer éternellement.
#geopolitique@global_affairs_byelena
20:35 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gazoducs, allemagne, nord stream, mer baltique, actualité, europe, affaires européennes |
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La City contre la Russie? Derrière la crise européenne, le retour de l’antique guerre entre la mer et la terre

La City contre la Russie? Derrière la crise européenne, le retour de l’antique guerre entre la mer et la terre
par Nicola Bielli
Source : Come Don Chisciotte & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-city-contro-la...
Alors que l’Europe assiste à une nouvelle escalade de la confrontation entre l’OTAN et la Russie, une question demeure en marge du débat public: pourquoi le Royaume-Uni semble-t-il souvent plus déterminé que d’autres pays européens à adopter une ligne de plus en plus dure envers Moscou?
Les explications officielles sont bien connues : défense de l’Ukraine, protection du droit international, sécurité européenne, endiguement des ambitions géopolitiques du Kremlin. Ce sont assurément des arguments pertinents, mais ils ne suffisent peut-être pas à expliquer l’ensemble du tableau.
Pour comprendre les racines profondes de la posture britannique, il faut peut-être regarder ailleurs. Non pas vers Westminster, mais vers le cœur financier de Londres. Non pas vers les récits quotidiens de la guerre en Ukraine, mais vers les structures de pouvoir qui traversent l’histoire britannique depuis des siècles.
C’est ici que la réflexion de l’économiste Richard Murphy offre une perspective originale et provocatrice.
Selon Murphy, l’un des spécialistes les plus connus des dynamiques fiscales et des paradis offshore, la City de Londres n’est pas simplement un quartier financier. Il s’agit d’une structure de pouvoir dotée de caractéristiques exceptionnelles à l’intérieur de l’État britannique.

« Britannia rules the waves » de Nicholas Habbe : Britannia – armée d’une lance, d’un casque et d’un bouclier orné des armes royales britanniques – est assise sur un quadrige aux côtés de Neptune, armée de son trident.
La City of London Corporation, qui gouverne le fameux Square Mile, constitue en effet une anomalie presque unique dans le monde occidental. Les entreprises peuvent y voter lors des élections. Elle dispose de ses propres institutions, de sa propre police et d’un accès privilégié aux centres de décision du pouvoir britannique. Formellement, il s’agit d’une administration locale. En substance, affirme Murphy, elle représente le centre politique d’un réseau financier mondial.
Ce n’est pas un simple héritage médiéval subsistant par inertie. Selon cette interprétation, la Corporation continue d’exercer une fonction précise : défendre les intérêts du capital financier contre toute forme de contrôle démocratique susceptible de limiter sa liberté de mouvement.
C’est une thèse radicale. Mais c’est justement à partir de cette thèse qu’il devient possible de lire sous un autre angle certaines des grandes dynamiques géopolitiques contemporaines.
Au cours des quarante dernières années, le Royaume-Uni a connu une transformation économique profonde. Le pays qui avait porté la révolution industrielle a progressivement réduit le poids de l’industrie manufacturière. Des districts entiers de production sont entrés en crise. Mines, aciéries et chantiers navals ont laissé place à une économie de plus en plus dominée par la finance, les services et la gestion internationale des capitaux.
La City est devenue le cœur battant de ce nouveau modèle.
Londres n’exporte plus principalement des biens industriels. Elle exporte des services financiers, des assurances, des conseils juridiques, des instruments d’investissement et d’intermédiation mondiale.
En d’autres termes, la prospérité d’une partie significative de l’establishment britannique dépend aujourd’hui de la survie d’un ordre international fondé sur la libre circulation des capitaux et sur la centralité des institutions économiques occidentales.
C’est à ce stade que le raisonnement économique se transforme inévitablement en raisonnement géopolitique.
Car chaque système économique développe sa propre vision du monde et sa propre conception de la sécurité.
Historiquement, la puissance britannique fut celle de la mer. L’Empire britannique a bâti sa grandeur en contrôlant les routes commerciales, les échanges maritimes, les assurances et la finance internationale. Il ne dominait pas par la continuité territoriale, mais par les réseaux.


Russie: plaine fertile et steppe.
La Russie a représenté pendant des siècles son opposé.
Une immense puissance continentale, fondée sur le contrôle de l’espace terrestre, des ressources naturelles et de la profondeur stratégique. Une civilisation géopolitique construite autour de la terre, non de la mer.
L’histoire européenne a largement été l’histoire de cette confrontation.
Du Grand Jeu en Asie centrale à la guerre de Crimée, de l’époque tsariste à la Guerre froide, Londres a constamment considéré la Russie comme son principal rival continental.
La fin de l’Union soviétique semblait refermer ce chapitre, mais aujourd’hui, le conflit est revenu.
Et ce n’est peut-être pas une simple coïncidence.
Selon la lecture proposée par Murphy, la City représente l’évolution moderne de la puissance maritime traditionnelle britannique. Non plus une thalassocratie fondée sur les flottes militaires et les colonies, mais une thalassocratie financière reposant sur les flux de capitaux, les marchés mondiaux et le réseau offshore reliant Londres aux anciennes structures de l’Empire.
Dans cette perspective, la Russie n’apparaît pas simplement comme un adversaire géopolitique ; elle incarne quelque chose de plus profond : la persistance d’une logique alternative à celle de la mondialisation financière. Une logique fondée sur la souveraineté de l’État, le contrôle des ressources stratégiques et la capacité de s’affranchir – au moins en partie – de l’influence des grands centres financiers occidentaux.
C’est de là qu’émerge une question inévitable.
Si la centralité de la City dépend de l’existence d’un certain ordre mondial, que se passe-t-il lorsque cet ordre entre en crise ?
La montée en puissance de la Chine, le renforcement des BRICS, la recherche de systèmes de paiement alternatifs au dollar et l’émergence de nouvelles alliances eurasiatiques érodent progressivement les équilibres qui ont caractérisé le monde depuis 1991.
Pour les élites financières occidentales, il s’agit d’une transformation potentiellement historique, et c’est dans ce contexte que certains observateurs interprètent l’activisme croissant du Royaume-Uni dans la crise ukrainienne.Londres s’est souvent retrouvée en première ligne dans le soutien militaire à Kiev. Elle a appuyé des sanctions de plus en plus sévères contre Moscou. Elle a encouragé une posture stratégique particulièrement affirmée dans la Baltique, la mer du Nord et dans les zones de contact entre l’OTAN et la Russie.
Selon la lecture critique proposée par Murphy, ces choix ne peuvent être compris uniquement à travers le prisme de la sécurité militaire.
Ils refléteraient aussi la nécessité de défendre un système économique et financier qui considère toute réduction de sa centralité mondiale comme une menace.
Naturellement, cette interprétation reste sujette à débat. Il n’existe aucune preuve démontrant une direction directe de la City sur les décisions stratégiques britanniques. Il ne serait pas non plus correct de réduire toute la politique étrangère du Royaume-Uni aux seuls intérêts financiers, mais il serait tout aussi naïf d’ignorer le poids que les structures économiques exercent sur les choix géopolitiques des États.
La véritable question concerne alors l’avenir de l’Europe.Si la confrontation avec la Russie continue de s’intensifier, le continent risque de se retrouver à nouveau piégé dans la logique des blocs opposés. Une logique que l’histoire du XXe siècle a déjà montré capable de transformer des rivalités économiques et stratégiques en conflits dévastateurs.
C’est précisément ici que le raisonnement de Murphy prend une dimension inquiétante.
Lorsqu’une structure de pouvoir perçoit la possibilité de perdre sa position dominante, la tentation de répondre par l’escalade peut devenir très forte. Pas nécessairement par choix délibéré, mais comme conséquence d’une logique systémique qui identifie sa propre survie à celle de l’ordre existant.
La question finale demeure donc ouverte.La tension croissante entre l’Occident et la Russie n’est-elle vraiment qu’une bataille pour la sécurité européenne? Ou bien assistons-nous aussi à la réaction d’un système financier mondial qui voit son hégémonie menacée?
Au cœur de Londres, dans ce mile carré qui continue d’exercer une influence disproportionnée sur les affaires du monde, se trouve peut-être une partie de la réponse.
La City de Londres n’est pas simplement un centre financier. C’est le cœur d’un modèle politique, économique et social spécifique, que l’on pourrait qualifier de financiarisme oligarchique transnational. Selon Murphy, le problème n’est pas la finance en soi, mais le fait que la finance soit devenue le principe organisateur de toute la société. Dans ce modèle, le pouvoir ne découle pas principalement du vote, du travail ou de la production industrielle, mais de la mobilité du capital. Celui qui contrôle le capital financier dispose d’un levier de pouvoir supérieur à celui des gouvernements démocratiquement élus. La conséquence en est une transformation profonde de la démocratie. Formellement, les institutions démocratiques continuent d’exister: on vote, on élit des parlements, on forme des gouvernements. Pourtant, soutient Murphy, le champ des décisions réellement possibles est restreint par la nécessité de ne pas perturber les marchés financiers. Les gouvernements peuvent changer, mais à l’intérieur de limites définies par la réaction des investisseurs, des banques, des fonds et de la City.
Il naît ainsi une sorte de démocratie conditionnée. Les élections déterminent qui gouverne, mais ne décident pas pleinement de ce qui peut être fait. La souveraineté populaire est subordonnée à la confiance des marchés.
Dans cette perspective, le système fiscal joue un rôle central. Murphy interprète le réseau offshore britannique non comme une dérive du capitalisme, mais comme l’un de ses instruments fondamentaux. Les paradis fiscaux liés au Royaume-Uni – des Îles Caïmans aux Îles Vierges britanniques, en passant par Jersey et Guernesey – permettent aux grandes fortunes d’échapper à la fiscalité, à la régulation et, surtout, au contrôle démocratique.
C’est de là qu’émerge un second élément du modèle: la séparation entre la richesse et la responsabilité sociale.
Dans la tradition de l’État social européen, ceux qui bénéficient le plus de l’économie contribuent aussi le plus au financement de la collectivité. Dans le modèle dénoncé par Murphy, au contraire, le capital acquiert la possibilité de se soustraire à ce pacte. Les élites économiques deviennent de moins en moins dépendantes du territoire national, tandis que les citoyens ordinaires restent liés à l’État, aux services publics et à la fiscalité ordinaire.
Il se crée ainsi une double citoyenneté implicite: d’un côté, les citoyens ordinaires, soumis aux lois, aux impôts et aux décisions publiques ; de l’autre, le capital mobile, qui peut se déplacer à sa guise, choisir la juridiction la plus avantageuse et menacer constamment de s’exiler.
Selon Murphy, cela produit une forme de chantage permanent. Toute tentative d’augmenter la fiscalité sur les grandes fortunes, de renforcer les droits des travailleurs ou d’accroître les dépenses publiques se heurte immédiatement à l’objection selon laquelle «les capitaux vont partir».
Le résultat est un État progressivement affaibli.
C’est ici qu’émerge le troisième pilier du modèle: la suprématie de la rente sur la production.
Murphy soutient que la centralité de la City a poussé le Royaume-Uni à abandonner progressivement l’industrie manufacturière et les investissements productifs. Au lieu de créer de la nouvelle richesse par l’industrie, la recherche et l’innovation, l’économie est orientée vers la gestion d’actifs financiers, la spéculation immobilière et la valorisation du patrimoine existant. Dans ce contexte, le logement cesse d’être un bien social et devient un investissement.
Les villes cessent d’être des lieux de vie et deviennent des portefeuilles immobiliers. Les entreprises sont évaluées davantage pour leur valeur boursière que pour ce qu’elles produisent. Le capital recherche des rendements financiers immédiats plutôt qu’un développement productif à long terme. La société qui en découle se caractérise par des inégalités croissantes. Une minorité liée aux circuits financiers mondiaux accumule de plus en plus de richesses, tandis que les salaires, les services publics et les investissements territoriaux stagnent. D’un point de vue sociologique, Murphy décrit une société divisée entre :
- une étroite élite financière globale ;
- une classe professionnelle au service de la finance ;
- une majorité de travailleurs et de citoyens qui subissent les conséquences de décisions prises ailleurs.
De là découle aussi une crise de la légitimité démocratique. Si les citoyens ont le sentiment que tout gouvernement doit de toute façon obéir aux mêmes intérêts financiers, la défiance envers les institutions et la politique s’accroît. En effet, pour Murphy, le populisme contemporain ne naît pas seulement de facteurs culturels ou identitaires, mais aussi de la perception qu’il existe deux systèmes de règles: un pour la population et un pour le capital global.
En toile de fond, on devine une conception presque néo-impériale du pouvoir britannique. Murphy suggère que la fin formelle de l’Empire n’a pas éliminé les structures de domination bâties durant l’ère coloniale. Celles-ci se seraient transformées en un réseau financier mondial centré sur la City, capable d’exercer son influence sans contrôle territorial direct.
L’Empire des canonnières aurait été remplacé par l’Empire des flux financiers.
Au final, c’est un modèle de société très précis qui se dessine, ni une démocratie sociale fondée sur le travail, ni un État-nation gouvernant l’économie, ni même un capitalisme productif tourné vers l’industrie, mais un système où le capital financier global occupe le sommet de la hiérarchie, où l’État devient le garant de sa liberté de mouvement et où la démocratie s’adapte progressivement aux besoins de la finance.
Pour Murphy, la City n’est donc pas seulement un lieu géographique au cœur de Londres. Elle est l’expression institutionnelle d’un ordre politique dans lequel la liberté du capital est considérée comme plus importante que la souveraineté démocratique, l’égalité sociale ou le développement productif. C’est la raison pour laquelle il parle non d’une simple réforme, mais d’une véritable transformation constitutionnelle du rapport entre la finance, l’État et la démocratie.
La Grande-Bretagne, et avec elle la vieille Europe, seront-elles sacrifiées par ces élites pour éviter d’avoir à accepter le tournant “telluro-eurasiatique” de l’Histoire?
Sources:
- Richard Murphy, The Joy of Tax (2015) et articles sur le rôle de la "City of London Corporation" et des paradis fiscaux britanniques.
- Susan Strange, Casino Capitalism (1986) et Mad Money (1998).
- Halford J. Mackinder, Democratic Ideals and Reality (1919).
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Évaluation de la bataille d’Ali al-Taher (Liban)

Évaluation de la bataille d’Ali al-Taher (Liban)
Zeinab Al Saffar
Dans la science militaire et stratégique, lorsque les spécialistes parlent de «perte de prestige», ils font référence à l’effondrement de l’image qu’une force militaire a construite autour de ses capacités supposément incontestées. Cet effondrement entraîne de graves conséquences tactiques, stratégiques et psychologiques.
Le concept de « perte de prestige » dans les études militaires peut être compris à partir des fondements suivants :
Premièrement : l’effondrement de l’équation de la dissuasion
Dans la stratégie militaire, la dissuasion repose sur trois éléments: la capacité, la volonté et la crédibilité (ou la perception que l’ennemi a de cette capacité).
La « perte de prestige » signifie que le troisième élément – la crédibilité – a été détruit. Lorsqu’une armée qui possède une supériorité technologique et de feu écrasante échoue à atteindre un objectif tactique apparemment simple, comme la conquête de la colline Ali al-Taher, l’adversaire cesse de croire aux menaces de cette armée. En d’autres termes, l’ennemi cesse de craindre sa puissance car celle-ci n’a pas été traduite en succès concret sur le champ de bataille.
Deuxièmement : l’échec de l’application de la doctrine du «Choc et Stupeur»
Les armées conventionnelles tirent une grande partie de leur prestige du principe de la décision rapide et de la démonstration d’une force écrasante capable de paralyser la réflexion et la capacité de résistance de l’ennemi.
La « perte de prestige » signifie que l’adversaire a absorbé le choc initial, s’est adapté à la puissance de feu intense et n’en est plus intimidé. Cela annule, en pratique, l’impact psychologique traditionnellement associé à l’armement avancé.
La « perte de prestige » signifie donc que l’ennemi a absorbé le choc initial, s’est adapté à la puissance de feu intense et n’en est plus intimidé.
Troisièmement : l’inversion de la logique de la guerre asymétrique
Dans les études militaires sur la guerre de guérilla et les forces irrégulières, un principe largement connu, formulé par Henry Kissinger, affirme:
«L’armée conventionnelle perd si elle ne gagne pas; le guérillero gagne s’il ne perd pas».
Le prestige est perdu lorsqu’une armée conventionnelle se retrouve piégée dans une guerre d’usure. La simple survie et la résilience d’un adversaire face à une force militaire beaucoup plus puissante constituent un coup porté au prestige de l’armée conventionnelle et exposent ses faiblesses opérationnelles.
Quatrièmement : la perte d’initiative due à l’audace croissante de l’adversaire
Le prestige militaire fonctionne comme un bouclier psychologique, décourageant l’ennemi d’entreprendre des actions offensives.
Lorsque ce prestige se détériore, la barrière de la peur est brisée. En termes militaires, cela signifie que l’adversaire abandonne l’attitude de défense passive – se limitant à encaisser les attaques – pour adopter une défense active, voire des actions offensives, incluant embuscades, contre-attaques et attaques contre les lignes de ravitaillement. Ce changement se produit parce que l’ennemi commence à croire que l’armée adverse n’est ni invulnérable ni hors d’atteinte.
Cinquièmement : l’érosion du moral interne
Dans « De la guerre », le théoricien militaire Carl von Clausewitz identifie le moral comme l’un des facteurs décisifs de la victoire.
La perte de prestige affecte non seulement l’ennemi, mais aussi l’armée attaquante elle-même. Lorsque les soldats réalisent que la supériorité de leur entraînement, le soutien aérien et le blindage ne suffisent pas à les protéger de la mort face à un adversaire moins bien équipé, des doutes sur le commandement et sur les capacités militaires émergent. Ces doutes mènent à l’hésitation, à la diminution de l’agressivité et à la baisse de l’efficacité au combat.
Sixièmement : la neutralisation de la supériorité technologique
À l’ère moderne, le prestige militaire repose souvent sur la technologie: puissance aérienne avancée, chars lourdement blindés et systèmes de surveillance sophistiqués.
La perte de prestige, dans ce contexte, signifie que l’adversaire a trouvé des méthodes tactiques efficaces pour neutraliser ces avantages, que ce soit via des réseaux de tunnels, le camouflage, des drones d’attaque à longue endurance ou des armes antichar. Par conséquent, la valeur stratégique de cet arsenal technologique est significativement réduite.
Conclusion militaire
Dans la science militaire, la « perte de prestige » représente le moment où une armée cesse d’être une force capable d’imposer sa volonté par la peur et la dissuasion, devenant au contraire une force réactive, prisonnière d’une guerre d’usure et payant un lourd tribut en vies humaines pour chaque mètre avancé.
C’est le moment où les armées découvrent que la supériorité matérielle – l’acier et la puissance de feu – a été effectivement neutralisée par la supériorité humaine, tactique et adaptative de l’adversaire.
Applications pratiques du concept de perte de prestige
L’incapacité à conquérir un objectif géographique spécifique, tel que la colline stratégiquement importante d’Ali al-Taher – qui domine Nabatieh, la région d’Iqlim al-Tuffah et le secteur nord de la rivière Litani – malgré dix jours d’attaques consécutives et quatre jours de bombardements préparatoires ininterrompus, a des implications militaires et stratégiques qui vont bien au-delà d’un simple revers tactique. Elle touche au cœur même du prestige militaire israélien et de sa doctrine de dissuasion.
La signification de cette « perte de prestige », ainsi que l’importance des pertes rapportées – telles que la mort du commandant du 52e bataillon blindé et la destruction de chars Merkava – peut se résumer ainsi :
1. L’effondrement de la doctrine selon laquelle « la puissance de feu garantit l’avancée terrestre »
Les armées conventionnelles, en particulier l’armée israélienne, s’appuient traditionnellement sur une approche de terre brûlée, utilisant une puissance de feu aérienne et d’artillerie massive pour démanteler les défenses avant l’avancée de l’infanterie et des unités blindées.
L’échec de l’avancée après 96 heures d’attaques continues et de bombardements intenses suggère que le soutien aérien et d’artillerie à grande échelle a perdu une grande partie de son efficacité contre les fortifications souterraines, les réseaux de tunnels et les tactiques défensives dissimulées. Cela affaiblit l’aura d’efficacité longtemps associée à la supériorité technologique et aérienne d’Israël.
2. La supériorité des tactiques complexes d’embuscade sur la technologie
Les pertes en personnel et en matériel – notamment la destruction de véhicules lourdement blindés comme les chars Merkava et la mort d’officiers supérieurs – indiquent que les défenseurs ont réussi à transformer la zone autour de la colline en une « zone de mort ».
L’utilisation simultanée de drones d’attaque à longue endurance, de missiles antichars guidés (comme le Kornet) (photo) et de tirs de mortier démontre la capacité des tactiques de guérilla modernes et des méthodes de combat rapproché à neutraliser des avantages technologiques autrefois jugés décisifs.
3. L’effondrement moral et psychologique et la perte de « l’image de la victoire »
Les armées dépendent de l’élan fourni par des victoires rapides pour maintenir le moral et justifier les pertes auprès de l’opinion publique interne.
Quand une force militaire conventionnelle, considérée comme l’une des plus puissantes de la région, reste incapable pendant des jours d’assurer une seule position élevée tout en subissant des pertes importantes, cette colline cesse d’être un simple objectif militaire. Elle devient un symbole et un fardeau psychologique.
Une telle impasse engendre frustration et perte de confiance parmi les troupes, tout en soumettant les dirigeants militaires et politiques à une pression croissante devant l’incapacité à obtenir un résultat décisif ou à afficher une image claire de victoire.
4. La perte d’une position opérationnelle critique et la complication des opérations terrestres
D’un point de vue strictement opérationnel, la colline Ali al-Taher constitue une position dominante et un appui fondamental.
Le contrôle de la colline serait essentiel pour garantir l’arrière-garde des forces israéliennes et protéger les lignes d’approvisionnement en cas de déploiement prolongé au nord du Litani. L’échec à la capturer expose les forces en progression à un feu constant et à une vulnérabilité opérationnelle, privant toute incursion terrestre dans la zone de valeur stratégique significative et la réduisant à une coûteuse guerre d’usure sans perspective claire.
5. La perte du pouvoir de négociation politique
Israël a souvent intensifié ses opérations terrestres pour créer des faits accomplis sur le terrain, utilisables ensuite comme instruments de négociation.
La perte de prestige, dans ce contexte, signifie entrer dans des négociations politiques ou des discussions sur un cessez-le-feu à partir d’une position d’usure sur le terrain, et non de force coercitive. La résistance continue sur la colline prive Israël de la capacité d’imposer ses conditions et donne à l’adversaire une plus grande influence sur le moment et les modalités de tout accord à venir.
Évaluation finale
La persistance de la résistance sur la colline Ali al-Taher, dans ces circonstances, représente bien plus que la défense réussie d’une position géographique. Il s’agit d’un signe fort de l’érosion du mythe de « l’armée invincible ».
Selon cette analyse, la bataille démontre que posséder les avions les plus avancés et les chars les plus puissants ne suffit plus pour vaincre une force combattante déterminée, qui combine une connaissance approfondie du terrain, des réseaux défensifs sophistiqués et une grande capacité d’adaptation tactique. Il en résulte un processus d’usure matérielle et humaine qui affaiblit progressivement le pouvoir de dissuasion sur lequel Israël a bâti une grande partie de son prestige militaire au fil des décennies.
15:36 Publié dans Actualité, Polémologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, polémologie, liban, israël |
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La nouvelle grammaire de la guerre

La nouvelle grammaire de la guerre
Zeinab Al Saffar
Source: https://zeinabsaffar.substack.com/p/the-new-grammar-of-war
La nouvelle grammaire de la guerre : sept concepts qui ont redéfini les règles en 2026
Les guerres de demain ne se gagneront pas sur le champ de bataille — elles se gagneront dans l’esprit, l’économie et l’écosystème informationnel de l’ennemi.
C’est la leçon brutale et éclairante de 2026. Ce qui a émergé de ce conflit, ce n’est pas simplement un nouvel ensemble de tactiques. C’est une nouvelle philosophie du pouvoir — qui rend dangereusement obsolètes nombre d’hypothèses héritées de l’Occident concernant la guerre, la dissuasion et la victoire.
La victoire n’est plus ce que vous croyez
Oubliez l’anéantissement. Le stratège moderne ne cherche pas à détruire l’ennemi — il cherche à le paralyser. La nouvelle définition de la victoire, c’est l’ingénierie de la « paralysie systémique » : une condition dans laquelle l’adversaire conserve son matériel militaire mais perd la capacité cognitive et institutionnelle de l’utiliser de manière cohérente. Par la perturbation ciblée des systèmes financiers, des réseaux de commandement et des artères de l’information, un État peut être réduit d’un acteur souverain à un dépendant sous gestion — ses choix politiques étant silencieusement pris en otage par des chaînes d’approvisionnement et des infrastructures technologiques contrôlées par le vainqueur. La conquête est invisible. La défaite est permanente.
La guerre existentielle ne concerne pas la survie — elle concerne le contrôle de la réalité
Le conflit de 2026 a mis en avant un concept qui mérite beaucoup plus d’attention qu’il n’en reçoit : la guerre pour la souveraineté épistémique — le droit de définir ce qui est réel. Grâce à des deepfakes générés en temps réel par l’IA et à une désinformation élaborée avec précision, on peut dépasser la propagande du siècle dernier et passer directement à la déconstruction cognitive : le démantèlement systématique des fondations logiques qui maintiennent les croyances partagées d’une société.
Lorsqu’assez de « vérités » contradictoires inondent simultanément l’espace informationnel, le résultat n’est pas simplement de la confusion — c’est un nihilisme informationnel, une paralysie de la volonté collective où les citoyens ne peuvent plus organiser de réponse cohérente à l’agression, car ils ne peuvent plus s’accorder sur ce qui se passe. L’ennemi n’a pas besoin de bombarder vos villes. Il lui suffit d’assassiner votre sens commun de la réalité.

La géographie comme arme : le réseau de dissuasion distribuée
L’axe qui s’étend de Téhéran à Beyrouth, Bagdad et Sanaa n’est pas une alliance politique au sens traditionnel. C’est une architecture de dissuasion distribuée — un réseau volontairement décentralisé conçu pour rendre toute frappe décisive géométriquement impossible. Aucune frappe unique ne peut neutraliser tous les nœuds simultanément. Mais surtout, le véritable levier du réseau n’est pas militaire — il est géoéconomique. Contrôlez simultanément le détroit d’Ormuz et le Bab el-Mandeb, et vous ne menacez pas un pays. Vous menacez l’économie mondiale. Le conflit local devient une crise internationale. La pression pour désamorcer la situation se déplace du champ de bataille vers les salles de conseil à Pékin, Bruxelles et Washington.
La doctrine de la politique du bord du gouffre: quand l’abîme devient stratégie
La « gestion du bord du gouffre » — l’art de danser sur le fil de la catastrophe pour obtenir des concessions politiques — est entrée dans une nouvelle phase en 2026. Lorsque les menaces ont atteint le langage de l’effacement civilisationnel, le calcul a été entièrement transformé. La réponse n’a pas été la retraite, mais la clarification : une doctrine de punition catastrophique qui lie la survie des intérêts énergétiques et économiques de l’adversaire à la survie de l’État ciblé. L’abîme a cessé d’être une situation d’urgence. Il est devenu une politique opérationnelle permanente — un fait géopolitique que nul acteur régional ne peut se permettre d’ignorer.
La patience stratégique active : gagner en attendant — mais jamais passivement
C’est peut-être le concept le plus mal compris de la littérature stratégique contemporaine. La « patience stratégique active » ne consiste pas à encaisser les coups jusqu’à ce que la situation évolue. C’est une doctrine offensive déguisée en retenue. Le principe est simple et redoutable : les grandes puissances et les armées technologiquement supérieures ont une tolérance limitée pour les conflits ouverts sans issue. En évitant le coup décisif unique — qui pourrait provoquer une riposte écrasante — et en poursuivant plutôt ce que l’on pourrait appeler la « stratégie des mille coupures », un adversaire moins puissant peut éroder systématiquement la légitimité politique, les réserves économiques et la cohésion sociale d’un ennemi plus fort. L’objectif est d’amener l’adversaire à un point d’effondrement spontané — non pas en le battant sur le terrain, mais en rendant sa propre survie insoutenable.

La diplomatie de terrain : le champ de bataille comme table de négociation
En 2026, les opérations militaires ne précédaient pas les négociations — elles étaient les négociations. Chaque missile, chaque frappe de drone, chaque gain territorial était simultanément un message diplomatique, un vote émis en temps réel à une table de négociation invisible. C’est la « diplomatie de terrain » : la doctrine qui considère les succès militaires tactiques comme des clauses contraignantes dans un accord politique qui s’écrit alors que les combats continuent. Le langage de cette diplomatie n’est pas l’argument juridique — c’est la réalité opérationnelle. Lorsque l’adversaire tente de relever ses exigences politiques, la réponse n’arrive pas sous forme de communiqué, mais sous la forme d’une frappe recalibrée. La ligne de front ne détermine pas seulement les résultats militaires ; elle détermine ce qui est politiquement possible.
Le pouvoir de ce que l’adversaire ignore
Le dernier — et peut-être le plus élégant — des concepts émergés en 2026 est la dissuasion par l’ambiguïté délibérée. Après avoir subi de lourds revers en 2024, la capacité démontrée du Hezbollah à surprendre tactiquement en 2026 a transformé l’ignorance elle-même en arme. En maintenant un écart persistant entre les capacités déclarées et les capacités réelles, une force combattante peut paralyser entièrement l’appareil décisionnel de l’ennemi. Lorsque les commandants ne peuvent pas évaluer précisément ce à quoi ils sont confrontés, ils sont contraints de se préparer au pire — et les scénarios du pire ne sont presque jamais ceux qui autorisent l’action offensive. L’inconnu devient un mur. L’arsenal invisible devient la dissuasion la plus efficace de toutes. L’élément de surprise plane sur le paysage.
En Résumé
Ce que 2026 a établi, avec une clarté inconfortable, c’est que le paradigme dominant de la guerre du XXe siècle — force écrasante, victoire décisive, reddition claire — cède la place à quelque chose de bien plus complexe et bien plus durable. La nouvelle grammaire de la guerre s’écrit en paralysie fonctionnelle, manipulation épistémique, réseaux distribués, catastrophe gérée, patience structurée, diplomatie de terrain en temps réel et instrumentalisation de l’incertitude.
Les États et les stratèges qui apprendront à lire cette grammaire couramment façonneront la prochaine ère de l’ordre international. Ceux qui n’y parviendront pas se retrouveront échec et mat face à des adversaires qu’ils auront constamment sous-estimés — non parce que ces adversaires étaient plus forts, mais parce qu’ils avaient compris les nouvelles règles du jeu tandis que les autres jouaient encore selon les anciennes.
14:23 Publié dans Actualité, Polémologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guerre, polémologie |
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vendredi, 10 juillet 2026
Pathologies du petit univers «Antifa» gauchiste et woke

Pathologies du petit univers «Antifa» gauchiste et woke
Werner Olles
L’essai pathographique qui suit, rédigé par un profane en médecine, est une première tentative de saisir les diverses psychoses des gauchistes « Antifa » et wokistes, dans le but de culbuter durablement la phalange des bien-pensants organisés. Il ne prétend pas avoir reconnu et traité tous les aspects de manière exhaustive. Mais au moins, plus personne ne pourra prétendre à l’avenir qu’il n’a rien su des troubles psychiques, ni remarqué que le caractère totalitaire des gauchistes « Antifa » et woke est, depuis longtemps, devenu une menace grave et mortelle pour toutes les personnes et organisations politiques et médiatiques non de gauche.
Quiconque a vu et entendu la soi-disant « conférence de presse » du groupe d’extrême gauche qui a organisé la manifestation ratée contre le congrès de l’AfD à Erfurt, à la télévision ou sur Youtube, et a reconnu le caractère psychotique des messages hallucinés, se demande à juste titre comment il a été possible de refouler pendant des décennies les racines pathologiques du néo-« antifascisme ». Comment a-t-on pu ignorer si facilement le dossier médical de personnes marquées par la folie, comme ce porte-parole du groupe susmentionné, qui se faisait appeler Noa Sander et, en outre, se présentait comme un homme biologique maquillé, en perruque et vêtu de vêtements féminins – présentant ainsi deux graves maladies mentales à la fois? Si l’on ne connaissait jusque-là de telles révélations fanatisées que de sectes tombées dans le délire religieux, il s’est avéré ici que les groupes «Antifa» d’extrême gauche, dès qu’ils bénéficient de reconnaissance publique et d’attention médiatique, peuvent produire sur commande des réactions et des interprétations anormales, proches du délire, en raison d’un état d’esprit particulier – dans ce cas, dû à leur défaite qu'il est impossible de nier, puisqu’ils n’ont pas pu empêcher le congrès de l’AfD. En réalité, de telles hallucinations n’apparaissent généralement pas isolément, mais sont associées à des hallucinations, une circonstance qui facilite grandement le diagnostic.

Dans ce cas précis, les hallucinations paranoïaques des extrémistes de gauche « Antifa » consistent à désigner les partis conservateurs ou nationaux de droite, ou populistes de droite comme l’AfD, de « fascistes » – ou, selon leur expression genrée, de « FaschistInnen » – qu’il faut combattre par tous les moyens, y compris la violence. Cette psychose est paranoïaque-hallucinatoire dans la mesure où il n’y a jamais eu de fascistes en Allemagne, et il n’y en a bien sûr pas aujourd’hui. Les extrémistes de gauche «Antifa» confondent ici le national-socialisme allemand -qui d’ailleurs n’était ni de droite ni réactionnaire, mais qu’il conviendrait plutôt de qualifier de national-socialisme totalitaire avec des éléments de gauche et populaires- avec le fascisme romain classique, qui différait fondamentalement du national-socialisme allemand, tant sur le plan programmatique que sur le plan politique réel. Mussolini voulait un État autoritaire fort, tandis que le national-socialisme détruisait l’État au sens propre; Hitler parlait du «mouvement», du parti, du peuple allemand, et le mot «État» ne franchissait pratiquement jamais ses lèvres.
Il est cependant totalement inutile de proposer nos propres récits, historiquement bien fondés, comme contribution au discours, aux extrémistes de gauche «Antifa». Leurs formes de croyance rigide ne permettent pas de débattre intellectuellement avec leurs ennemis politiques, car le délire et la croyance y sont liés dans une certitude subjective inébranlable, et ils ne peuvent donc être ni touchés ni ébranlés par des certitudes contraires. Au contraire, il s’opère une survalorisation compensatoire de soi chez les woke et les extrémistes « Antifa » de gauche, qui se reconnaissent désormais comme porteurs de sens. Sur le chemin de la psychose, les manifestations de masse comme à Erfurt marquent le sommet du développement délirant progressif, comme on a pu le constater lors de la soi-disant « conférence de presse » à Erfurt.
Selon l’état actuel de la recherche, la psychiatrie clinique distingue trois groupes de maladies: les psychoses organiques, les schizophrénies, ainsi que les troubles névrotiques de la personnalité, la débilité mentale et les déviations sexuelles. Contrairement à tous les autres syndromes psychiques, on observe ici des troubles formels et des troubles relartifs au contenu de la pensée sans altération majeure des capacités intellectuelles. Les plus typiques sont ici le délire de persécution, les perceptions délirantes et les idées surévaluées. La forme la plus fréquente est la schizophrénie paranoïde-hallucinatoire chronique, avec des idées délirantes définies et des illusions sensorielles caractéristiques. D’un point de vue médico-historique, le «wokisme»/extrémiste de gauche est la chronique d’une histoire médicale qui se manifeste par des hallucinations accompagnatrices et des formes délirantes.

En réalité, cependant, les conséquences imprévisibles des activités que des schizophrènes paranoïdes-hallucinatoires peuvent générer ont jusqu’à présent été gravement sous-estimées, y compris et surtout par la soi-disant Nouvelle Droite intellectuelle. C’est pourquoi les extrémistes de gauche «Antifa» parviennent à déclencher des rébellions, à instaurer des systèmes de société totalitaires et à exercer une violence sanglante, qu’ils annoncent même par écrit et oralement, tout en agissant temporairement dans leurs partis-mères et ONG où ils apparaissent comme des imposteurs déguisés et des notables pieux, accédant même à de hautes et très hautes fonctions d’État et, surtout, trouvant leur place attitrée dans les médias de service public.
Nous soulignons à nouveau que ce petit essai a été rédigé sans compétence scientifique spécialisée, mais qu’il ne s’agit pas, ici, de diagnostics spéculatifs. Malheureusement, nous n’avons pas non plus de conseils à donner sur la manière de traiter les maladies constatées chez les extrémistes de gauche «Antifa». Les états extatiques, la superficialité intellectuelle, l’ignorance et la grossièreté hostile, souvent objectivés dans une extase médiatique avec un comportement anormal et asocial, sont certes relativement faciles à reconnaître, mais il est d’autant plus difficile et dangereux de gérer des personnes qui présentent de tels symptômes.
Comme déjà expliqué, les discussions sont totalement vaines; il serait plus utile de saboter leurs actions par des désinformations, des manipulations et des contre-activités ironiques. Et une chose est également vraie: s’il y avait en Allemagne vraiment quelques milliers de véritables fascistes, comme les extrémistes de gauche « Antifa » les hallucinent, nous n’aurions probablement pas ce problème. Il ne reste donc plus qu’à espérer qu’un gouvernement AfD interdira «l’Antifa», que la justice laxiste sera remplacée par les peines les plus sévères pour la terreur «Antifa», et que les ONG de gauche, inféodées au gouvernement et soutenant les auteurs de violences d’extrême gauche, seront enfin asséchées financièrement.
21:51 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : actualité, antifa, pathologies politiques |
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Hégémonie et Empire. Prolégomènes à une étude sur l'hégémonie. Les dilemmes récurrents, la grande politique et la philosophie de la vie

Hégémonie et Empire. Prolégomènes à une étude sur l'hégémonie. Les dilemmes récurrents, la grande politique et la philosophie de la vie
Irnerio Seminatore
Table des matières
L'Hégémonie et son "ideal type"
Wilhelm Dilthey et l'historicisme allemand
La philosophie de la vie comme philosophie anti-métaphysique
Paradoxes et dilemmes récurrents
Hégémonie, politique planétaire et Empire
* * *
L'Hégémonie et son "ideal type"
Au regard d'un voyageur des siècles, les dimensions d'une hégémonie frappent l'esprit de l'observateur, par la force puissante du changement, le choc de ses créations originales, la fascination d'un passé immémorial et l'engouement d'un futur de conquêtes La multiplicité des savoirs, dont témoignent les villes, les monuments et les gloires anciennes s'additionnent à l'admiration de palais princiers, à la ferveur d'ateliers ordonnés, à la rigueur de bureaux studieux et au travail collectif de ses arsenaux , car un pays hégémonique est un chantier impressionnant de techniques, une ruche débordante en ressources, en projets et en espérance.
Il s'agit ici d'un "idéal type" d'hégémonie, proche cependant de la réalité.
Or l'essence d'une hégémonie repose sur sa philosophie, l'âme d'une hégémonie, dont la géopolitique en fait la cosmopole d'un espace stratégique indépendant et souverain. La forme immatérielle d'une hégémonie demeure cependant son idéologie, qui est son double, popularisé, démultiplié et sournois, où les personnes rassemblent à leurs idées, de convertis récents ou de militants éprouvés.

Nous retrouvons ces divers éléments dans les témoignages du grandiose et du spirituel, en Egypte, dans la Grèce ancienne, dans l'empire de Rome, dans le Saint Empire Romain Germanique, puis en Espagne, en France, en Grande Bretagne, en Allemagne, dans le soviétisme et aux Etats-Unis.
Des pyramides aux satellites spatiaux et à la conquête du cosmos, autant de témoignages probants, car toute hégémonie a une histoire, une conscience, une démesure et une limite.
De manière générale, là où il n'y a pas de philosophie de la vie, comme conscience de soi, il ne peut pas y avoir de grandeur ni de grande politique, et avec elle, une image du monde.
Partons de la philosophie, non seulement comme soubassement d'un pouvoir montant ou, mieux encore, de la Machtpolitik de l'Allemagne en expansion des XIXe et XXe siècles, mais comme source d'inspiration sur le nationalisme, la souveraineté et, en même temps, comme facteur d'une "autre" régulation internationale.

Wilhelm Dilthey et l'historicisme allemand
Le maître à penser, donc à penser le "vécu" des individus et des peuples, a fait de l'expérience et de la vie elle-même, le substrat fondamental de toute forme d'affirmation historique, est Dilthey.
Avec Wilhelm Dilthey, la philosophie de l'histoire s’écarte aussi bien de la catégorisation abstraite de l'idéalisme hégélien que de l'abstraction rationaliste de Kant, pour revenir vers les faits concrets et immédiats du monde historique, à la conscience de l'historicité que les événements suscitent chez les acteurs du devenir.
Ce "vécu" n'est pas constitué d'actes cognitifs isolés et, de ce fait, aléatoires, transitoires et fragmentaires, mais des éléments d'une vie sociale intense et hard, individuelle et collective, qui renvoient à la totalité et à l'agir sur la totalité, ou sur le système des forces, selon le langage des systèmes.
Le caractère dynamique de cette totalité s'exprime par l'épanouissement global de toutes les potentialités d'un ensemble sociétal, spécifique et singulier. Ces éléments, en leur forme symbolique, juridique, institutionnelle ou culturelle engendrent identité, appartenance et cohésion et, en leur manifestations publiques, solennité, rites et croyances.
Le ritualisme de la geste hégémonique, comme ensemble de récits épiques ou poétiques, qui racontent les exploits légendaires ou historiques de héros, chefs de guerre ou souverains, ou les foires et les fêtes folkloriques et populaires des bons vieux temps révolus, charpentent les autres figures de la grandeur d'une prééminence civilisationnelle et culturelle de l'histoire en devenir.
Cependant une hégémonie se prévaut d'un autre fondement théorique, une asymétrie de statut politique, constitué par la supériorité de rang d'une communauté ou d'un peuple, que cette dominance a pour but de pérenniser, faire proliférer et magnifier. Or, toute pérennisation d'une supériorité, devenue privilège engendre nécessairement jalousie, convoitise et hostilité.
Apparaît alors une politique de force et d'alliances pour faire face à ces sentiments d'hostilités et la guerre offre ses exploits sanglants, comme moyen de contrainte, pour faire taire ces rivalités. La guerre a été masquée, en son pur concept, au Moyen Âge, par la théorie de la "guerre juste”, autrement dit, par une justification éthico-religieuse dans l’usage de la violence.
A titre d'exemple, dans la tradition russe, à l'opposé de la tradition occidentale et du réalisme rationnel de Machiavel, jouant à la force et à la ruse, cette justification n'est pas passée par la voie du formalisme juridique, mais par la priorité accordée à la vérité sur la force. Cette idée est exprimée avec une parfaite clarté dans "Le Discours sur la Loi et la Grâce" du métropolite Hilarion de Kiev (du XIe siècle) (icône, ci-contre), selon lequel la "Loi" de l’Ancien Testament, comme règle extérieure, est distinguée de la "Grâce" du Nouveau Testament, comme loi intérieure de vérité et comme pratique naturelle du pouvoir. Elle a été légitimée par la conformité à la métaphysique d'une justice divine supérieure.
Guerre et religion ont fait partout bon ménage tant en Occident qu'en Orient, et, dans la tradition russe, l'idée, attribuée au prince Alexandre Nevski que: "Dieu n’est pas dans la force, mais dans la vérité", a défini pendant des siècles la philosophie russe du conflit. La légitimité du combat et la victoire finale ne pouvaient appartenir qu'à la justesse métaphysique de la "ligne" politique choisie, celle de la cause défendue. Une thèse de la "troisième Rome", devenue plus tard soviétique et successivement révolutionnaire et tiers-mondiste.
La philosophie de la vie comme philosophie anti-métaphysique
Cependant une philosophie ne serait pas ce qu'elle est, en son essence, un questionnement perpétuel sur le "sens", si la tâche de la philosophie était de construire des métaphysiques, au lieu de comprendre les divers moments à travers lesquels l’homme en est venu à se réaliser dans le siècle et, en même temps, à saisir les liens qui unissent l’individu à la société de son temps. En ce sens, la philosophie de Dilthey peut aussi être définie comme une sorte de relativisme historique, bâti sur l'expérience, car elle entend historiciser tout produit de la pensée et toute épreuve vécue, montrant le lien nécessaire qui existe entre l’homme et son temps, entre la partie et le tout, au delà de toute métaphysique.
On peut dire en synthèse que la philosophie de Dilthey repose sur les aspects fondamentaux suivants:
- la valorisation de l’individu, contre toute généralisation de type idéaliste (reprenant à son compte, les “révoltes” anti-hégéliennes de Schopenhauer, Kierkegaard et Nietzsche ainsi que les principaux représentants de l'historicisme allemand E. Troeltsch, F. Meinecke et en anticipant sur M. Heidegger et K. Jaspers
- la traduction en objectivité du monde "subjectif" de l’histoire;
- la réhabilitation de la dimension émotionnelle et non rationnelle de l'homme en ses multiples connexions organiques.
Ces présupposés nous amènent à ce point au débat sur les études classiques, souvent présentées comme des oppositions entre tradition et progrès, conservatisme et réformisme radical, lorsque la distinction essentielle se situe au contraire dans l'ordre stratégique, entre les acteurs et les sociétés qui considèrent le savoir civilisationnel comme un atout visionnaire et décisionnel et les acteurs et les pays qui le voient comme un détour lointain, inactuel et périmé.
Aussi les décideurs de la multipolarité de notre temps, Washington, Moscou ou Pékin cherchent dans les hégémonies du passé des cadres d'action pour penser l’avenir, se tournant tantôt vers la vision du monde hellène et homérique, tantôt vers la théologie et la morale du christianisme primitif.
Ainsi la question n'est pas de savoir si les questions du passé sont pertinentes, mais s'il y a dans l'histoire des interrogations récurrentes et paradigmatiques

Paradoxes et dilemmes récurrents
Nous constatons avec étonnement que le monde classique continue à susciter des questionnements jusque dans l'Empire du milieu et par la voie même du céleste Xi Jinping, évoquant le "piège de Thucydide". En effet, il y a des questions qui résistent obstinément à l'oubli et à l’obsolescence et qui ne peuvent se décliner qu'en termes de paradoxes et de grands dilemmes d'action, internes ou internationaux. Dans nos systèmes politiques occidentaux l'ordre interne semble susciter davantage d'intérêt auprès des opinions et quelques-unes des questions-clés de leur univers mental occupent l'esprit citoyen. Nous en regroupons ici les plus incisives et les moins facilement solubles pour les régimes établis:
Quelles sont, de nos jours, les formes politiques saines et corrompues décrites jadis par Aristote et comment une démocratie décline-t-elle?
Y a-t-il affaiblissement de l'esprit de liberté et comment assurer liberté et sécurité?
Peut-on dissocier responsabilité et autorité et faire obstacle aux dérives autoritaires des pouvoirs?
Qu’est-ce qu'un ordre politique légitime?
Qu'est-ce qui corrompt les élites, en les éloignant du peuple et qu’est-ce qui soude une société ou une nation?
Le pouvoir peut-il s’exercer sans démesure?
L'ordre interne demande-t-il de la violence ou peut-il se suffire d'un choc d'autorité?
La scène internationale peut-elle se passer de la guerre et se contenter de la diplomatie, de la finance ou du "doux commerce"?
Hégémonie, politique planétaire et Empire
La confusion entre hégémonie et empire a été entretenue par les "media" mainstream, à propos des "déboires supposés" de l'Administration Trump, en ce qui concerne la rencontre de Trump et de Poutine à Anchorage, les déclarations de Pete Hegseth à Munich, les relations entre l'Amérique et l'Europe au sujet de l'Alliance atlantique et de la sécurité globale, l'attaque des Etats Unis et d'Israël contre l'Iran, ou encore la rencontre de Trump et Xi Jinping et la redéfinition des rapports globaux des forces dans le monde.

Par ailleurs, un nouveau concept de guerre et une nouvelle relation entre conventionnel et nucléaire s'établit, pour mesurer la force ou la puissance. Cet ensemble de facteurs influe sur la conduite et la vision des Européens et plus loin sur l'unité de l'Occident. Sur tous ces sujets la connaissance diplomatique et historique aura à débattre et à faire preuve de subtilité dirimante. Cependant il est indéniable de ne pouvoir renier l'isolement de l'UE et de clarifier, aux yeux de tous, toutes les répercussions de la discorde dans leur camp, en démystifiant le rôle des structures de pouvoir, des hommes et de situations controversés et aujourd'hui peu claires.
Ainsi un rappel simplifié de la théorie permettra de mieux saisir l'essentiel et de relever, dans la gangue entretenue, les responsabilités et les défaillances respectives des différents acteurs de la scène mondiale.
Si, en effet, au niveau du système international, le paradigme essentiel est la stabilité et, en termes de devenir, le changement, l'erreur d'évaluation ou de compréhension d'une décision sur le moyen ou sur le long terme, falsifie l'appréhension d'une conjoncture.
Ainsi, pour revenir au concept de stabilité, cette dernière interfère sensiblement dans la distinction entre l'Hégémonie et l'Empire, car cette distinction repose sur la gestion stratégique du système des forces. Pour mieux préciser, la notion d'Hégémonie se différencie de la notion d'Empire, car la première implique une relation dialectique entre coercition et consensus et la deuxième met en œuvre une logique de domination, de verticalité, de hiérarchie et de bureaucratisation entre une multiplicité de souverainetés militaires. La distinction entre les deux termes semble reposer davantage aujourd'hui sur l'exercice d'un contrôle libéral et informel (Hégémonie) plutôt que formel et direct (Empire).
Dans ce contexte, "la paix par l'empire" apparaît comme liberticide, même si elle vient d'une démocratie impériale comme les États-Unis et se donne pour but de façonner les relations internationales au bénéfice de ses propres intérêts et sur la base d'une gestion lockienne (Hobson), ou d'une "gestion non territoriale" (S. Strange).
En réalité, l'extension de cette gestion à une économie financiarisée et interconnectée, sécrète une bureaucratie immense, qui n'a cure de résoudre les dilemmes des politiques de sécurité à l'intérieur des relations néo-impériales et post-occidentales (USA/UE, USA/FR, USA/ISRAËL...).
Ces dernières peuvent être lues comme des répliques des conduites des puissances coloniales des XIXe et XXe siècles. En agissant plus dangereusement que les vieilles Nations, l'UE, à l'ère des hégémonies planétaires et des conceptions multipolaires du monde, a conçu et conçoit la multipolarité en termes de contrepoids et la guerre régionale (Russie/Ukraine), distincte et disjointe du conflit global et bornée à l'échiquier européen.

Quant à la stratégie maritime dans l'Indo-Pacifique (Ormuz) et en Extrême Orient (Chine/ Japon, Corées), ou dans le Pacifique Sud (Australie, Nouvelle Zélande), l'ensemble européen ignore ou feint d'ignorer les buts maritimes de l'ami (les Etats-Unis) et les ambitions historiques (Taïwan) de l'ennemi systémique (la Chine). Ainsi, la notion d'Hégémonie, qui se réfère le mieux au système international d'aujourd'hui, anarchique, multipolaire et partiellement décentralisé, mais extraordinairement interconnecté, est celle de "Puissance hégémonique globale", une puissance inclusive et "hors-limites" vis à vis de laquelle l'Europe n'a conçu ni une grande stratégie ni une Grande Politique de type coopératif. Elle joue désormais contre celle-ci, en posture de puissance subordonnée, contre ses intérêts et sa survie historique, à défaut de puissance et faute de vision et de leadership.
Dernière publication
Irnerio Seminatore, Paix et Guerre dans la Grande Politique. La Société Planétaire, le destin de l'Occident et la fin de la civilisation européenne. Edition Godefroy de Bouillon (février 2026).

15:48 Publié dans Actualité, Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : irnerio seminatore, actualité, hégémonisme, empire, théorie politique, politologie, sciences politiques, wilhelm dilthey |
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jeudi, 09 juillet 2026
Europol: un réseau criminel de 400.000 membres issus de 118 nations terrorise l’Europe

Europol: un réseau criminel de 400.000 membres issus de 118 nations terrorise l’Europe
Source: https://report24.news/europol-400-000-koepfiges-verbreche...
Des bandes étrangères réalisent d’immenses profits partout en Europe. Le récit officiel de l’UE sur « l’enrichissement par les frontières ouvertes » entre en collision frontale avec la réalité bien visible en notre continent: un tout nouveau rapport d’Europol montre qu’une immense vague de criminalité transnationale déferle sur l’Europe. L’Europe « ouverte et colorée » est devenue un paradis pour le crime organisé.
Un « magnifique kaléidoscope » de 118 origines différentes, qui tue à travers toute l’Europe, viole des femmes, trafique de la drogue et laisse derrière lui une traînée de dévastation? Est-ce cela que les élites de l’UE avaient en tête lorsqu’elles répétaient à tour de bras le mantra «La diversité est notre force»? Et pourtant, c’est la dure réalité à laquelle le continent doit désormais faire face. L’Europe se retrouve confrontée à une criminalité organisée plus sophistiquée, plus transnationale et résistante que jamais.
Selon Europol, il ne s’agit plus de simples bandes de rue, mais de véritables « entreprises criminelles ». Les principaux acteurs sont surtout des bandes de migrants albanais, turcs, marocains et autres, qui dominent le trafic de drogue, le racket, la traite d’êtres humains et la violence de rue brutale.
Explosion de la criminalité: des chiffres hors de contrôle
Dans son tout dernier rapport « Decoding the EU’s Most Threatening Criminal Networks » (édition 2: https://www.europol.europa.eu/publication-events/main-rep...), Europol a identifié 731 réseaux criminels très actifs opérant sur le territoire de l’UE. Plus de 400.000 membres issus de 118 nationalités différentes y seraient impliqués. Cela représente un quintuplement en seulement deux ans – même si cela s’explique en partie, selon les responsables, par une nouvelle méthode de comptage. L’Hydre de la pègre ne se laisse pas abattre si facilement. Sur les 821 réseaux recensés par Europol début 2024, 76 % ne sont plus considérés comme les plus menaçants – mais la direction d’Europol avertit qu’il ne faut pas y voir une victoire.
Le directeur adjoint d’Europol, Jürgen Ebner, a reconnu à Bruxelles que les réseaux démantelés sont immédiatement remplacés par la concurrence. 533 groupes totalement nouveaux ou nouvellement découverts ont directement pris la place de leurs prédécesseurs. « Toute forme de criminalité est alimentée en ligne, accélérée par l’IA et la technologie », souligne Ebner. Ces groupes nagent dans l’argent, utilisent les méthodes les plus modernes, achètent leur impunité par la corruption et fonctionnent comme des cellules internationales connectées.
Sous le couvert d’activités légales
La constatation sans doute la plus alarmante du rapport est qu’environ 85% des réseaux les plus dangereux utilisent désormais des structures d’entreprises tout à fait légales pour dissimuler leurs activités criminelles. La frontière entre l’économie légale et le crime organisé devient presque indiscernable.
Le commissaire européen autrichien à l’Intérieur et à la Migration, Magnus Brunner, l’a exprimé lors d’une conférence de presse: «Il ne s’agit pas de bandes de rue, mais de véritables syndicats du crime multinationaux». Tout comme de grandes entreprises légitimes, ils recherchent des marchés rentables et s’implantent de façon ciblée. Des avocats, des comptables et des agents immobiliers sont délibérément recrutés pour injecter discrètement les profits illégaux dans l’économie réelle.

Le trafic de drogue (cocaïne et drogues de synthèse) reste le moteur principal. Mais les tentacules des syndicats s’étendent désormais à la cybercriminalité, le trafic de migrants (un secteur florissant grâce aux frontières ouvertes), la fraude et le blanchiment d’argent. Particulièrement pernicieux: 6% de ces réseaux recrutent délibérément des enfants de 8 à 17 ans pour des tâches illégales – allant de la livraison de drogue à l’exercice d’une violence physique extrême. Les plus jeunes sont utilisés pour de telles activités précisément parce qu’ils ne sont pas encore pénalement responsables.
Mais pour lutter contre la criminalité organisée, Europol violerait aussi ouvertement les lois existantes (selon Report24: https://report24.news/ueberwachungsstaat-europol-bricht-s...), tandis que Bruxelles souhaite doter l’agence de police de plus d’argent, de personnel et de pouvoirs. Dans le même temps, les eurocrates empêchent la transmission de données essentielles sur les passeurs de l’agence européenne de garde-frontières Frontex aux forces de police (ce que Report24 a également signalé: https://report24.news/die-eu-verbirgt-geheime-schlepper-d...). Cela aussi fait partie de l’Europe la plus « colorée » que nous ayons jamais connue.
19:56 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : criminalité, narco-trafics, europe, europol, affaires européennes |
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Pologne et Ukraine: un voisinage brisé

Pologne et Ukraine: un voisinage brisé
Varsovie/Kyiv. Le conflit, observé depuis longtemps, entre la Pologne et l’Ukraine s’intensifie. Pourtant, les deux pays dépendent l’un de l’autre: l’Ukraine a besoin de l’aide militaire polonaise et du réseau logistique du pays, par lequel le soutien occidental transite vers l’Ukraine; mais, inversement, la Pologne a aussi besoin de l’Ukraine comme zone stratégique tampon.
Cependant, les relations entre les deux pays sont depuis longtemps tendues, et récemment le conflit a connu une nouvelle escalade. Les racines de cette discorde plongent profondément dans le passé. Durant la Seconde Guerre mondiale (1943/44), des unités de la soi-disant « Armée insurrectionnelle ukrainienne » (UPA) ont assassiné, sur les arrières de la Wehrmacht, des dizaines de milliers de paysans polonais en Volhynie et en Galicie orientale, alors occupées par les Allemands. Ces territoires avaient été – de façon très contestable – attribués à la Pologne en 1921 lors du traité de Riga; dans les années suivantes, Varsovie y installa intentionnellement des paysans polonais pour poloniser la région. Aux yeux des nationalistes ukrainiens, cette mesure était profondément indésirable. Lorsque la Pologne fut envahie et partagée en 1939 entre les Allemands et les Soviétiques, ils virent là une occasion d'entrer en action.

En Pologne, cela n’a jamais été oublié. Depuis quelques années, il existe même une journée nationale de commémoration des massacres de Volhynie. Dans ce contexte, il a été perçu comme une provocation que le président ukrainien Zelensky ait permis, fin mai, à une unité spéciale des forces armées ukrainiennes de porter le titre honorifique de « Héros de l’UPA ». De plus, Zelensky souhaite, selon un projet de loi actuel, faire inscrire dans un mémorial les noms de tous les « héros » ukrainiens – y compris ceux des combattants de l’UPA de 1943/44. Ici, il n’y a donc aucune volonté de confronter au passé de manière critique.

La réaction de la Pologne ne s’est pas fait attendre. À Varsovie, on envisage de retirer à Zelensky la plus haute distinction du pays, l’Ordre de l’Aigle blanc (photo), qui lui avait été décernée il y a quelques années pour le renforcement des relations amicales entre les deux pays.
Aujourd’hui, ces relations sont au plus bas. Récemment, l’échange prévu de 14 chasseurs polonais MIG-29 contre des drones ukrainiens a également échoué. Le ministre de la Défense Władysław Kosiniak-Kamysz a en outre déclaré: «Tant que Kyiv honorera les membres de l’Organisation des nationalistes ukrainiens et sa branche militaire, l’Armée insurrectionnelle ukrainienne, Varsovie ne donnera pas son accord à l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne».
Le Premier ministre polonais Donald Tusk a également laissé entendre que le soutien à l’Ukraine pourrait être réduit: la Pologne porte en effet la principale responsabilité de toute la frontière orientale de l’UE.
Le grand bénéficiaire de tout cela est Moscou. Le Kremlin peut observer avec satisfaction l’érosion progressive de l’alliance occidentale autour de l’Ukraine (mü).
Source: Zu erst, juillet 2026.
18:03 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pologne, ukraine, europe, affaires européennes |
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Billet d’Écosse, écrit avec fureur

Billet d’Écosse, écrit avec fureur
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/dalla-scozia-con-furore/
On sait très peu de choses sur Lara Bird. Seulement qu’elle a été élue à la Chambre des Communes lors d’une élection partielle.
Et, somme toute, cela ne nous intéresse guère d’en savoir plus, sinon qu’elle a prêté serment de fidélité à la Couronne britannique en croisant ostensiblement les doigts, en guise de superstition. Et après avoir déclaré que sa fidélité allait, uniquement et exclusivement, à l’Écosse.
Un geste symbolique, bien sûr. Et, probablement, sans aucune valeur politique.

Cependant, il indique clairement une réalité que, pour la plupart, nous ne connaissons pas.
Et que nos médias taisent, par simple ignorance ou par évidente mauvaise foi.
La Grande-Bretagne n’est pas un heureux paradis, une monarchie de pacotille avec le roi Charles portant sa couronne de travers, la chevaline Camilla, les petits princes et les princesses…
C’est l’un des deux principaux centres du pouvoir financier et politique mondial. Une forteresse d’intérêts gérée par des cercles très restreints. Et dont la Couronne est à la fois partie intégrante et paravent.
Et les peuples de Grande-Bretagne – Anglais, Écossais, Irlandais, Gallois – subissent une destruction systématique et délibérée. De la part de ces soi-disant élites qui célèbrent le multiculturalisme, le remplacement ethnique, la pseudo-culture Woke et LGBT.
L’ex (heureusement qu'il s'en va!) Premier ministre Starmer en a été un fervent champion.
Et cela s’est vu lors de la dernière réception publique, où il a été acclamé comme un héros par les activistes LGBT. Et surtout au fait qu’il n’a montré aucun signe de contrition pour la politique qu’il a longtemps menée. Ni pour les nombreux désastres qu’il a provoqués.

Donc le monde britannique est en révolte.
Farage progresse rapidement, défendant les revendications du peuple anglais contre ceux qui ont cherché, et cherchent encore, à le marginaliser et à le remplacer.
L’Ulster est de nouveau en armes. Mais cette fois, il ne s’agit plus d'une lutte entre catholiques et protestants, mais d’un rejet d’une immigration sauvage qui voudrait remplacer les Irlandais.
Et d’Écosse arrive Lara Bird. Elle revendique fièrement son identité écossaise. Sa fidélité à l’Écosse, à son histoire, à ses traditions. À son peuple.
Un signal clair, comme je le disais.
Le centre du mondialisme économique doit commencer à s’inquiéter. Et non plus à cause d'oppositions extérieures et lointaines.
La fracture est entièrement interne désormais. Et elle n’en est qu’à ses débuts.
17:23 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lara bird, actualité, écosse, grande-bretagne, royaume-uni, europe, affaires européennes |
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Europe: le premier problème urgent est celui d’un leadership

Europe: le premier problème urgent est celui d’un leadership
Parution de « La nécessité d’un leadership européen » – Préface de Gennaro Malgieri
par Gennaro Malgieri
Source: https://www.barbadillo.it/131894-leuropa-e-il-primo-probl...
Vient de paraître l’ouvrage de Maria Teresa Manuela Ruggieri, La necessità di una leadership europea (= La nécessité d’un leadership européen - 522 pages, 25 €, sur Amazon). Nous publions ci-dessous la préface de Gennaro Malgieri.
Maria Teresa Manuela Ruggieri est une analyste économico-politique qui, depuis longtemps, place au centre de sa réflexion la question de l’Europe. Son expérience la conduit à « naviguer » parmi les tempêtes du Vieux Continent, sans se contenter d’en décrire la crise culturelle, en plus de la crise financière. L’inconsistance politique européenne, nous fait-elle comprendre, remonte à loin, comme elle l’avait déjà écrit dans son précédent essai sur le sujet, Europa Nazione, dont le présent volume n’est pas seulement un approfondissement, mais représente le cœur du problème de la crise européenne : l’absence d’un leadership continental authentique et identifiable, capable de se placer au centre de l’Europe pour l’unifier, après les vains efforts des soixante-dix dernières années.
On ne peut certainement pas dire, comme le suggère Mme Ruggieri, que notre continent soit l’amalgame d’intérêts convergents : les nations ont depuis longtemps engagé une guerre fratricide qu’elles dissimulent lors des sommets de la Commission européenne, du Conseil de l’Europe ou dans les balbutiements inconsistants de cénacles comme le Parlement européen où, au lieu de trouver cette indispensable cohésion entre États, on s’occupe de sujets futiles et éloignés des intérêts réels des citoyens européens, qui se soucient peu des « matières » traitées, qu’il s’agisse de la taille des légumes ou des ingrédients de la pizza.
Sans parler du fait que les institutions représentatives européennes ressemblent de plus en plus à des agences de voyage, pompeusement qualifiées de « diplomatie parlementaire ». Il n’est donc pas surprenant que les « choristes » de l’Europe imaginaire puissent se retrouver un peu partout, même dans les ambassades les plus lointaines et les plus insignifiantes de la planète, toujours sous prétexte de construire de nouvelles relations plus rentables.
Alors que, comme l’écrivait Paul Valéry, les États européens, arborant des sourires hypocrites, se livrent une guerre fine et continue qui n’intéresse désormais plus personne, comme celle des Bourguignons et des Armagnacs, le continent désuni meurt d’inanition, incapable de trouver un véritable leadership ayant la volonté de l’unir politiquement, condition préalable à la création d’une véritable puissance capable, dans un monde multipolaire, de ne pas se faire gifler par les États-Unis, la Russie, la Chine et même par les BRICS, nouveaux venus à la table du pouvoir mondial.
De façon très réaliste, Mme Ruggieri ouvre son livre par deux questions incontournables. « Comment l’Europe peut-elle redevenir maîtresse de son destin? En retrouvant son rôle historique, ou simplement en développant et créant une Europe plus forte, une Europe-État unie, devenant une Nation-État?». Et elle apporte une réponse à laquelle aucun européiste de façade ne pourrait ni ne devrait se soustraire: "En tout cas, l’Europe doit se réapproprier sa géopolitique, en consolidant sa nation de 450 millions de citoyens, en augmentant son PIB, jamais inférieur à celui des États-Unis, et en cherchant à faire face aux menaces des multinationales chinoises, aux crises provoquées par des agresseurs non négligeables comme la Russie, et même à affronter, avec une grande habileté et diplomatie, le modèle américain moderne à la Trump, avec des échappées vers Musk, nouvel entrepreneur avancé, non seulement technologiquement mais aussi politiquement, animé d’une grande soif d’avenir".
Programme vaste, aurait dit le général Charles De Gaulle, qui, peut-être ensemble et sur le long terme, aurait pu être réalisé avec Adenauer, Schuman, De Gasperi puis transmis à des continuateurs comme Margaret Thatcher et Angela Merkel. Mais c’est, aussi difficile soit-il, un programme qui subsiste et qui sait s’il se réalisera jamais. Cela ne pourra se produire avec cette classe politique querelleuse, égoïste et inconsistante ; il sera bien difficile que l’Europe, en tant qu’État national (pour reprendre la vision de Mme Ruggieri), parvienne à se réaliser dans les soixante-dix ans qui restent avant la fin de ce siècle : ce sera pour le prochain centenaire, si jamais l’on commence à poser les pierres du nouvel édifice continental.
Le leadership esquissé dans les pages de ce livre n’est pas seulement politique au sens strict. Il concerne les élites dirigeantes européennes culturelles, économiques et même morales. Est-il utopique d’en discuter aujourd’hui ? Je crois que si, à ce moment le plus crucial de l’histoire mondiale après la Seconde Guerre mondiale, que nous vivons actuellement, le danger et la nécessité agissent chez les gouvernants et chez ceux qui donnent le ton à notre époque, il sera possible de jeter les bases du nouveau monde et donc de reconsidérer l’Europe comme un sujet actif et non subalterne de la politique mondiale. Mais pour donner sens à cette hypothèse, il faut un réalisme qui fait objectivement défaut pour l’instant, et surtout fait défaut le sens du bien commun, cet équilibre dont parlait Edmund Burke, chef de file des conservateurs.
Et à propos de conservateurs, de cette extraordinaire école de pensée et de vision du monde, de sentiment moral et d’allumage de nouveaux feux plutôt que de s’attarder à contempler la cendre mourante du passé, Mme Ruggieri écrit : « Nous avons besoin d’une vision politique, fortement identitaire, qui n’annule pas nos exigences nationales, dans une perspective de dépassement d’une forme nationaliste, mais qui s’inscrive dans une programmation économique pragmatique, susceptible d’améliorer et d’apporter un bénéfice à nos cultures économiques nationales, particulières et différentes, non seulement par leur connotation géographique mais aussi géopolitique. Le respect et l’unité dans la diversité doivent générer une vision et un centre politique réformateur, qui consolide nos identités dans une perspective européenne, afin de viser un nationalisme supranational européen, porteur d’un souverainisme identitaire, d’une Europe-Nation où les particularités nationales européennes soient le pivot de la souveraineté retrouvée. »
Et elle ajoute : « Les conservateurs sont justement conscients d’un nouveau défi naissant, l’Europe subit une transformation structurelle, la complexité du décisionnisme politique ne peut plus être reléguée à des nations majoritaires, mais doit s’étendre dans un cadre parlementaire diffus, où la pluralité des forces et des groupes politiques doit être le pivot européen.
Aucun changement politique ne peut faire abstraction de la conservation de son passé de valeurs, de son histoire, de ses mémoires ; aucun phénomène social ne peut envisager l’avenir dans un processus de réformes sans tenir compte des faits et des événements ; une évolution dans un sens conservateur porte avec elle des sentiments qui se concrétisent en valeurs intemporelles ; l’inclusivité de ces valeurs permet une croissance telle qu’elle peut soutenir un nouveau sujet politique, un nouveau mouvement conservateur, moderne et d’avant-garde, réformateur, où le nationalisme, dans une perspective européenne, devient l’élément de développement de la souveraineté supranationale elle-même. »
Paroles claires, projets compréhensibles, définitions qui n’ouvrent pas la voie à l’équivoque. Certes, le conservatisme comme « vision du monde » peut inspirer un projet novateur, mais il n’épuise pas le problème du leadership européen si celui-ci ne trouve pas, dans les racines de son histoire et dans la préfiguration du temps nouveau à conjuguer avec sa propre tradition, tout sera vain.
L’esprit du temps, comme nous le savons, n’est pas des meilleurs, mais nous avons le devoir de protéger ce que nous avons hérité de millénaires et dont nous ne pouvons nous passer. La redécouverte, c’est la défense de la souveraineté européenne, premier devoir auquel nous devons consacrer nos efforts. Une Europe en laquelle nous pouvons croire, comme nous le rappelèrent les intellectuels conservateurs, menés par Roger Scruton, le penseur contemporain le plus influent (1944-2020) selon le New Yorker, réunis le 7 octobre 2017, qui écrivirent dans la Déclaration de Paris, au premier point: «L’Europe nous appartient et nous appartenons à l’Europe. Ces terres sont notre maison ; nous n’en avons pas d’autre. Les raisons pour lesquelles l’Europe nous est chère dépassent notre capacité à expliquer ou à justifier notre loyauté envers elle. Ce sont des histoires, des espoirs et des affections partagés. Des coutumes établies, et des moments de pathos et de douleur. Des expériences enthousiasmantes de réconciliation et la promesse d’un avenir commun. Des paysages et des événements communs se chargent d’une signification particulière : pour nous, mais pas pour d’autres. La maison est un lieu où les choses sont familières et où l’on est reconnu, aussi loin que l’on ait pu voyager. Voilà la vraie Europe, notre civilisation précieuse et irremplaçable. L’Europe est notre maison. »
Nous, en tant qu’Européens, ne pouvons pas nous laisser confisquer notre maison. Mais nous avons besoin de ceux qui la protègent, l’entretiennent, l’aiment. C’est pourquoi un leadership européen est indispensable. Et à ceux qui, dans nos contrées, pensent devenir vassaux, vasseurs ou vavasseurs d’un nouveau puissant, nous avons le devoir de nous dresser contre les assaillants, d’où qu’ils viennent, avec la force de notre volonté et de la tradition que nul ne devra effacer.
16:22 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Livre, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livre, actualité, europe, affaires européennes, maria teresa manuela ruggieri |
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mercredi, 08 juillet 2026
La Chine, leader dans 69 des 74 technologies clés. Mais elle a besoin d’une Europe qui ne pense pas qu’à la guerre

La Chine, leader dans 69 des 74 technologies clés. Mais elle a besoin d’une Europe qui ne pense pas qu’à la guerre
Enrico Toselli
Source: https://electomagazine.it/la-cina-leader-in-69-delle-74-t...
Des puces Nvidia ? Non, merci. La Chine, qui jusqu’à avant-hier était désespérément à la recherche de technologies de pointe dans le secteur, peut désormais se passer de nombreuses importations. Et c’est l’Occident, maintenant, qui achète des licences chinoises dans les secteurs technologiques et même dans la pharmaceutique. Selon l’Australian Strategic Policy Institute, « la Chine est désormais leader dans 69 des 74 technologies clés ». Ceci grâce, également, à une recherche universitaire de très haut niveau.
Les États-Unis – précise l’agence Agcnews – dominent encore dans le secteur aérospatial et dans la conception de semi-conducteurs, mais la Chine est déjà leader dans les véhicules électriques, les batteries, les drones, la robotique et l’automatisation industrielle. Pékin a atteint la parité avec l’Union européenne dans le secteur pharmaceutique et a désormais presque rattrapé les États-Unis dans l’intelligence artificielle.
Pour Xi Jinping, il faut continuer à développer l’économie réelle, tandis que l’économie financière – tant appréciée aux États-Unis et en Europe – doit être mise au service de la première.
Tout va bien, voire très bien, pour Pékin, donc. Mais pas tout à fait. Car cette grande croissance, cette hégémonie conquise dans de nombreux domaines, a besoin d’un débouché. Cela peut sembler paradoxal, si l’on croit à la définition de Trump à propos du communisme chinois, mais Pékin a absolument besoin de plus de marché. Extérieur, car le marché intérieur ne suffit pas.
À l’avenir, il y aura les autres pays asiatiques, et les pays africains. Mais pour le présent, il faut l’Europe. Et si l’Union européenne n’était pas dirigée par une bande d’incapables et d’obstinés, le Vieux Continent profiterait de la conjoncture favorable pour conclure des accords de coopération. En profitant des technologies chinoises pour combler le grave retard accumulé. Mais au lieu de cela, les bouffons « eurotoxiques » ne pensent qu’à la guerre.

19:25 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, chine, europe, affaires européennes, asie, affaires asiatiques, technologies |
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La Doctrine de Douguine: une analyse de la multipolarité dans la politique étrangère russe - Garantie de souveraineté ou nouvelle stratégie impériale?

La Doctrine de Douguine: une analyse de la multipolarité dans la politique étrangère russe
Garantie de souveraineté ou nouvelle stratégie impériale?
Martin Kovac
Source: https://www.facebook.com/martin.kovac.3511
Introduction : Un changement de paradigme (la différence entre l’assimilation par la mondialisation et la diversité multipolaire)
Pour comprendre le conflit géopolitique mondial actuel et le rôle du concept de multipolarité, il est nécessaire de soumettre les récits occidentaux dominants à une analyse critique. Les sciences politiques euro-atlantiques partent souvent du principe que toute grande puissance émergente aspire à l’hégémonie et à l’assimilation complète de ses voisins. Les appels russes à la multipolarité sont donc souvent interprétés par les analystes occidentaux comme un simple écran de fumée masquant une expansion impériale traditionnelle et une quête de domination régionale au détriment des petits États.
Cependant, les racines philosophiques et métapolitiques de ce concept suggèrent une autre interprétation, dans laquelle le point de vue occidental apparaît comme la projection analytique de ses propres schémas de pouvoir. De ce point de vue, le processus de mondialisation mené par le centre euro-atlantique est perçu comme une tentative d’homogénéisation absolue de l’environnement international, d’effacement des frontières et d’unification des cultures et systèmes politiques divers sous la bannière d’une idéologie universelle unique. Pour ce modèle de mondialisation, l’existence de toute identité indépendante et distincte est un obstacle à éliminer, que ce soit par l’exportation d’institutions, la pression économique ou le soutien à des acteurs non étatiques de la société civile.

La théorie de la multipolarité trace une frontière stricte face à cet universalisme. Un modèle alternatif d’ordre « continental » des relations internationales ne peut, par nature, être fondé sur l’absorption et l’unification. Au contraire, il vise à établir un système structuré qui servirait d’architecture de sécurité pour freiner l’homogénéisation globale. Pour que ce système multipolaire soit fonctionnel et puisse résister aux pressions assimilationnistes de l’universalisme libéral, il doit reposer sur la coexistence de centres de pouvoir distincts, stables et culturellement indépendants (des pôles).
Selon cette logique, une grande puissance qui construit un ordre multipolaire ne cherche pas à détruire les États souverains, à condition que ces États constituent des unités politiques cohérentes et fonctionnelles. Au contraire, il est dans son intérêt stratégique de protéger de tels acteurs indépendants (même s’ils sont de petite taille) et de coopérer avec eux.
L’existence de centres de pouvoir diversifiés légitime empiriquement le système multipolaire lui-même et démontre que le projet de mondialisation unipolaire peut être stoppé. Alors que le modèle occidental vise l’intégration dans un cadre mondial unifié, la vision multipolaire privilégie un système de relations internationales basé sur une démarcation claire et le respect des différences civilisationnelles. Le texte qui suit examinera donc l’hypothèse selon laquelle la multipolarité pourrait, paradoxalement, représenter une authentique garantie de survie politique pour les petits États dotés d’une forte identité culturelle.

Fondements théoriques d’un modèle alternatif de grande puissance (Hégémon protecteur vs. puissance assimilationniste)
Pour comprendre pourquoi le concept multipolaire peut offrir une garantie de sécurité aux petits États-nations, il est essentiel de distinguer, sur le plan théorique, l’approche hégémonique occidentale du concept de grande puissance eurasienne traditionnelle. Il s’agit de deux modèles structurellement distincts d’organisation de l’arène internationale.
Définition d’une grande puissance traditionnelle : parapluie sécuritaire versus intégration systémique
L’influence euro-atlantique est souvent définie, dans les textes métapolitiques étudiés, comme assimilatrice et prédatrice. En étendant ses institutions, elle transforme économiquement et idéologiquement les territoires subordonnés, conditionnant la coopération à l’adoption de ses propres normes sociales, de sa conception des droits humains et du marché global. Ce système n’insiste pas sur la souveraineté des frontières, mais vise plutôt à créer un espace mondial unifié où les identités locales s’effacent progressivement au profit d’une culture politique et économique homogène.
En revanche, le modèle conservateur du pouvoir (rappelant historiquement les arrangements impériaux euro-asiatiques) ne requiert pas, en théorie, l’assimilation interne des acteurs subordonnés ou alliés. Il fonctionne avant tout comme un parapluie géopolitique et militaire, garantissant sécurité et stabilité externes. Au sein de cette sphère d’influence, la grande puissance tolère et préserve les particularités politiques et culturelles locales des États individuels. Elle n’exige pas d’uniformité normative ni le même régime politique interne ; elle demande seulement une loyauté stratégique envers une architecture de sécurité commune qui empêche l’expansion des influences externes (occidentales). Alors que le modèle libéral vise des valeurs universelles, ce modèle est fondé sur la préservation pragmatique de la diversité.
La multipolarité comme rejet de l’universalisme
Ce cadre théorique donne naissance à un impératif logique fondamental : si la Russie, en tant que principal initiateur d’un ordre multipolaire, tentait d’exporter un modèle purement « russe » et d’assimiler de force les nations voisines, elle commettrait une erreur stratégique et une contradiction systémique. En cherchant à imposer un universalisme local, elle se transformerait en ce même type d’hégémon unipolaire contre lequel elle se définit d’abord. Elle deviendrait, de fait, un acteur occidental sur la scène orientale.

Du point de vue de cette doctrine, donc, toute potentielle expansion de puissance ou politique assertive dans le voisinage ne poursuit pas un but assimilationniste. Elle est plutôt interprétée comme une nécessité sécuritaire et un effort géopolitique pour écarter l’influence des institutions occidentales de son voisinage immédiat. L’espace libéré par le retrait de l’influence occidentale ne doit pas être mécaniquement russifié, mais doit servir de zone stable pour la formation de systèmes locaux souverains et culturellement indépendants. Une superpuissance prônant la multipolarité a donc, de manière systémique et structurelle, besoin de voir émerger hors de ses frontières des États indépendants et enracinés culturellement (des pôles). Chaque État souverain qui parvient à résister à l’intégration occidentale représente un succès stratégique pour ce modèle, car il démontre la fonctionnalité et la raison d’être d’une opposition internationale partagée à l’unipolarité.
L’immunité d’un acteur pleinement constitué (Pourquoi les petits États peuvent être en sécurité dans un ordre multipolaire)
Le récit euro-atlantique et la science politique dominante insistent souvent sur la menace qu’une puissance prônant la multipolarité (dans le contexte géopolitique actuel, principalement la Fédération de Russie) chercherait nécessairement à absorber ses petits voisins. Or, du point de vue de la doctrine de la multipolarité étudiée ici, cette inquiétude n’est justifiée que dans le cas d’États qui manquent de cohésion interne et de résilience. Si un petit État-nation possède une forte identité politique et une cohésion stratégique, la dynamique des rapports de force change fondamentalement.
La cohésion institutionnelle comme bouclier stratégique
Pour les besoins de cette analyse, il est essentiel de définir précisément ce qui constitue un « pôle pleinement constitué » dans le cadre multipolaire. Il ne s’agit pas simplement de l’existence formelle d’un appareil d’État, de symboles nationaux ou de frontières administratives. C’est une entité dotée d’une identité culturelle profondément enracinée, soutenue par une tradition historique clairement définie, des fondations de valeurs solides et un consensus sociétal qui rejette a priori toute assimilation par des influences unificatrices extérieures.

Les sources en science politique et en philosophie qui analysent cette question soulignent que l’universalisme libéral parvient à assimiler d’autres États principalement en affaiblissant leurs récits historiques traditionnels et en les remplaçant par une norme globale. À l’inverse, un État doté d’un haut degré de résilience interne aux valeurs résiste naturellement à cette assimilation. Si un État souverain possède une forte légitimité interne et une réelle gravité politique, une puissance continentale ne peut l’absorber par la force sans s’exposer à des coûts stratégiques disproportionnés et à une contradiction avec sa propre doctrine géopolitique.
D’un point de vue pragmatique, le seul choix rationnel pour une grande puissance est donc de respecter cette souveraineté et de forger une alliance stable et mutuellement bénéfique.
Les petits acteurs comme élément essentiel de l’architecture multipolaire
Une question logique se pose quant à la manière dont le centre même de l’influence eurasienne perçoit ces petits États souverains, culturellement résilients et politiquement cohérents. Les concepts théoriques étudiés suggèrent qu’ils ne sont ni considérés comme une menace, ni comme un objectif de puissance non résolu à éliminer. Au contraire, un acteur pleinement souverain est traité avec respect et son existence est accueillie favorablement.
Dans une perspective multipolaire, un tel État-nation représente un partenaire inestimable dans l’opposition défensive à l’homogénéisation globale. Ces États fonctionnent comme des bastions stratégiques et des facteurs de stabilité dans des régions où les influences assimilationnistes de l’universalisme occidental sont contrées. Du point de vue des relations internationales, la promotion d’un ordre multipolaire requiert même directement que de tels centres de pouvoir indépendants et robustes existent réellement au sein du système international.

Leur simple existence constitue en réalité la preuve la plus tangible et la plus concrète de la viabilité et de la validité de tout le concept théorique de la multipolarité. Si l’hégémon continental absorbait tous les petits États voisins par la force, il donnerait raison à ses critiques occidentaux et perdrait sa légitimité mondiale. À l’inverse, la préservation d’États indépendants et culturellement sûrs d’eux envoie un signal clair à la communauté internationale: l’ordre multipolaire n’est pas un instrument d’assimilation (le fameux «mixeur»), mais une structure coopérative qui respecte la diversité. Un acteur pleinement souverain est ainsi un atout géopolitique très précieux pour la puissance eurasienne, dont la destruction signifierait l’effondrement même du fondement théorique et moral de l’ordre international proposé.
Le phénomène des « coquilles vides » (Causes de la perte de souveraineté et de l’absorption des États dans le système international)
Du point de vue de la science politique euro-atlantique et de la critique libérale, une question légitime revient souvent: si la superpuissance eurasienne conservatrice est, en théorie, garante de l’ordre multipolaire et protectrice de la diversité, pourquoi constate-t-on dans la réalité géopolitique des absorptions de pouvoir ou des destructions militaires de petits États voisins? Pour répondre à cette question, il faut comprendre que la doctrine multipolaire protège et garantit théoriquement uniquement la sécurité des «pôles» de pouvoir véritablement souverains. Elle ne garantit pas la sécurité de territoires géographiques ou d’unités administratives formelles privées de cohésion interne et de vitalité politique.

Perte de cohésion interne et apparition d’un vide géopolitique
Dans cette perspective théorique, l’État-nation se définit non seulement par son territoire et son appareil institutionnel, mais avant tout par sa substance culturelle, historique et axiologique. Si les élites politiques d’un petit État abandonnent leur propre tradition historique et adoptent sans discernement l’agenda universaliste du centre mondial (incluant la sécularisation, la domination des organisations non étatiques et l’érosion de l’identité nationale traditionnelle), ce sont les fondements mêmes de l’État qui sont déconstruits. Dans la terminologie des relations internationales, l’État perd sa « gravité » géopolitique et sa légitimité interne.
Du point de vue de la théorie multipolaire, un tel État cesse de fonctionner comme un acteur de puissance indépendant ou comme un pôle. Il se transforme alors en une coquille institutionnelle vide, générant ainsi un dangereux vide de pouvoir sur la scène internationale.
Le mécanisme de l’assimilation et de la transformation sur un territoire proxy
Au moment où un État perd sa cohésion stratégique et axiologique pour devenir une coquille vide, la porte s’ouvre à une pénétration rapide par les structures euro-atlantiques. Cette assimilation par le centre global s’effectue souvent par des moyens non militaires – par le contrôle de la sphère informationnelle, l’influence sur la représentation politique et l’implication des entreprises transnationales et des mécanismes technologiques.
Un acteur autrefois souverain devient alors une cible proxy (un « territoire proxy ») et une base avancée du libéralisme global. Pour une superpuissance eurasienne voisine, un tel territoire cesse de représenter une entité nationale indépendante ; il devient un tremplin pleinement colonisé à partir duquel les intérêts de puissance d’un hégémon étranger sont projetés directement contre l’architecture sécuritaire du bloc multipolaire.
Intervention préventive et sécurisation de la périphérie
Ce processus modifie fondamentalement la façon dont une grande puissance considère la possibilité d’une intervention militaire sur le territoire de son voisin. Si une intervention a lieu et que la souveraineté de cet acteur est anéantie, la théorie multipolaire n’interprète pas cela comme une agression non provoquée contre une nation distincte et souveraine. Cette intervention ne détruit pas un pôle indépendant, puisque celui-ci avait déjà cessé d’exister, ayant été assimilé de l’intérieur par la pénétration des valeurs occidentales portées par le centre occidental.
Dans ce contexte, l’action géopolitique ou militaire d’une grande puissance est comprise comme une mesure radicale de sécurité (ou, le cas échéant, préventive ou « sanitaire »). Il s’agit d’une tentative d’éliminer une influence assimilatrice extérieure qui, via un acteur proxy affaibli, s’est dangereusement approchée des intérêts vitaux du centre conservateur.

Selon cette logique analytique, la perte de souveraineté et l’absorption par une puissance hégémonique menacent donc principalement les États qui renoncent volontairement à leur indépendance, se dépouillent de leur substance identitaire et laissent leur propre territoire se transformer en instrument de projection de la puissance étrangère.
La région d’Europe centrale en tant qu’acteur souverain (Cas de la République tchèque)
Arrêter l’érosion interne de la souveraineté et restaurer un centre indépendant
Le discours médiatique et politique euro-atlantique présente souvent les petits États, tels que la République tchèque, face à une équation de puissance fatale: l’insuffisance de leur taille géopolitique rendrait impossible leur pleine autonomie et imposerait l’intégration inconditionnelle aux structures occidentales; sinon, ils courraient un risque imminent d’absorption par un impérialisme oriental. Or, du point de vue de la théorie de la multipolarité analysée, ce récit dominant apparaît comme fondamentalement trompeur et paralysant pour la réflexion en politique étrangère. De plus, il s’agit, dans ses conséquences, d’une thèse qui conduit directement les petites nations et les États à l’auto-destruction politique et à la perte de leur véritable souveraineté.
Intégration asymétrique et assimilation invisible
Alors que la science politique occidentale met constamment en avant la menace d’une hypothétique absorption extérieure de l’Est, elle ignore souvent complètement le processus structurel d’érosion de la souveraineté qui se déroule déjà de l’intérieur.

Le centre libéral global (historiquement qualifié de puissance maritime) ne s’appuie pas sur la force militaire pour son expansion principale, mais sur l’influence sophistiquée des entreprises transnationales, des ONG, des plateformes technologiques et des pressions normatives et uniformisatrices. L’objectif spécifique de ce modèle est de transformer l’État-nation et ses institutions sociales traditionnelles en simples entités administratives ou associatives soumises à des standards globaux. Une fois ce processus d’assimilation achevé, l’État-nation cesse d’exister en tant qu’entité politique indépendante, ne laissant derrière lui qu’un territoire proxy vidé de sa substance, servant de périphérie au bloc occidental.
Restaurer l’autonomie stratégique et le réalisme politique
Le point de départ théorique logique et la seule garantie rationnelle contre cette assimilation progressive – et, en même temps, la protection contre une absorption militaire potentielle venue de l’Est – est la constitution de l’État en tant qu’acteur de puissance incontestable et doté de cohésion interne. La localisation géographique de l’Europe centrale lui confère un certain potentiel défensif naturel.
Ce potentiel doit toutefois être renforcé par le rétablissement d’une forte continuité historique, d’une identité partagée et d’un réalisme politique souverain, enraciné dans les propres traditions historiques du pays. Les représentants de l’État doivent proclamer clairement que leur territoire n’est pas un espace malléable et uniformisable, mais une entité dotée d’une légitimité historique inaliénable et d’intérêts clairement définis.
Au moment où un tel État rejette l’agenda de dissolution internationale inconditionnelle et se définit comme un acteur cohésif et fonctionnel, fondé sur des valeurs étatiques traditionnelles, il modifie radicalement son statut géopolitique. Il cesse d’être une « coquille vide » ou un simple avant-poste des intérêts étrangers.
Du point de vue d’une grande puissance eurasienne, un tel État d’Europe centrale se transforme en l’acteur indépendant et respecté évoqué dans le second chapitre.
Pour cette raison, une politique conservatrice multipolaire n’a aucune raison objective ou rationnelle d’assimiler ou d’éliminer un tel État. Au contraire, l’existence d’un tel acteur fournit au centre de puissance eurasien la preuve empirique de la validité de la doctrine multipolaire elle-même et confirme que la défense contre les efforts d’assimilation de l’unipolarité globale est possible. L’État devient ainsi un partenaire sécuritaire respecté au sein du système international, remplissant un rôle stabilisateur irremplaçable.

Conclusion : L’ordre international multipolaire comme garantie de survie
Le conflit géopolitique fondamental de notre époque a atteint une phase critique, à partir de laquelle il est possible de dégager une synthèse analytique claire des arguments présentés.
L’universalisme occidental cherche à imposer au système international une forme d’unité globale fortement homogénéisée. Son ambition ultime est l’unification d’entités civilisationnelles, de nations et de traditions diverses au sein d’une structure contrôlée à l’échelle mondiale, gouvernée par des algorithmes normatifs et technologiques centralisés. Dans un système conçu de cette manière, les petits États-nations sont les premiers menacés, car ils perdent immédiatement leur identité et succombent aux premières vagues de l’assimilation structurelle.
À l’inverse, le concept de multipolarité et la géopolitique continentale alternative poursuivent également la stabilité internationale, mais sur la base du maintien de la diversité de centres souverains et indépendants. Théoriquement, ce modèle ne représente pas une forme cachée d’expansion néocoloniale, mais bien la construction d’une architecture sécuritaire défensive dans laquelle chaque État-nation constitue un élément distinct, solide et indispensable à la stabilité globale du système international.
Pour les petits États – en particulier en Europe centrale – le débat sur la multipolarité n’est donc pas un simple concept académique abstrait. Il s’agit d’un véritable enjeu historique et politique, qui déterminera la préservation même de leur essence et de leur souveraineté. La seule stratégie de sécurité efficace pour les petits acteurs consiste à renforcer leur résilience interne, à rejeter la dissolution progressive des fonctions étatiques et à se constituer en entités politiques fortes et intransigeantes, servant de piliers stabilisateurs dans la région. Tandis que l’unipolarité offre aux petits États une dissolution institutionnelle de facto, la multipolarité, du point de vue théorique, leur propose un cadre de légitimation et de préservation de leur propre souveraineté étatique.
15:08 Publié dans Actualité, Définitions, Théorie politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alexandre douguine, théorie politique, multipolarité, définition, actualité |
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