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lundi, 01 juin 2026

Satan et l'Amérique

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Satan et l'Amérique

Claude Bourrinet

Comme chacun sait, la figure de Satan est une importation, dans l'imaginaire biblique, de la culture du Moyen Orient, des pays entre le Tigre et l'Euphrate volontiers manichéens. Les écrits gnostiques (qui recouvrent du reste des variétés d'orientations parfois bien différentes), puisent dans ce substrat. Le moyen âge a connu le Diable, mais sans l'hystérie des Temps modernes.

La scolastique, le thomisme, et, plus tôt, le monachisme bénédictin et cistercien, en avaient gommé les aspérités, pour en atténuer la puissance (le monde, création de Dieu, étant bon, et, d'ailleurs, le Mal n'existant pas, étant un moindre être, un éloignement de Dieu), de même que la Beauté intrinsèque de la création est la trace indubitable du Divin ici-bas - tandis que, pour un protestant, le monde est nécessairement laid, delà l'iconoclasme. C'est plutôt dans les hérésies, chez les Cathares, les adeptes du Saint-Esprit et les contempteurs radicaux de l'Eglise, que l'on trouve une survalorisation de Satan, soit qu'on estime que le monde est sous son emprise absolue, soit qu'on y découvre sa présence permanente et tentante. C'est pourquoi il y a eu infiniment plus de bûchers à sorcières au XVIe siècle, surtout dans les pays protestants, qu'au moyen âge catholique.

Personne n'ignore que la Réforme est pessimiste (Luther a écrit un livre, contre Erasme, sur la Servitude humaine), et que, pour elle, qu'elle fût luthérienne ou calviniste, le péché saisit l'homme entier, pour qui seule la grâce éventuelle est un recours (précaire). Le paradoxe, évidemment, est que c'est dans les pays touchés par le protestantisme que la thèse de l'innocence - de la nature originelle, de l'enfance etc. - s'est imposée (thèse qui n'était somme toute apparue que dans le mythe de l'âge d'or païen, encore présent dans la littérature et la musique pastorales de la Vieille Europe, mais qui n'était qu'un MOTIF humaniste très culturel, réservé aux classes cultivées par les livres, et aux classes populaires par la fête).

p2013_p_v8_af.jpgRousseau en est une sorte de prototype. Mais ce n'est pas étonnant, car, justement, la présence de cette innocence, que l'on trouve à un degré psychodramatique exacerbé dans la culture américaine (les livres de Steinbeck, par exemple, ou le cinéma - je prends au hasard : Asphalt Jungle, de John Houston et de Burnett, qui lient cinéma et littérature, et dont la scène finale, merveilleusement, affronte avec une émotion violente, le monde de la campagne, des chevaux, et celui de la ville, de Babylone), la présence lancinante de cette innocence, donc, présente, certes, mais que l'on n'atteint que péniblement, souvent, comme Moïse, en l'apercevant seulement avant de mourir, sert à souligner la persistance du Mal, dont l'Amérique, pourtant messianique, est presque l'incarnation (elle qui prend pour symbole l'argent, le pouvoir, la puissance, la violence, ce que Jésus a refusé).

L'Amérique est une civilisation qui a accepté Satan comme maître, car il est le seigneur de ce monde de péché. On connaît cette inversion de la main gauche, parmi certains mystique, qui consiste à rejoindre Dieu en appliquant l'exact contraire de ses préceptes, en se livrant à la débauche, au meurtre, à la prédation, au sacrilège, au blasphème, à la souillure. Eh bien, l'Amérique, qui a connu, dans son histoire, l'épisode hautement emblématique des fameuses Sorcières de Salem, est une secte qui a réussi.

22:10 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : satanisme, états-unis | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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