samedi, 18 juillet 2026
Après le 14 juillet 2026 : où va l’armée française ?

Après le 14 juillet 2026: où va l’armée française?
par Pierre-Émile Blairon
Source: https://nice-provence.info/2026/07/17/apres-14-juillet-2026-armee-francaise/
Mardi 14 juillet 2026, une petite troupe de soldats (ils étaient 25) se réclamant de l’idéologie nazie a défilé sur les Champs-Élysées, 86 ans et un mois après les troupes allemandes qui y ont paradé le 14 juin 1940.
L’armée allemande n’avait pas vraiment été conviée à se produire sur l’iconique avenue à cette époque, mais, cette fois, les néo-nazis ukrainiens ont pu défiler grâce à l’aimable proposition du président français Emmanuel Macron dont l’invité d’honneur était le chef de cette troupe, Volodymyr Zelensky, on ne sait pas trop à quel titre, car il n’est plus président de l’Ukraine depuis le 19 mai 2024.

Encadrés par 9000 membres des forces de l’ordre, 6700 hommes de troupe défilaient et une foule d’environ 50.000 personnes assistait à cette parade, foule constituée majoritairement de touristes étrangers de passage à Paris, le QR code (en français : le sésame d’accès nominatif à la cérémonie) étant proposé dans les hôtels parisiens ; il y avait probablement aussi quelques partisans du gouvernement venus applaudir leur mentor ; les Parisiens, en général, n’avaient pas jugé nécessaire d’assister à ce show strictement contrôlé et surveillé, d’autant plus qu’ils n’y étaient pas franchement et joyeusement attendus, les organisateurs craignant que Macron et ses illustres invités européistes soient l’objet d’une bronca ou, tout au moins, de sifflets et de lazzis malveillants.

La justice aux ordres: un invraisemblable retournement
L’un des rares opposants actifs à cette manifestation incongrue, le représentant de l’association Vigie Liberté, l’avocat Amine Elbahi (photo), avait saisi le Tribunal administratif de Paris afin de contester la légalité de l’obligation d’obtenir un QR code nominatif en plus de la présentation d’une carte d’identité pour tous ceux qui voulaient assister au défilé du 14 juillet ; le Tribunal administratif avait accédé à la demande de l’association et avait « enjoint au préfet de police de Paris, sans délai, de s’abstenir de prendre en considération la présentation ou pas d’un QR code nominatif » délivré par la présidence de la République après inscription sur son site Internet pour pouvoir accéder au périmètre.
Il est 3h00 du matin. Au terme d’une audience nocturne inédite devant le Conseil d’État – une situation sans précédent dans l’histoire de la juridiction administrative – je tenais simplement à vous adresser mes remerciements.
Avec l’association @VigieLiberte, notre engagement… https://t.co/5bNfHHPyA3 pic.twitter.com/fa4aLxdApy
— Amine Elbahi (@AmineElbahii) July 14, 2026
Cette décision intervenait le 13 juillet au soir ; le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez interjetait aussitôt appel auprès du Conseil d’État, lequel se réunissait en hâte au cours de la nuit (à trois heures du matin !) afin de casser la décision du Tribunal administratif (1) et de rétablir l’obligation du QR code sous la houlette de Christophe Chantepy, militant socialiste proche de Laurent Fabius.
QR Code - 14 juillet 2026
On a connu des décisions de justice de ce grand corps d’État beaucoup moins rapides.
Le silence des agneaux étoilés
Je n’ai fait jusqu’ici qu’évoquer les différentes phases administratives d’un scénario qui n’a rien d’anodin et révèle :
- l’ampleur de la déliquescence de nos institutions et leur totale soumission au pouvoir en place qui a su placer ses pions là où il le fallait et quand il le fallait avec la complicité d’un certain nombre de députés, notamment ceux du RN, qui ont permis la nomination de Richard Ferrand à la tête du Conseil constitutionnel… pour 9 ans !
- la confirmation d’une désespérante apathie de nos concitoyens : après nous, le déluge.
et, surtout,
- le retrait silencieux et prudent de la plupart de ceux dont le devoir eut été de manifester avec force et fracas leur opposition à chacune des étapes de cette abracadabrante histoire : je veux parler des responsables de haut niveau de l’armée française en exercice, qui se sont comportés comme des moutons apeurés soucieux de rester dans le rang et, surtout, dans le troupeau : avant tout, ne pas faire de vagues pour conserver leur zone de confort et leur possibilité d’avancement dans une hiérarchie dûment balisée, ce qui signifie concrètement, pour la multitude de généraux que compte l’armée française (379 en 2025 (2)) : le nombre d’étoiles figurant sur leurs épaulettes.
D’où ce sous-titre : le silence des agneaux… étoilés.

Silence Agneaux
Enfin, la « grande muette » avait trouvé, en ce 14 juillet 2026, la signification et les fondements de cette expression, qui ne doit pas grand-chose à Sun-Tzu ni à Clausewitz, pour désigner l’armée française et son « devoir de réserve » qui permet de justifier nombre de renoncements et d’indignités. Nous sommes bien loin des héros dont l’honneur commandait de mourir pour la patrie quand leur hiérarchie se comportait servilement ; je pense à une période relativement récente de l’Histoire de France où des fonctionnaires galonnés ont voté la mort d’un Degueldre ou d’un Bastien-Thiry (3), je pense au général 5 étoiles Raoul Salan, le général le plus décoré de France, condamné à mort par contumace, et à ses adjoints, les généraux André Zeller, Maurice Challe, Edmond Jouhaud, chefs de l’OAS, je pense à ceux qui sont morts à Dien-Bien-Phu, sachant que tout était perdu, fors l’honneur, ou dans les massifs de l’Aurès en Algérie quand la France renonçait à être la France dans un territoire constitué de départements français et dans une guerre qu’elle venait de gagner contre les islamistes du FLN soutenus par le mondialisme naissant et … les Américains.
Sur le plan symbolique, prenant en compte ce qui a fait l’Histoire de France, et surtout, ceux qui l’ont faite par leur sacrifice, ce défilé du 14 juillet 2026 n’aura été rien d’autre qu’un crachat sur les tombes de nos anciens, en particulier ceux qui se sont battus contre les nazis lors de la deuxième guerre mondiale, qui seront morts… pour rien (4).

Konk - Morts-pour-rien
Les généraux résistants
Georges Gourdin a écrit sur ce même site, une série d’articles dénonçant le projet de Macron concernant ce 14 juillet qui s’est finalement déroulé comme il l’a voulu.
Il est vrai que les généraux qui osent s’exprimer ne sont pas, sauf exception, des généraux d’active et il est vrai aussi qu’il n’y a pas que des généraux qui se lèvent et qui se sont levés contre cette infamie du 14 juillet 2026. Ce sont eux qui ont sauvé l’honneur de leur corporation qui est aussi l’honneur de la France en manifestant publiquement leur désaccord sur l’organisation et, surtout, sur l’état d’esprit de ceux qui ont voulu que cet événement ait lieu dans de telles conditions.
Le 9 juillet, le site « Place d’armes » a publié une tribune (5) signée par de nombreux généraux invitant à soutenir sa position concernant l’organisation de cette cérémonie dont je vous donne ci-après un extrait : « Le 14 juillet est le symbole de l’ensemble de notre histoire. Il manifeste notre souveraineté et l’unité du peuple français. Cette journée rappelle les grands événements fondateurs de notre République et rend aussi hommage à tous ceux qui ont servi la France, tout au long de notre longue histoire, parfois au prix de leur vie. C’est pourquoi elle est, et ne peut être rien d’autre, que notre fête nationale.

Le défilé militaire sur les Champs-Élysées est l’un des temps forts de cette célébration. Il met à l’honneur les femmes et les hommes des armées françaises, leur professionnalisme, leur engagement et leur dévouement au service de notre peuple. Ce défilé de citoyens en armes appartient à tous les Français, quelles que soient leurs opinions politiques.
Or le choix des autorités actuelles de donner une dimension idéologique à cette manifestation nationale, s’avère en contradiction absolue avec sa nature fondamentalement unitaire. Une très large part du pays voit dans cette déviance une volonté de transformer notre fête nationale en promotion d’un engagement idéologique qui n’a fait l’objet d’aucun assentiment des Français, ni par la voie référendaire, ni par ses représentants. Une telle orientation peut être perçue comme un détournement de l’esprit du 14 juillet et l’instrumentalisation de nos armées à des fins politiques. »
Sur ce même site, j’ai relevé dans les commentaires qui répondaient à un article intitulé :
Silence dans les rangs… même après la retraite ? celui-ci :
« Il y a très longtemps que je déplore que les généraux n’expriment pas leur opinion sur la marche du pays et sa défense en particulier. Selon moi, leur manque de courage est la principale raison à cette situation. Depuis 1962, ils ont appris à se taire sous peine de sanctions. Ils sont donc devenus de hauts fonctionnaires avec tous les avantages qui vont avec ce statut. Pourtant, ils sont en charge de la défense du pays, c’est‑à ‑dire d’un domaine vital et donc existentiel. Peut-on leur faire confiance ? Chacun peut répondre en son âme et conscience. »

Le général Roure, Saint-Cyrien, docteur d’État en sciences politiques, intervenant sur Omerta le 14 juillet 2026, n’a pas manqué de remettre les pendules à l’heure : « Le 14 juillet, c’est la fête de la Nation, de toute l’histoire de France, du peuple français, elle revêt une dimension sacrée, ce n’est pas la République qui est célébrée, c’est le peuple français (6). »

Le général Coustou, dont on connaît le franc-parler a, lui aussi, apporté son commentaire éclairé en s’interrogeant sur la légalité de « l’ukrainisation » de notre fête nationale en faveur du pays le plus corrompu du monde et dont l’idéologie se réfère à son passé nazi, et en rappelant que ce sont les Russes qui ont libéré la France alors que les Américains étaient là, comme à leur habitude, pour faire du commerce, évoquant l’épisode de l’Amgot, Allied Military Government of Occupied Territories, une structure mise en place par les Américains à la fin de la guerre, qui déniait toute souveraineté à la France en y établissant un protectorat américain (7).
J’avais évoqué, dans mon précédent article (8), les possibilités d’une renaissance européenne qui ne pouvait échapper à une cruelle étape : celle où les dernières âmes vaillantes que compte notre pays allaient désespérer de tout avant de se réarmer, mentalement dans un premier temps, et d’entamer une remontée salutaire.
Entre torpeur et gloire, entre orages apocalyptiques et sacrifices sublimes de quelques-uns qui ont gardé la nuque droite et le sens de l’honneur, ce qui ne veut plus rien dire pour la grande majorité de nos concitoyens, le destin de la France est de se situer au centre de ce maelström, comme elle l’a toujours été, et d’en déterminer le mouvement pour en faire ressurgir un nouveau cycle.
Pierre-Émile Blairon
Notes:
[1] Au J.O du 17 janvier 2025 figurent plusieurs arrêtés portant sur les effectifs des militaires pour 2025. Pour rappel, la LPM prévoyait que les effectifs du ministère des armées s’élèveront à 274 936 équivalents temps plein en 2025 hors apprentis, volontaires du service militaire volontaire et effectifs éventuellement nécessaires au service national universel.
L’arrêté du 14 janvier 2025 fixe ainsi les plafonds des effectifs des militaires appartenant à certains corps d’officiers :
-Général de division, vice-amiral et personnel militaire de rang correspondant : 160
-Général de brigade, contre-amiral et personnel militaire de rang correspondant : 219
Total : 379
Si l’on compte 5 600 généraux en retraite, cela ne fait pas loin de 6 000 généraux français (5 600 en retraite + ~ 380 d’active), autrement dit quelques dizaines de milliers d’étoiles.
(Source : Ouest-France, 19 janvier 2025)
[2] On sait que des cadres du parti nazi ont été remis en selle par les Américains à la fin de la guerre en participant à la création de l’Union européenne et en y obtenant des postes ; voir mon article du 13 août 2025, Nos dirigeants européens sont-ils des créatures façonnées par les derniers nazis survivants, inclus dans mon livre Haute Trahison, Amazon 2026, page 121.
[3] https://www.place-armes.fr/post/le-14-juillet-doit-rester...
[4] https://www.resiste.info/article/ce-que-dit-vraiment-le-1...
[5] https://www.youtube.com/watch?v=WoS7q9vm2dI
[6] Je parlais évidemment de la véritable Europe, celle des peuples, et non pas de l’Europe américano-sioniste de Bruxelles, celle de madame Ursula Von der Leyen qui disait que les valeurs de l’Europe sont celles du Talmud, une « Europe » virtuelle qui est aussi celle d’Emmanuel Macron, formé à l’école américaine des Young global leaders.
[7] Le GÉNÉRAL ANDRÉ COUSTOU RÉVÈLE CE QUI L’INQUIÈTE LE PLUS SUR LE 14 JUILLET: https://www.youtube.com/watch?v=WoS7q9vm2dI
[8] Je parlais évidemment de la véritable Europe, celle des peuples, et non pas de l’Europe américano-sioniste de Bruxelles, celle de madame Ursula Von der Leyen qui disait que les valeurs de l’Europe sont celles du Talmud, une « Europe » virtuelle qui est aussi celle d’Emmanuel Macron, formé à l’école américaine des Young global leaders.
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DVD: Le Mage du Kremlin - Un thriller politique et ses arrière-plans de realpolitik

DVD: Le Mage du Kremlin - Un thriller politique et ses arrière-plans de realpolitik
Werner Olles
En 2019, le journaliste américain et spécialiste de la Russie Lawrence Rowland (Jeffrey Wright) se rend à Moscou pour y rencontrer l’ancien conseiller de Poutine, Vadim Baranov (Paul Dano), qui s’est retiré de la vie politique officielle. Dans sa datcha, Baranov raconte à Rowland son histoire, qui commence au début des années 1990, après l’effondrement du communisme soviétique. Fils d’un bureaucrate loyal au parti, il se jette dans la vie bohème en tant que metteur en scène de théâtre d’avant-garde et profite des nouvelles libertés. Lors d’une fête, il fait la connaissance de l’artiste Ksenia (Alicia Vikander), avec qui il entame une relation. Ensemble, ils montent des pièces de théâtre et fréquentent les cercles des oligarques nouvellement enrichis, parmi lesquels Dmitri Sidorov (Tom Sturridge), l’ami extraverti et adepte du luxe de Baranov. Sidorov séduit Ksenia, qui quitte alors Baranov.
Mais Baranov s’adapte lui aussi à la nouvelle époque. Alors que le président Boris Eltsine, marqué par l'alcoolisme, devient de plus en plus incapable de gouverner, les oligarques, sous la direction de Boris Berezovski (Will Keen), prévoient de s’emparer du pouvoir. Ils soutiennent la réélection d’Eltsine en échange de la privatisation de la télévision d’État. Baranov commence alors à produire des émissions de téléréalité vulgaires et finit par être nommé directeur de la télévision par Berezovski.
Lorsque Eltsine, après plusieurs crises cardiaques et des défaillances totales en public, ne peut plus rester en place, Berezovski propose le chef du KGB, Vladimir Poutine (Jude Law), comme successeur. Mais, au lieu d’être la marionnette qu’attendaient les oligarques, Poutine leur arrache froidement le pouvoir, pousse la plupart d'entre eux à l’exil ou les fait arrêter. Sidorov est lui aussi arrêté, tandis que Baranov devient le conseiller de Poutine, chef de la propagande et organisateur impitoyable, au service du maintien au pouvoir du nouveau « tsar ». Lorsqu’il revoit Ksenia à Moscou, qui s’était séparée de Sidorov après seulement quelques mois, ils se remettent ensemble.
Au début du conflit ukraino-russe en 2024, les États-Unis et l’Union européenne interdisent l’entrée sur leur territoire à Baranov. Peu avant l’entrée en vigueur de cette sanction, il s’envole avec Ksenia pour un week-end à Stockholm. Il lui avoue s’être opposé à toutes les interventions militaires, mais les avoir tout de même organisées au final. Ksenia lui confie qu’elle attend un enfant de lui. Peu après, la carrière de Baranov décline et il se retire de la politique. Berezovski, qui a souffert de son exil, est retrouvé mort dans sa maison à Ascot.
Dans sa datcha, Baranov confie à Rowland que sa petite fille est son plus grand bonheur, après avoir sacrifié tant d’années à la politique. Il fait ses adieux à Rowland et le regarde partir en voiture. Soudain, quelqu’un lui tire une balle dans la tête par derrière.

Le thriller politique Le Mage du Kremlin (en anglais: The Wizard of The Kremlin) est tiré du roman éponyme de Giovanni da Empoli, que le réalisateur Olivier Assayas adapte à un rythme effréné, retraçant le parcours de la Russie, de la fin de la guerre froide à la montée en puissance d’un agent du KGB jusque-là méconnu puis jusqu’au poutinisme des années 2010. On insiste sur le caractère fictif de l’œuvre, mais la reconnaissance des faits et surtout l’immersion dans la machinerie du pouvoir poutiniste sont impressionnantes. Jude Law, connu plutôt pour des comédies romantiques, incarne Poutine avec une froideur glaçante. Cependant, le film ne tourne pas autour de lui: il n’apparaît qu’au bout d’une heure, car le personnage principal est Vadim Baranov, inspiré de l’ancien conseiller de Poutine et « magicien du Kremlin » Vladislav Sourkov, génie de la manipulation et du jeu politique. Paul Dano interprète ce personnage avec beaucoup de retenue, presque effacé, parlant dangereusement bas, philosophant sur l’inutilité de convertir l’ennemi à son propre récit, et l’efficacité supérieure de le déstabiliser par des jeux de confusion, des informations et opinions contradictoires.
Sourkov, né en 1964 en Tchétchénie – son père est tchétchène –, a reçu le nom de famille de sa mère russe et, après son service militaire, a étudié l’économie à la nouvelle université internationale de Moscou, avant de devenir l’un des plus importants et mystérieux stratèges du Kremlin. Il fut chef de l’administration présidentielle, vice-premier ministre et conseiller d’État de première classe entre 2011 et 2013. Dans ses dernières fonctions, il conseillait le président sur les zones de conflit: Ukraine, Abkhazie et Ossétie du Sud. Début 2020, le «Poutinator», stratège aussi puissant que dangereux, fut relevé de ses fonctions, mais cela ne constitua pas une rupture selon lui. Simultanément, parut dans la Nesavissimaya Gazeta son essai très discuté, L’État durable de Poutine, où il présente la gouvernance de Poutine comme une «nécessité fatale».

Dès 2009, sous le pseudonyme Nathan Doubovitski, il avait publié le roman Près de zéro, qui dressait un tableau sombre de la Russie postcommuniste et dénonçait impitoyablement les dysfonctionnements. Dans une interview à la Literatournaya Gazeta, le célèbre écrivain russe Viktor Erofeïev a révélé que Sourkov en était l’auteur; l’ouvrage, salué pour ses qualités littéraires, a été dédicacé par Sourkov à Erofeïev.
En Occident, Sourkov est toujours considéré comme le chef idéologue du Kremlin, le «troisième homme de l’État», l’«éminence grise» et le véritable fondateur du poutinisme. Il est encore sur la liste des sanctions des États-Unis et de l’UE, mais il a néanmoins participé au sommet du format Normandie à Berlin en 2016, accompagnant Poutine, démonstration claire de force et de mépris envers l’Occident et l’UE. Il perçoit l’UE comme un «ensemble gonflé et sans capacité de décision, qui finira sans doute par se désagréger», tandis qu’il décrit le cœur géopolitique de la Russie ainsi: le pays «s’étend aussi loin que Dieu le permet !».
Pour lui, le monde russe s’étend là où l’influence russe agit. Sourkov souhaite «morceler l’Ukraine en ses parties naturelles», et estime que Trump, aux États-Unis, est plus proche de Poutine que des dirigeants européens.
Dans ce contexte, il esquisse un «Grand Monde Nordique», fondé sur un code méta-culturel commun entre la Russie, l’Europe et les États-Unis, ce qui n’est pas sans rappeler le concept «Eurosibérie» de Guillaume Faye, tandis que la ligne officielle russe privilégie de bonnes relations avec le Sud global, ce qui correspond davantage à ses origines multiethniques.
Dans une interview au Financial Times, il comparait Poutine en 2021 à l’empereur romain Auguste et affirmait que la Russie avait besoin d’un tsar: «Une surdose de liberté est fatale à l’État!». La mission d’un État fort est de limiter «l’entropie sociale». Ainsi, le système politique russe est pour lui un «réacteur social bien fonctionnel», dont la surpression, due à des expériences libérales, serait dangereuse.
Pour Sourkov, les années 2000 en Russie étaient un âge d’or, lors duquel le pays s’est remis du chaos des années 1990 et du traumatisme de la perestroïka. Le dollar serait le «virus du chaos» et l’Ukraine «un quasi-État artificiel qu’il faut démanteler en ses parties naturelles!». Sourkov, qui avait des contacts avec les « Loups de la nuit », les « national-bolcheviks » de Limonov et Douguine (finalement interdits), et avec Prigojine, le chef du groupe Wagner mort dans le crash de son hélicoptère, estime que le libéralisme occidental est devenu un théâtre libertaire qui crée sans cesse de nouveaux «opprimés» à libérer. Ainsi, selon lui, le libéralisme déplace les vrais problèmes – immigration massive, criminalité et pauvreté – vers des questions fictives telles que la diversité de genre et la libération sexuelle. Mais la Russie, dit-il, a vaincu le libéralisme dès le début des années 2000.
Sourkov n’affirme pas que le modèle russe soit meilleur, mais seulement que c’est le plus pratique dans les circonstances actuelles. Les rumeurs sur sa personne sont nombreuses, et il est si fascinant et complexe que l’Occident ne veut pas entendre ou ne peut pas comprendre ce qu’il dit ouvertement.
Au début du conflit ukraino-russe, il a été dit qu’il était assigné à résidence pour détournement présumé de fonds dans le Donbass. Plus tard, des chaînes Telegram ont annoncé qu’il avait fui la Russie. Réponse de Sourkov: «Je n’ai pas connaissance de mon départ!». Le Kremlin n’a confirmé ni l’assignation à résidence, ni la fuite. Selon ses propres dires, il vit toujours à Moscou – malgré toutes les rumeurs –, menant une vie d’intellectuel privé à l’occidentale, avec champagne et poésie beat. La fin du film est donc bel et bien fictive, mais elle reflète tout ce que l’Occident préfère refouler dans son propre système.
DVD : Le Mage du Kremlin. Constantin Film/Leonine 2026. Durée: 140 minutes.
19:43 Publié dans Cinéma, Film | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vladislav sourkov, russie, film, cinéma |
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vendredi, 17 juillet 2026
La rupture de Tucker Carlson et l’érosion du consensus en politique étrangère

La rupture de Tucker Carlson et l’érosion du consensus en politique étrangère
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Tucker Carlson, républicain fidèle depuis 35 ans, quitte le parti et veut contribuer à la création d’une troisième force. Il ne souhaite pas se présenter lui-même. Ce n’est pas sa personne qui importe, mais la question que soulève sa rupture: qui définira à l’avenir ce que signifie «America First» – et quelles seront les conséquences pour ceux qui comptent sur les garanties de sécurité américaines?

La comparaison avec Elon Musk s’impose, mais elle mène à des diagnostics différents. La rupture de Musk en 2025 concernait le récit fiscal du trumpisme – la dette et les déficits restant élevés malgré la rhétorique des réformes. Son «America Party» est aujourd’hui largement hors-jeu. La rupture de Carlson touche la deuxième grande colonne de l'édifice trumpien: la promesse de mettre fin à l’interventionnisme militaire. La guerre contre l’Iran a réduit cette promesse à néant.
L’alliance qui en découle n’est plus seulement une rhétorique de talk-show, elle revêt désormais une réelle substance politique: Républicains et Démocrates votent parfois ensemble au Congrès contre l’escalade militaire. Marjorie Taylor Greene, jadis alliée la plus fidèle de Trump, explore publiquement les possibilités de créer un parti «authentiquement centré sur l’Amérique».
À droite, la résistance vient du rejet des guerres de changement de régime et de l’attachement à Israël; à gauche, elle puise dans l’ancienne critique du complexe militaro-industriel et du lobby israélien à Washington. Ce qui unit surtout les deux camps: la colère contre un establishment de politique étrangère qui, au-delà des clivages partisans, poursuit la même ligne. Sur la migration, l’avortement ou les impôts, rien ne les rapproche – c’est une coalition de rejet, pas un parti.
Ce qui importe, c’est de savoir si cette rupture est cyclique ou structurelle. Les chiffres penchent pour la structure: 45% des Américains s’identifient désormais comme indépendants – un record, Républicains et Démocrates n’atteignant chacun que 27%. Sur l’Iran et Israël, la ligne de fracture ne passe pas entre les partis mais en leur sein: 85% des républicains de plus de 50 ans soutenaient l’intervention militaire contre l’Iran, contre seulement 58% des moins de 50 ans. Concernant Israël, déjà 57% des jeunes républicains ont une opinion négative du pays – contre la ligne du parti.
Pour nous, cela confirme ce que nous savions déjà, ce n’est pas une surprise. Le consensus en politique étrangère auquel la politique allemande s’est si longtemps soumise – la loyauté envers l’alliance avant les intérêts propres, la politique de sanctions au lieu d’un partenariat énergétique pragmatique avec la Russie, sur le gaz de laquelle notre prospérité a reposé pendant des décennies – n’a jamais résulté d’une large majorité américaine. Il s’agissait d’un projet de l’establishment de Washington, soutenu par les think tanks, les groupes de pression et un appareil de sécurité qui traverse les deux partis. Que ce soient justement des pans entiers des Républicains et des Démocrates qui se soulèvent désormais ensemble contre cet appareil montre que la ligne prétendument inévitable du transatlantisme a toujours été un choix politique – pas une fatalité.
Pour le débat allemand, cela signifie: ceux qui continuent de subordonner leurs propres intérêts – économiques comme diplomatico-militaires – au consensus d’un establishment qui perd lui-même du terrain aux États-Unis, ne défendent plus un partenariat stratégique, mais une fiction d’inéluctabilité que même les Américains remettent de plus en plus en question.
Carlson ne fondera probablement pas de parti. Mais il montre que le consensus auquel Berlin s’est si longtemps soumis est plus fragile dans son propre pays d’origine que les atlantistes allemands ne veulent bien l’admettre.
#géopolitique@global_affairs_byelena
18:20 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, tucker carlson |
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Sur le déclin de la civilisation occidentale

Sur le déclin de la civilisation occidentale
par Pierluigi Fagan
Source : Pierluigi Fagan & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/sul-declino-della...
Arlacchi, dans Il Fatto, a écrit un article d’analyse sur les relations entre la civilisation occidentale en déclin et le groupe ascendant des civilisations aujourd’hui appelées « Sud global », même si certaines sont plutôt à l’est qu’au sud.
Il a cité Arnold Toynbee (illustration), historien dont le nom est particulièrement lié à l’étude des civilisations. Toynbee soulignait que les civilisations meurent plus par suicide que par homicide, il aurait aussi pu dire par inadaptation progressive.
Le cycle d’une civilisation prévoit une naissance et une affirmation, une expansion, le début des contradictions d’adaptation qui accompagnent le déclin, puis la fin de la civilisation, qui se dissout dans d’autres systèmes et se reformule après un certain temps, mais de façon difficilement reliée à l’histoire précédente. Le sommet de la courbe d’adaptation, là où se terminent les « temps d’or » et où commence le déclin, est simplement dû au fait que le temps passe et modifie le contexte dans lequel la civilisation a prospéré.
Les civilisations semblent aveugles à ce changement de contexte: elles ne s’en rendent pas compte ou, plus souvent, le refusent, et entrent ainsi progressivement en inadaptation parce qu’elles ne changent pas alors que tout autour d’elles change. Toutes les formes de vie sont soumises aux règles de l’adaptation, mais les civilisations ne sont des sujets qu’au sens métaphorique: ce sont des systèmes acéphales et inconscients, sans corps biologique unitaire.

Si l’on considère les élites du système qui gouvernent ou administrent les destinées d’une civilisation, dans la phase de déclin on observe une faible production de leaders, une absence de nouvelles idées, une insistance obstinée à appliquer les méthodes qui ont fait la grandeur de cette civilisation, comme si le problème était quantitatif et non qualitatif.
Il faut dire que les élites du système se trouvent dans un conflit d’intérêt ontologique. Les adaptations nécessaires sont structurelles, c’est-à-dire qu’elles exigent de changer les modalités par lesquelles les élites ont été élues ou se sont maintenues. Il est donc évident qu’elles ne seront pas enclines à réformer le système. De plus, être une « élite » ne signifie rien d’autre que s’être bien adapté dans un système, cela n’implique pas de bien comprendre ce qu’est ce système, sa dépendance au contexte et, le cas échéant, dans quel sens et comment le changer.
Dans le déclin, les sociétés accumulent des dysfonctionnements et des contradictions, des peurs et des malaises que des leaders occasionnels tentent d’exploiter pour accéder au pouvoir. Même ceux qui partent avec des intentions sincères, bien que vagues, de changement, finissent aspirés par l’inertie des habitudes, trahissant leurs intentions initiales.



Il faut aussi dire que la société elle-même a son inertie propre. Dans son étude de 2020, le psychologue social John T. Jost a analysé précisément les mécanismes de cette inertie, avec sa «théorie de la justification du système». En bref, outre les élites en conflit d’intérêts avec le changement, ce sont souvent les couches les plus basses de la société qui soutiennent les élites par peur du changement. Même lorsque les choses vont mal, on trouve souvent de multiples moyens de s’adapter, condition qui, bien que pénible, est préférée à l’inconnu d’un changement radical, auquel ces couches sociales ne peuvent même pas penser, encore moins le maîtriser.
Mais réfléchir à de telles questions complexes est difficile pour tous. Les intellectuels sont structurellement liés au succès de théories, d’idées, de livres, d’articles, qui leur permettent d’obtenir des chaires et de la reconnaissance, étant donné qu’ils doivent trouver un public et que ce public pense au contingent, ils se consacrent donc peu et mal à ces études.
En outre, la formation disciplinaire produit des « experts » en économie, géopolitique, sociologie, histoire, philosophie, écologie, etc., à qui manque systématiquement la vision d’ensemble de choses qui, par nature, sont « tissées ensemble » (cum-plexus).

Enfin, les élites du système (et elles ne sont pas si peu nombreuses, car la part de la société ayant des intérêts divers à divers niveaux dans le fonctionnement du système en place atteint jusqu’à un quart de la population; le fameux «1%» est une simplification journalistique, non le fruit d’une véritable analyse sociale), ostracisent de multiples façons toute pensée non conforme. Plus les choses vont mal, plus la liberté d’opinion se réduit, et l’on voit surgir des excommunications et des ostracismes. L’Inquisition est apparue à « l’automne du Moyen Âge ».
L’intellectuel travaille avec l’intellect, mais au-delà de cette particularité, il doit gagner sa vie ils ne sont certainement pas favorisés, qui peuvent se permettre une réelle liberté de pensée. Enfin, même l’intellectuel le plus libre ou courageux doit s’aligner sur le niveau culturel, psychique et émotionnel-rationnel de son public, sinon il prêche dans le désert, jusqu’à être «redécouvert» quelques décennies ou siècles plus tard.
Actualisant l’analyse à notre époque, définir quand a commencé la courbe descendante de notre civilisation est complexe. Tout événement, surtout d’une telle portée, est la confluence de différentes lignes causales et la causalité est toujours plurielle ; seuls des intellectuels enfermés dans leur discipline et ignorants d’autres points de vue, d’autres objets du système complexe qu’est la vie en société, s’accrochent à l’événement x ou à la cause y liée au sujet z dont ils sont spécialistes.

Cependant, on peut faire remonter le début avéré du déclin aux années 1980. Un peu avant, un peu après, ont commencé les problèmes écologiques et le déclin démographique, et même la reproduction standard (au moins 2,1 enfants par couple) a commencé à baisser, tandis que la part de population non occidentale augmentait fortement. Nous étions un tiers de la population mondiale au début du XXe siècle, aujourd’hui à peine un sixième, et à l’avenir encore moins.
Les mouvements sociaux et culturels de la fin des années 1960 et 1970 ont effrayé les élites qui, conscientes d’aller vers des temps difficiles, ont commencé à saboter la précédente et élémentaire forme de démocratie, combattant de multiples façons toute participation politique active et réduisant le pluralisme à un bipartisme convergeant vers le centre.
L’idéologie néolibérale commence à s’imposer (en réalité née plus de cinquante ans plus tôt, mais cultivée en silence avec cette « patience stratégique » que les élites savent parfois avoir, contrairement au peuple) et, peu après, arrive la « mondialisation » pour l’ensemble du monde et la «financiarisation» pour les détenteurs de capitaux occidentaux, d’où le début de courbes inédites d’inégalités croissantes.
Le reste du monde a profité de cette soudaine ouverture des capitaux et des délocalisations et, s’appropriant les principes de l’économie moderne, a développé sa propre voie de développement, formant de nouvelles «puissances» et «zones de marché» non occidentales. Ce sont des systèmes qui ont devant eux des décennies de croissance naturelle, alors que l’Occident a désormais ce fameux «brillant avenir derrière soi».

À noter, comme nous l’avions déjà relevé précédemment, que cette importante reformulation de l’économie occidentale se traduit par des indices de croissance générale de plus en plus faibles, avec deux crises majeures, l’une en 2008-09 et l’autre pendant la Covid, plus la formation et l’explosion répétée de bulles numériques. On peut mettre en parallèle la forme toujours plus désespérée de totalitarisme économique qu'adopte le néolibéralisme avec le fait que l’économie productive fonctionnait de moins en moins bien alors que la finance prospérait sur le nouveau marché mondial.
À côté de ces dynamiques désormais anciennes, les graphiques montrent un appauvrissement progressif de la classe moyenne, poussée vers le bas, avec précarisation, sous-emploi, réduction du pouvoir d’achat.
Dès lors, après quelques guerres ici et là, des provocations envers la Russie qui réagit en culbutant la table ukrainienne et donc les fragiles équilibres du droit international, avec la crise environnementale et climatique, avec la réaction désordonnée à la SARS-Covid (comme si le problème n’avait pas été annoncé et largement prévu depuis la fin des années 1990), avec le coup de force en Syrie, à Gaza, dans le détroit d'Ormuz et avec l'Iran, jusqu’au récent lancement de la «Révolution Industrielle de la Défense» pour laquelle les personnes âgées européennes doivent céder une partie de leur richesse sans que l’on comprenne rationnellement pourquoi.
Au niveau des dirigeants, la séquence Bush père, Clinton, Bush fils, Obama, Trump illustre bien le déclin américain, qui est aussi culturel, au sein de la société américaine. En Europe, le dernier leader a été Merkel (aussi peu que cela puisse nous plaire idéologiquement), les Britanniques ont enchaîné une série de dirigeants improbables après avoir cru pouvoir se détacher de l’UE pour vendre des « services » au reste du monde en croissance, se trompant lourdement. Macron a tenu la dernière tranchée française avant l’arrivée d’une droite dont les programmes réels demeurent encore inconnus, quant à l’Italie, n’en parlons pas.
Dans tout cela, depuis la chute de l’URSS en 1991, la « gauche » social-démocrate, socialiste, communiste s’est soit transformée en libéralisme progressiste cantonné aux seuls droits civils (car les droits sociaux sont en contradiction avec le libéralisme), soit littéralement volatilisée, faute d’une idéologie articulée qui ne soit pas héritée de systèmes de pensée remontant à la seconde moitié du XIXe siècle.
En revanche, la droite a refleuri sous diverses formes et est aujourd’hui plus prospère que jamais, s’alimentant de peurs — et aujourd’hui, les peurs sont abondantes. Une brève et éphémère saison de ce qu’on a qualifié de «populisme» a joué le rôle d’un apparent dissensus, sans aucune substance, dilapidant l’énergie sociale.
En général, les critiques choisissent des cibles faciles comme tel ou tel leader, vendu, inapte, déséquilibré ou autre, mais les leaders ne sont que l’expression d’une partie du peuple. Ce sont les Occidentaux qui sont l’âme du déclin; une civilisation décline dans son ensemble, dans tous ses aspects, car c’est un «système», sinon il y aurait rupture et rébellion, ou du moins friction. Mais s’il est une chose qui caractérise ces dernières décennies, c’est le quiétisme social total.

D’ailleurs, en l’absence de la fonction politique d’une gauche historiquement alternative au système en place — la droite n’ayant jamais su formuler autre chose que conservation, tradition, ordre, hiérarchie, un peu de haine et un silence-assentiment envers le capitalisme —, le centre informe a eu la tâche facile.
Le déclin culturel a été parallèle et mériterait un post à part entière. La seule forme culturelle qui semble en relative bonne santé est la pensée technique et, en partie, la pensée scientifique (davantage techno-scientifique que scientifique à proprement parler), mais la seule véritable «innovation» de la seconde moitié du XXe siècle est celle de l’info-numérique, dont l’impact économique reste à mesurer (bien moindre que promis pour des raisons purement publicitaires qui nourrissent des bulles financières), dont l’impact sur l’emploi est nettement négatif, et culturellement proche de la dystopie. De plus, pour l’Occident, concentré entre très peu de mains américano-monopolistiques, même Adam Smith en serait horrifié.
On se dirige ainsi vers une triste «fin de partie» où les personnes âgées européennes veulent se réarmer (?), la démocratie, même relative, est en coma profond, l’Occident tout entier se réduit à des intérêts financiers étroits et stratégiquement pilotés vers la pire configuration socioculturelle américaine de l’histoire, la « culture » générale a largement régressé, personne ne sait comment relancer l’économie.
Comme beaucoup le savent, l’histoire ne produit pas de lois et les cinq mille ans de civilisation ne sont rien comparés aux trois millions d’années de l’espèce humaine; si, jusqu’à aujourd’hui, les civilisations sont nées, se sont développées, puis ont décliné plus ou moins rapidement jusqu’à l’effondrement ou la lente disparition, rien ne dit qu’il soit impossible de trouver un moyen de changer profondément pour éviter une inadaptation catastrophique.

Cependant, que ceux qui pensent que l’histoire peut se résumer à une heure et demie de film américain où l’on mange du pop-corn en regardant des catastrophes se préparent: le déclin peut durer des décennies déchirantes, et celui qui regarde n’est pas hors du film, il est le film.
Pour tenter de sauver notre civilisation, il faut du temps, de la patience, des compétences très larges et diffusées, une imagination réaliste, des cycles d’idées-pratique avec essais-erreurs-recommencements. Moins «d’intelligence» artificielle, plus d’intelligence humaine partagée.
18:04 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, déclin, occident |
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jeudi, 16 juillet 2026
Le nouveau type biologique - Gottfried Benn sur l’histoire au-delà de la démocratie

Le nouveau type biologique - Gottfried Benn sur l’histoire au-delà de la démocratie
Constantin von Hoffmeister
Source: https://www.eurosiberia.net/p/the-new-biological-type
Le poète allemand Gottfried Benn (1886-1956) soutient que l’histoire n’avance pas par le choix démocratique ou le consensus public, mais par des forces élémentaires qui surgissent lors de tournants décisifs. Selon lui, les grandes transformations historiques n’émergent jamais des votes ou des débats. L’histoire fait plutôt naître ce qu’il appelle un nouveau type biologique, une génération qui incarne des énergies nouvelles et prend sur elle la tâche de façonner une nouvelle ère. Ce nouveau type n’est pas invité à participer, mais contraint d’agir, de supporter les épreuves et de traduire l’idée directrice de sa génération dans la réalité de son temps. Pour Benn, l’histoire exige la fermeté plutôt que l’hésitation, demandant aux individus d’obéir à ce qu’il considère comme la loi fondamentale de la vie par l’action et le sacrifice.

Selon Benn, chaque fois qu’un tel type humain nouveau fait son entrée dans l’histoire, les arrangements sociaux existants cèdent inévitablement la place. Les hiérarchies établies sont écartées, les anciennes élites perdent leur position privilégiée, et les traditions intellectuelles qui semblaient autrefois permanentes commencent à s’effacer. Il présente ce processus comme ni accidentel ni évitable, mais comme la conséquence naturelle du renouveau historique. Plutôt que de considérer ces bouleversements comme des tragédies, Benn les interprète comme des signes visibles de la fin d’une époque historique et du début d’une autre, où de nouvelles formes remplacent celles qui ont épuisé leur force créatrice.
Benn s’adresse également à ce qu’il perçoit comme la génération montante, présentant sa conviction intérieure comme une force supérieure à toute puissance matérielle. Il oppose cette énergie juvénile à une classe intellectuelle plus âgée qui, selon lui, a atteint les limites de sa capacité créatrice. Il décrit cette classe comme ne survivant plus que sur les fragments de réalisations passées, tout en tournant son attention vers le confort, la richesse et le respect social, au lieu des idéaux supérieurs. Les symboles de la réussite bourgeoise, comme les maisons luxueuses et les voitures onéreuses, deviennent chez Benn la preuve d’une civilisation qui a troqué la vision contre la satisfaction matérielle. Il exhorte donc la nouvelle génération à ne pas gaspiller ses forces en débats sans fin, mais à se consacrer à la construction d’un nouvel ordre politique.
Les concepts de forme et de discipline occupent une place centrale dans la pensée de Benn. Il les présente comme les fondements essentiels sur lesquels toute civilisation durable doit reposer. À ses yeux, l’autorité politique et la création artistique ne sont pas des forces opposées, mais des expressions complémentaires du même élan civilisationnel. L’ordre, le style, la discipline et l’accomplissement artistique forment ensemble le cadre à l’intérieur duquel un peuple peut façonner son destin. Benn voit donc l’avenir reposer sur deux piliers indissociables : l’État comme organisateur de la vie collective et l’art comme son expression spirituelle suprême.
Benn avance en outre que le pouvoir politique possède une fonction formatrice et non pas seulement coercitive. Selon lui, l’État affine l’individu en réprimant l’impulsivité, en donnant à la personnalité structure, clarté et stabilité. Il emploie un langage artistique pour décrire cette transformation, suggérant que le pouvoir rend l’individu capable d’expression artistique en imposant une forme là où régnait auparavant le désordre. L’autorité politique devient donc, dans la conception de Benn, un instrument par lequel le caractère humain est discipliné et élevé jusqu’à pouvoir participer à un ordre culturel supérieur.
Pourtant, Benn soutient finalement que même l’État le plus fort ne peut accomplir l’acte ultime de la création artistique elle-même. Le pouvoir politique peut préparer les individus en cultivant la discipline, la structure et la disponibilité, mais la véritable réalisation artistique demeure hors de la portée du gouvernement. L’État peut établir les conditions dans lesquelles la culture s’épanouit, mais l’acte créateur appartient au seul artiste. Par cette distinction, Benn préserve l’autonomie de l’art, affirmant que si la politique peut façonner le cadre de la civilisation, les plus hauts accomplissements créateurs naissent toujours de l’esprit indépendant de l’individu.
21:50 Publié dans Littérature, Philosophie, Révolution conservatrice | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gottfried benn, poésie, lettres, lettres allemandes, littérature, littérature allemande, révolution conservatrice |
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France, Allemagne, Grande-Bretagne: Trois patients, un diagnostic

France, Allemagne, Grande-Bretagne: Trois patients, un diagnostic
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Le magazine britannique The New World pose ces jours-ci une question que l’on entend rarement poser aussi ouvertement dans le courant dominant : parmi les trois anciennes puissances dominantes de l’Europe de l’Ouest, laquelle est en réalité la plus profondément en crise? Rien que la formulation de cette question est révélatrice; le constat est désormais si évident que l’on ne peut plus l'escamoter sous le tapis.
Ce qui est réellement remarquable, ce n’est pas le classement, mais le schéma qui se profile derrière lui: trois pays – Londres, Paris, Berlin – affrontent simultanément des crises gouvernementales, connaissent des coalitions qui se désagrègent, et font face à une population qui retire de plus en plus sa confiance à ses institutions. Et dans les trois cas, le débat public reste pourtant dominé par tout autre chose: la course aux armements, la menace russe, le prochain milliard à offrir à l’Ukraine. Quant à l’état dégradé des infrastructures nationales, à l’effondrement des systèmes sociaux, à la perte de confiance des citoyens, on en parle bien plus discrètement, si tant est qu’on en parle.
Lorsque trois gouvernements risquent simultanément de perdre le contrôle de la politique intérieure, l’ennemi extérieur devient la bouée de sauvetage la plus fiable, le seul récit sur lequel les élites de Paris, Berlin et Londres peuvent encore s’accorder, car il détourne l’attention de leurs propres échecs tout en mobilisant des ressources budgétaires qu’il serait autrement presque impossible de justifier politiquement.
La véritable question qui se pose n’est donc pas « qui est le plus profondément en crise », mais bien : combien de temps la politique pourra-t-elle encore se légitimer par l’invocation de menaces extérieures, alors que la substance intérieure s’effrite ?
#géopolitique@global_affairs_byelena
20:32 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, france, allemagne, royaume-uni, grande-bretagne |
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1968: auto-réforme du capital

1968: auto-réforme du capital
par Francesco Petrone
Source : Francesco Petrone & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/il-68-e-stato-l-a...
Costanzo Preve, qui fut un important philosophe, essayiste et politologue italien, a exposé sa thèse selon laquelle 1968 fut un mouvement « anti-bourgeois, mais non anticapitaliste ». Il en était venu à soutenir que 1968 fut le plus grand mouvement de révolte de la petite bourgeoisie de l’histoire.
Pour Preve, la contestation était dirigée contre la bourgeoisie traditionnelle, qui avait pour références la famille, l’Église, les devoirs, l’épargne, l’autorité du père. Elle a tiré à boulets rouges sur le mariage, la carrière, la morale, le « poste fixe ». En ce sens, ce fut profondément anti-bourgeois.
Selon le philosophe, le mouvement était favorable au capitalisme avancé. En effet, 1968 réclamait plus de marché, plus de mobilité, plus de consommation, plus d’individualisme, plus de « réalisation de soi ». Tout ce dont le capitalisme avait besoin pour passer du modèle « fordiste » — usine, ouvrier, syndicat, collectif — au modèle « post-fordiste » : précaire, créatif, flexible, narcissique.
Le capitalisme des années 1970 avait besoin de détruire les anciennes hiérarchies pour mieux vendre. Pendant que les étudiants occupaient les universités au nom de la « libération », le capital délocalisait et démantelait l’usine. Lorsque la bourgeoisie traditionnelle s’est effondrée, ce n’est pas le communisme qui est arrivé. C’est le marché total.
C’est pourquoi Preve qualifie le mouvement de « révolution que le capital a faite contre lui-même ». « 1968 a été le seul mouvement de masse qui a servi les intérêts objectifs du capital tout en croyant le combattre. » Pour Preve, 1968, c’est le nihilisme plus le marché. Ce ne fut pas une révolution, mais une modernisation capitaliste déguisée en révolution. Ce fut l’enterrement du monde paysan/bourgeois et l’inauguration du nouveau capitalisme.
Pasolini avait eu la même intuition et l’avait écrit, disant que les étudiants étaient les fils de la bourgeoisie, contrairement aux policiers, qui étaient fils de paysans et d’ouvriers du Sud. Par ces mots polémiques, il voulait dire que 1968 était une guerre civile interne à la bourgeoisie. Pas une lutte des classes.
Pasolini détestait la « bourgeoisie », mais il haïssait encore plus le nouveau pouvoir de la consommation, de la télévision, de « l’homologation ». Pasolini disait que de 1961 à 1975, l’Italie avait changé de race. Nous avons perdu les paysans, les ouvriers, les dialectes, les corps, les rites. À leur place sont arrivés les « ragazzi di vita » du bien-être: tous pareils, tous parlant l’italien de la télévision. Pasolini disait en 1975: «Le bien-être a tué l’Italie plus qu’une guerre ne l’aurait fait». Preve a dit en 2000: «1968 a été l’auto-réforme du capital». Les deux ont affirmé que 1968 n’a pas abattu le capital. Il lui a rendu service en abattant tout ce que le capital n’arrivait pas à détruire : la famille, la honte, la tradition.
19:36 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mai 68, 1968, histoire, idéologie, capitalisme |
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Le soft power dans un monde post-hégémonique: crise conceptuelle et nouveaux acteurs de l’influence culturelle

Le soft power dans un monde post-hégémonique: crise conceptuelle et nouveaux acteurs de l’influence culturelle
par Anton Bespalov
Source: https://telegra.ph/Il-soft-power-in-un-mondo-post-egemoni...
Les échanges culturels accompagnent depuis longtemps les interactions politiques et économiques entre États, mais ce n’est qu’au XXe siècle que la diplomatie culturelle a émergé comme politique étatique délibérée. À partir des années 1960, le champ de compétence de la diplomatie publique s’est élargi au-delà de la diffusion culturelle pour inclure la formation de l’opinion publique étrangère, la communication des objectifs politiques et la lutte contre les stéréotypes.
Dans les années 1990, le terme « soft power » est entré dans le discours courant. S’il recoupe largement la diplomatie publique et culturelle, il a aussi une portée plus large: le soft power peut émaner non seulement des acteurs étatiques, mais aussi de la société civile, du monde des affaires et de la culture populaire.
Le phénomène en soi, évidemment, est antérieur à la terminologie utilisée pour le décrire. Culture et pouvoir ont toujours été historiquement liés. Les conquêtes d’Alexandre le Grand ont été accompagnées par la diffusion de la culture hellénistique de l’ouest vers l’est ; l’influence culturelle des premiers siècles de l’islam s’est propagée simultanément dans de multiples directions. Il est intéressant de noter que la diffusion des cultures ne dépend pas nécessairement de la victoire militaire: la défaite de Napoléon, par exemple, n’a pas vraiment contribué à diminuer le prestige de la culture française en Europe et au-delà.



Ce n’est pas un hasard si le « soft power » est apparu comme concept à la fin de la guerre froide. Les valeurs et modes de vie occidentaux, transmis par des canaux informels et — plus rarement — officiels, ont joué un rôle significatif dans l’érosion des idéologies officielles au sein du bloc de l’Est et, par conséquent, dans l’issue du conflit bipolaire. Bien que le terme « instrumentalisation » ne soit entré que récemment dans le langage courant, la culture a été largement instrumentalisée durant la guerre froide, comme le montre de façon convaincante Frances Stonor Saunders dans son ouvrage Who Paid the Piper?. Par la suite, encouragées par ce succès perçu, les nations occidentales ont mené une campagne visant à gagner les cœurs et les esprits dans le monde non occidental, en créant de nombreuses organisations dédiées à la promotion du soft power.
Aujourd’hui, cependant, les outils du soft power font l’objet de débats beaucoup moins nombreux qu’il y a dix ou quinze ans. En Occident, la rhétorique du pouvoir « dur » classique a pris de plus en plus d’importance. La mobilisation de l’opinion publique européenne contre la Russie et les menaces de Donald Trump de « détruire » la civilisation iranienne sont devenues presque routinières selon les normes actuelles.
Dans le même temps, le soft power occidental traverse aujourd’hui une grave crise de réputation. Le fossé entre les valeurs proclamées et les politiques effectives — qu’il s’agisse de doubles standards dans la gestion des conflits ou de gouvernance économique mondiale — rend les messages culturels et diplomatiques de moins en moins convaincants pour les publics non occidentaux. Là où l’on transmettait jadis une vision d’un avenir désirable, ces messages sont désormais perçus de plus en plus comme des instruments de coercition.
Dans les années qui ont suivi la guerre froide, les États non occidentaux ont en grande partie adopté le modèle occidental. À travers diverses institutions culturelles — ainsi que des médias destinés à un public étranger et largement calqués sur les modèles occidentaux — des pays comme la Russie et la Chine ont en substance reproduit les schémas occidentaux d’influence culturelle. Pourtant, eux aussi ont rencontré des résistances, comme en témoignent les sanctions contre Rossotrudnichestvo, la fermeture des Instituts Confucius dans les pays occidentaux, sans parler du blocage de RT et Sputnik. Bien que ce soit un article de foi dans le courant libéral occidental que les « démocraties » auront toujours un avantage sur les « autocraties » dans le libre marché des idées, un changement discursif significatif s’est produit.

Le soft power des États non occidentaux est désormais de plus en plus perçu, par défaut, comme potentiellement nuisible aux intérêts occidentaux — il est rebaptisé « sharp power ». Joseph Nye, qui a inventé le terme, a un jour mis en garde sur la nécessité de distinguer entre les deux concepts et de ne pas entraver les efforts légitimes de soft power des pays non occidentaux ; l’expérience récente, cependant, suggère le contraire.
L’avenir du soft power dans le dialogue bilatéral entre la Russie et la Chine (Hua Han)
La Chine et la Russie ne se limitent plus à mettre en œuvre des pratiques et instruments de soft power parallèles, mais convergent progressivement vers une configuration hybride que l’on peut qualifier de « soft power stratégique ». Cette forme émergente d’influence combinée intègre infrastructures, médias, connectivité des ressources clés et plateformes institutionnelles dans une architecture géopolitique unifiée.
L’analyse de la crise du détroit d’Ormuz, du conflit en Ukraine, de la chaîne russe RT, de la chinoise CGTN, du réseau médiatique TV BRICS, de la coopération arctique et de l’initiative chinoise « Belt and Road » montre comment le soft power est devenu indissociable de la connectivité matérielle et de l’alignement géopolitique dicté par les crises, écrit Hua Han, cofondateur et secrétaire général du Beijing Club for International Dialogue.

En Chine, la reconnaissance des limites du soft power a donné naissance à un débat croissant sur le « pouvoir discursif » — c’est-à-dire la capacité à façonner l’agenda international, élaborer des récits et déterminer les cadres de référence dans lesquels sont débattues les questions clés. L’objectif n’est plus simplement d’être apprécié, mais de s’exprimer dans un langage que les autres sont obligés d’écouter. L’efficacité de cette approche demeure débattue, mais le changement d’accent est en soi révélateur.
L’expérience récente de la Russie offre un autre exemple instructif, d’une perspective différente. Les tentatives de « cancel culture », dirigées contre la Russie depuis 2022, ont couvert un large éventail: de l’exclusion des athlètes russes des compétitions sous leur propre drapeau à la suppression des œuvres de compositeurs russes dans les programmes de concerts. L’ampleur de ces mesures n’a pas eu de précédent ces dernières décennies. Pourtant, la culture russe n’a pas disparu de la scène mondiale; la langue russe a conservé sa position dans les régions où elle est traditionnellement forte ; et la perception de la Russie dans le Sud global n’a changé que marginalement — parfois même en mieux.
La culture, à la différence des flux financiers ou des fournitures d’équipements, est difficile à bloquer totalement par des moyens administratifs.
Cela ramène à la question plus large de l’efficacité des institutions étatiques de diplomatie culturelle. Les canaux informels, la « seconde voie » comme on l’appelle, donnent souvent des résultats bien supérieurs. Un label étatique infuse inévitablement un message politique dans le message culturel, et le public réagit en conséquence. Cela ne signifie pas que l’État doive se retirer complètement de cette sphère. Cependant, son rôle pourrait être repensé de façon plus utile: non pas comme producteur et distributeur de contenus culturels, mais comme promoteur de conditions favorables à la prospérité des échanges informels: politiques de visas, mobilité académique, accessibilité aux infrastructures numériques et absence de restrictions excessives sur les exportations culturelles.

Dans ce contexte, les nouvelles technologies — notamment l’intelligence artificielle — méritent une attention particulière. Historiquement, les barrières linguistiques ont constitué l’un des principaux obstacles à la diffusion organique des cultures. Aujourd’hui, le développement d’outils de traduction automatique pour les contenus vidéo, par exemple, contribue à surmonter cet obstacle. Des spectateurs au Brésil ou en Indonésie, ayant un accès direct à des vidéos russes, chinoises ou iraniennes dans leur langue maternelle, se forgent leur propre perception de ces pays. Cela ne garantit pas la sympathie — l’exposition directe peut autant susciter l’attirance que la répulsion — mais offre au moins la possibilité d’une perception plus complexe et nuancée, susceptible de dépasser le poids des stéréotypes ancrés.
En ce sens, les avancées technologiques ouvrent des perspectives tout à fait nouvelles. La diplomatie culturelle de demain sera peut-être bien moins l’œuvre des États et des institutions spécialisées, et bien davantage le fait d’algorithmes, de plateformes et de millions d’utilisateurs individuels qui n’auraient jamais imaginé devenir des acteurs de la diplomatie. L’influence culturelle, dès lors, ne disparaît pas : elle emprunte simplement des canaux de plus en plus informels. Les États qui reconnaissent ce fait et élaborent des politiques qui laissent place à de tels canaux seront en meilleure position que ceux qui s’obstinent à vouloir contrôler d’en haut cet instrument rétif.
Publié préalablement sur Valdai : https://valdaiclub.com/a/highlights/soft-power-in-a-post-...
14:08 Publié dans Actualité, Définitions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, soft power |
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mercredi, 15 juillet 2026
Modèle allemand pour Pékin. Modèle chinois pour l’Allemagne

Modèle allemand pour Pékin. Modèle chinois pour l’Allemagne
Enrico Toselli
Source: https://electomagazine.it/modello-tedesco-per-pechino-mod...
Modèle allemand ou modèle chinois pour relancer l’économie stagnante de l’Europe en déclin qui, à cause de cela même, se montre de plus en plus belliciste? Paradoxalement, la Chine aurait besoin du modèle allemand, l’original, avec davantage d’État-providence, de cogestion, de participation. Et l’Europe, pas seulement l’Allemagne, aurait besoin de plus de sérieux dans les hautes études, dans la formation professionnelle, de plus de méritocratie et de moins de dirigeants et de cadres cooptés uniquement par relations.
Il est indéniable qu’à ce stade, c’est l’Europe qui court le plus de risques. Avec une classe politique qui patauge dans l'indécence et un monde entrepreneurial atteint de myopie, avachi par sa lâcheté, perclus d'avarice. Les résultats sont visibles, avec un PIB stagnant, aucune idée, aucun projet qui ait une perspective, ne serait-ce qu’à moyen terme. Mañana por la mañana et pas au-delà. Trop compliqué d’imaginer l’avenir à plus trois jours, à plus d'une semaine.
Trop pénible d’essayer d’expliquer à un gouvernement, à n’importe quel gouvernement, que l’austérité se transforme en pauvreté et que la pauvreté réduit la consommation. Les exportations ne suffisent pas, surtout en période de grandes tensions internationales.
Mais cela vaut aussi pour la Chine. Qui possède un marché intérieur immense mais asphyxié. Et qui aurait besoin d’un marché mondial prêt à absorber la surproduction de Pékin. Évidemment, la pauvreté des Européens favorise l’exportation de produits chinois de basse qualité et à bas prix. C’est pourquoi entrepreneurs et politiques européens veulent imposer des droits de douane et des barrières aux produits chinois. Dans l’espoir que les familles européennes, de plus en plus pauvres, achèteront alors des produits européens à des prix aberrants. Mais le chancelier allemand, à la solde de la finance internationale, exige que les familles s’appauvrissent toujours plus pour que l'on achète des armes…
18:37 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chine, allemagne, europe, asie, affaires européennes, affaires asiatiques, économie |
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Evola sur le problème de la décadence

Evola sur le problème de la décadence
par Joakim Andersen
Source: https://www.arktosjournal.com/p/evola-on-the-problem-of-d...
La métapolitique du langage consiste, entre autres, à retirer de la sphère publique, d’une manière plus ou moins discrète, ces modes de pensée et de perception utiles qui pourraient faciliter le processus que Steve Sailer appelle « remarquer ».
Certains concepts nous aident à reconnaître des schémas : comparez des termes tels que « anarcho-tyrannie », « classe » et « cuckservatism ». Ceux qui ne veulent pas que ces schémas soient remarqués ne trouvent pas non plus leur intérêt à ce que de tels concepts se répandent.
Un tel concept, avec une longue histoire, est celui de la décadence, utilisé non seulement par les fascistes et les réactionnaires, mais historiquement par tout le monde, des communistes comme Karl Marx aux politiciens conservateurs comme Arthur Balfour. En passant, on peut aussi mentionner la chanson suédoise Dekadensen (« La Décadence ») du troubadour Dan Berglund (photo) en 1979, comme exemple de la façon dont ce terme était autrefois fortement associé aux classes supérieures, même au sein de la gauche radicale.
Les définitions précises de la décadence ont varié, tout comme les explications qui en ont été données. Là où de Gobineau mettait l’accent sur le métissage et Auster sur la perte de foi, les marxistes ont eu tendance à insister sur des facteurs plus matériels.
Une analyse intéressante est proposée par le traditionnaliste Julius Evola dans « Le problème de la décadence ».« Le problème de la décadence » d’Evola est inclus dans le volume Recognitions — publié en anglais par Arktos (pour toute commande: https://arktos.com/product/recognitions/)
Dans ce court essai, Evola aborde la question de savoir comment le monde traditionnel a pu être remplacé par le monde moderne, malgré la supériorité du premier — d’abord en Occident, puis à travers le globe. Sa vision de l’histoire diffère de celle des libéraux en ce qu’il ne part pas de l’idée de « progrès », mais au contraire, de celle de « déclin ». Cependant, sa distance par rapport à la vision libérale va plus loin.
Evola considère la société traditionnelle comme fondée sur la souveraineté plutôt que sur la violence. Il parle ici
«de l’attribut “olympien” de la véritable autorité et souveraineté […] de sa manière de s’affirmer directement, non par la violence mais par la présence»¹.
De plus, il note que
«l’adhésion et la reconnaissance de la part de l’inférieur constituent en fait la base fondamentale de toute hiérarchie normale et traditionnelle. Ce n’est pas le supérieur qui a besoin de l’inférieur, mais l’inférieur qui a besoin du supérieur».
Le lecteur attentif remarquera sans doute une certaine affinité ici avec l’anarchisme, quoique d’une variété non égalitaire.
Dans une société traditionnelle, certains individus incarnent des qualités admirables de telle sorte que les autres les reconnaissent et les suivent volontairement: dans la culture populaire, on peut comparer la relation entre Splinter et les Tortues, ou Yoda et Luke. À ce sujet, Evola écrit ailleurs :
«la tradition est pour nous la présence victorieuse et créatrice dans le monde de ce qui “n’est pas de ce monde”, c’est-à-dire de l’esprit, conçu comme quelque chose de plus fort que toute force purement matérielle et simplement humaine»².

Et :
«L’antithèse entre esprit et pouvoir, l’opposition entre force et autorité n’est, une fois encore, qu’une caractéristique de la pensée “moderne”».
À bien des égards, Evola fonctionne comme un « anti-Marx » nécessaire, bien qu’il ait également observé que, dans une société suffisamment décadente, les théories peu flatteuses et la vision de la nature humaine avancées par Marx et Freud décrivent effectivement de larges segments de la population.
À partir de ce point de départ, Evola explique comment les civilisations traditionnelles peuvent s’effondrer lors de révolutions plus ou moins soudaines. Cela ne signifiait pas nécessairement que leur noyau avait dégénéré; il s’agissait plutôt d’une conséquence du libre arbitre. Dans «Le problème de la décadence», il compare cela aux récits de la Chute de l’Homme et de la rébellion des anges :
«Le révolutionnaire commence par tuer la hiérarchie en lui-même, mutilant en lui-même ces possibilités qui correspondent à la fondation intérieure de l’ordre — et il procède ensuite à démolir l’ordre à l’extérieur de lui également».

Cela enclenche un processus qui peut aboutir à l’effondrement de la hiérarchie, menant souvent au régicide ou à l’assassinat d’empereurs, comme en Russie et en Éthiopie. Mais, selon Evola, il s’agit fondamentalement d’un processus intérieur, dont les premiers stades passent souvent inaperçus :
«Sans destruction intérieure préalable, aucune révolution».
Comme on peut le voir, il n’est pas déraisonnable de compléter l’analyse traditionnelle d’Evola de la décadence avec des penseurs comme Gobineau et Marx. Quoi qu’il en soit, son accent sur des facteurs et processus non matériels demeure précieux.
La décadence est, avant tout, une incapacité et une réticence à percevoir même les aspects supérieurs de l’existence. Elle se combat donc principalement par la discipline personnelle et le travail intérieur, dont le but, selon Evola, est
«une adhésion absolue à la vérité, la droiture, la capacité de subordonner la personne à l’œuvre, l’inflexibilité et la rigueur de l’idée, l’indifférence à toute reconnaissance extérieure et à tout avantage matériel»³.
EN SAVOIR PLUS: Julius Evola : Une vie aventureuse, par Andrea Scarabelli, disponible en édition reliée, brochée et ebook chez Arktos et PRAV Publishing - chez Ars en version française: https://www.editions-ars-magna.com/livre/scarabelli-andrea-la-vie-aventureuse-de-julius-evola/

Notes:
¹ Julius Evola, « Le problème de la décadence » dans Recognitions.
² Julius Evola, « Sur le secret de la dégradation ».
³ Julius Evola, « L’Ordre de la Couronne de Fer ».
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On ne négocie pas avec Dadjdjal - L’escalade doit être mutuelle

On ne négocie pas avec Dadjdjal
L’escalade doit être mutuelle
Alexander Douguine
Alexander Douguine explique pourquoi l’escalade doit être mutuelle, sinon les négociations avec l’Occident deviennent un piège.
Comme on pouvait s’y attendre, aucune paix entre l’Iran et les États-Unis n’a jamais vu le jour. Les États-Unis ont repris leurs bombardements sur le territoire iranien. Téhéran a frappé les bases militaires américaines à Bahreïn et a de nouveau fermé le détroit d’Ormuz. Cela n’a pas fonctionné, et cela n’aurait jamais pu fonctionner. On ne forge pas d’accords avec Dadjdjal¹. C’est un principe fondamental de la métaphysique chiite.
Retarder la guerre et maintenir la simple apparence de négociations joue toujours et dans toutes les circonstances en faveur de l’Occident.
En Iran, tout comme dans notre propre guerre russe contre l’Occident, il existe une règle inébranlable: l’escalade doit être réciproque. L’ennemi intensifie, nous intensifions. Ce n’est qu’alors que nous pouvons influencer le processus. Sinon, l’ennemi intensifie unilatéralement, entièrement dans son propre intérêt, tandis que nous nous contentons de réagir de manière passive, en mode « suiveur ». En réalité, ce type d’escalade unilatérale en temps de guerre crée un système de contrôle externe.
Au fait, pourquoi ne brûle-t-on pas de statues de Baal en Russie ? Pourquoi ne soulevons-nous pas une tempête contre les réseaux criminels liés à Epstein ? Pourquoi ne répondons-nous en aucune manière significative à la participation directe des pays occidentaux — les États baltes, la Grande-Bretagne et l’Allemagne — à la guerre contre nous, même si nous en faisons nous-mêmes le rapport ?
L’Iran va à la table des négociations et n’en retire rien. Pour les observateurs extérieurs, cela est évident. Parfois, on voit les choses plus clairement depuis l’extérieur.
D’ailleurs, juste après les premières frappes américaines et israéliennes contre la direction iranienne, les Gardiens de la Révolution (IRGC) ont éliminé une part significative de la sixième colonne. Apparemment, certains subsistent encore.
Des négociations peuvent avoir lieu, mais on ne doit les mener uniquement dans son propre intérêt et jamais publiquement. Dès qu’elles deviennent ouvertes et publiques, elles se transforment instantanément en une arme d’information que seul l’Occident utilise, et exclusivement à ses propres fins.
C’est pourquoi toute mention de Witkoff, Kushner, ou même Kirill Dmitriev, à un certain moment, devient un coup porté au moral des soldats au front et à l’état d’esprit patriotique du pays. Une seule mention suffit. C’est la même chose avec la diffusion apparemment innocente d’un ancien programme de Vladimir Pozner sur Channel One².
La même chose se produit avec les Iraniens. Lors des funérailles de l’Imam Khamenei et de sa famille, des malédictions furieuses ont été lancées contre ceux qui négocient avec Dadjdjal : Pezeshkian et Araghchi. Je ne pense pas qu’ils soient personnellement coupables. C’est simplement ainsi que fonctionnent les lois de la guerre de l’information. L’Occident fixe ces règles, et il est le seul à les utiliser de manière unilatérale.
(Traduit du russe)
Notes:
(1) Note du traducteur (NT) : Dadjdjal est le faux messie borgne et l’ultime trompeur dans l’eschatologie islamique. Dans la tradition chiite en particulier, il incarne le mal absolu et la tromperie, rendant toute forme de compromis avec lui impossible.
(2) NT : Douguine fait référence à la rediffusion d’anciens programmes de Vladimir Pozner, journaliste russe bien connu pour ses opinions libérales et pro-occidentales. Même des émissions apparemment inoffensives de ce genre sont vues par de nombreux patriotes comme des instruments subtils de la guerre de l’information, qui minent le moral public et la volonté de résister.
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L’art grec de la curiosité - La merveille civilisationnelle grecque

Réouverture de l’Agora
L’art grec de la curiosité
La merveille civilisationnelle grecque
Source : https://demospolis.substack.com/p/the-greek-art-of-curios...
Les grandes civilisations abordent le monde non pas avec peur, ni avec une naïveté résignée, mais avec une confiance fondée sur la réalité qu’elles construisent. De telles civilisations ne s’enferment pas dans leur coquille pour finalement s’éteindre. Elles possèdent quelque chose qui échappe à notre époque et à nos schémas de pensée : elles détiennent un centre vivant, un noyau fertile qui engendre l’avenir avec assurance. C’est ce qu’elles protègent à tout prix, mais sans s’y retrancher.
Les Grecs offrent l’un des exemples les plus clairs de ce phénomène, tant dans son expansion que dans sa contraction.
Beaucoup de débats contemporains sur l’identité et la civilisation oscillent – à l’extrême – entre deux pôles. D’un côté se trouve le fantasme de l’ouverture totale: l’idée que toutes les cultures sont interchangeables, que la continuité est sans importance, que l’enracinement est suspect d’extrémisme. De l’autre côté, une rigidité défensive: la conviction que les cultures ne survivent qu’en se protégeant de tout contact.
Les Grecs suggèrent une troisième possibilité.
Ils se distinguaient nettement des autres. Ils défendaient la polis, valorisaient et raréfiaient la citoyenneté, cultivaient des lois, des rites et des formes d’éducation qui leur étaient propres. Pourtant, ils voyageaient aussi, commerçaient, questionnaient, absorbaient, comparaient, métabolisaient et transformaient. Leur civilisation n’était ni informe comme la bouillie occidentale actuelle, ni fermée non plus. Elle était perméable à l’expérience, sans être fragile.
Cet équilibre mérite une attention renouvelée.
Les Grecs étaient profondément conscients de la différence culturelle. La distinction entre Grecs et « barbaros » était réelle et significative. Pourtant, le terme désignait au départ moins l’origine que la langue et l’intelligibilité: le langage des étrangers sonnait comme des sons incompréhensibles, des « bar-bar », aux oreilles grecques, habituées aux plus hautes octaves de l’harmonie mathématique du cosmos. Au fil du temps, surtout après les guerres médiques, le terme acquit des dimensions politiques et morales.
Cependant, même lorsque les Grecs jugeaient les autres peuples, ils cessaient rarement de les observer. Cette curiosité est l’un des fondements de la civilisation grecque.
Hérodote, le père de l’histoire, ne se contentait pas de raconter les guerres. Il voyagea en Égypte, en Perse, en Scythie, en Lydie, et au-delà, enregistrant coutumes, croyances, pratiques funéraires, systèmes politiques et mythes. Ses Histoires ne sont pas seulement une chronique du conflit entre la Grèce et la Perse; elles comptent parmi les premières grandes œuvres de civilisations comparées.
À un moment donné, Hérodote raconte que les Grecs brûlaient leurs morts tandis que certains peuples indiens consommaient rituellement les corps de leurs parents après leur décès. Chaque groupe considérait les coutumes de l’autre avec horreur.¹
Hérodote conclut que la coutume, en tant que nomos, règne en maître parmi les êtres humains. Ce passage est remarquable car il démontre quelque chose de rare: la reconnaissance que les sociétés humaines vivent leurs propres modes de vie comme naturels. C’est une reconnaissance que la plupart des sociétés et groupes religieux n’ont toujours pas aujourd’hui.

Les Grecs n’habitaient pas un monde sans hiérarchie ni jugement. Ils pouvaient être arrogants, impériaux, exclusifs et violents. Athènes elle-même pouvait se montrer impitoyable envers ses alliés et rivaux, y compris d’autres Grecs.
La civilisation grecque n’était pas innocente. Et pourtant, contrairement à de nombreux systèmes ultérieurs, les Grecs cherchaient rarement l’effacement total de l’Autre.
Cette distinction est importante.
La civilisation grecque s’est répandue à travers la Méditerranée par les colonies, les routes commerciales, les sanctuaires, la langue, la philosophie et le prestige. Pourtant, l’Égypte resta égyptienne sous les Ptolémées. Les villes phéniciennes conservèrent leur caractère. Les cultes anatoliens survécurent et se mêlèrent aux formes grecques de culte. Les dieux étrangers étaient souvent interprétés à travers les yeux grecs plutôt qu’anéantis purement et simplement. L’instinct grec inclinait fréquemment vers la traduction plutôt que la suppression.
Cela révèle quelque chose d’important sur la mentalité grecque.
Les Grecs semblent avoir possédé un noyau civilisationnel suffisamment fort pour risquer la rencontre.
Leur confiance ne provenait pas seulement de la force militaire ou du succès économique, mais d’une conviction plus profonde sur l’intelligibilité du monde. La civilisation grecque reposait sur une idée du kosmos : non simplement l’ordre, mais un ordre porteur de sens. Le monde pouvait être contemplé, interprété, mesuré, orné, discuté.
Cette orientation a produit des conséquences culturelles extraordinaires. La réussite grecque ne fut pas la séclusion ni la revendication de pureté. Ce fut la sélection. Ou peut-être plus précisément: la transformation.
Les Grecs copiaient rarement de façon mécanique. Ils absorbaient, recomposaient, proportionnaient, et rendaient les choses reconnaissablement grecques.
Ce même esprit apparaît dans la philosophie elle-même.
Aristote écrit que tous les hommes désirent naturellement savoir. L’émerveillement, thauma, devient le commencement de la philosophie. La curiosité n’est pas considérée comme une faiblesse ou une déstabilisation, mais comme le point de départ de la civilisation.²
Cela peut expliquer pourquoi la civilisation grecque a produit non seulement l’art et la politique, mais aussi l’enquête elle-même comme idéal culturel.
L’agora n’était pas simplement un marché.
C’était un espace de rencontre et de fécondation croisée.
Le symposium n’était pas simplement un divertissement.
C’était un rituel de conversation disciplinée.

La tragédie ne détournait pas simplement de la réalité comme une série en ligne.
Elle examinait les limites entre les humains, les dieux et la Nature qui gouverne tout, la souffrance, l’hubris, la délivrance, et la fragilité de ce que nous percevons comme un ordre intouchable.
La civilisation grecque éduquait ses citoyens au sens de la perception.
C’est peut-être pour cela que la Grèce continue de hanter l’Europe. Non pas parce que l’Europe « descend » de la Grèce au sens linéaire et simpliste, mais parce que le monde grec a formulé des questions qui restent pertinentes aujourd’hui :
Comment les êtres humains doivent-ils vivre ensemble ?
Qu’est-ce qui constitue la citoyenneté ?
Comment une société peut-elle rester ouverte sans se perdre ?
La curiosité peut-elle coexister avec la continuité ?
Qu’est-ce qui permet à la rencontre de produire une civilisation plutôt que le chaos ?
Ces questions pourraient en effet définir le XXIe siècle.
Notes:
(1) « Lorsque Darius était roi, il convoqua les Grecs qui étaient avec lui et leur demanda à quel prix ils mangeraient les corps morts de leurs pères. Ils répondirent qu’il n’y avait aucun prix pour lequel ils feraient cela. Ensuite, Darius convoqua les Indiens appelés Callatiae, qui mangent leurs parents, et leur demanda … ce qui les rendrait disposés à brûler leurs pères à leur mort. Les Indiens poussèrent des cris, disant qu’il ne fallait pas parler d’un acte aussi horrible… il est justement dit dans le poème de Pindare que la coutume est le maître de tous. » (« νόμος ὁ πάντων βασιλεὺς θνατῶν τε καὶ ἀθανάτων ». Cité dans le Gorgias de Platon à partir d’un poème de Pindare autrement inconnu. Hdt. 3.38.4)
(2) « C’est par l’émerveillement que les hommes commencent maintenant et ont commencé à philosopher ; s’émerveillant d’abord devant les perplexités évidentes, puis, peu à peu, posant des questions sur les choses plus importantes aussi, par exemple sur les changements de la lune et du soleil, sur les étoiles et sur l’origine de l’univers. Or, celui qui s’émerveille et est perplexe pense qu’il est ignorant (ainsi, l’amateur de mythes est en quelque sorte philosophe, puisque les mythes sont composés de merveilles) »
« …διὰ γὰρ τὸ θαυμάζειν οἱ ἄνθρωποι καὶ νῦν καὶ τὸ πρῶτον ἤρξαντο φιλοσοφεῖν, ἐξ ἀρχῆς μὲν τὰ πρόχειρα τῶν ἀτόπων θαυμάσαντες, εἶτα κατὰ μικρὸν οὕτω προϊόντες καὶ περὶ τῶν μειζόνων διαπορήσαντες, οἷον περί τε τῶν τῆς σελήνης παθημάτων καὶ τῶν περὶ τὸν ἥλιον καὶ ἄστρα καὶ περὶ τῆς τοῦ παντὸς γενέσεως. ὁ δ᾽ ἀπορῶν καὶ θαυμάζων οἴεται ἀγνοεῖν(διὸ καὶ ὁ φιλόμυθος φιλόσοφός πώς ἐστιν: ὁ γὰρ μῦθος σύγκειται ἐκ θαυμασίων)(Aristot. Met. 1.982b)
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mardi, 14 juillet 2026
Frédéric II et l’Eurasisme: deux visions de l’empire

Frédéric II et l’Eurasisme: deux visions de l’empire
Constantin von Hoffmeister
Source: https://www.eurosiberia.net/p/frederick-ii-and-eurasianism
L’histoire revient souvent aux mêmes questions, même lorsqu’elle apporte des réponses différentes. Une époque s’exprime à travers des rois, une autre à travers des philosophes. L’une se dispute châteaux et routes commerciales, une autre technologie, économie et l’équilibre de pouvoir entre continents. Pourtant, sous ces différences apparentes se cache un problème familier: comment de nombreux peuples peuvent-ils vivre sous un même ordre politique sans devenir identiques?
Le penseur de la Nouvelle Droite allemande Wolfgang Strauss (1931–2014 - Photo: Wolfgang Strauss et Robert Steuckers lors de l'Université d'été du journal berlinois Junge Freiheit, 1995) trouve une réponse dans la figure de Frédéric II (1194–1250), l’empereur médiéval du Saint-Empire romain germanique qui régnait depuis la Sicile et se tenait au carrefour de l’Europe et de la Méditerranée orientale.
Le philosophe russe Alexandre Douguine (né en 1962) aborde la même question du point de vue de la géopolitique contemporaine à travers sa théorie de l’Eurasisme. Bien que Strauss se tourne vers le monde médiéval tandis que Douguine traite de la géopolitique actuelle, tous deux tentent de comprendre comment l’unité politique peut coexister avec une diversité ethnoculturelle durable. Leurs réponses diffèrent sur des points importants, mais chacun remet en cause des présupposés devenus courants à l’époque moderne.
Strauss présente Frédéric II comme un souverain qu’on ne peut comprendre à travers les catégories du nationalisme ultérieur. Son empire n’était pas conçu pour produire un peuple unique parlant une langue sous une administration uniforme. Au contraire, il rassemblait des Allemands, des Italiens, des Grecs, des Arabes, des Juifs et bien d’autres communautés dont l’histoire précédait de loin son règne. La Sicile elle-même reflétait des siècles d’influence romaine, byzantine, arabe et normande, ce qui faisait d'elle l’une des régions les plus diverses de l’Europe médiévale. Frédéric n’héritait pas d’une page blanche pour créer un nouvel ordre politique ; il héritait de la complexité. Strauss soutient que son accomplissement ne réside pas dans l’effacement de cette complexité, mais dans sa capacité à gouverner à travers elle. La loi, la diplomatie, l’érudition et l’administration devinrent des instruments pour maintenir une structure politique assez large pour contenir de nombreuses traditions sans exiger qu’aucune ne cesse d’exister.
Douguine part d’un monde façonné par des forces différentes. L’industrialisation, les communications mondiales, les marchés internationaux et les États modernes ont transformé la vie politique au-delà de tout ce qu’on pouvait imaginer au XIIIe siècle. Pourtant, il soutient que sous ces changements, les unités les plus profondes de l’histoire restent les civilisations, plutôt que des individus isolés ou des États seuls.
Les civilisations se développent sur des siècles à travers la religion, la langue, la mémoire collective, la géographie et les institutions héritées. Elles ne peuvent simplement être redessinées selon un modèle universel. De ce point de vue, l’Eurasisme est moins une description géographique qu’une tentative de comprendre comment différents centres civilisationnels coexistent dans le système international. Douguine s’interroge donc sur la possibilité qu’un modèle politique ou culturel unique puisse représenter adéquatement des sociétés ayant des expériences historiques profondément différentes. Son argument porte sur le présent, mais il renvoie à d’anciens débats sur la diversité et l’ordre politique.
Strauss présente l’empire médiéval comme fondamentalement différent de l’État-nation centralisé apparu plusieurs siècles plus tard. L’autorité circulait à travers des loyautés superposées, des coutumes régionales, des privilèges locaux et des institutions impériales, plutôt que par une uniformité administrative complète. Frédéric régnait sur des territoires très différents les uns des autres, qui conservaient souvent leurs propres traditions juridiques. Douguine affirme également que de grands espaces politiques n’ont pas besoin d’effacer les différences historiques des peuples qui les habitent. Bien que les formes institutionnelles qu’il évoque appartiennent au monde moderne, il rejette lui aussi l’idée que la stabilité politique exige une homogénéisation culturelle totale. Dans les deux cas, l’empire apparaît moins comme une machine à produire de la similitude que comme une structure capable, du moins en théorie, de contenir la diversité au sein d’un cadre politique élargi.

La religion occupe aussi une place centrale dans les deux visions, bien que de manières différentes. Strauss décrit Frédéric comme un souverain exceptionnellement disposé à dialoguer avec le monde islamique par la diplomatie, l’érudition et la négociation. La récupération de Jérusalem lors de la Sixième Croisade, obtenue principalement par traité plutôt que par guerre prolongée, illustre un style politique qui préfère souvent l’accord pragmatique à la confrontation militaire. La cour de Frédéric attirait des savants intéressés par la philosophie, la médecine, l’astronomie et les sciences naturelles issus de plusieurs traditions. Douguine aborde la religion autrement. Plutôt que de se concentrer sur la diplomatie d’un souverain, il considère les traditions religieuses comme des éléments essentiels à la formation historique des civilisations elles-mêmes. Christianisme, islam, bouddhisme, hindouisme et autres traditions deviennent partie de la mémoire historique longue à travers laquelle les civilisations se comprennent.

La géographie joue également un rôle décisif. Strauss revient sans cesse sur l’importance de la Sicile et de la Méditerranée, où l’Europe, l’Afrique et l’Asie se sont rencontrées par le commerce, la diplomatie et la migration. L’empire de Frédéric occupait une position stratégique liant ces mondes. Idées, biens et personnes traversaient la mer sans cesse, faisant de la Méditerranée moins une ligne de séparation qu’une zone de contact. Douguine élargit considérablement cette perspective géographique. Son analyse s’étend sur l’immense masse continentale eurasienne et considère comment montagnes, plaines, rivières, littoraux et frontières stratégiques influencent le développement politique sur de longues périodes. La géographie, dans les deux récits, n’est jamais seulement un terrain physique : elle façonne les échanges économiques, la stratégie militaire, les interactions culturelles et l’expérience historique. Les idées politiques, suggèrent-ils, émergent en partie des paysages où se développent les civilisations.
Strauss écrit en tant qu’interprète de l’histoire médiévale. Sa préoccupation centrale est de comprendre un empereur extraordinaire dans le monde politique et intellectuel du XIIIe siècle. Les preuves proviennent des chroniques, des réformes juridiques, de la diplomatie et des institutions du Saint-Empire romain et du Royaume de Sicile. Douguine écrit en tant que philosophe politique contemporain, abordant des questions posées par l’ordre international du XXIe siècle. Les exemples historiques servent ses arguments théoriques plus larges, plutôt que d’en constituer le sujet principal. Strauss reconstitue donc un cas historique. Douguine construit une structure philosophique. Cette distinction est importante, car l’explication historique et la théorie politique poursuivent des objectifs différents, même lorsqu’elles examinent des thèmes connexes.

Une autre différence importante concerne la place de l’individu. Strauss place Frédéric lui-même au centre de son récit. L’intelligence, l’éducation, la curiosité et la capacité administrative de l’empereur aident à expliquer le caractère distinctif de son règne. Sa personnalité devient une force historique en soi. Douguine accorde beaucoup plus d’importance aux civilisations en tant qu’acteurs collectifs. Les dirigeants individuels peuvent influencer les événements, mais ils agissent au sein de communautés historiques dont les identités se sont développées sur des siècles. Ainsi, la force motrice de l’histoire passe des souverains exceptionnels aux formations culturelles durables. Une perspective met en avant la biographie ; l’autre la continuité historique. Ensemble, elles illustrent deux méthodes différentes pour expliquer le changement politique.
La comparaison soulève aussi des questions plus larges sur le sens de l’ordre politique. Les débats modernes supposent souvent que les structures politiques plus larges suppriment inévitablement les identités locales et les remplacent par une uniformité centralisée. Strauss complique cette hypothèse en présentant un empire médiéval qui a préservé une diversité régionale considérable tout en maintenant une autorité générale. Les historiens continuent de débattre de l’efficacité de cet équilibre en pratique, mais l’exemple lui-même remet en cause les récits historiques simplistes. Douguine soutient de même que les grandes formations politiques ne doivent pas effacer les distinctions historiques si elles sont organisées autour de la reconnaissance de la pluralité civilisationnelle, plutôt que d’une homogénéisation culturelle. Que l’on soit d’accord ou non avec l’une ou l’autre interprétation, toutes deux encouragent un nouvel examen de présupposés souvent considérés comme évidents.

Ainsi, le chemin serpente à travers les royaumes de la mémoire, où les pierres des vieux palais se souviennent encore du pas d’empereurs oubliés, et où les rivières portent les noms de peuples depuis longtemps disparus de la terre. Là, l’aigle tourne au-dessus de la montagne et de la mer, ne voyant ni l’Orient ni l’Occident seuls, mais tout l’horizon sous les cieux tournants. Les trônes s’effondrent, les bannières pâlissent, et les voix des rois se dissipent dans le silence, mais le labeur de chaque génération demeure identique : unir la justice à la force, la sagesse au pouvoir, et de nombreux peuples dans une paix qui ne demande pas l’oubli. Car tout empire fondé uniquement sur l’épée se disperse comme la poussière au vent, mais tout royaume qui honore la mémoire de ses peuples, la mesure de la terre et l’ordre inscrit dans le temps laisse derrière lui une lumière que ni les siècles ni les ruines ne sauraient entièrement éteindre.
19:26 Publié dans Définitions, Eurasisme, Histoire, Nouvelle Droite | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alexandre douguine, nouvelle droite, nouvelle droite russe, frédéric ii hohenstaufen, histoire, définition |
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Entreprises et Autarkeia: économie civilisée

Les formes du politique
Entreprises et Autarkeia: économie civilisée
Source: https://spenglarianperspective.substack.com/p/firms-and-a...
Merci à vous tous de soutenir Spenglarian.Perspective.
Pour Spengler, l’argent est un concept, une théorie de l’esprit qui attribue de la valeur à des choses dépourvues de valeur intrinsèque. Parce qu’il s’agit d’une théorie de l’esprit, il est également soumis aux modes de pensée particuliers de chaque culture qui le produit. Nous avons vu dans un précédent article sur l’argent que les conceptions classique et occidentale de la monnaie sont mutuellement opposées (cf. http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2026/03/09/p... ). Pour la Grèce, la valeur est inhérente à sa physicalité stable. L’or a une valeur intrinsèque, donc il est façonné en pièce. En Occident, la valeur est produite par la concentration d’énergie et la canalisation en force, la force directionnelle étant un concept totalement étranger à la pensée grecque. Ainsi, la monnaie occidentale, comme sa politique, sa science et ses mathématiques, est dynamique et fondée sur des relations entre des points variables, tandis que la monnaie grecque, encore une fois comme sa pensée et sa politique, repose sur des substances statiques sans conception du passé ni du futur.
Dans la civilisation, ce concept se transforme en formes grandioses. Spengler désigne le capitalisme occidental comme un produit de la pensée cosmopolite et le capital comme la force qui maintient l’économie en mouvement et génère ainsi de la valeur. De façon contemporaine dans la Grèce hellénistique, l’économie avait un effet magnétique qui attirait la monnaie physique du monde connu vers les centres commerciaux.
Dans chaque cité-État, Spengler note l’idéal commun d’Autarkeia, où chaque polis cherchait à isoler son économie du reste et à être totalement indépendante des autres, disposant de son propre flux interne d’économie qui ne s’échappait pas de sa sphère de visibilité.
Spengler oppose cela à la notion occidentale de l’entreprise, des organisations à but lucratif qui produisent et vendent des biens à l’extérieur de leur sphère pour accumuler des profits, élargissant ainsi leur capital personnel et leur influence sur leur portion du marché. Cela peut être aussi simple qu’un cabinet d’avocats local ou aussi vaste qu’une méga-corporation multinationale, mais l’essentiel est que ce style d’économie expansive et à croissance exponentielle tend à s’étendre délibérément aussi loin que possible pour transformer la production en énergie et en influence. Si une économie moderne tentait d’être stable ou autonome, elle risquerait de perdre face à ses concurrents, et sa réserve de valeur cesserait d’avoir un sens en dehors de la circulation.
L’économie classique était également à courte vue. Si elle visait à rapprocher tout de sa présence, cela s’appliquait aussi temporellement. Les sources de revenus n’étaient considérées que lorsqu’elles devenaient nécessaires sur le moment, ce qui poussait à des moyens désespérés, et parfois autodestructeurs, pour obtenir de l’or. On attendait des édiles romains qu’ils financent les rues, les bâtiments qu’ils projetaient et les jeux qu’ils organisaient, ce qui entraînait d’énormes dettes souvent remboursées par le pillage de provinces, comme le fit Jules César en Gaule. Lorsqu’il y avait des surplus, ils suivaient l’exemple d’Eubule d’Athènes, qui les distribuait au peuple pour gagner en popularité.
L’idée d’intensifier le travail, comme le ferait un gestionnaire ou homme d’affaires occidental, n’est jamais venue à l’homme hellénique, et Spengler note que si Rome n’avait pas eu sous son contrôle une civilisation ancienne avec cet instinct, comme l’Égypte, elle aurait progressivement pillé le monde environnant et se serait éteinte assez rapidement.
La pensée monétaire occidentale ne doute jamais du fait que l’argent doit être planifié. Dès le Moyen Âge, on observe une planification centrale des nations par les trésoriers et financiers en Angleterre et en France, et c’est l’Espagne, vers la fin de la période tardive, qui inventa la comptabilité en partie double, révolutionnant la gestion des valeurs monétaires. Le capitalisme est souvent directement accusé d’être la cause systématique du colonialisme, mais l’expansion est aussi au cœur de tout socialisme ou communisme.
La théorie de la valeur travail reconnaît, à l’époque où les lois de la thermodynamique étaient élaborées, que la valeur n’est pas inhérente à la propriété mais résulte du travail investi, tout comme la conception lockéenne du droit de propriété fut également consacrée par le travail. Le travail est énergie ; donc, le travail génère de la valeur, laquelle peut être mesurée par l’argent. La nécessité de planifier et d’anticiper les événements futurs devient également essentielle pour préserver le flux de ce capital abstrait face aux obstacles à venir.
À partir du début de l’époque impériale, on commence à voir la transformation de l’empire car émerge alors une condition de fellah. L’or change subtilement de valeur intrinsèque à celle de marchandise, parce que la population cesse d’être urbaine et la paysannerie ressurgit, accompagnée de la pensée paysanne.
La valeur de l’or ne signifie quelque chose que dans les cultures urbaines et citadines, car il faut un certain niveau d’abstraction pour que ces milieux existent, mais sur la terre, les problèmes de l’homme ne sont pas idéologiques, spirituels ou politiques ; ils sont pratiques et relèvent des circonstances concrètes. Spengler attribue le déplacement inhabituel de l’or vers l’est après Hadrien à ce phénomène. Le nouveau monde était celui des Mages, qui avait une conception de la valeur nécessitant davantage d’or, tandis que l’Empire romain occidental, hors de sa sphère culturelle, retournait à des conditions plus primitives. À l’époque de Dioclétien, on observe également l’abolition de l’économie esclavagiste. Les hommes ne sont plus une mesure de valeur et leur statut de jetons dans le monde antique change alors que l’on s’appuie de plus en plus sur les conceptions chrétiennes de l’humanité et de l’argent.
Ce que l’avenir de l’économie faustienne nous réserve, Spengler ne pouvait le dire à son époque. Il laisse plutôt un second chapitre sur l’économie, d’une dizaine de pages seulement, utilisant tout ce qu’il avait établi jusque-là dans les deux volumes pour faire une analyse critique du moteur de la société occidentale : la Machine. Nous explorerons cela ultérieurement.

17:48 Publié dans Définitions, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : définition, économie, oswald spengler |
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La civilisation de la luxure

La civilisation de la luxure
Karim Nazriev
La direction que prend la civilisation moderne mondiale est l’une des questions fondamentales que doit se poser toute vision stratégique alternative. Le thème principal est le suivant: quelles sont les lois qui régissent le développement de la civilisation mondiale et quels en sont les éléments de valeur? Tout d’abord, l’esprit évoque les progrès de l’humanité dans le domaine des technologies de l’intelligence artificielle. Mais à quoi répondent le développement technologique mondial, le développement de l’intelligence artificielle et la numérisation? La science et la technologie ont cherché à réduire le travail humain afin que l’homme puisse atteindre le bien-être. Cependant, le progrès technique a également apporté d’autres problèmes. On peut qualifier cette situation d’antithèse du progrès.
Dans la tentative de libérer l’homme des difficultés, la science et la civilisation dominante d’aujourd’hui ont asservi la société aux moyens et aux choses. Cette civilisation s’est construite sur les valeurs du libéralisme. Bien que le libéralisme ait tenté de garantir la liberté humaine, comment un individu lié à son ego et à sa propre luxure peut-il être libre? La civilisation moderne promeut l’égoïsme et la concupiscence.
Tous ces progrès scientifiques et technologiques dans le monde, le développement économique et les revenus élevés visent à satisfaire la concupiscence, car l’humanité ne reconnaît aucune valeur en dehors de cela. La matrice de cette civilisation-là ne nous permet pas de penser ou de vivre en dehors d’elle. Dans une telle situation, la socialisation devient nécessaire. Sinon, l’individu devient un élément non systémique.
La civilisation moderne a acquis un caractère global avec la mondialisation du libéralisme. Le développement des technologies de l’information et de la communication a diffusé de tels éléments de civilisation dans le monde entier, franchissant les frontières nationales. Une telle civilisation a acquis un caractère universel. Nous pouvons observer les principaux éléments de cette civilisation à différents niveaux à travers le monde. La création d’un espace informationnel unique a conduit à l’acceptation de ces éléments par différentes sociétés, tandis que d’autres doivent passer par un processus d’adaptation.

La caractéristique la plus importante de cette civilisation est le culte des valeurs matérielles. Les moyens d’atteindre ces valeurs sont l’argent et le capital. Même la cupidité financière est un moyen d’obtenir des biens matériels. Le matérialisme et le désir de biens matériels ont transformé l’homme en une « créature avide ». L’essence de la vie pour ces personnes est représentée par les choses et les moyens de les obtenir. Ainsi, l’homme ne trouve pas la paix dans une telle civilisation. La vie se résume à manger, boire et dormir.

En réalité, il s’agit d’une civilisation de la consommation. La consommation de masse de biens et de services devient l’objectif principal de l’homme et le fondement des relations économiques, dépassant souvent les besoins biologiques ou sociaux réels. Les médias publicitaires mondiaux, tels que la télévision, Internet et l’industrie cinématographique, en font la promotion. La conscience simpliste forgée via les réseaux sociaux adapte sa propre vie aux contenus diffusés. La vie idéale montrée par les réseaux sociaux et les films est devenue le rêve des masses. Les foules s’efforcent de l’atteindre, sans réfléchir à leurs propres actions. Tout le monde veut être au centre de l’attention sur les réseaux sociaux. L’individu devient une marchandise. Son objectif principal est d’atteindre un certain statut dans la communauté virtuelle.
Le matérialisme et la soif de biens terrestres légitiment le capitalisme. Les moyens financiers deviennent la principale façon d’obtenir des biens matériels. La cupidité financière est devenue l’esprit dominant du peuple. La paix et la patience ont progressivement disparu. Obtenir de l’argent par tous les moyens est devenu le but des gens. Le jeu, la corruption et l’oppression financière sont présents dans les relations sociales. Il est connu que la résistance à la corruption financière dans les pays ne donne pas de résultats, car les législateurs ne tiennent pas compte des lois de la civilisation.
Dans une civilisation qui façonne l’individu dans l’esprit de la cupidité financière, la résistance à la corruption devient un acte anti-systémique. Malheureusement, les pays ne tiennent pas compte de cette loi et la lutte contre la corruption financière n’est en réalité que démagogie et manipulation. La corruption et le jeu sont enracinés dans le corps de l’économie moderne.
La communauté mondiale suit les idéaux de cette civilisation. Mais il n’y a pas de sentiment de bonheur ni de bien-être. Les valeurs spirituelles n’ont pas de place dans une telle société. L’homme ne connaît pas la finalité de sa vie et avance vers l’incertitude. Le système ne lui permet pas de comprendre des questions plus vastes et plus profondes. Il n’a aucune possibilité de choix. Ainsi, il accepte librement le mode de vie dominant.
Le mode de vie de la civilisation moderne est caractérisé par la consommation extrême et l’hédonisme. Le système civilisateur a créé les conditions pour cela, mais, selon la classe sociale à laquelle appartient l’individu, cela se concrétise à ce niveau. Dans la pyramide sociale, la culture de la consommation et de l’hédonisme extrême constitue la base de cette civilisation. Pour atteindre la consommation et l’hédonisme, l’oppression et la corruption sont institutionnalisées. La crise morale est l’élément principal de cette civilisation, car le système génère la crise. L’hédonisme détruit la moralité. Un tel système mondial peut être défini comme une « civilisation de la luxure », car son objectif principal et ultime est de satisfaire l’ego et la concupiscence par tous les moyens. La situation mondiale actuelle montre les signes d’une civilisation de la luxure.
« Civilisation de la luxure » est un terme philosophique et culturel. Il décrit la société de consommation moderne, où la marchandisation et la culture populaire élèvent les instincts biologiques (quête du plaisir, sexualité et hédonisme) au rang d’absolu, les transformant en moteur de l’économie, de la propagande et du statut social.

En théologie chrétienne, ces concepts se réfèrent aux maladies spirituelles suivantes: la concupiscence de la chair désigne la recherche égoïste des plaisirs physiques (gourmandise, fornication, paresse) et la satisfaction de tous les désirs physiques au détriment de ceux de l’esprit. La concupiscence des yeux est le désir de biens matériels, l’avidité et l’envie. C’est le désir de « posséder » tout ce que l’œil voit. Ainsi, la publicité pour les biens et les objets dans les médias, qui attire l’attention des individus, pousse la personne à devenir avide. Mais il n’y a jamais assez de temps pour tout posséder. À cet égard, tous les conflits entre individus et entre États sont motivés par la possession de biens terrestres. La nature de la civilisation a été décrite en ces termes et l’homme a été défini comme un animal égoïste.
Lorsque l’homme fait de ses désirs matériels, de ses plaisirs et de ses instincts — qui sont en réalité à la base de la survie de la vie terrestre — le but ultime de sa vie, il devient « luxurieux ». Cette immoralité, qui a des effets néfastes aussi bien au niveau individuel que social, est interdite et condamnée dans le Coran et les Hadiths. Tant le christianisme que l’islam ont défini des positions claires et fermes sur ce phénomène, mais dans la civilisation moderne, les valeurs religieuses ne sont plus prises en considération. L’hédonisme et la « civilisation de la luxure » s’imposent dans le monde moderne, en opposition avec les lois religieuses. Les religions du monde sont affaiblies par la « civilisation de la luxure », car cette civilisation s’oppose à leurs valeurs doctrinales. La religion, dans le monde libéral moderne, confrontée à la « civilisation de la luxure », se retrouve contrainte de défendre ses fondements comme un phénomène extrémiste.
La civilisation de la luxure a des racines profondes dans l’histoire humaine, mais elle ne s’est ni institutionnalisée ni systématisée sous sa forme moderne. Ses principaux éléments existaient déjà dans la vie des rois et des courtisans des États du passé et existent encore aujourd’hui. Ce mode de vie a progressivement acquis un caractère de masse. En conséquence du développement de cette civilisation, les gens abordent les phénomènes et les processus sous l’angle de la luxure, de l’ego et de l’instinct sexuel. En l’absence de normes morales et spirituelles capables de transformer un être humain de « bête sexuelle » en personne pensante, l’humanité traverse une profonde crise morale. Pourtant, il n’existe aucun commentaire sur de telles conditions, car il n’est pas clair selon quels critères de valeur il faudrait juger les choses. L’humanité a perdu la conscience de l’essence des valeurs. Elle cherche son salut dans le bourbier de la crise humaine.

Les éléments de la « civilisation de la luxure » existaient déjà dans le passé, et toutes les grandes figures, y compris les prophètes, ont cherché à la combattre. Dans une certaine mesure, ils y sont parvenus, mais avec le temps et l’apparition d’une nouvelle phase historique, les éléments de cette civilisation ont commencé à prospérer. L’émancipation et l’introduction de l’éducation libérale dans le monde, commencées en Europe, ont contribué à la formation de la « civilisation de la luxure » et à son développement jusqu’à l’époque moderne. C’est cette même émancipation qui a éliminé les valeurs religieuses, qui visaient à contrôler et à réprimer l’ego et la concupiscence. Cette civilisation a prétendu que toutes les sphères sociales devaient contribuer à la glorification et à l’institutionnalisation de la « civilisation de la luxure ».
Il a d’abord été nécessaire de modifier l’habillement et la tenue vestimentaire des femmes. Les femmes devaient devenir des objets de propagande pour l’instinct sexuel et la luxure. Cela s’est produit et la modernisation de l’habillement est aujourd’hui acceptée comme un phénomène moderne et contemporain. La nudité féminine, en tant que symbole de progrès, contribue activement à la civilisation de la luxure.

Ce processus a débuté en Europe et a été appliqué comme instrument de modernisation dans d’autres régions du monde. L’objectif de l’exposition du corps féminin est de stimuler l’instinct sexuel du sexe opposé. Lors du processus d’européanisation en Turquie, en Russie et en Asie centrale, les femmes ont été dévêtues, et cela a été fait intentionnellement. Dans les nouvelles conditions, ce processus a pénétré les pays islamiques et se réalise en sous-main dans la « civilisation de la luxure ». La « civilisation de la luxure » vise à transformer la femme en être sensuel. L’histoire a montré que cette pratique se met en place et évolue sans cesse. De cette manière, on cherche à rendre les esprits et les pensées dépendants des instincts sexuels, à travers la diffusion de la pornographie et la transformation des gens en utilisateurs de réseaux sociaux, pour que tout soit vu à travers le prisme de la luxure.
Dans les conditions modernes, les femmes à moitié nues sont utilisées dans la publicité comme puissant stimulus visuel pour attirer l’attention. C’est l’une des méthodes du neuro-marketing qui exploite les instincts biologiques primaires. Dans tout le monde du spectacle moderne – des concours aux concerts, des compétitions sportives aux expositions, des films à tout ce qui est présenté comme divertissement –, on recourt systématiquement à des femmes à moitié nues comme outil publicitaire.
L’objectif principal n’est pas le corps en soi, mais de susciter l’instinct sexuel, de troubler l’esprit et d’inciter à des actes sexuels. Ainsi, cette civilisation cherche à libérer les femmes de leurs responsabilités sociales et humaines afin qu’elles puissent profiter de la vie. La réticence au mariage et à la procréation, qui s’est manifestée chez les femmes, est liée à l’hédonisme. Tout ce qui constitue un obstacle au bien-être des femmes est supprimé par la civilisation libérale. D’autres femmes assouvissent leurs instincts comme elles le souhaitent, par divers moyens. Elles n’ont plus besoin des hommes. L’homosexualité masculine et féminine se diffuse partout. Il en résulte que l’amitié et les relations sincères entre membres de la société se perdent. La société devient un troupeau, chacun ne pense qu’à sa propre pâture. Les gens se considèrent les uns les autres comme une source de satisfaction de leurs propres intérêts. La satisfaction de l’ego et de la luxure devient plus importante que toute autre chose, car telle est l’exigence de la civilisation.
La science, l’éducation, la littérature et l’art légitiment en permanence la « civilisation de la luxure ». L’humanité devient un élément de cette civilisation sous l’égide de la science, de l’éducation, de la littérature et de l’art. Lorsque cette civilisation s’étend par le biais des principales institutions de la société, elle acquiert un caractère systémique. Tant qu’un nouveau système n’est pas mis en place, le système de la « civilisation de la luxure » ne peut être totalement détruit. Dans une société où la science et l’éducation sont les promotrices et les propagatrices des valeurs de la « civilisation de la luxure », il est impossible de préserver une société conservatrice.
De plus, préserver une atmosphère morale et spirituelle dans une situation où les gens sont exposés à des contenus immoraux et où la manifestation des instincts sexuels devient monnaie courante, devient extrêmement difficile. Pour attirer l’attention du public et éveiller leur propre ego sexuel, les femmes accordent une grande importance à la modification de leur apparence (augmentation de certaines parties du corps), et cette situation est devenue une tendance sociale moderne.
Dans les sciences sociales, en particulier en psychologie, une idéologie particulière est imposée aux étudiants. Il s’agit en réalité d’un point de vue, mais il est transmis comme une science. La réalité de la situation éducative montre que l’enseignement de certaines théories conduit à la normalisation de certaines questions intimes entre personnes.
Dans les universités du monde entier, dans l’enseignement des sciences sociales et en particulier de la psychologie, la méthodologie et le paradigme de S. Freud influencent tout le monde. Pour cette raison, l’attitude envers la luxure et la vision sexuelle de l’autre sexe deviennent normales. Sigmund Freud (ci-contre) considère la luxure (l’attirance sexuelle) non seulement comme un instinct biologique, mais aussi comme la principale force motrice de la psyché humaine. Il introduit le concept de libido : l’énergie psychique à la base de tous les désirs d’amour, de création et de plaisir. Il transmet sa propre perception aux autres comme s’il s’agissait d’une science.
Parfois, on trouve dans la science des éléments déshumanisants et immoraux, ce qui signifie que les scientifiques ont ce type de pensée. Ainsi, par le biais de l’éducation et du système éducatif, cet enseignement déshumanisant et immoral pénètre la conscience des masses. Il existe des millions de sites internet qui promeuvent la pornographie, et la débauche est répandue dans la société ; la raison en est que cette attitude existe dans la science.
À titre d’exemple, on peut citer les enseignements biologiques d’Alfred Charles Kinsey. Sa science et son enseignement sur la pornographie, qu’il dispensait aux étudiants universitaires, ont conduit à la corruption morale de la société.
On peut également mentionner les enseignements de Sigmund Freud, considéré comme un pionnier de la psychologie moderne. S. Freud considère l’homme comme un « animal sexuel » et recommande diverses manières de satisfaire les besoins sexuels. Les enseignements de S. Freud deviennent la source de la diffusion de l’immoralité et de la débauche dans la société, mais malheureusement, dans les établissements d’enseignement supérieur, la psychologie est étudiée à travers une « littérature freudienne ».
Le sens de ces propos est que la « civilisation de la luxure » a été renforcée par un fondement scientifique et théorique. Par conséquent, la société, à travers des théories spécifiques, l’éducation et les moyens de diffusion, a établi un lien avec la « civilisation de la luxure » et s’y adapte. Cependant, le développement de la « civilisation de la luxure » a conduit à une dévalorisation réciproque entre les sexes, et, en conséquence, la consommation d’alcool et de substances enivrantes n’est que la pointe de l’iceberg.

Le mode de vie « relâché » est l’idée centrale de la « civilisation de la luxure », qui n’est en réalité qu’extase. Les artisans de cette civilisation créent d’autres moyens et voies pour atteindre l’extase selon la demande et l’époque. Les centres de divertissement, les plages, les spectacles qui mettent à l’épreuve la résistance sexuelle, les films, la pornographie, l’industrie vestimentaire et la musique pop se développent en fonction des besoins sexuels des individus.
Avec le temps, la « civilisation de la luxure » s’est répandue dans les pays aux cultures traditionnelles et conservatrices, conduisant à la destruction de l’ordre social. Progressivement, la honte et la pudeur disparaissent chez les femmes comme chez les hommes, et les actes intimes deviennent la nouvelle réalité sociale.
Selon le classement des pays les plus débauchés du monde (World Population Review), l’Australie occupe la première place. En moyenne, les Australiens ont environ 13 partenaires sexuels, les Brésiliens 9, et la Grèce affiche une moyenne de 10,6. Le Chili, la Nouvelle-Zélande, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse, la Thaïlande et l’Afrique du Sud figurent également dans le top dix. C’est ce mode de vie, reflet de la « civilisation de la luxure », qui s’est répandu au fil du temps et, dans les décennies à venir, de plus en plus de pays apparaîtront dans ce classement. Ainsi, on peut entrevoir une image possible de l’avenir.
L’intelligence artificielle et la technologie numérique moderne ne peuvent ni soigner ni éliminer la corruption de l’humanité. L’homme ne doit pas être considéré uniquement comme un être consumériste, limité à l’ego et à la luxure. Il possède un besoin spirituel particulier. Sinon, pourquoi ressentirait-il à nouveau malaise et tristesse face au développement de la civilisation moderne? La civilisation de la luxure fait disparaître la famille en tant que moyen de développement et de reproduction. D’autres personnes n’ont pas besoin d’une telle unité sociale. Le mariage devient insignifiant à mesure que la famille perd toute valeur. La trahison, l’adultère et la débauche détruisent les familles.
La formation et le développement de la « civilisation de la luxure » sont le reflet de la crise morale et spirituelle. Cette civilisation s’est formée sur la base d’un mode de vie fondé sur l’amoralisme, l’hédonisme et la corruption morale. Elle considère comme son principal accomplissement d’être en phase avec l’ère numérique. Pourtant, il s’agit d’une régression masquée en progrès. Descendre à ce niveau et limiter le bonheur humain à la seule satisfaction des instincts sexuels est une distorsion de l’anthropologie. La promotion sans précédent de la corruption par divers moyens, qui en a fait un mode de vie, ne peut contribuer ni au bonheur ni au développement de l’humanité. La « civilisation de la luxure » s’étend en fonction des conditions du monde, mais son développement est un désastre pour l’humanité. À mesure que la vie mondaine touche à sa fin, nous en découvrons la vérité.
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Ukraine: le MI6 et la CIA paient des dizaines de milliers de mercenaires

Ukraine: le MI6 et la CIA paient des dizaines de milliers de mercenaires
Source: https://www.anonymousnews.org/international/ukraine-mi6-u...
Les lourdes pertes du régime de Kiev dans la guerre en Ukraine obligent ses instigateurs occidentaux à payer à Kiev des contingents de mercenaires toujours plus importants. Douglas MacGregor évoque un chiffre record de plus de 50.000 mercenaires.
par Ernst Fleischmann
Des dizaines de milliers de mercenaires étrangers, financés par le MI6 et la CIA, combattent dans l’armée ukrainienne. Leur nombre s’élèverait à plus de 50.000 hommes, a déclaré le colonel à la retraite de l’armée américaine Douglas MacGregor, ancien conseiller principal du secrétaire américain à la Défense, qui fut également responsable de la planification au sein de l’état-major de l’OTAN lors du bombardement de la Yougoslavie, et occupa un poste similaire lors de la première guerre du Golfe. Il a déclaré sur YouTube:
« J’ai vu des rapports selon lesquels de nombreux mercenaires, c’est-à-dire des non-Ukrainiens en uniforme ukrainien, sont déployés dans la région du fleuve Stary Oskol. J’ai également vu récemment un rapport affirmant qu’au moins 50.000, voire plus, de ces non-Ukrainiens en uniforme ukrainien combattent du côté de l’armée ukrainienne en première ligne. Et ce n’est pas étonnant: l’Ukraine manque de personnel militaire. Il est alors plus simple de laisser le MI6 et la CIA payer des étrangers pour qu’ils se battent pour l’Ukraine – et c’est exactement ce qui se passe. »
Il y a encore deux ans, fin février 2024, ce chiffre était estimé à environ 20.000 hommes par le régime de Kiev lui-même, comme le rapportait alors le Washington Post.
MacGregor a également souligné que, pour les mercenaires, l’argent est aujourd’hui quasiment la seule raison de s’engager dans l’armée de Kiev – notamment au vu des pertes actuelles du côté ukrainien:
« Quoi qu’il en soit, ils trouvent toujours et encore des personnes prêtes à cela. Manifestement, il suffit de mettre une somme importante sous le nez de quelqu’un et d’arranger les choses pour que, par exemple, la famille en profite. »
Le ministère russe de la Défense avait déjà annoncé à plusieurs reprises que des mercenaires venus de Grande-Bretagne, de Géorgie, de Pologne et d’autres pays, notamment d’Amérique latine, avaient été éliminés en Ukraine, estimant les pertes à plusieurs milliers. Le ministère soulignait que le régime de Kiev les utilisait comme chair à canon.
Les soldats de fortune modernes du côté de Kiev ont reconnu, dans de nombreux entretiens, que la direction ukrainienne coordonne mal leurs actions et que leurs chances de survie sont minces — parfois aussi parce que l’intensité du conflit n’est pas comparable à leurs expériences en Afghanistan et au Moyen-Orient.
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lundi, 13 juillet 2026
Pax Silica: l’Europe va-t-elle devenir la vassale numérique des États-Unis?

Pax Silica: l’Europe va-t-elle devenir la vassale numérique des États-Unis?
L’Europe est-elle menacée de devenir, avec la « Pax Silica », la vassale numérique des États-Unis? Tandis que Washington présente cette alliance comme une réponse à la Chine, les critiques y voient la fin de la souveraineté technologique européenne.
Par Yannick Gregory
Source: https://www.freilich-magazin.com/welt/pax-silica-wird-eur...
La semaine dernière, vingt États et organisations – dont l’Union européenne, l’Allemagne et la Grèce – se sont réunis à Washington, D.C., pour rejoindre l’alliance « Pax Silica » menée par les États-Unis, formant ainsi une coalition officielle. Cette alliance a été lancée en décembre 2025 par le sous-secrétaire d’État américain Jacob Helberg (ancien conseiller principal du PDG de Palantir, Alex Karp). L’objectif: coordonner plus étroitement les États participants sur les semi-conducteurs, les matières premières critiques, l’énergie, les infrastructures d’IA et d’autres technologies stratégiques, afin de réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine.
Dans un article intitulé « Le piège de la souveraineté numérique », Helberg explique les principes fondateurs de Pax Silica comme « une coalition de capacités – une façon pour les États qui se font confiance de trouver la meilleure technologie là où elle existe au sein de cette alliance, et d’entrelacer ces forces. Le principe de base est simple et ancien: des partenaires de confiance qui échangent leurs avantages respectifs peuvent accomplir ensemble ce qu’aucun État isolé ne peut réaliser seul. La puissance de calcul de l’un rencontre les ressources de l’autre, les talents d’un troisième et le capital d’un quatrième – et le résultat n’est pas une simple addition, mais une multiplication. »
Entre espoir et dépendance
Pour les Atlantistes européens, Pax Silica a été une confirmation presque rassurante du rôle de leadership internationaliste des États-Unis sous le président Trump. Ainsi, le commentateur allemand en politique de sécurité et partisan d’une intégration plus étroite entre l’UE et les États-Unis, Ulrich Speck, a écrit sur X: «Il serait bien plus sage d’abandonner l’illusion de souveraineté et de considérer l’espace transatlantique comme un espace économique et technologique commun du "monde libre". Séparés, nous ne pouvons pas rivaliser avec la Chine – et la Chine est le véritable défi et la menace pour notre sécurité, notre prospérité et notre liberté».

D’autres voient au contraire dans la vision de Helberg (photo) un sombre avenir pour l’indépendance technologique, économique et politique de l’Europe. Dans un article intitulé «Pax Silica: L’alliance transatlantique qui voue l’Europe à la vassalité éternelle», l’économiste français Julien Pillot écrit: «Si nous passons les prochaines années – voire décennies – à construire des architectures compatibles avec les normes définies par les Américains, l’effet cumulatif ne fera que renforcer la position dominante déjà acquise par les entreprises américaines. Jusqu’au point où le coût d’une sortie sera si élevé qu’il nous liera de fait à une trajectoire de développement technologique contrôlée et dominée par les Américains».
En réaction à Pax Silica, l’analyste allemand en IA Kim Isenberg nomme l’obstacle central qui a fait passer l’Union européenne du statut de défenseur bruyant de l’indépendance technologique à celui de suiveur docile: «L’Europe a parlé pendant des années d’indépendance technologique. Mais lorsque l’IA est devenue réalité, lorsqu’il a fallu parler de puces, d’infrastructures cloud, d’énergie, de matières premières, d’usines de puces et de contrôles à l’exportation, l’Europe a choisi l’intégration dans le système américain».
Pourquoi le temps presse pour l’Europe
Dans l’article désormais viral « Ce que nous risquons si nous ratons la révolution de l’IA », l’initiative Europe 2031 résume l’inquiétude des partisans de la souveraineté numérique en Europe: «Un oracle apparaît soudainement à ta porte et te dit que tu dois te qualifier pour le 200 mètres nage libre aux Jeux Olympiques dans trois ans, sinon le monde s’effondrera. Et tu ne t’entraînes presque pas. Peut-être que tu vas à la salle de sport une fois par semaine. Il n’existe aucune version réaliste où tu te qualifies. Mais l’oracle a raison. Le monde s’effondrera si tu n’y parviens pas. Que devrais-tu faire alors?».
En réalité, l’Europe a encore un long chemin d’« entraînement » à parcourir si elle veut développer, avec les États-Unis et la Chine, des modèles d’IA à la pointe de la technologie. Le premier défi, c’est l’infrastructure: l’Union européenne ne représente que moins de cinq pour cent de la capacité de calcul mondiale pour l’IA de pointe, contre 75% pour les États-Unis et 14% pour la Chine. La plupart des plus grands clusters d’entraînement d’IA et plateformes de cloud au monde sont donc aux mains des Américains. Cela donne aux entreprises américaines un avantage considérable pour attirer les talents, le capital et les clients. Parallèlement, les coûts énergétiques plus élevés en Europe, le marché de l’électricité fragmenté et la lenteur des procédures d’autorisation ont considérablement freiné la construction des centres de données nécessaires pour pouvoir rivaliser technologiquement avec les meilleurs.
22:31 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, intelligence artificielle, pax silica |
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OTAN: l’Europe découvre qu’elle n’a jamais été protégée, mais tenue en laisse par Washington

OTAN: l’Europe découvre qu’elle n’a jamais été protégée, mais tenue en laisse par Washington
par Raphaël Besliu
Source: https://reseauinternational.net/otan-leurope-decouvre-que...
Dans le sillage du sommet de l’OTAN à Ankara, une question que beaucoup préféraient encore taire il y a deux ans s’est invitée sans détour dans les couloirs des chancelleries européennes: que faire si les États-Unis partent? Les responsables de l’Alliance et les dirigeants politiques européens ont commencé, selon le Financial Times, à penser à «l’impensable», une OTAN sans Washington, ou du moins une OTAN radicalement moins américaine. Ce moment de lucidité forcée mériterait d’être salué, si l’on ne mesurait pas à quel point il révèle, derrière l’apparent volontarisme, des décennies d’irresponsabilité stratégique collective.
Une dépendance choisie, une facture présentée
Un représentant français a résumé avec une franchise inhabituelle la séquence ouverte autour du sommet d’Ankara : «Le Groenland a placé l’européanisation de l’OTAN au centre de son agenda. L’Iran a relégué l’européanisation au second plan. Mais de plus en plus, cela devient le seul moyen de sauver l’OTAN». Ce glissement de curseur au gré des crises dit beaucoup. L’européanisation de la défense n’est pas le fruit d’une volonté politique construite, d’une doctrine réfléchie, d’un projet stratégique assumé. C’est une réaction, tardive et contrainte, à la pression américaine. On ne bâtit pas une défense crédible sous la menace d’un abandon.

Le président américain a qualifié l’Alliance de «tigre de papier» sans les États-Unis et a explicitement lié la menace d’un retrait américain au refus de certains alliés d’atteindre 5% du PIB en dépenses militaires, ainsi qu’à leur refus de soutenir la campagne américaine contre l’Iran. On peut contester la méthode, juger le chantage grossier. Mais le diagnostic de fond est difficile à réfuter. Une alliance où un seul membre assure l’essentiel de la dissuasion, du renseignement, de la logistique et du commandement n’est pas une alliance: c’est un protectorat.
Le commandant suprême adjoint des forces alliées de l’OTAN en Europe, Johnny Stringer (photo), l’a lui-même reconnu sans ambages: la doctrine de l’Alliance «s’est arrêtée aux alentours de 1991» et n’a pratiquement pas évolué depuis la première guerre du Golfe.
Trente-cinq ans de stagnation doctrinale dans un environnement stratégique bouleversé à plusieurs reprises. Voilà le bilan réel de la tutelle américaine acceptée sans conditions: une Europe stratégiquement atrophiée, incapable de penser sa propre défense parce qu’elle n’avait jamais eu à le faire.
Un haut responsable britannique a averti que la volonté de l’administration Trump de retirer rapidement ses troupes créait un «moment extraordinairement dangereux». Le danger est réel. Mais il faut avoir l’honnêteté de dire d’où il vient : non pas du retrait américain en lui-même, mais du vide capacitaire que ce retrait révèle. Un continent de 450 millions d’habitants, l’un des premiers pôles économiques mondiaux, qui tremble à l’idée de devoir assurer seul sa propre sécurité, c’est cela, le scandale.
L’argent ne fait pas la stratégie
Les chiffres du réarmement sont présentés comme une preuve de sérieux retrouvé. Les membres non américains de l’OTAN ont augmenté leurs dépenses militaires de 20% l’année dernière, pour atteindre 574 milliards de dollars. L’Allemagne aurait bondi de 24%, à 114 milliards, avec des projections qui la porteraient vers 180 milliards d’ici 2029. Ces montants sont considérables. Ils ne règlent pas la question essentielle.
Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, l’a lui-même concédé: «Nous atteignons pratiquement la limite d’absorption des fonds alloués». Les industries de défense européennes, comme américaines, sont saturées. Les carnets de commandes débordent.
Mais au-delà des capacités industrielles, c’est la question doctrinale qui reste entière. Le responsable britannique cité par le Financial Times le formule nettement: la manière américaine de faire la guerre reposait sur l’emploi d’une force écrasante. Les Européens devront agir autrement, en créant des dilemmes pour l’adversaire, en construisant une «défense en porc-épic». C’est une vision cohérente. Mais elle suppose une pensée stratégique autonome que l’Europe a précisément renoncé à entretenir pendant trente ans.

Dépenser davantage dans le cadre d’une doctrine que l’on n’a pas écrite, avec des équipements dont les standards ont été définis à Washington, en maintenant des structures de commandement intégrées pensées pour la subordination, ce n’est pas de l’autonomie stratégique. C’est du réarmement sous franchise. L’Europe peut doubler ses budgets militaires sans gagner un gramme de souveraineté réelle si elle ne tranche pas les questions politiques fondamentales: qui commande, selon quelle doctrine, pour défendre quels intérêts, définis par qui?
Ce sont précisément ces questions que les responsables européens, à en croire les échanges rapportés autour du sommet d’Ankara, commencent à peine à formuler. Formuler, pas résoudre. Le représentant français le dit d’ailleurs avec lucidité: «Moins d’Amérique, ce n’est pas simplement moins de troupes ou de chars venant à notre secours: c’est une question de savoir comment nous combattrons si nous n’avons pas besoin de combattre comme les Américains». C’est la bonne question. Elle aurait mérité d’être posée en 2002, en 2008, en 2014. Elle l’est en 2026, sous la pression d’une administration américaine qui menace de claquer la porte. L’urgence est mauvaise conseillère en matière de doctrine militaire.
Ce que révèle ce moment, au fond, c’est moins la brutalité de Trump que la fragilité d’une construction sécuritaire européenne bâtie sur le confort d’une garantie extérieure plutôt que sur l’exigence d’une autonomie assumée. Les États-Unis ont intérêt à maintenir leur présence en Europe, c’est un levier de puissance considérable. Mais ils ont aussi la capacité de s’en passer stratégiquement. L’Europe, elle, n’a toujours pas démontré qu’elle pouvait exister sans eux sur le plan militaire. C’est cette asymétrie fondamentale, et non les déclarations de Trump, qui constitue le véritable problème.
Source : Géopolitique Profonde, https://geopolitique-profonde.com/actualite/otan-leurope-...
14:39 Publié dans Actualité, Défense | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : otan, europe, défense, alliance atlantique, affaires européennes |
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dimanche, 12 juillet 2026
Les Verts veulent livrer d’urgence les missiles Taurus à l’Ukraine : ils sont les premiers des bellicistes allemands!

Les Verts veulent livrer d’urgence les missiles Taurus à l’Ukraine : ils sont les premiers des bellicistes allemands!
Tobias Riegel
Source: https://www.nachdenkseiten.de/?p=153561
Avec une récente motion au Bundestag visant à livrer « enfin et sans délai » des missiles Taurus allemands à l’Ukraine, les Verts confirment une fois de plus leur statut de militaristes les plus impitoyables du Parlement. L’exigence des Verts de détruire « des rampes de lancement, des dépôts de munitions et des sites de production » sur le territoire russe à l’aide de missiles allemands est d’une telle irresponsabilité qu’il est difficile de trouver les mots pour fustiger cette option politique. Un commentaire de Tobias Riegel.
Comme le rapportent les médias, les Verts ont déposé mercredi dernier au Bundestag une motion demandant la livraison de missiles de croisière Taurus et d’autres mesures pour un appui encore plus soutenu à l’Ukraine. La motion des Verts se trouve sur format pdf, et on peut notamment y lire:
« Il est en outre nécessaire de permettre à l’Ukraine d’attaquer avec précision des cibles militaires situées derrière le front, afin de réduire durablement la capacité offensive de la Russie. La destruction de rampes de lancement, de dépôts de munitions et de sites de production peut contribuer à diminuer l’intensité des attaques contre la population civile. De telles mesures sont conformes au droit international et servent directement à la protection de la population. Le gouvernement fédéral devrait donc abandonner son blocage concernant la livraison de missiles de croisière et mettre sans délai le Taurus à la disposition de l’Ukraine. »
Le résultat du vote illustre le rôle très radical que jouent les Verts, même parmi les nombreux autres bellicistes qui siègent au Bundestag: selon Abgeordnetenwatch, la motion des Verts a été rejetée par 510 voix contre, et soutenue par 79 voix pour, et une abstention.
« Le parti le plus dangereux du Bundestag »
Ce rejet est certes une bonne chose, mais cela ne signifie nullement que le pacifisme règne désormais au Bundestag en dehors des Verts. Bien sûr, le comportement de vote est aussi lié à la discipline de groupe. De plus, la politique du gouvernement fédéral envers l’Ukraine doit elle-même déjà être qualifiée de radicale, destructrice et dangereuse. Certaines composantes de la CDU sont depuis longtemps favorables à la livraison des Taurus.
Mais il y a toujours plus destructeur, et les Verts assument ici – à l’instar d’un Roderich Kiesewetter par exemple – par leur radicalité particulière sur la question de la guerre, la fonctions de relativiser en comparaison le caractère déjà radical de la politique ukrainienne du gouvernement fédéral. La coalition Noir-Rouge peut alors prétendre: « Voyez, il existe des forces au Parlement qui sont encore plus irresponsables que nous ».
Et l’exigence qui veut que, 85 ans après l’agression allemande contre l’Union soviétique, des missiles allemands détruisent à nouveau des cibles en Russie est d’une telle irresponsabilité que les mots nous manquent pour dénoncer cette posture. À l’ancienne déclaration de Sahra Wagenknecht, selon laquelle les Verts seraient le parti le plus dangereux du Bundestag, les Verts viennent d’apporter une nouvelle confirmation.
19:52 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, bellicisme, allemagne, verts, missiles taurus, europe, affaires européennes |
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La tyrannie réglementariste

La tyrannie réglementariste
Par Juan Manuel de Prada
Source: https://noticiasholisticas.com.ar/la-tirania-ordenancista...
Lors de la dernière journée de la récente Foire du Livre de Madrid, la mairie a donné l’ordre d’évacuer et de fermer le parc du Retiro « face au danger de tempête ». Les centaines d’éditeurs et de libraires, qui participaient à la foire, ont obéi sans broncher à l’injonction, qui a dû leur causer un grand préjudice financier ; car, vu qu’il s’agissait du dernier dimanche après-midi de la foire, les prévisions de ventes étaient très élevées. C'est ce que l’on appelle, selon Étienne de La Boétie, la « servitude volontaire ».
Finalement, il n’y eut ni tempête ni diable. À huit heures du soir, un petit vent s’est levé et fut suivi d'une pluie insignifiante, voire supportable. Cela aurait été une de ces magnifiques fins d’après-midi entrecoupées de pluie, qui sont l’emblème même de la Foire du Livre de Madrid: jusqu’à vingt heures, les ventes auraient été très importantes ; et à partir de vingt heures, le public serait parti en masse, occasion que libraires et auteurs auraient mise à profit pour discuter agréablement, tandis que, de temps en temps, un lecteur intrépide et détrempé serait venu aux stands demander la dédicace de son écrivain préféré. C’est ainsi que cela se passe depuis des décennies à la Foire du Livre de Madrid, sans qu’aucun incident ne soit jamais survenu.
Mais voilà qu’il y a quelques années, un enfant est mort dans le Retiro, écrasé par un arbre tombé sur lui lors d’une tempête. J’ignore si l’arbre était sain et vigoureux et a fini par céder à la force du vent, ou s’il s’agissait au contraire d’un arbre décrépit que les services municipaux n’avaient pas abattu par négligence. Mais qu’une personne meure tous les dix ou vingt ans, écrasée par un arbre dans le parc du Retiro, bien que ce soit une tragédie déplorable, ne peut justifier que, dès qu’une tempête est annoncée, le parc soit fermé, encore moins lorsqu’y est organisée une foire dont l’économie de nombreuses familles dépend.
En Espagne, sans qu’il y ait besoin de tempête, il se produit chaque jour en moyenne deux accidents liés à des chutes de matériaux en provenance de bâtiments; parfois, l’un de ces effondrements blesse un passant, et dans de rares cas, il y a un décès.
Puisque le zèle réglementariste de la mairie de Madrid ordonne de fermer le Retiro chaque fois qu’une tempête est annoncée (même si l’alerte s’avère ensuite fausse ou exagérée), pourquoi ne pas interdire aux Madrilènes de marcher sur les trottoirs de leurs rues face au danger, bien plus réel, de chutes de corniches ou de balcons? Pourquoi ne pas leur imposer le confinement à domicile chaque fois qu’une tempête réelle ou fictive est annoncée? Et, considérant que les chutes de façades se produisent sans même qu’il y ait de tempête, par simple obsolescence des matériaux, pourquoi ne pas décréter un confinement perpétuel des Madrilènes, qui pourraient ainsi être totalement à l’abri des chutes d’objets et des écrasements suite à des éboulements? Mieux encore, pourquoi ne pas tous les enfermer dans des prisons de haute sécurité pour les sauver aussi des accidents domestiques?
Le malicieux Hobbes expliquait déjà que le Léviathan, s’il veut réduire la liberté de ses sujets, doit d’abord attiser en eux la peur de la mort pour ensuite se présenter comme leur protecteur.
Les fausses garanties de sécurité constituent l’un des mécanismes de manipulation les plus efficaces de toutes les tyrannies qui ont existé dans le monde. Le tyran offre à ses sujets une illusion de sécurité qui exige en contrepartie une soumission de plus en plus totale et inconditionnelle ; c’est ainsi, par exemple, que les pauvres gens soumis ont accepté de vivre, pendant la pandémie de coronavirus, en portant un masque en plein air.
Dans les tyrannies d’autrefois, le tyran inspirait des peurs fondées sur l’existence d’ennemis tangibles (puissances étrangères, races envahissantes, criminels en liberté); dans les tyrannies modernes, le tyran attise des peurs fondées sur des ennemis invisibles que seule la « science » détecte, à travers de savantes statistiques, des bulletins météo, des analyses cliniques, des tests de laboratoire; et ainsi, il est possible de transformer la vie des pauvres gens soumis en un ordonnancement minutieux.
Comme nous l’enseigne Montesquieu, « il n’est point de pire tyrannie que celle qui s’exerce à l’ombre des lois et sous la protection de la justice ». Ou peut-être y en a-t-il une pire encore : celle où le peuple accepte les réglementations les plus insensées, croyant illusoirement que le tyran se soucie de sa sécurité, croyant grotesquement qu’en suivant ses ordonnances il pourra se garantir l’invulnérabilité, même au prix de sa propre ruine, parce qu’il a fini par aimer la servitude. C’est ce qui arrive en cette époque maudite.
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La Russie, l’Asie centrale et les enjeux de la politique infrastructurelle

La Russie, l’Asie centrale et les enjeux de la politique infrastructurelle
Leonid Savin
Nous nous trouvons actuellement dans une situation de turbulence géopolitique. D’un côté, pour beaucoup, cela signifie incertitude et instabilité politique. Pour d’autres, c’est un bon moment sur le plan géoéconomique, en particulier pour les acteurs qui restent en dehors des principaux conflits. Les politologues évoquent également l’essor des puissances moyennes, qui saisissent les opportunités existantes pour améliorer leur position en politique, économie, diplomatie et relations internationales.
Dans le même temps, il existe l’opinion selon laquelle, alors que le système mondial passe de l’unipolarité à la multipolarité, nous vivrions un moment « techno-polaire ».
Même les pays technologiquement avancés ou les groupes d’États tels que l’UE et les États-Unis s’inquiètent fortement de leur souveraineté en matière de technologies critiques, notamment la microélectronique et les industries de haute technologie. La raison en est la même: la désindustrialisation des dernières décennies et la tentative d’utiliser la mondialisation pour exploiter d’autres pays vers lesquels la production avait été délocalisée. Mais avec la défragmentation mondiale actuelle, le leadership technologique devient la clé non seulement des avantages économiques, mais aussi de la stabilité géopolitique.
L’instabilité globale nous amène également à réfléchir à la fiabilité des partenaires – les États fragiles pourront-ils, si leur situation politique ou économique se détériore, honorer leurs engagements ?
L’élément de liaison entre tous les acteurs est l’infrastructure. Récemment, un terme spécifique est apparu: l’infra-politique, qui reflète la manière dont les décisions politiques influent sur la situation des systèmes infrastructurels. Tous les États sont des maillons de la chaîne complexe d’interdépendance de l’économie mondiale.
D’autres risques peuvent s’y ajouter. Ainsi, les sanctions peuvent avoir des effets à long terme sur des pays tiers, car en général, elles visent des secteurs de l’économie qui impactent directement la concurrence économique et la capacité de défense du pays. Certains estiment que même le changement climatique peut également constituer une menace pour l’accès aux produits essentiels et aux innovations technologiques.
L’UE, par exemple, en est arrivée aux conclusions suivantes concernant la géopolitique des chaînes d’approvisionnement :
– il existe des risques significatifs liés à la diversification commerciale en raison de la fragilité des États, de la coercition économique et de la vulnérabilité climatique ;
– une stratégie de diversification sera probablement appliquée aux matières premières ou aux composants, plutôt qu’aux secteurs de haute technologie tels que les processeurs de données, les télécommunications ou les superordinateurs, qui nécessitent de lourds investissements pour être viables ;
– les partenariats commerciaux existants de l’UE constituent une bonne base pour la diversification.
En parallèle, l’UE a tenté d’introduire des droits de douane et des mesures restrictives spéciales, espérant ainsi obtenir un avantage concurrentiel. Et la nouvelle politique tarifaire de Donald Trump montre que cela n’apporte qu’une grande incertitude dans les relations transatlantiques (et au-delà), recréant effectivement un régime de grandes puissances plus caractéristique du XIXᵉ siècle que du XXᵉ siècle avec ses guerres mondiales et son système bipolaire de la seconde moitié du siècle. Reste à savoir si les principaux acteurs joueront la même partition ou si chacun aura la sienne.

Il semble que la seconde option soit plus probable et, dans le contexte de la géostratégie, nous devrions porter plus d’attention à l’Eurasie. Géopolitiquement, elle a toujours été le prix convoité par les acteurs extérieurs comme la Grande-Bretagne ou les États-Unis. Il existe une sorte d’idée fixe sur le contrôle de l’Eurasie, que l’on retrouve dans les ouvrages de H. Mackinder, N. Spykman et Z. Brzezinski.
Pour cette raison, la pression sur la Russie – le Heartland de l’Eurasie – se poursuit. Pour la même raison, les pays occidentaux tentent activement de pénétrer en Asie centrale, l’arrière-pays, qui est un lien organique entre le Nord et le Sud, ainsi qu’entre l’Ouest et l’Est de l’Eurasie.
En tant qu’ex-républiques soviétiques, ces pays disposent déjà d’une certaine infrastructure, mais en tant qu’États indépendants, ils ont leurs propres intérêts, souvent en contradiction avec ceux de leurs voisins. Tout d’abord, il existe des disputes constantes sur le contrôle des ressources en eau, rares dans la région, ce qui soulève automatiquement la question de l’hydro-hégémonie. L’énergie est un autre facteur important. Outre les réseaux électriques existants, la possibilité de construire de nouvelles centrales nucléaires est envisagée.
L’entreprise russe Rosatom a déjà des contrats avec le Kazakhstan et l’Ouzbékistan, où la construction d’unités de production d’électricité est prévue. Des négociations sont en cours avec le Kirghizistan pour la construction de centrales nucléaires de faible puissance. L’accroissement de l’indépendance énergétique grâce à de tels projets aidera considérablement ces pays et réduira les tensions liées à la faim énergétique. Il faut considérer tout cela dans le contexte des défis mondiaux actuels, liés aussi au changement climatique, à l’utilisation de nouvelles technologies comme les centres de données, ainsi qu’à l’extraction continue de minerais, du pétrole et du gaz aux terres rares.
En même temps, il est impossible de ne pas prêter attention aux mythes de la soi-disant économie verte, dont les éléments actifs pourraient avoir un effet indésirable à l’avenir. Par exemple, les panneaux solaires et les éoliennes. En plus du fait que leur fabrication nécessite des composants associés à une production polluante, il n’existe pas de technologie véritablement écologique pour l’élimination des panneaux usagés ou des pales d’éoliennes. Par conséquent, ils ne peuvent pas être considérés comme 100 % respectueux de l’environnement. De plus, il faut tenir compte des rapports de prix des producteurs – la Chine domine actuellement dans ce secteur, où la surproduction de ces produits, ainsi que des véhicules électriques, est manifeste. Dans le cadre de la stratégie « Belt and Road », la Chine procède également à des interventions commerciales dans la vente de systèmes de production d’énergie alternative.

Ainsi, nous observons un type particulier de concurrence, où la Chine possède un avantage évident, puisque ce segment reste demandé par les consommateurs extérieurs.
Si nous continuons à parler de la concurrence dans la région, la Turquie est un autre acteur actif, mais elle tente d’agir par des stratégies culturelles et politiques – à travers l’Organisation des États turciques, en construisant une idéologie artificielle d’identité commune. Parallèlement à la stratégie culturelle et politique, une voie économique est également développée, comprenant la vente de marchandises et l’intérêt des entreprises de construction. Ces entreprises sont théoriquement intéressées par le développement des infrastructures des pays d’Asie centrale, car cela leur permet d’obtenir des contrats de construction.
Cependant, il reste deux acteurs majeurs – l’Iran et l’Afghanistan. Les deux pays ont montré une résilience remarquable face à la pression extérieure, y compris l’usage de la force militaire. Les deux nécessitent une reconstruction et un développement à long terme, notamment par le biais de projets d’importance internationale comme le corridor Nord-Sud, le gazoduc TAPI et bien d’autres initiatives.
Nous avons maintenant dressé un tableau des faits. Cependant, des solutions concrètes sont nécessaires pour mettre en œuvre des stratégies à grande échelle. Cela dépend désormais des dirigeants politiques des pays de la région. Pour sa part, la Russie est intéressée par le renforcement de la stabilité de ce « ventre mou » de l’Eurasie, de sorte que l’élargissement des partenariats en matière de projets d’infrastructures serait dans l’intérêt de Moscou.
18:26 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, géopolitique, russie, asie centrale |
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L’Ukraine devient le fondement d’un nouvel ordre militaire européen

L’Ukraine devient le fondement d’un nouvel ordre militaire européen
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Le sommet de l’OTAN à Ankara doit aboutir à trois résultats: une dissuasion crédible et immédiate dirigée contre la Russie, un nouveau partage des charges entre les États-Unis et l’Europe, et un signal clair à Kiev. Les trois points convergent vers le même axe: l'axe Russie–Ukraine.
L’architecture est déjà claire. Les États-Unis restent l’ancre nucléaire et technologique, mais réduisent leur part dans la défense conventionnelle. L’Europe prend en charge les soldats, la production d’armes, la logistique et les coûts. L’Ukraine continue de se battre. Ce n’est pas une situation temporaire, mais une formule: contenir la Russie, maintenir l’Ukraine comme moyen de pression, transformer l’OTAN pour qu’elle soit dirigée par une puissance moins fiable.
La règle des 5%, décidée à La Haye et mise en œuvre à Ankara, impose un redéploiement qui va bien au-delà des budgets de la défense : il s’agit de passer de la politique sociale à la militarisation. Pour l’Allemagne, cela signifie: elle offrira la plus grande aide européenne à l’Ukraine, installera une nouvelle brigade en Lituanie, jouera un rôle de leader dans la Baltique, et tout cela sera financé par un pays qui débat en même temps de la réforme des retraites et du retard en matière d’investissement.
La véritable faiblesse de cette construction, c’est le temps. L’argent peut être alloué par décision du cabinet. Les officiers, les usines de munitions, la défense antiaérienne, les dépôts de pièces détachées, et la volonté sociale d’accepter de lourdes pertes ne se créent pas en quelques années. Celui qui ne regarde que le pourcentage confond symbolique politique et capacité réelle.
Et dans cette formule, l’Ukraine n’a pas besoin de gagner – elle ne doit simplement pas perdre de façon à ce que toute la nouvelle architecture de défense européenne s’effondre avec elle. C’est pourquoi l’aide se poursuivra, même en cas de conflits, de déficits budgétaires et de mécontentement croissant des électeurs européens. L’aide d’urgence à un pays attaqué devient le pilier de la propre architecture de sécurité européenne, un glissement que personne n’admet ouvertement pour l’instant.
La séparation entre dissuasion et capacité de guerre ne tient pas. Plus les troupes, les états-majors, les dépôts et les voies de communication de l'Allemagne sont intégrés dans les structures de l’OTAN, plus la marge de manœuvre politique en cas de crise se réduit. Une escalade sur le flanc est toucherait les structures allemandes dès la première heure – ce n’est pas un effet secondaire, c’est l’objectif.
À cela s’ajoute le rôle croissant de la Turquie: contrôle de l’accès à la mer Noire, industrie de l’armement en expansion, interface entre la Russie, le Moyen-Orient et la Méditerranée. En contrepartie, Erdoğan exige d’être intégré à la structure de défense européenne – une «OTAN à 360 degrés» qui place les menaces du Sud sur un pied d’égalité avec la Russie. L’Allemagne paie et organise, la Turquie devient une charnière, l’Ukraine un avant-poste, et Washington peut, sans perdre de son influence, se consacrer à d’autres régions du monde. Voilà quel est le véritable partage des charges qui était inscrit à l'ordre du jour à Ankara, donc il ne s'agissait pas seulement de l'aide à l'Ukraine.
L’aspect le plus lourd de conséquences: il n’y a toujours pas de but final qui a été désigné. Isolement de la Russie? Reconquête totale par Kiev? Une impasse militaire qui finirait par imposer des négociations? Sans réponse, la dissuasion devient une préparation sans fin pour atteindre le prochain niveau d’escalade.
Ainsi, le sommet d'Ankara prendra bien plus de décisions que celle d'accorder de nouveaux milliards pour Kiev. Il s’agit d’établir un ordre dans lequel l’Allemagne paie et dirige, l’Ukraine continue de se battre, et les États-Unis, bien que moins impliqués, restent la puissance dominante. Cela peut stabiliser l’OTAN à court terme. Mais de là à dire que cela rend l’Allemagne plus sûre, c’est une autre question.
#geopolitique@global_affairs_byelena
14:49 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, otan, europe, affaires européennes, ukraine |
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samedi, 11 juillet 2026
Nord Stream: la plainte que Berlin ne peut plus postposer

Nord Stream: la plainte que Berlin ne peut plus postposer
Elena Fritz
Source : https://t.me/global_affairs_byelena
Pour la première fois, le parquet fédéral allemand a porté plainte en raison du sabotage des gazoducs Nord Stream. Ce n’est pas encore un procès ; la chambre de la sécurité de l’État à Hambourg doit d’abord accepter l’acte d’accusation. Mais rien que l’acte d’accusation suffit à révéler une vérité dérangeante que Berlin aurait préféré refouler.
Serhii K., alors officier d’une unité spéciale ukrainienne, aurait dirigé l’équipe de sabotage composée de sept membres. Il est accusé d’un crime de guerre: l’attaque contre une infrastructure énergétique civile. Des traces d’explosifs retrouvées sur le yacht « Andromeda », des conversations téléphoniques compromettantes depuis sa détention en vue d’une extradition. Les preuves sont considérées comme accablantes.
Et voici la partie du dossier qui, en réalité, devrait faire la une des médias: la défense a affirmé que son client ne pouvait pas être poursuivi, car il avait agi sur ordre d’un État. Immunité fonctionnelle — l’argument qui, habituellement, protège les diplomates et les actes gouvernementaux. La Cour fédérale de justice l’a rejeté. Ce que cela signifie, personne ne devrait l’ignorer: la justice allemande elle-même part du principe qu’un État, que l’Allemagne maintient en vie à coups de milliards, a ordonné une attaque contre une infrastructure critique allemande.
Ce n’est pas un dommage collatéral de la guerre. C’est un allié qui mord la main qui le nourrit, tout en continuant à être nourri.
Trois des quatre gazoducs ont été détruits. Ils avaient été construits pour le marché énergétique allemand, appartenant à la panoplie de l’infrastructure critique de l'Allemagne.
Ce n'était pas une attaque contre des biens infrastructurels russes, mais contre le territoire allemand.
Et Berlin a réagi non pas en réexaminant son soutien à l'Ukraine, mais en l’amplifiant!
Même entre alliés, le récit se fissure. Les tribunaux polonais ont refusé à plusieurs reprises d’extrader les suspects. Pour une partie de la classe politique polonaise, le sabotage était simplement un acte légitime contre les intérêts russes, pas un crime. Si même les alliés ne sont pas d’accord sur le fait qu’il s’agisse d’un crime ou d’une aubaine pour la sécurité de l’Europe, cela devrait faire réfléchir tous ceux qui considèrent la politique inconditionnelle de Berlin comme la seule option possible.
À court terme, le gouvernement allemand séparera justice et politique, invoquera l’indépendance judiciaire, continuera à payer, à livrer. Mais chaque nouveau témoignage à Hambourg rendra plus pressante la même question dérangeante: combien de temps pourrons-nous ignorer que notre propre protégé a peut-être agi délibérément contre nous-mêmes, sans que cela n’ait la moindre conséquence? La charge explosive ne se trouve plus au fond de la mer Baltique aujourd’hui. Elle se trouve dans les dossiers du tribunal supérieur de Hambourg, et Berlin ne pourra pas l’ignorer éternellement.
#geopolitique@global_affairs_byelena
20:35 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gazoducs, allemagne, nord stream, mer baltique, actualité, europe, affaires européennes |
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La City contre la Russie? Derrière la crise européenne, le retour de l’antique guerre entre la mer et la terre

La City contre la Russie? Derrière la crise européenne, le retour de l’antique guerre entre la mer et la terre
par Nicola Bielli
Source : Come Don Chisciotte & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-city-contro-la...
Alors que l’Europe assiste à une nouvelle escalade de la confrontation entre l’OTAN et la Russie, une question demeure en marge du débat public: pourquoi le Royaume-Uni semble-t-il souvent plus déterminé que d’autres pays européens à adopter une ligne de plus en plus dure envers Moscou?
Les explications officielles sont bien connues : défense de l’Ukraine, protection du droit international, sécurité européenne, endiguement des ambitions géopolitiques du Kremlin. Ce sont assurément des arguments pertinents, mais ils ne suffisent peut-être pas à expliquer l’ensemble du tableau.
Pour comprendre les racines profondes de la posture britannique, il faut peut-être regarder ailleurs. Non pas vers Westminster, mais vers le cœur financier de Londres. Non pas vers les récits quotidiens de la guerre en Ukraine, mais vers les structures de pouvoir qui traversent l’histoire britannique depuis des siècles.
C’est ici que la réflexion de l’économiste Richard Murphy offre une perspective originale et provocatrice.
Selon Murphy, l’un des spécialistes les plus connus des dynamiques fiscales et des paradis offshore, la City de Londres n’est pas simplement un quartier financier. Il s’agit d’une structure de pouvoir dotée de caractéristiques exceptionnelles à l’intérieur de l’État britannique.

« Britannia rules the waves » de Nicholas Habbe : Britannia – armée d’une lance, d’un casque et d’un bouclier orné des armes royales britanniques – est assise sur un quadrige aux côtés de Neptune, armée de son trident.
La City of London Corporation, qui gouverne le fameux Square Mile, constitue en effet une anomalie presque unique dans le monde occidental. Les entreprises peuvent y voter lors des élections. Elle dispose de ses propres institutions, de sa propre police et d’un accès privilégié aux centres de décision du pouvoir britannique. Formellement, il s’agit d’une administration locale. En substance, affirme Murphy, elle représente le centre politique d’un réseau financier mondial.
Ce n’est pas un simple héritage médiéval subsistant par inertie. Selon cette interprétation, la Corporation continue d’exercer une fonction précise : défendre les intérêts du capital financier contre toute forme de contrôle démocratique susceptible de limiter sa liberté de mouvement.
C’est une thèse radicale. Mais c’est justement à partir de cette thèse qu’il devient possible de lire sous un autre angle certaines des grandes dynamiques géopolitiques contemporaines.
Au cours des quarante dernières années, le Royaume-Uni a connu une transformation économique profonde. Le pays qui avait porté la révolution industrielle a progressivement réduit le poids de l’industrie manufacturière. Des districts entiers de production sont entrés en crise. Mines, aciéries et chantiers navals ont laissé place à une économie de plus en plus dominée par la finance, les services et la gestion internationale des capitaux.
La City est devenue le cœur battant de ce nouveau modèle.
Londres n’exporte plus principalement des biens industriels. Elle exporte des services financiers, des assurances, des conseils juridiques, des instruments d’investissement et d’intermédiation mondiale.
En d’autres termes, la prospérité d’une partie significative de l’establishment britannique dépend aujourd’hui de la survie d’un ordre international fondé sur la libre circulation des capitaux et sur la centralité des institutions économiques occidentales.
C’est à ce stade que le raisonnement économique se transforme inévitablement en raisonnement géopolitique.
Car chaque système économique développe sa propre vision du monde et sa propre conception de la sécurité.
Historiquement, la puissance britannique fut celle de la mer. L’Empire britannique a bâti sa grandeur en contrôlant les routes commerciales, les échanges maritimes, les assurances et la finance internationale. Il ne dominait pas par la continuité territoriale, mais par les réseaux.


Russie: plaine fertile et steppe.
La Russie a représenté pendant des siècles son opposé.
Une immense puissance continentale, fondée sur le contrôle de l’espace terrestre, des ressources naturelles et de la profondeur stratégique. Une civilisation géopolitique construite autour de la terre, non de la mer.
L’histoire européenne a largement été l’histoire de cette confrontation.
Du Grand Jeu en Asie centrale à la guerre de Crimée, de l’époque tsariste à la Guerre froide, Londres a constamment considéré la Russie comme son principal rival continental.
La fin de l’Union soviétique semblait refermer ce chapitre, mais aujourd’hui, le conflit est revenu.
Et ce n’est peut-être pas une simple coïncidence.
Selon la lecture proposée par Murphy, la City représente l’évolution moderne de la puissance maritime traditionnelle britannique. Non plus une thalassocratie fondée sur les flottes militaires et les colonies, mais une thalassocratie financière reposant sur les flux de capitaux, les marchés mondiaux et le réseau offshore reliant Londres aux anciennes structures de l’Empire.
Dans cette perspective, la Russie n’apparaît pas simplement comme un adversaire géopolitique ; elle incarne quelque chose de plus profond : la persistance d’une logique alternative à celle de la mondialisation financière. Une logique fondée sur la souveraineté de l’État, le contrôle des ressources stratégiques et la capacité de s’affranchir – au moins en partie – de l’influence des grands centres financiers occidentaux.
C’est de là qu’émerge une question inévitable.
Si la centralité de la City dépend de l’existence d’un certain ordre mondial, que se passe-t-il lorsque cet ordre entre en crise ?
La montée en puissance de la Chine, le renforcement des BRICS, la recherche de systèmes de paiement alternatifs au dollar et l’émergence de nouvelles alliances eurasiatiques érodent progressivement les équilibres qui ont caractérisé le monde depuis 1991.
Pour les élites financières occidentales, il s’agit d’une transformation potentiellement historique, et c’est dans ce contexte que certains observateurs interprètent l’activisme croissant du Royaume-Uni dans la crise ukrainienne.Londres s’est souvent retrouvée en première ligne dans le soutien militaire à Kiev. Elle a appuyé des sanctions de plus en plus sévères contre Moscou. Elle a encouragé une posture stratégique particulièrement affirmée dans la Baltique, la mer du Nord et dans les zones de contact entre l’OTAN et la Russie.
Selon la lecture critique proposée par Murphy, ces choix ne peuvent être compris uniquement à travers le prisme de la sécurité militaire.
Ils refléteraient aussi la nécessité de défendre un système économique et financier qui considère toute réduction de sa centralité mondiale comme une menace.
Naturellement, cette interprétation reste sujette à débat. Il n’existe aucune preuve démontrant une direction directe de la City sur les décisions stratégiques britanniques. Il ne serait pas non plus correct de réduire toute la politique étrangère du Royaume-Uni aux seuls intérêts financiers, mais il serait tout aussi naïf d’ignorer le poids que les structures économiques exercent sur les choix géopolitiques des États.
La véritable question concerne alors l’avenir de l’Europe.Si la confrontation avec la Russie continue de s’intensifier, le continent risque de se retrouver à nouveau piégé dans la logique des blocs opposés. Une logique que l’histoire du XXe siècle a déjà montré capable de transformer des rivalités économiques et stratégiques en conflits dévastateurs.
C’est précisément ici que le raisonnement de Murphy prend une dimension inquiétante.
Lorsqu’une structure de pouvoir perçoit la possibilité de perdre sa position dominante, la tentation de répondre par l’escalade peut devenir très forte. Pas nécessairement par choix délibéré, mais comme conséquence d’une logique systémique qui identifie sa propre survie à celle de l’ordre existant.
La question finale demeure donc ouverte.La tension croissante entre l’Occident et la Russie n’est-elle vraiment qu’une bataille pour la sécurité européenne? Ou bien assistons-nous aussi à la réaction d’un système financier mondial qui voit son hégémonie menacée?
Au cœur de Londres, dans ce mile carré qui continue d’exercer une influence disproportionnée sur les affaires du monde, se trouve peut-être une partie de la réponse.
La City de Londres n’est pas simplement un centre financier. C’est le cœur d’un modèle politique, économique et social spécifique, que l’on pourrait qualifier de financiarisme oligarchique transnational. Selon Murphy, le problème n’est pas la finance en soi, mais le fait que la finance soit devenue le principe organisateur de toute la société. Dans ce modèle, le pouvoir ne découle pas principalement du vote, du travail ou de la production industrielle, mais de la mobilité du capital. Celui qui contrôle le capital financier dispose d’un levier de pouvoir supérieur à celui des gouvernements démocratiquement élus. La conséquence en est une transformation profonde de la démocratie. Formellement, les institutions démocratiques continuent d’exister: on vote, on élit des parlements, on forme des gouvernements. Pourtant, soutient Murphy, le champ des décisions réellement possibles est restreint par la nécessité de ne pas perturber les marchés financiers. Les gouvernements peuvent changer, mais à l’intérieur de limites définies par la réaction des investisseurs, des banques, des fonds et de la City.
Il naît ainsi une sorte de démocratie conditionnée. Les élections déterminent qui gouverne, mais ne décident pas pleinement de ce qui peut être fait. La souveraineté populaire est subordonnée à la confiance des marchés.
Dans cette perspective, le système fiscal joue un rôle central. Murphy interprète le réseau offshore britannique non comme une dérive du capitalisme, mais comme l’un de ses instruments fondamentaux. Les paradis fiscaux liés au Royaume-Uni – des Îles Caïmans aux Îles Vierges britanniques, en passant par Jersey et Guernesey – permettent aux grandes fortunes d’échapper à la fiscalité, à la régulation et, surtout, au contrôle démocratique.
C’est de là qu’émerge un second élément du modèle: la séparation entre la richesse et la responsabilité sociale.
Dans la tradition de l’État social européen, ceux qui bénéficient le plus de l’économie contribuent aussi le plus au financement de la collectivité. Dans le modèle dénoncé par Murphy, au contraire, le capital acquiert la possibilité de se soustraire à ce pacte. Les élites économiques deviennent de moins en moins dépendantes du territoire national, tandis que les citoyens ordinaires restent liés à l’État, aux services publics et à la fiscalité ordinaire.
Il se crée ainsi une double citoyenneté implicite: d’un côté, les citoyens ordinaires, soumis aux lois, aux impôts et aux décisions publiques ; de l’autre, le capital mobile, qui peut se déplacer à sa guise, choisir la juridiction la plus avantageuse et menacer constamment de s’exiler.
Selon Murphy, cela produit une forme de chantage permanent. Toute tentative d’augmenter la fiscalité sur les grandes fortunes, de renforcer les droits des travailleurs ou d’accroître les dépenses publiques se heurte immédiatement à l’objection selon laquelle «les capitaux vont partir».
Le résultat est un État progressivement affaibli.
C’est ici qu’émerge le troisième pilier du modèle: la suprématie de la rente sur la production.
Murphy soutient que la centralité de la City a poussé le Royaume-Uni à abandonner progressivement l’industrie manufacturière et les investissements productifs. Au lieu de créer de la nouvelle richesse par l’industrie, la recherche et l’innovation, l’économie est orientée vers la gestion d’actifs financiers, la spéculation immobilière et la valorisation du patrimoine existant. Dans ce contexte, le logement cesse d’être un bien social et devient un investissement.
Les villes cessent d’être des lieux de vie et deviennent des portefeuilles immobiliers. Les entreprises sont évaluées davantage pour leur valeur boursière que pour ce qu’elles produisent. Le capital recherche des rendements financiers immédiats plutôt qu’un développement productif à long terme. La société qui en découle se caractérise par des inégalités croissantes. Une minorité liée aux circuits financiers mondiaux accumule de plus en plus de richesses, tandis que les salaires, les services publics et les investissements territoriaux stagnent. D’un point de vue sociologique, Murphy décrit une société divisée entre :
- une étroite élite financière globale ;
- une classe professionnelle au service de la finance ;
- une majorité de travailleurs et de citoyens qui subissent les conséquences de décisions prises ailleurs.
De là découle aussi une crise de la légitimité démocratique. Si les citoyens ont le sentiment que tout gouvernement doit de toute façon obéir aux mêmes intérêts financiers, la défiance envers les institutions et la politique s’accroît. En effet, pour Murphy, le populisme contemporain ne naît pas seulement de facteurs culturels ou identitaires, mais aussi de la perception qu’il existe deux systèmes de règles: un pour la population et un pour le capital global.
En toile de fond, on devine une conception presque néo-impériale du pouvoir britannique. Murphy suggère que la fin formelle de l’Empire n’a pas éliminé les structures de domination bâties durant l’ère coloniale. Celles-ci se seraient transformées en un réseau financier mondial centré sur la City, capable d’exercer son influence sans contrôle territorial direct.
L’Empire des canonnières aurait été remplacé par l’Empire des flux financiers.
Au final, c’est un modèle de société très précis qui se dessine, ni une démocratie sociale fondée sur le travail, ni un État-nation gouvernant l’économie, ni même un capitalisme productif tourné vers l’industrie, mais un système où le capital financier global occupe le sommet de la hiérarchie, où l’État devient le garant de sa liberté de mouvement et où la démocratie s’adapte progressivement aux besoins de la finance.
Pour Murphy, la City n’est donc pas seulement un lieu géographique au cœur de Londres. Elle est l’expression institutionnelle d’un ordre politique dans lequel la liberté du capital est considérée comme plus importante que la souveraineté démocratique, l’égalité sociale ou le développement productif. C’est la raison pour laquelle il parle non d’une simple réforme, mais d’une véritable transformation constitutionnelle du rapport entre la finance, l’État et la démocratie.
La Grande-Bretagne, et avec elle la vieille Europe, seront-elles sacrifiées par ces élites pour éviter d’avoir à accepter le tournant “telluro-eurasiatique” de l’Histoire?
Sources:
- Richard Murphy, The Joy of Tax (2015) et articles sur le rôle de la "City of London Corporation" et des paradis fiscaux britanniques.
- Susan Strange, Casino Capitalism (1986) et Mad Money (1998).
- Halford J. Mackinder, Democratic Ideals and Reality (1919).
19:53 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, royaume-uni, russie, city of london, histoire, finances |
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Évaluation de la bataille d’Ali al-Taher (Liban)

Évaluation de la bataille d’Ali al-Taher (Liban)
Zeinab Al Saffar
Dans la science militaire et stratégique, lorsque les spécialistes parlent de «perte de prestige», ils font référence à l’effondrement de l’image qu’une force militaire a construite autour de ses capacités supposément incontestées. Cet effondrement entraîne de graves conséquences tactiques, stratégiques et psychologiques.
Le concept de « perte de prestige » dans les études militaires peut être compris à partir des fondements suivants :
Premièrement : l’effondrement de l’équation de la dissuasion
Dans la stratégie militaire, la dissuasion repose sur trois éléments: la capacité, la volonté et la crédibilité (ou la perception que l’ennemi a de cette capacité).
La « perte de prestige » signifie que le troisième élément – la crédibilité – a été détruit. Lorsqu’une armée qui possède une supériorité technologique et de feu écrasante échoue à atteindre un objectif tactique apparemment simple, comme la conquête de la colline Ali al-Taher, l’adversaire cesse de croire aux menaces de cette armée. En d’autres termes, l’ennemi cesse de craindre sa puissance car celle-ci n’a pas été traduite en succès concret sur le champ de bataille.
Deuxièmement : l’échec de l’application de la doctrine du «Choc et Stupeur»
Les armées conventionnelles tirent une grande partie de leur prestige du principe de la décision rapide et de la démonstration d’une force écrasante capable de paralyser la réflexion et la capacité de résistance de l’ennemi.
La « perte de prestige » signifie que l’adversaire a absorbé le choc initial, s’est adapté à la puissance de feu intense et n’en est plus intimidé. Cela annule, en pratique, l’impact psychologique traditionnellement associé à l’armement avancé.
La « perte de prestige » signifie donc que l’ennemi a absorbé le choc initial, s’est adapté à la puissance de feu intense et n’en est plus intimidé.
Troisièmement : l’inversion de la logique de la guerre asymétrique
Dans les études militaires sur la guerre de guérilla et les forces irrégulières, un principe largement connu, formulé par Henry Kissinger, affirme:
«L’armée conventionnelle perd si elle ne gagne pas; le guérillero gagne s’il ne perd pas».
Le prestige est perdu lorsqu’une armée conventionnelle se retrouve piégée dans une guerre d’usure. La simple survie et la résilience d’un adversaire face à une force militaire beaucoup plus puissante constituent un coup porté au prestige de l’armée conventionnelle et exposent ses faiblesses opérationnelles.
Quatrièmement : la perte d’initiative due à l’audace croissante de l’adversaire
Le prestige militaire fonctionne comme un bouclier psychologique, décourageant l’ennemi d’entreprendre des actions offensives.
Lorsque ce prestige se détériore, la barrière de la peur est brisée. En termes militaires, cela signifie que l’adversaire abandonne l’attitude de défense passive – se limitant à encaisser les attaques – pour adopter une défense active, voire des actions offensives, incluant embuscades, contre-attaques et attaques contre les lignes de ravitaillement. Ce changement se produit parce que l’ennemi commence à croire que l’armée adverse n’est ni invulnérable ni hors d’atteinte.
Cinquièmement : l’érosion du moral interne
Dans « De la guerre », le théoricien militaire Carl von Clausewitz identifie le moral comme l’un des facteurs décisifs de la victoire.
La perte de prestige affecte non seulement l’ennemi, mais aussi l’armée attaquante elle-même. Lorsque les soldats réalisent que la supériorité de leur entraînement, le soutien aérien et le blindage ne suffisent pas à les protéger de la mort face à un adversaire moins bien équipé, des doutes sur le commandement et sur les capacités militaires émergent. Ces doutes mènent à l’hésitation, à la diminution de l’agressivité et à la baisse de l’efficacité au combat.
Sixièmement : la neutralisation de la supériorité technologique
À l’ère moderne, le prestige militaire repose souvent sur la technologie: puissance aérienne avancée, chars lourdement blindés et systèmes de surveillance sophistiqués.
La perte de prestige, dans ce contexte, signifie que l’adversaire a trouvé des méthodes tactiques efficaces pour neutraliser ces avantages, que ce soit via des réseaux de tunnels, le camouflage, des drones d’attaque à longue endurance ou des armes antichar. Par conséquent, la valeur stratégique de cet arsenal technologique est significativement réduite.
Conclusion militaire
Dans la science militaire, la « perte de prestige » représente le moment où une armée cesse d’être une force capable d’imposer sa volonté par la peur et la dissuasion, devenant au contraire une force réactive, prisonnière d’une guerre d’usure et payant un lourd tribut en vies humaines pour chaque mètre avancé.
C’est le moment où les armées découvrent que la supériorité matérielle – l’acier et la puissance de feu – a été effectivement neutralisée par la supériorité humaine, tactique et adaptative de l’adversaire.
Applications pratiques du concept de perte de prestige
L’incapacité à conquérir un objectif géographique spécifique, tel que la colline stratégiquement importante d’Ali al-Taher – qui domine Nabatieh, la région d’Iqlim al-Tuffah et le secteur nord de la rivière Litani – malgré dix jours d’attaques consécutives et quatre jours de bombardements préparatoires ininterrompus, a des implications militaires et stratégiques qui vont bien au-delà d’un simple revers tactique. Elle touche au cœur même du prestige militaire israélien et de sa doctrine de dissuasion.
La signification de cette « perte de prestige », ainsi que l’importance des pertes rapportées – telles que la mort du commandant du 52e bataillon blindé et la destruction de chars Merkava – peut se résumer ainsi :
1. L’effondrement de la doctrine selon laquelle « la puissance de feu garantit l’avancée terrestre »
Les armées conventionnelles, en particulier l’armée israélienne, s’appuient traditionnellement sur une approche de terre brûlée, utilisant une puissance de feu aérienne et d’artillerie massive pour démanteler les défenses avant l’avancée de l’infanterie et des unités blindées.
L’échec de l’avancée après 96 heures d’attaques continues et de bombardements intenses suggère que le soutien aérien et d’artillerie à grande échelle a perdu une grande partie de son efficacité contre les fortifications souterraines, les réseaux de tunnels et les tactiques défensives dissimulées. Cela affaiblit l’aura d’efficacité longtemps associée à la supériorité technologique et aérienne d’Israël.
2. La supériorité des tactiques complexes d’embuscade sur la technologie
Les pertes en personnel et en matériel – notamment la destruction de véhicules lourdement blindés comme les chars Merkava et la mort d’officiers supérieurs – indiquent que les défenseurs ont réussi à transformer la zone autour de la colline en une « zone de mort ».
L’utilisation simultanée de drones d’attaque à longue endurance, de missiles antichars guidés (comme le Kornet) (photo) et de tirs de mortier démontre la capacité des tactiques de guérilla modernes et des méthodes de combat rapproché à neutraliser des avantages technologiques autrefois jugés décisifs.
3. L’effondrement moral et psychologique et la perte de « l’image de la victoire »
Les armées dépendent de l’élan fourni par des victoires rapides pour maintenir le moral et justifier les pertes auprès de l’opinion publique interne.
Quand une force militaire conventionnelle, considérée comme l’une des plus puissantes de la région, reste incapable pendant des jours d’assurer une seule position élevée tout en subissant des pertes importantes, cette colline cesse d’être un simple objectif militaire. Elle devient un symbole et un fardeau psychologique.
Une telle impasse engendre frustration et perte de confiance parmi les troupes, tout en soumettant les dirigeants militaires et politiques à une pression croissante devant l’incapacité à obtenir un résultat décisif ou à afficher une image claire de victoire.
4. La perte d’une position opérationnelle critique et la complication des opérations terrestres
D’un point de vue strictement opérationnel, la colline Ali al-Taher constitue une position dominante et un appui fondamental.
Le contrôle de la colline serait essentiel pour garantir l’arrière-garde des forces israéliennes et protéger les lignes d’approvisionnement en cas de déploiement prolongé au nord du Litani. L’échec à la capturer expose les forces en progression à un feu constant et à une vulnérabilité opérationnelle, privant toute incursion terrestre dans la zone de valeur stratégique significative et la réduisant à une coûteuse guerre d’usure sans perspective claire.
5. La perte du pouvoir de négociation politique
Israël a souvent intensifié ses opérations terrestres pour créer des faits accomplis sur le terrain, utilisables ensuite comme instruments de négociation.
La perte de prestige, dans ce contexte, signifie entrer dans des négociations politiques ou des discussions sur un cessez-le-feu à partir d’une position d’usure sur le terrain, et non de force coercitive. La résistance continue sur la colline prive Israël de la capacité d’imposer ses conditions et donne à l’adversaire une plus grande influence sur le moment et les modalités de tout accord à venir.
Évaluation finale
La persistance de la résistance sur la colline Ali al-Taher, dans ces circonstances, représente bien plus que la défense réussie d’une position géographique. Il s’agit d’un signe fort de l’érosion du mythe de « l’armée invincible ».
Selon cette analyse, la bataille démontre que posséder les avions les plus avancés et les chars les plus puissants ne suffit plus pour vaincre une force combattante déterminée, qui combine une connaissance approfondie du terrain, des réseaux défensifs sophistiqués et une grande capacité d’adaptation tactique. Il en résulte un processus d’usure matérielle et humaine qui affaiblit progressivement le pouvoir de dissuasion sur lequel Israël a bâti une grande partie de son prestige militaire au fil des décennies.
15:36 Publié dans Actualité, Polémologie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, polémologie, liban, israël |
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