vendredi, 11 avril 2008
R. Steuckers: intervention au colloque d'Eurorus

Intervention de Robert Steuckers lors du colloque « Euro-Rus » de Termonde, 15 mars 2008
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, chers amis et camarades,
Rassurez-vous, je ne serai pas long et je ne répéterai pas, en d’autres termes, les arguments et les faits qui ont été évoqués par mes prédécesseurs à cette tribune. En guise de préambule, je répondrai toutefois à la question récurrente qui nous est si souvent posée, lorsque nous évoquons la possibilité et la nécessité d’un tandem euro-russe sur l’échiquier international. Cette question récurrente est la suivante : Comment cela se fait-il que vous adoptiez cette position favorable à la Russie, alors que, naguère, cette option a généralement été celle des gauches, tandis que vous passez pour les héritiers de la « révolution conservatrice » ? Cette question, que je n’hésite pas à qualifier d’inepte, reflète la confusion incapacitante qui a été sciemment mise dans la tête des Européens de l’Ouest pendant les quatre décennies de la Guerre Froide. Avant cette parenthèse et avant celle du pouvoir bolchevique à partir de 1917, la Russie était considérée comme le bastion de la ‘réaction’ contre les idées de la révolution française en Europe, c’est-à-dire contre les effets dissolvants de l’idéologie libérale, y compris dans sa version anglo-saxonne, smithienne et manchesterienne. Arthur Moeller van den Bruck, figure de proue de la révolution conservatrice allemande après le Traité de Versailles de 1919, traducteur de Dostoïevski et partisan d’une alliance germano-russe suite aux accords de Rapallo entre Rathenau et Tchitchérine (1922), avait écrit que le bolchevisme, en dépit de ses aspects déplaisants, incarnait la même attitude anti-libérale que la Russie tsariste et traditionnelle, mais sous d’autres oripeaux. Ces oripeaux ont été réduits en lambeaux au fil de sept décennies de communisme, jetés aux orties sans état d’âme, si bien que la Russie est redevenue aujourd’hui un bastion de résistance contre l’idéologie libérale de l’américanosphère.
Pour venir au vif du sujet de cet après-midi, abordons maintenant la question du Sud-Est européen. Jean Parvulesco, au beau milieu de la crise balkanique de 1999, me disait que les régions sud-orientales de l’Asie et de l’Europe étaient vitales pour le développement de ces deux continents. L’Indochine, où les principaux fleuves venus du cœur de l’Asie himalayenne viennent se jeter dans l’Océan Pacifique, et les Balkans, entre le cours inférieur du Danube et l’Egée, sont des territoires tremplins, permettant à la principale puissance centre-européenne, comme hier l’Empire d’Alexandre, l’Empire romain, l’Autriche puis l’Allemagne, de se projeter, militairement ou pacifiquement, vers le Proche-Orient, le Golfe Persique, l’Egypte (et le Nil), la Mer Rouge et l’Océan Indien. Pour Parvulesco, il n’y a pas de développement naturel et harmonieux de l’Europe sans une maîtrise pleine et complète de l’espace balkanique, comme il ne pourrait y avoir d’indépendance asiatique réelle sans une maîtrise pleine et complète des cours inférieurs des fleuves qui jaillissent du flanc oriental de l’Himalaya, pour se jeter dans le Pacifique face à l’archipel indonésien, riche en caoutchouc et en pétrole et anti-chambre de l’Australie. Dans son langage vert et rabelaisien, Parvulesco disait textuellement : « S’ils tiennent le sud-est, ils nous tiennent par les couilles ! ». L’histoire nous l’enseigne : il n’y a pas d’Europe puissante possible si des « raumfremde Mächte », des puissances étrangères à notre espace, occupent ou contrôlent, directement ou indirectement, l’ensemble balkanique.
L’Empire ottoman a tenu l’Europe en échec aussi longtemps qu’il a tenu les Balkans. Mais l’occupation ottomane a eu au moins un mérite : celui de donner un sens et un objectif à l’Europe combattante. De Jean Sans Peur, Duc de Bourgogne et Comte de Flandre, aux nationalistes balkaniques des guerres de 1912 et 1913, en passant par le Prince Eugène de Savoie-Carignan, l’Europe, à l’exception de la France, a ressenti comme un devoir de croisade et de reconquista la nécessité de bouter l’Ottoman hors de la péninsule balkanique.
L’Empire ottoman considérait la maîtrise des Balkans comme une étape en vue de conquérir l’Europe entière, à commencer par la « Pomme d’Or », Vienne, que ses armées assiègeront deux fois, en 1529 et en 1683. En vain. Le sursaut, in extremis, a été chaque fois admirable et nous ne sommes pas devenus turcs. L’objectif ottoman était de remonter le Danube, de Belgrade à Budapest et de Budapest à Vienne, puis, sans doute, de Vienne à Linz et au cœur de la Bavière pour faire tomber l’ensemble de l’Europe dans son escarcelle. Aujourd’hui les Etats-Unis installent leur principale base militaire sur le site même de la victoire ottomane de 1389, soit au Kosovo, à partir duquel les Turcs avaient commencé leur conquête de l’Europe.
Les Balkans sont donc un tremplin géostratégique de première importance depuis le Macédonien Alexandre le Grand, depuis les Romains dans leur marche vers l’Anatolie, corps territorial constitutif majeur de l’actuelle Turquie. Dans la perspective actuelle, qui est toujours celle du géopolitologue britannique Halford John Mackinder, théorisée en 1904, la maîtrise des Balkans permet la maîtrise de l’Anatolie, qui permet à son tour de maîtriser le Croissant Fertile et, partant, le Golfe Persique et la Mer Rouge et d’obtenir ainsi une fenêtre de premier ordre sur l’Océan Indien. La maîtrise des Balkans équivaut de ce fait à joindre solidement la « Terre du Milieu » à l’ « Océan du Milieu ». Cette volonté, qui est aussi celle de joindre l’Europe romano-germanique, la Russie néo-byzantine, la Perse et l’Inde, dans un sorte de « chaîne d’Empires » sur le « rimland » méridional de l’Eurasie, a été l’objectif de toutes les « grandes politiques » de l’histoire européenne : de César, qui le théorise avant de succomber sous les coups des Sénateurs romains aux Ides de Mars de 44 av. J. C., de Trajan qui le concrétise près de deux siècles après, de Julien dit l’Apostat qui ira mourir au combat en Mésopotamie, aux Croisades d’Urbain II et Godefroy de Bouillon à l’idée secrète de l’Ordre de la Toison d’Or créé par Philippe le Bon.
A la fin du 19ième siècle, les Européens, dont les Serbes, triomphent enfin de la présence ottomane en Europe orientale. Malheureusement, bien vite, les vainqueurs se déchireront entre eux, créant des animosités inter-européennes qui n’ont cessé de perdurer et qu’exploiteront habilement tous ceux qui voudront contrôler les Balkans, après 1914. Quant aux Turcs, ils essaieront toujours de revenir dans les Balkans, par le biais de l’OTAN, en soutenant les minorités musulmanes de Bulgarie, de Bosnie, d’Albanie et du Kosovo, en créant, comme on l’apprend, des réseaux de lycées turcs en Bosnie. C’était le rêve de Türgüt Özal, qui voulait faire émerger un pôle panturc de l’Adriatique à la Muraille de Chine. C’est le rêve d’Erdogan qui cherche à réaliser les mêmes objectifs mais cette fois par le biais d’un panislamisme dominé par la Turquie. Son discours récent, en février 2008, à Cologne, est très révélateur des intentions d’Ankara. Ne confondons toutefois pas le kémalisme et le pantouranisme. Le Général Mustafa Kemal, que les Turcs surnommeront affectueusement « Atatürk », le « Père de tous les Turcs », se voulait, au départ, sincèrement Européen, dans la mesure où il voulait imposer un mythe hittite à la Turquie défaite et dépecée, qu’il souhaitait par ailleurs désislamiser et désarabiser. Ce mythe hittite faisait explicitement référence à un peuple indo-européen, ayant vécu à la charnière de la proto-histoire et de l’histoire, venu d’Europe, via les Balkans, pour faire face à un environnement non européen en Anatolie et pour pousser sa puissance en direction du ‘dos’ du Croissant Fertile, aux confins septentrionaux de l’actuelle Syrie. De ce mythe, il reste, à Ankara, un impressionnant « Musée hittite », fondé par Atatürk lui-même. Outre ce musée, le mythe hittite de Mustafa Kemal n’a laissé aucune trace dans les projets politiques et géopolitiques de la Turquie contemporaine.
Le pantouranisme exalte une autre orientation géostratégique, si bien qu’on ne peut du tout le confondre avec le kémalisme. Dans le mythe pantouranien, l’Etat turc n’est pas posé comme l’héritier des Hittites qui avancent de l’Egée vers le Croissant Fertile mais l’héritier des hordes seldjoukides venues du fin fond de l’Asie pour s’élancer vers l’Egée, l’Adriatique et le Danube. Le pantouranisme prend forme, au niveau intellectuel, dès le début du 20ième siècle mais atteint son apogée pendant la seconde guerre mondiale, en 1942, quand une large fraction de l’élite politique et militaire turque croit à une victoire prochaine de l’Allemagne hitlérienne en Russie, victoire qui apportera, croit-elle, l’indépendance aux peuples turcophones de l’Asie centrale soviétique. Parmi les jeunes officiers séduits à l’époque par ce pantouranisme ou panturquisme, nous trouvons le futur leader MHP, le Colonel Türkes, dit le « Bazboug », le chef. Les pantouraniens, qui plaçaient leurs espoirs en une victoire allemande, seront jugés en 1945, quand la Turquie, qui avait senti le vent tourner, s’alignait sur les Etats-Unis. Jugement purement formel : quelques semaines après leurs lourdes condamnations, les panturquistes rentrèrent au foyer.
Les mythes hittite et pantouranien ne sont pas des vues de l’esprit, des coquetteries intellectuelles sans grande consistance. Elles reflètent des intentions politiques et stratégiques essentielles, suivies d’effets toujours bien concrets. Ainsi, dans ses multiples ouvrages, essais et articles, Zbigniew Brzezinski, grand stratégiste américain contemporain, auteur du livre programmatique « Le Grand Echiquier », cherche à mâtiner l’idéal pantouranien et un idéal « mongoliste », où il maintient en quelque sorte deux fers au feu : il utilisera le pantouranisme pour séduire les Turcs et détacher le cœur central de l’Asie de l’hégémonie russe, de le balkaniser et de le satelliser pour séparer la Russie de l’Iran et de l’Inde, où pour créer une unité éphémère, ‘gengiskhanide’, toujours remise en question de par sa mobilité incessante et de par les querelles d’héritage, une unité fragile, plutôt une instabilité chronique, qui aurait eu pour fonction de neutraliser les anciens empires de la région, à commencer par le persan ; mais dans cet espace, ce ne sera ni un étatisme ottoman ni un étatisme kémaliste qui devra avoir, in fine, le dessus, mais un « mongolisme », non pas tant animé par la sagesse de Gengis Khan, mais à la façon très négative de Tamerlan, fossoyeur de la Perse si fascinante des 12ième, 13ième et 14ième siècles. L’Asie centrale, faute d’être pleinement satellisable par les Etats-Unis, devra devenir un espace de chaos, un espace « tamerlanisé » ad infinitum, déstructuré faute d’être structuré par une idée impériale solide, visant la durée, la pérennité, à la romaine ou à la persane, à la Witte ou à la Stolypine. C’est une façon de réactualiser les stratégies d’un Richelieu et d’un Vauban, qui avaient cherché tous deux à ‘démembrer’ les frontières de leurs adversaires impériaux ou espagnols ou à plonger ‘les Allemagnes’ dans le chaos, entre une France stabilisée d’une main de fer par le nouvel absolutisme, après la Fronde et la répression des révoltes populaires, et son allié ottoman, bien campé sur le cours du Danube. Dans la perspective actuelle, il s’agit de plonger dans le chaos un vaste espace, correspondant peu ou prou au territoires dominés jadis par Gengis Khan, entre une Union Européenne stable mais ouverte et pénétrée sur le plan commercial et une Chine mise dans l’impossibilité de se trouver des alliés sur la masse continentale eurasienne et prête, dès lors, à accepter à terme une ouverture au commerce américain (projet bien concocté depuis 1848, quand la guerre du Mexique laissait prévoir le statut bi-océanique des Etats-Unis, pierre angulaire de leur puissance planétaire).
A cette imitation, mutatis mutandis, de la stratégie ‘démembrante’ de Richelieu par Brzezinski en Asie centrale correspond la stratégie américaine équivalente dans les Balkans, à l’époque du tandem Clinton/Albright, qui ont créé de toutes pièces les questions bosniaque et kosovare ; cette dernière rebondit aujourd’hui avec la proclamation unilatérale d’indépendance de Thaçi à Pristina. Le Kosovo est la région qui se trouve exactement au milieu de l’ouest de la péninsule balkanique, à l’ouest du massif des Monts Rhodope ; plus exactement de l’ensemble formé par l’Albanie, la Serbie et le Monténégro ; qui tient cette région, comme les Ottomans l’ont tenue, tient l’ensemble de la péninsule et contrôle les routes qui mènent à Belgrade et au Danube, via les vallées de l’Ibar (à Mitrovica) et de la Morava, plus à l’est. Exactement comme la puissance qui tient sous sa coupe la Bosnie tient, à terme, la côte adriatique, qu’elle surplombe, menace l’Italie et domine le cours de la Save qui mène aux frontières de l’Autriche et de la Vénétie. La stratégie américaine a donc réussi à créer, en pariant sur le fondamentalisme musulman et sur certains réseaux mafieux albanais, deux entités politiques hostiles à -et en marge de- leur environnement slave, grec et chrétien-orthodoxe, deux entités à la dévotion des Etats-Unis, de la Turquie et de leurs financiers saoudiens. L’atout stratégique qu’aurait pu constituer des Balkans unis est ainsi perdu pour l’Europe, avec, rappelons-le, la bénédiction d’une intelligentsia médiacratique (et médiocratique…) parisienne, qui, à l’époque de la crise bosniaque, professait un multiculturalisme irréaliste en faveur d’une Bosnie pluri-confessionnelle, posé comme le futur modèle incontournable de l’Europe entière ; en débitant ces discours, cette brochette d’intellos creux camouflait le fait, pourtant patent pour qui sait déchiffrer la ‘novlangue’ des fabriques d’opinion, qu’elle prenait ses ordres, en réalité, de Washington, pour briser, par matraquage médiatique, la solidarité spontanée pour la Serbie qui aurait animée la France.
Dans le Kosovo, la firme Halliburton, où Dick Cheney a de solides intérêts, a construit la plus grande base américaine d’Europe, ce qui confirme bien la volonté américaine de s’y maintenir pendant longtemps. L’objectif est de contrôler les oléoducs et gazoducs qui transitent ou transiteront dans la région ou à proximité, en provenance des rives de la Mer Noire et en direction de l’Adriatique, donc de l’Italie, Etat fondateur de la CEE, pour que gaz et pétrole soient distribués partout dans l’UE. La coopération euro-russe en matière énergétique serait ainsi soumise à une épée de Damoclès permanente. Le Kosovo se trouve légèrement en surplomb par rapport à la vallée de la Morava, entre la ville serbe de Nis et la capitale macédonienne Skopje, à mi-chemin entre Belgrade sur le Danube et Thessalonique sur l’Egée. Les vallées de la Morava (de Skopje à Belgrade) et de l’Axios (de Skopje à Thessalonique) forment donc la voie terrestre la plus courte entre le Danube et l’Egée, donc entre la Méditerranée orientale et l’Europe centrale. Cette zone est donc de la plus haute importance stratégique : une puissance planétaire se doit dès lors de la contrôler pour tenir ses éventuels concurrents en échec. L’enjeu consiste donc à contrôler les oléoducs et les gazoducs et cette ligne Belgrade-Thessalonique, comme le firent les Ottomans dans les siècles passés. Ce n’est pas un hasard s’ils ont évacué cette ligne au tout dernier moment : en 1912 quand ils avaient affaire et aux peuples balkaniques et à l’Italie. Le double contrôle de la ligne des oléoducs et gazoducs et de la ligne Belgrade-Thessalonique : tels sont donc les buts réels. Et c’est justement dans les Balkans, donc en Europe et contre l’Europe, que les Etats-Unis enregistrent aujourd’hui le meilleur succès dans leurs stratégies, avec des alliés musulmans, alors que l’islam combattant est présenté partout ailleurs comme l’ennemi de l’Occident américanisé. Les naïfs, y compris dans certains mouvements identitaires, croient benoîtement, que le Kosovo musulman ne peut en aucun cas être téléguidé par les services américains puisqu’il est tout simplement musulman, donc posé erronément comme allié aux auteurs réels ou présumés des attentats du 11 septembre 2001 à New York. C’est cette fable que croient et ânonnent les canules atlantistes, grand Béotiens en matière d’histoire, laquelle est effacée de leurs têtes, et en géographie, car apparemment aucun d’entre eux n’est capable de déchiffrer une simple carte physique d’école primaire, contrairement à leurs maîtres américains.
Ailleurs, les Etats-Unis ne rencontrent pas le même franc succès. Dans cette Asie centrale que Brzezinski voulait satelliser et ‘tamerlaniser’, Russes et Chinois, qui ont clairement perçu le danger, ont mis sur pied le « Groupe de Shanghai », alternative heureuse au chaos artificiel qu’avaient espéré et programmé les experts du Pentagone. Le « Groupe de Shanghai » est aujourd’hui la principale entrave à l’expansion planétaire des projets de Washington. Il rend caduque la volonté de Brzezinski de plonger cet espace, occupé par les ex-républiques soviétiques à majorité musulmane, dans un chaos à la Tamerlan.
Dans le Caucase, la tentative de former une série de sécessions en chaîne n’a pas entièrement réussi, comme dans les Balkans, même si le problème tchétchène est loin d’être résolu, reste un abcès purulent collé au flanc caucasien de l’espace géopolitique russe. Si le Kosovo se trouve au milieu d’une péninsule située entre l’Adriatique et la Mer Noire, la Tchétchénie se trouve, elle, au milieu d’un large isthme, forcément à double littoral, entre la Mer Noire et la Caspienne, où doivent logiquement passer les oléoducs et gazoducs amenant le brut des gisements de Bakou en Azerbaïdjan et des nouveaux champs de pétrole et de gaz du pourtour de la Caspienne. Le sécessionnisme tchétchène, lit-on dans la presse, a été animé, dès son éclosion, par des nationalistes locaux mais aussi par un djihadiste venu de Jordanie. Pourquoi de Jordanie ? Parce que dans ce pays arabe vit depuis un exode de Tchétchènes, fuyant l’avance des armées russes au 19ième siècle, une forte minorité de ceux-ci, dite « circassienne », ayant conquis bon nombre de postes importants dans l’armée et l’administration du royaume hachémite, ancien satellite britannique. Ce djihadiste arabisé n’a fait qu’un retour au pays de ses aïeux, pour aller y pratiquer les habituelles « guerres de base intensité » ou « stratégies lawrenciennes » -notamment celle qui a donné naissance au Royaume de Transjordanie- dans les zones pétrolifères que souhaitent contrôler les « Sept Sœurs », soit les grands consortiums britanniques ou américains des hydocarbures (sur l’apport démographique tchétchène, lire : Yo’av Karny, « De Kaukasus », Uitgeverij Atlas, Amsterdam/Antwerpen, 2003-2005).
En conclusion, les entités étatiques « indépendantes », que veulent imposer à la communauté internationale les puissances thalassocratiques, financières et pétrolières anglo-saxonnes, en pariant sur tribus dissidentes, mafias locales, sécessionnistes douteux, zélotes religieux, etc., ne sont pas acceptables dans la situation actuelle, surtout qu’elles concourent à installer des abcès de fixation musulmans, des enclaves islamisées, au cœur de territoires européens, avec, qui pis est, une dimension mafieuse et narco-trafiquante, pourtant dûment dénoncée par bon nombre d’institutions internationales. Ces enclaves musulmanes ne peuvent qu’aviver ou conforter le « choc des civilisations », annoncé dès 1993 par Samuel Huntington. Comme le soulignait récemment le Dr. Koenraad Elst dans les colonnes de « ‘t Pallieterke », le Kosovo n’est jamais qu’un instrument des Américains, qui, in fine, contrôlent tout le processus indépendantiste, et des Wahhabites saoudiens, qui visent une reconquista de toutes les terres qui furent, à un moment ou un autre de l’histoire, islamisées. Ni l’une ni l’autre de ces options ne vont dans le sens des intérêts de l’Europe.
La première étape d’une révolution métapolitique, qui ouvrirait les yeux des Européens afin qu’ils se rendent compte des manipulations médiatiques orchestrées depuis quantité d’officines d’Outre Atlantique (le « soft power »), serait de se doter d’une élite capable de lire des cartes et d’utiliser des atlas historiques (comme ceux de l’Ecossais Colin McEvedy). Cette lecture de carte, permettant de saisir d’un simple coup d’œil, les dynamiques de l’histoire, toujours récurrentes, a été l’un des objectifs de « Synergies Européennes ». J’invite tout un chacun à poursuivre ce travail, pour donner vigueur à toutes nos initiatives européistes et identitaires.
Robert Steuckers.
00:23 Publié dans Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : géopolitique, histoire |
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Pourquoi les civilisations s'auto-détruisent-elles?

Pourquoi les civilisations s'autodétruisent-elles?
(WHY CIVILIZATIONS SELF-DESTRUCT)
Analyse d'un livre écrit par Elmer Pendell, édité aux Etats-Unis en 1977. Pour informations s’adresser à : Howard Allen Enterprises, Inc., Box 76, Cape Canaveral FL 32920. Etats-Unis.
La partie du livre qui nous intéresse ici, est celle qui couvre strictement la thèse développée par l’auteur : POURQUOI LES CIVILISATIONS S’AUTO-DÉTRUISENT. L’avant-dernier chapitre du livre traite des mesures préconisées pour corriger ce phénomène d’auto-destruction aux Etats-Unis. Comme ce chapitre ne fait pas partie de l’argumentation soutenant la thèse, son contenu n’a pas été considéré ici.
L’auteur est présenté en ces termes : «Elmer Pendell, est un des experts en populations de premier plan; détenteur de la ‘’Purple Heart’’ et de la ‘’Distinguished Service Cross’’, il est diplômé B.S. de l’Université de l’Oregon, M.A. de l’Université de Chicago, L.L.B. de l’Université George Washington, et Ph.D. à Cornell.
Le Dr. Pendell a enseigné aux Universités du Nevada, de l’Arkansas et de l’Oregon, ainsi qu’à l’Université de l’État de Jacksonville et à Cornell. Durant toute sa vie, son intérêt s’est porté sur les taux de propagation humaine et de son influence sur l’environnement. En qualité de co-auteur de Society Under Analysis, Population Roads to Peace or War et, Human Breeding and Survival, et auteur de Population on the Loose, The Next Civilization ainsi que Sex VERSUS Civilization, il a œuvré longtemps et brillamment pour trouver des solutions, aussi bien à court terme qu’à long terme, aux problèmes de population.
Dans ce dernier livre —certainement le plus significatif— le Dr. Pendell a consacré beaucoup d’efforts au problème démographique crucial de notre temps: le déclin accéléré de nos institutions et de notre mode de vie, causé par le taux élevé de reproduction, de ceux qui devraient se reproduire le moins. Sa contribution sans doute la plus importante à l’esprit moderne —une contribution qui ressort fortement dans ce volume— est le lien qu’il établit entre les pulsions sociales innées des individus, et la tolérance universelle, étendue aux taux différentiels de naissances socialement intolérables».
* * *
Voici donc dans les grandes lignes, la thèse développée dans ce livre. (Le texte ci-dessous pourrait être mis presque entièrement entre guillemets, car il reflète fidèlement le contenu de l’ouvrage. Pour des raisons pratiques, cela n’a toutefois été fait que pour des citations spécifiques, et traduites de l’anglais.)
Ce qui est fascinant dans la marche des civilisations, c’est leur nature rythmique et cyclique. Elles naissent, se développent, atteignent de hauts niveaux d’accomplissements et puis disparaissent. Le plus souvent sans grands soubresauts, mais comme atteints d’une grande torpeur. Lord Byron disait dans Childe Harold’s Pilgrimage : D’abord la Liberté et puis la Gloire. Viennent ensuite la Richesse, le Vice, la Corruption, et à la fin la Barbarie.
Des auteurs et historiens réputés ont donné des explications multiples, souvent complexes et hypothétiques sur la disparition des civilisations. Les causes invoquées sont toujours d’ordre environnemental. C’est l’originalité de Pendell, d’avoir investigué le facteur hérédité. Mais il reprend d’abord, l’opinion de quelques auteurs, historiens, ou chercheurs.
Voltaire: Lorsque les peuples s’amollissent ils invitent à leur conquête.
Louis Wallis: (An Examination of Society) La concentration de la propriété foncière affecte défavorablement le sens moral.
Eric Fisher: (The Passing of European Age) Les vieilles cultures ne peuvent s’adapter aux nouvelles conditions.
Tom B. Jones : (Ancient Civilizations) Comme en architecture ou tout autre domaine, l’achèvement d’un modèle conduit à une seule orientation possible: vers le bas.
Et aussi : Les matériaux bruts sont d’abord exportés, puis utilisés à l’intérieur, ensuite importés jusqu’à ce qu’on n’aie plus les moyens de se les procurer.
W.C. Lowdermilk : (Conquest of the Land Through Seven Thousand Years) Lorsque l’agriculture échoue, la civilisation échoue.
Brooks Adams : (The Law of Civilization and Decay) La concentration du pouvoir et de la prise de décisions blesse mortellement l’organisation sociale.
Willis J. Ballinger : (By Vote of the People) Il partage l’opinion de B. Adams.
Oswald Spengler : (The decline of the West) Les civilisations sont comparées à un organisme qui évolue selon les quatre saisons. Au printemps éclôt l’agriculture, lorsqu’arrive l’automne, les énergies sont largement consacrées à la production industrielle, et à la construction d’immenses vides culturels dénommés Villes Universelles. Ensuite vient l’hiver, et c’est la fin.
Carle Zimmerman : (Family and Civilization) Lorsque les liens familiaux se relâchent, la civilisation tombe en décadence.
J.D. Unwin : (Anthropologue social britannique) (Sex and Culture) Pour une civilisation, des mœurs permissives se traduisent par une perte d'énergie et ses réalisations diminuent.
Pendell traduit cela en ces termes: «Dans le contexte actuel, cela veux dire que nos pulsions innées pour la recherche de nourriture, sexe, attention, etc., peuvent être quelque peu apaisées par un intérêt pour des réalisations sociales. Cependant, lorsque ces ‘pulsions innées’ sont immédiatement satisfaites, il ne reste plus d’envie, de dynamisme pour les relations sociales».
Pour Unwin, lorsqu’une nation réussit, elle devient de plus en plus sexuellement permissive, avec pour résultat, la perte de sa cohésion, de son élan et de sa détermination. Il nous prévient aussi : «Aucune société et aucun groupe à l’intérieur d’une société n’a jamais toléré la monogamie pendant longtemps. Chaque société qui l’a adoptée, a soit abandonné la monogamie, ou bien a constamment révisé sa méthode de régulation des relations entre les sexes; et au cours de cette révision —parfois semble-t-il sans intention consciente— l’opportunité sexuelle a été étendue».
Harold H. Smith dans une chronique du Saturday Review (8 janv. 1955), estime que la complexité et les connaissances croissantes ont un effet de ‘Tour de Babel’. L’opinion de Smith est que : «Entre une multiplication des inventions et une structure qui se ‘pyramidalise’, l’individu est confronté à un étalage de problèmes de plus en plus complexes. Sous les torrents d’informations qui lui tombent dessus, l’évaluation de la signification de chaque élément devient de plus en plus superficielle. Il en résulte que la personne typique comprend de moins en moins les faits réels, tandis que l’idée qu’elle se fait du monde extérieur devient impressionniste et souvent chaotique».
Pour Nathaniel Weyl et Stephan Possony (The Geography of Intellect), la surpopulation a causé la disparition de certaines civilisations, particulièrement celles dépendant de l’irrigation. Le danger de surpopulation dans une région donnée avait également été reconnu par Guy Irving Burch et l’auteur dans Population Roads to Peace or War. W.B. Pitkins dit qu’une vaste population freine les réalisations individuelles.
Hérédité, génétique et chute des civilisations
Ce qui est curieux constate Pendell, c’est que nulle part n’est mentionné le facteur "hérédité", c’est que personne avant lui n’ait fait référence à la part jouée par la génétique humaine dans la chute des civilisations. Pendell ne prétend ni ne suggère, que la détérioration de l’hérédité constitue la seule et unique cause de la destruction des civilisations. Plusieurs causes —et celles citées ci-dessus en font partie— doivent être considérées. Parfois même, l’hérédité est tout à fait étrangère au désastre. Il n’en demeure pas moins que, pour Pendell, «chaque civilisation possède normalement un mécanisme intérieur d’auto-destruction qui assure que la moitié la moins capable de chaque génération devient génitrice de plus de la moitié de la génération suivante». Et c’est à cela, c’est-à-dire à la submersion des classes les plus évoluées par une masse de gens intellectuellement moins avancés, qu’il faut attribuer la mort des civilisations, nonobstant l’existence ou non de nombreux autres facteurs. Ce point de vue constitue l’idée centrale de ce livre.
A partir des premières civilisations connues, soit, la sumérienne, les phases successives de celle d’Égypte, de la Vallée de l’Indus ainsi que celles de Babylone, d’Assyrie et de Perse, celles de la Chine, des Olmèques, des Mayas, Aztèques, Incas, jusqu’à celles de Grèce, de Rome, ou de l’Empire Britannique, ce que toutes ces civilisations ont en commun, dit-il c’est que: «les personnes de haute intelligence ont des intérêts tellement variés et intenses, absorbant tellement de leur énergie, que cela limite le nombre de leurs enfants, et donc, réduit l’intelligence disponible pour le maintien de la civilisation. Conséquemment, tandis que le segment le moins favorisé de la population prolifère, chaque civilisation dissipe le génie de ses organisateurs».
A propos de Rome par exemple, l’auteur cite Charles Dewing, expert en démographie qui écrivit: «Il y a quelque chose de régulier dans ces anciennes civilisations, le timing est remarquablement similaire... La cité en expansion attirait l’attention d’autres peuples qui n’avaient pas construit de cité; elle était perçue comme une montagne dans le désert. Plusieurs de ces peuples migraient vers la cité. Étant donné que cette immigration persistait, bien sûr, les talents qui établissaient la cité allaient bientôt être dilués et ensuite subordonnés... La civilisation de la cité devait baisser. La chute allait donc être due à quelque chose de très apparenté à ce peu aimable mot: ‘dégénérescence’».
Sur l’effondrement de l’Empire Britannique, l’analyse du Dr. Robert Gayre, éditeur de Mankind Quarterly dans Rise and Fall of Nations : Genetic Impoverishment est due à l’effet que: «Pendant des siècles, le service d’outre-mer avait été dysgénique, puisque ses effets adverses avaient frappé de façon disproportionnée l’élite des nations formant le Royaume-Uni. Ceci était particulièrement le cas à partir du dix-neuvième siècle... Au cours des multiples campagnes menées, non seulement une génération était-elle virtuellement exterminée, mais cela s’est fait d’une façon sélective, touchant le commandement dans toutes les classes».
Pour montrer l’importance de l’hérédité dans la désintégration —mais aussi dans la naissance— des civilisations, le Dr. Pendell a cette belle image: «Quiconque essaie de comprendre la naissance ou la chute des civilisations sans porter attention à l’évolution biologique, s’engage dans un labyrinthe sans ‘indications ni épée’» (without a clue or a sword).
Réagir à l'intolérance des behavioristes
Pendell parle de l’existence d’un mécanisme génétique, d’abord créateur, et qui devient ensuite destructeur des civilisations. Ce mécanisme, il le démonte pièce par pièce, et tous ses rouages sont scrutés un à un à la lumière des exigences de l’évolution du vivant. Cependant, il reconnaît aussi que, si dans ce livre, l’emphase est mise sur l’hérédité, «il faut comprendre cela comme une réaction constructive et nécessaire à l’intolérance des behavioristes qui ont presque réussi a rendre illégale l’étude scientifique de l’hérédité».
L’état d’une civilisation —disons sa mise au monde, sa croissance et aussi son déclin— dépend en grande partie de l’esprit des individus pense Pendell qui dit aussi: «la structure de notre esprit est tout autant un produit de l’évolution que nos os, glandes et muscles. L’esprit et le corps ont évolué ensemble et ils travaillent ensemble». Une grande partie du livre est justement consacrée au processus évolutif, c’est-à-dire à savoir comment l’homme est devenu ce qu’il est, et plus particulièrement au point de vue de sa structure mentale.
Ego et "appétit social"
C’est ainsi que nous apprenons comment il se fait que l’esprit humain est divisé entre les motivations glorifiant l’ego d’une part, et les dispositions sociales que Pendell appelle aussi ‘l’appétit social’, d’autre part. Chacune de ces motivations a été nécessaire pour la survie de notre espèce. Elles sont d’ailleurs déjà présentes parmi de nombreuses espèces animales.
Concernant l’ego, Pendell développe très largement le concept de la conscience de soi, "siège de notre auto-importance.". Le niveau de conscience dépend de l’intelligence. La conscience consiste dit–il, à «organiser, organiser, organiser». Elle est héréditaire et une partie de sa tâche est accomplie par le subconscient. La conscience et l’instinct semblent avoir été reliés dès les débuts de l’évolution organique. La perception de l’inconfort et de la douleur auraient déclenché ce que nous appelons aujourd’hui l’instinct. Sans instinct, aucun organisme n’aurait survécu. L’orientation auto-centrée engendre les quatre désirs suivants: désir de sécurité, désir de reconnaissance (considération de la part des pairs), désir d’efficacité (besoin d’obtenir des résultats), et désir de domination. A propos de ce dernier désir, Vance Packard (The Status Seekers) dit: «La stratification existe partout dans notre société». Ce qui, reconnaît Pendell, n’est pas du tout conforme à la doctrine égalitaire américaine.
Enfin, on peut constater, «qu’en plus de veiller à nos besoins égocentriques et corporels les plus immédiats, la conscience se limite pour certains à ce que toute leur attention soit monopolisée strictement sur le déroulement de leur vie, tandis que pour la plupart, elle est de donner plus de sens à leur vie.’’
Les dispositions sociales elles, sont nées du besoin de compagnonnage et sont, elles aussi, héréditaires. Les chances de survie individuelle sont fortement accrues par l’unité du groupe, surtout lorsque les conditions de vie sont difficiles, tandis que les sentiments altruistes aident à la survie du groupe. Des standards de vie en groupe se sont développés durant 200 millions d’années, et des sentences de mort furent appliquées par le groupe contre les individus qui déviaient trop du modèle admis par le groupe. Ces dispositions sont profondément imprimées dans notre code génétique; elles étaient là depuis des millions d’années, et seuls ceux imprégnés de cet ‘appétit social’, devenu une part intégrale de la condition humaine, ont survécu.
La vie tribale avait été le berceau de l’appétit social. Celui-ci, se limitait toutefois au groupe; une amitié étendue à toute l’humanité n’aurait eu aucune valeur de survie pour des êtres qui évoluaient par groupes. Comme l’intelligence allait croissant —de plus en plus de problèmes se trouvant résolus— les hommes comprirent les avantages qu’il y avait à utiliser chacun aux tâches qui lui convenaient le mieux, d’où la division du travail et autres pratiques qui sont à la base d’une civilisation. Dans une grande partie du monde, la civilisation mit ainsi un terme à la vie tribale.
La loi de la dynamique des populations
Le constat de Pendell, c’est que les peuplades tribales qui ont créé leur civilisation, ont su tirer profit de la cruelle et longue sélection naturelle. C’est au moment de la naissance d’une civilisation, que l’efficacité générale est à son maximum. Une fois la civilisation bien en place, le processus évolutif faiblit, et il le fait dans la mesure où la civilisation s’impose. De la lecture du passé, Pendell tire que la détérioration accompagne la prolifération, c’est dit-il la ‘loi de la dynamique des populations’
Cette loi repose sur des constatations ayant trait au processus évolutif biologique d’une part, et aux instincts sociaux d’autre part.
Le point de vue biologique d’abord :
1. L’évolution tend à éliminer dans une proportion quelque peu plus grande, les individus inefficaces par rapport aux individus efficaces.
2. Une augmentation considérable de la population humaine dans une région, annonce une application plus limitée du processus de séparation. Cela est dû par exemple, à une amélioration de l’habitat ou de l’habillement, ou à de meilleures méthodes d’entreposage.
3. Lorsqu’un groupe prolifère, les survivants comprennent des individus situés plus bas dans l’échelle de l’efficacité.
4. Lorsque la croissance d’un groupe s’accélère soudainement, cela se traduit par moins de mortalités par mille naissances que d’habitude, et donc, par moins de rejets (weeding out) que d’habitude.
5. Puisque les naissances sont normalement plus nombreuses parmi la moitié la moins efficace de n’importe quel groupe spécifique, il y a une plus grande proportion de survivants parmi la moitié la moins efficace lorsque le groupe augmente en nombre.
Selon les travaux de Robert Klark Graham (The Future of Man) cette loi de la dynamique des populations, était déjà à l’œuvre dans les temps préhistoriques. Graham suggère que le point tournant dans l’évolution de l’espèce humaine se situe à l’époque des peuples Cro-Magnon. «Ce point tournant fondamental, c’est le moment où la sélection naturelle fût affaiblie au point où les influences détériorantes commencèrent à prédominer sur les influences améliorantes». Il faut noter que contrairement au discours usuel, Graham parle ici de l’espèce et non de l’individu.
La dynamique des populations vue sous l’angle cette fois des instincts sociaux se résume dit Pendell comme suit :
1. L’appétit social encourage la coopération.
2. La coopération peut être suffisamment élaborée et intense pour former une civilisation.
3. La division du travail cache l’importance ou l’inutilité d’individus dans leurs rôles variés.
4. Certains individus ne possèdent pas la capacité de participer utilement au processus de production.
5. L’incapacité peut être physique et/ou mentale.
6. L’appétit social des capables permet aux incapables de bénéficier du "produit national brut".
7. Lorsque la civilisation est jeune, le fardeau du partage n’est pas lourd
8. Ceux qui ont relativement peu d’intérêts et relativement peu de sentiments de responsabilité auront vraisemblablement un contrôle plus limité de leurs instincts, et auront donc une progéniture plus nombreuse.
9. Dans une civilisation en déclin, un taux de mortalité plus élevé des personnes capables constitue un type de désordre fonctionnel.
10. La prépondérance des moins compétents sur les plus compétents produira éventuellement des interférences avec les procédures et les processus fondamentaux de la civilisation, jusqu’au point où celle-ci cessera de fonctionner.
Un parallèle avec la seconde loi de la thermodynamique
Pendell observe —comme d’autres l’ont souvent fait dans l’étude des questions humaines— un intéressant parallèle entre la loi de la dynamique des populations et la seconde loi de la thermodynamique. Cette dernière peut être énoncée simplement en ces termes :
«Tout système isolé, et libre de le faire, passera toujours d’un état plus organisé à un état moins organisé, jusqu’à ce qu’il atteigne éventuellement et demeure dans l’état de désordre maximum possible, qui est l’état d’équilibre thermique».
Or, la civilisation exprimée en termes de la deuxième loi de la thermodynamique est un système isolé dit Pendell. Lorsque le processus évolutif échoue à maintenir le nécessaire niveau d’intelligence, le système passe d’un état de plus grande organisation à un état de moindre organisation, car les individus les moins intelligents forment une plus grande proportion de la population.
Appliquant cette thèse à la réalité historique, Pendell décrit brièvement plusieurs cultures en commençant par celle de Neandertal, puis celle de Cro-Magnon, qui toutes deux ont démontré des hauts niveaux d’intelligence a leur début. La prolifération de ces peuples fut accompagnée de leur détérioration. A propos de ces peuples anciens, Robert Klark Graham explique : «Nous savons que la grosseur du cerveau et l’intelligence tendaient à augmenter sous l’effet des conditions sévères de sélection naturelle imposées par la cueillette et la chasse. Nous savons que cette augmentation cessa apparemment avec l’apparition de l’agriculture mixte. Il n’est pas difficile de voir pourquoi cela s’est passé ainsi, puisque la production de la nourriture permettait à des millions ayant de plus faibles cerveaux de survivre alors qu’ils ne se seraient pas qualifiés pour la survie sous la sélection plus rigoureuse durant la phase chasseresse».
Pendell considère que l’histoire des villes anciennes de Jarmo dans le Nord de l’Irak, ou de Çatal Hüyük en Anatolie, représente en miniature la croissance et la chute d’une civilisation. Une des plus anciennes civilisations connues fleuri voici plus de 8000 ans, dans cette ville très cultivée et très développée de Çatal. Sa durée s’étendit sur 32 générations, dont les dix dernières témoignent d’un manque de créativité, jusqu’à ce qu’elle disparaisse. Çatal peut être considérée dit-il, comme une application très ancienne du principe d’auto-destruction. Un archéologue a dressé à lui seul, 66 villes et villages similaires à Çatal, en Anatolie seulement. «Le fait que des douzaines voire des centaines —en tous cas beaucoup— de civilisations ont pris le même chemin de l’oubli devrait éveiller quelque suspicion sur le modèle qu’elles ont suivi. La suspicion que, nous aussi, qui suivons la même route, puissions faire quelque chose d’erroné, avec des conséquences mortelles».
Sommes-nous devenus les serviteurs des "faux-bourdons"?
Suit une description avec de nombreuses références, sur la situation de l’éducation aux Etats-Unis. La conclusion peut se résumer à l’opinion émise par le Dr. Max Rafferty, Doyen de l’École de l’Éducation de l’Université Troy State et ex Principal du Département de l’Éducation de Californie: «les examens standardisés présentés aux élèves des écoles primaires portent à soutenir la thèse selon laquelle les différentielles de naissance causent une détérioration du Q.I. national».
Comme on pouvait s’y attendre, dit Pendell, toutes les théories avancées pour trouver les causes de ce déclin ont été relatives à l’environnement, mais dit-il, «ces capacités d’apprentissage en baisse pourraient faire partie d’une histoire plus grande et plus tragique, dans laquelle la biologie joue un rôle dominant». Il termine cette analyse de l’éducation dans son pays par ces mots: «Il n’y a pas de forme plus mortelle d’auto-destruction que de forcer les éléments valables d’une civilisation à devenir les serviteurs des ‘faux-bourdons’ (drones)».
Le monde, dit plus loin le Dr.Pendell «a connu bien plus de civilisations que celles dévoilées par Arnold Toynbee dans A Study of History. Si nous combinions nos nouvelles connaissances au sujet du nombre de civilisations qui ont été exterminées, avec nos nouvelles connaissances au sujet de la mécanique de détérioration génétique, peut-être pourrons-nous imaginer des mesures qui feront que notre propre civilisation ne suive le chemin pris par toutes celles passées».
* * *
Chapitres du livre :
1 L’individu sur la scène centrale.
2 Le legs de l’instinct.
3 L’appétit social.
4 La parole : l’outil de la sociabilité.
5 Contraintes sur l’appétit social.
6 La mort – servante de la vie.
7 L’évolution à l’époque glaciaire.
8 L’appétit social versus l’évolution.
9 La chute des civilisations.
10 Le facteur héréditaire.
11 Le gaspillage du génie.
12 Le principe de l’auto-destruction à l’œuvre aux Etats-Unis.
13 Un cric pour la reproduction.
14 L’auteur rencontre ses commentateurs critiques.
(résumé de Vincent Andriessen).
00:04 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : théorie politique |
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