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mardi, 04 août 2026

Trump à propos de l’Ukraine: «Nous prenons ce que nous voulons»

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Trump à propos de l’Ukraine: «Nous prenons ce que nous voulons»

Source: https://report24.news/trump-ueber-ukraine-wir-nehmen-was-...

Donald Trump exprime ouvertement le prix que Washington attend en échange de son soutien à l’Ukraine. L’accord sur les matières premières avec Kiev est qualifié par le président américain d’excellente affaire et il affirme que les États-Unis pourraient « y prendre à peu près tout ce qu’ils veulent ». Juridiquement, cela peut sembler exagéré – mais politiquement, cela décrit assez précisément la ligne américaine.

Dans une interview accordée à la chaîne américaine conservatrice « Real America’s Voice », Trump est revenu sur le contrat relatif aux ressources avec l’Ukraine. Les États-Unis se seraient assurés un accès aux terres rares, a-t-il expliqué. «Nous pouvons y aller à tout moment et prendre à peu près tout ce que nous voulons», a déclaré le président. Selon lui, cet accord pourrait rapporter à l’Amérique plus de 300 milliards de dollars. Pour Trump, la chose est claire: Washington n’a pas soutenu Kiev pendant des années avec des armes et des milliards pour ensuite se retrouver les mains vides.

L’aide militaire n’a jamais été un cadeau

Le ton est rude, mais l’attitude sous-jacente n’est pas nouvelle. Les grandes puissances ne distribuent ni armes ni milliards par charité. Les États-Unis ont soutenu l’Ukraine militairement, financièrement et politiquement parce que ce pays est important pour leur propre stratégie vis-à-vis de la Russie. Sous Trump, un autre aspect s’ajoute désormais ouvertement: le soutien apporté doit être rentable économiquement. L’accord signé en avril 2025 pose les bases de cette rentabilité. L’Ukraine conserve formellement la propriété de ses ressources naturelles et continue de décider des droits d’exploitation et des licences.

Washington ne peut donc pas simplement occuper des mines ou transporter des ressources sans contrepartie. L’affirmation de Trump selon laquelle on pourrait prendre ce qu’on veut ne figure pas dans le contrat. Ce document offre toutefois aux États-Unis de vastes avantages. Un fonds commun de reconstruction doit bénéficier des revenus des nouveaux projets sur les matières premières. Il ne s’agit pas seulement des terres rares, mais aussi du lithium, du titane, de l’uranium, du graphite, du nickel, du cuivre, du pétrole et du gaz. Les gisements qui sont essentiels pour l’armement, les batteries, l’approvisionnement énergétique et l’industrie moderne sont au cœur de l’accord.

Washington obtient un accès privilégié

La partie américaine obtient, pour les nouveaux projets, des possibilités de négociation et d’investissement privilégiées. Même pour l’achat ultérieur des ressources extraites, les entreprises américaines devraient être les premières à pouvoir en profiter. L’Ukraine reste officiellement propriétaire de ses ressources, mais Washington participe activement à leur futur développement. D’autres prestations militaires américaines peuvent également être considérées comme une contribution au fonds commun. De nouvelles armes, des formations ou d’autres aides seraient alors non seulement des soutiens, mais aussi une part d’un modèle économique de participation.

Les États-Unis fournissent, l’Ukraine ouvre ses futurs projets sur les matières premières. Ce n’est pas une vente directe du pays, mais ce n’est pas non plus le soutien désintéressé tel qu’il a été présenté pendant des années en Occident. Trump ne s’en cache pas. Alors que son prédécesseur Joe Biden justifiait l’aide à l’Ukraine principalement par des phrases creuses sur la démocratie, la liberté et les valeurs occidentales, Trump parle de revenus, de participations et de droits d’accès. Il traite la politique étrangère comme une affaire et évalue son succès à ce que les États-Unis en retirent.

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L’Europe paie, l’Amérique s’assure des droits

Pour l’Union européenne, la situation est particulièrement décevante. Bruxelles et les gouvernements européens ont également investi bien plus de cent milliards d’euros en Ukraine. Ils financent le budget de l’État, fournissent des armes, prennent en charge les coûts des réfugiés et doivent en outre assumer une grande partie de la reconstruction. Mais des droits concrets d’accès aux projets de ressources ukrainiennes ont surtout été sécurisés par Washington. Les Européens paient et parlent de solidarité. Les Américains paient aussi, mais se font accorder contractuellement des privilèges économiques. Trump dit simplement plus fort que les autres de quoi il s’agit.

Washington a déjà intégré les conséquences économiques de la guerre dans ses calculs, tandis que les Européens croient vraiment qu’ils pourront un jour, d’une manière ou d’une autre (et seulement si l’Ukraine «gagne» contre la Russie), imposer des réparations à Moscou. Tandis que les Européens misent tout sur une seule carte, les Américains gardent, même dans le pire des cas, l’accès aux ressources naturelles du reste de l’Ukraine. Cela explique aussi pourquoi les politiciens de l’UE restent si agressifs, alors qu’à Washington, on adopte une attitude beaucoup plus détendue.

L’Allemagne sur la voie du capitalisme de Manchester

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L’Allemagne sur la voie du capitalisme de Manchester

Par Peter Haisenko 

Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/203282

À l’origine, je voulais intituler « Retour au capitalisme de Manchester ». Mais après réflexion, je suis arrivé à la conclusion que cette forme brutale de capitalisme n’a jamais existé en Allemagne. On ne peut pas retourner là où l’on n’a jamais été. Pourquoi ce chemin est-il emprunté aujourd’hui ?

L’Empire britannique était aussi le maître des finances mondiales et de leurs règles. Les terres allemandes en ont toujours été exclues. Même après la fondation du Reich allemand, la situation y était différente de celle de l’Angleterre ou de l’Amérique. Le Reich allemand suivait les règles intelligentes de Friedrich List et était, de ce fait, nettement plus performant que les États anglo-américains. De même, les « tigres asiatiques » organisent leur économie selon les théories de List, ce qui explique en partie leur succès. Hitler aussi a détourné l’Allemagne des griffes du capitalisme anglo-saxon. Churchill aurait dit que le crime de l’Allemagne était qu’elle ne se laissait plus exploiter par ce capitalisme.

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Après la Seconde Guerre mondiale, la RFA s’est dotée de l’« économie sociale de marché ». Elle a si bien fonctionné que les puissances occidentales victorieuses l’ont tolérée à contrecœur. Mais cela n’a été accepté que tant que la RFA était un État-frontière face à l’URSS. En 1990, après la « victoire du capitalisme », il a fallu, pour l’Allemagne réunifiée, démanteler peu à peu cette économie sociale de marché si efficace. Dès 1990, les grilles de salaires ont été élargies vers le bas et les règles concernant l’argent ont été modifiées progressivement au profit du grand capital. Les oligarques ont pu apparaître et, grâce à leur puissance financière, dominer la politique. Nous voyons aujourd’hui où cela nous a menés. Le fossé social ne cesse de s’élargir et aujourd’hui, une vingtaine de personnes « possèdent » autant que la moitié de l’humanité. La pauvreté se répand.

Le capitalisme de Manchester symbolise l’exploitation impitoyable de la « main-d’œuvre humaine »

Mais ce n’est qu’avec le capitalisme de Manchester que l’on va au bout de cette logique. Les acquis sociaux obtenus au fil de décennies doivent désormais être démantelés. L’assurance maladie, qui a bien fonctionné pendant plus de 70 ans, est ébranlée dans ses fondements.

Même les réglementations sur le temps de travail doivent être plus ou moins supprimées.

Le chancelier Merz veut supprimer les jours de carence en cas de maladie. Dès le premier jour, il veut exiger un certificat médical ou même supprimer le maintien du salaire pour les premiers jours d’arrêt maladie.

Partout, les salaires sont réduits et les conventions collectives contournées.

Des entreprises entières sont vendues, changent continuellement de propriétaire, et tout cela enrichit encore davantage les banques, car ces rachats sont en grande partie financés par le crédit. Avec de l’argent qui n’existe en réalité pas. Ainsi, la protection contre le licenciement est contournée, car les entreprises n’existent alors plus.

D’un autre côté, la bureaucratie et ses employés prolifèrent à tel point que des projets, autrefois réalisés en quelques années, prennent désormais des décennies, voire ne sont plus du tout menés à bien.

L’âge de la retraite doit être porté à 70 ans et les pensions réduites. Et les fonctionnaires ? Ils restent largement épargnés.

Jusqu’en 1990, la RFA avait des standards sociaux exemplaires et tout fonctionnait à la satisfaction générale des citoyens. Il convient de se demander pourquoi il a fallu changer quoi que ce soit. La réponse la plus probable est que, dans le capitalisme désormais « libéré », les marges bénéficiaires pour les puissants de la ploutocratie n’étaient pas suffisantes. Jusqu’en 1990, donc jusqu’à la victoire du capitalisme, ce dernier devait constamment prouver qu’il était le meilleur système pour le bien-être des citoyens. Une fois la concurrence disparue, le capitalisme a pu montrer sans honte son vilain visage. Nous avons découvert le «turbo-capitalisme» puis le «capitalisme prédateur». Et pour couronner le tout, nous avons maintenant un chancelier qui a occupé pendant des années un poste de direction chez BlackRock. Il pourrait être soupçonné de servir davantage ses anciens maîtres que la RFA et ses citoyens. En violation de son serment.

Capitalisme + démocratie = guerre permanente – interne et externe

Partout dans le monde, on constate que ce capitalisme débridé détruit les sociétés. Cela concerne non seulement l’équilibre social, mais aussi le consensus sociétal. Nous sommes tout près de «conditions de la République de Weimar». Les prévisions pour les élections au Sénat à Berlin sont désastreuses. Aucun parti n’obtiendra plus de 20 % des voix. Comment former un gouvernement qui puisse satisfaire au moins une majorité des électeurs? Sans parler d’obtenir des résultats utiles. Et puis la «barrière» contre l’AfD. Comme on le voit au niveau fédéral, des coalitions sont formées qui ne peuvent être qualifiées que de folles. Les taux d’approbation de ce « gouvernement » et de son chef le prouvent clairement. Mais une chose les unit: personne ne s’oppose sérieusement à la voie vers le capitalisme de Manchester. Sauf la gauche et l’AfD, et on s’étonne alors que ces deux partis attirent autant. Non, les Allemands ne veulent pas ce genre de capitalisme, mais qu’importe pour les « démocrates » qui servent en réalité les capitalistes ?

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Et puis « notre démocratie ». Quelle démocratie est-ce, si un chancelier et son gouvernement ne démissionnent pas immédiatement alors qu’ils n’obtiennent plus que 13 % d’approbation pour leur « travail » de la part des électeurs ? Est-ce suffisant pour dire que ce gouvernement ne sert pas son souverain, le peuple ? Aussi à l’international. La majorité des Allemands ne veut pas de guerre avec la Russie et ne veut pas non plus continuer à donner des centaines de milliards à Kiev alors que l’argent manque partout dans le pays. Mais à quoi sert l’argent si nous avons une surabondance de bureaucrates et d’autres diplômés inutiles, mais trop peu de travailleurs qualifiés productifs ? Tandis que les premiers sont choyés, les seconds voient leur vie devenir de plus en plus difficile – y compris à cause de ces bureaucrates. Aujourd’hui, seuls environ 20 % occupent un métier productif, tandis que les autres vivent joyeusement du travail de ceux-ci.

Les dirigeants n’assument aucune responsabilité pour leurs actions

Pour que cela perdure, il faut contraindre les productifs à toujours plus de travail. Il n’y a qu’une seule voie, celle du capitalisme de Manchester. Comme autrefois, c’est aussi le cas aujourd’hui. Une « classe » privilégiée se nourrit du travail de ceux qui sont contraints à toujours plus de travail utile. L’histoire a montré que cela doit tôt ou tard mener à des soulèvements et des révoltes. Parfois sanglantes. Ces conditions ont conduit à l’invention du communisme et à son succès. Ce qui est ironique, c’est que capitalisme et communisme ne diffèrent pas vraiment. Dans les deux, il y a une « nomenklatura » privilégiée et trop de gens doivent vivre dans la pauvreté. Le communisme a pratiquement disparu et il en sera de même pour le capitalisme brutal. Tôt ou tard, mais cela viendra.

La RFA, tout l’Occident, se trouve dans un scénario de fin des temps. On essaie sans réfléchir de retarder la fin inévitable avec des crédits insensés. Mais cela aussi a une fin. Que reste-t-il pour masquer ses propres échecs ? La guerre, quoi d’autre, et le chemin vers celle-ci raccourcit de plus en plus. Ce n’est pas le gouvernement qui est responsable, mais les électeurs stupides qui donnent sans réfléchir leur voix à ces gouvernements aventureux. Oui, c’est « notre démocratie », où plus personne n’a à assumer de responsabilité. Et même pas être tenu responsable, car tout est strictement exécuté conformément à la réglementation. N’en avez-vous pas assez d’être toujours servi avec les mêmes « arguments » : C’est la règle, c’est la loi, on ne peut rien y faire. Il en va de même pour le chemin vers le capitalisme de Manchester. Tout se fait selon la loi en vigueur et est, bien sûr, démocratiquement validé. Reste la question : comment mettre fin à cette impasse ? Sans effusion de sang et sans guerre ! C’est ce que veulent les citoyens, mais est-ce aussi le cas pour nos « dirigeants » ? Je pense que cette question est légitime.

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À propos de l’auteur :

Peter Haisenko est écrivain, propriétaire des éditions Anderwelt et éditeur d’AnderweltOnline.com (https://anderweltverlag.com/ et https://www.anderweltonline.com/ )

Il existe une voie douce pour sortir du capitalisme d’exploitation, appelée « l’économie de marché humaine ». Ce modèle pour un nouveau système fondamental rend impossible l’accumulation de milliards. Il ne favorise plus la cupidité, mais encourage la cohésion sociale et une économie durable. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est que le citoyen ne remarquera pratiquement aucune différence dans sa vie quotidienne. À part le fait qu’il aura soudain environ 30 % de revenus en plus à sa disposition. Renseignez-vous et commandez votre exemplaire de « L’économie de marché humaine » directement auprès de l’éditeur ici ou achetez-le en librairie ( https://anderweltverlag.com/p/die-humane-marktwirtschaft ).

Comment la finance est en train d’effacer l’économie réelle en Occident

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Comment la finance est en train d’effacer l’économie réelle en Occident

L’économie occidentale a connu des changements profonds au cours des quatre dernières décennies: si par le passé la richesse était créée par la production, aujourd’hui, la prospérité apparente est déterminée par les marchés financiers.

par Dario Tagliamacco

Source: https://www.cese-m.eu/2026/07/come-la-finanza-sta-cancell...

Au vingtième siècle, la richesse d’une nation reposait principalement sur sa capacité productive, sur l’industrie, le secteur énergétique et les manufactures. Aujourd’hui, les fonds de pension, les bourses, les fonds d’investissement et les marchés actions sont devenus le centre du système économique occidental. Après des décennies de désindustrialisation, il est désormais assez évident que la finance n’est plus un outil au service de l’économie réelle, mais qu’elle est devenue l’économie elle-même.

La finance a engendré un univers auto-référentiel qui, dans de nombreux cas, est totalement déconnecté de la réalité: en effet, dans des contextes de stagnation économique, de faible croissance et d’inégalités croissantes, les bourses mondiales enregistrent des records historiques. Les entreprises affichent des croissances qui dépassent les données réelles, tandis que les banques centrales injectent des liquidités qui soutiennent artificiellement un système qui, autrement, montrerait ses faiblesses. De nombreux analystes parlent d’un «monde parallèle de la finance», un système qui génère une richesse nominale pour quelques-uns et qui repose sur des fondations très fragiles.

Aujourd’hui, les marchés financiers opèrent de manière indépendante de l’économie réelle: les valorisations des actions ne reflètent ni la productivité, ni les salaires, ni la croissance réelle d’un État. Ce n’est pas un hasard si, alors que les marchés financiers croissent, on observe des récessions, des crises économiques et des stagnations industrielles.

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La financiarisation de l’économie a conduit à la croissance exponentielle des produits financiers dérivés, des spéculations et des stratégies de trading algorithmique. De plus, le rôle des banques centrales est devenu fondamental dans le soutien des marchés, via des politiques monétaires expansives et l’achat d’actifs — terme qui, dans le trading financier, désigne tout ce qui est échangé sur le marché, comme les actions, obligations, devises ou matières premières.

Des banques comme la Federal Reserve, la Banque Centrale Européenne et la Banque du Japon ont, ces dernières années, joué un rôle central dans le maintien de l’équilibre des marchés financiers, utilisant des outils comme le quantitative easing, une politique monétaire non conventionnelle utilisée par les banques centrales pour stimuler l’économie en augmentant la masse monétaire par l’achat de titres financiers, des taux d’intérêt proches de zéro et des opérations de refinancement qui ont injecté des quantités immenses de liquidités dans le système.

Depuis les années 1980, avec la libéralisation des mouvements de capitaux, la déréglementation des banques et la mondialisation, les profits issus des activités financières ont commencé à dépasser ceux de la production industrielle. De nombreuses entreprises occidentales ont progressivement changé leurs objectifs, passant de la production à l’optimisation financière. Ainsi, à l’époque contemporaine, le but d’une grande entreprise n’est plus seulement de produire des biens ou des services, mais de garantir des dividendes à ses investisseurs.

La conséquence de ces choix est qu’une part de plus en plus importante des ressources économiques est destinée aux marchés financiers, au détriment des investissements productifs. La grande liquidité injectée par les banques centrales ne s’est pas traduite par une croissance de l’économie réelle, car la majeure partie a afflué dans la finance, faisant croître les actifs et alimentant des bulles spéculatives.

La financiarisation du système économique crée une richesse qui ne correspond pas à une augmentation réelle de la valeur économique: en effet, lorsque les bourses enregistrent une croissance, la valeur des actions augmente, générant des profits pour les investisseurs et les banques, mais cette richesse est fictive, car fondée sur des attentes, des liquidités et des dynamiques spéculatives qui ne sont pas reliées à la croissance réelle.

Ce phénomène se manifeste dans de nombreux cas chez les grandes entreprises technologiques qui atteignent des niveaux de valorisation extrêmement élevés par rapport à leurs profits réels. Tout le système financier fonctionne sur des logiques d’expansion permanente des valeurs, sans lien avec la réalité économique du monde réel.

Cette dynamique a des effets sur la redistribution des richesses: les bénéfices de la croissance financière se concentrent entre les mains de quelques acteurs, tandis que la majorité des populations est totalement exclue de ces gains, ce qui contribue à l’augmentation des inégalités et à la fragilité de la société.

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La séparation entre capitalisme financier et capitalisme industriel a entraîné une immense concentration du pouvoir du marché financier américain, dominé par les grands fonds: Vanguard, BlackRock et State Street. Les investissements de ces fonds gonflent la valeur des actions des Big Tech au-delà des profits réels que celles-ci pourraient réaliser en termes de chiffre d’affaires et de bénéfices.

Un système basé sur une abondante liquidité, une dette croissante qui ces dernières années a atteint des niveaux sans précédent et dont l’augmentation est étroitement liée à la création monétaire par les banques et au fonctionnement du système financier, et des valorisations élevées, est intrinsèquement instable. Des événements exceptionnels, des changements de politique monétaire et des crises économiques peuvent provoquer des corrections brusques et violentes sur les marchés financiers.

Les guerres qui se déroulent aujourd’hui dans des zones stratégiques de la planète, comme le Moyen-Orient, essentielles pour la production des principales sources d’énergie telles que le pétrole et le gaz, indispensables au développement des nouvelles technologies, provoquent une inflation élevée, des récessions économiques, du chômage et font exploser la bulle spéculative des marchés, entraînant la destruction de la richesse réelle.

Le bien-être des peuples ne peut être fondé sur les spéculations des marchés financiers, mais doit reposer, comme par le passé, sur la capacité de l’industrie et de l’agriculture à renforcer leurs activités, afin d’assurer une croissance réelle et constante de l’économie sur le long terme.

Adieu à Mary de Rachewiltz, fille d’Ezra Pound et gardienne de la beauté littéraire d’un géant du XXe siècle

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Adieu à Mary de Rachewiltz, fille d’Ezra Pound et gardienne de la beauté littéraire d’un géant du XXe siècle

Luca Gallesi, l’un des principaux spécialistes de Pound en Italie: «Quiconque l’a connue, ou même croisée brièvement, parmi tant de souvenirs, en gardera sûrement un en particulier: son invitation, inévitable et doucement insistante, à “lire Pound. Dans les Cantos, il y a tout”, et, dans le volume Meridiano Mondadori qu’elle a édité, on trouve aussi beaucoup, sinon tout, d’elle-même, la princesse Mary de Rachewiltz, née Maria Rudge».

par Luca Gallesi

Source: https://www.barbadillo.it/132338-addio-a-mary-de-rachewil...

« Il peut y avoir une honnêteté intellectuelle sans talent excessif » : c’est avec ces mots que Mary de Rachewiltz, en 1985, offrait au lecteur italien la première traduction complète des Cantos, le poème épique écrit par son père Ezra Pound. Mary est décédée le 24 juillet, à l’âge de 101 ans, qu’elle avait fêté le 9 juillet dernier, et l’honnêteté intellectuelle, en réalité accompagnée d’un grand talent, est la marque la plus significative de sa longue et laborieuse existence. Fille de deux Américains, le poète Pound (marié à Dorothy Shakespear) et la violoniste Olga Rudge, elle est née à Bressanone et a passé son enfance et sa première adolescence dans le Val Pusteria, élevée par deux paysans qui la traitaient comme leur propre enfant.

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Des montagnes tyroliennes, elle se rendait souvent dans la lagune, pour de longs week-ends passés dans la maison vénitienne de sa mère, où la rejoignait son père, très affectueux, bien qu’occupé en permanence à écrire ou à organiser mille projets.

De Venise, elle fut envoyée étudier à Florence, au collège des Sœurs de la Quiete, mais la guerre interrompit ses études, inaugurant une longue période douloureuse, culminant en 1945 avec l’arrestation et la détention de son père dans le camp américain de Pise, et partiellement close en 1958 avec sa libération et son retour en Italie. Entre-temps, Mary avait commencé à s’occuper des Cantos, tapant à la machine les vers manuscrits de son père, d’abord dans la cage de Pise puis dans la cellule de l’asile criminel américain St. Elizabeths, où il avait été emprisonné sans procès.

Dès le camp de concentration de Pise, Ezra Pound, au lieu de se soucier de son propre sort, enseignait à Mary, par correspondance, l’art de la traduction: « Ma très chère fille, tes lettres sont un grand réconfort, tu as bien tapé les Cantos… J’aime les deux poèmes. Je ne peux pas t’envoyer une ars poetica dans ce petit espace, la rime est un bon EXERCICE, comme la pratique de la position des doigts sur le violon. N’inverse pas l’ordre des mots, la rime viendra aussi dans l’ordre naturel de la phrase… ».

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Ezra Pound avec sa fille Mary de Rachewiltz

C’est le début d’un engagement de toute une vie: traductrice, gardienne, organisatrice et soutien des projets liés à Pound dans le monde entier, souvent au détriment de sa propre activité poétique et littéraire, sans jamais pour autant négliger ses devoirs de fille, de mère et d’épouse. En 1946, elle épousa l’égyptologue Boris de Rachewiltz, dont elle eut deux enfants: Siegfried (1947) et Patrizia (1950), nés et élevés dans deux châteaux tyroliens, le second, Brunnenburg (en italien Castelfontana, juste au-dessus de Merano), étant la résidence de Mary depuis 1955, connue et appréciée de tous les spécialistes de Pound, reçus ici l’après-midi par la maîtresse de maison avec l’inévitable tasse de thé. À 17 heures, peut-être pas toujours pile, toute activité d’étude était interrompue pour se retrouver sur la terrasse, partager de savantes réflexions sur Pound ou de longs et profonds silences, favorisés par le spectaculaire paysage alpin, encore plus envoûtant à la tombée du jour. Gardienne de la « source du château », Mary de Rachewiltz a su garder l’eau toujours pure, qu’elle distribuait généreusement à tous ceux qui, en soixante-quinze ans, s’y sont arrêtés, même juste pour un salut, sans jamais se voir refuser un accueil chaleureux, selon l’avertissement de Pound: « plain living and high thinking », vis simplement et pense noblement.

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Brunnenburg est une maison, un site d'archives, une bibliothèque, un musée, mais surtout un « fief » poundien: ici, toujours encouragés par Mary, enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants ont mis en pratique l’autosuffisance (certains diraient l’autarcie) préconisée par Pound, cultivant la terre pour produire ce dont ils avaient besoin pour vivre. Les pièces de Mary sont dans la tour, et l’après-midi, elles sont envahies par la lumière du soleil qui illumine les trois vallées en contrebas, distrayant le chercheur venu consulter la bibliothèque poundienne conservée ici, que l’on espère voir transférée bientôt à la Bibliothèque Marciana de Venise, grâce à l’engagement du Ministère de la Culture.

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Malgré le temps, l’énergie et l’intelligence consacrés à l’œuvre de son père, Mary a réussi à être appréciée comme traductrice, écrivaine et poétesse, bien moins que ce qu’elle aurait mérité, et mérite encore. C’est grâce à elle que nous pouvons lire en italien des auteurs comme e.e. cummings, Robinson Jeffers, Marianne Moore et bien d’autres, et c’est aussi elle qui a écrit le délicat Discrezioni, autobiographie récemment rééditée chez Lindau. Elle a également, en collaboration avec David et Joanna Moody, édité le volumineux recueil de lettres de Pound à ses parents, Ezra Pound to His Parents, 1895-1929 (Oxford University Press, 2011). Mais surtout, sa production poétique est vraiment digne d’intérêt, dispersée dans de nombreux petits volumes et enfin réunie — du moins celle en italien — par Massimo Bacigalupo, éditeur de Processo in verso (Bertoni 2025) et cher ami de la famille Pound.

Bacigalupo souligne que la poésie de Mary de Rachewiltz se laisse lire et admirer pour sa franchise, sa limpidité « et peut-être sa ruse » ; une poésie assurément influencée par sa nature de « poétesse fille de Poète », capable néanmoins de trouver sa propre voix authentique, peut-être liée à l’enfance tyrolienne, aux voyages exotiques ou aux nombreux amis lettrés et artistes fréquentés, comme Vanni Scheiwiller, Bobi Bazlen et Mimmo Palladino.

« Je n’ai pas de messages à proposer. Je n’appartiens à aucune chapelle. Ma vigne s’appelle Traduire. Ce ne sont que quelques gouttes qui ont fait déborder le vase. » Ainsi, la poétesse se présentait à ses lecteurs, dans une simplicité absolue et sans fausse modestie.

Quiconque l’a connue, ou même croisée brièvement, parmi tant de souvenirs, en gardera sûrement un en particulier: son invitation, inévitable et doucement insistante, à « lire Pound. Dans les Cantos, il y a tout », et, dans le Meridiano Mondadori qu’elle a édité, on trouve aussi beaucoup, sinon tout, d’elle-même, la princesse Mary de Rachewiltz, née Maria Rudge. (d’après Il Giornale)

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lundi, 03 août 2026

Du mur de la caverne au soleil de la vérité

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Du mur de la caverne au soleil de la vérité

Adnan Demir

L’illusion de type « Dadjdjal », la mentalité de vassal et la compréhension en dialogue avec l’islam

Adnan Demir interprète le mythe de la caverne de Platon de façon à en faire un instrument critique actuel dans un territoire islamique comme la Turquie. En Europe, on peut suivre son raisonnement en se réclamant de la Tradition. 

Introduction : Le théâtre d’ombres mondial et l’esclavage épistémologique

L’une des métaphores les plus célèbres de la philosophie antique, l’Allégorie de la caverne de Platon, est aujourd’hui un outil d’analyse plus vital que jamais pour décrypter les équilibres mondiaux contemporains et la tutelle exercée sur les esprits. Une grande partie de l’humanité vit en croyant que les cadres conceptuels produits par le système mondial centré sur l’Occident — démocratie, marché libre, ordre international fondé sur des règles — sont la vérité absolue ; elle ne perçoit pas les mécanismes d’exploitation et de domination qui se cachent derrière cette construction.

Cependant, cette structure ne se limite pas à une hégémonie sociopolitique. Si l’on considère la question sur un plan théologico-politique, les ombres sur le mur de la caverne, le feu artificiel, le soleil et les personnages qui en sortent résument la plus grande confrontation mentale et spirituelle de notre époque.

1. L’architecte de l’illusion: le système du Dadjdjal et le feu artificiel

Les marionnettistes et leur feu factice dans la caverne sont la manifestation concrète du système « dadjdjalique ». Le Dadjdjalisme consiste à recouvrir la vérité absolue (kufr), à produire une imitation de la vérité et à condamner les masses à une réalité factice qu’il a lui-même construite.

Feu artificiel (Constructions séculaires) :

Cette source de lumière brûlante et limitée, installée dans la caverne pour remplacer le soleil du ciel, symbolise les dogmes séculiers absolutisés par la modernisation occidentale.

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Ombres (Discours hégémoniques) :

Ce sont les récits projetés sur les murs par l’intermédiaire des médias mondiaux, des réseaux financiers et des impositions épistémologiques. Présentées à l’humanité sous le couvert du «progrès» et de la «liberté», ces ombres ne sont en réalité que des illusions qui hypnotisent les masses.

Le système dadjdjalique tire sa légitimité du maintien de l’obscurité dans la caverne. Cacher la source de la lumière et présenter le feu artificiel comme «l’unique vérité» est la raison d’être de ce mécanisme.

2. Mentalité de vassal : esclaves volontaires croyant que leurs chaînes sont la vérité

Les prisonniers enchaînés au fond de la caverne symbolisent les sociétés vassales et les structures intellectuelles rattachées à la périphérie du système mondial centré sur l’Occident.

Le trait le plus marquant de la mentalité de vassal est qu’elle ignore sa propre servitude. Pensant adopter de leur plein gré les discours produits par le maître, ces structures se battent pour posséder «la plus belle» des ombres sur le mur de la caverne, au lieu de chercher le soleil (la Vérité absolue). Cette mentalité, devenue aveugle au point de ne plus percevoir l’effritement des structures sociales, morales et institutionnelles de l’Occident, considère l’adoration des ombres comme synonyme de développement.

3. L’ascension: la « compréhension en dialogue avec l’islam » et la libération

L’être humain qui parvient à sortir de la caverne, à grimper le couloir escarpé et rocailleux pour affronter la lumière céleste, incarne la «compréhension en dialogue avec l’islam».

Soleil (Vérité absolue / Islam):

C’est la vérité immuable et englobante qui détermine la finalité de l’existence, de l’homme et de l’univers.

Rupture épistémologique:

L’acte de monter vers la lumière commence par le rejet des formes de savoir centrées sur l’Occident, de la tutelle conceptuelle et de l’imitation. La «compréhension en dialogue avec l’islam» n’est pas un récepteur passif; elle est une subjectivité qui, face au feu artificiel du système dadjdjalique, tourne son visage vers le Soleil et passe de l’imitation à la vérification.

La perception touchée par la lumière du soleil perçoit les choses non selon la forme projetée par le système dadjdjalique sur le mur, mais selon leur nature propre. Le règne du feu artificiel prend fin avec l’apparition du soleil.

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4. Conclusion : Véritable radicalité et quête du «véritable être des choses»

Dans le récit classique de Platon, le sage qui sort de la caverne est une figure romantique qui risque sa vie pour convaincre ceux qui y sont restés. Mais la noblesse de la vérité et la raison stratégique déterminent clairement où l’énergie doit vraiment être investie.

La compréhension touchée par la lumière du soleil ne gaspille pas son temps et ses acquis à convaincre les vassaux volontaires qui tournent le dos à la vérité et se complaisent dans leur servitude. Vouloir transformer les structures fascinées par l’illusion dadjdjalique et ayant fait des ombres leur zone de confort, c’est devenir un élément passif du théâtre d’ombres mondial.

L’attitude ultime de la «compréhension en dialogue avec l’islam» n’est pas de perdre sa vie dans des polémiques, mais de laisser les esclaves volontaires à leur propre misère et à leurs ombres artificielles.

Le véritable combat n’est pas de débattre avec les vassaux dans la caverne, mais de sortir de la caverne, et sous le soleil, de poursuivre l’être réel des choses, l’essence et notre propre prétention civilisationnelle. La vérité n’attend pas l’approbation de ceux qui aiment leur bourreau; elle construit sa propre réalité.

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Derrida et la machine de mort américaine - Porte d’entrée vers l’apocalypse

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Derrida et la machine de mort américaine

Porte d’entrée vers l’apocalypse

Ali-Mohammad Mohajer Nasser

Source: https://www.multipolarpress.com/p/derrida-and-the-america...

Ali-Mohammad Mohajer Nasser utilise la philosophie de Jacques Derrida pour examiner comment l’ordre libéral mené par les États-Unis s’est auto-déconstruit à travers ses propres revendications et contradictions.

1er août 2026. Washington a publié un avis de sécurité exhortant tous les citoyens américains à quitter l’Asie de l’Ouest. Plusieurs agences de presse rapportent que les États-Unis et Israël préparent une attaque de grande envergure contre les infrastructures énergétiques et électriques de l’Iran. De l’autre côté, les signes de la préparation de Téhéran à une riposte sévère se font de plus en plus forts. Les médias néo-conservateurs américains évoquent avec jubilation l’arrivée d’une «ère de la bougie» sur notre région.

L’arène politique et militaire ressemble de plus en plus à une roulette russe. Les États-Unis – qui se présentaient longtemps comme le défenseur de l’ordre juridique d’après-guerre – menacent désormais ouvertement et sans détour de commettre des crimes de guerre.

Le régime sioniste, ravi de l’inimitié entre musulmans et chrétiens, se prépare à ajouter une nouvelle ignominie aux annales des crimes contre l’humanité. Netanyahu, enhardi par la récente opération sécuritaire victorieuse de son gouvernement contre l’Espagne, semble désireux de s’attribuer le mérite d’avoir persuadé l’Amérique de déclencher une apocalypse régionale.

L’Amérique, avec son vaste réseau de think tanks d’élite et d’académies diplomatiques, réduit aujourd’hui son message à l’Iran à un seul impératif: meurs, ou nous te tuerons. C’est comme si cette puissance vieille de deux cent cinquante ans ne savait même plus parler anglais, son vocabulaire s’étant effondré dans la contrainte, la force, la mort et la menace d’anéantissement.

C’est là le langage terminal de la démocratie libérale elle-même – ce même régime qui fut autrefois présenté comme l’aboutissement du progrès humain, le stade final de l’évolution civilisationnelle. La même puissance qui prétendait fonder son ordre international sur les droits de l’homme et la dignité humaine se tient désormais nue, ses prétentions universalistes révélées comme le voile d’une réalité bien plus primitive. Toute pensée critique doit désormais affronter l’héritage d’une tradition – humanisme, Lumières, libéralisme – qui a engendré ce monstre.

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La guerre ne commence pas seulement avec des missiles. Parfois, la première détonation est celle du langage. Quand la destruction de l’infrastructure vitale d’un pays est proposée non pas comme un dernier recours, mais comme une option routinière dans l’analyse politique et médiatique, il se passe quelque chose de plus profond qu’une simple menace militaire. Les mots eux-mêmes peuvent redéfinir les frontières de ce que signifie être humain.

L’ordre international d’après-guerre reposait sur l’idée que même la guerre devait être soumise à des règles. Les Conventions de Genève et le droit international humanitaire sont fondés sur le principe qu’il faut préserver une distinction entre les cibles militaires et la vie civile – que la souffrance humaine ne doit jamais être réduite à un instrument de politique. En pratique, ces principes ont été violés d’innombrables fois: Vietnam, Irak, Yougoslavie, Afghanistan, Gaza. Pourtant, l’existence même de ces règles reconnaissait que la force brute à elle seule ne pouvait fonder la légitimité.

Mais lorsque la destruction du réseau électrique d’une nation – dont dépend la vie quotidienne de millions de personnes – entre dans le vocabulaire ordinaire de la politique, la question n’est plus seulement celle de la compatibilité avec le droit international. Une question plus vaste et empreinte d’une ironie amère surgit : qu’est devenu cet ordre qui prétendait avoir été construit justement pour limiter la guerre ? Un tel ordre a-t-il jamais vraiment existé ?

Cette interrogation nous mène vers le territoire sombre de la déconstruction – un domaine où l’on affronte non seulement la violation d’une loi, mais l’autodestruction de la fondation discursive de la loi elle-même. Jacques Derrida nous a appris que tout texte – et tout ordre politico-juridique est un texte – est bâti sur la différAnce : le sens et la légitimité découlent de l’exclusion de «l’autre» et de la répression des contradictions internes. Mais précisément au moment où un système revendique la pleine « présence » et la fondation ultime, cet « autre » exclu revient pour en déstabiliser les fondements.

la-charte-des-nations-unies-mini-format.jpgL’ordre libéral d’après-guerre reposait sur un clivage sacré: «nous» – les civilisés, soumis à des règles – contre «eux» – les barbares, sans loi. Les Conventions de Genève, la Charte de l’ONU, la promesse kantienne de la «paix démocratique»: tout visait à tracer une ligne nette entre la guerre légitime (défensive ou humanitaire) et la guerre illégitime (agressive et barbare).

Mais aujourd’hui, l’Amérique – représentante plénipotentiaire de cet ordre – présente ouvertement le bombardement d’infrastructures civiles vitales comme une «option de routine». Le clivage s’effondre: l’Amérique n’est plus la puissance civilisatrice qui fait la loi; elle devient le barbare, sans loi. Quelle différence réelle subsiste-t-il entre la menace de crimes de guerre par l’Amérique et la menace de génocide par Daech? Les deux parlent la langue de la mort pure. Daech, du moins, était franc. Mais l’Amérique, avec la même bouche qui parle des «droits de l’homme», annonce une «ère de la bougie» pour notre région. Cette contradiction dissout si complètement la frontière entre «civilisé» et «barbare» qu’il ne subsiste aucune «présence» métaphysique du Bien.

Derrida parlait de la rature – le sous-effacement: un mot barré mais encore lisible, signalant que sa «présence» est impossible. L’histoire de l’ordre américain est précisément celle de cette rature permanente: on maintient la Charte de l’ONU et les droits de l’homme comme «texte de surface» pour préserver l’image d’une «puissance liée par la règle», mais en dessous, à chaque bombe, à chaque sanction paralysante, on inscrit la «force brute» qui annule ce texte de surface. Aujourd’hui, cette rature est si prononcée que le texte original – la loi elle-même – n’est plus lisible.

Lorsque le Pentagone qualifie le ciblage d’écoles et d’hôpitaux d’«erreur de calcul inférieure à cinq pour cent», il ne s’agit plus de justification juridique, mais d’un calcul mathématique de la mort. C’est précisément ce que Derrida appelait la «violence de l’archè»: une violence qui n’est pas faite pour établir la justice, mais pour prouver l’existence même du pouvoir, chaque fois que celui-ci perd sa légitimité, par une perpétuelle « refondation » qui ne fait que reporter la légitimité.

Aujourd’hui, la langue politique américaine est entièrement imprégnée de la différAnce derridienne: ses mots n’atteignent jamais un sens définitif. «Négociation» signifie «ultimatum». «Dissuasion» signifie «génocide économique». «Ordre régional» signifie «chaos contrôlé». Dans ce jeu infini des signifiants, la menace elle-même devient une performance autoréférentielle. Trump et Hegseth diffusent des vidéos de bombardements et se vantent: «Il y en aura d’autres !». Ce n’est plus une déclaration politique; c’est une blague tragique jouée avec le sang des peuples. Lorsque la guerre est réduite à la comédie et au spectacle, l’ordre lui-même n’est plus qu’un geste – et un geste, aussi létal soit-il, ne peut plus être pris au sérieux comme norme mondiale, car il avoue, dès le départ, son propre nihilisme.

Pourtant, ce « geste » ennemi n’est pas la fin de l’histoire ; il est plutôt le point de départ de l’autopoïèse de la guerre. La guerre, contrairement à ce que l’on croit, n’obéit pas à la logique de celui qui l’initie. La guerre est un système autopoïétique: au moment même où l’ennemi croit que la menace et le spectacle (la quantité de pression) ont atteint leur but politique, une nouvelle qualité surgit soudainement de cette pression – quelque chose qu’aucun calcul du Pentagone, aucun fantasme de Netanyahu n’avait anticipé. Ici, la loi dialectique du passage de la quantité à la qualité – que Schmitt appelait «fondamentalement politique» – s’applique: ce n’est pas la quantité de mort qui détermine l’issue, mais le saut qualitatif dans la volonté de l’assiégé, qui transforme le champ même de l’inimitié en quelque chose d’inattendu. Cette nouvelle qualité peut se retourner comme un boomerang contre l’Occident: l’inimitié poussée au point où l’espace et la géographie deviennent inhabitables pour l’autre. La doctrine de riposte de l’Iran – frappes sur les infrastructures énergétiques du Golfe Persique, sur les villes du régime sioniste – rappelle que l’autopoïèse de la guerre décrite ici n’épargne aucune partie à sa propre logique.

618gUcThzmL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgDerrida pensait que la déconstruction n’est pas destruction, mais ouverture d’un nouveau chemin pour l’«autre». Mais dans le cas de l’ordre américain, cette déconstruction équivaut à la construction de son propre cercueil. Lorsqu’un système juridico-politique est tellement contaminé par son «autre» (violence, racisme, intérêts monopolistiques) qu’il ne peut plus se distinguer de cet autre, il est vidé de sa propre métaphysique.

Derrida avait déjà nommé ce moment. Dans «Force de loi», il affirmait qu’aucun ordre juridique ne se fonde sur la raison – il se fonde sur une décision qui ne peut se justifier elle-même, ce qu’il appelait, avec Kierkegaard, la folie de la décision. La déconstruction ne le nie pas. Elle l’expose. L’ordre libéral a survécu tant que sa violence fondatrice restait cachée sous un texte de surface lisible – la Charte, les Conventions, le langage des droits. Ce texte de surface a désormais échoué. Il ne cache plus la violence; il la désigne à peine. Ce qu’il reste, c’est la violence seule, sans voile. Schmitt n’est pas une rupture avec Derrida ici. Il est ce qui demeure quand on pousse la logique derridienne jusqu’au bout, sans trembler.

L’Amérique, en menaçant d’une «ère de la bougie» et de la destruction des infrastructures, déclare explicitement que la «vie civile» n’a aucune existence propre à ses yeux, mais n’est qu’une réserve disponible (Bestand) pour la pression politique. Ce n’est plus une «violation du droit» ou une «contradiction discursive». C’est la proclamation d’un état d’exception existentiel (Ausnahmezustand) par une puissance qui s’est affranchie de toute «distinction politique entre ami et ennemi» et s’est engagée dans une inimitié absolue (absolute Feindschaft).

À ce stade, la «critique du discours» n’est plus utile; la question devient celle de l’identification de l’ennemi et de la décision existentielle. Mais cet aveu même est la plus grande des défaites, car il sort de la «tente de l’ordre mondial» pour se tenir dans le désert du nihilisme nu. Dans le désert, personne ne donne d’ordres; tous sont à la fois chasseurs et proies. Et un chasseur sans loi, aussi bien armé soit-il, ne peut plus prétendre au rôle de maître moral du monde. Ce n’est pas une leçon mineure pour un monde où existent plusieurs puissances nucléaires.

Pour répondre à la question initiale: l’ordre américain a existé, mais non comme une vérité établie – plutôt comme un mythe fondateur. Et aujourd’hui, ce mythe est si enlisé dans ses propres contradictions – génocide à Gaza, menace de crimes de guerre contre l’Iran, chambres de torture d’Abu Ghraib et de Guantánamo – qu’il a perdu tout fondement à sa propre légitimité. Cet ordre peut être écarté – non par arrogance, mais par reconnaissance philosophique de son effondrement. Prendre au sérieux un ordre effondré serait la véritable folie. Il s’est exclu de l’orbite de la rationalité politique collective par sa propre volonté – une volonté de mort. Désormais, tout dialogue avec lui n’est plus un dialogue entre deux sujets, mais entre un être vivant et une machine de mort.

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Mais même une machine de mort peut se révéler impuissante face à une décision existentielle soudaine. Derrida nous a enseigné de ne pas croire en la «présence»; mais Schmitt nous enseigne que dans l’instant de l’effondrement du droit, c’est la décision qui crée la présence. Lorsque l’effondrement de la loi est universellement reconnu, des hommes résolus, armés des instruments appropriés à leur volonté, se lèvent pour prendre cette décision. À cette heure-là, qui pourra leur faire la leçon sur les droits de l’homme, les Conventions de Genève et les lois de la guerre humanitaire – des leçons adressées à leur conduite envers les Israéliens et les Américains ? La question contient sa propre réponse, au cœur de la situation – une situation qui a suspendu toute éthique abstraite antérieure.

Ceuta, le chantage de Rabat contre Sánchez et la convergence du Maroc avec les États-Unis et Israël

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Ceuta, le chantage de Rabat contre Sánchez et la convergence du Maroc avec les États-Unis et Israël

Giulio Chinappi

Source: https://giuliochinappi.com/2026/08/01/ceuta-il-ricatto-di...

La pression migratoire exercée par le Maroc à Ceuta ne peut être séparée de l’occupation du Sahara occidental et de l’axe construit avec Washington et Tel Aviv, qui exploitent la crise pour attaquer le gouvernement espagnol et sa politique pro-palestinienne.

La nouvelle crise qui a éclaté à Ceuta constitue avant tout une tragédie humaine. En quelques heures, environ 49.000 personnes, selon les premières estimations du gouvernement espagnol, ont atteint l’enclave en franchissant la frontière terrestre ou en contournant à la nage les barrières maritimes qui la séparent du Maroc. D’autres sources ont évoqué un chiffre total proche de 60.000 personnes, tandis que le bilan provisoire fait état d’au moins 57 morts. La ville autonome, qui compte à peine plus de 80.000 habitants, a été submergée par un afflux sans précédent, contraignant Madrid à mobiliser l’armée et à dénoncer une «violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne».

Réduire ce qui s’est passé à un simple mouvement spontané de population revient cependant à ignorer aussi bien l’histoire récente des relations entre l’Espagne et le Maroc que la fonction politique qu’a prise le contrôle des flux migratoires dans la stratégie de Rabat. Les difficultés économiques, le chômage des jeunes, la diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux et la mauvaise interprétation d’un arrêt de la Cour suprême espagnole ont pu contribuer à mobiliser des milliers de personnes. Mais ces facteurs n’expliquent pas à eux seuls comment une frontière normalement soumise à un contrôle strict a pu céder simultanément devant des dizaines de milliers de personnes. Les mêmes observateurs cités par la presse internationale rappellent que le Maroc a déjà été accusé par le passé de relâcher délibérément la surveillance pour transformer la migration en instrument de pression diplomatique.

Le précédent le plus connu remonte à mai 2021. À cette occasion, plus de 8000 personnes étaient entrées à Ceuta après que les autorités marocaines eurent délibérément relâché la garde à la frontière. Cette crise avait coïncidé avec la décision espagnole d’autoriser le secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali, gravement malade, à recevoir des soins médicaux sur le territoire espagnol. Rabat considéra cet acte comme une offense politique et répondit en exploitant la vulnérabilité de la frontière pour frapper Madrid. Déjà à l’époque, la presse internationale décrivait ce relâchement des contrôles comme une mesure de représailles liée au Sahara occidental, tandis que le Parlement européen condamnait explicitement l’utilisation du contrôle des frontières et des migrants, y compris de nombreux mineurs, comme moyen de pression contre un État membre de l’Union européenne.

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Cet épisode eut des conséquences profondes. En mars 2022, le gouvernement de Pedro Sánchez abandonna la position de neutralité suivie depuis des décennies par l’Espagne et déclara que le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental était la proposition «la plus sérieuse, crédible et réaliste» pour résoudre le conflit. Ce tournant permit de renouer les liens avec Rabat, mais provoqua une grave crise avec l’Algérie et suscita l’opposition du Front Polisario et de larges secteurs de la société espagnole. La séquence politique était difficile à mal interpréter: pression migratoire en 2021, dégradation des relations, puis concession espagnole sur la question stratégique qui intéresse le plus la monarchie marocaine.

La crise actuelle répète le même schéma: les gardes marocains sont d’abord restés passifs et n’ont agi que dans un second temps, lorsque le flux avait déjà pris des dimensions énormes. La capacité ultérieure de Rabat à bloquer de nouveaux passages et à favoriser le retour de dizaines de milliers de personnes confirme en outre que le gouvernement marocain conserve un contrôle déterminant sur la perméabilité de la frontière. Le Maroc dispose ainsi d’un levier particulièrement efficace : lorsqu’il coopère, il est présenté comme un partenaire indispensable de la défense des frontières européennes ; lorsqu’il réduit son action, il peut en quelques heures provoquer une crise capable de déstabiliser le débat politique espagnol et européen. Les migrants deviennent ainsi des instruments inconscients d’une forme de diplomatie coercitive, tandis que les causes sociales qui les poussent au départ sont subordonnées aux objectifs géopolitiques de la monarchie.

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Cette stratégie ne peut être dissociée de l’axe construit ces dernières années entre le Maroc, les États-Unis et Israël. En décembre 2020, l’administration de Donald Trump a reconnu unilatéralement la souveraineté marocaine sur l’ensemble du Sahara occidental. Cette décision faisait partie de l’accord par lequel Rabat rétablissait ses relations diplomatiques avec Israël dans le cadre des Accords d’Abraham. La reconnaissance américaine a donc constitué la contrepartie politique offerte à la monarchie marocaine en échange de la normalisation avec Tel Aviv.

En juillet 2023, Israël a lui aussi officiellement reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, renforçant encore le pacte. Déjà en novembre 2021, les deux pays avaient signé un mémorandum de coopération militaire officialisant leurs relations dans le domaine de la défense, ouvrant la voie à des collaborations dans le renseignement, l’industrie militaire, la formation et la cybersécurité. Le Sahara occidental est ainsi devenu une monnaie d’échange géopolitique dans les Accords d’Abraham: les États-Unis et Israël légitiment l’expansionnisme marocain, tandis que Rabat offre la normalisation diplomatique, la coopération militaire et un point d’appui stratégique au Maghreb.

Ce soutien international a renforcé la capacité du Maroc à exercer une pression sur l’Espagne. Rabat sait qu’il peut compter sur la couverture politique des deux puissances qui, plus ouvertement, reconnaissent ses revendications territoriales. Washington et Tel Aviv n’ont pas besoin de diriger concrètement chaque initiative marocaine: il leur suffit d’assurer à la monarchie un environnement diplomatique favorable, de lui fournir une coopération stratégique et de transformer chaque crise avec Madrid en une occasion de frapper le gouvernement Sánchez.

L’Espagne est entre-temps devenue l’un des pays européens les plus critiques envers la politique israélienne. Le 28 mai 2024, Madrid a officiellement reconnu l’État palestinien, présentant cette décision comme une contribution à la paix et à la solution à deux États. Dans les années suivantes, Sánchez a intensifié la pression pour que l’Union européenne revoie ses relations avec Israël, allant jusqu’à demander en 2026 la suspension de l’accord d’association entre Bruxelles et Tel Aviv.

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Ce n’est pas un hasard si la crise de Ceuta a été immédiatement exploitée par les États-Unis et Israël pour attaquer cette ligne politique. Trump a présenté les images en provenance de l’enclave comme la preuve des conséquences des politiques migratoires progressistes et comme un avertissement à l’électorat américain. Le Département d’État est allé plus loin, attribuant les faits aux efforts délibérés du gouvernement espagnol pour favoriser l’immigration irrégulière en Europe. Cette accusation a été démentie dans ses fondements: la régularisation approuvée par Madrid concerne des personnes déjà présentes en Espagne avant la crise et n’accorde aucun droit automatique à ceux qui sont arrivés à Ceuta ces derniers jours. Cette falsification des faits n’était pas une erreur, mais une opération de propagande visant à délégitimer Sánchez et à présenter toute politique moins répressive comme une invitation à «l’invasion».

Du côté israélien, l’ambassadeur à l’ONU Danny Danon a profité de la crise pour accuser l’Espagne d’hypocrisie, qualifiant Ceuta et Melilla d’« enclaves coloniales » et liant explicitement la question aux critiques formulées par Madrid à l’encontre de l’occupation des territoires palestiniens. Le message était clair: un gouvernement qui dénonce le colonialisme israélien doit s’attendre à ce que sa propre souveraineté sur les villes nord-africaines soit elle aussi remise en cause. Le ministre espagnol des transports, Óscar Puente, a réagi en soulignant que la nature de la campagne contre l’Espagne devenait de plus en plus évidente.

Il ne s’agit pas non plus d’une rhétorique totalement nouvelle. En mai 2019, Yair Netanyahu, le fils de l’actuel Premier ministre israélien, a publié une carte de Ceuta, Melilla et des autres possessions espagnoles en Afrique du Nord en invitant les «Arabes et musulmans» à commencer par ces territoires la libération des terres qu’ils considéraient comme occupées. Après les protestations, il a précisé que sa provocation était une réponse au soutien espagnol aux organisations favorables à la fin de l’occupation israélienne de la Cisjordanie. Déjà à l’époque, donc, la menace de délégitimer la présence espagnole à Ceuta et Melilla était utilisée comme représailles politiques à la position de Madrid sur la Palestine.

Le Maroc, par ailleurs, ne doit pas être décrit comme un simple exécutant sans volonté propre. La monarchie poursuit un projet autonome de puissance régionale : consolider l’annexion du Sahara occidental, contenir l’Algérie, contrôler les routes migratoires et se présenter à l’Europe comme interlocuteur incontournable. C’est précisément cette autonomie d’intérêts qui rend la convergence avec les États-Unis et Israël efficace. Rabat met à disposition sa position géographique, ses infrastructures militaires et de renseignement, et la normalisation avec Tel Aviv ; en échange, elle reçoit une légitimation territoriale, des armements, une coopération stratégique et une protection diplomatique.

La tragédie des migrants est ainsi instrumentalisée à plusieurs niveaux. Rabat peut utiliser leur désespoir pour rappeler à Madrid que la stabilité de la frontière dépend de la coopération marocaine. Washington utilise les images de Ceuta pour alimenter sa propre offensive contre l’immigration et contre les gouvernements européens non alignés. Tel Aviv s’en sert pour attaquer l’un des principaux soutiens européens de la Palestine et pour mettre sur le même plan l’occupation israélienne et la souveraineté espagnole sur les deux villes. Enfin, les droites espagnoles et européennes exploitent la crise pour réclamer de nouvelles mesures répressives et affaiblir le gouvernement.

Derrière cette opération, il reste les victimes: les jeunes Marocains poussés à fuir par un système marqué par les inégalités, les migrants africains transformés en instruments de négociation, et le peuple sahraoui privé depuis plus d’un demi-siècle du droit de décider de son avenir. La réponse ne peut pas consister seulement en la militarisation de Ceuta. Elle doit commencer par la dénonciation du chantage migratoire, le rejet de la campagne de propagande israélo-américaine et le retour à une position cohérente sur le Sahara occidental. On ne peut en effet défendre le droit à l’autodétermination des Palestiniens tout en acceptant que celui des Sahraouis soit sacrifié aux intérêts géopolitiques de la monarchie marocaine.

L’immigration comme arme de guerre non conventionnelle aux effets à long terme

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L’immigration comme arme de guerre non conventionnelle aux effets à long terme

par Gennaro Scala

Source : Gennaro Scala & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/l-immigrazione-co...

91haTI3koJL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgJe ne saurais citer aucun penseur européen ayant défini la nature de l’immigration en Europe avec plus de précision que Christopher Caldwell: «l’immigration, c’est l’américanisation» (La dernière révolution de l’Europe. L’immigration, l’islam et l’Occident). C’est une règle déjà vérifiée à d’autres occasions: contrairement à la dialectique du maître et de l’esclave selon Hegel, pour les dominants, la connaissance est essentielle, et c’est pourquoi les études les plus réalistes et utiles à la compréhension des phénomènes politiques, sociaux et historiques proviennent le plus souvent du milieu culturel et universitaire américain, bien plus que de ce qui est produit en Europe.

Pourquoi Caldwell écrit-il ce que bien peu d’écrivains européens oseraient écrire? Je ne saurais le dire avec certitude, mais il est probable qu’une certaine droite conservatrice, famille idéologique à laquelle appartient Caldwell (le titre anglais de son livre n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui de Burke sur la Révolution française), perçoive le risque que la déstabilisation des structures sociales des principales nations européennes – ce qui serait l’aboutissement de cette «dernière révolution» – représente aussi pour les États-Unis. Peut-être certains conservateurs américains voudraient-ils au contraire une Europe capable de coopérer efficacement au projet hégémonique américain, ou bien perçoivent-ils l’Europe comme une pièce de «l’empire» occidental, dont la destruction affaiblirait l’«empire» lui-même.

Quels que soient les référents idéologiques ou les motivations politiques de Caldwell, je rejoins Perry Anderson (un universitaire marxiste): c’est l’un des livres les plus importants sur l’immigration en Europe. J’en ai parlé ailleurs, mais ici, la question qui nous intéresse est celle-ci:

Si, dans les années soixante, l’immigration était nécessaire en raison du manque de main-d’œuvre, pourquoi a-t-elle continué à l’être après les années quatre-vingt, alors que l’Europe connaissait une période de chômage généralisé? […] Qu’il s’agisse d’un dessein occulte ou d’une simple négligence, le fait est que le flux n’a pas cessé.

Si ce n’est pas un dessein occulte, on peut supposer – même s’il serait utile d’en faire une étude approfondie – qu’à une première étape, l’immigration a été le fruit de l’influence du système politique américain sur les nations européennes, qui, en tant que nations subordonnées, ont subi la pression visant à les assimiler au modèle social américain. Les immigrations, qui ont constitué la dimension « multiculturelle » de la société américaine, ont été fondamentales pour le développement de la puissance nord-américaine, qui avait besoin de main-d’œuvre à exploiter.

Mais, en même temps, cette « multi-ethnicité » peut devenir sa plus grande faiblesse si la dynamique expansionniste s’arrête, car elle peut être source de profondes fractures. Rappelons la question persistante afro-américaine, à laquelle s’ajoute désormais une immigration ibéro-américaine massive. On comprend ainsi pourquoi il y a eu une forte poussée pour assimiler les nations européennes (fondées sur une plus grande homogénéité ethnique) à la société américaine, l’alliance avec l’Europe – ou plutôt l’alliance-sous-ordre – ayant toujours été un pilier de la politique américaine. Il est significatif que ce soient justement les deux puissances européennes, la France et l’Angleterre, pourtant officiellement victorieuses de la Seconde Guerre mondiale, qui aient le plus subi ce bouleversement de leur composition sociale (en réalité, aucune puissance européenne n’a gagné la Seconde Guerre mondiale, qui, avec la première, fut l’événement déterminant du déclin de la civilisation européenne). Caldwell rapporte que, dès l’après-guerre, alors que se profilait la « société multiethnique », l’opinion générale était qu’elle ne serait jamais acceptée, l’Angleterre ayant été, notamment de par sa nature insulaire, la nation européenne la plus homogène sur le plan ethnique et culturel. «Des rivières de sang couleront», disait-on dans les années 1950 si l’immigration ne cessait pas, mais finalement, il ne s’est rien passé.

L’immigration a continué, une idéologie fonctionnelle à ce projet s’est formée, le multiculturalisme, diffusé par les médias et l’école, et plus encore par l’université, qui joue un rôle central à travers d’innombrables publications vantant les mérites de la société multiculturelle. On inculque aux étudiants que même simplement mettre en doute que l’immigration soit toujours positive est du «racisme». Le rôle de la classe moyenne semi-instruite a été important: ces couches scolarisées de la population, notamment celles issues des milieux populaires, qui, en remplaçant les «prolétaires» par des «migrants», rationalisaient leur éloignement effectif du sort des classes populaires.

Cependant, ces derniers temps, on a observé un changement: l’immigration a perdu son caractère apparemment «spontané», découlant de la simple influence «normale» des États-Unis sur les pays européens soumis.

Récemment, sur son site, Maurizio Blondet a relayé un article, Les propriétaires de navires négriers, signé M.M., qui compilait les informations publiées par les principaux quotidiens italiens sur les flux de migrants, souvent «secourus» à quelques kilomètres seulement des côtes africaines, grâce à des navires de diverses nations occidentales. Sans parler de la marine italienne, constamment engagée dans ces « sauvetages ». Le célèbre caricaturiste italien Krancic, dans un de ses dessins, illustrait la situation ainsi: une mère se promène sur la plage avec ses enfants, et à l’un d’eux qui s’apprête à entrer dans l’eau, elle supplie: «N’entre pas dans l’eau, sinon la marine italienne viendra te chercher et t’emmènera en Italie».

Je ne rapporte pas ici les articles publiés dans la presse quotidienne, puisqu’ils sont facilement accessibles à toute personne disposant d’un ordinateur et surtout désireuse de comprendre comment les choses se passent. Difficile de nier l’évidence: ce flux massif de migrants est organisé, et il est difficile, sinon impossible, d’imaginer qu’il n’y ait pas derrière cette organisation la main de la puissance hégémonique, c’est-à-dire les États-Unis.

71trp3xRMvL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgAvec cette accélération artificielle de l’immigration, le jeu devient plus évident. Et c’est ici qu’un livre de Kelly M. Greenhill, Weapons of Mass Migration: Forced Displacement, Coercion, and Foreign Policy, nous est utile. À partir de plus de cinquante cas d’utilisation de «l’arme des migrations de masse», l’auteure conclut que cette arme est principalement utilisée par des «challengers» plus faibles que leurs cibles, ces dernières étant principalement les démocraties libérales. La cible principale se révèle être les États-Unis.

Kelly M. Greenhill nous a fait comprendre comment la manipulation des flux migratoires peut être utilisée comme arme, mais elle n’a analysé son usage que comme facteur conjoncturel lié à des objectifs limités: obtention de fonds ou de concessions politiques. Il serait intéressant de mener une étude spécifique sur l’utilisation possible de cette arme comme facteur stratégique permettant d’obtenir des résultats plus larges et à long terme, de la part d’une puissance qui a tous les moyens pour le faire et n’hésiterait pas si cela sert ses intérêts. Par exemple, en ce qui concerne l’immigration en Europe, qui a radicalement modifié la composition sociale des nations européennes, ce « cas » n’est pas envisagé.

L’hypothèse la plus cohérente pour expliquer cette accélération artificielle de l’immigration est que l’intensification de la confrontation avec la Russie a poussé à accélérer une expérience d’ingénierie ethnique. Pour éviter que les principales nations européennes ne se rapprochent de la Russie, principal casse-tête géopolitique, on les entraîne dans un bourbier «multiethnique», on y introduit des groupes ethniques étrangers qui, s’ils sont correctement stimulés, financés, voire armés, peuvent constituer un grave problème interne. Ainsi, l’arme de l’immigration peut aussi devenir un instrument de chantage.

Si ces hypothèses ne convainquent pas, on attendra d’autres explications susceptibles d’éclairer le comportement autrement inexplicable de la marine italienne, occupée à transporter des migrants en Italie plutôt qu’à empêcher les débarquements clandestins.

dimanche, 02 août 2026

La vengeance de Trump? Quel rôle les États-Unis pourraient-ils jouer dans la crise migratoire à Ceuta?

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La vengeance de Trump?

Quel rôle les États-Unis pourraient-ils jouer dans la crise migratoire à Ceuta?

Thomas Röper

Source: https://anti-spiegel.ru/2026/welche-rolle-die-usa-bei-der...

Dans le contexte de la nouvelle crise migratoire dans les presidios espagnols de Ceuta et Melilla, un rapport du Congrès américain fait sensation, car les États-Unis y ont modifié leur position sur les enclaves et ne les qualifient plus de villes espagnoles, mais de «villes administrées par l’Espagne».

La crise migratoire dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla fait la une en Allemagne et dans l’UE. Les médias s’interrogent sur les raisons qui ont mené à cette situation, où de plus en plus d’États membres de l’UE vont jusqu’à demander l’exclusion de l’Espagne de l’accord de Schengen sur la libre-circulation, tant que la situation ne sera pas sous contrôle.

Je souhaite attirer ici l’attention sur un rapport du Congrès américain du 30 avril 2026. Ce rapport a été rédigé dans le cadre de la préparation du budget américain pour 2027 et portait sur la «sécurité nationale, le Département d’État et les programmes associés». À la page 88, on trouve les observations suivantes concernant le Maroc :

«Le comité poursuit son soutien au Maroc pour la préservation des intérêts de sécurité nationale des États-Unis et alloue, dans le cadre des programmes d’investissement dans la sécurité nationale, au moins 20 millions de dollars, et au moins 20 millions de dollars dans le programme de financement militaire étranger. Le comité rappelle l’alliance historique entre les États-Unis et le Maroc, consacrée en 1786 par le traité de paix et d’amitié maroco-américain. Il constate que les villes administrées par l’Espagne, Ceuta et Melilla, se trouvent sur le territoire marocain et font toujours l’objet de revendications historiques de la part du Maroc. Le comité soutient les efforts du Secrétaire d’État pour promouvoir le dialogue diplomatique entre le Maroc et l’Espagne sur le futur statut de Ceuta et Melilla».

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Ce qui est décisif ici, c’est que le Congrès américain parle soudain de «villes administrées par l’Espagne», alors qu’auparavant les États-Unis n’avaient jamais laissé planer le moindre doute sur leur reconnaissance de la souveraineté espagnole sur ces villes. Il s’agit donc d’un changement important de la position américaine, qui, à l’époque, n’a été remarqué que par des experts et des médias spécialisés sur le sujet.

Lorsque, avec la crise migratoire actuelle, les premiers analystes ont découvert ce rapport, la plupart ont estimé que ce changement de cap américain était une sanction contre le gouvernement espagnol pour avoir refusé de soutenir les États-Unis dans la guerre contre l’Iran.

C’est bien sûr possible, mais ce n’est sans doute pas la raison première, car de tels rapports ne sont pas rédigés spontanément: ils sont préparés de longue date. Et il faut rappeler que le gouvernement espagnol était déjà tombé en disgrâce auprès de l’administration Trump l’été dernier, quand l’Espagne avait publiquement refusé, lors du sommet de l’OTAN de 2026, de consacrer 5% de son PIB à la défense et à la préparation militaire, ce qui avait provoqué la colère de Washington.

Il semble donc que le gouvernement américain ait décidé dès l’an dernier de rendre la vie difficile au gouvernement espagnol, par exemple en soutenant le Maroc dans le différend sur Ceuta et Melilla. Et peut-être que, dans la foulée, l’administration américaine a eu d’autres idées pour compliquer la vie de Madrid.

Mais restons sur le cas du Maroc, car il n’est pas du tout exclu que les États-Unis aient joué un rôle dans la crise migratoire actuelle. Il est en effet plus que peu probable que des dizaines de milliers de migrants se soient spontanément rassemblés au Maroc, sans coordination, pour traverser la mer à la nage vers Ceuta en quelques heures.

imaceutamigrges.jpgQue cette vague migratoire ne soit pas spontanée, on pouvait aussi le lire entre les lignes dans les médias allemands comme Der Spiegel. Der Spiegel rapportait que le Premier ministre espagnol Sánchez, lors de sa visite à Ceuta vendredi midi, évitait toute accusation contre le Maroc, alors que les gardes-frontières marocains n’étaient intervenus que jeudi soir. Avant cela, ils avaient donc laissé faire les migrants sans réagir.

Der Spiegel écrit ensuite :

« Un journaliste lui demande si le royaume coopérait vraiment aussi bien qu’il le prétendait. Après tout, c’était parfois l’ambiance de fête sur la plage. Les gardes-frontières marocains n’auraient-ils pas fermé les yeux ? Sánchez a éludé la question. Il a parlé d’une attaque. Mais il n’a pas voulu dire explicitement qui avait porté atteinte à l’intégrité territoriale de Ceuta – manifestement par calcul stratégique. »

Chacun peut donc se demander ce qui lui semble le plus vraisemblable: l’afflux de migrants était-il un événement spontané, sans aucune planification? Ou le gouvernement marocain a-t-il coordonné tout cela en coulisses, en ordonnant à ses gardes-frontières de rester passifs aussi longtemps que possible? Et si c’est le cas, dans quelle mesure est-il probable que le gouvernement marocain ait agi avec le soutien du gouvernement américain, qui souhaite punir l’Espagne pour sa désobéissance en matière de réarmement dans le cadre de l’OTAN, la guerre contre l’Iran et d’autres différends avec Washington?

Si, par exemple, l’UE devait suspendre l’accord de Schengen avec l’Espagne, ce serait un coup dur pour le gouvernement espagnol, qui y perdrait sûrement des voix lors des prochaines élections. Et c’est précisément ce que souhaite le gouvernement américain: un nouveau gouvernement espagnol, à nouveau obéissant envers les États-Unis.

Nous avons donc ici, une fois de plus, une de ces «coïncidences» où un événement apparemment spontané sert à cent pour cent les intérêts américains…

Parution du numéro 497 du Bulletin celinien

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Parution du numéro 497 du Bulletin celinien

Sommaire:

2026-07-08-BC-Cover.jpgLe cristal et la haine (Puissance stylistique et violence constitutive dans l’œuvre de Céline)

Céline dans “Les Nouveaux Temps” (2e partie)

Dans la bibliothèque de Céline (Pucheu, Trotski, Macaulay)

 

Salaud

La vénérable Société d’Études céliniennes (fondée en 1976 par Philippe Alméras, Jean-Pierre Dauphin (†), Antoine Gallimard, François Gibault et Henri Godard) ne craint pas d’évoquer (sur son site internet) « le courant actuel de “Céline’s bashing” » qui sévit depuis plusieurs années. Et de préciser : « Il ne suffit pas que Céline ait été antisémite, il faut encore que ce “monstre” ait été embusqué, colonialiste, collaborationniste et sans aucun doute payé par les nazis. » Ce courant anti-Céline, précise la SEC, est animé par Taguieff, Roynette et quelques autres. Elle aurait pu écrire : et beaucoup d’autres. Cela n’est pas sans conséquence : les éditeurs renâclent à publier des études sur lui (elles ne se vendent guère) et les thèses le concernant se raréfient.
 
Dans l’entretien qu’il nous a accordé en mars, Jean Monnier (Université de Californie) confiait que dans le monde universitaire américain d’aujourd’hui, Céline est un inconnu :  « Les thèses le concernant ne se raréfient pas, elles sont inexistantes », ajoutait-il. Il y a quelques années, Le Bulletin célinien comptait 400 abonnés ; il en a aujourd’hui 300.
 
L’éditeur canadien Rémi Ferland notait récemment qu’il a fallu cinq ans pour que l’avant-dernière réimpression de son édition critique des Écrits polémiques (tirée à seulement 500 exemplaires) fût épuisée. Et, depuis, le retirage (même quantité) ne trouve plus guère d’acquéreur. À force de dresser de Céline le portrait le plus haïssable, il est naturel que les gens s’en détournent et refusent de s’intéresser à son œuvre. Et ce n’est pas l’ouvrage de Jocelyne et Guy Laplagne qui va  modifier les choses. Son titre, Les passions toxiques de Louis-Ferdinand Céline. Autopsie d’un génie sinistre, est suffisamment éloquent pour s’en convaincre. Dans son livre D’un salaud l’autre (Nazis et collaborateurs dans le roman français), paru il y a dix ans, Marion Duval (photo) fit mieux.
 

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Dans ce qui est à l’origine une thèse de doctorat, cette professeure d’une université de l’Ohio mit dans le même sac l’officier SS Maximilien Aue (narrateur des Bienveillantes de Littel), l’hitlérien Abel Tiffauges (héros du Roi des Aulnes de Tournier), le collabo Clément Duprest (dépeint par Daeninckx dans son Itinéraire d’un salaud ordinaire), le commandant du camp d’extermination d’Auschwitz (personnage du roman La Mort est mon métier de Robert Merle), Adolf Hitler (dont Emmanuel Schmitt a écrit une biographie romancée, La Part de l’autre) et… le Céline de la trilogie D’un château l’autre, Nord et Rigodon.
 
L’auteure entendait mettre en évidence l’existence d’un archétype littéraire de la figure du “salaud”. Cela me ramène quinze ans en arrière quand Céline fut retiré des “Célébrations nationales” où il avait initialement été inscrit pour le cinquantenaire de sa mort. Et ce au grand dam de Henri Godard, rédacteur de la notice le concernant. Je m’étais alors imprudemment fait l’écho d’une dépêche qui rapportait un sien propos qualifiant précisément Céline de “salaud”. Ce qui avait heurté les lecteurs du BC qui ont, comme moi, la plus grande considération pour son travail. Aussi ne tarda-t-il pas à m’adresser cette mise au point :  « Je n’ai jamais prononcé  pour mon compte la phrase “Céline est un pur salaud” qui m’est prêtée par l’AFP. Tout au plus ai-je pu la citer pour m’en dissocier, et le journaliste aura fait la confusion. J’avais négligé jusqu’à présent de faire la rectification, mais je vois que certains de vos lecteurs s’émeuvent de trouver cette phrase dans ma bouche, je les comprends, c’est pourquoi je vous serais reconnaissant de signaler ce démenti. ». Clair et net.

• Marion DUVAL, D’un salaud l’autre (Nazis et collaborateurs dans le roman français), Presses Universitaires François Rabelais, coll. “Perspectives littéraires”, 2015, 220 pages (22 €).

Les souvenirs d’un Gaulois d’Europe occidentale

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Les souvenirs d’un Gaulois d’Europe occidentale

par Georges Feltin-Tracol

Memoires-identitaires.jpgPrise dans ses convulsions fantasmatiques habituelles, la grosse presse subventionnée le présente toujours en idéologue-phare de l’extrême droite. Traité début juillet 2026 de «papy FN» par un piètre journaliste 1, il demeure le principal propagateur de concepts déterminants tels la préférence nationale, la ré-information, l’Europe-puissance et la remigration. Il poursuit un combat entamé en 1968. L’année dernière, Jean-Yves Le Gallou a publié Mémoires identitaires, son autobiographie intellectuelle, politique et militante 2.

Ses détracteurs habituels, écrivassiers sans talents et autres fumistes diplômés en expertise ès - « extrême droite » sans contours précis, devraient les lire, car elles rectifient leurs sempiternelles antiennes colportées. Il faudrait cependant travailler et cesser de consulter les notes du renseignement territorial et de la préfecture de police de Paris. Un pareil effort chamboulerait leur paresse innée. Et pourtant !

Quelques aperçus intimistes

Avec tact et pudeur, Jean-Yves Le Gallou dévoile au lecteur un pan de sa vie privée. L’un de ses fils a relu au préalable le manuscrit. Ainsi évoque-t-il Anne-Laure Blanc, la mère de leurs quatre garçons, au « caractère (fort) bien trempé, une vive sensibilité, une intelligence aiguisée (p. 41). Il rend publique « notre séparation survenue en 2021 après quarante-six ans de mariage. Séparation douloureuse dont je porte la responsabilité, des élans personnels m’ayant éloigné des règles du mariage (p. 253) ».

Plus plaisant, cette ancienne bête à concours (lauréat au concours général de géographie, puis d’histoire, diplômé en sciences politiques et énarque) 3 se souvient avec émotion et fierté qu’en novembre 1998, son troisième fils reçoit une distinction « en l’honneur des meilleurs apprentis cuisiniers de France (p. 187) ». Quelques années plus tard, ce dernier régalera avec talent les convives aux universités d’été européennes du GRECE (Groupement de recherches et d’études pour la civilisation européenne). Lors de la dernière soirée, plus solennelle, il étonnera même l’assistance par son aisance à cracher le feu… Jean-Yves Le Gallou insiste enfin sur cette hygiène mentale et physique qu’est l’alpinisme qu’il pratique avec assiduité. À l’instar d’un autre excellent alpiniste, métaphysicien de son état, Julius Evola, il vante «une école de la beauté. Une école de la volonté. Une école d’humilité aussi. Une rude école enfin (p. 186)».

Ce livre comporte néanmoins quelques erreurs. Dans une note en page 40, Arnold Gehlen est qualifié d’ ancien secrétaire d’Ernst Jünger (note 19, p. 40)». Il le confond avec Armin Mohler! L’auteur assiste aux funérailles de Jean Ferré en «septembre 2006 (p. 230)». Or le fondateur de Radio Courtoisie décède un 10 octobre 2006… Il place les «grottes de Bétharram (p. 222)» en Occitanie alors qu’elles se trouvent aussi en partie en Nouvelle-Aquitaine. Il mentionne en page 111 l’action électorale de Jean-Pierre Stirbois en 2002 et en 2003 qu’il faudrait lire les élections cantonales de 1982 et municipales de 1983. Il parle de «Maurice Trillat (p. 147)». Né en 1940 et mort en 2020, ce journaliste communiste qui suivait le Front national pour Antenne 2, la future France 2, avec toute l’objectivité souhaitable bien sûr, se prénommait en réalité… Marcel.

Jean-Yves Le Gallou se montre en outre vachard à l’encontre de certains de ses collègues hauts-fonctionnaires, en particulier Arnaud Teyssier, auteur d’ouvrages intéressants 4. Il le dépeint en «homme intelligent et intrigant (p. 209)», par ailleurs «sournois (p. 207)» parce qu’il brigue une promotion qui revenait de droit à l’auteur.

le-defi-gaulois-jean-yves-le-gallou.jpgRédacteur en 2001 du Défi gaulois. Carnets de route en France réelle, Jean-Yves Le Gallou assume sa celticité avec sa famille paternelle provient «d’un petit coin de Bretagne intérieure, du Trégor, l’un des sept évêchés de Bretagne (p. 15)». Cela ne l’empêche pas de se sentir aussi européen avec un «arrière-grand-père italien, travailleur immigré venu de Pontremoli au pied des Apennins, apportant comme une goutte de latinité dans le vieux sang gaulois (p. 18)». Il perpétue cet héritage puisque «de 1975 à 1984, quatre fils arrivent dans notre foyer. […] Aujourd’hui, une petite-fille et dix petits-fils prolongent la lignée (p. 42)». À l’occasion d’émissions radiophoniques ou télévisées, il a signalé que l’une de ses belles-filles est Écossaise. Contradiction? Non! «L’identité territoriale […] doit marier l’attachement à la langue et à la culture locale, l’amour du territoire et de ses paysages, sans pour autant nier ou renier les origines ethniques du peuple. Fondé sur un tel triptyque l’enracinement régional est un atout face au grand magma mondialiste (p. 131)».

Hors les aspects personnels et familiaux, Mémoires identitaires dressent le bilan fort négatif d’un demi-siècle d’effondrement général. Jean-Yves Le Gallou a assisté au «Grand Basculement», c’est-à-dire au «bouleversement sans précédent des valeurs et des normes (p. 8)».

imacdhpnges.jpgUne jeunesse déjà marquée par l’union des droites…

Mai 1968 cueille à froid le jeune étudiant destiné à une belle carrière dans l’administration centrale. Une sensibilité de droite l’amène à suivre « trois groupes différents: les CDR, les Comités de défense de la République, le CELU, Centre d’études pour les libertés universitaires, et le GRECE, Groupement de recherches et d’études pour la civilisation européenne. Le gaullisme de réaction, le catholicisme de tradition ou le renouveau identitaire (p. 31)». Il se montre particulièrement critique de la présidence de Georges Pompidou (1969-1974).

Pour ses contemporains, ce quinquennat symbolise les dernières années des « Trente Glorieuses », du plein emploi et de la croissance économique. Or, c’est au cours de cette période faste qu’apparaissent les germes de la décadence. Pompidou ne réagit pas au coup d’État du 16 juillet 1971 fomenté par le Conseil constitutionnel 5. Par une décision cruciale, le Conseil constitutionnel élargit son champ d’interprétation aux préambules des constitutions de 1946 et de 1958 en créant un soi-disant  «bloc de constitutionnalité». C’est sous Pompidou qu’est adoptée la première loi liberticide en matière d’expression publique: la sinistre loi Pleven. «Les idées qui déplaisent ne sont plus considérées comme des opinions mais comme des délits (p. 271)».

Georges_Pompidou_(cropped_2).jpgEn politique étrangère et européenne, l’ancien premier ministre de Charles De Gaulle entre 1962 et 1968 accepte l’adhésion à la Communauté économique européenne du Royaume-Uni. Il y introduit une Grande-Bretagne «telle qu’elle était, c’est-à-dire avec son tropisme américain et sa volonté de transformer une union douanière en zone de libre-échange. C’est fait. Les réformes sociales et les réformes de la formation professionnelle allaient apporter une nouvelle manne financière aux grands syndicats monopolistiques, renforçant ainsi leur capacité de nuisances (p. 53)».

Nostalgique de la prestance politique de son prestigieux prédécesseur, Jean-Yves Le Gallou estime que «c’est avec Georges Pompidou que s’est mise en place la loi d’airain de la Ve République selon laquelle le président N+1 fait regretter le président N: Pompidou, le bon sens cantalou gâté par l’encanaillement parisien; Giscard, entre libéralisme avancé et conservatisme éclairé; Mitterrand, un style de droite au service d’une praxis de gauche; Chirac, la carcasse d’un para, la vista d’un conseiller général; Sarkozy, entre action et agitation, le goût de l’action, mais, ciel !, pour quoi faire? Hollande, le roi fainéant; Macron 1: Narcisse choisi par Davos; Macron 2: Héliogable, prince de l’empire woke (pp. 54 – 55)».

Les réticences de l’énarque haut-fonctionnaire le détournent du parti gaulliste et le conduisent dans le sillage des républicains indépendants d’obédience giscardienne. En 1977, dans Les rats noirs 6, Grégory Pons interroge un ancien militant d’Occident rallié au Parti républicain giscardien. Est-ce Jean-Yves Le Gallou ou bien Alain Madelin et Gérard Longuet ?

817VBc35hdL.jpgJean-Yves Le Gallou salue la mémoire d’Alain Griotteray (1922-2008) qui lança très tôt une radio libre d’audience locale, Radio Alpha, qui deviendra ensuite Radio-Solidarité avant que cette dernière se transforme en 1987 en Radio Courtoisie!

Maire de Charenton-le-Pont (Val-de-Marne) de 1973 à 2001, député de 1967 à 1997 à trois reprises, Alain Griotteray organise la manifestation de résistance nationaliste sous l’Arc de Triomphe à Paris le 11 novembre 1940. Fort de ce passé incontestable de résistant, il n’hésite pas à rappeler l’engagement des nationalistes et autres royalistes, maurrassiens ou non, dans la France libre et dénonce les premiers ravages de l’immigration, incarnant ainsi «la filière résistante, à la charnière de la droite et de l’extrême droite (p. 107)».

Un profil semblable se retrouve chez Pierre Sergent. Ancien officier du 1er REP (Régiment étranger de parachutistes) devenu journaliste et écrivain, il agit en jeune maquisard avant de devenir le chef de l’OAS – Métropole autour duquel va se cristalliser après la fin de l’Algérie française un noyau solidariste. Plus tard, militant et élu du FN, c’était «un ami d’Israël (p. 103)». «Sa femme, Chouki, est d’origine juive (p. 103)». Bref, «l’extrême droite, c’est la marque épouvantail qui s’adapte à toutes les personnalités d’où qu’elles viennent dès qu’elles s’écartent de la doxa (p. 242)».

542x8clhorl40.jpgEn parallèle à ses activités professionnelles et politiques, Jean-Yves Le Gallou découvre la métapolitique. Il contribue au lancement du Club de l’Horloge qui pratique l’entrisme dans les forces politiques hors de la Gauche et dans la technostructure administrative. Parmi les bénévoles qui s’affairaient parmi les sympathisants « horlogers » se démène une future jeune actrice: Fanny Ardant. Il y rencontre « le plus intelligent d’entre nous, le vicomte président Henry de Lesquen, X – ENA 7 (p. 136) ».

En politique avec Giscard d’Estaing

Des divergences personnelles, tactiques et idéologiques séparent bientôt le GRECE du Club de l’Horloge si bien qu’au moment de la sordide campagne de presse de l’été 1979, «il n’y a personne pour défendre la Nouvelle Droite dans son ensemble, terme qui pourtant s’imposera dans la durée. Les uns – le GRECE – revendiquent le terme “Nouvelle culture”. Les autres – le Club de l’Horloge – se définissent comme “nouveaux républicains” (sélection, méritocratie, souveraineté). Par l’intermédiaire de Jean-Claude Valla – ancien secrétaire général du GRECE et numéro deux du Figaro Magazine -, j’essaie de maintenir une fragile passerelle entre Yvan Blot et Alain de Benoist dont les orientations et les intérêts, sinon les ego, s’opposent (p. 68)». Il regrette aujourd’hui le gâchis d’autant que «le GRECE et Nouvelle École vont jouer un rôle majeur dans la diffusion et la popularisation de thèmes intellectuels transgressifs (p. 40)».

President_Mitterand_bij_slotzitting_Europa_Congres_Mitterand,_kop,_Bestanddeelnr_934-2444_(portrait_crop).jpgL’arrivée au pouvoir de François Mitterrand, du Parti socialiste et de la Gauche en 1981 ainsi que la rivalité croissante entre Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac et Raymond Barre plongent Jean-Yves Le Gallou dans le bain électoral dans le cadre de l’entente entre l’UDF et le RPR. Bien qu’éphémère maire-adjoint de la Culture de la ville d’Antony dans les Hauts-de-Seine de 1983 à 1985, il suit avec intérêt l’initiative de son ami «Horloger» et ancien cadre du RPR, Bruno Mégret. Assisté par Jean-Claude Bardet, bras droit naguère de Dominique Venner à l’Institut d’études occidentales (IEO), Bruno Mégret organise les Comités d’action républicaine (CAR) qui « sont un peu l’ancêtre de la “droite hors les murs” des années 2010. Beaucoup de cadres attirés par un discours de qualité. Peu d’électeurs faute de visibilité médiatique (p. 75)».

Aussitôt étiqueté « mauvais pensant », Jean-Yves Le Gallou choisit de rejoindre un Front national en pleine ascension électorale. Il devient ainsi le tout premier énarque du mouvement national-populiste. Député français au Parlement européen (1994-1999) et président du groupe FN au conseil régional d’Île-de-France (1986-1999), il exerce en simultané la fonction du secrétaire national aux élus auprès de Carl Lang, secrétaire général du FN, et celle de délégué national aux études sous la direction de Bruno Mégret, délégué général du FN.

Bruno_Megret_bordeaux.jpgIl contribue à la violente scission de 1998, à la fondation du FN – MN (Mouvement national), puis du MNR (Mouvement national-républicain), à la campagne présidentielle de Bruno Mégret (photo) en 2002, puis, las des déconvenues électorales successives, renoue avec la métapolitique à travers l’association Polémia qui aborde le traitement de l’information.

On oublie toutefois que Jean-Yves Le Gallou a été de 1986 à 1988 le secrétaire général du groupe FN à l’Assemblée nationale. Grâce à l’instauration du scrutin de liste départementale à la proportionnelle en 1985, trente-cinq candidats du Rassemblement national, alliance électorale conclue autour du FN, des divers-droite, des socio-professionnels et du CNIP (Centre national des indépendants et des paysans), siègent au Palais-Bourbon. Avec le recul, il juge ce « groupe parlementaire à la fois brillant et travailleur (p. 89). Certains élus l’irritent à l’instar du radiologue François Bachelot, «élégant quadragénaire, narcissique et mégalomane, sorte de péteur mondain, portant toujours un nœud papillon (p. 110)».

Une cheville ouvrière du frontisme naissant

À ce poste stratégique, il subit les manigances du chiraquien Charles Pasqua qui veut la disparition du groupe FN par l’intermédiaire de quelques séides et d’attaques continues d’une presse mensongère aux ordres. Cette dernière explique à longueur d’articles que Jean-Marie Le Pen est seul ou bien que les responsables du FN sont incompétents. En fait, «la “compétence” se résume ainsi pour un homme politique: proposer des micromesures techniques dans le cadre du maxi-conformisme global. Est présumé “compétent” celui qui ne remet pas en cause la doxa (p. 91)». Il souligne cependant qu’aucun élu du groupe ne prévoit que «les privatisations de 1986 mettraient en place une caste d’oligarques, dans le cadre d’un capitalisme de connivence (p. 89)». Malgré les ordres de ne pas discuter avec les « maudits », des élus du RPR et de l’UDF osent quand même leur parler. Maire de Moulins dans l’Allier de 1972 à 1989, Hector Rolland, anti-chiraquien avoué, a su protéger sa commune «du saccage architectural auquel se sont livrés tant de ses collègues, maires comme lui de villes moyennes (p. 48)»8.

Jean-Yves Le Gallou soutient avec raison que «la transparence, ce n’est pas la victoire de la morale, c’est celle de l’arbitraire des professeurs de morale (p. 134)». Pour preuve, la personnalité panthéonisée de Robert Badinter «qui se contrefichait de ces crétins d’électeurs pour imposer ses vues (p. 78)» et dont l’action à la tête du Conseil constitutionnel fut si néfaste.

ob_f7b8c1_roger-galiot.jpgLa dissolution de l’Assemblée nationale en 1988 met un terme à l’aventure parlementaire du frontisme en tant que collectif pour une trentaine d’années. Cette disparition n’empêche pas la montée en puissance du FN dans les urnes. En 1983, Roger Galliot, le maire anti-indépendantiste de Thio en Nouvelle-Calédonie de 1971 à 1985 adhère au FN, ce qui en fait le premier édile frontiste de l’histoire. Lors des élections municipales de 1989, le FN remporte une trentaine de municipalités dont la commune de Saint-Gilles dans le Gard avec Charles de Chambrun, le grand ami de la firme néo-coloniale Disney.

Cadre éminent du FN, Jean-Yves Le Gallou reconnaît que «la force du FN des années 1990, c’était l’articulation d’un chef charismatique et d’un appareil militant s’implantant localement (p. 189)». «Dans l’âge d’or de l’ère Le Pen, dans les années 1990, ce qui fera la force de l’appareil du Front national, alors présent sur de vastes territoires géographiques et idéologiques, ce sera l’amalgame heureux de forces différentes mais complémentaires: schématiquement, des réseaux catholiques et des réseaux néo-droitiers structurant une masse de RPR déçus. Sans oublier quelques anciens “activistes” ayant échappé à la reconversion dans la droite de gouvernement par les réseaux Albertini 9 (p. 38)».

Face à l’adversité, il a pour principe cardinal d’« assumer et organiser la défense, médiatique et judiciaire, du mis en cause (p. 149)», fidèle à sa ligne de conduire de «soutenir les militants attaqués même s’ils avaient pu commettre des erreurs (p. 150)». Ce comportement lui vaut la vindicte du système médiatique et des magistrats. Qu’importe puisque la pratique assidue de l’alpinisme lui permet de «se constituer une armure intérieure pour affronter l’extérieur. Et puis il y a la vie et la reconnaissance au sein d’une communauté dissidente (p. 206)».

31264315644.jpgSoucieux de transmettre son expérience et de former des cadres efficaces et compétents, il participe à la revue théorique du FN, Identité, dont la direction revient à son vieux compère Jean-Claude Bardet. Cette revue «est un chaînon essentiel dans le phylum évolutif du courant identitaire (p. 161)». Certes, «pour ma part je n’ai jamais été dans les structures identitaires, mais j’ai été un de leurs compagnons de route. Un grand frère, voire un grand-père. Un fournisseur de munitions intellectuelles. Un relais de leurs actions. Un soutien dans l’adversité (p. 243)». Cela n’évite pas d’en être le théoricien le plus en vue…

Réalisation de la Nouvelle Droite

Se penchant sur l’ensemble des travaux du GRECE et du Club de l’Horloge, il estime que «les intuitions biologiques, inégalitaires et identitaires des années 1970 étaient les plus pertinentes (p. 68)». Il aurait néanmoins pu reconnaître le bien-fondé des analyses géopolitiques percutantes des décennies 1980-1990 Ainsi, rapportant le rôle hégémonique des États-Unis depuis 1989, admet-il que «non vraiment,“l’Occident” n’est pas notre ami! (p. 166)». Sa remarque sur «Guillaume Faye, toujours en excès de vitesse intellectuelle (p. 44)» est fort juste.

Bravant une nouvelle fois le politiquement correct, il qualifie le CRIF (Conseil représentatif des institutions juifs en France) d’«organisme dont l’influence s’exerça puissamment dans les années 1980-2010 dans deux directions: l’infléchissement de la politique étrangère française dans un sens plus complaisant envers Israël et les États-Unis, et des prises de position de plus en plus favorables à l’immigration. Un dernier point particulièrement nuisible à la France et aux Français et dont la communauté juive est devenue elle-même victime (p. 71) »… Cible fréquente de violences judiciaires ordinaires et d’abus médiatiques répétés, il remarque que «le système peut compter sur le zèle des magistrats administratifs pour punir ceux qui lui désobéissent. Le gouvernement des juges n’est pas le défenseur des libertés, il est le gardien de l’ordre politiquement correct (p. 184)». Dès lors, le désir mortifère du macronisme de pénaliser les réseaux sociaux et leur libre-expression revient à renforcer la censure ambiante. Sous prétexte de lutter contre la désinformation alors que «la fake news d’hier est la réalité de maintenant (p. 112)», il constate que «la dérive liberticide de l’extrême centre est désormais sans frein (p. 274)». Sa dernière illustration concerne le défilé du 14 juillet 2026 avec des spectateurs contraints de s’enregistrer par QR-code!

Hostile à l’apparition d’une bureaucratie supplémentaire aux échelles intercommunale et régionale, il note que «la métropole a une géographie aux frontières floues qui ne correspond ni à celles des communes, ni à celle des États. Un concept propice à l’avènement d’un monde postdémocratique dont la marche est assurée par les grands oligopoles mondiaux (p. 129)». Grande surprise de voir Jean-Yves Le Gallou entériner les arguments valables du royalisme légitimiste en page 116, il déconstruit avec bonheur la fausse divinité République hexagonale!

ob_9430e9_europeen-d-abord.jpgVers une synthèse celto-franque européenne

Observant que «la nation n’a plus de frontières et l’État joue contre la France et les Français. L’État a contribué à faire la France, il la défait désormais car il est passé sous le contrôle des coteries syndicales, culturelles, associatives et religieuses anti-identitaires (p. 197)», «la République, ce n’est plus le rayonnement universel de la France, c’est l’invasion de la France par l’universel (p. 118)». Dorénavant, «la France unitaire est devenue multiraciale, multiculturelle, multicivilisationnelle (p. 197)». Dans ces conditions, cette «République est une marâtre indigne qui, après avoir interdit aux Bretons de parler leur langue, finance dans ses écoles des cours d’arabe, la langue du Coran. Quant aux sacro-saintes “valeurs de la République”, elles ne sont que le cache-sexe de la dictature du politiquement correct (p. 193)», d’où son ralliement en 2022 à la candidature présidentielle d’Éric Zemmour où il côtoie son vieux compère Bruno Mégret et la figure de proue de la droite souverainiste Philippe de Villiers.

71dE8REx4FL._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgConcernant la remigration appelée naguère l’«inversion des flux migratoires (p. 263)», «au départ, j’avais trouvé le thème rude; et pourtant, si l’on prend en compte les dynamiques démographiques, entre la remigration et la submersion, il n’y a pas de tiers parti. Alors, va pour la remigration ! (p. 244)». Jean-Yves Le Gallou en est devenu le principal penseur et praticien dans l’aire francophone.

Il conclut son autobiographie par un vibrant appel à la nostalgie du futur. Plutôt que revivre de grands moments de l’histoire, il aimerait «être réincarné en 2080 ou en 2100 pour voir la suite… (p. 283)». En s’écriant «Soyons archéofuturistes! (p. 279)», il appelle les nouvelles générations européennes à choisir la voie ethno-communautariste, meilleur gage possible pour une révolte salutaire et l’éventuelle libération continentale. Ainsi Jean-Yves Le Gallou prendrait-il les traits d’un Che Guevara des peuples autochtones du Vieux Continent…

GF-T      

Notes: 

1 : Jean-Loup Adénor, « Jean-Yves Le Gallou. L’extrême droite décongèle papy FN », dans la scrofuleuse rubrique « Les champions de la droite », Charlie Hebdo du 17 juillet 2026.

2 : Jean-Yves Le Gallou, Mémoires identitaires. 1968 – 2025 : les dessous du Grand Basculement, Via Romana, 2025, 290 p., 25 €. Toutes les citations non mentionnées en notes proviennent de cet ouvrage.

3 : Cf. sa notice dans Emmanuel Ratier, Encyclopédie politique française, Faits et Documents, tome 1, 1992, pp. 412 – 413. Il est préférable de consulter cette somme biographique plutôt que d’effectuer des recherches dans la version française guère fiable de Wikipédia.

61YZ4i03S9L._AC_UF1000,1000_QL80_.jpg4 :  Arnaud Teyssier a écrit, entre autres, Charles Péguy. Une humanité française (2008), Richelieu. L’Aigle et la Colombe (2014), Philippe Séguin : le remords de la droite (2019) – ô paradoxe pour celui qui a récusé toute rupture avec le Système au moment de la campagne référendaire contre Maastricht en 1992 ! - ou l’excellent De Gaulle 1969, l’autre révolution (2019).

5 : Le Conseil constitutionnel est alors présidé par un ennemi intime de Pompidou, le gaulliste Gaston Palewski.

6 : Grégory Pons, Les rats noirs, Éditions Jean-Claude Simoën, 1977, le chapitre 5 « Les transfuges » avec un certain André L., pp. 101 à 106.

7 : X pour l’École polytechnique.

8 : Enfant abandonné et surnommé «Spartacus» pour sa propension à clamer ses poèmes en séance, Hector Rolland (1911-1995) confie dans ses Souvenirs dérangeants d’un godillot indiscipliné (Albin Michel, 1990) son grand estime pour ses collègues du FN. Il tente sans succès avec Christine Boutin (UDF) et Michel de Rostolan (FN) de créer un groupe d’étude parlementaire pour favoriser l’accueil à la vie.

81Y1KAwF5AL._UF1000,1000_QL80_.jpg9 : Sur Georges Albertini, cf. Pierre Rigoulot, Georges Albertini, socialiste, collaborateur, gaulliste, Perrin, 2012.

John Dee, Mackinder et l’imaginaire géopolitique

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John Dee, Mackinder et l’imaginaire géopolitique

Markku Siira

Source: https://markkusiira.substack.com/p/john-dee-mackinder-ja-...

L’histoire est pleine de continuités intellectuelles surprenantes qui s’étendent sur des siècles et relient les penseurs, leurs ambitions et leurs utopies de domination mondiale à travers différentes époques. Il s’agit aussi d’imaginaire géopolitique – de la manière dont le pouvoir a été imaginé, cartographié et légitimé.

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La politique, la géographie et une pensée plus ésotérique s’entrelacent de façon particulièrement nette dans l’histoire britannique. Au musée d’histoire des sciences d’Oxford, on conserve une copie en marbre de la tablette de John Dee, sur laquelle est gravé l’alphabet énochien qu’il a créé – vestige concret d’une époque où les sciences occultes et la politique du pouvoir allaient de pair.

Mathématicien, astrologue, occultiste et conseiller de la reine Élisabeth Ière, Dee n’était pas seulement le sage de la cour, mais un réaliste magique qui comprenait que de grands objectifs nécessitaient un grand pouvoir. Il visait à atteindre des « vérités pures », une compréhension transcendante des formes divines – et le pouvoir sur le destin de l’humanité que pouvait conférer ce savoir occulte. Sa bibliothèque était la plus vaste d’Angleterre et il évoluait aisément dans les cercles intellectuels et politiques européens.

bf6181694ab39ae1e136c5ea10ece2bf.jpgL’ouvrage le plus connu de Dee, la Monas Hieroglyphica (La Monade hiéroglyphique), publiée en 1564, est à la fois un livre ésotérique et un symbole – une tentative de condenser les principes fondamentaux de l’univers en une seule image. Avec cette clé symbolique, Dee construisit sa propre métaphysique politique, dont le cœur était l’unification des peuples et des cultures sous la couronne britannique. On attribue à Dee l’invention du concept « d’Empire britannique », et il croyait que la concentration du pouvoir apporterait ordre et paix à l’ensemble du monde connu.

L’héritage de Dee s’est perpétué dans la pensée géopolitique anglo-saxonne. Il fut le premier à esquisser pour la Grande-Bretagne une stratégie globale centrée sur le contrôle du pôle Nord. Qui contrôle le pôle contrôle le monde – non seulement physiquement, mais aussi métaphysiquement, comme partie d’un plus grand système symbolique. Dee associait des légendes arthuriennes médiévales et les mythes du mont Meru, de l’Arctogaïa et d’Ultima Thulé aux objectifs politiques de son époque.

La vision de Dee s’est incarnée de la façon la plus concrète dans un plaidoyer de forme juridique qu’il adressa à la reine Élisabeth en 1578, intitulé Brytanici Imperii Limites. Il y affirmait qu’Élisabeth disposait d’un «droit royal» (title royall) sur toutes les côtes de l’Amérique du Nord et les îles du nord jusqu’aux frontières russes – sur la base des conquêtes du roi Arthur, dont Dee croyait qu’elles s’étendaient jusqu’au Groenland et même jusqu’au pôle Nord. Pour Dee, le récit mythique d’Arthur était la clé de la légitimation de la puissance mondiale britannique.

Francis-Drake-oil-panel-engraving-Jodocus-Hondius.jpgLe plan ne fut cependant pas réalisé. Sir Francis Drake (portrait) proposa à la reine une option plus séduisante, passant par les routes maritimes méridionales et les eaux orientales. Ainsi naquirent les compagnies des Indes orientales et occidentales, qui étendirent le pouvoir britannique par le commerce et par les armes. La Grande-Bretagne se détourna du nord vers le sud, tandis que la Russie saisit l’opportunité d’entamer sa propre expansion à travers la Sibérie, atteignant l’Alaska au XVIIIe siècle.

C’est ainsi qu’est née la longue confrontation anglo-russe, le «Grand Jeu» géopolitique, qui n’a jamais vraiment pris fin. Même si, après la Seconde Guerre mondiale, le leadership du monde anglo-saxon passe aux États-Unis, l’héritage culturel et juridique britannique – notamment la tradition de la common law – conserve son influence dans les anciennes possessions de l’Empire. Comme les Romains le savaient déjà, un pouvoir durable ne peut reposer uniquement sur les armes, mais sur des lois et des coutumes ancrées dans la vie quotidienne.

imaghjmkes.jpgC’est à ce moment qu’apparaît Halford John Mackinder (photo), d’origine écossaise, souvent considéré comme le père de la géopolitique occidentale. Défenseur passionné de l’Empire, il craignait que la Grande-Bretagne ne soit éclipsée par l’Allemagne et la Russie. Sa théorie du «Heartland» stratégique de l’Eurasie inspira des générations de stratèges militaires, jusqu’aux opérations américaines en Afghanistan et en Irak.

La pensée de Mackinder a été qualifiée d’«impérialisme libéral» – une vision qui justifiait l’Empire à la fois par l’intérêt national et par la diffusion de la civilisation et de l’ordre. Il tenta activement d’entrer en politique, mais ses campagnes électorales comme candidat unioniste furent difficiles et son message n’eut guère d’écho auprès des électeurs. Il ne fut élu au Parlement qu’en 1910, à Glasgow, mais resta marginal et cultiva une évidente amertume envers la démocratie et le parlementarisme.

Cette déception forgea sa conviction que l’ordre du monde était trop important pour être laissé à la politique partisane ou à l’opinion publique. Selon Mackinder, les réalités géographiques exigeaient un système dirigé par des experts et stratégiquement construit, capable de résister à la myopie des démocraties comme aux déséquilibres provoqués par les alliances des puissances continentales.

Chez ces deux penseurs se retrouve la même configuration fondamentale: la croyance en des centres géographiques ou métaphysiques dont la maîtrise conférerait la suprématie. Pour Dee, c’était le pôle Nord; pour Mackinder, le «Heartland» eurasien. Aucun des deux ne se contentait de la théorie: tous deux voulaient influencer la politique concrète et furent déçus par les réalités humaines – les plans de Dee échouèrent sur les intrigues de la cour, la carrière de Mackinder sur des défaites électorales.

Pourtant, leur héritage survit dans la politique mondiale, les institutions et les récits des États-Unis, de la Grande-Bretagne et de leurs alliés. Cela ne rend pas leurs théories justes ou moralement défendables, mais montre qu’elles font partie d’un héritage profond qui a souvent façonné le monde de façon invisible.

Andrey-Fursov1.jpgDes critiques contemporains, comme les Russes Mikhaïl Deliaguine et Andreï Foursov (photo), ont vu dans la théorie de Mackinder une manœuvre de diversion britannique. Selon Deliaguine, cette théorie a poussé des États concurrents comme l’Allemagne à se concentrer sur l’intérieur de l’Eurasie, tandis que la Grande-Bretagne consolidait sa puissance maritime et ses marchés financiers. Foursov, quant à lui, souligne que Mackinder plaça la Russie à tort sur le même plan que les autres puissances continentales européennes, ignorant son immense taille, sa population et ses ressources naturelles. La même erreur s’est répétée des guerres napoléoniennes à l’attaque hitlérienne, jusqu’au conflit ukrainien actuel.

La révolution numérique remet fondamentalement en cause les anciens modèles géopolitiques. Au lieu de territoires physiques, le pouvoir s’exerce aujourd’hui à travers les flux de données, les algorithmes et les plateformes médiatiques; les géants de la technologie n’ont pas besoin de soldats pour contrôler la vie, mais d’analyse de données. Pourtant, la géopolitique plus traditionnelle continue d’exister en parallèle: l’initiative chinoise dite des "Nouvelles routes de la soie" construit des routes terrestres à travers l’Eurasie, et la technologie des drones révolutionne le renseignement et les frappes de précision dans la guerre conventionnelle.

Au final, du rêve impérial de Dee et du «Heartland» de Mackinder, nous sommes passés à un monde où les anciennes catégories géographiques ne suffisent plus: la localisation physique perd de son importance et le pouvoir repose de plus en plus sur des réseaux invisibles. Il reste à voir quelles puissances s’imposeront au centre du nouvel ordre digitalisé et qui construira le prochain empire.

16:14 Publié dans Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : john dee, halford john mackinder | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

samedi, 01 août 2026

Incendies orchestrés? Une arme militaire secrète en action?

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Incendies orchestrés? Une arme militaire secrète en action?

Sylvia Miami

Source: https://reseauinternational.net/incendies-orchestres-une-...

Les Français de l’étranger comme Sylvia Miami compatissent au drame européen des incendies mais comme aux US ils ont aussi leur part et qu’ils ont des renseignements qui laissent les Européens incrédules elle estime que «la question des causes et des méthodes se pose de plus en plus».

Difficile de rester insensible devant les images qui nous parviennent d’Europe.

De la France à l’Italie, en passant par l’Espagne et le Portugal, et ailleurs, des milliers de personnes voient leur vie partir en fumée. Une pensée immense pour les habitants qui ont tout perdu, pour les animaux prisonniers des flammes, et pour le courage surhumain de nos pompiers, aidés par les agriculteurs et les habitants.

Face à la répétition et à l’intensité de ces catastrophes, la question des causes et des méthodes se pose de plus en plus.

Je republie ici mon post de 2025 sur l’utilisation des incendies comme arme tactique et militaire, car nous sommes en droit de nous poser des questions légitimes…

Incendies orchestrés!? - «Une arme militaire secrète en action»!?

Depuis des décennies, les incendies ont été perçus comme une menace naturelle dévastatrice, mais saviez-vous que, dans les années 60, les États-Unis avaient étudié l’utilisation des incendies de forêts comme arme militaire?

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Le rapport secret «L’incendie forestier comme arme militaire», publié en 1970, révèle des recherches menées pour déterminer si les feux volontaires pouvaient détruire les ressources ennemies et modifier le champ de bataille. Aujourd’hui, ces flammes hors de contrôle ravagent non seulement des forêts, mais des régions entières, comme on peut le voir actuellement en Californie.

Mais cela ne peut que nous rappeler la tragédie de Maui à Hawaï, ainsi que les incendies en Espagne, au Canada, dans le sud de la France et ailleurs dans le monde. Comment peut-on imaginer que ces feux pourraient être déclenchés et orchestrés par des personnages sans âme, utilisant délibérément de tels moyens pour semer la terreur, détruire et s’enrichir?

Tôt ou tard, ceux qui tirent les ficelles devront rendre des comptes. L’heure de la vérité approche, et tout est en train d’être exposé au grand jour…

Source : Profession Gendarme - https://www.profession-gendarme.com/incendies-orchestres-...

Fabio Vighi et le capitalisme financier de la fin des temps

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Fabio Vighi et le capitalisme financier de la fin des temps

Markku Siira

Source: https://markkusiira.substack.com/p/fabio-vighi-ja-lopun-a...

Dans son dernier essai, Fabio Vighi s’attaque au cœur du capitalisme contemporain en utilisant d’abord les films Network (1976) de Sidney Lumet et Killing Them Softly (2012) d’Andrew Dominik comme fenêtres sur l’idéologie du système.

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Le sermon du dirigeant d’entreprise Arthur Jensen – « il n’y a pas de nations » – et le constat cynique du tueur à gages Jackie Cogan – « l’Amérique n’est pas un pays, mais un business » – forment ensemble un diagnostic : les États-Unis ne sont pas un État-nation traditionnel, mais le quartier général politique et militaire du capital financier global. Il ne s’agit pas d’un complot, mais d’un fait structurel, dont la force idéologique réside dans la présentation qu'il fait de lui-même, comme étant une loi naturelle.

Les États-Unis allient puissance militaire, infrastructure technologique et instrumentalisent le statut du dollar comme principale monnaie de réserve internationale. Les politiciens agissent dans cette structure principalement comme des « technocrates de middle management », dont les décisions sont guidées par la logique de la liquidité, de la gestion de la dette et de la préservation des actifs. Le retour de Donald Trump à la présidence en est un exemple-type : il n’a pas été élu pour ses compétences politiques – « il n’en a pas » – mais parce que son imprévisibilité théâtrale correspond à une époque où « le spectacle débridé a englouti la stratégie ».

Vighi met en garde contre l’illusion typique des libéraux, qui confondent les marionnettes visibles avec les marionnettistes. Le véritable pouvoir repose sur le statut « sans risque » des obligations d’État américaines – un « tour de confiance » qui permet une gestion budgétaire débridée, le financement des guerres et l’inflation des actifs financiers. Mais le système montre de plus en plus de signes de tension : rendements obligataires en hausse, déficits chroniques, dédollarisation et transfert du commerce de l’énergie hors du dollar. L’hégémonie n’est pas en train de s’effondrer, mais elle est entrée dans une « phase d’instabilité structurelle ».

616zJV1vZ3L._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgVighi cherche à expliquer cette évolution par la théorie de la valeur-travail de Marx, selon laquelle seul le travail humain crée de la valeur nouvelle, et les machines ne font que la transférer. Mais cette conception industrielle est-elle encore valable dans une économie numérisée où l’intelligence artificielle participe à de nouveaux processus de création de valeur ? L’interprétation de Vighi risque de rester prisonnière des catégories du passé.

Quoi qu’il en soit, le capitalisme a pris la voie de la financiarisation. La finance ne suit plus l’accumulation productive, elle en est devenue le substitut. Le capital fictif – dette, produits dérivés et flux de revenus titrisés – constitue une montagne croissante de créances qui repose sur du travail qui n’a pas encore été effectué et qui, à l’échelle requise, ne le sera jamais.

Cette logique imprègne tout : la maison devient un objet d’investissement, l’éducation une dette d’études, la santé une cible d’extraction financière. La guerre est l’apothéose de la financiarisation – un « événement massif de liquidité », où destruction et ravage créent de nouvelles opportunités d’investissement. Vighi cite la « chorégraphie algorithmique des frappes contre l’Iran et les récits soigneusement construits autour d’Ormuz » comme exemples de la façon dont dépenses militaires, infrastructures numériques et manipulation financière forment une machine chargée de la gestion des crises.

La multipolarité géopolitique n’offre en soi aucune solution, tant qu’elle reste enfermée dans les catégories du capitalisme. Vighi rejette « l’illusion qu’un équilibre global plus juste pourrait stabiliser le capitalisme » et affirme que « le capitalisme multipolaire reste du capitalisme ».

Les choix des banques centrales illustrent l’impasse : une politique monétaire stricte menace de récession, une politique souple fait gonfler les bulles. Le débat sur l’inflation évite la question de l’effondrement de l’accessibilité : « le problème n’est pas que les prix augmentent trop vite, mais que vivre est devenu inabordable ». Chaque intervention ne fait que différer la crise et reporte la contradiction à un niveau supérieur.

Vighi ne croit pas que le salut viendra de la multipolarité, des monnaies numériques ou de l’intelligence artificielle. Ces changements ne servent à rien s’ils ne conduisent pas hors du capitalisme. Le seul espoir, selon l’universitaire italien, est que « l’irrationalité catastrophique du système » produise une sortie de la logique qui détruit les fondements de la société. Le seul obstacle est « l’attachement illusoire des gens à une constellation en train de s’effondrer ».

Néanmoins, l’analyse de Vighi n’est pas exempte de problèmes. Il condamne le capitalisme sans offrir d’alternative concrète – le seul espoir reste l’attente de la catastrophe. Vighi ignore aussi les modèles existants, comme l’économie socialiste de marché chinoise. Le débat sur la fin du capitalisme laisse ouverte la question de savoir quel ordre mondial pourrait lui succéder – et qui le construirait.

L’inquisition conceptuelle de l’Occident: illusion linguistique, institutions et colonialisme du consensus

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L’inquisition conceptuelle de l’Occident: illusion linguistique, institutions et colonialisme du consensus

Adnan DEMİR

Introduction : La propriété de la géographie et de l’esprit

Placer le monde au centre de sa propre carte et classer toute autre géographie en fonction de sa distance par rapport à ce centre est la forme la plus raffinée et la plus dangereuse du colonialisme. La volonté qui construit le concept “d’Orient” comme objet mystique et immobile, nécessitant une éducation, a en même temps proclamé son propre centre comme unique représentant de la civilisation, de la justice et de la rationalité.

Pourtant, lorsque cette fausse carte géographique et mentale est renversée, le panorama qui se dégage est clair: un “Occident proche” (Europe) prisonnier de sa propre bureaucratie et de prétentions éthiques creuses; un “Occident moyen” (Grande-Bretagne) pragmatique qui continue à jouer un double jeu avec une arrogance déduite de ses résidus impériaux ; et un “Occident lointain” (Amérique) qui fortifie le capital global par la violence militaire — le stade ultime du capitalisme sauvage.

L’hégémonie occidentale ne se maintient pas seulement par des porte-avions ou des blocs financiers. Sa force la plus grande réside dans les concepts stériles et préfabriqués qu’elle produit et présente au monde comme des valeurs universelles. Ces concepts sont des rideaux linguistiques qui qualifient de “justice” la violence des puissants et de “crime” la résistance des faibles.

1. Le masque de “l’universalité” et le discours hégémonique

La terminologie qu’utilise l’Occident dans la politique internationale n’est rien d’autre que l’art de camoufler ses intérêts mondiaux.

- Ce qu’on appelle “Communauté internationale” n’est pas la volonté collective de 193 pays, mais le consensus à huis clos de l’Atlantic Interest Club et des élites du G7. Dans une structure où les voix de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine sont absentes, ce cercle étroit d’intérêts est imposé au monde comme “la volonté universelle de l’humanité”.

- L’étiquette de “pays en voie de développement” est une promesse fausse et sans fin offerte à la périphérie. Ces pays n’ont pas d’objectif atteignable ; le seul rôle qui leur est assigné est de fournir au centre global une main-d’œuvre à bas coût, des matières premières et des marchés. Le système est délibérément structuré pour qu’ils ne puissent jamais atteindre le niveau des “pays développés”.

- “Aide et intervention humanitaire” est le nom élégant donné à l’acte de piller d’abord les ressources des régions et de paralyser leurs structures sociales, puis de répandre quelques miettes sur les ruines afin d’apaiser sa propre conscience et d’hypothéquer géopolitiquement les décombres.

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2. L’hypocrisie du droit : la volonté du plus fort transformée en loi

Le discours sur “l’État de droit” est le domaine où l’Occident rend son pouvoir brut le plus invisible. La réalité historique et pratique montre pourtant clairement que ce qui existe n’est pas l’État de droit, mais la domination par le droit.

- Deux poids, deux mesures dans la jurisprudence (CPI et Cour internationale de justice) : la Cour pénale internationale a été, au fil de son histoire, transformée en une inquisition qui ne juge que les dirigeants du Tiers-Monde refusant de se soumettre à l’ordre occidental. Les mêmes puissances qui menacent de bloquer la poursuite de leurs propres soldats par le “Hague Invasion Act” proclament soudainement ces tribunaux comme incarnation de la justice lorsque les cibles sont leurs rivaux.

- Camouflage conceptuel (“dégâts collatéraux”) : lorsque les acteurs occidentaux détruisent des hôpitaux ou des cortèges nuptiaux par la simple pression d’un bouton, ou tuent des centaines d’écolières, les massacres sont classés dans la froide parenthèse technique des “dégâts collatéraux” et ainsi légalisés. Le nom donné à la violence change selon l’identité de celui qui la perpètre : lorsqu’il s’agit de l’Occident, c’est une “erreur opérationnelle” ; lorsque ce sont les autres, c’est du “terrorisme”.

- Confiscation de biens et de finances : la “sacralité des droits de propriété” et la “sécurité financière” ne valent que tant qu’on se soumet au système occidental. La saisie des réserves des banques centrales d’États d’un simple clic lors de ruptures géopolitiques n’est rien d’autre que la licence légale de l’Occident pour s’approprier le capital.

3. Marchés libres et illusions idéologiques

Le monde économique et le monde académique forment les deux autres piliers qui complètent l’occupation mentale par l’Occident.

- Le “marché libre” est l’imposition, par un Occident qui protège ses propres producteurs grâce à de massives subventions publiques, aux pays périphériques de démanteler leurs tarifs douaniers et leurs mécanismes de défense. Ce qui est libre, ce ne sont pas les peuples, mais l’expansionnisme sans limite du capital international.

- Le “lobbying” est la même corruption sordide qui, lorsqu’elle est pratiquée dans les pays de l’Est ou du Sud, est qualifiée de “kleptocratie et corruption”, mais qui, dans la politique occidentale, est parée d’un costume-cravate et bénéficie d’une couverture légale. C’est la mise aux enchères ouverte des politiques.

- “Les avis d’experts et les think tanks” ne sont pas des centres indépendants produisant un savoir objectif ; ce sont des laboratoires de discours financés par les géants de l’industrie de l’armement et de la finance, chargés de conférer une légitimité académique aux manœuvres géopolitiques à venir.

Conclusion: faire tomber le rideau

Le réseau conceptuel développé par l’Occident vise à transformer le monde en spectateurs passifs et en objets à exploiter. Derrière les termes prestigieux comme “Droit”, “Démocratie”, “Marché libre” ou “Droits de l’homme” se cache une vaste illusion où le consensus est fabriqué et la violence institutionnalisée.

Dénoncer cette imposture n’est pas seulement une correction du langage; c’est un acte de libération mentale et une prise de position révolutionnaire. Lorsque la violence est transformée en clause juridique et que ceux qui la commettent la définissent comme “ordre”, la première chose à faire est de faire s’effondrer sur leur propre tête la prison conceptuelle qu’ils ont construite — en utilisant leurs propres termes.

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Un monde multipolaire fondé sur la légitimité : ne pas monopoliser le droit d’assigner les coordonnées et désigner le mal qu'est l’unipolarité

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Un monde multipolaire fondé sur la légitimité: ne pas monopoliser le droit d’assigner les coordonnées et désigner le mal qu'est l’unipolarité

Kazuhiro Hayashida

Je considère l’unipolarité comme un mal. L’unipolarité est une condition dans laquelle la carte entière du monde est peinte d’une seule couleur et un centre unique détermine la configuration du monde entier. Dans une telle condition, les autres civilisations, États, peuples et communautés perdent leur propre centre de jugement indépendant et voient leurs positions alignées sur une norme unique. L’essence de l’unipolarité réside dans la concentration du pouvoir, qui culmine finalement dans la monopolisation du droit de déterminer où chaque acteur doit être placé dans le monde — le droit d’assigner les coordonnées. À la base du monde multipolaire repose un principe théologique et structurel : chaque civilisation, communauté et être humain possède le droit d’affirmer sa propre légitimité et aucun pôle extérieur ne peut les priver de ce droit a priori. Chaque civilisation conserve ses propres critères concrets d’évaluation.

Je définis la multipolarité comme une condition dans laquelle la part de la puissance dominante reste égale ou inférieure à 40 % et où les parts combinées de la deuxième et de la troisième puissances suffisent à rivaliser avec celle du leader. L’existence d’une puissance dominante ne constitue pas en soi un monopole. Le monde reste multipolaire tant que la puissance dominante ne peut pas tout déterminer seule et qu’une configuration est maintenue dans laquelle plusieurs autres pôles peuvent l’en empêcher. Le seuil de 40 % n’est pas une métaphore, relevant d’un idéal. C’est un seuil opérationnel conçu pour empêcher la possession monopolistique et garantir que le droit d’assigner les coordonnées reste distribué entre plusieurs centres.

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Sur la base de cette définition, je rejette clairement le Nouvel Ordre Mondial, ou NWO. Le NWO intègre le monde dans un ordre unique, une seule norme et une seule couleur, concentrant le droit d’assigner les coordonnées en un centre unique. La question qui se pose alors est : qui possède le droit de tout réunir sous un centre unique et d’où provient cette autorité ? Si une personne, un État ou une institution possède le droit d’organiser le monde entier, cet acteur se place hors du monde et occupe la position de Dieu tout en restant humain. C’est là que réside le mal théologico-structurel généré par l’unipolarité.

Le mal du Japon d’avant-guerre peut aussi être compris à travers cette structure. Une explication qui se limite à affirmer qu’un être humain ait assumé le nom d’un dieu religieux ne peut saisir toute l’ampleur de ce mal. Son essence résidait dans la concentration du droit d’assigner les coordonnées — qui aurait dû être conservé par le peuple japonais en tant que tel — dans une personne et une institution particulières, rationalisant le droit divin des rois sous la forme d’un pouvoir décisionnel concret. La légitimité de ceux qui étaient mis en place n’était accordée que dans les limites approuvées par ce centre. Lorsque les êtres humains absolutisent le droit d’assigner les coordonnées, l’autorité abandonne sa position propre d’évaluer ce que les humains ont créé et se déplace vers la position de refaire le monde, d’accorder des qualifications à l’existence et de déterminer la configuration elle-même. Par ce mouvement, l’autorité évaluative s’empare du pouvoir de création et occupe la place de Dieu.

La multipolarité garantit que les êtres humains, quel que soit leur rang, conservent la possibilité de s’affirmer comme centre à travers la légitimité. Puisque la puissance dominante ne monopolise pas le droit d’assigner les coordonnées, les revendications venant d’en bas, de la périphérie ou des minorités peuvent être placées au centre de la délibération chaque fois que leur contenu est légitime. Cette structure peut être illustrée par la scène du Livre de Suzanne, texte deutérocanonique, où le jeune Daniel se présente devant les anciens. Son rang et son titre ne déterminent pas la valeur de ses paroles. La légitimité démontrée par le jeune homme s’élève au centre de la délibération, où le processus de jugement autorisé de la communauté examine sa revendication. Une revendication de légitimité venant d’en bas relance la délibération et modifie la configuration existante des rangs et de l’autorité.

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Il existe ici deux hiérarchies. La première concerne l’existence de la légitimité. La légitimité devient le point central de la délibération, au-dessus du rang, du statut, du pouvoir et de l’autorité de celui qui avance la revendication. La légitimité n’est pas créée par l’autorité. Elle existe dans le contenu même de la revendication et constitue déjà quelque chose qui doit être examiné avant que l’autorité n’émette un quelconque jugement. Dans cette hiérarchie, la légitimité devient un standard supérieur placé au-dessus du rang humain et de l’autorité établie.

L’autre hiérarchie concerne l’activité humaine et la fonction institutionnelle. L’acte par lequel un être humain crée quelque chose et présente une revendication occupe une position inférieure. L’acte d’évaluer ce qui a été créé et d’examiner sa nécessité et sa légitimité occupe une position supérieure. Cette fonction évaluative supérieure est l’autorité. L’autorité est ainsi élevée à une position institutionnelle supérieure à celle de l’être humain qui crée ou présente la revendication. L’autorité n’est pas placée comme une fonction subordonnée à la légitimité. Elle est placée comme la fonction supérieure qui évalue ce que les humains ont réalisé.

Ces deux hiérarchies sont reliées par la séquence suivante : le créateur humain, l’affirmation de la légitimité, l’évaluation par l’autorité, et la confirmation et le soutien de la légitimité. Lorsqu’une personne en position inférieure affirme la légitimité, celle-ci se sépare du rang de celui qui la revendique et s’élève au centre de la délibération. L’autorité, en tant que fonction évaluative supérieure, examine cette légitimité et soutient ce qui est légitime. La légitimité constitue la norme supérieure appliquée à l’objet évalué par l’autorité, tandis que l’autorité constitue la fonction supérieure exercée par le sujet qui procède à l’évaluation. Ces deux formes de supériorité ne sont pas en concurrence. La légitimité est supérieure en tant que standard de jugement, tandis que l’autorité est supérieure en tant que fonction institutionnelle humaine.

L’autorité ne crée pas la légitimité. Si l’autorité créait la légitimité, elle serait libre de fabriquer le juste et l’injuste selon son propre jugement, et monopoliserait ainsi le droit d’assigner les coordonnées. L’autorité devient telle en évaluant, confirmant et soutenant la légitimité qui existe déjà dans le contenu d’une revendication. La capacité à évaluer précisément la légitimité, ainsi que la position institutionnelle à partir de laquelle cette évaluation peut être publiquement confirmée, constituent le fondement de l’autorité. Une autorité qui nie la légitimité et certifie l’injustice comme légitime perd sa fonction évaluative et, par conséquent, le fondement de sa propre autorité.

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Tout ce qui a été créé par Dieu existe déjà dans le monde et chaque chose est nécessaire à la constitution du monde créé. Les êtres humains n’ont aucun droit de déterminer la nécessité de ce que Dieu a créé ni d’en révoquer le droit à l’existence. La création de Dieu n’est pas soumise à un examen de nécessité comparable à celui appliqué aux biens produits par les humains. Ce que les humains créent nécessite une évaluation, car rien ne garantit que tout ce qu’ils réalisent soit nécessaire à l’humanité entière ou au monde.

La raison pour laquelle l’offre et la demande sont qualifiées de « main de Dieu » réside aussi dans la fonction d’évaluation. Ce que les humains créent prouve son importance par sa nécessité pour les autres. Ce qui n’est pas nécessaire ne reçoit aucune évaluation et n’est pas placé au centre du monde. La création humaine occupe une position inférieure, tandis que l’évaluation humaine occupe une position supérieure. Cette fonction évaluative constitue l’autorité. L’élévation de l’autorité ne signifie pas qu’elle acquiert le pouvoir créateur de Dieu. Cela signifie que la fonction d’évaluer ce que les humains ont réalisé est placée au-dessus de l’acte humain de réalisation.

Ce qui est important possède la légitimité. Lorsqu’elle est affirmée, la légitimité est placée au centre de la délibération, indépendamment du rang de celui qui la revendique. L’autorité n’est pas un acteur qui crée arbitrairement l’importance. Elle évalue si quelque chose créé par les humains possède de l’importance et confirme la légitimité inhérente à cette importance. Une revendication de légitimité est présentée d’en bas, passe par l’évaluation de l’autorité et est soutenue comme quelque chose d’important. Une condition qui maintient ce parcours ouvert constitue une structure multipolaire d’évaluation.

De ce point de vue, on peut aussi définir l’essence de la discrimination. La discrimination est la négation de la légitimité d’autrui. Un acte qui prive un sujet de la légitimité qui devrait lui être reconnue est injuste. Une conduite injuste constitue le mal. La reconnaissance des attributs d’une autre personne et l’admission des différences ne constituent pas en soi le mal. Le mal naît de l’acte de priver autrui de l’opportunité de voir sa légitimité examinée et de lui refuser la qualification d’occuper une place dans le monde en tant que sujet légitime.

Cette définition fournit les bases pour rejeter la persécution des immigrés. Priver une personne de l’opportunité de voir sa légitimité examinée du seul fait de son statut d’immigré et la placer d’emblée comme une présence illégitime est un acte par lequel un centre unique monopolise le droit d’assigner les coordonnées. Les revendications et les actions des immigrés relèvent de la même structure évaluative et leur légitimité est examinée par l’autorité. La multipolarité ne confère d’autorité inconditionnelle à aucun attribut particulier. Elle reconnaît la position de chaque sujet à partir de laquelle la légitimité peut être affirmée et relie cette affirmation à la fonction supérieure de l’évaluation.

Je ne suis pas un penseur égalitariste. Il existe de réelles différences dans les capacités humaines, dans le contenu des idées et dans les fonctions des civilisations. Cependant, les différents systèmes de pensée ont le même droit d’affirmer leur propre sens du juste. Lorsque les systèmes de pensée sont traités comme égaux en ce sens, chaque personne doit tenir compte des affirmations des autres et évaluer de quelle manière leur légitimité doit être acceptée. Refuser de reconnaître comme légitime ce qui l’est met à nu une injustice qui va au-delà de ce que l’on exprime habituellement par le mot « discrimination ». Il ne s’agit pas seulement d’attribuer à une autre personne une valeur inférieure, mais de nier son statut même de sujet capable de posséder la légitimité.

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Il faut également opérer une claire distinction entre diversification et multipolarisation. La diversification augmente l’entropie sociale en dispersant sans limite les normes et les relations et en dissolvant les centres de jugement. La multipolarisation est une configuration dans laquelle de multiples centres préservent leurs propres frontières, mémoires, religions, vocations, familles et formes de protection étatique, tout en évaluant la légitimité réciproque et en empêchant la domination unilatérale. L’entropie sociale est contenue lorsque de multiples centres d’ordre maintiennent en leur sein à la fois l’affirmation de la légitimité et l’évaluation par l’autorité.

En ce sens, la multipolarisation des États-Unis peut être défendue rationnellement. Une condition dans laquelle de multiples centres politiques et sociaux se contrebalancent et aucun centre unique ne peut monopoliser le droit d’assigner les coordonnées dans l’ensemble des États-Unis protège la légitimité affirmée par le bas et la périphérie. La multipolarisation du monde souhaitée par la Russie correspond à cette même structure. Le but du monde multipolaire est d’établir une configuration dans laquelle chaque civilisation possède le droit d’affirmer sa propre conception de ce qui est juste et aucune civilisation ne peut peindre le monde entier d’une seule couleur.

Le mal de l’unipolarité réside dans une structure qui monopolise le droit d’assigner les coordonnées, nie la légitimité d’autrui et impose ce jugement injuste à l’ensemble du monde. La valeur de la multipolarité réside dans le maintien de la part de la puissance dominante à 40 % ou en dessous de ce seuil, en garantissant que le poids combiné des puissances de second et troisième rang puisse rivaliser avec elle et en préservant pour chaque acteur, quel que soit son rang, la possibilité d’affirmer un centre par la légitimité. La légitimité est affirmée d’en bas, s’élève au centre de la délibération et est examinée par l’autorité en tant que fonction évaluative supérieure, qui soutient alors ce qui est légitime. Maintenir ce parcours ouvert à tous est la condition fondamentale d’un monde multipolaire.

Une carte du monde qui conserve plusieurs couleurs signifie que chaque civilisation, État, peuple, communauté et être humain conserve ses propres coordonnées. C’est un monde où la légitimité est supérieure en tant que critère de jugement, l’autorité est supérieure en tant que fonction évaluative humaine, et où les humains ne s’approprient pas le droit divin d’assigner les coordonnées. La conservation simultanée de ces deux hiérarchies empêche le mal théologico-structurel de l’unipolarité. Voilà le fondement de mon refus de la domination unipolaire et la raison pour laquelle je soutiens le monde multipolaire.