Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mercredi, 16 octobre 2019

La révolution du soi gnostique (+ VIDEO)

ovidiu-hurduzeu-682x350.jpg

Chisinau Forum III:

La révolution du soi gnostique (+ VIDEO)

Ovidiu Hurduzeu,

écrivain et critique social, Roumanie

Il y a une bataille en cours pour le corps et l’âme de l’ordre mondial à venir. Cette bataille se déroule sur plusieurs fronts: politique, social, culturel, religieux. Souvent, cette bataille est présentée comme un différend entre „libéralisme” et „conservatisme” et, dans un sens plus large, entre „libéralisme” et tout ce qui s’y oppose. Et pourtant, le véritable conflit ne se situe pas entre les libéraux et les conservateurs – des mots dont le sens précis est devenu au mieux vague, au pire trompeur. Au contraire, la vraie lutte se situe entre deux traditions religieuses: le gnosticisme et ses alliés, contre le christianisme trinitaire. Par christianisme trinitaire, je comprends non seulement l’Église d’Orient, mais aussi toute tradition chrétienne ayant combattu les gnostiques au nom de la Sainte Trinité.

Je n’ai pas l’intention ici de retracer le gnosticisme depuis ses débuts au premier et au deuxième siècle de notre ère,  à travers le Moyen Âge jusqu’à nos jours. Ce serait une entreprise inutile car le gnosticisme défie une interprétation historique ordinaire. Le lien entre le gnosticisme ancien et le gnosticisme moderne peut être établi par l’identification d’un type ou d’un motif gnostique. Une méthodologie typologique est mieux adaptée pour saisir la relation entre les gnostiques de tous les temps et les dangers qu’ils ont causés à notre civilisation.

La subversion du christianisme par le gnosticisme est un vaste phénomène. Nous n’avons pas le temps de traiter les nombreux aspects de cette subversion. Je voudrais juste porter à votre attention deux  problèmes troublants. Premièrement, l’enseignement gnostique selon lequel la gnose, la connaissance de Dieu reçue au cours d’un voyage spirituel intérieur, était le seul chemin menant au salut. Selon le gnosticisme, un homme n’atteint pas le ciel en menant une bonne vie, ou par la foi, mais par la possession de gnose. Cependant, l’illumination gnostique n’est pas pour tout le monde. Seule une élite spirituelle peut accéder à cette connaissance pure de Dieu – connaissance non encombrée par le temps, le lieu, les événements, les personnes ou tout autre enchevêtrement matériel.

La recherche ésotérique de Dieu et la recherche du moi intérieur, désincarné, deviennent synonymes grâce à une identification ontologique entre les deux. L’évasion gnostique du monde est fondamentalement une évasion dans son propre soi. Quand on reçoit de la gnose, le soi devient effectivement un dieu et ne peut être corrompu par rien que l’on puisse faire dans ce monde.

Le deuxième point  qui mérite d’être mentionné concerne la dégradation totale du monde tangible. Si les gnostiques se dégagent du monde réel, c’est parce que la création – matière, lieu, temps, changement, corps et tout ce qui est vu, entendu, touché ou senti – a été un foutoir. Pour exonérer Dieu d’un travail catastrophique, les gnostiques établissent un dualisme radical entre Dieu et la Création. Ils attribuent le mal à un second pouvoir, un démiurge incompétent, coéternel avec, mais sans aucun lien avec le Dieu de l’amour. Contre le gnosticisme et le dualisme sous toutes ses formes, le christianisme affirme la bonté intrinsèque du monde matériel.

Il est vrai que l’ordre du temps est imparfait à cause du péché. Et pourtant, le naturel, l’historique et la matière elle-même ne doivent pas être écartés, ils doivent seulement être perfectionnés dans le temps et à travers le temps par l’action du Saint Esprit. La création est un projet à compléter de manière eschatologique. Ce n’est pas parfait mais perfectible dans le sens qu’il n’est pas complet. L’imperfection de la création n’est nullement due à une déficience ontologique. Malgré la chute, le christianisme célèbre la bonté intrinsèque de l’ordre créé – créé comme une bénédiction. Pour les chrétiens, la vie est un pèlerinage à travers le monde et non une évasion du monde.

Le grand écrivain anglais G.K. Chesterton a dit un jour que l’Amérique était „une nation avec l’âme d’une église”. Une meilleure description serait „une nation avec l’âme d’une église gnostique”. Le consumérisme mondial actuel, basé sur le modèle américain de consommation par l’élite, est totalement gnostique. Je dirais que c’est plus un modèle religieux qu’un modèle économique.

Le soi postmoderne ne cherche que lui-même à travers la consommation. „Je consomme donc je suis” est son premier principe. Le fait de consommer ne fournit que la possibilité de s’auto déifier. La campagne publicitaire de Reebok – „Je suis ce que je suis” est emblématique du désir infini de l’ego de se façonner à travers la consommation. Dans une société de consommation, les objets en eux-mêmes sont sans importance. Transformés en marchandise, ils doivent être constamment modifiés afin de maintenir le désir individuel de se réaffirmer. Le consommateur d’aujourd’hui n’attache aucune valeur au monde extérieur, car tout attachement le rendrait moins libre. La liberté est comprise ici de manière gnostique comme une totale indépendance envers les objets et les relations externes. Tout attachement à un monde objectif et restrictif, toute «fidélité» aux valeurs, au sens et à la tradition sont perçus comme une contrainte, une limitation de la liberté individuelle. Ce qui compte vraiment, c’est la marchandise en tant que spectacle, des images sans substance, mais irrésistibles, qui offrent un plaisir immédiat et ne demandent aucun effort.

De la même manière, l’empire américain se comporte comme un consommateur colossal;  obsédé par la divinisation de lui-même, qui n’est plus lié aux  réalités substantielles du monde. Le projet américain consiste à libérer le «soi  impérial souverain» (Weigel)  de la pluralité afin de devenir de plus en plus identique à soi-même. Pour l’Empire américain, la pluralité, caractéristique des réalités intrinsèques , est un défaut d’être. La pluralité doit être abolie car l’empire américain ne cherche rien au-delà de lui-même. Un des assistants de George Bush, qui s’est moqué de ce qu’il appelle une „communauté basée sur la réalité”, a déclaré: „Nous avons un empire maintenant, et lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité”.

L’empire américain est la première source et le principe même de la réalité. Créer «notre propre réalité»; surplombant le monde temporel et spatial;  est un projet élitiste appelé par euphémisme «révolution démocratique mondiale». Un grand nombre de „destructions créatrices” (comme en Syrie) et quelques archontes tyranniques, réels ou inventés, ont été les ingrédients essentiels nécessaires pour que le projet américain continue de fonctionner comme une pure action sans objectifs ni intentions spécifiques.

Comme l’a écrit l’analyste néo-conservateur Michael Ledeen peu après les événements du 11 septembre: «Nous ne devrions avoir aucune crainte quant à notre capacité à détruire les tyrannies. C’est ce que nous faisons le mieux. Cela nous vient naturellement, car nous sommes le seul pays véritablement révolutionnaire au monde, comme nous le sommes depuis plus de 200 ans. La destruction créative est notre deuxième prénom… En d’autres termes, il est temps d’exporter à nouveau la révolution démocratique. Pour ceux qui disent que cela ne peut pas être fait, il suffit de citer les années 1980, lorsque nous avons dirigé une révolution démocratique mondiale qui a renversé des tyrans de Moscou à Johannesburg ».

Et pourtant, le triomphe de l’empire américain n’a pas été la destruction des tyrannies mais  “franchiser”  la consommation de l’élite au monde entier. De New York à Johannesburg, de Téhéran à Bucarest, des masses d’individus interchangeables ne sont plus confrontés à la réalité. En dépensant de l’argent – l’argent est la forme minimale de la matérialité – ils convoitent la consommation de l’élite comme moyen de se libérer  de l’humanité ordinaire. Leur liberté retrouvée exclut tout attachement et renonce à toute chose tangible sauf à la plus insignifiante: le soi.

La „destruction créatrice” vraiment dévastatrice n’a pas été apportée de l’extérieur. Cela vient de l’intérieur. Comme une bombe à fragmentation, „le soi impérial souverain ” a éclaté en milliards de soi sans substance, vides, chacun engagé dans sa propre „destruction créatrice”.

Quel que soit le degré de désincarnation du moi consommateur; il dépend toujours du réseau mondial de chaînes de magasins, de centres commerciaux, de vastes étendues de banlieues et d’une culture d’entreprise obsédée par le “résultat net”: maximiser les profits. L’Amérique, à son tour, est toujours empreinte d’une culture et d’une histoire particulières. Tout cela rend son projet impérial mal équipé pour faire face à la prochaine phase de la révolution gnostique: libérer le soi du soi-même et sa disparition en un code numérique.

09:56 Publié dans Philosophie, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tradition, traditionalisme, philosophie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

dimanche, 06 octobre 2019

The Roots of Liberalism’s Contemporary Crisis

libfailed.jpg

The Roots of Liberalism’s Contemporary Crisis

Patrick J. Deneen
Why Liberalism Failed
New Haven, Ct./New York: Yale University Press, 2018

Patrick Deneen, a Professor of Political Science at the University of Notre Dame, wrote the present study in 2016, completing it shortly before Donald Trump’s election. In February 2019, a paperbound edition with a few revisions and a new Preface was published.

Why Liberalism Failed is a study comparing the basic assumptions of Lockean liberalism with its historical results as revealed in our own time.

Now, as the author points out, not everything we think of as liberalism originated in early modern times:

Many of the institutional forms of government that we today associate with liberalism were at least initially conceived and developed over long centuries preceding the modern age, including constitutionalism, separation of powers, separate spheres of church and state, rights and protections against arbitrary rule, federalism, rule of law, and limited government. Protection of rights of individuals and the belief in inviolable human dignity, if not always consistently recognized and practiced, were nevertheless philosophical achievements of premodern medieval Europe. Some scholars regard liberalism simply as the natural development, and indeed the culmination, of protoliberal thinking and this long period of development, and not as any sort of radical break from premodernity. (23)

However, there was certainly a significant conceptual break with classical ethico-political thought in the seventeenth century. Previous to this break, the tradition of thought stemming from Plato, Aristotle, Cicero, and their Christian heirs held liberty to be

the condition of self-governance, whether achieved by the individual or by a political community. Because self-rule was achieved only with difficulty – requiring an extensive habituation in virtue, particularly self-command and self-discipline over base but insistent appetites – the achievement of liberty required constraints upon individual choice. This limitation was achieved not primarily through promulgated law – though law had its place – but through extensive social norms in the form of custom. (xiii)

Classical and Christian ethical thought centered on “the duties of one’s station,” that “station” being the specific manner in which each person was embedded (usually from birth) in the larger social formations of family, economic class, and local community, each with its own preexisting customs and traditions.

This station in society was integral to one’s personal identity; one could no more exist outside that context than a tree could live without soil or light. Since desire is infinitely expansible, but the world is finite and must be shared with others, the desires of the individual must be limited by considerations of the common good. Hence, the duty to govern one’s appetites. Law stepped in only to deal with cases where self-control and habituation had failed.

The modern break from this tradition had a number of dimensions, but Deneen emphasizes three: first, the rejection of self-control through reason and habituation in favor of a paradigm in which the “pride, selfishness, greed and the quest for glory” of different groups within a society are harnessed to check the same passions in other groups (Machiavelli); second, traditional social, religious, economic, and familial structures, formerly “viewed as essential supports for a training in virtue, and hence preconditions for liberty,” came to be reinterpreted as sources of oppression, arbitrariness, and conflict from which individuals were to be liberated through rationally-based positive law (Descartes and Hobbes); and third, the understanding of nature as a cosmos of which man is a part was rejected in favor of a fundamental opposition between man and nature, with the latter serving as raw materials for human activity for “the easing of man’s estate” and the increase of his power (Bacon).

The protoliberal philosopher Thomas Hobbes even denied that rational self-control was possible: “Thoughts, are to the Desires, as Scouts, and Spies, to range abroad, and find the way to the things Desired.” Consistent with this understanding of man, Hobbes denied that liberty could meaningfully be understood as anything more than an absence of interference with desire: “if a man should talk to me of a free will, or any free, but free from being hindered by opposition, I should not say he were in an error, but that his words were without meaning, that is to say, absurd.” As Deneen comments: “liberalism in many cases attained its ends by redefining shared words and concepts and, through that redefinition, colonizing existing institutions with fundamentally different anthropological assumptions.”

Of course, Hobbes and his liberal successors understood that desires must be checked for society to function. But they made a conscious choice in favor of external constraints, holding that “the only limitation on liberty should be duly enacted laws consistent with maintaining order of otherwise unfettered individuals” (xiii). Freedom existed wherever the law was silent, and except as limited by law, desire might be satisfied without limit. Wealth, for example, could be safely maximized: “The public stock cannot be too great for the public use,” Hobbes wrote.

In a sense, though Deneen does not state this, the modern ethico-political conceptions are more primitive and probably older than those of classical thought. Even today the average child would have no difficulty grasping the concept of freedom as the absence of interference, or that of thought as a tool of desire. Understanding the concept of self-mastery requires greater maturity, and probably came along later in history, just as it does in the life of the average person. Pace Hobbes, however, it is both meaningful and observable: Anyone who has known a person unable to keep a credit card without getting himself deeply into debt can see that the classical concept of bondage to desire – and its corresponding ideal of liberty as self-mastery – is no absurdity. In modern psychology, conscientiousness is one of the five major dimensions of personality. Liberalism is based on an anthropological falsehood.

It has certainly revolutionized the world and produced at least some good effects, however. The most full-throated celebration of liberalism is known as the “Whig interpretation of history” that, in Deneen’s words, goes something like this:

The advent of liberalism marks the end of a benighted age, the liberation of humanity from darkness, the overcoming of oppression and arbitrary inequality, the descent of monarchy and aristocracy, the advance of prosperity and modern technology, and the advent of an age of nearly unbroken progress. Liberalism is credited with the cessation of religious war, the opening of an age of tolerance and equality, the expanding spheres of personal opportunity that today culminate in globalization and the ongoing victories over sexism, racism, colonialism, heteronormativity and a host of other prejudices. (27-28)

Of course, the notion that the distinction between men and women is an arbitrary prejudice from which the state must liberate us is a good clue that liberalism has turned into a Frankenstein’s monster which is now out to devour its creator.

As Deneen sees it, liberalism has quietly remade the world in its own image, converting human beings into monadic individual wills impatient of restraint, accepting no duties they have not themselves chosen, and looking to the state to “liberate” them from the claims of their fellow man. Referring to Karl Polanyi’s The Great Transformation (1944), he writes:

The individual as a disembodied, self-interested economic actor didn’t exist in any actual state of nature but rather was the creation of an elaborate intervention by the incipient state in early modernity. Economic arrangements were separated from particular cultural and religious contexts in which those arrangements were understood to serve moral ends [such as] the sustenance of community order and the flourishing of families within that order. The replacement of this economy required a deliberate and often violent reshaping… most often by elite economic and state actors disrupting traditional practices. The “individuation” or people required people’s acceptance that their labor and its products were commodities subject to price mechanisms, a transformative way of considering people and nature alike in newly utilitarian and individualistic terms. This process was repeated countless times in the history of modern political economy: in efforts to eradicate the medieval guilds, in the enclosure controversy, in state suppression of “Luddites,” in state support for owners over organized labor, and in government efforts to empty the nation’s farmlands via mechanized, industrial farming. (51-52)

This emphasis on the ways both state power and market forces have been harnessed by liberalism constitutes one of the great merits of Deneen’s book. As he observes, most of today’s political debate opposes a “pro-market Right” to a “pro-state Left;” i.e., it occurs within liberalism, so that whichever side wins, the liberal project is advanced.

Liberalism is fundamentally hostile to culture which, properly speaking, consists in precisely the traditional social, religious, economic, and familial structures from which the individual is to be liberated. Culture is a “set of generational customs, practices and rituals that are grounded in local and particular settings” (64). It at once looks past the present generation and binds people to a social and geographical place. Liberalism abstracts from both time and place, fostering “a new experience of time as a pastless present in which the future is a foreign land; and . . . [rendering] place fungible and bereft of definitional meaning” (66).

A healthy culture is akin to healthy agriculture . . . that takes into account local conditions intends to maintain fecundity over generation, and so must work with the facts of given nature, not approach nature as an obstacle to the attainment of one’s unbounded appetites. Modern industrialized agriculture works on the liberal model that apparent natural limits are to be overcome through short-term solutions whose consequences will be left for future generations. (70)

Liberalism makes humanity into mayflies, and unsurprisingly, its culmination has led each generation to accumulate scandalous levels of debt to be left for its children, while rapacious exploitation of resources continues in the progressive belief that future generations will devise a way to deal with the depletions. (74)

Deneen mentions that there were once laws “forbidding banks to open branches in communities outside where they were based, premised on a belief that the granting and acceptance of debt rested on trust and local knowledge.” He quotes a banker’s 1928 characterization of the business he was in: “the community as a whole demands of the banker that he shall be an honest observer of conditions around him, that he shall make constant and careful study of those conditions, financial, economic, social and political, and that he shall have a wide vision over them all.” The economic crash of 2008 was in part the result of the elimination of such cultural norms “that existed to regulate and govern the granting and procuring of mortgages” (86). The response to the disaster, predictably, was a call for more governmental regulation, not any renewed reliance on local knowledge and responsibility. Most of us have simply lost any ability to think outside the liberal opposition of state and market forces.

What used to be called the American Dream was roughly a country where every man of normal capacity with a willingness to work could afford to support a wife and family, own a home and car, and take the children to the beach every summer. The realization of such a social vision in the middle of the last century was ascribed at the time (i.e., during the Cold War) largely to America’s free enterprise system. Now that this way of life is lost to us, we can better perceive that it also depended on certain limitations to the rule of market forces: viz., legalized discrimination against working women (the reservation of “family wage” jobs to men), restrictions on immigration (especially by the low-skilled), trade unionism and collective bargaining, as well as greater obstacles to foreign “outsourcing.” We have liberalism to thank for tearing all these supports away.

In compensation, it has given us the cheapness of the junk at Walmart. Economist Tyler Cowen believes that the rise of the talented few “will make it easier to ignore those who are left behind.” He has actually proposed constructing subsidized favelas where the losers of the liberal economic order – the majority of the population – can while away the years between birth and death with distractions such as free internet: “We might even look ahead to a time when the cheap or free fun is so plentiful that it will feel a bit like Karl Marx’s communist utopia, albeit brought on by capitalism.” He describes this nightmare scenario as “the light at the end of the tunnel” (141).

Deneen notes the irony that an economic system which has sacrificed everything to individual autonomy has come to seem even to the most talented like an impersonal form of bondage, a rat race from which there is no escape. He reports a typical student telling him:

If we do not race to the very top, the only remaining option is a bottomless pit of failure. To spend time in intellectual conversation in moral or philosophical issues or to go on a date all detract from time we could be spending on getting to the top and thus will leave us worse off relative to everyone else. (11-12)

Under our “meritocratic” education system, “elite universities engage in the educational equivalent of strip mining: identifying economically valuable raw materials in every city, town, and hamlet, they strip off that valuable commodity, process it in a different location, and render the products economically useful for productivity elsewhere.” But just how long are our economically valuable processed materials going to remain productive for us if they no longer even have time to go on dates? Meanwhile, “the places that supplied the raw materials are left much like depressed coal towns whose mineral wealth has been long since mined and exported” (132).

Education in the service of economic productivity is seen as “practical” but, as Deneen observes, this is to ignore the “more capacious way of understanding ‘practical’ to include how one lives as a spouse, parent, neighbor, citizen, and human being.” The abstract babbling about “social justice” on university campuses encourage functions as a replacement for the genuine social duties students no longer have.

Meanwhile, “conservative” legislatures are gutting the humanities offerings at state-supported schools in the name of cost-cutting. One liberal administrator has perceptively described the mindset: “They’ve decided that rather than defending Edmund Burke, it’s easier just to run Intro to Business online and call it a day.”

Deneen is not optimistic about the prospects for a political solution to the crisis of liberalism, warning that “the likely popular reaction to an increasingly oppressive liberal order might be forms of authoritarian illiberalism that would promise citizens power over those forces that no longer seemed under their control: government, economy, and the dissolution of social norms.” I believe this is correct. The best near-term political fix would likely be a Caesarism similar to what Donald Trump promised but failed to deliver in America. As Deneen says,

the “limited government” of liberalism today would provoke jealousy and amazement from tyrants of old, who could only dream of such extensive capacities for surveillance and control of movement, finances, and even deeds and thoughts.

Could the “illiberal democracy” endorsed by Viktor Orbán really be any worse?

In the longer term, the answer to our problems is not to be found in politics at all:

There is evidence of growing hunger for an organic alternative to the cold, bureaucratic, and mechanized world liberalism has to offer. While especially evident in the remnants of orthodox religious traditions, . . . the building up of practices of care, patience, humility, reverence, respect, and modesty is also evident among people of no particular religious belief, homesteaders and “radical homemakers” who are seeking within households and local communities to rediscover old practices that foster forms of culture liberalism otherwise seeks to eviscerate. Often called a counterculture, such efforts should better understand themselves as a counter-anticulture. (191-192)

As advanced liberalism throws ever more people into economic and familial instability, and our ever-increasing individual autonomy leaves us (as Tocqueville predicted) both “independent and weak,” “such communities of practice will increasingly be seen as lighthouses and field hospitals to those who might once have regarded them as peculiar and suspect” (197).

 

Article printed from Counter-Currents Publishing: https://www.counter-currents.com

URL to article: https://www.counter-currents.com/2019/10/the-roots-of-liberalisms-contemporary-crisis/

URLs in this post:

[1] Image: https://www.counter-currents.com/wp-content/uploads/2019/10/10-2-19-4.jpg

jeudi, 03 octobre 2019

Survivre au déclin de l' Europe - Le Zoom avec David Engels sur TVL

dedéclin.jpg

Survivre au déclin de l' Europe

Le Zoom avec David Engels sur TVL

 
 
L’historien et professeur d’Université David Engels nous présente son ouvrage Que faire ? Survivre au déclin de l’Europe !
A travers ce livre l’auteur, enseignant à Poznan, propose aux européens et tout particulièrement aux pays les plus exposés à des bouleversement de société de repenser leur mode de vie.
 
Retrouvez-nous sur : https://www.tvlibertes.com/
 

Paul Virilio et la prison de la mondialisation

paulvirilio.jpg

Paul Virilio et la prison de la mondialisation

par Nicolas Bonnal

Ex: https://nicolasbonnal.wordpress.com

Jamais nous n’avons tant eu l’impression que notre planète, comme dit Hamlet (ou plus exactement Rosencrantz) est devenue une prison, prison dotée d’une foule de geôles, de limites, de flics de la pensée.

Un des plus brillants penseurs de notre époque aura été l’urbaniste et théologien Paul Virilio qui dans un langage particulièrement inspiré a expliqué cet anéantissement de l’espace par la dromocratie (la dictature de la vitesse). René Guénon parlait déjà d’Abel, de Caïn, du temps dévoré par l’espace ; mais nous en sommes venus à l’espace dévoré à son tour.

Dans un passionnant entretien avec Jean-Luc Evard, Virilio nous éclaire :

« Ce qui est en cause dans le progrès, c’est une accélération sans décélération, c’est-à-dire une hubris, une démesure. »

On relira Eschyle sur ce point (car on oublie que pour Eschyle le fou dans Prométhée n’est pas le titan enchaîné, mais le néo-dieu usurpateur Zeus). Et on continue sur notre incarcération du monde :

« À côté de la pollution des substances (dont traite l’écologie « verte »), il y a une pollution des distances : le progrès réduit à rien l’étendue du monde. Il y a là une perte insupportable, qui sera bien plus rapide que la pollution des substances. Et qui aura des conséquences autrement plus drastiques que celles relevées par Foucault à la suite du grand enfermement — la réalisation du grand enfermement, de l’incarcération du monde, dans un monde réduit par l’accélération des transports et des transmissions. Pour moi, l’écologie grise remet en cause la grandeur nature. »

Et Virilio d’indiquer :

« Projetons-nous en imagination deux générations devant nous : vivre sur terre sera insupportable, de par le phénomène d’incarcération dans un espace réduit à rien.

Quant à la « fin » (de la géographie, ou de l’histoire), il s’y agit de la finitude — non d’un terminal. »

Virilio nous met en garde contre la farce scientifique (l’expression est de moi), qui, bâtie sur le mensonge éhonté de la conquête spatiale, nous fait miroiter d’autres mondes :

« Face à ces phénomènes d’incarcération, d’enfermement, on est en train de chercher un outre-monde (des terra-formations, par géo-ingénierie). Les astrophysiciens sont déjà en train de nous préparer une autre Terre promise. En Europe, il y a déjà des gens qui vivent enfermés dans des containers pour expérimenter les voyages vers Mars. La vie en exil aux limites de l’extrême. Toutes ces choses-là sont des signes pathologiques de l’exil à venir, ou de l’exode. Derrière l’écologie et la préservation de l’environnement, pour beaucoup de scientifiques, c’est déjà fichu. On est déjà en train d’anticiper une outre-Terre. »

virilioL1.jpgLisez et relisez les lignes de Guénon sur cette capacité hallucinatoire du monde moderne. Puis pensez à ces jeunes du métro ou du train, logés dans six mètres carrés, et qui passent leur temps sur les centimètres carrés des écrans lumineux de leur smartphone…

Ledit monde moderne s’est bâti sur les grandes découvertes et les colonies. Virilio observe que le virtuel repose sur les mêmes préceptes et illusions :

« Autre exemple de cette recolonisation, de cette quête d’une terre promise, ce sont les cyber-continents, l’espace virtuel. Le sixième continent est une colonie virtuelle.

On nous dit que les gens s’y amusent, que c’est pour leur bien, pour la communication. En réalité, l’aventure coloniale recommence. Aussi bien chez ceux qui recherchent d’autres planètes que chez ceux qui peuplent l’outre-monde du sixième (cyber) continent qui vient supplanter — je dis bien : supplanter — les cinq autres, ceux de la géologie et de la géographie. L’idée de la colonie est très importante. »

C’est que la colonie nous enferme :

« Pour l’instant, la globalisation est un phénomène d’endo-colonisation. Et le colonisateur, c’est la vitesse, engendrée par le progrès de la technique (transports, transmissions, etc.). C’est le pouvoir de la vitesse, qui nous enferme, nous conditionne. C’est en ce sens que c’est une musicologie, un envoûtement. »

Roland Barthes remarque du reste dans ses Mythologies si peu lues que les héros soi-disant aventuriers de Jules verne aiment vivre enfermés dans des machines ou des décors de théâtre.

Virilio rappelle qu’enfant il vécut mal la guerre entre les occupants et les alliés :

« Les Allemands dans la rue et les amis qui nous bombardaient. Eh bien j’ai de nouveau le sentiment d’être occupé. La mondialisation nous occupe, elle nous enferme. D’où mon intérêt pour le Mur de l’Atlantique (sur lequel j’ai travaillé dix ans). La clôture. La forclusion du monde. »

Il rappelle l’illusion de la mobilité qui est une mobilité formelle et factice (aéroports, queues, embouteillages, salles d’attentes, avions, trains, bagnoles) :

« Qui sont les sédentaires ? Ceux qui ne quittent jamais leur siège d’avion, d’automobile, ceux qui sont partout chez eux, grâce au téléphone portable. Qui sont les nomades ? Ceux qui ne sont nulle part chez eux sauf sur les trottoirs, sous les tentes des sans-abri. C’est pourquoi je dis : « Ne me parlez pas de la périphérie. »

Oui, le nomade au sens actuel n’est pas le milliardaire d’Attali qui s’y connait en bible comme Bocuse en Panzani. Le nomade c’est le pauvre hère sous une tente.

virilioL2.jpgEt basculons. Le procès du transport moderne devient le procès des camps d’extermination :

« On va là vers une révolution de l’emport, pas du transport, de l’emport, je veux dire : la quantité déplacée. Il y a là quelque chose qui a été vécu dans la déportation et l’extermination nazie. Il ne faut jamais oublier — et là je suis d’accord avec R. Hillberg — que la déportation est plus importante que l’extermination. C’est la déportation qui a mené à l’extermination. Le mouvement de déplacement de population a été l’origine de l’extermination. »

Et de conclure sur cette question épineuse (jusqu’où peut-on incriminer notre usage de la technique ?)  :

« Là encore, quand on met l’accent sur les camps et que par ailleurs on demande à la Deutsche Bahn de faire son mea culpa, on a raison. Sur la photo la plus connue du camp d’Auschwitz, on voit les rails et le portail. Il faut la regarder en sens inverse : les rails sont plus importants, sans les rails, il n’y aurait pas eu Auschwitz. »

Une belle réponse de chrétien, inspiré par notre Thérèse de Lisieux, serait la pauvreté :

« Je me sens franciscain : la pauvreté, « Dame Pauvreté », cela nous ramène à la théologie de la pauvreté. À la théologie de la vitesse.

À la théologie de la pauvreté de la vitesse. Quelle est la pauvreté de la décélération par rapport à la richesse de l’accélération ? C’est une des grandes questions de l’humilité chrétienne. Thérèse : « L’humilité c’est la vérité. ». Phrase théologique, bien sûr, mais aussi scientifique (et que les scientifiques n’ont pas comprise). »

On peut toujours rêver chrétiennement, surtout avec un Vatican comme ça. Mais on sait que « le destin du spectacle n’est pas de finir en despotisme éclairé (Debord). »

Virilio établit une définition importante sur les charlatans (Debord toujours) postmodernes que sont devenus les savants et autres experts en réchauffements, soucoupes, nanotechnologies, racismes :

« Jean-Luc Evard. Quelle différence fais-tu entre scientifiques et technoscientifiques ?

Paul Virilio. Comme disait un scientifique récemment : « Nous appliquons au monde que nous ne connaissons pas la physique que nous connaissons. » Là, de fait, on est devant l’illusionnisme scientifique. »

Et puis vient la cerise sur le gâteau. Le système nous fait peur, le système nous enferme, le système nous dissuade. C’est la fin des grandes évasions de nos jeunesses. Virilio rappelle la mésaventure du cinéaste Eric Rohmer…

« Je considère qu’après la dissuasion militaire (Est-Ouest), qui a duré une quarantaine d’années, nous sommes entrés, avec la mondialisation, dans l’ère d’une dissuasion civile, c’est-à-dire globale. D’où les interdits si nombreux qui se multiplient aujourd’hui (exemples : un des acteurs de La Cage aux folles déclarant qu’aujourd’hui on ne pourrait plus tourner ce film ; ou mon ami Éric Rohmer à qui son film, L’Astrée, a valu un procès, un président de conseil régional l’attaquant pour avoir déclaré que L’Astrée — le film — n’a pu être tourné sur les lieux du récit engloutis par l’urbanisation, tu te rends compte ?). Donc je suis très sensible au fait que nous sommes des Dissuadés. »

Sources

William Shakespeare – Hamlet

Entretien Virilio-Evard

Guy Debord – Commentaires

René Guénon – Règne de la quantité, XXI et XXIII

Eschyle –Prométhée

Roland Barthes – Mythologies

Nicolas Bonnal – Les grands écrivains et la conspiration

mardi, 01 octobre 2019

Iranian Leviathan

Iranianleviathan.jpg

Iranian Leviathan

Iranian Leviathan

Author(s): Jason Reza Jorjani

A Monumental History of Mithra’s Abode

No other nation on Earth has contributed more to the elevation of the human spirit, and to the enrichment of every aspect of civilization on a global scale, than Iran. Some of the most defining scientific, religious, and cultural characteristics of both the Eastern and Western Worlds actually owe their origin to Iran, let alone the contributions that Iran has made to the formation of the so-called “Islamic World.” The latter is almost entirely Iranian in terms of its high culture, and if “Islamic Civilization” is to have any future at all, it needs to be transformed back into Iranian Civilization.

That is the impression that one is left with after reading this monumental history of Iran, not just as a country, but as a vast civilization encompassing many related cultures and ethnicities. It is the first history of Iran ever written from a philosophical perspective. In other words, far from being a textbook history, this study aims to discern the inner meaning of Iran and the spiritual destiny of the Iranians or Eastern Aryans.

As an original work of Philosophy, Iranian Leviathan explores fundamental concepts in the realm of metaphysics, epistemology, ethics, and political philosophy. With respect to socio-political thought, this philosophical history lays the groundwork for the ideological program of an Iranian Renaissance. This is a bold and unapologetic vision, not only for the revitalization of culture within Greater Iran, but also for the reestablishment of Iran as an imperial hegemon and global superpower in our time.

00:20 Publié dans Livre, Livre, Philosophie, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : iran, mithra, mithraïsme, philosophie, tradition | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 25 septembre 2019

Sur la crise des démocraties et la transition des formes politiques

imerio-seminatore.jpg

Vers des régimes autoritaires en France et en Europe?

Sur la crise des démocraties et la transition des formes politiques

Irnerio Seminatore

***


TABLE DES MATIÈRES

Introduction. Corruption et changement des régimes politiques

La crise des fondements, le déclin français et la tentation autoritaire

Régimes égalitaristes et régimes hiérarchiques

La souveraineté et ses interprètes, Tocqueville, Rousseau et C.Schmitt

Macron, la France et l'Europe

La démocratie est elle en danger?

La dérive autoritaire de la démocratie

L'affaiblissement de l'esprit de liberté et la transformation de l’État démocratique en l’État

bureaucratique.

Sur le rôle de la "Formule politique"

Guerre et liberté

Sur la crise des démocratie et l’évolution vers des régimes autoritaires

États et violence politique

Les menaces portées contre la démocratie: un tabou de la communication politique

La recherche d'un ordre alternatif

Essor et évolution des régimes autoritaires en Europe

La "Nouvelle Frontière" de l'Europe, le Souverainisme

Souverainisme et populisme. Stratégie et tactique

La révolution numérique et le contrôle social

Phénomènes de normalisation, de violence et de sanction du XXIeme siècle.

Michel Foucault et sa "notion d'homme"

La folie et la mort. Le suicide d'Hamlet à Elsinor


                                                                        ***


Introduction. Corruption et changement des régimes politiques

Dans une période de "fake news" et de perversions sémantiques est-il surprenant de se révolter contre le chaos ou l'anarchie, là même où d'autres y voient la démocratie, la liberté d'expression et l'égale condition de la nature humaine? Quelles preuves apporter à la marche vers des régimes autoritaires, si non des exemples de conduite déviants, par rapport à des normes et des pratiques ancrées dans une tradition, ou dans une préférence politique héritées du passé? Passant à la formulation d'hypothèses crédibles, le besoin d'ordre et de sécurité peut-il être compris intuitivement comme demande de protection, face à des grandes crises d'autorité ou, en revanche, comme angoisse sociale, difficile à affronter avec les moyens du débat et de l'intégration et exigeant plutôt ceux de la force et de la répression?

Or, comprendre la transition actuelle des démocraties vers des régimes autoritaires, c'est faire référence à trois types d'explication:

- d'ordre historique

- d'ordre politique et culturel

- d’ordre sociologique, scientifique et psychologique.

Pour le premier type, je retiendrais l'explication classique, celle de la décomposition de la démocratie et de la théorie des cycles historiques.

Pour le deuxième, la crise des fondements, la conception du pouvoir et l'affaiblissement de l'esprit de liberté.

Pour la troisième, celle des systèmes de contrôle et de manipulation des opinions et de la disponibilité des masses à l'asservissement vis à vis d'un maître.

Des éléments des trois critères se retrouvent dans l'impossible conciliation de la souveraineté étatique, de la liberté individuelle et des convictions populaires, qui définissent le pouvoir démocratique. Ainsi permanence et discontinuité s'en trouvent bouleversées et besoin et inquiétude du changement, intimement liées. Cette situation affecte la conception héritée de la démocratie et augmente la séduction des régimes autoritaires, tenus pour naturels et parfois nécessaires.

En effet dans le courant de derniers deux cent cinquante ans, nous sommes passés,en Europe, des monarchies de droit divin à des monarchies constitutionnelles, puis à des républiques présidentielles et, au XXème siècle après deux grandes révolutions, communiste et national-socialiste à l'ère des tyrannies, pour adopter enfin, à cheval du XXIème siècle, l'âge des démocraties.

Suite à la défaite des pays totalitaires, à la dislocation des empires et à la décolonisation du monde dans la deuxième partie du XXème siècle, nous sommes devenus de colonisateurs, colonisés et l'hétérogénéité des traditions historiques s'est transformée en une uniformisation forcée des conceptions politiques.

Par ailleurs, et comme conséquence du processus de mondialisation, qui a accompagné l'effondrement du communisme soviétique, le pouvoir occidental s'est assuré du consensus des peuples par l'idéologie de l'élargissement de la démocratie.

Or, le trait commun de celle-ci a reposé en Europe sur la dispersion des fonctions d'autorité et, plus de toute autre, de l'autorité souveraine, individuelle ou collective. Au sein de l'Union européenne la souveraineté est en fait partagée entre oligarchies bureaucratiques multiples, qui cachent le polycentrisme des pouvoirs et une gouvernance non élective, se réclamant d'un autoritarisme libéral.

En France, cette dispersion du pouvoir souverain n'a pas tenu compte de la diversité des populations et de conceptions éthiques et civilisationnelles, qui affectent en profondeur l'esprit public, chez les masses et chez les élites et a poursuivi les raisonnements et les pratiques de la tradition républicaine, remaniée par la cinquième république.

L'anarchie universitaire et syndicale, prônant la mort de l’État policier, détesté par Mai 68, puis le retour au pouvoir du général de Gaulle, accusé de bonapartisme par des intellectuels qui se voulaient sans dieu ni maître, suscita un tournant des opinions à la faveur de l'homme du salut.

Dans de pareilles situations et selon Aristote, les démocraties se corrompent et les guerres civiles naissent, exaspérant les conflits des factions et les rivalités entre les individus et les représentants du pouvoir. Puisque les luttes intestines ne trouvent de limites, ni dans la loi, ni dans les mœurs, devenus sans freins, le libre cours aux détracteurs de l'autorité et à la haine des exclus, affaiblissent l'autorité, réclamant à grand voix, un changement de régime.

C'est aujourd'hui le cas de Macron.qui est au même temps un jacobin, ignorant la raison d’État et un progressiste universaliste, qui méprise l'homme du peuple, bref un souverain, en état de guerre permanente avec ses sujets, de plus en plus hostiles à sa politique.

aristotelesIS.jpg

Selon la vulgate classique, les démocraties sont entraînées vers leur mort et vers l'instauration de régimes autoritaires, lorsque les opinions et les masses, opposées à la classe des privilégiés, se soumettent au pouvoir salvateur d'un chef, populiste ou démagogue, qui les entraîne à la conquête du pouvoir d’État.

Ainsi se succèdent les différentes formes des régimes politiques, qui transforment la liberté en licence et la démocratie en tyrannie, l'excès de liberté entraînant en retour un excès de servitude. Puisque le peuple est animé par des formes dégradées de connaissance, l'apparence, les préjugés et les passions, Aristote en concluait que la meilleure forme de gouvernement est le régime mixte, une composition de démocratie et d'aristocratie, option qui sera reprise par Machiavel à la Renaissance et à laquelle, dans les premières décennies du XXème siècle, Pareto, Mosca et Michels, adapteront la théorie des d'élites dans le but d'étudier la stabilité des partis politiques et la tendance oligarchique des démocraties.

La crise des fondements, le déclin français et la tentation autoritaire

En ce qui concerne le deuxième critère, la conception du pouvoir dans les démocraties d'aujourd'hui, celles-ci ne peuvent rester indifférentes à la crise des fondements, les principes premiers et ultimes de l'autorité de commandement, le consentement volontaire ou la rigueur de la loi. Or une crise des fondements est avant tout une grande crise intellectuelle et morale, une crise de foi, de sens et de société,bref une remise en cause des paradigmes, engendrant une énième subversion de la conscience européenne.

Elle met en cause le passé, le présent et l'avenir et concerne le peuple dans son ensemble. Le choix qu'elle implique appartient-il au "demos", au souverain, ou à Dieu? A la démocratie ou au pouvoir suprême? A l'histoire ou à la politique?

La crise actuelle engage en profondeur la responsabilité du citoyen et, puisque le pouvoir de commandement implique "l'obéissance" des sujets, qui est la consistance effective de la souveraineté, le régime politique confronté au problème de l'adhésion volontaire tirera une grande difficulté de la division du peuple, qui se niche dans la composition même de celui-ci. Un peuple aux deux identités, dont l'âme se divise en deux inimitiés existentielles, dictées par la pluralité des Dieux, est un peuple déchiré entre deux obéissances, à la loi divine, par sa nature universelle, et à la loi politique, par sa nature séculière et nationale.

C'est la situation de la France d'aujourd'hui, la France, jadis pays-guide de l'Europe et actuellement déchirée par la présence sur son sol de deux civilisations hostiles, irréconciliables et en état de guerre virtuelle.

Or, les régimes politiques existants sont l'expression, dans la Gaule et en Europe, d'une seule culture collective, des mêmes sentiments ancestraux, ou , en d'autres termes, de la même foi en Dieu, en la loi et en l'homme de raison.

prise-de-la-bastille.jpg

Le déclin français, commencé en 1789, avec la "Grande Révolution", le rabaissement de la noblesse et l'hiver démographique,se poursuit avec l'égarement de ses croyances anciennes, qui justifient aujourd'hui son agnosticisme moral par le primat de la "raison" et par l'absence de principes d'ordre métaphysique, exaltant une sécularisation dévoyée et une Église ouverte à l'Islam.

Il continue avec Macron, épris par un aveuglement historique, qui, en mal de stabilité politique, a osé l'hérésie sacrilège, affirmant à Lyon que "la culture française n'existe pas et qu'elle est diverse et multiple"?( 6 février 2017). Le but de complaire à une foule inculte, maghrébine et barbaresque, étrangère à l'histoire du pays, l'a trahi dans l'oubli que l'unité culturelle garantit et préserve l'intégrité d'une nation.

Pouvait il sacraliser autrement une République sans unité, sans hiérarchie et sans Histoire, qui a remplacé les révolutions par les invasions, changeant de visage à la barbarie?

Or, puisque toute solution politique est l'usage combiné de l'autorité, de la loi et de la force, comment la "classe politique" pourra -t- elle réagir à la révolte des masses, offertes par son Prince à toute tentation et à tout reniement?

Du même coup, le rassemblement du Tiers-État, la plèbe moderne des vieux français des terroirs, des petits commerçants et chômeurs, rejetés par une mondialisation dévastatrice, mobilisant révolte et envie de réformes, a consenti aux ennemis du peuple, les black-blocs ou les islamo-gauchistes, d'utiliser au sein de ce mouvement la violence et la subversion.

Cette convergence entre le légitime et l'illégitime, a corrompu l'adhésion du peuple et a justifié la riposte autoritaire de Macron, qui n'a pas la religion de la gloire de Louis XIV, ni celle de la grandeur de de Gaulle et qui ne sait combiner l'alliance traditionnelle du Roi et du Tiers État, en associant les deux formes politiques, par lesquelles se décomposent aujourd'hui les démocraties, l'oligarchie mondialiste et la tyrannie monarchiste.

Le combat contre la ruine de "l'esprit français", si patente de nos jours, avait pourtant débuté à Londres en juin 1940, dans le but de maintenir la France occupée, dans un état de liberté d'esprit contre les formes variées de séduction et de soumission intellectuelles venant de l'occupation allemande, car "l'esprit français" ne se concevait, à l'époque, que dans son lien avec une nation libre et dans la lecture d'une histoire engagée, qui partagerait le corpus philosophique de la liberté.

Le débat sur la démocratie et les régimes autoritaires ouvre aujourd'hui une nouvelle page à la réflexion politique, en France et en Europe et touche toutes les classes et toutes les générations, car les enfants du siècle ne combattent plus pour la vertu ou pour la patrie, mais pour le pacifisme, les migrations illégales ou les droits de l'homme.

Régimes égalitaristes et régimes hiérarchiques

En effet le changement de paradigmes a fait tourner la page de l'égalité, du bonheur et des désirs des citoyens, qui avaient constitué autrefois les piments de l'utopie.

L'époque contemporaine est particulièrement touchée par une revendication d'uniformité et d'hostilité à l'ordre établi et par une réceptivité désarmante vis à vis des vitupérations et des demandes sociales. En effet ces dernières laissent un grand espace à la disponibilités des masses pour croire aux nouvelles prophéties et au vieilles lubies égalitaristes.

Ces masses, qui ne font plus confiance à des philosophies salvatrices, fussent-elles dialectiques et qui ont quitté les partis politiques, constituent le terrain de chasse privilégiées de l'intime corruption de la démocratie, l'apolitisme et la logique des privilèges, apanage des parvenus et des arrivistes.

Celle-ci constitue la semonce captivante de tous les courants et de tous les hommes, qui vendent sur la scène politico-médiatique, leurs alchimies du renouveau et des promesses, non certifiées, du futur.

L'aveuglement dans la fiction de l'égalité s'est particulièrement développée au sein de l'opposition entre les deux camps, de la société civile et de la société politique, autrement dit de la fraternité introuvable et de la rivalité irréductible, en corrompant au même temps l'idée d'Europe.

carlschmittrrrrrrr.jpgLa souveraineté et ses interprètes, Tocqueville, Rousseau et C.Schmitt

Avec l'évolution des systèmes de pouvoir contemporains, la dictature des majorités, que Tocqueville craignait venir de l'uniformisation des conditions en Amérique se renverse de nos jours en la tyrannie des minorités, puissamment portées par la désagrégation de la vie sociale et la corruption de la vie parlementaire. En effet si la tyrannie de la majorité a pu apparaître jadis menaçante, la phénoménologie contemporaine prouve que ce sont les revendications minoritaires à afficher le plus grand danger pour le bien commun.

Ce sont en outre les minorités qui prétendent dissoudre le concept de "genre", ou de "nature" (homme,femme), pour le soumettre totalement à celui de société, au sein d'un processus historique, qui tend vers l'égalité des citoyens.

Cette civilisation égalitariste, dans sa dimension multiculturelle entraînerait un mutation anthropologique, où les différences ne seront plus légitimes et il en résultera une nouvelle humanité, dans laquelle les minorités s’emploient à définir autrement la société et à changer les codes et les dictionnaires du langage courant, de même que les délits et les peines de la jurisprudence et de la loi et où le concept de "nature" disparaîtra par l'effet de la "volonté générale" et du "contrat démocratique".

De telle manière les revendications minoritaires , promues sous le drapeau de l'égalité, pourront dissoudre les identités nationales et les communautés d'origine.

Or, la "souveraineté" défendue par Tocqueville, comme capacité d'autonomie politique et d'auto-organisation sociétale, hors de tutelles étrangères, n' est guère la "souveraineté" de la volonté générale de Rousseau, le genevois misogyne, inspirateur de la révolution française, destructrice de tout ordre hiérarchique et père des dogmes démocratiques du républicanisme de la IIIIème République.

Elle n'est pas non plus celle de C.Schmitt, dernier représentant du "Jus Publicum Europaeum", penseur du décisionnisme et de la souveraineté, incombant sur "celui qui décide de l'exception, en situation d'exception". La souveraineté de Carl Schmitt, qui s'inscrit au cœur de la lutte à mort de l'ami et de l'ennemi, comme essence du politique, prône en effet, en situation de danger, l'unité de tous ceux qui se rassemblent et qui sont liés par une origine et une amitié homogènes, excluant ceux qui sont étrangers à l'ordre politique national et se comptent aujourd'hui par millions.

caricaturemacronemm.jpgMacron, la France et l'Europe

Or, dans l'hypothèse de crises plus violentes,la faiblesse de Macron et la dissolution de la France et de l'esprit français s'inscrivent dans l'impossible conciliation, au cœur l'unité "indivisible" de la nation, de l'universalisme extrémiste et de l'immigrationnisme débridé du Prince. Conciliation politique et institutionnelle qui exigerait la soumission de tous au pouvoir régalien, afin d'assurer la paix civile, face à la menace latente de la désunion et de la subversion internes.

Personne n'osera réduire la démocratie au seul suffrage, fût il plébiscitaire, ni le suffrage à la divinisation du peuple, fût-il le "peuple élu".

Selon l'institution monarchique, réhabilitée par la république présidentielle, un peuple n'est uni que sous son souverain, seul en mesure d'assurer la concorde civile.

Mais le péché historique de la France, c'est d'avoir brisé l'unité de la nation, à l'époque de la Réforme protestante vis à vis des Huguenots et de leurs collusions supposées avec la Hollande et l'Angleterre, hier avec le Front Populaire et l'Union Soviétique et après la guerre, avec les socialismes et les pays de l'Est, aujourd'hui avec l'Islam et les États sunnites et wahhabistes, ennemis latents et permanents du pays.

Dans cette république querelleuse et insoumise la démocratie, antidote de la monarchie ou du pouvoir monocratique, a-t-elle besoin d'un chef providentiel, maître, despote, ou barbare qui s'élève au dessus des factions et incarne l'autorité et la concorde?

Au coeur de troubles et difficultés multiples, Macron tend vers un point d'équilibre entre l'ordre libéral global et l'égalitarisme islamo-libertaire, ou encore, entre la modernité administrative et les nouvelles aristocraties républicaines.

En tant qu'expression des bourgeoisies françaises de droite et de gauche, il ne peut conjuguer l'inimitable exaltation pour la primauté de l'Amérique de Trump et le caractère russe de Poutine.

S'il lui est impossible d'intégrer ou d'anéantir l'Angleterre, tournée vers le grand large, Macron tâche de voir dans le Brexit une occasion de nouer avec l'Espagne et de prendre à revers les pays de Visegrad, par une politique d'entente avec la Serbie et les Balkans Occidentaux,en humiliant l'Italie,qui sera le premier rebel du giron des pays subordonnés au joug de l'Union germano-américaine.

C'est la peur d'une surprise stratégique d'ampleur historique, la révolte islamique, qui  lui interdit de reconnaître dans l'ennemi intérieur le perdant de la bataille de Roncevaux, qui marche désormais sur les Champs Élysée.

De surcroît et par un coup de poker, après avoir affronté les gilets jaunes et guillotiné le vieux système des partis, Macron est apparu en Europe, après les élections, comme le seul faiseur de rois et le seul créateur de légitimité vis à vis des institutions européennes.

L'accord de compromis avec une Merkel sans vision et sans avenir, pousse la France de Macron vers un modèle de société autoritaire, sans lui éviter de devenir, face à une Allemagne à l'hégémonie réluctante, la plus importante province du sacrée romain empire germanique, version post-moderne.

Par ailleurs l'approche rajeunie de la concertation franco-allemande, pourra-t-elle rester le pivot d'une asymétrie stabilisée et définitivement acquise , ou bien deviendra-t-elle le soutien principal d'un jeu de bascule du leadership, porté par un homme, qui s'est forgé une image iconoclaste de la liberté des peuples et du pouvoir des États?

La démocratie est elle en danger?

L'effondrement de la social-démocratie en Europe et la politique néo-libérale ,visant à absorber l'électorat conservateur, s'exprime en France par une pratique de restriction du contrôle parlementaire. La crainte de déstabilisation du pouvoir est le principal fondement de l'autoritarisme d’État. Puisque l'appareil d’État s'est évanoui face à la triangulation instable, d'une gauche affaiblie et d'une droite attirée par le Rassemblement National, le centre accapareur de Macron, dépourvu d'une base sociale propre, glisse vers une politique néo-libérale de type autoritaire, dans le but de rendre impossible une compétition électorale "équitable" et de puiser dans le réservoir électoral des droites conservatrices.

Pour atteindre cet objectif, le mécanisme électoral de la cinquième république donne au regroupement politique gagnant, un poids politique disproportionné dans les instances représentatives. Face à une opposition éclatée, à une presse largement favorable et à des médias qui totalisent des parts d'audience considérables, lui permettant de régner sans partage,la seule figure absente est, comme il le dit en 2015, "la figure du Roi".

D'où son modèle monarchique et son mépris du peuple. Dans cette situation la transformation de la France en exemple de l'Europe, s'inscrit dans l'approfondissement du néo-libéralisme et dans une réforme du droit du travail,"flexibilisé", suivant les recommandations du FMI et de l'OCDE. "There is no other choice", expliquera-t-il dans une interview à la presse anglo-saxonne. Or, à l'échelle internationale, l'enjeu du siècle pour la France, comme pour l'Europe est la transformation du monde par la révolution scientifique et technique. Ainsi, le but de la France de demain est de devenir "une Start Up nation". Cependant, au ralentissement de la croissance et au caractère de plus en plus insupportable des inégalités, la stratégie du pouvoir évolue vers la réalisation de réformes structurelles, qui puissent favoriser, coûte que coûte,la compétitivité du pays. Le succès de ce chantier de réformes repose sur une grande fusion des nano-technologies, bio-technologies, réseaux intelligents et objets connectés. La République en marche, dans l'esprit du Prince, devient le synonyme d'un monde en marche vers l'avenir.

macron_un_roi_sans_courronne-e24ba.jpg

La dérive autoritaire de la démocratie

Le stimulant de ce nouvel horizon technologique est le succès des "meilleurs".
Or, l'obstacle le plus préoccupant de cette démarche générale est l'extension des inégalités, à surmonter par un autoritarisme déclaré, qui délaisse "le bavardage législatif", par une limitation des débats parlementaires, l'adoption de procédures accélérées pour l'examen des projets de loi, la restriction du contrôle parlementaire, le "secret des affaires" et une marge de manœuvre de plus en plus large de l'appareil répressif et des forces de l'ordre. A titre de rappel, la demande au Parlement de la part du président Macron d'adopter une loi qui limite la liberté de manifestation et la présomption d'innocence. Cette politique dure, dangereuse et risquée est ce que l'on peut définir comme la dérive autoritaire de la démocratie et la preuve irréfutable de son étouffement.

L'affaiblissement de l'esprit de liberté et la transformation de l’État démocratique en l’État bureaucratique.

Sur le rôle de la "Formule politique"

In fine, la référence classique de toute tentation autoritaire demeure l'affaiblissement de l'esprit de liberté, qui se mesure aujourd'hui aux dispositions de plus en plus restrictives sur le désaccord politique. C'est de cet affaiblissement que meurent partout les démocraties modernes. Certains parleront de lois liberticides, à propos de la liberté d'expression, d'autres de censure sournoise, d'auto-censure, de chasse aux sorcières, ou de manipulations médiatiques.

En effet, cela se produit lorsque la méfiance, le pessimisme ou la peur de l'ennemi politique s'infiltrent dans nos craintes collectives et c'est là que la liberté se meurt et décline. Les régimes de liberté se meurent également de la désagrégation de la "formule politique", autrement dit du ciment moral, de la croyance collective et de la volonté présumée d'un peuple, de pouvoir surmonter les épreuves de l'Histoire, en s'appuyant sur la fidélité à une tradition ou sur la confiance à un chef providentiel. La désagrégation de ce moment de grâce jette un éclairage sur les difficultés d'une situation, bloquée par une impasse de nature politique ou intellectuelle et qui, en harmonie avec l'esprit du temps, avait permis la mobilisation collective autour d'un projet de renouveau, soufflant au même temps dans le cœur de chaque citoyen.

Ce fut le cas des résistances à l'occupation allemande et à la reconstruction nationale.porteuses de grands espoirs de libertés.

Ce n'est plus le cas d'aujourd'hui, où la "formule politique" se grippe dans la transformation  du pouvoir en régime autoritaire, engageant la mutation des États démocratiques en États bureaucratiques, des États dans lesquels ils est interdit de penser et d'avancer, car il ne faut qu'appliquer.

Le cas exemplaire est celui des institutions supra-nationales comme l'Union Européenne, à la double légitimité, nationale ou populaire et supra-nationale ou oligarchique.

Ici le problème non résolu est celui du renouvellement des élites de direction, les "top jobs", en situation de mixité et de jonction des formes d’État et des formes de régimes.
Dans ce cas la "formule" (alliance ou compromis), doit garantir la fonction d'équilibre entre les impulsions stratégiques des Chefs d’États et de Gouvernement (légitimité étatique ou oligarchique) et les responsabilités d'exécution des bureaucraties supra-nationales (légitimité hiérarchique, et, en son aspect confirmatif, démocratique).

La "Formule politique" doit trouver ici la clé de la compatibilité institutionnelle entre l'option autocratique (désignation par le haut) et l'option démocratique (confirmation par le bas).

Il semble évident, dans des conditions si restrictives, que le recrutement des nouvelles élites laisse une marge de manœuvre très réduite aux nouveaux dirigeants et les rend davantage tributaires d'une "aquiescence" hiérarchique, qui les éloigne des revendications des peuples, en restreignant leur autonomie de jugement et en éteignant leur conscience historique.

Cette incompatibilité des deux niveaux de la représentation et de la légitimité engendrera une énième difficulté en situation de conflit civil ou militaire, car la différente composition, de structure et d'idéologie, des partis politiques nationaux, opposera les différentes formations politiques, à base ethnique et à idéologie racialiste fort dissemblables, tant à l'échelle européenne que dans le domaine de la politique étrangère et de sécurité.

Guerre et liberté

La prévisibilité d'un conflit désigne une situation dans laquelle on peut cerner la valeur de la liberté, entendue comme principe de gouvernement.En effet l'anticipation d'un danger réunit et symbolise toutes les autres formes de libertés et tout ordonnancement des activités humaines.

macroncoq.jpg

Le conflit civil aux portes, où sera jouée la liberté française et européenne, ainsi que leurs régimes politiques, n'est pas seulement un affrontement de tendances, où s'expriment les formes de soumission de l'humanité aux grands cycles historiques de la paix et de la guerre, mais une lutte à mort entre deux peuples et deux civilisations hostiles, vivant en cohabitation forcée, le peuple de souche et la civilisation française d'une part et les immigrés et la civilisation de l'Islam de l'autre, sur un même sol métropolitain à conquérir, la terre des Francs.

Ce conflit s'exprime par des manifestations multiples d'insoumission, de révolte, de violence symbolique, de rejet intellectuel et moral, de haïne et de mépris déclarés.

Or la liberté de tout un peuple est un enjeu à gagner à chaque instant, car la préservation de la paix est le but principal d'un gouvernement. Le paradoxe français est que beaucoup de politiciens et d'intellectuels ,en bons héritiers du rationalisme cartésien, ne partent pas des faits et des constats pour s"élever au monde des idées et aux grandes proclamations idéologiques, mais prétendent établir, en humanistes cosmopolitiques, un équilibre humain rationnel, fondé sur un dialogue et une entente utopiques, plutôt qu'un équilibre humain naturel, enraciné sur un antagonisme profond, entre les deux âmes du pays. Ce procédé intellectuel est un suicide ou un acte génocidaire, car il accorde à l'ennemi l'espoir d' une victoire à la portée

Au plan historique le déferlement de migrants et de leurs progéniture ont autant d'importance, si non plus grande, que les ambitions ou la gloire des princes. Or le Prince, incapable comme tout homme de tenir le juste milieu, penche raisonnablement vers l'illusion d'une impossible concorde civile.

Lui, et avec lui, les autres gouvernants d'Europe, à commencer par M.me Merkel, ne pensent pas, suivant Machiavel, de pouvoir gouverner la moitié de leurs œuvres, qui relèvent de leur "Virtù", puisque ils ne peuvent maîtriser l'autre moitié, qui est assignée à la "Fortuna", ou au Hasard.

Par ailleurs, du point de vue de la politique mondiale, ils n'arrivent pas à partager l'idée kantienne, que le conflit et la guerre "se greffent sur la nature humaine" et que la forme d'éthique la plus élevé, consiste à dominer cette causalité d'origine (différenciations de société), comme fondement du gouvernement des hommes (hostilité politique).

Les esprits de ces gouvernants sont dominés par l'individualisme moral et l'illusion du cosmopolitisme, qui sont les deux visages d'un même renoncement,à la logique de la raison ou à celle de l'histoire.Au sein du couple franco-allemand cette antinomie se manifeste par l'obsession d'un discours sur les valeurs, sans substance éthique, qui ne tolère pas de répliques et de dissensions et qui freine la liberté des débats. Les représentants de ce couple feignent d'ignorer que la relation de peuple à peuple est une relation d'inimitié et donc de guerre. Cette relation est ainsi occultée et refoulée et alimente les dérapages de la pensée unique, de telle sorte qu'elle obscurcit la capacité de discerner l'essentiel (la lutte politique), de l'accessoire (la concorde civile) et l'amour pour l'ordre des excès violents de la liberté.

Devant les deux formes d'Histoires qui sont devant  nos yeux d'européens, l'Histoire de la conscience et l'Histoire réelle, la première, dans le langage de l'Union, prend la forme idéologique de l'apologie et la deuxième celle, dramatique, des antagonismes, qui sont à la racine des choix mortels de l'Union.

Sur la crise des démocratie et l’évolution vers des régimes autoritaires

Si les démocraties occidentales évoluent vers des régimes autoritaires, c'est que l'on peut identifier dans ce cheminement plusieurs parcours.

Le premier et le plus important est la crise des systèmes représentatifs, fondés sur la légitimation du pouvoir par le suffrage, sur le système des contre- pouvoirs ( la balance of power) et sur un corpus acquis d'assurances de libertés. Or, bon nombre de polémistes, (S. Levtssky, D. Ziblatt, D. Runciman, Y. Mounk) revendiquent le recours à un même paradoxe; l'utilisation des institutions démocratiques de la part des détenteurs des pouvoirs globaux, pour mieux dénier la volonté populaire, ou sa fiction.

Les moyens pour y parvenir sont la montée en puissance de la manipulation, la "désinformation" et la constitution d'un réseau d'outils de surveillance, perfectionnés et sournois, pour contrôler et prévenir une remise en cause des positions dominantes.

C'est à ce point qu'une interrogation rapproche singulièrement ces auteurs, celle d'un questionnement commun et capital:

"Comment meurent les démocraties"

Après avoir décrit les moyens et les méthodes des nouveaux fauteurs de l'économie numérique, ces auteurs soulignent l'importance croissante de l'autorité immuable de l'administration des choses, qui pousse à la création d'un État autoritaire, sur une base organisationnelle à caractère numérique.

États et violence politique

Il y a des signes qui ne trahissent pas, la neutralisation des consciences, la dépolitisation de la vie publique et l'élargissement de la censure, bien au delà des dispositions législatives et des enjeux de politique immédiate, préfigurant une véritable "police de la pensée".

Or, si les démocraties évoluent vers des régimes autoritaires derrière des formes d'un pluralisme de façade, c'est que la limitation des libertés d'expression est l'une des preuves de l'intolérance vers les dissensions et que la confiscation du pouvoir se cache derrière le contrôle étroit de l'appareil d’État.

En effet, l' intrusion opaque du pouvoir bureaucratique prend une place nouvelle dans l'innovation technologique, sous la pression de la radicalisation de la société et des conditions de guerre civile, dans lesquelles se répandent des formes de violence spécifiques, celles du terrorisme islamique, de l'insoumission populaire et des réseaux sociaux.

Cette convergence des formes de la violence, interne et extérieure, crée les conditions d'une escalade, qui affaiblit l'autorité du pouvoir, la légitimité des ripostes et la stabilité des régimes politiques, mettant en échec les institutions et les procédures de l’État de droit.

Dans cette situation, une partie considérable de l'establishment intellectuel pointe du doigt les différentes phénoménologies de la crise et identifie sa causalité prioritaire dans un populisme montant, responsable, dans leur lecture, de la dislocation de l'ordre libéral, au moyen de coalitions anti-système de plus en plus vigoureuses.

D'autres voient dans cette crise une double corrélation, celle de la place prépondérante du multipolarisme dans les relations internationales et celle du sinistre rattrapage du passé sur le présent. En particulier, de la grande crise européenne des années trente, dont un présage troublant serait à voir dans le Brexit.

franceguerre civile.jpg

Les menaces portées contre la démocratie: un tabou de la communication politique

Or, contrairement à ces Cassandres, le probable "vrai" danger qui menace les démocraties est le tabou, entretenu par la pensée unique sur l'Islam, le terrorisme islamique et la révolte croissante des populations musulmanes installées en Europe et en Occident, dont la guerre proclamée, le djihad, prendra bientôt la forme tragique d'une "surprise stratégique".

Le défi de la guerre civile imminente n'est pas atténué par l'absence, chez les musulmans, d'une conscience collective organisée ou d'un discours révolutionnaire explicite et cohérent, comme cela s'est produit aux États-Unis dans les années cinquante/soixante avec MalcomX et Martin Luther King, les deux leaders historiques de la révolte violente et de l'integrationnisme pacifique. L'absence de réflexion sur leurs conditions d'assistés en France ou en Europe, interdit aux intellectuels musulmans d'aller au delà d'une sorte d'agnosticisme moral et d'un malaise psychologique, qui les prive de l'énergie et de la responsabilité d'un engagement citoyen, de la carence d'un Leader charismatique et du mythe d'un combat mobilisateur pour la liberté et pour l'affranchissement de leur marginalité et de leur subordination endémique.

La raison en est le manque de courage intellectuel et la crainte d'une "vendetta" raciale.

L' absence des musulmans du système politique, en tant qu'entité sociologique aux intérêts propres, déclasse toute une communauté de la bataille politique et parlementaire et pousse le système représentatif vers un autoritarisme hypocrite dans le meilleur des cas, et vers l’extrémisme nationaliste et raciste dans l'autre.

L'apartheid incomplet de cette communauté ne peut être combattu ni au nom de la liberté, ni au nom de l'intérêt général, car il fonde l'équivoque d'une condition ambiguë sur les concessions accordées par une partie du système politique, les socialistes et les démocrates "sincères", qui veulent profiter d'une clientèle à leur botte sans soumission à l’État républicain.

La recherche d'un ordre alternatif

De surcroît, si la désillusion de la démocratie et le retour du réalisme sont évidents, un autre facteur puissant vers des formules politiques autoritaires est représenté par la révolution de l'intelligence et par l'intelligence artificielle dans la vie politique et sociale contemporaines.

D'où viennent-elles la post-démocratie, la contestation du Leadership occidental dans le monde et la recherche d'un ordre alternatif qui s'oppose au progressisme sociétal et au néo- libéralisme de la France et de certains pays européens ?

zygbau.jpgSous couvert de "raison", dira-t-on, les démocraties de l’Ouest se sont nourries d'une logique de "déraison" qui a théorisé et pratiqué le sens de la démesure et l'extension continue des droits sans devoirs. Cet outrage du "bon sens" a conduit au dépassement des " limites" de l’État, de la Nation, de la famille et de l'anthropologie, et à l'égarement de "l'affectio sociétatis", propres des sociétés homogènes, aboutissant à la "société liquide" de Zygmunt Bauman.

Cette dernière s'opposerait à la société moderne, guidée par un projet commun et par un univers de "sens" partagé, car dans la société liquide les relations sociales sont impalpables, précaires et presque impossibles. Par ailleurs l'individu doit s'adapter à une liberté incertaine et la ville devient une montagne de zones de pauvreté et de récupération. La vulnérabilité de ce monde aliéné serait mise en lumière par la métaphore du monde global, où la télé-réalité apparaît comme la mise en scène de la "jetabilité, de l'interchangeabilité et l'exclusion", bref, comme la précarisation de toutes les conditions de vie.

Essor et évolution des régimes autoritaires en Europe

L'évolution actuelle vers des régimes autoritaires en Europe est imputable plus à une transformation interne des démocraties qu'à un retournement violent de la conjoncture politique.Elle peut être liée, en ses origines, à l'essor des espoirs de renouveau des années 1990, caractérisés par l'inclusion dans la vie publique des groupes dissidents ou minoritaires (ethniques, religieux et sexuels), et quant à la situation actuelle, à la tentative de consolidation des majorités menacées et à la décomposition des partis traditionnels. Cette évolution impose la recherche d'institutions adaptées et d'un nouvel ordre politique. A la lumière du présent, l'opinion publique devient conservatrice, la radicalisation des forces modérées et des classes moyennes, un phénomène étendu et l'essor du populisme, inquiétant. En réalité nous assistons à une intensification des stratégies conservatrices plus que populistes, puisque les clivages qui se dessinent sont tracés par trois vulnérabilités immanentes, celles de la sécurité, de l’invasion migratoire et de la démographie déclinante. Ces vulnérabilités, en dessous des slogans électoraux, imposent une polarisation idéologique inédite et un renouveau des droites européennes, qui ont pour base le cadre de la lutte antiterroriste, la critique des élites urbaines et l'hostilité à la bureaucratisation autoritaire de l'Union européenne, qui ne représente plus l'union des États, ni la défense des peuples du continent . Face à cette levée des boucliers, sommes nous en présence d'une révolte passagère et sans doctrine, ou à une véritable "révolution néo-conservatrice"? Pouvons nous comparer cet âge du doute et du bilan historique à la révolution néo-conservatrice américaine et à la pensée allemande des années 1920/30?

L'élément de fond apparaît ici la transformation commune des vieux conservatismes en doctrines révolutionnaires de la société. Ici encore, le caractère schmittien du renouveau européen est dans la redécouverte de la politique comme critique du libéralisme, une doctrine qui ignore l’État, la souveraineté et la sécurité, au profit d'un moralisme individualiste et d'un progressisme social. Qui fait de la "norme juridique" le référent principal des conduites, privées et publiques; normes qui sont toujours politiques et jamais neutres.

La "Nouvelle Frontière" de l'Europe, le Souverainisme

Ainsi la "Nouvelle Frontière" des droites européennes n'est pas le populisme, mais le Souverainisme et, affectivement, le Patriotisme, comme conscience de la tradition, de la permanence et du "nomos"de la terre.

Ce Souverainisme, qui marque un retour à l’État, ne divinise pas la concurrence, point-clé du néo-libéralisme moderne, car aucun État ne peut tolérer en son sein des entités, nationales ou étrangères, qui concurrencent son pouvoir.

En ce sens l’État politique est l’État qui décide et qui gouverne, un État qui vit dans la grande politique et qui assume celle-ci dans son intégralité, car la politique est lutte, lutte pour le pouvoir et la puissance, lutte pour la domination et la survie, lutte implacable pour sa propre affirmation historique et pour la soumission de l'ennemi à sa vision du monde.

athena1001-IS.jpgAinsi le Souverainisme n'est pas un populisme, puisqu'il n'est pas une promesse, mais une volonté ; il n'est pas la critique des élites, mais la revendication d'un destin.

Le renouveau intellectuel des droites européennes, à la lumière de la révolution néo-conservatrice américaine et de la pensée allemande de la République de Weimer, revient sans cesse sur l'irréductible dualité du politique, l'antagonisme de l'ami et de l'ennemi, dans l'approche du pouvoir, de sa conquête et de son maintien.

Rien à voir avec le "statu-quo" ou la simple légitimation par le suffrage. Rien à voir avec les compromis et les accommodements.

La lutte pour le pouvoir n'a de sens qu'en elle même et pour la conquête et la conservation du pouvoir en tant que tel, brutalement, avec la force, la violence verbale et l'affrontement physique

Le souverainisme est une idée-force, qui ne craint pas la bataille des idées et il ne redoute nullement l'action, car il s'en nourrit.

S'il comprend l'appétit naturel des hommes pour l'état civil et pour la paix, érigé en postulat moral, le souverainisme ne peut partager l'inversion du concept westphalien d’État.

Le souverainisme privilégie l’État qui gouverne et l'État-stratège et refuse les démocraties désarmées.

Dès lors ,il ne peut être qu'en rupture avec l'Europe du "statu-quo", avec la dépolitisation de la conscience européenne et avec la neutralité culturelle générale, dont "l’État agnostique et laïc", est l'expression emblématique.

Ainsi et à ce stade il s'insurge contre toutes les conceptualisations qui identifient dans l'Europe de l'Union une figure politique de la post-modernité, un État sans État, une politique sans politique, un pouvoir sans autorité, une désacralisation sans légitimité; une forme d’État sans sujets, car l'idée même de citoyen se traduit en un concept vide et totalement désincarné.

La radicalisation européenne, dont l'impact n'est qu'à ses débuts, se fera sur le sentiment de révolte et de vulnérabilité des peuples trahis et découlera logiquement de l'invasion migratoire, du Brexit et des luttes anti-islamiques.

En termes collatéraux, sur les questions de moralité traditionnelle (gendre, mariages homosexuels et IVG).

Quelle est la nature philosophique de cette évolution vers des régimes autoritaires, et leur "nécessité"? Un des facteurs déterminants repose sur le fait que les élites mondialistes sont en posture défensive et soutiennent une démocratie déclinante et corrompue et que l'ascendant des droites radicales compte sur un foisonnement intellectuel cohérent et adapté et sur l'indignation de ses militants qui n'hésitent pas à se battre.

On ajoutera à ces considérations, l'influence de l'école réaliste et de ses grands maîtres à penser, Machiavel, Hobbes, Weber, Schmitt, Strauss, Kissinger et la critique de la conception libérale et humaniste du pouvoir et de la puissance.

En termes cognitifs, la distinction majeure de la politique et du pouvoir n'est pas la poursuite de la moralité ou de la justice, mais la lutte pour la vie et l'affrontement existentiel, qui constituent les formes les plus intenses des antagonismes nationaux. Sous ce prisme, discriminant, le libéralisme, l'humanisme et les différents juridismes sont trompeurs et en porte à faux par rapport à la réalité effective des relations d'homme à homme et de société à société.

Ce bouleversement cognitif est inacceptable pour les détenteurs des privilèges, les élites bureaucratiques et globalistes, qui ont choisi la ligne de la récusation et du négationnisme et font abus d'autorité dans le conflit civil. C'est dans l'évolution contestée  des démocraties déclinantes, que le pluralisme de la société civile montre son visage illusoire et son rôle concurrent par rapport au Politique et à l’État, dans la transition vers des formes politiques originales.

Souverainisme et populisme. Stratégie et tactique

L'insistance sur le rôle de la société civile de la part de la doctrine officielle, comme pouvoir compensateur, est lié à l'institution de la démocratie, fondée sur la logique des contre-pouvoirs (checks and balances), qui, en théorie, freine et limite l'exécutif dans le but d'éviter l'installation d'un pouvoir despotique ou tyrannique. Une balance qui entrave de toutes ses forces l'émergence de l’État total. L'intensification des stratégies souverainistes et néo-conservatrices en Europe fait évoluer le système vers la droite des hémicycles parlementaires et vers les extrêmes du mécontentement et de la révolte des rues et des carrefours, car la France et les autres pays européens sont taraudés par l'épuisement du "statu quo" et de l'idée-guide de l'Union.

Ainsi, si la critique des élites est une tactique doctrinale qui vise la prise en charge de l'homme ordinaire( populisme),le souverainisme est une stratégie de nature parlementaire et plébiscitaire, qui bouleverse les pratiques et les appareils des échiquiers nationaux. De façon générale, là où les libéraux et les progressistes tendent à modérer les débats,à restreindre les libertés et à manipuler l'information, les souverainistes de tout bord, relancent en permanence les affrontements, pour dénoncer les campagnes adverses, montées de toutes pièces sur la base de fake-news, dont l’objectif déclarée est de dévoiler aux opinions les misères et les turpitudes du "Roy nu" et des pouvoirs oligarchiques. Cependant, l'ombre redoutable portée par le passé sur le présent maintiendra son caractère de menace, plus que de danger imminent, jusqu'au moment où le souverainisme, actuellement sans leadership et sans mythes, sans gardes rouges et sans une avant-garde bolchevique, ne se dotera d'un ascétisme révolutionnaire résolu et sévère, dans le but de servir l'indépendance et la liberté du peuple.

Encadrer-la-revolution-numerique_ng_image_full.jpg

La révolution numérique et le contrôle social

La transformation de la démocratie post-moderne en technocratie et en régimes autoritaires n'est pas un phénomène isolé, mais un des facteurs du processus historique,de plus en plus irréversible, que l'on a désigné comme le déclin de l'Occident, dont les signes manifestes sont par ailleurs, l'immigration destructrice de sous-hommes, le vieillissement des populations et la désagrégation de l'Europe et des États-Nations.

D'autres raisons de cette progression palpable, qui ne s'arrête pas aux frontières du politique et le transcende, préfigurant, selon certains, une révolution politique, ce sont les raisons du contrôle et du numérique, imputables à l'espace du Web et aux réseaux de la toile.

Penser la société en termes de réseaux signifie-t-il encore la penser en termes de complexité et de projet collectif ou la dissoudre dans un ensemble à base individualiste, qui comporte une dispersion de la souveraineté politique et une organisation de sujets démunis, autour d'une communication globalisée, pilotée de l'extérieur et vulnérable aux ruptures stratégiques?

Dans ce questionnement ne sont plus évoqués ni les problèmes d'une communauté à gouverner, ni les ambitions d'un destin à affermir.

Par ailleurs internet est devenu un vecteur d' idées politiques et un nouvel espace du débat, sans perdre ses caractéristiques de lieu, de moyen et d'englobant systémique et informel et, de ce fait, sans pouvoir éliminer, ni atténuer les différences de société à société et de culture à culture.

Les fondements philosophiques d'Orient et d'Occident confirment la distance des civilisations politiques dans deux pays aussi opposés et aussi significatifs que sont la France et la Chine, en ce qui concerne le fichage informatique et le contrôle numérique des populations: dans la première, pour garantir le maintien des libertés, dans la deuxième pour détourner les finalités de l'échange intellectuel vers des objectifs de contrôle, virtuellement totalitaire.

Un accélérateur de la marche vers des régimes autoritaires est , en particulier, le climat de soupçon et de méfiance institutionnelle, déchaînés par la chasse aux sorcières et par la recherche du boucs émissaires, servant de prétexte aux hystéries accusatoires, dans le cas d' intrusions informatiques présumées et lors de débats décisifs des campagnes électorales.

La déstabilisation des appareils politiques adverses (campagne Trump-H.Clinton, WikiLeaks), n'est ici qu'un bouleversement mineur dans le domaine de la formation des opinions et de la communication globalisée, car la volonté étrangère présumée de l'intrusion informatique apparaît comme une préférence affichée pour l''un des deux décideurs et comme une"volonté de réfutation" des argumentaires avancés par l'autre, surtout dans la redéfinition de la politique internationale et mondiale.
La coexistence de deux "paradigmes sociétaux", démocratique ou autocratique, est à l'origine de l"option entre "systèmes de consensus" (ou systèmes ouverts) et systèmes du "statu-quo" (ou systèmes fermés), autrement dit entre systèmes partisans et contradictoires (démocratie) et système aux intérêts stabilisés et homogènes (autocratie).

Phénomènes de normalisation, de violence et de sanction du XXIeme siècle.

Michel Foucault et sa "notion d'homme"

C'est en étudiant les mutations des disciplines du contrôle social aux XVIII et XIXemes siècles que Michel Foucault a dégagé sa notion "d'homme".

foucaultlonguefig.jpgIl affirma, sans risque de se tromper, que: "La liberté de conscience comporte plus de dangers , que l'autorité et le despotisme". Nous dirions que les systèmes ouverts comportent infiniment plus de périls que les systèmes fermés, car ils baignent dans les marécages de la responsabilité, refusée par la plupart des damnés de la "Divine Comédie", ne pouvant s'en sortir que par la terreur de la mort.
En effet la marche de la démocratie vers des régimes autoritaires est jalonnée d'embûches, de dilemmes et d'épines, auxquelles on ajoutera les tromperies et les mensonges. Dans l'herméneutique du désespoir, nous y repérons, au bout du chemin, la violence et la folie.

Face aux citoyens "dociles et utiles", l"assujettissement des modernes passe par la politique et la communication, dans lesquelles l'enfermement est tissé d'un réseaux de fake-news. Le web y fonctionne, comme le labyrinthe de Minos ou comme une clinique universelle de psychologie sociale, où se confondent les rôles des gardiens et des détenus, agissant sous le mode pervers de l'abus d'autorité, de l'intimidation, du chantage et de la peur.

Si, pour certains la société est une cage, où la violence et la sanction sont omniprésentes et par lesquelles une grande orthopédie mentale régénère les esprits, pour le peuple, les populistes et le souverainistes la société est aussi un dédale de vérités et de rachats, voire de libertés.

La folie et la mort. Le suicide d'Hamlet à Elsinor

Y a-t-il des précédents historiques à l’assujettissement volontaire de toute une civilisation et à sa soumission à un autre Dieu? Par quel mystère l'Europe accepte-t-elle son suicide, face aux nouvelles invasions,sans réagir et sans se révolter?

Qui jouent les gardiens et qui les détenus, dans la prison sociale du XXIème siècle? Les détenus, "dociles et utiles" ce sont les héritiers des empires, honteux de l'être , les vieux civilisateurs du monde.
Les gardiens des cages, les prisonniers de l'Islam, brutalisés par leurs religion et par la castration de leur vie, haletant d'une revanche dantesque.

Dans ce jeu, les vraies détenus sont devenus les esclaves de leurs propres conceptions des libertés, en se pensant les égaux de leurs bourreaux et préférant renoncer à leur condition de maîtres, face aux miroirs déformés de leurs fautes.

C'est pourquoi, indignes de vivre et perclus de leur misère, ils méritent la mort, par aveuglement et par folie ou invoquent anxieusement la dictature par une abjecte volonté de soumission.

En fait, il ne s'est jamais donné le cas que l'invasion d'une population abrutie et forte, s’accommode d'une cohabitation avec une multitude conquise,vieillissante et faible; que la haine naturelle des démunis vis à vis des nantis se soumette de bon gré et sans endurer des peines, à la discipline et au respect de leurs seigneurs, discrédités par l'inertie ou l'impuissance, dans l'usage de la force, de la cruauté et du goût de la violence; et enfin, que l'exercice de la sévice, réelle ou symbolique et, plus encore du mépris et de l'insulte,adoucis par la pitié et par la dérision, ne provoque la séduction et un secret plaisir d'humiliation et de rabaissement.

L'éducation y joue son rôle de carotte, pour le métissage culturel des petits sauvages, à leurs tour prisonniers d'un nécessaire enfermement didactique

Ainsi, face au dilemme d'Hamlet, les Européens doivent choisir lucidement entre la mort de l'autre ou leur propre suicide.

Bruxelles le 9 août 2019.

Information
Email : info@ieri.be
Site internet : http://www.ieri.be
Tel : +32 (0)2 280 14 95

lundi, 23 septembre 2019

Michéa, Mitterrand et la destruction du peuple français

Jean-Claude-Michea_5475.jpg

Michéa, Mitterrand et la destruction du peuple français

Les Carnets de Nicolas Bonnal

Pour gouverner, il faut d’abord changer le sens des mots. Après on peut remplacer les gens.

Depuis 1984, une gauche libérale-libertaire aux affaires domine le paysage politique et culturel et enfonce le petit peuple dans des termes féroces. On a cité Thierry Pfister et sa lettre ouverte, on recommandera aussi le très effrayant pamphlet de Guy Hocquenghem qui en 1987 expliquait – Houellebecq le refera -  cette conjonction des forces du marché et de la subversion/dérision. La page de gauche des magazines pour recommander un lobby ou une intervention en Afghanistan, la page de droite pour vendre du Vuitton. Habitué à être ainsi traité, le cerveau humain n’a plus rien d’humain et devient cette mécanique-canal humanitaire à réagir fluo et à consommer bio.

Jean-Claude Michéa a récemment rappelé ce qui s’est passé après le virage au centre de Mitterrand. Le sociétal allait remplacer le social. On l’écoute :

Mitterrand_(arms_folded).jpg« Plus personne n’ignore, en effet, que c’est bien François Mitterrand lui-même (avec la complicité, entre autres, de l’économiste libéral Jacques Attali et de son homme à tout faire de l’époque Jean-Louis Bianco) qui, en 1984, a délibérément organisé depuis l’Elysée (quelques mois seulement, par conséquent, après le fameux “tournant libéral” de 1983) le lancement et le financement de SOS-Racisme, un mouvement “citoyen” officiellement “spontané” (et d’ailleurs aussitôt présenté et encensé comme tel dans le monde du showbiz et des grands médias) mais dont la mission première était en réalité de détourner les fractions de la jeunesse étudiante et lycéenne que ce ralliement au capitalisme auraient pu déstabiliser vers un combat de substitution suffisamment plausible et honorable à leurs yeux. »

La farce sociétale se met encore en place, alors on peut taxer le pauvre et puis le remplacer. Insulté et ringard, ce beaufn’est plus digne de l’attente de nos grands commentateurs. Nota : pour imaginer la jeunesse  française d’avant l’ère Mitterrand, découvrez le rebelle de Gérard Blain.

Michéa encore :

 « Combat de substitution “antiraciste”, “antifasciste” et (l’adjectif se généralise à l’époque) “citoyen”, qui présentait de surcroît l’avantage non négligeable, pour Mitterrand et son entourage, d’acclimater en douceur cette jeunesse au nouvel imaginaire No Border et No limit du capitalisme néolibéral (et c’est, bien entendu, en référence à ce type de mouvement “citoyen” que Guy Debord ironisait, dans l’une de ses dernières lettres, sur ces « actuels moutons de l’intelligentsia qui ne connaissent plus que trois crimes inadmissibles, à l’exclusion de tout le reste: racisme, anti-modernisme, homophobie »). »

Il était alors important pour le capital, qui avait eu peur du peuple pendant plus de cent ans, de se montrer branché/progressiste, et de rejeter le prolétaire promu homme de la rue dans les poubelles de l’histoire - avec la complicité achetée/enthousiaste de tous les médias. Rappelons pour les plus jeunes de nos antisystèmes que les communistes quittèrent le bateau ivre de la présidence Mitterrand en 1984, et que dans 1984, le ministère de la vérité s’abrite dans une… pyramide.

 

Post-Scriptum

On vient d’apprendre qu’EDF va disparaitre. L’électricité de France viendra d’ailleurs, comme le peuple.

vendredi, 13 septembre 2019

The Immense Revolution of the Presocratics

PS-tous.jpg

The Immense Revolution of the Presocratics

PS1-livre.jpgTo understand why Europeans were the progenitors of the highest accomplishments in history – close to one hundred percent of the great ideas in philosophy, science, anthropology, sociology, economics, geography, geology, astronomy, mathematics, architecture, technology, dance, and music – you must understand the Presocratic self-conscious separation of the knowing “I” from the “not-I.” The Presocratics were the first humans to discover that they have a mind that is the seat of thinking and thus of knowledge, the only agency in the whole realm of nature able to separate itself from everything that is not its own, as well as making itself “a possible object of thought to itself,” as Aristotle would put it in a clear-cut manner later on [On the Soul, Bk. III: Ch. 4, 429b]. The Presocratics were the first men to detach their ego consciousness from the surrounding natural world, establishing their thinking “I” as the cognitive center, the decision-maker as to what makes truthful statements possible, in contradistinction to traditions handed down without reflection, the voices of gods and demons.

It is barely possible today to say that the Greek achievement was unique and even less possible to speak of a “Greek miracle.” The situation is so bad in our pathological universities that some academics are now insisting that to teach about the foundational role of the Greeks in the making of Western civilization is “a slippery slope to white supremacy.” This is the culmination of many decades of “novel” interpretations by classicists themselves, starting with the claim that the Greeks were not original but ungrateful imitators of their “African and Asian neighbors.” Postmodernists have long been trying to persuade white students that Greek-European rationality is itself mythological or, conversely, that there are other rationalities – Bantu, Aztec, and Hindu – no less valuable than Western rationality.

A major flaw in attempts to downgrade the ancient Greeks is that no matter how many links may have been established between the ancient Greeks (and Western peoples generally) with other cultures, it is always the Europeans who do the achieving, who brought forth the invention of universities, the twelfth-century Renaissance, the Papal Revolution, the invention of mechanical clocks, the discovery and mapping of the world, “an extraordinary burst of innovations in microscopy, human anatomy, optics, electrical studies, and the science of mechanics during the sixteenth and seventeenth centuries,” the Enlightenment, and the Industrial Revolution. Another flaw is that it is hard to hide the far superior achievements of the ancient Greeks in multiple fields of knowledge and the arts compared to the meager achievements of other Axial Age civilizations in religion and conventional ethics.

In response to the now-institutionalized downgrading of the Greeks, I decided to study recent defenses of the traditional view of the Greeks as an exceptional people. I also decided to read Havelock’s Preface to Plato, a now classic book which can be fruitfully understood as a study of the birth of self-consciousness, rather than as a mere study of the rise of a literate, alphabetic culture over an oral culture, or a defense of Plato’s attack on the poetic tradition.

André Laks, The Concept of Presocratic Philosophy: Its Origin, Development, and Significance (2006 in French, 2018 in English).

Maria Michela Sassi, The Beginnings of Philosophy in Greece (2009 in Italian, 2018 in English).

Christopher Lyle Johnstone, Listening to Logos: Speech and the Coming of Wisdom in Ancient Greece (2009).

Constantine J. Vamvacas, The Founders of Western Thought: The Presocratics (2001 in Greek, 2009 in English).

Eric A. Havelock, Preface to Plato (1963).

 [2]The Concept of Presocratic Philosophy

I will write a brief exegesis of each book in the order in which I read them. Laks’s book is a historiographical survey of “the various senses in which Presocratic philosophers [were] considered Presocratic” from ancient to contemporary times (35). For a long time, beginning with Aristotle and Diogenes Laertius (third century AD, author of a biography of Greek philosophers, Lives and Opinions of Eminent Philosophers [3]), the Presocratics were viewed as “natural philosophers” who conducted inquiries into nature – the “principle” or “substrate” in Aristotle’s words – “of which all beings are made,” the way in which the universe and the Earth were formed, including the study of specialized topics such as the distance and size of the heavenly bodies, the luminosity of the Moon, the causes of earthquakes, and the origins of living things. They were seen as the “first ones to philosophize” about the nature of things. Hegel continued this “Aristotelian” interpretation of the Presocratics, but Nietzsche criticized this idea and focused instead on the “tragic” element in early Greek culture and the power of myths, while Heidegger reinterpreted Presocratic writings not as inquiries into the nature of things but as inquiries into man’s relationship-of-Being towards the “world.” Then came Horkheimer and Adorno, members of the Frankfurt School, blaming the Presocratics for starting the Western presumption that its own particular form of thinking was disinterested and purely concerned with the pursuit of truth. It was, rather, a will to dominate nature, not superior to mythological accounts but a myth itself, a totalitarian myth seeking to displace other forms of thinking. Anthropologists welcomed this critique, “by showing either that rationality is at work in myth itself or that there are other rationalities besides Western rationality” (37).

heraclitus.jpgLaks brings up studies about the “Orientalizing” aspects of Greek culture, borrowings from the Near East, briefly mentioning Jaspers’ thesis about similar breakthroughs elsewhere in the world from mythology to rationality during the Axial Age period between 800 and 200 BC. He also pays particular attention to J. P. Vernant’s central book, The Origins of Greek Thought (1962), and its claim that there was no “Greek miracle” in the sense that Greek reason did not arise suddenly out of some innate Greek genius but was a product of the democratizing political atmosphere within the city-states, which encouraged debate and a form of rationality that was then extended to the study of nature.

Laks wants to defend the older Aristotelian interpretation, but in a way that acknowledges more recent interpretations, making his more than 100-page book a rather weak (never elaborated) defense of the “new rationality” of the Presocratics. He spends a chapter valuing Ernest Cassirer’s early twentieth-entury writings on the Greeks, closing the book with a nice “Hegelian” passage from Cassirer that “Greek philosophy can be characterized to a certain extent as the first manifestation of the act of thinking itself: as a thought that in the midst of its pure movement gives to itself its content and its firm configuration.” This great passage, however, is left hanging without explanation. Laks does not explain what it means for thought to give itself its own content, but instead offers a rather unclear and contorted summation of the relationship between Cassirer’s philosophy of symbolic forms and Greek thought.

The Beginnings of Philosophy in Greece

Maria Sassi’s book is a more decisive defense of the Aristotelian interpretation. The Presocratics were responsible for the birth of philosophy, the cultivation of a “rationalistic” approach to the study of nature, and “the elaboration of a critical stance toward received opinions” (xiv). She gives serious attention to the “revisionists” and acknowledges early influences from the Near East and the continued presence of magic, mythological motifs and soteriological aspirations among the Greeks, while explaining, nevertheless, how Presocratic thought “represents a truly new contribution to the understanding of the nature of things . . . an epochal break from the structure of the mythological cosmogonies” (xv-xvi).

Rather than emphasizing the link between Greek philosophy and the rise of the city-states, Sassi pays attention to the role of prose writing during the second half of the fifth century in expressing and solidifying “rational argumentation.” She objects to the way an “anticlassicistic trend has become mandatory” in academia; the way academics today are “obsessed with the need to push as far back as possible the infancy of philosophy, to the point of causing philosophy to ‘disappear’ into myth” (14-15). She mentions the “indebtedness” of archaic Greece to the Semitic East, “from technology to medicine to mythology,” but insists that after the Homeric Age “logos gains more and more importance as the designation of speech that does not depend on tradition but only needs to be evaluated with respect to its internal organization . . . in the context of argumentative strategies” (19).

[4]She believes that Aristotle was correct in identifying the Presocratics as the first philosophers of nature in their search for the “principle” of things and something ultimate beneath the sensory variations we observe in nature without appealing to any divine force. Already in Hesiod (700 BC), we have the first author in history “to talk about himself in the first person” rather than anonymously, as was the case in the Near East. This is an important observation Sassi makes, though, without explaining why writing in the first person was such a significant attribute of Greek originality. We will see below that speaking in the first person, using your name to signal that you are the author (authority) of your ideas, was part of the expression of the Presocratic liberation of the self from external controls and obfuscations. They were the first humans to discover the self and to separate the knower from the immemorial grip of traditional myths. Hesiod is just the beginning; he was still inhabiting a world of myths, but, as Sassi tells us, he was the first to compose a systematic genealogy of the gods, “an organizational system for the gods’ respective spheres of influence . . . exhibiting unprecedented, encyclopedic ambition, with the aim of presenting his own arrangement as the right one” (32-33, her italics). Hesiod wants to know, in his words, “how in the beginning the gods, the earth and the rivers were born, and the boundless sea seething with its swell, and the bright stars and the broad sky above.” Sassi shows that there is “a logic in this [Hesiod’s] cosmogony. Rather than the product of a mytho-poetic process, it appears to be the result of a series of systematic choices stemming from an original reflection” (36).

ThalesofMiletus.jpgBeginning with Thales’ use of a common noun, water, rather than a mythic name, as the ultimate source of all things, Anaximander (610-546 BC), writing some forty years after his teacher Thales, would try to locate in a precise sequence the increasing distance from the Earth of the Moon, Sun, and stars. Anaximander wrote about heavenly bodies as impersonal forces without any anthropomorphic traits, using a language “keen on processes of abstraction and conceptualization” (41). Even in political thinking, one finds in the works of Solon an emphasis on human responsibility for their own misfortune and a denial of intentionality on the part of gods. Around 500 BC we have Heraclitus describing the universe as a kosmos, an orderly arrangement characterized by regularity without divine influences. She notes the “pointedly polemical character” of Heraclitus’ writing and, indeed, how each Presocratic thinker, from Heraclitus on, proposed a new theory in self-conscious refutation of preceding theories, engaging in “second-order questions” as to why their theoretical approaches were superior to previous assessments. Sassi says that this “self-conscious knowledge” bespeaks of thinkers who were increasingly aware that knowledge flows out of their own knowing minds in competition with other rationalizing minds. She cites Heraclitus’ proclamation, “I went in search of myself,” in order “to stress that he extrapolated the contents of logos from an isolated and highly personal reflection” (73). She notes as well how Heraclitus developed a conception of the psyche as the source of cognition away from the Homeric notion of the psyche as vital breath. Knowledge is the product of the activity of the psyche.

Sassi could have said more about how Heraclitus connected his conception that there is a rational order in the world, a logos, with the idea that the logos is present within the inner self in the degree to which the psyche is self-conscious of being the source of knowledge (115). The logos can only be revealed to humans who know that their minds are the agency through which the rationality of the world can be revealed. In order to achieve knowledge, the individual must be self-conscious of his psyche as the repository of knowledge, as the only vehicle through which the logos of the world can be understood. By looking “within themselves,” inside their thinking minds, humans can reveal the logos that is outside them.

zenondelee.jpgSassi contrasts as well the “conservation” role of writing in the Near East, which remained religious and was “composed anonymously within a circle of priests and then copied for centuries without any conceptual changes” (75), to the writing of the Greeks, which was open to everyone. She estimates that about thirty percent of male citizens in the polis were able to read and write. The Greeks adopted prose writing in the last decades of the fifth century, she says, in their “search for directness and unambiguousness” and their preference for truths freed from the “restraints of prosody,” and in contradistinction to the texts of Mesopotamia with their “revelations of a preestablished traditional” worldview immune “from authorial interventions” (142). Herodotus’ Histories was the “first extended prose narrative of Greek literature,” followed by Zeno, Melissus, the Pythagoreans, Anaxagoras, Leucippus, and Democritus. This was a prose “rich in elaborate syntactical structures in unison with a linguistic inquiry that prefers precision over metaphors and evocative expressions” (171).

The Greeks knew they had a mind intended for thought. This found expression in their determination to stand out as singular authors capable of relying on their own minds, as testified in their increasing use of “I” when formulating a new argument. Herodotus used the first person 1,087 times, to show his authorial presence in his understanding of the Persian wars, “accompanied by a growing focus on methodological questions, such as the role of empirical observation and the evaluation of symptoms/testimonies as proof of an argument” (173). What they claim to know are the reflections of their own minds.

Sassi knows there is a relationship between the redefinition of the psyche as the source of reasoning and the pursuit of truth, the emphasis on authorial responsibility, the emergence of prose writing, and the description of the nature of things through the use of increasingly abstract concepts. But she never says in a clear-cut manner that the essential achievement of the Presocratics, which made possible their magnificent creativity in multiple fields, and which laid the grounds for Socrates and after, was their discovery that knowledge ultimately comes from the faculty of the mind, the ability of the thinking self to turn in upon itself as the one self-conscious agent in the universe that is capable not only of knowing but of knowing that it is the agent that can decide what it means to know.

Listening to the Logos

Only one-third of Christopher Johnstone’s book is about the Presocratics, and he does not engage with postmodernists or multicultural revisionists. Nevertheless, he offers a tighter account of the relationship between the invention of alphabetic writing, the appearance of prose composition, the discovery of the mind, the rise of a consciousness “rooted in a distinction between the knower and the known,” and the idea that the psyche of man, “in its deepest nature,” is logos. He also brings out in a slightly acuter way the seminal ideas of Eric Havelock. In the end, however, Johnstone’s conclusion about the exact contribution of the Presocratics is similar to Sassi’s. The Presocratics, he writes, offered a new understanding of the world “from a purely mythopoetic view to include a naturalistic/philosophical orientation” (2). This conclusion is flawed in giving the impression that the Presocratics merely originated a rational and critical approach to the study of nature that would culminate in modern science. But Johnstone does have a keener sense, though he never says it directly, about the Presocratic discovery of the faculty of the mind as the only authorial agency that can be trusted in the pursuit of truth.

[5]He explains well that mythical accounts as such are not irrational insofar as they are efforts to make sense of the world, to give meaning and order “to the variety and variability in what happens around us and of apprehending the causes behind events”. A myth is a story, “a narrative that enables a people – a tribe, a clan, a culture – to make sense of the mysterious,” how things came into being, where did we come from, and who are our original ancestors. Myths allow individuals and groups to “fit into” the order of things, to find a moral ground for action, and a means to pass from one generation to another the most fundamental truths of a people. Using Jean Piaget’s language [6], we can say that myths are accounts by a people who don’t have the cognitive capacity to engage in formal operational thinking, though they do have a capacity to engage in concrete operational thinking in their daily survival strategies. If we identify rationality with formal thinking and the ability to offer explanations of natural events without appealing to, or appeasing, gods and demons, then the Presocratics were the first to rely on rational concepts.

But this Piagetian emphasis on formal rationality does not hit the spot. Mythological people are unable to understand the real causes behind events precisely because they lack consciousness of their consciousness and have no concept of an “I” in separation from the world around them. They are overwhelmed by multifarious forces within and without, feelings and instincts, noises and natural events, storms and hurricanes, the darkness of the forests, the vastness of the sea and the sky, all intermingled with their dreams, fears, emotions, and appetites. Johnstone brings Julian Jaynes’ view about the inability of the Homeric Greeks to identify the logos within them, their own minds as the locus of the “I” in distinction from what lies outside the self. The characters of the Iliad, he cites Jaynes, “do not sit down and think out what to do. They have no conscious minds such as we say we have, and certainly no introspections . . . The beginnings of action are not in conscious plans, reasons, and motives; they are in the actions and speeches of gods.” He also cites Bruno Snell’s estimation that “in Homer every new turn of events is engineered by the gods . . . For human initiative has no source of its own” (20).

I have written about [7] the immense value of Jaynes and Snell in identifying the emergence of “consciousness of consciousness” after Homer as a pivotal factor in ancient Greek culture. I will not rehearse the limitations in Jaynes and Snell except to say that their denial of introspection in the Iliad went too far. I see the Iliad as a transitional work exhibiting signs of free deliberation. Jaynes also confounded matters in attributing the emergence of self-consciousness to external historical factors, such as the weakening and collapse of theocratic empires, the intermingling of peoples from different nations with different beliefs, which supposedly weakened the “auditory power” of gods and the rigid norms occupying the brains of peoples. His explanation that the development of a language sophisticated enough to produce metaphors of “me” and of “analog I” made matters even more confounding since the Iliad is packed with some of the best metaphors in Western literature. Snell, for his part, never offered an explanation as to how the “inner self” suddenly emerged in Greek lyrical poetry after 650 BC.

Johnstone deserves credit for bringing up some key passages from Jaynes and Snell. Most Classicists today don’t even know Jaynes, and the few who have read Snell are under the delusional belief that their hyper-specialized research about trivial subjects stands above his “dated” ideas. In a strong way, Johnstone incorporates Havelock’s ideas. In my estimation Havelock’s book, Preface to Plato, published in 1963, is similarly important in identifying the emergence of self-conscious personalities as the central breakthrough of the Greeks. Unfortunately, Havelock misdirected attention from this insight by attributing the origins of Greek self-consciousness to the rise of a new “technology of communication,” or the “invention of alphabetic writing” per se. Every time Havelock’s name comes up, it is about his “theory” that alphabetic writing engendered a different attitude of mind, or, in the words of Johnstone, about how the transition from an oral to a literate culture “induce[d] a form of consciousness rooted in a distinction between the knower and the known” (39). As I see it, alphabetic writing, the fact that Greek prose came to be “characterized by unparalleled lucidity,” to cite Vamvacas, “precision, suppleness, and aesthetic dexterity” (7), was itself a manifestation of the self-awareness and self-knowledge developed by the Greeks in tandem with their uniquely aristocratic lifestyle and ethos of personal heroism.

parménide.jpgJohnstone’s account is thus limited in its focus on alphabetic writing as such, which leads him to ponder about other “conditions . . . that incubated the seeds of Western scientific and philosophical thought.” He brings up the city of Miletos, from which the first Presocratics came, as a location at the “crossroads for east and west.” He says that exposure in this city “to a wide variety of mythic traditions and to alternative ways of understanding” somehow produced, in the words of an academic he cites, “a breakthrough in man’s thinking, a shift toward rationalism” (38). Academics love this stuff about diverse cities creating cultural “enrichment.” They never care to ask why the far older cosmopolitan cities of the Near East failed to produce any rationalism and why whites are always the ones responsible for new ideas.

For all this, Johnstone appreciates how original the Greeks were; how they subjected all accounts, including mythic tales, to critical questioning; how their speech was no longer characterized by ritualistic formulas, but was based on open debate; and how they developed a language capable of the abstraction that is necessary for analytical and rational accounts. He thus tells us how Anaximander was the “first Greek to produce a written account of the workings of nature” (47), a language which still contained mythopoetic images, but which also bespoke of impersonal forces governing the universe. Subsequently, Presocratics would produce “more abstract conceptualizations.” Heraclitus would find a logos, unity and harmony, beneath the apparent multiplicity evinced by the senses, coupled with the realization that fire, not water and not earth, was responsible for the changes we observe, the unstable and dynamic side of natural processes, which are likewise “ordered” by the “measures” of a logos. It is the rational mind within humans, the logos inside them, expressed through speech, which grasps the logos of the cosmos. Parmenides rationalized reality even more in claiming that Being itself is what is logically possible and that the logos of the soul is the instrument by which we can grasp the truth of Being.

While Johnstone sometimes misdirects by concentrating too much on the transition from a mythical to a rational account of nature, he is well aware of the “psychological side” in the Presocratic revolution, the way the Greek thinker “was rid of interference from the gods in his/her inner life and was therefore free to develop a sense of self-directedness . . . The move toward subjectivity and agency is an important departure from the Homeric mind, marking the origin of the Western concept of self-hood as autonomous and morally responsible” (80).

The Founders of Western Thought: The Presocratics

Published as Volume 257 of the Boston Studies in the Philosophy of Science, Constantine Vamvacas’ book has a textbook-like quality, with a chapter dedicated to each of the major Presocratics. The first three general chapters and the “Epilogue” will do for our purposes. There is one passage in which Vamvacas brings up directly the realization of self-consciousness by the Greeks: “[T]he Greek of the Homeric period did not feel independent, and thus did not consider himself responsible for his actions and feelings. He attributed everything to the gods, and he even lacked the realization that he himself could be the cause of his decisions and feelings” (9). But this passage stands alone. He does not reference Jaynes and Havelock. He cites Snell a few times, but not in regards to his central argument about the Greek “discovery of the mind.” The main figure in Vamvacas’ study is Karl Popper, who argued that the Presocratics “created the rational or scientific attitude, and with it our Western civilization, the only civilization, which is based upon science.” Those who think that the rise of Galilean-Newtonian science is the defining attribute separating the West from the Rest will be drawn to Popper’s interpretation. My view is that the continuous creativity of Europeans in all the spheres of life since ancient times has been a result of their growing realization that inside them there is a mind (soul or psyche) capable of being the seat of autonomous reflection. I will address this point again in the last section, on Havelock.

[8]Vamvacas finds Jaspers’ argument that there were breakthroughs in civilizations outside Greece limited in its inability to appreciate the Greek scientific spirit. The Chinese were concerned with practical-ethical questions about “proper human relations” and the Axial writings of India remained within the ambit of religious longings about the meaning of life. Only the Greeks sought to understand the “ultimate reality hidden beneath the phenomenal world of sense-experience” (249). It was the Greeks who provided the principles and concepts that would make possible modern science: the idea that there are universal laws of nature, that there is an underlying reality beneath sensory experience explainable through the proper use of deductive and inductive methods, that there is a mathematical order in the natural world, that all things are ultimately made of atomic particles, and that there is symmetry and proportion in the natural world.

PS2-l.jpgVamvacas makes the very important point that “Presocratic philosophy is not the culmination of a sudden awakening of the Greek spirit. It is the culminating result of a long development and maturation of the Greek mind” (19). He says little, however, about this long development, apart from noticing that Hesiod’s Theogony goes beyond standard mythological accounts in placing the gods “in a consistent, complete, ordered system,” and posing questions about the beginning of the world, and communicating an interest in “truths.” Vamvacas refers briefly to the “awakening of the personality of the Greek” in early lyric poetry, the fact that such poets as Archilochus, Simonides, and Sappho (writing in the seventh century after Homer, and before the Presocratics) expressed their own “personal values.” But not much else is said. Snell still remains the go-to source for the argument that Greek lyric poets were the first ones to separate the individual self from prescribed expressions and norms. Vamvacas is nevertheless an excellent source for a comprehensive argument about the scientific orientation of the Presocratics. I like the statement that during the Presocratics era “for the first time the human mind focuses on the truth” (20). He does not explain the connection between the discovery of the mind and the pursuit of truth, but it is implicit in his overall argument that there can be no truth-seeking without an inner awareness of the faculty of reason, the only faculty that can legislate for itself principles, concepts, and theories, because, if I may use the words of Aristotle, it is the only faculty that is “able to think itself” [On the Soul, Bk. III: Ch. 4, 429b].

Eric Havelock’s Preface to Plato

This book, published in 1963, is part of the older school of thought about Greek uniqueness. It is a book I have known for some time as a defense of Plato’s attack on the oral Homeric tradition and as a study of the rise of a literate culture in Greece. Suspecting there was more to it, I recently decided to read it, learning that it inhabits indeed a similar interpretative world as the books by Jaynes and Snell in its emphasis on self-consciousness. This is not how Havelock frames his own study, and this is why the full implications of his book have not been fully absorbed. But the standard interpretation is not inconsistent with the view that Havelock was not solely concerned with the emergence of alphabetic writing and Platonic rationalism, but with arguing that the realized condition of self-consciousness and inner freedom required an abstract and theoretical language with a different syntax away from the oral Homeric tradition with its formulaic rhythms, visual imagery, and memorialized thoughts.

However, I don’t want to force my own interpretation onto Havelock, and so we can say that the thesis of his book is that the invention of the Greek alphabet, in contrast to all previous systems of communication, including the Phoenician, brought about a revolution from a Homeric state of being in which Greeks could not differentiate a man’s breath or his life blood from his mind, and were thus devoid of self-consciousness, to a Platonic state of mind in which they came to develop a conception of their personalities as autonomous agents no longer absorbed within an oral tradition and a poetic language incapable of abstract thinking. What I find most persuasive in this thesis is its emphasis on the Greek discovery of the psyche as the seat of self-consciousness involving the separation of the knower from the known.

[9]But I find it hard to accept the claim that the introduction of alphabetic writing was the one factor that brought about this revolution. Havelock writes about how “the alphabet proved so much more effective and powerful an instrument for the preservation of fluent communication than any syllabary had been” (137). Oral cultures are preoccupied with “formulaic directives” and the transmission of immemorial norms through incantation and repetition. In oral poetry the utterance is immediate, mnemonic, surviving only in memory and recitation, accepted without inviting inquiring minds to think for themselves. The alphabet, by contrast, encourages a form of consciousness in which pronouns are used, “both personal and reflexive . . . in new syntactical contexts . . . as objects of verbs of cognition, or placed in antithesis to the ‘body’ . . . in which the ‘ego’ was thought as residing” (198). The “I” as the authorial agent of his own ideas becomes the norm, together with prose writing without any metrical (or rhyming) structure but aiming at analytical precision and open argumentation. Havelock also points out that the written word exists independently of the subject, outside the reader, and can be studied, underlined, and analyzed – not merely memorized and recited as sacred oral tales, but as accounts which can be subjected to endless questioning.

Democrite-dAbdere_1459.jpgBut while alphabetic writing eventually became an indispensable means of communicating truths (during the fourth century BC), beyond poetic recitations about the norms to be valued in a community, I would argue, as Havelock admits in passing, that “there are clear signs in Homer himself that the Greek mind would one day reach out in search of a different kind of experience” beyond poetic recitation. I will not repeat my view that Homer was a transitional figure. It may suffice to point out Havelock’s own recognition that alphabetic writing barely existed before Euripides, by which time the Presocratics had already achieved so much. Havelock knows this: “the Presocratics themselves were essentially oral thinkers . . . but they were trying to device a vocabulary and syntax for a new future, when thought should be expressed in categories organized in a syntax suitable to abstract statement” (x).

I would argue that the gradual emergence of personalities capable of introspection, already evident in the Iliad, and in the poetic heroic literature of Indo-Europeans generally, and certainly in the (emerging abstract) thoughts of the Presocratics, is what precipitated the widespread use of alphabetic writing. I disagree with the cause-effect relationship Havelock identifies in this key passage:

One is entitled to ask . . . given the immemorial grip of the oral method of preserving group tradition, how a self-consciousness could ever have been created . . .The fundamental answer must lie in the changing technology of communication (208).

This tendency to identify alphabetic writing as an independent variable has led Havelock’s interpreters to view Preface to Plato as an argument about the importance of alphabetic writing. No one has paid much attention to Havelock’s qualifications: “In fact it is probably more accurate to say that while the discovery [of the psyche as the seat of self-consciousness] was affirmed and exploited by Socrates, it was the slow creation of many minds among his predecessors and contemporaries. One thinks particularly of Heraclitus and Democritus” (197-8).

Once we look past the idea of alphabetic writing as an independent variable that somehow came onto the scene as a “new technology of communication” pushing the Greeks into philosophical reflection, we may be able to appreciate how insightful Preface to Plato remains. There is more to this book than what I outlined above. I will close this article with a few more passages from this book which bring out Havelock’s realization that Greek uniqueness was about the coming to self-consciousness by humans for the first time in history.

Homeric man . . . was part of all he had seen and heard and remembered. His job was not to form individual and unique convictions but to retain tenaciously a precious hoard of exemplars. These were constantly present with him in his acoustic reflexes and also visually imagined before his mind’s eye. His mental condition, though not his character, was one of passivity, of surrender, and a surrender accomplished through the lavish employment of the emotions and of the motor reflexes (199).

The speech of men who have remained in the Greek sense ‘musical’ and have surrendered themselves to the spell of the tradition, cannot frame words to express the conviction that ‘I’ am one thing and the tradition is another; that ‘I’ can stand apart from the tradition and examine it; that ‘I’ can and should break the spell of its hypnotic force; and that ‘I’ should divert some at least of my mental powers away from memorisation and direct them instead into channels of critical inquiry and analysis (199-200).

This amounts to accepting the premise that there is a ‘me’, a ‘self’, a ‘soul’, a consciousness which is self governing and which discovers the reason for action in itself rather than in imitation of the poetic experience (200).

It was his [Plato’s] self-imposed task, building to be sure on the work of predecessors, to establish two main postulates: that of the personality which thinks and knows, and that of a body of knowledge which is thought and known. To do this he had to destroy the immemorial habit of self-identification with the oral tradition. For this had merged the personality with the tradition, and made a self-conscious separation from it impossible (201).

So it is that the long sleep of man is interrupted and his self-consciousness, separating itself from the lazy play of endless saga-series of events, begins to think and to be thought of, ‘itself of itself’, and as it thinks and is thought, man in his new inner isolation confronts the phenomenon of his own autonomous personality and accepts it (210).

Conclusion

What needs to be explained, the explanandum, is the rise of self-consciousness, and the explanation for this, the explanans, is not a new technology of communication, a cosmopolitan life in Miletos, or the geography of Greece, however important these explanans were to the whole historical dynamic. Our focus should be on the aristocratic male culture of ancient Greece and its promotion of ego-consciousness. The Presocratics brought self-consciousness to a level never witnessed before in history through the initiation of true philosophical reflection, a process of introspection initiated by the heroes of the Iliad and the Odyssey, expressed particularly through the greater self-control and power of deliberation the character Odysseus represents. The Indo-Europeans and the heroic Homeric Greeks intensified the consciousness of the male ego, inventing the patriarchal rule of Olympus, the supremacy of sky gods in opposition to the original cult of demonic and inherently unconscious fertility goddesses, which had hitherto ruled all societies, and from which non-Europeans males never managed to detach themselves in the same degree as Indo-European males. We will examine in a future article how the more intense masculinization process associated with the Indo-European pastoral, horse-riding, aristocratic way of life started the emancipation of ego-consciousness from the enveloping world of the Great Mother, in which humans were ruled by the irrationality of chance, demons and witches, entrapped to a world of chthonian darkness, embedded to nature, the emotional impulses of the body, and orgiastic frenzies and hallucinations.

This article was reprinted from the Council of European Canadians [10] Website.

Article printed from Counter-Currents Publishing: https://www.counter-currents.com

URL to article: https://www.counter-currents.com/2019/09/the-immense-revolution-of-the-presocratics/

URLs in this post:

[1] Image: https://www.counter-currents.com/wp-content/uploads/2019/09/9-12-19-4.jpg

[2] Image: https://www.counter-currents.com/wp-content/uploads/2019/09/9-12-19-6.jpg

[3] Lives and Opinions of Eminent Philosophers: https://en.wikipedia.org/wiki/Lives_and_Opinions_of_Eminent_Philosophers

[4] Image: https://www.counter-currents.com/wp-content/uploads/2019/09/9-12-19-7.jpg

[5] Image: https://www.counter-currents.com/wp-content/uploads/2019/09/9-12-19-8.jpg

[6] Jean Piaget’s language: https://www.counter-currents.com/2018/10/jean-piaget-the-superior-psychogenetic-cognition-of-europeans-1/

[7] written about: https://www.counter-currents.com/2019/03/the-higher-cognitive-fluidity-of-the-european-mind/

[8] Image: https://www.counter-currents.com/wp-content/uploads/2019/09/9-12-19-9.jpg

[9] Image: https://www.counter-currents.com/wp-content/uploads/2019/09/9-12-19-10.jpg

[10] Council of European Canadians: https://www.eurocanadian.ca/2019/07/the-immense-revolution-presocratics.html

jeudi, 12 septembre 2019

Quand la CIA étudiait la French theory: sur le travail intellectuel de démembrement de la gauche culturelle

ciafrenchtheory.png

Quand la CIA étudiait la French theory: sur le travail intellectuel de démembrement de la gauche culturelle

Par Gabriel Rockhill 

Source The Philosophical Salon

On présume souvent que les intellectuels ont peu ou pas de pouvoir politique. Perchés au sommet d’une tour d’ivoire privilégiée, déconnectés du monde réel, mêlés à des débats académiques dénués de sens sur des détails infimes, ou flottant dans les nuées absconses de théories abstraites, les intellectuels sont souvent dépeints comme non seulement coupés de la réalité politique, mais comme incapables d’avoir un impact significatif sur elle. Ce n’est pas ce que pense la CIA.

En fait, l’agence responsable de coups d’État, d’assassinats ciblés et de manipulations clandestines des gouvernements étrangers ne croit pas seulement au pouvoir de la théorie, mais elle a consacré des ressources importantes pour qu’un groupe d’agents secrets étudient ce que certains considèrent comme la théorie la plus complexe et absconse jamais produite. En effet, dans un article de recherche intrigant écrit en 1985, et récemment publié avec des retouches mineures en raison du Freedom of Information Act, la CIA révèle que ses agents ont étudié la très complexe, avant-gardiste et internationale French theory, [ou théorie de la déconstruction, NdT] adossée aux noms de Michel Foucault, Jacques Lacan et Roland Barthes.

L’image d’espions américains se réunissant dans des cafés parisiens pour étudier assidûment et comparer leurs notes sur les écrits des grands prêtres de l’intelligentsia française choquera ceux qui présument que ce groupe d’intellectuels est constitué de sommités dont la sophistication éthérée ne pourrait jamais être saisie par un filet aussi grossier, ou qui, au contraire, les considèrent comme des charlatans colportant une rhétorique incompréhensible sans impact sur le monde réel ou presque. Cependant, cela ne devrait pas surprendre ceux qui connaissent l’investissement de la CIA, ancien et permanent, dans la guerre culturelle mondiale, y compris par le soutien à ses formes les plus avant-gardistes, qui a été bien documenté par des chercheurs comme Frances Stonor Saunders, Giles Scott-Smith, Hugh Wilford (et j’ai moi-même apporté ma propre contribution dans Radical History & the Politics of Art).

Thomas W. Braden, l’ancien superviseur des actions culturelles à la CIA, a expliqué avec franchise la puissance de l’offensive intellectuelle de l’Agence dans un compte rendu à destination de ses membres, publié en 1967 :

Je me souviens de l’immense joie que j’ai ressentie lorsque le Boston Symphony Orchestra [qui avait reçu l’appui de la CIA] a recueilli plus d’éloges pour les États-Unis à Paris que John Foster Dulles ou Dwight D. Eisenhower n’aurait pu en obtenir en une centaine de discours.

En aucune façon, il ne s’agissait d’une petite opération à la marge. En fait, comme Wilford l’a fort justement décrit, le Congrès pour la liberté de la culture (CCF), dont le siège social se trouvait à Paris et qui s’est par la suite avéré une organisation de façade de la CIA dans la partie culturelle de la guerre froide, était l’un des plus importants mécènes dans l’histoire universelle. Il soutenait une incroyable gamme d’activités artistiques et intellectuelles. Il avait des bureaux dans 35 pays, publiait des dizaines de magazines de prestige, était impliqué dans l’industrie du livre, organisait des conférences internationales de haut niveau ainsi que des expositions d’art, coordonnait des spectacles et des concerts et contribuait largement au financement de divers prix et bourses culturels, ainsi que d’organismes de soutien comme la Fondation Farfield.

josselson.jpg

L' »Appareil » parisien : l’agent de la CIA et chef du CCF Michael Josselson (au centre) dans un déjeuner de travail avec John Clinton Hunt et Melvin Lasky (à droite)

La CIA comprend que la culture et la théorie sont des armes cruciales dans l’arsenal global qu’elle déploie pour protéger les intérêts étasuniens dans le monde entier. Le rapport de recherche de 1985, récemment publié, intitulé « France : Defection of the Leftist Intellectuals » (Défection des intellectuels de gauche en France) examine, sans aucun doute pour la manipuler, l’intelligentsia française et son rôle fondamental dans l’orientation des tendances qui à leur tour génèrent les orientations politiques. Le rapport suggère qu’il a existé un équilibre idéologique relatif entre la gauche et la droite dans l’histoire intellectuelle française, puis souligne le monopole de la gauche dans l’immédiat après-guerre (auquel, nous le savons, l’Agence était farouchement opposée) en raison du rôle clé des communistes dans la résistance au fascisme et de leur victoire finale. Bien que la droite, selon les mots de la CIA, ait été massivement discréditée en raison de sa contribution directe aux camps nazis, ainsi que de son programme globalement xénophobe, anti-égalitaire et fasciste, les agents secrets anonymes qui ont rédigé le plan d’étude constatent avec un vif plaisir son retour intellectuel depuis le début des années 1970 environ.

Plus précisément, les soldats camouflés de la culture applaudissent ce qu’ils considèrent comme un double mouvement qui contribue à ce que les cercles intellectuels détournent leurs critiques des États-Unis vers l’URSS. A gauche, il existait une désaffection intellectuelle croissante envers le stalinisme et le marxisme, un retrait progressif des intellectuels radicaux du débat public, et un mouvement théorique de prise de distance envers le socialisme et le Parti socialiste. Plus loin, à droite, les opportunistes idéologiques appelés Nouveaux philosophes ainsi que les intellectuels de la Nouvelle droite avaient lancé une campagne médiatique de critique du marxisme.

Tandis que d’autres tentacules de la CIA étaient impliqués dans le renversement de dirigeants démocratiquement élus, fournissant des informations et des financements à des dictateurs fascistes, soutenant les escadrons de la mort, l’état-major culturel parisien recueillait des données sur la manière dont le glissement du monde intellectuel vers la droite pourrait directement bénéficier à la politique étrangère américaine. Les intellectuels de gauche de l’après-guerre avaient ouvertement critiqué l’impérialisme américain. L’influence médiatique de Jean-Paul Sartre en tant que critique marxiste, et son action notable, en tant que fondateur de Libération, dans le dévoilement du dirigeant de la CIA à Paris ainsi que de dizaines d’agents infiltrés, étaient surveillées de près par l’Agence et considérées comme un très grave problème.

Par contraste, l’atmosphère anti-soviétique et anti-marxiste de l’ère néolibérale en cours d’émergence détournait l’attention du public et fournissait une excellente couverture pour les sales guerres de la CIA en rendant « très difficile pour quiconque de mobiliser parmi les élites intellectuelles une opposition significative à la politique des États-Unis en Amérique centrale, par exemple. » Greg Grandin, un des meilleurs historiens de l’Amérique latine, a parfaitement résumé cette situation dans The Last Colonial Massacre :

En plus des interventions visiblement désastreuses et mortelles au Guatemala en 1954, en République dominicaine en 1965, au Chili en 1973 et au Salvador et au Nicaragua au cours des années 1980, les États-Unis ont attribué des ressources financières stables et discrètes, et leur soutien moral aux États terroristes contre-insurgés. […] Mais l’énormité des crimes de Staline assure que ces histoires sordides, qu’elles soient convaincantes, approfondies, ou accablantes, ne perturbent pas le fondement d’une vision du monde où le les États-Unis jouent un rôle exemplaire dans la défense de ce que nous appelons aujourd’hui démocratie.

C’est dans ce contexte que les mandarins masqués saluent et soutiennent la critique implacable qu’une nouvelle génération de penseurs anti-marxistes comme Bernard-Henri Levy, André Glucksmann et Jean-François Revel lancent contre « la dernière clique d’intellectuels communistes » composée, selon les agents anonymes, de Sartre, Barthes, Lacan et Louis Althusser. Étant donné que ces anti-marxistes avaient penché à gauche dans leur jeunesse, ils fournissaient un modèle parfait auquel adosser des récits trompeurs qui confondent une prétendue prise de conscience politique personnelle avec la marche progressiste du temps, comme si la vie individuelle et l’histoire étaient simplement une question de maturité qui consiste à admettre que l’aspiration à une profonde transformation sociale vers l’égalité est une chose du passé, à l’échelle personnelle et à l’échelle historique. Ce fatalisme condescendant et omniscient ne sert pas seulement à discréditer les nouveaux mouvements, en particulier ceux dirigés par des jeunes, mais il interprète également les succès relatifs de la répression contre-révolutionnaire comme le progrès naturel de l’histoire.

josselsonaron.jpg

Le philosophe français anti-marxiste Raymond Aron (à gauche) et sa femme Suzanne en vacances avec l’agent infiltré de la CIA Michael Josselson et Denis de Rougemont (à droite)

Même les théoriciens qui n’étaient pas aussi opposés au marxisme que ces réactionnaires ont apporté une contribution significative à une atmosphère de désillusion envers l’égalitarisme transformateur, de prise de distance envers la mobilisation sociale et d’« enquête critique » dépourvue de point de vue politique radical. Ceci est extrêmement important pour comprendre la stratégie globale de la CIA dans ses tentatives puissantes et profondes de démanteler la gauche culturelle en Europe et ailleurs : reconnaissant qu’il était peu probable qu’on puisse l’abolir entièrement, la CIA a cherché à déplacer la culture de gauche d’une politique anti-capitaliste et résolument transformatrice vers une position réformiste de centre-gauche moins ouvertement critique des politiques étrangères et nationales étasuniennes. En fait, comme Saunders l’a démontré en détail, dans l’après-guerre l’Agence a influencé le Congrès maccarthyste pour qu’il soutienne et assure une promotion directe des projets de gauche qui permettaient d’attirer les producteurs et les consommateurs culturels à l’écart d’une gauche résolument égalitaire. En isolant et en discréditant cette dernière, la CIA aspirait aussi à fragmenter la gauche en général, laissant à ce qui restait du centre gauche un pouvoir et un soutien public minimaux en plus d’être potentiellement discrédité en raison de sa complicité avec la politique de droite, une question qui continue de tourmenter les partis institutionnalisés contemporains de gauche.

C’est dans cette lumière que nous devons comprendre le penchant de la CIA pour les récits de conversion et son profond intérêt pour les « marxistes repentis », un leitmotiv qui traverse le rapport de recherche sur la Déconstruction française. « Encore plus efficaces pour saper le marxisme », écrivent les taupes, « il y a ces intellectuels qui, comme de vrais croyants, se sont mis en tête d’appliquer la théorie marxiste aux sciences sociales, et qui ont fini par repenser et rejeter l’ensemble du corpus théorique. » Les agents citent en particulier la puissante contribution de l’École des Annales d’historiographie et le structuralisme (en particulier Claude Lévi-Strauss et Foucault) à la « démolition critique de l’influence marxiste dans les sciences sociales ». Foucault, identifié comme « le penseur le plus profond et le plus influent en France », est particulièrement applaudi pour ses éloges à l’endroit des intellectuels de la Nouvelle droite pour avoir rappelé aux philosophes que des « conséquences sanglantes » ont « découlé de la théorie sociale rationaliste des Lumières du XVIIIème siècle et de l’ère révolutionnaire ». Bien sûr, ce serait une erreur de juger la théorie ou la pratique politique d’un penseur sur une seule position ou un seul résultat, mais le gauchisme anti-révolutionnaire de Foucault et sa perpétuation du chantage au Goulag (c’est-à-dire l’affirmation selon laquelle les mouvements radicaux conquérants visant une transformation sociale et culturelle profonde ne font que ressusciter les traditions les plus dangereuses), sont parfaitement alignés avec les stratégies globales de guerre psychologique de l’Agence.

frenchtheorylivreLD.jpgL’interprétation de la French theory par la CIA devrait nous faire réfléchir, dans ce cas, à reconsidérer le vernis radical chic qui a accompagné en grande partie sa réception anglophone. Selon une conception étapiste d’une histoire progressiste (généralement aveugle à sa téléologie implicite), l’œuvre de figures comme Foucault, Derrida et d’autres théoriciens français d’avant-garde est souvent intuitivement associée à une forme de critique radicale et sophistiquée qui dépasse sans doute de loin tout ce que l’on trouve dans les traditions socialistes, marxistes ou anarchistes. Il est certainement vrai, et mérite d’être souligné que la réception anglophone de la French theory, comme John McCumber l’a souligné à juste titre, a eu d’importantes implications politiques en tant que pôle de résistance aux fausses neutralités politiques, aux formalismes techniques rassurants de la logique et du langage, ou au conformisme idéologique direct opérant dans la tradition philosophique anglo-américaine et soutenu par McCarthy. Cependant, les pratiques théoriques des philosophes qui ont tourné le dos à ce que Cornelius Castoriadis nommait la tradition de la critique radicale, (c’est-à-dire la résistance capitaliste et anti-impérialiste) ont certainement contribué à la mise à l’écart idéologique de la matrice de transformation sociale. Selon la CIA elle-même, la French theory post-marxiste a directement contribué au programme culturel de l’Agence consistant à entraîner la gauche vers la droite, tout en discréditant l’anti-impérialisme et l’anti-capitalisme, créant ainsi un environnement intellectuel dans lequel les projets impériaux pourraient être poursuivis sans l’entrave d’un examen critique sérieux des cercles intellectuels.

Comme nous le savons grâce aux recherches sur le programme de guerre psychologique de la CIA, l’organisation n’a pas seulement cherché à contraindre des individus, mais elle a toujours voulu comprendre et transformer les institutions de production et de distribution culturelles. En effet, son étude sur la Déconstruction met en évidence le rôle structurel des universités, des maisons d’édition et des médias dans la formation et la consolidation d’un ethos politique collectif. Dans des descriptions qui, comme le reste du document, devraient nous inviter à penser de manière critique à la situation académique actuelle dans le monde anglophone et au-delà, les auteurs du rapport mettent au premier plan les méthodes par lesquelles la précarisation du travail universitaire contribue à la démolition de la gauche radicale. Si la gauche la plus résolue ne peut pas se procurer les moyens matériels nécessaires à l’exécution de son travail, ou si nous sommes plus ou moins subtilement contraints de nous plier à une conformité pour trouver un emploi, publier nos écrits ou acquérir un auditoire, alors les conditions structurelles pour une communauté de gauche radicale sont affaiblies. La professionnalisation de l’enseignement supérieur est un autre outil utilisé à cette fin, puisqu’il vise à transformer les gens en rouages technoscientifiques de l’appareil capitaliste plutôt qu’en citoyens autonomes pourvus d’outils fiables en vue de la critique sociale. C’est pourquoi les mandarins théoriciens de la CIA font l’éloge des efforts déployés par le gouvernement français pour « pousser les étudiants à suivre des cursus de commerce et de technologie ». Ils soulignent également les contributions de grandes maisons d’édition comme Grasset, des médias ainsi que la vogue de la culture américaine pour faire avancer leur matrice post-socialiste et anti-égalitaire.

Quelles leçons pouvons-nous tirer du document, en particulier dans le contexte politique actuel d’une offensive permanente contre les cercles de l’intelligence critique ? Pour commencer, cette enquête devrait être un rappel convaincant que si certains présument que les intellectuels sont impuissants, et que leurs orientations politiques sont impuissantes, ce n’est pas ce que pense l’organisation qui a été l’un des plus puissants courtiers de puissance dans la politique mondiale contemporaine. La Central Intelligence Agency, comme son nom l’indique ironiquement, croit au pouvoir de l’intelligence et de la théorie, et nous devrions prendre cela très au sérieux. En présumant que le travail intellectuel a peu d’influence sur le « monde réel », ou n’en a pas, nous ne nous bornons pas à dénaturer les implications pratiques du travail théorique, nous courons aussi le risque de nous aveugler dangereusement sur des projets politiques pour lesquels nous pouvons facilement devenir les ambassadeurs involontaires. Même s’il est vrai que l’Etat-nation et l’appareil culturel français fournissent une matrice publique beaucoup plus efficace pour les intellectuels que ce que l’on trouve dans de nombreux autres pays, le souci de la CIA de cartographier et de manipuler la production théorique et culturelle partout ailleurs devrait tous nous réveiller.

Deuxièmement, les courtiers de pouvoir actuel ont un intérêt direct à cultiver des cercles intellectuels dont l’acuité critique aura été assombrie ou aveuglée en encourageant les institutions fondées sur les intérêts des affaires et de la techno-science, en assimilant la gauche à l’anti-scientifisme, en mettant en corrélation la science avec une neutralité politique prétendue (mais fausse), en assurant la promotion de médias qui saturent les ondes de pratiques conformistes, en tenant la gauche la plus déterminée à l’écart des grandes institutions universitaires et des projecteurs, et en discréditant tous les appels à une transformation égalitaire et écologique radicale. Idéalement, ils cherchent à nourrir une culture intellectuelle de gauche neutralisée, immobilisée, apathique et limitée au fatalisme, ou à la critique passive des mobilisations de la gauche radicale. C’est l’une des raisons pour lesquelles nous pourrions considérer l’opposition intellectuelle à la gauche radicale, qui prédomine dans l’université américaine, comme une position politique dangereuse : n’est-elle pas directement complice du programme impérialiste global de la CIA ?

Troisièmement, pour contrer cette offensive institutionnelle contre une culture de gauche affirmée, il est impératif de résister à la précarisation et à la professionnalisation de l’enseignement. Il est tout aussi important de créer des sphères publiques de débat réellement critique, offrant une matrice élargie à ceux qui reconnaissent qu’un autre monde est non seulement possible, mais est nécessaire. Nous devons aussi nous unir pour contribuer aux médias alternatifs, aux modèles d’éducation différents, aux contre-institutions et aux collectifs radicaux. Il est vital de favoriser précisément ce que les combattants secrets de la culture veulent détruire : une culture de gauche radicale et son vaste cadre institutionnel de soutien, un large ancrage public, une puissance médiatique conquérante et un pouvoir de mobilisation contagieux.

Enfin, les intellectuels du monde devraient s’unir pour reconnaître notre pouvoir et le saisir afin de faire tout ce que nous pouvons pour développer une critique systémique et radicale, égalitaire et écologiste, anti-capitaliste et anti-impérialiste. Les positions que l’on défend en cours ou en public sont importantes pour définir les termes du débat et tracer le champ des possibilités politiques. En opposition directe à la stratégie culturelle fragmentaire et polarisante de la CIA, par laquelle l’Agence a cherché à diviser et isoler la gauche anti-impérialiste et anti-capitaliste, tout en l’opposant à des positions réformistes, nous devrions fédérer et mobiliser en reconnaissant l’importance de travailler ensemble (dans toute la gauche, comme Keeanga-Yamahtta Taylor nous l’a rappelé récemment) pour cultiver les conditions d’une intelligentsia réellement critique. Plutôt que de proclamer ou de déplorer l’impuissance des intellectuels, nous devrions exploiter la capacité de dire les mots justes au pouvoir en travaillant ensemble et en mobilisant notre capacité à créer collectivement les institutions nécessaires à un monde de gauche culturelle. Car c’est seulement dans un tel monde, et dans les chambres d’écho de l’intelligence critique qu’il génère, que les vérités énoncées pourraient effectivement être entendues, et ainsi changer les structures mêmes du pouvoir.

Gabriel Rockhill

Note du Saker Francophone

- Des deux parties de cet article, la 1ère est de loin la plus intéressante 
car elle met en contexte le paysage intellectuel français très polarisé des
années 70. À titre personnel j'y vois par exemple un lien avec
l'affaire Marchais révélée par L'Express en 1980, pour laquelle les
explications de J.-F. Revel m'ont toujours semblé pour le moins évasives.
- Il est tout à fait possible que la CIA ait programmé le débordement
de la gauche marxiste classique par la French Theory (rien que le nom...),
et on peut également se dire que cette théorie aura ensuite
été laissée libre de poursuivre sa trajectoire pour s'attaquer au socle
intellectuel et anthropologique occidental, empêchant ainsi toute pensée
critique structurée. Une sorte de gestion du chaos intellectuel, en fait.
Vous savez, les régressives études de genre, décoloniales, intersectionnelles etc.
En ce sens, malgré la pauvreté finale de son article, Gabriel Rockhill
aurait doublement raison.
- Vous trouverez ici un bon texte de Yannick Jaffré sur Katehon complétant celui-ci.

Traduit par Stünzi, relu par San pour le Saker francophone

mardi, 25 juin 2019

Una nueva filosofía de la Libertad: La Razón Manual de Manuel F. Lorenzo

mains.jpg

Una nueva filosofía de la Libertad:

La Razón Manual de Manuel F. Lorenzo

Carlos Javier Blanco

Ex: http://www.revistacontratiempo.com.ar/blanco_lorenzo_razo... 

El gran filósofo alemán Johann Gottlieb Fichte (1762-1814) sentenció que la filosofía que un hombre profesa depende de la clase de hombre que se es. En tal aserto, lejos de abrir las puertas a un relativismo, tengo para mí que se contiene la semilla de un nuevo y fundamental vitalismo. La filosofía es la razón de la vida, y de la vida en razón. El gran idealista germano, según he podido aprender del profesor Manuel Fernández Lorenzo, fue el padre y el impulsor no ya sólo del idealismo alemán sino también vitalismo filosófico, movimiento del que todos los españoles y americanos de habla hispana podemos sentirnos herederos. ¿Y por qué los españoles e hispanohablantes precisamente? España, nación a la que algunos, erróneamente, toman por huérfana filosófica, posee muy por el contrario conocidos y dignos padres pensadores de primera talla. Como ocurrió en otras ocasiones y países, España conjuga hoy, como las demás naciones hermanas, un verdadero derrumbe moral y social, así como una descomposición institucional, por un lado, con una elevada y meritoria producción filosófica, por el otro.

Razon Manual 1 product_thumbnail.jpgEs en dos etapas bien diferenciadas en donde cabe hablar de la prosapia hispana de la filosofía. Hubo una primera -pero ya remota- etapa de realismo escolástico, en la Edad Moderna, esto es, en los siglos áureos del Imperio. Hubo y hay otra etapa, mucho más reciente, presidida de forma contemporánea por el vitalismo filosófico de nuestro Unamuno y de nuestro Ortega. Es de este vitalismo de donde partimos hoy en la hispana filosofía y de donde, según los pasos que muestra Manuel F. Lorenzo, podemos beber y alzar nuevas construcciones del pensamiento. El vitalismo hispano, como el de toda Europa, bien podría bascular en dos direcciones, entre sí antagónicas. Una dirección posible, hacia donde inclinar su peso, es claramente irracionalista. La Vida como opuesta a la Razón, la Vida como primum que no atiende a razones, que siente las razones como enfermas y como lastres, como artificios y excrecencias. Los pensadores germanos han sido pródigos en este vitalismo irracionalista e irracional. Schopenhauer Nietzsche, Klages, son nombres que acuden entonces a la mente, y su filosofía hiriente incomoda a todo aquel que busca incólumes certezas, cimientos lógico-matemáticos, solideces de plomo, granito y acero. Eran aquellos filósofos de la vida enemigos de la ratio rebeldes muy a la alemana, esto es, rebeldes dados a la reacción.

El más irracionalista de nuestros pensadores de la Vida, don Miguel de Unamuno, no fue de esa estirpe, y escribió una filosofía acorde "con la clase de hombre que era", esto es, existencial, dubitativa, escrita con su carne y asomando en ella el hueso. No se extirpa ni se humilla allí la razón, sino que se la envuelve en las vísceras y en la organicidad de la existencia humana. Pero es de Ortega y Gasset de donde parte esa nueva filosofía hispana de la vida que explica genéticamente la razón, y es la que anuncia como precursora de la suya don Manuel Fernández Lorenzo, profesor en Oviedo (Principado de Asturias). El raciovitalismo orteguiano, junto con la epistemología genética de Jean Piaget y el materialismo de Gustavo Bueno, serán los puntos de arranque, el triple hito de donde comenzar a señalar, sin temor a pérdida, una novísima filosofía hispana. ¿Cómo?- se preguntará el lector. Son tres puntos de arranque muy distintos y distantes. No parecen casar bien con vistas a llegar a un nuevo sistema filosófico hispano, a la altura de nuestros tiempos, en diálogo y contraste con las filosofías contemporáneas a las que es obligado evocar, con las que se nos exige dialogar y, resueltamente, a las cuales es menester superar. Pero la distancia y la heterogeneidad entre Ortega, Piaget y Bueno, todos ellos partiendo de Fichte y su filosofía del "lado activo" del Yo, es más aparente que real si seguimos atentos y disciplinados las explicaciones de Manuel F. Lorenzo.

manuel.fern_ndez_lorenzo.jpgLa razón vital no se limita pensar en y desde "el hombre de carne y hueso". La razón vital implica que la vida humana no es sólo razón, pero sí es ejecución de actos en orden a una gestión de la vida misma, una gerencia y construcción que se hace de acuerdo con principios racionales. El hombre no es, para nada, un autómata racional, sino un sujeto orgánico cuya forma humana de adaptación y supervivencia psicobiológica exige la racionalidad. El hombre viene definido, en rigor, no por una sustancial cogitación ("yo soy una cosa que piensa") sino por una actividad circular, por un circuito entre el Yo y las Cosas (el "no-Yo" de Fichte). Ninguno de los polos del circuito debe ser reificado de antemano, ninguno ha de ser tratado acríticamente como una cosa o sustancia. La constitución de los dos polos, yo y mundo ("circunstancias"), consiste precisamente en el lanzamiento de series de acciones en las que el Yo se hace con el Mundo y recíprocamente el Mundo se presenta y re-presenta ante el Yo. La filosofía de Ortega, que tantas veces bebe de la fenomenología y del existencialismo alemán, es vitalista por cuanto que plantea siempre un sujeto humano orgánico definido como un verdadero sistema racional de operatividad, para quien conocer es, de otro modo, coextensivo con sobrevivir y "hacerse con el mundo". Las circunstancias orteguianas, como el "medio" (Umwelt) de los biólogos, conforman el espacio de las operaciones, un espacio que da pie a redefinir la experiencia en términos de construcción. Ortega no quería echar por la borda la razón, aplastarla bajo el peso de una salvaje o bestial Voluntad o Vida. Antes bien, quería explicar el hecho humano mismo de la razón. Al proceder así, al avanzar desde la dialéctica de Fichte, el raciovitalismo del filósofo madrileño ofrece un programa genético del racionalismo tanto como del empirismo. Se trata de volver al genuino espíritu con el que nació el idealismo: la superación de la magna filosofía europea de la Modernidad, tanto el empirismo isleño como el racionalismo continental, una superación que acude a la génesis misma del conocimiento. Y el conocimiento es al fin entendido no como resultado de acumulación de experiencias o como deducción de principios racionales o ideas innatas, sino como resultado de una experiencia en sí misma racional desde el inicio. Experiencia orgánica que se estructura en forma de sistemas de acciones que, por medio de una lógica material, estructuran nuevos sistemas de acciones más amplios en radio de alcance, más potentes en influjo sobre el medio, más "hábiles" en orden a una adaptación y control sobre el medio. En este sentido, Jean Piaget convirtió en empresa "positiva", científica y experimental, una parte muy importante del proyecto esbozado por Ortega. Piaget llevó a cabo un programa científico de esclarecimiento de los orígenes de la inteligencia y la razón de los sujetos orgánicos partiendo no tanto de un "Yo" que se pone (Fichte) y se limita con el No-Yo (mundo en torno, o "circunstancias") sino de un circuito que ya en la fase pre-intelectual incluye ese centro orgánico que lanza acciones-percepciones, como choca con "dificultades" y "obstáculos" de un entorno con el que deberá luchar. El bebé humano, tanto como cualquier individuo orgánico, es un centro de operaciones y es a la vez el eco y la respuesta de un medio ambiente transformado por las operaciones. Los dos sentidos en los que el sujeto orgánico "choca" con el mundo y lo transforma, a la vez que se transforma él, han recibido por parte de Piaget los nombres de "asimilación" y "acomodación". La asimilación, como proceso que generaliza la asimilación de los alimentos, supone la incorporación cognitiva y no sólo material del mundo. El Yo se "pone", se afirma, incorporando elementos del medio que él necesita para su mantenimiento (conservación, supervivencia). Pero el mundo (el "no-Yo") se le opone, se le enfrenta, le traza caminos por donde poder ejercer la acción y por donde no puede atravesar ese mundo con la acción. La acomodación piagetiana podría verse como el sentido opuesto a las acciones asimilativas. El Yo, como centro orgánico de operaciones, debe transformarse a su vez, debe reestructurar sus esquemas de acción para sortear, horadar, recomponer las barreras y resistencia del mundo-entorno. La razón en el proceso vital no es más que el grado máximo en que un sistema de acciones "se hace con el mundo" y, recíprocamente, el mundo se hace con el yo. Esta es la razón vital, pero investigada desde un punto de vista genético y positivo.

manos.jpgLa incorporación de la filosofía materialista de Gustavo Bueno a todo este enfoque genético-constructivo del pensamiento se hace ineludible en este punto de mi breve recensión. Manuel F. Lorenzo es un buen conocedor del materialismo buenista, como discípulo directo suyo desde los primeros tiempos, miembro activo de la llamada "Escuela de Oviedo", hoy en disolución bajo la sombra de los sectarios y de los arribistas. En "La Razón Manual", el autor nos recuerda el aserto fichteano con que encabezábamos esta reseña: "uno profesa la filosofía que va de acuerdo con la clase de hombre que se es". Profesar el materialismo de Bueno, a pesar de sus deudas para con la epistemología genética piagetiana supone, verdaderamente, profesar una suerte de dogmatismo, de pensamiento antipático a la libertad, dicho en términos fichteanos. Las clases de hombres que, filosóficamente hablando, cabe hallar en el mundo se pueden reducir a dos: los amigos de la libertad (idealismo) y los amigos de la servidumbre (dogmatismo, en donde cabe situar el "materialismo"). "La Razón Manual" es un libro que toma partido expreso y decidido por la libertad, se entronca en el idealismo. No en el idealismo visionario, celeste, construido sobre las nubes. Se entronca en la tradición idealista-vitalista que, desde Fichte, indaga en "el lado activo", esto es, en las operaciones. En ese sentido, la filosofía de Bueno estudiada a la luz de la filosofía de la "Razón Manual" adopta el aspecto de un centauro. Por un lado desarrolla una inmensa y magnífica "Teoría del Cierre Categorial", basada en la obra de Piaget y en una genética de las operaciones gnoseológicas, por otro lado incluye un "preámbulo ontológico" de corte escolástico-marxista, que lastra todo el sistema. El propio nombre de "materialismo filosófico" supone una fuente inagotable de equívocos, que ha dado pie a que muchos farsantes e iletrados lo confundan con una versión sofisticada del leninismo y otros, por el contrario, con un positivismo cientifista o realista. Los grandes logros de Gustavo Bueno, depurados del dogmatismo y su "culto a la materia", se pueden reaprovechar y potenciar siguiendo las indicaciones de "La Razón Manual", todo un programa de investigación que humildemente recomiendo.

Para más información: https://manuelflorenzo.blogspot.com/2018/12/novedad-editorial-la-razon-manual.html

Manuel F. Lorenzo : La Razón Manual, Lulú, Morrisville, Carolina del Norte, 2018.

 

12:07 Publié dans Livre, Livre, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livre, philosophie, manuel f. lorenzo, espagne, mains | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

vendredi, 21 juin 2019

Panajotis Kondylis: Ein skeptischer Aufklärer

PKportraitabstrait.jpg

Panajotis Kondylis: Ein skeptischer Aufklärer

 

PKphoto.jpgDer Bewunderer des sozialpolitischen Denkers Panajotis Kondylis (1943-1998), Falk Horst, brachte vor einigen Monaten einen gehaltvollen Sammelband heraus. Der Titel lautet: „Panajotis Kondylis und die Metamorphosen der Gesellschaft“.

Kennzeichnend für das Werk des verstorbenen griechischen Gelehrten, der in Heidelberg ein großes Stück seiner Lebenszeit verbrachte und der meist auf Deutsch seine begrifflichen Entwürfe ausführte, war sein auf Machtansprüche bezogener interpretativer Ausgangspunkt. Im Gegensatz zu anderen dem Moralisieren zugeneigten Ideen- und Sozialhistorikern hat Kondylis nie für das „Gute“ gekämpft. Zwar von der Aufklärung geprägt, hat Herausgeber Falk Horst recht, wenn er von einem Aufklärer ohne Mission spricht.

Kondylis zergliedert aufeinanderfolgende Weltanschauungen ausgehend vom Mittelalter, aber er packte seine Aufgabe möglichst wertfrei an. Er bezeichnete diese Herangehensweise als „deskriptiven Dezisionismus“, den er von wertbezogenen Auffassungen menschlicher Entscheidungen und Ansprüche abhebt. Und er benennt die Wissenschaftlichkeit, die er in seinen zur Reife gelangten Büchern verfolgt, als „Sozialontologie“.

In erster Linie ein Sozialwesen

Kondylis geht von der Grundannahme aus, dass das menschliche Wesen nicht von einer bestimmten Sozialbeziehung loszutrennen sei. Von seinem Standpunkt her ist der Mensch in erster Linie Sozialwesen, dessen Verhältnis zu Mitmenschen und zur Außenwelt durch seine Stelle in einer vorgegebenen Rangordnung zu berücksichtigen sei.

Zuallererst kümmert man sich um die Selbsterhaltung, die die Mitwirkung anderer voraussetzt und dann darum, seine Nische gegen Kontrahenten zu verteidigen. In seinem schmalen Band Macht und Entscheidung. Die Herausbildung der Weltbilder und die Wertfrage (1984) nimmt Kondylis die kämpferische und machtstrebende Seite von zwischenmenschlichen Wechselwirkungen in den Blick.

Moralismus oder Nihilismus

Grundlegend für seine seitenreichen Bücher über die Aufklärung, den klassischen Konservatismus und das Zeitalter der planetarischen Politik ist seine Inanspruchnahme einer machtorientierten Auslegungsperspektive. Auch bei gelehrten Auseinandersetzungen und streng herausgebildeten theoretischen Arbeiten lässt sich so eine alle Anliegen prägende Kampfgesinnung feststellen. Der Wissenschaftler stellt seine These derjenigen seines Kontrahenten entgegen.

Die Aufklärungsdenker legten es darauf an, Natur und Sinnlichkeit gegen eine mittelalterliche Denkart geltend zu machen. Doch die ehemaligen Beteiligten gingen getrennte Wege, als die Frage aufkam, ob der Kampf gegen die verworfene Metaphysik in einer normativen Sittlichkeit oder in einem alles zerlegenden Nihilismus münden sollte. In zwei gegensätzliche Denkgruppen zerteilten sich die Aufklärer, die Verfechter einer Vernunftsmoralität wie Kant und Voltaire und nihilistische Materialisten wie Holbach und La Mettrie.

Die bürgerliche Gesellschaft, die die Kulturwelt der Aufklärung hochhielt, mußte einen Zweifrontenkrieg gegen den Konservatismus führen, der die Ideale einer vormodernen Sozialordnung wieder zur Geltung bringen wollte, und gegen die Massendemokratie, die für die Gleichheit und Austauschbarkeit der Menge eintritt. Ohne diese dialektische, kämpferische Stoßrichtung zu betrachten, meint Kondylis, sind aufeinanderfolgende Herrscherklassen und führende Ideologien kaum zu begreifen. Nur im Hinblick auf ein Gegenüber entwickelt sich der Einzelne gemeinschaftlich, seinsartig und begrifflich heraus.

PK2.jpgEine Synthese aus Marx und Carl Schmitt?

Die Sozialontologie und Sozialanthropologie von Kondylis wird normalerweise als eine einfallsreiche Verschmelzung der Gedanken Marxens und Carl Schmitts interpretiert. Verblüffend mag es sein, dass Kondylis Marx, aber bei weitem weniger Schmitt, als Vordenker anerkannte. Ebenso großzügig gestand er Reinhart Koselleck, mit dem er einen langjährigen Briefwechsel unterhielt, und seinem Doktorvater aus Heidelberg, Werner Conze, eine Einwirkungsrolle bei seiner Ideenwelt zu. Zusätzlich erwähnt er Spinoza, dessen-theologisch-politischer Traktat seinen Machtbegriff mitgestaltete.

Warum aber ging Kondylis mit Schmitt, dessen Freund-Feind-Denken  er teilt, fast stiefmütterlich um? Mag sein, dass Kondylis die Originalität seiner Begriffe unterstreichen wollte. Ebenso relevant, wie Horsts Sammelband klarmacht, wurde Kondylis zu seiner Jugendzeit radikalisiert, als er gegen die Regierung der Obristen in seinem griechischen Stammland aufgemuckt hatte.

Auf diese Jugendjahre ist die marxistische Prägung zurückzuführen, auch wenn der ausgereifte Denker kaum als Marxist oder als links orientiert einzustufen war. Die Fokussierung auf Geschichtsabläufe und sozial bedingte Leitkulturen weisen auf marxistisch angehauchte Schwerpunkte zurück. Klar ist aber, daß Kondylis wie Koselleck und andere führende deutsche Ideenhistoriker aus der zweiten Hälfte des letzten Jahrhunderts von Schmitt beeinflusst wurden.

Daß Kondylis mit einem einspurigen oder übermäßig vereinfachenden Weltbild hantierte, ist eine geläufige Kritik an seiner anthropologischen und politischen Perspektive, die sich um die Selbsterhaltung und das Machtstreben des sozial angesiedelten Einzelnen dreht. Aber das setzt voraus, daß der Sozialforscher Kondylis ein Gesamtbild des politischen, gemeinschaftlichen und ideentheoretischen Handelns liefern wollte. Stattdessen kann sein Gedankengut herangezogen werden, um das menschliche Verhalten zu beleuchten und Erkenntnis über die menschliche Motivation in einzelnen Situationen abzugeben.

Kein Optimist

Bei all seiner Anhänglichkeit an die Aufklärung und die dazugehörigen Einsichten hat Kondylis keinesfalls das optimistische Zukunftsbild vertreten, das den Rationalismus des achtzehnten Jahrhunderts prägte. Er zählte zur Gesellschaft, die Zeev Sternhell und Isaiah Berlin als „les Contre-lumières” charakterisierten und die angeblich nichts Gutes im Schilde führten. Diese Grübler setzen die kritische Verfahrensweise der Aufklärung ein, um ihre Endvision zu hinterfragen und sogar zu entwerten.

Anders gesagt: Kondylis verstand seinen Lehrauftrag anders als die von ihm bespöttelten Moralisten. Außer dem Entscheidungstreffen sozial verorteter und motivierter Einzelner und Gruppen, die im Spannungsfeld mit anderen ähnlich bestimmten Wesen handeln, kann uns Kondylis kein Welt- oder Zukunftsbild anbieten. Zu seiner Ehre mahnt er vor den Schönfärbern, die unsere Freiheit wie unsere Nüchternheit abschaffen wollen.

Aus dem Kreis der BN-Autoren hat sich insbesondere Felix Menzel mit Kondylis beschäftigt und ein Zitat aus Macht und Entscheidung seiner Alternativen Politik vorangestellt.

vendredi, 07 juin 2019

Pierre Le Vigan : en finir avec le cancer du nihilisme

plv-nihi.jpg

Pierre Le Vigan : en finir avec le cancer du nihilisme

 
Pierre Le Vigan est philosophe. Après une étude approfondie de Nietzsche et Heidegger, il publie "Achever le nihilisme" aux éditions Sigest. Un essai sur une idéologie selon laquelle les choses ne signifient rien et vont vers rien. Une force qui ronge l'homme et détruit le désir du bien et de la vie.
 
 
 

13:34 Publié dans Livre, Livre, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pierre le vigan, livre, philosophie, nihilisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mercredi, 05 juin 2019

Marx et le pouvoir satanique de l’argent…

karl-marx.jpg

Marx et le pouvoir satanique de l’argent…

Les Carnets de Nicolas Bonnal

Le culte de l’argent détruit la planète et l’humanité. Devenus humanitaires, les oligarques se montrent encore plus dangereux que quand ils sont simplement voraces… cela appelle une réflexion sur le rôle satanique de l’argent, vrai prince dans ce monde. Pas besoin d’évoquer les pleurnicheries du christianisme occidental qui aura contribué (réforme et découvertes, colonisation, solidification puis aggiornamento mielleux) plus qu’aucune autre religion à la destruction de ce monde. 

Voyons donc un penseur plus sérieux. 

Debord les cite souvent : dans ses manuscrits de 1844 formidablement inspirés, Marx décrit le pouvoir de l’argent. Et cela va donner les observations suivantes :

« L’argent en possédant la qualité de tout acheter, en possédant la qualité de s'approprier tous les objets est donc l'objet comme possession éminente. L'universalité de sa qualité est la toute-puissance de son essence. Il passe donc pour tout-puissant... L'argent est l'entremetteur entre le besoin et l'objet, entre la vie et le moyen de subsistance de l'homme. Mais ce qui sert de moyen terme à ma vie, sert aussi de moyen terme à l'existence des autres hommes pour moi. C'est pour moi l'autre homme. »

Pour nous éclairer Marx a recours comme votre serviteur aux classiques. On commence par Goethe :

« Que diantre! il est clair que tes mains et les pieds

Et ta tête et ton c... sont à toi ;

Mais tout ce dont je jouis allégrement

En est-ce donc moins à moi ?

Si je puis payer six étalons,

Leurs forces ne sont-elles pas miennes ?

Je mène bon grain et suis un gros monsieur,

Tout comme si j'avais vingt-quatre pattes… »

Puis Marx continue avecShakespeare via le splendide/méconnu Timon d'Athènes :

« De l'or! De l'or jaune, étincelant, précieux! Non, dieux du ciel, je ne suis pas un soupirant frivole... Ce peu d'or suffirait à rendre blanc le noir, beau le laid, juste l'injuste, noble l'infâme, jeune le vieux, vaillant le lâche... Cet or écartera de vos autels vos prêtres et vos serviteurs ; il arrachera l'oreiller de dessous la tête des mourants ; cet esclave jaune garantira et rompra les serments, bénira les maudits, fera adorer la lèpre livide, donnera aux voleurs place, titre, hommage et louange sur le banc des sénateurs ; c'est lui qui pousse à se remarier la veuve éplorée. Celle qui ferait lever la gorge à un hôpital de plaies hideuses, l'or l'embaume, la parfume, en fait de nouveau un jour d'avril. Allons, métal maudit, putain commune à toute l'humanité, toi qui mets la discorde parmi la foule des nations... »

Et plus loin :

« O toi, doux régicide, cher agent de divorce entre le fils et le père, brillant profanateur du lit le plus pur d'Hymen, vaillant Mars, séducteur toujours jeune, frais, délicat et aimé, toi dont la splendeur fait fondre la neige sacrée qui couvre le giron de Diane, toi dieu visible,& qui soudes ensemble les incompatibles et les fais se baiser, toi qui parles par toutes les bouches et dans tous les sens, pierre de touche des cœurs, traite en rebelle l'humanité, ton esclave, et par ta vertu jette-la en des querelles qui la détruisent, afin que les bêtes aient l'empire du monde. »

kmgb.jpgEt Marx commente et explique les passages cités :

« Shakespeare décrit parfaitement l'essence de l'argent. Pour le comprendre, commençons d'abord par expliquer le passage de Goethe :

Ce qui grâce à l'argent est pour moi, ce que je peux payer, c'est-à-dire ce que l'argent peut acheter, je le suis moi-même, moi le possesseur de l'argent. Ma force est tout aussi grande que celle de l’argent. »

L’argent peut tout et donc il dissout tout :

« Les qualités de l'argent sont mes qualités et mes forces essentielles, – à moi son possesseur. Ce que je suis et ce que je peux n'est donc nullement déterminé par mon individualité. Je suis laid, mais je peux m'acheter la plus belle femme. Donc je ne suis pas laid, car l'effet de la laideur, sa force repoussante, est anéanti par l'argent. De par mon individualité, je suis perclus, mais l'argent me procure vingt-quatre pattes ; je ne suis donc pas perclus; je suis un homme mauvais, malhonnête, sans conscience, sans esprit, mais l'argent est vénéré, donc aussi son possesseur, l'argent est le bien suprême, donc son possesseur est bon, l'argent m'évite en outre la peine d'être malhonnête ; on me présume donc honnête; je suis sans esprit, mais l'argent est l'esprit réel de toutes choses, comment son possesseur pourrait-il ne pas avoir d'esprit ? »

L’argent devient/achète l’esprit :

« De plus, il peut acheter les gens spirituels et celui qui possède la puissance sur les gens d'esprit n'est-il pas plus spirituel que l'homme d'esprit? Moi qui par l'argent peux tout ce à quoi aspire un cœur humain, est-ce que je ne possède pas tous les pouvoirs humaine ? Donc mon argent ne transforme-t-il pas toutes mes impuissances en leur contraire ? »

Et il devient « le lien de tous les liens » :

« Si l'argent est le lien qui me lie à la vie humaine, qui lie à moi la société et qui me lie à la nature et à l'homme, l'argent n'est-il pas le lien de tous les liens ? Ne peut-il pas dénouer et nouer tous les liens ? N'est-il non plus de ce fait le moyen universel de séparation ? Il est la vraiemonnaie divisionnaire, comme le vrai moyen d'union, la force chimique[universelle] de la société. »

Marx synthétise l’envolée de Shakespeare (à qui les lobbies LGBTQ financés grassement font subir les pires avanies) :

« Shakespeare souligne surtout deux propriétés de l'argent :

1º Il est la divinité visible, la transformation de toutes les qualités humaines et naturelles en leur contraire, la confusion et la perversion universelle des choses ; il fait fraterniser les impossibilités.

2º Il est la courtisane universelle, l'entremetteur universel des hommes et des peuples. »

La définition vient :

« La perversion et la confusion de toutes les qualités humaines et naturelles, la fraternisation des impossibilités - la force divine - de l'argent sont impliquées dans son essence in tant qu'essence générique aliénée, aliénante et s'aliénant, des hommes. Il est la puissance aliénée de l'humanité.

Ce que je ne puis en tant qu'homme, donc ce que ne peuvent toutes mes forces essentielles d'individu, je le puis grâce à l'argent. L'argent fait donc de chacune de ces forces essentielles ce qu'elle n'est pas en soi; c'est-à-dire qu'il en fait son contraire. »

 

Sources 

Karl Marx, manuscrits de 1844 (classiques.uqac.ca)

Shakespeare, Timon…

lundi, 27 mai 2019

Analysis of "Men Among the Ruins" (Kulturkampf Podcast)

evolamar.jpg

Analysis of "Men Among the Ruins" (Kulturkampf Podcast)

Full episode about Julius Evola's most political work - "Men Among the Ruins" which was written after the second World War. It has previously been taken off youtube.
 

dimanche, 26 mai 2019

Interview mit Prof. Dr. David Engels zum Verfall der EU

davidengels.png

Interview mit Prof. Dr. David Engels zum Verfall der EU

Die westliche Welt steckt in einer Krise

Ex: https://www.freiewelt.net

Die EU ist in der Krise. Das ist ein Symptom einer viel tieferen Krise, in der allgemein die westliche Welt steckt. Dies zeigt sich am Verfall der Werte, an der außenpolitischen Überforderung, an der Deindustrialiserung und den restriktiven Maßnahmen zur Zensur.

Foto: Freie Welt

Freie Welt: Sehr geehrter Herr Prof. Engels: Befindet sich die EU in einer Krise?

Prof. Engels: Leider ja, sogar mehr denn je. Selbst die politischen Eliten, welche lange ausschließlich von einer „institutionellen“ Krise der EU gesprochen haben, sind zunehmend gezwungen anzuerkennen, daß es sich um nichts weniger als um eine echte Zivilisationskrise handelt, wie kürzlich noch Emmanuel Macron in seinem feierlichen Aufruf schrieb. Diese Krise ist freilich nicht durch die EU hervorgerufen worden (wenn diese auch das ihre dazu getan hat, sie zu verstärken); vielmehr könnte man sagen, daß die EU selber mitsamt ihren zahlreichen inneren Problemen nur ein Symptom der sich immer stärker verschärfenden Krise der westlichen Welt ist.

Freie Welt: Was sind für Sie die Hauptprobleme des heutigen Europa?

Prof. Engels: Die Liste ist lang: Gesellschaftliche Polarisierung, Masseneinwanderung, Bildungsnotstand, Fundamentalismus, verfallende Infrastrukturen, Terrorismus, demographischer Niedergang, Desindustrialisierung, Zerfall der klassischen Familie, Hedonismus, Überalterung, Rechtsrelativismus, explodierende Staatsschulden, Islamisierung, Elitendemokratie, Kasinokapitalismus, asymmetrische Kriege, absehbarer Bankrott der Rentenkassen, Zunahme krimineller Gewalt, bürokratische Überregulierung, Bedrohung der Sicherheit der Frau, ausufernde Sozialbudgets, Parallelgesellschaften, Instrumentalisierung der historischen Schuld der abendländischen Völker, Bargeldabschaffung mitsamt den sich potentiell daraus ergebenden Negativzinsen, immer größerer wissenschaftlich-technologischer Rückstand, zunehmender Aufbau eines flächendeckenden digitalen Überwachungssystems – und die Liste ließe sich noch lange fortsetzen und natürlich um die zahlreichen inneren Probleme des EU-Apparats wie auch die äußeren Bedrohungen des Kontinents durch ein expandierendes China, eine instabile USA, einen immer fundamentalistischeren Nahen Osten und ein demographisch gärendes Afrika ergänzen.

Freie Welt: Was macht für Sie die Eckpfeiler der europäischen Identität aus?

Prof. Engels: Die europäische – ich bevorzuge eigentlich das schöne Wort „abendländische“ – Identität besteht in der seit Jahrhunderten geteilten gemeinsamen Geschichte mit ihrer inneren Dynamik und Zusammengehörigkeit. Ein noch so oberflächlicher Blick in ein beliebiges Museum europäischer Kunst oder Geschichte, sei es nun in Portugal, Deutschland oder Polen, sollte eigentlich genügen, selbst dem historisch Unbedarftesten zu zeigen, daß das Abendland eine kulturelle Schicksalsgemeinschaft sondergleichen ist: Von der Romanik über Gotik, Renaissance, Barock, Rokoko, Klassizismus, Romantik und Historismus bis zum Modernismus; vom mittelalterlichen Katholizismus über die Reformation, die Wiederentdeckung der Antike, die Aufklärung und den Liberalismus bis zur gegenwärtigen „politischen Korrektheit“; von der Monarchie über den Feudalismus, die frühneuzeitlichen Territorialstaaten, den Absolutismus, die bürgerliche Demokratie und den Totalitarismus bis hin zur gegenwärtigen internationalen und globalistischen Ordnung – all dies betrifft nicht nur einen einzigen europäischen Nationalstaat, sondern verbindet uns alle von Lissabon bis Vladivostok und von Palermo bis nach Tromsø, und trennt uns gleichzeitig auch in schärfster Weise von den anderen großen Kulturräumen der Weltgeschichte. Die Wurzel jener geteilten Identität aber liegt in der gemeinsamen Auseinandersetzung mit dem Christentum, wobei zu betonen ist, daß in Europa selbst noch die Ablehnung des Christentums sich in geistig typisch christlich geprägter Weise vollzieht. Wir können unserem christlichen Erbe nicht entkommen, denn wir tragen es in uns.

Freie Welt: Warum verkörpert die heutige EU diese nicht? Warum fällt es vielen Bürgern heutzutage schwer, sich mit der EU zu identifizieren?

de-l2-1.jpgProf. Engels: Sehr einfach: Die EU glaubt, sich von der historischen Identität des Abendlands abwenden zu können und den (wiederum letztlich typisch christlich verankerten) Wunsch nach Selbstüberwindung und Selbstkritik so pervertiert überziehen zu können, daß sie ganz auf eine historische Fundamentierung ihrer Identität verzichtet und gewissermaßen in Erwartung künftiger Weltverbrüderung schon jetzt auf dem europäischen Kontinent einen universalistischen, multikulturellen, rein humanistisch und somit relativistisch fundierten Weltstaat aufbaut. Das ist in etwa so klug, als schneide man einer Pflanze die Wurzeln ab, damit ihre Bodenhaftung sie nicht am Wachstum hindere – und ebenso selbstzerstörerisch, denn das europäische Projekt kann sich über kurz oder lang nur in einen materialistischen, zynischen und hedonistischen Alptraum wandeln, wenn die „Werte“, auf denen es basiert, rein positivistisch gesetzt und somit beliebig interpretier- und manipulierbar sind, da ihnen jeglicher absoluter, sei es transzendentaler, sei es traditionaler Bezugspunkt fehlt.

Freie Welt: Ist es überhaupt möglich, alle Vorgänge und Lebensbereiche der europäischen Länder in Brüssel zu zentralisieren?

Prof. Engels: Möglich ist dies sicher – Stichwort Sowjetunion –; die Frage ist natürlich nur, wie lange, und um welchen Preis.

Freie Welt: Droht ein Verlust unserer europäischen Identität?

Prof. Engels: Dieser Verlust „droht“ ja leider nicht nur, er ist bereits zu einem großen Teil eingetreten. Freilich ist dies nicht unmittelbar die alleinige Schuld der europäischen Institutionen; vielmehr handelt es sich nur um die letzte Konsequenz eines typisch spätzeitlichen Selbsthasses, der sich schon in der Fin-de-siècle-Stimmung ankündigte und sich in den 1968ern erstmals voll entlud. Die Entwicklung ist heute schon so weit geraten, daß seit wenigstens einer, wenn nicht zwei Generationen eine weitgehende Loslösung von der eigenen Geschichte und somit den eigenen Werten stattgefunden hat: Die heutigen Europäer wandeln durch ihre Lebenswelt wie Fremde durch das Museum einer lange untergegangenen Kultur, und es steht zu fürchten, daß zusammen mit der geteilten Vergangenheit nicht nur die innere Verpflichtung zum Schutz dieses Erbes verlorengeht, sondern auch jegliche Solidarität zwischen den Menschen abendländischer Kultur.

Freie Welt: Was ist für Sie die Aufgabe einer Europäischen Union? Brauchen wir überhaupt eine europäische Gemeinschaft?

Prof. Engels: Ja, wir brauchen sie sogar unbedingt. Aber freilich nicht in der gegenwärtigen Form, welche den eigentlichen Interessen des Abendlands geradezu entgegengesetzt ist: Wir brauchen eine institutionalisierte Zusammenarbeit der abendländischen Staaten, welche deren Lebensart bewahrt und sie nach außen hin schützt. Heute haben wir das Gegenteil: Eine EU, welche wesentlich daran beteiligt ist, Welt- und Menschenbild der europäischen Völker durch Universalismus, Multikulturalismus und politische Korrektheit aufzulösen und den Kontinent gleichzeitig den Interessen einer kleinen globalistischen Wirtschafts- und Politikelite auszuliefern.

Freie Welt: Welche Rolle kommt in einer Europäischen Gemeinschaft in Ihren Augen den einzelnen Nationen zu?

Prof. Engels: Als Kulturmorphologe erwarte ich, auch auf Basis des Vergleichs mit der Entwicklung anderer Zivilisationen, daß der „Nationalstaat“ im Sinne des 19. Jhs. nur noch eine sehr begrenzte Zukunft hat: Die äußere wie innere Bedrohung Europas ist solchermaßen geartet, daß das Abendland gegen die Gefahr der demographischen Überflutung, der Islamisierung und der Unterwerfung unter die chinesische Hegemonie nur dann noch eine Zukunft hat, wenn die Nationalstaaten zumindest Teile ihrer Hoheitsrechte an eine höhere Instanz delegieren: Auf sich alleine gestellt, dürften die meisten europäischen Nationalstaaten, Deutschland inklusive, rasch in der einen oder anderen Weise als politische und kulturelle Akteure der Weltgeschichte ausscheiden. Freilich muß es im Gegenzug gesichert werden, daß jene gemeinsamen Institutionen nicht nur einer echten demokratischen Kontrolle unterliegen, sondern auch im Geiste der positiven inneren Verbundenheit mit der abendländischen Geschichte und den europäischen Interessen agieren – was zur Zeit ja leider reine Zukunftsmusik und letztlich der Grund für die Krise der EU ist. Mit den „Nationen“ steht es freilich anders: Sie gab es bereits vor dem Nationalstaat, und sie werden diesen wohl auch überleben, wenn auch zum einen die Grenzen zwischen den einzelnen Völkern aufgrund der hohen Binnenmobilität zunehmend (wieder) verschwimmen werden, und zum anderen aufgrund der allgegenwärtigen Amerikanisierung eine gewisse Verflachung stattfindet, die ihrerseits natürlich auch den Weg zu einer zunehmenden, auch politischen Vereinheitlichung des Kontinents ebnet. Das darf und soll man bedauern – aber man kann es nicht rückgängig machen. Wem tatsächlich am Alten gelegen ist, der darf nicht versuchen, den status quo ante zu restituieren (etwa die angeblich „gute alte Bundesrepublik“), sondern der muß revolutionär in die Zukunft hinein wirken. Di Lampedusa schrieb einmal: „Damit alles gleichbleibt, muß sich alles verändern“ – diesen Satz sollte man sich gerade auf Seiten der Konservativen zu Herzen nehmen.

Freie Welt: Ihr nun herausgegebenes Buch Renovatio Europae trägt den Untertitel Plädoyer für einen hesperialistischen Neubau Europas. Halten Sie die EU nicht für reformierbar? Warum braucht es einen Neubau?

Prof. Engels: In der Tat: Die EU ist aus eigenen Kräften gegenwärtig nicht reformierbar – und dieser Zustand wird sicherlich auch einige Jahre, wenn nicht Jahrzehnte andauern, bis die EU, zusammen mit unserer gegenwärtigen Gesellschaft, an ihren inneren Widersprüchen zerbricht und den Weg freimacht für eine Neuordnung. Das wird ein sehr schmerzhafter und gewaltsamer Prozeß werden, und auch der daraus hervorgehende Zustand wird wohl in Anbetracht der Sachlage kaum ein Idealstaat werden. Immerhin aber soll unser Buch helfen, schon jetzt, wo es gewissermaßen zunehmend im Gebälk kracht, einige Wege aufzuzeigen, wie man aus den kommenden Zeiten das Beste machen könnte, und wie wir zumindest das Wichtigste, nämlich unser abendländisches Welt- und Menschenbild, in die Zukunft hinüberretten können. Es geht also weniger um ein unmittelbar zu realisierendes Idealbild – dafür ist es ohnehin schon viel zu spät – als vielmehr um eine Art regulative Idee, die aber heute schon ihre Wirkmächtigkeit entfalten kann – vielleicht gerade weil sie den gegenwärtigen Zuständen so radikal entgegengesetzt ist.

Freie Welt: Der Titel ist, schreiben Sie, auch eine Provokation. Warum wollen Sie provozieren?

Prof. Engels: Eine der größten Probleme der Gegenwart ist die feige und opportunistische Suche nach Kompromiß, Konsens und kleinsten gemeinsamen Nennern. Dies hat nicht nur zur gegenwärtigen Dominanz der „politischen Korrektheit“ geführt, die ja paradoxerweise eben jenen Anti-Elitismus zum Motor einer einzigartigen politischen und gesellschaftlichen Polarisierung des Westens in „Völker“ und „Eliten“, in „reich“ und „arm“ umgestaltet hat; es hat auch zu einer fast völligen Gleichschaltung „konservativer“ Denker und Meinungen mit dem gegenwärtigen Zeitgeist geführt. Anstatt sich mutig zu Tradition und Geschichte zu bekennen, bemühen sich die meisten Konservativen, ihre Positionen durch das allgegenwärtige Vokabular des Linksliberalismus zu begründen: Dies bringt sie aber nicht nur in eine unüberwindliche Schieflage, sondern gestaltet ihren Kampf um die Gestaltung unserer Lebensumstände in ein bloßes Betteln um ihre Anerkennung als „eine Meinung unter mehreren“. In dieser Situation einmal den Spieß herumzudrehen und sich nicht anzubiedern, sondern im Gegenteil die in sich selbst ruhende Begründung der eigenen Überzeugung zu unterstreichen, schien mir ein dringend notwendiger Schritt, gerade in einer Zeit der zunehmenden Verengung und Verschiebung des Meinungskorridors.

Freie Welt: Wer sollte das Buch lesen?

Prof. Engels: Jeder!

Freie Welt: Der Begriff Hesperialismus ist uns noch nie begegnet: Was ist der Hesperialismus?

Prof. Engels: Mit „Hesperialismus“ ist die Überzeugung gemeint, daß das Abendland nur dann eine Zukunft hat, wenn es zum einen treu zu seinem historischen Erbe steht und seine Wurzeln pflegt, anstatt sie abzuschneiden, zum anderen aber politisch eng zusammenarbeitet, um sich gegen die zahlreichen Gefahren von innen wie von außen zu wehren. Diese Überzeugung ist insoweit „neu“ bzw. unüblich, als lange Jahre hinweg der kulturkonservative Standpunkt meist mit den sogenannten Nationalisten oder Euroskeptikern assoziiert wurde, während das Bekenntnis zu einem vereinigten Europa meist eher auf Seiten der Linken gepflegt wurde.

de-l3xxx.jpg

Freie Welt: Warum haben Sie ein neues Wort geschaffen? Hätte man nicht ein gängiges Wort neu definieren können?

Prof. Engels: Als Historiker bin ich natürlich sehr sensibel, wenn es um Begrifflichkeiten geht, und habe lange über die Frage nachgedacht. Leider ist es so, daß alle anderen Termini, welche ein ähnliches, patriotisches und gleichzeitig konservatives Bekenntnis zum Abendland hätten ausdrücken können, bereits ganz anders konnotiert waren. „Europäismus“ zum Beispiel ist heute ein Standardbegriff, um nicht etwa die eigentlichen „pro-Europäer“ zu bezeichnen, sondern vielmehr die Anhänger der EU mitsamt ihrer gegenwärtigen politisch korrekten Ideologie. Oder nehmen Sie „Okzidentalismus“ – hier denkt natürlich jeder an den Gegenbegriff „Orientalismus“ und die Debatte um Edward Said. Und ich will erst recht schweigen vom „Westlertum“, was ja auch nur als Antonym zu den „Slawophilen“ verständlich ist. Da war es angebracht, einen neuen Begriff zu prägen, und was lag näher, als die griechische Bezeichnung für den äußersten Westen der damals bekannten Welt, die Inseln der Hesperiden, zum Ausgangspunkt zu nehmen; umso mehr, als sie ja auch auf jene typisch abendländische, „faustische“ Sehnsucht nach dem verweisen, was immer „hinter dem Horizont“ ist, dem klassischen „plus ultra“…

Freie Welt: Wer sind für Sie die Feinde eines >>hesperialistischen Europas<<? Wo sehen Sie die größten Gefahren für Europa?

Prof. Engels: Das „hesperialistische“ Abendland ist von zahlreichen Seiten bedroht. Einige dieser Konflikte sind konkreter Art: In der multipolaren Welt des 21. Jh.s kann nur harter realpolitischer Pragmatismus, verbunden mit der Bereitschaft, schmerzliche Entscheidungen zu treffen, um noch Schlimmerem vorzubeugen, es verhindern, daß wir den Gefahren von Osten, Westen oder Süden erliegen oder an der inneren Spaltung in Klassen und Parallelgesellschaften zugrundegehen. Ein anderes Schlachtfeld – m.E. das eigentlich entscheidende – ist der Kampf um die innere, seelische Ausrichtung der letzten Abendländer: Denn der eigentliche „Feind“ Europas sitzt nicht, wie von vielen „Populisten“ behauptet, in den islamischen Vororten von Paris, London, Brüssel, Berlin oder Stockholm, auch wenn die Aufgabe, jene Bürger in das zu integrieren, was von der „Mehrheitsgesellschaft“ übrigbleibt, eine enorme Herausforderung ist. Der eigentliche Feind sitzt in uns selbst: Die Tendenz, uns von der Verpflichtung unserer Vergangenheit abzukoppeln und nur an uns und nicht unsere Vorfahren oder Nachkommen zu denken; die Versuchung, den letzten Fragen auszuweichen und ein tierhaftes, nur auf Bedürfnisbefriedigung ausgerichtetes Leben zu verbringen; die Feigheit, lieber mit der Masse zu gehen, um ungestört zu bleiben, als anzuecken; der Wunsch, keine Unterscheidungen mehr treffen zu müssen, aus jeder Ausnahme gleich eine Regel zu machen und Fragen von Gut und Böse elegant positivistisch zu relativieren; der einfache Opportunismus, in jedem Augenblick moralische Maximalpositionen zu vertreten, aus deren Unmöglichkeit sowohl ein gutes Gewissen als auch die praktische Unmöglichkeit ihrer Verwirklichung folgen, etc. Das ist der eigentliche Feind, den es zu bekämpfen gilt – und er ist heute mächtiger denn je.

Freie Welt: Glauben Sie, dass derzeit eine Bewegung entsteht, welche die linke Meinungsdominanz durchbricht? Welche Rolle sehen Sie darin für Ihr Buch?

Prof. Engels: Ich denke in der Tat, daß die Gegenbewegung zum politisch korrekten Linksliberalismus immer stärker wird, auch wenn es wohl viele Jahre, wenn nicht Jahrzehnte dauern wird, bis auf einen (ebenfalls noch in einiger Zukunft stehenden) politischen Wandel auch ein wirklich kultureller und gesellschaftlicher folgen wird – Stichwort „Marsch durch die Institutionen“. Doch reicht es nicht, jene Dominanz nur zu brechen – was soll an ihre Stelle treten? Die sogenannten „konservativen“ oder „populistischen“ Bewegungen sind tief gespalten, nicht nur, was etwa die Ausrichtung gegenüber Rußland betrifft, sondern auch und gerade die Werte: Laizismus oder Christentum; liberale oder soziale Marktwirtschaft; nationalistischer oder abendländischer Patriotismus; Positivismus oder Naturrecht; Modernismus oder Klassizismus; Individualismus oder Traditionalismus; Hedonismus oder Transzendenz… Sollte mein Buch mithelfen, die Waage zugunsten der jeweils zweiten Richtung ausschlagen zu lassen, wäre ich bereits überglücklich.

Freie Welt: Warum wir ein konservatives Weltbild heutzutage oft als rechtspopulistisch gebrandmarkt? Woher kommt all der Haß auf die konservativen Kräfte?

Prof. Engels: Vordergründig ließe sich natürlich einmal mehr das Trauma des Zweiten Weltkriegs und des Totalitarismus bemühen, aber das greift natürlich viel zu kurz, denn dann müßte eine ähnliche Abneigung auch gegen linke Kräfte bestehen, was generell nicht oder doch nicht im selben Maße der Fall ist. Auch kennen wir eine analoge Entwicklung ja gerade in jenen Staaten wie dem Vereinigten Königreich oder den USA, welche selber nie durch totalitäre Regime geprägt waren. Nein, die zunehmende Polarisierung in ein „universalistisches“ und ein „traditionalistisches“ Lager – denn das sind die einzigen Bezeichnungen, die gegenwärtig politisch überhaupt noch Sinn machen – geht mindestens bis auf den Ersten Weltkrieg zurück, wo wir sie im Kampf der „Zivilisation“ gegen die „Kultur“ finden, wie Thomas Mann sie in den „Betrachtungen eines Unpolitischen“ wortreich beschwor, und hatte bereits da eine Dimension erreicht, welche es eigentlich nötig machen würde, die Ursachen jener Spaltungen bis hin zur Französischen Revolution, ja vielleicht sogar bis zur Reformation zurückzuverfolgen (aber ich schweife ab) und gewissermaßen als allgegenwärtige anthropologische Konstante anzunehmen, die sich im Laufe der Kulturgeschichte mal zugunsten der einen, mal der anderen Richtung mit einer gewissen Regelhaftigkeit entwickelt. In dieser Hinsicht bin ich sehr von Oswald Spengler geprägt…

Freie Welt: Wird sich die Spaltung der Gesellschaft noch vertiefen?

Prof. Engels: Ganz sicherlich. In einigen Monaten oder Jahren werden massive Verteilungskämpfe einsetzen, wenn die Sozial- und Rentenfürsorge zerbricht, die Enteignung des Bürgers durch die Eurorettung (in Deutschland) bzw. die aufoktroyierte Austeritätskur (in Südeuropa) manifest wird und die Alimentierung immer größerer Migrantenmengen ins Visier der ausgebeuteten Bürger tritt. Kleinste Auslöser können hier rasch einen Flächenbrand entzünden, den zu löschen wohl viele Jahre, vielleicht sogar Jahrzehnte in Anspruch nehmen wird.

Freie Welt: Glauben Sie, dass die Kräfte des Establishments Ihre Anstrengungen noch intensivieren werden, um Ihre Macht zu erhalten? Was bedeutet dies für die freie Meinungsäußerung?

Prof. Engels: Es wird ihnen keine andere Möglichkeit bleiben: Zum einen macht die Stärke der „Populisten“ überall in Westeuropa „große Koalitionen“ zu einer institutionellen Notwendigkeit, so daß bis auf ein störrisches „Weiter so“ bzw. „Wir schaffen das“ machttechnisch nur noch eine punktuelle Alimentierung einzelner Wählerkreise möglich sein wird, nicht aber eine grundlegende Reform des gesamten Systems – ganz zu schweigen davon, daß letzteres ja auch ein Eingeständnis der eigenen Fehler wäre. Selbst einzelne Wahlsiege der „Populisten“ egal welcher Obedienz werden in Anbetracht der Interdependenz der europäischen Staaten untereinander nur wenig Einfluß auf die generelle geschichtliche Dynamik Europas in den kommenden Jahren ausüben können. Die öffentliche Debatte wird sich angesichts dieser politischen Polarisierung sicherlich weiter verschärfen: Das „politisch korrekte“ Spektrum wird in Anbetracht der nötigen, nahezu manichäischen Abgrenzung nach „rechts“ zunehmend enger werden und Abweichungen vom Erlaubten immer stärkere berufliche und gesellschaftliche Konsequenzen haben; das „konservative“ Spektrum aber wird wohl zunehmend stärker hervortreten und sich trotz der Gängelung der alternativen und sozialen Medien seine Kanäle zu schaffen wissen.

Freie Welt: Warum haben Sie sich für eine Aufsatzsammlung entschieden?

Prof. Engels: Das ganze Projekt entstammt ja einem Forschungsprojekt, welches ich seit 2018 am polnischen „Instytut Zachodni“ in Posen betreuen durfte. Erstes Ziel war es, Intellektuelle aus ganz Europa zu vernetzen, welche sich sowohl durch einen gewissen Kulturkonservatismus als auch durch eine positive Haltung der europäischen Vereinigung gegenüber kennzeichnen, um in dieser Hinsicht so etwas wie eine neue Öffentlichkeit zu schaffen. Polen war hierfür der ideale Ort, da gerade die polnische Öffentlichkeit (wie ohnehin alle Visegrad-Staaten) durch eine grundsätzlich positive Haltung gegenüber der europäischen Idee geprägt ist, ohne dafür doch ihre Liebe zur eigenen Kultur und zur historischen abendländischen Tradition opfern zu wollen – kein Wunder also, daß bei unserer Tagung zahlreiche interessierte Vertreter der polnischen Regierung und des polnischen Parlaments anwesend waren. Zweites Ziel war es, nicht auf der üblichen Ebene der Klagen über die (schlechte) Gegenwart und der kritiklosen Idealisierung der „guten alten Zeit“ zu verharren, sondern konkrete Reformvorschläge für Nationalstaat wie Europäische Union zu durchdenken. Das Resultat kann sich sehen lassen: Wir haben renommierte Denker aus Frankreich, dem Vereinigten Königreich, Belgien, Deutschland, Italien, Ungarn und Polen verpflichten können und dadurch gezeigt, daß „Konservatismus“ eben nicht mit Nationalismus gleichbedeutend sein muß, sondern ganz im Gegenteil Geister aus ganz Europa im konstruktiven Bemühen um eine innere Erneuerung vereinen kann.

de-l1.jpgFreie Welt: Was kennzeichnet die einzelnen Aufsätze? Wer sind die Autoren?

Prof. Engels: Wir haben uns bemüht, das weite Feld abendländischer Identität in verschiedene Schwerpunktbereiche aufzuteilen und von jeweils einem unserer Mitarbeiter analysieren zu lassen (mit einem Geleitwort von Justyna Schulz, der Direktorin des „Instytut Zachodni“). Chantal Delsol etwa, Philosophin, Gründerin des Hannah-Arendt-Instituts und Professorin an der Universität Marne-La-Vallée, untersucht die gegenwärtige Migrationskrise und plädiert nicht nur für einen größeren Realismus und Pragmatismus bei der Aufnahme neuer Einwanderer, sondern auch die Stärkung der europäischen Leitkultur. Alvino­Mario Fantini, ehemaliger Vorsitzender des Hayek-Instituts und Herausgeber der Zeitschrift „The European Conservative“, spürt den historischen Wurzeln des abendländischen Weltbilds nach und unterstreicht die Notwendigkeit einer inneren Rückkehr der Europäer zu ihrer christlichen Identität. Birgit Kelle, Publizistin und Journalistin, analysiert den gegenwärtigen Zerfall der Gesellschaft durch die „Gender“-Ideologie und engagiert sich für selbstbestimmte, aber den traditionellen Geschlechterrollen gegenüber durchaus positive Neubestimmung der europäischen Familienstrukturen. Zdzisław Krasnodębski, Professor für Soziologie an der Universität Bremen und Vize-Präsident des Europäischen Parlaments, zerlegt in seinem Beitrag auf sehr nuancierte Weise die Eckpunkte politisch korrekten Denkens und Handelns auch im Kontext der Spaltung zwischen West- und Osteuropa und setzt sich für eine selbstbewußtere Mitgestaltung der europäischen Einigung durch konservative Politiker an. András Lánczi, Professor für Politologie und Rektor der Corvinus-Universität in Budapest, zeigt den Widerspruch zwischen Naturrecht und positivistischem Rechtsrelativismus auf und unterstreicht die Bedeutung einer Einbindung historischer Werte in moderne Verfassungen. Max Otte, bekannter Wirtschaftswissenschaftler und Finanzexperte und Initiator des „Neuen Hambacher Festes“, bespricht die Probleme des gegenwärtig dominierenden angelsächsischen Wirtschaftsliberalismus und fordert eine Rückkehr zum kontinentalen Modell sozialer Marktwirtschaft, wie sie auch in der christlichen Soziallehre verteidigt wurde. Jonathan Price, Dozent für Philosophie an den Universitäten von Oxford und Warschau sowie Sekretär der „Vanenburg Society“, liefert eine transzendentale Einordung der gegenwärtigen modernistischen Ästhetik, zeigt, wie untrennbar diese vom Zerfall unserer gesellschaftlichen und politischen Ordnung ist, und wirbt für eine Rückbesinnung auf eine „klassische“ Ästhetik, welche auch zu einer Stärkung der politischen und kulturellen Solidarität der Europäer beitragen könnte. Ich selbst schließlich habe in meinem Beitrag versucht, die gegenwärtige (Fehl-)Entwicklung der EU in einen breiteren geschichtsphilosophischen Kontext einzuordnen und die Umrisse einer möglichen künftigen europäischen Verfassung zu skizzieren, welche sich durch radikale Subsidiarität wie eine konsequente Rückbesinnung auf unsere historischen Werte auszeichnet.

Freie Welt: Ein zentrales Thema, das in „Renovatio Europae“ immer wieder umkreist wird, ist die Begründung einer europäischen Verfassung. Warum braucht Europa eine Verfassung und wie sollte diese gestaltet sein?

Prof. Engels: Daß der Bürger weder genau weiß, was die EU letztlich institutionell sein will, noch, wohin sie sich entwickelt, trägt sicherlich zu der großen Verunsicherung unserer heutigen Zeit bei: Niemand besteigt gerne ein Schiff, dessen Ziel er nicht kennt, und dessen Kapitän er nicht vertraut. Bedenkt man, daß durch den Europäischen Gerichtshof und die gezielten Unklarheiten der gegenwärtigen Verträge einem ungesteuerten Wildwuchs der Institutionen ebenso wie einer beliebigen Interpretation der europäischen „Werte“ Tür und Tor geöffnet sind, kann man dem Bürger kaum Unrecht geben. Allein schon aus diesen Gründen scheint es mir wie vielen anderen Projektmitarbeitern unerläßlich, dem Schiff Europa durch eine mehr oder weniger definitive und klare Verfassung gewissermaßen eine effiziente Kommandostruktur zu geben, welche nationale Eigenarten ebenso wie eine hinreichende Steuerbarkeit des gesamten Unternehmens sichert und zudem die Rückbindung der europäischen Werte an jene transzendentale Dimension gewährleistet, welche alleine das Schiff auf Kurs zu halten vermag. Ganz konkret gesprochen bedeutet dies, Parlament und europäischen Rat zu den zwei Kammern einer wahrhaft demokratischen Volksvertretung umzugestalten, bei der die alleinige Gesetzbefugnis liegt, und welche zudem eine kleine Zahl von Staatssekretären bestellt, die an die Stelle der Kommission zu treten haben und sich mit einer Handvoll von Schlüsselbefugnissen beschäftigen (Schutz der Außengrenzen, Zusammenarbeit bei der Verbrechensbekämpfung, Infrastruktur, strategische Ressourcen, Forschungskooperation, legale Abstimmungsverfahren, Finanzen). Nur Außenpolitik und innere Streitschlichtung sollten einem von der Gesamtbevölkerung gewählten Magistraten übertragen werden, der gleichzeitig als äußerer Repräsentant der Union dienen kann. Die Verfassung sollte darüber hinaus aber auch das klare Bekenntnis zu den historischen Leitwerten der abendländischen Kultur enthalten (antikes und jüdisch-christliches Erbe, abendländisches Familienbild, sozialverträgliche Wirtschaft, naturrechtliche Prinzipien, etc.), welche der gegenwärtigen Beliebigkeit bei der Interpretation rein rechtspositivistisch begründeter „Werte“ entgegentreten und darüber hinaus eine verfassungsrechtliche Bestätigung des jahrhundertealten abendländischen Menschenbilds liefern sollen, welche erst eine langfristig glückliche Integration fremder Einwanderer möglich macht…

Freie Welt: Wie müssten sich europäische Konservative in Ihren Augen heutzutage vernetzen und wo finden Sie die stärksten Bündnispartner?

Prof. Engels: Ich denke, die vorrangige Frage seitens der gegenwärtigen „Konservativen“ ist die ideologische Entscheidung zwischen Liberalismus und Traditionalismus; alles andere folgt daraus. Diese Wahl konnte sowohl aus innerer Unsicherheit wie auch aus wahltaktischen Gründen lange aufgeschoben werden; die Unklarheit über den einzuschlagenden Kurs ist aber mittlerweile ein Hemmnis geworden, und selbst, wenn eine solche Trennung zeitweise einen wahltaktischen Rückschlag bringen könnte, würde sie doch zu einer deutlichen Schärfung des Profils und einem langfristigen Glaubwürdigkeitsgewinn führen. Was die Bündnispartner betrifft, so ist es zum einen unerläßlich, eine möglichst europaweite Front aufzubauen und die entsprechenden Wahlprogramme möglichst kompatibel (ich sage bewußt nicht: identisch) zu gestalten. Darüber hinaus gilt es aber auch, den Anschluß an unpolitische Organisationen zu finden und in die Zivilgesellschaft hineinzuwirken. Ich denke hier nicht nur an die Kirchen, Gewerkschaften, Schulen und Universitäten, sondern auch an das in Zukunft sicher steigende Bedürfnis nach sozialer Absicherung und nach Schutz vor steigenden Verbrechensraten und zunehmender Rechtsunsicherheit – hier einzuhaken, würde einen definitiven Vorteil bringen.

Freie Welt: Was erhoffen Sie sich in diesem Zusammenhang von der Übersetzung von Renovatio Europae in andere Sprachen?

Prof. Engels: Es war unsere feste Überzeugung, daß alle europäischen Staaten mit analogen Problemen konfrontiert sind, und auch eine langfristige Lösung nur auf europäischer Ebene stattfinden kann. Dementsprechend darf auch die Diskussion dieser Fragen nicht auf einzelne Nationalstaaten begrenzt bleiben, sondern muß auf dem ganzen Kontinent geführt werden. Wir sind daher sehr glücklich, daß neben der deutschen auch eine französische, englische, polnische und spanische Version unseres Buchs erscheinen wird. Gerade in Anbetracht der Tatsache, daß aufgrund der gegenwärtigen Medienlandschaft viele Europäer nur ein sehr ungenügendes Bild von den Verhältnissen im jeweiligen Nachbarland haben, das ihnen in der Regel nur dem Grade der dort herrschenden politischen Korrektheit entsprechend verzerrt präsentiert wird, ist übernationale Aufklärungsarbeit ein echtes Desiderat.

de-lnl.jpgFreie Welt: Was kann in Ihren Augen der einzelne Bürger heutzutage noch bewirken?

Prof. Engels: Der Gestaltungsspielraum des Einzelnen ist in einem Staatengebilde von einer halben Milliarde Menschen natürlich höchst beschränkt, zumal der gegenwärtig herrschende Geist im besten Fall eine apolitische innere Immigration, im schlechtesten die opportunistische Unterwerfung unter den ideologischen Mainstream fördert. Trotzdem mag gerade dies eine echte Chance sein: Wo keiner seine Stimme erhebt, da schallt der Ruf des Querdenkers umso lauter, wenn er nur die Wände des Schweigens durchbricht, welche leider von vielen Medien aufgerichtet werden. Und natürlich gilt heute wie immer in der Geschichte: Das echte Heil kommt niemals von der Gesellschaft, sondern immer aus dem Inneren. Für unsere Belange bedeutet dies, daß eine äußere Erneuerung oder doch wenigstens hinreichende Stabilisierung des alternden und verfallenden Europas nur dann Früchte tragen kann, wenn sie auch von einer inneren Rückbesinnung begleitet wird. Wie dies selbst unter widrigsten Umständen erreicht werden kann, zeigt Ernst Jüngers „Waldgänger“ – und in diesem Sinne wird in den nächsten Wochen ein weiteres Büchlein von mir erscheinen (zunächst nur in der französischen Version mit dem an Tschernyschewski angelehnten Titel „Que faire?“ – „Was tun?“), in dem es darum geht, wie man als unpolitischer Einzelner mit dem Niedergang Europas leben kann, ohne an seinem kulturellen Erbe zu verzweifeln. Hoffentlich wird auch eine deutsche Fassung erscheinen. Michel Houellebecq hat sich jedenfalls bereits sehr positiv über das Buch geäußert…

Freie Welt: Welche Rolle werden die Christen bei dem Neuaufbau Europas spielen? Glauben Sie an ein Wiedererstarken des christlichen Glaubens in Europa?

Prof. Engels: Das Christentum wird, wie ich gleichzeitig erwarte und erhoffe, eine wesentliche Rolle bei diesem Neuaufbau oder doch wenigstens bei der Festigung Europas spielen, aber als kulturmorphologischer Denker erwarte ich nicht, daß es hierbei zu einer echten spirituellen Neugeburt kommen wird – dafür sind wir zu weit gegangen, und dafür sind unsere zivilisatorischen Kräfte auch zu erschöpft. Immerhin aber steht zu hoffen, daß – wie im augusteischen Principat – ein „hesperialistisches“ Europa wesentlich auf einer kollektiven Rückbesinnung auf die christliche Tradition als ultimativer „Leitkultur“ des Kontinents beruhen wird; eine Art bewußte, gewissermaßen posthume Verklärung eines Erbes, das zumindest in einzelnen Menschen immer noch lebt und wirkt, und das auch in jenen, die zum Glauben selbst nicht mehr finden können, doch zumindest Liebe und Ehrfurcht hervorrufen kann. Denkt man an den gegenwärtigen Grad der Entchristlichung des laut Benedikt XVI. längst „heidnisch“ gewordenen Europas, wäre dies mehr, als die meisten von uns überhaupt erhoffen können – und vielleicht auch mehr als das, was wir nach der leichtfertigen Verschwendung unseres Erbes verdient haben.

Freie Welt: Sehr geehrter Prof. Engels, wir danken Ihnen sehr für das Gespräch.

[Siehe auch Buchrezension zum neuesten Werk von Professor Engels HIER]

EL TIEMPO QUE URGE, PABLO DE TARSO Y CARL SCHMITT

reveil.jpg

EL TIEMPO QUE URGE, PABLO DE TARSO Y CARL SCHMITT

Por Antonio Sánchez García
Ex: http://elblogdemontaner.com

“La contracción del tiempo, el re-manente (1 Cor 7,29: «el tiempo es breve [lit., ‘contraído/abreviado’], el resto,..*) es la situación mesiánica por excelencia, el único tiempo real.” Giorgio Agamben, El tiempo que resta.

A Baltasar Porras y Ovidio Pérez Morales

1

El centrismo apaciguador y dialogante de todos los tiempos ha odiado al jurista y pensador alemán Carl Schmitt, concentrando su escandaloso reclamo en contra de su radicalidad filosófico política en dos frases que condensan su amplia obra de teología política: “soberano es quien decide del estado de excepción”, frase con la que encabeza una de sus obras más importantes: Teología Política (1922); y “la diferenciación específica a la que se dejan remitir las acciones y motivaciones políticas, es la diferencia de amigo y enemigo”, la frase más sustantiva y polémica de su obra príncipe El concepto de lo político (1932).[1]

Para ello ocultan o dicen desconocer sus críticos, poco importa si de buena o mala fe, que no existe reflexión divorciada del contexto histórico político que lo sustenta, lo que Hegel sintetizara en una de sus más polémicas frases, si se piensa que su pensamiento es la culminación del idealismo alemán: Wahrheit ist konkret, la verdad es concreta. Ortega, tan mal preciado e incomprendido a pesar de su inmensa estatura intelectual, lo tradujo a su aire, con esa excelencia estilística que lo caracterizara: “Yo soy yo y mi circunstancia y si no la salvo a ella no me salvo yo.” (Meditaciones del Quijote, Madrid, 1914)

teologie.jpgCarl Schmitt, alemán, católico in partibus indifelis y profundo conocedor de la teología cristiana, que fundamenta y da sentido a su pensamiento y acción, sólo es verdaderamente compresible en función de su circunstancia y sus esfuerzos por salvarla.  Nació y vivió en medio de los tormentosos tiempos de la confrontación bélica que definió a la Europa de comienzos del Siglo XX y culminara en las dos Guerras Mundiales, las más devastadoras conflagraciones bélicas de la historia humana, culminando en los dos totalitarismos del siglo pasado: La revolución rusa de Lenin-Stalin y la revolución alemana de Adolf Hitler. Cuyas más nefastas  consecuencias sirven de telón de fondo a su pensamiento.

¿Alguien puede negar que bajo el imperio de esas circunstancias lo político no fuera la confrontación amigo-enemigo? Pues esos años y todos los que le siguieran, hasta el día de hoy, hicieron carne de las ideas expuestas por Thomas Hobbes en su Leviatán (Londres, 1651), según las cuales el estado natural que subyace a la historia de la humanidad es la barbarie: bellum omnia contra omnes, la guerra de todos contra todos. Razón que, según el mismo Hobbes, habría impuesto la necesidad de crear un monstruo que pudiera contener, delimitar, regular y si fuera posible, impedir dicha belicosidad y enemistad primigenia en que se desarrolla la existencia humana: el Estado, ese Leviatán bíblico que impera en los mares. Cuestionado, convertido en botín de las facciones en pugna y neutralizado por esa guerra de todos contra todos, caerían las sociedades en un estado de casi barbarie primigenia, como en su tiempo caerían las salvajes sociedades americanas, tal cual lo indica en su magna obra: “Los pueblos salvajes en varias comarcas de América, si se exceptúa el régimen de pequeñas familias cuya concordia depende de la concupiscencia natural, carecen de gobierno en absoluto, y viven actualmente en ese estado bestial a que me he referido. De cualquier modo que sea, puede percibirse cuál será el género de vida cuando no exista un poder común que temer, pues el régimen de vida de los hombres que antes vivían bajo un gobierno pacífico, suele degenerar en una guerra civil.”[2]

Es, precisamente, ese estado, el que ha sido caracterizado por el concepto introducido por Carl Schmitt en la polémica político ideológica de nuestro tiempo como “estado de excepción” (Ausnahme Zustand) . Su esencia: el Estado ha perdido su poder de decisión y control soberano y la guerra de todos contra todos, redefinida por Schmitt en la inseparable dualidad de amistad y enemistad (Freundachft-Feinschft) – conceptos generales que nada tienen que ver con las relaciones personales entre los sujetos, sino con la densidad del enfrentamiento por la conquista del Poder, es decir: la apropiación del Leviatán – se convierte en la lucha mortal por conquistarlo. La sociedad, sin una soberanía fundante de legitimidad aceptada por el conjunto de los ciudadanos – tal como acontece hoy en Venezuela, con dos gobiernos yuxtapuestos sin reconocimiento recíproco ni aceptados por el conjunto social – , queda a la deriva y susceptible al asalto de la más combativa, decidida y voluntariosa de las partes en combate para restablecer la soberanía, ya esté en manos de amigos o de enemigos.

ca.jpgSon esos conceptos, soberanía y legitimidad, como la valoración de las virtudes clásicas del soberano capaz de resolver el estado de excepción – la decisión y la voluntad – las que incomodan y disgustan a nuestros dialogadores, conciliadores y pacifistas de fe y profesión. Pues carecen de ellos. Es la tara que se encuentra en la raíz de esta oposición “conversadora”, para usar otro concepto caro al jurista alemán. En este caso concreto, privilegiar el diálogo y la conversación, el espurio entendimiento de partes ontológicamente enemigas y contrapuestas, antes que luchar con decisión y voluntad para restablecer la soberanía democrática, única capaz de ejercer una hegemonía legal y jurídica aceptada por el todo social. Negarse, como lo afirmara el pensador judío alemán Jacob Taubes en su ardorosa defensa de Carl Schmitt[3], a compartir el katechon, ese concepto paulista que invoca la necesidad de ponerle fin al caos y oponerse a las tendencias apocalípticas que estallan cuando las fuerzas disgregadoras provocan un estado de excepción. Y ello, como lo afirma Pablo en su Epístola a los romanos, con la urgencia debida, ho nyn kairós, en el “momento presente», vale decir: “en el tiempo que resta”. Ahora mismo, no el día de las calendas.

2

Si bien estamos en un ámbito estrictamente filosófico y desde un punto de vista fenomenológico la descripción y la caracterización conceptual propuesta por Schmitt no supone juicios psicológicos individuales ni valoraciones morales: el enemigo es enemistad política pura, a la búsqueda del control sobre el sistema establecido, que persigue con las armas en la mano  quebrantar, poseer y transformar de raíz, y el amigo es, a su vez, o debiera ser, su mortal contrincante, aquel que recurriendo al imperativo del echaton, defiende con voluntad y decisión el estado de derecho, ho nyn kairós, en el tiempo que nos resta, vale decir: ahora mismo. El amigo lo es para quienes están de este lado del asalto, de la fracción de los asaltados – los demócratas – , de ninguna manera del lado de los asaltantes – los autócratas. Estos son, en estricto sentido schmittiano, un mortal enemigo. Lo que, llegado el momento del inevitable enfrentamiento, puede incidir y de hecho incide, sobre la percepción y la voluntad de los contrincantes en su esfera personal. Dice Schmitt: “Los conceptos amigo y enemigo deben ser tomados en su sentido concreto, existencial, y no como metáforas o símbolos, ni mezclados ni debilitados a través de otras concepciones económicas, morales, y muchísimo menos en un sentido privado, individualista, en sentido psicológico como expresión de sentimientos y tendencias individuales. No son oposiciones normativas ni contradicciones ‘puramente espirituales’.  En un típico dilema entre espíritu y economía, el liberalismo pretende diluir al enemigo en competidor comercial (Konkurrent), y desde el punto de visto político espiritual en un mero antagonista de un diálogo. En el ámbito de lo económico no existen, por cierto, enemigos sino sólo competidores, y en un mundo completamente moralizado y purificado éticamente puede que existan, si acaso,  sólo dialogantes.” [4]Desde luego, no en la realidad. Ni muchísimo menos en la nuestra, como quedara demostrado en Santo Domingo, desmentido de manera cruel y sangrienta en el enfrentamiento amigo-enemigo de la masacre de El Junquito. Oscar Pérez es el símbolo, la metáfora, de una enemistad ontológica, mortal. Todo diálogo pretende enmascararla en un falso entendimiento. Como ahora mismo el de Oslo.

csjt.jpgLa diferenciación schmittiana es de trascendental importancia, precisamente porque quienes más se oponen a su cabal comprensión son aquellos sectores “liberales”, también en sentido schmittiano, – digamos: electoralistas, parlamentaristas, habladores y dialogadores, así sean socialdemócratas o socialcristianos, incluso liberales – , que, incapaces de comprender la totalidad social en disputa y asumir, consecuentemente, la naturaleza existencial, biológica de la guerra que nos ha declarado el chavomadurismo castro comunista – confunden enemistad con “competencia” y buscan en el diálogo y el contubernio resolver cualquier obstáculo a su justa ganancia. Confunde el ámbito de lo político con el mercado, y al Estado con la Asamblea Nacional. Olvidando, es decir traicionando el hecho de que el origen de la República, como Estado soberano, nació y se forjó de una Guerra a Muerte y de que, sentando un precedente hoy brutalmente irrespetado por los partidos de la que en el psado inmediato fuera la MUD y es hoy el llamado Frente Amplio, desconocen la decisión propiamente schmittiana, aunque a más de un siglo de distancia de la formulación del jurista alemán, que dictó el mandato definitorio del parto de nuestra Nación: «Españoles y Canarios, contad con la muerte, aun siendo indiferentes, si no obráis activamente en obsequio de la libertad de América. Americanos, contad con la vida, aun cuando seáis culpables.» Fue la Guerra a Muerte, en “donde todos los europeos y canarios casi sin excepción fueron fusilados” según el balance que hiciera Bolívar. Si no el texto, el sentido debiera ser emulado. Lo traicionan quienes se confabulan con los asaltantes y, con buenas o malas intenciones, se hacen cómplices de la guerra a muerte contra nuestra democracia y nuestra República. Tampoco Bolívar se opuso al diálogo y la negociación. Pero no en 1812, cuando declarara la Guerra a Muerte, sino en 1820, cuando la guerra estaba ganada. Traicionan a la República quienes lo olvidan.

[1] “Die spezifisch politische Unterscheidung, auf welche sich die politischen Handlungen und Motive zuruckzufahren Lassen, ist die Unterscheigung con Freund und Feind.” Carl Schmitt, Der Begriff des Politischen, Duncker & Humblot, Berlin, 2002.

[2] Thomas Hobbes, El Leviatán, Pág.104. Fondo de Cultura Económica, México, 1994.

[3] Jacob Taubes, La Teología Política de Pablo

[4] Ibídem, Pág. 28.

samedi, 25 mai 2019

Algorithmic Governance and Political Legitimacy

intelligence-artificielle.jpg

Algorithmic Governance and Political Legitimacy

Ex: https://americanaffairesjournal.org

In ever more areas of life, algorithms are coming to substitute for judgment exercised by identifiable human beings who can be held to account. The rationale offered is that automated decision-making will be more reliable. But a further attraction is that it serves to insulate various forms of power from popular pressures.

Our readiness to acquiesce in the conceit of authorless control is surely due in part to our ideal of procedural fairness, which de­mands that individual discretion exercised by those in power should be replaced with rules whenever possible, because authority will inevitably be abused. This is the original core of liberalism, dating from the English Revolution.

Mechanized judgment resembles liberal proceduralism. It relies on our habit of deference to rules, and our suspicion of visible, personified authority. But its effect is to erode precisely those pro­cedural liberties that are the great accomplishment of the liberal tradition, and to place authority beyond scrutiny. I mean “authori­ty” in the broadest sense, including our interactions with outsized commercial entities that play a quasi-governmental role in our lives. That is the first problem. A second problem is that decisions made by algorithm are often not explainable, even by those who wrote the algorithm, and for that reason cannot win rational assent. This is the more fundamental problem posed by mechanized decision-making, as it touches on the basis of political legitimacy in any liberal regime.

I hope that what follows can help explain why so many people feel angry, put-upon, and powerless. And why so many, in expressing their anger, refer to something called “the establishment,” that shadowy and pervasive entity. In this essay I will be critiquing both algorithmic governance and (more controversially) the tenets of pro­gressive governance that make these digital innovations attractive to managers, bureaucrats, and visionaries. What is at stake is the qual­itative character of institutional authority—how we experience it.

blackbox.gifIn The Black Box Society: The Hidden Algorithms That Control Money and Information, University of Maryland law professor Frank Pasquale elaborates in great detail what others have called “platform capitalism,” emphasizing its one-way mirror quality. In­creasingly, every aspect of our lives—our movements through space, our patterns of consumption, our affiliations, our intellectual habits and political leanings, our linguistic patterns, our susceptibility to various kinds of pitches, our readiness to cave in minor disputes, our sexual predilections and ready inferences about the state of our marriage—are laid bare as data to be collected by companies who, for their own part, guard with military-grade secrecy the algorithms by which they use this information to determine our standing in the reputational economy. The classic stories that have been with us for decades, of someone trying to correct an error made by one of the credit rating agencies and finding that the process is utterly opaque and the agencies unaccountable, give us some indication of the kind of world that is being constructed for us.

What Was Self-Government?

“Children in their games are wont to submit to rules which they have themselves established, and to punish misdemeanors which they have themselves defined.” Thus did Tocqueville marvel at Americans’ habit of self-government, and the temperament it both required and encouraged from a young age. “The same spirit,” he said, “pervades every act of social life.”

Writing recently in the Atlantic, Yoni Appelbaum notes the sheer bulk of voluntary associations that once took up the hours and days of Americans, from labor unions and trade associations to mutual insurers, fraternal organizations, and volunteer fire departments. Many of these “mirrored the federal government in form: Local chapters elected representatives to state-level gatherings, which sent delegates to national assemblies. . . . Executive officers were accountable to legislative assemblies; independent judiciaries ensured that both complied with rules.” Toward the end of the twentieth centu­ry, however, this way of life more or less collapsed, as Robert Put­nam documented in Bowling Alone. We still have voluntary associa­tions, but they are now typically run by salaried professionals, not the members themselves, Appelbaum points out. This is part of the broader shift toward what has been called “managerialism.”

I believe these developments have prepared us to accept a further abstraction of institutional decision-making—as something having little to do with ourselves, and with human judgment as we know it firsthand. Another development that paved the way for our accept­ance of algorithmic governance was the transfer of power out of rep­resentative bodies into administrative agencies. Let us take a glance at this before turning to things digital.

Administration versus Politics

We often hear about a growing “administrative state” (usually from conservative commentators) and are given to understand that it is something we ought to worry about. But why? Doesn’t it consist simply of the stuff all those agencies of the government must do in order to discharge their duties? And speaking of government agen­cies, what are they—part of the executive branch? Yes they are, but a bit of confusion is natural, as this is a hazy area of governance.

Hamburger_featured.jpg

In The Administrative Threat, Columbia law professor Philip Ham­burger writes that, in contrast to executive power proper, “ad­ministrative power involves not just force but legal obligation.” This is an important distinction, and in the blurring of it lies great mis­chief against the Constitution, which invested “the power to bind—that is, to create legal obligation” not in the executive branch but in Congress and in the courts. Administrative power “thereby side­steps most of the Constitution’s procedural freedoms.” It is funda­mentally an “evasion of governance through law.”

Provocatively, Hamburger draws a close parallel with the mecha­nisms of prerogative (such as the notorious Star Chamber) by which King James I of England consolidated “absolute” power—not in­finite power, but power exercised through extralegal means:

Ever tempted to exert more power with less effort, rulers are rarely content to govern merely through the law, and in their restless desire to escape its pathways, many of them try to work through other mechanisms. These other modes of bind­ing subjects are modes of abso­lute power, and once one understands this, it is not altogether surprising that absolute power is a recurring problem and that American administrative power revives it.

The “less effort” bit is just as important for understanding this formula as the “more power” bit. The relevant effort is that of per­suading others, the stuff of democratic politics. The “restless desire to escape” the inconvenience of law is one that progressives are especially prone to, in their aspiration to transform society: merely extant majorities of opinion, and the legislative possibilities that are circumscribed by them, typically inspire not deference but impatience. Conservatives have their own vanguardist enthusiasms that rely on centralized and largely unaccountable power, but in their case this power is generally not located in executive agencies.1

I am not competent to say if Hamburger is right in his characterization of administrative power as extralegal (Harvard law professor Adrian Vermeule says no), but in any case he raises ques­tions that are within the realm of conventional political dispute and within the competence of constitutional scholars to grapple with. By contrast, the rush to install forms of extralegal power not in execu­tive agencies, but in the algorithms that increasingly govern wide swaths of life, pushes the issue of political legitimacy into entirely new territory.

More Power with Less Effort 

“Technology” is a slippery term. We don’t use it to name a toothbrush or a screwdriver, or even things like capacitors and diodes. Rather, use of the word usually indicates that a speaker is referring to a tool or an underlying operation that he does not understand (or does not wish to explain). Essentially, we use it to mean “magic.” In this obscurity lies great opportunity to “exert more power with less effort,” to use Hamburger’s formula.

To grasp the affinities between administrative governance and algorithmic governance, one must first get over that intellectually debilitating article of libertarian faith, namely that “the government” poses the only real threat to liberty. For what does Silicon Valley represent, if not a locus of quasi-governmental power untouched by either the democratic process or by those hard-won procedural liberties that are meant to secure us against abuses by the (actual, elected) government? If the governmental quality of rule by algo­rithms remains obscure to us, that is because we actively welcome it into our own lives under the rubric of convenience, the myth of free services, and ersatz forms of human connection—the new opiates of the masses.

To characterize this as the operation of “the free market” (as its spokespersons do) requires a display of intellectual agility that might be admirable if otherwise employed. The reality is that what has emerged is a new form of monopoly power made possible by the “network effect” of those platforms through which everyone must pass to conduct the business of life. These firms sit at informational bottlenecks, collecting data and then renting it out, whether for the purpose of targeted ads or for modeling the electoral success of a political platform. Mark Zuckerberg has said frankly that “In a lot of ways Facebook is more like a government than a traditional company. . . . We have this large community of people, and more than other technology companies we’re really setting policies.”

It was early innovations that allowed the platform firms to take up their positions. But it is this positioning, and control of the data it allows them to gather, that accounts for the unprecedented rents they are able to collect. If those profits measure anything at all, it is the reach of a metastasizing grid of surveillance and social control. As Pasquale emphasizes, it is this grid’s basic lack of intelligibility that renders it politically unaccountable. Yet political accountability is the very essence of representative government. Whatever this new form of governance might be called, it is certainly not that.

Explainability and Legitimacy

This intelligibility deficit cannot be overcome simply through goodwill, as the logic by which an algorithm reaches its conclusions is usually opaque even to those who wrote the algorithm, due to its sheer complexity. In “machine learning,” an array of variables are fed into deeply layered “neural nets” that simulate the fire/don’t fire synaptic connections of an animal brain. Vast amounts of data are used in a massively iterated (and, in some versions, unsupervised) training regimen. Because the strength of connections between logi­cal nodes within layers and between layers is highly plastic, just like neural pathways, the machine gets trained by trial and error and is able to arrive at something resembling knowledge of the world. That is, it forms associations that correspond to regularities in the world.

As with humans, these correspondences are imperfect. The differ­ence is that human beings are able to give an account of their reason­ing. Now, we need to be careful here. Our cognition emerges from lower-level biological processes that are utterly inaccessible to us. Further, human beings confabulate, reach for rationalizations that obscure more than they reveal, are subject to self-deception, etc. All this we know. But giving an account is an indispensable element of democratic politics. Further, it is not only legislative bodies that observe this scruple.

When a court issues a decision, the judge writes an opinion, typically running to many pages, in which he explains his reasoning. He grounds the decision in law, precedent, common sense, and prin­ciples that he feels obliged to articulate and defend. This is what transforms the decision from mere fiat into something that is polit­ically legitimate, capable of securing the assent of a free people. It constitutes the difference between simple power and authority. One distinguishing feature of a modern, liberal society is that authority is supposed to have this rational quality to it—rather than appealing to, say, a special talent for priestly divination. This is our Enlightenment inheritance.

You see the problem, then. Institutional power that fails to secure its own legitimacy becomes untenable. If that legitimacy cannot be grounded in our shared rationality, based on reasons that can be articulated, interrogated, and defended, it will surely be claimed on some other basis. What this will be is already coming into view, and it bears a striking resemblance to priestly divination: the inscrutable arcana of data science, by which a new clerisy peers into a hidden layer of reality that is revealed only by a self-taught AI program—the logic of which is beyond human knowing.

For the past several years it has been common to hear establishmentarian intellectuals lament “populism” as a rejection of Enlightenment ideals. But we could just as well say that populism is a re-assertion of democracy, and of the Enlightenment principles that underlie it, against priestly authority. Our politics have become at bottom an epistemic quarrel, and it is not all clear to me that the well‑capitalized, institutional voices in this quarrel have the firmer ground to stand on in claiming the mantle of legitimacy—if we want to continue to insist that legitimacy rests on reasonableness and argument.

Alternatively, we may accept technocratic competence as a legiti­mate claim to rule, even if it is inscrutable. But then we are in a position of trust.2 This would be to move away from the originating insight of liberalism: power corrupts. Such a move toward trust seems unlikely, however, given that people are waking up to the business logic that often stands behind the promise of technocratic competence and good will.

Surveillance Capitalism

In her landmark 2019 book, The Age of Surveillance Capitalism, Shoshana Zuboff parses what is really a new form of political economy, bearing little resemblance to capitalism as we have known it. The cynic’s dictum for explaining internet economics—“if you don’t know what the product is, you’re the product”—turns out to be incorrect. What we are, Zuboff shows, is a source of raw material that she calls “behavioral surplus.” Our behavior becomes the basis for a product—predictions about our future behavior—which are then offered on a behavioral futures market. The customers of the platform firms are those who purchase these prediction products, as a means to influence our behavior. The more you know of some-one’s predilections, the more highly elaborated, fine-grained, and successful your efforts to manipulate him will be.  The raw material on which the whole apparatus runs is knowledge acquired through surveillance. Competition for behavioral surplus is such that this surveillance must reach ever deeper, and bring every hidden place into the light.

shoshana+Zuboff+the+age+of.jpg

At this point, it becomes instructive to bring in a theory of the state, and see if it can illuminate what is going on. For this purpose, James C. Scott’s Seeing Like a State, published in 1998, is useful. He traces the development of the modern state as a process of rendering the lives of its inhabitants more “legible.” The premodern state was in many respects blind; it “knew precious little about its subjects, their wealth, their landholdings and yields, their location, their very identity. It lacked anything like a detailed ‘map’ of its terrain and its people.” This lack of a synoptic view put real limits on the aspiration for centralized control; the state’s “interventions were often crude and self-defeating.” And contrariwise, the rise of a more synoptic administrative apparatus made possible various utopian schemes for the wholesale remaking of society.

Google is taking its project for legibility to the streets, quite literally, in its project to build a model city within Toronto in which everything will be surveilled. Sensors will be embedded throughout the physical plant to capture the resident’s activities, then to be mas­saged by cutting-edge data science. The hope, clearly, is to build a deep, proprietary social science. Such a science could lead to real improvements in urban planning, for example, by being able to pre­dict demand for heat and electricity, manage the allocation of traffic capacity, and automate waste disposal. But note that intellectual property rights over the data collected are key to the whole concept; without them there is no business rationale. With those rights secure, “smart cities” are the next trillion-dollar frontier for big tech.

Writing in Tablet, Jacob Siegel points out that “democratic gov­ernments think they can hire out for the basic service they’re sup­posed to provide, effectively subcontracting the day to day functions of running a city and providing municipal services. Well, they’re right, they can, but of course they’ll be advertising why they’re not really necessary and in the long run putting themselves out of a job.” There is real attraction to having the optimizers of Silicon Valley take things over, given the frequent dysfunction of democratic gov­ernment. Quite reasonably, many of us would be willing to give up “some democracy for a bit of benign authoritarianism, if it only made the damn trains run on time. The tradeoff comes in the loss of power over the institutions we have to live inside.” The issue, then, is sovereignty.3

scottseeing.jpg

As Scott points out in Seeing Like a State, the models of society that can be constructed out of data, however synoptic, are necessarily radical simplifications. There is no quantitative model that can capture the multivalent richness of neighborhood life as described by Jane Jacobs, for ex­ample, in her classic urban ethnography of New York. The mischief of grand schemes for progress lies in the fact that, even in the absence of totalitarian aspirations, the logic of metrics and rationalization carries with it an imperative to remake the world, in such a way as to make its thin, formal descriptions true. The gap between the model and reality has to be narrowed. This effort may need to reach quite deep, beyond the arrangement of infrastructure to touch on considerations of political anthropology. The model demands, and helps bring into being, a certain kind of subject. And sure enough, in our nascent era of Big Data social engineering, we see a craze for self-quantification, the voluntary pursuit of a kind of self-legibility that is expressed in the same idiom as technocratic so­cial control and demands the same sort of thin, schematic self-objectifications.4

If we take a long historical view, we have to concede that a regime can be viewed by its citizens as legitimate without being based on democratic representation. Europe’s absolutist monarchies of the sev­enteenth century managed it, for a spell. The regime that is being imagined for us now by venture capital would not be democratic. But it emphatically would be “woke,” if we can extrapolate from the current constellation of forces.

And this brings us to the issue of political correctness. It is a topic we are all fatigued with, I know. But I suggest we try to understand the rise of algorithmic governance in tandem with the rise of woke capital, as there appears to be some symbiotic affinity between them. The least one can say is that, taken together, they provide a good diagnostic lens that can help bring into focus the authoritarian turn of American society, and the increasingly shaky claim of our institu­tions to democratic legitimacy.

The Bureaucratic Logic of Political Correctness

One reason why algorithms have become attractive to elites is that they can be used to install the automated enforcement of cut­ting‑edge social norms. In the last few months there have been some news items along these lines: Zuckerberg assured Congress that Facebook is developing AI that will detect and delete what progressives like to call “hate speech.” You don’t have to be a free speech absolutist to recognize how tendentiously that label often gets ap­plied, and be concerned accordingly. The New York Times ran a story about new software being pitched in Hollywood that will determine if a script has “equitable gender roles.” The author of a forthcoming French book on artificial intelligence, herself an AI researcher, told me that she got a pitch recently from a start-up “whose aim was ‘to report workplace harassment and discrimination without talking to a human.’ They claim to be able to ‘use scientific memory and interview techniques to capture secure records of high­ly emotional events.’”

Presumably a scientifically “secure record” here means a description of some emotionally charged event that is shorn of ambiguity, and thereby tailored to the need of the system for clean inputs. A schematic description of inherently messy experience saves us the difficult, humanizing effort of interpretation and introspection, so we may be relieved to take up the flattened understanding that is offered us by the legibility-mongers.5

Locating the authority of evolving social norms in a computer will serve to provide a sheen of objectivity, such that any reluctance to embrace newly announced norms appears, not as dissent, but as something irrational—as a psychological defect that requires some kind of therapeutic intervention. So the effect will be to gather yet more power to what Michel Foucault called “the minor civil servants of moral orthopedics.” (Note that Harvard University has over fifty Title IX administrators on staff.) And there will be no satisfying this beast, because it isn’t in fact “social norms” that will be enforced (that term suggests something settled and agreed-upon); rather it will be a state of permanent revolution in social norms. Whatever else it is, wokeness is a competitive status game played in the institutions that serve as gatekeepers of the meritocracy. The flanking maneuvers of institutional actors against one another, and the competition among victim groups for relative standing on the intersectional to­tem pole, make the bounds of acceptable opinion highly unstable. This very unsettledness, quite apart from the specific content of the norm of the month, makes for pliable subjects of power: one is not allowed to develop confidence in the rightness of one’s own judg­ments.

To be always off-balance in this way is to be more administratable. A world-renowned historian, a real intellectual giant of the “old Left,” told me that once a year he is required to take an online, multiple-choice test administered by his university’s HR department, which looks for the proper responses to various office situations. It seems clear that there is a symbiotic relationship between administration and political correctness, yet it is difficult to say which is the senior partner in the alliance. The bloated and ever-growing layer of administrators—the deans of inclusion, providers of workshops for student orientation, diversity officers, and what­not—feeds on conflict, using episodes of trouble to start new initia­tives.

But what does any of this have to do with the appeal of algorithms to managers and administrators? If we follow through on the suspicion that, in its black-box quality, “technology” is simply administration by other means, a few observations can be made.

haverl.jpgFirst, in the spirit of Václav Havel we might entertain the idea that the institutional workings of political correctness need to be shrouded in peremptory and opaque administrative mechanisms be­cause its power lies precisely in the gap between what people actu­ally think and what one is expected to say. It is in this gap that one has the experience of humiliation, of staying silent, and that is how power is exercised.

But if we put it this way, what we are really saying is not that PC needs administrative enforcement but rather the reverse: the expand­ing empire of bureaucrats needs PC. The conflicts created by identi­ty politics become occasions to extend administrative authority into previously autonomous domains of activity. This would be to take a more Marxian line, treating PC as “superstructure” that serves main­ly to grease the wheels for the interests of a distinct class—not of capitalists, but of managers.6

The incentive to technologize the whole drama enters thus: managers are answerable (sometimes legally) for the conflict that they also feed on. In a corporate setting, especially, some kind of ass‑covering becomes necessary. Judgments made by an algorithm (ideally one supplied by a third-party vendor) are ones that nobody has to take responsibility for. The more contentious the social and political landscape, the bigger the institutional taste for automated decision-making is likely to be.

Political correctness is a regime of institutionalized insecurity, both moral and material. Seemingly solid careers are subject to sud­den reversal, along with one’s status as a decent person. Contrast such a feeling of being precarious with the educative effect of volun­tary associations and collaborative rule-making, as marveled at by Tocqueville. Americans’ practice of self-government once gave rise to a legitimate pride—the pride of being a grown-up in a free society.  One thing it means to be a grown-up is that you are willing to subordinate your own interests to the common good at crucial junctures. The embrace of artificial intelligence by institutions, as a way of managing social conflict, is likely to further erode that adult spirit of self-government, and contribute to the festering sense that our institutions are illegitimate.

The Ultimate Nudge

Of all the platform firms, Google is singular. Its near-monopoly on search (around 90 percent) puts it in a position to steer thought. And increasingly, it avows the steering of thought as its unique responsibility. Famously founded on the principle “Don’t be evil” (a sort of libertarian moral minimalism), it has since taken up the mission of actively doing good, according to its own lights.

In an important article titled “Google.gov,” law professor Adam J. White details both the personnel flows and deep intellectual affini­ties between Google and the Obama White House. Hundreds of people switched jobs back and forth between this one firm and the administration over eight years. It was a uniquely close relationship, based on a common ethos, that began with Obama’s visit to Goog­le’s headquarters in 2004 and deepened during his presidential cam­paign in 2007. White writes:

Both view society’s challenges today as social-engineering problems, whose resolutions depend mainly on facts and ob­jective reasoning. Both view information as being at once ruth­lessly value-free and yet, when properly grasped, a powerful force for ideological and social reform. And so both aspire to reshape Americans’ informational context, ensuring that we make choices based only upon what they consider the right kind of facts—while denying that there could be any values or politics embedded in the effort.

One of the central tenets of progressives’ self-understanding is that they are pro-fact and pro-science, while their opponents (often the majority) are said to have an unaccountable aversion to these good things: they cling to fond illusions and irrational anxieties. It follows that good governance means giving people informed choices. This is not the same as giving people what they think they want, according to their untutored preferences. Informed choices are the ones that make sense within a well-curated informational setting or context.

When I was a doctoral student in political theory at the University of Chicago in the 1990s, there was worry about a fissure opening up between liberalism and democracy. The hot career track for my cohort was to tackle this problem under the rubric of an intellectual oeuvre called “deliberative democracy.” It wasn’t my thing, but as near as I could tell, the idea (which was taken from the German philosopher Jürgen Habermas) was that if you could just establish the right framing conditions for deliberation, the demos would arrive at acceptably liberal positions. We should be able to formalize these conditions, it was thought. And conversely, wherever the opinions of the demos depart from an axis running roughly from the editorial page of the New York Times to that of the Wall Street Journal, it was taken to be prima facie evidence that there was some distorting influ­ence in the conditions under which people were conducting their thought processes, or their conversations among themselves. The result was opinion that was not authentically democratic (i.e., not liberal). These distortions too needed to be ferreted out and formal­ized. Then you would have yourself a proper theory.

Of course, the goal was not just to have a theory, but to get rid of the distortions. Less tendentiously: protecting the alliance “liberal democracy” required denying that it is an alliance, and propping it up as a conceptual unity. This would require a cadre of subtle dia­lecticians working at a meta-level on the formal conditions of thought, nudging the populace through a cognitive framing operation to be conducted beneath the threshold of explicit argument.

At the time, all this struck me as an exercise in self-delusion by aspiring apparatchiks for whom a frankly elitist posture would have been psychologically untenable. But the theory has proved immensely successful. By that I mean the basic assumptions and aspira­tions it expressed have been institutionalized in elite culture, perhaps nowhere more than at Google, in its capacity as directorate of information. The firm sees itself as “definer and defender of the public interest,” as White says.

One further bit of recent intellectual history is important for understanding the mental universe in which Google arose, and in which progressivism took on the character that it did during the Obama years. The last two decades saw the rise of new currents in the social sciences that emphasize the cognitive incompetence of human beings. The “rational actor” model of human behavior—a simplistic premise that had underwritten the party of the market for the previous half century—was deposed by the more psychologically informed school of behavioral economics, which teaches that we need all the help we can get in the form of external “nudges” and cognitive scaffolding if we are to do the rational thing. But the glee and sheer repetition with which this (needed) revision to our under­standing of the human person has been trumpeted by journalists and popularizers indicates that it has some moral appeal, quite apart from its intellectual merits. Perhaps it is the old Enlightenment thrill at disabusing human beings of their pretensions to specialness, whether as made in the image of God or as “the rational animal.” The effect of this anti-humanism is to make us more receptive to the work of the nudgers.

The whole problem of “liberal democracy”—that unstable hy­brid—is visible in microcosm at Google; it manifests as schizophrenia in how the founders characterize the firm’s mission. Their difficulty is understandable, as the trust people place in Google is based on its original mission of simply answering queries that reflect the extant priorities of a user, when in fact the mission has crept toward a more tutelary role in shaping thought.

google.jpg

Google achieved its dominance in search because of the superior salience of the results it returned compared to its late-1990s rivals. The mathematical insights of its founders played a large role in this. The other key to their success was that they rigorously excluded commercial considerations from influencing the search results. Reading accounts of the firm’s early days, one cannot help being struck by the sincere high-mindedness of the founders. The internet was something pure and beautiful, and would remain so only if guarded against the corrupting influence of advertising.

In other words, there was some truth in the founding myth of the company, namely, the claim that there are no human biases (whether value judgments or commercial interests) at work in the search results it presents to users. Everything is in the hands of neutral algorithms. The neutrality of these algorithms is something the rest of us have to take on trust, because they are secret (as indeed they need to be to protect their integrity against the cat-and-mouse game of “search engine optimization,” by which interested parties can manipulate their rank in the results).

Of course, from the very beginning, the algorithms in question have been written and are constantly adjusted by particular human beings, who assess the aptness of the results they generate according to their own standards of judgment. So the God’s-eye perspective, view-from-nowhere conceit is more ideal than reality. But that ideal plays a legitimating role that has grown in importance as the com­pany has become a commercial behemoth, and developed a powerful interest in steering users of its search engine toward its own ser­vices.7 More importantly, the ideal of neutral objectivity underlies Google’s self-understanding as definer and defender of the public interest.

This is the same conceit of epistemic/moral hauteur that Obama adopted as the lynchpin of his candidacy. The distinctive feature of this rhetoric is that the idea of neutrality or objectivity is deployed for a specific purpose: to assert an identity of interest between liberals and the demos. This identity reveals itself once distortions of objective reality are cleared away. Speaking at Google’s headquarters in 2007 (as characterized by White), Obama said that “as president he wouldn’t allow ‘special interests’ to dominate public discourse, for instance in debates about health care reform, because his administration would respond with ‘data and facts.’” During the Q&A, Obama offered the following:

You know, one of the things that you learn when you’re traveling and running for president is, the American people at their core are a decent people. There’s . . . common sense there, but it’s not tapped. And mainly people—they’re just misinformed, or they’re too busy, they’re trying to get their kids to school, they’re working, they just don’t have enough information, or they’re not professionals at sorting out the infor­mation that’s out there, and so our political process gets skewed. But if you give them good information, their instincts are good and they will make good decisions. And the president has the bully pulpit to give them good information.

. . .  I am a big believer in reason and facts and evidence and feedback—everything that allows you to do what you do, that’s what we should be doing in our government. [Applause.]

I want people in technology, I want innovators and engi­neers and scientists like yourselves, I want you helping us make policy—based on facts! Based on reason!

Lest my point be misunderstood, it is perhaps appropriate to say that I voted for the man in 2008. And since the example he gives above is that of health care, I should say that I am open to the idea that socialized medicine is a good idea, in principle. Further, the debate about health care really was distorted by special interests. The point I wish to make is not about substantive policy positions, but rather to consider the cognitive style of progressive politics as exem­plified by the mutual infatuation of Google and Obama.

Why engage in such an effort now, in the Trump era, when we are faced with such a different set of problems? It is because I believe the appeal of Trump, to fully half the country, was due in significant part to reaction against this peremptory and condescending turn of progressivism.

It is telling that Obama said he would use the president’s bully pulpit not to persuade (the opportunity that “the bully pulpit” has generally been taken to offer), but to “give good information.” We are a people of sound instincts, but “not professionals at sorting out the information that’s out there.” What we need, then, is a professional.

Persuasion is what you try to do if you are engaged in politics. Curating information is what you do if you believe your outlook is one from which dissent can only be due to a failure to properly process the relevant information. This is an anti-political form of politics. If politics is essentially fighting (toward compromise or stalemate, if all goes well, but fighting nonetheless), technocratic rule is essentially helping, as in “the helping professions.” It extends compassion to human beings, based on an awareness of their cogni­tive limitations and their tendency to act out.

google-surveillance.jpg

In the technocratic dream of early twentieth-century Progressives such as Woodrow Wilson, politics was to be overcome through facts and science, clearing the way for rule by experts. Daniel Bell famously named this hoped-for denouement “the end of ideology.” It was a project that acquired a moral mandate as recoil from the ideologically driven cataclysm of World War II. From today’s per­spective, it is striking that twentieth-century Progressives seemed not very conflicted about their cognitive elitism.8 Wilson’s project to transfer power from the legislature to administrative bodies entailed a deliberate transfer of power to “the knowledge class,” as Hamburger writes, or “those persons whose identity or sense of self-worth centers on their knowledge.” This includes “all who are more attached to the authority of knowledge than to the authority of local political communities. . . . [T]heir sense of affinity with cosmopolitan knowledge, rather than local connectedness, has been the foundation of their influence and their identity.”

Today’s progressives have a more complex relationship to their own elitism, surely due in part to the legacy of the civil rights move­ment.9 It takes a certain amount of narrative finesse to maintain a suitably democratic self-understanding while also affirming the role of expertise. This is the predicament of the tech firms, and it is the same one Obama had to manage for himself. In his 2007 remarks at Google, Obama referred to the firm’s origins in a college dorm room, and drew parallels with his own trajectory and aspirations. “What we shared is a belief in changing the world from the bottom up, not the top down; that a bunch of ordinary people can do extraordinary things.” This is the language of a former community organizer. But it is a peculiar sort of “bottom up” that is meant here.

In the Founders Letter that accompanied Google’s 2004 initial public offering, Larry Page and Sergey Brin said their goal is “getting you exactly what you want, even when you aren’t sure what you need.” The perfect search engine would do this “with almost no effort” on the part of the user. In a 2013 update to the Founders Letter, Page said that “the search engine of my dreams provides information without you even having to ask.” Adam J. White glosses these statements: “To say that the perfect search engine is one that mini­mizes the user’s effort is effectively to say that it minimizes the user’s active input. Google’s aim is to provide perfect search results for what users ‘truly’ want—even if the users themselves don’t yet realize what that is. Put another way, the ultimate aspiration is not to answer the user’s questions but the question Google believes she should have asked.” As Eric Schmidt told the Wall Street Journal, “[O]ne idea is that more and more searches are done on your behalf without you having to type. . . . I actually think most people don’t want Google to answer their questions. They want Google to tell them what they should be doing next.”

The ideal being articulated in Mountain View is that we will inte­grate Google’s services into our lives so effortlessly, and the guiding presence of this beneficent entity in our lives will be so pervasive and unobtrusive, that the boundary between self and Google will blur. The firm will provide a kind of mental scaffold for us, guiding our intentions by shaping our informational context. This is to take the idea of trusteeship and install it in the infrastructure of thought.

Populism is the rejection of this.

The American founders were well acquainted with the pathetic trajectories of the ancient democracies, which reliably devolved into faction, oligarchic revolution, and tyranny. They designed our con­stitutional regime to mitigate the worst tendencies of direct democracy by filtering popular passions through political representation, and through nonrepresentative checks on popular will. The more you know of political history, the more impressive the American founding appears.10

Any would-be populist needs to keep this accomplishment in view, as a check on his own attraction to playing the tribune. How much deference is due the demos? I think the decisive question to ask is, what is the intellectual temper of today’s elites? Is it marked by the political sobriety of the founding generation, or an articulated vision of the common good of the nation such as the twentieth-century Progressives offered? Not so much? One can be wary of the demos and still prefer, like William F. Buckley, to be ruled by the first fifty names in the Boston phone book than by one’s fellow intellectuals.

When the internal culture at Google spills out into the headlines, we are offered a glimpse of the moral universe that stands behind the “objective” algorithms. Recall the Googlers’ reaction, which can only be called hysterical, to the internal memo by James Damore. He offered rival explanations, other than sexism, for the relative scarcity of women programmers at the firm (and in tech generally). The memo was written in the language of rational argumentation, and adduced plenty of facts, but the wrong kind. For this to occur within the firm was deeply threatening to its self-understanding as being at once a mere conduit for information and a force for pro­gress. Damore had to be quarantined in the most decisive manner possible. His dissent was viewed not as presenting arguments that must be met, but rather facts that must be morally disqualified.

On one hand, facilitating the free flow of information was Silicon Valley’s original ideal. But on the other hand, the control of information has become indispensable to prosecuting the forward march of history. This, in a nutshell, would seem to be the predicament that the platform firms of Silicon Valley find themselves in. The incoherence of their double mandate accounts for their stumbling, incoherent moves to suppress the kinds of speech that cultural progressives find threatening.11

This conflict is most acute in the United States, where the legal and political tradition protecting free speech is most robust. In Eu­rope, the alliance between social media companies and state actors to root out and punish whatever they deem “hate” (some of which others deem dissent) is currently being formalized. This has become especially urgent ahead of the European Parliament elections sched­uled for May 2019, which various EU figures have characterized as the last chance to quarantine the populist threat. Mounir Mahjoubi, France’s secretary of state for digital affairs, explained in February 2019 that, by the time of the election, “it will be possible to formally file a complaint online for hateful content.”12 In particular, Twitter and Facebook have agreed to immediately transmit the IP addresses of those denounced for such behavior to a special cell of the French police “so that the individual may be rapidly identified, rapidly prosecuted and sentenced.” He did not explain how “hateful con­tent” is to be defined, or who gets to do it. But it is reported that Facebook has a private army of fifteen to twenty thousand for this task.

Speaking at MIT six months after the Damore memo episode, in February 2018, former president Obama addressed head-on the problem of deliberative democracy in an internet culture. He made the familiar point about a “balkanization of our public conversation” and an attendant fragmenting of the nation, accelerated by the internet. “Essentially we now have entirely different realities that are being created, with not just different opinions but now different facts—different sources, different people who are considered author­itative.” As Obama noted, “it is very difficult to figure out how democracy works over the long term in those circumstances.” We need “a common baseline of facts and information.” He urged his tech audience to consider “what are the . . . algorithms, the mechanisms whereby we can create more of a common conversation.”

obama-big-brother.jpg

Obama’s description of the problem seems to me apt. Our political strife has become thoroughly epistemic in nature. But the fix he recommends—using algorithms to “create more of a common conversation”—is guaranteed to further inflame the sense any dissi­dent-minded person has that the information ecosystem is “rigged,” to use one of President Trump’s favorite words. If we are going to disqualify voices in a way that is not explainable, and instead de­mand trust in the priestly tenders of the algorithms, what we will get is a politics of anticlericalism, as in the French Revolution. That was not a happy time.

Among those ensconced in powerful institutions, the view seems to be that the breakdown of trust in establishment voices is caused by the proliferation of unauthorized voices on the internet. But the causal arrow surely goes the other way as well: our highly fragmented casting-about for alternative narratives that can make better sense of the world as we experience it is a response to the felt lack of fit between experience and what we are offered by the official organs, and a corollary lack of trust in them. For progressives to now seek to police discourse from behind an algorithm is to double down on the political epistemology that has gotten us to this point. The algorithm’s role is to preserve the appearance of liberal proceduralism, that austerely fair-minded ideal, the spirit of which is long dead.

Such a project reveals a lack of confidence in one’s arguments—or a conviction about the impotence of argument in politics, due to the irrationality of one’s opponents. In that case we have a simple contest for power, to be won and held onto by whatever means necessary.

This article originally appeared in American Affairs Volume III, Number 2 (Summer 2019): 73–94.


Notes

1   I am thinking of the project to transform society in the image of an imagined “free market” that would finally bring to fruition what nature prescribes (often destroying customary practices and allegiances along the way), or stories of a novus ordo seclorum that will blossom if only we are courageous enough to sweep away the impediments to “freedom” (man’s natural estate)—by aerial bombardment, if necessary. Both enthusiasms tend toward lawlessness. Both seek a world that is easily conjured in the idiom of freedom-talk, but in practice require more thorough submission to mega-bureaucracies, whether of corporations or of an occupation force.

 

2   In his 2018 book The Revolt of the Public, Martin Gurri diagnoses the eruption of protest movements around the world in 2011—Occupy Wall Street, the indignados in Spain, and the violent street protests in London, to name a few—as a politics of pure negation, driven more by the romance of denunciation than by any positive program. These protests expressed distrust of institutional voices, and a wholesale collapse of social authority. On left and right alike, people feel the system is rigged, and indeed political leaders themselves have stoked this conviction, insisting that elections lost by their side were illegitimate, whether because of “voter suppression” or a phantom epidemic of voting by illegal immigrants. This is dangerous stuff.

3   It is therefore perhaps appropriate to consider Europe’s experiment in transferring political sovereignty to a technocratic, democratically unaccountable governing body (the European Union) for clues as to what sort of political reactions such a project might engender.

4   Richard Rorty celebrated the power of “redescription” to alter our moral outlook. He had in mind the genuinely liberal effect that literature sometimes has in shifting our gaze, for example the effect that reading Dickens or Uncle Tom’s Cabin had in enlarging the sympathies of people in the nineteenth century. But redescriptions can just as easily have an impoverishing effect on how we view ourselves and the world. As Iris Murdoch wrote, man is the animal who makes pictures of himself, and then comes to resemble the pictures.

5   On campus, something like this is evident in the reduction of the entire miasma of teenage sexual incompetence, with its misplaced hopes and callow cruelties, to the legal concept of consent. Under the influence of this reduction, a young person is left with no other vocabulary for articulating her unhappiness and confusion over a sexual encounter. She must not have really consented.

6   In a related materialist vein, Reihan Salam ties “wokeness” to the political economy of precarity. Wokeness is a competitive status game played by aspirants to cultural capital. As one friend put it to me, “my PC status advancement seems to depend on my having a Perry Mason moment, in which I reveal that the defendant’s superficially unobjectionable speech actually hides a subtext of oppression only apparent to me.”

7   Whenever there is a whiff of regulatory concern about possible self-dealing by Google as it expands into services far afield from search, it asserts that if its search results presented anything but the  disinterested, best possible match to what “customers” were looking for, they would go elsewhere. This incantation of the free market syllogism works like a magic spell in arresting criticism. But how does the logic of the market apply to a near-monopoly? Or to a firm that provides a free service? The reality, of course, is that the users of Google are not the customers. Customers are those who pay for a product. Advertisers gave Google $95 billion in 2017 for access to the product. The product consists of predictions about users’ susceptibility to a specific pitch.

8   Another difference stands out. The early Progressive program had avowedly nationalist elements (consider William James’s famous essay “The Moral Equivalent of War” promoting a program of universal national service and an ethic of hardness, to be achieved through manual labor). It sought to forge an American identity based on solidarity, whereas for today’s progressives the idea of a common good, defined as American, is more problematic. A version of it underlies the economic populism of Bernie Sanders and Elizabeth Warren, but the idea of a specifically American common good is also subject to constant challenge on the left, both by immigration maximalists and by intersectional entrepreneurs who must direct their claims against what is common. Relatedly, the perspective of today’s progressivism is global rather than national, and this sits easier with the “shareholder cosmopolitanism” of capital.

9   Woodrow Wilson complained that “the bulk of mankind is rigidly unphilosophical, and nowadays the bulk of mankind votes.” The reformer is bewildered by the need to influence “the mind, not of Americans of the older stocks only, but also of Irishmen, of Germans, of Negroes.” Hamburger argues that it was the expansion of voting rights early in the twentieth century that prompted Wilson to want to shift power from representative bodies to executive agencies.

10  Barbara Tuchman wrote, “Not before or since has so much careful and reasonable thinking been invested in the formation of a government system. . . .  [T]he Founders remain a phenomenon to keep in mind to encourage our estimate of human possibilities, even if their example is too rare to be a basis of normal expectations” (The March of Folly: From Troy to Vietnam, 1984).

11  Silicon Valley’s original intellectual affiliations lie deep in the California counterculture: the Human Potential Movement, Esalen, the Whole Earth Catalog, and all that. Like the generation of ’68 in its long march through the institutions, the Valley staked its early identity on an emancipatory mission, and it has had a hard time adjusting its self-image to reflect its sheer power. In the same vein, recall Obama striking the pose of community organizer in his second term, speaking truth to power from Air Force One.

12  “Mounir Mahjoubi : ‘Dans quelques mois, il sera possible de porter plainte sur internet pour contenus haineux,’” Fdesouche.com, February 20, 2019.

Il Kairós

Kairos_bassorilievo.jpg

Il Kairós

Massimo Selis

Ex: http://www.ilpensieroforte.it

«There is a crack, a crack in everything / That's how the light gets in (Vi è una crepa, una crepa in ogni cosa / È così che la luce entra)» cantava Leonard Cohen in Anthem.

L’arco di questo ultimo scorcio di modernità, nella fattispecie, la sua esternazione tecnologica, ha finito la sua corsa. La curva che si distendeva ampia fino a qualche decennio fa, ora si stringe chiudendo verso i bracci. Rigettato tutto ciò che avesse anche solo un’ombra sbiadita della millenaria Tradizione che ci precede, essa ha regalato agli uomini un nuovo credo costruito su facili slogan: libertà, progresso, democrazia, e altri simili. Dalle macerie della guerra essa si è innalzata esibendosi maestosa fino alla fine dello scorso secolo. Ma gli acciacchi della vecchiaia si facevano intravedere; ora però sono divenute metastasi di un corpo decadente.

Il tempo della Storia, infatti, non si sviluppa in modo differente da quello di ogni uomo, che nasce, cresce, si sviluppa e solidifica durante l’età adulta, fino a scivolare nella vecchiaia che conduce alla morte. Così i cicli, così le ere e i regni. Lo svolgersi lineare e indefinito del tempo lungo gli eoni è abbaglio per gli sciocchi e gli insipienti.

Le crepe si stanno aprendo sempre più ampie e prepotenti: crisi economica, scontri sociali e ideologici, conflitti, eventi catastrofici. La sofferenza e la tragicità esprimono il volto esteriore, ma il male, suo malgrado, lavora sempre anche per un risveglio del bene: queste sciagure possono essere anche, in fondo, una benedizione per chi ha occhi per vedere. La facciata posticcia e illusoria della modernità sta cadendo a pezzi, lasciando intravedere fra le sue crepe, una nuova strada, l’ingresso nella Nuova Umanità redenta.

«È giunto il momento di riconoscere i segni dei tempi, di coglierne le opportunità e guardare lontano». Se rettamente intese, queste parole di Giovanni XXIII a pochi giorni dal suo beato transito, sono un monito e un indirizzamento. Eppure proprio qui sorgono tutti i limiti e le paure dell’uomo moderno, anche di quei pochi che oggi non si arrendono alla dittatura del pensiero unico.

caption.jpgIl primo di questi è per l’appunto, il non saper leggere i segni, perché in fondo ad essi non crediamo affatto. Invero, ogni cosa nell’Universo Creato è segno, o per meglio dire, simbolo, di qualcos’altro. Questa è certezza di ogni Sapienza Tradizionale, anche e soprattutto di quella cristiana. La Storia, d’altro canto non è semplice successione di eventi, bensì Storia Sacra che si svolge dall’alfa all’omega secondo un superiore disegno di Provvidenza. Pertanto all’uomo il cui intelletto non è ancora stato sigillato non possono sfuggire i segni che continuamente essa ci presenta. Solo un’opera di cultura può colmare tale ignoranza e portare ad un primo risveglio dei sensi interiori.

Tuttavia, pur avendo compreso in quale tragico punto della navigazione cosmica ci troviamo, occorre passare all’azione per il tempo che ci verrà concesso, poco o tanto che sia. Per fare ciò dobbiamo passare dalla cecità dell’Io alla lucidità del Noi. L’individualismo liberista sembra aver vinto per il momento, bisogna ammetterlo. Dobbiamo allora comprendere che nulla è possibile senza la comunione di liberi spiriti, comunione che è molto più che semplice comunità. Il singolo non può nulla nella bolgia modernista. Solo all’interno di una civiltà si è potuto creare in passato cultura e bellezza. Solo nella comunione ci si può prendere cura della vocazione di ognuno.

Creare, per l’appunto. Oggi si assiste a timidi e spesso solo moralistici tentativi di opposizione, gesti difensivi e nulla più. Ma l’uomo ha la dignità che gli spetta solo quando crea. Le gemme dell’intelletto come i capolavori dell’arte nascono dalla forza misteriosa che spinge verso quell’ordine celeste dal quale tutti fummo generati: uomini e cosmo. La bellezza non può nascere dalla paura, ma solo dalla sapiente speranza!

Secondo una tradizione, la capacità mantica dell’oracolo delfico derivava dalle esalazioni provenienti da una spaccatura nel terreno. Questo è il tempo in cui fumi di luce promanano dal cadavere della modernità: occorre leggerne il significato profetico. Questo è il tempo in cui bisogna vincere la schiavitù delle consuetudini e divenire umili servitori della Verità. Questo è il tempo in cui un manipolo di uomini liberi è chiamato a creare con fedele spirito cavalleresco quel poco di Giustizia e Bellezza che renderà meno dura la caduta di “questo mondo” e preparerà quello a venire. Questa è l’ora, il kairós, e non può essere disattesa.

vendredi, 24 mai 2019

Schmitt’s Blakean Vision of Leviathan and Behemoth

blake.png

Schmitt’s Blakean Vision of Leviathan and Behemoth

Schmitt wrote The Leviathan in the State Theory of Thomas Hobbes (1938) in order to analyze the figure of the great Biblical fish leviathan as it figures as a symbol in Hobbes’ political theory. Part of the book consists of a genealogy of the leviathan as it appears in Western culture, from the Bible through to nineteenth-century English literature. From there, Schmitt delves into Hobbes’ political theory and its mechanistic core before providing a thoughtful assessment of the fate of continental liberalism and its decline in the early twentieth century.

Schmitt possessed a great deal of learning in many areas, including the history of European art and culture. His book on Hobbes, and its genealogy of the leviathan, allows Schmitt to display that learning. Of particular interest here is Schmitt’s wide reading in English literature from the Renaissance to the modern period. What follows is a long quote, but one that serves the purpose of helping us understand a hidden insight behind Schmitt’s appraisal of Hobbes’ political theory in the book. He explains:

The leviathan is cited a few times in Shakespeare’s dramas as a powerful, enormously strong, or quick sea monster, without any symbolism pointing toward the politico-mythical. Moreover, when he illustrates the unrestrained savagery of the plundering soldiers, as, for example, in the third act of Henry V, he gives no hint of medieval theological demonology or of a methaphysically determined enmity. Notwithstanding fanatical Bible-quoting writers, English literature was governed at the time of Hobbes’ Leviathan (around 1650) by a completely nonrnythical and nondemonic conception of the leviathan. The leviathan, it appears, was hardly suitable as an allegory in the style of the sixteenth and seventeenth centuries. For example, Milton did not attach any enigmatic symbolism to the leviathan in his Paradise Lost, depicting him as a huge sea monster. In a satirical-literary depiction of hell by Thomas Dekker, which was published for the first time in 1607, there appears a postillion of hell who explains its geography to a just deceased London miser and is characterized as a "lackey of that great leviathan." If I understand his depiction correctly, the leviathan is still the devil but not in the medieval-theological sense or in the sense of Dante's portrayal in The Inferno or even in the sense of Swedenborg's images of hell, but in a thoroughly literary-ironic sense and in the style and in the atmosphere of English wit. In Sanderson’s Sermons (II/310) of around 1630, God deals "with the great leviathans ofthe world." Here the leviathans are simply "the greats" of this world. This colloquial usage evolved further, permitting Burke (Works, VIll, 35) to speak of the Duke of Bedford as the "Leviathan of all the creatures of the Crown" and de Quincey (in 1839) of a lawsuit against such a powerful opponent as the "leviathan of two counties."
The leviathan finally becomes a humorous description of all sorts of unusually large and powerful men and things, houses, and ships. Slang, too, has appropriated this imposing word. Hobbes was undoubtedly responsible for exerting a specific influence on the colloquial usage of the word. I am not sure whether a place in Richard Ligon's History of the Island of Barbados, which reminds one of Hobbes' description, was actually influenced by him: "What produces harmony in that leviathan is a well-governed commonwealth." It is understandable why Locke, Hobbes' adversary. did not avoid the polemical usage of leviathan: "A Hobbist will answer: 'because the Leviathan will punish you, if you do not.'" Mandeville's fable about the bee (1714) speaks in a typically Hobbesian manner: "The gods decided that millions of you, well attached to each other, compose the strong leviathan."

csleviathan.jpgWhat is interesting about this extensive genealogy is the glaring omission of William Blake’s rendering of the leviathan (see above image, dated 1805). Some have associated the image with Schmitt — for instance, in this Internet edition of Land and Sea — and this association is even more interesting because Schmitt omits Blake’s work in this passage.

Immediately before this passage, Schmitt indicated that he was intersted in the leviathan in visual art, and discussed in particular the work of Bosch and Bruegel. In his discussion of English literature, he goes as far back as Shakespeare, and as far forward as de Quincey. Along the way, Schmitt touches on two of Blake’s major influences, Milton and Swedenborg, and even cites one of Blake’s immediate contemporaries: Edmund Burke. In the above passage, Schmitt reads around Blake very closely without naming him, even when the need is obvious.

A possible reason for this omission is that Blake’s image does not tell the story that Schmitt wishes to tell about Hobbes’ leviathan, but instead, it does points towards his own conception of the state, and his own vision of leviathan and behemoth. In the book, he criticizes Hobbes and his vision of the leviathan on a few grounds, and one of them is Hobbes’ mechanistic humanism. Hobbes’ brilliant insight was that all that was required for a human community to create a functioning state was to trade protection for obedience with a state that operates as an impersonal mechanism: the ‘leviathan.’ It seems like a simple trick, and is accomplished without religion — there can be a state church, for instance, or the state can tolerate varieties of belief, but ultimately it is the state that determines the place of religion in society. Following his experience with the English Civil War, Hobbes created the image of the behemoth to symbolize rebellion. Schmitt’s sees Hobbes’ symbols of leviathan and behemoth as being sharpened in the subsequent history of modernity, and to find themselves in mutated form in contemporary concepts of “state and revolution,” and Schmitt uses the phrasing of state and revolution to deliberately evoke the title of Lenin’s book by the same name.

Schmitt believed that the well-functioning state was not only determined by its order (which Hobbes’ state theory provides), but also by its orientation (which Hobbes’ theory does not provide), which has a religious or at least strong mythic basis. Schmitt’s state theory is more like the depiction of leviathan and behemoth in Blakes image. Hobbes was only concerned with the leviathan and behemoth as they contended in the terrestrial sphere, without any relationship to a transcendent realm or idea. To relate Hobbes’ theory to Blakes image is to see leviathan and behemoth contending solely within that sphere, as if we were to cut that sphere out of the picture and view it alone as a complete depiction of the state. Blake, however, includes above the terrestrial sphere a realm of God, angels, and other figures who look down on the terrestrial sphere with concern.

Because the liberal state, in Schmitt’s view, did not have a common orientation for everyone in that state, it eventually succumbed to private organizations with private orientations, particularly parties, churches, and trade unions. These indirect powers operating in the private sphere, Schmitt observes, have a tremendous advantage in the liberal state because they can mobilize power, and then act upon other individuals and groups, and even the state. As Schmitt says, “indirect” power works by masking (Schmitt uses the word “veil”) their power, which “enables them to carry out their actions under the guise of something other than politics — namely religion, culture, economy, or private matter — and still derive all the advantages of state.” As a result, private organizations in the liberal state “enjoy all the advantages and suffer none of the risks entailed with the possession of political power.” But private organizations in the liberal state enjoy this advantage in part because of the human need to seek orientations, which is ultimately the stronger element of Schmitt’s understanding of the state as order and orientation.

The human desire for orientation is can be satisfied by a private organization or by inward withdrawl. This withdrawl acts upon the liberal state in its own way, by becoming what Schmitt calls a “counterforce of silence and stillness.” Mystical withdrawal is perhaps one way to view at least some of the figures in Blake’s image: in particular, those that sit with God and amongst the angels, looking down with concern.

mardi, 21 mai 2019

Guénon et le rejet des élites en Chine ancienne

chinois.jpg

Guénon et le rejet des élites en Chine ancienne

Les Carnets de Nicolas Bonnal

Ex: http://www.dedefensa.org

Les élites sont rejetées ou carrément craintes maintenant en occident, et la grande élection de Trump aura marqué ce moment, comme le reconnaissait Nassim Nicholas Taleb. Ce penchant anarchiste – ou libertaire-libertarien – est très marqué dans notre vague mondiale de contestation antitout et je lui trouve sinon une origine, du moins un beau précédent – en Chine ancienne. Pays du nombre et de la récurrente organisation totalitaire et massifiée, la Chine a été aussi, dans une lointaine antiquité, le pays du rejet de cette organisation.

Il y a vingt-cinq siècles donc les gilets/périls jaunes existent en Chine et rejettent, avec les penseurs taoïstes, la hiérarchie, l’empereur, la bureaucratie, l’armée et les fameux « lettrés » alors incarnés par Confucius. On se référera ici surtout à Tchouang-Tseu.

Et comme René Guénon, cet immense et si traditionnel auteur n’en veut pas au peuple :

« Petits mais respectables sont les êtres qui remplissent le monde. Humble mais nécessaire est le peuple. »

J’ai cité Guénon, et ce n’est pas pour rien. Un bref rappel de sa vieille crise du monde moderne que j’ai étudiée ici-même :

« Au VIe siècle avant l’ère chrétienne, il se produisit, quelle qu’en ait été la cause, des changements considérables chez presque tous les peuples ; ces changements présentèrent d’ailleurs des caractères différents suivant les pays. Dans certains cas, ce fut une réadaptation de la tradition à des conditions autres que celles qui avaient existé antérieurement, réadaptation qui s’accomplit en un sens rigoureusement orthodoxe ; c’est ce qui eut lieu notamment en Chine, où la doctrine, primitivement constituée en un ensemble unique, fut alors divisée en deux parties nettement distinctes : le Taoïsme, réservé à une élite, et comprenant la métaphysique pure et les sciences traditionnelles d’ordre proprement spéculatif ; le Confucianisme, commun à tous sans distinction, et ayant pour domaine les applications pratiques et principalement sociales. »

Guénon a ici tort de notre point de vue ; la pensée taoïste, puisqu’elle va au Principe, se moque de la Tradition, des rites, de la musique, et elle humilie Confucius au service de ses maîtres et des cruels guerriers. Mais il ajoute :

« Dans l’Inde, on vit naître alors le Bouddhisme, qui, quel qu’ait été d’ailleurs son caractère originel, devait aboutir, au contraire, tout au moins dans certaines de ses branches, à une révolte contre l’esprit traditionnel, allant jusqu’à la négation de toute autorité, jusqu’à une véritable anarchie, au sens étymologique d’« absence de principe », dans l’ordre intellectuel et dans l’ordre social. »

Cela s’applique parfaitement à la pensée anarchiste-taoïste de cette époque.

Je rappelle pourquoi pour Guénon cette époque est importante :

mandarin.jpg« En nous rapprochant de l’Occident,… le VIe siècle fut le point de départ de la civilisation dite « classique », la seule à laquelle les modernes reconnaissent le caractère « historique », et tout ce qui précède est assez mal connu pour être traité de « légendaire », bien que les découvertes archéologiques récentes ne permettent plus de douter que, du moins, il y eut là une civilisation très réelle ; et nous avons quelques raisons de penser que cette première civilisation hellénique fut beaucoup plus intéressante intellectuellement que celle qui la suivit, et que leurs rapports ne sont pas sans offrir quelque analogie avec ceux qui existent entre l’Europe du moyen âge et l’Europe moderne. »

Mais on en revient au manège antiélitiste et antitraditionnel (au sens de sclérotique et de hiérarchique, c’est un rejet aussi de toute taxinomie) de notre taoïste Tchouang-Tseu. Pour lui les sages (ou intellectuels, ou politiciens, on dirait maintenant « experts ») ont gâché le monde et ils sont « des emballeurs de brigands » :

« Le vulgaire ferme, avec des liens solides et de fortes serrures, ses sacs et ses coffres, de peur que les petits voleurs n’y introduisent les mains.

Cela fait, il se croit et on le trouve sage. Survient un grand voleur, qui emporte sacs et coffres avec leurs liens et leurs serrures, très content qu’on lui ait si bien fait ses paquets. Et il se trouve que la sagesse de ces vulgaires avait consisté à préparer au voleur son butin.

Il en va de même en matière de gouvernement et d’administration. Ceux qu’on appelle communément les Sages ne sont que les emballeurs des brigands à venir. »

Ces lettrés sont critiqués car ils se mettent souvent au service des autorités :

« Les plus renommés d’entre les Sages historiques ont ainsi travaillé pour de grands voleurs, jusqu’au sacrifice de leur vie. Loung-fang fut décapité, Pi-kan fut éventré, Tch’ang-houng fut écartelé, Tzeu su périt dans les eaux.

Le comble, c’est que les brigands de profession appliquèrent aussi à leur manière les principes des Sages. »

Dans le même esprit, Lao Tsé a écrit (§ 57, traduction Stanislas Julien) :

« Plus le roi multiplie les prohibitions et les défenses, et plus le peuple s’appauvrit ; Plus le peuple a d’instruments de lucre, et plus le royaume se trouble ; Plus le peuple a d’adresse et d’habileté, et plus l’on voit fabriquer d’objets bizarres ; Plus les lois se manifestent, et plus les voleurs s’accroissent. »

tchouangtseu.jpgEt Tchouang-Tseu :

« Oui, l’apparition des Sages cause l’apparition des brigands, et la disparition des Sages cause la disparition des brigands. Sages et brigands, ces deux termes sont corrélatifs, l’un appelle l’autre, comme torrent et inondation, remblai et fossé. »

Et d’enfoncer nûment son clou :

« Je le répète, si la race des Sages venait à s’éteindre, les brigands disparaîtraient ; ce serait, en ce monde, la paix parfaite, sans querelles.

C’est parce que la race des Sages ne s’éteint pas qu’il y a toujours des brigands. Plus on emploiera de Sages à gouverner l’État, plus les brigands se multiplieront. »

Tchouang-Tseu recommande même les us et manières des…casseurs, « la civilisation étant une conspiration » (John Buchan) qui fait déchoir les hommes et par là le monde. Il est important de détruire la musique rituelle et, avec elle, instruments et outils :

« Détruisez radicalement toutes les institutions artificielles des Sages, et le peuple retrouvera son bon sens naturel. Abolissez la gamme des tons, brisez les instruments de musique, bouchez les oreilles des musiciens, et les hommes retrouveront l’ouïe naturelle. Abolissez l’échelle des couleurs et les lois de la peinture, crevez les yeux des peintres, et les hommes retrouveront la vue naturelle. Prohibez le pistolet et le cordeau, le compas et l’équerre ; cassez les doigts des menuisiers, et les hommes retrouveront les procédés naturels… »

Comme Hésiode ou Ovide, Tchouang-Tseu célèbre l’âge d’or, la Tradition primordiale, l’In Illo Tempore de Mircea Eliade. On cite Ovide (Métamorphoses, I, 94-107) :

« Les pins abattus sur les montagnes n’étaient pas encore descendus sur l’océan pour visiter des plages inconnues. Les mortels ne connaissaient d’autres rivages que ceux qui les avaient vus naître. Les cités n’étaient défendues ni par des fossés profonds ni par des remparts. »

Ovide poursuit :

« La terre, sans être sollicitée par le fer, ouvrait son sein, et, fertile sans culture, produisait tout d’elle-même. L’homme, satisfait des aliments que la nature lui offrait sans effort, cueillait les fruits de l’arbousier et du cornouiller, la fraise des montagnes, la mûre sauvage qui croît sur la ronce épineuse, et le gland qui tombait de l’arbre de Jupiter. C’était alors le règne d’un printemps éternel. »

Et on reprend Tchouang-Tseu :

« Ils trouvaient bonne leur grossière nourriture, bons aussi leurs simples vêtements. Ils étaient heureux avec leurs mœurs primitives et paisibles dans leurs pauvres habitations. Le besoin d’avoir des relations avec autrui ne les tourmentait pas. Ils mouraient de vieillesse avant d’avoir fait visite à la principauté voisine, qu’ils avaient vue de loin toute leur vie, dont ils avaient entendu chaque jour les coqs et les chiens. En ces temps-là, à cause de ces mœurs-là, la paix et l’ordre étaient absolus. »

tchouanggrandlivre.jpgLe développement intellectuel, administratif et bureaucratique est cause de la décadence. Tchouang-Tseu :

« L’invention de la sophistique, traîtresse et venimeuse, avec ses théories sur la substance et les accidents, avec ses arguties sur l’identité et la différence, a troublé la simplicité du vulgaire. »

Et de taper sur les sophistes comme un bon Socrate :

« Oui, l’amour de la science, des inventions et des innovations est responsable de tous les maux de ce monde. Préoccupés d’apprendre ce qu’ils ne savent pas (la vaine science des sophistes), les hommes désapprennent ce qu’ils savent (les vérités naturelles de bon sens).

Préoccupés de critiquer les opinions des autres, ils ferment les yeux sur leurs propres erreurs. »

Le désordre moral rejaillit sur la nature :

« De là un désordre moral, qui se répercute au ciel sur le soleil et la lune, en terre sur les monts et les fleuves, dans l’espace médian sur les quatre saisons, et jusque sur les insectes qui grouillent et pullulent à contretemps (sauterelles, etc.). Tous les êtres sont en train de perdre la propriété de leur nature. C’est l’amour de la science qui a causé ce désordre. »

Shakespeare fait dire comme on sait à Titania à la fin de son fameux monologue (il ne s’agit pas du tout de faire de la littérature comparée, mais d’établir des correspondances traditionnelles) :

« Le printemps, l’été, le fertile automne, l’hiver chagrin, échangent leur livrée ordinaire ; et le monde étonné ne peut plus les distinguer par leurs productions. Toute cette série de maux provient de nos débats et de nos dissensions ; c’est nous qui en sommes les auteurs et la source… »

Mais on en revient à l’étonnante modernité de Tchouang-Tseu, à sa rage anti-verbeuse :

 « Depuis dix-huit siècles, on s’est habitué à faire fi de la simplicité naturelle, à faire cas de la fourberie rituelle ; ou s’est habitué à préférer une politique verbeuse et fallacieuse au non-agir franc et loyal. Ce sont les bavards (sages, politiciens, rhéteurs), qui ont mis le désordre dans le monde. »

La sophistication est alors telle que notre penseur dénonce un gouvernement mathématique :

« Tout le monde voulut devenir savant pour parvenir, et le peuple s’épuisa en vains efforts. C’est alors que fut inventé le système de gouvernement mathématique.

L’empire fut équarri avec la hache et la scie. Peine de mort pour tout ce qui déviait de la ligne droite. Le marteau et le ciseau furent appliqués aux mœurs. »

C’est la révolte contre la méga-machine de Lewis Mumford, qui lui analysait l’Egypte. Mais restons-en là : alors arrive une révolte façon gilets jaunes :

« Le résultat fut un bouleversement, un écroulement général. C’est que le législateur avait eu le tort de violenter le cœur humain. Le peuple s’en prit aux Sages et aux princes. Les Sages durent se cacher dans les cavernes des montagnes, et les princes ne furent plus en sûreté dans leurs temples de famille. »

La rage de Tchouang-Tseu devient donc destructrice :

 « Il a raison, l’adage qui dit : exterminez la sagesse, détruisez la science, et l’empire reviendra à l’ordre spontanément. »

Et de finir sur cette étonnante question rhétorique :

« Qui trouble l’empire, qui violente la nature, qui empêche l’action du ciel et de la terre ? qui inquiète les animaux, trouble le sommeil des oiseaux, nuit jusqu’aux plantes et aux insectes ? qui, si ce n’est les politiciens, avec leurs systèmes pour gouverner les hommes ? ! »

Le secret serait de laisser le monde tel quel (le rêve libertarien de Rothbard) :

« Il faut laisser le monde aller son train, et ne pas prétendre le gouverner. Autrement les natures viciées n’agiront plus naturellement (mais artificiellement, légalement, rituellement, etc.). Quand toutes les natures, étant saines, se tiennent et agissent dans leur sphère propre, alors le monde est gouverné, naturellement et de lui-même ; pas n’est besoin d’intervenir. »

Sources

Ovide – Métamorphoses, I, traduction Villenave (ebooksgratuits.com)

Shakespeare – le songe d’une nuit d’été, II, 2 (ebooksgratuits.com)

Zhuang Zi – Œuvre de Tchouang-Tseu

René Guénon – La crise du monde moderne, pp. 21-23 (classiques.uqac.ca)

Tao Te King – Lao Tsé – Livre de la Voie et de la Vertu, traduction Julien

dimanche, 19 mai 2019

Aristóteles y Patánjali: la Ética a Nicómaco y los YogaSutras

patanjali2.jpg

Aristóteles y Patánjali:
la Ética a Nicómaco y los YogaSutras

Enrique Bravo Sáinz
Verónica Pagazaurtundua Vitores

Ex: http://www.nodulo.org

Se parte del estudio de la Ética a Nicómaco de Aristóteles para acercarla a los YogaSutras de Patánjali, en un intento de conciliar ambas teorías. Oriente y Occidente ante el camino que conduce a la unión de lo humano y lo divino

A modo de justificación

Según el historiador J. N. Dasgupta (1963){1}, Patánjali, del que se sabe muy poco, fue el compilador o condensador de la filosofía esencial y las técnicas yóguicas que venían existiendo desde tiempos muy antiguos en los conocidos Upanishads{2} del llamado «mundo oriental». Este gramático que vivió en el siglo II a.c., dio origen a un tratado llamado YogaSutras o Aforismos, considerados la base más autorizada sobre la que se orientó la posterior filosofía mística oriental. Los YogaSutras comprenden ocho prácticas para llegar a la perfección del principio humano y unidad con el principio divino. Estos pasos serían:

1. Yama o moderación
2. Niyama o dominio de sí mismo
3. Asana o postura
4. Pranayama o control de la respiración
5. Pratyahara o control de los sentidos
6. Dharana o concentración
7. Diana o meditación
8. Samadhi o contemplación

Las primeras dos etapas son la preparación o requisitos preliminares esenciales que todo individuo ha de observar al emprender el sendero de la perfección. Muchos historiadores han convenido en llamarlas «virtudes». Las tres etapas siguientes atañen a la disciplina del cuerpo y de los sentidos. Las cinco son, pues, una preparación externa para que el ser humano logre ordenar su conducta. Las tres últimas etapas son internas y abarcan los aspectos del control de la mente. El fin último de las ocho es alcanzar la felicidad, que la filosofía yóguica la ha vinculado siempre al encuentro de lo divino, más certeramente, al despertar de lo divino en el hombre. La trascendencia de lo humano y el abrazo con la parte más excelsa en cada uno de nosotros. El reencuentro con lo esencial. El filósofo oriental A. Watts (1995){3} decía que «cada individuo es un disfraz de Dios jugando al escondite consigo mismo a través de la eternidad». Es conveniente aclarar que en el sistema de pensar oriental{4} que nos ocupa, el término Dios tiene muy poco que ver con la dimensión religiosa a la cual está ligada en el conocimiento occidental a partir del nacimiento de Cristo. Para la primera, es mucho más sencillo argumentar sobre lo que Dios no es que hablar de lo que es, mencionándolo como lo indescriptible, lo innombrable, lo esencial... Tan solo cuando una persona transciende lo que no es, consigue vislumbrar lo que es, y eso es Dios.

etiuca.jpgLos hábitos regulares que forman la base moral y ética de la filosofía yóguica se denominan Yamas, a saber: inofensividad, veracidad, honradez, templanza y generosidad, y Niyamas, que abarcan la limpieza, el contento, la austeridad, el estudio de uno mismo y la devoción a un ideal.

Cuando estábamos leyendo Ética a Nicómaco tuvimos la necesidad de dirigirnos a los YogaSutras, que hace tanto tiempo habíamos leído, con la intención de datar, primero, ambas obras y, segundo, comprobar su aparente parecido. Oriente y Occidente. Aristóteles y Patánjali.

Después de cotejar ampliamente los dos textos, entendemos que Aristóteles desarrollará en su Ética a Nicómaco una teoría de la perfección humana que ya venían recogiendo en los Upanishads, y más antiguamente en los Brahmanas{5} y en los Vedas{6}, todos aquellos seres que buscaron la felicidad. Los filósofos –espirituales, místicos, perennes,... simplemente aquellos que se interesaron por el alcance de lo divino– orientales y occidentales caminaron por senderos bien distintos, mas pretendiendo un idéntico despertar.

A modo de introducción. Reinventar la obra de Aristóteles

Cuando Aristóteles escribió su obra, lo hizo posiblemente condicionado por el momento histórico cultural que le tocó vivir. Pero la totalidad cultural se reconstruye permanentemente. Por ello, cuando imaginamos a Aristóteles en este ensayo, la referencia es más a la imagen actual de este filósofo que a lo que él haya podido ser o pensar en función de su tiempo. Nos parece un tanto ingenuo que me plantee cual pudo haber sido el auténtico pensamiento de este gran erudito. El estudio de la Ética a Nicómaco se inscribe en el paradigma cultural de un momento concreto. Hoy y solo ahora podemos hablar de Aristóteles, después de que tantos otros pensadores lo hayan hecho también en su ahora. Sin embargo, a nuestro modo de ver, un gran autor es, precisamente, alguien cuya obra se deja reinventar perpetuamente. Este es el caso que nos ocupa.

El Estagirita creó el texto en el siglo IV a. C. y al hacerlo no debió entrar en sus cálculos dirigirla a una gran mayoría de público, pues su enrevesado y árido estilo difiere del nivel intelectual medio que se supone en esta época. De ahí que el carácter del libro pueda ser considerado ocultista y de proyección privada, para un reducido núcleo de pensadores. De acuerdo a una opinión generalizada, la obra estuvo dedicada a su hijo Nicómaco. Sin embargo, J. L. Calvo Martínez (2001) apunta que este dato es impensable, «ya que tal cosa no era costumbre en la época y era inadecuada para un escrito esotérico»{7}. Y más adelante señala «que tanto el nombre de Ética como los adjetivos se deben a un tercero –al erudito que puso orden en la multitud de escritos de Aristóteles y los organizó en Tratados más o menos unitarios–. Este pudo ser Andronico de Rodas (s. II a. C.) o quizá alguien anterior.»{8}

La Ética a Nicómaco es una reflexión acerca de la consecución de la felicidad a través de la virtud humana. Todos los seres anhelan ser felices, es decir, desplegar y manifestar sus posibilidades inmanentes e innatas. Aristóteles escribe para explicarnos el camino que consideró el más adecuado. Investiguemos juntos este sendero ético.

El sendero hacia la Felicidad en Ética a Nicómaco

Libros I y II

Aristóteles invita a la realización de la virtud como la mejor manera de ser buenos. Estamos ante una ciencia práctica de la conducta humana, no un conocimiento únicamente teórico. La Política sería su nombre y el político quien conoce y se preocupa por los asuntos del alma. La Política es la ciencia que se encarga del Bien Supremo en el hombre, al que llama Felicidad. A ella se accede a través de una vida elevada y perfecta, la vida de la contemplación de la verdad, que es la que siguen los que saben, aquellos instalados en el «ser». La vida del honor la siguen los individuos que se instalan en el «hacer», la vida de la acción. Mientras que los que no saben, la mayoría, se quedan en la vida del placer mundano. Al final del Libro X vuelve a tratar el tema de la vida más elevada, quizás, en la mayor de las enseñanzas que Aristóteles nos transmite y de la que me ocuparé a lo largo del ensayo.

Aristóteles.jpeg

¿En qué consiste la Felicidad para el ser humano?. Es momento de acudir al alma y comprender que sus actividades pueden ser realizadas en base a la máxima excelencia o virtud, las cuales conducen a esa anhelada Felicidad. A partir de aquí, la Ética se afana en el estudio de la Virtud y las virtudes. Nos movemos en terrenos anímicos. Se distinguen dos tipos de virtud o excelencia humana: la moral y la intelectual. La virtud moral es una expresión del carácter y la conducta. Sean buenos y domínense, sean virtuosos y no estarán a merced de sus instintos más bajos. La virtud moral es el punto medio entre dos extremos. Hábitos de acción que se ajustan al término medio y han de flexibilizarse debido a las diferencias entre la gente y otros factores. El medio es el equilibrio. Las virtudes intelectuales se refieren a la vida de la parte racional del alma (Libro VI), que son la función natural del ser humano. Las primeras, morales, se someten a las razones segundas. Ambas son medios destinados a la consecución de la Felicidad.

El estudio de las virtudes se asemeja al conocimiento de uno mismo. Comprobar cuales son nuestras tendencias, hacia qué extremos tendemos y alejarnos de ellos.

Libros III y IV

Estamos ante la responsabilidad moral. La elección humana es determinante. La virtud y el vicio son voluntarios porque dependen de nosotros. A partir de aquí, se acomete el estudio de las diferentes virtudes. Comienza analizando la Valentía y la Templanza para más tarde dedicarse a las virtudes sociales propias del tiempo que se trata en la obra. Aquí comprobamos que la de Aristóteles es una ética elitista. Su discurso condena a los no ciudadanos, los esclavos, la gente pobre, los trabajadores asalariados, las mujeres o los niños, mientras el camino de la Virtud estaba destinado a los varones adultos, acomodados y maduros, ciudadanos de la clase alta.

Libro V

En él se trata íntegramente el tema de la Justicia. Si injusto es aquel que quebranta la ley, el justo será el que la cumple y, por tanto, habrá una justicia general que nos aconseja ser virtuosos y abandonar los vicios. También estaría la justicia particular que consistiría en quedarse con la parte que a uno le corresponde, que es el término medio entre el exceso y el defecto. Aristóteles distingue, dentro de esta justicia particular, entre una pública (reparto de bienes y honores de la comunidad) y otra privada que regula los intercambios entre ciudadanos.

Evidentemente, el interés principal es el análisis de la justicia general, al que va dirigido el libro. La justicia es tomada como la virtud que relaciona armoniosamente a todas las demás, cuando las partes del alma se sitúan en su correcto sitio y cumplen con la misión deseable. El intelecto es quien gobierna. La persona justa, cuya vida está sometida a la razón más elevada, es una persona buena.

Otro tema es el de la Equidad y su relación con la justicia, convirtiéndose en el instrumento sustitutivo de la ley allá donde ésta no llega a los detalles y particularidades concretas. La justicia como cualidad moral que inclina a los seres humanos a practicar lo justo, la equidad se muestra superior a la justicia que corrige.

Libro VI

Desarrollo de las virtudes intelectuales. La virtud es el ejercicio de la parte más elevada del alma: la racional. Si la virtud depende de un acto voluntario, tiene que existir una cualidad en el alma que determine la bondad del fin y de los medios para llegar hasta él. Nos referimos a la Prudencia, que queda convertida en un criterio fundamental en el camino hacia la virtuosidad.

Hay tres elementos del alma que controlan la acción y la verdad: la Sensación, la Razón y el Deseo. Las sensaciones no conllevan al comportamiento excelso. El Deseo y la Razón se aúnan en la inteligencia práctica, como la actividad del alma que se dirige hacia la verdad fundada en un recto deseo. Se exige una educación de la parte del alma que contiene el Deseo. Todo ello es el hombre.

Otras virtudes intelectuales se añaden a la Razón en pos de la búsqueda de la verdad. La Ciencia, el Arte, la Sabiduría, la Intuición y la Prudencia. Cada una guarda una función distinta, si bien Aristóteles hace hincapié en distinguir a la Prudencia de las demás y la define como «excelencia en la deliberación, inteligencia en tanto que capacidad de comprender y consideración o juicio»{9}. De todas formas, es la Sabiduría, como no podía ser de otra forma, la virtud intelectual por excelencia.

Libro VII

Se trata la relación entre la Razón y la Pasión. La importancia de la primera en la virtud de la Continencia y de la segunda en la Incontinencia, vista como cualidad imperfecta. Continencia e Incontinencia, lo racional frente a lo pasional. Si el incontinente desconoce lo que es recto, su elección es moralmente recta y su falta de rectitud no es deliberada, por lo que no puede ser considerada como un vicio. La Incontinencia es incompatible con la Prudencia.

arystoteles-pomnik.jpg

Aparece la Intemperancia, como la falta de dominio sobre el placer. El Placer (Libro X) que todos buscamos, huyendo del sufrimiento. ¿Es bueno el placer?. El placer es actividad y existen tantas clases de placer como actividades, pero existe un Placer puro que es actividad y es fin, que es Felicidad. Virtud y Placer.

Libros VIII y IX

La Amistad. Se distinguen tres tipos de amistad: de utilidad, de placer y de virtud. Las dos primeras son más pasajeras y no se limitan a los individuos buenos. La más imperfecta es la utilitaria. Cuando amistad y virtud caminan de la mano, la actividad es buena. Pero esta última no abunda.

La amistad acompaña a toda relación social y crea el vínculo. Primero en torno a la Justicia, en las relaciones políticas y privadas. Después, la amistad del parentesco familiar y por último las relaciones entre amigos. Se considera al amigo como a un uno mismo semejante y es porque nos amamos a nosotros mismos por lo que podemos ser buenos en nuestro entorno próximo, identificándonos con el prójimo. Amistad y egoísmo. Amistad y benevolencia. Amistad y concordia.

Libro X

El Placer y la Felicidad son tratados con enorme brillantez. Se concilian virtud y placer en la acción que lleva a la Felicidad. El placer acompaña a la acción virtuosa y se identifica con la Felicidad última. El placer supremo va unido a la actividad que ejerce la virtud más elevada, la de los sabios que encuentran el más puro placer en la Contemplación. Esta es la actividad de la parte más elevada del alma. El placer del sabio. Por esto, la vida del intelecto es la más feliz y, por ende, la más placentera, porque la filosofía encierra placeres maravillosos por su pureza y permanencia y es razonable que el transcurso del tiempo sea más placentero para los que saben. La vida del sabio basada en la cercanía a lo divino. Aristóteles, como en toda su Metafísica, defiende la existencia del ser divino. Dios, en su calidad de ser perfecto. La Felicidad de lo divino, de la que desean participar todos los seres. La virtud moral se queda en lo humano y nada sabe de lo divino.

Otras consideraciones que dan fin al libro, abordan la necesidad de practicar la Ética. Si ella es expuesta para un reducido número de gentes maduras, se insta a crear un sistema educativo para los más jóvenes. El Estado se encargaría de su educación. Pero no es tarea fácil, por lo que la autoridad paterna tiene que asumir esta labor.

A partir de aquí, la filosofía que trata de los asuntos humanos debe incluir la Política. Así, el final de la Ética abre la puerta al inicio de la Política.

Hemos creído necesario recoger en este trabajo personal un breve repaso por los contenidos que Aristóteles expone en Ética a Nicómaco, de manera que el lector tenga la oportunidad de situarse y hacer sus propias conjeturas al respecto.

La reflexión que sigue a la profundización
El arte de la Contemplación, Dios y la Felicidad

Patánjali fundamentó un sendero basado en ocho prácticas, mientras Aristóteles abarcó un genial despliegue de virtudes y de perfección en la naturaleza humana. La supremacía de la razón en el estagirita y el control de los sentidos y la mente en el indio. El dominio de uno mismo del oriental y el equilibrio medio del occidental. Dharana o concentración, Dhyana o meditación y Samadhi o contemplación equivalen a la misma Contemplación de la cual habla Aristóteles. Dos senderos para un mismo final. Occidente y Oriente. Muchos aspectos de todas estas corrientes, escuelas y filosofías son, en realidad, perennes o universales, es decir, trascienden épocas y culturas y apuntan al corazón y al alma de todos los seres humanos sensibles a este conocimiento. El alma moderna y el alma antigua. Ahora es cuando podemos reinventar la filosofía de los más grandes pensadores que han existido.

Pero aquí no pueden terminar los planteamientos. Muy al contrario se vislumbra una reflexión mucho mayor que emana de la enseñanza que Aristóteles deja patente en su Libro X y la amplía. A partir de sus palabras:

«Pues bien, ya sea esto el intelecto o cualquier otra cosa que, en verdad, parece por naturaleza gobernar y conducir y tener conocimiento cierto acerca de las cosas buenas y divinas -porque sea ello mismo también divino o la parte más divina de las que hay en nosotros-, la actividad de esto conforme a la virtud propia sería la felicidad perfecta. Y ya se ha dicho que ella es apta para la contemplación... En efecto, ésta es la actividad suprema (pues el intelecto lo es entre lo que hay en nosotros y, entre los objetos del conocimiento, lo son aquellos con los que tiene relación el intelecto)... Y una vida de esta clase sería superior a la medida humana, pues no vivirá de esta manera en tanto que es un hombre, sino en tanto que hay en él un algo divino; y en la misma medida en que ello es superior a lo compuesto, en esa medida su actividad es superior a la correspondiente al resto de la virtud. Y, claro, si el intelecto es cosa divina en comparación con el hombre, la vida conforme a éste será divina comparada con la vida humana...»{10}

Abundando en la visión de Aristóteles, proponemos que la contemplación a la que se refiere, es un estado de conciencia, el único que nos permite acceder a las dimensiones de lo divino. De manera que el ser humano puede experimentar una graduación en sus niveles de conciencia, de acuerdo a la pureza de la actividad que ejecute. El estado contemplativo se correspondería con el más alto dominio consciente en el individuo, aquél que le conduciría a la sabiduría de Dios. Aristóteles asigna al hombre sabio la posibilidad de instalarse en esta virtud suprema de la Contemplación y le señala como el tipo de ser humano más perfecto, capaz de desarrollar la actividad que da acceso a la Felicidad última.

Ya nadie duda de la presencia de algo divino, que poco tiene que ver con intereses religiosos. Pero hay una pregunta que ha rondado nuestras cabezas durante toda la lectura de Ética a Nicómaco: ¿dónde ubica Aristóteles esa realidad última o Dios?. Para él, como para la mayor parte de la filosofía occidental contemporánea al autor, no se encuentra en ninguna parte de este mundo. El Dios de Aristóteles es, a nuestro modo de ver y coincidimos plenamente con las palabras del pensador K. Wilber (1998){11}, esencialmente ultramundano y no se halla en esta Tierra. Curiosamente el autor se pasa todo el libro, y toda su vida, en el estudio intramundano para después resultar ser uno de los ascendentistas arquetípicos de Occidente. Un Dios que no está inmanente en ningún dominio manifiesto. El Dios de Aristóteles es un Dios de perfección pura, que no se ensucia las manos con el mundo de lo relativo, quizás porque ello supondría comprometer su plenitud y delatar una ausencia de totalidad. El Estagirita sitúa a Dios en el mundo finito únicamente como aspiración final, como anhelo imposible. El propio Aristóteles, según el filósofo Salvador Pániker (1989){12} «en sus primeros diálogos (hoy perdidos), parece haberse inclinado hacia el pesimismo órfico-pitagórico», que anunciaba la imposibilidad para el hombre de participar de la naturaleza de lo que es verdaderamente excelente, por lo que hubiese sido mejor para él no haber nacido. Planteamientos que, como observamos en su Ética a Nicómaco, fue ligeramente variando gracias a un exquisito proyecto del intelecto y su actividad; pero esta idea no llega a ser entendida plenamente, pues se aprecia (véase el texto que reproduzco anteriormente) como el autor compara lo divino con el intelecto y éste formaría parte de nosotros, como lo más perfecto y sublime que tenemos. Pese a lo cual, Dios parece seguir allí y nosotros aquí, sin opción a salvar el abismo. Lo Absoluto y lo relativo.

patanjali.jpgPatánjali también nos habla del Dios último y enfoca la vida del hombre virtuoso y bueno en función de la consecución de una unión con lo divino. Cuando I. K. Taimni (1979){13} cita el primer Sutra de la parte referida a la práctica, justo antes de indicar el óctuple sendero que conduce a lo divino, indica que la entrega a Dios (se considere como se considere a este Dios), junto con la austeridad bien entendida y el estudio de sí mismo (que vienen a coincidir con los pilares de la pauta de conducta aristotélica), son los elementos que constituyen la vida yóguica que conduce a la perfección. Sin embargo, se da el matiz de que la filosofía yóguica oriental, jamás ha permitido que Dios se escape de este mundo de acá abajo y es en él en donde lo habremos de encontrar y abrazar, muy lejos de otras dimensiones no humanas. Es una tendencia generalizada en el pensamiento oriental tratar lo divino de la mano de lo humano. La lucha de contrarios Absoluto-relativo queda solucionada, ni siquiera hay lugar a ella.

Tal y como Aristóteles lo plantea, la imagen del cuerpo como un instrumento del alma es una idea nacida en una época y una cultura determinadas, una tradición y un lenguaje. Hoy consideramos superado este dualismo. Tan noble es el cuerpo como el alma. Porque son lo mismo. Es el reconocimiento implícito de que Dios no sólo es infinito sino también finito. Los filósofos occidentales han necesitado muchos siglos para desembarazarse de la idea rígida de la perfección humana (que es la idea tradicional de Dios) y recuperar el origen «sucio» de lo divino, reconciliando lo supra y lo infra, el espíritu con la materia, lo necesario con lo contingente, lo infinito y lo finito. La mayoría de teólogos todavía no se han enterado de este proceso. Nada exclusivamente finito me merece mucho respeto y ahí me declaro más oriental que occidental.

Pero ahora se nos plantea otra importante reflexión. Si somos coherentes y serios con nuestros planteamientos, igualmente hemos de cuestionar las etapas preliminares del óctuplo sendero en la teoría de Patánjali y nos preguntamos si es necesaria la virtud para caminar hacia lo divino. Encontramos escrito en los Upanishads:

«El Alma es lo Eterno. Está hecha de conciencia y mente: está hecha de vida y visión. Está hecha de tierra y aguas. Está hecha de aire y espacio. Está hecha de luz y oscuridad. Está hecha de deseo y paz. Está hecha de ira y amor. Está hecha de virtud y vicio. Está hecha de todo lo que está cerca. Está hecha de todo lo que está lejos. Esta hecha de todo.»{14}

¿No se encuentra Dios en el virtuoso así como en el pecador? ¿En el fango así como en las estrellas? De nuevo lo finito y lo infinito. Lo místico y lo sensual. Arriba y abajo. ¿Y lo divino? ¿Aristóteles y Patánjali? ¿Qué hacer?

En todo esto consiste el filosofar. Sucede que cada cual explora la realidad como mejor sabe y puede. De un lado, los místicos de Oriente, de otro el pragmatismo occidental. Cada observador construye su mundo. Dice Salvador Pániker (2000){15} que uno opta por el Dios-cómplice, o la complicidad divina, porque nos hace sentir en el mundo como en nuestra casa. Cada cual inventa al Dios-cómplice en su soledad. Y no podemos olvidar que la verdad construida por cada uno comporta el respeto a la verdad elaborada por el prójimo. Oriente y Occidente. El mismo fin y diferentes maneras de andar.

Consecuentemente, la Felicidad última de la que tratan Patánjali y Aristóteles, que es Dios, se nos ocurre que podríamos no buscarla fuera de nosotros mismos porque, quizás, ya la tengamos dentro. La hemos tenido siempre a nuestro lado, la entendamos como la entendamos, seamos como seamos. Ella está ahí, esperando paciente que la reconozcamos, que nos convirtamos en ella. Microcosmos y macrocosmos. El disfraz de Dios jugando consigo mismo a través de la eternidad.

Que cada individuo maquine su propia filosofía.

Notas

{1} J. N. Dasgupta, History of Mankind. Cultural and Scientific Development, Unesco, 1963.

{2} Breves textos de naturaleza filosófica, cronológicamente situados más allá del 600 a. de C. Los principales Upanishads son catorce. Los más antiguos escritos en prosa y relativamente largos. Algo posteriores, hacia el 500 a. de C. y más breves aparecen en verso. El lenguaje es clasificado como sánscrito.

{3} A. Watts, El futuro del éxtasis, Ed. Kairós, Barcelona 1995, pág. 170.

{4} Permítaseme generalizar lo «oriental» y lo «occidental» a lo largo de todo el texto, a sabiendas de que cada individuo es un sistema diferente de pensamiento.

{5} Liturgias en prosa de estilo seco, abstrusas y tortuosas con una cronología que se remonta al primer cuarto del primer milenio antes de Cristo.

{6} La escrituras más antiguas de la India, de origen desconocido. El texto védico fue transmitido oralmente durante decenas de generaciones, de ahí el cuidado que se puso en su correcta pronunciación.

{7} J. L. Calvo Martínez, Ética a Nicómaco, Ed. Alianza, Madrid 2001, pág. 8.

{8} Ibíd., pág. 9.

{9} J. L. Calvo Martínez, Ética a Nicómaco, Ed. Alianza, Madrid 2001, pág. 193.

{10} J. L. Calvo Martínez, Ética a Nicómaco, Ed. Alianza, Madrid 2001, págs. 302 y 303.

{11} K. Wilber, El ojo del espíritu, Ed. Kairós, Barcelona 1998.

{12} Salvador Pániker, Aproximación al origen, Ed. Kairós, Barcelona 1989.

{13} I. K. Taimni, La ciencia de la yoga. Comentarios a los YogaSutras de Patánjali, Ed. Rio Negro, Federación Teosófica Interamericana, 1979. Libro Segundo, pág. 129.

{14} Trad. de J. Mascaro, Himalayas of the Soul, Translations from the Sanskrit of the Principal Upanishads, Londres y Nueva York 1938, pág. 89.

{15} Salvador Pániker, Cuaderno Amarillo, Ed. Areté, Barcelona 2000.

vendredi, 17 mai 2019

Michel Maffesoli: “L’entre-soi médiatico-politique”

Michel-Maffesoli.jpg

Michel Maffesoli: “L’entre-soi médiatico-politique”

 

Michel Maffesoli, professeur émérite à la Sorbonne et membre de l’Institut, analyse les raisons du fossé qui s’est établi entre le peuple et les élites. La classe médiatico-politique semble s’être repliée sur elle-même et vit dans l’entre-soi. Pourquoi n’est-elle pas capable d’entrer en empathie avec le peuple ? Comment cette rupture a-t-elle été consommée ?

N’est-ce point le mépris vis-à-vis du peuple, spécificité d’une élite en déshérence, qui conduit à ce que celle-ci nomme abusivement « populisme » ? L’entre-soi, particulièrement repérable dans ce que Joseph de Maistre nommait la « canaille mondaine » – de nos jours on pourrait dire la « canaille médiatique » –, cet entre-soi est la négation même de l’idée de représentation sur laquelle, ne l’oublions pas, s’est fondé l’idéal démocratique moderne. En effet, chose frappante, lorsque par faiblesse on cède aux divertissements médiatiques, ça bavarde d’une manière continue dans ces étranges lucarnes de plus en plus désertées. Ça jacasse dans ces bulletins paroissiaux dont l’essentiel des abonnés se recrute chez les retraités. Ça gazouille même dans les tweets, à usage interne, que les décideurs de tous poils s’envoient mutuellement.

file-20180319-31624-qiv95v.jpg

La verticalité du pouvoir.

L’automimétisme caractérise le débat, national ou pas, que propose le pouvoir – automimétisme que l’on retrouve dans les ébats indécents, quasiment pornographiques, dans lesquels ce pouvoir se donne en spectacle. Pour utiliser un terme de Platon, on est en pleine théâtrocratie, marque des périodes de décadence. Moment où l’authentique démocratie, la puissance du peuple, est en faillite.

Automimétisme de l’entre-soi ou auto-représentation, voilà ce qui constitue la négation ou la dénégation du processus de représentation. On ne représente plus rien, sinon à courte vue, soi-même. Cette Caste on ne peut plus isolée, en ses diverses modulations – politique, journalistique, intellectuelle –, reste fidèle à son idéal « avant-gardiste », qui consiste, verticalité oblige, à penser et à agir pour un prétendu bien du peuple.

Cette Caste on ne peut plus isolée, en ses diverses modulations – politique, journalistique, intellectuelle –, reste fidèle à son idéal « avant-gardiste », qui consiste, verticalité oblige, à penser et à agir pour un prétendu bien du peuple.

Une telle verticalité orgueilleuse s’enracine dans un fantasme toujours et à nouveau actuel : « Le peuple ignore ce qu’il veut, seul le Prince le sait » (Hegel). Le « Prince » peut revêtir bien des formes, de nos jours celle d’une intelligentsia qui, d’une manière prétentieuse, entend construire le bien commun en fonction d’une raison abstraite et quelque peu totalitaire, raison morbide on ne peut plus étrangère à la vie courante.

Ceux qui ont le pouvoir de dire vitupèrent à loisir les violences ponctuant les soulèvements populaires. Mais la vraie « violence totalitaire » n’est-elle pas celle de cette bureaucratie céleste qui, d’une manière abstruse, édicte mesures économiques, consignes sociales et autres incantations de la même eau en une série de « discours appris » n’étant plus en prise avec le réel propre à la socialité quotidienne ? N’est-ce pas une telle attitude qui fait dire aux protagonistes des ronds-points que ceux qui détiennent le pouvoir sont instruits, mais non intelligents ?

ns100326a2.jpg

Le monopole de la parole.

Ceux-là même qui vitupèrent et parlent, quelle arrogance !, de la « vermine paradant chaque samedi », ceux-là peuvent-ils comprendre la musique profonde à l’œuvre dans la sagesse populaire ? Certainement pas. Ce sont, tout simplement, des pleureuses pressentant, confusément, qu’un monde s’achève. Ce sont des notables dans l’incapacité de comprendre la fin du monde qui est le leur. Et pourtant cette Caste s’éteint inexorablement.

Au mépris vis-à-vis du peuple correspond logiquement le mépris du peuple n’ayant plus rien à faire avec une élite qu’il ne reconnaît plus comme son maître d’école. Peut-être est-ce pour cela que cette élite, par ressentiment, utilise, ad nauseam, le mot de « populisme » pour stigmatiser une énergie dont elle ne comprend pas les ressorts cachés.

Le bienfait des soulèvements, des insurrections, des révoltes, c’est de rappeler, avec force, qu’à certains moments « l’hubris », l’orgueil d’antique mémoire des sachants, ne fait plus recette. Par là se manifeste l’important de ce qui n’est pas apparent. Il y a, là aussi, une théâtralisation de l’indicible et de l’invisible. Le « roi clandestin » de l’époque retrouve alors une force et une vigueur que l’on ne peut plus nier.

L’effervescence sociétale, bruyamment (manifestations) ou en silence (abstention) est une manière de dire qu’il est lassant d’entendre des étourdis-instruits ayant le monopole légitime de la parole officielle, pousser des cris d’orfraie au moindre mot, à la moindre attitude qui dépasse leur savoir appris.

Ecrit-scenariste-Ken-Loach-LOlivier-flirtela-fableevoquer-notre-monde-prive_0_730_484.jpg

Le lieu fait lien.

Manière de rappeler, pour reprendre encore une formule de Joseph de Maistre, « les hommes qui ont le droit de parler en France ne sont point la Nation ».

Qu’est-ce que la Nation ? En son sens étymologique, Natio, c’est ce qui fait que l’on nait (nascere) ensemble, que l’on partage une âme commune, que l’on existe en fonction et grâce à un principe spirituel. Toutes choses échappant aux Jacobins dogmatiques, qui, en fonction d’une conception abstraite du peuple, ne comprennent en rien ce qu’est un peuple réel, un peuple vivant, un peuple concret. C’est-à-dire un peuple privilégiant le lieu étant le sien.

Les Jacobins dogmatiques, en fonction d’une conception abstraite du peuple, ne comprennent en rien ce qu’est un peuple réel, un peuple vivant, un peuple concret.

Le lieu fait lien. C’est bien ce localisme qui est un cœur battant, animant en profondeur les vrais débats, ceux faisant l’objet de rassemblements, ponctuant les manifestations ou les regroupements sur les ronds-points. Ceux-ci sont semblables à ces trous noirs dont nous parlent les astrophysiciens. Ils condensent, récupèrent, gardent une énergie diffuse dans l’univers.

C’est bien cela qui est en jeu dans ces rassemblements propres au printemps des peuples. Au-delà de cette obsession spécifique de la politique moderne, le projet lointain fondé sur une philosophie de l’Histoire assurée d’elle-même, ces rassemblements mettent l’accent sur le lieu que l’on partage, sur les us et coutumes  qui nous communs.

solidarite.jpg

L’émotion et la solidarité.

C’est cela le localisme, une spatialisation du temps en espace. Ou encore, en laissant filer la métaphore scientifique, une « einsteinisation » du temps. Etre-ensemble pour être-ensemble sans finalité ni emploi. D’où l’importance des affects, des émotions partagées, des vibrations communes. En bref, l’émotionnel.

Pour reprendre une figure mythologique, « l’Ombre de Dionysos » s’étend à nouveau sur nos sociétés. Chez les Grecs, l’orgie (orgè) désignait le partage des passions, proche de ce que l’on nomme de nos jours, sans trop savoir ce que l’on met derrière ce mot : l’émotionnel. Emotionnel, ne se verbalisant pas aisément, mais rappelant une irréfragable énergie, d’essence un peu mystique et exprimant que la solidarité humaine prime toutes choses, et en particulier l’économie, qui est l’alpha et l’oméga de la bien-pensance moderne. Que celle-ci d’ailleurs se situe à la droite, à la gauche, ou au centre de l’échiquier politique dominant.

L’émotionnel et la solidarité de base sont là pour rappeler que le génie des peuples est avant tout spirituel. C’est cela que, paradoxalement, soulignent les révoltes en cours. Et ce un peu partout de par le monde. Ces révoltes actualisent ce qui est substantiel. Ce qui est caché au plus profond des consciences. Qu’il s’agisse de la conscience collective (Durkheim) ou de l’inconscient collectif (Jung). Voilà bien ce que l’individualisme ou le progressisme natif des élites ne veut pas voir. C’est par peur du Nous collectif qu’elles brandissent le spectre du populisme.

article-neuroplanete-jpg_3821574_660x281.jpg

L’organique contre le mécanique.

Paul Valéry le rappelait : « Ce n’est pas sur ce qu’ils voient, mais sur ce qu’ils ne voient pas qu’il faut juger les hommes ». C’est bien sur ce qu’ils ne voient pas qu’il faut juger la Caste agonisante des notables établis : incapacité de repérer l’invisible à l’œuvre dans le corps social, incapacité à apprécier l’instinct naturel qui meut, sur la longue durée, la puissance populaire.

On est, dès lors, dans la métapolitique. Une métapolitique faisant fond comme je l’ai indiqué sur les affects partagés, sur les instincts premiers, sur une puissance au-delà ou en-deçà du pouvoir et qui parfois refait surface. Et ce d’une manière irrésistible. Comme une impulsion quelque peu erratique, ce qui n’est pas sans inquiéter ceux qui parmi les observateurs sociaux restent obnubilés par les Lumière (XVIIIe siècle) ou par les théories de l’émancipation, d’obédience socialisante ou marxisante propres au XIXe siècle et largement répandues d’une manière plus ou moins consciente chez tous les « instruits » des pouvoirs et des savoirs établis.

C’est bien sur ce qu’ils ne voient pas qu’il faut juger la Caste agonisante des notables établis : incapacité de repérer l’invisible à l’œuvre dans le corps social, incapacité à apprécier l’instinct naturel qui meut, sur la longue durée, la puissance populaire.

En son temps, contre la violence totalitaire des bureaucraties politiques[1], j’avais montré, en inversant les expressions de Durkheim, que la solidarité mécanique était la caractéristique de la modernité et que la solidarité organique était le propre des sociétés primitives. C’est celle-ci qui renaît de nos jours dans les multiples insurrections populaires. Solidarités organiques qui, au-delà de l’individualisme, privilégient le « Nous » de l’organisme collectif. Celui de la tribu, celui de l’idéal communautaire en gestation. Organicité traditionnelle, ne pouvant qu’offusquer le rationalisme du progressisme benêt dont se targuent toutes les élites contemporaines.

silhouette-groupe-amis_1048-5978.jpg

Vers une tradition dynamique !

Oui, contre ce progressisme dominant, on voit renaître les « instincts ancestraux » tendant à privilégier la progressivité de la tradition. La philosophie progressive, c’est l’enracinement dynamique. La tradition, ce sont les racines d’hier toujours porteuses de vitalité. L’authentique intelligence « progressive », spécificité de la sagesse populaire, c’est cela même comprenant que l’avenir est un présent offert par le passé.

C’est cette conjonction propre à la triade temporelle (passé, présent, avenir) que, pour reprendre les termes de Platon, ces « montreurs de marionnettes » que sont les élites obnubilées par la théâtrocratie sont incapables de comprendre. La vanité creuse de leur savoir technocratique fait que les mots qu’ils emploient, les faux débats et les vrais spectacles dont ils sont les acteurs attitrés sont devenus de simples mécanismes langagiers, voire des incantations qui dissèquent et règlementent, mais qui n’apparaissent au plus grand nombre que comme de futiles divertissements. Les révoltes des peuples tentent de sortir de la grisaille des mots vides de sens, de ces coquilles vides et inintelligibles. En rappelant les formes élémentaires de la solidarité, le phénomène multiforme des soulèvements est une tentative de réaménager le monde spirituel qu’est tout être-ensemble. Et ce à partir d’une souveraineté populaire n’entendant plus être dépossédée de ses droits.

Les révoltes des peuples rappellent que ne vaut que ce qui est raciné dans une tradition qui, sur la longue durée, sert de nappe phréatique à toute vie en société. Ces révoltes actualisent l’instinct ancestral de la puissance instituante, qui, de temps en temps, se rappelle au bon souvenir du pouvoir institué.

Bon sens populaire.jpg

Le bon sens populaire.

Voilà ce qui, en son sens fort, constitue le génie du peuple, génie n’étant, ne l’oublions pas, que l’expression du gens, de la gente, c’est-à-dire de ce qui assure l’éthos de toute vie collective. Cet être-ensemble que l’individualisme moderne avait cru dépassé ressurgit de nos jours avec une force inégalée.

Mais voilà, à l’encontre de l’a-priorisme des sachants, a-priorisme dogmatique qui est le fourrier de tous les totalitarismes, ce génie s’exprime maladroitement, parfois même d’une manière incohérente ou se laissant dominer par les passions violentes. L’effervescence fort souvent bégaie. Et, comme le rappelle Ernest Renan : « Ce sont les bégaiements des gens du peuple qui sont devenus la deuxième bible du genre humain ».

Cet être-ensemble que l’individualisme moderne avait cru dépassé ressurgit de nos jours avec une force inégalée.

Remarque judicieuse, soulignant qu’à l’encontre du rationalisme morbide, à l’encontre de l’esprit appris des instruits, le bon sens prend toujours sa source dans l’intuition. Celle-ci est une vision de l’intérieur. L’intuition est une connaissance immédiate, n’ayant que faire des médias. C’est-à-dire n’ayant que faire de la médiation propre aux interprétations des divers observateurs ou commentateurs sociaux. C’est cette vision de l’intérieur qui permet de reconnaître ce qui est vrai, ce qui est bon dans ce qui est, et, du coup, n’accordant plus créance au moralisme reposant sur la rigide logique du devoir-être.

Du bien-être individuel au plus-être collectif.

C’est ainsi que le bon sens intuitif saisit le réel à partir de l’expérience, à partir du corps social, qui, dès lors, n’est plus une simple métaphore, mais une incontournable évidence. Ce que Descartes nommait l’« intuition évidente » comprend ainsi, inéluctablement, ce qui est évident.

Dès lors ce n’est plus le simple bien-être individualiste d’obédience économiciste qui prévaut, mais bien un plus être collectif. Et ce changement de polarité, que l’intelligentsia ne peut pas, ne veut pas voir, est conforté par la connaissance collective actualisant la « noosphère » analysée par Teilhard de Chardin, celle des réseaux sociaux, des blogs et autres Tweeters. Toutes choses confortant un « Netactivisme » dont on n’a pas fini de mesurer les effets.

Voilà le changement de paradigme en cours dont les soulèvements actuels sont les signes avant-coureurs. On comprendra que les zombies au pouvoir, véritables morts-vivants, ne peuvent en rien apprécier la vitalité quasi-enfantine à l’œuvre dans tous ces rassemblements. Car cette vitalité est celle du « puer aeternus » que les pisse-froids nomment avec dégoût « jeunisme ». Mais ce vitalisme juvénile[2], où prédomine l’aspect festif, ludique, voire onirique, est certainement la marque la plus évidente de la postmodernité naissante.

Michel Maffesoli

[1] Michel Maffesoli, La Violence totalitaire (1979), réédité in Après la Modernité, CNRS Éditions, 2008, p.539.

[2] La jeunesse n’étant bien sûr pas un problème d’âge, mais de ressenti, ce que traduit bien le mythe fédérateur de la postmodernité qu’est le Puer aeternus

mardi, 14 mai 2019

La force de l’existence

rudolf-koppitz-der-bergsteiger.jpg

La force de l’existence

par Patrice-Hans Perrier

Ex: https://echelledejacob.blogspot.com

Les temps sont difficiles pour les patriotes actifs des deux côtés de l’Atlantique. En effet, le rouleau compresseur des diverses chartes onusiennes et la pression des grandes multinationales font en sorte que les prérogatives des États nationaux se réduisent, chaque jour, en peau de chagrin. Il y a péril en la demeure et c’est le cas de le dire.

DdtYwYdV4AAsic3.jpgL’historien Dominique Venner s’épanche longuement dans son essai, intitulé « Un samouraï d’Occident », sur les causes du déclin de l’Europe et de la civilisation helléno-chrétienne. D’après lui, l’inéluctable déclin de notre civilisation serait dû, d’entrée de jeu, à la perte de ce qui constituait la substantifique moelle de notre éthos collectif.

La charpente de nos mœurs et de nos valeurs spirituelles aurait été endommagée par une sorte de suicide collectif : un phénomène s’appuyant, non seulement sur l’hubris débridée de nos élites, mais tout autant sur l’effondrement d’une sagesse populaire qui puisait à une tradition plurimillénaire. Nous aurions perdu les bornes qui contenaient les menaces qui s’appesantissent sur nos sociétés déboussolées au moment de composer ces quelques lignes.
 
La perte des repères de la nature

Reprenant les préceptes exposés dans L’Homme et la technique, d’Oswald Spengler, l’historien Venner fustige la fuite en avant d’une technicité automotrice, laissée à elle-même sans contrepartie humaine. Ainsi, selon Spengler, « la pensée faustienne commence à ressentir la nausée des machines ». Prenant appui sur les observations du grand philosophe Martin Heidegger, Dominique Venner dénonce cette « métaphysique de l’illimité » qui repousse toujours plus loin les bornes de la technique, mais aussi de l’éthique. Le délire techniciste qui déferle sur notre époque aura contribué à faire sauter les digues des antiques préceptes qui guidaient nos sociétés depuis la nuit des temps.

Les anciens nous auraient légué, toujours selon Venner, « … l’idée de « cosmos », « l’idée que l’univers n’est pas un chaos, mais qu’il est au contraire soumis à l’ordre et à l’harmonie ». Et, de résumer la pensée principielle d’Homère qui pose les préceptes d’une vie bonne : « la nature comme socle, l’excellence comme but, la beauté comme horizon ». L’hubris de nos dirigeants, la décadence des mœurs et l’univers concentrationnaire de nos cités délabrées seraient les conséquences de l’effritement de l’antique sagesse. De la perte des bornes qui fondaient nos rapports en société et la culture comme lit de la mémoire de la cité. Les digues de la sagesse ayant été rompues, nous errons à travers nos cités dévastées tels des ilotes privés d’un droit de cité qui n’est plus qu’une chimère en l’espèce.

La métaphysique de l’illimité

Dominique Venner n’est pas le seul à dénoncer cette « métaphysique de l’illimité » qui prend appui sur l’idée que l’homme serait, à l’instar des dieux, un démiurge capable de manipuler les propriétés de la nature. Charles Taylor, ancien professeur de philosophie à l’Université McGill de Montréal, dans un petit essai intitulé Grandeur et misère de la modernité, remet en cause cette « culture contemporaine de l’authenticité » qui dériverait d’un idéalisme pathologique. Ce dernier estime que nos élites s’enferment, de plus en plus, dans un véritable onanisme intellectuel et spirituel. Ainsi, la quête de « l’authenticité » procéderait d’un idéalisme qui s’enferme dans ses présupposés, refusant toute forme de dialogue au final. Tout cela le pousse à affirmer que « les modes les plus égocentriques et « narcissiques » de la culture contemporaine sont manifestement intenables ».

Et, c’est par un extraordinaire effet de retournement que les occidentaux nés après la Seconde guerre mondiale se sont comportés telle une génération spontanée, faignant d’ignorer le legs de leurs prédécesseurs. Combattant les effets délétères d’une révolution industrielle métamorphosée en nécrose financière, les adeptes de la contre-culture ont fini par se réfugier dans une sorte de prostration mortifère. Les épigones de ce que certains nomment le « marxisme culturel » ont accaparé le temps de parole sur les ondes, sur Internet et partout sur la place publique des débats d’idées. De fait, il n’y a plus de débats possibles puisque l’hubris de ces nouvelles élites autoproclamées fait en sorte de transformer leurs contradicteurs en opposants politiques, voire en délinquants.

Les idiots utiles du grand capital apatride

L’idéalisme des pionniers de la contre-culture s’est transformé en fanatisme militant, capable de neutraliser toute forme de contestation au nom de la pureté de son combat apologétique. Manifestement incapables d’identifier le substratum de leurs luttes politiques, les nouveaux épigones de cette gauche de pacotille livrent une lutte sans merci à tous ceux qui osent s’opposer à la volonté de puissance des « forces du progrès » et de « l’esprit des lumières ». Sans même réaliser l’ironie de la chose, ces nouveaux guerriers de la rectitude politique mettent l’essentiel de leurs énergies au service des forces du grand capital apatride.

On assiste à un arraisonnement de la contestation qui, l’instant d’un retournement symbolique, s’est métamorphosé en police de la raison d’État. Parce que la nouvelle raison d’État se pare des vertus des « droits de l’homme », de la « protection de l’environnement » ou des « miracles du progrès » pour que rien ne puisse se mettre en travers de sa marche inexorable. Tout doit aller plus vite, sans que l’on puisse se poser de question, afin que les sédiments de l’ancienne morale, des antiques traditions de nos aïeux ou de nos repères identitaires soient emportés par les flots d’un changement de paradigme qui ne se nomme pas. Véritable ventriloque, ce grand vent de changement souffle sur les fondations d’une cité prétendument concentrationnaire, tout cela en ayant la prétention de vouloir libérer l’humanité de ses chaînes. Voilà la supercherie en l’état des lieux. 
 
Une génération spontanée coupée de ses racines

Taylor-Charles2.jpgCharles Taylor pose un regard d’une grande acuité sur ce « nouveau conformisme » des générations de l’après-guerre. Cette génération spontanée, refusant d’assumer sa dette envers les ancêtres, s’imagine dans la peau d’un démiurge mû par une force automotrice. Rien ne doit entraver sa volonté de puissance, déguisée en désir de libération. Chacun se croit « original », unique en son genre et libre d’agir à sa guise dans un contexte où les forces du marché ont remplacé les antiques lois de la cité. Taylor se met dans la peau des nouveaux protagonistes de la contre-culture actuelle : « non seulement je ne dois pas modeler ma vie sur les exigences du conformisme extérieur, mais je ne peux même pas trouver de modèle de vie à l’extérieur. Je ne peux le trouver qu’en moi ».

Véritable égocentrisme morbide, cet individualisme forcené se travestit à la manière d’un caméléon qui capte l’air du temps afin de se donner de la contenance et d’être en mesure de tromper ses adversaires. Parce que cette quête factice d’authenticité n’est qu’une parure qui cache l’appât du gain et la soif de reconnaissance de cette génération spontanée incapable d’arrimer ses désirs au socle de l’antique sagesse populaire. Conservateur lucide, tel un Jean-Claude Michéa, Charles Taylor n’hésite pas à faire référence aux intuitions géniales d’un Karl Marx mal compris en fin de compte. Les forces du marché, prises d’un emballement que rien ne semble capable d’arrêter actuellement, emportent toutes les digues, les bornes, qui fondaient nos cités pérennes.

Le capitalisme sauvage annonce la société liquide

Écoutons Charles Taylor :

On a parlé d’une perte de résonance, de profondeur, ou de richesse dans l’environnement humain. Il y a près de cent cinquante ans, Marx faisait observer dans le Manifeste du parti communiste que le développement capitaliste avait pour conséquence « de dissoudre dans l’air tout ce qui est solide » : cela veut dire que les objets solides, durables et souvent significatifs qui nous servaient par le passé, sont mis de côté au profit des marchandises de pacotille et des objets jetables dont nous nous entourons maintenant. Albert Borgman parle du « paradigme de l’instrument », par lequel nous nous retirons de plus en plus d’une relation complexe à l’égard de notre environnement et exigeons plutôt des produits conçus pour un usage limité.

Et, nous pourrions poursuivre le raisonnement de Taylor en observant les effets négatifs de cette « raison instrumentale » qui se déploie à travers le nouveau militantisme des zélotes de l’intégrisme libéral-libertaire. Rien ne doit entraver la liberté des marchés puisque tout s’équivaut dans l’espace libertaire du « chacun pour soi ». Le multiculturalisme, véritable doctrine d’État déployée au sein des anciennes colonies du Dominion britannique, représente une matrice anti-citoyenne qui favorise l’érection d’une multitude de ghettos ethno-confessionnels, sortes de nations artificielles qui minent la paix sociale de l’intérieur.

Les patriotes cloués au pilori

La cité, qui fondait sa légitimité sur la mémoire des ancêtres et la Geste du Héros, est détricotée au gré d’une sorte de guerre civile larvée mettant en scène la lutte de tous contre tous. Tributaire de la logique de marché, cette guerre civile en devenir prend une ampleur difficile à contenir puisque les héritiers du génos, ou legs des pères fondateurs sont privés du « droit de cité ». Ainsi, les protagonistes d’un conservatisme qui se réclame de la mémoire collective, du respect d’un patrimoine national ou d’une tradition immémoriale sont-ils accusés de faire corps avec un vil fascisme, sorte de maladie de l’âme qui contaminerait tous ceux qui refusent de se conformer au libéralisme ambiant.

Du haut de leurs chaires universitaires et médiatiques, les censeurs de la rectitude politique, déguisés en intellectuels, lancent des fatwas contre les patriotes qui récusent la nouvelle doxa et refusent d’adopter la nouvelle Magna Carta mondialiste. De puissants réseaux d’« influenceurs » se déploient sur Internet et ailleurs afin de stigmatiser, diffamer et menacer les quelques téméraires qui osent sortir des clous et poussent le culot jusqu’à remettre en question les canons de l’heure. In fine, les milices antifas et d’autres escadrons punitifs vont se mettre en marche afin de repérer et d’agresser les contrevenants. C’est l’annihilation qui est visée en fin de compte : pour que la pureté de la pensée unique soit préservée. Comble de la folie humaine, cette nouvelle inquisition libérale-libertaire ne réalise pas que ses propres procédés pourraient bien être utilisés contre elle-même. Parce que la « main invisible du marché » finira, tôt ou tard, par liquider ses idiots utiles. La « marche du progrès » va ainsi : nulle mémoire ne saurait être tolérée dans le cadre du process de la marchandise, véritable Léviathan qui se mord la queue.

Patrice-Hans Perrier

Comprendre le marxisme culturel - Entretien avec Pierre-Antoine Plaquevent

vendome-vert-800x445.jpg

Comprendre le marxisme culturel

 
Entretien avec Pierre-Antoine Plaquevent :
 
1 De la terreur bolchevique au marxisme culturel
2 De Francfort à la Californie
3 La personnalité autoritaire
4 Kinsey report
5 Freudo-marxisme
6 Des universités américaines à Mai 68
7 Du social au sociétal
 
Faites un don : https://stratpol.com/don/
 
Achetez le livre de Pierre-Antoine Plaquevent : https://www.leretourauxsources.com/es...
 

Média & Politique : La fabrique du consentement - Michel Onfray

cover-r4x3w1000-5b13eb1ed9451-000-arp3338015.jpg

Média & Politique : La fabrique du consentement - Michel Onfray

Retrouvez les vidéos et les ouvrages des intervenants sur http://philocloud.fr
 
* * *
 
Haussez la réalité d'un ton, abonnez-vous https://goo.gl/MPBYLu.
 
* * *
 
Autres sources : Facebook PhiloCloud : https://www.facebook.com/PhiloCloud52
 
Facebook Clip & Musique : https://www.facebook.com/frenchflux