vendredi, 03 avril 2026
Le pouvoir du mythe - Souvenirs de Joseph Campbell

Le pouvoir du mythe
Souvenirs de Joseph Campbell
(26 mars 1904 – 30 octobre 1987)
John Morgan
Source: https://counter-currents.com/2026/03/remembering-joseph-c...
Joseph Campbell, le célèbre professeur de mythologie comparée, est né in 26 mars en 1904. Pour de nombreux lecteurs, moi y compris, il a été une «drogue initiatrice » non seulement pour découvrir une nouvelle façon de regarder les mythes, mais aussi pour acquérir une manière non matérialiste de concevoir le monde. Et bien que Campbell soit resté, en tant que figure publique, majoritairement apolitique, des éléments de sa vie privée montrent qu’il était au moins nominalement un « homme de droite ».

Campbell est né dans une famille catholique irlandaise à White Plains, New York. Il a fréquenté le Dartmouth College, puis l’Université Columbia, où il a étudié la littérature anglaise et médiévale. Ce n’était pas un intellectuel uniquement tourné vers les livres, il était aussi un athlète accompli, et en fait, pendant son séjour à Dartmouth, il était considéré comme l’un des coureurs de demi-fond les plus rapides du monde.
C’est pendant ses voyages en Europe et en Asie dans les années 1920 et 1930, ainsi qu’à travers de nombreuses lectures, alors qu’il vivait dans une cabane à Woodstock, dans l'Etat de New York, que Campbell a développé son intérêt pour la mythologie mondiale. Il a également découvert les idées de C. G. Jung, qui allaient influencer profondément toute son œuvre. Il a participé à de nombreuses conférences historiques des cercles Eranos en Suisse, aux côtés de Jung lui-même, mais aussi de figures telles que Mircea Eliade, Karl Kerényi et Henry Corbin, parmi beaucoup d’autres. En 1934, Campbell fut engagé comme professeur au Sarah Lawrence College à New York, poste qu’il occupera jusqu’à sa retraite en 1972, après quoi il s’installa avec son épouse à Honolulu, dans les îles Hawaii.
Fait intéressant concernant la Seconde Guerre mondiale: Campbell était un fervent non-interventionniste (comme son ami, le poète Robinson Jeffers), même après l’attaque de Pearl Harbor. Il donna d’ailleurs une conférence publique à Sarah Lawrence trois jours après l'attaque japonaise, exhortant ses étudiants à ne pas céder à l’hystérie de guerre et à poursuivre leurs études plutôt que de rejoindre l’armée. Il était si passionné par ce sujet qu’il en envoya une copie au romancier allemand Thomas Mann, qui à l’époque travaillait à convaincre les Américains de rejoindre la lutte contre le Troisième Reich, alors qu'il était exilé en Californie (Mann lui répondit de façon très véhémente).
Selon le biographe de Campbell, Stephen Larsen, dans ses journaux, il apparaît comme l’un des premiers « théoriciens du complot » sur Pearl Harbor, soulignant que l’administration Roosevelt cherchait à provoquer les Japonais depuis des années, et il mentionnait que la Marine américaine avait reçu des informations relatives à une attaque imminente, mais que ces avertissements furent ignorés — peut-être délibérément.
Bien que Campbell ait donné de nombreuses conférences publiques et publié de nombreux livres, dont Le Héros aux mille et un visages en 1949, qui était la synthèse la plus complète de ses idées principales, et son opus en quatre volumes Les Masques de Dieu (1959–1968), où il tenta de résumer toutes les mythologies du monde, il resta relativement méconnu en dehors des cercles académiques jusqu’à la fin de sa vie.


Sa célébrité tardive est largement due à l’appui de deux de ses plus grands admirateurs. L’un est Jerry Garcia du groupe Grateful Dead (photo), qui invita Campbell à assister à un concert à Berkeley, en Californie, en février 1985 (Campbell rapporta avoir été impressionné, le comparant aux anciens festivals dionysiaques et aux célébrations de Pâques en Russie).
En novembre 1986, Campbell et Garcia se partagèrent le podium lors d’une conférence à l’UC de Berkeley. L’autre participant était George Lucas, qui a souvent cité la conception du mythe de Campbell dans des interviews comme l’une de ses principales inspirations pour l’écriture des films Star Wars. En effet, dans les années 1980, Lucas invita Campbell à son Skywalker Ranch pour visionner la trilogie entière (Campbell en fit un éloge prudent), et contribua à la réalisation du facteur clé de la renommée tardive de Campbell: la série La Puissance du Mythe de Bill Moyers.
Moyers, figure respectée de la télévision, filma une série d’entretiens avec Campbell au milieu des années 1980, principalement au Skywalker Ranch, montés en six épisodes d’une heure diffusés sur PBS en 1988, accompagnés d’un livre du même nom. La série présente et détaille les idées de Campbell de manière accessible et divertissante. Elle fut très populaire, lors de sa première diffusion comme en rediffusion et en vidéo, et consacra Campbell comme un intellectuel influent et respecté dans la conscience populaire américaine.
Les ventes de ses livres explosèrent également. Malheureusement, il n’a pas vécu assez longtemps pour voir cela, étant décédé l’année précédente, mais il a laissé derrière lui une vaste œuvre où il avait déjà exposé sa vision du monde.
Comme c’est souvent le cas pour les hommes blancs célèbres qui ne se conforment pas à la correction politique: après leur mort, dont celle de Campbell, certains anciens collègues et connaissances ont commencé à l’accuser de racisme et d’antisémitisme. Cette accusation apparut dans un article de Brendan Gill dans le numéro du 28 septembre 1989 de The New York Review of Books, intitulé « The Faces of Joseph Campbell », où il invoquait des preuves purement anecdotiques pour soutenir l’idée que Campbell était antisémite, notamment sa position sur la guerre, le fait qu’il ait loué le germanique Jung tout en dédaignant le juif Freud, et l’amour de la culture allemande ainsi que le rejet général des religions abrahamiques dans son travail — tout cela est indéniablement vrai.
Dans les lettres publiées en réponse, certains défendirent Campbell tandis que d’autres poursuivirent l’attaque, dont un collègue de Sarah Lawrence qui affirma que Campbell avait réagi avec horreur à la politique d'intégration raciale de l’école (encore une fois, aucune preuve n’a jamais été produite). Ses amis indiquèrent que Campbell n’a jamais caché ses sympathies conservatrices, et soulignèrent que le fait qu’il soit favorable à la culture allemande et « païenne » tout en dédaignant le judaïsme et le christianisme n’était pas une preuve de racisme.
Néanmoins, ces accusations ont constamment pesé sur l’œuvre de Campbell, même si elles n’ont pas eu d’effet notable sur la popularité de ses travaux (j’ai entendu parler de cette controverse peu après avoir découvert Campbell, alors que je lisais Le Héros aux mille et un visages dans un restaurant à Ann Arbor, Michigan, en 1995, lorsqu’un serveur passant près de moi m’a demandé: «Tu lis Joseph Campbell, l’ancien antisémite, hein?». J’ai ensuite appris que le serveur était étudiant à l’Université du Michigan.)
En aparté, concernant la question de Campbell homme de droite, j’ai découvert récemment grâce à un commentaire sur une publication antérieure de cette commémoration que Campbell avait été rédacteur associé de Mankind Quarterly, un journal universitaire consacré à l’anthropologie et à la science de la race, publié depuis 1960. Parmi ses rédacteurs, de nombreux noms familiers aux lecteurs de Counter-Currents, dont Edward Dutton, Richard Lynn et Roger Pearson.
Mankind Quarterly n’a jamais cédé à la correction politique et est aujourd’hui vilipendé dans les médias comme étant un « journal suprémaciste blanc », etc. Le fait que Campbell ait accepté d’y associer son nom montre qu’il s’intéressait à la réalité raciale et qu’il n’était pas intimidé par le risque que des personnes mal intentionnées utilisent cette association pour ternir sa réputation.
Qu’elles soient fondées ou non, les accusations d’antisémitisme contre Campbell suivent un schéma typique que doit affronter tout artiste ou érudit qui refuse de se conformer à la ligne officielle.
Si Campbell s’était consacré à « déconstruire » la mythologie, à montrer que le Mahabharata ou les légendes arthuriennes n’étaient que des «récits» exprimant le patriarcat et la répression sexuelle par exemple, ses lacunes personnelles aux yeux du monde académique auraient été ignorées. Ce qui gêne véritablement les universitaires dans l'oeuvre de Campbell, comme dans celles de Jung, de Mircea Eliade ou de René Guénon, c’est qu’ils ont osé affirmer qu’il existe un sens essentiel aux choses, ce qui implique qu’il pourrait exister des valeurs et des traditions dignes d’être préservées.
J’ai découvert la série La Puissance du Mythe en vidéo dans ma bibliothèque locale en 1995, à une période où je cherchais un nouveau sens et une nouvelle direction dans ma vie. J’avais 22 ans, et comme la plupart des Américains, j’avais été éduqué dans une conception strictement matérialiste du monde. Pendant quelques années, je m’étais considéré comme un athée nietzschéen et existentialiste (bien que je n’aie compris qu’à moitié Nietzsche et les existentialistes). Mais j’ai vite trouvé cette position insuffisante en entrant dans l’âge adulte et en commençant à mieux comprendre la complexité de la condition humaine.
C’est la découverte de Colin Wilson, dont j’ai parlé par ailleurs, et de Campbell à cette époque (et, à travers ce dernier, de son propre maître, Jung) qui m’a convaincu qu’il existe plus dans la réalité et dans la vie que ce que l’on peut connaître par les cinq sens. Même si j’ai ensuite trouvé d’autres maîtres et intérêts qui, à certains égards, les dépassent, je resterai toujours reconnaissant envers ces deux figures pour m’avoir «converti» à autre chose qu’au modèle matérialiste moderne.
Le Puissance du Mythe m’a frappé comme une révélation et m’a poussé à lire les autres livres de Campbell. Comme beaucoup aujourd’hui, j’avais toujours pensé que les mythes n’étaient que des histoires pittoresques, avec une simple leçon morale à en tirer. Campbell affirmait que ces mythes sont en réalité des reflets d’une réalité beaucoup plus profonde, à la fois métaphysique et reflétant des processus psychologiques profonds dans notre inconscient qui transcendent l’individu et sont liés à notre mémoire raciale.
Plus important encore, Campbell m’a d’abord montré que le sens était ancré dans quelque chose d’extérieur à nous-mêmes, ce qui était très différent de ce qu’on m’enseignait dans la plupart de mes cours de littérature à l’université. J’ai rapidement commencé à voir tout d’un point de vue « campbellien », et je doute que j’aurais eu l’enthousiasme nécessaire pour terminer mes études sans l’inspiration qu’il m’a apportée.
Le cœur de la vision du monde de Campbell est l’idée de ce qu’il appelait le «monomythe». Il postule qu’au-dessous de toutes les mythologies du monde, il existe une structure unique qu’elles suivent plus ou moins toutes. Cette structure est intemporelle, car elle est inscrite dans notre conscience, et on la retrouve dans les meilleures œuvres d’art et de littérature modernes — Campbell lui-même aimait particulièrement James Joyce, et le terme «monomythe» vient justement de Finnegans Wake — tout autant que dans les anciens mythes.
Campbell croyait que ce monomythe était l’expression de la réalité métaphysique unique qui se cache derrière la simple apparence des choses, et que chaque culture et chaque époque développe ses propres récits pour exprimer cette réalité immuable selon «la conscience non forgée de sa race», pour paraphraser Joyce. En ce sens, il partage des points communs avec les traditionalistes comme Guénon et Julius Evola. Je ne sais pas si les traditionalistes ont commenté Campbell directement, mais ils le critiqueraient sûrement pour les mêmes raisons qu'ils critiquent Jung: à savoir qu’il comprenait les mythes comme contenant des symboles psychologiques et des « archétypes », et comme des représentations de processus psychiques, plutôt que comme des expressions d’une réalité objective (ce que tout « vrai croyant » pourrait reprocher à la conception jungienne du mythe).
Une grande part du succès de La Puissance du Mythe, comme ce fut le cas pour moi, vient du fait que Campbell apparaît dans ses entretiens et conférences enregistrés comme un homme extrêmement sympathique, doté d’un don pour communiquer des idées complexes et des récits avec un langage simple. Il était aussi un conteur magistral. Il incarnait l’image de votre professeur préféré, qui (on l’espère) vous a ouvert aux merveilles du monde des idées et vous a donné la passion ardente d’apprendre davantage sur un sujet particulier. Comme les meilleurs enseignants, ce que vous apprenez de lui n’est que le point de départ d’une longue odyssée qui vous conduit à d’autres idées et à d’autres horizons dans la vie.
Il existe certainement de nombreuses critiques sur la conception des choses de Campbell. Outre les objections des traditionalistes déjà évoquées, certains chercheurs ont affirmé que non seulement Campbell, mais tous ceux qui œuvrent dans les domaines de la mythologie comparée ou de la religion comparée, sont dans l’erreur en mettant l’accent sur les points communs entre les traditions du monde au détriment des particularités qui les distinguent, présentant ainsi un faux universalisme. Il y a peut-être un fond de vérité là-dedans, mais il me semble que cela témoigne surtout du désintérêt postmoderne pour tout ce qui affirme qu’il existe un sens essentiel aux choses, préférant étudier chaque sujet isolément plutôt que comme partie d’un tout. Après tout, comment une histoire vieille de trois mille ans venant de la Grèce antique pourrait-elle enseigner à un Américain d’aujourd’hui plus qu’un roman de Toni Morrison ? En réalité, ces anciennes histoires pourraient même être nuisibles, puisqu’elles dépeignent un mode de vie qui renforce des ordres sociaux anciens plutôt qu’insister sur l’égalité raciale ou la fluidité du genre.
Lors de son procès d’après-guerre pour avoir promu le fascisme, Evola a dit à propos de ses convictions: «Mes principes ne sont que ceux qu'avant la Révolution française toute personne bien née considérait comme sains et normaux». Je soupçonne que Campbell pensait quelque chose de similaire, même s’il n’a jamais formulé cela en des termes aussi provocateurs. Quand on regarde les histoires anciennes, qu’elles soient européennes, indiennes, chinoises, amérindiennes ou autres, il y a incontestablement une vision commune qui défie directement les normes et valeurs que nous considérons comme normales dans le monde moderne.

Et c’est peut-être là la valeur ultime de Campbell selon notre point de vue. Il existe sans doute des érudits plus grands de la mythologie et de la religion à lire. Mais surtout pour les nouveaux venus, il sait ouvrir le monde primordial, intemporel, pré- et anti-moderne de la sagesse qui continue de résider au fond de notre âme et de façonner nos vies, que nous en soyons conscients ou non. Nous faisons tous partie d’une histoire commencée bien avant notre naissance et qui continuera bien après notre mort. Campbell met en lumière cette histoire et notre place en elle comme peu d’autres le peuvent. Et c’est, au fond, ce que la « vraie droite » représente réellement.
13:16 Publié dans Hommages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hommage, joseph campbell, mythologie, mythes |
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