lundi, 13 juillet 2026
Pax Silica: l’Europe va-t-elle devenir la vassale numérique des États-Unis?

Pax Silica: l’Europe va-t-elle devenir la vassale numérique des États-Unis?
L’Europe est-elle menacée de devenir, avec la « Pax Silica », la vassale numérique des États-Unis? Tandis que Washington présente cette alliance comme une réponse à la Chine, les critiques y voient la fin de la souveraineté technologique européenne.
Par Yannick Gregory
Source: https://www.freilich-magazin.com/welt/pax-silica-wird-eur...
La semaine dernière, vingt États et organisations – dont l’Union européenne, l’Allemagne et la Grèce – se sont réunis à Washington, D.C., pour rejoindre l’alliance « Pax Silica » menée par les États-Unis, formant ainsi une coalition officielle. Cette alliance a été lancée en décembre 2025 par le sous-secrétaire d’État américain Jacob Helberg (ancien conseiller principal du PDG de Palantir, Alex Karp). L’objectif: coordonner plus étroitement les États participants sur les semi-conducteurs, les matières premières critiques, l’énergie, les infrastructures d’IA et d’autres technologies stratégiques, afin de réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine.
Dans un article intitulé « Le piège de la souveraineté numérique », Helberg explique les principes fondateurs de Pax Silica comme « une coalition de capacités – une façon pour les États qui se font confiance de trouver la meilleure technologie là où elle existe au sein de cette alliance, et d’entrelacer ces forces. Le principe de base est simple et ancien: des partenaires de confiance qui échangent leurs avantages respectifs peuvent accomplir ensemble ce qu’aucun État isolé ne peut réaliser seul. La puissance de calcul de l’un rencontre les ressources de l’autre, les talents d’un troisième et le capital d’un quatrième – et le résultat n’est pas une simple addition, mais une multiplication. »
Entre espoir et dépendance
Pour les Atlantistes européens, Pax Silica a été une confirmation presque rassurante du rôle de leadership internationaliste des États-Unis sous le président Trump. Ainsi, le commentateur allemand en politique de sécurité et partisan d’une intégration plus étroite entre l’UE et les États-Unis, Ulrich Speck, a écrit sur X: «Il serait bien plus sage d’abandonner l’illusion de souveraineté et de considérer l’espace transatlantique comme un espace économique et technologique commun du "monde libre". Séparés, nous ne pouvons pas rivaliser avec la Chine – et la Chine est le véritable défi et la menace pour notre sécurité, notre prospérité et notre liberté».

D’autres voient au contraire dans la vision de Helberg (photo) un sombre avenir pour l’indépendance technologique, économique et politique de l’Europe. Dans un article intitulé «Pax Silica: L’alliance transatlantique qui voue l’Europe à la vassalité éternelle», l’économiste français Julien Pillot écrit: «Si nous passons les prochaines années – voire décennies – à construire des architectures compatibles avec les normes définies par les Américains, l’effet cumulatif ne fera que renforcer la position dominante déjà acquise par les entreprises américaines. Jusqu’au point où le coût d’une sortie sera si élevé qu’il nous liera de fait à une trajectoire de développement technologique contrôlée et dominée par les Américains».
En réaction à Pax Silica, l’analyste allemand en IA Kim Isenberg nomme l’obstacle central qui a fait passer l’Union européenne du statut de défenseur bruyant de l’indépendance technologique à celui de suiveur docile: «L’Europe a parlé pendant des années d’indépendance technologique. Mais lorsque l’IA est devenue réalité, lorsqu’il a fallu parler de puces, d’infrastructures cloud, d’énergie, de matières premières, d’usines de puces et de contrôles à l’exportation, l’Europe a choisi l’intégration dans le système américain».
Pourquoi le temps presse pour l’Europe
Dans l’article désormais viral « Ce que nous risquons si nous ratons la révolution de l’IA », l’initiative Europe 2031 résume l’inquiétude des partisans de la souveraineté numérique en Europe: «Un oracle apparaît soudainement à ta porte et te dit que tu dois te qualifier pour le 200 mètres nage libre aux Jeux Olympiques dans trois ans, sinon le monde s’effondrera. Et tu ne t’entraînes presque pas. Peut-être que tu vas à la salle de sport une fois par semaine. Il n’existe aucune version réaliste où tu te qualifies. Mais l’oracle a raison. Le monde s’effondrera si tu n’y parviens pas. Que devrais-tu faire alors?».
En réalité, l’Europe a encore un long chemin d’« entraînement » à parcourir si elle veut développer, avec les États-Unis et la Chine, des modèles d’IA à la pointe de la technologie. Le premier défi, c’est l’infrastructure: l’Union européenne ne représente que moins de cinq pour cent de la capacité de calcul mondiale pour l’IA de pointe, contre 75% pour les États-Unis et 14% pour la Chine. La plupart des plus grands clusters d’entraînement d’IA et plateformes de cloud au monde sont donc aux mains des Américains. Cela donne aux entreprises américaines un avantage considérable pour attirer les talents, le capital et les clients. Parallèlement, les coûts énergétiques plus élevés en Europe, le marché de l’électricité fragmenté et la lenteur des procédures d’autorisation ont considérablement freiné la construction des centres de données nécessaires pour pouvoir rivaliser technologiquement avec les meilleurs.
22:31 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaires européennes, intelligence artificielle, pax silica |
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OTAN: l’Europe découvre qu’elle n’a jamais été protégée, mais tenue en laisse par Washington

OTAN: l’Europe découvre qu’elle n’a jamais été protégée, mais tenue en laisse par Washington
par Raphaël Besliu
Source: https://reseauinternational.net/otan-leurope-decouvre-que...
Dans le sillage du sommet de l’OTAN à Ankara, une question que beaucoup préféraient encore taire il y a deux ans s’est invitée sans détour dans les couloirs des chancelleries européennes: que faire si les États-Unis partent? Les responsables de l’Alliance et les dirigeants politiques européens ont commencé, selon le Financial Times, à penser à «l’impensable», une OTAN sans Washington, ou du moins une OTAN radicalement moins américaine. Ce moment de lucidité forcée mériterait d’être salué, si l’on ne mesurait pas à quel point il révèle, derrière l’apparent volontarisme, des décennies d’irresponsabilité stratégique collective.
Une dépendance choisie, une facture présentée
Un représentant français a résumé avec une franchise inhabituelle la séquence ouverte autour du sommet d’Ankara : «Le Groenland a placé l’européanisation de l’OTAN au centre de son agenda. L’Iran a relégué l’européanisation au second plan. Mais de plus en plus, cela devient le seul moyen de sauver l’OTAN». Ce glissement de curseur au gré des crises dit beaucoup. L’européanisation de la défense n’est pas le fruit d’une volonté politique construite, d’une doctrine réfléchie, d’un projet stratégique assumé. C’est une réaction, tardive et contrainte, à la pression américaine. On ne bâtit pas une défense crédible sous la menace d’un abandon.

Le président américain a qualifié l’Alliance de «tigre de papier» sans les États-Unis et a explicitement lié la menace d’un retrait américain au refus de certains alliés d’atteindre 5% du PIB en dépenses militaires, ainsi qu’à leur refus de soutenir la campagne américaine contre l’Iran. On peut contester la méthode, juger le chantage grossier. Mais le diagnostic de fond est difficile à réfuter. Une alliance où un seul membre assure l’essentiel de la dissuasion, du renseignement, de la logistique et du commandement n’est pas une alliance: c’est un protectorat.
Le commandant suprême adjoint des forces alliées de l’OTAN en Europe, Johnny Stringer (photo), l’a lui-même reconnu sans ambages: la doctrine de l’Alliance «s’est arrêtée aux alentours de 1991» et n’a pratiquement pas évolué depuis la première guerre du Golfe.
Trente-cinq ans de stagnation doctrinale dans un environnement stratégique bouleversé à plusieurs reprises. Voilà le bilan réel de la tutelle américaine acceptée sans conditions: une Europe stratégiquement atrophiée, incapable de penser sa propre défense parce qu’elle n’avait jamais eu à le faire.
Un haut responsable britannique a averti que la volonté de l’administration Trump de retirer rapidement ses troupes créait un «moment extraordinairement dangereux». Le danger est réel. Mais il faut avoir l’honnêteté de dire d’où il vient : non pas du retrait américain en lui-même, mais du vide capacitaire que ce retrait révèle. Un continent de 450 millions d’habitants, l’un des premiers pôles économiques mondiaux, qui tremble à l’idée de devoir assurer seul sa propre sécurité, c’est cela, le scandale.
L’argent ne fait pas la stratégie
Les chiffres du réarmement sont présentés comme une preuve de sérieux retrouvé. Les membres non américains de l’OTAN ont augmenté leurs dépenses militaires de 20% l’année dernière, pour atteindre 574 milliards de dollars. L’Allemagne aurait bondi de 24%, à 114 milliards, avec des projections qui la porteraient vers 180 milliards d’ici 2029. Ces montants sont considérables. Ils ne règlent pas la question essentielle.
Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, l’a lui-même concédé: «Nous atteignons pratiquement la limite d’absorption des fonds alloués». Les industries de défense européennes, comme américaines, sont saturées. Les carnets de commandes débordent.
Mais au-delà des capacités industrielles, c’est la question doctrinale qui reste entière. Le responsable britannique cité par le Financial Times le formule nettement: la manière américaine de faire la guerre reposait sur l’emploi d’une force écrasante. Les Européens devront agir autrement, en créant des dilemmes pour l’adversaire, en construisant une «défense en porc-épic». C’est une vision cohérente. Mais elle suppose une pensée stratégique autonome que l’Europe a précisément renoncé à entretenir pendant trente ans.

Dépenser davantage dans le cadre d’une doctrine que l’on n’a pas écrite, avec des équipements dont les standards ont été définis à Washington, en maintenant des structures de commandement intégrées pensées pour la subordination, ce n’est pas de l’autonomie stratégique. C’est du réarmement sous franchise. L’Europe peut doubler ses budgets militaires sans gagner un gramme de souveraineté réelle si elle ne tranche pas les questions politiques fondamentales: qui commande, selon quelle doctrine, pour défendre quels intérêts, définis par qui?
Ce sont précisément ces questions que les responsables européens, à en croire les échanges rapportés autour du sommet d’Ankara, commencent à peine à formuler. Formuler, pas résoudre. Le représentant français le dit d’ailleurs avec lucidité: «Moins d’Amérique, ce n’est pas simplement moins de troupes ou de chars venant à notre secours: c’est une question de savoir comment nous combattrons si nous n’avons pas besoin de combattre comme les Américains». C’est la bonne question. Elle aurait mérité d’être posée en 2002, en 2008, en 2014. Elle l’est en 2026, sous la pression d’une administration américaine qui menace de claquer la porte. L’urgence est mauvaise conseillère en matière de doctrine militaire.
Ce que révèle ce moment, au fond, c’est moins la brutalité de Trump que la fragilité d’une construction sécuritaire européenne bâtie sur le confort d’une garantie extérieure plutôt que sur l’exigence d’une autonomie assumée. Les États-Unis ont intérêt à maintenir leur présence en Europe, c’est un levier de puissance considérable. Mais ils ont aussi la capacité de s’en passer stratégiquement. L’Europe, elle, n’a toujours pas démontré qu’elle pouvait exister sans eux sur le plan militaire. C’est cette asymétrie fondamentale, et non les déclarations de Trump, qui constitue le véritable problème.
Source : Géopolitique Profonde, https://geopolitique-profonde.com/actualite/otan-leurope-...
14:39 Publié dans Actualité, Défense | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : otan, europe, défense, alliance atlantique, affaires européennes |
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