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mardi, 01 septembre 2026

Avortement, euthanasie, dépopulation Les humains servent-ils encore à quelque chose?

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Avortement, euthanasie, dépopulation
Les humains servent-ils encore à quelque chose?

LGBTQIA2S+

npr.brightspotcdn.jpgUne loi qui ne fait pas l’unanimité vient d’être promulguée ce lundi 10 août 2026, aux États-Unis par Maura Healey (photo) qui s’est distinguée en étant élue « gouverneure » d’un État emblématique des États-Unis, le Massachussetts, emblématique car les côtes de cet État ont accueilli en 1620 les premiers « Américains » qui, venant d’Angleterre, ont débarqué du mythique Mayflower.

En réalité, ce n’est pas le fait que ce gouverneur(e) soit une femme que les médias américains (démocrates) ont salué avec enthousiasme, c’est son appartenance au mouvement LGBT car cette dame est une lesbienne ouvertement déclarée et militante.

Cette loi « supprime les restrictions jusqu’ici applicables aux avortements à partir de 24 semaines de grossesse. Le texte, qui entrera en vigueur dans 90 jours, ne fixe plus de limite gestationnelle maximale et confie la décision au médecin […]. Cette loi prévoit désormais simplement qu’ʺun avortement peut être pratiqué par un médecin sur la base de son jugement professionnelʺ.

Le texte ne fixe donc plus de terme maximal explicite : un avortement pourra être pratiqué à un stade très avancé de la grossesse, y compris jusqu’à son terme, sans devoir répondre à l’un des critères médicaux auparavant inscrits dans la loi, dès lors qu’un médecin l’estime justifié au regard de son jugement professionnel. » (Le Figaro du 13 août 2026).

Les objections à cette loi proviennent, certes, des mouvements catholiques pro-vie mais aussi de personnalités de bon sens qui jugent qu’elle n’était pas nécessaire ni justifiée. En effet, la panoplie des mesures concernant l’avortement aux États-Unis est suffisamment complet pour ne pas en rajouter ; quasiment tous les cas de danger sanitaire à venir pour l’enfant ou de risque pour la mère ont été identifiés et leurs réponses médicalement programmées.

Il faut bien comprendre que l’idéologie de ces individus invertis regroupés dans l’appellation générique LGBT n’a jamais été, en prônant l’avortement jusqu’à ses dernières extrémités, l’amélioration de la race humaine, comme on améliore les races de chiens ou de chevaux. Ce ne sont pas des eugénistes disciples d’Alexis Carrel.

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Dr Alexis Carrel
(28 juin 1873 – 5 novembre 1944)

Ils ne s’intéressent guère non plus à la préservation de la santé de l’enfant à naître ou de celle de la mère biologique ; ces gens sont des idéologues militants qui poursuivent un but bien précis, ce ne sont pas des bienfaiteurs de l’humanité.
Il faut bien considérer que pratiquer l’ablation de ses organes génitaux parce qu’on considère qu’ils ne correspondent pas à ses choix de vie ou à ses « sentiments » (sic) n’est pas la meilleure solution pour engendrer. Mais la préservation de l’espèce humaine est le dernier de leurs soucis.

Cela dit, en évoquant le sigle LGBT, j’étais en retard de quelques tramways.
J’ai bien fait de consulter le dictionnaire ; en vérité, dès que vous ouvrez internet pour une quelconque recherche, vous ne tombez pas sur le Larousse, vous avez accès désormais à une I.A. programmée par l’Ordre mondial qui vous « oriente » derechef vers ce qu’il convient de penser; et si l’I.A. détecte que vous avez des velléités déviationnistes, elle vous assène sans ménagement la consultation de l’AFP factuel qui est le Ministère de la Vérité en France, comme dans 1984 ou Le Meilleur des Mondes.

Tombant de Charybde en Scylla, voici donc ce qu’il faut savoir, pardon, ce qu’il faut penser :
« Le sigle LGBTQIA2S+ (le sigle s’est bien allongé : on n’arrête pas le progrès, NDLR) est un acronyme qui désigne la diversité des orientations sexuelles, des romantismes (resic), des identités de genre et des caractéristiques sexuelles. Chaque lettre représente une composante spécifique de cette communauté. Cette vidéo explique pourquoi l’utilisation précise des mots LGBTQIA2S+ favorise l’inclusion et aide à faire reculer les discriminations ».
Je vous fais grâce de la vidéo présentée par un couple, des jumeaux, dont la femme est lesbienne et l’homme homosexuel.

imalwges.jpgEn France, la loi Veil

Je rappelle que la loi sur l’avortement promulguée le 17 janvier 1975 par Simone Veil, alors ministre de la Santé de Giscard d’Estaing, loi qui porte son nom, a été inscrite dans la Constitution française le 4 mars 2024(1).

Cette loi n’a pas permis à 10 millions d’enfants français de voir le jour, à raison de 200 000 avortements par an en moyenne depuis 1975. Terrible et fâcheuse coïncidence : cette loi est contemporaine du décret autorisant le regroupement familial des immigrés.

Mais l’introduction de cette loi scélérate dans la Constitution n’a pas suffi à nos dirigeants fossoyeurs : Simone Veil est entrée solennellement au Panthéon le 1er juillet 2018, avec les restes de son mari, Antoine Veil, lors d’une cérémonie nationale présidée par Emmanuel Macron.

Cette même Simone Veil aurait fourni des organes de patients français à l’État d’Israël (comme si, en France, on n’en avait pas besoin), comme l’affirme cet article d’un journal israélien, Israël Valley : « Disparition de Simone Veil. Beaucoup d’Israéliens lui doivent la vie » par Daniel Rouach, article du 30 juin 2017 : « Juive de cœur et soutien permanent à Israël et au sionisme, Simone Veil est décédée ce vendredi matin à 89 ans. En Israël une grande tristesse touche les franco-israéliens qui l’ont connue. Très peu de personnes le savent : elle avait signé lors de son passage au ministère de la Santé un accord franco-israélien de dons d’organes. En effet, Israël manquait cruellement de donneurs. Cet accord réel mais appliqué avec une très grande discrétion aura permis à de nombreux israéliens de rester en vie(2). »

Le but véritable: la dépopulation

La loi prônée puis promulguée par Maura Healey ne prévoit aucun garde-fou, n’importe quel médecin peut signer l’arrêt de mort de l’enfant.

Cette loi, vous l’avez compris, n’est pas faite dans l’esprit bienveillant d’améliorer le sort de l’espèce humaine, dans un monde où le bon sens aurait encadré sa prolifération pour permettre à chacun de s’épanouir dans un vivre-ensemble où tous les peuples seraient frères.

Non, ce n’est pas le but des satano-mondialistes : cette disposition entrerait plutôt dans le cadre du panel de mesures mises subrepticement en place par le Gouvernement mondial qui sont destinées à organiser et favoriser la réduction des populations(3) comme la loi sur l’euthanasie qui vient d’être adoptée en France.

Il faut regarder ce projet monstrueux de dépopulation en prenant en compte trois postulats :

1- Nos gouvernants ne veulent pas notre bien, ils ne sont pas bienveillants à notre égard, ils veulent nous voir disparaître tout simplement parce qu’ils n’ont pas besoin de nous, humains.

2- À chaque fois qu’ils mettent en place des mesures du type de celle qu’a prise la gouverneure du Massachussetts, ces mesures sont dites exceptionnelles mais disparaissent rapidement pour atteindre leur véritable objectif: notre élimination, partielle ou totale, selon l’utilité que nos dirigeants ont de nos vies. Ce qui peut apparaître comme une sorte de scrupule n’est en fait qu’un gros mensonge destiné à ne pas provoquer une réaction trop vive des populations. Je rappelle que la quasi-totalité de nos dirigeants sont des psychopathes qui n’ont aucune empathie pour qui que ce soit, sauf pour eux-mêmes.

François Asselineau a bien compris qu’il existait une menace de voir ces bonnes résolutions mises rapidement au panier, il nous en donne un exemple mais ils sont nombreux : « Cette loi n’est pas seulement d’une extrême cruauté, puisqu’elle autorise à tuer un être humain quelques instants avant sa naissance. La loi du Massachusetts marque une nouvelle étape vers le retour à la barbarie antique, au fur et à mesure que s’estompent les valeurs du christianisme. Elle est concomitante des projets de loi autorisant la GPA, qui ouvrirait la voie à l’achat de bébés sur catalogue et à la marchandisation des êtres humains. »

La loi sur l’euthanasie en France entre également dans ce cadre : cette loi récente, votée par tous les partis de l’Assemblée, a été approuvée par le Conseil constitutionnel le 14 août 2026 avec certaines réserves : « Le Conseil constitutionnel a validé ce vendredi 14 août l’ensemble de la loi créant un droit à l’aide à mourir, qui légalise sous conditions une forme d’assistance au suicide voire d’euthanasie, jugeant toutefois nécessaire de préciser dans la pratique l’application de certaines dispositions.[…] Au niveau individuel, l’institution présidée par Richard Ferrand estime que la clause de conscience ne s’appliquera pas seulement aux soignants appelés à participer à l’acte, mais également aux pharmaciens qui refuseraient de préparer le produit létal. » (Sud-Ouest du 14 août 2026)

Évidemment, comme pour les autres dispositions concernant ces problèmes d’éthique que nous avons évoqués plus haut, la loi, à peine adoptée, a déjà ses dérapages, tel cet homme qui, réveillé d’un long coma, réclame son droit à la vie : Le Conseil d’État valide l’arrêt des traitements d’un patient conscient, malgré ses directives anticipées (Réseau international du 26 juillet 2026)
« Réveillé de son coma après des mois de réanimation à la Pitié-Salpêtrière, un homme réclame ce que la médecine s’apprête à lui refuser : continuer à vivre. Ses proches décrivent un patient lucide et déterminé, porteur de directives anticipées explicites en ce sens (on se demande bien du coup à quoi elles peuvent servir ces directives !). Pourtant, le 20 juillet dernier, le Conseil d’État a validé la décision de l’équipe médicale d’arrêter ses traitements actifs, un choix qui évoque le débat sur le droit de laisser mourir. L’hôpital invoque ʺl’obstination déraisonnableʺ, une notion inscrite dans le code de la santé publique depuis la loi Leonetti de 2005. »

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3- Nous avons affaire à une caste qui est investie d’une idéologie satanique ou supra-humaine, comme on est investi par un corps ou un esprit étranger et qui, donc, n’a aucune espèce de retenue, parce qu’elle est elle-même manipulée et qu’elle ne maîtrise pas ses actions à venir.

Si vous n’arrivez pas à assimiler ces trois premiers critères, regardez ce qui se passe autour de vous et comprenez l’actualité : tout concourt d’une manière parfaitement cohérente à réaliser le but final de l’éradication de la population planétaire :
• ils détruisent systématiquement l’espèce humaine en faisant en sorte que les genres n’existent plus et ne puissent plus assurer la pérennité de l’espèce.
• Le patrimoine, l’œuvre des hommes, est complètement nié, détruit, brûlé (comme les églises et nos monuments) voué à l’abandon ou remplacé par des structures artificielles.
• La beauté du monde est peu à peu effacée, jusqu’à nos paysages, nos vieux villages, tout ce qui appartient au domaine de l’art, de la culture, de la musique, de la spiritualité, qui est harmonieux, qui apaise et nourrit nos sens est systématiquement remplacé par la laideur, le bruit, la vulgarité, la matérialité, le clinquant.
• Toutes les belles valeurs qui ont construit notre monde depuis des millénaires sont systématiquement inversées, moquées, violées, souillées.
• Les animaux et la nature, nos campagnes françaises où vivent encore 500.000 paysans et 250.000 ouvriers agricoles attachés à leur terre, sont systématiquement éradiqués, détruits, brûlés, chassés, persécutés, pour remplacer le tout par des robots, des usines, des espaces artificiels, où pas un humain ne pourra vivre sans être lui-même transformé en robot.
• Un déchaînement de barbarie, sur fond de guerres, de génocides, de destructions des villes, des cultures, est en cours sur plusieurs régions de notre planète et nos dirigeants en sont complices, au moins par leur silence : l’américano-sionisme attaque la terre entière, le pédo-satanisme qui lui est concomitant, envahit le monde.
• Quel humain normal accepterait de vivre sur une planète devenue un enfer ? si ce n’est le Diable lui-même, qui n’est pas humain.
• Tatiana Ventôse a dressé un bilan sans concession de la situation française après les terribles incendies qui ont dévasté cet été certaines régions françaises, la région de Bordeaux, la Drôme, le Var…: elle évoque une France envahie par toutes les multinationales du monde qui pillent et détruisent notre pays vendu au plus offrant sous un titre sans équivoque, La politique de la terre brûlée: après les flammes, des panneaux solaires et des data centers.

Une hypothèse qui est peut-être « excentrique » mais cohérente

Vous le savez, je me suis nourri dans ma prime jeunesse d’ouvrages de fantastique et de science-fiction qui permettaient à mon esprit imaginatif de s’évader du réel qui était pour moi, à l’époque, difficile. Je vais ici émettre une idée qui provient de cet état d’esprit rêveur mais qui possède l’avantage d’expliquer les événements invraisemblables qui affectent notre vie de tous les jours.
Le mot « excentrique(4) » est celui qui convient exactement à ce que je veux dire : l’Homme n’est plus le centre du monde mais, de même, la Terre n’est plus le centre de l’univers. Nous sommes sous la dépendance de forces qui viennent peut-être d’autres mondes.

Je n’ai personnellement jamais pensé que notre planète était la seule à accueillir une vie dans l’univers et j’ai toujours imaginé que le cosmos était peuplé de toutes sortes de races extra-terrestres, certaines bienveillantes et d’autres maléfiques.

Constatant que nos élites mondialistes sont en train de transformer consciemment et volontairement notre planète en un lieu inhabitable, prenant en compte le fait qu’elles-mêmes ne pourraient vivre dans un monde qu’elles auraient rendu invivable,
il faut en déduire ceci qui est l’explication la plus simple, la plus logique et la plus cohérente de ce qui se passe :

• soit nos « élites » ne sont elles-mêmes pas humaines, et reçoivent des consignes d’entités qui ne vivent pas sur notre planète,
• soit elles sont humaines, mais sous le joug de ces entités supra-humaines qui utilisent notre planète comme un réservoir de denrées plus ou moins périssables pour leurs besoins, alimentaires ou autres, comme l’araignée ou l’ours qui se nourrissent de leur proie en la gardant vivante tant que ses organes vitaux n’ont pas été entamés.

Je ne peux me résoudre à considérer comme d’essence humaine ce degré de sauvagerie et d’ignominie tel qu’on l’a vu et qu’on le voit par exemple à Gaza, en Cisjordanie et au Liban pratiquées sur des êtres humains et des animaux innocents par l’armée d’un État souverain, tel qu’il en ressort des tortures infligées à de jeunes enfants par nos « élites » impliquées dans l’affaire Epstein, ou bien, faut-il envisager qu’à un certain moment, certains humains se seraient mélangés à certaines espèces extra-terrestres pour lesquelles nous ne serions que du bétail ?

Vous pouvez prendre cette hypothèse comme la lecture d’une page de science-fiction ; mais considérez que la plupart des œuvres de science-fiction ont été des œuvres de visionnaires et se sont avérées et même dépassées dans la plupart des cas.

Et nous pouvons aussi revenir à une période plus courte pour faire un parallèle : la quasi-totalité des avertissements prodigués par les « complotistes » ou les « conspirationnistes » il y a 5, 10, 15 ans ou plus se sont avérés dans la quasi-totalité des cas.

Je reste persuadé qu’il existe un Dieu supérieur à ces entités maléfiques qui mettra bientôt fin à leurs débordements qui sont dans la droite ligne d’une inévitable fin de cycle, celle que nous vivons étant certainement la plus insolite et la plus terrifiante de toutes celles qui l’ont précédée.

Pierre-Émile Blairon

Notes:

(1) Voir mon article du 5 mars 2024 : L’avortement gravé dans le marbre de la Constitution : pulsion de mort ou suicide assisté de la France ?

(2) Disparition de Simone Veil. Beaucoup d’Israéliens lui doivent la vie [source]

(3) Voir mon article du 4 mai 2026 : Réduction de la population planétaire : Mythe ou réalité ? 

(4) Excentrique : « situé loin du centre ».
Du grec ἔκκεντρος (de ἐκ « hors de » et de κέντρον « centre ») « excentrique » terme de mathématiques.
Repris par le latin médiéval en astronomie.

 

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La technologie de demain est bien réelle. Mais les entreprises qui rendent possibles de telles avancées sont rarement promises à l’éternité

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La panique de 1873

La technologie de demain est bien réelle. Mais les entreprises qui rendent possibles de telles avancées sont rarement promises à l’éternité

Joachim Van Wing

Source: https://joachimvanwing.substack.com/p/de-paniek-van-1873?...

Il fut un temps où les Bourses et les marchés jouaient un rôle secondaire. Ce qui primait, c’était l’économie réelle, celle qui produisait les biens tangibles, les machines, les matières premières et les services avec lesquels nous bâtissions notre monde. Les Bourses et les marchés d’actions n’étaient alors qu’un moyen de lever auprès des investisseurs les fonds de fonctionnement grâce auxquels les entreprises se capitalisaient, finançaient des investissements rentables et accéléraient leur croissance.

Cette époque est depuis longtemps révolue. Le monde marche sur la tête. Aujourd’hui, l’économie tout entière n’est pas déterminée par les entreprises qui produisent les biens les plus essentiels, mais par le cours de Bourse d’une poignée d’entreprises dont la capitalisation boursière est démesurée.

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Le marché des actions et les Bourses ne sont plus un mécanisme de financement, un indicateur ou le reflet de notre activité économique, de notre capacité d’innovation ou de notre économie… La Bourse est devenue le déterminant de l’économie réelle. L’économie financière n’a plus l’économie réelle pour fondement sous-jacent; elle en a fait un produit dérivé. Ce qui constituait autrefois la superstructure est désormais devenu l’infrastructure.

Même lorsque le raffinage mondial de l’essence et du gazole s’enraye, lorsque des millions de tonnes de céréales restent bloquées au-delà du Bosphore ou lorsque la production d’aluminium diminue fortement, les Bourses ne bronchent pas. Les cours des actions enchaînent les records comme si nous ne mangions plus de pain, comme si nous n’avions plus de voitures et comme si nous préférions soudain le charme rustique des fenêtres en bois.

Cette inversion et cette perversion expliquent la dynamique qui sous-tend les cours et les valorisations exubérants de ces quelques entreprises. Certes… ces entreprises parviennent mieux que les autres à lever des capitaux et à obtenir des crédits auprès de multiples catégories d’investisseurs.

La récente course effrénée et la ruée vers l’or dans l’univers réflexif de l’IA nous montrent à quel point les cours et les valorisations boursières ne sont plus le produit final des flux de trésorerie ou du rendement, mais celui de la capacité à financer des investissements non rentables et des acquisitions grâce à un capital bon marché, qui n’est lui-même que la conséquence de cette surévaluation et qui entraîne, à son tour, des valorisations encore plus élevées.

Dans le domaine de l’IA, ces valorisations élevées prennent des proportions toujours plus spectaculaires et des formes toujours plus spéculatives. Une entreprise dotée d’une énorme capitalisation boursière peut émettre des actions et s’endetter à faible coût afin d’investir des centaines de milliards dans des centres de données, des GPU et des factures d’électricité. Ces investissements génèrent ensuite du chiffre d’affaires pour d’autres hyperscalers et fabricants de semi-conducteurs. Ces chiffres d’affaires en hausse soutiennent à leur tour des valorisations toujours plus élevées et de nouveaux investissements. Des investissements pour lesquels il n’existe actuellement encore aucun modèle de revenus ou de rentabilité.

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La valeur ajoutée et le potentiel de l’IA et des grands modèles de langage (LLM) ne font guère de doute. Mais ce qui devient de plus en plus incertain, c’est la viabilité des dettes monstrueuses accumulées par les leaders du marché et les hyperscalers qui portent aujourd’hui cette accélération de la croissance.

L’IA n’est pas nécessairement une bulle. Cette révolution technologique peut être bien réelle, tandis que les valorisations financières et l’allocation des capitaux qui l’entourent sont devenues irrationnelles.

Liaisons ferroviaires, électrification et Internet

Les entreprises britanniques qui, en 1846, avaient contracté des dettes insoutenables afin de relier à un rythme record chaque ville et chaque village, jusque dans les régions les plus reculées, par des lignes ferroviaires… Beaucoup d’entre elles firent faillite, et personne ne se souvient aujourd’hui du nom de ces hyperscalers visionnaires du XIXe siècle. Ces entreprises ont disparu, mais les trains roulent toujours.

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Toutes les entreprises qui, au tournant du siècle, construisirent les premières centrales électriques, les premiers transformateurs et les premiers réseaux électriques en Amérique du Nord… elles aussi sombrèrent, avec les banques imprudentes qui leur avaient accordé les crédits nécessaires pour assouvir cette soif d’électrification.

Qui se souvient encore des pionniers Netscape, AltaVista ou Napster ? Aucun d’entre eux n’a survécu à la bulle Internet de 2001, ou alors ils ont disparu sans gloire dans les replis de l’histoire.

Les trains roulent toujours, nous consommons plus d’électricité que jamais et Internet ne s’est pas non plus révélé être un engouement passager. Dans un avenir prévisible, l’IA rejoindra elle aussi la liste de ces technologies novatrices et révolutionnaires qui ont considérablement accru notre efficacité et notre productivité.

La panique de 1873

La similitude avec 1873 est frappante. Tout comme les gouvernements ont injecté dans l’économie, pendant la récente période du Covid, des volumes sans précédent de crédits non garantis, la période précédant 1873 fut elle aussi marquée par une forte expansion monétaire. Pendant la guerre de Sécession, Washington avait émis de grandes quantités de « greenbacks » : quelque 375 millions de dollars en papier-monnaie, une monnaie fiduciaire qui n’était plus convertible en or ou en argent et qui rompait ainsi avec l’orthodoxie monétaire de l’époque.

À cette époque également, la fraude, l’illégalité et l’érosion des normes s’étaient frayé un chemin jusque dans les profondeurs du Bureau ovale. Alors que le président Trump est aujourd’hui lui-même la plaque tournante et le maître d’œuvre des délits d’initiés, de la fraude pure et simple, du favoritisme et des conflits d’intérêts, le président Ulysses S. Grant était plutôt un spectateur impuissant, un jouet absent entre les mains d’autrui, qui regardait passivement les événements se dérouler et laissait faire. L’administration Grant est principalement restée dans les mémoires pour ses scandales financiers.

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La similitude avec l’IA et les hyperscalers est frappante. Une affaire de fraude emblématique fut le scandale du « Crédit Mobilier » de 1872, dans lequel l’Union Pacific Railroad contracta d’énormes dettes pour construire d’immenses liaisons ferroviaires. L’opération était financée par des initiés, tandis que les actions étaient distribuées à des responsables politiques influents qui, à leur tour, bénéficiaient d’un soutien fédéral et d’une protection politique. Bien que les nouvelles lignes ferroviaires fussent déficitaires, des entrepreneurs proches du pouvoir parvinrent à gonfler artificiellement les coûts de construction, tandis que des initiés facturaient simultanément des montants exorbitants à leur propre compagnie ferroviaire et que les actionnaires se distribuaient les bénéfices purement comptables.

15630-IQHST8P4.jpgC’est Hyman Minsky qui, en 1986, souligna que la phase finale d’une grande bulle du crédit s’accompagne de façon frappante d’une augmentation de la fraude financière. Non pas parce que la fraude provoque en elle-même la crise, mais parce qu’une hausse prolongée des valorisations boursières récompense la spéculation, relâche les contrôles et crée des incitations toujours plus fortes à dissimuler les pertes et les risques. C’est ce que nous observons également aujourd’hui dans cette course à l’IA, où les hyperscalers dissimulent trois mille milliards de dollars de contrats signés portant sur de futurs investissements dans la puissance de calcul et les centres de données au détour de leurs comptes de résultat, loin du regard des actionnaires et des investisseurs.

Conclusion

Juste avant le krach Internet, la valeur du S&P 500 avait atteint 165 % du PIB américain. À cette époque également, on ne voyait pas très clairement comment toutes ces nouvelles petites entreprises allaient un jour gagner de l’argent grâce aux services en ligne, au streaming, aux applications ou aux logiciels qui viendraient se greffer sur ce nouveau substrat : Internet. Puis… au printemps 2000, la bulle éclata. Un quart de siècle s’est désormais écoulé, et nous voyons à nouveau une bulle se former. Cette fois-ci, le S&P 500 a atteint 230 % du PIB américain.

La liste est longue. La liste des autorités de premier plan qui, au cours des dernières décennies, se sont lourdement trompées en prédisant le prochain krach boursier, en annonçant l’échec de l’iPhone parce qu’il n’avait pas de clavier, ou encore celle de Paul Krugman, qui affirmait qu’Internet n’était qu’un engouement passager parce que les gens n’avaient, après tout, rien à se dire… Il en va de même de quiconque pense pouvoir prédire le krach de cette bulle de l’IA.

Cette correction aura-t-elle lieu? Cette bulle éclatera-t-elle? Oui, évidemment. Un jour. Inévitablement. Mais en déterminer la date exacte et en prévoir le déclencheur précis constitue, comme pour toutes les bulles précédentes, un exercice impossible.

Les liaisons ferroviaires, l’électrification, Internet… ces technologies n’étaient pas des bulles.

Leur financement, en revanche, en était une. Encore et encore et encore.

Les adolescents qui entreront dans la vie économique ou sur le marché du travail en 2050 utiliseront l’IA et les grands modèles de langage dans chacune de leurs activités, tout comme nous prenons aujourd’hui le train, rechargeons nos véhicules électriques ou gardons notre smartphone sur nous. Dans le même temps, il est fort probable qu’à cette date aucun de ces adolescents n’ait jamais entendu parler d’entreprises comme Oracle, ChatGPT ou Anthropic.

Tout comme Atari, Nokia, Xerox ou Kodak ont un jour réussi à devenir leaders du marché avec un produit visionnaire mais encore inexistant sur un marché qui n’existait pas davantage, nombre des hyperscalers de l’IA d’aujourd’hui sont eux aussi condamnés à disparaître, bien, bien, bien avant que cette technologie de rupture ne soit un jour devenue une composante à part entière de notre vie quotidienne.

 

lundi, 31 août 2026

Les sanctions de Trump contre l’Iran se fracassent contre «la muraille de Chine»

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Les sanctions de Trump contre l’Iran se fracassent contre «la muraille de Chine»

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/204607

Comme chacun sait, la Chine avait déjà déclaré à plusieurs reprises qu’elle s’opposait résolument aux sanctions unilatérales et illégales. L’«Empire du Milieu» prendrait toutes les mesures nécessaires afin de protéger avec détermination ses propres droits et intérêts.

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères fixe des limites claires

imljages.jpgLors d’une conférence de presse, Lin Jian (photo), porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré vouloir prendre les mesures nécessaires afin de protéger résolument les droits et les intérêts de la Chine, tout en mettant Washington en garde contre toute tentative de «perturber» les échanges commerciaux entre la Chine et l’Iran.

Ces déclarations faisaient suite aux menaces du secrétaire au Trésor de Trump, Bessent, d’imposer des sanctions secondaires aux pays qui continueraient à commercer avec l’Iran, dans le cadre d’un plan qu’il appelle «Operation Economic Outcast». Ces mesures comprennent des restrictions secondaires dans un large éventail de secteurs, allant des actifs numériques à l’or, en passant par le transport maritime et l’aviation, ainsi que des menaces visant à exclure les partenaires commerciaux de l’Iran du système du dollar.

«Personne n’est exempté ici», a déclaré Bessent après qu’on lui eut expressément demandé si les nouvelles restrictions concerneraient la Chine, premier partenaire commercial de l’Iran. «Il s’agit de l’asphyxie économique de ce régime, et personne ne devrait mettre notre détermination à l’épreuve».

Les possibilités infinies de la Chine

La Chine dispose toutefois d’options pratiquement illimitées face à l’annonce de Trump, comme nous indiquerons ci-dessous.

Elle pourrait, par exemple, recourir à de petites «raffineries-théières», exploitées exclusivement en Chine et protégeant les grandes entreprises énergétiques publiques des restrictions américaines. Ces raffineries utilisent le yuan afin de contourner les systèmes de compensation en dollars. Des banques chinoises locales, faiblement exposées aux comptes de correspondants bancaires américains, ont recours à des réseaux de paiement alternatifs, notamment le système chinois de paiement interbancaire transfrontalier.

Une autre possibilité consisterait à masquer l’origine du pétrole, notamment par des transferts successifs de navire à navire et par le réétiquetage du pétrole iranien comme pétrole brut malaisien ou indonésien. Cela offrirait aux importateurs une protection juridique reposant sur un déni plausible.

Les efforts déployés par les responsables de l’application des sanctions pour retrouver une «trace documentaire» à travers des intermédiaires complexes pourraient également se heurter à de longues chaînes, difficiles à retracer, composées de petites compagnies maritimes et de courtiers. Certains de ces acteurs se consacreraient exclusivement à l’achat de pétrole iranien et retourneraient ainsi efficacement les menaces américaines à leur avantage, en exploitant la réticence traditionnelle du département du Trésor à imposer des sanctions secondaires par crainte d’une escalade commerciale.

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La Chine pourrait en outre imposer de nouvelles restrictions à l’exportation de terres rares et de métaux, parallèlement à la conclusion d’accords stratégiques de troc et d’investissement avec l’Iran. Le recours au financement serait ainsi entièrement contourné: la Chine pourrait recevoir du pétrole iranien en échange d’équipements de production, de biens de consommation, du développement d’infrastructures ferroviaires ou portuaires, ou d’une multitude d’autres biens et services.

Le recours à des «lois de blocage» serait également envisageable. Il s’agit d’un instrument du ministère chinois du Commerce interdisant expressément aux entreprises chinoises de respecter les sanctions unilatérales américaines. Une autre possibilité serait de mettre en place des assurances alternatives garanties par l’État, afin de permettre aux pétroliers de satisfaire aux exigences d’entrée dans les ports nationaux tout en opérant en dehors de la réglementation maritime occidentale. L’activation d’une immense capacité d’entreposage sous douane sur le territoire continental serait elle aussi concevable, ce qui permettrait au pétrole iranien d’y demeurer indéfiniment sans être dédouané.

Ainsi, si la situation venait véritablement à se durcir, la Chine pourrait, pour le dire simplement, «dire aux États-Unis d’aller se faire voir». Dans le cas contraire, Pékin pourrait, au sens figuré, «précipiter du haut d’une falaise» l’ensemble de la base industrielle et du secteur du commerce de détail américains.

Ratcliffe à Moscou: le signal le plus intéressant 

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Ratcliffe à Moscou: le signal le plus intéressant 

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Une nouvelle visite de Steve Witkoff à Moscou ne constituerait désormais guère une information. Que John Ratcliffe s’y rende en personne est une tout autre affaire.

Le directeur de la CIA compte, sans ambigüité, au sein de l’administration Trump, parmi les voix les plus fermes à l’égard de la Russie. Selon The Atlantic, il insiste pour que le soutien américain à Kiev en matière de renseignement soit maintenu et met régulièrement en avant, auprès de Trump, les pertes russes ainsi que la capacité d’action de l’Ukraine.

La logique sous-jacente est très américaine et très trumpienne: celui qui apparaît comme le perdant voit son pouvoir de négociation diminuer.

Il est donc d’autant plus intéressant que ce soit précisément Ratcliffe qui se trouve aujourd’hui à Moscou. Un tel déplacement n’est en effet pas nécessaire pour un échange de routine. Des canaux directs existent entre la CIA et les services russes. Lorsque le chef du renseignement extérieur américain se rend personnellement à Moscou, il s’agit soit d’une question présentant un risque considérable d’escalade, soit de quelque chose qui dépasse déjà les positions exprimées publiquement. Le sens du déplacement n’est pas non plus dénué de signification.

Bien entendu, il n’existe en diplomatie aucune règle simpliste selon laquelle ce serait toujours le plus faible qui se rendrait chez le plus fort. Mais les mouvements politiques obéissent à une certaine hiérarchie. Celui qui fait lui-même le déplacement a quelque chose à transmettre, à empêcher ou à négocier qui lui importe suffisamment pour renoncer à la distance qui avait, jusque-là, été maintenue.

Je vois donc essentiellement deux possibilités.

Ratcliffe apporte un avertissement. Il serait alors question d’un seuil d’escalade que Washington juge suffisamment dangereux pour vouloir le communiquer directement, sans détours ni nuances diplomatiques.

Ou bien nous assistons déjà à la partie la plus intéressante: le passage de l’affrontement public à la négociation des conditions. Ce ne serait pas une «phase de paix». Bien au contraire. C’est précisément avant l’ouverture de négociations sérieuses que les États tentent généralement, une dernière fois, d’améliorer leur position. La pression militaire ne devient alors pas superflue: elle se transforme en argument à la table des négociations.

Le précédent historique doit donc retenir l’attention: en novembre 2021, le directeur de la CIA William Burns s’était rendu à Moscou afin de transmettre personnellement aux dirigeants russes la mise en garde de Washington contre une guerre.

Cela nous apprend peu de choses sur le contenu concret de la mission actuelle de Ratcliffe, mais beaucoup sur son importance. Witkoff se déplace lorsqu’il s’agit d’explorer les possibilités d’un accord. Lorsque Ratcliffe se déplace, il est plutôt question des conditions dans lesquelles un accord devient possible — ou une escalade inévitable.

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Le colonialisme au 21ème siècle: centres de données et géopolitique

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Le colonialisme au 21ème siècle: centres de données et géopolitique

Leonid Savin

Comment l’intelligence artificielle influe sur l’économie et l’environnement des pays

Les centres de données existent depuis des décennies. Mais, depuis l’apparition de l’intelligence artificielle (IA) générative, de nouveaux centres de données, plus complexes et connus sous le nom de «centres de données hyperscale», ont commencé à être construits ou planifiés dans le monde entier.

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Dès le départ, la Chine a intégré la création de tels centres au développement des infrastructures du pays et elle est considérée comme un leader reconnu dans ces technologies. Les États-Unis recourent à leur vieille méthode favorite du néocolonialisme, comme dans les années 1990, lorsque l’industrie opérait dans des pays en développement où les faibles salaires et les lacunes de la législation relative à la protection du travail permettaient aux entreprises de dégager une plus-value plus importante et, par conséquent, davantage de profits. De la même manière, les requins actuels du cybercapitalisme implantent leurs centres de données dans les pays dits du tiers-monde.

Sous prétexte d’investissements, de création d’emplois et de développement numérique, des géants tels que Google, Microsoft, Amazon Web Services (AWS) et d’autres créent de nouveaux pôles numériques en dehors des États-Unis. Les écarts de prix de l’électricité, la disponibilité d’importantes ressources naturelles et l’existence des terrains nécessaires aux constructions rendent d’autres pays attrayants. Dans ce contexte, l’Amérique latine ne fait pas exception. De plus, presque partout dans cette région, des forces loyales à Washington sont arrivées au pouvoir; il est donc désormais beaucoup plus facile de négocier avec les gouvernements afin d’obtenir des baisses d’impôts et des contrats avantageux.

Cependant, une nuance très importante, qui ne se remarque pas au premier abord, risque d’entraîner de graves problèmes. Pour fonctionner efficacement, les centres de données ont besoin non seulement d’électricité, mais aussi d’eau, utilisée pour refroidir les processeurs. Si, en Corée du Sud, on tente de résoudre cette question à l’aide de nouvelles approches expérimentales, telles que la création de centres de données sous-marins ou flottants dans lesquels l’eau de mer servirait au refroidissement, et si, en Russie, on étudie l’implantation de centres de données dans des régions caractérisées par de basses températures et un excédent d’électricité, on ne peut en dire autant de l’Amérique latine — ni, d’ailleurs, de l’Afrique et de l’Europe.

Compte tenu de la pénurie manifeste de ressources hydriques provoquée par les changements climatiques, ainsi que du fait que l’eau est également nécessaire à d’autres secteurs industriels, notamment à l’extraction minière, les pays d’Amérique latine qui accueillent des centres de données américains pourraient être confrontés à des risques semblables à ceux qui sont apparus lorsque, dans les années 1990, sous l’effet de la vague de privatisations imposée par la Banque mondiale, les sources d’eau potable sont devenues inaccessibles dans la région, ce qui a entraîné des révoltes sociales — par exemple à Cochabamba, en Bolivie (photo, ci-dessous).

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L’État de Querétaro, au Mexique, est l’un des pôles d’Amérique latine où l’industrie des centres de données connaît le développement le plus rapide. Selon l’Association mexicaine des centres de données, l’État compte quatorze installations. En réponse à une demande d’accès à l’information, le ministère local du Développement fait état de dix-neuf autorisations.

La plupart de ces centres se trouvent à Colón ou à El Marqués, non loin de la capitale de l’État. Les habitants de la région sont déjà confrontés au manque d’eau au robinet, même si beaucoup d’entre eux, faute d’informations, pensent que cette situation est liée à l’insuffisance des précipitations naturelles. En réalité, la majeure partie des prélèvements d’eau est destinée au fonctionnement des centres de données.

Le Centre latino-américain de journalisme d’investigation (CLIPE) a mené une étude dans la région, qui a également montré que les centres de données les plus avancés consomment davantage d’électricité pour fonctionner. Par conséquent, leur refroidissement nécessitera aussi davantage d’eau. Il a également été constaté que les entreprises qui dominent le marché des centres de données constituent des conglomérats aux structures et aux propriétaires complexes, ce qui rend leur réglementation difficile et leur permet d’agir de manière plus opaque en ce qui concerne leur impact sur l’environnement et leur utilisation des ressources.

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Dans le même temps, les entreprises recourent à des procédés de propagande qui dénaturent totalement le sens des faits. Ainsi, Microsoft et ONU-Habitat ont préparé un rapport appelant à investir 82 millions de pesos mexicains dans le développement de l’économie locale à Querétaro. Le rapport désignait la sécheresse comme l’un des principaux problèmes. Toutefois, il ne recommandait pas d’investir dans la résolution de ce problème. Il évoquait plutôt la nécessité d’investir dans les infrastructures régionales, comme le pavage des rues, et affirmait que les centres de données constituaient une occasion de transformation socio-économique pour l’État de Querétaro, et notamment pour les municipalités d’El Marqués et de Colón.

Microsoft, pour sa part, n’a investi ni dans des infrastructures visant à atténuer les conséquences de la sécheresse ni dans la résolution d’autres problèmes socio-économiques de l’État. L’entreprise a toutefois construit à Querétaro un «site de centres de données», entré en service au début de l’année 2024.

Selon des données obtenues par Núcleo Jornalismo, la moitié de tous les centres de données du Brésil — qu’ils soient au stade de la planification, de la construction ou de l’exploitation — se trouvent dans l’État de São Paulo, principalement dans la région de Campinas (photo, ci-dessous).

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Il est évident que la puissance de calcul associée à l’intelligence artificielle est bien supérieure à celle requise par les centres de données traditionnels et qu’elle consomme donc davantage d’énergie. Par exemple, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a estimé qu’une recherche classique sur Google consomme 0,3 wattheure. En revanche, une requête adressée à ChatGPT consomme en moyenne 2,9 wattheures. Selon le rapport de l’AIE, les centres de données ont consommé en 2024 environ 1,5% de toute l’électricité mondiale, soit l’équivalent de 415 térawattheures. Le même rapport indique que ce chiffre doublera d’ici à 2030. Toujours en 2024, l’Irlande a consacré 21% de son électricité — produite principalement à partir de combustibles fossiles — au fonctionnement des centres de données. Le pays en compte plus de 130.

Il est révélateur que, malgré leur rhétorique écologique, les pays occidentaux développés ne tiennent manifestement pas compte de ce que l’on appelle l’empreinte carbone liée au fonctionnement des centres de données.

Une enquête publiée par The Guardian en 2025 a montré que les émissions des centres de données appartenant à quatre des principales entreprises technologiques mondiales — Google, Microsoft, Meta et Apple — ou exploités par celles-ci pourraient être supérieures de 662% aux chiffres qu’elles déclarent officiellement.

Indépendamment des ressources énergétiques dont dispose tel ou tel pays, l’obsession de l’utilisation de l’intelligence artificielle et, par conséquent, du fonctionnement de puissants centres de données débouche sur une ingérence ouverte dans le domaine de la politique et des relations internationales.

En Argentine, le président Javier Milei a proposé un plan visant à accroître la production d’énergie nucléaire afin d’alimenter de nouveaux centres de données. Dans le Paraguay voisin, qui dispose d’un excédent d’énergie propre (1), une pression directe est en fait exercée. Ainsi, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a proposé d’utiliser les surplus énergétiques du Paraguay pour alimenter des centres de données consacrés à l’intelligence artificielle. Compte tenu de l’orientation pro-Washington des dirigeants de ce pays et de la politique générale des États-Unis visant à replacer activement l’Amérique latine sous leur tutelle — y compris par l’emploi de la force militaire sous couvert de lutte contre les cartels de la drogue —, tout porte à croire que cette ingérence américaine au profit de ses entreprises ne fera que s’intensifier.

Le capitalisme du téraoctet est aujourd’hui à son apogée. Il existe toutefois un risque sérieux que la bulle de l’intelligence artificielle éclate, comme ce fut autrefois le cas de la bulle Internet, tandis que les problèmes énergétiques et environnementaux engendrés par l’essor actuel, eux, ne disparaîtront pas.

Note:

(1) Le Paraguay est, avec le Brésil, copropriétaire de la centrale hydroélectrique d’Itaipu (photo). Il produit actuellement davantage d’énergie qu’il ne peut en consommer et vend donc ses excédents au Brésil et à l’Argentine à des prix inférieurs à ceux du marché.

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Le destin cosmique de la Russie: le manifeste énergétique de Bouchouïev et Klepatch

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Le destin cosmique de la Russie: le manifeste énergétique de Bouchouïev et Klepatch

Markku Siira

Source: https://markkusiira.substack.com/p/venajan-kosminen-kohta...

Le cosmisme russe est un courant philosophique et culturel qui associe science, religion et technologie à la foi en un destin cosmique de l’humanité. C’est un mouvement vieux de plus d’un siècle, dont les racines remontent au XIXe siècle. Parmi ses premiers penseurs, on compte le bibliothécaire-futuriste Nikolaï Fiodorov, le biogéochimiste Vladimir Vernadski et le pionnier de l’astronautique Konstantin Tsiolkovski, qui commencèrent à envisager la place de l’humanité dans l’univers sous un jour nouveau.

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Fiodorov (portrait) rêvait de ressusciter les morts par la science. Vernadski adopta et développa le concept de noosphère, inventé par des penseurs français: une couche d’intelligence et de conscience où l’homme commence à diriger le développement de la biosphère de façon consciente. Tsiolkovski croyait pour sa part que l’humanité s’étendrait dans l’espace. Ces penseurs voyaient l’être humain comme une partie organique du cosmos, dont la mission était d’emporter la vie et la conscience au-delà de la planète. Cet héritage est toujours vivant dans la culture intellectuelle et politique russe.

Une expression contemporaine du cosmisme se trouve dans l’article «Энерго‐информационный космизм России» (Cosmisme énergie-information de la Russie, 2022), publié dans la revue Ekonomicheskie Strategii (Экономические стратегии, «Stratégies économiques»). La version anglaise de cet article, «Energy-information Cosmism of Russia», a été publiée en 2023 dans les actes de conférence de l’American Institute of Physics.

Les auteurs, Vitali V. Bouchouïev et Andreï N. Klepatch, appartiennent tous deux à l’élite académique et étatique russe. Bouchouïev est docteur en ingénierie, ancien vice-ministre de l’énergie, et a contribué à l’élaboration des stratégies énergétiques de la Russie jusqu’en 2030. Il est aussi connu comme fondateur de la science synthétique appelée «ergodynamique» (russe : эргодинамика), qui étudie la nature, l’homme et la société (ndt: nous reviendrons très bientôt sur cette problématique).

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Klepatch (photo) est un économiste réputé, ancien vice-ministre des finances, chef économiste et directeur scientifique de la banque russe de développement VEB.RF. Tous deux sont caractérisés par l’excellence académique, une influence stratégique au niveau de l’État, ainsi qu’un intérêt pour le cosmisme et les thèmes ésotériques.

Les technocrates possèdent néanmoins une dimension ésotérique forte. Leurs théories cosmistes – notamment les idées sur l’origine des races humaines à partir de différents systèmes stellaires – ont suscité l’étonnement et la critique dans les milieux universitaires.

En août 2026, Klepatch a été démis de ses fonctions de chef économiste de la VEB.RF. La raison n’était pas ses vues ésotériques, mais sa déclaration pessimiste selon laquelle la Russie ne «gagnerait pas la guerre d’usure et perdrait la compétition technologique et économique non seulement face à la Chine et aux États-Unis, mais aussi parfois face à l’Ukraine».

Dans l’article lui-même, les auteurs partent de prémisses tout à fait différentes. L’idée centrale est résumée dans une phrase de Pythagore et du livre de l’Ecclésiaste: «Ce qui est en haut est aussi en bas; ce qui a été sera». Ce principe hermétique sert de fondement philosophique à l’ensemble du texte. Selon les auteurs, la planète Terre et le cosmos sont des partenaires fractals, qui se ressemblent par leurs propriétés. Ils obéissent aux mêmes lois, cycles et principes de transformation de la matière, de l’énergie et de l’information.

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Dans cette vision du monde, l’univers tout entier est un ensemble fractal composé de superstructures, d’ondes et de résonances. Cette idée reflète directement la philosophie du cosmisme. Selon les auteurs, la civilisation est formée précisément par ce cycle: les ressources naturelles deviennent énergie, de laquelle naît un produit culturel, informationnel et spirituel qui permet la poursuite de l’activité de tous les systèmes vivants.

Les auteurs présentent une conception radicale de l’origine de l’homme. L’humanité n’est pas le résultat de mutations chimiques aléatoires, mais une forme logique et nécessaire selon laquelle «la vie intelligente cosmoplanétaire» s’organise sur Terre. La Terre n’est pas un objet mort mais un sujet vivant, et la vie est une propriété originelle et permanente du cosmos, non un hasard tardif. À ce stade, les auteurs se réfèrent directement à Tsiolkovski, qui affirmait: «Nous venons tous du cosmos, et à l’avenir l’humanité deviendra énergie rayonnante», afin de retourner sous forme d’énergie pure conquérir de nouveaux territoires cosmiques.

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L’une des parties les plus singulières de l’article est la description de l’origine cosmique des races humaines. Les auteurs soutiennent que la Terre fut peuplée par des arrivants de différents systèmes stellaires. La race jaune en Lémurie (Asie) serait venue de la constellation du Lion, la race noire en Afrique de Sirius et la race blanche des zones polaires hyperboréennes (Europe du Nord et Russie) de la Grande Ourse. Ces arrivants ne sont pas venus dans des vaisseaux spatiaux physiques, mais comme «anges holographiques semblables au plasma» qui ont fécondé la surface terrestre et généré une «génération d’Aryens intelligents». Les auteurs soulignent que les différentes races possèdent toujours leurs gènes cosmiques, ce qui explique leurs différences persistantes.

À ce stade, les auteurs rejoignent la tradition ésotérique russe, où le terme «Aryens» désigne un peuple ancestral mythique originaire d’Hyperborée. Ce terme ne vient pas de l’idéologie nazie, mais fut transmis au cosmisme russe au XIXe siècle par la théosophie, notamment par la Russe Helena Blavatsky et sa Société Théosophique. Plus tard, l’Allemagne nazie reprit et adapta ces idées pour ses propres théories raciales.

La conception des auteurs sur les races et l’«aryanité» est politiquement incorrecte aujourd’hui, et bien que teintée d’ésotérisme, elle semble reposer sur des classifications raciales des XIXe et XXe siècles, qui ne sont plus reconnues par la génétique et l’anthropologie contemporaines.

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Ils ne fournissent pas de fondements scientifiques à leurs affirmations, mais se réfèrent à la littérature ésotérique russe, notamment à leur ouvrage antérieur Энергокосмизм России (Cosmisme énergétique de la Russie, 2003) ainsi qu’au livre d’Alexandre Touloupov Род Севера. Русские гиперборейцы (Le clan du Nord. Les Hyperboréens russes, 2013), qui tente de prouver que les Russes descendent des Hyperboréens. Les auteurs s’appuient sur des «connaissances anciennes» et leur propre autorité plutôt que sur la recherche scientifique.

Selon ce schéma cosmique, les auteurs en déduisent l’histoire des migrations humaines. Sous l’effet des changements géoclimatiques, les peuples aryens se déplacèrent des zones polaires vers le sud par trois routes. À l’ouest, la route le long du méridien zéro à travers l’Europe mena à la naissance de la civilisation atlantique. À l’est, le flux migratoire le long du fleuve Lena fusionna avec les Lémuriens et forma la civilisation des «grands mogols», que les auteurs demandent à ne pas confondre avec les conquérants mongols. La route centrale passa par les montagnes de l’Oural (les mythiques montagnes Ripeus de l'antiquité) vers l’Asie centrale et jusqu’en Inde, laissant des traces aryennes encore visibles dans la culture indienne.

Les auteurs répartissent les civilisations eurasiatiques en trois groupes principaux. La civilisation nord-atlantique représente une base de valeurs individualistes, catholiques et protestantes. La civilisation russo-eurasienne est fondée sur le collectivisme, la sobornost (unité spirituelle) et le christianisme orthodoxe. La civilisation est-asiatique repose sur un modèle impérial centralisé. En outre, le monde islamique constitue son propre bloc avec la charia.

Les auteurs soulignent que les frontières de la civilisation russe sont bien définies: le Dniepr à l’ouest (la situation en Ukraine montre qu’au-delà, c’est un autre monde), la Grande Muraille de Chine à l’est et le Caucase au sud. Ils constatent que les tentatives de la Russie et de l’Union soviétique d’exporter leur modèle civilisateur au-delà de ces frontières ont toujours échoué.

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Selon les auteurs, dans toutes les civilisations subsiste un «culte du ciel», souvenir de la planète natale et du foyer des ancêtres. L’homme ne doit pas être considéré comme un être ayant perdu son histoire et son identité, ni comme un robot sans âme dans le monde numérique. En l’homme, la vie et l’existence n’effacent pas la mémoire, et la raison et l’intelligence ne tuent pas l’âme.

9a1adb7b1551337c64e7aebe8a112f42.jpgLes auteurs mettent en avant comme spécificité de la civilisation russe le fait que le culte du ciel s’est concrétisé dans l’activité sociale et économique. Ils voient une continuité de l’époque tsariste à l’Union soviétique: bien que les slogans aient changé, le modèle administratif centralisé et la quête d’un développement harmonieux demeuraient l’expression du même principe d’unité céleste et terrestre.

L’Union soviétique donna au cosmisme une dimension pratique grâce au programme spatial. Contrairement à l’Occident, où l’espace est vu comme un objet de colonisation, pour la Russie il fait partie du «principe cosmoplanétaire».

Les auteurs esquissent des idées exceptionnelles qui, selon eux, devraient alimenter la discussion. Ils présentent une vision géopolitique selon laquelle la Russie n’est pas un carrefour entre l’est et l’ouest mais un pont entre la Terre et le cosmos: une connexion psychophysique dans le continuum énergie-matière-information-noosphère. Ils parlent d’un «univers pulsant où le temps ne progresse pas de façon linéaire mais vibre». Ils avancent que «l’application des phénomènes d’intrication quantique observés au niveau quantique à l’échelle macroscopique permettrait un déplacement dans le temps et l’espace par l’information, non par le mouvement physique». La vision de Tsiolkovski d’une humanité transformée en «énergie rayonnante» reçoit leur approbation, tout comme la rythmo-dynamique qui « permettrait un mouvement sans forces de réaction en réglant la fréquence propre d’un corps».

Les auteurs abordent aussi l’unité des processus électromagnétiques et de la gravité avec les flux d’énergie subtils. Ils citent des chercheurs russes controversés tels que Nikolaï Alexandrovitch Kozyrev et Vladimir P. Kaznatcheïev, selon lesquels le temps et l’énergie sont convertibles entre eux et les latitudes nord de la Russie constituent une zone particulière de transparence de l’information. Ils mentionnent le biophysicien Alexandre Tchijevski, selon qui les tempêtes cosmiques ont des effets sur les phénomènes terrestres. Enfin, ils esquissent l’intégration des processus économiques, écologiques, techniques et cognitifs en un ensemble écosocial et la vision d’un «foyer planétaire commun».

1e422213832260ae2774d4bc8f75319f.jpgLes auteurs, planant dans les sphères cosmiques, redescendent toutefois sur terre en admettant que leurs propositions sont «partiellement spéculatives». Ils soulignent cependant que la Russie peut et doit accomplir sa mission historique: devenir une civilisation cosmoplanétaire centrée sur l’énergie et l’information, et un État leader dans l’exploration spatiale.

Comment cette vision s’accorde-t-elle avec la politique du jour ? La Russie est un pays où l’analyse sérieuse et réaliste – stratégies énergétiques et économiques, calculs géopolitiques, plans ministériels – coexiste avec ce type de contenu ouvertement spéculatif.

Le même Bouchouïev, qui a élaboré les stratégies énergétiques officielles du pays, écrit ailleurs sur l’origine hyperboréenne et les visiteurs angéliques/holographiques. Le même Klepatch, qui a fait des prévisions économiques à long terme pour la VEB.RF, publie aussi des textes néospirituels sur l’influence de l’activité solaire sur les cycles économiques et sociaux.

Cette amplitude de pensée est caractéristique de la culture intellectuelle russe, où la doctrine d’État pragmatique et la spéculation métaphysique peuvent coexister. Il est dans la tradition russe de réfléchir au destin du pays à la fois selon des perspectives réalistes et selon des récits de dimension cosmique. Le cosmisme y vit, à côté de la culture orthodoxe-technocratique officielle, comme un héritage spirituel spéculatif. Bouchouïev et Klepatch incarnent ce phénomène russe unique où le rang académique et la vision du monde ésotérique se rencontrent.

La frontière demeure cependant nette: une pensée excentrique est tolérée tant qu’elle reste distincte du processus décisionnel. Le renvoi de Klepatch de la banque de développement en août 2026, après qu’il ait publiquement exprimé une évaluation exceptionnellement sombre de l’économie russe et de la guerre en cours, est un exemple concret du tracé de cette limite. Les théories imaginatives sont acceptées, mais il n’est pas permis de remettre en cause la ligne en politique étrangère et en politique de sécurité.

Malgré les critiques et les revers, Bouchouïev et Klepatch représentent un phénomène qui ne disparaît pas. Le cosmisme russe n’est pas seulement une curiosité philosophique du passé, mais une façon de penser vivante qui offre des réponses alternatives à l’origine et à l’avenir de l’humanité. Son mélange unique de science, de politique et de spiritualité restera une part du paysage intellectuel russe, marqué par les bouleversements de l’ordre mondial et la montée des technologies d’intelligence artificielle.

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dimanche, 30 août 2026

Géopolitique de l’Inde au 21ème siècle

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Géopolitique de l’Inde au 21ème siècle

Daniele Perra

Source: https://telegra.ph/Geopolitica-dellIndia-nel-secolo-XXI-0...

Après des décennies de non-alignement, la politique étrangère indienne, surtout avec l’arrivée au pouvoir de Narendra Modi, a opéré un tournant décisif avec la nouvelle affirmation d’une diplomatie économique (le fameux «Made in India») et la stratégie du «Look East, Act East». New Delhi cherche en réalité de nouveaux espaces de manœuvre, tant au niveau régional que mondial, pour s’imposer comme acteur fondamental selon sa conception d’une évolution multipolaire.

La politique indienne à l’ère postcoloniale était dictée par un impératif simple: indépendance et souveraineté totales. À cet égard, le non-alignement dans le schéma dichotomique de la Guerre froide s’avérait fondamental pour atteindre cet objectif. Il convient également de rappeler que, bien que Nehru fût perçu comme trop proche de l’Union soviétique, les États-Unis ne manquèrent pas de courtiser l’Inde tout en forgeant une alliance avec le rival pakistanais. Par ailleurs, la politique étrangère de New Delhi fut presque immédiatement marquée par la rivalité avec la Chine communiste; cet autre pays ne put s’empêcher de se rapprocher du Pakistan, surtout après le conflit sino-indien de 1962 (probablement l’événement le plus traumatisant de l’histoire récente de cet État du sous-continent). Inutile de préciser que cela créa dès le début un sentiment d’encerclement dans l’esprit des Indiens, poussant les penseurs les plus influents de la Nation à considérer l’Inde comme une sorte d’île (plutôt qu’une péninsule) au sein du vaste continent eurasiatique. En effet, le sous-continent est presque séparé du reste de l’Eurasie par le vaste système montagneux de l’Himalaya au nord; tandis qu’à l’est, à l’ouest et au sud, c’est l’océan Indien qui délimite ses frontières.

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Avec la fin de la Guerre froide, la politique de non-alignement a été remplacée par une forme de multilatéralisme visant à modifier le fonctionnement du Conseil de sécurité de l’ONU et à promouvoir une répartition plus équitable des ressources et du pouvoir à l’échelle mondiale. Ce facteur a poussé l’Inde elle-même à collaborer avec son rival historique (la Chine, avant même le Pakistan, ce dernier étant considéré comme une annexe de la première) dans différentes organisations internationales, des BRICS à la SCO.

Le 21ème siècle est en effet caractérisé par une approche plus pragmatique de la politique internationale. L’objectif fondamental était (et demeure) l’intégration totale de l’Inde dans l’économie mondiale et la recherche d’un rôle plus actif dans le domaine de la coopération internationale. Les piliers des relations extérieures indiennes sont au nombre de trois: a) l’économie et le commerce; b) la sécurité intérieure face à diverses menaces (djihadisme, groupes sécessionnistes maoïstes ou autres); c) l’interconnexion étroite entre politique intérieure et extérieure.

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Concernant le premier point, la diplomatie économique du «Made in India», du «Start Up India» ou du «Digital India», vise surtout à faire du pays un «hub» continental dans le secteur de la manufacture et de la technologie (l’Inde joue également un rôle important dans l’exploration spatiale), grâce à l’accent mis sur les accords bilatéraux et la coopération régionale.

Le commerce s’oriente principalement vers l’Asie occidentale, l’Afrique, l’UE et les États-Unis. Les relations avec les voisins immédiats restent plus complexes, bien que les relations commerciales avec le Népal, le Bangladesh, le Myanmar, le Bhoutan, le Sri Lanka et les Maldives soient aussi développées, alors que la présence chinoise y croît constamment.

Il faut aussi considérer que la région de l’Asie du Sud, bien qu’elle soit l’une des plus dynamiques en termes de croissance économique à l’échelle mondiale, reste politiquement instable. Elle possède l’une des populations les plus jeunes (on pense à la moyenne d’âge de 22 ans au Pakistan) comparée au reste du monde; et c’est l’une des régions les plus militarisées.

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Dans ce contexte, des pays comme le Népal et le Bhoutan dépendent étroitement de l’évolution des relations entre l’Inde et la Chine. En 2025, on a assisté à une détérioration rapide des relations entre l’Inde et le Bangladesh. Ce pays, paradoxalement, doit son indépendance à l’Inde, mais risque de matérialiser ce qui constitue le cauchemar stratégique de New Delhi: un axe Pakistan-Chine-Bangladesh. En juillet 2025, le régime de l’Awami League a pris fin, suivi de plusieurs condamnations à mort dont celle de son leader Sheikh Hasima. À cela s’est ajoutée une ouverture radicale du pays bengali vers la Chine. Le Bangladesh occupe une position stratégique cruciale dans le golfe du Bengale – position que Pékin entend exploiter pour contourner le détroit de Malacca – et le maintien de bonnes relations avec lui est essentiel pour New Delhi, aussi bien pour le contrôle de l’immigration illégale et des infiltrations djihadistes sur le territoire indien que pour la maîtrise du corridor de Siliguri: une étroite bande de terre reliant l’Inde orientale au reste de l’Union.

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Mais c’est l’océan Indien qui constitue la zone de la plus grande importance stratégique pour l’Inde. Il y transite un tiers du commerce international et deux tiers du commerce pétrolier. Et à ses extrémités se trouvent au moins trois points d’étranglement déterminants pour l’économie maritime mondiale: le détroit de Malacca, le canal du Mozambique et le détroit d’Ormuz (protagoniste dans la phase actuelle du conflit entre la République islamique d’Iran et le binôme USA-Israël).

Ici, récemment, l’Inde a dû faire face à la réduction de son influence et à l’augmentation de celle de la Chine aux Maldives; un système d’îles qui, en plus de sa valeur touristique, possède une importance stratégique en raison de sa position à mi-chemin entre les détroits d’Ormuz et de Malacca.

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Avant d’aller plus loin, il convient d’ouvrir une courte parenthèse historique. Au 19ème siècle, le pouvoir et la technologie n’étaient pas répartis équitablement à l’échelle mondiale. Cela permit à des pays relativement petits sur le plan démographique et territorial (l’Angleterre, la Belgique, pour n’en citer que quelques-uns) de contrôler presque la totalité du globe. Le 21ème siècle, en revanche, avec un retour prépondérant de la démographie comme facteur d’action et de puissance, a radicalement renversé les schémas du passé. Des pays comme la Chine et l’Inde (on pourrait aussi citer le Nigeria, l’Indonésie, le Pakistan, le Brésil, etc.) ressentent le besoin d’occuper un rôle plus important sur la scène internationale et, surtout, de démontrer que la modernisation n’est pas synonyme d’occidentalisation et que le capitalisme peut revêtir des formes différentes.

Dans ce contexte évolutif, l’Inde a cherché à agir en politique étrangère avec un mélange d’idéalisme et de pragmatisme, recherchant à la fois une autonomie stratégique et un engagement renouvelé sur la scène internationale. L’Inde cherche ainsi à se présenter comme «fournisseur de sécurité» dans l’océan Indien et en Asie centrale, méridionale et du Sud-Est.

L’Inde unifiée possède une histoire particulière, fruit des leçons du passé. En effet, l’histoire indienne est une succession de royaumes différents, souvent en conflit, qui, dans bien des cas, ont fini par jouer le jeu des envahisseurs; par exemple les Moghols, dynastie impériale musulmane venue d’Asie centrale, qui furent les seuls à maintenir le sous-continent uni pendant des siècles.

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Avec la fin de l’ère coloniale, l’Inde a dû reconstruire sa propre image. En 1954, elle signa avec la République populaire de Chine, qui venait de s’emparer du Tibet, une déclaration en cinq principes: a) respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale réciproques; b) non-agression et/ou non-ingérence dans les affaires des autres; c) égalité réciproque; d) coopération fondée sur l’avantage mutuel; e) coexistence pacifique. Cela n’empêcha pas un affrontement ouvert en 1962, avec Pékin qui a fini par occuper une partie importante du territoire indien.

Nehru_in_the_Netherlands,_1957.jpgIl faut rappeler qu’à la vision de Nehru (photo), l’action militaire était le dernier recours, inefficace pour résoudre les conflits. Le dirigeant indien voyait l’avenir de l’Asie comme une division en diverses fédérations bâties autour de différents «États civilisationnels». L’Inde, bien sûr, en faisait partie. Cependant, elle devait affronter le risque sécuritaire lié à la présence de populations musulmanes importantes sur ses deux flancs. Son idée de non-alignement l’amena à refuser toute participation à une alliance militaire. Malgré cela, en 1962, l’Inde chercha le soutien des Etats-Unis et du Royaume-Uni contre la Chine. En 1971, elle signa un traité d’amitié et de coopération avec l’Union soviétique, prélude à la relation spéciale que New Delhi (avec des hauts et des bas) entretient encore aujourd’hui avec la Russie; l’un des principaux fournisseurs d’énergie et d’armements du sous-continent.

Cette relation a été remise en question à plusieurs reprises, tant par les théoriciens de l’Hindutva liés au parti actuellement au pouvoir (le BJP de Narendra Modi) que par les tentatives répétées des États-Unis de courtiser l’Inde, culminant avec la déclaration d’amitié et de partenariat stratégique de 2015, après plusieurs décennies où Washington accusait New Delhi de manquer de cohérence stratégique, et après que les Etats-Unis eux-mêmes ont tenté de freiner l’ascension de Modi au pouvoir par l’utilisation massive d’ONG à leur service ou en cherchant à diviser le front populiste en soutenant le Aam Aadmi Party.

Cette déclaration fut le produit d’un nouveau focus stratégique nord-américain; le fameux «Pivot to Asia», visant à impliquer l’Inde dans l'endiguement de la Chine. Selon Washington, seule une alliance «occidentale» permettrait à l’Inde d’atteindre une vraie grandeur; et seul l’exploitation de sa nature «insulaire» (d’État séparé du reste du continent) lui permettrait de se projeter en mer comme nouvelle puissance thalassocratique.

L’Inde semble en effet posséder tous les critères qui favorisent le développement d’une puissance maritime selon l’amiral nord-américain Alfred T. Mahan (1840-1914): 1) position géographique particulière; 2) configuration physique du territoire; 3) extension du territoire et disponibilité de ressources militaires; 4) vaste population; 5) caractère et qualité de la population; 6) caractère/attitude/qualité du gouvernement.

New Delhi, par conséquent, devrait appliquer au golfe du Bengale et à une partie de l’océan Indien sa propre doctrine Monroe, favorisant le développement et l’augmentation numérique de sa marine militaire et, dans le style indien, une projection de puissance fondée avant tout sur la coopération en temps de paix.

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À la lumière de cela, deux faits doivent être soulignés: 1) l’Inde est devenue une puissance nucléaire non pas tant pour effrayer le voisin pakistanais, mais pour disposer d’une forme de dissuasion contre la Chine; 2) l’Inde a déjà connu une tradition thalassocratique dans le passé, liée à l’Empire Tamoul et à la dynastie Chola (un véritable empire maritime qui a étendu son influence sur tout l’océan Indien et l’Asie du Sud-Est).

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Ce n’est pas un hasard si les théoriciens nationalistes indiens rêvent d’une «Grande Inde» qui s’étendrait du fleuve Indus au fleuve Mékong. Une vision qui les rapproche quelque peu du projet biblique du sionisme: le «Grand Israël» s’étendant du Nil à l’Euphrate. Les premiers théoriciens de l’Hindutva (terme signifiant «indianité») ne manquaient pas d’exprimer leur solidarité envers le projet sioniste au Proche-Orient, solidarité fondée surtout sur un mépris commun envers l’islam. L’indianité repose fondamentalement sur le rejet de l’islam et l’acceptation des seules religions proprement indiennes: hindouisme, bouddhisme et sikhisme. Cette hostilité envers l’islam a amené ces théoriciens à considérer que l’islam, en tant que religion étrangère au sous-continent, était même pire que le colonialisme britannique.

Les séquelles de ce modèle idéologique persistent encore aujourd’hui. L’actuel Premier ministre Narendra Modi, par exemple, fut, en tant que gouverneur du Gujarat, protagoniste de véritables pogroms contre la population musulmane de la région. Les relations entre le Likoud israélien et le Bharatiya Janata Party restent excellentes. Ainsi, l’Inde, dans une optique d'endiguement de la Chine et de la nouvelle Route de la Soie, semble vouloir jouer un rôle de premier plan dans l’alternative «Route du Coton» ou IMEC (India-Middle East Corridor), qui devrait permettre à Israël d’étendre son influence sur l’océan Indien via les monarchies du Golfe.

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Bien plus intéressantes du point de vue de la pensée indienne moderne sont les considérations de Swami Vivekananda (1863-1902 - photo), précurseur de l’idée de l’Inde comme « État civilisationnel » et des réflexions de figures du mouvement nationaliste indien anti-colonial, de Sri Aurobindo à Mahatma Gandhi. Vivekananda est aussi considéré comme un réformateur de l’hindouisme et de l’application des valeurs religieuses à la politique. Selon lui, l’indépendance totale ne peut être atteinte qu’en suivant la voie du karmayoga (une action qui ne s’écarte jamais d’un système précis de principes).

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Le Vedanta, en particulier, peut être utile pour comprendre la politique étrangère et surtout il constitue le fondement de l’idée multipolaire indienne, prônant l’unité dans la multiplicité. Un concept que l’on retrouve aussi dans la tradition culturelle et religieuse chinoise. À ce propos, on ne peut oublier le contenu de l’Arthashastra (terme traduisible par «science de l’administration politique» ou «compendium des affaires mondiales») de Chanakya (375-283 av. J.-C.), lequel est considéré comme une sorte de Machiavel indien, bien qu’il ait vécu bien avant le penseur italien. On y retrouve le principe directeur de la politique indienne (inspiré des Upanishad): «la vérité est une, mais il existe différentes voies pour l’atteindre».

Sur ces bases, le multipolarisme indien contemporain est interprété comme un ensemble de puissances responsables vers l’extérieur et non enfermées dans le contrôle interne. Il y a une sorte de rejet de ce qu’on appelle «autisme dans les relations internationales». Dans ce contexte, l’Inde doit agir sur plusieurs fronts.

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Nehru et Brejnev.

Nehru considérait l’URSS comme un facteur de stabilité au nord des frontières indiennes. De l’Asie centrale provient en effet la majorité des approvisionnements énergétiques indiens. La stabilité de cette région est fondamentale, tout comme les relations avec Moscou. Pour cette raison, la chute de l’URSS fut aussi perçue en Inde comme une catastrophe géopolitique. Et c’est pourquoi, dans la situation actuelle, New Delhi a rejeté le système de sanctions occidental imposé à la Russie suite à son intervention directe dans le conflit civil ukrainien. Il en va de même pour un autre fournisseur de ressources pour New Delhi, l’Iran. Avec la Russie et l’Iran, on construit en effet le corridor de transport Nord-Sud, destiné à acheminer ces ressources vers les ports indiens via la Russie, l’Asie centrale et l’Iran.

L’Inde a besoin d’une Asie centrale stable pour permettre un flux énergétique stable garantissant le soutien à sa croissance économique. En même temps, elle a toujours privilégié une solution diplomatique à la question nucléaire iranienne et soutenu (avec une certaine dose d’ambiguïté) l’idée qu’une attaque militaire contre l’Iran aurait un effet dévastateur (ce qui s’est effectivement produit) sur la région (plus de cinq millions d’Indiens vivent dans les pays du Golfe Persique) et sur l’économie mondiale. L’Inde est le quatrième consommateur mondial de pétrole. Elle a besoin de ressources abondantes à faible coût et ne peut suivre les délires occidentaux dans ce domaine, malgré des pressions internes.

Il est d’ailleurs «curieux» que les principaux acheteurs de pétrole iranien (Corée du Sud, Japon, Taïwan, Chine, Turquie et l’Inde elle-même) soient aussi ceux qui possèdent des «créances» envers les USA. Il est donc évident que Washington cherche à défaire ce type de relations afin que ces pays achètent plus d’hydrocarbures américains (une opération très similaire à ce qui s’est passé en Europe avec la crise ukrainienne).

Il est tout aussi curieux que parmi les « faucons » du parti actuellement au pouvoir, certains considèrent la Russie comme un ennemi de l’Inde ou suggèrent d’utiliser la frontière avec la Chine (de plus en plus militarisée) comme tête de pont en cas d’attaque occidentale contre la République populaire. D’autres encouragent une augmentation de la relation déjà forte avec le Japon pour un simple endiguement de la Chine sur deux fronts.

La relation avec la Russie est particulière, car beaucoup la voient comme un produit des relations personnelles de Nehru dans les premières années de l’État postcolonial. Aujourd’hui, ces relations restent fluctuantes (malgré la signature d’un accord de partenariat stratégique en 2000), surtout à cause de l’ouverture du gouvernement Modi aux Etats-Unis et de sa recherche de diversification dans les fournitures militaires. La Russie, de son côté, a nettement amélioré ses relations avec le Pakistan après les problèmes des années 1980 liés au conflit afghan.

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L’Afghanistan s’est rapidement transformé en théâtre de rivalité entre le Pakistan et l’Inde. La fuite des États-Unis hors de ce pays fut perçue comme une victoire pakistanaise, Islamabad parvenant à se doter d’une profondeur stratégique dans l’État voisin. En réalité, les problèmes jamais entièrement résolus, qui concernent les frontières et les nationalismes respectifs (pakistanais et afghan), ont mené à un affrontement ouvert, lié aussi au fait qu’Islamabad fait obstacle à la construction de relations commerciales entre l’Inde et l’Afghanistan poursuivies par le gouvernement taliban de Kaboul.

La stratégie du «Look East» reste l’un des fondements de la politique étrangère indienne. Elle se serait même développée en quatre phases sur plus d’un millénaire. La première phase fut celle de l’Empire Chola; la deuxième celle de l’Empire moghol; tandis que la troisième débuta durant la Guerre froide, avec le développement d’une relation particulière qui perdure encore aujourd’hui (notamment dans termes de la politique d'endiguement de la Chine en mer de Chine méridionale) entre l’Inde et le Vietnam (l’Inde soutint le Vietnam lors du conflit avec les Khmers rouges cambodgiens, soutenus par la Chine et les Etats-Unis).

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La quatrième phase a commencé dans les années 1990 et a culminé avec l’idée d’«Act East» du gouvernement Modi, visant à améliorer les interconnexions routières et commerciales pour projeter l’influence indienne en Asie du Sud-Est via le Myanmar et la Thaïlande. Cependant, on craint qu’une ouverture excessive n’augmente les risques d’infiltration au sein des frontières indiennes de la criminalité organisée, transnationale et impliquée dans le trafic de drogue, d’armes (avec des conséquences évidentes dans la lutte contre les milices sécessionnistes ou islamistes) et d’êtres humains.

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Le corridor économique Mékong-Inde.

Quoi qu’il en soit, une coopération plus étroite avec le Myanmar permettrait l’exploitation potentielle des immenses ressources de ce pays (plus de trois milliards de barils de pétrole, sans compter le gaz), trop longtemps victime d’une instabilité politique, parfois orchestrée de l’extérieur. Des projets intéressants dans ce domaine sont le corridor économique Mékong-Inde, lié à une coopération plus étroite entre l’Inde et le groupe ASEAN, et le forum trilatéral Inde-Myanmar-Thaïlande.

En conclusion, l’Inde ambitionne de jouer un véritable rôle de leader du Sud Global par la coopération et la diplomatie économique, que le gouvernement Modi a érigées en fondement de sa stratégie. Il est important ici de souligner la différence entre les concepts de «voisinage», que l’Inde applique à sa proximité géographique, et celui de «périphérie», appliqué par les USA à l’Amérique du Sud ou par la Russie à l’espace ex-soviétique, et qui implique l’utilisation d’outils militaires (comme cela s’est souvent produit dans les deux cas) pour (ré)affirmer une suprématie effective. L’Inde et la Chine sont assez similaires à cet égard; toutes deux recourent à la coopération internationale et à leur participation à certaines organisations (BRICS, SCO ou AIIB – Asian Infrastructure Investment Bank) pour développer et améliorer leurs relations bilatérales avec leurs voisins immédiats ou plus éloignés.

Quoi qu’il en soit, la vision multipolaire indienne de l’ère Modi n’est pas exempte d’ambiguïtés. Contrairement à celle de la Chine (qui considère la sécurité et l’économie asiatique comme absolument dépendantes des Asiatiques eux-mêmes, sans aucune influence extra-continentale), elle reste liée à une idée qui semble davantage inspirée de l'uni-multipolarisme huntingtonien, où à un pouvoir économique mondial plus partagé s’oppose la supériorité technologique et militaire incontestée d’une seule puissance: toujours les États-Unis.

samedi, 29 août 2026

La pieuvre de la surveillance «Palantir» s’attaque au marché des médias: vers un lecteur entièrement transparent

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La pieuvre de la surveillance «Palantir» s’attaque au marché des médias: vers un lecteur entièrement transparent

New York. Le groupe américain de sécurité «Palantir» est actuellement la plus grande pieuvre mondiale en matière de données et de surveillance. L’entreprise est particulièrement controversée en raison de ses programmes d’intelligence artificielle destinés à la «lutte préventive contre la criminalité». Malgré cela, en Allemagne, les forces de police de certains Länder utilisent déjà des programmes de «Palantir».

Le groupe cherche désormais à mettre la main sur les données de millions d’utilisateurs de médias. Une alliance inquiétante entre la «Big Tech» et le paysage médiatique international se dessine. USA TODAY Co., le plus grand groupe de presse des États-Unis, qui possède plus de 200 journaux locaux ainsi que le quotidien national USA TODAY, intègre «Palantir» à ses systèmes de traitement des données.

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L’entreprise souhaite analyser plus en profondeur les données de ses lecteurs et transformer des utilisateurs jusqu’ici anonymes en relations identifiables. Mike Reed, PDG de USA TODAY, a déclaré lors de la conférence de presse consacrée aux résultats du deuxième trimestre 2026: «Chaque visite, chaque session et chaque moment d’attention émet un signal». L’association de ces signaux doit permettre de produire de l’«actionable intelligence», c’est-à-dire, en français, des informations exploitables.

Reed a qualifié les utilisateurs anonymes de «public le moins précieux et le moins monétisable» et annoncé son intention de transformer les interactions actuellement anonymes des lecteurs en «relations connues».

Kristin Roberts, directrice des médias de USA TODAY, a évoqué à ce propos «de meilleures recommandations et offres, fondées sur ce qui intéresse réellement les gens». C’est un procédé que nous connaissons déjà chez Amazon, Facebook et Google.

«Palantir» collabore déjà avec d’autres entreprises médiatiques dans le domaine de l’analyse des données. En Allemagne, le groupe d’édition Axel Springer, dont le portefeuille comprend notamment Politico, Business Insider, Bild et The Telegraph, utilise ce logiciel depuis plusieurs années. Les groupes de presse justifient l’utilisation accrue des données par la recherche d’une commercialisation plus efficace et par la baisse du trafic en provenance des moteurs de recherche. De son côté, «Palantir» cite parmi les domaines d’application «des informations détaillées sur les habitudes de lecture, l’efficacité de la publicité et les modèles d’abonnement».

Au sein même de USA TODAY, la coopération avec cette pieuvre des données et de la surveillance est loin de faire l’unanimité. Plus de 800 employés issus de 31 rédactions ont demandé qu’il y soit mis fin. Mais cette activité est bien trop lucrative pour les deux parties (mü).

Source: Zu erst, août 2026. 

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Il n’y a pas que «Starlink»: la Russie développe son propre réseau «Rassvet»

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Il n’y a pas que «Starlink»: la Russie développe son propre réseau «Rassvet»

Moscou. Une course aux armements, dont la plupart des gens n’ont pas conscience, fait rage en orbite terrestre basse: la Russie accélère le déploiement de son propre réseau satellitaire, baptisé « Rassvet ». Ce système est destiné à offrir une solution russe de substitution au réseau de satellites «Starlink» d’Elon Musk et devrait prochainement servir à la transmission rapide de données, aux communications militaires ainsi qu’aux opérations de drones. Le dirigeant du Kremlin, Vladimir Poutine, a déclaré à plusieurs reprises que «Rassvet» pouvait rivaliser avec «Starlink». «Cela demande un certain temps, mais le système a été créé et il fonctionne», a affirmé Poutine à la mi-juin.

L’entreprise chargée du développement, appelée «Bureau 1440», travaille sur «Rassvet» depuis environ cinq ans. Son nom fait référence à Spoutnik 1, qui effectua au total 1440 révolutions autour de la Terre en 1957. L’entreprise est née en 2020 d’un projet de l’opérateur de téléphonie mobile MegaFon et portait initialement le nom de «MegaFon 1440». Trois satellites d’essai ont été lancés en juin 2023, suivis de trois autres en 2024 afin de tester les communications par laser.

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En mars 2026, les seize premiers satellites opérationnels ont été placés dans l’espace. À la fin du mois de juillet, le Bureau 1440 a annoncé le lancement d’un deuxième groupe. Une fois les essais terminés, les satellites devraient atteindre en octobre ou en novembre leur orbite définitive, à environ 800 kilomètres d’altitude. Selon le conseiller ukrainien Serhiy Beskrestnov, connu sous le pseudonyme de «Flash», jusqu’à quarante satellites «Rassvet» se trouveraient déjà en orbite.

Environ douze satellites de la première série ont atteint l’orbite prévue. Au-dessus de l’Ukraine, ils offrent jusqu’à présent une à deux fenêtres d’observation quotidiennes. Selon les circonstances, celles-ci durent de dix minutes à une heure et demie. Le deuxième groupe est toujours en route vers son orbite définitive.

Le déploiement doit se poursuivre rapidement. Selon les services de renseignement ukrainiens, Moscou prévoit de disposer de 292 satellites d’ici à 2027. Bureau 1440 en annonce environ 730 pour 2030 et plus de 900 pour 2035. Les experts estiment que 200 à 250 satellites seraient nécessaires pour assurer une couverture continue de la Russie et de l’Ukraine. Dans le même temps, certains doutent que la Russie puisse lancer l’ensemble de la flotte prévue à l’aide de ses propres lanceurs.

Les services de renseignement militaire ukrainiens affirment avoir constaté une accélération du programme. Le général de division Vadym Skibitsky a déclaré: «Les satellites sont lancés beaucoup plus rapidement que ne le prévoyaient les plans initiaux». Si ce rythme se maintient, «Rassvet» pourrait, selon les experts, permettre une surveillance continue de l’Ukraine d’ici au milieu de l’année 2027.

Dans la guerre en Ukraine, les communications satellitaires jouent un rôle important. «Rassvet» doit également garantir le maintien des liaisons lorsque les réseaux terrestres sont hors service. Ces systèmes peuvent en outre soutenir les opérations de drones grâce à la transmission d’images en direct.

À titre de comparaison, «Starlink» compte déjà plus de 10.800 satellites dans l’espace. En moyenne, SpaceX lance tous les trois jours une fusée Falcon 9 emportant environ deux douzaines de satellites supplémentaires. Le 23 juillet, l’Union européenne a inscrit «Rassvet» dans son 21ᵉ train de sanctions, qui vise le secteur militaro-industriel ainsi que les domaines de l’électronique et des communications. Il est peu probable que cette mesure entrave de manière significative la solution russe de substitution à «Starlink» (mü).

Source: Zu erst, août 2026. 

vendredi, 28 août 2026

Pour une économie viable: ordolibérale à l’intérieur, calquée sur List à l’extérieur

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Pour une économie viable: ordolibérale à l’intérieur, calquée sur List à l’extérieur

Jurij Kofner

Source: https://kraut-zone.de/blog/2026/08/22/nach-innen-ordolibe...

L’État allemand souffre d’une contradiction singulière: là où il devrait se retenir, il intervient toujours plus profondément. Là où il devrait agir, il se révèle impuissant. Il régule les chauffages, les chaînes d’approvisionnement, les obligations de reporting et les décisions des entreprises, tandis que les dépendances stratégiques s’accroissent dans les domaines de l’énergie, des semi-conducteurs, des infrastructures cloud ou des plateformes numériques.

Une économie de marché libre n’a besoin ni d’un État transformationnel omniprésent, ni d’un État minimaliste. Elle a besoin d’un État ordonnateur: ordolibéral à l’intérieur, calqué sur les travaux de Friedrich List à l’extérieur.

La leçon de toute politique visant l'ordre en Allemagne est que la liberté n’est pas seulement menacée par un État tout-puissant, mais aussi par un État faible. Sous la République de Weimar, la capacité de décision de l’État était oblitérée par les partis, les associations et les intérêts particuliers. L’image d’Alexander Rüstow de l’État comme « proie » en saisit l’essence: formellement responsable de tout, mais pratiquement trop faible pour défendre le bien commun face à des intérêts particuliers puissants.

Carl Schmitt décrivit ce même problème comme une crise de la souveraineté de l’État: l’État pluraliste des partis et des corporatismes perd son unité politique lorsque des intérêts particuliers organisés s’approprient l’État et que ce dernier n’est plus capable de décider par lui-même. Sa formule du souverain en cas d'état d’exception révèle une condition de base de toute efficacité politique.

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De haut en bas: Eucken, Rüstow, Röpke et Böhm. 

L’ordolibéralisme (voir à ce sujet notre numéro 34) en a tiré une conclusion: l’État ne doit pas jouer à l’économie (ni être joué par elle), mais créer de l’ordre. Walter Eucken, Franz Böhm, Alexander Rüstow, Wilhelm Röpke et Ludwig Erhard associaient la propriété privée et l’esprit d’entreprise à un État de droit qui garantit l’accès au marché, combat les cartels et applique des règles égales pour tous. Ce n’est pas moins de marché par un État fort – mais c’est seulement un État ordonnateur fort qui rend la concurrence libre possible.

Pour l’Allemagne, cela signifie que la propriété, la responsabilité, la liberté contractuelle, la concurrence par la performance et l’accès ouvert au marché doivent redevenir la norme en politique économique. L’État ne doit pas sélectionner les entreprises selon l’opportunité politique. La politique de compétitivité doit être horizontale: énergie bon marché, fiscalité réduite, procédures d’autorisation rapides, marchés financiers fonctionnels, infrastructures performantes et travailleurs qualifiés – techniciens et ingénieurs.

Cela implique une simplification juridique plutôt qu’un allègement symbolique. Directive sur l’efficacité énergétique, CBAM, taxonomie européenne, RGPD, AI Act et CSRD au niveau européen, ainsi que la loi sur l’efficacité énergétique, la loi sur le devoir de vigilance et la loi sur l’énergie des bâtiments au niveau national, sont des exemples d’une régulation qui est devenue elle-même un désavantage concurrentiel. «One in, two out», les fictions d’autorisation et les révisions automatiques des réglementations au bout de cinq ans maximum seraient des instruments d’ordre cohérents.

L’ordolibéralisme suppose cependant quelque chose qui n’existe pas sur le marché mondial: une instance supérieure qui édicte et fait appliquer des règles contraignantes. À l’intérieur d’un État, la concurrence fonctionne, parce que les tribunaux, les autorités et le monopole de la force protègent la propriété, les contrats et le droit de la concurrence. L’État peut imposer des règles à chaque acteur du marché en tant qu’arbitre.

Au niveau mondial, un tel souverain fait défaut – et il n’est pas près de voir le jour. L’économie mondiale n’est pas un marché intérieur, mais un système d’États concurrents aux intérêts et moyens différents pour asseoir leur puissance. Les institutions internationales comme l’OMC peuvent formuler des règles, mais leur application dépend du pouvoir politique et de l’accord des grands acteurs. En cas de crise, ce qui compte, c’est de savoir qui détient effectivement l’énergie, le capital, la technologie, les infrastructures et les capacités de production stratégiques, et qui peut agir avec. Historiquement, le « libre-échange » n’a surtout fonctionné que durant les périodes où un hégémon mondial avait intérêt à un ordre commercial ouvert – notamment sous la Pax Americana jusqu’aux années 2010. Le blocage de l’organe d’appel de l’OMC depuis 2019 montre clairement cette limite: là où il n’existe pas d’autorité supérieure, ce n’est pas la règle mais la puissance qui prévaut en cas de conflit.

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C’est précisément pour cela que l’Allemagne ne doit pas agir à l’extérieur selon les règles énoncées par les doctrines ordolibérales, mais penser de façon listienne. Friedrich List critiquait le libre-échange abstrait de son temps comme irréaliste et soulignait le rôle des forces productives nationales. La puissance économique repose sur l’industrie, la technologie, l’énergie, la recherche et l’infrastructure – et non sur le libre-échange seul. Dans un monde où d’autres États soutiennent stratégiquement leurs entreprises, il faut de la réciprocité, une protection contre le dumping et les transferts de technologie, ainsi qu’une politique industrielle ciblée et limitée dans le temps. À l’intérieur, l’État reste l’arbitre de la concurrence, à l’extérieur il devient un acteur qui défend ses propres bases économiques.

Une politique listienne commence là où la capacité d’action de l’État dépend de ses propres infrastructures. La souveraineté énergétique signifie s’affranchir du dogme selon lequel une nation industrielle doit importer autant d’énergie que possible au lieu de la produire elle-même. L’Allemagne dispose d’importantes options: la réactivation de huit à onze centrales nucléaires est techniquement possible; les ressources nationales de gaz de schiste exploitables s’élèvent à environ 30.000 TWh – soit plus de 35 années de consommation – et les réserves nationales de lignite à environ 56.000 TWh. Le nucléaire, le gaz de schiste et le charbon doivent donc rester des options stratégiques ouvertes.

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Au XXIe siècle, il en va de même pour le numérique. Quiconque dépend entièrement de fournisseurs américains pour le cloud, les systèmes d’exploitation, les puces, les plateformes et l’IA ne possède pas de souveraineté technologique. Le « kill switch » numérique peut, dans le pire des cas, s'avérer plus sévère que des sanctions classiques. L’Allemagne et l’Europe ont donc besoin de capacités propres en matière de cloud, de calcul, de puces, d’IA et de cybersécurité.

Il faut y ajouter l’infrastructure physique. Le retard d’investissement s’élève à 231 milliards d’euros; l’IWK et l’IMK estiment les besoins publics d’investissement supplémentaire à près de 600 milliards d’euros sur dix ans. Routes, rails, ports, réseaux numériques et infrastructures énergétiques sont des forces productives au sens de List. Même un gouvernement AfD pourrait, en supprimant les dépenses de transformation d’inspiration gauchiste pour la transition énergétique, le lobbying climatique, les structures d’asile ou les programmes de genre, économiser environ 125 à 140 milliards d’euros. Mais cela ne suffirait pas pour répondre aux besoins d’infrastructure, si bien que des dettes strictement affectées à des investissements productifs supplémentaires sont justifiables sur le plan de toute politique visant la consolidation d'un ordre.

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Qui est Jurij Kofner?

En tant qu’Allemand de Russie résidant à Munich, Kofner a non seulement l’avantage de comprendre deux cultures, mais il a aussi travaillé, après des études d’économie, dans des instituts de recherche allemands, autrichiens et russes. Géopolitiquement, il rêve d’une Allemagne souveraine qui brillerait économiquement de Lisbonne à Vladivostok, tandis qu’il applaudit sur le plan idéologique le populisme libertarien venu d’Amérique.

La grande épreuve du postlibéralisme

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La grande épreuve du postlibéralisme

Source: https://hardensrost.substack.com/p/postliberalismens-stor...

JD Vance était dans la Situation Room lorsque les bombardiers américains ont frappé les installations nucléaires iraniennes. À peine un an auparavant, il avait décrit le principal mérite de Donald Trump en politique étrangère comme étant de ne pas déclencher de nouvelles guerres. Je lis ce contraste avec un double regard – en tant que Suédois et en tant que personne qui a des racines dans le pays où tombent les bombes.

Michel de Montaigne écrivit un jour: «Je ne peins pas l’être, je peins le passage». Je ne peins pas l’état, je peins la transition. Il voulait dire que l’homme ne peut être compris comme quelque chose de totalement fixe et achevé. Il faut le comprendre à travers les mouvements et les changements qui le façonnent. Cette idée m’est restée et je la ressors maintenant de ma mémoire pour l’appliquer à Vance.

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Why Liberalism Failed de Patrick Deneen fait partie des livres qui ont structuré ma propre pensée. Il a également influencé Vance. Lorsqu’il écrivit plus tard la préface de Regime Change: Toward a Postliberal Future, c’était l’expression d’une véritable parenté intellectuelle, et non une simple recommandation polie.

La critique de Deneen ne vise pas en premier lieu le marché ou la liberté individuelle. Son point de départ, pour ses réflexions, c'est que le libéralisme dissout progressivement les communautés qui nous donnent une identité et un sentiment d’appartenance: la famille, l’église et la communauté locale. L’État reçoit alors une mission différente. Il doit protéger activement les institutions qui rendent une vie bonne possible, au lieu d’adopter une posture neutre face à leur dissolution.

Cette vision rapproche Vance de la tradition postlibérale. Son profil en politique étrangère reposait toutefois sur une autre base – une sorte de réalisme au sens de Kissinger et Mearsheimer, qui s’intéresse aux conséquences politiques plutôt qu’aux ambitions morales. C’est pourquoi Vance s’est longtemps opposé à l’idée d’une guerre avec l’Iran, la décrivant comme une erreur stratégique. Les ressources étaient plutôt nécessaires pour affronter la Chine sur les plans politique et économique, et non pour une nouvelle guerre au Moyen-Orient.

Lorsque les attaques ont finalement eu lieu, il a défendu la décision qui venait d'être prise. Il a souligné que les États-Unis n’étaient pas en guerre contre l’Iran, mais contre le prétendu programme nucléaire du pays. Trump a ensuite constaté que Vance était moins enthousiaste que lui-même, mais qu’il avait tout de même soutenu la décision. La question est donc de savoir si Vance a réellement changé son analyse ou si son rôle politique a évolué.

Nous aimons distinguer les individus entre cohérents et incohérents, entre ceux qui sont fidèles à leurs principes ou ceux qui sont des opportunistes. Mais la réalité consiste souvent, justement, en cette transition décrite par Montaigne, dans laquelle l’homme se transforme à travers les rôles qu’il endosse. La logique du pouvoir se révèle souvent différente de celle des idées. Les élites ne sont pas seulement unies par des convictions communes, mais aussi par des dépendances réciproques.

Pareto, Mosca et Burnham ont décrit ce mécanisme bien avant notre époque, et j’ai moi-même essayé de le décrire dans Eliternas långa dans, où il s’exprimait dans la lutte pour le pouvoir en Iran, après Khamenei. Celui qui veut garder son influence doit parfois accepter des décisions qu’il n’aurait pas prises lui-même. Cela vaut aussi bien à Washington qu’à Téhéran.

responsive_small_webp_6KLg8OKjr7ZWa-YrSxbG80GFrt3GJ77liNc3oUZ_-VM-copie.jpegIl est révélateur que la partie iranienne inclue désormais cette division dans son propre calcul stratégique. Esfandyar Batmanghelidj (photo) écrivait récemment que les dirigeants iraniens considèrent la tension entre différents camps à Washington comme la preuve d’une administration dysfonctionnelle.

Ils voient un adversaire au sein du cabinet, pas seulement d'autres adversaires au Congrès. L’Iran a également noté que Trump a imposé de nouvelles conditions à l’accord sur l’énergie nucléaire avec l’Arabie Saoudite, bien que l’accord avait déjà été signé. Même la puissante alliance entre ces deux pays n’a pas résisté aux impulsions et exigences fluctuantes du président américain. La conclusion à Téhéran est que toute diplomatie avec les États-Unis est à peine possible. La tension intérieure qu'incarne Vance, balancé entre conviction et loyauté, est ainsi devenue un élément d’analyse pour une puissance hostile, et non plus seulement un drame politique interne propre aux Etats-Unis.

Thomas Massie a choisi le chemin opposé. Il a maintenu sa critique et en a payé le prix politique. Cela ne le rend pas nécessairement plus sage que Vance, mais montre que cohérence et influence ne vont pas toujours de pair.

La véritable épreuve du postlibéralisme se retrouve bien ici, dans ce spectacle. Les idées ne changent pas les sociétés par leur seule force. Elles doivent être portées par des personnes qui parviennent à acquérir et à conserver le pouvoir. En même temps, le pouvoir transforme presque toujours ceux qui, au départ, détenaient les idées.

Le postlibéralisme exige un État qui protège activement les institutions affaiblies par le libéralisme. Mais celui qui veut diriger un tel État doit d’abord survivre dans le système existant, avec ses alliances, ses compromis et ses crises.

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J’ai déjà décrit ma propre position comme étant une forme de "réalisme tragique". Il ne s’agit pas de pessimisme, mais d’une méfiance envers l’idée que la politique offre toujours des choix clairs entre le bien et le mal. Plus j’écris sur la politique, moins je suis certain que la cohérence soit toujours possible. Peut-être est-ce une faiblesse chez moi. Peut-être est-ce simplement l’expression des conditions qui sont propres à la politique.

Savoir si Vance a compromis ou simplement découvert les limites de son propre pouvoir, voilà qui est difficile à déterminer. Peut-être que la différence est moins grande qu’on ne le pense. La question ne le concerne pas vraiment, mais elle concerne bien ce qui se passe lorsque les idées quittent les livres pour entrer dans les ministères, les salles de réunion et la Situation Room. Parfois, le monde y change, mais parfois ce sont aussi les idées qui changent.

Montaigne peignait la transition, pas l’état (de choses). C’est aussi cette transition qu’il vaut la peine d’étudier ici – non seulement du passage qui mène de la paix à la guerre, mais aussi celui qui va du penseur au détenteur du pouvoir. C’est une épreuve qui attend tôt ou tard tout mouvement qui veut transformer des idées en pouvoir. La question est simplement de savoir ce qui change le plus: la société ou celui qui a porté l’idée jusqu’ici.

15:53 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, postlibéralisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

jeudi, 27 août 2026

Strategic Latency Unleashed: le manuel qui normalise l'influence psychologique en démocratie

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Strategic Latency Unleashed: le manuel qui normalise l'influence psychologique en démocratie

Source: https://periodistasporlaverdad.com/strategic-latency-unle...

4-davis-2.jpgPendant des années, la manipulation de l’information était perçue comme une anomalie. Aujourd’hui, elle fait l’objet d’études systématiques.

Aujourd’hui, dans les universités, lors de formations pour fonctionnaires et dans des documents d’analyse politique, on étudie en détail comment influencer ce que les gens pensent. Un niveau d’attention qui, jusqu’il y a peu, n’existait que dans des manuels militaires ou de renseignement. Les textes les plus récents sur la communication stratégique expliquent, dans un ton technique mais avec des objectifs très clairs, comment orienter l’opinion publique sans que cela soit facilement détectable.

L’une des idées clés est simple et puissante: il n’est pas nécessaire de convaincre directement qui que ce soit de quoi que ce soit. Ce qui importe, c’est de décider depuis quel point de vue on va aborder un sujet. Si ce cadre est bien défini, les conclusions viennent généralement d’elles-mêmes.

Cette technique, connue sous le nom de framing (cadrage), fonctionne ainsi: d’abord, on décide de quoi il sera question et de quoi il ne le sera pas; ensuite, quelles sont les mots acceptables et quels sont ceux qui paraissent gênants; enfin, quelles opinions sont présentées comme raisonnables et lesquelles sont étiquetées comme exagérées ou inacceptables.

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Lorsque le cadre est fixé, le débat n’est plus libre. Il s’opère dans des limites invisibles. Les personnes pensent discuter, mais elles le font à l’intérieur d’un périmètre préalablement conçu.

Le document souligne à plusieurs reprises que la majorité des décisions humaines ne sont pas prises de façon rationnelle, mais émotionnelle. À partir de cette prémisse, il est proposé de privilégier les messages qui activent:

- la peur

- le sentiment de menace

- l’identité groupale

- l’urgence morale

La logique proposée est directe et assumée: les données complexes fatiguent, génèrent du rejet ou sont simplement ignorées; les émotions, au contraire, mobilisent. De ce point de vue, ce qui compte n’est plus tant que quelque chose soit vrai, mais que cela fonctionne, que cela provoque une réaction immédiate.

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Il n’est pas nécessaire de recourir au mensonge ouvert. Il suffit de décider quelle information est mise en avant et laquelle est laissée de côté. Ce qui est mis en exergue oriente la lecture des faits; ce qui est omis, également.

Dans cette même logique apparaît une autre stratégie centrale: simplifier au maximum. Les conflits sociaux, politiques ou internationaux sont réduits à des récits faciles à digérer, avec des rôles bien définis: les bons et les mauvais, les défenseurs et les menaces, l’ordre contre le chaos.

L’objectif est pratique: faire en sorte que le public s’aligne émotionnellement sans trop de doutes. Plus le récit est simple, moins il y a de place pour la nuance, l’ambiguïté ou la réflexion critique.

Le problème, préviennent certains analystes, est que cette dynamique finit par transformer la réalité en un jeu de noir ou blanc. Et celui qui sort du script, qui introduit des doutes ou des questions gênantes, risque d’être perçu non pas comme un dissident légitime, mais comme quelqu’un de suspect ou mal informé.

Le document accorde une attention particulière à la détection de ce qu’il appelle les «narratifs disruptifs». Il ne s’agit pas uniquement d’informations fausses, mais aussi de discours qui :

- érodent la confiance institutionnelle,

- remettent en cause les consensus,

- génèrent de la désaffection sociale.

La stratégie n’est pas toujours la censure. Dans de nombreux cas, il est recommandé de :

- diluer le message,

- déplacer le centre d’attention,

- l’associer à des acteurs impopulaires,

- ou saturer l’espace informationnel avec des contenus alternatifs.

Le résultat est un type de contrôle bien plus subtil. Le débat n’est pas interdit ni réduit de façon directe, mais il est orienté sur des chemins difficilement repérables et presque impossibles à contrôler.

L’utilisation de données permet d’affiner encore davantage ce contrôle. Un même sujet peut être raconté de différentes façons selon le public visé: on ne s’adresse pas de la même manière à des jeunes qu’à des électeurs plus âgés, ni à des publics critiques qu’à des audiences déjà convaincues. Chaque groupe reçoit la version du message qui s’accorde le mieux avec ses émotions et ses croyances préalables.

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Ainsi, il n’existe plus de récit commun. À la place, circulent de multiples versions d’une même réalité, distribuées avec précision pour renforcer les soutiens et réduire la résistance.

Ce qu’il y a de plus controversé dans le document, cependant, n’est pas une technique particulière, mais la façon dont il conçoit la société. Les citoyens n’apparaissent pas comme un ensemble de personnes qui débattent et décident, mais comme un environnement mental à administrer.

Dans ce cadre, le vocabulaire classique de la politique — pluralisme, divergence, représentation — cède du terrain à celui de la sécurité et de l’efficacité. Le désaccord n’est plus compris comme une partie normale de la vie démocratique, mais comme une anomalie qu’il convient de corriger.

mercredi, 26 août 2026

Vers une nouvelle géopolitique européenne - L’Europe au-delà du nationalisme et du globalisme

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Vers une nouvelle géopolitique européenne

L’Europe au-delà du nationalisme et du globalisme

James Doone

James Doone se demande si l’Europe peut échapper aux deux pièges du globalisme libéral et du nationalisme fracturant, et créer un nouvel ordre impérial suffisamment puissant pour survivre à l’ère à venir des puissances continentales.

Le destin des nations est intimement lié à leur pouvoir de reproduction. Toutes les nations et tous les empires ont d’abord ressenti la décadence les ronger lorsque leur taux de natalité a diminué.

— Mussolini

Il existe un problème majeur qui afflige l’Europe moderne (il y en a beaucoup, comme le libéralisme, le modernisme, le libre-marché, etc.), mais le principal, qui sera traité dans cet article, est celui de la question de l’identité et de l’ordre national et/ou supranational. Le Brexit n’est pas survenu à cause de désirs tirés de théories économiques, de données statistiques ou de tableaux pour Power Point, et ceci fut l’erreur de nos dirigeants, car ils pensaient qu’ils pouvaient gagner le débat en imprimant des graphiques et des spéculations, mais ils n’ont pas vu que le peuple ne réfléchissait pas avec sa raison, mais plutôt avec son esprit, sa pensée issue de son âme. Les masses de la Britannia d'aujourd'hui ont voté pour l’indépendance tribale, et la liberté face à un Léviathan libéral et supramanagérial, mais ils ont quand même reçu le libéralisme managérial, celui qui est produit localement — comme l’ensemble de l’Occident collectif.

Personne ne peut nier le déclin. Autrefois, l’Europe était comme la Troie dorée, assise au sommet des autres royaumes de l’Hellespont, tous les princes de Pergame, du Pont, de Cappadoce, et du lointain Indus rendaient hommage au roi de Troie et craignaient ses armées sous Hector le noble prince, et pourtant, maintenant, Troie n’est plus qu’une ruine, un souvenir, des pierres poussiéreuses sur lesquelles les bergers font paître leurs chèvres et leurs moutons sur les plaines et parlent davantage des récoltes. L’Europe était autrefois le centre du monde, même dans la vie de ceux qui sont encore vivants; ma propre grand-mère est née à l’époque des empires. Comme nous sommes tombés bas en 90 ans !

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L’Europe ne sera jamais forte, prospère ou normale tant que le cancer du wokisme n’aura pas été aboli par la loi. Le patriotisme est bon, naturel et bénéfique pour une tribu. Le nationalisme n’est pas fondé sur le nous, mais plutôt sur le thymos et pire encore sur l’épithumia. Même si la civilisation française est la meilleure que le monde ait jamais connue (dans le top 3), cela signifie-t-il que la France doit rejeter les acquis civilisationnels des Japonais (grande civilisation) ou des Hongrois (expression unique de la culture coumane) ou d’autres pour ne pas avoir atteint leur niveau ? Je ne pense pas, car une telle haine ne peut que vous consumer. Je n’ai aucun problème à ce que les Mongols soient mongols en Mongolie, la terre de leurs ancêtres, pareil pour tous les fils d’Adam.

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L’Europe ne peut pas se permettre d’être divisée par de petits nationalismes orgueilleux, par des groupes cherchant à mesurer leurs gestes particulières comme étant les plus grandes; c’est une folie barbare. Au lieu de cela, les nations d’Europe, les fils d’Hyperborée, doivent être unies en une union, une véritable union, un Männerbund, une alliance solaire masculine de nations souveraines mais unies. Chaque tribu doit gérer ses propres affaires internes mais, à l’extérieur, l’alliance des nations doit être d’un même esprit, unie dans une défense commune, un esprit commun et une identité pan-européenne.

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L’Europe doit devenir le nouveau SAINT EMPIRE ROMAIN, et contrairement à ce que radotait ce lourdaud de Voltaire, le SER était saint, était romain, et était un empire. L’Europe doit vraiment renouer avec sa bio-essence romaine, germanique, grecque et slave, et son esprit thymotique, afin que la culture pan-européenne puisse de nouveau s’épanouir.

Le pouvoir de l’aigle mourant de Washington relâche son étreinte mortelle sur Gondor, et nous, Gondoriens, hommes de Númenor de l’Ouest, commençons, lentement mais sûrement, à nous libérer du miel empoisonné que l’aigle a fait couler dans nos oreilles. Mais la bête la plus dangereuse est celle qui est blessée et acculée, et il y a aussi le tigre asiatique de Chine à considérer, car les siècles à venir seront dominés par un hégémon chinois; la fidélité sera rendue à un Pékin impérial plutôt qu’à une New York vidée de sa substance dans les âges à venir. L’histoire du monde est celle des empires, et les petites nations appartiennent à l’un d’eux, qu’elles le veuillent ou non; au XXe siècle, on décidait d’être du côté des États-Unis ou de l’URSS. Pensez-vous que Lesbos avait le choix de la ligue à laquelle elle appartenait? Athènes ou Sparte, non. Les Athéniens disaient simplement qu’elle en faisait partie. Philippe de Macédoine a-t-il donné le choix à Thèbes? Non, ses phalanges parlaient pour lui.

La République sera réorganisée en premier empire galactique, pour une société sûre et sécurisée.

— Empereur Palpatine

Ce n’est qu’en devenant une fédération unie que l’Europe pourra espérer survivre et, espérons-le, rivaliser avec les deux puissances des États-Unis et du PCC. Le Brexit et tous les autres mouvements ne doivent pas réussir, car une telle fragmentation du tissu européen rend l’Europe plus faible. Tel était le problème majeur des Stormcloaks de Skyrim : ils rendaient les terres des hommes plus faibles et plus fragiles aux yeux des Mer et des Thalmor.

L’Europe doit devenir une fédération unie de petits royaumes, duchés, républiques, principautés et commonwealths. Ce n’est que par ces petites unités que la véritable culture locale peut prospérer, et ce n’est qu’en étant unie en un seul empire que l’Europe peut espérer empêcher la domination américaine ou chinoise sur l’Europe. L’ethno-pluralisme (EP) devrait être la nouvelle idéologie de la droite, et non le nationalisme, car le nationalisme, comme l’ont montré de Beniost et d’autres, était le globalisme de base.

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Pour les Italiens, les identités régionales ont plus de poids que l’identité italienne elle-même; demandez à un Italien ce qu’il est et il dira: «Je suis Milanais», «Je suis Romain», «Je suis Vénitien», «Je suis Florentin», «Je suis de Naples», etc. Il en devrait être de même en Allemagne, où l’on devrait dire: je suis de Bavière, je suis de Hesse, de Saxe, de Bade, et ainsi de suite.

La seule façon de protéger les identités régionales historiques, les cultures et les langues est de promouvoir la décentralisation à l’extrême pour abolir la centralisation. Sinon, la régionalité et les langues déjà décimées, celles de Bretagne et du breton, d'Aquitaine et du gascon, de Toulouse et de l’occitan, de Savoie et du savoisien, d'Anjou et de l’angevin, etc. seront définitivement éradiquées par l’idée révolutionnaire française de l’État unitaire. C’est pourquoi l’union de la Grande-Bretagne doit être légalement dissoute, car l’idée de la britannicité consume les identités régionales des Cornouaillais, Wessexiens, Northumbriens, Merciens, etc. Les Écossais devraient avoir la leur, les Anglais la leur, les Irlandais la leur, et les Gallois la leur.

Prioriser le local ne détruit pas le national, mais c’est une question de priorité, et pour moi, mon comté local est tout ce qui existe. Si la Chine veut faire de l’Écosse un vassal (bien que je ne le souhaite pas pour les Écossais), qu’est-ce que cela me fait?

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L’idée que le peuple soit le principe de la souveraineté est une idée issue de la révolution française, car l’idée médiévale était que la souveraineté venait de Dieu et était conférée au monarque qui régnait par droit divin. La modernité doit être dissoute et les idées médiévales doivent revenir. Ce n’est qu’alors que l’Europe sera guérie.

Les hommes sont hantés par l’immensité de l’éternité. Et alors nous nous demandons : nos actions résonneront-elles à travers les siècles ? Des inconnus entendront-ils nos noms longtemps après notre disparition, et se demanderont-ils qui nous étions, avec quel courage nous avons combattu, avec quelle passion nous avons aimé ?

— Ulysse (Troie, 2004).

Quo vadis, Europa ?

* * *

Avertissement

James Doone rejette et désavoue toutes formes de terrorisme.

 

mardi, 25 août 2026

Turquie contre Israël: Washington pris entre deux feux en Syrie

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Turquie contre Israël: Washington pris entre deux feux en Syrie

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

La confrontation croissante entre la Turquie et Israël en Syrie place le gouvernement américain dans une position de plus en plus inconfortable. Car Washington voulait, dans sa politique moyen-orientale, s’appuyer simultanément sur ces deux États.

Israël est l’allié traditionnel des États-Unis – un partenaire dont aucune administration américaine n’a, jusqu’ici, pu véritablement se détacher. Même lorsque des décisions israéliennes contredisent les intérêts tactiques propres à Washington. Parallèlement, la stratégie américaine misait fortement sur Ankara. La Turquie devait devenir le principal centre de pouvoir pro-occidental de la région, limiter l’influence de l’Iran et progressivement pousser la Russie hors de Syrie. C’est précisément pour cela que Washington était prêt à renforcer à nouveau la coopération militaro-technique avec Ankara.

Mais, comme souvent au Moyen-Orient, la réalité s’est développée autrement que prévu.

Recep Tayyip Erdoğan et Benyamin Netanyahou sont aujourd’hui deux des rivaux régionaux les plus acharnés. Et la Syrie est le lieu où ce conflit apparaît de la façon la plus éclatante.

Après la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024, Ankara a su tirer pleinement parti de la situation qui s’est créée. La Turquie s’est avancée politiquement et militairement dans l’espace que la Russie avait dû, au moins en partie, évacuer, et est devenue le principal acteur extérieur auprès de la nouvelle direction à Damas. Ce qui est remarquable : Ankara écarte l’influence russe sans pour autant renoncer à sa coopération avec Moscou. Cela fait aussi partie de la politique étrangère turque – concurrence et coopération en même temps, selon l’intérêt du moment.

Pour Israël, cette évolution est bien plus problématique. La Syrie affaiblie sous Assad était, du point de vue israélien, relativement prévisible. Damas restait certes liée à Téhéran, mais après des années de guerre civile, ne disposait que de capacités militaires limitées. Même l’influence russe en Syrie n’était pas perçue fondamentalement comme une menace par Israël. Entre Moscou et Tel-Aviv, des mécanismes ont permis, pendant des années, de garantir une certaine prévisibilité militaire malgré des oppositions politiques notables.

La chute d’Assad a changé fondamentalement l’équilibre des forces.

À Damas, une direction étroitement liée à Ankara s’est installée. Parallèlement, la Turquie cherche à reconstruire les forces armées syriennes, à les former et à les rendre opérationnelles.

C’est là que réside le cœur du conflit turco-israélien : Israël n’a aucun intérêt à voir renaître une Syrie militairement forte protégée par la Turquie. Encore moins acceptable, du point de vue de Tel-Aviv, serait l’installation d’un système turc de défense aérienne en Syrie, qui limiterait la marge de manœuvre de l’aviation israélienne.

C’est pourquoi Israël répond sur le plan militaire. Plusieurs fois déjà, des installations militaires syriennes susceptibles d’être utilisées ou occupées par la Turquie ont été attaquées. Le message est sans équivoque : Israël veut empêcher Ankara de mettre en place en Syrie une infrastructure militaire qui transformerait à long terme l’équilibre régional des forces.

Il est cependant douteux que de telles frappes poussent réellement la Turquie à se retirer. L’inverse est même plus probable.

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Ankara n’abandonnera guère de son plein gré son influence sur Damas. Pour Erdoğan, la Syrie fait depuis longtemps partie de la projection de puissance turque au Moyen-Orient. Pour Netanyahou, toute présence militaire turque durable au sud de sa propre zone d’influence constitue un risque stratégique.

Ainsi, le potentiel de conflit augmente entre deux pays qui sont tous deux indispensables à Washington.

C’est là tout le dilemme américain : les États-Unis voulaient faire d’Israël et de la Turquie les deux piliers de leur ordre régional. Or ces deux piliers commencent à s’opposer. Washington peut tenter la médiation, mettre en place des mécanismes de prévention du conflit, exercer des pressions politiques.

Mais il ne peut pas résoudre les intérêts fondamentaux des deux États.

La Syrie devient ainsi de plus en plus le théâtre d’une lutte de pouvoir entre Ankara et Tel-Aviv, et l’illustration de la rapidité avec laquelle les stratégies régionales américaines peuvent échouer face aux intérêts propres de leurs propres alliés.

#geopolitique@global_affairs_byelena

L’UE au bord d’une grave crise alimentaire

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L’UE au bord d’une grave crise alimentaire

par Lucas Leiroz

Source: https://telegra.ph/LUE-sullorlo-di-una-grave-crisi-alimen...

Il semble que la crise alimentaire dans l’UE commence déjà à se manifester. En raison des récentes catastrophes météorologiques, notamment des vagues de chaleur extrêmes à travers le continent, on prévoit un effondrement de la productivité agricole locale. Cela aggrave encore une situation déjà caractérisée par le déclin du secteur agroalimentaire européen et les sanctions contre la Russie, autrefois fournisseur clé de produits agricoles pour l’Europe. Désormais, les pays européens sont confrontés à la perspective probable d’une diminution des approvisionnements alimentaires, accompagnée d’une hausse exponentielle des prix.

La vague de chaleur en Europe a eu des conséquences extrêmement graves pour tous les secteurs de la société. Selon le Service Copernicus sur le changement climatique de l’UE, juin et juillet 2026 ont été les mois les plus chauds jamais enregistrés en Europe occidentale. En plus de l’inconfort causé par la chaleur à la plupart des personnes (notamment dans un contexte de crise énergétique affectant les systèmes de refroidissement), plusieurs pays ont connu des incendies sans précédent, touchant aussi bien des réserves naturelles que des exploitations agricoles.

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Dans une récente déclaration aux autorités européennes, plusieurs agriculteurs locaux ont exprimé leur inquiétude quant aux prochaines récoltes. Ils ont averti d’une baisse des rendements à cause de la chaleur et des incendies. Bien qu’il ne soit pas encore possible de calculer l’ampleur exacte des pertes, on prévoit une réduction drastique des récoltes de céréales et de légumes essentiels, créant une crise d’approvisionnement pour les consommateurs. Parmi les estimations données par les agriculteurs, on évoque « des baisses de production de 40 % pour les pois, de 60 % pour les brocolis et de 50 % à 100 % pour les artichauts, attendues cet été ».

L’agriculture n’est pas le seul secteur de la production alimentaire affecté par la crise climatique ; l’élevage subit également d’importantes pertes dans de nombreux pays européens. La production de viande bovine et de produits laitiers souffre du manque de fourrage ; de plus, on prévoit une nouvelle baisse de la productivité pendant l’hiver, en raison des interruptions dans la production de fourrage causées par la chaleur et les incendies.

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En outre, des données récemment publiées en France montrent que la production quotidienne d’œufs du pays a diminué de plus d’un million d’unités. De même, les élevages français ont signalé à plusieurs reprises des mortalités de volailles à cause des températures élevées, ce qui entraînera une réduction de la production d’œufs et de viande de poulet. La baisse des approvisionnements alimentaires due à la crise agricole risque d’aggraver encore la situation, créant des perspectives extrêmement négatives pour l’industrie avicole.

En raison de ce processus, les économistes ont averti que la hausse des prix est inévitable. Avec des récoltes en baisse et des coûts de production qui augmentent, il sera impossible d’empêcher la hausse des prix alimentaires dans les prochains mois. Étant donné que plusieurs pays européens font face à des crises économiques, à la désindustrialisation, à l’instabilité énergétique et au chômage de masse, la hausse des prix des produits alimentaires pourrait avoir un impact significatif sur la population, en particulier sur les groupes les plus vulnérables.

Il est très probable que l’UE tentera de résoudre cette crise par des importations massives de produits alimentaires. Cependant, certains obstacles pourraient entraver cette stratégie. Ces dernières années, les pays européens ont promu des programmes environnementaux radicaux qui fixent des directives extrêmement restrictives pour les importations alimentaires. Par exemple, tout en important des produits agricoles de pays sud-américains (en particulier du Brésil), l’UE sanctionne fréquemment certains produits, invoquant un manque de transparence concernant les réglementations environnementales du pays exportateur. Il est probable que ces obstacles empêcheront toute stratégie européenne visant à résoudre la crise alimentaire actuelle.

Il est important de rappeler que le secteur agricole était déjà affaibli par d’autres facteurs. Ces dernières années, plusieurs pays européens ont cessé de soutenir leurs entreprises agroalimentaires locales afin d’encourager l’importation massive de produits agricoles ukrainiens. Cela a suscité l’indignation des agriculteurs européens, qui dépendent historiquement d’un soutien étatique important pour la rentabilité de leurs activités. Désormais, ces agriculteurs, déjà privés d’un soutien adéquat, subissent de nouveaux revers, tandis que l’Ukraine semble de moins en moins capable de soutenir des exportations alimentaires importantes en raison des conséquences logistiques de la guerre.

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Il convient de souligner que l’irrationalité même de la décision européenne de sanctionner la Russie contribue de manière substantielle à la crise alimentaire. Si une coopération pragmatique avec la Russie était restée en vigueur, les Européens auraient aujourd’hui accès au vaste marché russe de produits alimentaires et d’engrais, ainsi qu’à diverses opportunités de coopération technique pour faire face au problème des incendies de forêt. L’abondance d’énergie russe à bas coût permettrait également aux Européens de mieux atténuer les effets des températures élevées. Sans cette coopération, il sera beaucoup plus difficile pour l’UE de surmonter les défis actuels.

En définitive, l’UE paie une fois de plus un prix élevé pour ses choix irrationnels. Si le bloc avait maintenu de bonnes relations avec la Russie, investi suffisamment dans ses agriculteurs et adopté d’autres mesures préventives, il aurait été possible d’éviter la crise actuelle. Malheureusement, ce sont les citoyens ordinaires européens qui souffrent le plus, devant payer davantage pour se nourrir, même en période de déclin économique dans plusieurs pays de l’Union.

Pourquoi LFI ne prendra pas le pouvoir

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Pourquoi LFI ne prendra pas le pouvoir

Claude Bourrinet

Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100002364487528

Notons tout de suite que le concept de « prise du pouvoir » est devenu singulièrement élastique, voire vaseux. Le temps est passé qu'une éventuelle prise du Palais d'Hiver pouvait correspondre à quelque saisie de la puissance étatique, au moins symboliquement quand on sait pertinemment que le centre névralgique des prises de décisions se trouvait au comité central du Parti. Croire désormais que s'emparer de l’Élisée octroierait le sésame de la gestion du pays est maintenant une douce plaisanterie. Le « pouvoir » politique, comme l'on sait, est une mince pellicule parcourue de frémissement médiatisés, qui sert à éblouir le chaland. Existe-t-il encore, du reste, un champ « politique » ? Les responsables qui agitent le bocal électoral ne sont là que pour la figuration. Seule la masse sidérée croit encore qu'ils aient du « pouvoir ». La décision se prend ailleurs, parmi les puissants de la finance transnationale, par exemple. Les administrations élues ou non ne sont que des exécutantes. Et, à l'âge de la communication mondialisée et numérisée, il est difficile de distinguer quelle cible viser. Remporter l'élection présidentielle, obtenir une majorité, ne garantissent nullement une liberté de décision que tout (les puissances intérieures au pays, les « Conseils », la haute administration, les fonctionnaires, la presse, l'armée, la police, la justice etc.) s'emploiera à saboter, si l'avenir du système est en jeu.

Mais le système n'est nullement en péril, avec LFI. Si l'on considère, par exemple, son programme, il n'est, in fine, que la reprise des revendications sociales-démocrates d'antan, et il est en retrait important par rapport à ce qu'exigeait la gauche avant la victoire de Mitterrand. On n'y parle d'ailleurs plus de lutte de classes, de socialisme. L'égalitarisme n'est qu'un vœu pieux, un refrain qu'on entonne depuis la Révolution française, comme un mantra. Mais il ne correspond à rien si on n'instaure pas la société sans classes. Qui ne programme pas l'expropriation des riches, la révolution des rapports humains, l'abolition du salariat, de l'appropriation de la plus-value par une minorité, si l'on ne renverse pas le jeu de quilles, on n'a rien fait.

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Il faut aussi revenir à une analyse bêtement marxiste. Au fond, socialement, que représente LFI ? Les classes moyennes, la grosse bête, qui rassemble les trois quarts du corps social, et qui va des professions intellectuelles supérieures (prof de fac, médecin, juge) à l'infirmière, ne sont pas une « classe », mais un conglomérat bariolé, parcouru de courants divers, parfois divergents, ou contradictoires. Ce qui caractérise ce magma, c'est d'être hors sol. Car son plus petit dénominateur commun, c'est le diplôme, et l'on sait pertinemment que l'Ecole n'apprend pas la réalité du monde. Un apprenti s'engageant dans une voie professionnelle en saura plus qu'un bac plus 2 en gestion, ou en commerce. J'excepte bien sûr certaines corporations, comme celles qui touchent à la santé, confrontées à la réalité de la souffrance humaine, mais la plupart des membres des classes moyennes, poreux à la propagandes, aux discours, surtout quand ils sont mièvres, moralisateurs, humanitaristes, superficiels et venteux, non seulement n'ont aucune idée de ce qu'est le terrain rude de la société, mais aussi ont tendance, comme tous les scouts ou les croyants un peu benêts, à cataloguer et à excommunier les brebis galeuses.

Cet abandon de la lutte de classes, à gauche (mais la droite, elle, ne l'a jamais oubliée) a été à l'oeuvre au moment de l'Affaire Dreyfus, et a vu sa conclusion avec Mitterrand. Le mouvement ouvrier du XIXe siècle, qui se voulait indépendant, et même hostile, non seulement à la droite « réactionnaire », mais aussi à la gauche républicaine (qui a écrasé les ouvriers en juin 1848, avec Cavaillac, et en 1871, avec Thiers – qu'encensait Victor Hugo!), a été noyé dans la gauche morale, « citoyenne », progressiste, qui a joué le jeu du système jusqu'à maintenant (la question du PC est une affaire de parti – lié à une puissance étrangère – quoique la classe ouvrière ait, parfois, réussi, avec lui, à garder une certaine identité alternative au système).

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Il est notoire que ces gens, pour qui un transsexuel représente le summum de la subversion, et qui sont partisans d'une immigration sans limites, comme ils sont sans limites en souhaitant l'abolition des frontières en tous genres, considérant la transgression comme la morale suprême, exactement comme le capitaliste, de son côté, prise les dépassements cyniques des limites pour remplir ses caisses, n'ont aucune idée de ce qu'était jadis la classe ouvrière et son éthique, un peu plus plantée sur la bonne et solide terre; classe ouvrière dont le reliquat est du reste passé à l'extrême droite (migration dont il faudrait sérieusement trouver les raisons, ce que LFI est incapable de faire).

La moraline est un naufrage de la pensée, comme l'on sait. Car si elle condamne à l'aveuglement, quand il s'agit de luttes politiques intérieures, elle transforme carrément en traître quand il s'agit de géopolitique. L'ignorance, l'inculture, empêchent, à gauche comme à droite, de comprendre l'altérité et la légitimité de civilisations différentes. Pour le RN, l'Occident est supérieur, et le reste du monde est constitué de races inférieures, retardées. Il reprend l'idéologie du républicain de gauche Jules Ferry. Quant à certains militants de LFI, très nombreux, si j'en juges par les interventions des uns et des autres, la question sociétale prime sur les considérations conflictuelles qui confrontent l'impérialisme américain (par exemple) et des nations qui veulent recouvrer ou garder leur souveraineté. Et il arrive que la question homosexuelle, ou féministe (souvent passablement viciée par la propagande et les manipulations médiatiques, ou des services secrets occidentaux) soit l'alpha et l'oméga de la compréhension de ce qui se passe. On se demande parfois si une Manon Aubry ne défend pas l'agression commise par les USA et Israël contre l'Iran et le Liban, où les méchants « islamistes » mènent un dur combat de liberté, et si Mélenchon ne souhaite pas la défaite du méchant Poutine (ce tyran!), quitte à ce que la Russie soit détruite par les forces de l'Otan. L'axe de la Résistance, connais pas ! Il est vrai que Mélenchon avait soutenu Sarkozy, BHL, et Hillary Clinton, dans leur entreprise d'anéantissement de la Libye.

Quoi qu'il en soit, faute d'avoir avec soi les voix des classes populaires (qu'on insulte copieusement) qui votent RN, LFI n'a aucune chance de l'emporter.

Le wokisme, du mythe à la politique: voici pourquoi la gauche ne fera jamais marche arrière

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Le wokisme, du mythe à la politique: voici pourquoi la gauche ne fera jamais marche arrière

par Sergio Filacchioni

Source: https://www.ilprimatonazionale.it/approfondimenti/woke-mi...

Rome, 17 août – Il faut reconnaître à Alexandria Ocasio-Cortez une certaine capacité de synthèse, même quand cette synthèse, en fait, n’est pas d’elle. Interrogée par ABC, la députée démocrate a repris une boutade du conseiller socialiste new-yorkais Chi Ossé: «Woke one was crazy» (“Le premier woke était fou”). Puis elle a précisé: pendant le Covid, la fenêtre d’Overton s’est grande ouverte, toutes sortes de propositions ont investi le débat, et la rhétorique alors employée n’est pas celle que les progressistes utiliseraient aujourd’hui. Quand le journaliste lui a énuméré certaines positions du programme national des Democratic Socialists of America – abolition de la police et des prisons, amnistie généralisée, abolition du Sénat, propriété publique des industries essentielles –, Ocasio-Cortez (photo) a répondu simplement qu’elle ne les partageait pas. Mieux vaut parler de loyers, de courses, de salaires et de santé.

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Une absorption progressive du wokisme

On pourrait y voir un aveu tardif. De notre côté, d’ailleurs, les funérailles du wokisme avaient déjà été annoncées début 2024, lorsqu’en Italie même La Repubblica commençait à expliquer que «trop de woke tue le woke», que Disney découvrait soudain qu’il fallait vendre des films, et que les grandes entreprises commençaient à refroidir ce mélange de DEI (Diversité, Équité et Inclusion), d’écologisme corporatiste, de représentation post-identitaire et de militantisme symbolique qui avait atteint son apogée après la mort de George Floyd et le cycle Black Lives Matter. Puis, en 2025, la confirmation la plus flagrante de ce repositionnement est venue : Meta, avec d’autres géants de la Silicon Valley, a commencé à démonter pièce par pièce l’architecture interne du paradigme woke. Non seulement un rétrécissement des politiques DEI, mais aussi la suppression de ces petits «drapeaux» microsymboliques qui avaient marqué l’époque précédente: des programmes d’inclusion poussée jusqu’aux choix les plus paradoxaux, comme la distribution de serviettes hygiéniques dans les toilettes pour hommes dans les bureaux de la Silicon Valley, du Texas ou de New York, justifiée au nom des salariés non-binaires ou en transition. Une mesure qui, au-delà des intentions, était devenue le symbole d’une réécriture idéologique du réel matériel.

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Ce ne fut pas un cas isolé. Entre 2024 et 2025, une série de grandes entreprises – de McDonald’s à Amazon, de Walmart à Ford – ont progressivement réduit ou abandonné des programmes structurés d’inclusivité et de diversité, les remplaçant par un langage plus neutre, axé sur la performance et les résultats. Comme l’a résumé un dirigeant d’Amazon, l’objectif n’est plus la multiplication des programmes, mais la construction d’une culture « plus réellement inclusive », à travers des indicateurs vérifiables et des objectifs d’entreprise. Plus récemment, c’est Larry Fink qui a expliqué que le balancier était allé « trop loin ». BlackRock a revu à la baisse certaines politiques qui, quelques années auparavant, semblaient être le nouveau catéchisme obligatoire de la grande finance. Mais le point, alors comme aujourd’hui, n’était pas de crier victoire. Il s’agissait de comprendre que le capitalisme n’avait pas soudain retrouvé le «bon sens»: il avait simplement changé de besoins. C’est précisément pour cela que la phrase d’Ocasio-Cortez, et l’écho qu’elle a reçu, mérite attention. Parce qu’elle montre quelque chose de plus intéressant que le simple «nous avions raison»: la phase «mythologique» du wokisme a pu s’achever au moment même où commence sa phase politique.

De l’«excès idéologique» à la nouvelle gauche

L’année 2020 n’a pas été simplement un moment d’« excès idéologique », mais une phase typique de mobilisation mythopoïétique: un cycle où un ensemble de symboles, de récits et de rituels sert à rendre politiquement disponible un nouveau champ de conflit. Les genoux à terre, les carrés noirs sur les réseaux sociaux, les statues déboulonnées, les manuels d’antiracisme obligatoires, le blackwashing obsessionnel dans les productions audiovisuelles, la révision des canons de beauté féminins et les entreprises qui, pendant quelques mois, se comportaient comme des départements d’études culturelles : ce ne sont pas des phénomènes esthétiques isolés, mais des dispositifs de synchronisation symbolique. Ils servent à produire un langage commun et, surtout, à signaler l’entrée de nouveaux critères de légitimité publique. En termes sociologiques, il s’agit de la phase «mythique» d’un cycle politique: non pas parce qu’elle serait irrationnelle, mais parce qu’elle agit sur la production de sens avant sa traduction institutionnelle. Le mythe est une structure narrative qui permet à des questions latentes (inégalités, race, violence institutionnelle, patriarcat) de devenir dicibles et rassemblées dans une seule grammaire morale. C’est ce qui rend la coalition possible, non ce qui la remplace.

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Aujourd’hui, Ocasio-Cortez l’admet presque candidement en parlant de la fenêtre d’Overton. Mais la dynamique est plus précise que ne le suggère la métaphore: une fois qu’une fenêtre de légitimité s’ouvre, elle ne se referme pas simplement; elle s’institutionnalise. Les idées qui traversent la phase mythique ne restent pas identiques à elles-mêmes: elles sont sélectionnées, traduites, épurées, puis intégrées dans des appareils stables – partis, administrations, politiques publiques, langages techniques. C’est là que réside l’erreur d’interprétation la plus courante: lire le reflux du wokisme comme un démenti du phénomène, plutôt que comme sa transition de phase. Netflix, Disney ou les campagnes publicitaires ne sont que la surface visible d’un moment esthétique désormais dépassé ; mais le véritable héritage du cycle n’est pas esthétique, il est infrastructurel.

La gauche des grandes coalitions

C’est ici que des cas politiques comme ceux de Zohran Mamdani et Abdul El-Sayed deviennent intéressants, même si la question ne se limite pas aux États-Unis. Mamdani est devenu maire de New York en axant l’essentiel de son programme sur le coût de la vie. Son administration parle de logements abordables, de transports, de services et de défense des locataires ; le plan logement présenté en mai prévoit la construction de 200.000 nouveaux logements abordables et la préservation de 200.000 autres sur la prochaine décennie.

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El-Sayed (photo), tout juste vainqueur des primaires démocrates pour le Sénat dans le Michigan, utilise une formule encore plus élémentaire: retirer l’argent de la politique, le remettre dans les poches des Américains, adopter Medicare for All. Il parle de supermarché, de loyer, d’hôpital, de salaires et de syndicats. Il serait difficile de trouver une forme plus «anti-woke» dans la présentation. Mais ce même schéma, avec des variantes locales, se retrouve désormais aussi en dehors des États-Unis.

Au Royaume-Uni, par exemple, la trajectoire d’une partie du Labour post-Corbyn et des administrations municipales progressistes s’est progressivement déplacée vers un vocabulaire beaucoup plus matériel: crise du logement, coût de l’énergie, transports publics, salaires réels. Même lorsque la culture politique reste imprégnée de multiculturalisme et de droits civils, la compétition électorale se joue de plus en plus sur les loyers et les factures que sur les batailles symboliques. En France, La France Insoumise de Mélenchon est un cas encore plus explicite: dans une structure idéologique qui conserve des éléments fortement identitaires et postcoloniaux, la campagne politique s’est concentrée de plus en plus sur l’inflation, le pouvoir d’achat, les retraites et le conflit social. L’axe n’est plus seulement celui de la « reconnaissance », mais aussi de la redistribution, avec une rhétorique qui revient à opposer le peuple aux élites économiques avant de penser en termes de minorités contre majorités culturelles.

En Italie, le fameux « champ large » progressiste montre une dynamique similaire, bien que plus confuse: la solidité des coalitions dépend de moins en moins d’un agenda culturel cohérent et de plus en plus de la capacité à rassembler des demandes sociales très concrètes – santé de proximité, salaires stagnants, précarité du logement, coût de la vie – qui traversent des électorats différents et souvent incompatibles sur le plan idéologique. Là aussi, le vocabulaire woke survit en surface, tandis que la substance de la compétition politique se déplace. Et pourtant, c’est précisément là l’essentiel. La gauche radicale, des deux côtés de l’Atlantique, apprend à dissocier son programme politique de l’esthétique qui l’accompagnait au cycle précédent. Ocasio-Cortez peut prendre ses distances avec l’abolition de la police tout en restant membre du chapitre new-yorkais des DSA. Elle peut tourner la page de la rhétorique de 2020 et, dans le même temps, saluer comme un « renouveau » du Parti démocrate la percée de la nouvelle gauche socialiste.

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La gauche ne pourra plus jamais être non-woke

Il y a quelques jours, The American Spectator publiait un article au titre volontairement provocateur : « Why All Leftism Is Now Far Left ». La thèse d’Itxu Díaz est que des thèmes qui, au XXe siècle, appartenaient à la gauche radicale – politique de genre, multiculturalisme, frontières, révision de l’histoire, abolitionnisme pénal – ont progressivement colonisé l’ensemble du camp progressiste. Pris à la lettre, bien sûr, « toute la gauche est extrême » est faux. Il existe des démocrates modérés aux États-Unis, des sociaux-démocrates européens, des administrateurs pragmatiques, etc. Mais la provocation met le doigt sur un phénomène réel: il a presque entièrement disparu, ce courant de gauche qui pouvait être socialiste sur l’économie, national sur la communauté, populaire dans les mœurs et radicalement étranger à la constellation idéologique articulée autour du genre, de l’intersectionnalité, de l’écologisme et du tiers-mondisme. L’ancienne gauche pouvait se disputer sur les salaires sans avoir nécessairement une théorie sur la fluidité de genre. Elle pouvait défendre l’État-providence sans considérer que toute frontière est une forme de violence. Elle pouvait organiser les ouvriers sans s’imaginer investie de la mission de représenter universellement toutes les minorités existantes. Désormais, toute la gauche doit emporter avec elle un peu de woke, même pour parler de santé, d’infrastructures et de travail. Le wokisme a profondément changé la signification même d’« être de gauche ».

Au sein de cette transformation s’inscrit aussi un phénomène qui mériterait d’être analysé sans caricatures: la convergence politique croissante entre le progressisme occidental et une partie des communautés musulmanes. Non pas à cause de la foi personnelle en soi, qui ne prouve rien, mais parce que des questions comme Gaza, Israël, l’immigration et la discrimination sont devenues des points de mobilisation à travers lesquels une partie de l’électorat musulman entre durablement dans les nouvelles coalitions progressistes. El-Sayed soutient ouvertement l’embargo sur les armes à Israël et l’abolition de l’ICE, tout en axant sa campagne sur Medicare for All et le coût de la vie. En ce sens, « woke » et lutte des classes ne sont pas des pôles opposés, mais deux moments d’une même dialectique historique qui tend à se rejoindre après une phase de gestation et de séparation apparente.

Du mythe à la politique: que se passe-t-il maintenant ?

En somme, on peut sourire des boutades sur le «Woke 1» et suivre les trajectoires des candidats démocrates qui n’ont plus envie de discuter de l’abolition de la police. Le carnaval, du moins pour l’instant, semble terminé. Mais les fenêtres d’Overton fonctionnent précisément ainsi: certaines propositions entrent, d’autres sont rejetées, d’autres encore deviennent si normales qu’elles n’ont plus besoin de l’étiquette qui les a fait passer. Le vrai succès d’une idéologie arrive quand elle n’a plus besoin de se présenter comme idéologie. En 2020, le wokisme fut une explosion mobilisatrice, un véritable mythe avec ses symboles, ses prêtres et ses liturgies. Mais il a entre-temps sélectionné des cadres, modifié des coalitions, déplacé des priorités, mais surtout changé le vocabulaire politique d’une génération entière.

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C’est là, sans doute, que la droite devrait commencer une réflexion moins consolatrice. Car si une partie d’entre elle a eu le mérite de reconnaître très tôt la nature idéologique du phénomène woke, elle a trop souvent confondu cette capacité de diagnostic avec une politique. Elle a parfaitement appris le mythe de l’adversaire, sans jamais réussir à en construire un pour elle-même. Pendant des années, elle a su dire ce qu’elle ne voulait pas: la cancel culture, l’immigration sans limites, la fluidité de genre, l’écologisme punitif, la réécriture du passé. Mais elle a beaucoup moins clairement su dire quelle forme de société, quelle idée du peuple, quel rapport entre travail, technique, famille, État et nation devait leur succéder. Et là, le problème devient brutalement politique, plus que simplement culturel. Un mythe ne se combat pas avec de «meilleures» idées, ou en démontrant que celles des autres sont scientifiquement «fausses», mais quand une autre représentation du monde devient assez puissante pour produire un langage, des hommes, des institutions et des comportements.

* * * 

Qui est Sergio Filacchioni? 

Journaliste, graphiste et photographe, actif pour le magazine en ligne Il Primato Nazionale. Romain, né en 1998.

dimanche, 23 août 2026

Le Heartland russe reconfigure ses liens avec le sud pour fonder un nouvel axe de gravité eurasiatique

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Le Heartland russe reconfigure ses liens avec le sud pour fonder un nouvel axe de gravité eurasiatique

José Luis Preciado

Source: https://geoestrategia.eu/noticia/46643/geoestrategia/el-h...

Kamil Askerkhanov écrit, dans un texte lucide publié le 11 août 2026 dans le média d’opinion qui accueille sa voix d'analyste, qu’il existe des processus difficiles à percevoir à travers l’information quotidienne: aujourd’hui on décide la construction d’une voie ferrée, demain on discute des tarifs, après-demain on construit un port, un terminal ou un gazoduc, mais si l’on superpose tout cela sur une carte, il devient évident que la géométrie même de l’Eurasie est en train de changer progressivement, et que, derrière le bruit des conjonctures, le continent le plus vaste de la planète est en train de réécrire silencieusement les coordonnées de sa puissance.

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Après l’effondrement de l’URSS, le Heartland (ou "Pivot Area") — cette masse continentale intérieure que Halford Mackinder érigea en axe de l’histoire mondiale — s’est réduit systématiquement pendant trois décennies, car la Russie a perdu une partie significative de son territoire, de ses infrastructures et de ses connexions, tandis que l’économie eurasiatique s’est de plus en plus orientée selon l’axe Est-Ouest, où la Chine produisait, l’Europe consommait, et entre les deux on construisait des chemins de fer, des ports et des centres logistiques, tandis que le pétrole et le gaz russes étaient également principalement dirigés vers l’Occident, et même l’Asie centrale s’intégrait progressivement dans cette structure horizontale qui semblait dictée par la géographie du capitalisme global.

Aujourd’hui, cependant, la direction commence à changer, et ce que suggère finement Askerkhanov, c’est qu’il ne faut plus considérer le corridor « Nord-Sud » uniquement comme une voie de transport, mais plutôt comme l’embryon d’un nouveau axe d’organisation de l’Eurasie, une colonne vertébrale qui recompose les maillons brisés de l’empire intérieur et ouvre de nouvelles brèches vers les mers chaudes du globe.

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La preuve de cette mutation tectonique se déploie dans trois directions convergentes qui, loin d’être des alternatives exclusives, fonctionnent comme un faisceau de fibres renforçant la même tension longitudinale: à l’ouest, la ligne Resht-Astara, qui doit relier le système ferroviaire russe, via l’Azerbaïdjan, à l’Iran et à ses ports du sud, est en voie d’achèvement ; plus à l’est, se développe la route Russie-Kazakhstan-Turkménistan-Iran, qui répète le schéma de pénétration méridienne mais par une voie plus continentale ; et plus à l’est encore, une troisième direction émerge progressivement à travers l’Asie centrale, l’Afghanistan et le Pakistan, où le chemin de fer transafghan doit offrir à l’Asie centrale un accès direct aux ports pakistanais de la mer d’Arabie, et où la Russie et le Pakistan préparent un transport ferroviaire test tandis qu’à Moscou, on discute simultanément d’un projet bien plus ambitieux: un accès ferroviaire terrestre direct de la Russie à l’océan Indien.

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Cet ensemble ne forme pas un seul corridor, mais un véritable éventail de routes du nord au sud : une via le Caucase et l’Iran, une via le Kazakhstan, le Turkménistan et l’Iran, et une troisième via l’Asie centrale, l’Afghanistan et le Pakistan, de sorte que l’infrastructure de transport se complète progressivement avec l’énergétique et le commerce: l’UEEA dispose déjà d’une zone de libre-échange avec l’Iran et négocie avec l’Inde, tandis que la Russie et l’Iran discutent d’une connexion gazière via l’Azerbaïdjan d’une capacité potentielle allant jusqu’à 55 milliards de mètres cubes, et au nord, comme contrepoint arctique, on trouve également la Route maritime du Nord, qui referme l’arc polaire de cette ambitieuse verticalité.

Ce qui émerge à l’horizon des prochaines décennies, c’est donc une structure verticale assez claire : Arctique, Russie, Asie centrale, océan Indien, une ligne de force qui inverse la logique horizontale qui dominait l’intégration eurasienne depuis la chute du mur, et qui oblige à revenir à Mackinder pour comprendre la profondeur historique de ce virage, car la faiblesse séculaire du Heartland était précisément sa continentalité, cette malédiction géographique qui combinait un vaste territoire, des ressources et de la profondeur stratégique avec un accès limité à l’océan mondial, d’où la lutte séculaire de la Russie pour la mer Baltique, la mer Noire, le Caucase et les détroits, une pression constante vers les bords du continent qui s’est encore accentuée après 1991 avec la perte de ports et de bases navales clés, mais qui aujourd’hui, selon la lecture perspicace d’Askerkhanov, peut se résoudre de façon totalement différente, non plus par un mouvement vers l’Ouest et la tentative de briser le « Rimland » qui entoure le Heartland, mais par un pivotement vers le Sud qui ne cherche pas à percer l’anneau côtier mais à construire ses propres débouchés méridionaux depuis le cœur même du continent.

Cet axe assume en outre une autre fonction capitale qui va au-delà de la logistique pour s’inscrire au cœur de la géopolitique contemporaine : car si l’on observe ce qui se passe à l’ouest de cette ligne verticale, on constate un paysage de désolation croissante : l’Ukraine et la mer Noire sont devenues une zone de guerre, la Méditerranée orientale se militarise rapidement, le Moyen-Orient traverse une période d’instabilité majeure, les détroits d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb, artères commerciales vitales, deviennent en même temps les principaux risques pour la logistique mondiale, et plus loin encore se trouve l’Europe, qui ressent de plus en plus les conséquences de ce qui se passe à travers l’énergie, les assurances, la logistique et le coût des importations, de sorte que le corridor « Nord-Sud » devient progressivement aussi une sorte de frontière entre deux espaces radicalement différents : à l’est de cette ligne, on tente de construire une nouvelle architecture eurasienne basée sur l’intégration profonde et la connectivité intérieure, tandis qu’à l’ouest s’étend une ceinture d’instabilité croissante, de l’Ukraine et de la mer Noire à la Méditerranée orientale et au golfe Persique, une fracture civilisationnelle qui sépare la zone de construction de la zone de conflit.

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La situation de l’Iran, dans ce nouveau jeu, est particulièrement intéressante, car d’un côté il est directement impliqué dans la crise du Moyen-Orient, exposé à toutes les tensions sectaires et géopolitiques de la région, mais de l’autre, il est traversé par les routes les plus importantes qui relient l’Eurasie intérieure aux mers du Sud, ce qui fait de Téhéran une charnière inconfortable mais indispensable, même si l’émergence de la route afghano-pakistanaise rend l’ensemble beaucoup plus stable en offrant une alternative qui réduit la vulnérabilité liée à un point de passage unique, de sorte que l’Iran cesse d’être la seule porte d’accès au Sud et que le système gagne en résilience et en redondance, alors que l’Occident et la Turquie promeuvent leur propre structure horizontale — le Corridor médian à travers l’Asie centrale, la mer Caspienne, le Caucase du Sud et la Turquie vers l’Europe — qui concurrence directement la vision russe et aboutit à deux géométries eurasiennes opposées: l’axe Est-Ouest vers l’Europe, qui reproduit la logique de l’intégration atlantique et de la dépendance aux marchés occidentaux, et l’axe Nord-Sud vers l’océan Indien, qui mise sur une réorientation radicale des flux commerciaux et énergétiques vers le Sud global.

La question n’est donc plus de savoir quelle est la route la plus rapide pour livrer un conteneur, car le débat s’est déplacé vers un terrain bien plus décisif: dans quelle direction l’Eurasie intérieure sera-t-elle orientée économiquement dans les prochaines décennies, vers l’Occident, comme cela semblait évident après l’effondrement de l’URSS, ou vers le Sud et l’Est, comme cela commence à se dessiner de façon de plus en plus claire, car le Heartland, après trente ans de contraction et de repli, commence peu à peu à rétablir ses connexions internes et, chose plus importante encore, à ouvrir de multiples débouchés vers les mers du Sud, rompant ainsi son isolement océanique historique.

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La thèse centrale qui traverse l’analyse d’Askerkhanov, c’est que si ce processus continue, la Russie, de la périphérie orientale de l’économie européenne, deviendra progressivement le nœud septentrional d’un système méridional reliant l’Arctique, l’Asie centrale et l’océan Indien ; et c’est cela, et non les volumes actuels de fret passant par le corridor « Nord-Sud », qui importe vraiment, car l’enjeu n’est pas l’efficacité logistique du présent mais l’orientation stratégique du futur, la capacité d’un pays continental à redéfinir sa propre géographie par l’infrastructure, à transformer son isolement historique en avantage comparatif qui lui permet d’articuler l’espace eurasiatique autour d’un nouveau méridien de puissance.

Ce pivot vers le sud n’est donc pas un simple ajustement des routes commerciales, mais une refondation de la place de la Russie dans le monde, un pari pour se découpler de la dynamique atlantique et construire son propre axe de gravité, en tirant parti des nouvelles technologies de transport, de la demande croissante des marchés asiatiques et de l’instabilité systémique des routes maritimes traditionnelles, qui ont fait de la mer Rouge et du golfe Persique des zones à haut risque pour le commerce mondial.

Le corridor « Nord-Sud » apparaît ainsi comme le symbole d’une nouvelle étape de l’histoire eurasienne, une étape où le continent intérieur cesse d’être un espace passif traversé par des routes horizontales reliant les côtes pour devenir un acteur actif tissant son propre réseau de connexions verticales, qui ne cherche pas à accéder à l’océan pour s’intégrer au système mondial existant, mais pour créer un système alternatif dont la force réside dans son intériorité continentale, et non dans sa faiblesse.

La géopolitique de Mackinder, qui a servi pendant un siècle à expliquer la lutte pour la domination du monde, doit être réévaluée à la lumière de ces évolutions, car si le Heartland n’est plus prisonnier du Rimland, s’il peut générer ses propres sorties vers la mer par des corridors terrestres traversant des pays alliés ou neutres, alors l’équation classique du pouvoir maritime face au pouvoir terrestre se déstabilise et ouvre un champ de possibles inédits, où la connectivité intérieure devient un atout stratégique de premier ordre et où les chaînes d’approvisionnement mondiales ne dépendent plus exclusivement des détroits et canaux contrôlés par les puissances navales occidentales.

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Le pari russe sur le corridor « Nord-Sud » est, en ce sens, un pari sur l’autonomie stratégique, sur la capacité à générer des routes alternatives échappant au contrôle des goulets d’étranglement maritimes qui ont traditionnellement assuré l’hégémonie des puissances anglo-saxonnes sur le commerce mondial, et c’est aussi un pari sur l’intégration avec l’Asie centrale, le Caucase et l’Asie du Sud, régions historiquement périphériques qui deviennent désormais le cœur opérationnel de ce nouvel axe vertical.

La complexité du projet ne doit cependant pas être sous-estimée, car elle implique non seulement des investissements massifs en infrastructures et une coordination politique de haut niveau entre des pays dont les intérêts ne coïncident pas toujours, mais aussi la capacité à gérer les risques géopolitiques qui traversent chacune des routes proposées, de l’instabilité en Afghanistan aux tensions entre l’Iran et l’Occident, en passant par les différends dans le Caucase et la concurrence avec le Corridor médian promu par la Turquie. Mais c’est précisément cette complexité qui rend le projet si fascinant, car il ne s’agit pas d’une œuvre linéaire, mais d’un système de routes interconnectées qui se renforcent mutuellement, de sorte que si une direction rencontre des obstacles, les autres peuvent absorber le trafic et maintenir la fluidité de l’ensemble, créant un réseau redondant et résilient, meilleure garantie contre l’interruption et le conflit.

L’article d’Askerkhanov, publié le 11 août 2026, paraît à un moment crucial où les décisions en matière d’infrastructures et de connectivité prennent une dimension existentielle pour les États eurasiatiques, et sa lecture nous invite à aller au-delà des statistiques de fret et des calendriers de construction pour creuser le sens profond de ce réaménagement spatial, car l’enjeu ultime, c’est l’orientation civilisationnelle d’un continent qui fut le théâtre des grandes confrontations du XXe siècle et qui cherche désormais à se reconfigurer autour de nouvelles logiques d’intégration.

Le Heartland, ce vaste territoire que Mackinder considérait comme le pivot de l’histoire, s’éveille de sa léthargie postsoviétique et soigne ses os brisés pour en faire une nouvelle colonne vertébrale tournée vers le sud, cherchant la chaleur de l’océan Indien et promettant de transformer non seulement la géographie du commerce, mais aussi l’architecture du pouvoir mondial, car lorsqu’une puissance continentale comme la Russie décide d’orienter son infrastructure vers le sud, elle transforme sa propre identité géopolitique, elle tourne le dos à la tentation européiste qui l’a longtemps poussée à regarder vers la Baltique et la Méditerranée, et elle embrasse un destin asiatique et méridional qui la relie aux marchés les plus dynamiques et aux routes les plus prometteuses du XXIe siècle.

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Le corridor « Nord-Sud » est, à cet égard, bien plus qu’un projet de transport: il est la manifestation physique d’une nouvelle conscience stratégique, la matérialisation d’un tournant copernicien dans la géopolitique russe, et la promesse d’un avenir où la continentalité, autrefois perçue comme une malédiction, deviendra le socle d’une nouvelle forme de puissance qui n’a pas besoin de côtes pour être globale, car elle a appris à construire ses propres océans sur la terre ferme.

Source consultée:

Kamil Askerkhanov. Nord – Sud. La renaissance du Heartland. Opinion. 11 août 2026.

L’Amérique sacrifie ses colonies européennes

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L’Amérique sacrifie ses colonies européennes

par Alessandro Volpi (*)

Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/33510-ales...

Les stratégies monétaires des prochains mois, face à un risque d’inflation et de stagnation de plus en plus évident, seront décisives.

L’action de la Réserve Fédérale et de la BCE sera donc particulièrement déterminante.

Il est alors utile de s’arrêter, ne serait-ce que brièvement, pour essayer de comprendre ce qui se passe au sein de ces institutions.

À la Réserve Fédérale, le nouveau président Kevin Warsh, nommé par Trump, a décidé de constituer un « groupe de travail » pour définir la ligne de la banque centrale américaine.

Dans ce groupe figurent :

– l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King, membre du Group of Thirty (G30), une organisation privée et exclusive qui réunit les dirigeants des banques centrales et les PDG des plus grandes banques privées (comme Goldman Sachs et JPMorgan),

– Marc Andreessen, cofondateur d’Andreessen Horowitz, un fonds de capital-risque gérant plus de 40 milliards de dollars d’actifs, très actif dans le domaine des cryptomonnaies,

– l’économiste (FMI) et ancien gouverneur de la Banque centrale indienne, Raghuram Rajan, aujourd’hui conseiller principal chez BDT & MSD Partners (banque d’affaires qui gère les capitaux de certaines des familles les plus riches du monde, dont les Dell) et, comme King, membre du Group of Thirty,

– le Prix Nobel 2011 Thomas Sargent, très actif dans le monde des fonds spéculatifs quantitatifs,

– l’ancien gouverneur de la Banque centrale du Brésil, Arminio Fraga qui, avant de diriger la banque centrale, a été le bras droit de George Soros en tant que directeur général du Quantum Fund, et fondateur de Gávea Investimentos, l’une des principales sociétés de gestion d’actifs et de private equity en Amérique latine, autrefois contrôlée par JP Morgan Asset Management.

En résumé, la stratégie monétaire de la plus grande banque centrale du monde, qui déterminera l’avenir du dollar, sera conçue avec la contribution fondamentale d’une élite très restreinte de grands conseillers de la finance privée.

L’affaire de la BCE sera probablement caractérisée, quant à elle, par la démission anticipée de Christine Lagarde afin de permettre à Macron, avant la fin de son mandat, de participer au choix du ou de la prochaine dirigeant(e) de l’institution de Francfort, qui pourrait être l’un des suivants : Klaas Knot, président de la banque centrale des Pays-Bas et membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, Isabel Schnabel, membre du directoire, ou Joachim Nagel, président de la Bundesbank.

En Europe, la stratégie monétaire pourrait donc être définie par un «faucon» de l’austérité.

Si nous essayons de relier les points en réunissant ces deux situations, il en ressort un scénario dans lequel la Fed accompagnera les opérations des géants de la finance américaine sans faire défaut à la liquidité de la bulle hypertrophiée en cours, tandis que le rigorisme de la BCE facilitera la colonisation par ces mêmes géants de la finance américaine de l’épargne du Vieux Continent.

* * *

P.S. J’ai utilisé le terme « stratégie » car il ne s’agit pas ici de « politique » monétaire. Il s’agit de la stratégie du capitalisme financier qui, pour sauver le cœur de l’empire, doit sacrifier les colonies, lesquelles sont d’ailleurs responsables d’avoir accepté cette subordination et d’avoir confié le destin économique de leurs populations à ce système.

(1) Facebook.

samedi, 22 août 2026

Entre multipolarité et “fin des temps” apocalyptique

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Entre multipolarité et “fin des temps” apocalyptique

Lorenzo Carrasco

Source: https://jornalpurosangue.net/2026/04/29/entre-a-multipola...

Dans un article opportun intitulé «La fausseté mécaniste – pourquoi l’Occident échoue si souvent en géopolitique», l’ex-diplomate et ancien analyste du MI-6 britannique Alastair Crooke affirme sans détour que la grille de lecture de la rationalité séculière occidentale n’est pas adaptée pour comprendre le conflit israélo-palestinien. Pour lui, il est évident que l’avenir de la région est de plus en plus décidé par des symboles religieux — «[la mosquée] Al-Aqsa contre le Troisième Temple».

Crooke précise: «(…) En Israël, les élections nationales de novembre 2022 ont amené au pouvoir une nouvelle direction qui s'est engagée à parachever la fondation d’Israël sur la “Terre du (Grand) Israël”, en déplaçant la population non juive et en mettant en œuvre la loi halakhique [liée aux coutumes dictées par la Torah et la tradition rabbinique].

«La plateforme du nouveau gouvernement était l’expression d’un dessein eschatologique et messianique, avec une téléologie visant à ouvrir la voie vers la Rédemption messianique. Elle n’était ni séculière, ni formulée dans des termes éclairés.

« Mon argument… est que les modes de pensée occidentaux, séculiers et mécanistes, ne comprennent pas ces changements fondamentaux. L’Occident s’obstine à appliquer ses préceptes conceptuels occidentalisés à quelque chose — le messianisme et la quête de la Rédemption — qui échappe totalement au champ de conscience occidentale postmoderne. Nous comprenons bien la politique de puissance, mais l’eschatologie reste, dans une large mesure, un livre fermé pour la plupart des Occidentaux séculiers ».

61QFqVr2VeL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgD’un autre côté, il affirme que «les États-Unis eux-mêmes sont loin d’être immunisés contre les courants de l’idéalisme messianique, du millénarisme et du manichéisme». Citant l’historien Michael Vlahos, il observe: «Depuis leur fondation, les États-Unis ont recherché, avec une ferveur religieuse ardente, un appel supérieur pour racheter l’humanité, punir les impies et inaugurer un millénaire d’or sur Terre. L’Amérique est restée fidèle à sa vision singulière d’une mission divine en tant que “Nouvel Israël de Dieu”».

Autrement dit, «les États-Unis ne sont pas seulement ‘messianiques’ dans leur nature… mais ils manifestent une vision implicitement biblique, proclamant leur foi dans la nature prédestinée de leur destinée. Une “nation élue”, désignée divinement pour agir au nom de la Providence comme Rédemptrice du monde».

Néanmoins, ce que signale Alastair Crooke, c’est la fin de l’ère dominée par la suprématie de la pensée mécaniste consolidée par les Lumières occidentales, en gros, ces derniers trois siècles et demi. Un système qui s’avère de plus en plus incapable d’expliquer des phénomènes qui relèvent de la métaphysique, y compris la révolution islamique elle-même et la résilience conséquente de l’Iran dans sa confrontation avec deux des plus grandes puissances militaires du monde, la résurgence de la Russie orthodoxe et l’expansion du catholicisme aux États-Unis, en grande partie impulsée par l’immigration hispanique.

En somme, un carrefour entre une multipolarité réelle et la « fin des temps » souhaitée et préparée par des fondamentalistes qui se déguisent en avant-gardistes de la civilisation.

Les BRICS n’ont pas besoin d’une monnaie commune pour affaiblir le dollar

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Les BRICS n’ont pas besoin d’une monnaie commune pour affaiblir le dollar

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/203884

Les BRICS peuvent « tout simplement » réduire leur dépendance au dollar, sans même avoir à essayer de créer une monnaie commune semblable à l’euro.

Les échanges peuvent aussi être réglés en monnaies nationales via un système de compensation multilatéral, permettant ainsi aux membres d’utiliser de façon productive les soldes accumulés.

Les « intermédiaires » deviennent superflus

Même les échanges qui n’impliquent jamais les États-Unis passent souvent par le dollar. Les importateurs reçoivent des dollars, les banques utilisent des canaux libellés en dollars et les gouvernements détiennent des réserves en dollars. Le règlement direct en roubles, roupies, yuans ou autres monnaies des BRICS élimine automatiquement cet intermédiaire, réduit les coûts de conversion et la vulnérabilité face aux sanctions financières.

Des échanges déséquilibrés posent toutefois un autre problème. Si un pays exporte beaucoup plus qu’il n’importe, il accumule la monnaie d’un partenaire, avec peu de possibilités de la dépenser ou de l’investir. Ces soldes inutilisés peuvent finir par pousser les exportateurs à refuser les paiements dans la monnaie locale.

Le système proposé limiterait donc la quantité de chaque devise que les membres pourraient détenir. Une institution de compensation des BRICS gèrerait les flux commerciaux nets entre plusieurs pays, au lieu de régler chaque opération séparément. Les soldes excédentaires pourraient être investis dans des obligations d’État, des fonds pour l’infrastructure et le développement, convertis via des échanges de devises ou, en dernier recours, transformés.

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La stabilité du dollar est remise en cause

Cela vise donc la fonction qui confère au dollar une grande partie de sa stabilité. Les pays acceptent le dollar notamment parce que la profondeur des marchés américains leur permet de réinvestir leurs excédents commerciaux dans des actifs liquides. Les BRICS n’ont cependant pas besoin d’une banque centrale commune ou d’une politique fiscale partagée pour reproduire cette fonction. Il suffit de règles de compensation crédibles et d’actifs utiles pour les détenteurs d’excédents.

Certains éléments existent déjà. Les banques centrales des BRICS ont développé une initiative volontaire de paiements transfrontaliers et discutent de « BRICS Clear », un éventuel réseau indépendant de compensation et de dépôt. Les comptes spéciaux Vostro en roupies de l’Inde permettent déjà aux banques étrangères de détenir des recettes commerciales en roupies et de les investir dans des titres de créance autorisés.

Le risque de change, les contrôles de capitaux, les marchés inégaux et la méfiance politique restent toutefois des obstacles possibles. Une union de compensation doit rendre les devises nationales attractives à détenir en période de déséquilibres commerciaux. Un tel système ne détrônerait évidemment pas le dollar du jour au lendemain. Sa valeur réside dans la possibilité de transférer davantage d’échanges hors du circuit du dollar, de réduire la dépendance aux réserves et de limiter la portée des sanctions financières occidentales.

La puissance du dollar peut donc s’éroder via l’infrastructure de paiement, bien avant que les BRICS ne s’accordent sur une monnaie commune.

11:10 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : brics, finance, monnaie, actualité | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 21 août 2026

Les escrocs nationaux-bourgeois: Dick Erixon et la droite "Excel" et moderne

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Les escrocs nationaux-bourgeois: Dick Erixon et la droite "Excel" et moderne

Source: https://hardensrost.substack.com/p/de-nationalborgerliga-...

Une forme particulière de tromperie caractérise une grande partie de la droite contemporaine. Des personnalités qui, depuis des décennies, ont défendu exactement le même ordre économique et culturel qui a jadis dissous nos communautés, affaibli nos traditions et rendu l’homme toujours plus déraciné, tentent aujourd’hui de se présenter comme les défenseurs de la civilisation, tout en continuant de défendre la même logique économique qui a contribué à cette dissolution.

Europadagen_2024_på_Kulturhuset_i_Stockholm_08.jpgDick Erixon (photo) est un exemple clair de cette évolution. Issu des milieux néolibéraux du Parti du Centre et pétri de l’idéologie de marché de la boîte à penser Timbro, il s’est progressivement transformé en commentateur conservateur, qui vante notre héritage chrétien, notre identité occidentale et la décadence civilisationnelle actuelle qui, à l’heure où j’écris, ronge la société suédoise.

Mais sous la surface, la vision du monde fondamentale reste la même. Il s’agit toujours de gérer la société libérale de marché, mais avec une rhétorique plus patriotique et une nostalgie d'ordre culturel. Il s’est créé ainsi une sorte de langage nationalisé pour protéger les valeurs du libéralisme de marché.

C’est pourquoi ce nouveau conservatisme bourgeois semble si souvent totalement creux. Il défend les formes extérieures de la civilisation tout en ayant perdu son contenu.

La société comme projet de management

Lorsque Dick Erixon et d’autres chroniqueurs similaires parlent de la crise de la société, l’accent est presque toujours mis sur les institutions, l’économie et l’administration. Il s’agit d’un État plus fort, d’une croissance accrue, de plus de policiers, de budgets de défense plus élevés, d’une politique migratoire plus stricte et d’un positionnement géopolitique. Les problèmes sont traités comme des questions purement techniques. On imagine que si les systèmes fonctionnent simplement un peu mieux, alors la société se guérira aussi.

Mais une civilisation n’est pas avant tout un projet administratif. Elle repose sur une culture vivante, sur des coutumes et des loyautés, des croyances religieuses et un profond sentiment de continuité historique. Lorsque ces racines s’affaiblissent, il ne sert à rien que l’économie fonctionne efficacement ou que l’État soit mieux organisé. Une société peut être parfaitement bien administrée et mourir spirituellement en même temps.

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Le marché, destructeur de la tradition

C’est ici que la droite moderne révèle sa contradiction la plus profonde. Elle prétend vouloir défendre la famille, la nation et les communautés traditionnelles, mais elle s’appuie sur le même ordre économique qui, peu à peu, les a détruites.

La logique du marché dérégulé exige mobilité, flexibilité et transformation permanente. On attend des gens qu’ils déménagent là où il y a du travail, qu’ils adaptent leur vie aux besoins de l’économie et qu’ils se considèrent comme des individus en compétition, plutôt que comme des membres d’un organisme historique et social. Les cultures locales, les structures familiales et les communautés stables sont constamment subordonnées aux exigences d’efficacité du marché. L’homme cesse alors d’être membre d’une culture vivante et devient, à la place, un acteur économique remplaçable ou une unité de production.

Ce n’est pas une nouvelle prise de conscience. Dès l’essor de l’industrialisation, il y a eu des penseurs qui ont vu comment les forces du marché commençaient à défaire les liens des anciennes structures sociales et morales. Déjà au XVIIIe siècle, Justus Möser mettait en garde contre la montée du rationalisme et des intérêts commerciaux centralisés qui menaçaient les coutumes locales uniques et les usages hérités des ancêtres.

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Hilaire Belloc et G.K. Chesterton

Dans le même esprit, Hilaire Belloc et G.K. Chesterton ont montré comment le marché du travail libre fonctionnait en pratique comme une gigantesque machine qui privait les gens de leurs biens et les arrachait à leur milieu naturel. Karl Polanyi l’a formulé mieux que n’importe quel traditionaliste, bien qu’il fût socialiste, en décrivant comment la société s’est trouvée subordonnée à l’économie, au lieu que ce soit l’inverse. Il en va de même pour le socialiste chrétien R.H. Tawney, qui a critiqué un système dans lequel l’intérêt pur du profit est progressivement devenu le principe moral suprême de la société. Cette critique touche la droite moderne de plein fouet encore aujourd’hui, bien que ces penseurs aient vécu il y a près d’un siècle.

Mais pourquoi regarder ailleurs alors que nous pouvons regarder notre propre Suède? Ici aussi nous avions des penseurs radicaux mais conservateurs sur le plan culturel, comme Elin Wägner, qui, à l’instar de ses homologues internationaux, a vu exactement la même chose se produire ici. Elle a décrit comment la société industrielle moderne arrachait l’homme à son environnement naturel et comment le respect de la terre et des relations proches était sacrifié pour le profit à court terme.

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Tout ce qui est solide se volatilise

Que vaut un conservatisme s’il se réduit à n’être que le gardien culturel du marché ?

Il ne suffit pas de parler avec chaleur du christianisme, de la nation et de la tradition, tout en défendant un ordre économique qui rend tout fluide: travail, identité, relations et appartenance. Aucun système n’est sans doute totalement exempt de contradictions, mais elles ne peuvent pas être aussi profondes et aussi fondamentales. C’est un peu comme dire qu’on croit en Dieu tout en le rejetant.

Tôt ou tard, le conflit logique éclate. Une société ne peut pas longtemps s’organiser autour de l’expansion économique et de la croissance, tout en espérant conserver des liens culturels et moraux forts.

Ici aussi, le discours de la droite bourgeoise sur l’Occident devient souvent étrangement superficiel. L’Occident se réduit à des institutions, à l’économie de marché et à la géopolitique, au lieu d’être compris comme une tradition culturelle et spirituelle plus profonde. Le christianisme n’est plus traité comme une vérité qui exige quelque chose de l’homme, mais comme un simple ciment pratique pour assurer l’ordre et la stabilité de la société. La spiritualité devient un contenant vide si elle n’est qu’un marqueur culturel au service des forces économiques.

La faillite de la droite "libéro-réactive"

La politique devient ainsi de plus en plus technocratique. Les problèmes de société sont compris comme de simples questions de gestion, d’incitations et d’administration, plutôt que comme l’expression d’une dissolution culturelle et existentielle profonde. Mais l’homme ne vit pas seulement de consommation, de sécurité et d’efficacité. Tôt ou tard, le vide surgit quand même.

C’est pourquoi la droite moderne apparaît si souvent comme réactive et impuissante, malgré sa grande confiance en elle-même. Elle tente fébrilement de freiner les conséquences d’un développement dont elle continue à défendre les principes de base.

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La réaction traditionnelle vs la réaction libérale

Une critique vraiment traditionaliste ou réactionnaire ne cherche pas seulement à administrer les conséquences de la dissolution libérale par une meilleure gestion et une rhétorique plus dure. Elle pose une question plus profonde: qu’y avait-il dans la logique économique de la modernité libérale qui a rendu nos sociétés si fragiles dès le départ?

La dissolution culturelle n’est pas un accident de l’histoire. Elle naît d’un système qui, pendant longtemps, a subordonné la communauté, la continuité et les loyautés locales aux exigences du marché en termes de mobilité, de croissance et de transformation permanente. Lorsque les gens sont arrachés à leur contexte et que tout devient interchangeable, les liens sur lesquels repose une civilisation s’affaiblissent aussi.

Dick Erixon n’a jamais vraiment affronté cette contradiction. Il a surtout changé de langage, passant du néolibéralisme au national-libéralisme. Le bureau de Stockholm a été remplacé par un bureau à Bruxelles, mais l’analyse de fond reste la même: des institutions plus efficaces, une rhétorique plus dure et une fidélité constante à l’ordre libéral du marché.

C’est pourquoi la nouvelle droite apparaît si souvent comme une forme étrange de réaction libérale. Elle réagit aux conséquences sociales du libéralisme, mais continue de défendre bon nombre de principes économiques qui les ont créées.

On ne peut pas sauver la famille tout en adorant la logique économique qui rend toutes les relations provisoires. On ne peut pas parler de continuité culturelle quand tout dans la société est organisé autour du changement permanent. Et on ne peut pas défendre une civilisation si l’on se réduit à n’être qu’un producteur, consommateur ou unité administrative.

Une droite qui ne comprend pas ce que le marché fait aux gens ne pourra jamais, à terme, défendre ce qu’elle prétend aimer. Il est temps de quitter les constructions de bureau et de revenir au foyer vivant.

Voilà pourquoi l’Europe a une gauche aussi médiocre - Gabriel Rockhill montre comment les États-Unis l’ont pilotée avec de l’argent

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Voilà pourquoi l’Europe a une gauche aussi médiocre

Gabriel Rockhill montre comment les États-Unis l’ont pilotée avec de l’argent

Kajsa Ekis Ekman

Source: https://www.aftonbladet.se/kultur/bokrecensioner/a/Wv69qr...

Hannah Arendt, Bertrand Russell et Albert Camus – trois parmi tant d’autres qui ont été financés par le CCF, le Congress for Cultural Freedom, fondé par la CIA, écrit Gabriel Rockhill dans Who paid the pipers of western marxism.

Lorsque les tours jumelles se sont effondrées le 11 septembre 2001, Gabriel Rockhill, originaire d’une ferme du Kansas, se trouvait très loin de chez lui. Il étudiait alors la philosophie dans l’une des meilleures universités de Paris, sous la direction de Jacques Derrida. Il s’y était rendu car la "théorie française" était considérée comme la plus radicale au monde: elle remettait tout en question, même les mots eux-mêmes ! Mais lorsque Rockhill fut invité à donner une conférence à l’université sur l’attentat du 11 septembre, il eut soudain un blanc – rien de ce qu’il avait appris ne pouvait expliquer ce qui s’était passé ni pourquoi. Il fouilla dans son arsenal théorique: pouvait-il utiliser l’objet petit a, les lois du désir, ou peut-être choisir une confrontation avec l’Autre?

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Choqué, Rockhill comprit que tout ce qu’il avait appris était complètement déconnecté de la réalité. Et si les théories les plus prestigieuses du monde étaient incapables d’expliquer la réalité, comment pouvaient-elles être radicales?

Depuis, Rockhill a tenté de répondre à cette question, et le résultat est l’ouvrage le plus bouleversant et novateur que j’aie lu ces dix dernières années. Who paid the pipers of western marxism m’a permis de comprendre, comme sous un éclairage brutal, pourquoi l’université européenne et les intellectuels de gauche européens sont si mous et édulcorés. Toute ma vie adulte, j’ai essayé de comprendre pourquoi ils caracolent avec des concepts sans jamais rien expliquer, pourquoi ils se disent radicaux sans vouloir rien changer, et pourquoi ils partagent si souvent l’opinion de l’establishment sur les questions de première importance.

J’ai pensé que c’était une question de pression de groupe ou de routine, parfois je me suis dit que ceux qui sont mis en avant étaient ceux qui ne menaçaient pas trop l’ordre établi, mais en même temps, j’ai eu du mal à imaginer comment le processus fonctionnait concrètement.

Rockhill a la réponse: ils sont payés par la CIA ! Pas tous, bien sûr, mais ce qu’il démontre dans cet ouvrage truffé de notes, c’est que la pensée de la gauche ouest-européenne est, dans une large mesure, le résultat d’une vaste opération d’influence des États-Unis. Pendant toute la période d’après-guerre, les États-Unis ont mené d’amples projets pour réorienter la gauche européenne.

Après la victoire de l’Armée rouge sur les nazis, le communisme bénéficiait d’un grand prestige au sein des mouvements radicaux en Europe. Éliminer physiquement la gauche, comme les États-Unis l’ont fait en Asie et en Amérique centrale, aurait été trop difficile et sanglant. Ils ont donc préféré la canaliser autrement, lançant un vaste projet visant à neutraliser la gauche en l'achetant.

Ils ont aussi placé leurs employés dans la plupart des agences de presse européennes, comme Reuters, AP et la danoise Ritzau.

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Le CCF, Congress for Cultural Freedom, a été fondé par la CIA en 1950. Son financement provenait en partie du budget de l’État, en partie des fondations Ford et Rockefeller. L’objectif était de pousser les intellectuels européens à prendre leurs distances avec le socialisme réel, et de créer une division entre l’Est et l’Ouest. Le siège était à Paris, et l’activité consistait à sponsoriser des journaux (plus de vingt magazines entretenus par le CCF), des revues académiques, des maisons d’édition (Routledge et Free Press, notamment), des conférences, etc. On plaçait aussi des employés dans la plupart des agences de presse européennes, comme Reuters, AP et leur homologue danoise Ritzau.

La mission était la suivante: éliminer l’influence communiste; transférer le nationalisme des pays individuels à une dimension paneuropéenne; unifier l’Europe de l’Ouest et les États-Unis et montrer aux non-Européens que la communauté atlantique n’est pas un club d’hommes blancs mais un bastion démocratique du monde libre.

Parmi les auteurs financés par le CCF, on trouve Hannah Arendt, Bertrand Russell, Raymond Aron, Albert Camus, Daniel Bell, André Malraux et Heinrich Böll. Certains ont affirmé par la suite qu’ils ignoraient qui était derrière ces généreuses subventions, mais selon Tom Braden de la CIA, cité par Rockhill, c’est ridicule: «À la fin des années 1960, tout le monde savait qui était derrière le CCF».

La différence était telle entre ces universitaires, qui bénéficiaient de moyens pratiquement illimités, et les autres, que cela ne pouvait pas passer inaperçu – mais il n'y a pas que cela: la CIA, grâce à son large réseau dans la presse, pouvait aussi s’assurer que ses auteurs aient droit à de grands articles et de bonnes critiques.

32296412561.jpgPar exemple, le Times Literary Supplement a inclus le livre de Daniel Bell, The End of Ideology, entièrement financé par la CIA et qui remercie ses agents dans la préface, dans sa liste des livres les plus influents du siècle. Comme par hasard, ce livre soutient que le marxisme est mort et que la gauche n’attire plus la classe ouvrière.

Cela ne signifiait évidemment pas que des agents de la CIA dictaient dans le détail ce que les intellectuels de gauche européens devaient écrire. Cela n’aurait donné guère plus que de la propagande grossière. De plus, on ne peut pas contrôler un intellectuel de cette façon. Non, ils étaient entièrement libres d’écrire ce qu’ils voulaient, et pouvaient être aussi radicaux et provocateurs qu’ils le souhaitaient, sauf sur un point: ils devaient prendre leurs distances avec le socialisme réel. Ils pouvaient critiquer le capitalisme autant qu’ils voulaient, proclamer la mort de la famille ou l’effondrement complet de la société, et même se dire communistes, tant qu’ils étaient d’accord pour ne pas vouloir que ce soit un communisme comme en Union soviétique. Autrement dit, entre capitalisme et socialisme réel, ils devaient toujours choisir le capitalisme.

Tout le monde à gauche en Suède devrait porter un regard attentif sur ses valeurs et examiner d’où elles viennent.

9780394704807-us.jpgLa révélation la plus choquante de Rockhill concerne peut-être l’École de Francfort, source du fameux «marxisme culturel». Cette école a engendré des penseurs comme Herbert Marcuse, Theodor Adorno et Max Horkheimer ; toute la « nouvelle gauche » pourrait en être issue. Quel intellectuel de gauche en Europe n’a pas puisé dans le terreau de l’École de Francfort? Moi-même, j’ai lu Reich et Marcuse à quinze ans – aujourd’hui, je devrais peut-être me réjouir de ne pas avoir tout compris à l’époque.

L’École de Francfort était en réalité totalement infiltrée et sponsorisée par l’État américain. Adorno a réalisé des études pour l’armée américaine, Horkheimer a personnellement veillé à purger les termes « communisme » et « révolution » des publications de l’École de Francfort, et Marcuse était le plus impliqué de tous. Il a travaillé sept ans pour le précurseur de la CIA, l’OSS, et son livre Le marxisme soviétique – une analyse critique a été financé par Rockefeller, tandis que ses brouillons étaient envoyés à l’US Air Force pour approbation.

On ne peut pas passer à côté de ce livre. Toute la gauche suédoise devrait examiner soigneusement ses valeurs et leur origine. Car le postmodernisme même, qui a marginalisé la gauche ouest-européenne (la seule fois qu’un parti de gauche a gagné une élection, c’était en Grèce, lors d’une crise économique profonde, et l’économie en était le seul enjeu) et l’a rendue ridicule, est le produit de l’anticommunisme de l’École de Francfort.

Le résultat, c’est que l’Europe a sans doute la gauche la plus médiocre du monde. Une gauche qui se drape dans la moralité et condamne les mouvements de résistance mais qui n’arrive même pas à faire interdire les oranges israéliennes dans les supermarchés, une gauche qui cultive la mélancolie au lieu de l’action, qui privilégie la culture sur l’économie et qui a une peur bleue de la victoire. Si c’est une gauche qui a été payée pour perdre, alors tout s’explique.

Cet ouvrage est le premier d’une trilogie, dont le dernier volume portera sur les penseurs contemporains. Rockhill annonce déjà qu’il s’attaquera à Judith Butler, Slavoj Žižek et Wendy Brown. J’ai hâte de lire la suite !

Kajsa Ekis Ekman est journaliste et écrivaine.

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jeudi, 20 août 2026

Asiatiques optimistes, Européens pessimistes

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Asiatiques optimistes, Européens pessimistes

Les Européens rejettent clairement la politique menée par leurs élites politiques

Bernhard Tomaschitz

Source: https://zurzeit.at/index.php/optimistische-asiaten-pessim...

« Asiatiques optimistes, Européens pessimistes » – c’est ainsi que l’on peut résumer brièvement une enquête de l’institut international d’études de marché Ipsos. Ipsos Global Opinion Polls – 25.709 personnes ont été interrogées dans différents pays – montre que les citoyens des États asiatiques sont majoritairement d’avis que leur pays est sur la bonne voie, alors que c’est l’inverse chez les citoyens des pays européens.

Les citoyens les plus optimistes sont ceux de Singapour: 86 % estiment que leur pays va dans la bonne direction, tandis que seulement 14% pensent le contraire. La Malaisie occupe la deuxième place avec 74% contre 26%, suivie de l’Inde avec 69% contre 31%. Les quatrième à sixième places reviennent à la Thaïlande, l’Indonésie et la Corée du Sud, soit d’autres pays asiatiques, et à la huitième place figure l’Argentine, premier pays non asiatique. 55% des Argentins pensent que leur pays va dans la bonne direction, ce qui semblerait confirmer une adhésion aux réformes lancées par le président de droite Javier Milei.

Parmi les Européens, les Polonais sont les moins mécontents: 43 % pensent que leur pays est sur la bonne voie. Toutefois, la majorité des Polonais – 57% – sont d’un avis contraire. Les citoyens des principaux pays européens, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, sont particulièrement pessimistes. Ainsi, seulement 23% des Allemands estiment que la République fédérale est sur la bonne voie. Chez les Britanniques, ils sont 21%, et chez les Français, à peine 10%. Aucune donnée n’a été recueillie concernant l’Autriche.

L’enquête d’Ipsos montre que les Européens rejettent la politique menée par une élite politique déconnectée, notamment la désindustrialisation, les sanctions contre la Russie qui nuisent à leur propre économie, l’hystérie climatique, la « wokeness », la correction politique et bien plus encore.

La solution de la Russie contre le chantage maritime de l’Occident – Un pont terrestre vers l’océan Indien

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La solution de la Russie contre le chantage maritime de l’Occident – Un pont terrestre vers l’océan Indien

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/203881

La Russie envisage désormais des liaisons ferroviaires vers l’océan Indien via l’Iran, le Turkménistan, l’Afghanistan et le Pakistan.

L’objectif est de maintenir le commerce, au cas où un goulet d’étranglement viendrait à être fermé ou si les services maritimes contrôlés par l’Occident venaient à être retirés.

Accès alternatif à l’Inde

Le vice-premier ministre Marat Khousnoulline a déclaré que les risques au Bosphore et dans le détroit d’Ormuz signifient que Moscou a besoin d’un accès alternatif à l’Inde.

La puissance maritime occidentale ne repose pas seulement sur des navires de guerre. Les services d’assurance, financiers, de courtage et portuaires peuvent déterminer si le fret circule ou non. Le plafonnement du prix du pétrole a révélé ce mécanisme. Le Royaume-Uni a interdit le transport maritime et les services connexes pour le pétrole russe vendu au-dessus d’un prix fixé par la coalition du G7, tandis que l’UE a refusé l’accès à ses ports et services à des centaines de pétroliers. L’Occident a ainsi tenté non seulement d’imposer où la Russie pouvait commercer, mais aussi de fixer le prix que les acheteurs de pays tiers étaient « autorisés » à payer.

L’alternative la plus avancée est donc le Corridor International de Transport Nord-Sud via l’Azerbaïdjan et l’Iran. En 2024, environ 20 millions de tonnes y ont déjà été transportées. Le maillon manquant essentiel est toutefois la ligne ferroviaire Rasht–Astara, longue de 162 km, qui permettra ainsi de créer une infrastructure ferroviaire continue le long de la route occidentale de la Caspienne. La Russie la soutient avec un prêt d’État de 1,3 milliard d’euros, tandis que l’Iran a naturellement accordé à une entreprise russe l’accès aux terrains de construction. Moscou s’attend à ce que la branche ouest achevée puisse transporter au moins 15 millions de tonnes par an.

Une deuxième axe également en projet

Un deuxième axe devrait traverser l’Asie centrale et l’Afghanistan jusqu’à Karachi et Gwadar sur la mer d’Arabie, contournant ainsi « habilement » Ormuz. L’Ouzbékistan, l’Afghanistan et le Pakistan ont signé en 2025 le cadre d’une étude de faisabilité. Des responsables russes estiment que l’itinéraire pourrait à terme transporter chaque année de 8 à 15 millions de tonnes de marchandises russes.

Le chemin de fer ne peut bien sûr pas remplacer les pétroliers et les vraquiers. Sa valeur réside cependant dans la redondance stratégique. Il permet de maintenir le commerce important lorsque Suez, Ormuz, le Bosphore ou les services maritimes occidentaux ne sont pas disponibles. Une route de secours n’a pas besoin d’être moins chère que la mer pour devenir inestimable lorsque la mer est fermée.

Ces corridors transformeraient l’intégration eurasienne en une infrastructure physique. Des voies ferrées communes exigent des tarifs communs, des règles douanières communes, des terminaux et aussi des mesures de sécurité partagées. L’Iran devient ainsi un pont important entre la Russie et l’Inde, l’Afghanistan gagne également une part de stabilité de transit, et le Pakistan devient ainsi une porte océanique pour l’intérieur de l’Eurasie.

L’Occident a transformé l’infrastructure maritime en une arme pour appuyer ses sanctions. La réponse une fois de plus « astucieuse » de la Russie est une assurance de transport à l’échelle du continent, destinée à garantir qu’aucun blocus maritime, aucune autorité portuaire ni aucun assureur ne puisse décider seul qui peut participer au commerce eurasiatique.