Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

vendredi, 04 septembre 2020

Kris Roman ontmoet Robert Steuckers over Witrusland

snapshotRSB2.jpg

Время Говорить

Kris Roman ontmoet Robert Steuckers over Witrusland

Nederlandse versie

 
In het praatprogramma Время Говорить ('Time to Speak - Tijd om te Spreken') ontvangt Kris Roman speciale gasten die hun bevindingen en kennis over actuele onderwerpen aan het grote publiek uitleggen.
 
In deze aflevering, opgenomen op 25-08-2020, is Robert Steuckers onze gast. In augustus 2020 begon een opstand in Wit-Rusland. Wat zijn de oorzaken? Waar zal dit eindigen? Geopolitiekspecialist Robert Steuckers beantwoordde deze vragen. Robert Steuckers is een specialist in geschiedenis en geopolitiek. Hij spreekt meerdere talen, waaronder Frans, Nederlands, Engels, Duits, Spaans, etc. Hij heeft talloze lezingen gegeven. Hij schreef talloze geopolitieke teksten. Hij heeft verschillende boeken van hoge kwaliteit geschreven en gepubliceerd, waaronder een driedelige serie genaamd "Europe", een tweedelige "the German Conservative Revolution", Nordic Pages en Celtic Pages. Hij schreef een boek over de Duitse politieke filosoof Carl Schmitt. Vergeet niet dat Robert Steuckers zijn mening en zijn analyses in honderden artikelen heeft neergepend.
 

mardi, 01 septembre 2020

Lezing Geopolitiek Instituut Vlaanderen Nederland - Robert Steuckers over Wit-Rusland

Wit-Rusland-vlag.jpg

Lezing Geopolitiek Instituut Vlaanderen Nederland

Robert Steuckers over Wit-Rusland

 
 
GIVN, Geopolitiek instituut Vlaanderen -Nederland organiseert geregeld congressen over politiek actuele situaties. De corona maatregelen verhinderen momenteel een nieuw congres. Daarom gaan er enkele lezingen 'online' gebracht worden.
 
De eerste spreker is de schrijver, redenaar en essayist Robert Steuckers. Hij gaat spreken over de situatie in Belarus/Wit-Rusland. We zien vandaag geregeld beelden van protesten zowel tegen als wel voor Loekasjenka.
 
De Westerse media kiezen hoofdzakelijk de zijde van de opposanten. Anderzijds geeft Rusland Loekasjenko volledige steun en dreigt ze zelfs met interventie indien nodig. We gaan kijken naar de achtergrond van het hele conflict en indien mogelijk een vooruitblik hoe dit conflict kan evolueren. We wensen u veel kijkgenot.
 

jeudi, 20 août 2020

Entretien sur Guillaume Faye et l’archéofuturisme - Robert Steuckers répond aux questions de Philip Stein

517h25d94ZL.jpg

Entretien sur Guillaume Faye et l’archéofuturisme

Robert Steuckers répond aux questions de Philip Stein

Monsieur Steuckers, vous êtes de nationalité belge et je suis Allemand mais nous pouvons réaliser cet entretien en langue allemande, sans avoir besoin de traducteur. Si je ne m’abuse, j’aurais pu poser mes questions en espagnol, en français ou en anglais. Comment êtes-vous parvenu à maitriser autant de langues européennes?

Ce n’est nullement étonnant: je ne suis pas le seul dans ce cas en Belgique. Le Prof. David Engels écrit tout aussi bien en français qu’en allemand (et en polonais!), sûrement parce qu’il est originaire d’Eupen; mon collègue linguiste et journaliste Lionel Baland, qui s’est spécialisé dans l’étude des partis et mouvements non-conformistes et populistes, qui est natif de Liège, travaille, lui aussi, en quatre langues (français, allemand, néerlandais et anglais); le Dr. Frank Judo a également eu l’occasion de prendre la parole en allemand lors d’un symposium dans la „Bibliothek des Konservativismus“, etc. Dans un groupe d’amis, à Louvain, nous utilisons très souvent la langue allemande et tous les membres de ce petit club sont invités à bien la connaître pour continuer à en faire partie. Par ailleurs, je suis diplômé de l’école des traducteurs. On peut aussi dire qu’entre néerlandophones et germanophones, la différence est mince: nous ne sommes séparés que par deux mutations consonantiques. Ensuite, j’ai suivi les cours de latin en secondaire à une époque où cela valait encore la peine d’étudier une langue morte, car ce n’était pas inutile, comme le racontent à l’envi tous les adeptes de la jactance néolibérale et festiviste. Sur base de ce savoir scolaire, les langues romanes sont d’un accès facile, du moins à la lecture. Finalement, mon épouse est née à Madrid, au pied du monticule où se trouve le palais royal. Cela aide.

Bildschirmfoto-2020-05-14-um-11-39-36_720x600.pngMalgré vos innombrables activités éditoriales et métapolitiques, nous n’allons pas parler de vous aujourd’hui mais de Guillaume Faye, plus précisément de sa brève nouvelle intitulée „Une journée dans la vie de Dimitri Léonidovitch Oblomov“ qui est parue en traduction allemande dans notre maison d’édition il y a quelques semaines. Sur votre compte Twitter, vous avez annoncé cette parution avec enthousiasme, sinon de manière euphorique. Révélez-nous pourquoi un tel enthousiasme ?

Le grand espoir de Faye était de voir ses travaux édités en allemand. Vous êtes donc ceux qui, post mortem, ont réalisé ce voeu très cher de mon vieux camarade décédé. En étalant cet enthousiasme euphorique, comme vous dites, j’ai voulu exprimer la joie que Faye aurait ressentie s’il avait pu savoir qu’un petit livre de lui était enfin paru en allemand, du moins après tant d’années. L’éditeur Wigbert Grabert avait certes fait traduire quelques-uns de ses textes mais non ses brochures théoriquement si importantes sur l’économie, la sexualité, la nouvelle société de consommation, la modernité, etc. Ces petits travaux, très denses, ont vraiment été pionniers dans notre mouvance. Faye a toujours essayé, dans les années 1980, d’être actif dans des cercles avant-gardistes. Récemment, j’ai découvert sur Facebook une brève allusion à ses „Soirées Avant-Guerre“ de Paris. Pierre Robin, un compagnon de Faye à cette époque, en est l’auteur.

Robin nous révèle, très exactement, ce que Faye concoctait dans ces années-là. Robin écrit, avec pertinence, que Faye, in petto, n’était pas vraiment intéressé par les musiques et les modes dites de la „New Wave“ mais, en revanche, il savait très bien que sans une „mise à jour“, rien ne serait plus possible. Dans ses souvenirs des „Soirées Avant-Guerre“ de Paris, Robin nous dit que, pour Faye, il n’était pas possible de réanimer la Weltanschauung classique, grecque et aristotélicienne, ni même le dionysisme des anciens Hellènes en répétant de manière scolaire les cours donnés jadis dans les classes d’humanités classiques. Il fallait donc d’autres moyens, d’autres instruments, pour tenter de sortir de l’étau de la modernité mortifère.

Ce n’est pas un secret de dire que cette petite nouvelle, que nous avons éditée en allemand, n’est qu’une annexe à son épais volume titré „L’archéofuturisme“, où il expose ses idées sur le monde futur après la „grande catastrophe“. Pouvez-vous nous esquisser ce que Faye entendait par „archéofuturisme“ et quel en était le noyau idéologique?

La réponse à votre question se repère aisément dans la nouvelle: on y décèle parfaitement ce qu’il a voulu dire. L’élite de l’Etat, de l’Empire, les dirigeants de la „Fédération“, avec leur formation pluridisciplinaire, les chefs des armées futures, seront futuristes, bénéficieront de toutes les technologies hypermodernes et les utiliseront comme instruments pour asseoir une puissance planétaire indestructible. Le reste de la population sera à nouveau lié à la terre, aura un mode de vie agraire, et développera une culture populaire stable et éternelle. L‘“archéofuturisme“ est donc archaïque, agraire, écologique pour la grande masse des populations et hyper-technique et futuriste pour les élites.

9781907166099-fr.jpgFaye s’intéressait très fort aux projets de chemins de fer, surtout pour la ligne transsibérienne „Baïkal-Amour“, aussi pour les anciens projets allemands de la „Breitspurbahn“, pour l’aérotrain de la France de De Gaulle, pour les projets japonais similaires, etc. Voilà pourquoi Oblomov passe sa journée dans un train, partiellement souterrain. Pour Faye, la tâche première de tout Etat ou de tout Empire était d’organiser des communications ultra-rapides, exactement comme l’empire romain reposait sur ses routes et en dépendait. Mon fils et moi-même fumes un jour très étonné de constater qu’il lisait avec grand intérêt des revues de vulgarisation scientifique traitant de toutes les nouvelles technologies et biotechnologies, comme Science & Avenir, Sciences & Vie, etc. Même si quelques gros malins, croyant tout savoir et se piquant d’être omniscients, considéraient que ce genre de préoccupation était ridicule, je persiste à croire, avec le recul, que les diplômés en sciences humaines, littéraires ou sociologiques, doivent se donner pour hygiène mentale de glaner du savoir sur les révolutions en cours dans les sciences naturelles, physiques, et dans les domaines des hautes technologies (comme la nanotechnologie par exemple), afin de ne pas énoncer des théories boiteuses et incomplètes.

Pourquoi Faye s’est-il décidé à ajouter cette petite nouvelle, un travail purement littéraire, à son livre sur l’archéofuturisme? Pour donner une teneur littéraire à la matière? Ou doit-on émettre l’hypothèse qu’il y a un „plus“ derrière cette décision, l’enthousiasme de Faye pour la littérature?

Faye, tout comme Jean Thiriart d’ailleurs, n’était pas tellement intéressé à la pure littérature, du moins pendant les années où je l’ai connu (car sa culture littéraire n’est pas négligeable pour autant). Il lisait essentiellement des ouvrages de sociologie (Maffesoli, Lipovetsky), de philosophie (Heidegger), de sciences politiques (Freund), d’économie (List, Perroux, Grjebine), d’histoire et de géographie, comme le prouve les recensions qu’il publiait dans éléments ou dans des feuilles internes du G.R.E.C.E. Une exception toutefois chez ces deux penseurs politiques non-conformistes: Louis-Ferdinand Céline, que tous deux appréciaient grandement. L’objectif de cette petite nouvelle bien ficelée de Faye, que vous venez de traduire et d’éditer, est d’éveiller l’attention de ses lecteurs sur le double aspect que porte en lui son concept d’archéofuturisme, notamment la nécessité de penser simultanément hypertechnicisme et archaïsme organique. Faye regrettait que les cercles de la nouvelle droite n’évoquaient jamais de telles thématiques ou les refoulaient. Cette attitude négative face aux hautes technologies ou aux biotechnologies était l’indice, à ses yeux, d’une attitude impolitique, contemplative et „muséale“, ce qu’il explique d’ailleurs très clairement, et avec emphase, dans son livre intitulé L’archéofuturisme. Il a très certainement souhaité créer un monde de science-fiction pour obliger les „littéraires“ de la nouvelle droite (comme les appelait Thiriart en se foutant d’eux copieusement!) à s’intéresser enfin à des thématiques porteuses d’avenir. Ce souhait englobait également les biotechnologies, thème choisi, pour l’un de ses livres, par son vieil ami italien, le juriste Stefano Sutti Vaj. Le futurisme de Faye doit être pensé simultanément avec le biotechnologisme de Sutti Vaj. Les deux approches, celle de Faye et celle de Sutti Vaj, sont malheureusement restées dans une impasse dans le petit univers néo-droitiste franco-italien.   

9781910524923-fr.jpgL’intérêt de Faye pour ce type de littérature se repère également dans le livre qui fait suite à L’archéofuturisme, soit L’Archéofuturisme V2.0: Nouvelles cataclysmiques, un volume constitué seulement de courtes historiettes, qui se focalisent toutes sur la thématique de l’archéofuturisme? Mais en 1985 déjà, Faye s’était profilé comme l’auteur d’une bande dessinée intitulée Avant-Guerre, où plusieurs éléments de ses futures nouvelles apparaissent, comme l’idée d’une „Fédération euro-sibérienne“. Faye a-t-il inventé un grande histoire, un monde qui lui était propre, auquel il a réfléchi pendant de longues années, qu’il a peaufiné en sa tête… ?

Oui, c’est certain. Il s’est aussi toujours intéressé à la conquête spatiale, aux projets européens Ariane. C’est aussi le résultat qu’un intérêt enthousiaste, depuis son enfance et son adolescence, pour la bande dessinée franco-belge, pour les „romans graphiques“ comme disent les Anglais aujourd’hui. Deux séries ont été déterminantes pour l‘engouement que Faye a eu, pendant toute sa vie, pour la conquête spatiale, pour les sciences et la haute technologie, soit pour le „futurisme“.  D’abord la série „Spirou et Fantasio“ de Franquin où deux scientifiques entrent en concurrence: d’une part, Zorglub, qui conçoit et construit d’étonnantes machines volantes puis envoie des centaines de fusées sur la lune pour y inscrire une publicité pour Coca-Cola; d’autre part, Pacôme, Comte de Champignac, qui est chimiste et crée des armes organiques inouïes au départ de champignons, comme, par exemple, le „Metamol“, qui ramollit et liquéfie tous les métaux. Le „Métamol“ détruit ainsi une armée sud-américaine et des tanks chinois. La base de Zorglub dans la jungle amazonienne est détruite par quelques grenades au „Métamol“ contenant un extrait de champignon capable de tout dévorer: toutes les constructions humaines sont alors englouties dans un magma vert et organique, à une vitesse inimaginable.

61sIMJwhfPL._SX380_BO1,204,203,200_.jpgEnsuite, il y a la série „Blake et Mortimer“ d’Edgard P. Jacobs, où l’on trouve un „roman graphique“, qui nous décrit et nous dessine un royaume d’Atlantide se situant sous les flots au beau milieu de l’Océan Atlantique, juste en dessous des Açores. Ce royaume sous-marin est dirigé avec sagesse par un vieux Basileus, inspiré par l’harmonie grecque antique, mais, il est simultanément menacé par des barbares surexcités qui entendent prendre le pouvoir et massacrer les Atlantes. Ces barbares finissent par vaincre mais détruisent les barrages qui protègent des flots la cité sous-marine d’inspiration platonicienne qui est alors engloutie par l’océan. Mais les Atlantes et leur Basileus peuvent quitter la Terre à temps à bord de centaines de fusées pour se donner un avenir sur une autre planète.

Faye était ensuite fasciné par les avions que Jacobs avait dessinés pour sa trilogie de la série „Black et Mortimer“, intitulée Le secret de l’Espadon, notamment „l’aile rouge“ du Colonel Olrik, incarnation du mal, et l’Espadon de ses adversaires anglais. Cet appareil a très nettement inspiré Faye quand il imaginait ses propres chasseurs „Squalines“, fers de lance des forces aériennes de la „Fédération“. On peut également ajouter que Faye a lu, avec beaucoup d’attention, les deux albums de „Tintin et Milou“, où Tintin s’embarque pour la lune avec le Capitaine Haddock dans une fusée qui ressemble aux V2 allemands de la seconde guerre mondiale. Les armes à ultra-sons inventées par le Professeur Tryphon Tournesol dans L’Affaire Tournesol l’intéressaient beaucoup, elles aussi.

6151weT+qiL.jpgLa fascination de Faye pour les technologies futuristes, pour l’exploration spatiale et les armes biologiques découle certainement d’une connaissance profonde des „romans graphiques“ belges de Franquin, Jacobs et Hergé. Dans la mouvance en France, il n’était d’ailleurs pas le seul dans ce cas: le musicien et dessinateur Jack Marchal, qui avait inventé le petit peuple des rats noirs néofascistes, avait à l’évidence puisé son inspiration chez le dessinateur wallon Raymond Macherot qui, lui aussi, avait créé un peuple de méchants rats vivant dans les égouts d’une ville imaginaire et en sortaient pour commettre mille méfaits. Ensuite son ami le peintre Olivier Carré et son camarade de combat (du moins au début de sa carrière) Grégory Pons étaient également „tintinophiles“, tout comme l’avocat genevois Pascal Junod (toujours très actif en Suisse romande) et moi-même. Cette influence de la bande dessinée belge ne se perçoit quasiment pas dans les milieux politiques germanophones. Je pense en outre qu’il aurait trouvé cela fantastique si des dessinateurs avaient utilisé les thèmes de son oeuvre métapolitique pour lancer de nouvelles séries de BD sur le marché !

Je serai direct: combien de science-fiction y a-t-il dans „Une journée dans la vie de Dimitri Leonidovitch Oblomov“ et dans les autres courtes nouvelles de Faye? Il affirme cependant qu’il s’agit d’une vision d’avenir très réaliste…

Oui, de fait, Faye rêvait d’un partenariat euro-russe où les distances immenses entre la Bretagne  -qu’il aimait parce que son meilleur ami, le nationaliste culturel breton Yann-Ber Tillenon lui avait communiqué le sens de la „bretonnitude“ tout en demeurant son plus fidèle soutien-   et la Sibérie orientale, plus exactement le Kamtchatka, auraient été surmontées par des moyens de communication hyperrapides. Dans sa courte nouvelle, une telle „Fédération“ euro-russe ou euro-sibérienne est devenue réalité. Et, comme je viens de le dire, l’élite de cette „Fédération“ est marquée et formée par une praxis hypertechnicisée et futuriste tandis que les masses populaires vivent à un rythme agraire et conservent, de manière vivante et créative, leurs vieilles racines culturelles celtiques, germaniques ou slaves. Faye réconcilie, dans cette nouvelle, les deux pôles, en apparence foncièrement différents, qui s’opposent au sein des mouvances conservatrices-révolutionnaires voire nationales-révolutionnaires et qui existaient déjà au temps de Weimar: le monde du „Travailleur“ d’Ernst Jünger et l’anti-technicisme de son frère Friedrich-Georg.  

En publiant L’archéofuturisme, Faye opère son retour dans la mouvance néodroitiste en 1998, après avoir passé de nombreuses années dans une sphère apolitique, où il a été animateur de radio et avait tourné le dos à la (méta)politique. Juste avant cette parenthèse, il s’était détaché de la „Nouvelle Droite“ d’Alain de Benoist ou, plutôt, en fut expulsé de manière particulièrement inélégante. Vous avez subi un sort analogue. Aviez-vous des contacts à cette époque? Comment, à votre avis, faudrait-il interpréter le retour de Faye, avec, pour arrière-plan, cette utopie archéofuturiste? Comment caractériser Faye à ce moment-là de son existence?

Le processus de rupture avec Benoist a duré environ huit mois, entre l’été 1986 et mars 1987, avant de devenir définitif. L’université d’été du G.R.E.C.E. de 1986 avait été un fiasco total. Faye a ensuite exprimé ses griefs à l’occasion du colloque annuel de l’association en novembre 1986. En mai 1987, il publie sa lettre d’adieu, rédigée en des termes courtois et modérés. Je l’ai traduite en allemand pour le bulletin de la D.E.S.G. (Deutsch-Europäische Studien-Gesellschaft), qui paraissait à Hambourg. A cette époque-là, grâce au soutien de Jean van der Taelen et de Guibert de Villenfagne de Sorinnes, j’étais parfaitement indépendant de la clique parisienne rassemblée autour de Benoist. Jean-Marie Simar, un ami de Liège, avait édité trois brochures de Faye avec de très modestes moyens: Europe et modernité (à coup sûr, l’essai le plus profond que Faye ait jamais écrit), Petit lexique du partisan européen (la première mouture de Pourquoi nous combattons ?) et L’Occident comme déclin (autre essai magistral qui, hélas, n’a jamais été traduit, pas même en anglais).

index.jpgAprès la rupture entre Faye et Benoist, je n’ai évidemment pas eu les réflexes imbéciles de la secte, en excommuniant à mon tour mon vieux camarade Guillaume Faye. Nous nous sommes vus en août 1987 en Suisse, où Pascal Junod, qui n’était pas encore un avocat renommé, avait organisé une fête paneuropéenne. Faye y a distribué sa lettre d’adieu et y a rencontré un bon paquet d’amis venus des quatre coins de la France et d’ailleurs. J’ai profité de l’occasion pour l’inviter en septembre à Bruxelles, dans les salons de l’Hôtel Métropole (aujourd’hui fermé pour cause de faillite suite au confinement de ce printemps 2020), afin qu’il puisse y présenter un livre et un thème, La soft-idéologie, qu’il avait travaillé et rédigé avec le grand analyste et stratégiste français des médias et des guerres de quatrième dimension, François-Bernard Huyghe. Faye, à l’époque, avait des contacts avec les cercles académiques les plus prestigieux. Sa conférence à Bruxelles sur la soft-idéologie fut la dernière qu’il fit à une tribune de la mouvance dite de „nouvelle droite“. Ensuite, pour moi, il a disparu, sans traces et sans donner signe de vie, dans le labyrinthe des médias alternatifs, polissons mais toutefois notoirement connus sur la place de Paris, où il joua, entre autres facéties, le rôle de Skyman, une sorte de superman vengeur des opprimés, capable d’organiser les plus désopilants des canulars.     

skyman.png

Son retour, dans un premier temps, a été discret mais, selon sa bonne habitude, percutant. Il accorda un entretien à la rédaction d’une jeune revue à l’époque, Réfléchir & Agir (que l’on trouve dans tous les kiosques de France aujourd’hui). Le thème principal qu’il aborda dans cet entretien était les courants musicaux de l’époque qui auraient pu provoquer un effet de rupture salutaire dans la société et l’espace politique, du moins s’ils étaient impulsés dans la bonne direction par une élite porteuse d’une véritable Weltanschauung alternative. De cette manière, un monde alternatif aurait pu émerger. Un ami commun, qui militait pour diffuser Réfléchir & Agir, nous organisa une rencontre à Bruxelles, parce que Faye souhaitait me revoir avant de réapparaître pour de bon dans la mouvance. Un beau jour du printemps 1998, Faye sonna à la porte de ma maison. Il avait certes pris un coup de vieux car la vie dans le petit monde du „Showbiz“ n’est bien sûr ni paisible ni sobre. Cela avait laissé des traces. Mais nous avons entamé la conversation comme si la dernière réunion de son département „Etudes & Recherches“ avait eu lieu une semaine auparavant. Il était resté joyeux, espiègle et polisson, son rayonnement intellectuel était intact. Il nous expliqua ce que signifiait son concept d’archéofuturisme et annonça à tous les amis présents la parution imminente de son livre sur le sujet. Quelques membres de la section hambourgeoise de „Synergon“ étaient présents, de même que le Dr. Tomislav Sunic. Ce fut l’une des journées les plus inoubliables de mon existence !

Le terme central: „Fédération euro-sibérienne“: Faye, en fait, prend une position dans sa nouvelle, qui s’oppose à la conception que se fait Douguine de l’Eurasie. Faye plaide pour une „Euro-Sibérie“ qui ne comprend que la partie européenne de la Russie. Comment jugez-vous cette position aujourd’hui, en tenant compte de l’arrière-plan des querelles qui se sont faites jour dans les rangs de la nouvelle droite française?

Je pense qu’il ne faudrait pas prendre trop au sérieux les différences perceptibles dans les emplois des termes „Eurasie“ et „Euro-Sibérie“. Certes, Douguine est politiquement plus conséquent car il est derechef ancré dans les réalités de l’histoire russe, ce qui l’oblige à tenir compte des anciennes frontières de l’URSS défunte, où Staline a été, volens nolens, un successeur de Catherine II, la « rassembleuse des terres ». Douguine n’escamote pas de manière simpliste l’histoire de l’Union Soviétique. Faye, en fait, développe et élargit une perspective que l’on trouve tout à la fois chez De Gaulle et chez Thiriart: il espère ainsi faire émerger un „grand-espace continental“ qui serait suffisamment autarcique pour pouvoir résister aux entreprises malveillantes d’autres grands espaces impériaux. Faye est ici disciple de Friedrich List et de François Perroux, lequel avait esquissé des plans pour donner de la cohérence au continent latino-américain afin qu’il puisse s’affirmer contre les menées impérialistes de Washington. Pour Faye, pour Thiriart ou pour Perroux, les Etats, petits et moyens, de l’Europe sont trop exigus et l’Europe seule, sans la Russie-Sibérie, n’est pas suffisamment autarcique pour simplement survivre sur le long terme. La Russie, de son côté, est trop peu densément peuplée pour avoir un poids démographique suffisant, face à des adversaires potentiels.

hqdefault.jpg

Le débat Faye/Toulaev à Moscou.

A Moscou et à Termonde (Dendermonde, Flandre orientale, une petite ville à proximité de Bruxelles), Faye a mené des débats intéressants avec un idéologue national russe, hispaniste et historien de l’art: Pavel Toulaev. Ce dernier critiquait le concept d’Euro-Sibérie dans la mesure où la Sibérie n’a jamais été un sujet de l’histoire et que, dans l’espace sibérien, seule la Russie l’a été et l’est restée, puisque l’empire mongol de Gengis Khan et de ses successeurs a définitivement disparu. C’est la raison pour laquelle Toulaev et l’activiste flamand russophone Kris Roman parlent plutôt d’Euro-Russie. On voit ici qu’il y a une différence notable entre cette perspective euro-russe, qui table sur des peuples de souche purement européenne, et la perspective „touranienne“ que Douguine a faite sienne, suite à d’autres eurasistes du 20ème siècle russe, qu’ils aient été « blancs » ou « rouges ». Quoi qu’il en soit, Faye a toujours été partisan d’une alliance euro-soviétique ou euro-russe, comme l’attestent ses très nombreux articles, parus sur son site, sur celui de Thomas Ferrier ( http://thomasferrier.hautetfort.com ) ou sur mon blog http://euro-synergies.hautetfort.com.

unnamed.jpgIl était, sur ce plan, sur la même longueur d’onde qu’Yvan Blot, un très ancien animateur de la nouvelle droite qui avait aussi rompu avec l’inénarrable de Benoist et qui est, hélas, décédé quelques mois avant Guillaume Faye, laissant un vide énorme dans la mouvance, qui n’est guère perçu dans l’espace germanophone, alors que Blot parlait parfaitement l’allemand. Il n’y a guère de querelles sur ce sujet dans les rangs de la nouvelle droite française actuelle: la plupart des activistes et sympathisants sont plutôt pro-russes, y compris bon nombre de catholiques de la vieille droite, bien que quelques-uns, et non des moindres, soutiennent l’ultra-droite ukrainienne (PS d’août 2020: les événements tout récents de Biélorussie modifieront sans doute quelque peu la donne, wait and see).  

Les Etats-Unis, dans sa nouvelle, connaissent un sort peu enviable, celui d’une implosion. Or Faye, à la fin de sa carrière, a pris parti pour Israël et a défendu une vision très négative de l’islam, qui correspond à celle des néoconservateurs américains, théoriciens du „Contre-Djihad“. Comment expliquez-vous cette mutation dans son discours? Est-ce une posture à prendre au sérieux?

De concert avec d’autres observateurs de la société américaine de ses dernières décennies, comme, par exemple, James Howard Kunstler ou Dmitry Orlov, Faye était convaincu que la trépidance qui sous-tend le dynamisme erratique de la société américaine ne pouvait se maintenir sur le long terme. En plus, pensait-il, les Etats-Unis sont marqués par une idéologie libérale incapacitante, un biblisme irréaliste et anti-scientifique et un moralisme agressif. Ces idéologèmes ne peuvent constituer de véritables fondements politiques, au sens où Carl Schmitt et Julien Freund entendaient et définissaient „le politique“. Sans fondements véritablement politiques, un Empire ne peut durer. Il est alors condamné à entrer en décadence. Dès lors, quand a émergé un gigantesque empire, fictif mais peut-être réel demain, comme la „Fédération“, les Etats-Unis se sont automatiquement ratatinés sur le plan de la puissance parce que, contrairement à la figure mythologique grecque d’Antaios, ils ne puisent pas leur force dans un terreau culturel „tellurique“, en entrant à intervalles réguliers en contact avec la Terre, ne se revigorent pas au contact d’un sol à eux. L’avenir appartient à des empires liés à leurs propres sols, qui construisent leur avenir à partir des forces vives de leur „arkhè“. La „Fédération“ euro-russe, tout comme la Chine ou l’Inde, est un empire de ce type, ancré sur son propre sol. La jeune femme indienne, qui voyage en compagnie d’Oblomov dans la nouvelle de Faye, appartient, elle aussi, à un empire ancré dans ses fondements védiques, comme elle le dit d’ailleurs dans la conversation qu’elle a engagée avec le haut fonctionnaire russe de la „Fédération“. Elle voyage en direction d’un autre empire traditionnel, la Chine, dont elle étudiera les fondements traditionnels sans s’y immiscer.

Couv-elements-53.jpgFaye a été dans les années 80, le fougueux avocat d’une coopération euro-arabe anti-impérialiste. Un colloque euro-arabe, visant un tel objectif, a eu lieu à l’université de Mons en Hainaut en 1985, auquel deux Allemands de la mouvance nationale-révolutionnaire, autour de la revue Wir Selbst,  ont participé: Siegfried Bublies et Karl Höffkes (et, moi, j’étais leur interprète). C’était au temps où le monde arabe était dominé par le nationalisme militaire (Algérie), par le laïcisme, le nassérisme, le baathisme ou l’idéal de la „troisième théorie universelle“ de Khadafi. Depuis lors, la donne a considérablement changé. Les réseaux salafistes et wahhabites saoudiens ont oblitéré toute la scène politico-religieuse arabe. Or le salafisme, le frèrisme et le wahhabisme sont des instruments de l’impérialisme américain tout comme le sionisme. Le salafisme a ébranlé durablement l’Algérie et, plus tard, a déstabilisé l’Egypte et meurtri la Syrie, qui se trouve aujourd’hui dans un bien triste état. Chacun sait aujourd’hui que Brzezinski a soutenu les moudjahiddins afghans et leur a fourni des missiles Stinger, tout en recrutant Ben Laden comme mercenaire saoudien pour combattre les Soviétiques dans les montagnes de l’Hindou Kouch. La situation n’est plus aussi simple, aussi gérable, que dans les années 1980.

Entre 2000 et 2004, Faye s’était lié d’amitié avec le géopolitologue Alexandre Del Valle, qui s’était posé comme l’avocat d’une orientation pro-sioniste. La plupart des observateurs de la mouvance nationale-révolutionnaire et néodroitiste en ont conclu que Faye avait opté pour un pro-sionisme radical. Ce qui est plus patent, ce qu’il serait plus pertinent de dire, c’est qu’il a réagi de manière trop émotionnelle et trop passionnelle, notamment dans son livre La nouvelle question juive parce qu’il en avait marre, plus que marre, d’entendre pérorer un certain Arnaud Guyot-Jeannin, satellite de l’inénarrable de Benoist, qui, avec une jactance aussi débile qu’insupportable, tentait de nous vendre un islamisme superficiel, caricatural et schématique. Les thèses de Del Valle se sont étoffées aujourd’hui et sont présentes dans bien des débats en France et en Italie. Dans son dernier livre, Le projet, il met l’accent sur le rôle des Frères musulmans dans l’émergence d’un indescriptible chaos au sein du monde arabe : la thèse est évidemment pertinente, on ne peut le nier. Del Valle avait commencé sa carrière, vers 1999, en dénonçant très clairement, et à très juste titre, l’alliance secrète entre les fondamentalistes islamistes et les faucons néoconservateurs américains. Sur ce plan, on ne peut pas dire qu’il s’est trompé. Son analyse de la situation en Syrie est également correcte. Mais, ce qu’il ne veut pas dire (ou ne peut pas dire), c’est que le sionisme est aussi un instrument de l’impérialisme américain. Les baathistes de Syrie, les Russes, les Chinois et les Chiites d’Iran ou du Liban forment ensemble, eux aussi, une alliance „contre-djihadiste“. Sans les salafistes, les wahhabites et les sionistes.

maxresdefaultadvprojet.jpg

Alain de Benoist s’est exprimé de manière très négative dans la recension qu’il a consacrée au livre de Faye L’archéofuturisme. De Benoist écrivait en conclusion: „Faye esquisse un univers fictif dans lequel je ne voudrais pas vivre“. Puis-je vous demander, tout en restant neutre et objectif, ce qui distingue Faye, le penseur et le provocateur, de ses anciens compagnons du G.R.E.C.E et ce qui rend la lecture de ses textes particulièrement intéressante?

Benoist ne s’intéresse pas du tout à la géopolitique, aux communications (terrestres et aériennes) ou aux hautes technologies (il est tenaillé par un affect anti-techniciste finalement très puéril). Ces désintérêts pour les thèmes concrets expliquent sa réaction négative, outre la haine viscérale qu’il portait à Faye. La vie idéale, pour le bonhomme de Benoist, se déroulerait dans des espaces intérieurs étroits et confinés, bourrés de bouquins et noyés dans un âcre brouillard de fumée de cigarettes, où erreraient aussi quelques chats discrets et fantomatiques qui compisseraient allègrement tapis et fauteuils (j’en ai fait la malodorante expérience dans un certain appartement sis dans une impasse parisienne à proximité du cimetière du Père Lachaise). Bien sûr, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit, je n’ai rien contre les chats (à condition qu’ils puissent grimper aux arbres avant de venir ronronner près de mon poêle à bois). Je trouve que les chats sont des animaux formidables. Mais, je vous l’avoue, je préfère me promener dans la forêt avec un chien.

102399920_135290054817270_4131420164048551936_o.jpg

Une planche "publicitaire' dans la BD de Faye, intitulée "Avant-Guerre": la fascination pour les grands projets ferroviaires transparait ici nettement !

Mais, trêve de plaisanterie, je vais, comme vous, essayer d’être neutre et objectif: des centaines de gens ont été actifs dans les cercles et unités régionales du G.R.E.C.E. Chacune de ces femmes et chacun de ces hommes avaient derrière lui un itinéraire personnel, un vécu spécifique, un bagage intellectuel précis, des engouements particuliers voire des dadas agaçants. Beaucoup appréciaient Faye comme homme et, après qu’il eut quitté l’association, beaucoup la quittèrent aussi, remplacés notamment par de très jeunes éléments qui ont gobé tous les ragots vomis par le pontife Benoist. En gros, nous pourrions dire que Faye, comme il l’écrit du reste dans L’archéofuturisme, moquait copieusement le paganisme naïf et rejetaient les dadas (droitiers) sempiternellement répétés. Ceux qui ne pratiquaient pas ce paganisme de pacotille, ceux qui ne cultivaient ni dadas ni obsessions incapacitantes (ce terme est de Faye!) étaient ses camarades. Il faut répéter ici, pour dissiper les méchants ragots, que Faye était un personnage affable, toujours à l’écoute d’autrui pourvu que cet autrui racontait des choses pertinentes, lui faisait découvrir de nouveaux territoires intellectuels ou culturels; il n’aimait pas les polémiques personnelles. Moi, que voulez-vous, je suis un vieux Bruxellois, moqueur et sarcastique, cru et caustique, et je ne peux m’empêcher de me foutre de parigots arrogants et prétentieux qui dissimulent mal leur vide intellectuel derrière leurs vilaines grimaces. C’est ainsi et je paraphraserais volontiers Luther en disant: „Me voici, je ne peux autrement“ (Hier bin ich, ich kann nicht anders).

Guillaume Faye est mort en mars 2019. Vous l’aviez connu pendant des décennies. Quel type d’homme était-il? Quels livres lisait-il en privé? Quelles anecdotes pouvez-vous nous rappeler?  

91dD1-WQymL.jpgJ’ai connu Faye au début de l’année 1976 (ou fin 1975), une journée où il faisait très froid et où il prononçait une conférence à Lille sur l’indépendance énergétique de l’Europe (toujours des thèmes concrets !). Comme je viens de le dire, il était un homme très aimable, amical, toujours bienveillant, jamais agressif. Quand quelqu’un venait à lui en lui faisant entrevoir des perspectives nouvelles, il l’écoutait toujours attentivement (ce fut mon cas, alors que j’étais encore un gamin). Faye avait étudié dans un collège des Jésuites à Angoulême, où il avait reçu une solide formation classique, gréco-latine. De fait, sa culture antique était époustouflante. Il avait lu tout Platon et tout Aristote, avait intériorisé leur savoir et leur sagesse. Plus tard, quand il est venu à Paris pour étudier et qu’il s’est rapproché des cercles premiers de la „nouvelle droite“ dans la capitale française, c’est-à-dire les Cercles Vilfredo Pareto et Oswald Spengler, il s’est mis à lire Jouvenel, Freund, Schmitt et Raymond Ruyer. Plus tard, il découvrit les premiers livres, fondamentaux, de Michel Maffesoli. Ses axes de recherche étaient essentiellement politiques, au sens du politique tel que défini par Aristote, Schmitt et Freund, du politique au sens le plus noble du terme.

Quant aux anecdotes, il y en aurait des centaines à raconter ! Je n’en évoquerai qu’une. Immédiatement après son retour, lors de l’université d’été de Synergies Européennes 1998 qui se déroulait dans le Trentin, Faye est arrivé avec un léger retard à un séminaire sur l’oeuvre de Bertrand de Jouvenel. Le jeune conférencier expliquait très en détails tous les aspects que pouvaient revêtir les concepts forgés jadis par Bertrand de Jouvenel dans ses nombreux ouvrages. C’était complexe et assez fastidieux. Tout d’un coup, Faye a dit: „Minute, j’ai assisté jadis aux cours de Jouvenel en 1967. C’est ainsi qu’il expliquait ces notions…“. Et Faye commença à répéter magistralement les leçons de Jouvenel, comme s’il les avait entendues la veille. Il faut aussi ajouter qu’il avait la faculté de pratiquer ce que l’on appelle désormais „l’art de la mémoire“, soit une méthode que l’on a utilisée en Europe jusqu’au 18ème siècle, pour retenir les lignes d’un discours à prononcer. Comme les orateurs de jadis, Faye griffonnait quelques mots-clefs et quelques flèches sur des bouts de papier minuscules, concevait ainsi ce que les anciens nommaient un „chemin“, ce qui lui permettait, comme eux, de tenir un discours continu pendant deux heures ou plus. Je l’ai vu faire à Bruxelles, le jour où il a présenté son livre prophétique La convergence des catastrophes. Le tout tenait sur le côté pile d‘un sous-bock, le verso étant une réclame pour une cervoise quelconque. J’ai été posément étonné et ai admiré d’autant plus son savoir-faire.

Et pour terminer, cher Monsieur Steuckers, quels projets comptez-vous poursuivre, quelles idées entendez-vous défendre dans un avenir proche?

D’abord, il faut tenir. Je veux maintenir intact le rythme avec lequel je travaille aujourd’hui en gérant les sites et les comptes à mon nom ou à celui de Synergies européennes. Ensuite je souhaite publier et compléter mes archives et les éditer sous forme de livres, avec le concours de mes éditeurs. Ce sera beaucoup de travail. Enfin, je souhaite sillonner l’Europe (mais pas trop!) pour rencontrer ceux et celles qui travaillent avec assiduité pour faire triompher la même Weltanschauung.

81s92DONdrL.jpg

Pour commander la traduction allemande de la nouvelle de Faye: https://www.jungeuropa.de/buecherschrank/192/ein-tag-im-leben-des-dimitri-leonidowitsch-oblomow?c=37

guillaume-faye-cet-esprit-fusee-hommages-verites.jpg

Pour commander "Guillaume Faye, cet esprit-fusée" auprès des éditions du Lore: http://www.ladiffusiondulore.fr/home/765-guillaume-faye-cet-esprit-fusee-hommages-verites.html

jeudi, 30 juillet 2020

Robert Steuckers: »Faye hat die Gebrüder Jünger versöhnt«

guillaume-faye-e1474882864154.jpg

Robert Steuckers: »Faye hat die Gebrüder Jünger versöhnt«

Ex: https://podcast.jungeuropa.de

Mit Guillaume Fayes Novelle Ein Tag im Leben des Dimitri Leonidowitsch Oblomow haben wir die erste, dezidiert rechte Science-Fiction-Erzählung in deutscher Sprache publiziert. Martin Lichtmesz, der das Buch aus dem Französischen übersetzte, nennt sie eine von »schwarzem Humor durchzogene Erzählung von erheblichem Reiz«. Um mehr über diese einzigartige Novelle, ihre Entstehungsgeschichte sowie ihren streitbaren und durchaus sonderbaren Autor zu erfahren, haben wir mit dem belgischen Publizisten Robert Steuckers gesprochen, der Faye mehrere Jahrzehnte kannte und sein politisches Werk stets genau beobachtet hat.

ein_tag_im_leben_des.jpgSehr geehrter Herr Steuckers, ein Belgier und ein Deutscher führen ein Interview in deutscher Sprache, ganz ohne Übersetzer. Wenn ich richtig liege, hätte ich Ihnen meine Fragen jedoch auch auf Spanisch, Französisch oder Englisch stellen können. Wie kommen Sie zu diesem beeindruckenden europäischen Sprachschatz?

Das ist eigentlich nicht erstaunlich, hierzulande bin ich nicht der Einzige. Professor David Engels schreibt ebenfalls sowohl auf Französisch als auch auf Deutsch. Gewiss, weil er aus Eupen (nahe dem Dreiländereck) stammt. Einer meiner Kollegen, der Journalist Lionel Baland aus Lüttich, der sich auf nonkonforme populistische Parteien und Verbände spezialisiert hat, arbeitet auch mit vier Sprachen (Französisch, Deutsch, Niederländisch und Englisch). Dr. Frank Judo, ein guter Bekannter, hat im Zuge eines Symposiums in der Bibliothek des Konservatismus das Wort auf Deutsch ergriffen. Es gibt zahlreiche weitere Beispiele. In meinem Freundeskreis in Löwen ist die deutsche Sprache sehr oft in Gebrauch und alle Mitglieder sind sogar dazu angehalten, sie gut zu beherrschen, um beitreten zu dürfen. Ich bin ja auch Diplom-Übersetzer. Man könnte also sagen, dass uns nur zwei Lautverschiebungen trennen. Außerdem habe ich noch Latein studiert. So sind die romanischen Sprachen einfach zu lernen und zu beherrschen. Dazu kommt, dass meine Frau in Madrid (am Fuß der Hügel, an denen sich der Königliche Palast befindet) geboren wurde. Das ist natürlich auch hilfreich.  

Ihren vielfältigen publizistischen und politischen Tätigkeiten zum Trotz soll es heute nicht um Sie gehen. Wir wollen über Guillaume Faye sprechen – genauer gesagt über seine Novelle Ein Tag im Leben des Dimitri Leonidowitsch Oblomow, die kürzlich bei uns erschienen ist. Auf Twitter haben Sie die deutsche Erstveröffentlichung sehr wohlwollend, regelrecht euphorisch kommentiert. Verraten Sie uns, wieso?

Fayes große Hoffnung war es, dass seine Texte einmal in die deutsche Sprache übersetzt werden. Sie sind also diejenigen, die post mortem diesen allertiefsten Wunsch erfüllt haben. Mit dieser Euphorie – wie Sie es nennen – habe ich im Grunde die Freude, die er bei Erscheinen dieses Buches auf Deutsch nach so langer Zeit empfunden hätte, stellvertretend zum Ausdruck gebracht. Der Verleger Wigbert Grabert hat in der Vergangenheit einige Texte von Faye übersetzen lassen, doch leider nicht seine so wichtigen Werke über Wirtschaft, Sexualität, Konsumgesellschaft, Moderne, die wirklich als Pionierarbeit innerhalb unserer Kreise bezeichnet werden müssen. Faye versuchte in den 1980er Jahren sehr aktiv in avantgardistischen Kreisen mitzuwirken.

Kürzlich habe ich auf Facebook eine kurze Erwähnung seiner Pariser »Avant-Guerre«-Abende gefunden. Pierre Robin, ein Kumpan von damals, ist der Autor. Robin beschreibt sehr genau, was eigentlich in Fayes Kopf konzipiert wurde. So schreibt er treffend, dass Faye überhaupt nicht von der »New Wave«-Mode oder deren Musik fasziniert war, doch er wusste sehr wohl, dass ohne ein »Update« der eigenen Ausdrucksformen keine neue Politik zu machen war. Faye habe es, so schreibt es Robin in seinen Erinnerungen, für unmöglich gehalten, die klassische griechisch-aristotelische oder eben die dionysische Weltanschauung wieder lebendig zu machen; vor allem nicht mit einer bloßen »schulmeisterlichen« Lobpreisung des gymnasialen, bürgerlichen Humanismus. Deshalb hat Faye stets nach anderen Werkzeugen gesucht, um der modernen Misere zu entkommen.  

imagesGFAF.jpgEs ist kein Geheimnis, dass die Novelle eigentlich »nur« ein literarischer Anhang zu Fayes umfassendem Buch L’Archéofuturisme ist, in dem er seine Ideen einer zukünftigen Welt nach der »Großen Katastrophe« beschreibt und ausführt. Können Sie umreißen, was Faye unter dem Begriff »Archäofuturismus« versteht und was seinen ideologischen Kern ausmacht?

Die Novelle macht eigentlich schon sehr gut deutlich, was er damit meint. Die Staatselite bzw. die Elite des Imperiums, die vielseitig gebildeten Köpfe der Föderation und letztendlich auch die Armeen sind futuristisch geprägt, verwenden hypermoderne Technologien und benutzen sie als Werkzeuge einer scheinbar unzerstörbaren geopolitischen Macht. Der Rest der Bevölkerung ist derweil wieder erdgebunden, agrarisch geprägt und entwickelt eine ewig bleibende, gewissermaßen auch »völkische« Kultur. Archäofuturismus bedeutet sozusagen ein archaisch-agrarisch-ökologisches Leben für das breite Volk und ein hypertechnisches und futuristisches für die ausgewählte Elite.

Faye war seinerzeit stark an Eisenbahn-Projekten interessiert, insbesondere an der Transsibirischen Baikal-Amur-Eisenbahn, der damaligen deutschen Breitspurbahn, dem gaullistischen Aérotrain und ähnlichen japanischen Projekten usw. Deshalb verbringt Oblomow seinen Tag in einem überwiegend unterirdisch fahrenden Zug. Hauptaufgabe des staatlichen Wesens war es für Faye, superschnelle Kommunikationen zu ermöglichen, genauso wie das Römische Reich straßengebunden und straßenabhängig war. Mein Sohn und ich waren eines Tages erstaunt, als wir beide feststellten, dass Faye eifrig Magazine über allerlei neue Technologien, auch Biotechnologien, las, wie Science et AvenirScience & Vie usw. Auch wenn Besserwisser eine solche Beschäftigung als skurril erachten mögen, verschafft es nichtsdestoweniger Geisteswissenschaftlern eine nötige mentale Hygiene, sich oberflächlich mit den Revolutionen in den Naturwissenschaften und Hochtechnologien (wie etwa Nanotechnologie) auseinanderzusetzen.  

Wieso hat Faye sich entschieden, seinem Buch noch eine Novelle, also ein literarisches Werk, anzuhängen? Um den Stoff zu verdichten? Oder steckt mehr dahinter – etwa Fayes Begeisterung für die Literatur? 

Faye war, genauso wie Jean Thiriart, nicht wirklich an reiner Literatur interessiert. Er las querbeet Soziologie (Maffesoli, Lipovetsky), Philosophie (Heidegger), Politikwissenschaft (Freund), Volkswirtschaft (List, Perroux, Grjebine), Geschichte und Geographie. Eine Ausnahme bei diesen beiden nonkonformen Autoren war sicherlich Louis-Ferdinand Céline, den sie beide sehr schätzten. Ziel dieser kleinen, aber gut abgerundeten Novelle war es, seine Leser für den Doppelaspekt zu begeistern, den der von ihm konzipierte Archäofuturismus in sich trägt, nämlich die Notwendigkeit, zu gleicher Zeit hypertechnisch und archaisch-organisch zu denken. Er bedauerte, dass neurechte Kreise solche Themen nie erwähnten oder sogar ablehnten. Diese negative Haltung den Hochtechnologien oder den Biotechnologien gegenüber war für ihn Indiz einer unpolitischen, kontemplativen, musealen Anschauung, was er auch sehr deutlich und umfangreich im Kern seines Buches L’Archéofuturisme erklärt.

Er hat sich gewünscht, eine Science-Fiction-Welt zu schaffen, um die Literaten (so wie sich Thiriart spöttisch ausdrückte!) der Neuen Rechten dazu zu bewegen, sich endlich für zukunftsfähige Themen zu interessieren. Das gilt natürlich auch für Biotechnologien, was übrigens sein langjähriger italienischer Freund und Jurist Stefano Sutti Vaj als Thema für eines seiner Bücher gewählt hat. Der Futurismus Fayes muss zusammen mit dem »Biotechnologismus« Suttis gedacht werden. Aber beide Annäherungen sind leider innerhalb der neurechten Kreise unbeachtet geblieben.       

61ZV+xJIBqL.jpgFür seine literarische Begeisterung spricht auch die Ausgestaltung des »Nachfolgebuches« L’Archéofuturisme V2.0: Nouvelles Cataclysmiques, ein ausschließlich aus Kurzgeschichten bestehender Band, der den Archäofuturismus erneut in den Fokus rückt. Doch schon 1985 beteiligte sich Faye als Autor an dem Comic-Band Avant-Guerre, in dem viele Motive seiner späteren Novellen, etwa die »Eurosibirische Föderation«, angelegt sind. Hat Faye gewissermaßen eine große Geschichte, eine eigene Welt, erfunden, die er über Jahre ausgestaltete und fortführte?

Ja, das stimmt. Schon immer hat er sich für Raumfahrt und für das europäische Ariane-Projekt interessiert. Diese Begeisterung war auch das Resultat einer kindlichen und jugendlichen Sympathie für belgische Comics oder, besser gesagt, für Graphic Novels, wie die Engländer heute sagen. Zwei Serien waren entscheidend für die lebenslange Neigung Fayes, wissenschaftlich-technologisch, also futuristisch, zu denken. Zu nennen wäre hier die Serie Spirou & Fantasio von Franquin, in der zwei Wissenschaftler konkurrieren: zum einen Zorglub, der erstaunliche fliegende Maschinen konzipiert, baut und dann hunderte Raketen zum Mond schickt, um Werbung für Coca-Cola zu machen; zum anderen Pacôme, Graf de Champignac, der Chemiker ist und verblüffende organische Waffen aus Pilzen entwickelt, wie etwa das »Metamol«, das alle Metalle weich und flüssig werden lässt. 

515ChugwT8L._AC_UL320_SR226,320_.jpgDas »Metamol« vernichtet eine südamerikanische Armee und chinesische Panzer, Zorglubs Stützpunkt im Dschungel Amazoniens wird mit Handgranaten zerstört, die ein allesfressendes Pilzextrakt enthalten, womit alle menschlichen Konstruktionen buchstäblich aufgelöst werden. Weiter in der Reihe Blake und Mortimer von Edgard P. Jacobs, findet man eine graphische Novelle, in der sich ein Atlantis-Reich unterseeisch in der Mitte des Atlantischen Ozeans direkt unter den Azoren befindet. Dieses unterseeische Reich wird von einem alten ehrwürdigen Basileus sanft geleitet, aber zur gleichen Zeit von aufgehetzten Barbaren bedroht. Die Barbaren siegen und zerstören die schützenden Deiche, wobei die musterhafte Polis platonischer Prägung überflutet wird. Aber die Atlanten und ihr Führer Basileus können rechtzeitig unsere Erde an Bord von hunderten Raumschiffen verlassen, um eine Zukunft auf einem anderen Planeten zu schaffen.

blake-et-mortimer-secret-espadon-jacobs-prestige.jpg

Zudem war Faye auch von Jacobs gezeichneten Flugzeugen fasziniert, die in der Black und Mortimer-Trilogie Le Secret de l’Espadon erschienen, etwa die »Rote Flügel« vom bösartigen Colonel Olrik und der »Espadon« von seinem englischen Gegner. Letzteres ist deutlich die Inspirationsquelle für Fayes »Squaline«-Jets. Überdies hat er auch mit großer Aufmerksamkeit die zwei graphischen Novellen aus der Reihe Tim und Struppi verfolgt, in denen Tim und Kapitän Haddock in einer V2-ähnlichen Rakete zum Mond fliegen. Auch die Ultraschall-Waffen von Professor Baldwin Bienlein (Tryphon Tournesol auf Französisch) im Album Der Fall Bienlein interessierten ihn. Und so weiter, und so fort. 

9782266030892_1_75_1.JPGDie Faszination Fayes für futuristische Technologien, für Raumfahrt und Biowaffen entstammt sicherlich seiner tiefen Kenntnis der belgischen graphischen Novellen von Franquin, Jacobs und Hergé. Er war in der französischen Szene nicht allein: Der Musiker und Zeichner Jack Marchal, der das Völkchen der schwarzen neofaschistischen Ratten erfunden hat (man denke an das GUD-Symbol!), ließ sich eindeutig und bewusst von den bösen Ratten des wallonischen Zeichners Raymond Macherot inspirieren. Dann sein Freund, der Maler Olivier Carré, und dessen Bekannter Grégory Pons. Auch sie waren »Tintinophil« (= »Tim-Freaks«), so wie noch heute der Genfer Anwalt Pascal Junod (hyperaktiv in der Schweiz) und ich selbst. Dieser Einfluss ist im deutschsprachigen Raum freilich nicht zu spüren. Ich glaube aber, er hätte es toll gefunden, hätten Zeichner seine Themen aufgegriffen, um neue Serien auf den Markt zu bringen.     

Hand aufs Herz: Wie viel Science-Fiction steckt in Ein Tag im Leben des Dimitri Leonidowitsch Oblomow und Fayes anderen Novellen? Der Autor behauptet jedenfalls, es handele sich um eine durchaus realistische Zukunftsvision…

Faye träumte von einer »eurorussischen« Partnerschaft, wobei die riesigen Entfernungen zwischen der Bretagne, die er abgöttisch liebte, weil sein bester Freund, der bretonische Kulturnationalist Yann-Ber Tillenon, ihm die bretonnitude beigebracht hatte und immer sein treuester Unterstützer geblieben ist, und Ostsibirien, etwa Kamtschatka, durch hyperschnelle Kommunikationsmittel überbrückt würden. In der kurzen Novelle ist eine solche »Föderation« Wirklichkeit geworden. Und wie ich bereits gesagt habe, ist die Elite hochtechnisiert und futuristisch geprägt, weil das Volk agrarisch wirkt und seine alten keltischen, germanischen oder slawischen Wurzeln lebendig bewahrt. Eigentlich versöhnt er hier zwei vollkommen unterschiedliche Orientierungen im konservativ-revolutionären bzw. national-revolutionären Lager, d. h. er löst den Widerspruch zwischen Ernst Jüngers Arbeiter-Welt und Friedrich Georg Jüngers Anti-Technizismus.  

Mit L’Archéofuturisme feierte Faye 1998 sein publizistisches Comeback, nachdem er viele Jahre als »unpolitischer« Radiomoderator arbeitete und der Politik gewissermaßen den Rücken gekehrt hatte. Zuvor hatte er sich von der Nouvelle Droite um Alain de Benoist gelöst bzw. wurde dort unsanft entfernt. Ihnen erging es ähnlich. Hatten Sie beide damals Kontakt? Wie ist das Comeback Fayes, vor allem vor dem Hintergrund einer solchen archäofuturistischen Utopie, einzuschätzen? Und wie würden Sie Faye zu dieser Zeit charakterisieren?

Acht Monate hat es ungefähr gedauert, zwischen Sommer 1986 und März 1987, bevor er sich definitiv von Alain de Benoist getrennt hatte. Die Sommer-Uni 1986 war diesbezüglich ein Fiasko. Seinen Unmut hatte er anlässlich des jährlichen Symposiums im November 1986 deutlich zum Ausdruck gebracht. Seinen öffentlichen Abschiedsbrief – in sehr versöhnlichen Tönen – veröffentlichte er im Mai 1987. Die deutsche Fassung davon habe ich selbst bearbeitet; sie ist in der Zeitschrift DESG-Inform aus Hamburg erschienen. Damals war ich dank der Unterstützung von Jean van der Taelen und Guibert de Villenfagne de Sorinnes Teil des Pariser Klübchens geworden. Jean-Marie Simar aus Lüttich hatte drei Broschüren von Faye mit sehr geringen Mitteln herausgegeben: Europe et Modernité (sicherlich der tiefschürfendste Essay, den er je verfasst hat), Petit Lexique du Partisan européen (erster Entwurf von Wofür wir kämpfen) und L’Occident comme déclin (ein ausgezeichneter Essay, der leider nie übersetzt worden ist, noch nicht mal auf Englisch).

Nach dem Bruch habe ich natürlich nicht sektiererisch meinen alten Freund Faye exkommunizieren wollen. Wir haben uns im August 1987 in der Schweiz getroffen, wo Pascal Junod, der noch kein Rechtsanwalt war, ein gesamteuropäisches Fest organisiert hatte. Faye verteilte dort seinen Abschiedsbrief und traf eine Menge Freunde, die aus allen Gegenden Frankreichs angereist waren. Ich nutzte die Gelegenheit, ihn im September nach Brüssel ins Métropole-Hotel einzuladen, um ein Buch (La soft-idéologie) und ein Thema vorzustellen, das er zusammen mit dem berühmten französischen Strategen und Medien-Analysten François-Bernard Huyghe geschrieben hatte. Faye pflegte damals Kontakte zu höchsten akademischen Kreisen. Sein Vortrag über die »Soft-Ideologie« war der letzte, den er vor neurechtem Publikum gehalten hatte. Danach ist er für mich spurlos im Labyrinth von alternativen Medien verschwunden.

index.jpgSein Comeback war diskret, aber, wie üblich, gekonnt umgesetzt. Er gab der Redaktion der damals jungen Zeitschrift Réfléchir & Agir (die man heute in allen Kiosken Frankreichs kaufen kann), ein Interview. Hauptthema des Gesprächs war eine Darstellung der neuen zeitgenössischen Musikströmungen, die einen durschlagenden Effekt auf Gesellschaft und Politik hätten, wenn sie zur gleichen Zeit auch in eine solche Richtung durch eine weltanschauliche Elite gelenkt würden. So könnte eine alternative Welt geschaffen werden.

Ein gemeinsamer Freund, der Réfléchir & Agir vertrieb, organisierte ein Treffen in Brüssel, weil Faye es wünschte, mich einmal wiederzusehen, bevor er in der Szene wieder öffentlich auftauchen konnte. Und eines Tages, im Frühling 1998, klingelte Faye an der Tür. Natürlich war er etwas älter geworden, da das Leben in der Welt des »Showbiz« nicht besonders ruhig und nüchtern verlief. Das hinterließ natürlich Spuren. Aber wir haben das Gespräch so angefangen, als ob die letzte Versammlung seiner »Etudes & Recherches«-Gruppe erst eine Woche vorher stattgefunden hätte. Er hatte noch immer ein frohes Gemüt und einen hellwachen Geist. Er legte seinen Begriff des Archäofuturismus dar und kündigte unserer Versammlung das Erscheinen seines Buches an. Einige Mitglieder der Hamburger »Synergon«-Sektion sowie Dr. Tomislav Sunic waren mit dabei. Ein unvergesslicher Tag. 

Faye-guide-seducteur-min.jpg

Stichwort »Eurosibirische Föderation«: Faye nimmt in seiner Novelle eine Position ein, die dem »Eurasien-Konzept« Alexander Dugins entgegensteht – Er plädiert nämlich für ein »Eurosibirien«, das nur die »europäischen« Teile Russlands miteinbezieht. Wie bewerten Sie diese Position – auch vor dem Hintergrund der einstigen Streitigkeiten in der französischen Neuen Rechten zu dieser Frage – heute?

Tja, man sollte, glaube ich, die Differenzen zwischen »Eurasien« und »Eurosibirien« nicht allzu ernst nehmen. Dugin ist konsequenter, da er wirklich in der russischen Geschichte eingebettet ist. Dugin übergeht auch nicht einfach die Geschichte der Sowjetunion. Faye indes entwickelt eigentlich eine erweiterte gaullistische bzw. thiriartische Perspektive und hofft so einen interkontinentalen Großraum zu schaffen, der autark genug sein könnte, um Widerstand gegen andere imperiale Großräume leisten zu können. Faye ist hier ganz Schüler von Friedrich List und von François Perroux, der Pläne skizziert hatte, um dem lateinamerikanischen Kontinent eine großräumliche Kohärenz zu geben, damit er sich gegen den Imperialismus Washingtons behaupten könnte.

indexGFPT.jpg

Faye und Tulaev in Moskau.

Für Faye, Thiriart oder Perroux sind die einzelnen Staaten Europas zu klein und ist Gesamteuropa nicht autark genug, um langfristig zu überleben. Russland seinerseits ist zu dünn bevölkert, um demographisch genug Gewicht zu haben. In Moskau und in Dendermonde (eine flämische Stadt in der Nähe Brüssels) führte Faye interessante Gespräche mit dem »neurussischen« Ideologen, Hispanisten und Kunsthistoriker Pavel Tulaev. Tulaev erhob Kritik dem Begriff »Eurosibirien« gegenüber, aus dem Grund, dass Sibirien nie ein Subjekt der Geschichte gewesen war und dass im sibirischen Raum nur Russland Subjekt der Geschichte war und ist, da das Mongolische Reich Dschingis Khans und seiner Nachfolger unwiderruflich verblichen ist. Deshalb sprachen Tulaev und der flämische Aktivist Kris Roman eher von »Euro-Rus«.

Hier liegt natürlich ein Unterschied zwischen dieser rein russisch-europäischen Perspektive und der gewissermaßen auch turanischen Perspektive, die Dugin eigen ist. Faye war immer Anhänger einer europäisch-russischen Allianz, wie zahlreiche Texte beweisen, die ich für die Euro-Synergies-Webseite übernommen habe. Streitigkeiten innerhalb der französischen Neuen Rechten gibt es diesbezüglich eigentlich kaum. Jeder ist eher pro-russisch, obwohl einige die ukrainischen Rechten unterstützen. 

Die USA kommen in seiner Novelle hingegen nicht gut weg. Später ergriff er dann jedoch Partei für Israel und postulierte ein Islambild, das an die stark neokonservativ gefärbte Counterjihad-Bewegung angelehnt war. Wie ist dieser Wandel zu erklären? Und ist er, mit Verlaub, politisch ernst zu nehmen?

Mit anderen Beobachtern der amerikanischen Gesellschaft, wie etwa James Howard Kunstler, teilte Faye die Überzeugung, dass die Hektik, die grundlegend für die irre Dynamik der amerikanischen Gesellschaft ist, langfristig nicht andauern kann. Dabei sind die USA durch eine lähmende liberale Ideologie, unrealistischen bzw. unwissenschaftlichen Biblismus und einen aggressiven Moralismus geprägt. Dies sind keine echten politischen Grundlagen, wie Carl Schmitt und Julien Freund sie definiert haben. Ohne solche Grundlagen kann ein Imperium nicht überdauern. Es ist dazu verurteilt unterzugehen.

Deshalb sind, in einem fiktiven künftigen Superreich wie der »Föderation« Fayes, die USA machtpolitisch marginalisiert, weil sie, im Gegenteil zu Antaios in der griechischen Mythologie, keine Kraft aus der tellurischen Berührung mit ihrem eigenen Boden schöpfen können. Die Zukunft gehöre erdgebundenen Reichen, die eine Zukunft (»Futurum«) aus den Kräften ihrer arkhè aufbauen. Die »Föderation« sowie China und Indien stellen jeweils ein solches erdgebundenes Reich dar. Das indische junge Mädchen, das mit Oblomow reist, gehört einem Reich an, das auf vedischen Grundlagen fußt. Sie reist in ein anderes traditionelles Reich, nämlich China. 

Faye war in den 1980er Jahren der leidenschaftliche Anwalt einer euro-arabischen, anti-imperialistischen Zusammenarbeit. Ein euro-arabisches Colloquium in diesem Sinn fand an der Universität Mons (Bergen) in Hennegau statt, wo für die deutsche Seite Siegfried Bublies und Karl Höffkes teilnahmen (ich war Dolmetscher). Aber seitdem haben salafistische und saudi-wahhabitische Kreise die ganze arabische Szene verändert. Salafismus und Wahhabismus sind genauso Instrumente des US-Imperialismus wie der Zionismus. Der Salafismus hat Algerien schwer getroffen und, später, Ägypten destabilisiert und Syrien in seinen heutigen traurigen Zustand manövriert. Jeder weiß heute, dass Brzezinski die afghanischen Mudschahiddin mit Stinger-Waffen unterstützen ließ und Bin Laden als saudischer Söldner gegen die Sowjets in den Hindukusch schickte. Die Lage ist nicht mehr so überschaubar wie in den 80er Jahren.

Unknown-1.jpeg

Faye war zwischen 2000 und 2004 mit dem Geopolitiker Alexandre del Valle befreundet, der damals Kopf einer pro-zionistischen Orientierung war. Deshalb haben die meisten Beobachter der neurechten Szene den Eindruck, dass er eine radikale pro-zionistische Wende durchlaufen hatte. Tatsächlich hat er, besonders in seinem Buch La nouvelle question juive, gewissermaßen überhitzt reagiert. Die Thesen von del Valle sind mittlerweile umfangreich in der französischen und italienischen Debatte verbreitet, wobei er jetzt die Muslimbruderschaft als Urheberin des Chaos in der arabischen Welt betrachtet. Del Valle begann seine Karriere, indem er die heimliche Allianz zwischen islamischen Fundamentalisten und amerikanischen neokonservativen »Falken« andeutete. Seine Analyse der Lage in Syrien ist ebenso korrekt. Aber was er vielleicht nicht sagen will (oder darf), ist, dass der Zionismus ebenfalls eine Art Instrument des US-Imperialismus ist. Die Baathisten Syriens, Russen, Chinesen und Schiiten aus dem Iran oder aus dem Libanon bilden ja auch jetzt gewissermaßen ein »Counter-Dschihad«-Bündnis. Ohne Salafisten, Wahhabiten oder Zionisten. 

Guillaume Faye ist 2019 gestorben. Sie kannten ihn seit Jahrzehnten. Was war er für ein Mensch? Welche Bücher hat er privat gelesen und welche Anekdoten können Sie mit uns teilen?

Ich habe Faye Anfang des Jahres 1976 in Lille kennengelernt. Als Mensch war er immer freundlich und wohlwollend, nie aggressiv. Wenn jemand ihm neue Perspektiven eröffnete, hörte er immer aufmerksam zu. Faye studierte in einem Jesuiten-Gymnasium in Angoulême, wo er eine stark griechisch-lateinisch geprägte Bildung erhielt. Seine Bildung in klassischer Kultur war verblüffend. Platon und Aristoteles hatte er gelesen und verinnerlicht. Später, als er in Paris studierte und sich in den Arbeitskreisen zu Vilfredo Pareto und Oswald Spengler engagierte, las er besonders Vilfredo Pareto, Bertrand de Jouvenel, Julien Freund, Carl Schmitt und Raymond Ruyer. Später entdeckte er die ersten Schriften Michel Maffesolis. Seine Forschungen waren durchaus politisch, rein politisch im edlen Sinn des Wortes. 

Anekdoten gibt es in Hülle und Fülle. Nur eine will ich hier erwähnen. Unmittelbar nach seinem Comeback, während der Sommer-Uni 1998 im Trentino, kam er mit kurzer Verspätung zu einem Seminar über das Werk Bertrand de Jouvenels. Der junge Referent erklärte in allen Einzelheiten die Begriffe, die Jouvenel in seinen zahlreichen Büchern geprägt hatte. Es war ein bisschen peinlich. Faye sagte dann plötzlich: »Moment, ich habe mit Jouvenel in 1967 studiert. So erklärte er diese Begriffe …«. Und er fing an, die Lektionen Jouvenels musterhaft zu wiederholen, als ob er sie am Vorabend erst gehört hatte. Er hatte noch die Fähigkeit, die »Kunst des Gedächtnisses« zu praktizieren, d. h. eine Methode anzuwenden, die man bis ins 18. Jahrhundert in Europa anwandt, um Vorträge zu halten. Er kritzelte einige Stichwörter und Pfeile auf ein winziges Stück Papier, konzipierte so einen »Weg« und konnte dann einfach zwei Stunden pausenlos reden. So hat er zum Beispiel einen Vortrag über sein Buch La convergence des catastrophes in Brüssel vorbereitet. Ich war erstaunt und bewunderte ihn umso mehr.  

Abschließend, sehr geehrter Herr Steuckers, welche Projekte und Ideen verfolgen Sie aktuell?

Erstens, beharren. Ich will das Tempo halten, mit dem ich die verschiedenen Webseiten und Accounts derzeit organisiere. Zweitens will ich mein Archiv in Büchern publizieren. Da gibt es viel Arbeit. Drittens wünsche ich durch Europa zu reisen, um diejenigen zu treffen, die ebenso fleißig arbeiten und die gleiche Weltanschauung teilen. 

Das Gespräch führte Philip Stein.

EBIIZo3XkAEubxu.jpg

Ein Buck voll Anekdoten. Lieferbar bei "éditions du Lore", sowie "La nouvelle question juive", "Sexe et dévoiement" und "Archéofuturisme V2.0":

http://www.ladiffusiondulore.fr

lundi, 13 avril 2020

Sonnet en souvenir de Guillaume Faye - L’IGNÉ ET L’ACQUIS

93219313_10158223553812959_6797588264854224896_n.jpg

Sonnet en souvenir de Guillaume Faye
 
par Michel Dejus
 
L’IGNÉ ET L’ACQUIS
 
Le visage grimé et une faim de loup
De l’avaleur de feu qui se moque du pire.
Un envol vertical pour débonder la lyre.
La fièvre de l’aède qui enfonce le clou.
--------------------
Éructer au micro d’une radio gageure
Sur un chemin à part sans souci du retour.
Mais la muse se tient dans ses plus beaux atours.
L’orichalque flamboie sous la robe de bure.
--------------------
Les poisons circonspects apitoient le destin
Qui griffe vivement les pages d’un festin.
Synapses cuirassées d’une mémoire sauve.
--------------------
Nos jeunes ricochets en mer occidentale
Musique de l’espoir, trémulations de fauve.
Para bien/para mal tu es la marque mâle.

jeudi, 09 avril 2020

Géopolitique du coronavirus: Entretien avec Robert Steuckers

AdobeStock_321840095-e1584040703375-696x393.jpeg

Géopolitique du coronavirus:

Entretien avec Robert Steuckers

Au cœur d’une crise mondiale inédite par son ampleur, Strategika vous propose l’éclairage d’analystes et de penseurs reconnus dans leur domaine d’expertise. Nous avons posé à chacun une série de questions qui portent sur les différents aspects de cette véritable crise de civilisation ainsi que sur ses répercussions politiques, géopolitiques et sociales.

C’est aujourd’hui Robert Steuckers qui nous répond.

82469796.jpgRobert Steuckers, né en 1956 à Uccle, est diplômé de l’Institut Maria Haps, lié à l’Université de Louvain, où il a obtenu le Master en langues anglaise et allemande. Il a dirigé un bureau de traduction à Bruxelles pendant vingt ans avant de se consacrer à diverses tâches d’enseignement des langues. Il avait créé le think tank “Synergies européennes” en 1994, qui a organisé des universités d’été en France, en Italie et en Allemagne. Il gère, avec d’autres, le site Euro-Synergies qui affiche près de 17.000 articles de fonds, consultables par tous. Il dispose également d’un compte Twitter Robert Steuckers (@RobertSteuckers) | Twitter alimenté chaque jour. Robert Steuckers est l’auteur de plusieurs livres et essais, notamment la trilogie Europa, véritable somme sur l’identité et l’histoire des peuples européens ainsi que La révolution conservatrice allemande et Sur et autour de Carl Schmitt.

Strategika – On lit beaucoup d’éléments contradictoires selon les différentes sources d’information disponibles ou selon les avis des professionnels de la santé. Quelle est la réalité effective de cette pandémie selon vous ?

On ne peut exclure une origine naturelle de la pandémie (bien que je reste sceptique à l’endroit de la fable de la manducation du pangolin ou de la chauve-souris) mais on doit aussi accepter de discuter une autre hypothèse : celle d’un acte de guerre bactériologique dirigé contre la Chine, l’Iran et l’Europe, les trois principaux foyers de la maladie. Le virus mutant, car il est mutant paraît-il, pourrait aussi s’être échappé d’un laboratoire chinois ou autre mais alors pourquoi frappe-t-il les principaux rivaux de l’hegemon, quasi à l’exclusion des autres régions du globe ? Si l’hypothèse d’une guerre bactériologique s’avère exacte, nous pourrions établir le scénario suivant : le centre névralgique de la Chine est frappé, son industrie boostée par les délocalisations néolibérales ailleurs dans le monde, surtout en Europe, est ralentie, ce qui a un effet sur sa monnaie, capable, à moyen terme, de supplanter le dollar. De plus, ce ralentissement ou ce sabotage freine la réalisation des fameuses « routes de la soie ». L’Iran, ennemi numéro un de certains cénacles néo-conservateurs, est frappé à son tour, alors qu’il pourrait aisément devenir le principal fournisseur d’hydrocarbures de la Chine et un partenaire commercial très important de l’Europe, comme à la fin du règne du dernier Shah, avec les accords EURATOM notamment. C’est la thèse de Houchang Nahavandi, ancien ministre du Shah et auteur de livres très importants sur l’histoire récente et ancienne de l’Iran, dont je conseille vivement la lecture.

9782825113110-200x303-1.jpgEn Europe, les calamités s’abattent sur les maillons les plus faibles et sur le moteur principal de l’économie européenne, l’Allemagne. La Grèce doit affronter la crise des réfugiés sur sa frontière thrace, alors que sa santé économique et financière est vacillante depuis une dizaine d’années, suite à la crise de 2008. Elle échappe encore en gros au coronavirus mais… Wait and see… L’Italie, rappelons-le, avait signé des accords spéciaux, faisant d’elle le tremplin de la Chine dans l’UE. L’Espagne a reçu également la crise de la pandémie de plein fouet parce qu’elle est aussi une économie fragilisée qui risque d’aboutir à la ruine du projet européen, favorisé par les Etats-Unis dans les années 1940 et 1950, puis jugé concurrentiel et posé, notamment par la doctrine Clinton, comme « alien », c’est-à-dire comme ennemi potentiel, sinon ennemi déclaré. La France est frappée elle aussi, même si, officiellement, elle est considérée comme alliée depuis Macron, président formaté intellectuellement par une école américaine. Elle est vidée progressivement de ses fleurons industriels (Alsthom, Latécoère,…) et lourdement infestée par le coronavirus, tout simplement parce que l’hyperlibéralisme qui l’anémie depuis la présidence de Sarközy, a sabré dans les secteurs non marchands, dont le secteur médical. Sans un secteur médical fort, bien charpenté, prévoyant toutes formes de pandémie, y compris celles qui pourraient être déclenchées par une frappe bactériologique, un pays est la cible idéale pour ce type d’opération.

La « dé-gaullisation » de la France, depuis Sarközy, constitue le démantèlement d’un Etat qui avait des réflexes clausewitziens, voulu par le militaire De Gaulle, du moins dans ses écrits théoriques, dans l’influence qu’avait exercé Raymond Aron, grand spécialiste du stratège allemand du 19ème siècle, dans sa praxis originale des années 60, laquelle pouvait être décrite comme un modèle de « troisième voie » entre les deux blocs de la guerre froide. C’était une réponse aux impérities de la 3ème République, fustigées par Simone Weil à Londres avant sa mort en 1943, et à la gabegie politicienne et vasouillante de la 4ème. Ces types de régime gèrent à la petite semaine et ne prévoient rien, ce qui entraîne l’incapacité de décider aux moments opportuns ou de faire face à des catastrophes imprévues, comme une pandémie. Le « suicide français », décrit par Eric Zemmour est justement ce démantèlement progressif de l’Etat clausewitzien  -avec tous ses dispositifs mis en place qui prévoyaient toujours le pire-  que voulait être la 5ème République dès sa proclamation et surtout dans les années 1963-69.

La morale de cela, c’est que tout Etat ou groupe d’Etats, doit impérativement, s’il veut survivre aux manigances de ses ennemis (car il y a toujours un ennemi, disait Julien Freund), conserver ses atouts industriels et refuser les délocalisations et les fusions avec des firmes étrangères, garder des infrastructures médicales solides et un système scolaire/universitaire performant.

En Allemagne, les dispositifs prévus pour une pandémie ont été conservés, ce qui explique une meilleure gestion de la crise du coronavirus. Cependant, l’avenir de l’Allemagne n’est pas rose : les flots de réfugiés qui se sont installés sur son territoire ruinent le système de sécurité sociale exemplaire qui y avait été instauré dans l’après-guerre et génèrent du désordre à n’en plus finir dans les rues des villes ; le partenaire principal de l’industrie allemande est la Chine aujourd’hui mais cette dépendance est fragile, les Chinois finissant toujours par produire eux-mêmes ce dont ils ont besoin, notamment des automobiles. L’industrie allemande a trop parié sur l’exportation de ses excellentes automobiles, sans imaginer que ce flux pourrait un jour se tarir. Par ailleurs, le tandem gazier germano-russe est dans le collimateur de l’hegemon : les entreprises européennes qui contribueraient à l’achèvement du gazoduc Nord Stream 2 sont directement menacées de procès par la « justice » américaine ou de confiscation de leurs avoirs dans les banques d’Outre-Atlantique. L’affaire Frédéric Pierucci, cadre d’Alsthom, illustre bien quel est ce risque, notamment dans le livre témoignage que ce cadre a rédigé après son emprisonnement aux Etats-Unis, Le piège américain.  

piege-americain-pierucci-affaire-alstom-fcpa-corruption-1024x597.png

Enfin, l’Allemagne connait une crise politique sans pareil dans son histoire d’après 1945. Les partis qui ont été les porteurs de la République Fédérale depuis le miracle économique et depuis la réunification suite à la disparition du Mur de Berlin, sont en chute libre. La SPD socialiste n’est plus que l’ombre d’elle-même ; la CDU, véritable pilier du pays, connaît des tassements problématiques et perd ses billes dans tous les Länder de l’ancienne RDA. Ce tassement ou ce déclin n’est pas une exception en Europe : les chrétiens-démocrates italiens ont disparu de la scène depuis longtemps déjà ; le PPE espagnol est en liquéfaction, ce qui permet aujourd’hui à une fausse gauche, en dépit des étiquettes, de mal gouverner le pays en crise et face à la pandémie ; les deux partis chrétiens-démocrates belges sont également en voie de disparition. Ces effacements démocrates-chrétiens et socialistes interpellent : une autre normalité politique est en voie de constitution mais on ne sait pas encore quels contours elle prendra. Seul Orban maintient sa forme hongroise de démocratie chrétienne en état de fonctionnement, obtenant simultanément un certain consensus dans son pays mais est fustigé voire ostracisé par les instances eurocratiques qui font pression pour qu’il soit exclu de tout.

Le déclin allemand est inéluctable, contrairement à ce que l’on croit généralement en France aujourd’hui, où certains cercles agitent à nouveau le spectre d’un pangermanisme offensif. Outre-Rhin, la littérature contestatrice du système est florissante et n’est plus réduite à des marges de gauche ou de droite mais provient désormais des plus hautes sphères économiques ou intellectuelles. Il faudra y revenir car les arguments avancés par ces contestataires se marieraient très bien avec les critiques de l’eurocratie en vogue en France. C’est un thème excellent pour Strategika !

Si la pandémie frappe depuis peu les Etats-Unis, dont le système hospitalier laisse beaucoup à désirer, on pourra arguer que l’hypothèse, qui n’est qu’une hypothèse, que j’ai esquissée ici est erronée puisque l’hegemon, accusé d’avoir déclenché une guerre bactériologique, serait exonéré de cette accusation, vu qu’il est lui-même frappé par la pandémie. Mais toute opération bactériologique a ceci de particulier, c’est que la première victime peut aisément renvoyer la balle et répandre l’agent perturbateur chez l’envoyeur.

Strategika – Cette pandémie précède-t-elle un effondrement économique et systémique ?

313UGyA8Z1L._SX346_BO1,204,203,200_.jpgJe le pense. D’abord, le confinement ralentit l’industrie dans un système qui ne tolère aucune pause. Pour Carl Schmitt, le monde globalisé par la volonté de Roosevelt dans les années 1930 et 1940, relève de l’élément « eau », puisque l’hegemon bâti par ce président américain est une thalassocratie idéologiquement libérale : nous naviguons donc sur cet immense océan symbolique et sur les flux de marchandises et de communications contrôlés au départ par la puissance navale américaine : qui fait du sur-place dans un tel contexte coule, tout simplement, écrivait Carl Schmitt dans son Glossarium (non encore traduit). Ensuite, j’ai toujours pensé que la crise de 2008, plus profonde qu’on ne l’a cru jusqu’ici, n’a pas vraiment été résolue : on a colmaté les brèches en permanence par toutes sortes d’artifices, on en a freiné les effets pendant douze ans. Ces manœuvres de rafistolage prennent fin. Et on va mettre sur le compte du virus l’implosion définitive du système pour que les peuples ne cherchent pas à désigner des coupables.

Strategika – Plus de 3 milliards de personnes sont appelées à se confiner dans le monde. Pour la première fois de son histoire, l’humanité semble réussir à se coordonner de manière unitaire face à un ennemi global commun. Que vous inspire cette situation ?

Cette situation est effrayante parce que si pandémie il y a, indubitablement, elle n’est pas beaucoup plus explosive, du moins jusqu’ici, que les grippes saisonnières habituelles. Le virus semble certes plus virulent que celui des autres grippes, plus résilient une fois expectoré hors d’un corps humain et plus agressif sur le système respiratoire des patients les plus faibles, dont le système immunitaire est fragilisé par d’autres pathologies. Nous sommes face à une situation comparable à celle de 1968 et 1969-70 où un virus grippal avait tué, à un certain moment, jusqu’à 4000 personnes par semaine rien qu’en France ! En 2018, du 26 février au 4 mars, 2.900 personnes décèdent de la grippe saisonnière en Belgique, en une seule petite semaine !

Les hypothèses qui disent que les cercles dominants orchestrent une panique pour installer un système dictatorial, panoptique, vecteur d’une surveillance universelle et ubiquitaire, sont à prendre au sérieux. Le comportement moutonnier des citoyens est ahurissant dans un tel contexte, alors qu’il est patent que les sphères dirigeantes ont intérêt à promouvoir un tel système : l’Italie de Salvini ou même l’Italie post-Salvini est un pays imprévisible qu’il faut mater ; la France des gilets jaunes qui refuse l’hyperlibéralisme qu’on veut lui imposer mérite, à leurs yeux, une punition sévère et l’Allemagne qui hue Merkel à chacune de ses apparitions publiques doit également être châtiée, d’autant plus qu’elle se chauffe au gaz russe et fait tourner son industrie, automobile et autre, avec ces mêmes hydrocarbures poutiniens.

Nous sommes arrivés à l’ère du « Surveiller et punir » planétaire dont l’Europe sera la principale victime car les Chinois et les Iraniens sont davantage prêts à accepter les coûts humains et possèdent des capacités de résilience supérieures aux nôtres, qu’ils puisent dans la religion chiite ou confucéenne ou dans l’idéologie communiste revue et corrigée, tant et si bien qu’elle ressemble davantage aux projets constructifs de Frédéric List au 19ème siècle et aux projets que celui-ci a inspirés aux idéologues du Kuo MinTang, militant d’une renaissance chinoise après le « siècle de la honte », où le Céleste Empire était tombé en une profonde déchéance.

Strategika – Cette pandémie va-t-elle forcer l’humanité à se doter d’un gouvernement mondial comme le préconisait Jacques Attali lors de la pandémie de grippe A en 2009 ?

Attali formule du moins le projet et il y a des traces de cette vision messianique dans bon nombre de ses écrits antérieurs. Par ailleurs, dans un ouvrage traitant du monde vu par la CIA, il y a une dizaine d’années, Alexandre Adler évoquait une pandémie comme accélératrice d’une mondialisation amplifiée sinon définitive. Je ne vois cependant pas la Chine de Xi Jinping et la Russie de Poutine s’embarquer dans un tel projet. Sans parler de l’Iran…

Strategika – En 2009 toujours, Jacques Attali expliquait que « l’Histoire nous apprend que l’humanité n’évolue significativement que lorsqu’elle a vraiment peur ». Que vous inspire cette idée ?    

Cette idée est une idée générale. Quasi une lapalissade. Mais si Attali, chantre du projet globalisateur en voie de réalisation, l’évoquait en 2009, c’est qu’une ingénierie sociale et médiatique bien orchestrée pouvait, le cas échéant, créer de la peur pour faire aboutir un projet tel celui dont il rêve depuis longtemps. Cette création d’une panique globale est ce à quoi nous assistons aujourd’hui. Mais Attali est désormais un vieux gourou, de l’âge de tous ceux à qui il souhaite la mort pour que les gouvernements hyperlibéraux n’aient pas à payer des retraites. Cependant, le nouveau gourou mondial s’appelle Yuval Noah Harari, célèbre pour deux bestsellers que l’on retrouve en toutes langues dans toutes les librairies du monde, surtout dans les grandes gares et dans les aéroports, là où passent ceux qui nomadisent à grande ou à petite échelle.

yuval-1024x640.jpg

Le 20 mars 2020, cet Harari publie un long article dans le Financial Times (https://amp.ft.com/ ), où le programme mondialisateur en cours est présenté sur un mode plaisant et attrayant, comme d’habitude : on ne peut reprocher ni à Attali ni à Harari d’avoir un style ennuyeux, incapable de capter l’attention de leurs lecteurs. Harari constate qu’avec le coronavirus, il y a urgence (emergency) et que toute urgence est « un processus historique accélérant ». Ensuite, je cite : « Les décisions en temps normaux, qui peuvent prendre des années de délibération, sont prises en quelques heures (…). Des technologies non encore entièrement développées voire dangereuses sont mises en œuvre, parce que les risques sont plus élevés si on ne fait rien (…). Des pays entiers servent de cobayes à grande échelle pour des expérimentations sociales ». Harari évoque alors un monde où il n’y aura plus que du télétravail et surtout du télé-enseignement: le confinement, que nous subissons, semble alors une étape préparatoire à cet avenir de réclusion complète, concocté dans les hautes sphères dominantes.  Harari évoque aussi le monitoring général de l’humanité, assorti de punitions pour les récalcitrants. Il est quelque peu lyrique en disant qu’aujourd’hui, les gouvernements sont plus forts que le KGB soviétique car ils disposent maintenant de « senseurs ubiquitaires et d’algorithmes puissants ». Le coronavirus, ajoute-t-il comme s’il voulait apporter de l’eau à notre moulin,  a d’ores et déjà permis de déployer un tel arsenal inédit dans l’histoire de l’humanité, notamment en Chine où l’Etat se manifeste en permanence à travers les smartphones de ses citoyens, utilise la reconnaissance faciale à très grande échelle et peut déterminer quel est l’état sanitaire de chaque Chinois par des appareils destinés à vérifier leur fièvre, que n’importe quel policier peut trimbaler et utiliser sur les voies publiques. L’étape suivante nous est également révélée par l’article d’Harari : les sentiments, comme la colère ou la joie, sont des phénomènes biologiques au même titre que la fièvre ou la toux : on peut donc les détecter et les manipuler au départ des mêmes instruments qui servent à repérer dans les rues de Chine les fiévreux potentiellement « coronavirusés ». Enfin, Harari dévoile l’objectif final, quasi messianique, bref la parousie enfin en advenance : la « coopération globale », seule planche de salut contre le virus qui doit nous induire tous à opter pour « un esprit globaliste », rendant inutile les réflexes locaux ou nationaux.

CLS.jpgEn d’autres termes, Harari opte pour une humanité radicalement différente de celle qu’avait préconisée en son temps Claude Lévi-Strauss : celui-ci voulait autant de modèles humains qu’il en existait encore sur la planète quand il s’adonnait à ses recherches en ethnologie, voulait promouvoir un « esprit ethnopluraliste » pour que l’homme ait à sa disposition de nombreux modèles possibles à imiter ou à assimiler en cas de blocage ou d’effondrement du modèle auquel il avait auparavant appartenu, dans lequel plusieurs générations de ses ancêtres avaient vécu. L’humanité devait être plurielle pour cet ethnopluralisme lévi-straussien. Pour Attali et Harari, cela ne semble pas être le cas. J’ai, je ne vous le cache pas, la nostalgie du projet de Lévi-Strauss. 

Strategika – Comment voyez-vous l’évolution de la pandémie et ses conséquences politiques et sociales dans les semaines à venir ?

Je pense que l’on suscitera la panique au moins jusqu’à la mi-mai, jusqu’au moment où le ralentissement des industries européennes aura des conséquences irréversibles et que la crise sera là, bien palpable, avec un nombre incalculable de faillites dans les PME (petites et moyennes entreprises). La crise sociale en France s’accentuera et le mouvement des gilets jaunes reprendra vigueur et de plus belle. Les autres pays européens suivront, Allemagne comprise. Ensuite, le confinement finira par agacer les plus patients d’entre les autochtones et par provoquer des émeutes dans les quartiers à risque car le Ramadan commence fin avril et s’étendra jusqu’à la fin du mois de mai. Il y a plus grave : le mondialisme globalitaire vise l’éradication de la culture européenne, dont le symbole le plus patent et le plus spectaculaire fut l’incendie de Notre-Dame de Paris. Le confinement a entraîné un premier sabotage de la liturgie implicite de notre civilisation : les vacances de Pâques et les festivités pascales, dont la semana santa espagnole, seront effacées pour la première fois depuis des siècles, de même que le cycle printanier de mai, avec les fêtes religieuses assorties des communions, prétextes à des fêtes de famille qui soudent la société. Suite à ce sacrilège, car il faut bien l’appeler ainsi, le cycle des vacances estivales sera très probablement bouleversé, alors qu’il est une tradition séculaire, ponctué de fêtes également. L’humanité de notre sous-continent sera perturbée en profondeur, ébranlée psychologiquement, avec effets somatiques et psychologiques. C’est là le risque le plus effrayant dans l’immédiat car, une fois enclenché le sacrilège de briser notre liturgie millénaire, il y aura en permanence le risque de le rééditer. Mais même la rupture du cycle rituel liturgique, hérité de Rome, pendant une année seulement est annonciatrice de catastrophes : jamais on avait osé cela.

Strategika – Existe-t-il une issue politique à la situation que vous venez de décrire et quelle forme pourrait-elle prendre selon vous ?

b2f8434b2865b541e9db2e207b87586a.jpgUne issue politique, véritablement politique au sens où l’entendaient Carl Schmitt et Julien Freund, n’est possible que par un coup de force, une épreuve cruellement conflictuelle. Par un bouleversement pareil à la révolution russe de 1917. Or nous ne sommes plus dans les années 1920 ou 1930 où des millions de soldats revenaient du front et n’avaient pas peur d’encaisser des coups ou de mourir face aux balles de régimistes ou d’adversaires politiques. Qui plus est, on ne brise plus un régime aujourd’hui avec de simples fusils, munis de baïonnettes. Les Etats sont dotés d’armes plus sophistiquées, que l’on ne peut pas acheter au magasin du coin, même aux Etats-Unis. Ils disposent de « senseurs ubiquitaires et d’algorithmes puissants », pour paraphraser Harari. De nos jours, il y a des drones, des caméras, des centres cachés si bien qu’il ne suffit pas de prendre la Grande Poste comme à Dublin en 1916, ou la radio à Moscou en 1993, face aux blindés d’Eltsine. Notre humanité est bien trop adoucie par des décennies de « libéralisme » (ou de festivisme) pour oser une telle aventure.

La seule forme qu’une réaction pourrait prendre serait un glissement vers l’illibéralisme à la Orban ou à la Poutine, sans répéter le stupide clivage gauche/droite car l’ennemi de tous est unique : il s’agit de l’hyperlibéralisme induit dans nos sociétés par le tandem Thatcher-Reagan à partir de 1979.  Or à gauche, on conserve de lourds réflexes hostiles au politique et, à droite, on a toujours tendance à sombrer dans une forme ou une autre de libéralisme. Ce sont là les écueils à éviter, en faisant appel à une imagination métapolitique qui fondrait les corpus opposés en une nouvelle synthèse, où les principes de la justice sociale et du suum cuique sont respectés.  

Strategika – Comment liez-vous la crise actuelle à votre domaine d’expertise et votre champ de recherche ?

Je ne suis pas un expert mais un observateur engagé. La crise actuelle, pour moi, est l’aboutissement de la crise freinée de 2008 et, mais je peux me tromper, un coup de force bien ciblé, perpétré par un acte de guerre bactériologique qui vise à anéantir la puissance économique européenne (le seul mode de puissance qui restait à notre sous-continent), le challengeur chinois,  à ruiner le projet des « routes de la soie », avec l’appui continu d’une orchestration médiatique planétaire. Nous sommes dans des guerres hybrides ou des guerres de quatrième génération, c’est-à-dire des guerres où l’on n’aligne plus des armées de chars et de fantassins mais où l’on applique savamment des stratégies indirectes. L’Europe, constataient déjà certains observateurs dans les années 1990 et 2000, était la moins bien préparée à manier les outils médiatiques et culturels de cette guerre de nouvelle dimension : c’était diantrement vrai et elle en paie lourdement les conséquences aujourd’hui. Si son projet avait été clausewitzien au lieu de néolibéral, elle n’en serait pas là…

dimanche, 23 février 2020

»Gegen die moderne Welt« Ellen Kositza empfieht Mark Sedgwick

d3bf9a9e95d10a30a20616cd2a6d65c9v2_max_755x424_b3535db83dc50e27c1bb1392364c95a2.jpg

»Gegen die moderne Welt«

Ellen Kositza empfieht Mark Sedgwick

 
Ellen Kositza, Literaturredakteurin der Zeitschrift »Sezession«, bespricht Mark Sedgwicks »Gegen die Moderne Welt«.
 
Bestellen kann man den Titel hier: https://www.antaios.de
 

samedi, 22 février 2020

Antaios, spiritual sources of Europe

1280px-Herakles_Antaios_Louvre_G103.jpg

Antaios, spiritual sources of Europe

Interview with “New Antaios” (Thor E. Leichhardt)

(interview taken by Robert Steuckers, late spring 2011).

(http://www.new-antaios.net)

Who are you? What’s the main purpose of your “New-Antaios” project? And why do you refer to the mythological figure of Antaios? Is it a revival of Jünger’s and Eliade’s Antaios or an English counterpart of the former Antaios journal of the Belgian novelist Christopher Gérard?

I was born in Agram (a German name for the city of Zagreb) in Croatia just over 42 years ago. I have lived in Zagreb during the times while my country was occupied by Yugoslav communist regime led by dictator Josip Broz Tito. There I have studied Political Sciences at the University of Zagreb and later on Philosophy and Psychology at Hrvatski Studiji, University of Zagreb. I have studied as well at Universities in Scandinavia, United Kingdom and Germany. I am coming from a family which is of an ethnic German heritage.

Antaios is uniting Earth and Sea, soil and water without whom both there is no life. Antaios father was Poseidon, the God of Sea and mother Gaia of the Earth. Antaios or Antaeus in Greek means as well ‘’against’’ so in this way ‘’The New Antaios’’ is in cultural and philosophical terms set to make an intellectual bulwark against that what is destroying Our European culture, tradition, heritage, folklore and with that ultimately our roots.

D0WmlbzWoAEAyuU.jpg

1540015115.jpg

Antaios.jpg

Journal ‘’The New Antaios’’ is the continuation of the original ‘’Antaios’’ Journal of Mircea Eliade and Ernst Jünger so we can say it is a revival albeit the Journal will/is as well reflecting on all that is happening in these postmodern times. Hence Journal represents what I call ‘’Postmodern European thought’’ and as such serves primarily as an outlet for the postmodern philosophers and thinkers.

I do respect and highly admire Christopher Gerard and his work on Antaios in years from years 1992 to 2001. Like Gerard I dislike New Age teachings and don’t have any interest in TraditionalistSchool. The New Antaios is made of four sections which are making the whole Journal. First part is ‘’Plethon’’ the name I gave after the Byzantine Hellenistic philosopher George Gemistos Plethon and articles in that section are related to Hellenism, Heathenism in a scholarly way. Contributions will be made as well by certain authors from Asatru background. Heathenism and Heithni comes from the Old Norse word heiðni which was used to describe the pre-Christian spiritual beliefs and practices of the Northern European peoples. The word Heithinn (or Heathen) comes from the Old Norse word heiðinn, an adjective to describe the ideals of Heithni (ex. Heithinn ethics – those ethics which conform to Heithni), or as a noun to describe those who live by the ethic and world-view of Heithni (ex. He is Heithinn, those people are Heithnir [plural]). Heiðni also means ‘high, pure, clear’ in Icelandic language. Word also describes person who is a dweller in place in the nature. Postmodern Heathens are those people who are reviving and revitalizing the tradition through serious study, research and dedication combined with the worship of the Gods and Goddesses or just simply in a way of their thinking without the ritual worship part. Personally I am keen of combining the two in a proper and balanced way. Second section is ‘’Aesthetic Vedanta’’ named after the book by Swami Bhaktivedanta Tripurari Maharaja, Western teacher of ancient tradition of Gaudiya Vaishnavism. Aesthetic Vedanta section deals with Hindutva, Hinduism,Vaishnavism and Gaudiya Vaishnavism exclusively. Third section is ‘’Suncovrat’’ a Croatian archaic word for the Solstice and deals with pre-Christian cultures which existed prior to Christianization of what makes nowadays Republic of Croatia. Fourth section is the main section of the Antaios Journal.

I would further like to point out that Christopher Gerard has no input whatsoever and isn’t in any way associated or affiliated with this new Journal. That is why the journal has prefix ‘’The New’’ to clearly mark difference with previous two journals. As far as I know Gerard’s Journal ceased to exist just on the turn of the century hence prefix ‘’The New’’ is completely appropriate here. While it will preserve and retain the original idea and concept with due respect to previous editors and directors of the Journal, it will be updated with short blog style texts, proper academic articles and essays which reflect on and take a critical eye of current state of affairs in different areas of philosophy, politics, culture, art, tradition, science and these postmodern times .

What was the maturation process of your worldview? Has it to do with Croatian politics or not?

I would say that I have spiritual and political Weltanschauung complementing each other. I was brought up in a family whose background is Christian albeit my late grandfather and my late father were both reading authors like Nietzsche and Jünger and considere themselves to be Pagans. I was brought up on stories from ancient Greece and Old Norse and Germanic tales whom my friends in school didn’t even hear about. My own father was a Heathen. He wrote small and up until now unpublished treatise on what he calls ‘’Raan’’. In this book Raan is knowledge of the Gods and Goddesses who once in previous Yugas did visit our planet. In this work he is influenced by Nietzsche’s and Heidegger’s philosophy.

herakles-antaios.jpg

After spending years at the University in Croatia studying Political sciences in Zagreb I went to become a monk in Gaudiya Vaishnava tradition. The reason for that was again in the Family. During the mid to late 80es my family got interested in Gaudiya Vaishnavism so I started reading and studying different books of Vedic knowledge like Upanishads, Puranas and Bhagavad Gita. I have discovered in mid 90es about Traditionalist School, Rene Guenon and Julius Evola. In years to come I have been reading and studying about diverse cultures, traditions of Europe and parallel with that I got initiated in the Traditional Gaudiya Vaishnavism while travelling to one of my spiritual pilgrimages to India.

Hence as a result, my own spiritual belief system would be Traditional Gaudiya Vaishnavism, while I permanently study and read about Indo-European beliefs of our ancestors, Ostrogothic pre-Christian beliefs, Old Norse, Hellenic and Germanic pre-Christian belief systems and Mithraism. Vedic knowledge in my opinion is very important key to unlock many secrets of the European tradition itself. In line with that I very much admire Hindutva writers such as Sita Ram Goel and Ram Swarup, Indian historian Bal Gangadhar Tilak , contemporary scholar from Belgium Dr. Koenraad Elst as well as Alain Danielou who are all big influence. Next influence would be primarily my own teacher Sri Ananta das Babaji Maharaja by whom I was directly initiated in Parivar or Traditional line which goes back many centuries ago, then authors such as: Sri Kunjabihari das Babaji Maharaja (who is the direct teacher of my own teacher Ananta das Babaji Maharaja), Kundali das, Binode Bihari das Babaji and Sripad Bhaktivedanta Tripurari Swami Maharaja whose certain books and teachings are in my opinion the Gaudiya Vaishnava answer to Traditionalist school. There should be veneration of our ancestors together with the firm belief in divine origins of Our Ancestral lines, veneration of Nature and veneration of the Gods and Goddesses which are part of our European Identity. Perhaps it would be the best to quote here another great influence of mine, Dominique Venner: ”To live according to tradition is to conform to the ideal that incarnates, to cultivate excellence according to its standard, to rediscover its roots, to transmit its heritage, to be in solidarity with the people who uphold it. ”

Croatian politics were influential to my worldview and perhaps it would be better to give a bit of background explanation from the not so well known Croatian history. Certain people would like such knowledge to remain hidden as such. In my opinion Croatian people have a unique position in Europe. There are people who label Croatia Western Balkans which is a complete nonsense. According to what I was reading from diverse sources Croats aren’t only just Slavs and are mixture of Slavenized Germanic tribes, Celtic tribes, Illyrians, ancient Romans, ancient Greeks and Indo-Persians. Over the span of more than half a century Croat academics and researchers who were proclaiming such theories were executed or ‘’disappeared’’. Persecutions started in times of the monarchist Yugoslavia up to late 80es of 20th century in the communist regime. Names like Haraqwati and Haraxvati which paleographic expert Dr. Kalyanaraman has found were names of the tribes, etnonymes which clearly show how early we can find about Croatian origins. Places where such names were found were part of Bharata Varsha or what is today India. Archaeologists have found along names emblems and coats of arms which look very much similar to Croatian coat of arms with the twenty – five field “chessboard”. In a similar way the remnants and artefacts were also found when those tribes have moved from what is today India to Persia and those names can be found in 6th century before Christ in places like Bagistan and Persepolis and also with ancient peoples like Hurrwuhé. Ancestors of today’s Croats were worshippers of Saraswati Goddess of Vedic India (Goddess of learning, arts and music) and from her name comes originally name Hrvati. Croats are therefore known as Hrvati, Haravaitii, Arachosians or Sarasvatians, descendants of the ancient inhabitants of the Harauti province & the Haravaiti or the Sarasvati River. The recent hravati /hrvati [sic] hence comes from haraxvaiti and earlier spelt as haraquati (arachotos, arachosia, araxes). Sarasvati is the river and Arachosia being the region.” Their mention is as well on the legendary inscriptions of Darius the Great. Early Croatian pre-Christian religion was derived from primordial Persian Sun-worship. Even the Croatian word for tie is kravat(a) which is again another connecting word.

pasturelands-Zagros-Mountains-Iran.jpg

Furthermore, the name of the Croatian capital, Zagreb, is related to the Zagros mountain range of Iran. The Dinara mountains in Dalmatia may be connected to Mount Dinar (Dene) of Iran. When the tribes came to what is nowadays Croatia they have mingled with the numerous local Slavic (or Slavenized Germanic tribes) tribes and adopted the Slavic language from them. Meanwhile after the collapse of the Hunnic Empire Croats organized the local Slavs into a state and gave them their national name. Before the invasion of the Avars ca. 560 the White or Western Croats created along with the Antes a great state extending north of the Carpathians from the upper Elbe to the upper Dniester. (35: Niederle, 263-266; Dvornik, The Slavs, 277-297) R. Heinzel is of the opinion that the Carpathians of the old Germanic Hervarsaga took their name from the Croats who called them the Harvate mountains i.e. Croatian mountains. (36: Heinzel, 499; Dvornik, op. cit., 284, sq.)” (Mandic 1970, Ch.1)

There are similarities in folklore as well. “There are old Croatian customs and national poems that have been cited as evidencing lingering traces of the fire and sun worship of the Persians. Fire, the essence of human origin, the sun, and the great boiling cauldron around which the warriors spring in the age old kolo or circle dance, all these are ingredients in the national lore of the Croatian nation. The Croat vilas or fairy witches resemble the peris of Iranian mythology. Then there is the legendary Sviatozov, the personification of strength, a being almost too huge for the earth to bear. He is strongly reminiscent of the “elephant-bodied” Rustum of Persian legend.” (Guldescu 1964, pt.1.II) “It should be noted that only the thesis of the Iranian origin of the Croats can explain the name “Horvath”, the title of a Croat dignitary Banus, the names “White” and “Red Croatian”, and the Bogumile phenomenon (like Cathars in Occitania). According to this theory, the Croats were a branch of the Caucasian Iranians, who lived somewhere in the western Caucasus during the era of the Roman Emperors. The Caucasian Anten were another branch of this group.” (Dobrovich 1963)

Research shows clearly everything what I have written and quoted above to be the truth although some oppose that theory as they want to preserve artificial Panslavism , idea of Yugosphere ( the idea for the 3rd united Yugoslavia without Slovenia and with Albania) under the guise of ‘’Western Balkans’’. In Croatian language there is an excellent word I really like: ‘’Samosvojnost’’. Samosvojnost means Identity in Croatian language. In my opinion Croatian identity should and must be preserved only through the independent republic of Croatia or as it is now. Hence Croatia does not need any new unions. Friendship yes, but union definitely not.

Serbia on the other hand would like to establish themselves as a regional leader. They play with naive Croatian government and Croatian president Josipović while behind their back they lobby in EU to make what was once war in ex-Yugoslavia look as a ‘’civil war’’ and accuse Croatia who were defending themselves . They do have some allies and friends in Europe who would like to see them as the leaders in the region. Those allies on the other hand actually don’t consider Serbia as a friend but as a tool for their own means and nothing else. It is a travesty of justice to see Croatian generals such as Gotovina and Markač to be sitting in Hague so just that Croatia can get a green light for EU so that bureaurocrats in EU they can say that ‘’all sides’’ were equally responsible. I would like to ask the question then. What about the people and country of Croatia which was invaded, whose homes are burned and destroyed? According to that ‘’theory’’ Croatians should not have been defending themselves as they were supposed just to sit and wait to be erased from the face of this planet.

austrian-grenadiers-hungarian-regiments-960.jpg

Croatia has been suffering since demise of Austria-Hungary. It wasn’t good for Croatians either to be in any previous unions but union with Serbs has proven to be so far the worst one. Union with Austria-Hungary was far from perfect but at least we were in a monarchy which had culture and tradition. Croatian people don’t need anything anymore other than their own independence and peace with the neighbouring nations.

How the time is passing by I am less and less interested in Croatian politics. As a result I won’t be writing in Croatian language anymore since there is no purpose for it. I will rather use and invest my energy, effort and time for something I think will yield certain results than to write constantly for something what will anyway reach just a handful of people or just completely wither away. I have learned that from an example of the members of the ‘’Croatian Historical Revolution’’. Over the years I have read articles by leading Croatian intellectuals and scholars such as Dr. Tomislav Sunić then Dr. Jure Georges Vujić, prof. Amir Riđanović, prof. Petar Bujas (all members of Croatian group similar to G.R.E.C.E. – Arhelinea – www.arhelinea.com ) Dr. Zoran Kravar, then Croat republican conservatives such as: Tomislav Jonjić, Mario Marcos Ostojić, Hrvoje Hitrec, Croatian scientists such as : Dr. Vitomir Belaj, prof. Tomo Vinšćak, Dr. Radoslav Katičić, and prof. Mario Kopić and Dr. Hrvoje Lorković (of whom we can’t hear these days what is a real tragedy since Dr. Lorković is one of Croatian important intellectuals). Croatians should be happy to have such giants of free thinking yet many in Croatia don’t even know about some of them. That is for me completely bizarre. If one is carefully reading articles and books by above mentioned intellectuals and scholars one can only see that many of them are actually disillusioned with the current state of Croatia altogether. That is evident even from their articles. Hence as a result of that Zoran Kravar is not interested in any kind of politics neither he wants to be or get involved (yet he is one of authorities on Ernst Jünger in Croatia) same is with prof. Tomo Vinšćak as well, while others like Mario Kopić and Dr. Tom Sunić are publishing their new books outside of Croatia because there is hardly any interest in their ideas in Croatia. It seems that Dr. Jure Georges Vujić will publish his new books as well outside of Croatia. That is unavoidable since Croatians are lethargic in finding new solutions in political dialogue or any kind of new political ideas. They would rather stick to something what is completely falling apart while thinking that ‘’it would get better’’. I have a best friend in Croatia whose political ideas are in minority and while he wants betterment in any spheres of Croatian life (including politics and his fight against corruption) he doesn’t have as much support as he actually would and should get. It is the apathy and lethargy which are deeply rooted in certain parts of Croatian nation (thankfully not all of it) with its roots in the fear of change and political and historical lower self-esteem (which is really uncalled for, since Croats have such rich history, tradition and culture of whom they should be absolutely proud of) . The question they often ask themselves is: ‘’ What would happen if things change? ‘’ and because of constantly repeating that question they are indeed unable to make any significant change. I believe firmly that in the forthcoming parliamentary elections Croats will elect again some party or coalition of parties which will not bring nothing new to already stagnating Croatian political scene. In the right as well as left and centre there is nobody who could potentially have a quality for the deep changes Croatia needs desperately. In the right side of spectrum and as well on centre and left one can just see political opportunists in Croatia who long for their seat in parliament (called Sabor in Croatia) or certain position. That is their goal before anything else I am afraid, of course my humble bow to those politicians who aren’t like that and are in significant, significant minority.

My own political interests nowadays evolve around Eurocontinentalism and European Identitarian Communitarianism. Even though I do speak Croatian language I consider myself first and foremost an ethnic German with Prussian mentality, after that I am an European.

Eurocontinentalism in this case represents strong continental Europe which stands between USA and Great Britain on one and Russia on the other side. The question of Europe here is not just a matter a blood; it is spiritual, historical and cultural phenomenon.
This further quote actually explains some of my thinking on the matter: ‘’Implicit in this view is the assumption that the body is inseparable from the spirit animating it, that biological difference, as a distinct vitality, is another form of spiritual difference, and that the significance of such differences (given that man is a spiritual being, not merely an animal) is best seen in terms of culture and history rather than nineteenth-century biological science. American “white racialists” with their materialist-technical conceptions of race actually diminish the significance of the Racial Question by reducing it to a simple matter of genes, biology, equations….’’ ( Mladikov – The Phora Forum)

2013_05_Venner.jpgDominique Venner is in my opinion the greatest influence for the Eurocontinentalism and my own political Weltanschauung with his writings, articles and books. In Croatia some of his books are available as well.

His thoughts describe the best what I think further:

‘’ The idea that is made of love is no more frivolous than the tragic sense of history that characterizes the European spirit. It defines the civilization, its immanent spirit, and each person’s sense of life, in the same way the idea shapes one’s work. Is the sole point of work to make money, as they believe across the Atlantic, or, besides ensuring a just return, is it to realize oneself in a job well done, even in such apparently trivial things as keeping one’s house. This idea urged our ancestors to create beauty in their most humble and most lofty efforts. To be conscious of the idea is to give a metaphysical sense to “memory.”

To cultivate our “memory,” to transmit it in a living way to our children, to contemplate the ordeals that history has imposed on us–this is requisite to any renaissance. Faced with the unprecedented challenges that the catastrophes of the twentieth century have imposed on us and the terrible demoralization it has fostered, we will discover in the reconquest of our racial “memory” the way to respond to these challenges, which were unknown to our ancestors, who lived in a stable, strong, well-defended world.

The consciousness of belonging to Europe, of Europeanness, is far older than the modern concept of Europe. It is apparent under the successive names of Hellenism, Celticness, Romanism, the Frankish Empire, or Christianity. Seen as an immemorial tradition, Europe is the product of a multi-millennial community of culture deriving its distinctness and unity from its constitutive peoples and a spiritual heritage whose supreme expression is the Homeric poems. ‘’

To read further perhaps I would recommend this article (and as well all other articles by Dominique Venner) : http://www.counter-currents.com/2010/06/europe-and-europeanness/#more-881

What were your main sources of inspiration?

I have mentioned some of them above. I would say that Ernst Jünger, Dominique Venner and Nicolás Gómez Dávila are the most significant and important influence for me personally simply because they complement each other perfectly and in my own opinion they represent the true European Tradition which Ram Swarup, Sita Ram Goel, Alain Danielou and Koenraad Elst represent in Hindu Tradition. Apart from them other authors, thinkers and philosophers I would say first of all I feel especially close regarding ideas and Weltanschauung are : Croatian thinkers and members of the ‘’Croatian Historical Revolution’’, Classical philosophers such as : Emperor Julian the Apostate, Porphyry, Celsus, Platonis Sallustius, Libanius, Julius Firmicus Maternus, Iamblichus, Gemistus Pletho(n) and other such philosophers, Erik von von Kuehnelt – Leddihn, Croatian philosopher prof. Mario Kopić, prof. Robert Steuckers, certain ideas of Alain de Benoist, certain ideas of Dr. Guillaume Faye, Dr. Georges Dumezil, Dr. Jan Assmann, Mircea Eliade, Emile Cioran, Alain Danielou, German greatest living poet Rolf Schilling, Oswald Spengler, Carl Schmitt, German Romanticism period authors and artists, Felix Dahn, Antoine Saint du Exupery, certain ideas of Julius Evola, Norwegian composer Geirr Tveitt, composers Arvo Part and Johannes Brahms, Felix Mendelssohn, Sibelius, Ralph Vaughan Williams, postmodern musical projects such as Triarii, Arditi, In Slaughter Natives and new project Winglord, artists such as Ludwig Fahrenkrog, Karl Wilhelm Diefenbach, Fidus, Caspar David Friedrich, Hermann Hendrich, Franz von Stuck, Carl Larsson, John Atkinson Grimshaw, Jean Béraud and others.

Who are the main Croatian thinkers according to you and that are completely ignored in the rest of the world? How could we discover them?

6891271.jpgMain and most influential Croatian thinkers were: Dr. Milan von Šufflay (picture), Dr. Ivo Pilar, Dr. Vinko Krišković, Dr. Filip Lukas, Dr. Julije (Julius) von Makanec, Dr. Stjepan Buć and authors involved with journal ‘’Spremnost’’ : prof. Tias Mortigjija, Dr. Milivoj Magdić, Dr. Ante Ciliga & Dr. Vilko Rieger (Dr. George W. Cesarich) . Influential are also early works of prof. Ivan Oršanić, Dr. Ivo Korsky, then author Ivan Softa (Croatian Knut Hamsun), national poet Jerko Skračić and a few others. It is very hard for somebody in Europe to discover them as their works were burned, destroyed and left to be forgotten by Yugoslavian and Serbian communist regime. Back in 1970es of 20th century for just reading the works of these authors, philosophers and thinkers one could get a lengthy prison term and that would be of course if you did find their books somewhere. I am collecting their works wherever I can find them and that is in most cases extremely hard and on top of that some of their books command very high prices. Situation is not like with authors of Conservative Revolution whose works remain saved and translated to many languages now. Most of the above mentioned people were brutally murdered by either Serbian Monarchist regime who ruled the first Yugoslavia or by communist regime who ruled Yugoslavia and occupied Croatia after the year 1945.

At this point in time there is no translated literature in any of other languages except the book ‘’Southslav question’’ written by Dr. Ivo Pilar (under pseudonym Dr. Leon v. Südland) which was printed at the beginning of the 20th century in Vienna originally in German language. Book was never reprinted again either in German or English (or any other foreign language) and was translated in Croatian language and has since been in print only twice. Copies of both editions are virtually impossible to find. Books of other authors are not being reprinted at all. I really don’t know if that is because of the economic crisis in Croatia since many members of Croatian Democratic Union (HDZ) turned out to be crooks and thieves who were stealing money from their own country and country’s resources. It has been going on like that for a long time and no government (even the coalition of liberals and social democrats which lasted for 4 years) didn’t make situation any better or because there is no interest in those books and those authors at all. It is partially because of many Croatians were killed and murdered from 1944 to early 1950es by communist regime (and in years after that up to 1990 just prior to war in Croatia) and because of the mentality which became a norm since 1918, after Croats lost the war as part of Austria-Hungary. Dr. Ivo Pilar did warn Croatians about those kinds of problems especially in two of his books. One of those books was above mentioned ‘’Southslav question’’.

I am afraid that the only way to discover them will be through book I am currently writing and subsequently I will translate some of the most important works by Šufflay, Pilar, Lukas, Krišković, Makanec, Mortigjija and Magdić. I will start with works of Dr. Ivo Pilar and Dr. Milivoj Magdić whose works I am collecting at the present time. I am putting together Dr. Milivoj Magdić’s and dr. Ivo Pilar’s articles and smaller important works and will include one very informative article about Milivoj Magdić’s life done by one Croatian historian. Dr. Pilar’s book ‘’Southslav question’’ will be most likely the first one to surface followed by Dr. Magdić’s collected works. It is very interesting to mention that Dr. Ivo Pilar and Dr. Milivoj Magdić had both the biggest private libraries in the city of Zagreb and most likely in Croatia at that time. I have heard that currently Alain de Benoist has one of the biggest private libraries.

So we can talk about a genuine Croatian “Conservative Revolution”?

Croatian Historical Revolution was a German Conservative Revolution’s and France’s Ordre Nouveau’s counterpart. It strikes me how there wasn’t anybody in Croatia trying to compare German Conservative Revolution with all these authors we have had. My guess is that certain levels of academia in Croatia have some sort of inferiority complex and lower self-esteem. Except post modern Croatian intellectuals and academics I have mentioned above (and most in this group were living, studying and teaching for some time outside of Croatia) other Croatian intellectuals constantly behave in a way which has ruined indescribably reputation of Croatia. Members of Croatian Historical revolution were totally opposite. Partially that is because they grew up in Austria- Hungary and partially because up until year 1918 influence of Balkan ‘’culture’’ wasn’t predominant in Croatia and our gene pool wasn’t almost destroyed as it is the case today (holocaust of Croats and ethnic Germans from years 1944 -1950es). Most of the people who today want any kind of communism to be back in Croatia are leftovers of previous regime and they are not even Croats by their genes or in spirit.

05224baf72f642bd03aea467e8abd40d.jpgMembers of CHR (Croatian Historical Revolution) have had experience with different ideologies and transformations as the ones in Germany. They rallied for the Croatia as an integral part of Europe and how some of them called it at the time ‘’Bieli Zapad’’ (White West). Like authors in German counterpart they have produced diverse works such as philosophical treatises, political journalism, manifestoes which have outlined their ideas for the transformation of Croatia and role of Croatia in Central Europe and Europe altogether. They were strongly opposing liberalism and even liberal democracy and they have rejected despiritualization and commercial culture. They advocated new conservative thought which was inspired by Croatian national patriotism. I find their ideal very much connected with ideals of German Conservative Revolution members and nowadays with prof. Dominique Venner.

How could we connect Croatian authors with their other European counterparts? Who are the Croatian authors that should be read together, beyond every language barrier?

My opinion is that all the works of the above mentioned members of the Croatian Historical revolution are very much worth exploring, studying and reading. They all do come highly recommended albeit due to totalitarian and primitive backwards communist regime headed by Josip Broz Tito and his blind followers lots of original writings are lost , destroyed or are very rare to that extent that only Croatian National Library may have only one copy or original of each of the original works of the members of the Croatian Historical Revolution. None of those works were translated in any languages (as I have mentioned above) except Dr. Pilar’s ‘’Southslav question’’ which was originally written in German and then translated to Croatian. Dr. Ivo Pilar was speaking and writing as Dr. Milan v. Šufflay and many other members of CHR, in several languages. In those times after the I WW it was quite normal for people of Croatia to speak German as a second and in many cases as their mother language together with Croatian language. Hopefully in time through my own ‘’ Hyperborea Press’’ which is the part of Somnium Media all the main works of the members of the Croatian Historical Revolution will surface and be translated in English language. As always one has to be realistic, as with any of such efforts good will isn’t enough, I will have to invest money and time into this project in a balanced manner.

Do you see original viewpoints or bias by these Croatian authors that you cannot find back in the works of their other European counterparts?

I know that I risk now sounding a bit vague but most of their viewpoints are similar or identical with their German and French counterparts, although one of their main focal points or focus was naturally fight against the repressive Serbian monarchist regime and its imperialistic hegemony. I have written recently some articles about this topic. I believe that I will answer much broader to this question in my book about Croatian Historical Revolution.

What are your projects for the near future?

The New Antaios Journal’s further development is my priority and alongside with TNAJ there is ‘’Eurocontinentalism Journal’’ and my own ‘’Somnium Media’’ website which offers music, merchandise and books which are serving as an alternative to world of mass consumerism we live in. Great help in that effort is my dear friend mr. Zvonimir Tosic who is an editor in chief and managing webmaster of The New Antaios Journal and Somnium websites. The New Antaios and Eurocontinentalism Journal will both have some interesting interviews and articles in months to come. Somnium Media imprint ‘’Hyperborea Press’’ will publish most significant works of members of the Croatian Historical revolution and hopefully some works by Nicolas Gomez Davila.

Further related to ‘’Hyperborea Press’’ I have plans for the three books and three translations. First one is above already mentioned book about Croatian Historical Revolution and its members and it will be an overview of the significance of Croatian Historical Revolution and works of its members and authors not only for Croatia but for Europe and European thought as well. Another book is ‘’ Gaudiya Vaishnavism – The Living and Timeless Tradition ‘’ which will explain how important Traditional Gaudiya Vaishnavism is (a belief in Hinduism) not only for Hinduism but for the resurgence of Indo – European thought in general. I know that Dr. Alexander Jacob has written extensively on the topic of resurgence of Indo-European thought but his emphasis is not like in authors such as Georges Dumezil , Jan de Vries, or Ram Swarup, Sita Ram Goel and Alain Danielou in Hinduism or ancestral pre-christian beliefs. Rather he uses as an example for restoration of Indo –European thought resurgence of European Medieval Christian noble spirit of ‘’archaic and brave’’ and Prussian noble spirit. In my own opinion the best starting point for such study would be a Saxon epic ‘’Heliand’’.

Picture: Dr. Ivo Pilar

220px-Ivo_Pilar.jpgTraditional Gaudiya Vaishnava thought in this book will serve as an alternative for the Traditionalist thought which was espoused by Guenon, Schuon and other Traditionalists. Third book deals with Croatian pre-Christian and pre-Slavic legends and it delves in times of the heroic Croatian past. I have contacted one still living Croatian author who gave me information on stories and its characters which obviously have roots in pre-Christian and pre-Slavic times of Croatia. It is quite a work and a huge challenge to reconstruct those tales and to find out and connect certain characters. Some shortened versions of those stories I will be presenting at certain Storytelling Fairs in Ireland during the summer. Three translations will be my most likely first translation work on the new book by Dr. Jure Georges Vujic (which will be his first book in English language) followed by translations of two books of the members of the Croatian Historical Revolution, Dr. Ivo Pilar’s ‘’Southslav question’’ and Dr. Milivoj Magdić’s best and collected works complete with my own explanations and commentaries. I will also continue writing for Brett Stevens’s Journal on line www.amerika.org which is with Europa Synergon one of the most interesting journals to be found on line.

Thank you very much Robert for the opportunity you gave me with this interview and as well thank you for your influence on my own thought which is indispensable and very important. I would also like to thank to anybody who has read this interview and found it interesting or just thought provoking.

(interview taken by Robert Steuckers, late spring 2011).

lundi, 03 février 2020

Alexander Wolfheze: “Iran is duidelijk deel van de Indo-Europese cultuurcirkel”

alexander-wolfheze.jpg

Alexander Wolfheze: “Iran is duidelijk deel van de Indo-Europese cultuurcirkel”

Op 3 januari werd de Iraanse generaal Qassem Soleimani met een moordaanslag om het leven gebracht, met het gevolg dat het Midden-Oosten, nu al geplaagd door oorlogen en opstanden, nog onrustiger is geworden. De Amerikaanse president Donald Trump beloofde in reactie op Iraanse aanvallen die daarna volgden, mogelijk 52 locaties in het land te bombarderen, waaronder zelfs cultureel erfgoed. Hij trok dit later weer in, maar evenwel blijft de kans op oorlog zeer wel aanwezig. Dr. Alexander Wolfheze heeft langdurig studie gedaan naar de cultuurgeschiedenis van het Nabije Oosten, wat ook Iran omvat. Kort geleden is zijn nieuwste boek met traditionalistische opstellen Alba Rosa in het Nederlands vertaald en bij Uitgeverij Arktos uitgebracht. ReactNieuws heeft hem enkele vragen voorgelegd.

war.pngHet lijkt erop dat de Iraniërs over een sterke mentaliteit beschikken om met een wereldmacht de confrontatie op te zoeken. Is hiervoor een historische verklaring?

Ook als de lezer een snel en kort antwoord zou willen, is hier toch wel een kleine historische inleiding nodig. Door ons slechte onderwijs en onze bevooroordeelde systeempers zijn veel mensen heel slecht geïnformeerd over de wereld om hen heen – daarmee is het publiek voor onze vijandelijke elite gemakkelijk te manipuleren. ‘Iran’ is in de ogen van veel mensen nu een soort barbaars ‘verweggistan’: één van de vele primitieve oorden in het Midden-Oosten die – naar ‘populistisch’ verluidt – worden bewoond door half-analfabete, lijfstraf-minnende inteelt-populaties en bestuurd door fanaat-onredelijke, hondsdol-antiwesterse godsdienstfanaten. Het is belangrijk heel wat kanttekeningen te plaatsen bij die simplistische kijk. Het komt onze vijandelijke elite maar al te goed uit dat de gemiddelde burger niet veel verder komt dan zulke vooroordelen.

Het woord ‘Iran’, etymologisch ‘(het land) van de Ariërs’, mag dan deel uitmaken van de officiële naam van de huidige ‘Islamitische Republiek Iran’, maar is pas sinds 1935 de gangbare en pas sinds 1979 de enig-officiële naam van een staat die tot dan toe in het Westen werd aangeduid als ‘Perzië’. Het is ook pas sinds 1979 dat die staat een republiek is – voor die tijd was er een Perzische Keizerrijk. Nog de laatste keizer, Mohammad Reza Pahlavi (r. 1941-1979), droeg de titels Shahanshah ‘Koning der Koningen’ en Aryamehr ‘Licht der Ariërs’ – beide gaan terug op een meer dan twee en half millennia oude rijksgedachte en staatstraditie. In het Westen werden deze staat en deze traditie, dragers van een luisterrijke en hoogstaande cultuur, aangeduid als ‘Perzisch’. Dat woord verwijst oorspronkelijk naar het oude hart van staat en traditie, namelijk de provincie Fars, gelegen in het zuidwesten van de huidige Islamitische Republiek – de relatie van ‘Perzisch’ tot ‘Iraans’ is in die zin te vergelijken met die tussen ‘Hollands’ en ‘Nederlands’. De Republiek der Zeven Verenigde Nederlanden had, via de Verenigde Oost-Indische Compagnie en gezantschappen, al goede en respectvolle betrekkingen met het Perzische Rijk, gebaseerd op neutraliteit en handel. De Perzische cultuur en taal waren in die tijd nog dominant in grote delen van de Oude Wereld, van de Balkan en Noord-Afrika (het Ottomaanse Rijk) tot in India (het Mogol Rijk) – zelfs in het 19e-eeuws Nederlands-Indië lazen en spraken veel geleerden en gezagsdragers nog Perzisch. De grootse literatuur en prachtige kunst van Perzië werden in Nederland, net als in de rest van Europa, uitgebreid bestudeerd en bewonderd. Perzië was in de beleving van gewone mensen toen nog een sprookjesland van magische tapijten, paradijstuinen en mystieke dichters. Pas sinds de Islamitische Revolutie van 1979 is er verandering gekomen in die waarneming – met de teloorgang van de oude naam ‘Perzisch’ verdwenen ook veel kennis, begrip en respect voor een hele oude en hoge cultuur.

Deze kleine inleiding geeft meteen een goede verbinding naar de historische verklaring waarom wordt gevraagd: de Perzische – of zo men wil Iraanse – geschiedenis verklaart veel van de basale houding van het huidige Iraanse bewind naar het buitenland. Het Iraanse bewind bestaat niet, zoals Westerse regeringen, uit globalistische loopjongens van het geschiedenisloze grootkapitaal en de waardevrije verlichtingsideologie: het Iraanse bewind ziet zichzelf als de trotse drager van een zeer hoge historische roeping en van een zeer oude nationale traditie. Die roeping en traditie vallen nu samen in een zeer speciale – en deels zeer Perzische – variant van de Islam: het Sjiisme (van het Arabische Sji’at Ali, ‘Partij van Ali’ – zij die Imam Ali en zijn nageslacht accepteren als opvolgers van de Profeet Mohammed). Die variant legt de nadruk op eschatologisch visie en messiaanse roeping, een nadruk die zich – soms heel subtiel en soms heel direct – uit in wat men in het Westen vroeger kende als ‘kruisvaarders’ roeping: een geleefd geloof en een levenshouding waarin discipline, strijdvaardigheid en zelfopoffering centraal staan. In de Nederlandse geschiedenis kunnen we dat soort uitingen ook zien, zoals in de Tachtigjarige Oorlog – die behalve onafhankelijkheidsoorlog ook godsdienstoorlog was – en in de Tweede Wereld Oorlog, waarin essentieel geleefde levensvisies bitter op elkaar botsten. De passie van de Engeland-vaarder enerzijds en die van de Waffen SS-vrijwilliger anderzijds. Die passie ligt dicht aan de oppervlakte van het Iraanse nationale leven – en wordt alleen maar versterkt door de constante bedreiging van de Amerikaanse vijand. Men herinnert zich daar nog dagelijks de miljoen slachtoffers van de bijna achtjaar durende oorlog tegen Saddam Hoessein (de Iran-Irak Oorlog van 1981-1988) – een oorlog die men, niet ten onrechte, ziet als een Amerikaanse poging om de Iraanse Revolutie dood te bloeden. Men ziet daar ook de constante Amerikaanse inmenging in binnenlandse politiek: via regionale afscheidingsbewegingen (vnl. in Baloechistan, Choezestan, Koerdistan), herhaaldelijke terreuraanslagen (m.n. de Volksmoedjahidien), economische sancties en propaganda hetzes. De combinatie van een gepassioneerde levenshouding en een sterk nationaal bewustzijn die de Iraanse politiek aanstuurt mag voor de gemiddelde moderne Westerse mens moeilijk navolgbaar zijn, maar is daarom niet minder authentiek en effectief.

comment-persepolis-fut-reduite-au-silence.jpg

In die zin is de Iraanse confrontatie met de hegemoniale Amerikaanse wereldmacht zo goed als onvermijdbaar: het Iraanse vasthouden van de eigen (staats)soevereine rechten en de eigen (meta)historische roeping – een vasthouden dat parallellen vindt in de onafhankelijke geopolitiek van Rusland, China en nog een klein aantal andere landen – is eenvoudigweg onverenigbaar met de agressieve globalistische politiek die nu wordt gevoerd door de mondiale vijandelijke elite en die zich nu via deep state structuren heeft meester gemaakt van het Amerikaanse staatsapparaat. De Belgische publicist Robert Steuckers heeft de via Amerikaanse hard power en soft power geïmplementeerde en in neo-liberale en cultuur-marxistische ideologie verankerde globalistische politiek van de mondiale vijandelijke elite sinds zeer treffend geduid als ‘pyro-politiek’. Het is de politiek van het met alle mogelijke middelen ‘weg- en neerbranden’ van alle alternatieve machtscentra, -structuren en -ideeën. Voorbeelden van verschillende pyro-politieke tactieken: het (versneld neo-liberale) ‘rampen-kapitalisme’ in het voormalige Oostblok in de jaren ’90, de (black op) ‘kleuren-revoluties’ in de voormalige Sovjet-sfeer in de jaren ’00 en de ‘Arabische lente beweging’ in het Midden-Oosten in de jaren ’10. Er blijven echter een aantal alternatieve machtspolen over buiten de ‘uni-polaire’ globalistische ‘Nieuwe Wereld Orde’ die is ontstaan sinds de ondergang van de Sovjet-Unie: bovenal China en Rusland. Ook Iran is nog altijd een authentieke soevereine staat, maar als middelgroot land is Iran echter veel kwetsbaarder dan de grootmachten China en Rusland. In confrontatie met de op de Amerikaanse supermacht steunende globalistische ‘greep naar de wereldmacht’ is er maar één echte garantie van staatssoevereiniteit, namelijk een geloofwaardige nucleaire afschrikking. Ben Goerion en De Gaulle begrepen dit principe en gaven daarmee Israël en Frankrijk de optie van een authentiek soevereine geopolitieke koers. De Klerk en Gaddafi lieten zich ervan afleiden en beroofden daarmee Zuid-Afrika en Libië van een overlevingskans in de globalistische leeuwenkuil. Vandaar het heikele probleem van het Iraanse nucleaire programma. Totdat Iran zich een ‘nucleaire optie’ verschaft hangt het overleven van Iran als soevereine staat af van een instabiele combinatie van zeer variabele factoren. Bijvoorbeeld van de vraag in hoeverre President Trump in staat is de deep state provocaties en manipulaties die gericht zijn op oorlog te neutraliseren. En uiteindelijk ook van de vraag op welk punt – en hoe – Rusland zal ingrijpen wanneer de integriteit en stabiliteit van de Iraanse staat in het geding is.

De Amerikaanse president Donald Trump sprak vrijuit over het bombarderen van plekken met cultureel erfgoed, waar moeten wij dan aan denken?

Dit soort bedekte bedreigingen passen goed in de globalistische strategie van ‘totale oorlog’ – van de pyro-politiek waarover we eerder spraken. Het is belangrijk duidelijk te zijn: de inzet van het globalisme is de wereldmacht en de globalistische vijandelijke elite is dus potentieel in staat van oorlog met de hele wereld, namelijk met alles wat haar macht – al is het maar in theorie – bedreigt. De globalistische vijandelijke elite kent geen grenzen en voelt zich evenzeer bedreigt door ‘binnenlandse’ als door ‘buitenlandse’ tegenkrachten: voor haar is een onafhankelijk opererende President Trump even gevaarlijk als een onafhankelijk opererende Iraanse staat. En niets komt haar beter uit dan dat die beiden elkaar vernietigen – dat is de inzet van de Amerikaanse deep state en de mondiale systeemmedia. De oorlog die de globalistische vijandelijke elite voert is ook maar heel beperkt ‘klassiek militair’. Pyro-politieke oorlogsvoering berust namelijk niet slechts op het ‘opbranden’ van de militaire en economische capaciteit van de vijand, maar vooral ook op het ‘wegbranden’ de identiteit en het moreel van de vijand. De identiteit van een volk en een natie bestaat in ruimte en tijd – ze altijd hangt samen bepaalde ‘heilige’ plaatsen en bepaalde historische ‘sleutelmomenten’. Door volken en naties in die plaatsen en momenten te treffen, kan hun identiteit gemanipuleerd worden. Vandaar dat de globalistische vijandelijke elite, natuurlijk via proxies, steeds specifieke symbolische doelwitten kiest. Op 9 september 2001 waren dat de hoogste wolkenkrabbers van New York en op 15 april 2019 was dat de Notre Dame de Paris. De Afghaanse Taliban en Arabische Da’esh terreurbewegingen, beide heimelijk opgezet via Westerse geheime diensten en gefinancierd door de Golfstaten, richtten zich op soortgelijke wijze tegen grote pre-Islamistische monumenten als Bamiyan en Palmyra. Het is dus logisch dat een Amerikaanse oorlogsinzet tegen Iran zich met name ook zou richten op het ‘in de as leggen’ van identiteits-bepalende Iraanse monumenten.

Mocht het toch tot oorlog komen, of zelfs een Amerikaanse invasie, wat gevolgen kan dit dan hebben voor dit cultureel erfgoed?

De vernietiging van ‘vastgoed’ cultuurgoed en de roof van ‘draagbaar’ erfgoed was ook onderdeel van globalistische oorlogen tegen Irak en Syrië – monumenten werden opgeblazen en musea leeggeroofd. Veel van de Assyrische kunstwerken in Nimrod zijn zo verloren gegaan en veel van de spijkerschrift kleitabletten uit het Baghdad Museum zijn zo via de zwarte markt verdwenen in privé-verzamelingen. De rijkdommen van Iran kan een soortgelijk lot beschoren zijn: de paradijstuinen van Shiraz, de moskeeën van Esfahan en de schatkamers van Teheran behoren tot de grootste scheppingen van de mensheid maar voor de globalistische vijandelijke elite zijn het niet meer dan wegwerpartikelen. Vergeet niet dat dit de vijandschap van deze elite zich richt tegen alles wat mooier, beter en hoger is dan zijzelf – en dus tegen bijna alles in deze wereld. De globalistische inzet op de vernietiging van cultureel erfgoed vooral een lange termijnstrategie: het gaat erom de identiteit van een volk en natie op lange termijn te manipuleren door de cultuur-overdracht te verstoren. De geallieerde terreurbombardementen op de As-mogendheden gedurende Tweede Wereld Oorlog geven een indicatie van de richting waarin men daarbij moet denken: het systematisch platleggen van vrijwel alle Duitse steden en het nucleair verdampen van Hirosjima en Nagasaki resulteerden in een collectieve traumatische stress stoornis in de Duitse en Japanse psyche. Na de Stunde Null ervaring van 1945 – de ervaring van een fysieke totaal-verwoesting en psychische ‘vijandelijke overname’ – viel er bijna letterlijk een ‘gat’ in het collectieve historisch geheugen van beide volkeren. Het is dit ‘zwarte gat’ in de geschiedenis – feitelijk een geforceerde collectieve identiteitscrisis – dat hun naoorlogse hersenspoeling mogelijk maakte. Dat deze strategie ook echt werkt wordt bewezen door het feit dat beide landen – dit jaar driekwart eeuw later – nog steeds gewillig in het gareel van de overwinnaar lopen: beide landen hebben nog steeds een Amerikaans militair garnizoen en schikken zich vooralsnog zonder noemenswaardige weerstand naar de globalistische politiek die door de Amerikaanse politieke elite wordt gedicteerd, hoe onlogisch en zelfvernietigend die politiek ook moge zijn. Met Japan staat er iets beter voor omdat het tenminste één soeverein symbool behield: de keizerlijke dynastieke continuïteit. Met Duitsland is het veel slechter gesteld: daar is nu sprake van authentieke zelfhaat – Bondskanselier Merkel’s ‘migratiebeleid’ sluit naadloos aan op die realiteit. Als de globalistische vijandelijke elite Iran in geopolitieke zin daadwerkelijk wil neutraliseren dan is een soortgelijke ‘behandeling’ als die van Japan en Duitsland het meest effectief: de eerste stap is het fysiek aantasten van cultureel erfgoed. Het beoogde effect is daarbij dus een lang termijneffect. Op de korte termijn zal de vernietiging van cultureel erfgoed het Iraanse volk zo verontwaardigd en woedend maken dat de weerstand tegen de Amerikaanse agressie in hoge mate wordt versterkt en in uiterst fanatisme doorslaat – net als het geval was bij de As-mogendheden gedurende de laatste maanden van de Tweede Wereld Oorlog. Die verhoogde inzet bepaald ook de drastische uitkomst. De uiteindelijke uitkomst van een dergelijke ‘totale oorlog’ is echter moeilijk te voorspellen: zij zal men name afhangen van de escalatie-bereidheid van de globalistische strategen – en van de risico-bereidheid van hun Russische tegenspelers.

persepolis-fars-iran.jpg

En hier komen we op een interessant vraagstuk: in hoeverre is de door de deep state gebezigde oorlogsretoriek reëel? Er is anno 2020 sprake van een duidelijke Amerikaanse imperial overreach: de militaire en financiële grenzen van de Amerikaanse macht zijn bereikt. Een echte globalistische overwinning op Iran is slechts mogelijk met grootschalige Amerikaanse militaire inzet: grondinvasie gevolgd door bezettingsgarnizoen. Zo’n overwinning is niet te bereiken door de inzet van lokale proxy groepen – dit is bewezen in Irak en Syrië. Een totale grondoorlog en een langdurige bezetting zouden veel van Amerika vergen: veel levens en veel geld. De politieke wil en brede ondersteuning lijken vooralsnog volledig te ontbreken; de daadwerkelijke belanghebbenden – het military industrial complex en buitenlandse lobby’s – zouden een enscenering van het niveau ‘Pearl Harbor’ of ‘9/11’ nodig hebben om voldoende binnenlandse steun te krijgen voor een grootschalige oorlog tegen Iran. Er is dus waarschijnlijk sprake van een bepaalde mate van ‘blufpoker’, wellicht bedoeld ter verhoging van de inzet bij toekomstige regionale diplomatieke initiatieven. Wat echter niet is uit te sluiten is een – al dan niet door deep state fracties bewerkstelligd – ‘incident’, gevolgd door een ‘per ongeluk’ oorlog.

Wat is onze, dus de Indo-Europese, verwantschap met Iran? Gaat dit enkel over de taal?

Historische verwantschap bestaat op verschillende niveau’s – van zeer abstracte kosmologie (mythologische symbolen en religieuze concepten) tot aan zeer concrete biologie (haplogroepen en fenotypes). Nu is biologische verwantschap op welk niveau dan ook, laat staan op het groepsniveau van etnische identiteit, natuurlijk zo goed als een taboe onderwerp in het huidige ‘politiek-correcte’ discours van de cultuur-nihilistische systeemmedia en systeemacademie – het blijft niettemin een realiteit. De cultuur-nihilistische deconstructie van elke soort authentieke groepsidentiteit is een belangrijk streven van de globalistische vijandelijke elite. Hiermee is een realistische discussie van genetische, epigenetische en fenotypische ontwikkeling en identiteit op niveau van etniciteit in de Westerse publieke sfeer bijna onmogelijk. Het gaat natuurlijk om wetenschappelijke materie met uiterste complexe aspecten, maar dat wil niet zeggen dat het biologische aspect van etniciteit zomaar van tafel kan worden geveegd. Het is verstandig met respect te kijken naar het historisch overgeleverde gegeven van etnische identiteit – en om volksidentiteiten als deel van de menselijke biologische variëteit te beschermen tegen de intrinsiek nivellerende en diep-ecocidale richting van het globalisme. In de Iraanse en Indische cultuursfeer denkt men overigens veel positiever en realistische over de eigen Indo-Europese oorsprong en identiteit dan in Europa.

Nu is ‘Indo-Europees’ in de eerste plaats een taalkundige uitdrukking, de Indo-Europese volkerengemeenschap – die al prehistorische tijd uitstrekte van de Europese Atlantische kust tot aan de Golf van Bengalen – heeft echter ook een bepaalde mate van culturele samenhang. Het is daarbij belangrijk op te merken dat ook godsdienst zich bij de Indo-Europese volkeren steeds minstens net zoveel aanpast aan de volksaard, als de volksaard aan de godsdienst. De typisch eigen leef- en gedachtewereld – door de Duitse filosoof Heidegger zeer treffend beschreven als Haus des Seins – van de Indo-Europese volkeren drukt steeds duidelijk een stempel op de niet-Indo-Europese godsdiensten waartoe zij voor een groot deel zijn overgegaan. Dat geldt voor het Europese Christendom evenzeer als de Iraanse Islam. De in Iran dominante Sji’a Islam en de daar sterk mee verweven Soefi Traditie wijken beide sterk af van in de Arabische wereld dominante Soenni Islam – en al helemaal van de neo-primitieve ‘Islam’ die wordt uitgedragen door de Wahhabitische puristen van het Arabisch schiereiland en die wordt uitgedragen door groepen als Al-Qaeda en Da’esh. Zo ligt in het Sjiisme een sterke nadruk op hiërarchische kosmologie – een typisch Indo-Europese gegeven. En zo is er in het Sji’a Islam een institutionele religieuze hiërarchie die ontbreekt in de Soenni Islam. Er is daarnaast ook een aansluiting op het oude Indo-Europese instituut van vererfbaar priester-koningschap: het Sjiisme kent de institutie van het Imamaat: de opvolgingslijn vanuit Imam Ali, de schoonzoon van de Profeet. Deze lijn heeft zelfs een legitieme claim op het hoogste wereldlijk gezag over het Perzische Rijk via het huwelijk van Imam Hossein, de tweede zoon van Imam Ali, met Shahr Banoe, de dochter van de laatste Sassanidische keizer Yazdegard III. Andere relevante elementen zijn het Sjiitisch juridisch beginsel van de Ijtihad – de onafhankelijke rede als bron van jurisprudentie – en de binnen het Sjiisme dominante afkeur van elke vorm van polygamie. Bovenal is er echter het feitelijk – geleefde – overleven van veel Zoroastrianistische cultuurelementen: kalender, feestdagen, rituelen. Het Zoroastrisme – dat in Iran ook nog een echte institutionele presentie heeft – is, net als het Vedisch Hindoeïsme, een authentieke Indo-Europese godsdienst.

Iran is daarmee, ondanks aanzienlijke materiële en culturele verschillen, duidelijk deel van de Indo-Europese cultuurcirkel waartoe ook de meeste Westerse landen behoren. Het is daarnaast ook als authentiek soevereine staat een natuurlijke bondgenoot van de anti-globalistische beweging die recent in het Westen opgang maakt als ‘Nieuw Rechts’. Voor de Nederlandse patriottisch-identitaire tak van Nieuw Rechts is het daarbij specifiek belangrijk toe te werken naar een op het eigen, Nederlandse, belang gebaseerde buitenlandse politiek. Nederland heeft als demografisch-economisch middelgroot handelsland belang bij een afgewogen maar stevige neutraliteitspolitiek – de politieke elite heeft die politiek na de Tweede Wereld Oorlog, onder dwang van de toenmalige omstandigheden (militair en economische zwakte, noodzaak tot wederopbouw, communistische dreiging), opgegeven. Maar ons land heeft een dure prijs betaald voor het dwingende Amerikaanse vazalschap en het kunstmatige Europese eenheidsproject die resulteren uit het opgeven van een soevereine neutraliteitspolitiek. Onder Amerikaanse politieke druk zijn Indonesië en Nieuw-Guinea, ondanks allerlei realistische staatsvorm-alternatieven voor ouderwets kolonialisme, overhaast opgegeven. Daarnaast heeft Nederland zich door het zich slaafs schikken naar Amerikaanse oorlogspolitiek medeschuldig gemaakt aan agressieoorlogen tegen onder meer Joegoslavië (1999), Afghanistan (2006) en Irak (2003). Onder Europese druk zijn nu ook de eigen munteenheid, de eigen grenzen en eigen rechtspraak opgeofferd aan globalistische belangen. Deze stand van zaken is niet alleen historisch volledig achterhaald, maar heeft zich nu ook als zeer schadelijk bewezen voor het Nederlandse volk: neo-liberale kaalslag, massa-immigratie, nihilistische indoctrinatie, sociale implosie en ecologisch wanbeleid hebben niet alleen de levenskwaliteit aangetast maar bedreigen nu ook het voortbestaan van het volk als volk en het land als land. Nederlands Nieuw Rechts staat voor de grote opgave van herstel van de staatsoevereiniteit – een op Nederlandse belangen afgestelde, authentiek-soevereine buitenlandse politiek is daarbij essentieel.

two-soldiers-bows-spears-ceramic-patterned-wall-city-babylon-berlin-germany-sept-historical-empire-septemper-61919248.jpg

Ten aanzien van Iran betekent dit een heroverweging van het door de systeemmedia en systeemacademia beeld van Iran als vijand. Als handelsland Nederland heeft veel te winnen bij een strikte neutraliteitspolitiek: betrekkingen zouden op basis van reëel eigenbelang moeten worden gemaakt – onafhankelijk van onheuse (want holle en selectieve) criteria als ‘mensenrechten’ en ‘internationaal recht’. Als zulke retorische criteria écht zouden moeten doorklinken in de Nederlandse buitenlandse politiek, dan zouden we moeten beginnen met sancties tegen Amerika en verbreken van diplomatieke betrekkingen met Saoedi-Arabië. Beide zijn natuurlijk geen reële opties en het is belangrijk dat Nederland juist reëel kijkt naar het eigenbelang. Het huidige ‘Calimero’ denken in de Nederlandse politiek – dat Nederland ‘te klein’ en ‘te kwetsbaar’ is voor een autonoom buitenlands beleid, buiten de EU, buiten de Euro, buiten Schengen en buiten de NAVO – is echter evenzeer onzin: Nederland heeft wel degelijk een goede onderhandelingspositie bij een zelfstandig buitenlands beleid: het heeft een bijzonder gunstige strategische positie in het hart van West-Europa, een goede handels- en communicatie infrastructuur, een hoogst inventieve technologiesector, een steenrijke financiële sector, een deels autarkische landbouwsector en een permanente toeristisch aantrekkingskracht. Met een eigen munt, losgekoppeld van woeker- en subsidiepraktijken van de ‘Europese Bank’, een eigen immigratiebeleid, losgekoppeld van de omvolking praktijk van de ‘Schengen Zone’, een eigen rechtssysteem, losgekoppeld van de totalitaire abstracties van het ‘Europese Recht’ en een eigen krijgsmacht, losgekoppeld van de agressief-expansieve ‘NAVO’ is er een wereld aan welvaart, welzijn en (zelf)respect te winnen. Iran is niet de vijand van Nederland – de echte vijand van Nederland is de globalistische elite: die vijand bevindt zich niet duizenden kilometers ver weg aan de Perzische Golf, maar binnen onze eigen grenzen, diep ingevreten in onze instituties.

dimanche, 19 janvier 2020

About the New Sacred Union

sacted-union-big.jpg

Pavel Tulaev:

About the New Sacred Union

Ex: http://www.ateney.ru

Today, many people understand that humanity has entered a qualitatively different stage of planetary development. It is associated with space cycles, the scientific and technological revolution, changes in lifestyle, etc. Internationally, this is an obvious turn from the global dictatorship of the United States, established in the 20th century, to a multipolar world. More specifically, to the growing role of Russia and the East as a whole. The regrouping of international forces makes us develop a new strategy.

Before the collapse of the USSR in 1991, the world was conditionally divided into two large parts: the capitalist West, led by the United States and NATO, as well as the communist East, headed by the Soviet Union and the Warsaw Pact. True, in addition to this, there was a rather large block of “Non-Aligned Countries”, but its existence did not cancel the confrontation of two socio-economic systems that were inherently opposite.

In the course of liberal-monetarist reforms in the spirit of “shock therapy”, Russia, which left the USSR, tried to enter the circle of Western countries, the so-called “Big Eight”. However, it soon turned out that the essence of this community was not only in favorable economic relations. Let’s think about what Western civilization is again.

Aggressive sunset civilization

From a geographical, historical and spiritual point of view, the West, figuratively speaking, is a movement from Sunrise (origin) to Sunset (degeneration).

Many of today’s European peoples have eastern roots. For example, the teachers of the Romans are Greeks and Etruscans who came from Asia Minor; Hungarians came from the Urals, Bulgarians were from Cimmeria, Poles were from Sarmatia, Croats were from Central Asia; Basques living in the far west of Europe came from the Caucasus. The origin of the Germanic tribes, in particular, the Goths and the Vandals, is also associated with Asia.

The eastern roots of Europeans are clearly visible in their ancient mythology. Where did Zeus steal the young beautiful Europe? From the Middle East. The genesis of the Olympic gods, including Zeus-Jupiter, Artemis-Diana, Apollo, Athena-Minerva, Aphrodite-Venus, indicates their Hyperborean or Aryan ancestral home. Even the Scandinavian god Odin came to the cold lands from hot Asia.

Now let’s recall where science, culture and civilization came from to Europe.

The West took almost all fundamental knowledge from the East: writing, including runic; medicine, especially esoteric; astronomy with an annual calendar; theology, including Christianity; musical theory and many instruments; many sports and recreational games, including equestrian competitions and chess. Even many technical inventions, such as wheels, fabrics, paper, metal processing, etc. are of Asian origin.

Western colonialists and their secret societies, such as Freemasonry, have learned many secrets from the spiritual treasures of India, China, Egypt, and Sumeria. Their heirs of the New Age learned to quickly borrow, buy or steal eastern discoveries, including the Russian and Slavic scientists’ ones (the periodic table, Lobachevsky’s geometry, Ladygin’s incandescent light bulb, Tesla’s electric motors, Zhukovsky’s plane, Sikorsky’s helicopter, Zvorykin’s television, USSR’s space achievements and much more).

In a word, without the classical heritage of the East and its fundamental technical inventions, the West is nothing! In this paradoxical, at first glance, phenomenon, in fact, everything is natural. After all, eastern civilization is hundreds of thousands of years old, and western civilization is several centuries old.

The United States of America, formed in 1776 from former European colonies on the territory of the autochthonous civilization of the Indians, subjects of the archaic civilization of the red race, became an absolute expression of Western civilization. In their own interests, they use the achievements of the world community, and at the same time contrast themselves to it in the spirit of the bloodthirsty Old Testament.

One state, even such a superpower as the United States, can resist the whole world only with the help of weapons and political pressure. For this role of the world gendarme, the American hawks created a well-designed and extensive system of the New World Order (NMP), led by the aforementioned North Atlantic Treaty Organization (NATO).

This system governs America and its partners through a network of latent, that is, behind-the-scenes organizations, totaling more than 500. The most famous of them are the Bilderberg Club, the Tripartite Commission, the Council on Foreign Relations, the Pilgrims Society, “Skull and Bones”, the Federal Reserve, other Masonic and Zionist organizations. One of the main centers of NWO (New World Order) is located in the UK, or rather, in the City, the financial and business center of London, and others are in New York, Brussels, and Tel Aviv.

Directly or indirectly, thousands of NWO leaders conduct the main brain centers, foundations, banks, the media, universities, all major corporations and political parties in the United States. The influence of this coordinating power of the “world behind the scenes” on international events is obvious. Judge for yourself.

Modern Europe is a protectorate of the USA. NATO bases are located not only in Germany occupied in 1945, but in almost all EU countries. Atlantists surround our mainland with a network of military bases and red flags of local conflicts under the pretext of a hypothetical threat to their national security.

Why is Mongoloid Japan, located in the Pacific Ocean in the Far East, considered a part of «Western civilization»? Because the United States first bombed it, then subjugated it, and finally colonized it. In terms of NATO’s Pacific strategy, the “Land of the Rising Sun” is their western carrier.

Why is Belarus, absolutely European in its racial and cultural origin, considered “anti-Western” and has now become the vanguard of the forces of Eurasia? Because it is a strong ally of Russia and is not economically dependent on the EU.

The United States is particularly afraid of the unification of Europe and Russia, as this will lead to the dissolution of the Atlantic alliance and a sharp weakening of North America’s international position. Therefore, the Yankees and their agents are struggling to drive a wedge between two parts of a single continent, artificially creating a buffer zone — from the Baltic Sea to the Black Sea.

MPPbnzGfU7g.jpg

Pavel Tulaev

It is in this context that one should understand the modern war in Ukraine, which is forcibly drawn into the EU and NATO. In terms of strategy, the NOW is a local conflict in the global scenario. Indeed, by and large, the fundamental contradictions between thalassocracy (America) and tellurocracy (Eurasia) will be resolved not in the trenches of the Ukrainian steppes, but in other spaces: space, information, technology. They are part of the world war for leadership and dominance in key areas of human activity.

Eastern alternative

What can we contrast the conscious strategy of the West to weaken Russia and the split of Eurasia?

In addition to the national Russian doctrine that protects our ethnic and cultural identity, as well as the strategic interests of the indigenous peoples of the Russian Federation, there are several large geopolitical projects supported by relevant ideologies and political programs. The most famous are Eurasian and Slavic. In some ways, they mutually complement each other, in some ways they are opposite.

The essence of Slavophilism is patrimonial logic. The main thing here is the subject with his genetic, racial, religious and social qualities. The ethics of Slavophilism is based on the cult of ancestors. For a pan-Slavist, blood is higher than the soil, since the Slav, be it Russian, Pole, Belorussian, Czech, he remains in Europe, America, Asia and Africa as a Slav, the bearer of his ethno-forming qualities.

Slavs are a large family of peoples. It forms the basis of about two dozen states with a total population of more than 300 million people. Slavs of Russian origin predominantly profess Orthodoxy, preserving for centuries their confessional and linguistic identity, in particular Cyrillic writing.

Eurasianism proceeds from the territorial community of the population of various ethnic and even racial origin. Here, Belarus and Kazakh, Lithuanian and Tatar, Russian and Mongol are equivalent. The fundamental principle of Eurasianism is soil above blood. Eurasians recognize the differences, but do not give them a fundamental character. The racial approach is unacceptable to them. Religious — secondary. For example, an Orthodox Chinese speaking Russian can well be an ideological Eurasian.

The extreme forms of these two ideologies — racial pan-Slavism and continental internationalism — clash in the political struggle. This is due to historical reality, which is much more complicated than simplified schemes.

The ancestors of the Slavs (Wends,Venets), along with the Celts, made up a significant part of the pre-Christian population of Europe. Serbs settled next to them, including on the Baltic coast, where Germany is now.

The primordial Russia of the Varangian era, which included the ethnic elements of the Slavs, Balts, Finns and Ugrians, was also originally a Caucasian race with a significant part of the Nordic blood. As a result of ethnogenesis, expansion and colonization, the Russian people united various Slavic and European tribes related to them.

As the Russian lands expanded south and east, the Slavic-speaking superethnos began to include more and more Asian elements. For example, Don Cossacks combine Slavic-Aryan, Turan and Dinar features.

The Russian Federation today includes more than 190 different ethnic groups. Most of them are of non-Slavic, or rather, not Caucasian origin, although about 80% of the population considers themselves Russian. According to modern genetics, the Great Russians predominantly remain Caucasians, but in large cities and on the outskirts there is a rapid mixing with other racial types.

That is why for Russian people the ideology of Slavophilism is more understandable, while Eurasianism is closer to national minorities. For Tatars and Caucasians, pan-Slavism is as far away as pan-Turkism and pan-Mongolism are for us.

Our choice

What to do in this difficult, very controversial situation? The main thing, in my opinion, is to avoid extremes, i.e. not to bring Slavophilism to a utopia of pan-Slavism and clash with political Eurasianism.

A model is needed that combines the most constructive elements of both ideologies. And only the third idea that goes beyond blood and soil can unite them.

From the point of view of patrimonial logic, it would be advisable to unite Russia and Europe into the strategic block Euro-Russia as the core of a wider continental alliance. After all, the metahistorical role of Russia is not only the connection between East and West. It is the Heart of the Continent, its mystical center, the axis of its historical Destiny.

However, in the current situation, when another armed conflict is unleashed in the center of our continent, in the center of the Slavic world, the implementation of the Euro-Russian project is very difficult. In this regard, it is desirable to create a new Holy Alliance of all forces opposing the deadly aggression of the West.

It is in this direction that the CSTO (Collective Security Treaty Organization) and BRICS (Brazil, Russia, India, China and the Republic of South Africa) develop their strategies, which Iran and Turkey want to join.

As we can see, the anti-Western alternative of the 21st century does not geopolitically repeat the alliance of the three emperors of the 19th century or the Warsaw Pact of the Soviet era. We are witnesses of a new turn of history to the East.

Remember the famous metaphor of how Emperor Peter the Great, with his Westernist reforms, allegedly “cut a window into Europe,” which was in fact the ancestral home of Russia. Compared to him, President Putin is an analogue of Prince Alexander Nevsky, who made the Eastern choice. After all, Asia has always been of great importance for Russia, so it is quite reasonable to turn to face it.

Since the challenge on the part of the United States is global, the answer must be global. All peoples of goodwill, both Nordic and Mardi, both European and Asian, must unite against the ubiquitous gangster, funded by international bankers.

Under these conditions, our common strategy is a peaceful offensive of the forces of Good against the demons of Evil. This is, first of all, the spiritual, Royal Way of self-improvement, where there is a place for every worthy inhabitant of the Earth. Everyone has what to do and what to say.

We are not opposing the Americans or the Anglo-Saxons, but against the deadly Western civilization as such, against the degeneration of people growing under the influence of the West, against the degradation of European culture and the violation of social laws at the national and international level. We are for freedom, for a dignified life, for justice and order. For the right to an original path of development of all peoples, including residents of the Western Hemisphere.

The USA itself needs a “new way of thinking” and a “perestroika”, as the USSR used to be. The revolution in America will help to save it from complete collapse, ruin and humiliation, and, in the end, find a worthy place in a changing world. We know that in the West there are many thinkers and politicians who understand the need for radical changes.

Our ultimate goal is not a struggle for political power and any terrestrial territories, but the birth of a new person, a new race of people, which will be based on the principles of spiritual creativity and the ideals of holiness. The man of the future will transform not only his flesh, but also the world around him.

Only the blind do not see the East again excitingly grow red. «The Golden Eos with purple fingers got up from the darkness». Rejoice, behold, and salute the beautiful Queen Dawn.

Moscow, 2018.

mardi, 14 janvier 2020

Nouvelle édition du livre de Tomislav Sunic intitulé La Croatie : un pays par défaut ?

TScroatie.jpg

Nouvelle édition du livre de Tomislav

Sunic intitulé 

 

La Croatie : un pays par défaut ?

 

Enrichie d’une copieuse introduction de Robert Steuckers nous éclairant sur le parcours et l’œuvre de l’auteur, ce livre incontournable décrit le phénomène de la « soudaineté » dans la notion du politique chez les peuples dépourvus d’États stables.

Tomislav Sunic s’intéresse tout d’abord au cas de la Croatie avant d’élargir sa réflexion et de passer en revue les « fausses identités » qui interviennent dans la construction des nationalismes européens.

Un ouvrage qui vous permettra d’apprendre les linéaments de base de l’histoire complexe de cette zone sud-slave à la lisière des Balkans tout en rebondissant sur les grands thèmes de l’actualité afin de comprendre la genèse des grands maux qui nous frappent depuis plus de 70 ans.

 Pour commander :

http://www.ladiffusiondulore.fr/home/792-la-croatie-un-pays-par-defaut-.html

tsportrait.jpg

mardi, 07 janvier 2020

Pour la troisième voie solidariste

3Vpyr.png

Pour la troisième voie solidariste

par la "Fédération des Québécois de souche"

Le dernier ouvrage de Georges Feltin-Tracol, Pour la troisième voie solidariste, est un ouvrage de fond réunissant divers articles offrant des exemples concrets et réels d’alternatives au faux dilemme du libéralisme versus marxisme. Facile à lire et surtout à comprendre, l’auteur, que nous avions interrogé pour Le Harfang cet été, est un penseur libre qui refuse les étiquettes et cherche réellement une voie tierce nous permettant de se sortir du marasme actuel.

Car il faut le dire, le marxisme a échoué – personne ne le niera – et le libéralisme est également en faillite, comme nous le prouve constamment l’actualité économique. Endettement, délocalisations, crises à répétition, effritement des classes moyennes, voilà le bilan sombre du régime où nous sommes, qui ne risque pas de se réformer tout seul avec l’arrivée de la robotisation et de l’automatisation à grande échelle. En fait, loin de s’humaniser, le libéralisme s’est transformé en néo-libéralisme mondialiste, véritable rouleau compresseur des peuples.

Plus que jamais, non seulement une troisième voie est possible, mais elle est nécessaire à notre survie en tant que peuple, en tant que nation et même en tant qu’individus.

Alors, quelle voie emprunter?

Tony Blair, l’ancien Premier ministre britannique, conscient de l’échec des deux grandes idéologies se revendiqua lui-même d’une troisième voie, « au-delà de la droite et de la gauche ». Emmanuel Macron fit de même et osa même se revendiquer d’un certain solidarisme, un terme qui n’a certes pas le même sens dans sa bouche que dans la nôtre. Face à cette tentative de cooptation d’une troisième voie éventuelle, Feltin-Tracol dresse quelques impondérables, quelques éléments d’une véritable troisième voie.

Au niveau macro-économique, donc de la nation, les principes qui doivent être adoptés sont les suivants :

1 – libre marché dans certains domaines,

2 – contrôle étatique dans les domaines d’intérêt général,

3 – formations de coopératives, de mutuelles et autres entreprises de co-gestion ou de co-propriété.

Au niveau micro-économique, donc de l’entreprise, c’est la gestion organique, inspirée notamment des idées de Hyacinthe Dubreuil, qui doit primer. Les travailleurs doivent participer à l’avancement de l’entreprise et en recevoir les justes bénéfices. C’est donc une voie tierce, qui existe sous différents modèles qui refuse l’exploitation des travailleurs par le patronat, comme sous le modèle capitaliste, ou à l’inverse l’opposition entre les travailleurs et le patronat, comme préconisée par le marxisme. Une troisième voie se doit de favoriser la concorde, la bonne entente.

Les exemples concrets de ce genre de gestion foisonnent. Nombreux sont les modèles tercéristes qui furent mis en place au sein d’entreprises pour améliorer le rendement, mais pour également donner un sens au travail des employés qui deviennent de véritables partenaires ou associés, et pas dans le sens que Wal Mart donne à ce terme. Pensons à la vision des gaullistes de gauche qui mettaient de l’avant un partenariat capital-travail ou à celle du Front national historique prédatant son « renouveau libéral » ou encore à l’ergonisme de Jacob Sher ou bien à celle de la Doctrine sociale de l’Église ou du corporatisme catholique de René de la Tour du Pin… les alternatives sont légion !

La première troisième voie qui apparut, historiquement parlant, fut le socialisme. Ceux s’en revendiquant, après la Révolution, voulurent faire en sorte que les droits politiques se doublent de droits économiques. Ni de droite royaliste, bien que la droite royaliste avait à cœur les avancées sociales comme le démontra Maurras qui parlait de l’Ancien Régime comme un État « hiérarchique, socialiste et communautaire », ni de gauche bourgeoise, cette dernière étant souvent la classe exploitant les travailleurs, des socialistes comme Louis-Auguste Blanqui, Pierre-Joseph Proudhon, puis plus tard Georges Sorel, Raoul Roy et Jean Mabire, esquissèrent le schéma d’une société plus juste et équitable. Ces noms, la gauche n’ose pas s’y référer tant ils ont peu de lien avec le programme qu’ils mettent désormais de l’avant et d’ailleurs, comme l’ont bien démontré Jean-Claude Michéa et Thibault Isabel, ces socialistes n’étaient pas « de gauche ». Pourtant, si le socialisme représente une alternative réelle, Feltin-Tracol ne préconise pas l’emploi de ce terme, galvaudé par la gauche et vidé de son sens. Mieux vaut se chercher une autre étiquette que de se coller à celle revendiquée par un François Hollande et un Bernard-Henri Lévy.

GFT-TV-210x300.jpg« Pour une évidente clarté sémantique, écrit-il, il serait préférable de laisser au Flamby normal, à l’exquise Najat Vallaud-Belkacem et aux morts vivants du siège vendu, rue de Solférino, ce mot de socialiste et d’en trouver un autre plus pertinent. Sachant que travaillisme risquerait de susciter les mêmes confusions lexicales, les termes de solidarisme ou, pourquoi pas, celui de justicialisme, directement venu de l’Argentine péronisme, seraient bien plus appropriés. »

À la recherche d’une troisième voix effective, l’auteur nous replonge d’abord dans la vision tercériste promue par Christian Bouchet, puis dans le solidarisme de Jean-Gilles Malliarkis et Jean-Pierre Stirbois, repris depuis quelques années et remis au goût du jour par Serge Ayoub. En fait, le solidarisme est né au XIXe siècle avec le radical Léon Bourgeois et de là se répandit tant en Belgique, qu’en Allemagne et en Russie où on le représentera avec le trident, symbole toujours employé par les solidaristes. En Russie, il connut ses heures de gloire sous le sigle NTS, qui représentait ces solidaristes opposés activement au régime soviétique. Notons que le terme « solidarisme » n’a aucun, absolument aucun, lien avec Québec solidaire qui allie marxisme économique et culturel dans une ambiance post-soixante-huitarde. Le solidarisme tel qu’envisagé par ses défenseurs et théoriciens n’est pas qu’un système économique et représente une réelle alternative aux démocraties libérales.

Pour l’auteur, comme pour les activistes se réclamant aujourd’hui du solidarisme, cette vision du monde s’ancre dans le réel, dans les peuples avec leurs identités propres et de ce fait refuse toute homogénéisation ou folklorisation tels que promues par le libéralisme et même le marxisme. L’identité des régions, des cultures doit être préservée pour que puisse s’articuler une véritable solidarité des peuples. Ce n’est qu’en étant Breton que l’on peu se faire le compagnon de lutte du Québécois. De même qu’un Irlandais fier de ses origines sera à plus à même de comprendre la réalité d’un Corse.

Notons d’ailleurs un fait qu’on ne peut passer sous silence, soit l’intérêt de Feltin-Tracol pour notre Amérique à nous, celle du lys. Il écrit ainsi que le solidarisme doit « soutenir la lutte méconnue des peuples d’ethnie française en Amérique et en Europe (Québécois, Acadiens, Cajuns, Francos, Métis de l’Ouest canadien, Valdôtiens, Wallons, Jurassiens…).

La francité est plus que jamais ce cercle d’appartenance manquant entre la France et une francophonie un peu trop mondialiste. » De savoir que nous ne sommes pas oubliés de nos cousins français fait chaud au cœur.

L’étude de Feltin-Tracol ne se limite pas au solidarisme et l’auteur nous invite à nous plonger dans l’étude du péronisme, du justicialisme argentin, émulé d’une certaine façon par le général Guillermo Rodriguez Lara en Équateur et par une multitude de mouvements d’Amérique latine. L’exhortation d’un Paul Bouchard et des frères O’Leary à nous intéresser à l’expérience de nos frères latins d’Amérique prend ici tout son sens. L’expérience argentine ne démontre-t-elle pas qu’entre le libéralisme et la gauche marxiste peut exister un courant réellement patriote et social?

Le Libyen Mouhamar Kadhafi instaura lui aussi un régime préconisant une voie tierce, affirmant que « capitalisme et marxisme sont les deux faces d’une même réalité ». Il instaura ainsi une gestion participative du travail, les usines étant cogérées par les patrons et les employés. Plusieurs exemples dans le même genre, notamment celui du Libanais Pierre Gemayel, du parti arabe Baas, cofondé par le chrétien orthodoxe Michel Aflak, nous rappellent que si les systèmes de troisième voie sont moins communs que ceux se revendiquant du libéralisme ou du marxisme, ils ne sont pas, loin s’en faut, une utopie irréalisable.

Il souligne aussi le militantisme de fait réalisé par le Bastion social, qui fut interdit depuis, mais qui inspira de nombreuses autres initiatives, dont ici au Québec avec les œuvres pour les démunis réalisées tant par Storm Alliance que par Atalante. Cet activisme mettant en place des organismes solidaires est loin d’être une opération de communication, le social a toujours fait partie des priorités des identitaires. Les problèmes sociaux sont une urgence à laquelle il faut répondre non par des théories ou des slogans, mais par des actions concrètes. Ces actes forment la base de futurs contre-pouvoirs, d’une contre-société s’élevant en marge du système actuel. L’implication sociale n’est pas un correctif apporté pour lutter contre les abus de la société libérale, mais une partie prenante du projet de société.

Ce livre devrait être lu par tous les chefs de PME, mais aussi par les politiciens qui nous gouvernent et qui trop souvent manquent d’originalité, emboîtant automatiquement le pas à leurs prédécesseurs sans jamais ne remettre en question leurs principes. Les exemples mis de l’avant par Feltin-Tracol ne sont ni irréalisables, ni utopiques, il faut seulement accepter de regarder ailleurs et de penser en dehors du cadre rigide que l’habitude et l’inertie nous ont imposé. Au fond, « les positions tercéristes ne sont finalement que des positions de bon sens, une adhésion au bien commun de la civilisation européenne. La troisième voie est au fond l’autre nom de la concorde organique ».

FQS

• Georges Feltin-Tracol, Pour la troisième voie solidariste. Un autre regard sur la question sociale, Les Bouquins de Synthèse nationale, coll. « Idées », 2018, 170 p., 20 €.

• D’abord mis en ligne sur Fédération des Québécois de souche, le 8 décembre 2019.

samedi, 09 novembre 2019

Souvenirs et réflexion à l’occasion du trentième anniversaire de la chute du Mur de Berlin

berlin911.jpg

Souvenirs et réflexion à l’occasion du trentième anniversaire de la chute du Mur de Berlin

par Robert Steuckers

Le 9 novembre 1989, j’étais chez moi et je travaillais paisiblement dans mon bureau de traducteur. En fin d’après-midi, je devais me rendre à Bonn pour prononcer une conférence sur la notion de métapolitique pour les jeunes gens et les jeunes filles du mouvement de jeunesse Freibund. La problématique, qu’il s’agissait d’expliciter, était la suivante : une métapolitique, telle que l’avait conçue et formulée le communiste historique Antonio Gramsci, était-elle encore possible à la fin des années 1980, à une époque où les partis communistes ou les autres formations totalitaires n’exerçaient plus aucune attractivité ? Une métapolitique adaptée aux temps présents devait, à mes yeux, se développer selon les stratégies métapolitiques et éditoriales mises au point par l’éditeur Eugen Diederichs en 1896. Diederichs voulait humaniser la religion, le socialisme et la politique en général, les articuler sur un mode plus flexible, tant et si bien que les concepts qui s’étaient figés au fil du temps pouvaient redevenir vivants et fluides. La politique devait alors toujours demeurer « life friendly », moulée sur les ressorts vitaux, et ainsi être véritablement organique, dans la mesure où ses nouvelles sources d’inspiration devaient recourir aux traditions vivantes de tous les peuples, à la mystique rhénane/flamande née en nos régions au cours des décennies d’or de notre moyen-âge, devaient emprunter les voies alternatives d’un socialisme solidariste et communautaire, etc.

Tandis que j’essayais de présenter ces faits d’histoire culturelle et ces arguments spirituels (propres aux aspirations de Diederichs) sur un mode didactique qui seyait à un public très jeune, j’entendis tout d’un coup que le Mur était tombé, que les Vopos avaient ouvert des brèches dans cette effroyable barrière et que, en masse, les Berlinois de l’Est traversaient l’abominable mais défunte ligne de démarcation. Dix minutes plus tard, le téléphone a sonné : c’était l’un des jeunes du Freibund, dans un état de joie et de surexcitation, qui m’appelait pour me dire que le public que l’on avait mobilisé pour ma conférence en fin de journée avait bien naturellement décidé de partir immédiatement à Berlin pour être tout simplement présent en ce moment historique tant attendu par tous les Allemands. Dieu que j’aurais aimé les accompagner, Dieu que je regrettais de ne pas être parti plus tôt dans la journée pour arriver vers midi à Bonn et pouvoir me rendre dans la capitale allemande avec les jeunes du Freibund ! Pire : sans que je ne le susse, mon voisin, beau-fils de Georges Désir, ponte du FDF, qui ne parlait pas un mot d’allemand et qui, très vraisemblablement, ignorait les tenants et aboutissants de l’histoire allemande d’après 1945, avait sauté dans sa voiture avec quelques copains pour foncer vers Berlin, afin d’exprimer sa solidarité avec les Allemands !

wallfall.jpg

La division de l’Europe venait de prendre fin. Il était enfin possible d’espérer qu’allait devenir réalité cette Europe Totale théorisée par l’ancien ministre belge et chrétien-démocrate des affaires étrangères, Pierre Harmel, critique pertinent mais tranquille, de la Doctrine Hallstein, rabiquement pro-occidentale et, à ce titre, instrument de la division fatidique. Les années 1990 et les deux premières décennies du 21ème siècle n’ont pas réalisé le vœu très profond qui nous animait alors. Au lieu de se développer en toute indépendance, l’Europe s’est étiolée, pour devenir, en bout de course, ce qu’elle est aujourd’hui : un grand espace pourri par la décadence, vidé spirituellement, mentalement délirant et, à coup sûr, dépourvu de toute souveraineté car c’est toujours Washington qui mène la danse.

***

berlinmauer.jpg

Berlin n’était pas une ville inconnue pour moi: je m’y étais rendu en 1977 à l’occasion d’un voyage patronné par le DAAD (*). Le Mur était là, à l’époque, dans toute son horreur. Au lieu de passage vers Berlin-Est pour les non-Allemands, le Checkpoint Charlie, une très vilaine gradée de la Volkspolizei communiste, horribles lunettes noires sur le pif et coiffée à la Duguesclin, avait fait passer des miroirs sous notre autocar. Un Vopo avait regardé, soupçonneux, par-dessus mon épaule, au moment où je payais un exemplaire de l’Anti-Dühring de Marx.

 

oesch.jpgSur le Kurfürstendamm, des étudiants iraniens manifestaient contre le Shah. Dans une librairie, je m’étais procuré un exemplaire du fameux livre d’Otto-Ernst Schüddekopf sur le national-bolchevisme de l’époque de la République de Weimar, un témoignage incontournable ; un quart d’heure plus tard, je m’attable à une terrasse pour compulser mes nouveaux bouquins. Je suis assis à une table collective et une dame âgée, souriante, arrive et me dit avec toute la gouaille berlinoise : « Bonjour jeune homme, accepteriez-vous qu’une vieille tarte (« eine alte Klatschtante ») comme moi s’assoie en face de vous ? ». Elle était d’une sombre élégance, coiffée d’un chapeau à la tyrolienne orné d’une superbe plume noire. Nous entamons une conversation et je vois qu’un sourire approbateur se dessine sur son visage jovial quand elle voit le type de littérature historique que je m’étais choisi. Elle a voulu me payer les bouquins. Et elle insistait. Confus, je décline son offre. Elle se lève me salue et laisse 30 marks sur la table. Je veux les lui rendre, elle s’éclipse en me lançant un « Ach, Quatsch ! » chaleureux… A Berlin-Est, je vois circuler de belles automobiles tchèques, à l’esthétique vintage, des Tatra. Sur la Place de la Gendarmerie, en ruine, des arbres avaient poussé sur les marches des deux églises, l’allemande et la huguenote.

gendarmenmarkt.jpg

truppenabzug.jpg

Je revins à Berlin seulement en janvier 1993. Le Mur n’était plus là. Les troupes soviétiques pliaient bagage. A Potsdam, je vécus une scène qui est restée profondément ancrée dans la mémoire. Il neigeait et le froid était glacial. Sans vouloir être grivois, j’étais debout face à une « Pinkelrinne », une pissotière d’ancien modèle, datant sûrement de l’époque wilhelminienne ; à hauteur de mes yeux, il y avait une longue fenêtre par laquelle on pouvait voir le trafic sur la chaussée. Brusquement, venu du fond très nébuleux du paysage, déboula à vitesse réduite un énorme camion militaire soviétique sous une neige drue. Les soldats étaient en tenue d’hiver, avec de beaux et longs manteaux gris et, sur la tête, les fameuses chapkas frappées de l’étoile rouge. Le véhicule était bourré de biens de consommation occidentaux, des machines à laver et des frigidaires. Les officiers avaient « réalisé » leur solde, s’étaient débarrassé d’un papier-monnaie sans valeur. Ils retournaient dans leur mystérieux empire des steppes : c’est ainsi que j’ai pu observer le départ des derniers soldats soviétiques de Postdam.

potsdamerplatz.jpg

Plus tard, je me rendis encore à Berlin  à la Toussaint 2002 et à l’automne 2004 : la Potsdamer Platz avait quasiment trouvé sa configuration actuelle mais n’était pas encore achevée. L’hyper-modernité à l’américaine s’était affirmée sur le terrain le plus sinistre du vieux mur disparu. Les temps avaient certes changé mais ni les Allemands ni les autres Européens ne disposaient encore d’une véritable souveraineté. Mais que découvrirai-je aujourd’hui dans le nouveau Berlin si j’y revenais, dans cette antique capitale prussienne ?

Forest-Flotzenberg, 8 novembre 1989, à la vieille du 30ème anniversaire de la chute du Mur.

mardi, 22 octobre 2019

Hans-Dietrich Sander †

sander_interludium-1024x576.jpg

Hans-Dietrich Sander †

Ex: http://www.neue-ordnung.at

Hans-Dietrich Sander, Brecht-Schüler, Autor so wirkmächtiger Bücher wie „Der Nationale Imperativ“ und „Die Auflösung aller Dinge“ sowie Herausgeber der Zeitschrift Staatsbriefe, ist in der Nacht vom 24. auf dem 25. Jänner 2017 im Alter von 88 Jahren verstorben. Wie kaum ein anderer Publizist hat sich Sander, vor allem in den Staatsbriefen, für eine Wiederbelebung der ghibellinischen Reichsidee eingesetzt, die Deutschland eine zentrale Rolle im europäischen Staatenverbund zuweist. Den Rang, den Sander im intellektuellen Diskurs der Bundesrepublik über lange Zeit hinweg einnahm, hat unter anderem der 2005 verstorbene SPD-Politiker Peter Glotz in folgende bezeichnende Worte gefaßt: „Was verhütet werden muß“, so Glotz 1989, sei, daß Sanders „stilisierte Einsamkeit, diese Kleistsche Radikalität wieder Anhänger findet. Schon ein paar Tausend wären zu viel für die zivile parlamentarische Bundesrepublik“. Zuletzt war Sander unter anderem für die Neue Ordnung tätig, für die er als ständiger Autor scharfe Analysen über das politische System der Bundesrepublik beisteuerte. Sander hat es weder sich noch anderen leichtgemacht; wohl ein Grund, warum Armin Mohler ihn als „unbequemsten Vertreter der Neuen Rechten“ einstufte.


1928 in einem kleinen mecklenburgischen Dorf geboren, durchlebte Sander den Zweiten Weltkrieg, den er vor allem in Form von Luftangriffen kennenlernte, als Marinehelfer. Den Anklagen, die nach Kriegsende gegen die Deutschen erhoben wurden, stand der von Anfang an skeptisch gegenüber. Er verstand sich, wie er einmal schrieb, als „Reichsdeutscher, der in der Stunde Null nur angeritzt wurde“. Nach dem Krieg studierte Sander 1948/49 Theologie an einer kirchlichen Hochschule und von 1949 bis 1952 Theaterwissenschaften, Germanistik und Philosophie an der Freien Universität in Westberlin. Der Einfluß von Bertold Brecht dürften für Sanders kurzes Engagement für den Kommunismus verantwortlich gewesen sein. 1952 übersiedelte er nach Ostberlin. Dort war er bis 1956 als Dramaturg und Theaterkritiker tätig. Schon bald aber brach Sander mit dem kommunistischen System und siedelte 1957 zurück in die BRD, wo er von 1958–1962, gefördert von Hans Zehrer – von 1929–1933 Herausgeber der Monatszeitschrift Die Tat, dem einflußreichsten Organ der Jungkonservativen –, als Journalist und Literaturkritiker bei der Tageszeitung Die Welt tätig war.


sanderLA.jpg1969 promovierte Sander bei Hans-Joachim Schoeps in Erlangen zum Dr. phil. Der Titel seiner Promotionsschrift lautete „Marxistische Ideologie und allgemeine Kunsttheorie“; Sander setzte sich hier insbesondere mit der Kunstkonzeption von Marx und Engels auseinander. Es war wohl insbesondere der Einfluß des Staatsrechtlers Carl Schmitt, mit dem er bis 1981 brieflich in Kontakt stand, der ihn in dieser Zeit mehr und mehr zu rechtskonservativen Auffassungen tendieren ließ. Von 1964–1974 arbeitete er für das Deutschland-Archiv. In dieser Zeit gestaltete er gelegentlich auch Rundfunkfeuilletons für öffentlich-rechtliche Sender. Sanders „Geschichte der Schönen Literatur in der DDR“ (1972) löste eine heftige Kampagne aus, in deren Folge der Verlag das Buch aus dem Vertrieb zog. Sander verlor nun zunehmend an publizistischem Spielraum. Alternativen fand er unter anderem bei Caspar von Schrenck-Notzings Zeitschrift Criticón.


1980 erschien aus Sanders Feder ein Buch, mit dem er seinen Rang als exponierten Intellektuellen der Neuen Rechten nachhaltig unterstrich, nämlich „Der nationale Imperativ – Ideengänge und Werkstücke zur Wiederherstellung Deutschlands“. Zu diesem „Imperativ“ gehörte aus seiner Sicht auch die Rückgewinnung der ostdeutschen wie der deutsch-österreichischen Gebiete, soll es zu einer Wiederherstellung des Deutschen Reiches kommen. 1991 stellte Sander in einem Beitrag für die Staatsbriefe („Das Reich als politische Einheit der Deutschen“) ultimativ fest: „Die Deutschen brauchen das Reich. Europa braucht das Reich. Die Welt braucht das Reich … Reich oder Chaos! Tertium non datur.“


Von 1983–1986 war Sander dann als Chefredakteur der Deutschen Monatshefte tätig und von 1986–88 Mitarbeiter bei Nation und Europa. 1988 publizierte er ein Buch, das immer wieder als sein Hauptwerk charakterisiert wird, nämlich „Die Auflösung aller Dinge – Zur geschichtlichen Lage des Judentums in den Metamorphosen der Moderne“, das als erstes Buch nach 1945 den „Rubikon“ – wie es Jürgen Habermas einmal formulierte – einer kritischen Neusichtung der „deutsch-jüdischen Frage“ „unter dem Gesichtspunkt der politischen Eschatologie“ überschritt. Sander definierte hier unter anderem den Begriff der „Entortung“ als zentrales Kennzeichen der Auflösungsprozesse der Moderne. Von bleibender Bedeutung sind auch die darin enthaltenen „Thesen zum Dritten Reich“.


1990 erfolgte schließlich die Gründung die Zeitschrift Staatsbriefe, die er elf Jahre, bis 2001, herausgab. Die Staatsbriefe, die sich auch als eine Art Pendant zur Tat von Hans Zehrer begriffen, wollten im Dienste einer „Renaissance des nationalen Denkens“ stehen. Als Emblem diente der Grundriß des Castel del Monte, erbaut in der Zeit jenes Stauferkaisers, der für Sander eine Art Leitfigur der ghibellinischen Reichsidee darstellte: Friedrich II. Dieser verkörpere „den deutschen Reichsgedanken“ „in maximaler Reinheit“. Zu den Mitarbeitern der ersten Stunde zählten unter anderem Armin Mohler, Günter Zehm, Hans-Joachim Arndt, Günter Maschke Robert Hepp und Salcia Landmann. Die Hoffnungen, die Sander mit den Staatsbriefen verknüpfte, ließen sich indes nicht einlösen. Die Staatsbriefe blieben letztlich eine randständige Publikation; zudem verließen etliche renommierte Autoren nach und nach die Zeitschrift.


sander3.jpgSander hat nie einen Hehl daraus gemacht, daß er die Bundesrepublik für nicht reformierbar hielt. Beide deutsche Staaten seien unter Kuratel der Besatzer entstanden, was unter anderem für eine Negativauslese im Hinblick auf die Eliten gesorgt habe. Dennoch sei nichts verloren: Die Deutschen bräuchten „sich nur innerlich aufzuraffen“, so Sander im „Nationalen Imperativ“, „um sich der brüchigen alten Zustände der Innen- und Außenpolitik zu entledigen, wieder auf die überlieferten, immer noch wirkenden Tugenden zu setzen und neue Formen und Ziele zu wagen, die in Richtung auf einen neuen Machtstaat, eine neue Großmacht drängen, die den Nachbarn durchaus zuzumuten wäre, weil durch nichts sonst das schutzbedürftige Europa noch gerettet werden kann.“ Diese Sätze können, in einer Zeit, in der Europa durch die Auswirkungen der „Flüchtlingskrise“ schutzbedürftiger denn je ist, durchaus als Vermächtnis Sanders nicht nur an die Deutschen gelesen werden.
MWH

Literaturempfehlungen

Hans-Dietrich Sander: „Der ghibellinische Kuß“, Band 1/10 der Gesamtausgabe, herausgegeben von Heiko Luge, Arnshaugk Verlag, Neustadt an der Orla 2016, 208 S., geb., 22 Euro
Hans-Dietrich Sander: Politik und Polis, Band 2/10 der Gesamtausgabe, herausgegeben von Heiko Luge, Arnshaugk Verlag, Neustadt an der Orla 2016, 271 S., geb., 26 Euro
Sebastian Maaß: „Im Banne der Reichsrenaissance“: Gespräch mit Hans-Dietrich Sander, Regin Verlag, Kiel 2011, 128 S., brosch., 14,95 Euro
Heiko Luge (Hg.): Grenzgänge. Liber amicorum für den nationalen Dissidenten Hans-Dietrich Sander, ARES Verlag, Graz 2008, 352 S., geb. 29,90 Euro

samedi, 12 octobre 2019

Robert Steuckers - L'Europe, une multitude de défis!

RS-Genevemars19.jpg

Robert Steuckers - L'Europe, une multitude de défis!
 
 
Conférence en trois parties organisée par Résistance Helvétique en mars 2019.
 

mardi, 28 mai 2019

Georges Feltin-Tracol: À quoi bon l’Union européenne ?

gft-geneve.png

À quoi bon l’Union européenne ?

par Georges FELTIN-TRACOL

Chers Camarades, Chers Amis,

Dans un mois, le dimanche 26 mai, plus de quatre cents millions d’électeurs sont conviés à élire leurs 705 représentants au Parlement européen pour la neuvième fois depuis 1979. Inscrite dans le traité de 1951 fondant la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier), l’élection au suffrage universel direct d’une assemblée parlementaire supranationale ne se réalise qu’après la ferme insistance du président français Valéry Giscard d’Estaing auprès des huit autres gouvernements de la Communauté économique européenne (CEE).

Renouvelé tous les cinq ans, le Parlement européen symbolise bien ce que peut être l’Union dite européenne élaborée au fil d’une longue série de traités, à savoir un OVNI politique. Existe-t-il beaucoup d’assemblées dans le monde qui détiennent deux sièges, l’un à Bruxelles et l’autre à Strasbourg où s’organise une session hebdomadaire mensuelle ? Connaît-on ailleurs une assemblée dont les membres sont élus sur des modalités électorales variables selon les États membres ? Certes, depuis le traité d’Amsterdam de 1997, la proportionnelle est obligatoire, contraignant le Royaume-Uni à abandonner pour la circonstance le scrutin majoritaire uninominal à un tour. Mais bien des distorsions demeurent. Le 26 mai prochain, les Français choisiront une liste nationale comme ce fut le cas entre 1979 et 1999. De 2004 à 2014, l’Hexagone se divisait en circonscriptions plurirégionales sans aucune cohérence, à part pour la plus peuplée d’entre elles, l’Île-de-France. La région Rhône-Alpes était ainsi associée à Provence – Alpes – Côte d’Azur et à la Corse. Quant à l’Auvergne, elle intégrait le Limousin et la région Centre – Val-de-Loire.

S’y ajoutent d’autres critères différents. Pour avoir des élus, une liste française doit franchir le seuil de 5 % des suffrages exprimés. En Allemagne, ce seuil présent aux élections législatives et régionales n’est pas requis, ce qui a permis l’élection entre autres d’Udo Voigt pour le NPD. Quant aux candidatures, elles varient aussi. La parité hommes – femmes obligatoire (et discriminante pour les transsexuels !) ne concerne que la France et la Belgique. La présentation de candidats étrangers citoyens d’un autre État membre de l’Union supposée européenne est possible en France depuis le traité de Maastricht de 1992 à la condition d’y résider depuis au moins six mois. Dès la fin des années 1980, l’Italie autorisait les « étrangers proches » de figurer sur des listes sans obligatoirement y vivre. Ainsi, le professeur français de droit constitutionnel Maurice Duverger fut-il député européen du Parti communiste italien de 1989 à 1994, lui qui milita dans sa jeunesse au Parti populaire français de Jacques Doriot…

Depuis quarante ans, les conservateurs démocrates-chrétiens du PPE (Parti populaire européen) et les socialistes dirigent le Parlement européen avec l’appoint souvent négligeable des centristes et libéraux ainsi que, de temps en temps, du groupe des Verts et des régionalistes progressistes – multiculturalistes. Institution multinationale dont la présidence ne dure que deux ans et demi du fait d’un compromis sur sa rotation entre conservateurs et sociaux-démocrates, les groupes doivent respecter deux conditions draconiennes : un minimum de 27 membres appartenant à au moins sept nationalités. Ces règles expliquent la formation tardive du groupe Europe des libertés et des nations qui compte le Rassemblement national. Lors des précédentes mandatures, les députés frontistes ont toujours eu des difficultés pour former un groupe. En 1984, le groupe des Droites européennes présidé par Jean-Marie Le Pen réunissait les Italiens du MSI, un unioniste d’Ulster ainsi qu’un nationaliste grec. En 1989, le groupe devint technique en raison du profond désaccord entre les Republikaners allemands et le MSI à propos du Tyrol du Sud – Trentin – Haut-Adige. À partir de 1994, les députés frontistes siégeaient parmi les non-inscrits, c’est-à-dire sans aucun capacité d’influer sur les débats. En 2007, le frontiste Bruno Gollnisch préside le groupe Identité – Tradition – Souveraineté avant que ITS n’explose quelques mois plus tard après les déclarations tonitruantes d’Alessandra Mussolini, la petite-fille du Duce, qui accusait les Roumains (elle visait en fait les Roms) d’être à l’origine de la délinquance en Italie n’entraînent le départ des six élus du Parti de la Grande Roumanie. Entre 1999 et 2001, Jean-Marie Le Pen avait conclu avec l’Italienne progressiste cosmopolite Emma Bonino un accord pour former un groupe commun (avec le Vlaams Blok, la Ligue du Nord et un député néo-fasciste), le Groupe technique des indépendants. Or ce groupe fut dissous, victime de l’hostilité des autres groupes parlementaires et d’une décision inique de la Cour de justice de l’Union européenne qui estimait incompatibles les sensibilités représentées par le FN et le Parti radical transnational de Marco Pannella, vieil ami de Jean-Marie Le Pen.

ubu.pngLes méthodes de travail du Parlement dit européen s’approchent de la gouvernance du roi Ubu. Outre le rôle majeur, reconnu et officiel des groupes d’influence et/ou de pression (les lobbies), le Parlement de Bruxelles – Strasbourg exerce une co-décision avec la Commission européenne. Il peut même la renverser comme ce fut le cas en 1999 avec la Commission du trilatéraliste luxembourgeois Jacques Santer. En pratique, les parlementaires votent à la chaîne des directives et n’en débattent qu’une fois le scrutin clos. Cette originalité fonctionnelle confirme l’incongruité permanente que s’assigne ce Parlement fictif qui décerne chaque année un prix Sakharov (et non Alexandre Soljenitsyne !) à un quelconque « dissident » quelque part dans le monde entier. Le parlementaire européen se voit en paragon moral et bienfaisant de la planète entière. Il se détourne en revanche du sort des véritables dissidents de l’Occident, à savoir l’Australien Julian Assange, l’Étatsunien Edward Snowden, l’Allemand Horst Mahler, le Breton Boris Le Lay ou les Français Dieudonné, Alain Soral, Vincent Reynouard et Hervé Ryssen, tous persécutés, harcelés, condamnés, voire emprisonnés, pour « crimes » d’opinion.

Au contraire des Allemands et des Britanniques qui noyautent ou ont colonisé les instances de l’UE, les partis politiques français préfèrent y expédier les vaincus des dernières élections, les maîtresses (ou amants) des dirigeants et tous ceux susceptibles de contester l’autorité du chef. En 1979, Jacques Chirac met en position éligible l’ancien Premier ministre et très anti-européen Michel Debré afin de le dévaloriser. Deux ans plus tard, Debré se présente à la présidentielle contre Chirac et ne recueille que 1,66 %.

Le Parlement européen reflète bien ce qu’est l’Union appelée européenne. Celle-ci naît avec le traité de Maastricht et s’adosse aux Communautés européennes du charbon et de l’acier, disparue en 2002, du Marché commun et de l’énergie atomique. Cette union dite européenne établit une citoyenneté européenne supplémentaire à la citoyenneté étatique. Les résidents italiens, portugais, espagnols en France peuvent voter aux élections municipales et européennes, et siéger dans les conseils municipaux. Mais le droit français leur interdit la fonction de maire qui peut parrainer un candidat aux présidentielles et qui participe à l’élection des sénateurs. Hors de France, ces restrictions n’existent pas. L’ancien Premier ministre socialiste français, Manuel Valls, est candidat à la mairie de Barcelone, sa ville natale.

Les souverainistes et autres stato-nationalistes s’horrifient de la participation possible de ces « citoyens européens étrangers » à certains scrutins. À tort ! Nonobstant une personnalité abjecte, Manuel Valls maire de la principale ville catalane rappellerait une pratique habituelle du Moyen Âge et des Temps modernes. Confrontées à des guerres civiles larvées, les communes italiennes recouraient souvent à des podestats extérieurs afin d’être administrées. Terres impériales par excellence, l’Espagne et la Catalogne renoueraient pour l’occasion avec les gouverneurs – officiers de l’Empereur-Roi Charles venus des Pays Bas, de Rhénanie, de Franche-Comté et d’Italie. « Nicolas Perrenot de Granvelle, issu d’une modeste lignée roturière de forgerons comtois, sera le Chancelier de l’Empereur, écrit Robert Steuckers. […] Le recrutement de nobles flamands ou wallons pour l’armée espagnole cessera en 1823 seulement, quand l’argent des mines d’Amérique ne parviendra plus en abondance dans la métropole après l’indépendance des nations créoles. L’Artésien, natif d’Arras, Charles Bonaventure de Longueval, comte de Bucquoy, commandera des tercios espagnols comme des régiments impériaux dans les guerres terribles des deux premières décennies du XVIIe. Henry et John O’Neill commanderont les troupes recrutées dans la Verte Eirinn (1). »

erasmus.pngLe programme Erasmus facilite la formation des étudiants dans d’autres universités européennes. Il stimule un indéniable esprit européen à l’instar de leurs très lointains prédécesseurs qui traversaient toute la Chrétienté médiévale. Il incite à la formation de familles inter-européennes. En 2002, Cédric Klapisch réalisa L’Auberge espagnole, un film bobo autour du quotidien et de la vie sentimentale à Barcelone d’un Italien, d’une Anglaise, d’un Danois, d’un Allemand, d’un Français et d’une Belge. Derrière sa miéverie, ce film relança l’engouement des jeunes Français pour cet excellent programme universitaire. La citoyenneté européenne et Erasmus constituent deux exemples tangibles qui font avancer l’idée européenne de quelques centimètres. Il reste néanmoins plus d’un millier de kilomètres à parcourir !

Les adversaires de l’UE l’accusent de broyer les États-nations et de les fondre dans un machin supranationale. Or son architecture institutionnelle est un savant, subtil et complexe mélange entre la coopération intergouvernementale et un fédéralisme embryonnaire. En acceptant de nouveaux membres, l’Union a dû entériner des compromis qui en font un ensemble politique flou à la plasticité surprenante. Certains membres de l’UE (le Royaume-Uni, l’Irlande, la Roumanie, la Bulgarie) n’appartiennent pas à l’Espace Schengen tandis que d’autres, hors Union européenne, comme la Confédération helvétique, le Liechtenstein, la Norvège et l’Islande en font partie. Des États signataires de Schengen tels le Danemark, le Suède, la Pologne, la Tchéquie et la Hongrie n’utilise pas l’euro, à la différence de l’Irlande. On oublie aussi que l’euro a cours de manière officielle en Andorre, à Monaco, dans la République de San Marin et dans la Cité du Vatican. La monnaie européenne est enfin de facto la monnaie officielle du Kossovo et du Monténégro.

Exempté de l’euro et de Schengen, le Royaume-Uni a eu toutes les raisons d’adopter le Brexit, sauf que sa clique politicienne anti-Brexit fait tout pour contourner les 52 % en faveur du Leave. L’incompétence crasse de Theresa May et les gesticulations stériles d’un Parlement incapable de prendre la moindre décision enlisent des négociations au point que les électeurs britanniques participeront certainement aux élections européennes à venir alors que 46 sièges britanniques ont été enlevés et les 27 restants redistribués à d’autres États dont la France afin d’assurer une meilleure représentativité démographique. Si en 1990 – 1991 les indépendantistes baltes avaient agi de la sorte, l’URSS existerait toujours, ce qui aurait été probablement un atout pour la construction politique de l’Europe. « Le mur de Berlin est-il tombé trop tôt ? La question joue de cynisme, prévient Luc Pauwels. Du point de vue humain, le communisme s’est naturellement effondré beaucoup trop tard. Mais d’un point de vue politique, il s’avère de plus en plus avoir joué un rôle malheureusement irremplaçable dans la motivation de nombreux Européens à l’édification d’une Europe politiquement unifiée (2). » En disparaissant entre 1989 et 1991, les communismes soviétique et titiste ont réveillé les nationalismes belliqueux dans les Balkans, en Transnistrie et dans le Caucase, et accru l’emprise étatsunienne sur le Vieux Continent. Leur chute a empêché les Européens de se donner les moyens de puissance propres à peser sur la scène internationale. Les politicards occidentaux se félicitaient alors des « dividendes de la paix »; ils abolissaient la conscription obligatoire et supprimaient maints régiments. La fin de la Guerre froide incita à l’impuissance européenne, au goût mortifère pour « le doux commerce » et la « fin de l’Histoire ». Le président français François Mitterrand avait un instant essayé de reprendre le concept de « Maison commune » du Soviétique Mikhaïl Gorbatchev en esquissant une « Confédération européenne » allant de Galway à Vladivostok, ce projet visionnaire fut aussitôt torpillé par l’occidentaliste tchèque Vaclav Havel. Le projet européen rata un tournant décisif et accepta sa démilitarisation mentale. Il faut reconnaître que « l’ADN de la construction européenne fut d’évacuer les rapports de force dans les relations entre États européens, souligne Nicole Gnesotto. On a mélangé les facteurs de guerre et les économies entre États afin qu’ils ne puissent plus se faire la guerre. L’idée même que l’Europe pourrait retrouver un appétit pour l’usage de la force et pour la volonté de puissance, qui est la raison de deux guerres mondiales au XXe siècle, l’idée d’une Allemagne s’appuyant sur des forces armées, est le dernier tabou de cette époque (3) ».

macronotan.jpg

Le pacifisme de l’Allemagne n’empêche pas la CDU et le SPD d’exiger maintenant que la France cède à l’évanescente Union européenne son statut de membre permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Après plus de 70 ans de rééducation psychologique continue, la caste politicienne allemande largement inféodée à ses maîtres étatsuniens cherche à mieux enfermer la France dans le corset atlantiste. Le traité de Lisbonne reconnaît d’ailleurs ce scandaleux alignement, d’où la réintégration française dans l’OTAN en 2009. Berlin veut que Paris renonce à sa relative autonomie diplomatique sans que l’Allemagne ne fasse de son côté le moindre effort économique, financier ou monétaire. Pis, la Cour constitutionnelle fédérale allemande a toujours réaffirmé la pleine souveraineté de l’Allemagne au sein de l’Union dite européenne même si cette souveraineté reste largement fictive du fait du bon vouloir des Anglo-Saxons. La cour de Karlsruhe s’exprime sur le processus européen en 1974, en 1986, en 1993 et en 2009. Sa jurisprudence, toujours constante, définit l’UE comme un groupe d’États dont la pérennité ne repose que sur la seule volonté de ses membres qui peuvent en sortir à n’importe quel moment. Mieux, au sujet de l’Union économique et monétaire, « si [elle] devait se révéler incapable de maintenir de façon permanente la stabilité existant au moment du passage à la troisième phase, prévient l’ordo-gaulliste Marie-France Garaud, elle ne serait plus conforme à ce qui a été convenu (4) ». En juin 2009, l’arrêt de Karlsruhe considère que « le Parlement européen n’a pas la même légitimité que les parlements nationaux et la représentation parlementaire allemande ne peut être privée de ses prérogatives dans les domaines essentiels de la souveraineté étatique (5) ».

Ces restrictions juridiques n’empêchent pas la classe dirigeante allemande de chercher à « convaincre les voisins et partenaires de l’Allemagne que le sauvetage de l’UE ne passe plus par l’union monétaire, mais par l’union militaire. Arrêtons de faire marcher la planche à billets à la même vitesse, selon les directives de la Banque centrale européenne, et essayons plutôt de propulser des missiles à la même cadence. Voici la recette préconisée pour remettre l’UE sur les rails : reprendre le flambeau d’une Communauté européenne de défense (CED) (6) ». Les politiciens allemands poussent à cette nouvelle solution. Elle écarterait la France de tout rôle effectif dans le concert international des puissances, calmerait ses retraités uniquement préoccupés par leurs pensions et éviterait de mécontenter Washington.

esprit.gifPrésident populiste (ou contre-populiste) élu en mai 2017 sur une forte vague « dégagiste », Emmanuel Macron défend souvent et avec une sincérité certaine le concept de « souveraineté européenne ». Son emploi à la banque Rothschild et ses fonctions successives de secrétaire général-adjoint à la présidence de la République et de ministre de l’Économie font oublier qu’il collabora à Esprit. Cette revue proche de la deuxième gauche chrétienne fut fondée en 1932 par le philosophe personnaliste Emmanuel Mounier, figure de l’aile « gauche » des non-conformistes des années 1930. Débattant régulièrement avec les fédéralistes intégraux de L’Ordre nouveau comme Denis de Rougemont, Mounier participa un temps à l’école des cadres de la Révolution nationale d’Uriage. Or, dès 1946, bien des inscrits aux cours d’Uriage, après un passage dans les maquis de la Résistance, s’installèrent dans les cabinets ministériels et contribuèrent autour de l’anglomane Jean Monnet au lancement des premiers traités européens. La Révolution nationale célébrait la « communauté française ». Les anciens promus d’Uriage célébreraient, eux, les « Communautés européennes » (7). Les définitions sémantiques s’adaptent et changent en suivant l’échelle géographique…

Emmanuel Macron a déjà défendu la constitution d’une armée européenne éventuellement distincte de l’OTAN, ce qui expliquerait en partie ses nombreux déboires… Reprise par une Angela Merkel en fin de mandat sans néanmoins la concrétiser, cette surprenante suggestion contredit en réalité l’histoire et les finalités de la pseudo-Union européenne. Par des discours prononcés à Athènes, puis à La Sorbonne, Emmanuel Macron a cru séduire les Allemands et les pousser à une meilleure intégration européenne. L’ancienne communiste retournée par les officines de l’« État profond » yankee Angela Merkel repoussa les avances du Français. On peut dire aujourd’hui que le couple franco-allemand n’existe plus. Emmanuel Macron vient peut-être de comprendre le jeu cupide de Berlin. De là les concessions qu’il a accordées aux « Gilets jaunes » en décembre dernier et la possible et faiblarde taxation des GAFAM par la seule France pour le plus grand désespoir de Berlin. L’Allemagne craint en effet la riposte des États-Unis qui augmenteraient les taxes douanières et pénaliseraient toute l’industrie outre-Rhin. Avec une Italie solidement populiste par la coalition bancale LegaMouvement Cinq Étoiles, une France réfractaire à l’idée de voir ses lourdes dépenses militaires comptabilisées dans les critères budgétaires de Maastricht, et une Espagne politiquement instable, il faut de plus en plus envisager un Deutschxit. Il est possible qu’avec le départ de la chancellerie d’Angela Merkel, son successeur, seul ou en concertation avec l’Autriche, la Slovaquie, les États baltes, la Finlande, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Flandre belge, quitte la Zone euro et adopte un « euro-Mark ». Ce départ provoquerait soit la formation de deux zones monétaires européennes (euro du Nord et euro du Sud), soit le retour aux monnaies nationales et/ou complémentaires régionales. Ce serait la fin du projet européen et, très certainement, la transformation du continent européen en champ de bataille, virtuelle ou réelle, entre les États-Unis, la Chine, la Turquie et la Russie.

Dans un essai récent (8), Coralie Delaume considère que le « moteur franco-allemand » est donc un mirage. Par-delà la complicité personnelle entre Charles De Gaulle et Konrad Adenauer, Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, François Mitterrand et Helmut Kohl, l’amitié germano-française est sabotée dès 1963 quand le Bundestag à la demande du ministre de l’Économie et futur chancelier, Ludwig Erhard, ratifie le traité de l’Élysée en y introduisant un préambule ouvertement atlantiste. Ce tropisme largement partagé en Europe occidentale, et désormais en Europe centrale et orientale, fait qu’« entre l’Europe puissance et l’Europe marchande posthistorique, il y a une incompatibilité radicale, souligne Coralie Delaume. […] L’Europe actuelle n’a pas été conçue comme une Europe politique, mais comme une Europe du marché et du droit où la marche des choses est soustraite à la force des passions politiques pour être placée sous le règne de la règle (9) ». L’Union pseudo-européenne confirme la dépolitisation du monde occidental envisagée par Carl Schmitt. « Il n’existe […] pas de puissance essentielle sans tradition de sa vision de la grandeur – car ne devient grand que celui qui voit grand; mais la faculté de voir le grand s’enseigne et se transmet au fil d’éducations risquées, avance Peter Sloterdijk. Sa pratique crée dans tous les Empires un athlétisme psychique et logique plus ou moins ésotérique, qui s’associe à la géographie et à la stratégie politiques (10). »

Le retour au politique de l’Europe n’est pas d’actualité malgré la montée des périls. Même en cas de conflit armé, les Européens ne sortiront pas de leur torpeur psychique et comportementale. Le secrétaire général de l’OTAN, le Norvégien Jans Stoltenberg, peut par conséquent déclarer que « l’unité de l’Europe est importante mais ne peut se substituer, être une alternative à l’unité transatlantique. La défense de l’Europe dépend de l’OTAN, d’autant que plus de 90 % des personnes vivant dans l’Union européenne vivent aussi dans un pays membre de l’OTAN (11) ». Plus que jamais, la défense européenne reste « un serpent de mer. La France en a toujours fait une priorité, mais les obstacles sont nombreux, déclare encore Nicole Gnesotto. L’Europe politique n’existe pas. L’Est et l’Ouest du continent n’ont pas la même perception des menaces. Les premiers redoutent le réveil de l’impérialisme russe et comptent encore sur les États-Unis et sur l’OTAN pour assurer leur sécurité, tandis que les seconds craignent la menace qui vient du Sud. Les attaques de Trump, qui veut se désengager de l’Europe, et le retour de la guerre ont provoqué un sursaut sur le Vieux Continent. Mais on est encore loin du compte, surtout si l’on compare les augmentations des budgets européens aux investissements massifs de la Chine et de la Russie (12) ». Il y a pourtant une urgence vitale à réagir ! Le chroniqueur très politiquement correct Christian Makarian cite Sigmar Gabriel, l’ancien vice-chancelier social-démocrate allemand : « Dans un monde où règnent les carnivores géopolitiques, nous, les Européens, sommes les derniers des végétariens (13). » Faut-il ensuite s’étonner de la mode végane et de la propagande en faveur de l’herbe qui submergent l’Europe ? « Le mot clé de cette fin de siècle, remarque Peter Sloterdijk, ce n’est pas “ décision ”, mais “ vécu ”. Les Européens n’ont plus désormais l’idée de se choisir eux-mêmes dépourvus de fondement, comme ils le firent jadis, au cours des années grises qui suivirent la guerre (14). » Que penser de certaines affirmations qui vont sciemment à l’encontre de l’essence même de l’Europe. « Les migrants, écrit une certaine Marielle Macé, professeur de littérature et écrivain, sont les nouveaux Européens, ceux pour qui l’Europe existe, ceux par qui pourra se maintenir l’idée d’Europe (15). » Les migrants voient surtout dans l’Europe une formidable corne d’abondance. Pas de doute, la moquette que Marielle Macé a probablement fumée était ce jour-là d’excellente qualité tant son plaidoyer pro-immigration allogène se montre fumeux…

artworks-000304057614-3tgb2b-t500x500.jpg

« Après l’échec de la Communauté européenne de défense, la construction européenne s’est rabattue sur l’économie, abandonnant sa défense à l’allié américain écrit Pascal Gauchon. Peut-elle aujourd’hui reprendre le chemin abandonné en 1954 ? (16) » Louis Gautier l’espère. Par exemple, « des initiatives récentes, telles la création d’un Fonds européen de défense (FEDef), la coopération permanente structurée (CSP), l’initiative européenne d’intervention (IFI) ou encore le lancement du programme aérien futur (Système de combat aérien futur / SCAF) ou de char futur (Main Ground Combat System / MGCS) en coopération avec les Allemands engagent une dynamique très positive de convergence et d’intégration européenne, en particulier dans le domaine capacitaire et industriel (17) ». L’abêtissement générationnel de nos compatriotes n’invite pourtant pas à l’optimisme. Le sursaut de l’Europe boréenne par le conflit armé relève dorénavant du vœu pieux.

Chef d’état-major des armées françaises démissionnaire en juillet 2017 et aujourd’hui employé d’une entreprise yankee, Boston Consulting Group, le général Pierre de Villiers est le frère de l’ancien homme politique libéral-conservateur Philippe de Villiers. Ce dernier vient de commettre un ouvrage (18) qui dénonce les origines atlantistes de la construction européenne (l’historien Pierre Hillard écrivait avec plus de sérieux la même chose il y a plus de dix ans…). Son frère, vrai général de salon, prévenait que « pour la défense européenne, il faut partir avec un noyau de pays qui travaillent ensemble, et non en imposant un engagement militaire supranational à vingt-huit pays. On ne meurt pas pour une entité supranationale. Quand un militaire se trouve face à l’ennemi, il sait qu’il peut y laisser sa peau. Pourquoi et pour qui fait-il cela ? On meurt pour la France, pour ses valeurs, pour son chef. […] Il faut que le ciment soit celui du sentiment d’appartenance à une communauté. Or le sentiment européen, et on peut le regretter, n’est pas suffisamment fort (19) ». Oui, hélas, le sentiment d’appartenance à la communauté européenne demeure plus que ténu auprès des peuples qui la constituent néanmoins. Les peuples européens ignorent leur longue histoire. Certes, « l’Europe ne vient pas de nulle part, note Laurent Wauquiez, le président des Républicains et président du conseil régional Auvergne – Rhône-Alpes : elle est le fruit de trois traditions, gréco-latine, judéo-chrétienne et des Lumières (20) ». Quelle vision courte, étriquée et incomplète de la part d’un premier à l’Agrégation d’histoire… Manquant d’imagination, Laurent Wauquiez plagie Paul Valéry. Il ignore les trois moments décisifs de notre européanité :

– la Préhistoire marquée par l’art rupestre à Lascaux et dans la grotte Chauvet,

– le fait indo-européen (ou boréen) qui donne une parenté anthropologique commune et une autochtonie indubitable,

– la période médiévale gothique qui exprime dans sa perfection intrinsèque l’esprit ancestral cher à Dominique Venner. Comment ne pas penser à l’incendie de Notre-Dame de Paris survenue le 15 avril dernier ? « Tous les Européens ont ressenti que les flammes portaient atteinte à une réalité symbolique dont l’Europe ne peut pas se passer, déclare Peter Sloterdijk : notre “ stratigraphie morale ”, qui s’incarne dans les grands bâtiments; je pourrais dire aussi la volonté européenne d’avoir une Histoire. Et de la conserver. Notre-Dame, c’est une preuve que l’Europe existe. Notre-Dame, c’est Notre-Europe. J’ai beau être allemand, et philosophe, comme vous le dites, j’ai dormi avec Quasimodo sous la charpente de Notre-Dame ! Grâce à Victor Hugo. Et ensuite Gina Lollobrigida est venue compléter le tableau dans le rôle d’Esmeralda au cinéma (21). »

grande-rosace-de-notre-dame-de-paris.jpgLes objections qu’avance Pierre de Villiers n’en sont pas moins justifiées. Peut-on mourir pour l’euro, les fonctionnaires de la Commission de Bruxelles et L’hymne à la Joie ? La réponse immédiate est bien sûr négative. Mais faudrait-il, le cas échéant, se sacrifier pour Emmanuel Macron, François Hollande ou Nicolas Sarközy, voire pour les fameuses valeurs républicaines françaises, soit le mariage pour tous, la lutte contre toutes les discriminations possibles et imaginables, l’égalitarisme total, le féminisme outrancier et le Diktat de « Big Other » ? Non bien sûr ! Notre loyauté va à notre vision du monde, pas aux drapeaux qui étouffent nos identités organiques.

Le Figaro du 16 janvier 2019 publie les résultats édifiants d’une enquête d’opinion. À la question suivante « Parmi les unités géographiques suivantes, à laquelle avez-vous le sentiment d’appartenir avant tout ? », seuls 3 % ne se prononcent pas. Auraient-ils été perplexes devant la brutalité et le simplisme de la question typique du caractère profondément centralisateur des Français ? Une question pareille serait difficilement concevable en Suisse où s’agencent les patriotismes communal, cantonal et fédéral même si la vie urbaine moderne les corrode plus ou moins lentement… Pour ce Baromètre de la confiance Cevipof – OpinionWay, 39 % montrent sans grande surprise leur attachement à la France (les auteurs ont pris soin de ne pas mentionner la « République » avec le risque d’occulter ce funeste régime politique aux fondements universalistes et cosmopolites). 23 % se réclament de la ville, de la localité, du canton (au sens français, à savoir une circonscription rurale). 18 % préfèrent la région (Corses, Occitans, Normands), la province (Berry, Béarn) et le département (Vendée). Plus surprenant, 11 % s’attachent au monde, ce qui signifie que les mondialistes représentent déjà un dixième de la population française. Observons toutefois que cette enquête n’intègre pas l’appartenance religieuse, ce qui aurait donné des résultats très révélateurs. Et l’Europe, me direz-vous ? Elle ne rassemble que… 6 % ! Loin, très loin derrière le sentiment cosmopolite. Cette désaffection résulte de l’incurie des politiciens qui tels les médecins de Molière accusent sans cesse Bruxelles de tous les maux possibles et imaginables. En dépit des milliards d’euros déversés sur tout le continent, l’UE pâtit toujours d’une image négative. L’Union dite européenne ne fait pas rêver les peuples. Naine géopolitique, elle devient progressivement un hospice pour vieillards séniles en paupérisation plus ou moins avancée.

En euro-fédéraliste convaincu, le journaliste Jean Quatremer estime que les États nationaux sont les principaux fauteurs des travers qui rongent l’UE. Son « problème [..] est qu’elle n’est que l’émanation des États membres (22) ». « Ce sont les États qui bloquent et peuvent ainsi faire porter le chapeau à la Commission… (23) » Dans ces conditions, le correspondant permanent du quotidien français libéral – libertaire Libération auprès des institutions européennes pense que « l’Union […] n’est que la marionnette des États et aucun d’entre eux n’est prêt à accepter qu’elle lui échappe (24) ». Il le démontre au risque de contrarier les souverainistes. L’apport législatif de la Commission « n’est pas de 80 %, mais seulement de 20 % en moyenne sur une période de vingt ans, une proportion qui a même tendance à diminuer en dépit des compétences nouvelles (25) ». « La proportion de normes européennes dans les lois nationales est comprise, poursuit-il encore, entre 30 et 40 % dans les secteurs agricole, bancaire, financier et environnemental, et entre 20 et 30 % dans l’énergie, les transports, la santé ou encore le commerce extérieur (26). » Jean Quatremer constate enfin « la propension des États à communautariser les échecs nationaux et à nationaliser les succès européens (27) ».

varoufakis_0.jpg

Il faut recouper ce point de vue, rappelons-le, pro-Union européenne, avec le témoignage du ministre grec des Finances pendant cinq mois, l’universitaire Yanis Varoufakis (28). Ce dernier le présente dans Conversation entre adultes, un ouvrage remarquable. Ce membre du gouvernement soi-disant de gauche radicale s’aperçoit assez vite que les fonctionnaires européens lui mentent ouvertement, le méprisent et ne lui communiquent aucun document officiel. Il regrette que la rédaction du communiqué final des réunions européennes soit plus importante que les décisions prises à la va-vite et qui se calent toujours sur les recommandations de la bureaucratie continentale. Il est presque impossible de discuter dans de pareils cénacles ! En effet, il revient au président de l’Eurogroupe d’introduire le sujet. Il donne ensuite la parole aux représentants respectifs de la Commission européenne, du FMI et de la Banque centrale européenne. Il laisse enfin s’exprimer dans un délai très bref les ministres. Yanis Varoufakis en déduit qu’« un spectateur impartial et sensé en conclurait que l’Eurogroupe n’est là que pour permettre aux ministres de valider et légitimer les décisions prises en amont par les trois institutions (29) ». Il révèle la nature de l’Eurogroupe. « Les traités européens ne lui confèrent aucun statut légal, mais c’est le corps constitué qui prend les décisions les plus importantes pour l’Europe. La majorité des Européens, y compris les politiques, ne savent pas exactement ce que c’est, ni comment il fonctionne (30). » Varoufakis se rend compte que « le Groupe de travail Eurogroupe (EWG) [est] sur le papier […] l’instance au sein de laquelle se préparent les réunions de l’Eurogroupe; en réalité, ce groupe est une sorte de sombre creuset dans lequel la troïka concocte ses plans et ses politiques (31) ». Agent direct d’Angela Merkel, Thomas Wieser « était président du Groupe de travail Eurogroupe, cet organe dont le rôle est de préparer les réunions de l’Eurogroupe, là où les ministres des Finances de chaque pays prennent les décisions clés. En théorie, donc, Wieser était le délégué de Jeroen Dijsselbloem, ministre des Finances néerlandais et président de l’Eurogroupe. Ce que je ne savais pas et que je mesurerais plus tard, c’est que c’était l’homme le plus puissant de Bruxelles, beaucoup plus puissant que Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, ou que Pierre Moscovici, le commissaire aux Affaires économiques et financières (le ministre des Finances de la Commission), voire, en certaines occasions, plus puissant que Dijsselbloem lui-même (32) ». En lisant Varoufakis, on saisit mieux les dessous du « Selmayrgate ». Bras droit de Jean-Claude Juncker, l’Allemand Martin Selmayr accède au secrétariat général de la Commission européenne en mars 2018. Quelques heures auparavant, il avait été nommé secrétaire général-adjoint… « Le collège des 28 commissaires a totalement démissionné, terrorisé par ce Raspoutine au petit pied, dénonce Jean Quatremer. C’est Selmayr qui gère tout, de la communication aux propositions législatives, une situation sans précédent de mémoire d’eurocrate. C’est ainsi à lui seul que l’on doit le très décevant “ cadre financier pluriannuel ” 2021-2027 qui gèle le budget communautaire à son niveau actuel ou encore le projet de démantèlement partiel de la Politique agricole commune (33). » Malgré de fortes pressions venant des parlementaires européens, Martin Selmayr n’a jamais démissionné. Pourquoi ?

Il faut connaître les formidables luttes d’influences pour comprendre le refus de la Commission européenne de créer un champion européen du rail entre l’entreprise allemande Siemens et l’entreprise française Alstom déjà bien dépouillée par des charognards financiers étatsuniens avec le consentement de François Hollande, ce qui lui aurait valu en d’autres temps un procès pour haute-trahison. La préférence européenne (ou communautaire) pratiquée jusqu’au traité de Maastricht de 1992 préservait l’économie de la CEE dans une perspective protectionniste listienne en référence au Germano-Américain Friedrich List. Dans ce cadre d’économie semi-fermée à des intervenants extérieurs furent conçus les projets Airbus et Ariane qui ne relèvent que de la volonté conjointe de grandes entreprises aéronautiques nationales et de leurs gouvernements respectifs, hors d’atteinte de toute bureaucratie dite européenne…

Il importe donc de « vaincre le concept libéral de la CEE, passer résolument de la voie politique à l’union européenne, au sens de l’Empire européen. L’Europe doit réussir sa propre décolonisation (34) ». Les conséquences qui en découleront, seraient « au bout du compte : un enrichissement mutuel, tant sur le plan économique que sur le plan culturel. Et une véritable intégration européenne, au-delà des antagonismes du passé (35) ». Dès lors, le continent se dirigerait vers une éventuelle organisation confédérale, renaissance de la patrie continentale de chacune de nos nations. « Renaissance » est d’ailleurs le titre de la liste pour les élections européennes du parti présidentiel français, un parti dont le fonctionnement s’apparente en partie à celui du Mouvement Cinq Étoiles.

Souverainistes, nationistes régionalistes et stato-nationalistes se trompent quand ils veulent la sortie de leur patrie de l’Europe. L’Europe est un continent alors qu’ils parlent d’un ensemble politico-économique composé d’États-nations. Or l’État-nation est lui aussi pourri comme d’ailleurs les régions. Il n’y a pour l’heure aucun recours possible parce que « la crise est dans l’homme (36) (Thierry Maulnier) ». Rien n’arrivera de vrai si ne s’opère pas en soi-même une véritable révolution spirituelle intégrale qui pourrait déboucher sur l’émergence d’une élite militante paneuropéenne qui n’existe pas et qui n’existera pas avant très longtemps. L’échec de Jeune Europe de Jean Thiriart dans la seconde moitié de la décennie 1960 le prouve aisément.

imjt_010.jpgSeule la civilisation européenne peut réunir de grands orchestres polyphoniques. Au début du XIIIe siècle apparaît l’« école musicale de Notre-Dame » à Paris avec Léonin et Pérotin le Grand. C’est la naissance de la polyphonie, de l’association simultanée de plusieurs voix indépendantes. La polyphonie est la seule capable de s’approcher du divin par ses compositions musicales. Par conséquent, si l’Europe ne relève pas le fantastique défi que lui impose l’histoire, nos compatriotes vivant sur un continent devenu un protectorat de forces extérieures et un haut lieu touristique muséal se demanderont en de rares moments de lucidité et avec regret : « Mais quelle Europe fallait-il construire ? S’agissait-il d’une palingénésie de l’Empire romain germanique recouvrant ses “ droits ” sur la France et les autres anciens royaumes ? S’agissait-il d’un nouveau mouvement des peuples pour dépasser leurs nationalités et s’intégrer à une communauté souveraine ou, plus vulgairement, d’une coalition entre de grandes firmes bancaires, industrielles ou commerciales ? (37) » Clio a souri aux Européens qui, frileux et craintifs, ont détourné leur regard.

En revanche, ceux qui se savent « bons Européens de l’avenir » rient aux vagues impétueuses de l’histoire. Polyphonique en elle-même, l’Europe se fera tôt ou tard par la synthèse de son passé sans répéter les mêmes erreurs. « L’Europe a failli être française avec Napoléon, et elle a failli devenir allemande avec Hitler. Dans l’un et l’autre cas, elle n’eut été qu’une Europe asservie. L’Europe que nous voulons ne doit être ni française, ni allemande, mais européenne, c’est-à-dire permettre l’épanouissement de tous ses peuples, et de toutes ses cultures. Plus variée qu’aucun autre continent, elle doit être capable de faire son unité sans rien sacrifier de cette diversité qui constitue son plus étonnant privilège (38). » « La fonction quintessencielle de la constitution de l’Europe tient dans un mécanisme de transfert de l’Empire, pense encore Peter Sloterdijk. L’Europe se met en marche et reste en mouvement dans la mesure où elle parvient à revendiquer l’Empire qui existait avant elle, et à le transformer. L’Europe est ainsi un théâtre pour les métamorphoses de l’Empire; l’idée directrice de son imagination politique est une sorte de métempsycose de l’Empire romain à travers les peuples européens déterminants et susceptibles de faire l’histoire (39). » Parmi les « peuples d’Empire » (Allemands, Espagnols, Anglais, Italiens, Russes, etc.), il désigne deux États dont la vocation serait de susciter l’Europe impériale. La France et la Suisse sont en elles-mêmes des « Europes réduites ». « La Suisse est le point de l’Europe, écrit Pierre Drieu la Rochelle, le point de tous les croisements physiques et métaphysiques, le point crucial – ce n’est pas en vain que son emblème est une croix; c’est donc un point sacré (40). » En effet, « la Suisse exprime le nœud indestructible dont est faite l’Europe : le nœud germano-latin, poursuit Drieu la Rochelle. Le Saint-Empire romain germanique figurait aussi ce nœud inévitable. Et la Suisse est une survivance du Saint-Empire. Impossible d’imaginer la Suisse sans le Saint-Empire. La Suisse s’est créée non à la marge, mais dans le milieu du Saint-Empire. Les Waldstätter, les trois cantons primitifs, étaient des terres impériales sur la route du Simplon, laquelle, de bonne heure au Moyen Âge, ajouta un nouveau lien entre les terres romaines et les terres germaines de l’Empire à tous ceux qui existaient déjà, corporels et spirituels, physiques et métaphysiques. La Suisse n’a pas été une survivance de l’Empire au sens funèbre du mot : ce fut un surgeon. La Suisse exprima la ressource organique de l’Europe. […] On ne peut pas faire une Europe d’où serait exclu ce que représentent la réalité et le mythe suisses, ce que représentent la réalité et le mythe de l’Empire (41) ».

Attendons donc le taureau, ce Kairos, qui emportera la civilisation albo-européenne vers son destin de katechon, rempart et bastion pour une terre médiane de communautés holistes conscientes de l’histoire tragique et capables d’affronter les gigantesques périls d’un univers interconnecté, effrayante combinaison du Meilleur des Mondes, de 1984, de Brazil et de la série télévisée Black Mirror.

Je vous remercie.

Georges Feltin-Tracol

Notes

1 : Robert Steuckers, « L’idée impériale en Europe », dans Jean Mabire. Magazine des Amis de Jean Mabire, n° 50, Équinoxe de Printemps 2019, pp. 10 – 11.

2 : Luc Pauwels, L’Europe impérieuse. Du long chemin de la CEE libérale à l’Empire européen, GRECE, coll. « Point de vue », n° 6, sans date, p. 5.

3 : Nicole Gnesotto, « En Europe, le besoin d’autorité l’emporte sur celui de liberté (entretien avec Isabelle Lasserre) », dans Le Figaro des 8 et 9 décembre 2018.

4 : Marie-France Garaud, Impostures politiques, Plon, coll. « Tribune libre », 2010, p. 58.

5 : Idem, p. 59.

6 : Ben Cramer, « L’Allemagne prête à flirter avec la bombe française », dans Charlie Hebdo du 28 décembre 2016.

7 : cf. Antonin Cohen, De Vichy à la Communauté européenne, PUF, 2012.

8 : Coralie Delaume, Le couple franco-allemand n’existe pas. Comment l’Europe est devenue allemande et pourquoi ça ne durera pas, Michalon, 2018.

9 : Coralie Delaume, « La “ souveraineté européenne ” est une antinomie (entretien avec Lucas Bretonnier) », dans Marianne, du 16 au 22 novembre 2018.

10 : Peter Sloterdijk, Si l’Europe s’éveille. Réflexions sur le programme d’une puissance mondale à la fin de l’ère de son absence politique, Éditions Mille et une nuits, 2003, pp. 77 – 78.

11 : dans Le Monde, du 22 février 2019.

12 : Nicole Gnesotto, art. cit.

13 : dans L’Express du 27 février 2019.

14 : Peter Sloterdijk, op. cit., p. 31.

15 : dans L’Obs du 18 avril 2019.

16 : Pascal Gauchon, dans Conflits, n° 21, avril – juin 2019, p. 64.

17 : Louis Gautier, « La défense européenne maintenant ou jamais », dans Conflits, op. cit., p. 65.

18 : Philippe de Villiers, J’ai tiré sur le fil du mensonge et tout est venu, Fayard, 2019.

19 : dans Le Point du 9 novembre 2017.

20 : dans Le Monde du 12 mars 2019.

21 : Peter Sloterdijk, « C’est un signal (entretien avec Christophe Ono-Dit-Biot) », dans Le Point, du 18 avril 2019.

22 : Jean Quatremer, Les salauds de l’Europe. Guide à l’usage des eurosceptiques, Calmann-Lévy, 2017, p. 191.

23 : Idem, pp. 223 – 224.

24 : Id., p. 299.

25 : Id., pp. 211 – 212.

26 : Id., pp. 219 – 220.

27 : Id., p. 225.

28 : Le dossier du n° 177 d’Éléments (avril – mai 2019) sur le populisme le range parmi les « populistes socialistes » ou « populistes de gauche ».

29 : Yanis Varoufakis, Conversation entre adultes. Dans les coulisses secrètes de l’Europe, Éditions Les liens qui libèrent, 2017, p. 238.

30 : Idem, p. 237.

31: Id., p. 127.

32 : Id., pp. 143 – 144.

33 : Jean Quatremer, « Union européenne : nouvelle mascarade à la “ Commission Selmayr ” », mis en ligne sur Libération, le 11 juin 2018.

34 : Luc Pauwels, op. cit., p. 46.

35 : Robert Steuckers, « Vers l’unité européenne par la révolution régionale ? », dans Europa. Valeurs et racines profondes de l’Europe, tome I, Éditions Bios, 2017, p. 208.

36 : cf. Thierry Maulnier, La crise est dans l’homme, Redier, 1932.

37 : Pierre Fougeyrollas, La Nation. Essor et déclin des sociétés modernes, Fayard, 1987, p. 199.

38 : Paul Sérant, Des Choses à dire, La Table Ronde, 1973, p. 228.

39 : Peter Sloterdijk, op. cit., p. 52.

40 : Pierre Drieu la Rochelle, « Notes sur la Suisse (mars 1943) », dans Le Français d’Europe, Ars Magna, coll. « Les Ultras », 2017, p. 262.

41: Idem, pp. 256 – 257.

• Conférence prononcée à Genève (Suisse), le 27 avril 2019, à l’invitation du Cercle Proudhon et du Kalvingrad Patriote, puis revue et corrigée.

mercredi, 01 mai 2019

Pierre Krebs: poème à Guillaume Faye

gf-da-jp.jpg

Pierre Krebs: poème à Guillaume Faye

À Guillaume

pour la fraternité dans le combat commun, ici bas, et celle à venir dans le temps de l'Ailleurs, selon ce qu'en auront décidé les dieux de l'Olympe et ceux du Walhalla.

30 avril 2019

Il en est de certains hommes

que le destin a promus

au-dessus de tous les autres

comme de l’air du temps

en état de tempête

dans lequel ils auront vécu,

sentinelles élues des dieux 

pour veiller à la survie

de l’esprit et du sang des ancêtres

menacés de disparaître

 

Ils ont roulé

dans les airs déchaînés

de la tempête

et se sont métamorphosés

dans le nouveau souffle de vie

du Vent cosmique

purificateur

 

Ils se sont fondus

dans la froidure des eaux 

de la tempête

et se sont transformés

dans les cristaux de glace de hagal

de la Mémoire cosmique

préservatrice

 

Ils ont foudroyé

le chaudron de la Terre

aux pieds d’Yggdrasil

dans le feu des éclairs

de la tempête

et se sont dissous

dans la volonté de puissance

de la Foudre cosmique

régénératrice

 

Ils ont ébranlé

la voûte du ciel

à la cime d’Yggdrasil

dans les grondements de tonnerre

de la tempête

et se sont transmués 

dans le chant de la terre

du retour à l’Ordre cosmique

clarificateur

 

Les airs et les eaux,

le feu et le tonnerre

ont alors ciselé à leur mémoire

dans les tables de l’Histoire

le bréviaire de leur enseignement

que ni la vieillesse des âges

et ni les aléas du monde

jamais plus ne pourront effacer

dans la conscience réveillée

des peuples de leur sang

 

Car le souffle de leur sapience

traversera immuablement les Murs du Temps

pour transmettre aux autres sentinelles

de génération en génération

dans le cycle ininterrompu

des aurores qui succèdent aux couchants

la sagesse transcendante

des évangiles vitalistes

et surhumanistes du dieu Ethnos

qui enseignent depuis l’origine

des âges et des espèces

à tous les peuples de la terre

le dévoilement de l’esprit et

le réenchantement du monde

à travers les lois incontournables

de la seule éternité

dont nous connaissons le nom :

l’hérédité selon la race.

 

 

 

Un certain Guillaume Faye

GF-da-mur.jpg

Un certain Guillaume Faye

Stoïque jusqu’au bout, tu as eu pour dernière élégance d’impressionner tes personnels soignants, intrigués par ton agonie sereine, sinon joyeuse. Tu as défié la faucheuse, finissant in extremis ce dernier ouvrage que je n’aimerai probablement pas mais qui te tenait tant à cœur. Car tu es un homme de cœur. Tu es d’ailleurs tout le contraire de ce que l’on a dit de toi, et même tes diabolisateurs n’ont jamais pu te haïr, toi, vent qui tournait dans les moindres recoins du terrain, épousant la diversité du monde pour mieux la préserver, toi, vif-argent fusionnant esprit et matière, toi, feu follet alliant sacré et canulars, toi, fulgurance insensible aux honneurs d’un monde de nains qui se veulent des titans.

Et si tu sentais parfois le soufre, c’était celui de l’alchimie, ce soufre rouge qui sort des habitudes, et qui pro-voque sans cesse de nouvelles coagulations, d’éternels retours.

Tu pouvais fréquenter le meilleur comme le pire, et pourtant rester qui tu étais : un « anthropophile », tout simplement. Oui, tu l’avais dit un jour : le sort de l’humanité dépendra du peigne du cosmos, comme des rayons obliques du grand soleil apollinien, car l’espèce humaine était en voie rapide de déshumanisation, prisonnière de la machine à tuer les peuples de ce libéralisme dont tu te méfiais. Et pendant que les nostalgiques, les « derniers hommes », les bien-pensants, ou les réactionnaires s’épuisaient dans la stérilité des intégrismes gauche-droite, tu créais de nouvelles grilles d’analyse, de nouveaux clivages, de nouvelles racines, qui fructifièrent en une nouvelle synthèse du passé mythologique et du futur technétronique : ce futur antérieur que tu désignais sous le nom d’Archéofuturisme.

Pas étonnant que tu aies brulé la chandelle par les deux bouts. Et tu n’as jamais pu terminer ton « Entrevue avec le diable ». Dommage…

Mais tu as disséqué le premier la « convergence des catastrophes », et révélé également le premier, avant la fin de la guerre froide, l’idée « eurosibérienne », entrevue comme un antidote à ces convergences comme à la déshumanisation du monde. Cela seul rachète tout ce que tu as dit ou écrit d’inutile ou d’insupportable. Car tu t’es fourvoyé, en particulier en compagnie de réductionnistes lunatiques d’outre atlantique, ou encore avec les marchands de croisades, ces piégeurs qui veulent mettre l’Europe à feu et à sang afin de réaliser des objectifs géopolitiques opaques, très loin des vœux d’Aristote, et qui visent ultimement la fin de l’Eurasie.  Or ton « Eurosibérie » fait maintenant des adeptes, à un moment où l’on se demande si les États-Unis qui ont su hypnotiser l’Europe dès 1917, n’auront pas finalement implosé dans une génération, à l’instar de feu l’URSS, née elle-même en 1917, et pour les mêmes raisons.

En fait tu étais simplement un homme, fort et faible à la fois, humain, trop humain, charismatique, formé par des jésuites fascinés par l’ère gréco-latine, en perpétuelle recherche depuis tes premières lectures de Nietzsche. Homme aux pieds ancrés dans la terre, la pensée hissée aux étoiles, oscillant entre romantisme, nihilisme, mythologisme. Tu disais qu’on ne peut avoir d’amis « qu’avec ceux avec qui on fait des choses ». Tu en as beaucoup, Guillaume, en ce mois martial. Mieux encore, tu as donné la vie, ta plus belle œuvre…

Alors salue bien tout le monde, et tâche quand même de ne pas trop semer le bordel aux champs  Élysées! Fais-leur plutôt des imitations. Adichatz, provocateur.

 

mardi, 30 avril 2019

Colloque de « Synthèse Nationale » - Intervention de Robert Steuckers

electionseuropéenne2019.jpg

Nieppe, 28 avril 2019 – Colloque de « Synthèse Nationale »

Intervention de Robert Steuckers

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, Chers amis et camarades,

Aujourd’hui, nous avons les élections législatives espagnoles ; dans moins d’un mois, les élections européennes. Très récemment, nous avons eu les législatives finlandaises qui ont fait du parti des Finlandais la deuxième formation du pays, qui talonne les sociaux-démocrates, généralement vainqueurs dans le grand Nord et cette fois avec un écart de seulement 0,2% des voix (17,5% contre 17,7%). En septembre, les sondages donnent l’AfD victorieuse en Saxe où s’effondrent le parti de Merkel et les sociaux-démocrates. Le vent semble tourner en Europe et les chances de Vox en Espagne sont réelles aujourd’hui, où l’on vote pour des législatives anticipées. Nous verrons ce soir ce que ce scrutin donnera et s’il y aura, ou non, dans les prochaines semaines, un gouvernement PP/Vox/Ciudadanos. Mais ces diverses élections, à quoi pourraient-elles bien servir ? Quels projets nouveaux et nécessaires devraient-elles promouvoir pour autant que les élections apportent réellement du nouveau ? La nécessité, urgente aujourd’hui, est l’émancipation de l’Europe qui doit échapper, coûte que coûte si elle veut simplement survivre, à l’étau qui l’enserre, à l’étau qui est formé par la politique du Deep State américain et par les initiatives, en théorie privée, des multiples associations et ONG patronnées par George Soros. Les élections italiennes, qui ont porté au pouvoir et le populisme de droite de la Lega de Salvini et le populisme de gauche du « Mouvement Cinq Etoiles » de diMaio, semble être de bon augure et les meilleures nouvelles, en ces temps moroses où les gilets jaunes peinent à obtenir gain de cause, viennent assurément d’Italie.

Dans quel contexte, plus précisément, ces espoirs de changement rapide se déploient-ils ? Le principal de ces contextes a été, sans aucun doute, la 63ème Conférence sur la Sécurité de Munich, tenue en février dernier dans la capitale bavaroise.  Lors de cette conférence, où, généralement, les participants ânonnent benoîtement les mots d’ordre de l’OTAN, les dissonances entre les deux rives de l’Atlantique se sont fait bruyamment entendre sur des points essentiels comme le gazoduc Nord Stream 2 et les relations euro-iraniennes. Auparavant, l’alignement inconditionnel des instances européennes sur les positions de l’OTAN (donc des Etats-Unis) faisait dire au ministre russe Sergueï Lavrov que l’UE ne détenait pas le monopole de la décision dans le modelage de ses propres affaires régionales et avait raté toutes les occasions de construire réellement la « maison commune européenne ». Pour le journaliste italien Lorenzo Lamperti, qui écrit pour Affari italiani (www.affaritaliani.it ), l’Europe semble avoir pris la voie de l’émancipation en n’acceptant pas la politique violemment anti-iranienne de Washington et en créant, pour la contourner et la vider de tout contenu articulable, l’instance baptisée « Instex », véhicule financier destiné à commercer avec Téhéran selon les bonnes vieilles règles du troc, sans passer par une monnaie d’échange donc sans passer par le dollar. La volonté américaine de faire jouer le « droit » et la « justice » pour punir tous ceux qui contourneraient les embargos qu’ils imposent, surtout dans la question iranienne, a attiré les critiques de Lavrov, véritable vedette à Munich, contrairement aux émissaires de Trump (Pompeo, Pence et Bolton, trois « faucons », nouvelles moutures du néo-conservatisme belliciste). Federica Mogherini a clairement affirmé que l’Europe n’entendait pas se faire dicter une conduite dans l’affaire iranienne ni s’aligner, ipso facto, sur les politiques bellicistes, dictées par les Etats-Unis, d’Israël et surtout de l’Arabie Saoudite, à laquelle les Américains s’apprêteraient à vendre des technologies nucléaires pour que l’épicentre du wahhabisme se dote de l’arme atomique pour affronter l’Iran (à la place d’Israël, qui conserverait son arsenal intact et échapperait à d’éventuelles représailles perses ?). C’est, on le voit, dans le cadre de l’UE, le retour, encore bien timide, de la géographie, donc de la géopolitique et de la géo-économie. A Munich, l’Administration Trump avait exigé que les Européens reprennent les quelque 800 prisonniers de l’Etat islamique faits en Syrie par l’US Army et qu’en cas de refus, ceux-ci seraient libérés : les Allemands ont sèchement répondu que c’était impossible.

RS-Nieppe.jpgDans le dossier très complexe et très épineux de la 5G développée par la firme chinoise Huawei, les Européens, surtout les Allemands, se montrent très réticents à annuler les projets qui sont déjà en phase de réalisation. Pour les Etats-Unis, ne pas se laisser distancer par les Chinois dans la technologie de la 5G est un impératif de sécurité nationale, d’où les multiples interdits qui frappent la firme Huawei et la mesure qui a permis l’arrestation d’une des cadres de la firme au Canada récemment. La raison majeure de cette panique à Washington vient du fait que la 5G chinoise ne possède pas la « porte d’entrée » (le « backdoor ») permettant à la NSA de s’y introduire, comme dans les appareils Samsung. Les appareils chinois et même certains modèles d’Apple permettent en revanche aux services chinois d’y accéder : l’Europe, qui n’a jamais misé sur ces technologies, se trouve dès lors coincée entre les Etats-Unis et la Chine et soumise à leurs réseaux d’espionnage, sans possibilité de répondre à ce défi et d’en contrer les inconvénients.

Les menaces de Trump, d’imposer des droits de douane aux automobiles européennes, ne sont pas passées à Munich en février et l’UE s’apprête à prendre des contre-mesures. Trump, en adoptant une intransigeance qu’il n’avait pas promis, bien au contraire, pour se faire élire, a sabordé l’unanimité qui faisait la force, jusqu’ici, de l’alliance transatlantique, contraire aux intérêts européens. L’Allemagne lorgne désormais vers la Chine et vers le Japon : les ministres des affaires étrangères allemand et chinois insistent sur le droit national des Etats européens et asiatiques à pratiquer le multilatéralisme en commerce international. Quant à l’Italie, elle s’est branchée sur les « routes de la Soie » et a accepté que le port adriatique de Trieste, aujourd’hui encore souvenir des splendeurs de la monarchie austro-hongroises, redevienne un port de la plus haute importance en Méditerranée certes mais branché aussi et surtout sur l’Europe centrale bavaroise, autrichienne et hongroise comme avant son annexion à l’Italie. Trieste est relié à Stettin sur la Baltique par un chemin de fer rapide, lien indispensable dans l’isthme du centre de l’Europe, ce qui apportera encore davantage de cohérence géopolitique à l’ensemble européen. A terme, Gènes s’y branchera aussi, entraînant la Suisse qui est son hinterland naturel ainsi que la Provence, le Languedoc et la Catalogne. La société danoise Maersk, spécialisée dans le transport par conteneurs vers la Chine est d’ores et déjà présente sur la côte ligure, prête à lancer une synergie balto-méditerranéenne, avec les ports d’Anvers, Rotterdam et Hambourg, le trio portuaire nord-européen au passé hanséatique.

Pour l’observateur irlandais Finian Cunningham, les tentatives de Macron, absent à Munich, de bidouiller un montage institutionnel au sein de l’UE, pour freiner l’utilisation du gazoduc Nord Stream 2, constitue un piètre expédient atlantiste que l’Allemagne, les pays du Benelux, la Grèce et Chypre n’ont pas accepté, faute de devoir payer l’énergie trop chère, tant pour les industries que pour les ménages. Cette tentative maladroite et déraisonnable de torpiller l’approvisionnement énergétique de l’Europe du Nord comme du Sud met en exergue les contradictions de la politique européenne de Macron : d’une part, il se veut le champion du « couple franco-allemand » mais, d’autre part, empêche son partenaire soi-disant privilégié de s’approvisionner en énergie comme il l’entend, rendant automatiquement caduques toutes les belles déclamations du nouveau traité d’Aix-la-Chapelle qu’il a signé naguère avec Merkel sous les huées de gilets jaunes allemands, français et wallons. Ensuite, Macron a promis d’être le champion des « causes vertes » et de pratiquer des politiques écologiques, où le gaz, moins polluant, devrait toujours être préféré au nucléaire, au pétrole et au charbon. Une contradiction de plus et non des moindres. Enfin, alors qu’il devrait se montrer soucieux de tarir le mécontentement des gilets jaunes qui déstabilisent la France, il agit pour que l’énergie soit plus chère, car éventuellement dérivée du gaz de schiste américain, quand le peuple français se rebelle justement contre la hausse du prix de l’essence. Plus sévère encore à l’endroit de la politique anti-gazière de Macron est la géopolitologue française Caroline Galacteros : « Nous agissons comme si (…) nous n’avions nul besoin de nous mettre en ordre de bataille (entre Européens) pour projeter notre puissance de frappe commerciale collective vers le reste de la planète, afin de ne pas nous faire dévorer tout crus par Pékin et Washington. Bref on a tout faux… mais on fonce dans le mur avec l’assurance d’un taureau au front court se précipitant sur une muleta rouge pour finir lardé de banderilles meurtrières ». Fin de citation. L’UE, ajoute-t-elle, « paralysée par ses propres réglementations anachroniques, …, consent à son effacement de la carte des grands ensembles ». Pour Caroline Galacteros, Macron a agi par peur des pressions américaines, pour saisir une chance de plaire au « maître ».

Cette attitude ouvre bien entendu le dossier, crucial et inquiétant, du « parti américain » au sein des institutions eurocratiques qui, le 12 mars dernier, a encore voté une résolution antirusse présentée par une parlementaire lettone, Sandra Kalniete, dénonçant les présidentielles russes comme « non-démocratiques » : elle a obtenu 402 voix pour, 163 voix contre et 89 abstentions. Dans la plupart des cas, le parlement européen répète, à la lettre près, les accusations formulées par des ONG américaines. De même, quand l’Italie a formulé, pour la première fois, le désir de participer aux synergies de la « route de la soie », la Commission de Juncker lui a fait savoir que la Chine « est un rival qui promeut des modèles alternatifs de gouvernance » ( !), alors que, justement, tous ont besoin de gouvernance nouvelle ou rénovée, tant le « malgoverno » s’est généralisé en Europe depuis près d’un demi-siècle ! Manlio Dinucci, observateur des fluctuations géopolitiques dans le monde, dénonce dès lors « l’influence qu’exerce le ‘parti américain’, puissant camp transversal qui oriente les politiques de l’UE le long des lignes stratégiques USA/OTAN », avec le risque, s’empresse-t-il d’ajouter, « d’accepter très bientôt les missiles balistiques avec base à terre, soit de nouveaux euromissiles qui feront, une fois encore, de l’Europe la base et, en même temps, la cible d’une guerre nucléaire ». Nous revoilà revenu à l’année 1982 quand les Etats-Unis, en pleine guerre froide, voulaient déployer leurs missiles Pershing en Allemagne pour préparer l’Armageddon annoncé par Reagan, premier président américain à avoir réintroduit le discours biblique et apocalyptique dans l’exposition des buts de la politique internationale de Washington et à avoir abandonné le « réalisme » cher à Kissinger.

C’est ce « parti américain » que les formations politiques nouvelles, populistes de droite ou de gauche, devront empêcher de nuire dans l’avenir pour que les générations qui nous suivront puissent simplement survivre dans un monde de plus en plus multipolaire et de moins en moins européen. On parle d’une internationale des populistes en gestation, sans nécessairement s’entendre sur une définition précise de ce qui est populiste et ne l’est pas. On sait depuis le début du 20ème siècle que les partis se sclérosent, « s’oligarchisent », « se bonzifient », pour reprendre la terminologie polémique d’un observateur que l’on n’a cessé de citer depuis : Roberto Michels. La sclérose a indubitablement frappé les trois principales formations qui structurent le fonctionnement du parlement européen : les chrétiens-démocrates du PPE, les sociaux-démocrates et les libéraux. Ces trois ensembles ont répété à satiété la politique voulue et imposée par Washington, conduisant l’Europe dans l’impasse où elle se trouve aujourd’hui. Toute formation réellement politique se doit de dégager notre continent de cette cangue et de permettre son désenclavement géopolitique. C’est donc en politique étrangère, comme on l’a vu à Munich en février dernier, que ce dégagement et ce désenclavement devront s’opérer en premier lieu.

Les chrétiens-démocrates de Merkel, et leurs partenaires socialistes et libéraux, ont toujours joué la carte atlantiste or cette option est désormais grosse de dangers réels pour notre avenir, ceux qui nous précipiteront à coup sûr, s’ils ne sont pas conjurés dans les plus brefs délais, dans une irrémédiable récession. L’idéologie que véhiculent ces forces politiques du passé est une idéologie du sur place, de la répétition ad nauseam du même et encore du même dans un monde qui change à une vitesse désormais vertigineuse (celle de la 5G !). Cette idéologie de l’indécision et du débat stérile, théorisée par Jürgen Habermas, pratiquée par Verhofstadt et vulgarisée par Cohn-Bendit doit être balayée de nos horizons. Mais tous les populistes qui ont émergé dans les contextes nationaux des pays d’Europe, d’Ibérie aux rives de la Baltique, ont-ils conscience de ce double enjeu ? Ont-ils tous la volonté de sortir de la cangue de l’atlantisme ? Ont-ils tous viré leur cuti néolibérale ? Car, ne l’oublions pas, la science politique qualifie de « populiste » tout mouvement qui n’est pas strictement chrétien-démocrate, socialiste ou libéral, à la rigueur écologiste, et qui sera, dès lors, disqualifié par les médias dominants qui lui colleront l’étiquette de « populiste ». Or Podemos en Espagne ou Syriza en Grèce voire Mélanchon en France sont aussi étiquetés « populistes », tout en bénéficiant d’une certaine mansuétude de la part des médiacrates et des intellocrates parce qu’ils sont des « populistes de gauche », non hostiles à la vague migratoire donc peu susceptibles de gagner des voix en suffisance et de défier effectivement  les trois pôles politiques majeurs en place dans les institutions eurocratiques.  Seule Sarah Wagenknecht avait des chances dans une fraction des gauches allemandes de parfaire une politique populiste de gauche efficace mais elle a démissionné et a quitté la scène politique. Macron, en se dégageant du parti socialiste de Hollande et en n’empruntant pas la voie du sarkozisme, est considéré, lui aussi, comme un « populiste », un « populiste néolibéral », un peu comme Bolsanaro au Brésil mais en moins vigoureux, en moins machiste.

L’Internationale populiste, crainte par les Merkel et les Macron de tous poils et acabits, verra le jour, c’est certain, car il est très probable que onze ou douze nationalités participeront à un groupe politique unique au parlement européen à la fin du mois de mai 2019. Mais cette nouvelle Internationale des nationaux sera-t-elle homogène sur le plan de la politique internationale et sur le plan d’une géopolitique européenne enfin ressuscitée ? Là est la question, l’épineuse, la lancinante question qu’il faut se poser aujourd’hui, à la vieille du grand scrutin. Agira-t-elle dans le sens des paroles fermes de Federica Mogherini à Munich en février, lors de la 63ème Conférence sur la Sécurité en Europe ? L’Internationale populiste, si elle est appelée à s’ancrer, à partir de mai 2019, dans le quotidien du parlement européen et à constituer un bloc antisystème au sein du système, doit être intransigeante sur la politique énergétique européenne, qui doit demeurer totalement indépendante de toute ingérence extra-européenne, doit être inflexible sur la politique iranienne de l’UE, sur la politique russe de l’UE, sur les relations que l’Europe souhaitera entretenir avec la Chine.

Tel est le programme, la ligne directrice incontournable qu’il s’agira de suivre. C’est ce désenclavement politique, géopolitique et idéologique auquel il faudra œuvrer sinon ce qui nous attend au tournant, et très vite, c’est la mort, lente ou rapide, dans la récession économique, dans l’implosion sociale et la submersion démographique.

Je vous remercie.

Bibliographie :

Articles anonymes :

lundi, 29 avril 2019

Que retenir de l’œuvre de Guillaume Faye?

L’essayiste Guillaume Faye est décédé le 6 mars dernier, la semaine même où son dernier essai en date, La Guerre civile raciale était officiellement lancé. Auteur prolifique, Faye s’était d’abord fait connaître dans les années soixante-dix-quatre-vingts pour son engagement au GRECE, fer de lance de la Nouvelle droite incarnée par Alain de Benoist.

gf-colooriginal.jpgAprès une quinzaine d’années de recul, Faye refit surface à la fin des années quatre-vingt-dix, alors que le mouvement identitaire, ou du moins ses idées, prenait une nouvelle orientation, se définissant de moins en moins comme « national-révolutionnaire » et davantage comme « identitaire ». La transition d’Unité radicale (UR) en Bloc identitaire, bien que causée par la dissolution d’UR illustre à merveille ce changement qui fut loin d’être superficiel.

Un des acteurs clefs de cette métamorphose fut sans conteste Guillaume Faye qui avec des essais et articles chocs remit de l’avant l’ethnicité au centre du combat. Refusant toute œillère, toute limite au débat, il prit le taureau par les cornes et appela un « chat » un « chat », alors que tant d’auteurs tournaient autour du pot pour éviter la diabolisation et l’ostracisme. Oui, le système était corrompu, américanisé, atomisé, mais le danger numéro un était la submersion migratoire, qui « s’accomplit autant par les maternités que par les frontières ouvertes ».

Avant que Renaud Camus n’invente le terme Grand remplacement, Faye avait déjà bien théorisé le phénomène. Avant que Merkel, Sarkozy et Blair n’admettent l’échec du multiculturalisme, Faye l’avait bel et bien énoncé.

Les troubles ethniques, la délinquance et l’émergence d’un Islam radical étaient en fait les prémices d’affrontements ethniques à venir. Bien avant les émeutes de 2005, il envisageait la recrudescence de ces actes, conséquences d’une assimilation impossible, car « une République, un Empire, un Royaume ne peuvent fédérer des peuples que si ces derniers sont ethniquement apparentés ».

gf-coloGB.jpgAux discours et à la vision métapolitique véhiculée par ses compatriotes, Faye opposait la dure réalité. Les conflits ethniques et la submersion migratoire n’auraient rien à voir avec les débats académiques opposant les tenants de la Révolution conservatrice contre les adeptes d’un socialisme européen. Cet intellectualisme minant le camp national était pour lui une tare. Les grands mots ne changeraient rien quand la situation dégénérerait.

Tout partait d’abord et avant tout du fait ethnique, de la survie des peuples européens qui est menacée sur leurs territoires ancestraux, leurs derniers retranchements. Le reste n’était que discussion stérile sur le sexe des anges.

Maintenant que l’on sait que dans les prochaines décennies les peuples européens seront minoritaires dans leurs propres pays, les prédictions de Faye ne tiennent plus des prophéties hypothétiques, mais bien d’une simple constatation.

Pourtant, il nous lançait un appel dans La colonisation de l’Europe, nous enjoignant de ne pas baisser les bras et de choisir l’action, la préparation des jours à venir : « Mais ne soyons pas excessivement pessimistes : la mémoire, l’identité et la volonté d’un peuple peuvent retrouver parfois des rejaillissements inattendus si une minorité rebelle maintient la flamme et procède, les temps venus, à un nouvel embrasement. »

Voilà ce qui à mon sens doit être retenu de l’œuvre de Faye, une œuvre brûlante par sa passion et par l’urgence qu’elle transmet.

L’Archéofuturisme de Guillaume Faye, éditions de L’Æncre, collection « Politiquement incorrect », dirigée par Philippe Randa, 266 pages, 31 euros. Pour commander ce live, cliquez ici.

L’Archéofuturisme de Guillaume Faye (Éd. L'Æncre).

L’Archéofuturisme de Guillaume Faye (Éd. L’Æncre).

samedi, 27 avril 2019

Guillaume Faye, un éveilleur : sa vie, son œuvre

Une conférence de Pierre-Emile Blairon

Ex: https://liguedumidi.com

Bonsoir, mes amis,

Merci de votre présence, merci à Richard Roudier de m’avoir invité pour évoquer le souvenir de l’un de nos plus chers amis disparus dans la nuit du 6 au 7 mars 2019 : Guillaume Faye ; c’est le 13 mars, dans un petit cimetière du Poitou, un jour pluvieux et triste, parmi des gens que je n’avais pas revu depuis des années, que je me suis posé la question :

Qu’est-ce qu’un ami ?

c’est quelqu’un à qui on ne demande rien, qui ne demande rien, dont on n’a pas besoin, qui n’a pas besoin de vous, que vous pouvez voir tous les jours ou tous les trois ans, mais qui est toujours là en permanence et dont on sait qu’il a une vie parallèle à la vôtre, qu’il a les mêmes réactions que vous sur tel sujet alors qu’il est à l’autre bout de la planète, c’est votre double, pas besoin de regarder sa photo, il suffit de se regarder dans une glace. Vous me direz, à quoi ça sert alors, un ami  ? ça sert à savoir que vous n’êtes pas seul au monde même quand ce que vous aimez le plus au monde, c’est votre solitude ; mais, dans notre milieu, un ami, c’est encore plus que ça ; parce que nous ne participons pas du monde tel qu’il est, parce que nous le rejetons et qu’il nous le rend bien ; parce que nous sommes une toute petite minorité de gens lucides et conscients ; l’amitié, dans le monde que nous vivons, c’est une fraternité d’êtres différenciés, comme disait Evola, les hommes qui restent debout parmi les ruines et, parce qu’ils sont lucides et conscients, souffrent plus que les autres de voir leur pays, l’une des cultures qui a apporté le plus au monde rabaissée au rang d’une république bananière, de voir un patrimoine européen vieux de plusieurs milliers d’années abandonné par ceux qui sont en charge de le préserver, voir le sol de leurs ancêtres souillé par des hordes de populations non-européennes qui ne respectent pas la terre qui les accueille.

Les Occidentalistes

Je suis de la génération de Richard ; pour situer, j’avais 20 ans en 68 ; nous avons commencé à militer à la fin des années 60 ; pour la plupart d’entre nous, nous n’avions pas des idées bien formées ; nos références dataient de l’après-guerre mondiale ou de la guerre d’Algérie, nous étions nationalistes ou régionalistes, par atavisme et par intuition, mais nous n’avions pas de solide formation politique ou doctrinale, encore moins spirituelle, nous étions alors ce qu’on appelle des activistes, des militants de terrain. Nous avions surtout des modèles, des héros de l’histoire récente comme le capitaine Sergent, capitaine de la Légion, l’un des responsables de l’OAS, qui avait fondé le MJR, Mouvement Jeune Révolution où j’ai milité, après Occident et avant Ordre nouveau.

Nous étions alors des « occidentalistes », comme le nom même du premier mouvement militant auquel j’ai appartenu l’exprime, Occident, c’est-à-dire : la nation + l’Europe + l’Amérique, voire, pour certains, + Israël.

C’est lorsque j’ai appris, notamment grâce à Guillaume, à séparer l’Europe de l’Occident que je suis devenu un Européen régionaliste. Nous étions anti-marxistes, anti-gaullistes, anti-immigration, en fait plutôt anti tout que pro quelque chose, nous étions bien jeunes, bien ignorants et bien rebelles, mais nous avions déjà repéré quelques dysfonctionnements de l’époque et je me souviens de l’un des slogans d’Ordre nouveau : 3 millions d’immigrés = 3 millions de chômeurs, ce même slogan qu’on pourrait reprendre, en le multipliant par 5 : 15 millions d’immigrés=15 millions de chômeurs, ça doit d’ailleurs correspondre aux véritables chiffres qu’on nous cache.

Ceux qui militaient à l’époque dans ces groupes « natios » étaient au moins aussi contestataires de la société bourgeoise que leurs ennemis gauchistes de l’époque, les petit-bourgeois, fils de grands bourgeois, qui ont lancé la rébellion de mai 1968 ; la plupart des leaders de mai 68 sont maintenant aux postes-clés de cette société capitaliste et uniformiste qu’ils dénonçaient. Il faut dire que, de notre côté, très peu ont conservé les convictions de leur jeunesse ; la grande majorité de ceux qui militaient avec nous est rentrée dans le rang et s’est fondue dans la masse ; seule, une petite élite a continué le combat militant, les éveilleurs sont issus de cette petite élite.

C’est à cette même époque, vers 1968, qu’est apparu un groupe qui s’est appelé d’abord Europe Action, fondé par Dominique Venner, groupe issu, lui aussi, en partie de l’aventure algérienne, quand je dis « aventure », c’est au sens noble, je devrais dire plutôt épopée ; c’est avec eux et grâce à eux que, pour la plupart d’entre nous, nous avons alors reçu nos premières et solides formations politiques et métapolitiques ; et, à mon avis, ce qui est le plus important, c’est grâce à ce groupe que nous avons été confrontés à notre véritable identité, notre passé préchrétien de Gaulois, nous avons rencontré nos racines ; la base était alors construite, il ne restait plus qu’à construire la maison. Ce qui sera fait essentiellement par celui dont aujourd’hui nous célébrons la mémoire, Guillaume Faye.

nationalism.jpg

L’émergence d’un diable de sa boîte

C’est des rangs de ce groupe Europe-Action, lui-même en partie issu de la FEN, Fédération des étudiants nationalistes, qui s’est bientôt appelé GRECE, Groupe de Recherches et d’Etudes pour la Civilisation Européenne, puis « pour la Culture Européenne », qu’a émergé, je dirais plutôt surgi, tel un diable de sa boîte, un jeune homme fringant, bien mis, découvert par Venner, et qui a renversé les tables, toutes les tables, même celles de la Loi, avec sa fougue et son talent ; il se trouve que j’avais fait mes études à Aix, et que j’y suis resté pour y vivre, et le lieu de rencontre estivale du groupe était une grande maison, la Domus, près d’Aix-en-Provence. C’est là que j’ai rencontré pour la première fois celui qui allait devenir le brillant porte-parole de ce qu’on appellera plus tard la « Nouvelle droite » et son inventif théoricien. Je me souviens que, déjà, à l’époque, il n’était pas seulement un intellectuel ; il avait aussi le don du théâtre et de la farce et il nous enchantait avec des saynètes qu’il improvisait pour nous faire rire.

Mais plus de 40 ans après, l’Histoire émet son verdict : Guillaume Faye était bien plus que ça.

Guillaume Faye, un éveilleur

Guillaume Faye était un éveilleur. Les éveilleurs sont des hommes qui viennent de cet autre monde parallèle au nôtre, un monde immanent, immuable, permanent, pour accomplir une mission. Ces hommes-là n’ont pas d’autre préoccupation que de transmettre leur savoir et leur énergie ; leur vie entière est consacrée à cette transmission. Les éveilleurs apparaissent à des périodes critiques de l’Histoire, lorsque tout est chamboulé, que toutes les valeurs sont inversées, que la situation semble désespérée ; ils font passer leur mission avant leur propre personne, leur intérêt personnel, leur confort ; leur règle d’or est celle-ci : fais ce que tu dois, sans préjuger de la réussite. La famille des La Rochefoucault en avait fait sa devise : « Fais ce que dois, advienne que pourra ».

J’ai eu la chance de connaître les principaux éveilleurs français contemporains, certains qui furent mes amis et qui le sont toujours, je pourrais citer, outre Guillaume, Marc Augier, que j’ai rencontré quelques temps avant sa mort à Lyon, Jean Mabire, Robert Dun, de son nom véritable Maurice Martin, Pierre Vial que je rencontre régulièrement, tout comme Paul-Georges Sansonetti ; et vous avez la chance dans votre région d’avoir toute une famille d’éveilleurs, ce qui n’est pas banal, les Roudier ! Au moins deux générations de Roudier, de guerriers qui se battent comme des lions pour notre cause.

Guillaume Faye possédait toutes les caractéristiques de l’éveilleur, comme tous ceux que je viens de citer.Un éveilleur est d’abord un transmetteur, il peut être un exemple, un modèle, voire un maître, mais ce n’est pas un gourou.

Ce n’est pas un intellectuel non plus, tel qu’on l’entend de nos jours, un éveilleur n’est pas là pour perdre son temps à des discussions sans fin sur le sexe des anges ; un éveilleur est un réaliste, même s’il peut apparaître comme mystique. Il a une mission qu’il connaît et qu’il doit accomplir, il est sur cette terre dans cet unique but. Tout le reste n’est que contingence accessoire. Quand il parle ou quand il écrit, il n’emploie pas des mots que personne ne comprend, comme ces pseudo-intellectuels qui ont besoin de pratiquer un quelconque jargon pour faire croire qu’ils sont intelligents, ou pour bien faire comprendre au petit peuple qu’ils font partie d’un cénacle fermé, c’est ridicule et pathétique ; l’éveilleur n’a pas besoin de ces artifices. Il ne cherche pas à se distinguer par la recherche de la nouveauté à tout prix, de toutes façons, il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

gfsysteme.jpgCe n’est pas un philosophe, autoproclamé ou pas, même s’il est amoureux de la sagesse, comme l’indique le mot lui-même, mais ce mot a subi tellement d’avatars qu’il ne veut plus dire ce qu’il exprime.

Un éveilleur n’est pas un « rebelle » : les rebelles sont toujours des pseudo-rebelles, pas plus rebelles que leurs mèches qu’ils rejettent en arrière avec affectation, rebelles de salons… de coiffure, velléitaires qui se donnent des frissons à bon compte mais qui tiennent avant tout à leur confort matériel et à leur image de marque. Un éveilleur n’est pas un rebelle, c’est un révolutionnaire.

Un éveilleur est un homme simple, modeste, il n’a pas besoin de se mettre en avant ; seuls, les personnes qui se sentent en situation d’infériorité ont besoin de se hausser du col. Il est complètement dépourvu de vanité, il ne souffre pas de narcissisme ni d’ego surdimensionné, car cet état est une véritable maladie, une pathologie bien définie par la science médicale dont sont atteints la quasi-totalité des individus appartenant aux classes dirigeantes. Quand je parle de classes dirigeantes, je ne pense pas seulement aux politiques, mais aussi aux médias, aux syndicats, aux magistrats, aux banksters, aux ONG, aux publicitaires, aux associations, aux multinationales, aux saltimbanques, etc.

Un éveilleur peut s’exprimer de différentes façons, selon son caractère ou les dons que les divinités ont mis à sa disposition pour transmettre le message qu’elles lui ont confié. Guillaume était, entre autres, un éveilleur provocateur.

Guillaume le provocateur

Guillaume Faye a été traité de provocateur, notamment par Martial Bild, lors de sa dernière intervention télévisée, dans un entretien accordé à TV Libertés. Ce à quoi Guillaume a répondu : « mais je suis là pour provoquer ; provocation, c’est un mot qui vient du latin provocare : inciter les autres à vous répondre, à réfléchir. » En quelque sorte, l’éveilleur Faye voulait vérifier sur-le-champ le résultat de son travail, un éveilleur, comme son nom l’indique consiste à réveiller les hommes endormis, à balancer un grand seau d’eau sur la tête de celui qui dort. C’est aussi celui qui empêche un homme perdu dans un désert de glace en haute montagne, par exemple, de s’endormir, celui qui s’endort dans un tel contexte est un homme mort. Et nous sommes dans ce contexte. A l’heure actuelle.

Je me souviens d’avoir été expulsé d’un restaurant en compagnie de Guillaume parce qu’il émettait haut et fort des considérations qui n’étaient pas du tout politiquement correctes et les gens de la table à côté, après avoir essayé de le faire taire, ce qui l’a mis encore plus en forme, ont demandé au tenancier du bistrot de nous faire sortir sous peine d’appeler la police, forts de leur bon droit, du sentiment qu’ils avaient d’être dans la bien-pensance universelle. Ce qui s’est passé, parce que le bistrotier ne voulait pas de scandale, parce qu’il nous a demandé gentiment de déguerpir, ce que nous avons accepté, tout aussi gentiment. A ma connaissance, Guillaume ne s’est jamais fait casser la figure, ce qui aurait pu lui arriver plusieurs fois mais je me suis aperçu – parce que, à son exemple, je continue encore à pratiquer ce type de provocation avec d’autres amis – je me suis aperçu que les gens sont trop timorés pour oser répliquer, ils se demandent qui sont ces vieux fous avec ces drôles d’idées, et puis parce qu’ils n’ont pas d’arguments. La propagande antiraciste a fait des ravages sur les Français. Ils sont atones, muets, décérébrés, ahuris.

C’est l’un de mes désaccords avec Guillaume : la thèse d’un sursaut révolutionnaire global des Français qu’il soutient dans son dernier livre, La Guerre civile raciale ; je crois, moi, que les Français sont trop anesthésiés pour se révolter ; la révolte des Gilets jaunes n’aborde jamais, ou très peu, le problème crucial de l’immigration parce que c’est un sujet tabou. Il y a eu juste quelques manifestations contre le Pacte de Marrakech pendant une courte période. Je crois plutôt que le réveil, si réveil il y a, se fera grâce à une minorité d’hommes différenciés, lucides et combatifs, qui combattront sans états d’âme. Mais, bien sûr, je peux me tromper et il peut avoir eu raison. L’avenir très proche nous le dira, nous n’allons pas attendre bien longtemps pour le vérifier. Sans sursaut révolutionnaire, nous allons disparaître physiquement, sauf à nous enfuir vers un pays de l’Est.

Un talent aux multiples facettes

Le génie de Guillaume Faye s’est exprimé de différentes façons et à diverses époques. Mais la structure de sa pensée est homogène ; quoiqu’on en ait pensé, il ne s’est jamais contredit.

On pourra remarquer, à travers les choix stratégiques qu’il a faits tout au long de sa vie et qu’il a martelés dans son œuvre, une évolution qui s’est faite du haut vers le bas, du concept idéologique vers la réalité du terrain. Guillaume Faye était un militant de terrain : toute son œuvre ne vise, finalement, qu’à suggérer les solutions d’urgence et à définir les modalités nécessaires à leur application réaliste et efficace. Guillaume se réclamait d’Aristote, ce philosophe pour lequel tout devait être démontré.

Guillaume s’est investi dans de nombreuses activités très différentes où il a excellé dans chacune d’entre elles.

C’était d’abord un orateur brillant et passionné, son discours souvent improvisé était marqué par des fulgurance géniales qu’il découvrait en même temps que le public et dont il s’émerveillait lui-même ; la plupart des conférenciers ont besoin de suivre une trame, comme moi qui suis incapable de parler sans notes, à moins d’oublier la moitié de ce que je m’étais promis de dire ; un bout de papier suffisait à Guillaume, et encore faut-il rappeler que je ne l’ai pas vu démarrer une conférence sans une bonne dose de son carburant préféré, bière ou vin.

Skyman-Faye-min.jpgPendant une période qui a quand même duré dix ans, de 1987 à 1997, Il a été un animateur de radio reconnu sous le nom de Skyman, et aussi de télévision sur France 2 où il imaginait des canulars dans l’émission Télématin. Il a aussi, pendant cette même période, collaboré à des revues de bandes dessinées comme L’Echo des savanes, en compagnie d’auteurs plus ou moins déjantés généralement situés à l’extrême-gauche.

Il reprendra ses activités militantes de conférencier, de journaliste et d’auteur en 1997, quand il réintégrera le GRECE, après en avoir été séparé pendant dix ans. En ce qui concerne son activité littéraire, outre ses très nombreux articles dans diverses revues de la mouvance, il a écrit 28 livres en trois périodes, la première de 1981 à 1987, la deuxième hors circuit métapolitique de 1987 à 1997 et la troisième de 1998 à sa mort ; il sera une nouvelle fois exclu du GRECE en 2000. A cause de la parution de son livre La Colonisation de l’Europe qui aurait été jugé trop politiquement incorrect pour la direction du GRECE.

Il y a une logique chrono-logique dans le déroulement de sa production littéraire : la première période correspond à l’élaboration d’un corpus doctrinal avec son premier livre : Le Système à tuer les peuples paru en 1981 et avec un livret très intéressant qui s’appelle L’Occident comme déclin paru en 1984.

La deuxième période présente pour nous moins d’intérêt, sauf pour les passionnés de BD.

La troisième période va voir arriver un char d’assaut avec L’Archéofuturisme et les premiers pamphlets contre l’islam, comme La Colonisation de l’Europe, paru en 2000, pamphlets qui vont devenir, dans son dernier livre, La Guerre civile raciale, un réquisitoire contre l’invasion de l’Europe par les masses musulmanes du Maghreb et de l’Afrique noire sub-saharienne.

L_Archeofuturisme.gifLa pensée de Guillaume suivait très exactement l’évolution de la situation et il réagissait comme un général sur un champ de bataille, un général qui maîtrise l’ensemble des paramètres minute après minute et qui prend des décisions que la plupart de ses subordonnés ne comprennent pas. Ses lecteurs et ses amis ont souvent été désarçonnés par ce qu’ils croyaient être des revirements ; il n’en était rien ; Guillaume Faye se portait à l’assaut exactement là où les défenses faiblissaient et là où elles avaient besoin de renfort. Petit à petit, il a pointé très exactement – comme une « frappe chirurgicale » – le danger le plus important, écartant tous les autres et préconisant des alliances momentanées, avec Israël d’abord, ce qui n’a pas plu à tout le monde ; le danger auquel on devait prêter toute notre attention et tous nos efforts étant le Grand remplacement des populations européennes par des populations africaines manipulées et rassemblées par la religion musulmane. Dans son dernier livre paru post mortem, Guillaume ne fait plus la distinction entre islam et islamisme, il emploie donc le terme générique de « musulman ». J’ai acheté ce dernier livre à Daniel Conversano, son dernier éditeur, qui l’a tiré du coffre de sa voiture, dans l’enceinte même du cimetière où a été inhumé Guillaume. C’était encore une façon de lui rendre hommage.

Les grands thèmes de l’œuvre de Guillaume Faye

On peut dégager de l’œuvre de Guillaume Faye quelques grands thèmes qu’il a portés en lui tout au long de sa vie et qu’il a répété dans presque chacun de ses livres et de ses interventions ; c’est une constante qu’on trouvera chez tous les artistes et tous les auteurs qui ont un message à transmettre ; ils vont le marteler pour que ça rentre bien dans la tête, dans les yeux, dans les oreilles. Nous avons fait nôtres la plupart de ces thèmes qui constituent l’essentiel de nos combats et de nos conversations.

La lutte contre l’uniformisation et le mondialisme :

Dans les années 70, c’était surtout les Etats-Unis qui nous imposaient leurs diktats marchands et leur société du tout-à-jeter ; le règne de la quantité s’est étendu à l’ensemble de la planète.

Le clivage gauche-droite qui subsistait encore à la fin du siècle dernier n’est plus de mise ; nous avons pris conscience que la lutte se situait entre deux pôles extrêmes : les mondialistes contre les identitaires, l’uniformisation du monde contre la préservation des terroirs, la nature contre l’artificiel, le localisme contre la zonification des espaces.

gfndne.jpgL’Europe

Pour Guillaume Faye, l’Europe ne représente pas seulement la puissance qui a façonné le monde par sa créativité et son génie technique. Elle est aussi, dans la diversité de ses peuples, le dernier drapeau du monde blanc. La première chose à faire et qui fut faite essentiellement par Guillaume était de bien distinguer le monde occidental, qui allait devenir celui de Big Brother qui nous prépare un gouvernement mondial, du monde de la Tradition plurimillénaire, celui des racines sans lesquelles rien ne peut croître. L’Europe, non pas celle de Bruxelles, qui n’est qu’un relais de ce mondialisme, mais la véritable Europe du sang et du sol, celle du monde blanc qui se dresse contre le monde gris des mondialistes, des marchands et des esclaves.

L’ethnomasochisme

Ce terme a été inventé par Guillaume et il est passé dans le langage, je ne dirai pas courant, mais averti, le langage de ceux qui tiennent à bien définir les comportements ; les Européens ont été soumis à une propagande intensive qui a consisté à leur enlever tout sentiment de fierté de leur propre histoire, de leur culture, de leur patrimoine, de la beauté de leurs peuples, de la beauté de leurs créations, de la beauté de leurs femmes, de la beauté de leurs paysages, de la beauté tout court. Ils se sont laissés prendre à ce piège morbide qui ne vise qu’à les faire disparaître, étape par étape, les privant de toutes leurs raisons de vivre et les acculant au suicide comme c’est le cas pour nos paysans.

La convergence des catastrophes

Guillaume Faye, à la suite du mathématicien français René Thom, établit la menace d’une convergence des catastrophes, catastrophe démographique, catastrophe épidémique, catastrophe naturelle, guerres, famines, catastrophes écologiques, suicide des peuples, etc.

gfccat.jpgLa convergence des catastrophes a des racines plus anciennes si l’on se reporte à un temps plus long, dans l’histoire sacrée des dieux plutôt que dans l’histoire récente des hommes, l’histoire profane. Toutes les anciennes traditions qui fonctionnent selon le système cyclique ont évoqué ce type de catastrophes ultimes dans le passé ; il suffit de lire Eliade, Daniélou, Evola ou Guénon pour s’en convaincre. La convergence des catastrophes, pour nos anciens, se manifeste par une conjonction de cycles astrologiques, les petits s’emboîtant dans les grands et qui, à un moment, se rejoignent tous pour arriver à leur fin pour ensuite repartir de plus belle, tout comme les aiguilles d’une montre se rejoignent sur le 6 (le 666) pour remonter ensuite toutes ensemble à des vitesses différentes. Guillaume m’avait d’ailleurs fait la surprise – je ne sais pas si c’est pour me faire plaisir – de citer un de mes articles sur le sujet dans sa Convergence des catastrophes, qu’il avait signée Corvus, mais je doute qu’il ait été vraiment convaincu par les références appuyées aux anciennes traditions de ce texte. Il s’agissait d’un article de la revue Roquefavour que j’éditais à l’époque, article datant de 2004, que j’ai repris ensuite dans mon livre La Roue et le sablier.

L’archéofuturisme

Pour Guillaume Faye, L’Archéofuturisme, selon ce qu’il en dit en dernière de couverture de ce livre paru en 1998, est « un livre où il est exposé que nos racines ont de l’avenir si nous savons les métamorphoser et les projeter dans le futur. » On retrouve là une image intellectuellement élaborée d’un processus naturel : tout simplement le destin d’un arbre qui a besoin de ses racines pour croître et embellir avec ses feuilles et ses fleurs, ou une référence à la première invention humaine : le concept de la roue, un monde en mouvement qui tourne autour d’un moyeu immobile, gardien des valeurs éternelles. Politiquement, on peut rapprocher le concept d’archéofuturisme de celui de conservateur-révolutionnaire, qui paraît antinomique mais qui est la condition même de la vie humaine.

A signaler que Julius Evola s’était investi en tant que peintre futuriste dans ce mouvement éponyme créé par le peintre italien Marinetti.

tech.jpgLa technoscience

Guillaume prônait les vertus de la technoscience. Il est vrai que l’Europe a donné au monde la technique, sorte de prothèse artificielle visant à remplacer les attributs que les hommes ne possèdent pas (ou ne possèdent plus) naturellement. Cette frénésie technologique a envahi toutes nos sphères de vie, du plus petit électroménager jusqu’aux fusées Ariane dans des conditions qui n’ont pas toujours été guidées par le sens de la mesure qu’affectionnait Guillaume en tant que disciple de Socrate, et cette dernière affirmation est vraie, même si elle peut faire sourire à son propos. Guillaume avait élaboré une sorte de philosophie pré-transhumaniste romantique exaltant ce génie technique européen mais, ce faisant, il gommait le danger véritable du schéma transhumaniste visant à transformer l’Homme en une sorte de robot obéissant à quelques savants fous financés par quelques milliardaires tout aussi dérangés qui dirigent la planète. Tout comme il s’était fait le chantre des valeurs surhumanistes et prométhéistes qui nous ont conduits à la froide technocratie de nos élites et au gigantisme sans âme de nos villes.

L’islam

Guillaume avait donc bien désigné l’Islam, tout au long de son œuvre, comme l’ennemi prioritaire, dont il faut se débarrasser de toute urgence ; l’islam qui n’est pas seulement une religion, mais tout un système totalitaire qui règle chaque geste des croyants et qui est investi d’une mission prosélyte et de soumission de la terre entière à ses vues, ce qui définit l’islam comme une secte dangereuse.

Sa vie

Il me reste à évoquer la vie de Guillaume qui n’a pas été un long fleuve tranquille.

J’ai écrit dans un article après sa mort : « C’était un météore, brûlant sa vie de mille feux. Un météore est un corps céleste qui ne touche jamais terre et qui disparaît en se consumant. »

Issu de la grande bourgeoisie, il en rejettera très vite les « idéaux conformistes et matérialistes » comme il le disait lui-même. Dès lors, sa vie sera continuellement en butte aux jalousies et injonctions de rentrer dans le rang ; « les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux », chantait Georges Brassens. Il faut dire que Guillaume Faye n’a rien épargné aux bourgeois et aux censeurs, lesquels n’ont pas manqué de le lui rendre.

Il était diplômé de Sciences-Po et s’était engagé très vite dans la métapolitique puisqu’il n’avait que 21 ans lorsque Dominique Venner l’a appelé au sein du GRECE en 1970 ; ce qui fait qu’il n’a jamais eu la possibilité d’envisager une vie rangée dépourvue de soucis matériels que sa vive intelligence et sa culture auraient tôt fait de porter à de hautes fonctions. Mais l’a-t-il voulue, cette vie paisible ?

La seule fois où il aurait pu composer avec le Système, c’est lorsque sa brouille d’avec le GRECE en 1986 conduisit à la séparation et qu’il vécut sa parenthèse showbizz ; il n’a jamais voulu passer sous les fourches caudines de ce monde qu’il exécrait et, lorsqu’il l’a fait à cette occasion, il l’a fait de manière parodique, pour s’en moquer et se moquer de tous ceux qui participaient à sa pérennité.

D’après le long article que Robert Steuckers vient de faire paraître sur Guillaume, ceux qui l’ont appelé à s’investir corps et âme au sein du GRECE l’auraient gratifié d’un SMIC qui ne lui aurait jamais permis de s’autoriser quelque fantaisie que ce soit et je rajoute que ce n’est pas la vente de ses livres qui lui permettait de vivre décemment.

Un statut qu’il acceptait néanmoins car il lui permettait de développer en partie ses idées et d’accomplir sa mission.

Très vite, en effet, notre mouvance s’est aperçue du génie de Guillaume, de cette capacité de réinventer le monde à chaque instant, de s’adapter à ses aléas et de s’insérer harmonieusement à son mouvement perpétuel, ce qui constitue l’un des grands caractères de la culture celte dont Jean Markale avait si bien perçu les contours. Guillaume Faye était né à Angoulême, en pays charentais, pays des celtes Santons et Pétrocores, le 7 novembre 1949.

Guillaume-Faye-pour-le-cercle-georges-sorel-proche-dER-18-mai-2012-Paris-min.jpgSelon Pierre Vial et Robert Steuckers, les deux ruptures successives d’avec le GRECE l’ont traumatisé -.il n’a jamais abordé le sujet avec moi, par pudeur ? – son caractère impulsif peut l’avoir amené à blesser certaines personnes dans la fougue de ses réactions, mais il en prenait conscience et il le regrettait rapidement. Il est devenu alors un garçon fragile et vulnérable qu’on aurait dû protéger et non pas accabler.

Pierre Vial écrivait à son sujet : « Quand le divorce avec certains hiérarques de la Nouvelle Droite est devenu inévitable, il a été touché au plus profond de son être et nous avons été peu nombreux à nous en rendre compte. Il y avait en lui des blessures qui ne se sont jamais refermées. Les dérives dans lesquelles il s’est noyé, ensuite, ont largement là leur explication, j’en suis persuadé. »

Et Steuckers rajoutait : « Vial, en quelques phrases parfaitement ciselées, a bien mis le doigt sur le tréfonds de la problématique psychologique qui fut celle de la personne Faye, sur cette tristesse indicible et immense, inguérissable, qui l’avait transformé lentement et fait, du garçon généreux, joyeux et curieux qu’il était, un homme qui a basculé dans la farce pendant dix ans mais a voulu en sortir, un homme vieilli avant l’âge, miné par un mal sournois. »

C’est encore Robert Steuckers qui me donnera le mot de la fin lorsqu’il faisait remarquer que Guillaume était enterré dans le cimetière du vieux village sur la commune duquel s’est installé le site du Futuroscope. Archéo et futurisme. Tout un symbole !

Guillaume restera pour ses amis le bienveillant et jovial compagnon dont ils auront essayé de préserver, tant bien que mal, la fragile mais flamboyante destinée.

Pierre-Emile Blairon

Pierre-Émile-Blairon.jpgPierre-Émile Blairon réside près d’Aix-en-Provence.
Il partage ses activités littéraires entre deux passions :
– La Provence – il anime la revue Grande Provence, il a écrit deux biographies sur deux grands provençaux : Jean Giono et Nostradamus et Le Guide secret d’Aix-en-Provence.
– Les spiritualités traditionnelles – Il anime la revue Hyperborée qui se consacre à l’histoire spirituelle du monde et à son devenir. La Roue et le sablier résume la vue-du-monde de l’auteur et des collaborateurs de la revue.

vendredi, 05 avril 2019

N'oublions jamais GUILLAUME FAYE !

gf-DAjeune-sanguin.jpg

N'oublions jamais GUILLAUME FAYE !

Salut les amis ! Je sais que vous m'attendiez mais je reviens pour une mauvaise nouvelle. Guillaume Faye, intellectuel identitaire est décédé. C'était l'un de mes mentors et aussi un ami. Je ne vous demande pas de liker cette vidéo, ni de commenter, ni de la partager. Mon but n'est pas de surfer sur la mort de Guillaume mais, au contraire, c'est ma manière de lui rendre hommage. Tu resteras à jamais dans mon coeur mon ami Guillaume. C'est en te lisant que nous nous rappellerons à quel point tu avais de l'avance sur ton temps, à quel point tu as été une Cassandre pour les générations à venir. Repose en paix Guillaume Faye !
 
L'hommage de VV en fin de vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=BTPMn...
 
Pour se procurer les livres de Guillaume Faye : https://www.amazon.fr/Livres-Guillaum...
 
Pour se procurer son dernier livre "Guerre Civile Raciale" : https://guillaume-faye.fr/
 

dimanche, 31 mars 2019

Guillaume Faye (1949-2019)

gf-da-dix-vieuxportrait.jpg

Guillaume Faye (1949-2019)

par Georges FELTIN-TRACOL

Ex: http://www.europemaxima.com

Frappé par une longue et cruelle maladie, Guillaume Faye est mort dans la nuit du 6 au 7 mars 2019. Il venait juste d’achever Guerre civile raciale, son testament politique. Cet incontestable agitateur des idées de la fin des années 1970 jusqu’à sa disparition interrompit toute action métapolitique entre 1987 et 1998. Il travailla alors au magazine satirique L’Écho des Savanes et réalisa en tant que Skyman « le vengeur masqué » des canulars téléphoniques à la radio.

Avec son retour métapolitique tonitruant en 1998, Guillaume Faye prend des positions contraires à son engagement antérieur. L’idée européenne demeure cependant un axe fort de sa réflexion. Dans Mon programme (Éditions du Lore, 2012), il constate que « l’UE détruit l’Europe et chacune de ses nations. Il faut refonder l’idée européenne (p. 37) ». Déjà, en 1985, il jugeait que « l’Europe, au fond, n’a jamais vraiment existé. Ce n’est pour l’instant qu’un mythe que bien des puissances dans le monde ont intérêt à ne jamais voir se réaliser. La France, qui a tenté à plusieurs reprises dans son histoire de porter ailleurs ce mythe impérial parce que, depuis fort longtemps, elle le porte en elle-même mais ne peut pas le réaliser pour elle, trouve là, peut-être, pour la première fois depuis bien longtemps, le sens profond de sa mission (« La France en Europe », dans Actes du XIXe colloque national du GRECE, Le Labyrinthe, 1985, p. 70) ». Il avait très tôt compris la nécessaire concordance entre la France et l’Europe. « “ Je suis Français parce qu’Européen ”. […] L’identité culturelle européenne doit conditionner l’identité française et l’englober (Idem, p. 63). » Il avançait même qu’« il appartient à la France d’être le point de départ, l’initiatrice d’une nouvelle forme d’unité européenne. […] Veilleur de l’Europe, notre pays doit aussi et par conséquent en être l’éveilleur. […] La fonction de la France est d’être le détonateur de l’Europe (Id., pp. 57 – 58) ».

Auteur d’un Nouveau discours à la nation européenne (Albatros, 1985) préfacé par Michel Jobert, Guillaume Faye pense toutefois que « l’Europe […] n’est qu’en décadence (« Dans les replis du déclin : la métamorphose », dans Actes du XVIIIe colloque national du GRECE, Le Labyrinthe, 1985, p. 70) », car elle « ne souffre que du “ mal d’Occident ”. Qu’elle se dégage, en une faustienne auto-transformation, de cette civilisation et de cette tradition qu’elle a elle-même fondées, et qu’elle suive la voie – tragique et infidèle – de son destin, et elle connaîtra, comme toujours, une renaissance, un “ miracle ”. Je crois profondément que l’Europe est immortelle si les Européens se remettent à croire que leur tradition est inscrite dans l’avenir. Nous traversons en ce moment une de ces nuits que nous avons souvent connues dans notre tumultueuse histoire et dont nous sommes toujours sortis au prix d’une extraordinaire mutation de nous-mêmes (Id., p. 72) ».

Il relève par ailleurs que « géopolitiquement située au centre des terres émergées, dotées de la plus grande densité de savoir-faire et de capital technologique, elle constitue un objet de convoitise permanent (« Faire éclater le Système », dans Actes du XVIIe colloque national du GRECE, Le Labyrinthe, 1984, pp. 26 – 27) », d’où ses appels incessants à fonder une Europe vraiment politique. Dans Mon programme, il propose une union confédérale des gouvernements d’Europe favorable à « la création progressive d’une Communauté européenne de Défense (CED) destinée à se substituer à terme à l’OTAN et comprenant deux volets : un état-major central de coordination des forces armées de l’Union, l’Organisation du pacte européen de défense (OPED) et, en plus des armées nationales, l’Euroforce, une force armée européenne commune intégrée (p. 49) ». Puisque « le bouclier nucléaire américain est un leurre (Mon programme, p. 186) », « tout agresseur extérieur contre un pays membre de l’UE est suceptible de subir une riposte nucléaire française (Id.) », ce qui reviendrait à sanctuariser l’Europe par la France… Sachant que le diable porte pierre, Emmanuel Macron aurait tout intérêt à découvrir l’œuvre de Guillaume Faye.

Celui-ci affine encore sa vision de l’Europe dans L’Archéo-futurisme (L’Æncre, 1998) et dans Pourquoi nous combattons. Manifeste de la Résistance européenne (L’Æncre, 2001). Si pour lui, « l’Europe est notre véritable patrie, culturelle, historique, ethnique, civilisationnelle, qui surplombe et englobe les patries nationales ou les patries charnelles. Il s’agit de faire enfin de l’Europe un sujet de l’histoire (Pourquoi…, p.121) », il la dissocie de l’Occident moderne au nom d’un paradigme géopolitique continental révolutionnaire, l’Eurosibérie, soit « l’espace destinal des peuples européens enfin regroupés, de l’Atlantique au Pacifique, scellant l’alliance historique de l’Europe péninsulaire, de l’Europe centrale et de la Russie (Id., p. 123) ». Cette vision ne se confond pas avec l’eurasisme.

Il prévenait enfin dès 1981 que « le grand conflit des temps à venir n’opposera plus le capitalisme au socialisme, mais l’ensemble des forces nationales, culturelles, ethniques, à la machine cosmopolite du Système occidental, qui substitue aux territoires ses “ zones ”, aux souverainetés ses régulations économiques, aux cultures son dressage de masse (« Les systèmes contre les peuples », dans Actes du XVe colloque national du GRECE, Le Labyrinthe, 1982, p. 45) ». La Grande Nation européenne aurait dû dès lors se trouver en première ligne, car « la raison d’être d’un peuple, c’est de laisser sa marque dans l’histoire, dans l’espace continental et dans l’espace du temps, qui est aussi celui de l’esprit. Nous voulons laisser une trace (Id., p. 54) ». Malgré l’incroyable silence des médiats officiels toujours prompts à saluer la mémoire du premier histrion venu, il ne fait guère de doute que Guillaume Faye laissera lui aussi une trace qui conduira vers l’aurore tant attendue du Grand Midi boréen.

Georges Feltin-Tracol.

• Chronique n° 24, « Les grandes figures identitaires européennes », lue le 26 mars 2019 à Radio-Courtoisie au « Libre-Journal des Européens » de Thomas Ferrier.

vendredi, 29 mars 2019

Au revoir, Guillaume Faye, après 44 ans de combat commun !

GF-rsse-titre.jpg

Robert Steuckers :

Au revoir, Guillaume Faye, après 44 ans de combat commun !

J’ai appris le décès de Guillaume Faye, peu avant midi, à la Gare de Lyon, au moment de partir en mission à Genève, où se tenait une réunion patronnée par Maître Pascal Junod et un colloque de « Résistance Helvétique », sous la direction de David Rouiller et où j’allais rejoindre Pierre Krebs et Tomislav Sunic. Je n’ai pu m’empêcher de penser à un détail qui m’est revenu soudainement à l’esprit : j’ai appris sa mort à l’endroit même où il fut photographié pour le Figaro Magazine en compagnie de Roger Lemoine, alors Président du G.R.E.C.E. : l’hebdomadaire de Louis Pauwels le présentait comme celui qui allait faire un Tour de France pour vendre la « nouvelle droite », alors en plein envol.

az-sc.jpgPersonnellement, j’ai vu Guillaume Faye pour la première fois à Lille, en 1975, alors qu’il prononçait une conférence sur la dangereuse dépendance énergétique de l’Europe. Ses arguments étaient factuels, concrets, et me rappelaient un auteur célèbre que j’avais déjà intensément pratiqué au sortir de l’adolescence : Anton Zischka (1904-1997). J’avais lu plusieurs de ses ouvrages, trouvés chez des bouquinistes ou lus dans la bibliothèque du patron de mon père, le Comte Guillaume de Hemricourt de Grunne (1888-1978). Pour un mémoire de fin d’études secondaires (en 1974), j’avais compulsé un ouvrage de cet auteur prolixe sur l’Europe centrale et orientale. Zischka parlait avec précision des faits de monde, sans fioritures idéologiques, et je viens de lire, quarante-cinq ans plus tard, qu’Ernst Jünger avait un jour vanté son style, avait écrit qu’il savait saisir l’essentiel et le communiquer à ses lecteurs, qu’il était un grand « synopticien » (ein grosser Synoptiker). Tel était aussi le Guillaume Faye des années 1970, qui avait un autre point commun avec Zischka : celui-ci pensait que les sciences et les techniques pratiques étaient capables de résoudre les problèmes politiques, géopolitiques et agro-alimentaires des peuples, à condition que l’on jette les « nuisances idéologiques » aux orties. Guillaume Faye en était persuadé même si, personnellement, dans la vie quotidienne, il ne savait pas utiliser des objets électriques, mécaniques ou techniques un tant soit peu sophistiqués. Je ne suis pas beaucoup plus fortiche que lui en ces domaines.

element-carré.jpgQuelques mois plus tard, je revois Faye dans une salle de l’hôtel Ramada, Chaussée de Charleroi à Saint-Gilles, en compagnie de Georges Hupin, Alain Derriks, Frédéric Beerens, Piet Tommissen, etc. Légèrement éméché, Guillaume brosse un résumé succinct de l’impérialisme américain et présente le nouvel axe de combat du G.R.E.C.E ., celui de l’anti-occidentalisme, annoncé dans le copieux numéro de Nouvelle école sur l’Amérique, dû essentiellement aux vues de Giorgio Locchi, qu’il considérait comme son maître. Allait suivre dans la foulée le numéro d’Eléments, titré « Non à la civilisation occidentale » et dont la couverture était rehaussée par la reproduction d’une belle et étonnante peinture d’Olivier Carré, représentant une statue de la Liberté en phase de décrépitude. L’anti-occidentalisme de notre vision du monde était lancé. Mes camarades et moi trouvions enfin des alliés pour ce combat que nous entendions bien entamer mais sans encore avoir mis de l’ordre dans nos intuitions. Faye arrachait ainsi la future « nouvelle droite » à toutes les ambigüités plus ou moins occidentalistes qui semblaient encore coller à son discours au début des années 1970. Ce ton déplaisait à une bande de snobinards libéraux qui venaient nous piler les agasses dans les réunions bruxelloises du premier G.R.E.C.E. belge et la légère ébriété de Faye, quand il avait parlé dans les salons du Ramada, les avait scandalisés, comme des rombières, laïcardes cette fois, qui entendent des propos graveleux. Fallait voir leurs bobines !

Pour nous, il était évident que la « nouvelle droite », qui ne portait pas encore ce nom, c’était cela : un môle de résistance à l’occidentalisme, à l’atlantisme, aux politiques de démission et de soumission que ces forces négatives induisaient partout en Europe et en Belgique en particulier. Nous exprimions ce rejet parce que nous n’avions pas digéré, à l’époque, l’affaire du « marché du siècle », où les pays du Bénélux et de la Scandinavie avaient opté pour le F16 américain au détriment des appareils Bloch-Dassault et Saab. Ce môle de résistance était repérable chez Jean Thiriart, qui avait abandonné le terrain politique et dont les bureaux étaient à un jet de pierre de la salle du Ramada, où Faye avait tonné son discours ; il était repérable aussi dans les écrits et les discours de Locchi et de Faye. Thiriart et son disciple Garcet nous avaient déjà avertis de la pusillanimité du gourou du G.R.E.C.E., dont les idées politiques avaient la « consistance d’un plat de macaronis cuits ». Les années suivantes nous confirmeront qu’ils avaient eu bien raison de s’en méfier… Toutefois, cette pusillanimité n’existait manifestement pas chez Faye et chez Locchi et c’est eux que nous entendions suivre et soutenir.

Giorgio_Locchi.jpgNous suivions donc essentiellement Faye, parce qu’il était clair dans ses discours et ses écrits, et nous apprîmes assez vite qu’il était devenu l’animateur principal du pôle « Etudes et Recherches » du G.R.E.C.E., pôle qui, en théorie, devait être le moteur principal de l’association dont les buts étaient officiellement de nature « métapolitique ». Nous entendons un premier discours de Faye (« Contre l’économisme ») au colloque du G.R.E.C.E. de 1978, le dernier où Giorgio Locchi a pris la parole. Faye me convie à participer au « Secrétariat Etudes et Recherches » (S.E.R.) début 1979, avant même que je ne sois devenu membre de l’association. Je me rends à Paris en juin 1979 pour assister à ma première réunion de ce  Secrétariat, où j’apprends, à ma grande déception, que Giorgio Locchi avait quitté le G.R.E.C.E., ne souhaitant plus collaborer avec lui, au motif (exact) que la stratégie d’entrisme dans les clubs feutrés et huppés des droites régimistes était prématurée donc vouée à l’échec. Son fils était venu l’annoncer et ses déclarations, ce jour-là, ont éveillé en moi une certaine méfiance, diffuse, à l’égard de l’association car, de fait, elle couvait en son sein des éléments hostiles au penseur italien, des éléments prêts à toutes les compromissions avec un régime détestable, des éléments qui ne pouvaient qu’être nuisibles ; l’avenir le confirmera. C’est ce jour-là que je fis la connaissance de Stefano Vaj, venu tout exprès de Milan.

En décembre 1979, le G.R.E.C.E. organise son colloque annuel avec pour titre « Contre tous les totalitarismes ». Quand vient le tour de Faye de prendre la parole, un ramassis de nervis fait irruption dans le Palais des Congrès de la Porte Maillot et ravage la salle des stands, blessant sérieusement Jean-Louis Pesteil, un collègue traducteur et germaniste, que je ne connaissais pas encore personnellement, ainsi que Grégory Pons, qui gardait un sourire moqueur tout en étant ensanglanté de la tête aux pieds et quelques autres participants. En entendant le bruit de la bagarre, Faye met le son de son micro au maximum et hurle son texte, pour que l’on ne perde rien de sa fougueuse rhétorique, tandis qu’une bonne part des auditeurs descendent des gradins pour courir sus aux énergumènes en fureur qui venaient troubler le colloque. Je descends aussi et je trouve une salle totalement détruite avec, au milieu, Alain de Benoist, cigarette mentholée à la bouche, hochant de la tête et marmonnant « c’est fou ! c’est fou !», sans se soucier des projectiles qui volaient en tous sens. Un ami anonyme arrache les pieds métalliques de quelques chaises et les distribue aux arrivants pour qu’ils s’en servent dans la bataille qui s’engage. J’en reçois un et je cours vers la mêlée, avec mon costume du dimanche, mais sans y parvenir : les assaillants sont repoussés grâce à Patrice de Plunkett qui a actionné la lance à incendie et arrosé de maîtres-jets les perturbateurs qui prirent la fuite en désordre, poursuivi par les plus pugnaces de nos amis, dont un camarade arménien, Jacques Karakachian, surnommé le « sanglier du Caucase », Gérald le Pied-Noir et Jean-Pierre Van Geyt, récemment décédé et longtemps correspondant de Nouvelle école en Belgique romane, ainsi que Michel R., de Namur, et un jeune ouvrier flamand, travaillant, me déclara-t-il, dans une « usine de boîte aux lettres métalliques ».

Le 6 juin 1980, Faye débarque chez Georges Hupin à Uccle, flanqué de Philippe Millau, pour participer d’abord à une brève présentation de mon travail de fin d’études sur la géopolitique selon Jordis von Lohausen puis, dans la foulée, pour prononcer une nouvelle conférence de teneur anti-occidentaliste dans la grande salle de la « Tour du Midi », à côté de la gare. Sa conférence sera chahutée de manière puérile et ostentatoire par celui qui deviendra l’obséquieux vicaire d’Alain de Benoist en Flandre mais qui changera évidemment d’avis quand son gourou lui en intimera l’ordre : d’occidentaliste américanophile caricatural, favorable à l’OTAN, il deviendra, en surface, un européiste anti-américain, critique de l’OTAN ; si le pontife lui avait demandé d’être tout à la fois pro-chinois, panafricaniste ou adventiste du septième ciel, il le serait devenu aussi... Faye et Millau me demandent, ce jour-là, de participer, en juillet, à l’école des cadres du G.R.E.C.E., qui reçut pour nom « Promotion Themistoklès Savas », en souvenir d’un ami grec qui venait de se tuer en moto dans les montagnes de l’Epire. Un ancien doyen de l’Université du Pirée, qui sera un grand ami et un grand soutien de Faye, était présent, Jason Hadjidinas, qui lui restera fidèle jusqu’à sa mort en 1986, en ayant toujours espéré le dégager de la précarité et de la dangereuse dépendance pécuniaire qui le liait au gourou capricieux qui lui imposait de vivre avec le SMIC. La disparition de Jason fut une épreuve cruelle pour Faye, qui explique peut-être sa décision de quitter le G.R.E.C.E. fin 1986 puis de s’engager dans le showbiz via Radio Skyrock. L’école des cadres de 1980 fut décisive pour moi. Je m’y étais rendu depuis Paris avec Faye, dans la voiture de Pierre Bérard : nous avions pris Guillaume en charge à son domicile, petit appartement charmant, où venait de naître sa fille. Nous visitâmes en chemin Vaison-la-Romaine et l’Abbaye de Sénanque, où je ne retournai qu’en 2017. Je découvre avec eux la Provence, je vois mes premiers champs de lavande, j’entends pour la première fois la musique des cigales, je vois passer sur nos tables de longs lézards gris. Je deviens membre du G.R.E.C.E. en septembre 1980 et Pierre Vial me remet ma carte à Bruxelles. Je lui promets de rester fidèle à notre combat métapolitique jusqu’à la mort : je suis dès lors très heureux de le servir encore aujourd’hui, même si j’ai quitté l’association en décembre 1981.

En 1981, Faye et moi sommes collègues dans les locaux de la rue Charles-Lecocq à Paris à partir du 15 mars. Nous le resterons jusqu’au 15 décembre. Avec Michel Dejus, il fut pratiquement mon seul interlocuteur au cours de cette période de neuf mois : je l’ai connu comme quelqu’un d’affable, d’une gentillesse naturelle en dépit de rodomontades nietzschéo-surhumanistes qui faisaient évidemment partie de notre folklore. J’y découvre aussi un Guillaume tintinophile et lecteur de Franquin, manie que nous partagions avec Grégory Pons et Pascal Junod. Pour Faye, le personnage du gros Demesmaeker dans les albums de Gaston Lagaffe est l’incarnation du monde vénal et psychorigide, vaniteux, stupide et pharisaïque qu’une véritable anthropologie néo-droitiste se devait de moquer et de combattre (notamment par le biais de canulars téléphoniques, polissonneries dans lesquelles Faye excellait). Le surhumanisme, terme forgé par Locchi, devait faire advenir une (sur)humanité où il n’y aurait plus de Demesmaeker ou bien où ceux-ci seraient houspillés dans les marges de la société. J’ajoute bien entendu une évidence à ce petit panorama bédéphile : les machines volantes de Zorglub, dans les aventures de Spirou et Fantasio, titillaient déjà la fibre archéofuturiste de Faye qui, dans un recoin de son imagination, devait déjà concevoir les fameux « squalines » de sa bande dessinée Avant-guerre.

zorglub.jpg

Deux missions nous ont été données à l’époque : fabriquer un numéro de Nouvelle école sur Pareto et un autre sur Heidegger. Les deux thèmes avaient bien entendu été suggérés par Faye qui tenait absolument à ce que la revue restât sérieuse et fût lue dans les universités sans susciter de sarcasmes. La hantise de Faye était de voir imprimés dans la revue quelques délires en provenance d’un paganisme de pacotille, des « paganouilleries » ou des « nazisteries » comme aimait en commettre le directeur de la publication, avec une étourderie qui nous laissait pantois. Faye avait horreur des ritournelles et des tics langagiers répétés ad infinitum, surtout quand ils n’avaient aucune pertinence dans la vie réelle. Pour Faye, un paganisme articulable devait renouer avec l’antiquité grecque et sa philosophie bien charpentée, indépassable dans son questionnement, avec la fougue dynamique d’Héraclite, avec l’élitisme de Platon, avec la logique et la rigueur d’Aristote, exprimée dans Les politiques.

ne-pareto.jpgGrâce à l’intervention bienveillante du Professeur Piet Tommissen et au concours de Bernard Marchand, nous pûmes sortir en juin un numéro potable, dans lequel Faye produisit d’ailleurs un maître-article sur un ouvrage hélas oublié aujourd’hui et que la génération des anciens devrait retrouver dans les rayons de ses bibliothèques : L’intelligence du politique, en deux volumes, de Jules Monnerot, plus spécifiquement le tome deuxième de cette œuvre magistrale, consacré, pour l’essentiel, à la « doxanalyse », c’est-à-dire l’analyse des opinions qui animent toute sphère politique. Monnerot, ancien du surréalisme français et proche des poètes de la négritude vu ses origines martiniquaises, me déclarera plus tard que ce fut la meilleure analyse de son œuvre, largement ignorée par l’université française au nom, déjà, d’une forme ante litteram de « political correctness ». Faye aimait, à l’époque, parler d’aléa : le monde est soumis aux aléas, répétait-il ; les philosophies consolatrices et les nuisances idéologiques (Raymond Ruyer) n’y changeront jamais rien car elles ne figeront jamais le monde. Suite à ma lecture d’un texte issu d’un colloque de la Siemens Stiftung de Munich, que présidait en ces temps-là Armin Mohler, je parlais d’Ernstfall. Chez Monnerot, nous découvrions la notion d’hétérotélie, terme désignant une situation survenue en dépit des objectifs fixés par la volonté politique initiale (trop rationnelle) du décideur. La volonté politique peut donc générer des états de choses contraires à tout projet initial, à tout programme bien charpenté, taillé selon une logique parfaite. Dans nos conversations de l’époque, nous mêlions quantité de réflexions sur les notions d’aléa, de tragique, de logique du pire (Clément Rosset), d’Ernstfall et d’hétérotélie.

Dans Nouvelle école, n°36, Faye écrit : « L’intérêt de la doxanalyse parétienne (que Monnerot décryptait) n’est donc pas uniquement la critique des idéologies qui se croient logiques et négligent leurs propres résidus (ce que fait le macronisme aujourd’hui de manière emblématique), …. Il est de reconnaître l’invalidité fondamentale de toute interprétation rationaliste du monde. Derrière les résidus et les actions non logiques, il y a ce que Jules Monnerot appelle ‘les pulsions de l’humain’ ». Faye démontre, citations de Monnerot à l’appui, que « si les pulsions de l’humain étaient totalement réprimées par le social (ou le politiquement correct, dirait-on aujourd’hui), il y aurait déjà eu faillite de l’espèce, disparition du type d’homo sapiens que nous sommes ». Il faut donc un équilibre entre les résidus et les diverses expressions de la logique, ce qui implique que les résidus, considérés comme irrationnels par les « corrections politiques », doivent impérativement être maintenus et non éradiqués, faute de quoi toute société bascule dans une spirale mortifère. L’évolution ultérieure de Faye  -et même ses dérapages que certains jugent « involutifs » aujourd’hui, de manière si lourde et si pesante-  s’inscrit dans une perspective qui veut privilégier les résidus non logiques contre tous les figements, ceux-ci étant tous « dignes du gros Demesmaeker », pour illustrer cette angoisse fayenne par une caricature qui lui aurait plu. Cependant, ajoutait-il, dans son article de Nouvelle école (n°36), bon nombre de résidus, en Europe, proviennent du « poison chrétien », tel que l’imaginait Nietzsche. Il faut donc remplacer ces résidus par des résidus plus archaïques, puisés dans la culture classique ou dans les paganités européennes, thème essentiel d’un article ultérieur sur Heidegger, paru dans le numéro 39 de la revue, à l’automne 1982 et intitulé « Heidegger et la question du dépassement du christianisme ».

ne-heidegger.jpgAprès la parution du numéro consacré à Pareto, en juin 1981, nous nous attelons tous deux à la confection d’un numéro sur Heidegger. Faye rédigera pour cette livraison de Nouvelle école un long article sur le reclus de Todtnauberg où il révèle une phase qu’il pensait futuriste, mais non détachée d’une adhésion à des archétypes, chez le philosophe de la Forêt Noire. Faye croit déceler, dans la pensée heideggerienne que l’on campe généralement comme anti-techniciste, une piste « arraisonnante » qui permet de réintroduire positivement la technique dans le cadre de la pensée mais, cette fois, sous le signe d’autres tables des valeurs. Bruno V., un ami de Beerens, philosophe de formation et helléniste méticuleux, traducteur occasionnel de textes importants de Fichte pour l’université, avait accepté de relire le texte de Faye avant publication : il n’était pas d’accord avec cette interprétation mais il ne voulait pas changer un iota du texte car celui-ci, avait-il conclu, détenait sa cohérence et son originalité qu’il n’entendait pas, lui, Bruno V., confisquer. La lecture fayenne de Heidegger en 1981 anticipe bien entendu toutes ses réflexions ultérieures sur l’archéofuturisme.

L’année 1981 nous permit aussi de faire deux séjours à Strasbourg, où la section locale du G.R.E.C.E. était animée par Pierre Bérard, immigré angevin en terre alémanique et francique-mosellane, ignorant tout de la langue de Goethe. Lors d’un colloque organisé au départ de cette section alsacienne, Faye est à la tribune avec Julien Freund et les débats sont troublés par Freddy Raphaël, auteur de nombreux livres sur la communauté juive de Strasbourg et d’un ouvrage remarqué aux P.U.F., intitulé Judaïsme et capitalisme. Dès le début du débat, Freddy Raphaël lance tout de go que « cette histoire de ‘nouvelle droite’ est un ‘jeu avec le caca’ », espérant in petto déclencher une foire aux empoignes. Julien Freund, bien ancré dans les réalités alsaciennes et dans son cher bourg de Villé, où il y avait une communauté israélite, le ramène à la raison et les deux vieux complices sortent bras dessus-bras dessous de la salle de conférence, pour aller vider quelques bons cruchons. Cette journée fut pour moi l’occasion de rencontrer de jeunes camarades alsaciens, germanophones, et captivés par l’œuvre de Carl Schmitt. Plus tard dans l’année, à l’automne, Faye, Millau et moi-même reprenons la route de l’Alsace pour rencontrer Julien Freund dans une superbe auberge alsacienne et, après le repas pantagruélique, pour filmer, chez le professeur, un entretien entre, d’une part, l’auteur de Qu’est-ce que le politique ?, et, d’autre part, Bérard et Faye. Pour des raisons techniques, le film de cet entretien n’a malheureusement jamais pu être exploité.

Henri-Lefebvre-1971-1.jpgL’année 1981 fut aussi deux fois l’occasion, pour moi, d’accompagner Faye à la Closerie des Lilas pour y rencontrer Henri Lefebvre, en rupture de ban avec le parti communiste français dont il avait pourtant été l’un des principaux idéologues. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer la profonde influence que ce philosophe marxiste-léniniste avait eue sur Faye (http://robertsteuckers.blogspot.com/2011/11/influence-de-... ), ce qui devrait interdire à de terribles simplificateurs de décréter que notre ami ne fut jamais rien d’autre qu’un « beauf d’extrême-droite », insulte qu’il a recueillie chez les « antifas » aussi bien que chez ceux qui s’étaient dits ses amis mais qui torpilleront toutes ses initiatives jusqu’à le mener à sa perte. Lors des repas à la Closerie, Lefebvre évoquait les bagarres monumentales qui opposaient en ces lieux des bandes rivales au temps du surréalisme parisien. Ce « lefebvrisme » de Faye permet à Stefano Vaj de dire, dans son hommage récent, que notre ami, comme bon nombre de marxistes non dogmatiques, pensait exclusivement pour favoriser une action révolutionnaire dynamisante et jamais pour perpétuer un figement quelconque, qu’il qualifiait volontiers de « muséographique ». Pour lui, de Benoist, par exemple, commettait le péché de « muséographie », et le commettait plus que de raison, rendant ainsi sa pensée fragmentaire et désordonnée, ensemble de bribes éparses, fait de collages et de placages où toute cohérence pragmatique s’évanouit dans un smog difficilement pénétrable et, par voie de conséquence, impossible à utiliser dans une véritable stratégie métapolitique, gramscienne ou autre.

Après un colloque, tenu durant l’année 1981, Faye réunit chez lui les correspondants du G.R.E.C.E. dans divers pays européens dont Marco Tarchi, Stefano Vaj, pour l’Italie, le vicaire du pontife en Campine, qui avait chahuté sa conférence en juin 1980 à Bruxelles, Michael Walker, qui venait de fonder sa revue, The Scorpion, et Pierre Krebs qui avait tout récemment créé le Thule-Seminar. Ce fut le début d’une longue coopération, sauf avec Tarchi et le petit vicaire campinois qui obéiront comme des toutous à tous les ordres de sabotage énoncés par le pontife, dont le premier à faire les frais fut Stefano Vaj. Faye était heureux d’avoir permis, ce jour-là, de conférer une dimension européenne à l’entreprise « néo-droitiste ». Je partageais sa joie.

Le SER (« Secrétariat Etudes & Recherches ») était donc l’apanage de Faye au G.R.E.C.E. Dans le bulletin intérieur de l’association (BI), divisé en rubriques composées de feuilles volantes, une partie était dévolue au SER.  Faye y publiait la majeure partie de ses articles, refusés dans les grandes publications de la mouvance, par jalousie, par méchanceté gratuite, par un désir obscur et cruel de nuire comme celui qui anime le vilain sorcier animiste qui fiche des aiguilles dans des figures de cire représentant ceux qu’il veut perdre : les articles de Faye, en effet, ne pouvaient paraître dans les revues Nouvelle école (où ils auraient eu toute leur place), éléments ou même Etudes et Recherches, publication plus modeste. Un ukase occulte avait prononcé cette fatwa. Voici la liste des articles, non publiés, de notre Guillaume, qui n’ont quasi pas pris une ride :

  • - Qu’entendons-nous par « société marchande » ?, septembre-octobre 1978.
  • - Géopolitique et puissance des nations, mars-avril 1979.
  • - Analyse du Janus d’Arthur Koestler, mars-avril 1979.
  • - Le commencement grec, juillet 1979.
  • - Politique, métapolitique, parapolitique : réflexion post-gramscienne, octobre 1979.
  • - Notre position sur l’Europe, février 1980.
  • - L’économique et le politique, février 1980.
  • - La puissance : une idée neuve en Europe, février 1980.
  • - Réel et rationnel : peut-on concevoir un retour de la rationalité ?, juin-juillet 1980.
  • - Pour une interprétation subversive du marxisme, juin-juillet 1980.
  • - Pour une sociologie de l’égalitarisme, juin-juillet 1980.
  • - Les contradictions culturelles du capitalisme, juin-juillet 1980.
  • - Qu’est-ce que la Realpolitik ?, juin-juillet 1980.
  • - Les néo-conservateurs américains, exemple des contradictions internes de l’idéologie égalitaire, printemps 1981.
  • - Réflexion critique sur les positions artistiques de l’école de Francfort, janvier-février 1981.
  • - Redécouvrir Bergson, automne 1981.
  • - La société du non-travail (I), décembre 1981.
  • - La société du non-travail (II), printemps 1982.

Dans la livraison du BI du printemps 1981, nous cosignons « Eléments pour une théorie du politique ». On le voit : pour Guillaume Faye, qui fut défini comme un simple « électron libre » sur la page 142 d’un pensum auto-glorificateur intitulé Mémoire vive (que Philippe Baillet moque plaisamment en évoquant une « mémoire trouée »), ce n’est pas mal… et cela révèle la nature foncièrement mensongère de cette définition fielleuse. La pertinence de ces articles et leur validité persistante, près de quarante ans plus tard, font de Faye le théoricien le plus clair de la mouvance à laquelle il a appartenu, à laquelle il a donné du lustre. Dans son bureau trainaient également les restes d’un manuscrit rejeté, celui d’un livre sur les doctrines économiques, inspirées de List, de l’école historique allemande, de Wagemann, de Delaisi, de Perroux, de Passet et de Jouvenel (sur le « bloc continental » de Napoléon). Je n’ai pu en sauver qu’un seul maigre chapitre, publié ultérieurement dans Orientations n°5 (1984) : le manuscrit était incomplet car, dépité, Guillaume en prenait des pages pour nettoyer sa pipe…   Ce bref chapitre, sauvé in extremis du curage de pipe, s’intitulait « Contestation du libre-échangisme » et entrait évidemment en contradiction avec les projets occultes et pseudo-machiavéliques du pontife de kermesse, qui, tout à ses intrigues rocambolesques, entendait bien être coopté par tous les thatchériens de la planète (j’y reviens !!).  Dans ce même numéro, je publie une étude magistrale et copieuse de notre ami, « Critique du système occidental », qui pourrait toujours motiver des lecteurs jeunes, aujourd’hui, afin qu’ils ne tombent pas dans le piège du discours dominant, exaltant les « valeurs éternelles de l’Occident ou de la République ». 

VANLIER.jpgPendant ma formation de traducteur à l’Institut Marie Haps, j’avais eu pour professeur d’esthétique et de littérature contemporaine le célèbre Henri Van Lier (1921-2009) qui nous avait composé un dossier de 77 fiches de termes nouveaux, généralement scientifiques, annonçant un nouvel âge de l’humanité. Pour Van Lier, qui préparait son maître-ouvrage, Anthropogénie, qui paraîtra dans sa version définitive, et très copieuse, en 2002, « Homo » est d’abord technicien avant d’être un « parlant », sa « culture » est d’abord celle des outils avant d’être celle de la parole. L’action immédiate sur le monde matériel précède donc les discours, toujours tenus à une certaine distance des choses, toujours « médiats ». Le parallèle avec Arnold Gehlen est évident ici : lors d’un examen de Van Lier, j’ai parlé de Gehlen, qu’il ne connaissait pas encore, plutôt que de la matière qu’il avait fallu étudier. Van Lier en était très content. Gehlen était à l’ordre du jour du « Secrétariat Etudes & Recherches », depuis la fin des années 1970, où le fils de Giorgio Locchi, Pierluigi Locchi, avait consacré son travail de fin d’études à ce sociologue et anthropologue allemand, toujours, hélas, trop peu lu : personnellement, j’avais commis une première petite conférence sur son œuvre en 1978 dans le cercle patronné par Georges Hupin ; plus tard, Yvan Blot se démènera pour faire éditer un ouvrage de Gehlen aux P.U.F. Revenons à Van Lier : pour lui, comme pour Moeller van den Bruck avant 1914, l’architecture typée d’une civilisation est toujours son point de départ, l’indice majeur de l’amorce d’une nouvelle aventure humaine collective ; quant au « nouvel âge » qui s’annonce, ce sera celui où les machines ne puiseront plus leurs forces dans l’homme ou dans la nature, ne seront plus devant l’homme à sa simple disposition mais entreront en synergie avec lui et avec la nature. Thèmes comparables au « Travailleur » de Jünger.

Anthropog--nie-150x212.jpgPour Van Lier, qui savait bien forger son propre vocabulaire, c’est l’« âge 3 », l’âge des réseaux. L’idée de composer un dossier de mots-clefs, similaire à celui de Van Lier, est immédiatement venue à Faye : ce fut là l’origine du Petit lexique du partisan européen qui, remanié et amplifié, donnera en 2001 l’ouvrage Pourquoi nous combattons, rapidement traduit en anglais. C’est, tous en conviennent, un véritable bréviaire, récapitulant la vision du monde et du politique que Faye a toujours voulu promouvoir. Je pense toutefois qu’il faudrait rajouter un volume à ce premier dossier, avec de nouveaux termes précurseurs, déjà présents dans les sciences de pointe, surtout dans les sciences biologiques et médicales : un travail à réaliser. Et d’urgence !

Les dernières semaines du printemps de 1981 ont vu la parution du premier livre de Faye, Le système à tuer les peuples, que le sinistre sachem des lieux avait tenté de saboter jusqu’à la toute dernière limite, de façon à ce que le livre ne puisse pas paraître pour le colloque annuel ni concurrencer son propre ouvrage sur le paganisme, très très largement inspiré du maître-ouvrage de la philosophe et islamologue allemande Sigrid Hunke, Europas wahre Religion, qui avait été traduit par un prisonnier qui devait bosser en tôle pour léguer quelque chose à ses enfants, alors aux études. Le tapuscrit de Faye était bloqué sous prétexte qu’il manquait de références bibliographiques. Faye, triste et inquiet, est venu m’en demander dans mon bureau. Finalement, l’imprimeur a tout de même reçu le texte à temps, grâce à Millau, je pense. Je fus le premier à recenser le livre pour le bulletin du G.R.E.C.E.-Belgique de Georges Hupin, en même temps qu’une recension pour le livre du pontife, inspiré par Sigrid Hunke, dont j’avais lu les livres deux ou trois ans auparavant, pendant mes études. Stefano Vaj fit de même quelques jours plus tard dans un organe italien.

luberoncretes.jpg

En juillet, nous animons l’université d’été du G.R.E.C.E. à Roquefavour, où nous avons accueilli un fidèle ami américain de Faye, l’avocat Sam Dickson, qui fera la randonnée habituelle sur les crêtes du Lubéron en chaussures de ville..., massacrant ses fines semelles et entamant le cuir du reste, le faisant ainsi ressembler aux prisonniers anglais qui, dans un célèbre film-culte, entrent dans le camp de prisonniers du Pont de la rivière Kwaï, en sifflotant un air jadis célèbre Outre-Manche. Stefano Vaj, de Milan, est, lui aussi, des nôtres. L’ambiance est du tonnerre. Le soir, après les travaux, Faye y récite ses versions truculentes et polissonnes des fables de La Fontaine et chante à tue-tête sa chanson favorite : « Le vieux vin gaulois ».

Nos travaux, heureusement, nous avons pu les parfaire en 1981 dans des bureaux où ne s’activait que le petit personnel, dépassé par les enjeux idéologiques. En effet, le sinistre pontife des lieux disparaissait à intervalles réguliers sans laisser ni explications ni consignes. En juillet, après une réunion du secrétariat de rédaction, il s’évanouit pendant sept semaines, sous prétexte d’un reportage en Extrême-Orient pour Le spectacle du monde, avec retour par la Californie, où la soeur d’une copine, qui l’accompagnait pour lui servir ses rillettes, poursuivait, paraît-il, des études d’on ne sait trop quoi du côté de Las Vegas. Il lui fallait aller serrer la pince de la donzelle et, du même coup, réitérer, en moins de temps, la prouesse de Phileas Fogg, célèbre héros de Jules Verne. Fin septembre, le bonhomme m’annonce qu’il se rend à la Foire de Francfort, comme chaque année. Cette foire dure cinq jours : il revient au bout de trois semaines ! Puis disparaît fin novembre, persuadé que des nervis veulent l’assassiner : il se serait caché dans un hôtel minable, claquemuré dans une chambrette et armé d’un pistolet à grenailles ; il revient quinze jours plus tard dans un état épouvantable, dégageant un fumet atroce, n’ayant vu ni savon ni cirage ni dentifrice pendant son exil volontaire dans ce galetas à moitié délabré. Et, trois minutes après son retour tout en odeurs, il a le toupet de nous engueuler, Faye et moi, en hurlant : « C’est Zig et Puce, ici ! C’est les Marx Brothers !». Faye était tarabusté. Ce jour-là, ma religion a été faite : j’ai décidé de foutre le camp.  Comment travailler dans la cohérence, en respectant un ordre du jour, si le boss qui doit donner son aval pour tout, pour le moindre détail, est perpétuellement en goguette ou en dépression (des dépressions qui étaient surtout des mises en scène d’un très mauvais goût) ? Comment peut-on, en effet, servir un personnage pareil sans encore oser se regarder dans la glace ? La découverte de certaines manies, très peu hygiéniques, de notre sachem de ducasse conforte ma décision de partir définitivement. Une quinzaine de jours plus tard, je demandai à Millau de me payer mes gages et de bien vouloir accepter mon tablier.

Dans un tel contexte, contrairement à ce que l’on pourrait croire aujourd’hui après les aventures radiophoniques de Faye à Skyrock, après ses multiples facéties et ses bonnes blagues subversives commises sur la place de Paris et ailleurs, la sériosité idéologique se situait de son côté et de son côté seul. D’abord, pendant toute l’année 1981, il avait fait barrage contre tous les délires potentiels du pape de sotie qui entendait, seul, faire la pluie et le beau temps dans les locaux de l’état-major, rue Charles-Lecocq, en espérant bien recevoir de chacun un blanc-seing pour toutes ses lubies incongrues et ses « paganouilleries à la sauce nazistika ». Un jour, ce pape à tiare de plastique me déclare, avec un sérieux de croque-mort presbytérien, vouloir faire suivre le numéro sur Pareto par un numéro sur l’Atlantide, thème en vogue dans un réseau vaguement sectaire, partouzeur et mondain de l’époque, la « Nouvelle Acropole », où il comptait quelques drôles d’amis ! Quand j’en fais part à Faye, celui-ci porte évidemment son index au front. Et s’en désole : on le sent profondément meurtri car il sait, qu’avec de telles lubies infécondes, la mouvance risque d’être assimilée à une secte de farfelus et de perdre les bons contacts qu’elle entretient avec des universitaires de haut vol ; surtout, Faye n’a pas envie de se faire engueuler par Julien Freund. Un jour plus tard, j’entends des cris en provenance du bureau de Faye puis une porte qui claque violemment. Intrigué, je vais voir ce qui se passe. Je découvre mon Guillaume interloqué et un peu tremblant : juste au-dessus de sa tête, un coupe-papier était fiché dans le mur. Le gourou était venu insister lourdement, avec la fureur geignarde d’un gamin gâté, afin de faire accepter son idée saugrenue de publier un numéro sur l’Atlantide. Faye avait rétorqué tout de go : « Et pourquoi pas sur le continent Mu ? ». Furieux de cette réplique, l’autre s’était emparé d’un coupe-papier et l’avait envoyé tout net dans le mur, derrière Faye.

coupe-papier-graf-von-faber-castell-cuir-cognac.jpgLe soir, je me sers d’une machine à écrire, plus sophistiquée que celle qui m’avait été confiée, dans le grand bureau de la secrétaire, retournée dans ses pénates pour y cuire sa tambouille vespérale. Le gourou-pape rapplique et me reparle de son projet abracadabrant : je résiste avec le même entêtement que Faye, tout en suggérant un numéro qui serait titré « Archéologie de la Mer du Nord » (car le pontife pense que l’Atlantide se situait autour d’Héligoland). Dans un nouvel accès de fureur, digne de ceux de Louis de Funès, il s’empare d’un autre coupe-papier et l’envoie, avec une remarquable dextérité, dans un petit réveil au boîtier de liège qui se trouvait devant moi. Calme comme un Coldstream Guard dans sa guérite à Buckingham, je réitère mon refus et il s’en va en ronchonnant, vexé que personne n’accepte ses caprices. Je me suis dit : si ce gars-là doit un jour partir en exil, il fera comme le Général Alcazar dans Les sept boules de cristal : il deviendra lanceur de poignards dans des music-halls de quat’sous. Cette comparaison avait bien fait rire Faye. La morale de cette historiette burlesque, c’est qu’il ne fallait surtout pas faire figurer le mot « Atlantide » sur la couverture de la revue, si l’on voulait encore être pris au sérieux. Faye avait raison. En août, toutefois, pendant que le pontifex minimus errait entre le riz sauté de Singapour, les hamburgers de Hollywood et les rillettes des deux donzelles, je me rends au Danemark et au Slesvig-Holstein pour rassembler de la documentation archéologique, notamment à l’Institut nord-frison de Bredstedt et chez l’archéologue Jürgen Spanuth, et pour rencontrer dans une « haute école populaire », à Tinglev, le scandinaviste François-Xavier Dillmann, correspondant de Nouvelle école en Allemagne, et le sociologue Henning Eichberg. J’ai donc tenté, à la demande de Faye, de « scientifiser » les lubies du grand panjandrum, qui fera paraître un numéro sur le sujet quelques années plus tard : il était titré «Archéologie ».  Ouf !

Mais il y avait pire, en cet automne 1981 : derrière le dos de tous, profitant de sa position au Figaro Magazine, le manitou de Prisunic envisageait de monter à la tribune d’un colloque qu’il organisait lui-même, grâce à des prête-noms et à une association ad hoc, basée dans l’appartement de sa pauvre mère qui venait de décéder en juin. Ce colloque était annoncé sous le titre d’« Alternative libérale » et devait inviter tout le gotha du néolibéralisme thatchérien et reaganien à Paris, un aréopage essentiellement anglo-saxon au milieu duquel on allait vendre notre sachem de guimauve comme un petit prodige dont la pensée allait sauver la pauvre France des griffes du méchant mitterrandisme socialo-étatiste qui s’était abattu sur elle suite aux élections de mai 1981. Pour Faye qui était partisan d’une économie guidée, interventionniste sur le plan des infrastructures, hétérodoxe dans le sens où elle tenait compte des facteurs non économiques (contrairement aux orthodoxies marxiennes, libérales et keynésiennes), cette tentative d’alignement sur le reaganisme apparaissait comme une idée complètement loufoque ou, pire, comme une trahison pure et simple de notre message européiste fondamental. Cet entrisme irréfléchi donnait rétrospectivement raison à Locchi qui avait tiré sa révérence deux ans plus tôt. Faye était à l’époque un lecteur attentif de l’économiste André Grjebine, auteur, en 1980, de La nouvelle économie internationale, parue aux P.U.F. Grjebine plaidait pour une semi-autarcie auto-suffisante du continent européen. A l’évidence, je partageais ce point de vue, de même qu’Ange Sampieru, alors militant du G.R.E.C.E. à Paris, et toute l’équipe de mes amis restée à Bruxelles et à Liège. Le grand ponte polygraphe avait préparé son coup en écrivant des articles dithyrambiques dans le FigMag  sur Raymond Aron (invité au colloque) et sur Karl Popper (dont les principaux disciples, hostiles à toute « société fermée », devaient monter à la tribune et débiter leurs sornettes néolibérales autour de son auguste personne). Hélas pour lui, la parousie n’allait pas advenir tout de suite : les services étatiques et diasporiques s’aperçoivent très vite de la manigance, cousue de fil blanc, de notre petit machiavel de pantomime. Et la machine à évincer les intrus se met en route : Aron refuse de parler si notre doxographe atlantidien du 6° arrondissement est présent au colloque. D’autres menacent de démissionner. Le voilà houspillé hors de son propre théâtre. Sa dépression hydrophobe de novembre 1981 s’explique par cette retentissante déconfiture. Notons qu’il faut être indécrottablement irréaliste, avec le pedigree de notre gus, pour avoir cru, un seul instant, qu’un tel montage allait aboutir ! A moins que le rapprochement tout récent avec Finkielkraut et Minc et, en mars 2019, la prise de parole à la tribune d’un fanfaron néo-bruxellois, qui ne cesse de faire de la retape pour notre bonne ville auprès des candidats exilés fiscaux français, ne soit l’aboutissement souhaité d’un libéralisme foncier, quasi génétique, qui, pour d’obscures raisons, s’était camouflé derrière des discours autres, y compris anti-libéraux ? Le bonhomme a continuellement entretenu les ambigüités, cumulé les contradictions, éjecté les tenants d’une véritable hétérodoxie économique : il est légitime de se poser des questions, celles que, de toutes les façons, les analystes de cette mouvance, étiquetée « nouvelle droite », poseront dans la postérité. Mais sans doute concluront-ils à la totale incohérence du doxographe, dont la boîte crânienne abrite un véritable capharnaüm et dont la stratégie se borne à monter des coups pour se constituer  des « casse-croûte ». Les jugements de Faye, en ce domaine, auront alors été prémonitoires.

ag-ne-inter.jpgL’effondrement du montage, l’éviction du grand wizard marri, provoque d’abord chez lui une dépression terrible puis une rage vengeresse et écumante, décuplée par le fait qu’il est désormais kické hors de la rédaction du FigMag, hormis une misérable petite colonne sur les vidéos que Louis Pauwels, bon prince, lui accorde avec une belle magnanimité. Cette rage lui dicte une nouvelle orientation nationale-révolutionnaire qu’il exprime aussitôt dans les pages d’Eléments et qui emporte notre adhésion. Le bougre avait sauvé sa boutique : on oubliait ses errements infructueux de l’automne 1981 et on estimait que tout rentrait dans l’ordre, puisqu’il semblait professer désormais un européisme radicalement anti-occidentaliste. Je quitte Paris en décembre 1981 et, au cours de l’année 1982, je participe à une assemblée générale du G.R.E.C.E. à Lyon et prononce une conférence à la tribune du « Cercle Héraclite », sur le national-neutralisme allemand, hostile à l’installation de missiles américains sur le territoire de la R.F.A.  Position qui permet de lancer des passerelles avec d’autres mouvances politiques, dans bon nombre de pays européens. Le bulletin intérieur consacre quelques pages à cette thématique, entièrement nouvelle dans la mouvance à l’époque. En octobre 1982, je commence les dix mois de mon service militaire à Saive, près de Liège, puis à Marche-en-Famenne, à Bürvenich et Vogelsang dans l’Eifel. Pendant ma période d’instruction, Faye annonce qu’il tiendra un séminaire, organisé par une nouvelle structure, dans des locaux sis rue Blanche, dans le 9ème arrondissement. Ce séminaire, suivi d’un second quelques mois plus tard en 1983, a constitué à mes yeux, le sommet de l’œuvre métapolitique de Faye.

lupasco3M.jpgAu cours de ces deux séminaires, il a rassemblé autour de sa personne seule, des sommités comme Stéphane Lupasco, Bassarab Nicolescu, Manuel de Diéguez, Jules Monnerot et des sympathisants de ses idées comme les professeurs Martinez, Wagner et Asso. Les conférences se succèdent dans la joie et la bonne humeur, sans cette raideur psychologique que le pontife générait systématiquement autour de lui, en communiquant son stress intérieur et ses angoisses au public. Il n’est malheureusement resté aucune trace écrite de ces séminaires, Faye n’ayant jamais pu disposer des moyens de faire imprimer les textes des allocutions sous forme de volume : les mannes financières devaient couler vers une certaine escarcelle uniquement et surtout ne pas être consacrées à des entreprises métapolitiques valables et fécondes. C’est au cours de ces séminaires que j’ai pu m’entretenir avec Jules Monnerot, très satisfait de l’article de Faye sur sa conception de la doxanalyse, et bénéficier de la sympathie de Manuel de Diéguez qui avait apprécié mes articles dans Nouvelle école. En 1983, paraît Magazine Hebdo, où Faye, sous le pseudonyme de Gérald Fouchet, est chargé de recueillir les grands entretiens de l’hebdomadaire. Là encore, il a brillé de mille feux. Je conserve religieusement la collection de ces entretiens qui paraîtront, plus tard, après la faillite du magazine, en un volume, mais… sous la signature d’un tiers, qui a probablement encaissé les droits d’auteur… Faye avait pourtant montré un savoir-faire très professionnel dans la confection de ces nombreux entretiens.

De 1983 à 1986, Faye n’arrête pas de publier des brochures. On ne lui permet d’ailleurs pas d’éditer davantage. On veut le limiter au maximum et faire de lui l’homme d’un seul et unique livre, déjà oublié ou épuisé : Le Système à tuer les peuples, paru en 1981. Paraissent successivement des brochures, brèves mais très denses, telles : Contre l’économisme (1983), dont j’ai dû publier une deuxième édition de fortune parce qu’on lui avait refusé un second tirage ; Sexe et idéologie (1983), petit opuscule modeste qui servira néanmoins de base à son gros ouvrage de 2011, Sexe et dévoiement, paru aux éditions du Lore puis rapidement traduit en anglais (c’est actuellement le volume le plus vendu dans la série des traductions proposées par l’éditeur Arktos) ; La nouvelle société de consommation (1984) ; L’Occident comme déclin (1984), excellent texte dont le manuscrit fut refusé catégoriquement mais financé par l’ami Patrice Sage puis, pour la seconde édition, par mes amis liégeois d’Eurograf, qui signèrent, eux, un contrat en bonne et due forme avec Faye ; la riposte des sicaires du pontife ne se fit pas attendre, un avocaillon minable est venu me menacer au téléphone ; il fut éconduit puis ridiculisé par un avocat languedocien quelques jours plus tard, lors du colloque du G.R.E.C.E., qui s’était tenu dans le Pavillon Baltard. Faye se trouvait en 1985 devant un terrible dilemme : impossible de trouver pour chaque volume qu’il écrivait un généreux donateur comme Patrice Sage, qui n’avait évidemment pas une bourse inépuisable. Je fis appel aux amis d’Eurograf, dont le regretté Jean-Marie Simar, qui publia successivement, outre la seconde édition de L’Occident comme déclin, la plaquette Europe et modernité et la première version du Petit lexique du partisan européen, qui eut un succès retentissant, grâce à plusieurs éditions piratées, publiées jusqu’au seuil des années 2000. Dans Orientations, je publierai l’essai magistral intitulé « Critique du système occidental » (n°5, août-septembre 1984) puis deux études solides, « Les néo-conservateurs américains, exemple des contradictions internes de l’idéologie égalitaire » et « A la découverte de Thorstein Veblen » (Orientations, n°6, septembre-octobre 1985), toutes deux tirées d’anciens cahiers du SER dans le BI, la publication ultra-confidentielle qui servait de purgatoire à Faye, dont la majeure partie des textes étaient rejetés. Faye tenait toutefois éléments à bout de bras et gardait tout de même une barre certaine sur la revue, dont il choisissait les thématiques.

L’Occident comme déclin reste, à mes yeux, l’un des meilleurs textes de Faye. Qu’on en juge par les titres des chapitres : « Cosmopolis : l’Occident comme non-lieu » ; « Fin de l’idéologie ou idéologie de la fin ? » ; « Christopolis : l’Occident comme athéisme chrétien » ; « Antipolis ou la fin du politique » ; etc. Europe et modernité annonce très nettement les idées archéofuturistes de Faye, avec des chapitres tels : « L’hypothèse de l’inconscient pré-néolithique » ; « L’hypothèse de l’inconscient païen » : « L’échec de la nouvelle conscience et de la première modernité » ; etc.

gf-dart,RSES-2.jpg

En 1984, Faye (avec Tillenon) organise un séminaire du SER, pendant une semaine, en Provence, sans la présence du pontife, qui rendait toujours l’atmosphère malsaine, par ses récriminations perpétuelles et sa geignardise que Philippe Baillet, caustique, appellera bien plus tard, dans deux articles critiques bien sentis, les rouspétances du « Dr. Peutt Peutt ». En ce juillet caniculaire de 1984, je suis de la partie avec un ami bruxellois, MC, qui venait tout juste, une semaine auparavant, de décrocher son diplôme de docteur en médecine. Il était devenu le plus jeune médecin de la place de Bruxelles. Et, bien sûr, je participe à la randonnée sur les crêtes du Lubéron, au départ de Cucuron, où je fis une formidable photo de Faye, avec une guitare en bandoulière.

Autre grand événement de l’époque : la participation à un séminaire sur les relations euro-arabes dans les locaux de l’Université de Mons en Hainaut, sous la houlette du Professeur Safar, qui y enseignait la langue arabe. Je m’y rends, au titre d’interprète avec les orateurs Faye, Bérard et Hadjidinas. J’y fus chargé, notamment, de traduire une intervention de Karl Höffkes, alors lié à la revue Wir Selbst de Siegfried Bublies qui fut, lui aussi, présent, très intéressé qu’il était à l’époque par les idées sociales et panafricanistes de Kadhafi. Faye y noua des relations hautes en couleurs avec… le représentant du Vatican à ce colloque de trois jours, le Père Michel Lelong, qui avait été chargé par Rome en 1975 de chapeauter le dialogue islamo-chrétien dans le cadre des diverses initiatives de dialogues interreligieux que patronnait le Saint-Siège. Hadjidinas était déjà malade et, le lendemain de ce colloque, prit un café avec moi sur la Grand Place de Bruxelles où, très paternellement, il me fit part de ses inquiétudes quant à l’avenir de Guillaume. J’ai été très touché par la sollicitude de ce vieux professeur grec qui, à la vieille de sa mort, avait deviné les dangers et la précarité qui guettaient Faye. Aujourd’hui, j’y pense rétrospectivement avec un chagrin certain. Que de bons amis avons-nous perdus ?

La situation de Faye devenait en effet de plus en plus précaire : Jean-Claude Cariou, secrétaire-général du G.R.E.C.E., avait été évincé de manière particulièrement ignoble en 1985 parce qu’il avait demandé, entre autres bonnes choses, que Faye reçoive un salaire décent et non plus son SMIC, parfois payé avec un lance-pierre. On rejetait tous ses manuscrits théoriques, hormis ceux, de brève ampleur, convenant aux dossiers d’éléments. Il n’y eut qu’une exception : Les nouveaux enjeux idéologiques, parus dans une nouvelle collection du « Labyrinthe » qui, finalement, ne compta que deux livres, celui de Faye et le Terre et Mer de Carl Schmitt. L’éviction de Cariou avait provoqué le départ immédiat du président du G.R.E.C.E., l’indianiste Jean Varenne, qui publiait Panorama des idées actuelles, un bulletin bibliographique auquel Faye a donné ses meilleures recensions : le départ de ce président prestigieux enlève encore une tribune à Faye. Cariou avait été remplacé par Gilbert Sincyr qui ne tiendra pas longtemps, lui aussi écoeuré du comportement de certains sicaires du pontife qui tissait sournoisement ses méchantes intrigues.

YBT.jpgA la fin de l’année 1986, Faye décide de jeter l’éponge, de quitter la « nef du fou », où, de toutes les façons, il ne pouvait plus rien faire. Il a tout de même la courtoisie de prononcer le discours qu’il avait promis de tenir au colloque de décembre 1986, où je fus moi-même appelé à la rescousse : le ton de l’allocution de Faye, donnée dans l’après-midi, trahissait néanmoins son aigreur et son mécontentement, pleinement justifiés. En 1987, il rédige un texte bref, annonçant son départ du G.R.E.C.E., et exhortant ses sympathisants à œuvrer en tous sens pour faire passer le message fondamental de l’association métapolitique, texte qu’il distribue en Suisse au rassemblement de la Lugnasad, le 1 août, jour de la fête de la Confédération helvétique. Plus tard, je traduirai ce texte en allemand pour DESG-Inform. Faye participe alors aux activités de Ker Vreizh, la maison bretonne du quartier Montparnasse à Paris, animée par Yann-Ber Tillenon et Goulven Pennaod. L’amitié entre Faye et Tillenon, née vers 1982, s’est nouée définitivement à cette époque : elle sera indestructible, preuve d’une fidélité exemplaire, jusqu’à la mort en mars 2019 de Faye. Ce groupe breton édite alors la revue Diaspad, au sein d’un « Cercle Maksen Wledig », nom celtique de l’Empereur romain Maxence. Faye confiera à cette publication des textes, sûrement d’une haute pertinence, mais dont je ne dispose malheureusement plus. Une analyse de ces articles mériterait certainement d’être faite pour lui rendre un hommage vraiment complet et pour expliciter chaque étape de son itinéraire personnel et intellectuel. Cette joyeuse bande bretonnante se réunissait à l’époque à la crêperie « Ti Jos » dans le quartier de Montparnasse. La même année, Faye publie, avec l’aide de deux amis, Burgalat et Falavigna, un journal très original, J’ai tout compris, qui ne parut malheureusement que quatre fois, avec un numéro particulièrement bien ficelé, alliant humour, cynisme, catastrophisme bien calculé, sur le SIDA, grand thème à l’époque. Krebs traduira en allemand les articles les plus pertinents de ce numéro consacré au fléau HIV, le virus qui semait la mort.

Les nouveaux enjeux idéologiques annonçaient, dès 1985 donc, les ouvrages plus polémiques de Faye, parus chez l’AEncre au début de la décennie 2000, avec, pour chapitres, « Société multiraciale, société multiraciste » ; « L’ethnocide des Européens » ; « La ‘tradition’ à la lueur de l’âme faustienne » et « L’identité européenne à l’ombre de la technique moderne ».

fbh-sid.jpgEn 1987, sous le pseudonyme de Pierre Barbès, Faye co-rédige un ouvrage très important, eu égard à l’ampleur que prend de nos jours le « politiquement correct », avec François-Bernard Huyghe : La soft-idéologie, livre paru chez Robert Laffont. Cet ouvrage m’a aussitôt paru fondamental et, avec Jean van der Taelen et Guibert de Villenfagne de Sorinnes, nous décidons d’inviter Faye et nous lui louons une salle du prestigieux hôtel Métropole, en plein centre de Bruxelles. Rogelio Pete, qui avait invité Alain de Benoist en mars 1981 dans le cadre d’un colloque sur la défense européenne, se charge, cette fois, de la logistique, car il avait, lui aussi, apprécié le contenu de la Soft-idéologie. La veille de la conférence, je reçois un coup de téléphone d’un militant du G.R.E.C.E., agissant en service commandé, pour m’engueuler copieusement d’avoir lancé cette initiative et pour agonir Faye des plus basses injures. J’ai eu beau jeu de lui dire que je n’étais pas l’organisateur du colloque et qu’il devait adresser ses réclamations à Pete, ce qu’il ne fit évidemment pas, parce qu’il n’avait pas le numéro de téléphone de notre ami hispaniste. Cette gesticulation, mêlant haine viscérale et stupidité abyssale, n’eut aucun effet. La conférence s’est bien déroulée.

Faye quittera cependant l’orbite de Diaspad pour entamer sa carrière d’une dizaine d’années à Skyrock, où il sera Skyman, et dans toutes sortes de médias comiques, multipliant sketches, canulars et blagues de potache dont je n’avais plus que des échos indirects. Je me rappelle vaguement d’un canular de Skyman-le-vengeur, appelant une dame un peu bêbête, qui tombait des nues, pour lui dire que son mari n’avait pas payé les honoraires d’un célèbre immunologue lyonnais, le Dr. Belmont. En pleine psychose du SIDA, bien entendu… Un jour, le béjaune que le bazboug tabagiste avait bombardé « secrétaire-général » du G.R.E.C.E. m’appelle et, avec une voix de bigote à qui un polisson aurait narré une histoire salace que la dite rombière n’ose pas répéter, me dit que « Faye a commis des facéties » dans l’Echo des savannes. Intrigué, je quitte mon bureau pour me rendre à la maison de la presse du quartier et me procurer le numéro, plein de photos révélatrices des « facéties » : Faye y avait fait une traversée de Paris, déguisé en handicapé moteur et mongolien, avec repas mouvementé à l’Hippopotamus, et une promenade germanopratine en aveugle, heurtant tout sur son passage avec sa canne blanche, renversant un présentoir de cartes postales et une pile de boîtes de conserve dans un Franprix. Plus tard, je le revois dans Paris Match, accompagné d’une sémillante secrétaire nommée Mary Patch ( !) : il est devenu le Prof. Kervous, ami personnel de Bill Clinton, fraîchement élu Président des Etats-Unis. Kervous est envoyé en mission secrète en Europe car Clinton a décidé en catimini d’avoir un secrétaire d’Etat aux affaires européennes qui doit être obligatoirement un Européen et le premier à obtenir cette charge sera un Français. Kervous sonde alors toute une série de politicards hexagonaux qui se bousculent pour avoir le poste, médisent de leurs collègues. Mary Patch enregistre le tout, qui fera un formidable papier dans Paris Match. Il y eut ensuite Faye, artiste-peintre lithuanien, présenté comme l’ami personnel du nouveau président de la Lituanie désoviétisée. En vingt-quatre heures, Faye et ses complices avaient peint une vingtaine de toiles, représentant de glorieux phallus en érection, qu’ils exposeront le lendemain dans une galerie pour les vendre au prix fort. Et ça a marché ! Ils rembourseront le lendemain en expliquant que c’était un canular mais le message politique, bien perceptible, était aussi clair que de l’eau de roche : l’art dit contemporain est une formidable supercherie. Faye et ses copains facétieux venaient de le prouver !

gf-livresitalie.png

En 1995, mes amis italiens des « Edizioni Barbarossa », qui publient une collection « Sinergie europee » me demandent, avec l’appui insistant de Stefano Vaj, de rédiger une préface à une nouvelle édition italienne du Système à tuer les peuples. J’en profite pour expliciter en profondeur la teneur philosophique des démarches de Faye (cf. http://robertsteuckers.blogspot.com/2012/01/lapport-de-gu... ) et pour dénoncer les mécanismes qui ont conduit à son éviction du mouvement auquel il avait, sans compter, sans hésiter, consacrer toute sa jeunesse, en ne terminant pas ses études pour se mettre au service d’un pontife qui ne cessera de lui mettre des bâtons dans les roues.

Puis, tout à coup, fin 1997, un entretien de Faye paraît dans une nouvelle revue qui fera son chemin, Réfléchir et Agir, animée à l’époque par Eric Rossi. Cet entretien avait été obtenu par « DW », militant de la mouvance qui, le malheureux, avait été entraîné dans une escroquerie, scandaleuse autant que ridicule, montée par un faux architecte et un mécanicien-dentiste, soi-disant deux «amis de la communauté », dont l’un fut, un moment, l’animateur principal de l’URPIF (« Unité Régionale de Paris-Ile-de-France ») et l’autre, un féal thuriféraire du pontife (et l’est resté), et est aussi, à l’occasion, le chansonnier de la bande mais, hélas, affligé d’une voix de crécelle enrayée, lui valant le surnom d’« Assurancetourix ». DW, qui avait été manipulé par ces deux intéressants personnages, avait écopé d’un séjour de six mois dans un célèbre hôtel de Fleury-Mérogis. Inutile de dire que le gars ruminait une certaine amertume. Il est venu me trouver à Bruxelles, m’a fait ensuite, au fil des mois, rencontrer Rossi à Paris, dont la thèse universitaire sur la mouvance nationale-révolutionnaire est certainement ce qui, jusqu’ici, se fit de meilleur, de même qu’un sympathique philosophe irakien, baathiste mais spécialiste de Marx. Puis, un jour, DW, excellent garçon, me téléphone pour me dire que Faye revient à la « métapolitique », après son entretien accordé à R&A, et que je suis le premier qu’il veut revoir !

vue-de-l-exterieur.jpg

La façade de l'actuel "Schieve Lavabo", site de feu le "Cent histoires". C'est là que Faye et DW passèrent la première après-midi avec mes amis et moi-même au printemps 1998 !

Et voilà qu’un beau jour du printemps de l’année 1998, Faye, piloté par DW, débarque à Bruxelles, dans mon quartier. Il y avait onze ans que nous ne nous étions plus vus, depuis la conférence sur la soft-idéologie au Métropole et depuis le rassemblement de la Lugnasad, organisé par Pascal Junod, le 1 août 1987, en pays vaudois. Mais nous nous sommes tout de suite parlé comme s’il n’y avait pas eu de parenthèse, comme si la dernière réunion du SER avait eu lieu une semaine auparavant. Nous nous replions pour déjeuner au café le « Cent histoires », tenu par le fameux Hubert, natif de Bütgenbach, commune des cantons germanophones de la Belgique. Par un heureux hasard, Faye était arrivé à Bruxelles quand quelques amis allemands y séjournaient aussi, de même que Tomislav Sunic. Tous lui posaient des questions, revenaient sur des souvenirs du passé, d’autres, ignorant tout de la mouvance, étaient ravis de faire un brin de causette avec Skyman ou avec le fauteur d’une autre plaisanterie cocasse ou grivoise ou avec le collègue de la célèbre Tabatha Cash (photo), sulfureuse animatrice de Skyrock, toutes choses dont je n’avais jamais entendu parler.

TC-gf.jpgLe vin a coulé à flot. La facture s’allongeait et Hubert de Bütgenbach avait les yeux qui scintillaient comme ceux de Picsou quand il voit des dollars. Au beau milieu de nos libations, nous avons décidé que Faye participerait à l’Université d’été de « Synergies européennes » qui devait se tenir dans le Trentin en juillet. Il devait y présenter son nouvel ouvrage, paru à l’AEncre : L’archéofuturisme.  Le livre commençait par une critique très courtoise des dérives de la ND (canal historique et… hystérique), lignes qui attestent du caractère affable de Faye, prompt à la réconciliation et au pardon pour ceux qui l’avaient pourtant si profondément meurtri. Pour formuler cette critique courtoise, Faye avait policé un petit essai corrosif, qu’il m’avait envoyé quelques semaines plus tôt par l’intermédiaire de DW, et qu’il avait intitulé « La ND ou la planète des clowns » (tiens, au fond, ce texte traîne encore dans mes tiroirs…). Il formulait ensuite son idée-force d’« archéofuturisme » comme « réponse à la catastrophe de la modernité » et comme « alternative au traditionalisme ». Suite à cette double introduction sur les avatars de la ND et sur la définition de l’archéofuturisme, Faye nous offrait, dans son nouveau bouquin, une masse d’articles divers, dont quelques pages pertinentes sur la pensée de Carl Schmitt. Ensuite, deux essais : « Pour une économie mondiale à deux vitesses » et « La question ethnique et la question européenne envisagées d’un point de vue archéofuturiste ». L’ouvrage se terminait par une fiction : « Une journée de Dimitri Leonidovitch Oblomov – Chroniques des temps archéofuturistes ». Bref la machine était relancée.

gf-Archeofuturisme.gifEn effet, Charles Champetier, alors factotum principal du lugubre pontife, se dépêche de prendre un entretien avec Faye pour éléments. Puis vint l’université d’été. Nous nous rendons tous deux en train de nuit à Milan, accompagnés de Fleur, qui travaillait à l’époque pour les éditions de l’AEncre. Stefano Vaj, fidèle à l’esprit premier du SER, nous y accueille chaleureusement dans son club très huppé de notables sapés comme des milords (et nous étions en tenue de campagne…). Puis ce fut la route vers le Trentin, où, arrivés le soir, nous prenons nos quartiers. Le lendemain matin, les séminaires commencent avec, au programme, une conférence de Laurent Schang sur l’œuvre de Bertrand de Jouvenel. Il la prononce en français devant un groupe franco-allemand, dont faisait partie l’écologiste Baldur Springmann, pionnier de l’agriculture biologique, âgé de 87 ans qui avait conduit sa propre voiture depuis Hambourg pour venir nous rejoindre. Je traduis les propos de Schang. Faye, en retard, descend de sa chambre, s’installe à la table, écoute pendant cinq minutes ce jeu de discours et de traductions un peu fastidieux puis lance : « J’ai eu Jouvenel comme prof à la fin des années 60 ; voici ce qu’il disait…. ». S’ensuivit un cours magistral, et non préparé, sur l’œuvre de Bertrand de Jouvenel. Ce diable d’homme de Faye avait retenu la substantifique moelle des théories jouvenelliennes sur le pouvoir, trente-et-un ans après les avoir entendues à la Sorbonne ! Tour de force !

fayecoleur.gifEn 2000, suite à une plainte des habituels « vigilants » contre son ouvrage La colonisation de l’Europe, le pontife, crevant de trouille et dans l’espoir de se dédouaner (de quoi ?), monte une cabale contre Faye, revenu, un peu moins de deux ans auparavant, dans le bercail de la ND. Il le fait exclure de toutes les instances qu’il patronne et interdit à ses ouailles de le fréquenter et de le publier. Faye subit là une deuxième blessure inguérissable qui inscrira, très profondément, en son for intérieur, un désespoir sans rémission, expliquant plusieurs de ses dérives comportementales dont, personnellement, je m’empresse de le dire, je n’ai jamais eu à me plaindre. Pire : Alexandre Del Valle, alors copain comme cochon avec Faye et victime, lui aussi, de la vindicte obsessionnelle et hargneuse des sbires du pontife, avait tout juste repéré un entretien entre la rédaction du journal italien Lo Stato et les deux compères du saint des saints de la ND (canal historico-hystérique) : je veux dire le triste sire de Benoist et le pauvre manant de service Champetier. Dans leurs réponses, les deux zigomars chargent Faye, le traitant d’excité et de « raciste », apportant ainsi, de manière très perfide, de l’eau au moulin de ses adversaires face à la 17ème Chambre de Paris. Del Valle et Faye me téléphonent illico à Bruxelles, tous les deux dans un état de fureur déchaînée, pour me conter les vilénies imprimées dans Lo Stato. Je fouille mes archives et trouve, effectivement, une photocopie de cet entretien que m’avaient fait parvenir tout récemment mes correspondants italiens mais que je n’avais encore eu le temps de lire. Je traduis aussitôt les réponses des deux malandrins et les commente de manière assez acerbe ; espiègle et primesautier, je les balance sur le net pour  faire une petit buzz hebdomadaire, c’est toujours amusant... Champetier, piqué à vif, répond aussitôt et envoie sa réponse à tout le fichier de la ND mais sans camoufler les deux mille adresses de ses destinataires ! Je les consulte et quelle ne fut pas ma stupeur en constatant qu’au fichier des sympathisants s’ajoutaient toutes les adresses des journalistes du Monde, du Nouvel Observateur, de quelques associations de vigilants. Bref, de la délation pur jus, de la méchanceté gratuite, une volonté délibérée de nuire. Pour défendre Faye, je disposais d’un coup, et de manière inespérée, de toutes les adresses, nouvelles et anciennes, de la ND. S’ensuivit une polémique, accentuée par une équipe qui s’était baptisée « Cercle Gibelin » et qui voulait remettre le temple au milieu de l’urbs, en fédérant les forces vives et désormais dispersées du « dextrisme » néo-droitiste, en le débarrassant enfin de ses traitres, de ses pusillanimes et de ses aggiornamentistes. Immédiatement après la polémique, Charles Champetier, qui avait participé à la curée contre Faye et qui avait consacré quatorze années de sa jeune existence au service du pontife, de ses 18 ans à ses 32 ans, était jeté hors de l’association comme un malpropre, parce qu’il fallait donner son salaire à un vieux cacique de la bande qui avait fait tant de bêtises priapiques à son boulot qu’on l’avait congédié et qu’il se trouvait sans ressources sur le pavé de Paris. On ne reverra jamais plus le p’tit père Champetier. Après quelques années très douloureuses, où il aurait ressassé avec amertume son éviction et affronté les déboires familiaux qui s’ensuivirent pour son épouse et leurs quatre pauvres marmots, le malheureux Charles serait retombé sur ses pattes et s’occuperait aujourd’hui d’écologie pratique dans de vertes et riantes campagnes, au fin fond de la France périphérique, loin des gaz de Paris et des cigarettes de son ex-mentor, quintessence emblématique de l’ingratitude.

gavirate.jpg

Gropello di Gavirate

Après sa seconde éviction et après la délation qu’il avait subie, Faye, sans doute profondément blessé et outré de cette veule trahison, a toutefois continué sur sa lancée avec l’appui inconditionnel de son éditeur : le combat devait continuer, avec les moyens du bord, au-delà des chagrins profonds que l’on pouvait ressentir. Il participe aux universités d’été de « Synergies européennes » en 2000 à Gropello di Gavirate, près de Varese en Lombardie, et en 2001 à Vlotho-im-Wesergebirge en Basse Saxe. Dans cette région idyllique du cœur germanique de notre Europe, surtout en ce bel été de 2001, Faye, une fois de plus, nous a étonnés. Un jeune ami, Thierry de Damprichard, prononçait une conférence sur la Beat Generation américaine. Dans le débat qui s’ensuivit, entre 21 heures et 22 heures parce que la chaleur de l’après-midi avait été trop intense, Faye, enthousiaste, refait un cours sur ces auteurs américains, très prisés à l’époque de sa jeunesse et, subitement, tombe tout raide en pâmoison. Les amis allemands appellent aussitôt l’ambulance et le médecin urgentiste. Un hôpital sur roues s’arrête devant la porte mais Faye, ranimé par un ami suisse, secouriste dans l’armée helvétique, refuse de se faire soigner, habitude que déplore d’ailleurs Yann-Ber Tillenon dans le bel hommage qu’il lui a rendu après son décès, dans une poignante vidéo parue sur « youtube ». Puis, il se rafraîchit, retourne devant ses jeunes auditeurs, reprend le fil de ses idées et achève son cours de littérature américaine !

plpe3510.jpgEn décembre 2001, nous nous retrouvons à Saint-Germain à Paris pour une conférence sur l’euro, qui allait être introduit en France et en Belgique une semaine plus tard. En 2001, Faye réécrit et complète son Petit Lexique du partisan européen, édité en 1985 par Eurograf dans la banlieue de Liège grâce à l’entregent de Jean-Marie Simar qui n’avait pas hésité une seule seconde à lui venir en aide. Sans cette initiative, ce lexique aurait terminé dans une poubelle des bureaux de la rue Charles-Lecocq. Faye, en 2001, le remanie complètement, l’étoffe, l’amplifie et, dès le tout premier sous-titre de cette version parue à l’AEncre, il annonce la couleur : « Faire bloc avec des idées claires contre l’ennemi commun ». Ce « manifeste de la résistance européenne » connaîtra un succès mérité, surtout dans ses versions allemande et anglaise.

En 2002 paraît à l’AEncre Avant-Guerre – Chronique d’un cataclysme annoncé. Un pavé de 382 pages avec, pour fleurons, les chapitres sur les « rebelles d’opérette », sur « l’intellectualisme comme anesthésiant », sur « la classe politique comme sarabande des clowns », sur le déclin du christianisme et de son anthropologie faussée, sur le retour nécessaire à une « philosophie vitaliste » pour lutter contre la « pensée dégénérée ». En 2004, nouvel ouvrage à l’AEncre, Le coup d’état mondial – Essai sur le nouvel impérialisme américain.  Ce livre est une analyse fine des ressorts de l’impérialisme américain mais propose, en son onzième et dernier chapitre, un projet d’alliance euro-russo-américain, que Faye nomme « Septentrion ». Notre auteur s’en prend également à ce qu’il appelle l’AAOH ou « l’anti-américanisme obsessionnel et hystérique ». Il plaide pour une critique réaliste et contre toutes les formes d’imprécation que véhiculaient et répandaient les discours anti-impérialistes et anti-américains des gauches marginales et du pontife acariâtre qui l’avait chassé deux fois de l’association, celle qu’il considérait, avec tristesse et amertume, comme sa « maison », celle où, plein d’espoir, il était venu frapper sur le coup de ses vingt ans.

Dans mes propres publications de l’époque, peu de choses sont finalement parues, sauf :

  • -L’annonce du retour de Faye dans le numéro 3 de Réfléchir & Agir, avec brève recension de ses propos recueillis par Maxime Lion (in : Nouvelles de Synergies Européennes, n°30/31, octobre-décembre 1997, p. 35).
  • - Un entretien accordé par Faye au quotidien Il giornale d’Italia, dans le cadre de l’Université d’été 1998 de « Synergies européennes ». Propos recueillis par Michele Fasolo, le 24 juillet 1998 (in : Nouvelles de Synergies Européennes, n°35-36, juillet-septembre 1998, pp. 34-35).
  • - Un dossier « Guillaume Faye » dans le n°46 de Nouvelles de Synergies Européennes (juin-juillet 2000, pp. 9 à 16). Il s’agissait de prendre la défense de Faye après son expulsion des réseaux de la ND, canal historique, et de rendre compte de l’impact, en Italie, de ses ouvrages les plus récents. Textes : « Faut-il lyncher Guillaume Faye ? » par le regretté Pierre Maugué ; « Du dextrisme » par Patrick Canavan, texte reprenant les thèses du « Cercle Gibelin », qui entendait remettre les pendules à l’heure dans l’ensemble de la mouvance néo-droitiste ; « Questions à la ‘nouvelle droite’ – La ND française à la croisée des chemins », toujours par Pierre Maugué ; « Déracinement ou archéofuturisme ? » par le Prof. Augusto Zuliani (recension parue dans le quotidien milanais La Padania, 24 février 2000) ; « Guillaume Faye ou des racines archaïques du futur » par Angelo Mellone, paru dans la prestigieuse revue Area en mars 2000 ; « Archéofuturisme : cette civilisation ne passera pas la nuit… » par Claudia Gualdana, article préalablement paru dans le grand quotidien Il Sole-24 Ore, le 30 janvier 2000).
  • - Un entretien avec Guillaume Faye dans Au fil de l’épée, n°30, février 2002. Propos recueillis par Victor Marck et tirés du net. Faye y évoque son nouveau livre Avant-guerre.
  • - Un article en défense de Guillaume Faye, insulté dans la revue éléments par un certain Jean-Charles Personne, surnommé le « Bidasse Nemo ». Lothaire Demambourg avait trempé sa plume dans le vitriol pour fustiger, à la mode de Léon Bloy, ceux, toujours de la même clique, qui traînaient encore une fois Faye dans la boue (in : Au fil de l’épée, recueil n°46, juin 2003). La polémique n’était pas piquée des vers ! 

corvus-convcat.jpgDe 2000 à 2007, Faye est venu plusieurs fois en Belgique pour présenter ses thèses et ses livres. En 2004, nous sommes tous deux à Gand. Il participera à plusieurs colloques au Château Coloma, à Sint-Pieters-Leeuw, à l’initiative de Georges Hupin, qui, avec son épouse, l’accueillera toujours avec une bienveillance toute paternelle dans leur belle demeure du quartier « Art Nouveau » d’Anvers. En 2006 à Bruxelles dans la salle du Ravensteinhof, nous présentons à deux La convergence des catastrophes, excellent livre qu’il avait écrit en 2004 sous le pseudonyme de Guillaume Corvus (ma contribution à cette conférence commune : http://robertsteuckers.blogspot.com/2013/12/guillaume-fay... ). En 2007, nous participons à un colloque à Termonde, organisé par Chris Roman de l’association « EuroRus », visant à concrétiser un dépassement de l’occidentalisme en Europe qui aurait pour corollaire une réconciliation définitive avec la Russie. Chris Roman invitera encore Faye à débattre avec le penseur russe Pavel Toulaev (Tulaev), notamment sur la notion d’« Eurosibérie » que notre ami russe trouvait inadéquate, la Sibérie n’ayant jamais été un sujet de l’histoire parce que, dans cette immense région du monde, seule la Russie le fut, du moins après la disparition du grand ensemble gengiskhanide. Le débat s’est effectué dans la courtoisie dans la belle bibliothèque de Roman.

En 2007, Guillaume Faye rencontre Jules Dufresne, homme très jeune, qui vient alors de fonder les Editions du Lore. Un premier livre sort dès cette année-là, qui suscitera une terrible et résiliente polémique : La nouvelle question juive (2007). C’est évidemment le sujet qui fâche : les positions prises par Faye n’ont satisfait personne, inutile de le dissimuler. Personnellement, je pense qu’il n’aurait pas dû aborder le sujet car la catégorie dans laquelle on l’avait placé, surtout après le procès qui lui fut intenté après la parution de La colonisation de l’Europe, ne permettait pas d’aborder la question juive de manière sereine même si Faye avait pour intention louable de mettre un terme à des préoccupations monomaniaques souvent stériles, exprimées dans les différents cénacles où elles se manifestaient (nationaux pro-palestiniens, nationaux philo-sionistes, pro-palestiniens en faveur et en défaveur de l’immigration, antisionistes défavorables à l’immigration, etc.). Malgré les 396 pages qu’il a noircies en essayant de traiter de toutes les facettes de la question, il n’a pas su créer un nouveau consensus face à cette problématique pour le moins épineuse. Il a récolté l’étiquette de « sioniste » et le surnom de « shabbat-goy », qu’on lui faisait partager avec Del Valle. L’ouvrage demeure toutefois symptomatique d’un état d’esprit qui régnait effectivement dans les milieux non-conformistes dans la première décennie du 21ème siècle. Sa lecture est dès lors incontournable. A titre documentaire.

gf-wofuer.jpgPierre Krebs,  -que nous avions rencontré pour la première fois en 1981 dans l’appartement de la jeune femme qui hébergeait Faye, dans sa chambre de bonne, et avait accessoirement servi des rillettes au sinistre pontife entre Hong Kong et Las Vegas-,  avait publié une version allemande de Pourquoi nous combattons (Wofür wir kämpfen) en 2006. Il l’avait préfacée avec Andreas Molau qui invite aussitôt Faye à Bayreuth, fin avril, pour un prestigieux colloque allemand et européen où Enrique Ravello et moi-même prenons également la parole. Des émissaires du pontife essaient en dernière minute de torpiller cette édition que le colloque avait annoncée : Faye remarque leur manège dans la salle et m’en parle, visiblement ému car cette tentative retourne une fois de plus le couteau dans la plaie secrète de notre homme mais qui, même invisible, reste si vive... Je fonce tout de suite vers les deux gogols, braves types dans le fond mais légèrement handicapés de la dure-mère, et je leur dis : « Fantastique ! Un livre de Guillaume Faye va enfin paraître en allemand ! Il faut s’en réjouir ! Un homme aussi génial ! Et dire que des envieux ont toujours dénigré cet orateur hors pair !». Ils n’ont pas osé me contredire. Ce fut donc un coup dans l’eau pour les habituels nuisibles. Un de plus. Caramba ! Encore raté ! Krebs et Molau n’ont pas cédé. C’est ce que j’aime dans ce milieu : Beharrungsmenschen !

Il faudra attendre 2011 pour que les éditions du Lore, toujours dirigées par Jules Dufresne, publient Sexe et dévoiement, une somme de 371 pages récapitulant toutes les idées de Faye sur la sexualité et l’histoire de la sexualité, de l’antiquité à la christianisation et de l’époque moderne à l’ère postmoderne. Il s’agit d’une somme inégalée dans la mouvance. L’ouvrage est l’amplification et l’approfondissement de sa brochure rédigée en 1983, Sexe et idéologie. En 2012, les éditions du Lore sortent deux nouveaux ouvrages de Faye, Mon programme et Archéofuturisme V2.0. Mon programme est, comme son nom l’indique, un programme politique à appliquer immédiatement si, tout d’un coup, il y avait vacance de pouvoir et si nous étions les seuls à pouvoir la combler. Le texte peut encore et toujours inspirer mais n’oublions pas que la réalité politique est désormais de plus en plus volatile et que ce type de programme est rapidement obsolète. Archéofuturisme V2.0 est une série de « nouvelles cataclysmiques », qui ont le grand mérite de l’originalité, dévoilant simultanément une facette de romancier que Faye n’a finalement que peu exploitée. Début 2013, le Lore publie une brochure, dans le style de celles qui étaient jadis produites par le G.R.E.C.E. : elle est intitulée La nouvelle lutte des classes. Faye y annonce le collapsus social, dû, entre autres choses, à la multiplication exponentielle des castes parasitaires inutilement importées qui ne contribuent pas à la richesse de la nation. Cette brochure s’inscrit donc dans la logique inaugurée dans La colonisation de l’Europe. La coopération de Faye avec les éditions du Lore s’arrêta là.

Il coopéra par la suite avec les éditions Tatamis dirigées par Jean Robin, où il sortit un Comprendre l’islam, dont je ne possède pas (encore) d’exemplaire. Enfin, chez un cinquième éditeur, Daniel Conversano, Faye sortira son ultime bouquin, intitulé La guerre civile raciale, que j’attends avec impatience.

Mais la grande avancée de Faye au cours de la deuxième décennie du 21ème siècle se produisit dans les pays anglo-saxons. Grâce aux éditions Arktos, patronnées par Daniel Fridberg, Suédois, et par John Morgan, Américain, Faye connaîtra des tirages bien plus importants qu’en France et une diffusion mondiale grâce à d’excellentes traductions dûment annotées. En voici la liste :

  • - Archeofuturism (2010).
  • - Why we fight (2011).
  • - Convergence of catastrophes (2012).
  • - Sex and deviance (2014).
  • - The colonisation of Europe (2016).
  • - Archeofuturism 2.0 (2016).
  • - Understanding Islam (2016).
  • - A Global Coup (2017).

gf-battle.jpgDans la vaste mouvance américaine, aucun sabotage de ses livres n’a eu lieu. Les sites de Greg Johnson et de Jared Taylor, suivi par beaucoup d’autres, en font une publicité ininterrompue. Le matraquage sur les réseaux sociaux est incessant. Le spécialiste de la « nouvelle droite »  française aux Etats-Unis, le formidable Michael O’Meara, lui consacre un petit livre, Guillaume Faye and the Battle of Europe (Arktos, 2013), qui a le mérite d’expliciter l’œuvre de Faye en consolidant chaque argument d’un bon appareil de notes. Dans le seul exemplaire américain de son œuvre que je possède, une copie de Why we Fight, que Faye m’a remis à Paris le 4 juin 2011, je découvre une préface de O’Meara où Faye est décrit comme le prophète du « Quatrième Age », suivie d’une traduction en anglais de la préface allemande de Krebs. Les noms de tous ceux qui ont permis cette édition anglaise de Pourquoi nous combattons figurent en page 4 du volume : le traducteur O’Meara, l’éditeur John Morgan et le co-éditeur australien, excellent connaisseur de la langue française, Matthew Peters, le réalisateur de la couverture Andreas Nilsson et l’incontournable Daniel Fridberg. On peut supposer que cette excellente équipe n’a pas été importunée par les habituels cloportes expédiés depuis la sombre officine parisienne du gourou… Très récemment, quelques jours avant le départ définitif de Faye, le gourou a vomi sa colère et son dépit (hu...hu…hu… !) dans les colonnes du quotidien italien La Reppublica : les représentants de l’Alt-Right, proclamait-il, ne sont que de « petits extrémistes ridicules », qui lui ont pourtant financé de belles éditions de ses propres pensums et quelques voyages d’agrément dans les Amériques…  Toujours l’ingratitude foncière de l’indéboulonnable Dr. Peutt Peutt…

Mais les dédouanements du pontife Peutt Peutt n’ont aucune incidence, ne servent strictement à rien : en date du 28 mars 2019, vingt-deux jours après la mort de Faye, paraît une longue « étude » d’un certain Dan Glazebrook sur le site de « Democracy and Class Struggle » (= Démocratie et lutte des classes » - titre : « The Browning of the Left : How Fascists Colonised Anti-Imperialism » - https://democracyandclasstruggle.blogspot.com/2019/03/ ). C’est un long pensum de cerveau mou, genre antifa, sur le grand manitou que nous avons côtoyé tous deux pendant si longtemps. Jugeons-en : le manitou est l’homme qui, sur cette planète, « brunit la gauche »  et qui « s’approprie les concepts de la gauche pour les mettre au service d’un fascisme plus politiquement correct » ; « sa carrière politique a commencé en applaudissant directement les impérialistes jingoïstes dans des livres tels ‘Le courage est leur patrie’ et ‘Rhodésie : terre des lions fidèles’ » ; « il a surfé sur les concepts de la nouvelle gauche de façon à mettre au goût du jour une forme explicitement fasciste de politique identitaire » ; « sa nouvelle droite a immédiatement adopté la phraséologie captatrice de la nouvelle gauche sur le ‘respect de la diversité’ et le ‘droit à la différence’ pour se faire l’avocate d’une politique prônant la séparation des ethnies, qui seront alors racialement purifiées » ; « il recyclait les théories d’un apartheid global, propre des racistes du 19ème siècle, qu’il cherchait explicitement à réhabiliter » ; « de cette manière, …, il cherchait à implanter l’injonction de Hitler de créer un peuple prêt au fascisme » ; « il jette effectivement les fondations d’une politique identitaire blanche au cœur du fascisme moderne ». Tout cela, je suis d’accord, c’est le blabla abscons que l’on entend depuis de longues décennies, et qui est l’indice d’une sévère pétrification mentale, mais, voilà, ces accusations ne seront plus, dans un avenir proche, adressées à Faye, l’homme qui ne mâchait pas ses mots, mais bien à celui qui l’a toujours systématiquement enfoncé dans l’espoir de se dédouaner, de passer chez les badernes du système pour le gentil intello modéré face au méchant Faye, pitbull qui voulait mordre les pauvres salafistes et Savonarole postmoderne qui ne cessait de calomnier les braves wahhabites… (le tout avec l’aide très hypothétique de Tsahal), face aussi à l’alt-right américaine, composée de « petits extrémistes ridicules » qui se servent de son auguste personne pour se faire valoir (comme si ces gens avaient besoin, pour se hausser le col, d’un vieillard parisien radoteur, interlocuteur récent d’autres radoteurs séniles de l’autre bord dans les colonnes du Figaro ou du Causeur…). Faye a d’ailleurs eu les mots qu’il fallait pour les « repentis », et, a contrario, ce Dan Glazebrook les confirme. Ecoutons Faye : « Ceux qui, jadis, ont commis des erreurs de parcours, des péchés de jeunesse, des écarts abominables, et qui veulent se faire pardonner en montrant patte blanche. Hélas, ils ne parviennent pas à détacher de leur queue les casseroles tintinnabulantes, quelque effort, grouillerie, reptation, léchage, renvoi d’ascenseur qu’ils fassent » (Avant-guerre, p. 207). Cqfd. 

En octobre 2018, plusieurs amis me téléphonent pour me dire que l’état de santé de Guillaume Faye est alarmant. Il est hospitalisé. On connaît la suite. Mais sa réplique aux médecins et aux amis qui ne lui cachaient pas la vérité est vraiment formidable et on aimerait tous avoir la même froide sérénité aux moments ultimes : « J’ai 69 ans, je mourrai au même âge que Platon, également d’un cancer… ». La Parque a coupé le dernier fil que le liait à la vie le 6 mars 2019, peu avant minuit. Son cercueil a été placé dans le caveau familial, dans le cimetière d’un village près de Poitiers (Faye se disait « Poitevin »). Yann-Ber Tillenon lui a placé sur la poitrine l’aigle de Maksen Wledig. Le camarade Bruno a glissé une carte de la « Grande Europe » (Sibérie comprise), avec un texte poignant. Philippe Gibelin a présidé à la cérémonie. Daniel Conversano était présent. D’autres amis de la région s’étaient déplacés. Des bouquets de fleurs entouraient sa pauvre dépouille, bouquets d’une grande beauté parce que d’une grande simplicité. Je suis heureux que Faye ait retrouvé sa terre, sa famille, son enfant au bout de son interminable errance dans une certaine solitude, au bout de sa désinstallation permanente qui fut toujours marquée du sceau du tragique, en dépit de sa joie apparente, de la joie affichée qui cachait sa grande douleur.

C’est Pierre Vial qui a trouvé les mots les plus justes pour évoquer le destin de Faye. Vial a mis le doigt sur la vérité nue, cruelle qui était là, au fond de sa personne et qu’il dissimulait (mais tristement) derrière un panache truculent. Ainsi, Vial écrit qu’au G.R.E.C.E. « ses talents ont fait merveille. Peut-être trop au goût de certains egos surdimensionnés à qui il faisait (sans le vouloir) de l’ombre ». Personnellement, je peux témoigner de la pertinence de cette phrase… Et, Vial ajoute : « Quand le divorce avec certains hiérarques de la Nouvelle Droite est devenu inévitable, il a été touché au plus profond de son être et nous avons été peu nombreux à nous en rendre compte ». Enfin : « Il y avait en lui des blessures qui ne se sont jamais refermées ». Ces blessures ont été constamment ravivées par les mêmes ignobles personnages car, il faut le dire, en extrapolant très légèrement les propos de Vial, que Guillaume a été un homme que l’on a délibérément voulu tuer à petit feu, un homme qui fut littéralement kapotgekoeioneerd ou kaputtkujoniert comme on dit en néerlandais et en allemand (c’est-à-dire, « couillonné jusqu’à en crever »). Une volonté qui n’émanait pas de l’ennemi mais de son propre camp ! En l’humiliant et en l’insultant à longueur de journée dans les années 1980, alors que son travail était exemplaire ; en colportant les pires ragots sur sa personne dans les années 1990 et 2000. Or, les comportements qu’on lui prêtait, personne, ici, dans les anciens Pays-Bas autrichiens ou aux Etats-Unis, ne les a remarqués ni a fortiori subis, sauf peut-être, en Bretagne, son troisième éditeur, Jules Dufresne (mais sans doute est-ce à cause de l’hydromel qu’il offre si généreusement à ses hôtes et à ses auteurs…). Ni Georges Hupin ni Guibert de Villenfagne ni Chris Roman ni Jared Taylor ni moi-même, qui l’avons régulièrement hébergé, n’avons eu à nous plaindre de lui. Pas davantage que ceux qui nous offraient le gîte lors des universités d’été en Italie ou en Allemagne. Honte donc à tous ceux qui l’ont meurtri sans raison, jadis, avec une cruauté abjecte et inquiétante (pour leur santé mentale), l’ont continuellement vilipendé, honte surtout à « ceux qui l’ont connu » et l’insultaient encore, quelques jours avant qu’il n’ait été porté en terre, méritant le titre de « clique » qu’un ancien de nos camarades, et non des moindres, leur a collé sur le dos dans un courrier qui m’était personnellement adressé, honte aussi aux petits roquets sans cervelle qui servent obséquieusement les vieillards haineux de la « clique » et répandent allègrement leurs phrases fielleuses sur la grande toile.

gf-jeuneDA-dix.jpg

Si Vial, en quelques phrases parfaitement ciselées, a bien mis le doigt sur le tréfonds de la problématique psychologique qui fut celle de la personne Faye, sur cette tristesse indicible et immense, inguérissable, qui l’avait transformé lentement et fait, du garçon généreux, joyeux et curieux qu’il était, un homme qui a basculé dans la farce pendant dix ans mais a voulu en sortir, un homme vieilli avant l’âge, miné par un mal sournois, Yann-Ber Tillenon dans une première vidéo rend très justement hommage à l’homme qui présentait des facettes multiples. Tillenon voit en Faye un penseur, un polémiste, un scénariste de canulars, un auteur de bande dessinée, un acteur capable de jouer n’importe quel rôle. Propos que Faye lui-même avait corroborés dans une émission récente de « TV Libertés » en disant qu’il avait toujours recherché cette multi-dimensionnalité que présentaient également les philosophes grecs de l’antiquité, ses modèles. En effet, la pensée de Faye est une réponse à l’unidimensionnalité du monde bourgeois, le sien au départ, qu’il avait rejeté de toutes les fibres de son corps, pour se vouer entièrement à la cause, au détriment de sa vie de famille, de toute carrière professionnelle cohérente. Sa réponse à l’unidimensionnalité (celle de Demesmaeker) n’était évidemment pas la même que celle proposée par Herbert Marcuse… encore que… Faye voulait un retour aux Grecs, à Aristote (ce qui le rapprochait d’Ivan Blot, disparu en octobre 2018), à Héraclite et rejetait ce qu’il appelait, avec Raymond Ruyer (1902-1987), les « nuisances idéologiques », toutes issues d’une modernité dévoyée.

Faye avait fait connaissance avec le G.R.E.C.E. au moment où celui-ci disposait d’un cercle à Sciences-Po à Paris, le « Cercle Pareto », et où les cadres du mouvement, suite aux leçons données par le sociologue allemand Henning Eichberg à la « Domus », dans la région d’Aix, avaient planché sur l’empirisme logique de l’école anglaise et sur le Tractatus logico-philosophique de Ludwig Wittgenstein. Domaine qui avait intéressé aussi Raymond Ruyer, alors professeur à Nancy et membre du comité de patronage de Nouvelle école. Pour l’école empiriste/logique anglaise, Ruyer, les disciples de Wittgenstein et leur interprète national-révolutionnaire allemand Eichberg, les discours scientifique et politique se devait d’être limpides, logiques, dépourvus d’ambigüités et d’affects incapacitants. Faye, après la lecture de Heidegger et de sa Lettre sur l’humanisme, concevait bien qu’une telle logique pure, et scolastique, ne pouvait s’adapter à la sphère effervescente du politique, toujours grevée d’irrationalité, parfois destructrice, parfois constructive. Cependant, il y avait, chez lui, la volonté de rejeter sans appel les ambigüités, les affects incapacitants et les ritournelles stérilisantes, tous figements qu’il convenait de briser, au marteau, à la mode de Nietzsche (comme, par exemple, quand il s’était mis dans la peau d’un « peintre lithuanien » à la mode…). Faye se disait « réalitaire et acceptant » contrairement à l’engouement pour la critique pure et déconstructiviste sur laquelle pariaient alors les gauches intellectuelles, dans le sillage de l’école de Francfort, du déconstructivisme français (la « French School ») et d’autres modes intellectualistes. L’imitation de ces travers par les sycophantes de notre propre mouvance était à rejeter avec la même vigueur. Pour échapper à cet irréalisme, à ces « nuisances idéologiques » et à ces affects incapacitants, il fallait renouer avec l’esprit hellénique de l’antiquité dans lequel, adolescent, dans son collège d’Angoulême, il avait baigné et même adorer se baigner. Une nouvelle paedia grecque et une immersion dans le mos majorum des Romains sont les antidotes aux dérives de la modernité tardive.

Par voie de conséquence, il ne fallait pas, dans notre mouvance, tenir compte des nuisances idéologiques pour pouvoir être admis dans des débats stériles (où « l’on discute du sexe des escargots ») orchestrés par les médias du système (à tuer les peuples) (cf. Avant-guerre, p. 206). Il ne fallait tenir compte que des faits, être en quelque sorte « factualiste » et non des idées fumeuses avec lesquelles le « paysage intellectuel français » faisait allègrement joujou pendant que la société toute entière partait en quenouille (« Contre le byzantinisme, retour au réel ! », ibid.). L’erreur majeure du pontife était donc de vouloir occuper des tribunes là où, en fait, on ne disait rien de concret, rien de « bouleversant ». Quant au paganisme fayen, il était classique, hellénique et romain car, ainsi, il permettait de renouer avec les humanités classiques, sans tomber dans les dérives du New Age, des mauvais lecteurs de Tolkien, des hippies recyclés dans une sorte de folcisme soft, etc. Benedikt Kaiser, représentant de la toute dernière génération de la « Neue Rechte » allemande, dans son texte sur Faye en date du 7 mars 2019 (sur https://sezession.de/60561 ), jour où nous avons tous appris le décès de notre ami, parle de sa volonté d’ancrage dans le réel, de sa Wille zur realpolitischen Erdung. Belle parole qui ne l’empêchera pas d’aller glander dans le club des lèche-derche du pontife dans l’espoir fou de recevoir une petite tape amicale sur la joue droite… Il a déjà donné tous les gages pour cela.

Faye, pour moi, était aussi, grâce à la formation qu’il avait reçue dans un collège de jésuites, un praticien des « arts de la mémoire ». Parfois, une magnifique conférence de deux heures était préparée sur un petit bout de papier froissé, un sous-bock, avec quelques mots-clefs et un « chemin » fait de quelques lignes et de quelques flèches. Son intervention sur Jouvenel dans le Trentin en juillet 1998 prouvait qu’il gardait certains de ces « chemins » dans un coin de son cerveau et pouvait les restituer tout de go. C’est un art que l’on a largement oublié en Europe aujourd’hui.

J’ai donc perdu celui avec qui j’ai marché pendant 44 ans, même si au cours de ces vingt dernières années, nous n’étions plus collègues : l’essentiel continuait à nous unir intellectuellement. J’aurais encore mille et une choses à dire et à écrire ici sur Faye. Mais, voilà, je pense avoir communiqué quelques pistes importantes pour ceux qui écriront l’histoire de la mouvance, à laquelle il a donné ses meilleures impulsions mais qui l’a chassé et renié, pour ceux qui veulent en comprendre les ressorts tout en épousant ses thèses essentielles, au-delà de la méchanceté de certains hiérarques qui, eux, méritent d’être oubliés, en tout cas, d’être exclus des tables où nous dînons. Nul besoin de commensaux pareils. Cependant, ce qu’il faut garder en tête, c’est que les idées demeurent, étaient là avant nous, seront là après nous, tandis que les hommes passent, les meilleurs comme les pires, car, très souvent, ils faillissent.

En tout cas, jamais je ne pourrai exprimer ma reconnaissance à Faye pour tout ce qu'il m'a apporté. Merci, Guillaume, repose en paix en terre poitevine, avec tes parents, à proximité du Futuroscope... La terre et les fusées... 

Robert Steuckers.

Forest-Flotzenberg, mars 2019.

mardi, 26 mars 2019

Yann-Ber Tillenon et Alice Tertrais nous parlent de Guillaume FAYE

fayetill.jpg

Yann-Ber Tillenon et Alice Tertrais nous parlent de Guillaume FAYE

Entrez une dernière fois dans l'univers de cet auteur génial en lisant son dernier essai, Guerre Civile Raciale : https://guillaume-faye.fr/
 
Le site internet de l'invité est ici : http://www.tillenon.com/
 
La chaîne youtube de nos deux amis, à présent : https://www.youtube.com/channel/UCG6u...
 
Les interventions de Guillaume Faye dont je parle dans cette vidéo :
 
- Pour le colloque d'American Renaissance : https://www.youtube.com/watch?v=ydWli...
 
- Interview faite par un camarade russe : https://www.youtube.com/watch?v=4zzLP...
 
En espérant que ce petit hommage à trois vous a plu.
Que l'artiste et l'homme repose en paix !