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dimanche, 23 octobre 2016

Xavier Moreau: "La puissance militaire russe, vecteur de multipolarité"

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Xavier Moreau: "La puissance militaire russe, vecteur de multipolarité"

Cet entretien avec Xavier Moreau fait suite à notre reportage au salon militaire de Russie : "Patriot expo 2016".

Voir ici : http://www.tvlibertes.com/2016/09/26/...


Nous revenons avec le célèbre analyste sur l'actualité de la puissance militaire russe.
Parmi les thèmes abordés : le lien vital entre la nation russe et son armée, le théâtre des opérations en Syrie, le complexe militaro-industriel comme gage d'indépendance nationale ou bien encore la rupture entre mondes politique et militaire en France.
Xavier Moreau nous expose comment la puissance militaire russe devient l'un des principaux vecteurs de l’affaiblissement de l’unipolarité américaine et de l’édification d’un ordre international multipolaire plus équilibré.

Un entretien réalisé par Pierre-Antoine Plaquevent.



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lundi, 19 septembre 2016

Une Europe de la Défense indépendante des Etats-Unis, rêve ou possible réalité?

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Une Europe de la Défense indépendante des Etats-Unis, rêve ou possible réalité?

par Jean-Paul Baquiast
Ex: http://www.europesolidaire.eu
 
Dans une déclaration commune, faite en perspective du Sommet européen de Bratislava le 16 septembre, Jean Marc Ayrault, Ministre des Affaires étrangères et du Développement international et Frank-Walter Steinmeier, Ministre des Affaires étrangères de la République fédérale d'Allemagne ont appelé à différentes actions destinées à garantir le sécurité intérieure et extérieure des Etats-européens 1). Parmi celles-ci se trouve un appel à la reprise de la Coopération Structurée Permanente, autrement à la mise en place d'une Europe de la défense, disposition prévue à l'article 42-6 du Traité de Lisbonne et jusqu'à présent non mise en oeuvre.
 
Certains milieux de défense en France militent depuis des années pour que ce dispositif voit enfin le jour. D'une part il permettrait de relayer les opérations de défense à finalité européenne dont seule la France assume jusqu'à présent la charge. D'autre part il pourrait intéresser à ce thème européen majeur les grands Etats européens qui jusqu'ici s'en désintéressaient complètement, le premier d'entre eux étant l'Allemagne. Le Royaume Uni était jusqu'au Brexit, seul sensible avec la France à la nécessité d'une défense commune. Mais il avait tardé à passer des déclarations aux actes. Avec son départ de l'Union, on peut craindre que sa participation à une éventuelle défense européenne ne disparaisse complètement.

Pour beaucoup d'Européens, il n'est nul besoin d'une défense commune, s'ajoutant aux coopérations qui se sont établies depuis des années au sein de l'Otan. Mais qui dit Otan dit Etats-Unis et Pentagone. Il suffit d'examiner les évènements récents, en Ukraine et au Moyen-Orient, pour se rendre compte que les contributions européennes à l'Otan ne sont conçues par le département d'Etat et de Département de la Défense américains que comme des compléments aux objectifs militaires des Etats-Unis. Or ceux-ci engagent de plus en plus les membres de l'Otan dans une confrontation militaire avec la Russie. Certains de ceux-ci, comme la France et l'Allemagne, ont dit avec il est vrai une certaine mollesse, qu'ils ne la souhaitaient pas.

En principe, une Europe de la défense devrait reposer sur les seules contributions des Etats européens, servir les finalités de sécurité et de défense propres de ceux-ci, et se rendre indépendante des objectifs diplomatiques et militaires des Etats-Unis.

Il est donc intéressant de voir enfin l'Allemagne et la France s'entendre sur la nécessité de mettre en place une Coopération Structurée Permanente concernant en priorité l'élaboration d'une future Europe de la Défense indépendante des Etats-Unis et servant les intérêts stratégiques européens, non seulement à l'Est, mais dans le monde entier.

Concrètement, le document signé par les deux ministres de la défense Ursula Van der Leyen et Jean-Yves Le Drian propose la mise en place d'un Quartier général permanent européen et d'un commandement médical conjoint, le partage d'un centre logistique pour les équipements stratégiques, de même que le partage du renseignement et de la surveillance satellitaires.

L'Eurocorps, à Strasbourg, pourrait contribuer à la planification d'opérations. La capacité de déploiement des «groupements tactiques» (jusqu'ici jamais utilisés) serait facilitée. Et un budget européen unique serait consacré à la recherche militaire commune, ainsi qu'au développement de matériels communs (satellites, drones, cyberdéfense...).

Ceci dit, ces intentions ont-elles la moindre chance de se concrétiser?

Les dépenses communes qu'il faudra consentir, non seulement en termes d'effectifs mais pour la mise au point, notamment au sein de l'Agence européenne de défense, de systèmes d'armes nouveaux indépendants de ceux que veut imposer l'Amérique, nécessiteront d'importants crédits supplémentaires. L'austérité actuelle, imposée par l'Union européenne, rendra la chose difficile.2)

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Mais il y a plus grave. Il s'avère que le projet franco-allemand a été mis au point en marge du sommet de l'Otan tenu à Varsovie en juillet 2016. A propos de ce projet, Mme Van der Leyen a indiqué à Reuters : «c'est ce que les Américains attendent de nous». Quant à la volonté éventuelle du gouvernement allemand actuel de se dégager de l'emprise américaine, on peut en douter. La vingtaine de bases militaires américaines existant en Allemagne ne disparaitront pas pour autant. La chancelière Merkel a toujours pris le parti des Etats-Unis dans les domaines diplomatiques et de défense. On ne voit pas pourquoi elle changerait, ni pourquoi d'éventuels successeurs adopteraient des points de vue différents.

Seule la France, à supposer que de nouvelles majorités ne décident pas de faire complètement le jeu de l'Amérique, pourrait conserver la volonté d'établir une Europe de la Défense relativement indépendante de Washington. Mais lorsque l'on est seul on peut difficilement prétendre à la coopération fut-elle structurée et permanente.

1) Voir « Une Europe forte dans un monde incertain »

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/royaume-un...


2) Voyez cer article dont les auteurs demandent avec raison l'augmentation du budget français de la défense jusqu'à 3% du PIB. Mais il y a suffisamment de raisons justifiant cette augmentation sans mentionner une menace russe qui, vis-à-vis de la France, est totalement inventée par les Etats-Unis.

https://theconversation.com/defense-nationale-3-du-pib-un...

dimanche, 17 juillet 2016

Laurent Henninger Vers la fluidification du monde

Laurent Henninger

Vers la fluidification du monde

Cercle Aristote

Conférence de Laurent Henninger au Cercle Aristote le 27 juin 2016 : "Vers la fluidification du monde"

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vendredi, 06 mai 2016

La guerre hors limites des Colonels Qiao et Wang

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La guerre hors limites des Colonels Qiao et Wang

Cet ouvrage est très connu des stratégistes contemporains, depuis sa parution en France en 2003, à partir d’une première édition chinoise de 1999. D’une certaine façon, il est devenu un classique et les fiches de lectures des « classiques », surtout quand on les lit longtemps après (dix ans donc), ne doivent pas écrire les mêmes choses qu'au moment de leur parution. Autant une fiche de lecture contemporaine s’attachera à présenter l’ensemble de la pensée de l’auteur, autant une fiche de lecture tardive cherchera à déterminer les idées qui demeurent (la permanence et donc la pertinence) et donc leur capacité à traverser le temps. Autrement dit, à être réellement un classique. C'est l'objet de ce billet.

Source et lien vers le livre

Une des qualités tient également qu’on tenait là un ouvrage d’auteurs chinois contemporains, préalable à l’émergence chinoise que nous constatons depuis le mitan des années 2000. Avoir accès à une pensée orientale, donc « exotique » par rapport au mainstream anglo-saxon, voici un premier atout. Lire en plus une œuvre de stratégie venant du pays que chacun pressent, d’une façon ou d’une autre, comme le nouveau challenger, voici le deuxième atout. Deux avantages structurels, donc, qui demeurent largement, mais qui ne sauraient abuser le stratégiste. Au fond, la contingence ne l’intéresse pas forcément.

Or, il faut bien convenir que cet ouvrage est réellement novateur. Certes, il s’attache à démonter la notion de « Révolution des affaires militaires ». Les plus jeunes ne savent pas à quel point, à la fin des années 1990 et au début des années 2000, on nous a bassiné les oreilles avec cette RMA. Et il a fallu le traumatisme du 11 septembre pour que l’intérêt change et qu’on parle d’asymétrie et de contre-insurrection.

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Or, le livre des colonels Qiao et Wang a l’immense mérite intellectuel tout d’abord de se départir de la vision américaine de la RMA (et notamment ses deux caractéristiques, d’être technologique et d’être militaire) pour montrer qu’il y a une RMA plus large. C’est la guerre hors limite, qui inclut la guerre militaire et la guerre non-militaire. Celle-ci comprend tout ce qu’on a pu parfois désigner sous le terme d’opérations autres que la guerre. Mais nos auteurs en ont une compréhension très extensive : guerre économique, guerre financière (ils écrivent après la crise asiatique de 1997), guerre terroriste (Ben Laden et les attentats de 1993 et 1998 sont régulièrement évoqués, et présentés avec une vision prophétique si l’on songe que le texte date de 1999), guerre informatique, guerre médiatique, autant de nouveaux théâtres d’opération qui nécessitent une métastratégie pour opérer dans cette « guerre omnidirectionnelle ».

S’il n’y avait que ça cela suffirait à placer QIao et Wang dans la catégorie des stratégistes réellement novateurs.

J’ai apprécié aussi quelques citations et réflexions.

  • « Le champ de bataille sera partout » (39)
  • Sur l’informatique dans la guerre : « Quelque soit l’importance de l’informatique, elle ne peut entièrement supplanter les fonctions et les rôles de chaque technique en soi. Par exemple, un chasseur F 22, qui est déjà totalement informatisé, reste un chasseur et le missile Tomahawk un missile, et on ne peut les mettre dans me même sac sous le nom d’armes informatiques » (47). « La « guerre par ordinateur » et la guerre « de l’information » au sens étroit sont deux choses totalement différentes. La première désigne les différentes formes de guerre qui sont rehaussées et accompagnées par l’informatique, alors que la seconde désigne principalement une guerre où l’informatique est utilisée principalement pour obtenir ou détruire des renseignements ». (47)
  • A propos de la guerre asymétrique, opposant le combattant high-tech au guérillero rustique, « on risque d’en arriver au point où personne ne réussit à se débarrasser de l’autre » (53)

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  • « L’arme nucléaire nous oblige à nous demander si nous avons vraiment besoin d’armes hyperdestructrices » (59). « Les armes adoucies représentent le dernier choix conscient de l’humanité (…) Toutefois, une arme moins meurtrière demeure une arme et ce la ne veut pas dire que son efficacité s’en trouve réduite sur le champ de bataille » (61)
  • « Ce qui différencie principalement les guerres contemporaines des guerres du passé, c’est que dans les premières, l’objectif affiché et l’objectif caché sont souvent deux choses différentes » (73)
  • Luddendorf : « la théorie de la guerre totale qu’il mit en avant visait à fusionner en une seule entité le champ de bataille et les éléments en dehors du champ de bataille » (75)
  • Evoquant l’espace nanométrique, eg le cyberespace, il laisse « augurer la réalisation du rêve de l’humanité : une guerre sans hommes ». « La guerre de réseau (…) deviendra uen réalité tangible. Elle sera extrêmement intense quoique presque sans effusion de sang. Ce type de guerre se déroulera parallèlement à la guerre traditionnelle » (78).
  • « La guerre a tendance à se civiliser » (80)
  • « Désormais, les soldats n’ont plus le monopole de la guerre » (84)
  • « Cette perspective a conduit à revoir l’affirmation selon laquelle « la guerre, c’est de la politique avec du sang ». L’objectif de la nouvelle guerre « consistera plutôt à utiliser tous les moyens possibles – avec ou sans la force des armes, avec et sans la puissance militaire, avec et sans victimes – pour obliger l’ennemi à satisfaire son intérêt propre ». (95)
  • « Aussi puissant soit-il, un pays comme les Etats-Unis a besoin de l’appui de ses alliés » (102)
  • « La transformation de l’alliance en union libre marqua la fin d’une époque, c’est-à-dire celle des alliances fixes, inaugurée par la signature de l’alliance entre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie en 1879. Avec la fin de la guerre froide, la période où les alliances se formaient sur la base de l’idéologie touchait à sa fin, et les alliances d’intérêt prirent le dessus ». « Le phénomène des alliances continuera évidemment à exister mais le plus souvent ce ne seront que de lâches coalitions d’intérêts à court terme ». « Le fondement principal de toute alliance sera l’intérêt et non la morale ou l’éthique ». (104).
  • « … des alliances tacites qui ne sont en aucune façon fortuites » (105)
  • « Les chars doivent peiner constamment pour surmonter le coefficient de friction de la surface de la terre » (115). Hélicoptères : « … leur excellente mobilité suffisant à compenser le défaut de n’avoir pas de blindage lourd » (115)
  • « Il n’est plus possible de gagner une guerre sans faire intervenir la force des médias » (120).
  • « La sécurité nationale fondée sur le régionalisme est de toute évidence obsolète » (169). « La vision de la défense nationale comme principal objectif de sécurité apparaît assez dépassée » (170).
  • « La guerre ne sera même plus la guerre. C’est-à-dire que ni l’ennemi, ni les armes, ni le champ de bataille ne seront ce qu’ils furent. Rien n’est sûr. Seule certitude, l’incertitude. L je jeu a changé. Dans cette situation aux incertitudes multiples, il va nous falloir définir une nouvelle règle du jeu (…), un produit hybride… » (200)
  • « Savoir si l’on a pensé à combiner le champ de bataille et le non-champ de bataille, le guerrier et le non-guerrier » (201).
  • « Toutes les victoires ne sont pas le fruit de la surprise » (241)
  • « Nous ne pensons pas que toutes les guerres doivent progresser graduellement jusqu’à ce que l’accumulation débouche sur le « moment décisif ». Nous pensons que le moment peut être créé » (272)
  • A propos des divisions de la stratégie : « Concrètement, cette division st la suivante : Grande guerre –politique guerrière. Guerre –stratégie. Campagne- art opérationnel. Combat- tactique. » (273). Ceci devra être repris pour bine comprendre les notions de « grande stratégie », mais aussi les impasses des expressions successives de « défense nationale » et récemment de « défense et sécurité nationale ».
  • « Dans la guerre hors-limite, c’est la réflexion qui prime sur la méthode, laquelle vient en second » (275)
  • « La différence, c’est qu’aujourd’hui pour défaire le nœud gordien, il n’y a pas que l’épée » (298).
  • « Le résultat, c’est que tout en réduisant l’espace du champ de bataille au sens étroit, nous avons transformé le monde entier en un champ de bataille au sens large » (298)
  • A propos du mot de Clemenceau, « L’histoire des cent dernières années nous a toutefois montré que confier la guerre aux seuls politiciens n’était pas non plus la solution idéale du problème » (299)

source et lien vers le livre

Ainsi, un livre nécessaire et qui demeure tout à fait pertinent, quinze ans parès sa parution.

Egéa

vendredi, 29 avril 2016

EU-militairen oefenen in Duitsland op uitbreken burgeroorlogen in Europa

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EU-militairen oefenen in Duitsland op uitbreken burgeroorlogen in Europa

Brussel onverminderd verder met veroorzaken instorting sociale cohesie en sociale zekerheid in EU-landen

Militaire- en politie eenheden van de EU hebben zojuist in de Duitse deelstaat Nordrhein Westfalen een oefening gehouden op het uitbreken van burgeroorlogen in Europa. De linkse parlementariër Andrey Hunko diende protest in tegen de geheimhouding van de oefening, omdat hem de toegang tot het oefengebied werd ontzegd.

Ongeveer 600 man namen eerder deze maand in Weeze deel aan de oefening die erop was gericht om grote sociale onrust en opstanden in Duitsland en andere EU-staten neer te slaan. De scenario’s waren letterlijk gericht op het uitbreken een burgeroorlogen.

‘Het gaat bij de EU trainingen onder andere om de handhaving tijdens protesten en demonstraties. De bijpassende methodes kunnen vanzelfsprekend net zo goed bij een burgeroorlog als bij politieke bijeenkomsten worden ingezet. De gemeenschappelijke training betekent tevens een militarisering van de politie. Dat is zeer zorgwekkend, en is in Duitsland in strijd met het gebod dat politie en leger gescheiden moeten blijven.’

Hunko wilde de burgeroorlog-oefeningen, die door de EU werden gefinancierd, als waarnemer bijwonen, maar hij kreeg daar geen toestemming voor. De EU-Commissie en de politie instanties van de betrokken EU landen wilden geen pottenkijkers. (1)

De Duitse professor Christian Pfeiffer, voormalig deelstaat-minister van Justitie en ’s lands bekendste criminoloog, waarschuwde in maart dat de massale immigratie van miljoenen moslims al op zeer korte termijn een nieuwe explosie van criminaliteit en zelfs een burgeroorlog zullen veroorzaken.

Massa immigratie en instorting sociale cohesie moeten tot Superstaat leiden

De oefening is naar onze mening het zoveelste bewijs dat de Europese elite welbewust toestuurt op een enorme maatschappelijke crisis, om deze onder het mom van het herstellen van de orde aan te grijpen voor het oprichten van een federale Europese Superstaat.

Het belangrijkste wapen waarmee Brussel deze crisis in gang wil zetten is de massale immigratie van miljoenen moslims, waardoor de sociale cohesie ontwricht raakt vanwege de explosie van criminaliteit en de gedwongen islamisering van de samenleving, de sociale zekerheid onbetaalbaar wordt, en een ongekend ernstige financieel-economische crisis losbarst, met een golf van faillissementen en miljoenen extra werklozen. Dat zal de doorsnee Europeaan over een grens heen jagen, en dat is het moment waarop de EU ordertroepen keihard op hen zullen inslaan – letterlijk.

Islamitische terreuroorlog andere ‘trigger’

Een andere ‘trigger’ kan het begin van de al langer voorspelde gevreesde islamitische terreuroorlog tegen de Europese bevolking zijn. Zo zou er in enkele dagen tijd een zeer groot aantal grote en kleinere aanslagen in Europa kunnen plaatsvinden, waar de autochtone bevolking dan heftig tegen zal protesteren. Niet de terroristen, maar de Europeanen zullen dan het doelwit worden van de Europese ordetroepen.

Complottheorie? Nauwelijks. De grote Franse krant Le Figaro berichtte eerder dit jaar op basis van documenten van de geheime dienst dat er in Libië maar liefst 500.000 moslimmannen in kampen wachten om vermomd als vluchtelingen naar Europa te reizen. Duizenden van hen zijn rechtstreeks afkomstig uit de ISIS-trainingskampen in het land, en zijn volledig bereid om eenmaal in Europa op bevel een bloedbad aan te richten. Een deel van hen is inmiddels per NAVO schip (!) in Italië aangekomen, en de rest volgt vanaf de zomer.

Xander

(1) Deutsche Wirtschafts Nachrichten

mercredi, 02 mars 2016

Nouvelles armes d'Intelligence Artificielle pour le Pentagone

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Nouvelles armes d'Intelligence Artificielle pour le Pentagone

par Jean-Paul Baquiast

Ex: http://www.europesolidaire.eu

Les progrès de la Russie et de la Chine dans le domaine des nouvelles armes faisant appel à l'intelligence artificielle (AI) préoccupent dorénavant les Etats-Unis. Ils envisagent de moderniser en profondeur leurs armements, pour rattraper le retard qu'ils estiment avoir pris dans ce domaine.

Ceci peut surprendre dans la mesure où l'Amérique paraissait s'être donnée une maitrise mondiale en matière de numérique intelligent. Il apparaît cependant que la Russie, rejointe par la Chine, avait entrepris de faire appel à ses propres ressources en AI, bien plus importantes que l'on ne le pense notamment en Europe. Ces deux pays sont dorénavant dotés de moyens militaires aériens ou navals pouvant dans certains cas surpasser ceux des Etats-Unis. Mais, dira-t-on, que faisaient la NSA et la DSA, qui savent tout, pour ne s'en apercevoir que maintenant?

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Quoiqu'il en soit, un article du National Interest donne des précisions sur le sujet . L'Agence américaine pour les projets de recherche avancée de défense (DARPA) met au point, selon l'article une nouvelle génération de systèmes de guerre électronique basés sur l'intelligence artificielle avancée afin de contrer notamment les nouveaux radars de dernière génération russes et chinois.

L'une des techniques développées est nommée « système cognitif de conduite d'une guerre électronique ». Ce terme banal désigne des outils d'IA servant à analyser en temps réel ce que fait le radar ennemi et créer un nouveau profil de contre-mesures. Des processus de scanning, d'analyse et d'adaptation sont menés en permanence.

Les appareils américains de la génération actuelle, y compris les avions F-22 et F-35 de Lockheed Martin, possèdent une base de signaux radioélectriques de l'ennemi et un profil de contre-mesures déjà intégrés dans le système de bord de l'avion. Néanmoins, si ces appareils rencontrent un nouveau signal, ils enregistreront la menace comme inconnue et ne sauront pas nécessairement quelles contre-mesures adopter, ce qui les rendra vulnérables.

Pour identifier les mesures utilisées par l'adversaire, le Pentagone envoyait auparavant des avions de reconnaissance électronique Boeing RC-135 Rivet Joint qui collectaient les données sur les nouvelles formes de signaux détectées. Les données étaient envoyées dans un laboratoire d'analyse afin de créer un nouveau profil de brouillage et télécharger l'ensemble dans les bases de données des appareils. Ce processus était nécessairement long.

Si les nouveaux systèmes basés sur l'intelligence artificielle fonctionnent bien, les appareils américains pourront mieux réagir face à de nouveaux radars installé sur les systèmes de missiles "sol-air" ou les chasseurs. L'armée américaine ne sera plus obligée d'attendre des semaines voire des mois pour obtenir de nouvelles données sur les radars ennemis. Les systèmes de brouillage seront en mesure de contrer tout nouveau radar en temps réel. Qu'en sera-t-il des Rafales français? Poser la question n'est pas y répondre.

Peut-on pour autant penser que la Russie et la Chine ne mettront pas au point dans l'intervalle de nouveaux outils faisant appel à une IA encore plus avancée? Sans doute pas. Une course de vitesse est désormais engagée, qui mobilisera des moyens considérables. C'est là que les ressources en IA dont se dotent en permanence Google et Facebook apporteront une aide précieuse au Pentagone. On connait les liens étroits de la Darpa avec ces « géants » du web, dont chacun d'entre nous finance sans s'en rendre compte les budgets de recherche.

Référence

http://nationalinterest.org/blog/the-buzz/revealed-pentagons-plan-defeat-russian-chinese-radar-ai-15357

 

mardi, 12 janvier 2016

Nous avons tout intérêt à nous préparer à des conflits, des crises et des catastrophes

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«Nous avons tout intérêt à nous préparer à des conflits, des crises et des catastrophes»

par le commandant de corps André Blattmann, chef de l’Armée suisse

Ex: http://www.horizons-et-debats.ch

Terrorisme, Bru­xelles, Paris. Ces trois notions résument une grande partie de ce qui a tenu l’opinion publique mondiale en haleine au cours des derniers jours de novembre, du mois de décembre et actuellement encore. Mais il en va davantage de la sécurité de notre société démocratique, moderne et connectée et de la question de savoir comment et par quels moyens le pays et ses habitants peuvent être protégés.


Nous avons tous besoin de sécurité. L’économie, la formation et la recherche, même la culture et le sport ont besoin de sécurité. Un regard sur le monde suffit à le confirmer. Dans l’Arctique plusieurs Etats mettent la main sur des gisements supposés de matières premières, dans la mer de Chine méridionale des revendications territoriales créent des tensions, en Europe de l’Est la guerre fait rage, au Proche-Orient un groupe de terroristes s’est transformé en puissance étatique, en Afrique – guère pris en compte par les médias internationaux – femmes et enfants sont enlevés, abusés, tués.


Aussi avons-nous intérêt à vérifier de manière permanente la situation sécuritaire et à prendre toutes les mesures nécessaires. Cela s’adresse aussi bien aux individus qu’aux entreprises ou à l’Etat: les précautions sécuritaires sont-elles encore adéquates à la maison, la prévoyance dans les domaines de la santé et de la vieillesse est-elle suffisante? Le système informatique et le centre de calcul de notre entreprise sont-ils protégés contre les cyber-attaques, nos employés sont-ils suffisamment sensibilisés; comment puis-je protéger mes avoirs contre des pertes de change? A quels risques et menaces la Suisse va-t-elle être confrontée au cours des années à venir?


Après la chute du mur de Berlin, notamment les Etats occidentaux ont commencé à verser des dividendes de paix. En même temps, on a réduit les ressources de la défense (au sens le plus large). D’autres secteurs étatiques avaient prétendument (ou opportunément?) de plus grands et plus importants besoins. Les résultats sont connus. Au cours des deux dernières années, les évènements se sont précipités dans le domaine de la sécurité.


Entretemps, on a recommencé à faire des manœuvres militaires des deux côtés. On augmente à toute vitesse les potentiels militaires. Ce qu’on se procure aujourd’hui à intention pacifique – pour se défendre – peut servir demain de nouveaux objectifs, selon la volonté des personnes au pouvoir. C’est comme dans une communauté de propriété par étages. Quand l’un des propriétaires n’observe pas les règles, alors d’abord le torchon brûle, puis on intente un procès, et ensuite … Vu sous cet angle, la communauté des Etats doit être sûre que les règles internationales sont respectées de tous. Si nécessaire, il faut trouver des solutions négociées. Seulement: qu’advient-il si l’un des concernés manque à la table des négociations?


La Suisse a derrière elle une phase de 160 ans sans guerre – un véritable privilège. La guerre des Balkans ne remonte qu’à environ 15 ans en arrière. Les expériences sont très diverses. Même si nous ne sommes aujourd’hui pas (encore) directement affectés par les situations de guerre dans le monde, nous en subissons déjà les conséquences:


•    Le risque d’attaques terroristes augmente; des guerres hybrides ont lieu tout autour du globe.
•    Les perspectives économiques s’assombrissent, des moteurs importants ont des ratées.
•    Les flux migratoires résultant (expatriés de guerre et réfugiés économiques) ont déjà pris une ampleur inouïe. Le citoyen attentif n’en est pas trop surpris.


Les risques augmentent donc doublement: au ralentissement économique s’ajoutent la concurrence sur le marché du travail et l’augmentation des coûts du soutien social. Des troubles sociaux ne peuvent être exclus; le vocabulaire devient dangereusement agressif. Chez nous, l’infrastructure critique est soumise à des pressions. Suite aux différences dans le traitement des problèmes, la solidarité au sein des communautés d’Etats est en danger.


La mixture est de moins en moins appétissante. Les fondements de notre prospérité sont remis en question comme cela n’a plus été le cas depuis bien longtemps. Les expériences des événements de 1870/71, 1914?–1918 et 1939?–1945 doivent nous rappeler que l’expression «Seule la catastrophe est mobilisatrice» est un mauvais conseiller.


Nous avons donc tout intérêt à nous préparer à des conflits, des crises et des catastrophes. Le moyen contre les risques et menaces modernes – pour ainsi dire la réserve sécuritaire de notre pays – est l’armée de milice suisse. Cette armée est en train de se développer pour pouvoir au mieux se battre, protéger et aider le pays et sa population. Les objectifs sont clairement décrits dans le Rapport sur l’armée 2010.


Pour cela, il faut, outre les ressources financières nécessaires, avant tout nos soldats de milice suisses qui ont fait leur preuve – des citoyens responsables prêt à s’engager pour préserver la sécurité et la liberté du pays et de ses habitants.    •

Source: Schweiz am Sonntag du 27/12/15

(Traduction Horizons et débats)

vendredi, 08 janvier 2016

«Wir tun gut daran, uns auf Konflikte, Krisen und Katastrophen vorzubereiten»

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«Wir tun gut daran, uns auf Konflikte, Krisen und Katastrophen vorzubereiten»

von Korpskommandant André Blattmann, Chef der Schweizer Armee

Ex: http://www.zeit-fragen.ch

Terror, Brüssel, Paris. Diese drei Begriffe fassen einen sehr grossen Teil dessen zusammen, was die Weltöffentlichkeit in den letzten Tagen des Monats November und auch im Dezember 2015 in Atem gehalten hat und immer noch hält. Dabei geht es um mehr. Es geht um die Sicherheit unserer demokratischen, modernen, vernetzten Gesellschaft. Und es geht um die Frage, wie und mit welchen Mitteln heute Land und Leute geschützt werden können.


Wir alle brauchen Sicherheit. Wirtschaft, Bildung und Forschung, sogar die Kultur und der Sport brauchen Sicherheit. Ein Blick in die Welt genügt, um diese Aussage bestätigt zu bekommen. In der Arktis legen mehrere Staaten die Hand auf allfällige Rohstoffvorkommen, im Südchinesischen Meer führen Gebietsansprüche zu Spannungen, in Osteuropa herrscht Krieg, im Nahen Osten ist eine Terrorgruppe zur Staatsmacht geworden, inmitten von Afrika werden – von den internationalen Medien kaum beachtet – Frauen und Kinder entführt, missbraucht und getötet.


Wir tun deshalb gut daran, die Sicherheitslage permanent zu überprüfen und allfällige Massnahmen einzuleiten. Das gilt für die Einzelperson genauso wie für die Unternehmung oder das Staatswesen: Stimmen die Sicherheitsvorkehrungen zu Hause, sind Gesundheits- und Altersvorsorge noch angemessen? Sind IT-Netz und Rechenzentrum unserer Firma gegen Cyberattacken geschützt und unsere Mitarbeitenden sensibilisiert; wie kann ich die Guthaben gegen Währungsverluste schützen? Welchen Risiken und Bedrohungen steht die Schweiz voraussichtlich in den kommenden Jahren gegenüber?


Nach dem Fall der Berliner Mauer haben vor allem die westlichen Staaten damit begonnen, Friedensdividenden auszuschütten. Gleichzeitig wurde die Substanz zur Verteidigung (im weitesten Sinn) verringert. Andere Bereiche des Staates hatten vermeintlich (oder opportunistisch?) grössere und wichtigere Bedürfnisse. Das Resultat ist bekannt. Die Ereignisse haben sich in den letzten beiden Jahren sicherheitsmässig überschlagen.


Mittlerweile werden hüben und drüben wieder militärische Manöver durchgeführt. Militärische Potentiale werden eilig aufgebaut. Was heute in friedlicher Absicht – zur Verteidigung – beschafft wird, kann morgen einem neuen Zweck dienen, wenn es die Machthabenden so wollen. Es ist wie in der Stockwerkeigentümergemeinschaft. Wenn sich ein Eigentümer nicht an die Regeln hält, hängt zuerst der Haussegen schief, dann wird prozessiert, und dann … So gesehen, ist die Staatengemeinschaft darauf angewiesen, dass die internationalen Regeln eingehalten werden. Wo nötig, müssen Verhandlungslösungen erarbeitet werden. Nur: Was passiert, wenn eine Partei nicht an den Gesprächstisch kommt?


Die Schweiz hat eine über 160jährige Phase ohne Krieg hinter sich – ein echtes Privileg. Der Krieg auf dem Balkan allerdings liegt erst rund 15 Jahre zurück. Die Erfahrungen sind sehr unterschiedlich. Selbst wenn wir heute (noch) nicht direkt von den kriegerischen Ereignissen auf der Welt betroffen sind, die Auswirkungen der zu Beginn skizzierten Lage sind bereits bei uns angekommen:


•    Die Terrorbedrohung steigt; hybride Kriege werden rund um den Erdball ausgefoch­ten.
•    Die wirtschaftlichen Aussichten verdüstern sich, wichtige Motoren stottern.
•    Die resultierenden Migrationsströme (Kriegsvertriebene und Wirtschaftsflüchtlinge) haben bereits ungeahnte Masse angenommen. Wer hingeschaut hat, kann darob nicht überrascht sein.

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Damit steigen die Risiken doppelt: Zum schwächeren Wirtschaftsverlauf kommen noch die Konkurrenz auf dem Arbeitsmarkt und die zusätzlich zu Unterstützenden. Soziale Unruhe kann nicht ausgeschlossen werden; das Vokabular wird gefährlich aggressiv. Bei uns gerät die kritische Infrastruktur in den Fokus der Gegenseite. Auf Grund von Differenzen im Umgang mit den Problemen ist die Solidarität selbst innerhalb von Staatengemeinschaften gefährdet.


Die Mixtur wird zunehmend unappetitlicher. Die Grundlagen unseres Wohlstandes sind seit langem wieder einmal in Frage gestellt. Erfahrungen von 1870/71, 1914–1918 und 1939–1945 sollten uns lehren: «Seule la catastrophe est mobilisatrice» ist ein schlechter Ratgeber.


Wir tun deshalb gut daran, uns auf Konflikte, Krisen und Katastrophen vorzubereiten. Das Mittel gegen moderne Risiken und Bedrohungen – gleichsam die Sicherheitsreserve in unserem Land – ist die Schweizer Milizarmee. Diese Armee ist auf dem Weg zur Weiterentwicklung, damit sie für Land und Leute kämpfen, sie schützen oder ihnen helfen kann. Die Aufgaben sind im Armeebericht von 2010 klar beschrieben.

Dafür braucht es neben den finanziellen Ressourcen insbesondere unsere bewährten Schweizer Milizsoldaten – selbstverantwortliche Bürger, die letztlich mit ihrem Leben für Sicherheit und Freiheit hinstehen.    •

Quelle: Schweiz am Sonntag vom 27.12.2015

jeudi, 26 novembre 2015

Vaincre le terrorisme

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Vaincre le terrorisme

par José Castano
Ex: http://www.lesobservateurs.ch

« L’expérience des dernières générations me convainc pleinement que, seule l’inflexibilité de l’esprit humain, fermement dressé sur le front mouvant des violences qui le menacent, et prêt au sacrifice et à la mort en proclamant : « Pas un pas de plus ! » Seule, cette inflexibilité de l’esprit assure la véritable défense de la paix de l’individu, la paix de tous et de toute l’humanité. » (Alexandre Soljenitsyne)

Qu’ils soient intégristes, fanatiques religieux ou anarchistes, les terroristes prêchent le viol de la société, et, par conséquent, ils ne sauraient être traités comme des adversaires réguliers. Car « vouloir donner aux choses le sens de ses désirs est la pire forme de dérèglements de l’esprit ». Ainsi s’est exprimé Bossuet dans une de ses prédictions au souffle lyrique de ses visions grandioses.

Le caractère d’extrême gravité que revêt le terrorisme international a fait de la France l’une de ses plaques tournantes et nous met dans l’obligation de réagir avec fermeté contre tous ceux qui tentent de faire de notre pays un « champ de tir » du terrorisme, son refuge ou son « laboratoire d’expériences » révolutionnaires… d’autant plus que ces actions terroristes impliquent nécessairement une chaîne de connivence et d’appui logistique sur notre sol et une préparation minutieuse…

Cependant, notre juridiction actuelle est mal adaptée à l’action répressive que la société doit exercer contre les criminels qui mettent en cause sa légitimité. Devant pareil danger, la réaction doit non seulement s’adapter à l’adversaire en retournant contre les terroristes le conseil de Lénine : « Ne laissez jamais se constituer de Vendées », mais conduire aussi à une prise de conscience populaire. A la stratégie de déstabilisation des terroristes, la Nation doit répondre par une « stratégie de répulsion ». Cette stratégie implique en premier lieu le contrôle étroit des communautés étrangères dans le pays, afin de prévenir le prolongement sur notre territoire de luttes extérieures, partant : se protéger d’un terrorisme par « vases communicants » ou par osmose.

La mise en œuvre du plan « Sentinelle » qui mobilise actuellement 10 000 hommes sur le territoire national (et cela pour « aussi longtemps que la situation l’exigera (sic) » a précisé le ministre de la Défense -ce qui peut se traduire, comme ce fut déjà le cas pour le plan Vigipirate, par le maintien définitif du dispositif- ne saurait être la solution idéale car envisager la mobilisation de nos soldats (hébergés de surcroît dans des conditions précaires alors que les « sans papiers » bénéficient de chambres d’hôtels) dans la durée n’est pas la mission des armées. Un soldat est préparé à faire la guerre ; il n’a aucune formation de police et ce n’est pas sa vocation. On ne pourra donc, indéfiniment, le maintenir dans des missions statiques en limitant sa tâche à un rôle de vigile ou de « supplétif des forces de police » sous peine de l’« user », de le démotiver et d’éroder son potentiel de combat.

A la guerre révolutionnaire ou « guerre sainte » prônée par les islamistes, nous devons opposer la guerre populaire totale ou guerre de libération nationale. Face à une menace terroriste, il faut faire le choix majeur qui s’impose et en tirer toutes les conséquences ; agir sans oublier la foi formulée par Engels : « Ne jamais jouer avec l’insurrection armée et, quand on la commence, la mener jusqu’au bout ». La France est aux yeux de l’islam une aire de guerre, « dâr al-harb », et elle se doit de traiter ce dernier de la même manière qu’il la traite.

Nous n’arriverons probablement jamais -en dépit de toute fermeté- à réduire totalement les actions criminelles mais il serait possible d’en limiter le nombre par l’instauration d’une juridiction et de tribunaux d’exception identiques à ceux créés par le régime gaulliste durant la guerre d’Algérie afin d’éradiquer l’OAS… et qui menèrent sans le moindre état d’âme au poteau d’exécution quatre soldats français dont deux officiers.

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Puisque cela fut accompli contre des patriotes dont le seul crime fut de vouloir conserver l’Algérie française, pourquoi cette juridiction ne serait-elle pas reconduite contre les ennemis de la France reconnus coupables d’avoir sacrifié des victimes innocentes ? Dès lors, le rétablissement et la mise en application immédiate de la peine de mort seraient prononcés à leur endroit. Qui a tué doit être tué ! L’horreur du mal est le principe même de la justice. Elle doit s’imposer comme une règle impérative, car elle est notre propre raison. « La loi, en général, est la raison humaine –disait Montesquieu- en tant qu’elle gouverne tous les peuples de la terre »…

Les demi-mesures, comme c’est le cas actuellement, ne mènent à rien car les vices impunis s’accroissent à l’infini. Mais châtier les coupables, les condamner à mort ou leur infliger une sanction à la hauteur de leurs crimes, ne ferait -dans notre société émolliente, indifférente, conservatrice- que révolter les consciences de la « bien-pensance », des associations « humanistes » et provoquer la colère des islamo-compatibles issus de la gauche bobo-caviar et de la droite capitularde et louvoyante toujours prompts à brandir le carton rouge au nom de leur angélisme républicain.

Dostoïevski écrivait déjà, dans la « légende du Grand Inquisiteur » : « Qui aime trop l’humanité en général est en grande partie incapable d’aimer l’homme en particulier. Qui plaint trop le malfaiteur est fort souvent incapable de plaindre la victime ». Et le drame actuel c’est que nos sociétés vieillottes s’interdisent tout moyen coercitif. Elles ont lentement accumulé pendant une longue procession de siècles, les règles, les précautions et les interdits destinés à protéger l’idée qu’elles se faisaient de la civilisation. Elles ont imaginé couler la sagesse dans des lois… codifier l’indulgence et la mesure, pour défendre l’homme contre lui-même. Préoccupées d’exorciser la violence qui bouillonne toujours confusément dans des instincts mal maîtrisés, elles ont naturellement été conduites à interdire la seule forme de violence sur laquelle elles pouvaient peser : la cruelle mais indispensable gamme des châtiments qui prétendent moins punir le crime, que décourager le criminel.

Négligeant cette suprême mise en garde d’Aristote « Tolérance et apathie sont les dernières vertus d'une société mourante », elles ont inventé un arsenal de répression humain conçu à l’exacte mesure de coupables considérés comme des « égarés » ou des « déséquilibrés ». Or, on ne combat pas des terroristes avec de simples lois. On doit adopter une riposte appropriée afin de les arrêter dans leur élan velléitaire et agressif. « Plus l’État est corrompu, plus les lois se multiplient » clamait Tacite, cet historien et sénateur de l’antique Rome.

La France vit sous des menaces de plus en plus récurrentes que l’on ne peut contenir par la seule force de la loi. « Les français vont devoir s’habituer non à la menace des attentats, mais à la réalité des attentats qui vont, à mes yeux, immanquablement survenir. Nous sommes désormais dans l’œil du cyclone, le pire et devant nous » a déclaré dans « Ouest France », le 14 novembre 2015, le juge Marc Trévidic.

En effet, la France est confrontée à l’un des plus graves périls de son histoire et ne doit pas s’embarrasser de préjugés pour prendre les mesures appropriées afin d’assurer sa propre survie. « Celui qui s’incline devant des règles établies par l’ennemi ne vaincra jamais » soutenait Léon Trotski.

Quand la liberté est frêle, en péril, alors on ne transige pas et Saint-Just d’annoncer en ces termes la répression sanglante des mouvements contre-révolutionnaires et royalistes pendant la Révolution : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ! ». C’était, certes, La Terreur mais cette célèbre citation revient en pleine actualité.

Aujourd’hui, empêtrée dans ses règles, ses décrets et ses scrupules, voilà la civilisation paralysée par les dogmes qui la fondent et les lois qui la défendent, qui ne peut transgresser sans se renier. Et voici les barbares –forts de cette assurance- qui répandent leur terreur en voulant tout détruire, tout raser pour tout recommencer sur les décombres d’un passé qu’ils haïssent parce qu’ils ne le comprennent pas. Et ils tentent d’imposer leur loi par l’assassinat et la terreur à des sociétés qui ont su dissiper ces cauchemars depuis si longtemps qu’elles n’en imaginent plus l’éventuel retour. Voici qu’enchaînées par les règles qu’elles ont accumulées pour se prémunir contres les excès de leur propre colère, les sociétés stupéfaites s’abandonnent aux coups que leur portent des colères inconnues… Et voici que s’écroule la civilisation parce que les barbares puisent dans son raffinement, ses complications et son indulgence, la seule force qui rend leurs débordements irrésistibles. Ils retrouvent naturellement le plaisir d’égorger sachant combien timide sera la répression. Jamais les passions déchaînées n’ont fait autant de ravages… semé autant de morts… Jamais on n’a assassiné autant d’hommes au nom du bonheur de l’humanité… Jamais le mot de Malaparte n’a été plus juste : « Jamais on n’a couché autant de Christs dans les charniers du monde ».

Et nous, pauvres occidentaux, sommes en passe de perdre cette ultime guerre qui nous est imposée parce qu’irrémédiablement condamnés à capituler… au nom de la défense de la civilisation qui n’est autre qu’un suicide devant un assaut qui en nie l’essentiel.

Soljenitsyne a écrit : « Toute notre vie là-bas nous a appris qu’il existe un seul moyen de résister à la violence : c’est la fermeté ! »

Dans la lutte contre la subversion et le terrorisme, rien n’est plus important que l’application d’une politique de défense préventive ferme et impitoyable à l’égard des adversaires de la Nation. Celui qui sème le vent doit récolter la tempête.

José Castano, 24 novembre 2015

samedi, 31 octobre 2015

Laurent Henninger: Puissance et stratégie pour penser les forces armées du XXIème siècle

Laurent Henninger: Puissance et stratégie pour penser les forces armées du XXIème siècle

Laurent Henninger était l'invité du Cercle Aristote. Dans sa conférence, intitulée "Penser les forces armées au 21ème siècle", cet historien militaire évoque l'avènement prochain d'un système totalitaire plus violent que ceux du 20ème siècle et dénonce la politique de l'émotion.

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vendredi, 18 septembre 2015

L’ennemi dans le cyberespace

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L’ennemi dans le cyberespace

La révélation par Kaspersky il y a quelques jours des capacités d’un groupe de hackers russes nommé Epic Turla, apriori capable de pirater des satellites pour couvrir ses traces a relancé les débats sur la sécurité dans le cyberespace. Que tout, ou presque, était vulnérable dans le cyberespace lui-même, voilà qui n’a rien de nouveau. Toutefois la question d’interagir directement avec des satellites de télécommunication connecte un peu plus le cyber avec les autres sphères stratégiques, dont l’espace extra-atmosphérique fait partie. Les « exploits » des hackers se révèlent sans cesse plus impressionnants, tant par le niveau technique que l’on suppose dans ce cas, comme dans les dégâts occasionnés – à l’exemple de l’affaire Ashley Madison. Au-delà de cette question de qui est capable de quoi, à laquelle on ne peut par essence répondre puisque toute cyberarme ou cyberagression n’est qu’à usage unique – même si des socles communs existent – il revient surtout utile de se poser la question du traitement informationnel qui est fait de ces questions.

A l’occasion de la sortie de Gagner les cyberconflits où, avec F-B. Huyghe et O. Kempf, nous nous sommes interrogés – entre autres – sur la revendication, la dissimulation, les alliances et le poids des cultures stratégiques dans le cyberespace, une analyse s’impose. Tout d’abord les grands médias anglo-saxons comme le Financial Times ou le Washington Post désignent le groupe Epic Turla comme lié au gouvernement russe, ce que se garde bien de faire Kaspersky dans son analyse. En fait ces médias s’appuient sur une étude allemande de 2014 de G Data Software dont l’analyse repose sur des présuppositions uniquement techniques quant au niveau inféré du groupe de hackers. De facto tout groupe russe ayant un niveau de compétence un tant soit peu élevé apparait donc comme lié aux services de renseignement de Moscou. Si cela est fort possible sur le papier, l’analyse par Kaspersky des pays les plus touchés par les attaques d’Epic Turla semblent démontrer le contraire. Ainsi l’entreprise – russe – d’antivirus laisse apparaitre des attaques principalement concentrées sur la Russie, la France, la Biélorussie, les Etats-Unis et le Kazakhstan. Pour un groupe sensément lié au gouvernement russe, il est assez étonnant qu’Epic Turla s’attaque prioritairement à son propre pays ainsi qu’aux alliés économiques et militaires de ce dernier, surtout qu’Epic Turla vise principalement les cibles étatiques et les grandes entreprises…

Ce n’est pas sans rappeler les analyses – dont Fire Eye – qui avaient suivi l’attaque sur TV5 Monde et qui, trouvant des fragments de codes imputables à une origine russe, s’empressaient de pointer du doigt Moscou. Là encore la dissimulation derrière le paravent du « cybercalifat » ou l’utilisation de ce groupe se revendiquant de Daesh semble un peu étonnant géopolitiquement. Certes la culture stratégique russe, au travers de la pratique de la maskirovka, nous a habitués à des surprises foudroyantes et des inflexions byzantines. Toutefois encore il faut se demander si à vouloir chercher des signaux faibles partout on ne finit pas par en inventer ; célèbre biais de l’analyste bien connu depuis les travaux de Heuer.

Au fond cette volonté de voir des groupes de hackers russes au service du pouvoir poutinien agir partout sur la planète contre les intérêts des ennemis de Moscou, n’est pas sans rappeler la désignation systématique du gouvernement chinois comme commanditaire des cyberattaques lancées contre les Etats-Unis depuis le début des années 2000. La désignation de Pékin comme grand ordonnateur des actions, principalement d’espionnage, contre Lockheed-Martin, le Department of Defense ou d’autres cibles entrepreneuriales et étatiques (attaques Aurora, Titan rain, etc.), a culminé avec la publication du rapport Mandiant en 2013. Le gouvernement chinois, au travers d’une unité militaire nommée 61398, était désigné APT1 pour Advanced Persistent Threat 1, signe de la dangerosité universelle des actions chinoises. Les rapports entre la société Mandiant et le gouvernement américain – le fondateur K. Mandia était auparavant officier de l’US Air Force – ont donné lieu à de nombreux commentaires et interrogations sur la partialité éventuelle de certaines analyse, toujours est-il que la Chine était devenu le croquemitaine du cyberespace.

Or depuis le déclenchement des évènements de Crimée qui ont été la base du net refroidissement des relations entre la Russie et l’Occident, Moscou semble être devenu le nouveau voyou du cyberespace. La Chine est ainsi passée au second plan dans la désignation du « cyber-ennemi » au profit de la Russie. La géopolitique du cyberespace rejoindrait ainsi celle du monde réel ou la question de la désignation de l’ennemi suivrait-elle les velléités du moment ? La deuxième option semble plus probable eu égard à certaines caractéristiques du cyberespace. En effet le principe de non-attribution qui préside, pour le moment, à la cyberstratégie permet de grandes possibilités d’actions, entourant celles-ci d’un véritable brouillard de guerre. Or le principe de non-attribution s’il permet une grande latitude d’action à l’attaquant, lui permettant par exemple de dissimuler son identité réelle, offre aussi de grandes opportunités à l’agressé. Ce dernier peut ainsi, avant la revendication des attaques par l’agresseur, choisir de révéler publiquement les actions malignes dont il a fait l’objet, pointant ainsi ses ennemis. En termes stratégiques l’agressé peut ainsi conserver une certaine forme d’initiative stratégique et orienter les débats dans le sens qui lui est propre, privant son agresseur d’une opportunité de subversion.

Comme dans le domaine de l’économie, la désignation d’un ennemi dans le cyberspace amende les règles de C. Schmitt. Le caractère évasif et dissimulé des cyberagressions permet des jeux géopolitiques complexes avant, pendant mais aussi – et surtout – après l’attaque proprement dite. La désignation de l’ennemi est ainsi devenue une forme de riposte en soi qui permet, selon les opportunités du moment, de mettre en accusation tel ou tel avec, finalement, des répercussions assez limitée. Cela nous rappelle, une fois de plus, que le cyberespace, s’il est indéniablement un espace stratégique technique, est également celui où l’action sur les perceptions est le plus important.

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jeudi, 25 juin 2015

Opérations de basse intensité: les théories de Frank Kitson

Low intensity operations. Subversion, insurgency & peacekeeping (Frank Kitson)

lowa1zskI1jL.jpg« Ce livre aux tirages confidentiels n'a jamais été traduit dans notre langue et nous n'en connaissons que cinq exemplaires dans les bibliothèques universitaires françaises(voir le catalogue SUDOC). De fait, la diffusion à un large public de ce texte pourrait à elle seule faire basculer des équilibres géopolitiques entiers. » (Gouverner par le chaos)

11 septembre 2001, attentat de la rue des Rosiers, profanations de Carpentras, affaire Mohamed Merah, affaire Breivik, tuerie d’Aurora, massacre de Raçak (voir B. I. n°138), génocide de Srebrenica (et d’autres), Kosovo, Libye, Syrie, Iran, et probablement tuerie de Newton, comme l’a sous-entendu l’ami Gendre… Toutes histoires qui ont en commun de puer l’intox au vu des rapports officiels comparés aux incohérences qu’elles manifestent. Des histoires banales de la guerre de quatrième génération, dite G4G, celle de l’information. Mais comme l’écrit l’auteur du présent livre, de bonnes communications permettent d’exercer une influence sur les événements. En d’autres termes, selon l’École de Guerre Économique, la guerre est désormais cognitive, elle vise à contrôler la réalité construite par l’individu pour garantir la suprématie de l’intrigant.

Le général Frank Kitson reste à ce titre l’une des figures de proue de la guerre cognitive, bien qu’aucun de ses ouvrages n’ait été traduit en français à ce jour. Sa doctrine découle de son expérience d'écrasement des révoltes anti-coloniales autochtones dans les pays occupés, qu'il consacra dans son manuel Low intensity operations. Subversion, insurgency & peace-keeping (1971), que l'on pourrait rebaptiser « Petit manuel pratique de la révolution colorée ». Le contexte géopolitique dans lequel écrit Kitson s’illustre par trois facteurs qu’il énonce : 1) l’Angleterre défendra ses intérêts nationaux, 2) elle ne pourra pas se contenter de l’isolationnisme. Depuis des siècles elle a dû agir pour survivre, ce qui reste valide aujourd’hui, 3) les pays doivent se battre pour défendre leurs intérêts, dans des limites qui excèdent leurs frontières géographiques. Si l’Angleterre s’allie aux États-Unis, leur alliance devra combattre où leurs intérêts seront menacés. Comment faire pour empêcher le pays-cible de se révolter (subversion & insurrection) ? Kitson propose le peace-keeping (maintien de la paix), appellation euphémisée de la contre-subversion. (1) Et à la lecture de son exposé, il est plus qu’aisé de comprendre que ce livre soit quasi introuvable.

Précisons que la subversion, telle que définie par Roger Mucchielli, est une pré-progagande ou sub-propagande, « action préparatoire ou concomitante destinée uniquement à déconsidérer le pouvoir et à détacher de lui ceux qui auraient eu l'intention de le défendre en cas de péril. » (2) Intrinsèquement désymbolisante, elle cherche à détruire la Loi sous de faux prétextes, pour ensuite faire appel à d'autres valeurs au moyen de la propagande. La nouvelle configuration – asymétrique – du conflit détonned'avec la guerre traditionnelle. Elle constitue désormais (« modern warfare ») un enclenchement (interlocking) d'actions dans les domaines politique, économique, psychologique et militaire. Déstabilisatrice, il s'agit d'une guerre de contournement destinée à atteindre l'objectif principal. Pour cela, les scénarios possibles doivent être anticipés, et il faut avant tout connaître les facteurs propices au déclenchement de la subversion et de l'insurrection, au nombre de trois : 1) changement de l'attitude des peuples envers l'autorité, 2) développement des techniques d'influence sur la pensée et les actions des hommes (littérature, télévision, avec diffusion de photos pour influencer l'opinion etc.), 3) limitation imposée dans les formes de conflit par la dissuasion nucléaire. Ce dernier principe est déterminant. La guerre a changé de nature. Roger Mucchielli précisait qu'auparavant, la guerre psychologique était l'auxiliaire de la guerre armée. Désormais, les rapports se sont inversés. La paix, note-t-il, n'est d'ailleurs qu'une appellation de la guerre psychologique, omniprésente même dans les pays alliés, et dont le but est la menée d'une guerre économique. De manière plus actuelle, Kitson nous permet de comprendre comment le mondialisme organise la contre-insurrection quand des patriotes s’insurgent contre l’ingérence de pays étrangers dans leurs affaires. Au cas où des naïfs penseraient encore que le false flag relève du délire…

Plusieurs traits saillants émergent de la doctrine Kitson. Les agents de subversion doivent endoctriner et organiser le peuple (après une désorganisation préalable de sa structure sociale – tribaliser pour détruire). Si une cause n'existe pas, il faudra l'inventer (faux-débats style théorie du genre, faux-problèmes, etc.). Si elle existe mais n'attire pas assez, il faudra la modifier en conséquence. Et si une « bonne » cause existe mais a perdu de son attrait, il faudra la revivifier. Territoire et population doivent être maillés et infiltrés pour être subvertis. Kitson propose de créer un pseudo-gang (counter-gang) et de l'entretenir par des soutiens locaux, afin de lui faire infiltrer un véritable groupe ennemi – avec une histoire suffisamment crédible (selon l’illustration proposée par Kitson – voir diagramme de Kitson en annexe au bas de cette chronique –, dans des organisations subversives secrètes, nous trouvons des membres des corps politique, financier, propagandiste et enfin militaire). Pour précision, ce groupe ennemi peut être par exemple un gouvernement non-aligné, ou une association, disons Soros-sceptique. Mais la manière d'organiser la contre-subversion est aussi importante que l'opération elle-même. Il faut par exemple introduire un élément allié, tel un ambassadeur – voir le projet Rivkin (3) – pour s'assurer de la direction d'une politique conforme aux intérêts alliés. Les hommes-liges doivent être introduits dans les postes-clés pour agir sur la direction du pays en amont. En conséquence, l'usage de la force doit être restreint, qui plus est pour limiter la mauvaise image répercutée dans l’opinion mondiale, et les agents parvenus se doivent de réaliser les concessions promises pour ne pas être accusés de mauvaise foi.

FrankKitson.jpgLe gouvernement colonial (allez disons sous contrôle Bilderbergo/Round Tablo/Commission Trilatéralo/Sièclo/Sionisto/Maçonnique) doit organiser sa propre propagande pour saper les fondements de la subversion qui s'oppose à lui. Ce procédé doit s’effectuer en trois temps : 1) Evaluations et appréciations doivent être faits par des hommes entraînés qui rapporteront leurs informations au gouvernement à divers niveaux pour la mise en place d’une politique adaptée, 2) cette politique prendra une forme spécifique via des media de propagande tels les films, émissions, articles de journaux, prospectus, etc., 3) cette propagande devra être diffusée grâce à tous les moyens techniques disponibles. Les agents d'influence créeront une réalité à laquelle ils feront adhérer le peuple, au moyen d’opérations psychologiques (ou psy-ops). En effet, Kitson note que les guerres subversives et insurrectionnelles se jouent en dernier ressort dans l’esprit des gens. On comprend mieux le rôle primordial joué par les media en tant que caisse de résonnance de la subversion pratiquée par l’Etranger. Par la désinformation (notamment l’image) et une habile ingénierie des perceptions, ces media de masse peuvent conditionner le peuple pour lui inculquer des idées subversives et s’en servir à point nommé (cf. le « choc des civilisations » ou la peur de l’extrême-droâââte). Sur le plan cognitif, il suffit de penser à l’hypothèse Sapir-Whorf sur l’interconnexion entre langage et pensée, l’un et l’autre se conditionnant mutuellement dans une cybernétique (la causalité circulaire stimulus-réponse). On obtient des glissements sémantiques novlangue où contre-insurrection et contre-subversion sont rebaptisées « défense intérieure et développement », tandis que le rétablissement de l’ordre est appelé opération de stabilisation. En outre, Kitson regrette que les gens écrivent rarement à propos de leurs mécontentements car il serait alors possible d’anticiper sur les menaces subversives. On comprend dès lors depuis plusieurs années l’explosion de la propagande en faveur des réseaux sociaux et des diverses formes de storytelling (4), afin de tenter de réduire progressivement l’incertitude à zéro dans les procédés d’essais-et-erreurs de l’ingénierie sociale.

Des éléments autochtones (collabos) doivent par ailleurs être incorporés, recrutés car ils limitent la marge d'erreurs, étant natifs du pays et intégrés dans la culture locale. Kitson rappelle que l’utilisation d’étrangers durant l’épreuve de force en Malaisie fut en effet peu concluante. De préférence, ces autochtones doivent être jeunes (car plus malléables). Ils aideront à proposer une forme de propagande efficace pour agir contre l'ennemi. Ils aideront également à identifier les agents réellement subversifs (le rôle délateur des sacs à merde gauchistes), ce qui facilitera leur élimination, tandis que les subversifs  (prioritairement) non agressifs seront cooptés  / corrompus par le gouvernement et se feront ainsi les hérauts de la cause du colon, à l’instar du virus nécessaire au vaccin. En complément, Kitson promeut un dernier élément contributif de l’armée : la contre-organisation, où le gouvernement contrôle le peuple pour empêcher la subversion (la dissidence donc) de le faire, une démarche qui doit passer plus par l’action que par la propagande. Là où Kitson rappelle que le contrôle de la population algérienne s’est fait par l’armée française par l’introduction de cartes d’identité ou le marquage du bétail, nous avons droit aujourd’hui aux passeports biométriques et aux puces RFID, ou dans un autre style à l’instauration de luttes horizontales et au soutien du pouvoir aux erreurs génétiques que sont les racailles.

En dernier lieu, la pacification peut se pratiquer par divers moyens d'influence et de pression. Le contrôle de l'information en fait partie, en s'assurant des amitiés et sujétions au sein des divers organes de presse. La pression économique est elle aussi un moyen de subversion (une certaine loi de 1973 ?). Dans les divers domaines, des organisations séparées sont utilisées pour opérer à différents niveaux de ce type G4G de la campagne militaire. Le tout sans oublier, bien entendu, de former l'ensemble du corps militaire aux opérations psychologiques pour les appliquer au moment opportun… (5)

Au-delà de Low intensity operations, Michel Collon offre des éléments complémentaires qui parsèment les autres écrits de Kitson, non traduits en français eux non plus. Kitson est considéré comme le théoricien des attentats sous fausse bannière ou faux drapeau, dits false flags. Il s'agit de commettre un attentat terroriste, ou un massacre, ou toute autre action, qui sera attribué à l'ennemi afin non seulement de le discréditer aux yeux de l'opinion internationale mais également de légitimer une intervention et ainsi l'invasion d'un pays stratégiquement précieux. Ces false flags serviront de justificatif à une stratégie de la tension qui donnera au pouvoir les arguments légitimes pour se montrer répressif. Ceci entre dans une stratégie de la diversion comme la fabrication, poursuit Collon, d'une guerre de religions, et que le général Francart qualifie de « création d'incidents » : « créer une diversion, diviser une coalition, entraîner la confusion entre les unités d'un même camp, etc. » (6)  De faux documents, de type propagande noire, pourront être fabriqués pour servir les vues du gouvernement. La démocratie, explique Francart, doit entretenir le consensus sur le « sens significatif » (les faits) pour légitimer l'action entreprise et assurer la conviction du sujet collectif. La musique devra servir à attirer les jeunes avec un message faussement dépolitisé. Enfin, point qui apparaît le plus important à Michel Collon, Kitson promeut la mise en place et la popularisation de faux mouvements « spontanés », « présentés comme neutres et indépendants, en réalité financés et téléguidés afin de diviser et affaiblir le soutien au camp adverse. » (7) Cette méthode reste la plus actuelle dans les stratégies de déstabilisation d'un pays adverse. La pragmatique anglo-saxonne applique la propagande aussi bien aux pays amis qu'ennemis et cela même en temps de paix, précise Francart. Quant aux États-Unis seuls, révèle Didier Lucas dans La guerre cognitive, le Pentagone créa en novembre 2001 le Bureau d'influence stratégique, qui autorise la manipulation, la propagande et les opérations sous couverture dans les pays amis comme ennemis. La désinformation à l'égard des agences de presse y est encouragée (Reuters, AFP). Et si le bureau a été fermé parce que l'opération a été révélée au public, rien n'est cependant remis en cause dans ses fondements par l'administration américaine. (8)

Concluons en notant qu'au vu des allégeances des membres de notre gouvernement (9), le changement, ce n'est pas maintenant.

Notes :

(1) Le peace-keeping selon Kitson : « preventing by non-warlike methods, one group of people from fighting another group of people. », p.4.

(2) La subversion et l’insurrection selon Kitson : « Subversion, then, will be held to mean an illegal measures short of the use of armed force taken by one section of the people of a country to overthrow those governing the country at the time, or to force them to do things which they do not want to do. It can involve the use of political and economic pressure, strikes, protest marches, and propaganda, and can also include the use of small-scale violence for the purpose of coercing recalcitrant members of the population into giving support. Insurgency will be held to cover the use of armed force by a section of the people against the government for the purposes mentioned above. », p.3.

Le général précise que les deux peuvent se dérouler en même temps et être soutenus par des pays étrangers (cf. les psy-op contre la Serbie, l’Irak, la Libye, la Syrie, l’Iran, l’Ossétie du Nord, etc.). Selon Kitson, l’échec de la subversion entraîne un glissement vers l’insurrection.

(3) Pour rappel : www.defrancisation.com/le-projet-rivkin-comment-la-mondialisation-utilise-le-multiculturalisme-pour-assujettir-des-nations-souveraines/

(4) Le lecteur peut se reporter à Storytelling, de Christian Salmon. Egalement, le reportage tiré de son livre : Orliange (Anthony) & Salmon (Christian), Storytelling. La machine à raconter les histoires, 2009. Documentaire visible (trois vidéos) sur www.notre-ecole.net/le-storytelling-ou-lart-de-raconter-les-histoires/

(5) Certes, concède Kitson, les opérations psychologiques représentent un danger pour la liberté, mais moindre comparé à la subversion et à l’insurrection d’une population. Ou comment justifier hypocritement l’état d’exception, Batman-CIA et Jack Bauer contre chaque Bane qui sommeille en nous.

(6) Francart (Loup), La guerre du sens. Pourquoi et comment agir dans les champs psychologiques, p.286.

(7) Collon (Michel), « Comment la CIA mène la « guerre psychologique » », www.michelcollon.info/Comment-la-CIA-mene-la-034-guerre.html, 6 mars 2008. Le lecteur peut également se reporter aux articles « Actualité des stratégies de manipulation de Gregory Bateson, ancien agent de l'OSS », Horizons et débats n°35, www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=2317, 13 septembre 2010 et Price (David H.), « Gregory Bateson et l'OSS : la Seconde Guerre mondiale et le jugement que portait Bateson sur l'anthropologie appliquée », Horizons et Débats n°35, www.horizons-et-debats.ch/index.php?id=2316, 13 septembre 2010.

(8) La guerre cognitive, pp.236-237.

(9) Saluons le courageux Emmanuel Ratier : www.egaliteetreconciliation.fr/Gouvernement-Ayrault-au-16-mai-2012-12223.html

***

Annexe : Diagramme de Kitson

subversion;

 

Source : Scriptoblog

vendredi, 22 mai 2015

Jade Helm: la guerre contre le peuple

jadehelm.jpg

USA : OPÉRATION JADE HELM
 
La guerre contre le peuple
 
 
Michel Lhomme
Ex: http://metamag.fr
L'opération fait actuellement les choux gras des sites complotistes ou des blogs survivalistes américains. Il s'agit de l'opération officielle Jade Helm prévue  du 15 juillet 2015 au 15 septembre 2015 dans sept états américains. Il s'agit d'un énorme exercice, grandeur nature de sécurité intérieure comme les Etats-Unis aiment en produire souvent. Déjà les véhicules militaires du type Humvees  ont été transportés par camion directement vers les Etats concernés et ils ont été entreposés dans des établissements Wal-Mart, ces établissements qui avaient officiellement fermés pour six mois en début d'année, licenciant du jour au lendemain tout son personnel pour des travaux de plomberie ! 

L'opération Jade Helm est énorme et travaille sur l'hypothèse de l'instauration en urgence de la loi martiale dans tous les Etats-Unis, suite à un effondrement sociétal du pays,  une sécession ou une dislocation inter étatique. 

Sans polémiquer sur l'exercice proprement dit, il semblerait donc que l'on n'écarte plus aux Etats-Unis ce genre d'hypothèses dans les hautes sphères de la sécurité intérieure. Elle fait bien partie aujourd'hui, comme on peut le voir très souvent dans les films hollywoodiens, des scénarios de politique fiction plausibles. Ainsi, depuis la semaine dernière ont commencé des mouvements militaires massifs sur les autoroutes américaines impliquant des transports de chars au Texas, des antennes satellitaires portatives au Nouveau-Mexique. Pour des observateurs attentifs, ce déploiement nous permet de corroborer les armes qui seraient susceptibles d'être utilisées en cas d'émeutes  aux Etats-Unis. On pense à ces fameuses armes électromagnétiques non létales qui permettent de maîtriser les foules par ultra-sons . Elles ont effectivement bien été repérées en nombre dans le Nevada, état qui participe aussi à l'opération Jade Helm.
 
On peut s'interroger 

A quoi se préparent les Etats-Unis ? A des émeutes nationales qui inciteraient les gouvernements locaux à déclarer la loi martiale ? A une catastrophe climatique ? En fait, depuis quelques mois, y compris en Floride, les rangers américains ont effectué toute une série d'exercices où l'on a vu de faux émeutiers conduits enchaînés dans des camps martiaux, appelés les FEMA. Ces camps sont pour l'instant officiellement expérimentaux mais paradoxalement, ils ont l'air d'être particulièrement opérationnels maintenant sur pratiquement tout le territoire américain. Les autorités officielles américaines nient bien sûr leur existence et contestent qu'il y ait eu ouverture de tels camps mais tout semble maintenant attester de leur présence , en particulier par le témoignage de citoyens témoins voisins mais aussi de rangers ou de vétérans.

On scénarise donc sur un effondrement économique total, une catastrophe "naturelle" d'ampleur gigantesque, la TGM (sigle désormais utilisé dans l'armée américaine pour désigner la ''troisième guerre mondiale'') mais pour l'opération officielle, il s'agira tout simplement d'une sécession des Etats du Sud, d'émeutes urbaines qui dégénéreraient.

Dans l'anesthésie générale des masses, personne ne semble réellement s'offusquer de telles menaces. De quelle guerre s'agit-il vraiment ? D'une guerre internationale ou civile ? Et s'il s'agissait d'une guerre larvée, non dite ? Ces exercices sont-ils  les préparatifs subtils de la guerre civile à venir qui ne serait ni une guerre de l’information, ni une guerre de la propagande, ni une guerre économique ou psychologique mais une guerre pure et simple, une guérilla de francs-tireurs ?  N'oublions pas que très souvent aux Etats-Unis, les exercices fédéraux de crise ont une tendance étrange à coïncider soudainement avec des événements historiques de crises très réelles. 

A la lettre, l'opération Jade Helm est un acronyme pour ''aide conjointe pour le déploiement et l’exécution''. Il s'agit d'un programme conçu pour créer des plans d’action et de déploiement par des modèles informatiques destinés à accélérer les temps de réaction pour les planificateurs militaires au cours d’un scénario de crise. Il est lié avec un autre programme appelé ACOA (Adaptive Course of Action). Les deux programmes sont des produits de l’Agence Darpa .

Contrairement à ce qui avait été dit au départ par le gouvernement américain, Jade Helm tourne bien autour de la crise intérieure, du gouvernement d'exception, d'une crise de grande ampleur qui affecterait le territoire américain dans sa totalité. Quant à la guerre qui serait alors menée, le déploiement de l'opération ne laisse plus aucun doute : il s'agit d'une guerre ultime, de la guerre ultime contre le peuple américain. On prévoit donc que lorsque les libertés constitutionnelles seraient abrogées de par les circonstances et l'état d'exception, il faudra répondre à l'insurrection des plus hardis, de ceux qui auraient échappé aux mailles du contrôle de l’opinion publique, d'Internet et de big brother. 

Il importe pour nous Européens, de suivre, dans le détail, les mouvements des opérations de Jade Helm car ils donnent le ton mais surtout, expliquent  le sens général des lois sécuritaires françaises qui viennent d'être votées. Ces lois sont censées nous protéger du terrorisme islamique, mais elles ciblent dans leur langage même les mouvements identitaires (ce qu'a d'ailleurs reconnu le Ministre de l'Intérieur Cazeneuve à l’Assemblée nationale) et surtout, elles nous visent, elles visent la dissidence sur internet, réduite maintenant au vocable ''complotiste''. Le ''complotiste'' étant au virtuel l'équivalent du terroriste dans la rue. 

dimanche, 10 mai 2015

Lieutenant-colonel David Galula: peut-on être prophète en son pays?

Lieutenant-colonel David Galula: peut-on être prophète en son pays?

Par le Capitaine (R) MATTHIEU MEISSONNIER

Ex: http://www.penseemiliterre.fr

L’enseignement de l’éthique est une composante essentielle de la formation du militaire. Le présent article présente une nouvelle approche pédagogique de cet enseignement : l’intégration de dilemmes éthiques dans les exercices tactiques.

gaula.jpgPlus significatif est l'estime tout à fait exceptionnelle dans laquelle il tient l'auteur. Paraphrasant Bernard Brodie à propos de «De la guerre» de Clausewitz, il écrit : «De la même façon, on peut dire de l'ouvrage de Galula qu'il est à la fois le plus grand et le seul grand livre jamais écrit sur la guerre non conventionnelle» et quelques lignes plus loin : «Il sera considéré un jour comme le plus important des écrits militaires français du siècle dernier. C'est déjà le cas aux États-Unis».

Face à tant d'éloges et de mystère, on peut se demander qui est ce génie méconnu et ce qu'on peut apprendre de sa théorie et de sa praxis alors même que l'armée française est à nouveau placée face au défi de l'asymétrie et de la contre-insurrection ?

De sa biographie, qu'a tentée de reconstituer Philippe de Montenon dans la présentation de l'édition française, on sait peu de choses.

On a toutefois l'impression d'un officier hors norme et au parcours original marqué par des expériences nombreuses de la guerre insurrectionnelle.

Né à Sfax en Tunisie en 1919, il entre à Saint-Cyr en 1939 et est mobilisé en 1940 avec sa promotion. Après l'armistice, il reprend la scolarité à Aix-en-Provence jusqu'à sa radiation des cadres en 1941 pour « judaïté ». Il retourne alors en Afrique du Nord, où, en juillet 1943, il est réintégré dans l'armée par le général Giraud et participe à la fin de la Seconde guerre mondiale. C'est ensuite que son parcours se distingue, car plusieurs affectations l'amènent à être en contact avec les guérillas ou les actions de contre-insurrection, plusieurs fois en Chine et en Asie où il s'instruira des expériences malaisienne, indonésienne et philippine, mais aussi en Grèce au moment du conflit contre les communistes. De l'observation, il passera à la pratique en Algérie où il commandera une compagnie à partir de l'été 1956.

Ce parcours et sa manière de servir l'on fait remarquer, ses chefs louant sa vivacité et son esprit d'initiative «gagnant à ne pas être bridé» mais qui ne plaît pas à tous.

Son service en Algérie incite l'armée française à l'envoyer aux États-Unis en 59-60 et c'est à cette occasion qu'il noue les contacts, notamment avec la Rand Corporation, qui l'amèneront à prendre la plume. C'est justement parce que l'armée lui refuse le détachement qu'il sollicite en 1962 pour occuper un poste de visiting fellow à Harvard, qu'il demande sa mise en disponibilité.

C'est au cours de ce séjour aux États-Unis qu'il publie en anglais ses deux seuls livres. Le premier est un récit de son expérience algérienne. Publié en 1962, il est intitulé «Pacification in Algeria, 1956-1958». Il n'a pas encore fait l'objet d'une traduction en français. Le second, publié en 1963, est un ouvrage théorique, c'est le fameux «Counterinsurgency Warfare, Theory and Practice».

Il meurt en France en 1968.

galula2.jpgLes motivations pour écrire de David Galula sont en partie personnelles et politiques. Il fait clairement partie des officiers qui désapprouvent le tournant pris par la politique algérienne de la France, persuadés que la victoire - y compris politique - était à portée. Il y a donc une part de justification. L'aspect politique est également important, il est réellement anticommuniste et veut contribuer à lutter contre l'extension du communisme.

Il est donc vraisemblable que la proposition de la Rand corporation, think tank marqué à droite, de venir exposer et publier ses théories en Amérique l'ai séduit au moment où ses aspirations de carrière auraient sans doute été contrariées. Pour la Rand, il s'agissait sans doute d'être précurseur car si les États-Unis avaient pu prêter un certain appui à Mao ou aux indépendantistes contre leurs tutelles coloniales, ils se trouvaient à l'époque de plus en plus confrontés au développement de maquis communistes contre des régimes alliés aussi bien en Amérique du Sud (Cuba en 1962) qu'en Asie (Vietnam).

Ces considérations circonstancielles - mais on pourrait en écrire autant d'un Clausewitz - n'ont pas arrêté le lecteur américain et ne doivent pas plus arrêter le lecteur français dans sa volonté de découvrir une pensée militaire profondément novatrice, moderne et plus complexe qu'il n'y paraît. Surtout, elles ne doivent pas estomper l'ambition théorique de Galula et sa volonté de se situer au niveau des principes.

David Galula se place volontairement dans la lignée des penseurs, qui depuis les origines ont voulu définir les lois de la guerre. S'il ne croit pas possible de disposer d'une martingale, «Nul joueur d'échec n'a jamais trouvé d'ouverture garantissant la victoire, et nul n'en trouvera jamais», il croit possible et nécessaire de dégager des leçons de l'expérience qui peuvent être érigées en lois et en principes. Il écrit à ce propos : «De telles analyses ont débouché, à l'extrême, sur l'idée que nulle leçon ne pouvait être tirée des guerres passées, étant entendu que la conduite de la guerre n'est jamais qu'affaire d'intuition et de circonstances. À l'opposé, elles ont conduit à l'élaboration de doctrines soi-disant incontournables érigées en article de foi».  

Dégager l'originalité de la guerre contre-insurrectionnelle et en établir les lois est donc l'objectif de sa démarche théorique. Là réside son apport et la raison de le lire aujourd'hui.

Il démontre ainsi 7 éléments cruciaux qui changent les cadres de pensée :

·       L'originalité de la guerre contre-insurrectionnelle par rapport à la guerre classique ;

·       La différence de la manœuvre contre insurrectionnelle par rapport à la manœuvre insurrectionnelle ;

·       La place centrale de la population et ce que cela implique ;

·       Le rôle du pouvoir civil et politique, plaçant l'autorité militaire dans une position seconde ;

·       Les conditions militaires de la victoire ;

·       La grille de lecture de l'insurrection ;

·       Le mode opératoire idéal.

Le premier apport, c'est-à-dire la différence avec la guerre classique, peut paraître évident, mais il demande à être compris en profondeur.

En effet, dès ce premier élément, il s'inscrit en fait en opposition avec «La guerre moderne» du colonel Trinquier sur la question de l'alignement sur la violence de l'ennemi. Compte tenu des dérives qu'une telle conception a pu entraîner, la démarche de Galula est dès l'abord plus moderne et plus éthique, ce n'est pas le moindre de son intérêt. Plus encore, il s'oppose à Clausewitz - on retrouve ce parallèle - en montrant que la guerre contre-insurrectionnelle est tout sauf une montée aux extrêmes. Ainsi à 45 ans d'intervalle, il s'oppose de la façon la plus ferme à la lecture que fait René Girard de Clausewitz[1] et d'Huntington, qui croit voir dans les événements de ces dernières années l'irrésistible montée en puissance de la violence mimétique.

Dans la guerre classique, les mêmes quatre lois s'appliquent aux deux adversaires : la victoire appartient au plus fort, au plus déterminé, à celui qui conquiert et conserve l'initiative et peut bénéficier de l'effet de surprise. En découlent- les mêmes trois principes : la concentration des efforts, l'économie des forces et la liberté d'action, complétés par  la sûreté de la force.

Au contraire, dans la guerre contre-insurrectionnelle, un des protagonistes, «l'insurgé», y échappe et dénie à celui qui le combat, que Galula dénomme «loyaliste», la possibilité de se placer sur ce terrain. Cette guerre obéit donc à ses propres lois, ses propres principes.

Certains ont cru pouvoir les trouver en lisant les manuels de guérilla.

Mais selon Galula, la solution ne s'y trouve pas et c'est là son second apport. C'est ne pas comprendre le conflit que de vouloir nier l'incontournable asymétrie. Il écrit : «Comment et contre qui, par exemple, pourrait-il [le loyaliste] utiliser les tactiques de son ennemi ? Il est le seul à offrir des cibles à des opérations de guérilla. Il ne peut pas se muer en guérillero sans disposer du soutien effectif de la population, que seul peut garantir une organisation politique ancrée dans les masses. Si tel était le cas, l'insurgé n'en disposerait pas et donc ne pourrait pas exister. Cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas de place dans le combat de contre-insurrection pour de petites opérations de type commando, mais plutôt que ces dernières ne peuvent pas constituer la forme principale du combat de contre-insurrection». De même, il est pour le loyaliste contre-productif d'employer des forces clandestines.

Cela s'explique par le fait que la dynamique même de l'insurrection est la transformation d'une ressource immatérielle - la cause - en ressources matérielles - les forces armées, le territoire. De ce fait, au moins avant que l'insurgé n'ait atteint un certain niveau de puissance, le loyaliste ne peut se défaire de ce qui le caractérise - la supériorité classique - et de ses corollaires - la rigidité et la disparité des coûts et des efforts. Il ne peut non plus utiliser de manière systématique cet avantage conventionnel contre l'insurgé qui préfèrera abandonner tout point de fixation.

Si l'insurrection ne peut être contrée par une tactique classique...

...c'est qu'un tel mode opératoire ne permet pas d'atteindre l'objectif véritable qui est l'ascendant sur la population. C'est l'effet majeur de l'insurgé comme du loyaliste, Galula le formule ainsi : «Si l'insurgé [ou le loyaliste] parvient à dissocier la population du loyaliste [ou de l'insurgé], à la contrôler physiquement et à obtenir son soutien actif, il gagnera la guerre».

galula1.JPGCette constatation a des conséquences très importantes qu'il faut comprendre et savoir décrypter. Ainsi, la réussite d'une embuscade et, plus généralement, «l'attrition de l'ennemi est un effet secondaire du combat de guérilla mais ne représente pas son but essentiel» si elle ne conduit à modifier le rapport de force au regard du contrôle sur la population.

Le soutien de la population étant aussi vital pour l'une que pour l'autre partie, c'est le seul moyen pour les loyalistes de contraindre l'insurgé à ne pas refuser le combat. En effet, face à la volonté du loyaliste de reprendre le contrôle d'une zone donnée, le principe même de l'action de l'insurgé est de s'appuyer sur sa faiblesse et sa souplesse pour esquiver à chaque fois qu'il n'est pas en position de force tout en gardant son implantation clandestine. Galula a cette formule : «Les opérations conventionnelles n'ont généralement pas plus d'effet qu'une tapette à mouches». Le loyaliste qui ne peut pas adopter une tactique similaire risque en outre de s'épuiser dans des opérations de diversion qui, efficaces dans une guerre classique (bataille de la Somme durant celle de Verdun), sont inutiles voire contre-productives dans une guerre contre-insurrectionnelle comme l'offensive Atlante durant la bataille de Dien Bien Phu.

Cependant, «Si l'insurgé est fluide, la population, elle, ne l'est pas». «En concentrant ses efforts dans la population, le loyaliste compense sa propre rigidité et assure le plein emploi de ses moyens». Ainsi, «lorsque le loyaliste met la pression non pas sur directement l'insurgé mais sur la population, qui est la vraie source de puissance de son adversaire, celui-ci ne peut pas réellement refuser le combat car il courrait alors à sa perte».

Ces trois premiers éléments expliquent la quatrième grande conclusion de Galula relative aux rapports entre le pouvoir civil et l'autorité militaire.

Pour lui, la guerre contre-insurrectionnelle est marquée par la prépondérance permanente du politique au cours de la guerre, alors que dans un conflit traditionnel, une fois la guerre déclarée les opérations prennent souvent l'ascendant.

Cette prépondérance a une double dimension opérationnelle et institutionnelle.

En termes opérationnels, la politique prend une place essentielle car le militaire ne représente guère que 20% environ de l'ensemble des missions à accomplir du déclenchement des hostilités à la victoire finale. En effet, la population étant le centre de l'attention, cela nécessite de maintenir un seuil de violence le plus bas possible afin de gêner le moins possible la vie normale et la reconstruction d'un état de paix. Il écrit même : «La politique devient par elle-même une fonction opérationnelle. Les interactions entre le politique et le militaire deviennent si fortes qu'on ne peut plus nettement les séparer».

De là réside la tentation, qui est pour Galula une erreur, de vouloir faire faire aux militaires l'ensemble des tâches parce qu'ils ont la maîtrise du terrain, et de leur donner de surcroît l'autorité sur l'ensemble du processus. Au contraire, le pouvoir civil doit conserver la primauté sur le militaire à tous les échelons, même le plus bas, et assurer la coordination avec l'administration civile. Il s'agit notamment de la police et de la justice mais pas seulement, ce sont toutes les dimensions de l'appareil administratif qui sont concernées et qui permettront le rétablissement d'un processus politique normal.

Le cinquième apport de sa théorie est d'énumérer, sans doute pour la première fois, les conditions d'une victoire dans la partie militaire du conflit.

Elles sont aujourd'hui relativement bien connues mais elles prennent plus de force dans la cohérence d'ensemble de sa pensée. Quatre sont particulièrement notables dans le contexte actuel.

·   La première est l'importance des effectifs et leur ratio par rapport à la population et aux insurgés. Face à ces derniers, il l'estime entre 1 contre 10 et 1 contre 20. Leur insuffisance est d'ailleurs, selon lui, la cause fondamentale de l'échec français en Indochine. La recherche de ce ratio amène souvent à recourir à la conscription.

·   La seconde est le fait que «Une guerre révolutionnaire est avant tout une guerre d'infanterie». Les armées modernes doivent abandonner la plus grande part de leur organisation et de leurs matériels organiques pour gagner en souplesse et en proximité. Seuls doivent être conservés les matériels utiles, par exemple, à la concentration rapide des forces contre la guérilla comme les hélicoptères de transport.

·   La troisième est la minimisation de l'usage de la force et la maîtrise de la violence, ce qui implique une troupe formée à cela. Elle implique également la limitation au maximum des bavures et, si c'est utile, leur sanction publique et immédiate. En outre, la force doit prévoir la réparation immédiate de tout dommage.

·   Enfin, dans ce type d'opérations, le militaire ne peut être politiquement neutre. Il doit s'impliquer personnellement pour le succès et contre la cause utilisée par l'insurrection. Il doit donc adhérer non pas aux aspects politiciens circonstanciels du pouvoir, mais aux principes qui sous-tendent les institutions loyalistes.

Décryptant les différents types d'insurrection et leur fonctionnement...

...Galula fournit une grille de lecture et d'identification de son stade d'avancement. Ce point n'est pas seulement théorique, il est directement opérationnel, car il convient pour le loyaliste d'agir le plus vite possible avec succès. En outre, si l'insurrection en arrive au stade de la violence déclarée, il lui faudra engager à bon escient et avec l'ampleur nécessaire la force armée.

Galula relève que, trop souvent, les gouvernements ne prennent pas la juste mesure des événements auxquels ils sont confrontés et ne parviennent pas à mobiliser les moyens légaux, financiers et militaires pour contrer l'insurrection au moment où elle est la plus faible.

Il distingue deux modèles d'insurrection : «L'orthodoxe communiste» qui vise non seulement à la prise du pouvoir mais aussi à la transformation de la société, et un second, «bourgeois nationaliste» qui n'a que le renversement du gouvernement loyaliste pour but. Pour ne donner qu'un exemple, il est frappant de noter dans un livre de 1963 cette analyse de ce qui serait la première étape de son second modèle, dite du «terrorisme aveugle» : «Le but de cette étape est d'obtenir de la publicité pour le mouvement et pour sa cause et, en focalisant l'attention du public, d'attirer des supporters potentiels». Ces attentats qui demandent peu d'effectifs doivent être «aussi spectaculaires que possibles, en vagues concentrées, coordonnées et synchronisées». Comme précédemment, l'attrition de l'ennemi n'est qu'un objectif secondaire.

Enfin, Galula propose un mode opératoire idéal...

...en 8 étapes, pour réduire une guérilla. Il est très fortement inspiré de la pratique française en Algérie mais prend une dimension supplémentaire du fait de sa cohérence avec les apports théoriques évoqués ci-dessus.

Ainsi dans la première étape du processus visant à reprendre pied dans un secteur donné et à détruire la guérilla armée, on comprend pourquoi le résultat de sa simple expulsion est satisfaisant puisque le vrai objectif à ce stade est de retrouver la possibilité d'exercer son ascendant sur la population, la destruction de la guérilla en résultant nécessairement in fine. Cela implique donc un mode opératoire spécifique, notamment un ratissage en double sens, extérieur-intérieur puis intérieur-extérieur visant certes à détruire mais également à expulser les guérilleros qui soit refuseront le combat s'ils pensent pouvoir revenir par la suite, soit l'accepteront conscient de la volonté du loyaliste sur la population.

La chronologie qu'il préconise prend également plus de force. À cet égard, il est intéressant de noter que les élections locales n'arrivent qu'en 5ème étape et l'organisation d'un parti national en 7ème étape, ce qui implique que la contre-insurrection soit à un état avancé dans de nombreuses autres régions. Cela inciterait certainement à la prudence au regard de la pratique occidentale plutôt inverse dans les opérations récentes comme en Irak et en Afghanistan où les élections ont été organisées rapidement et présentées comme le couronnement d'un processus alors même que le travail de pacification n'était pas réellement en voie d'achèvement.

Au final, se pose la question de la pertinence de la théorie de Galula dans les engagements d'aujourd'hui et la portée de son travail.

galula3.JPGSi l'on veut bien ne s'attacher qu'aux éléments circonstanciels, Galula apparaît bien comme un précurseur et, par la profondeur de sa réflexion, comme un théoricien incontournable. Il fait percevoir la «révolution copernicienne» nécessaire à la victoire contre une guérilla, c'est-à-dire le changement de centre de gravité des opérations militaires par rapport au conflit classique.

Lui reprocher de ne pas prendre en compte le terrorisme islamiste post-11septembre est un anachronisme et vraisemblablement une injustice. En effet, les deux modèles de guérillas qu'il distingue ne sont pas sans points communs avec ce terrorisme et peut-être aurait-il introduit un troisième modèle intermédiaire s'il avait été à même de le faire.

Une lacune plus importante est peut-être la faible prise en compte des spécificités de la guerre contre-insurrectionnelle en milieu urbain, mais là aussi il ne faut pas en exagérer la portée car il s'agit plus d'une dimension plus opérative que théorique.

Découvrir et déjà relire et travailler la pensée du Lieutenant-colonel Galula apparaît donc opportun. Il faut souhaiter que sa célébrité récemment acquise permette de rendre disponibles ses archives, travaux préparatoires, articles ou cours qu'il n'a pas manqué de rédiger aux États-Unis ou en France. Pourra ainsi être complétée et précisée une pensée dont l'apport est considérable, ne serait-ce que par l'influence qu'elle exerce auprès des Américains et par sa diffusion croissante à tous leurs alliés.

S'il n'a pas été prophète en son pays, David Galula mérite assurément d'intégrer le cercle des «pères fondateurs» de la «pacification à la française» aux côtés de noms plus illustres comme les maréchaux Gallieni ou Lyautey.



[1] Achever Clausewitz, Carnets Nord, Paris, 2007, 363 p.

vendredi, 08 mai 2015

Peut-on éradiquer un terrorisme?...

algtoninja.jpg

Peut-on éradiquer un terrorisme?...

par Xavier Raufer

Ex: http://metapoinfos.hautetfort.com

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Xavier Raufer, cueilli sur le site du nouvel Économiste et consacré à la lutte contre le terrorisme.

Criminologue, enseignant à l'université de Paris II, Xavier Raufer a récemment publié Les nouveaux dangers planétaires - Chaos mondial, décèlement précoce (Editions du CNRS, 2009) et Géopolitique de la mondialisation criminelle - La face obscure de la mondialisation (PUF, 2013).

Anéantir pour l’essentiel un terrorisme, cela se peut. Récemment, l’Algérie, l’Inde, Ceylan en sont la preuve

Qui peut abattre une innocente jeune femme pour lui voler sa voiture en préparant le massacre des fidèles d’une église, n’est qu’un chien enragé.

Qui peut tirer à bout portant dans la tête d’enfants devant une école, après avoir tué en jubilant des militaires désarmés, n’est qu’un chien enragé.

Qui peut tuer les clients d’une épicerie venus faire leurs courses, en préparant le massacre des autres, n’est qu’un chien enragé.

Des fanatiques prétendant “venger le prophète” et massacrant des journalistes n’ayant fait que des dessins (drôles ou pas, est une autre question) ne sont que des chiens enragés.

Toujours, des innocents désarmés, des enfants : oui, des chiens enragés et fort lâches. Face à eux, alors, que faire ?

Quand le désarroi officiel devient palpable ; quand sa foi en un renseignement intérieur défaillant sonne chaque jour plus faux ; quand les appels à l’union nationale sentent désormais leur juin 1940, il faut d’abord affirmer ceci :

- L’État-nation n’a pas été créé pour fixer la date des soldes, ni le salaire des infirmières, mais pour assurer la sécurité du pays. C’est sa raison d’être et l’aune à laquelle il faut le juger.

- Assurer la sécurité intérieure n’est pas se lamenter dans des cortèges, ni arpenter le pays, ou la planète, pour gémir sur des cercueils. À tout prix, cela consiste à briser l’emprise terroriste sur la France et à éliminer ces chiens enragés.

Cela ne se fait pas par l’apaisement, ni la communication. Voilà un siècle, Charles Péguy avertissait : “Une capitulation est essentiellement une opération par laquelle on se met à expliquer au lieu d’agir, et les lâches sont des gens qui regorgent d’explications”.

Mais la terreur n’est ni nouvelle, ni bornée à l’Europe. Observons ainsi deux pays victimes du terrorisme, leurs décisions et ce qui en a résulté.

Le Pakistan. Aujourd’hui, 20 % de ce pays de 800 000 kilomètres carrés est sous la coupe d’une centaine de hordes islamistes armées, talibans, etc. Opérant ouvertement, elles ont tué, depuis septembre 2001, 30 000 civils et 15 000 militaires pakistanais. Parmi elles, le Lashkar e-Tayyaba, coupable prouvé du carnage de Bombay en novembre 2008 (170 morts), fonctionne à ce jour comme un parti politique légal. Voué à massacrer des chrétiens et des chiites pakistanais, le Lashkar e-Jhangvi y sévit sans encombre.

Or la puissante armée pakistanaise (650  000 hommes) pourrait sans tarder liquider ces islamistes. Violents ou pas, soulignons-le, ceux-ci sont fort minoritaires dans ce pays à 95 % musulman, et n’ont jamais dépassé 5 % des sièges au parlement d’Islamabad. Seul motif du sanglant chaos : l’indécision de dirigeants incapables d’éliminer ces islamistes pour de bon.

Ceylan - d’abord, ceci : l’auteur a souvent parcouru le pays tamoul. En Inde comme à Ceylan, difficile de trouver un peuple plus pacifique et accueillant que les Tamouls. Or, de persécutions en discriminations, les Ceylanais bouddhistes ont enragé certains Tamouls de l’île, au point qu’ils créent en 1976 les “Tigres de l’Elam tamoul”, sanguinaire groupe terroriste comme le monde en a peu connu.

D’où, de 1983 à 2009, une guerre civile provoquant 100 000 morts ; trains et autocars attaqués à l’explosif, passagers massacrés ; camions et voitures piégés, victimes par centaines ; des présidents et ministres assassinés lors d’attentats suicides, dont Rajiv Gandhi, en 1991.

En 2005, le nouveau président ceylanais décide d’anéantir les Tigres. Début 2009, ceux-ci sont encerclés au nord de l’île, parmi 100 000 Tamouls. En mai 1989, c’est l’assaut final :

Bombardements… fusillades… Tous les dirigeants des Tigres sont éliminés, avec sans doute 40 000 civils. Parmi les atrocités, des exécutions sommaires de prisonniers ; le fils de Velupillai Prabhakaran (chef des Tigres) est abattu à 12 ans. 300 000 Tamouls croupissent alors dans des “camps de prisonniers”. Aujourd’hui encore, Ceylan compte, après l’Irak, le plus grand nombre de “disparus” au monde.

Oui mais, en janvier 2015, un président bouddhiste modéré est élu à Ceylan ; une timide réconciliation nationale s’y amorce. Et depuis désormais six ans, le terrorisme a disparu de l’île.
Anéantir pour l’essentiel un terrorisme, cela se peut. Récemment, l’Algérie, l’Inde, Ceylan en sont la preuve. Des cas très divers certes, mais un point commun : une volonté sans failles, une poigne de fer.

Xavier Raufer (Le Nouvel économiste, 1er mai 2015)

mercredi, 08 avril 2015

Vers une guerre totale de l’information

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Notre guerre totale

Ex: http://www.dedefensa.org

Nous reproduisons ci-dessous une chronique d’Alexandre Latsa, publiée notamment dans le Sputnik-français (le 31 mars 2015), concernant la “guerre de l’information” (“guerre de la communication” pour nous), dont ce chroniqueur français résidant en Russie estime qu’elle est “totale”. Cela nous paraît un jugement absolument fondé, ainsi qu’est fondée la place considérable et proéminente que Latsa assigne à la Russie dans le processus qui a conduit à la possibilité d’un tel conflit. (Nous avons déjà largement mis en évidence combien ce phénomène de l’émergence de la Russie dans le domaine de la communication, par opposition à ce que fut la Russie-URSS durant l’époque de la Guerre froide, est un des grands événement de notre époque de crise diluvienne [voir le 19 février 2015].) En effet, c’est parce que la Russie est apparue en quelques années comme la nouvelle source fondamentale du développement du nouveau courant de communication qu’on observe depuis le début du siècle, que l’on assiste aujourd’hui à cette “guerre totale de l’information/de la communication”. Cette position puissante de la Russie est, pour le boc BAO quelque chose d’insupportable et d’inacceptable, dans la mesure où elle assure à la Russie une puissance antiSystème remarquable ; dès lors que la chose était réalisée, la “guerre totale” devenait inévitable. Le fait est que nous l’avons.

Bien entendu, cette toute nouvelle situation est essentiellement due à la continuelle affirmation grandissante dans le champ de l’information activiste de l’internet, des “bloggeurs”, des “réseaux sociaux”. C’est un phénomène effectif depuis 1999-2000, mais qui est entré dans une seconde période depuis 2010-2012, une période de maturité plaçant ce courant en position de prendre la première place dans le système de la communication. Latsa met bien en évidence un phénomène concomitant qui est la dégénérescence et la décadences accélérées du journalisme classique, du journaliste de la presse-Système, qui ne doit qu’à lui-même cette chute finale ; parce qu’en se soumettant au Système, c’est-à-dire à l’absence de liberté, à une “liberté d’expression” réduite aux narrative du Système, au conformisme épuisant de médiocrité, et finalement à la robotisation, cette catégorie socio-professionnelle s’est “faite hara-kiri” dans le cadre somptueux et faussaire des privilégiés du Système. («Un des correspondants français à Moscou, écrit Latsa, m’avait confié qu'il avait parfaitement compris qu'il faisait partie de la dernière génération de journalistes traditionnels, génération qui serait probablement remplacée à terme par des bloggeurs.») La situation est telle aujourd’hui que, pour les journalistes de la presse-Système conscients de cette situation où ils sont contraints d’évoluer et qui veulent ne pas tout perdre, l’unique porte de sortie est de se donner à eux-mêmes, à côté de leur position-Système, une activité de bloggeur en ouvrant leurs propres blogs.

Nous sommes bien loin désormais des seules activités de propagande et de désinformation, nous sommes dans une autre dimension, dans un autre monde, et c’est sur ce terrain entièrement nouveau que se développe “notre guerre totale”. L’émergence de la Russie et sa montée en première ligne avec la crise ukrainienne est l’acte décisif de l’installation de ce nouveau monde et du déclenchement de cette “guerre totale” ; désormais, la Russie a remplacé les USA dans cette activité du nouveau courant de communication de ce qu’on doit désigner comme une communication antiSystème, avec une presse-antiSystème directement opposée à la presse-Système. Les “dissidents” US ont fait un travail magnifique entre 1999-2000, puis ils ont cédé cette place de moteur et d’inspirateur à la Russie depuis 2010-2012. La Russie a l’immense avantage que ce qui joue chez elle le rôle de “presse-Système” n’a évidemment pas grand’chose à voir, dans l’esprit certes, avec la véritable presse-Système, que cette pseudo-presse-Système travaille le plus souvent en symbiose avec le monde des bloggeurs en montrant une exceptionnelle souplesse à cet égard ; le résultat est qu’un RT ou un Sputnik.News travaille dans le même sens que les bloggeurs et atteint une audience mondiale qu’aucun organe de presse-Système du bloc BAO n’a jamais atteint.

Pour autant ces variations de leadership pour la presse-antiSystème, des USA vers la Russie, n’ont pas de valeur d’orientation spécifique qui impliquerait l’identification prioritaire, voire exclusive, d’un parti, d’une nation, etc. ; elles ont une valeur utilitaire en poursuivant et en renforçant un mouvement par essence en-dehors et au-dessus des nationalités et des spécificités pseudo-idéologiques parce qu’il s’agit du mouvement, de la dynamique antiSystème. Il reste que cette émergence russe permet de mesurer la prodigieuse diversité, la créativité, la liberté de commentaire des innombrables “fantassins médiatiques” (expression mentionnée par Latsa) qui font aujourd’hui la substance du système de la communication. Là se trouve bien la maturité du phénomène.

Face à cette nouvelle situation, c’est la panique, la panique dans le Système, la panique-Système, dont on a sans cesse de nouveaux échos en même temps que le ridicule des réactions de défense. Les ripostes envisagées par les principales puissances au service du Système, que ce soit les USA ou que ce soit l’UE, des centaines de $millions et de €millions alloués pour un effort novateur de pseudo-“contre-propagande” impliquant de façon comique que, jusqu’ici, l’information du Bloc BAO sur la Russie était à la fois neutre et virginale, tout cela a le dérisoire du poids du papier imprimé à la manière des faux-monnayeurs, selon les tactiques tonitruantes si originales des généraux chamarrés des diverses Banques Centrales du bloc BAO ; du papier, comme celui qui imprime la presse-Système, qui servirait, pour l’usage qu’on imagine, au Système en passe de devenir dans cet immense affrontement un énorme “trou du cul du monde”, – une catégorie spécifique du “trou noir” où disparaissent les univers. Effectivement, la position dans “cet immense affrontement” du Système, des pays du bloc BAO, qui se considèrent comme les maîtres de la communication et de l'affirmation d’influence qui va avec, est celle d’un immense désarroi devant l’efficacité de la dynamique antiSystème avec l’entrée de la Russie dans le jeu.

La sensation générale qui ressort de cette situation est que l’on se trouve devant une situation réellement révolutionnaire par la place que prend désormais la communication, avec la puissance qu’elle est capable de diffuser, avec les effets qu’elle est capable d’obtenir. Nous sommes très loin de l’univers orwellien, même si la technique du Système, de sa presse-Système, etc., est effectivement le plus souvent grossièrement orwellienne. Il s’agit d’une “guerre totale” s’exprimant par les moyens d’un outil qui avait servi de complément, parfois très important certes, mais dont on n’avait jamais conçu jusqu’ici qu’il constituerait le cœur même de la guerre, à la fois son inspiration, son orientation et son outil. C’est une “guerre totale” d’influence, une “guerre totale” de persuasion, un affrontement des psychologies d’abord et des esprits par conséquent, une guerre sans contacts antagonistes nécessaires, sans violence matérielle prépondérante même si elle suscite ou alimente des conflits qui se font, eux, avec des violence matérielles, des destructions et du sang. Cette “guerre totale” peut ainsi bien mieux être interprétée comme une “guerre totale spirituelle”, permettant d’autant mieux de dégager l’enjeu qui est dans l’affrontement de deux conceptions spirituelles du monde séparées par un phénomène d’inversion totale de l’une par rapport à l’autre. Cela définit bien mieux que tous les Huntington du monde le véritable “conflit de civilisation” (“civilisation” au singulier) : c’est le véritable conflit ultime, la véritable “guerre totale” “autour de la civilisation” parce que ce qui était notre “civilisation” est devenue “contre-civilisation”, et qu’il s’agit absolument de la détruire.

dedefensa.org

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Vers une guerre totale de l’information

par Alexandre Latsa

Nous voilà revenus à une sorte de nouvelle guerre froide médiatique cyber-violente, dans laquelle la Russie d’aujourd’hui apparaît de nouveau comme un modèle politique pour bon nombre d’Européens.

Bien longtemps, trop longtemps, le champ de l'information a été le domaine réservé d'une élite médiatique qui occupait tant la presse écrite que le petit écran. Dès le début des années 2000, la révolution Internet a initié un processus qui semble maintenant irréversible: l'émergence de voix dissidentes sur internet, mais aussi et surtout la possibilité pour d'authentiques spécialistes et experts de s'exprimer et de toucher un public de plus en plus large.

Breedlove appelle à une guerre de l'information contre la Russie

Le passage obligé par la presse écrite ou par les chaînes de télévision n'est plus, et ce bouleversement a notamment donné naissance à un nouveau type de citoyen: le blogueur.

Généralement simple commentateur, celui-ci peut être un expert et donc apporter dans un domaine précis une expertise qui manque journalistes, correspondants et autres pigistes de la presse généraliste. Le bloggeur présente en outre une autre force: écrivant souvent dans un esprit Wiki, bénévole ou caritatif, il n'est soumis à aucune rédaction, il tire ses revenus d'activités professionnelles sans rapport avec le monde médiatique. Souvent il entretient un dialogue avec les lecteurs de son blog, dialogue qui provoque la création de quasi think-tanks de toutes dimensions sur de différents sujets.

Le blogueur est bien souvent un travailleur acharné, stakhanoviste de la vérité, ou de sa vérité, celle qui ne va pas forcément dans le sens des grands médias. Avec la multiplication des blogs, forums et témoignages venus du terrain, autant dire que les journalistes professionnels ne peuvent plus impunément écrire n'importe quoi. Désormais, pour le journaliste qui fournit une prestation médiocre ou mensongère, la punition n'est jamais très loin: elle fait rapidement le tour de la planète sur Internet, comme on peut s'en assurer ici ou là.

C'est sans aucun doute cette médiocre qualité du travail fourni par les journalistes français, avec une bien trop forte empreinte idéologique, qui a provoqué et favorisé l'émergence de nombreux fantassins idéologiques, pour reprendre l'expression d'un journaliste français, qui ont rejoint la bataille de l'information de façon totalement bénévole, avec leur conviction pour seule arme.

Ce processus de « bloggerisation » de la communication, et donc de l'information sur Internet, bouleverse la donne et inquiète fortement les centres d'information traditionnels. Un des correspondants français à Moscou avec lequel j’ai échangé il y a quelques années m'avait confié qu'il avait parfaitement compris qu'il faisait partie de la dernière génération de journalistes traditionnels, génération qui serait probablement remplacée à terme par des bloggeurs.

Alors qu'en France on fait désormais écrire des robots à la place des journalistes, en s'inspirant de la tendance anglo-saxonne qui émerge au sein des agences généralistes de type Associated Press, en Russie c'est une tendance inverse qui émerge. Le blogueur y est de plus en plus pris en considération, et depuis août 2014, une loi assimile le blogueur qui dépasse une certaine audience (plus de 3.000 visiteurs uniques par jour) à un média presque à part entière, avec des devoirs mais aussi des droits (source).

Cette évolution est fondamentale dans le cadre global de la guerre de l'information qui oppose de plus en plus frontalement l'Otan à la Russie. Longtemps les populations d'Europe n'ont eu droit qu'à une seule lecture des événements et de l'histoire: celle concoctée par les chancelleries des pays de l'Otan, puis médiatisée par les principales agences généralistes occidentales (AP, AFP et Reuters).

Pendant la dernière décennie, la situation a évolué à mesure que de nombreux outils de communications non occidentaux ont émergé et pris de l'importance, que l'on pense à Al-Jazeera, Russia Today ou encore à des supports indiens ou chinois de très grande dimension qui communiquent de plus en plus activement dans les langues des pays occidentaux.

L'apparition de points de vue non-occidentaux, et non «occidentophiles» (soit absolument pas pro-américains) a beaucoup inquiété les chancelleries de certains pays occidentaux. Depuis deux ans environ, Bruxelles a activé et financé une armée de « trolls » chargés d'influencer les votes aux élections européennes. Cette révélation a probablement convaincu une large part des européens que si l'UE critique la Corée du Nord, elle emploie pourtant les mêmes méthodes quand il s'agit de « convaincre » ses populations de bien voter.

Dans ce monde médiatique en mutation, les outils de communication russes vers l'étranger ont enregistré quelques succès. Il y a les plateformes RIA Novosti et Voix de la Russie, désormais fusionnées sous l'appellation Sputnik mais aussi Russia Today, qui sont aujourd'hui des acteurs majeurs de l'information/ré-information et donc de la guerre entre médias qui fait rage.

A l'ouest c'est la panique.

Le commandant en chef des troupes de l'Otan en Europe a récemment appelé à mener une guerre de l'information, notamment sur les réseaux sociaux, tandis que le conseil américain des gouverneurs de la radiodiffusion déplorait que les Etats-Unis soient en train de perdre la guerre de l'information face à la Russie. A Bruxelles, l'ambiance est la même. Les Etats baltes et la Grande-Bretagne ont appelé à mettre en place un plan de réponse aux médias russes en lançant notamment une chaîne de télévision paneuropéenne en russe.

Face aux médias russes, une haine suintante est apparue au grand jour lorsque l'année dernière le rédacteur du magazine The Economist, Edward Lucas, a qualifié les employés de Russia Today d'excentriques et de propagandistes et appelé à rejeter et exclure « ces gens » (sic) du monde du journalisme. Pour la présidente de Lituanie, la propagande russe doit être identifiée et tout bonnement éradiquée.

Nous voilà revenus à une sorte de nouvelle guerre froide médiatique cyber-violente, dans laquelle la Russie d'aujourd'hui apparaît de nouveau comme un modèle politique pour bon nombre d'Européens. Mais alors que les pays occidentaux faisaient autrefois de la propagande antisoviétique en s'appuyant surtout sur les mouvements de droite, conservateurs ou patriotiques, la situation s'est aujourd'hui inversée.

Désormais, il y a en France et un peu partout en Europe des gaullistes et des patriotes qui soutiennent majoritairement la Russie, alors que ce sont les gens de centre-droit et de centre-gauche qui sont les meilleurs relais de Washington et de Bruxelles. Leur influence sur la vie de la Cité est cependant en train de fondre lentement, comme du reste le lectorat des grands médias traditionnels français.

 

Alexandre Latsa

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samedi, 28 février 2015

Stratégie de puissance russe dans le cyberespace

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Stratégie de puissance russe dans le cyberespace

Ex: http://www.infoguerre.fr 

Sous couvert de protéger les données personnelles, le président Russe Vladimir Poutine, signe en juillet une nouvelle loi qui oblige les entreprises à héberger d’ici septembre 2016 les données personnelles des résidents russes à l’intérieur des frontières du pays. Cette loi va directement impacter les services en ligne fournis par l’étranger, en particulier certains services américains populaires en Russie tels que Facebook, Twitter et Google. Ces derniers vont devoir installer des datacenters sur le sol russe s’ils souhaitent continuer à fournir légalement leurs services sur ce territoire. Apple, de son côté, va voir ses iPad, iPhone et iMac interdits sur le territoire russe d’ici 2015. En effet, il n’est guère possible d’utiliser ces outils sans les relier à iCloud ou iTunes, services contenant des données personnelles hébergées aux USA et potentiellement accessibles par la NSA. En août, il est même demandé à Apple et à SAP de fournir le code source de leurs systèmes afin de vérifier qu’ils ne contiennent pas de système d’espionnage. Localement, le FSB avait obligé en juin certaines entreprises à chiffrer les données personnelles de leurs clients. Les révélations d’Edouard Snowden et son exil temporaire en Russie ont sans doute accéléré ces prises de décisions protectionnistes contre les risques d’espionnage provenant de l’Ouest. Poutine considére qu’internet est un projet de la NSA, et malgré des contraintes techniques importantes, il va tout mettre en oeuvre pour garantir son indépendance technique, en particulier en étudiant la possibilité de débrancher le pays du reste du réseau en cas d’urgence.

Protectionnisme économique et autonomie numérique

Ces nouvelles contraintes pour les services occidentaux permettront à l’homme le plus riche de Russie, Alicher Ousmanov, de développer encore ses parts de marché. M. Ousmanov, proche de Poutine, est le propriétaire de mail.ru, concurrent directe de gmail. Il a pris le contrôle en septembre de vkontakte, leader en Russie des réseaux sociaux devant Facebook et Twitter. Du côté des autres services et technologies, la Russie n’est pas à la traîne : Yandex, majoritairement russe, distance Google et Ozon est le concurrent de Amazon. Sputnik, projet de moteur de recherche totalement russe porté par Rostelecom garantira une indépendance et un contrôle total par l’état. Le développement de l’économie actuelle basée en grande partie sur les matière premières passera par le développement des nouvelles technologies. Poutine annonce que déjà 8,5% du PIB est généré par l’économie en ligne. A son arrivée au pouvoir en 99, il y avait 2 millions d’internautes en Russie, aujourd’hui ce sont 75 millions de personnes qui sont connectées.

Des machines à écrire pour contrôler les réseaux sociaux

Bien que ne possédant pas de smartphone et n’étant pas un internaute averti, M. Poutine a bien compris le risque lié à l’usage de ces nouveaux moyens de communication par un nombre aussi important de personnes, il devra garder la maîtrise de l’information dans son pays. Au mois d’août, c’est une loi concernant les blogs ayant plus de 3.000 lecteurs inscrits qui en oblige sa déclaration auprès du ministère de la communication. Le même mois une autre loi oblige l’identification des utilisateurs utilisant le WIFI public ou d’entreprise. Peut-être est-ce lié à l’augmentation importante (600%) des utilisateurs souhaitant être anonyme en utilisant le réseau tor ? Déjà en février, une loi permettait de couper les sites internet sur simple décision de justice. Cette dernière, mise en avant pour la protection de l’enfance a été utilisée dès le mois de mars pour couper des sites contestataires au régime. La Russie a bien compris les avantages qu’elle peut tirer de ces nouvelles technologies pour mener à bien sa guerre de l’information tout en limitant les risques qu’elle peut générer.

mercredi, 25 février 2015

Gallische Seemacht im Schwinden

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Gallische Seemacht im Schwinden

von Klaus Gröbig

Ex: http://www.compact-online.de

Nach dem Niedergang der Royal Navy ist unter der Präsidentschaft von François Hollande auch die Marine des zweiten wichtigen NATO-Partners der USA von Schwindsucht erfasst worden. Gegenüber Russland markiert der französische Präsident gern den “starken Maxen“, wenn er zwei auf französischen Werften gebaute und von Russland teilweise bereits bezahlte Hubschrauberträger zurück hält, um sich bei US-Präsident Barack Hussein Obama beliebt zu machen. Als „Sozialist“ trägt er den finanzpolitischen Konsequenzen seines Handelns wenig Rechnung. Politisches Wollen und finanzielle Möglichkeiten klaffen in Frankreich immer weiter auseinander. Ein „mehr“ an Respekt haben Hollande seine Mätzchen gegen Putin im „Weißen Haus“ allerdings nicht eingetragen. Frankreich ist wie Deutschland – nach Zbigniew Brzeziński – ein „tributpflichtiger Vasall“.

Die sozialistische Misswirtschaft Hollandes hat nun mit voller Wucht die Marine getroffen. Der überalterte Flottenbestand bedarf dringend der Erneuerung. Hierzu sollte das aktuelle Fregattenneubau-Programm „FREMM“ (oder auch „Aquitaine“ – Klasse) dienen. Die Beschaffung der 11 Einheiten (von 17 ursprünglich vorgesehenen) wurde über einen Zeitraum bis in das Jahr 2020 gestreckt. Trotzdem fehlen allein im laufenden Jahr zwei Milliarden Euro. Im aktuellen Nachtragshaushalt konnte die fragliche Summe nur teilweise untergebracht werden. Der Finanzminister und der Streitkräfte-Chef wollen nun „kreativ“ die Gelder in einem Schattenhaushalt verstecken. Ausgerechnet die „sozialistische“ Regierung will nun „militärisches Großgerät“ – also möglicherweise nicht nur die Fregatten?- zunächst privat finanzieren lassen, um sie dann anschließend zu leasen.

Angesichts der vorhersehbaren Abwahl Hollandes im Jahre 2017 hinterlässt der Präsident „verbrannte Erde“ durch spätere finanzielle Verpflichtungen bei militärischem Großgerät. Seine Nachfolger müssten dann die von ihm bestellten, aber nicht bezahlten, Waffen einlösen. Im Klartext: Hollandes Finanzpolitik führt dazu, daß die schwindsüchtigen, teilweise mit veralteten Waffensystemen ausgerüsteten Streitkräfte weiter eingeengt werden würden. Durch ein geschicktes Hinhalten der Auslieferung der beiden russischen Hubschrauberträger könnte er dem Nachfolgepräsidenten auch noch diese Kuckuckseier hinterlassen.

Derweil wird der Flottenbestand weiter reduziert, weil die Kassenlage das erfordert. Jüngstes Beispiel sind die beiden fast 12.000 ts großen Docklandungsschiffe der „Foudre“-Klasse. „Foudre“ (1990) und Schwesterschiff „Sirocco“ (1998) sind keineswegs überaltert gewesen und dennoch wurde „Foudre“ 2012 an Chile verkauft und die wesentlich jüngere „Sirocco“ soll dieses Jahr folgen. Da es einen Ersatz für „Sirocco“ nicht geben wird, kommt dies einer Reduzierung der Flotte gleich. Dabei waren die Seestreitkräfte in den vergangenen zwei Dekaden bereits erheblich geschrumpft. Noch 1990 standen zwei große Flottenträger, zwei Kreuzer, 16 Zerstörer, 24 Fregatten, 17 U-Boote und vier strategische U-Boote unter der Flagge der Trikolore in Dienst (65 Kampfschiffe). 2014 verfügt Frankreich nur noch über einen einzigen Flugzeugträger, elf Zerstörer, 24 Fregatten, sechs U-Boote und vier strategische U-Boote (46 Kampfschiffe).

Zum Glück konnte das Land vor dem Regierungsantritt Hollandes die strategischen U-Boote der „Force de Frappe“ erneuern. Besonders schwerwiegend ist jedoch der Umstand, dass die beiden Träger „Foch“ und „Clemenceau“ nur durch einen Träger ersetzt werden konnten. Ist die „Charles de Gaulle“ in der Werft, dann kann Frankreich keine Marineflugzeuge auf See einsetzen. Anders als die relativ preiswerten Fregatten ist der Neubau der nuklear getriebenen Kampf-U-Boote der „Suffren“-Klasse ein dickerer Brocken. Ihr Bau wurde daher auf die Jahre 2008-2027 verteilt. Abgesehen davon sind neun Fregatten der „ A 69“ – Klasse und vier Zerstörer der „Georges Leygues“- Klasse mittlerweile über 30 Jahre alt.

Hinweis: Einen Artikel über die Kriegspolitik von Frankreichs Regierungschef François Hollande in Bezug auf Syrien können Sie hier lesen.

dimanche, 15 février 2015

Que reste-t-il de l'armée française?...

Que reste-t-il de l'armée française?...

La revue Réfléchir et agir publie dans son dernier numéro (n°49 - hiver 2015), disponible en kiosque, un dossier sur l'armée française...

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Au sommaire du dossier :

De livres blancs en lois de programmation

Une armée au format stade de France ?

Harkis des Yankees ? Merci Sarkozy !

Entretien avec Magnus Martel

Messieurs les généraux, vous devez parler maintenant !

Quels ennemis ?

Entretien avec le colonel Jacques Hogard

Mourir pour ça ?

L'armée dernière société féodale

On trouvera aussi un entretien avec Farida Belghoul, , des articles sur la répression antinationaliste aux Etats-Unis, sur Claude Seignolle, sur les précurseurs de l'écologie politique, sur la folk irlandaise ou sur John Ford, ainsi que de nombreuses notes de lectures et une rubrique musique

00:05 Publié dans Défense, Revue | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : défense, revue, actualité, armée, armée française, militaria | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

mardi, 10 février 2015

Le «Light footprint», la nouvelle stratégie de domination américaine

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Le «Light footprint», la nouvelle stratégie de domination américaine

Samer Zougheib

Ex: http://www.voxnr.com

 
 
Les Etats-Unis ont mis au point une nouvelle stratégie de domination du monde, appelée «Light footprint». Mais de nombreux pays continuent de résister aux visées hégémoniques américaines.

foot9781472900067.jpgLe président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, a dénoncé, lors de sa conférence de presse annuelle, jeudi, les visées impérialistes de l'Occident et ses pratiques hégémoniques. «Nos partenaires ont décidé qu'ils étaient les vainqueurs, qu'ils étaient désormais un empire et que les autres étaient des vassaux qu'il faut faire marcher au pas», a-t-il fustigé. Il a accusé les Occidentaux, Etats-Unis en tête, de vouloir «arracher les crocs et les griffes de l'ours russe». 25 ans après la chute du mur de Berlin, ils dressent, selon lui, un nouveau mur entre la Russie et l'Europe. «Il s'agit d'un mur virtuel, mais il commence déjà à être construit», a déclaré le chef de l'État, rappelant l'élargissement de l'Otan jusqu'aux portes de la Russie (pays baltes) et le bouclier antimissile en Europe orientale.

La volonté des Etats-Unis de vouloir dominer le monde n'est pas un secret, mais la nouvelle méthode de Washington pour arriver à ses desseins est moins connue. Il s'agit de la stratégie du «Light footprint» -ou l'empreinte légère-, qui s'articlue autour d'une panoplie d'outils militaires, politiques et économiques, qui ont commencé à être mis en œuvre ces derniers mois à l'échelle planétaire. Cette stratégie se base sur le concept de l'intervention dans l'ombre, moins coûteuse en ressources humaines et financières mais non moins pernicieuse.

Le «commandement par l'arrière»

Cette nouvelle stratégie est le résultat de l'échec du concept du président George W. Bush de la «guerre globale contre la terreur» (global war on terror ou GWOT), qui s'est terminée par des échecs militaires en Irak et en Afghanistan, qui ont fait des dizaines de milliers de morts et de blessés dans les rangs de l'armée américaine, un désastre économique avec la crise financière de 2008, et un déclin moral, illustré par la violation des valeurs prétendument défendues par l'Amérique. La décennie de l'an 2000 a en effet été marquée par les mensonges américains, la torture dans les prisons, les détentions extra-judiciaires de milliers de personnes à Guantanamo ou dans des prisons secrètes de la CIA (pratiques toujours en cours aujourd'hui) etc...

Fini donc les «boots on the ground» (forces au sol), les interventions massives et classiques, et place au «Light footprint». Caroline Galactéros, docteur en sciences politiques, explique à merveille les tenants et les aboutissants de cette nouvelle stratégie, orientée vers l'Asie (the shift towards Asia), et dont l'objectif prioritaire est l'endiguement de la Chine, perçue comme le principal rival des Etats-Unis à moyen terme.

Le «Light footprint» repose sur «le commandement depuis l'arrière» (the leadership from behind), c'est-à-dire confier à des auxiliaires les tâches les plus visibles -et souvent les plus ingrates-, en les dirigeant de derrière la scène. Et Washington réussit à trouver des Etats supplétifs qui acceptent de faire à sa place le sale boulot. «Le commandement par l'arrière» est apparu lors de l'intervention de l'Otan en Libye et s'illustre parfaitement dans la crise ukrainienne, où l'Union européenne est aux premières lignes dans la bataille engagée contre la Russie pour l'affaiblir et l'empêcher de constituer, avec la Chine et ses autres alliés, une nouvelle force montante sur la scène internationale.

Ce principe s'illustre également, quoiqu'avec moins de succès, dans la prétendue guerre contre les terroristes du soi-disant «Etat islamique». Bien qu'ayant rassemblé une coalition d'une quarantaine de pays, c'est l'aviation américaine qui fait le gros du travail en Irak et en Syrie.

Forces spéciales, drones, cyberguerre

La «Light footprint» repose sur une mutation de la stratgégie militaire américaine, qui s'articule désormais sur l'emploi de forces spéciales, l'usage massif de drones et la cyberguerre. On l'a constaté lors de la cyberattaque contre le programme nucléaire iranien, des opérations spéciales menées en Somalie et au Yémen contre Al-Qaïda, et le déploiement de drones au Yémen et au Pakistan. Il s'agit surtout, comme l'a résumé David Sanger, correspondant en chef du Washington Post à la Maison-Blanche, d'instaurer en silence un «hard power secret», de substituer aux guerres conventionnelles militairement aléatoires, médiatiquement envahissantes et politiquement coûteuses, des guerres de l'ombre, dont seuls quelques faits d'armes spectaculaires seront rendus publics, bon gré, mal gré, explique Caralonie Galactéros.

Selon le sénateur républicain de Caroline du Sud, Lindsay Graham, qui a malencontreusement brisé en 2013 la loi du silence, ce mode d'action aurait fait près de 5000 victimes depuis 2004, souligne-t-elle.

Le «Leadership from behind» fonctionne assez bien en Afrique, où Washington a laissé la France et la Grande-Bretagne diriger les opérations en Libye et soutient aujourd'hui Paris dans son intervention militaire directe au Mali et en République centrafricaine, via sa base du Niger. Mais cela ne signifie aucunement que les Etats-Unis ont laissé le continent noir à leurs allies européens. Africom, le nouveau commandement régional américain mis en place en 2008, compte déjà 5000 soldats américains. Essentiellement dédié à la «lute contre le terrorisme» dans la Corne de l'Afrique et au Sahel, «il sert aussi de tête de pont aux intérêts économiques américains dans la région notamment face à la présence commerciale massive de la Chine», écrit Caroline Galactéros.

Le rôle subalterne de l'Europe

Le fait marquant est que l'Europe a abandonné ses rêves de grandeur et a accepté le rôle subalterne de sous-traitant pour le compte des Etats-Unis. Mais le plus frappant et que ce rôle se fait parfois au dépens de ses intérêts stratégiques, comme on l'a bien vu dans la crise ukrainienne. La France, l'Allemagne et d'autres pays européens ont cédé aux exigences américaines d'isoler la Russie et de l'affaiblir économiquement, tout en sachant que cela aurait de graves répercussions sur leurs propres économies.

Pire encore, les Etats-Unis ont décidé de faire partager le fardeau financier -«burden sharing»-, en faisant payer à ses «alliés» le prix des interventions militaries ici et là dans le monde.

C'est contre cette nouvelle forme d'impérialisme moins visible mais tout aussi nuisible que la Russie, l'Iran et la Syrie luttent depuis des années pour préserver leur droit d'exister en tant que nations libres et indépendantes.
 

source

Alahednews.com :: lien

vendredi, 06 février 2015

La recherche-développement militaire américaine

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La recherche-développement militaire américaine: vecteur de domination mondiale...

par Sylvain Gimberlé

Ex: http://metapoinfos.hautetfort.com

Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Sylvain Gimberlé, cueilli sur Infoguerre et consacré à l'effort considérable fourni par les Etats-Unis en matière de recherche et développement dans le domaine militaire et à ses retombées...

Les USA à l’orée de la 2ème Guerre Mondiale ne disposent pas réellement d’industries de l’armement à l’instar de nombreux autres pays. Tout au long de la guerre les USA vont véritablement devenir l’arsenal des Alliés et pour pourvoir à cet effort gigantesque l’État américain va investir énormément aussi bien dans l’outil de production que dans tous les domaines de la recherche scientifique. Ceci s’appelle de nos jours R&D. À la fin du conflit il leur a fallu continuer cet effort pour tenter d’être toujours devant l’URSS. Pendant quarante-cinq ans cela leur a ainsi permis d’être le leader incontesté du bloc occidental en tirant vers le haut non seulement leur économie mais également celles de leur bloc. Avec l’effondrement de l’URSS, les USA sont devenus la superpuissance mondiale aussi bien militairement qu’économiquement. Voulant garder leur leadership mondial ils se doivent de maintenir leur effort de R&D militaire car qui dispose de la plus forte armée peut contraindre à sa guise aussi bien physiquement que par pression diplomatique. Néanmoins cet effort économique en terme de R&D militaire, même s’il draine des fonds et des moyens humains et industriels spectaculaires, peut aussi bien être vu comme un manque d’investissements dans des domaines de R&D civile tout en sachant que nombre de technologies militaires se retrouvent dans le civil mais que la réciproque est vraie également de plus en plus.

La R&D se décompose en trois domaines essentiellement, à savoir la recherche fondamentale, la recherche appliquée et le développement expérimental (définition établie par l’OCDE). Cependant les moyens humains, industriels et surtout financiers qu’ils octroient à leur R&D ne sont pas répartis de façon homogène sur tous les Departments. De plus le budget fédéral et les entreprises civiles ne contribuent pas financièrement de la même manière selon les secteurs d’activités comme la santé, l’énergie, l’espace, les télécommunications etc… Pour cela ils ont dû et doivent encore consacrer une part importante de leurs dépenses fédérales (environ 4% en moyenne sur les 20 dernières années) à la R&D. Le résultat est qu’ils dépensent dans le domaine militaire plus que tous les autre pays au monde réunis et la tendance s’est encore accentuée depuis les attentats du 11 septembre 2001 et avec l’invasion de l’Afghanistan puis de l’Irak qui ont nécessités des investissements massifs. Le budget du DoD a ainsi presque doublé en dix ans. La R&D militaire américaine a donc fortement augmenté car l’investissement en R&D est resté quasiment stable en pourcentage du budget fédéral. Le budget fédéral alloué au DoD représente ainsi 20% du budget total de l’État américain. La R&D militaire américaine est essentiellement tournée vers le développement, le test et l’évaluation de systèmes d’armes avec 80% des dépenses en R&D du DoD qui représentent 60% de la R&D fédérale des USA. Cependant 66% de la R&D totale des USA (État + entreprises privées) proviennent du secteur privé et le budget fédéral en R&D ne représente que 27% des dépenses totale en R&D. Ces 27% sont drainés à 97% par huit ministères et agences. Il reste ainsi près de 40% du budget fédéral américain alloué aux dépenses civiles même si certaines des découvertes de part et d’autres peuvent trouver des applications dans le civil et le militaire.

L’émergence d’une R&D civile de plus en plus indépendante de la R&D militaire a commencé avec la course à l’espace, dans les années 60, que se livraient les USA et l’URSS. Même si cette R&D pouvait avoir des répercussions dans le domaine militaire, ce dernier n’en était plus l’unique bénéficiaire. Les recherches dans les secteurs de la santé, des télécommunications, de la biologie, de l’énergie etc… ont nécessité des dépenses que n’était pas capable d’assumer seul l’État fédéral et donc des entreprises privées ont été mises a contribution pour faire avancer les recherches. Mais l’État fédéral et les entreprises du secteur privé ne pouvaient plus à ce moment là investir dans la R&D sans un retour sur investissement à court ou moyen terme. Ils ont donc commencé à faire de la R&D à fin duale (à des fins civiles et militaires) afin de pouvoir adapter rapidement d’un domaine à l’autre les recherches qui aboutissaient. Pour le long terme elles privilégiaient la R&D militaire qui nécessite des investissements plus lourds et est donc plus longue à amortir et pour le court terme de la R&D civile.

Ainsi même si le DoD reste aujourd’hui le ministère bénéficiant des plus gros investissements en R&D de l’État américain, il n’est plus celui qui donne les avancées les plus significatives dans la recherche. Pour qu’il y ait des transferts de technologies du domaine militaire au domaine industriel civil, il faut que non seulement le DoD finance des programmes et projets d’armement mais aussi que les entreprises privées qui travaillent en collaboration avec lui aient suffisamment de ressources humaines, matérielles et financières pour pouvoir honorer ces programmes. Les firmes privées aux USA disposent de près de 80% des chercheurs ce qui leur confère une grande capacité à innover et à proposer des solutions rapidement aux exigences du DoD. Cette capacité en R&D des entreprises américaines se retrouve pour plus de 70% dans le secteur de l’industrie contre 13% dans les universités. Cela montre la forte compétitivité des entreprises américaines par rapport aux entreprises d’autres pays. En effet elles peuvent à la fois innover tester et mettre en production beaucoup de programmes en même temps. Elles ont donc tout intérêt à investir dans la R&D puisque plus elles auront d’avance technologique, plus elles auront la possibilité de décrocher des contrats du DoD.

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En outre le DoD a d’autres instruments pour favoriser les investissements des firmes dans la R&D militaire. L’un de ceux-ci est la R&D dite indépendante, ou IR&D. L’IR&D est une R&D conduite à l’initiative des firmes d’armement, en dehors de leurs contrats courants, sans contrôle et sans financement direct du DoD. Le contractant finance au départ lui-même l’entièreté des dépenses, mais il sait qu’une partie de celles-ci pourront ultérieurement être imputées comme coûts indirects dans les contrats conclus avec le DoD. Ainsi grâce à l’IR&D les entreprises sont encore plus fortement incitées à investir en R&D et c’est pour cela que c’est dans l’industrie que les investissements en R&D sont les plus massifs. C’est pour maintenir ce haut niveau d’IR&D et ainsi défendre leur position a commencé une vague de fusions-acquisitions dans les années 80-90 et qui se poursuit de nos jours.

 

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Beaucoup de firmes concurrentes travaillent sur les mêmes projets (ce qui stimule les entreprises) et pour maintenir les investissements en R&D il faut réaliser des économies de fonctionnement et d’échelle. Les retombées de la R&D miliaire américaine sont profitables au domaine civil en cela qu’il stimule les entreprises et permet des investissements privés massifs dans l’industrie. En contrepartie ce sont des investissements qui ne sont pas mis dans d’autres secteurs de recherche et c’est alors au budget fédéral d’investir dans la R&D civile. Les investissements en R&D liés à la conquête spatiale ont fait progresser les STIC de façon significative avec toutes les découvertes qui en découlent telles la mise en orbite des satellites, le radioguidage ou encore la navigation GPS. Même si les crédits alloués à la R&D STIC civile sont plus importants en Europe qu’aux USA, quand on regarde les crédits alloués à la R&D STIC militaire, les USA sont largement en tête car la majorité des crédits publics en R&D STIC bénéficiant aux entreprises relève des crédits de défense. En effet l’investissement de crédits publics en R&D STIC aux USA représente 60% des investissements de la R&D fédérale et est réalisé majoritairement par le DoD. Ceci a pour conséquence que le ratio R&D STIC entreprises / R&D STIC fonds publics n’est que de 4,2 aux USA alors qu’il est plus important en Europe ou encore au Canada.

Un projet néanmoins a eu un développement particulier à partir des années 60, à savoir l’ARPANET l’ancêtre d’Internet. En effet même s’il a été développé par le DARPA, ce réseau informatique a relié en premier des universités pour faciliter l’échange de données. Le réseau évoluant suite au succès rencontré, il fut décidé en 1980 de le scinder en deux réseaux : l’un militaire, l’autre universitaire. Ce dernier a continué à grandir, s’est connecté à d’autres réseaux et ainsi petit à petit a donné l’Internet que tout le monde connaît et qui est de nos jours indispensable dans notre quotidien et dont la majorité des serveurs mondiaux sont situés sur le sol américain. Les USA ont donc compris très tôt que le monde, se rétrécissant grâce aux télécommunications, il allait être nécessaire de faire de gros investissements militaires dans les STIC pour à la fois conserver leur force militaire en C3I et leur contrôle civil de l’Internet ; les deux assurant leur maîtrise de l’information et ainsi leur hégémonie. Au sein même des STIC la part réservée à la cybersécurité va croissante depuis le 11 septembre 2001. En effet l’acquisition d’informations ainsi que la maîtrise de sa propre information fournissent le moyen d’avoir en permanence un coup d’avance et ainsi de posséder un atout maître dans sa prise de décision que cela soit au niveau stratégique, opératif ou encore tactique.

C’est par des investissements massifs en R&D que les USA peuvent encore conserver l’avance technologique militaire dont ils ont besoin pour influer sur la géopolitique mondiale. Ces efforts n’ont pas été, au fil du temps, axés sur les mêmes priorités avec notamment depuis la chute de l’URSS des dotations en R&D à la fois dans l’armement mais aussi dans le domaine de la santé. Celui-ci est d’ailleurs le premier poste de dépense fédéral de nos jours (environ 22%), bien que le budget du DoD soit juste derrière avec 20%. L’industrie civile est grandement stimulée car près de 80% des chercheurs sont dans les entreprises ce qui leur donne une immense capacité d’innovation qui se retrouve pour 70% dans l’industrie et ainsi a permis jusqu’à présent au DoD de maintenir l’avance technologique militaire des USA. Cependant les dépenses en R&D de l’État dans les universités pour la recherche fondamentale et les investissements dans le domaine de la santé ne compensent que faiblement les fonds pour les STIC.

Les investissements en R&D militaire des USA sont donc un immense atout pour leur économie et un vecteur de domination mondiale car massifs et réalisés aussi bien par les entreprises que par l’État. De nos jours, ces investissements sont essentiellement concentrés dans les STIC afin que les USA puissent garder l’avance qu’ils ont dans la maîtrise de l’information. En effet ces derniers savent que la Chine et l’Inde rattrapent à grande vitesse leur retard dans ce domaine et que ces pays essaieront à court terme de leur ravir cette maîtrise de l’information qui est l’arme du XXIème siècle.

Sylvain Gemberlé (Infoguerre, 25 janvier 2015)

lundi, 02 février 2015

Ivan Blot: « L’État doit se recentrer sur ce qui est son essence même: la fonction militaire »

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Ivan Blot: « L’État doit se recentrer sur ce qui est son essence même: la fonction militaire »

Ivan Blot, haut fonctionnaire, auteur et homme politique, grand promoteur de la démocratie directe, a répondu aux questions du Bréviaire des patriotes.

La Russie parviendra-t-elle selon vous à remettre en cause la vision unipolaire du monde selon les États-Unis par l’union qu’elle tente de dessiner entre pays émergents ? À votre avis, quelle est son regard sur l’UE et la France actuelle ?

Dans mon livre « l’Europe colonisée » (Apopsix, 2014), je cite De Gaulle qui dans ses mémoires d’espoirs, écrit : « si les Occidentaux de l’ancien monde demeurent subordonnés au nouveau monde, jamais l’Europe ne sera européenne et jamais non plus elle ne pourra rassembler ses deux moitiés ».

La Russie conteste, comme De Gaulle, la prétention de l’Amérique à se considérer comme au-dessus du droit international. A la session fin octobre à Sotchi du club international de Valdai, dont je suis membre, le président Poutine a demandé à ce que tout le monde respecte l’ordre international et ne prenne pas d’initiative guerrière en dehors du cadre de l’ONU. Mais il a aussi précisé que pour lui, la Russie fait partie de l’Europe et partage sa civilisation. Si elle coopère avec d’autres continents et notamment l’Asie, qui l’intéresse pour des raisons géographiques évidentes, elle ne veut aucunement renoncer à sa vocation européenne.

J’ai récemment discuté avec Philippe de Villiers qui doit créer deux parcs du type du « Puy du Fou » en Russie, l’un près de Moscou et l’autre en Crimée. Villiers a rencontré longuement Poutine. Il m’a dit que celui-ci était bien sûr tout d’abord le président de la Russie mais qu’il avait le sentiment que Poutine se voyait aussi en gardien de la Chrétienté, en gardien des valeurs traditionnelles de la civilisation européenne.

Lors d’une rencontre avec François Hollande à Paris, peu après l’élection de ce dernier comme président de la République, un journaliste avait demandé au président russe s’ils avaient discuté du bouclier antimissile que les Etats-Unis voulaient implanter en Europe de l’Est. Poutine a répondu : un tel dialogue n’est pas possible car la France a renoncé à son indépendance militaire. Elle est membre de l’OTAN, une organisation dominée par les Etats-Unis. Lorsqu’il s’agit de débat sur des questions de haute stratégie militaire, la Russie n’a qu’un seul interlocuteur possible, les Etats-Unis : la Russie et les Etats-Unis sont des pays indépendants militairement, ce qui n’est pas le cas de la France.

La Russie regrette cette situation de l’Europe colonisée, tant par le haut (les Etats-Unis) que par le bas (l’immigration non qualifiée du tiers-monde). Il a dit un jour que la France risquait d’être colonisée par ses propres colonies.

On voit bien que les sanctions économiques antirusses adoptées avec le prétexte ukrainien, conduisent sans doute la Russie à passer des accords commerciaux considérables avec la Chine et avec l’Inde. N’oublions pas que ces trois pays fort différents ont un grand point commun : le patriotisme est une valeur essentielle qui anime leur politique, bien plus que les abstractions droit de l’hommistes de l’Occident. Sur les droits de l’homme, Poutine admet leur valeur mais constate qu’ils servent de prétexte à détruire les anciennes traditions nationales et religieuses.

 

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L’Occident américanisé n’a aucune légitimité pour se considérer comme une Cour suprême mondiale qui jugerait comment les autres peuples doivent penser et se comporter. Cette façon de voir, qui fut celle du colonialisme autrefois, est d’ailleurs dépassée. Le monde est devenu multipolaire et cela va s’accélérant. Regardez les pays qui ont le PNB le plus important du monde : l’Europe occidentale perd pieds et la Chine rattrape les Etats-Unis. En 2013, d’après le Fonds monétaire international (FMI), les Etats-Unis ont produit 16 768 milliards de dollars et la Chine 16 149 milliards. Ce qui est aussi nouveau est la troisième place de l’Inde avec 6 776 devant le Japon qui est quatrième ( 4 667 milliards). En position cinq arrive l’Allemagne, premier pays d’Europe occidentale avec 3 512 et la Russie est sixième avec 3 491 milliards de dollars. Soit dit en passant, ce très bon score russe est incompatible avec les discours superficiels selon lesquels la Russie ne vendrait et ne produirait que des matières premières. Seule la Russie produit les fusées Soyouz, seules capables d’emmener des hommes dans la station spatiale orbitale et elle exporte des centrales nucléaires notamment en Inde.

La France n’a fait que reculer ces dernières années et est désormais 8ème derrière le Brésil qui vient de la doubler, et suivie de près par l’Indonésie et le Royaume Uni.

La Chine, l’Inde et la Russie totalisent 25 500 milliards de PNB contre 16 700 pour les USA. Cela fait peur aux Américains qui craignent la concurrence d’une puissante Eurasie et cela montre aussi le ridicule de Washington qui menace « d’isoler la Russie » : il suffit de voir une carte pour comprendre que c’est impossible !

La Russie a toujours et veut toujours faire une grande Europe d’échanges libres du Portugal à Vladivostok mais, puisque l’Union européenne, sur l’ordre des USA refuse de dialoguer vraiment avec elle, elle met en place en attendant une Union eurasiatique avec la Biélorussie, le Kazakhstan et l’Arménie. Elle aurait bien voulu inclure l’Ukraine mais le coup d’Etat de Kiev a retardé la réalisation de cet espoir. Quoi qu’il en soit, la Russie ne veut aucunement rompre les ponts avec l’Europe. Je constate d’ailleurs qu’elle a de puissants alliés sur ce terrain avec les milieux économiques des pays européens qui s’inquiètent de la stagnation et du chômage.

Même avec les Etats-Unis, la Russie les considère comme un allié contre le terrorisme islamique et non comme un ennemi. L’agressivité du gouvernement américain est unilatérale. Elle est inspirée par la vieille géo stratégie de Zbigniew Brzezinsky qui commence à dater. Dans son livre, « le grand échiquier », il disait que les USA ne peuvent pas tolérer une puissance concurrente en Eurasie et qu’il fallait pour cela détacher l’Ukraine de la Russie puis découper la Russie en plusieurs Etats. C’est difficile d’être plus agressif que cet ancien conseiller du président Carter, resté officieusement conseiller à la Maison Blanche. Une bonne moitié du peuple américain en a assez des aventures internationales et il se peut qu’un jour les Américains reviennent à de meilleurs sentiments, mais ils ne comprennent que les rapports de force.

Les récents contrats entre l’Inde et la Russie, la Chine et la Russie, qui portent sur du pétrole, le gaz ou des centrales nucléaires, peuvent les faire évoluer.

Que penser de l’UE et de la France ? Ces pays sont colonisés. Economiquement, ils dépendent du dollar pour le commerce international ; Politiquement et militairement ils sont satellisés à la commission de Bruxelles d’une part, à l’OTAN d’autre part. Culturellement, ils sont influencés par l’Amérique qui impose ses programmes et ses médias. Seul De Gaulle a voulu vraiment sortir de cette situation mais c’était alors difficile en raison de la menace soviétique. Aujourd’hui, la nouvelle Russie pourrait s’allier à l’Europe de l’ouest mais celle-ci reste au niveau de ses élites, trop dépendante des Etats-Unis.

 

Certains disent que le modèle de démocratie directe à la Suisse serait impossible ou dangereux s’il était appliqué à la France. Que leur répondez-vous ?

C’est comme si l’on disait que l’économie de marché serait impossible en France. La démocratie directe en politique est analogue à ce qu’est l’économie de marché. On fait confiance à l’expérience des personnes qui sont sur le terrain plutôt qu’aux bureaucraties. En fait, on vit en oligarchie et non en démocratie, comme je l’ai expliqué dans mon livre « l’oligarchie au pouvoir » (Economica, 2011). Les députés de la majorité sont aux ordres du gouvernement et les décisions de ce dernier sont préparées dans les ministères par les hauts fonctionnaires qui sont les vrais gouvernants de fait. Ils gouvernent avec les dirigeants des médias et des syndicats. Tout cela est oligarchique et non démocratique.

Seule la démocratie directe, les référendums d’initiative populaire, permettent au peuple de s’exprimer vraiment sur les lois. Le système n’existe pas qu’en Suisse, pays où c’est un vrai succès. Le système existe aussi en Italie depuis 1964 où un référendum initié par une pétition de 500 000 signatures peut annuler une loi votée par le parlement. C’est cela qui a fait échouer la loi Berlusconi qui mettait le premier ministre au-dessus de toute les lois en lui accordant l’impunité totale.

Le système existe aussi en Allemagne au niveau des communes et des Länder. Il existe aussi dans 25 des 50 états fédérés américains, surtout sur la côte ouest. C’est pour cela que les impôts sont 30% plus bas sur la côte ouest américaine que sur la côte est : résultat, le taux de croissance de l’économie est plus fort à l’ouest dans les Etats de Washington ou de Californie.

Plusieurs ex pays de l’est autorisent les référendums d’initiative populaire, ainsi que l’Uruguay en Amérique latine. Je ne vois pas pourquoi ce qui réussit dans tous ces pays (voir mon livre : la démocratie directe ; économica, 2012) échouerait en France alors que le régime actuel ne fonctionne pas. C’est le régime actuel qui est dangereux !

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Quelle vision de l’Etat avez-vous ? Celle d’un Etat obèse et omnipotent comme le pointent les libéraux ? Ou celle d’un Etat timoré et amaigri face au marché et à l’UE comme le pointent d’autres ?

Aujourd’hui, la réflexion en termes de philosophie politique est indigente. Il faut relire les travaux de l’académicien Georges Dumézil sur les trois fonctions sociales. Il existe trois fonctions sociales hiérarchisées dans toutes les anciennes sociétés européennes : la fonction de souveraineté, la fonction guerrière et la troisième fonction vouée à la production et la reproduction. L’Etat est lié aux deux premières fonctions qui aujourd’hui sont marginalisées. Or, c’est grave pour la moralité, c’est-à-dire le vivre ensemble de toute la société. Les fonctions de souveraineté et guerrières correspondaient à la noblesse et au clergé autrefois, c’est-à-dire à des corps voués au service d’autrui. Dans un monde dominé par la troisième fonction, à dominante économique, l’égoïsme n’est plus compensé par rien.

Le philosophe existentiel Heidegger appelle une telle société le « Gestell », un système d’arraisonnement utilitaire où l’homme devient un rouage de la machinerie techno-économique. L’homme n’est plus considéré que comme matière première et c’est une affreuse régression que le système tente de masquer avec sa rhétorique des droits de l’homme. Le patriarche Cyrille Premier de toutes les Russies dans son remarquable ouvrage, trop peu lu, « l’Evangile et a liberté : les valeurs de la tradition dans la société laïque » (éditions du Cerf), montre qu’en Occident, on parle sans arrêt des droits de l’homme mais on piétine la dignité humaine, et on oublie les devoirs de l’homme qui définissent sa noblesse. Un homme capable de sacrifier sa vie pour sa patrie, c’est-à-dire sa mère, a une valeur morale nécessairement supérieure à celui qui n’en est pas capable.

L’Etat n’a pas à gérer l’économie car il en est incapable. Par contre l’Etat doit protéger les valeurs qui permettent aux hommes de se transcender et de ne pas être de simples animaux : l’armée et l’église jouent ici un rôle essentiel, comme en Russie. En Occident, les valeurs dominantes sont celles du Gestell : l’égo dans sa vanité remplace Dieu, l’argent remplace l’honneur, les masses sont glorifiées à la place de la personnalité et des grands hommes, la technique est idolâtrée et se substitue aux racines que sont la famille et la patrie. Cela entraine, comme l’a souligné le président Poutine au club de Valdai il y a un an, une incapacité à défendre la vie : la natalité s’effondre, le crime progresse et l’Occident va à sa perte sous le poids d’une immigration de masse qui ne s’intègre pas.

Il n’y a pas de contradiction à demander que les libertés et la propriété soient respectées par l’Etat et à vouloir que l’Etat joue son vrai rôle, son rôle éthique : cela suppose que l’Etat se recentre sur ce qui est son essence même : la fonction militaire. De Gaulle a écrit : «  la colonne vertébrale, c’est l’armée, c’est le pôle principal. S’il cède, les pôles secondaires cèderont aussi : la justice, la police, l’administration ».

Vous voyez qu’on est très au-dessus des débats médiocres sur l’Etat gras ou l’Etat maigre : je ne dis pas qu’il n’y a pas là un sujet mais c’est restreindre le débat au corps de l’Etat et ignorer l’essentiel, à savoir son âme : on fait pareil pour l’homme ; on ignore son âme et l’homme régresse vers la bête. Etonnez- vous qu’après cela, on soit incapable de s’opposer spirituellement à l’Islamisme radical !

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Quels sont vos projets à court et moyen terme à travers votre association ?

Je n’ai pas une association mais deux, avec deux sites : l’institut néo socratique (www.insoc.fr ) et l’association « agir pour la démocratie directe » (www.democratiedirecte.fr ).

La première est philosophique et veut contribuer à nous sortir de la décadence du Gestell matérialiste dans la ligne des philosophes existentiels, ligne qui va de Pascal à Nietzsche, Kierkegaard et Heidegger. Il n’y aura pas de renaissance politique sans renouveau philosophique mais la classe politique actuelle est, à part quelques rares exceptions, trop inculte et trop égocentrée, pour comprendre cette vérité et agir en conséquence. Il nous faut comme en Russie, une classe gouvernante issue des milieux vraiment patriotiques, donc l’armée, et non des milieux étroitement carriéristes, ceux de l’administration civile, à part, encore une fois, quelques exceptions.

La deuxième association cherche un recours contre la décadence dans le peuple français lui-même en lui redonnant la possibilité de décider de son destin à travers la démocratie directe. Autrement dit, il nous faut un président qui ait l’esprit militaire, avec le courage qui va avec, et un recours au peuple chaque fois que c’est nécessaire pour contourner les féodalités égoïstes, administratives, médiatiques, syndicales, associatives, qui veulent s’imposer au détriment de l’intérêt général.

Les moyens sont d’influencer une partie, la moins décadente, de la classe dirigeante pour qu’elle donne la parole au peuple : pour cela, il faut réformer l’article 11 de la constitution, pour permettre le référendum d’initiative populaire. Le président Sarkozy en 2008 a fait un premier pas dans ce sens en permettant au référendum déclenché par une pétition populaire d’exister. Mais les conditions mises, qui ont été rédigées par des juristes à courte vue, sont trop restrictives : il faut demander comme en Italie 500 000 signatures pour déclencher un référendum, enlever la nécessité d’avoir des signatures de parlementaires (ce sont des citoyens comme les autres : à bas les privilèges !) et rendre la tenue du référendum automatique plutôt que de donner le choix au président de la république de le faire ou non : contrairement à ce que croient certains, c’est affaiblir le président de lui donner cette compétence, car s’il choisit de refuser de faire un référendum, il aura l’air de quoi ?

Sa légitimité démocratique s’en ressentira, et ce sera mauvais pour l’Etat. Il faut un chef à l’Etat et qui soit soutenu par le peuple parce qu’il fait la politique que le peuple souhaite : en ce sens, pour moi, Poutine est plus démocrate qu’Hollande que 80% des Français rejettent.

Propos recueillis par Guillaume N.

jeudi, 29 janvier 2015

The Golden Age of Black Ops

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The Golden Age of Black Ops

Special Ops Missions Already in 105 Countries in 2015

By

TomDispatch.com

Ex: http://www.lewrockwell.com

In the dead of night, they swept in aboard V-22 Osprey tilt-rotor aircraft.  Landing in a remote region of one of the most volatile countries on the planet, they raided a village and soon found themselves in a life-or-death firefight.  It was the second time in two weeks that elite U.S. Navy SEALs had attempted to rescue American photojournalist Luke Somers.  And it was the second time they failed.

On December 6, 2014, approximately 36 of America’s top commandos, heavily armed, operating with intelligence from satellites, drones, and high-tech eavesdropping, outfitted with night vision goggles, and backed up by elite Yemeni troops, went toe-to-toe with about six militants from al-Qaeda in the Arabian Peninsula.  When it was over, Somers was dead, along with Pierre Korkie, a South African teacher due to be set free the next day.  Eight civilians were also killed by the commandos, according to local reports.  Most of the militants escaped.

sops20100.jpgThat blood-soaked episode was, depending on your vantage point, an ignominious end to a year that saw U.S. Special Operations forces deployed at near record levels, or an inauspicious beginning to a new year already on track to reach similar heights, if not exceed them.

During the fiscal year that ended on September 30, 2014, U.S. Special Operations forces (SOF) deployed to 133 countries — roughly 70% of the nations on the planet — according to Lieutenant Colonel Robert Bockholt, a public affairs officer with U.S. Special Operations Command (SOCOM).  This capped a three-year span in which the country’s most elite forces were active in more than 150 different countries around the world, conducting missions ranging from kill/capture night raids to training exercises.  And this year could be a record-breaker.  Only a day before the failed raid that ended Luke Somers life — just 66 days into fiscal 2015 — America’s most elite troops had already set foot in 105 nations, approximately 80% of 2014’s total.

Despite its massive scale and scope, this secret global war across much of the planet is unknown to most Americans.  Unlike the December debacle in Yemen, the vast majority of special ops missions remain completely in the shadows, hidden from external oversight or press scrutiny.  In fact, aside from modest amounts of information disclosed through highly-selective coverage by military media, official White House leaks, SEALs with something to sell, and a few cherry-picked journalists reporting on cherry-picked opportunities, much of what America’s special operators do is never subjected to meaningful examination, which only increases the chances of unforeseen blowback and catastrophic consequences.

The Golden Age

“The command is at its absolute zenith.  And it is indeed a golden age for special operations.”  Those were the words of Army General Joseph Votel III, a West Point graduate and Army Ranger, as he assumed command of SOCOM last August.

His rhetoric may have been high-flown, but it wasn’t hyperbole.  Since September 11, 2001, U.S. Special Operations forces have grown in every conceivable way, including their numbers, their budget, their clout in Washington, and their place in the country’s popular imagination.  The command has, for example, more than doubled its personnel from about 33,000 in 2001 to nearly 70,000 today, including a jump of roughly 8,000 during the three-year tenure of recently retired SOCOM chief Admiral William McRaven.

Those numbers, impressive as they are, don’t give a full sense of the nature of the expansion and growing global reach of America’s most elite forces in these years.  For that, a rundown of the acronym-ridden structure of the ever-expanding Special Operations Command is in order.  The list may be mind-numbing, but there is no other way to fully grasp its scope.

The lion’s share of SOCOM’s troops are Rangers, Green Berets, and other soldiers from the Army, followed by Air Force air commandos, SEALs, Special Warfare Combatant-Craft Crewmen and support personnel from the Navy, as well as a smaller contingent of Marines.  But you only get a sense of the expansiveness of the command when you consider the full range of “sub-unified commands” that these special ops troops are divided among: the self-explanatory SOCAFRICA; SOCEUR, the European contingent; SOCKOR, which is devoted strictly to Korea; SOCPAC, which covers the rest of the Asia-Pacific region; SOCSOUTH, which conducts missions in Central America, South America, and the Caribbean; SOCCENT, the sub-unified command of U.S. Central Command (CENTCOM) in the Middle East; SOCNORTH, which is devoted to “homeland defense”; and the globe-trotting Joint Special Operations Command or JSOC — a clandestine sub-command (formerly headed by McRaven and then Votel) made up of personnel from each service branch, including SEALs, Air Force special tactics airmen, and the Army’s Delta Force, that specializes in tracking and killing suspected terrorists.

And don’t think that’s the end of it, either.  As a result of McRaven’s push tocreate “a Global SOF network of like-minded interagency allies and partners,” Special Operations liaison officers, or SOLOs, are now embedded in 14 key U.S. embassies to assist in advising the special forces of various allied nations.  Already operating in Australia, Brazil, Canada, Colombia, El Salvador, France, Israel, Italy, Jordan, Kenya, Poland, Peru, Turkey, and the United Kingdom, the SOLO program is poised, according to Votel, to expand to 40 countries by 2019.  The command, and especially JSOC, has also forged close ties with the Central Intelligence Agency, the Federal Bureau of Investigation, and the National Security Agency, among others.

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Shadow Ops

Special Operations Command’s global reach extends further still, with smaller, more agile elements operating in the shadows from bases in the United States to remote parts of Southeast Asia, from Middle Eastern outposts to austere African camps. Since 2002, SOCOM has also been authorized to create its own Joint Task Forces, a prerogative normally limited to larger combatant commands like CENTCOM.  Take, for instance, Joint Special Operations Task Force-Philippines (JSOTF-P) which, at its peak, had roughly 600 U.S. personnel supporting counterterrorist operations by Filipino allies against insurgent groups like Abu Sayyaf.  After more than a decade spent battling that group, its numbers have been diminished, but it continues to be active, while violence in the region remains virtually unaltered.

A phase-out of the task force was actually announced in June 2014.  “JSOTF-P will deactivate and the named operation OEF-P [Operation Enduring Freedom-Philippines] will conclude in Fiscal Year 2015,” Votel told the Senate Armed Services Committee the next month.  “A smaller number of U.S. military personnel operating as part of a PACOM [U.S. Pacific Command] Augmentation Team will continue to improve the abilities of the PSF [Philippine Special Forces] to conduct their CT [counterterrorism] missions…”  Months later, however, Joint Special Operations Task Force-Philippines remained up and running. “JSOTF-P is still active although the number of personnel assigned has been reduced,” Army spokesperson Kari McEwen told reporter Joseph Trevithick of War Is Boring.

Another unit, Special Operations Joint Task Force-Bragg, remained in the shadows for years before its first official mention by the Pentagon in early 2014.  Its role, according to SOCOM’s Bockholt, is to “train and equip U.S. service members preparing for deployment to Afghanistan to support Special Operations Joint Task Force-Afghanistan.”  That latter force, in turn, spent more than a decade conducting covert or “black” ops “to prevent insurgent activities from threatening the authority and sovereignty of” the Afghan government.  This meant night raids and kill/capture missions — often in concert with elite Afghan forces — that led to the deaths of unknown numbers of combatants and civilians.  In response to popular outrage against the raids, Afghan President Hamid Karzai largely banned them in 2013.

sopsusa-arm.jpgU.S. Special Operations forces were to move into a support role in 2014, letting elite Afghan troops take charge.  “We’re trying to let them run the show,” Colonel Patrick Roberson of the Afghanistan task force told USA Today.  But according to LaDonna Davis, a spokesperson with the task force, America’s special operators were still leading missions last year.  The force refuses to say how many missions were led by Americans or even how many operations its commandos were involved in, though Afghan special operations forces reportedly carried out as many as 150 missions each month in 2014.  “I will not be able to discuss the specific number of operations that have taken place,” Major Loren Bymer of Special Operations Joint Task Force-Afghanistan told TomDispatch. “However, Afghans currently lead 96% of special operations and we continue to train, advise, and assist our partners to ensure their success.”

And lest you think that that’s where the special forces organizational chart ends, Special Operations Joint Task Force-Afghanistan has five Special Operations Advisory Groups “focused on mentoring and advising our ASSF [Afghan Special Security Force] partners,” according to Votel.  “In order to ensure our ASSF partners continue to take the fight to our enemies, U.S. SOF must be able to continue to do some advising at the tactical level post-2014 with select units in select locations,” he told the Senate Armed Services Committee.  Indeed, last November, Karzai’s successor Ashraf Ghani quietly lifted the night raid ban, opening the door once again to missions with U.S. advisors in 2015.

There will, however, be fewer U.S. special ops troops available for tactical missions.  According to then Rear-, now Vice-Admiral Sean Pybus, SOCOM’s Deputy Commander, about half the SEAL platoons deployed in Afghanistan were, by the end of last month, to be withdrawn and redeployed to support “the pivot in Asia, or work the Mediterranean, or the Gulf of Guinea, or into the Persian Gulf.”  Still, Colonel Christopher Riga, commander of the 7th Special Forces Group, whose troops served with the Combined Joint Special Operations Task Force-Afghanistan near Kandahar last year, vowed to soldier on.  “There’s a lot of fighting that is still going on in Afghanistan that is going to continue,” he said at an awards ceremony late last year.  “We’re still going to continue to kill the enemy, until we are told to leave.”

Add to those task forces the Special Operations Command Forward (SOC FWD) elements, small teams which, according to the military, “shape and coordinate special operations forces security cooperation and engagement in support of theater special operations command, geographic combatant command, and country team goals and objectives.”  SOCOM declined to confirm the existence of SOC FWDs, even though there has been ampleofficialevidence on the subject and so it would not provide a count of how many teams are currently deployed across the world.  But those that are known are clustered in favored black ops stomping grounds, including SOC FWD Pakistan, SOC FWD Yemen, and SOC FWD Lebanon, as well as SOC FWD East Africa, SOC FWD Central Africa, and SOC FWD West Africa.

Africa has, in fact, become a prime locale for shadowy covert missions by America’s special operators.  “This particular unit has done impressive things. Whether it’s across Europe or Africa taking on a variety of contingencies, you are all contributing in a very significant way,” SOCOM’s commander, General Votel, told members of the 352nd Special Operations Group at their base in England last fall.

The Air Commandos are hardly alone in their exploits on that continent.  Over the last years, for example, SEALs carried out a successful hostage rescue mission in Somalia and a kidnap raid there that went awry.  In Libya, Delta Force commandos successfully captured an al-Qaeda militant in an early morning raid, while SEALs commandeered an oil tanker with cargo from Libya that the weak U.S.-backed government there considered stolen.  Additionally, SEALs conducted a failed evacuation mission in South Sudan in which its members were wounded when the aircraft in which they were flying was hit by small arms fire.  Meanwhile, an elite quick-response force known as Naval Special Warfare Unit 10 (NSWU-10) has been engaged with “strategic countries” such as Uganda, Somalia, and Nigeria.

A clandestine Special Ops training effort in Libya imploded when militia or “terrorist” forces twice raided its camp, guarded by the Libyan military, and looted large quantities of high-tech American equipment, hundreds of weapons — including Glock pistols, and M4 rifles — as well as night vision devices and specialized lasers that can only be seen with such equipment.  As a result, the mission was scuttled and the camp was abandoned.  It was then reportedly taken over by a militia.

In February of last year, elite troops traveled to Niger for three weeks of military drills as part of Flintlock 2014, an annual Special Ops counterterrorism exercise that brought together the forces of the host nation, Canada, Chad, France, Mauritania, the Netherlands, Nigeria, Senegal, the United Kingdom, and Burkina Faso.  Several months later, an officer from Burkina Faso, who receivedcounterterrorism training in the U.S. under the auspices of SOCOM’s Joint Special Operations University in 2012, seized power in a coup.  Special Ops forces, however, remained undaunted.  Late last year, for example, under the auspices of SOC FWD West Africa, members of 5th Battalion, 19th Special Forces Group, partnered with elite Moroccan troops for training at a base outside of Marrakech.

A World of Opportunities

Deployments to African nations have, however, been just a part of the rapid growth of the Special Operations Command’s overseas reach.  In the waning days of the Bush presidency, under then-SOCOM chief Admiral Eric Olson, Special Operations forces were reportedly deployed in about 60 countries around the world.  By 2010, that number had swelled to 75, according to Karen DeYoung and Greg Jaffe of the Washington Post.  In 2011, SOCOM spokesman Colonel Tim Nye told TomDispatch that the total would reach 120 by the end of the year.  With Admiral William McRaven in charge in 2013, then-Major Robert Bockholt told TomDispatch that the number had jumped to 134.  Under the command of McRaven and Votel in 2014, according to Bockholt, the total slipped ever-so-slightly to 133.  Outgoing Defense Secretary Chuck Hagel noted, however, that under McRaven’s command — which lasted from August 2011 to August 2014 — special ops forces deployed to more than 150 different countries.  “In fact, SOCOM and the entire U.S. military are more engaged internationally than ever before — in more places and with a wider variety of missions,” he said in an August 2014 speech.

He wasn’t kidding.  Just over two months into fiscal 2015, the number of countries with Special Ops deployments has already clocked in at 105, according to Bockholt.

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SOCOM refused to comment on the nature of its missions or the benefits of operating in so many nations.  The command would not even name a single country where U.S. special operations forces deployed in the last three years.  A glance at just some of the operations, exercises, and activities that have come to light, however, paints a picture of a globetrotting command in constant churn with alliances in every corner of the planet.

In January and February, for example, members of the 7th Special Forces Group and the 160th Special Operations Aviation Regiment conducted a month-long Joint Combined Exchange Training (JCET) with forces from Trinidad and Tobago, while troops from the 353rd Special Operations Group joined members of the Royal Thai Air Force for Exercise Teak Torch in Udon Thani, Thailand.  In February and March, Green Berets from the 20th Special Forces Group trained with elite troops in the Dominican Republic as part of a JCET.

In March, members of Marine Special Operations Command and Naval Special Warfare Unit 1 took part in maneuvers aboard the guided-missile cruiser USSCowpens as part of Multi-Sail 2014, an annual exercise designed to support “security and stability in the Indo-Asia-Pacific region.”  That same month, elite soldiers, sailors, airmen, and marines took part in a training exercise code-named Fused Response with members of the Belizean military.  “Exercises like this build rapport and bonds between U.S. forces and Belize,” said Air Force Lieutenant Colonel Heber Toro of Special Operations Command South afterward.

In April, soldiers from the 7th Special Forces Group joined with Honduran airborne troops for jump training — parachuting over that country’s Soto Cano Air Base.  Soldiers from that same unit, serving with the Afghanistan task force, also carried out shadowy ops in the southern part of that country in the spring of 2014.  In June, members of the 19th Special Forces Group carried out a JCET in Albania, while operators from Delta Force took part in the mission that secured the release of Army Sergeant Bowe Bergdahl in Afghanistan.  That same month, Delta Force commandos helped kidnap Ahmed Abu Khattala, a suspected “ringleader” in the 2012 terrorist attacks in Benghazi, Libya, that killed four Americans, while Green Berets deployed to Iraq as advisors in the fight against the Islamic State.

In June and July, 26 members of the 522nd Special Operations Squadron carried out a 28,000-mile, four-week, five-continent mission which took them to Sri Lanka, Tanzania, and Japan, among other nations, to escort three “single-engine [Air Force Special Operations Command] aircraft to a destination in the Pacific Area of Responsibility.”  In July, U.S. Special Operations forces traveled to Tolemaida, Colombia, to compete against elite troops from 16 other nations — in events like sniper stalking, shooting, and an obstacle course race — at the annual Fuerzas Comando competition.

In August, soldiers from the 20th Special Forces Group conducted a JCET with elite units from Suriname.  “We’ve made a lot of progress together in a month. If we ever have to operate together in the future, we know we’ve made partners and friends we can depend upon,” said a senior noncommissioned officer from that unit.  In Iraq that month, Green Berets conducted a reconnaissance mission on Mount Sinjar as part an effort to protect ethnic Yazidis from Islamic State militants, while Delta Force commandos raided an oil refinery in northern Syria in a bid to save American journalist James Foley and other hostages held by the same group.  That mission was a bust and Foley was brutally executed shortly thereafter.

In September, about 1,200 U.S. special operators and support personnel joined with elite troops from the Netherlands, the Czech Republic, Finland, Great Britain, Lithuania, Norway, Poland, Sweden, and Slovenia for Jackal Stone, a training exercise that focused on everything from close quarters combat and sniper tactics to small boat operations and hostage rescue missions.  In September and October, Rangers from the 3rd Battalion, 75th Ranger Regiment deployed to South Korea to practice small unit tactics like clearing trenches and knocking out bunkers.  During October, Air Force air commandos also conducted simulated hostage rescue missions at the Stanford Training Area near Thetford, England.  Meanwhile, in international waters south of Cyprus, Navy SEALs commandeered that tanker full of oil loaded at a rebel-held port in Libya.  In November, U.S. commandos conducted a raid in Yemen that freed eight foreign hostages.  The next month, SEALs carried out the blood-soaked mission that left two hostages, including Luke Somers, and eight civilians dead.  And these, of course, are only some of the missions that managed to make it into the news or in some other way onto the record.

Everywhere They Want to Be

To America’s black ops chiefs, the globe is as unstable as it is interconnected.  “I guarantee you what happens in Latin America affects what happens in West Africa, which affects what happens in Southern Europe, which affects what happens in Southwest Asia,” McRaven told last year’s Geolnt, an annual gathering of surveillance-industry executives and military personnel.  Their solution to interlocked instability?  More missions in more nations — in more than three-quarters of the world’s countries, in fact — during McRaven’s tenure.  And the stage appears set for yet more of the same in the years ahead.  “We want to be everywhere,” said Votel at Geolnt.  His forces are already well on their way in 2015.

“Our nation has very high expectations of SOF,” he told special operators in England last fall. “They look to us to do the very hard missions in very difficult conditions.”  The nature and whereabouts of most of those “hard missions,” however, remain unknown to Americans.  And Votel apparently isn’t interested in shedding light on them.  “Sorry, but no,” was SOCOM’s response toTomDispatch’s request for an interview with the special ops chief about current and future operations.  In fact, the command refused to make any personnel available for a discussion of what it’s doing in America’s name and with taxpayer dollars.  It’s not hard to guess why.

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Votel now sits atop one of the major success stories of a post-9/11 military that has been mired in winless wars, intervention blowback, rampant criminal activity, repeated leaks of embarrassing secrets, and all manner of shocking scandals.  Through a deft combination of bravado and secrecy, well-placed leaks, adroit marketing and public relations efforts, the skillful cultivation of a superman mystique (with a dollop of tortured fragility on the side), and one extremely popular, high-profile, targeted killing, Special Operations forces have become the darlings of American popular culture, while the command has been a consistent winner in Washington’s bare-knuckled budget battles.

This is particularly striking given what’s actually occurred in the field: in Africa, the arming and outfitting of militants and the training of a coup leader; in Iraq, America’s most elite forces were implicated in torture, the destruction of homes, and the killing and wounding of innocents;  in Afghanistan, it was a similar story, with repeated reports of civilian deaths; while in Yemen, Pakistan, and Somalia it’s been more of the same.  And this only scratches the surface of special ops miscues.

In 2001, before U.S. black ops forces began their massive, multi-front clandestine war against terrorism, there were 33,000 members of Special Operations Command and about 1,800 members of the elite of the elite, the Joint Special Operations Command.  There were then also 23 terrorist groups — from Hamas to the Real Irish Republican Army — as recognized by the State Department, including al-Qaeda, whose membership was estimated at anywhere from 200 to 1,000.  That group was primarily based in Afghanistan and Pakistan, although small cells had operated in numerous countries including Germany and the United States.

After more than a decade of secret wars, massive surveillance, untold numbers of night raids, detentions, and assassinations, not to mention billions upon billions of dollars spent, the results speak for themselves.  SOCOM has more than doubled in size and the secretive JSOC may be almost as large as SOCOM was in 2001.  Since September of that year, 36 new terror groups have sprung up, including multiple al-Qaeda franchises, offshoots, and allies.  Today, these groups still operate in Afghanistan and Pakistan — there are now 11 recognized al-Qaeda affiliates in the latter nation, five in the former — as well as in Mali and Tunisia, Libya and Morocco, Nigeria and Somalia, Lebanon and Yemen, among other countries.  One offshoot was born of the American invasion of Iraq, was nurtured in a U.S. prison camp, and, now known as the Islamic State, controls a wide swath of that country and neighboring Syria, a proto-caliphate in the heart of the Middle East that was only the stuff of jihadi dreams back in 2001.  That group, alone, has an estimated strength of around 30,000 and managed to take over a huge swath of territory, including Iraq’s second largest city, despite being relentlessly targeted in its infancy by JSOC.

“We need to continue to synchronize the deployment of SOF throughout the globe,” says Votel.  “We all need to be synched up, coordinated, and prepared throughout the command.”  Left out of sync are the American people who have consistently been kept in the dark about what America’s special operators are doing and where they’re doing it, not to mention the checkered results of, and blowback from, what they’ve done.  But if history is any guide, the black ops blackout will help ensure that this continues to be a “golden age” for U.S. Special Operations Command.

Reprinted with permission from TomDispatch.com.

mardi, 27 janvier 2015

Cybergeopolitics: emergent set of practices, phenomenon and discipline

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Cybergeopolitics: emergent set of practices, phenomenon and discipline

Ex: http://www.geopolitica.ru
 
Geopolitics has gained a cybernetic factor in which the basic axioms still apply, but at the same time, which is also another level of reality with entirely new rules!

In recent times, we hear about the increasing role of cyberspace as a political tool or domain where confrontation takes place between the various political organizations, countries, and even alliances of states. Edward Snowden's case is indicative of the fact of how Internet communication and the interdependence of the social environment with politics, economics, and the military sector has become important and affects both the current agenda and the strategic planning of the leaders of the major world powers.

If geopolitics already developed a scientific apparatus and definitions which are used by politicians, experts, and scholars, cyberspace in some sense is a “terra incognita”, and there is an active struggle for the domination of this space. Extremely significant in this confrontation are the positions of different states on the regulation of the Internet domain. A dichotomy in this field literally repeats the mega-civilizational break that runs through the countries and peoples belonging to the Sea and Land Powers. The U.S., EU countries, and their satellites are in favor of a free Internet service that is obvious hypocritical (because of the hidden manipulations with social networks, the PRISM program, and so on), while Russia, Iran, China, India, and some other states require that the Internet be a sovereign space and under the jurisdiction of international law, precisely the International Telecommunication Union under the United Nations. The Summit on Cyberspace held in December 2012 in Dubai showcased the exacerbated contradictions of international telecommunications when the United States refused to sign the new treaty regulating the right of all states to engage in management of the Internet. This separation clearly fits into the scheme of Carl Schmitt, which is a reliable indicator of the politically dual categories of friend or foe. These categories are not moral, but technical, features that manifested themselves in the positions over the view of the functioning of the Internet space.

Geography of Cyberspace

First, we need to define the term cyberspace. Researchers attributed the authorship of this word to science fiction writer William Gibson, who used it in the story “Burning Chrome”, published in 1982, and two years later, he developed this theme in his famous 1984 cyberpunk novel “Neuromancer”, where the author described cyberspace as a "consensual hallucination"[1]. Cyberspace has a significant difference from the land, sea, air, and space - it was created not by nature, but as an artificial construct that has components that may change over time. Different countries have their own definition of cyberspace. In the U.S.’s 2003 paper “The National Strategy to Secure Cyberspace”, it was stated that “Our nation’s critical infrastructures are composed of public and private institutions in the sectors of agriculture, food, water, public health, emergency services, government, defense industrial base, information and telecommunications, energy, transportation, banking and finance, chemicals and hazardous materials, and postal and shipping. Cyberspace is their nervous system—the control system of our country. Cyberspace is composed of hundreds of thousands of interconnected computers, servers, routers, switches, and fiber optic cables that allow our critical infrastructures to work. Thus, the healthy functioning of cyberspace is essential to our economy and our national security”[2].

In the “National Cyber Security Framework Manual” issued by NATO in 2012, we can read that "cyberspace is more than the internet, including not only hardware, software and information systems, but also people and social interaction within these networks”[3].

Hence, it is clear that cyberspace is directly related to actual geography, which, together with politics (or the governance of power), is a key element of the science of geopolitics.

First, all the routes of communication and technical server nodes that are an essential part of the Internet are geographically localized. Secondly, cyber domains have a national identity in the sense of domain zones, state control, and the language used. Third, cyberspace emphasizes physical geography in a special way – sensors of various services, navigation devices, technical gadgets, and mobile devices embody an interactive map from the cross-flow of information, technology, and people.

Cyberspace fixes and homogenizes the physical space in a particular way – thus, globalization, with the assistance of GPS technology and other tools, permeates the most secluded corners of the planet.

As such, digital technologies reconfigured the mapping experience into something altogether different that Bruno Latour and his colleagues called “the navigation platform”, characterized by the presence of:

- Databanks;

- Some interface for data handling, i.e. calculation, treatment, and retrieval;

- A dashboard for mutual interfacing between users;

- Many different outputs tailored to a great variety of users – one of the outputs being paper printouts.[4]

The traditional role of the map is revised, there are various emerging schools associated with the description of the political and institutional relations of mapping, the map becomes performance-based, and it is understood as having emerged through a diverse set of practices.

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Mapping the Internet space becomes a priority for a number of research centers and universities. There are enough in limited quantities, but every year we have more and more specialized publications, the works of governmental departments, scholarly institutions, and divisions in various think tanks that have been monitoring cyberspace and recording its changes – whether it is the emergence of new technical nodes, the issue of new laws, or criminal activities in the network.

Based on the above, we see that cyberspace is not uniform and has several levels. David Clark has proposed a model in which there are four levels of cyberspace.

From the top down in order of importance:

• The people who participate in the cyber experience — who communicate, work with information, make decisions, and carry out plans, and who themselves transform the nature of cyberspace by working with its component services and capabilities.

• The information that is stored, transmitted, and transformed in cyberspace.

• The logical building blocks that make up the services and support the platform nature of cyberspace.

• The physical foundations that support the logical elements.[5]

Actually, the people’s (social) layer includes government, private sector, and civil society actors, as well as subjects of the technical community. Nevertheless, they all share the traits of people in the "real" world (outside of cyberspace), in that they can ultimately be identified by their unique DNA codes, thereby making the attribution of the network much more difficult (inside cyberspace). In contrast to the "carnal" world, people in cyberspace facilitate the creation of multiple identities for the user, resulting in a virtual personality that can have multiple human users (e.g. the same online office account of the newspaper "The New York Times" is used by different employees). This is not only important in terms of safety or the protection of copyrights, but also raises interesting questions about how the cyber world is affecting the real world[6].

In addition, the terminology previously used in cybernetics is also adequate for the geopolitics of cyberspace. Until now, it was decided to talk only about two types of cybernetics – the first and second order. If first-order cybernetics has been associated with the observed systems, the second-order cybernetics is the actual observing of the systems[7].

This remark indicates a high organizational nature of a new wave of cybernetics, although some definitions are quite reminiscent of geopolitical theory and disciplines about power.

Internet Governance

If we talk about cyberspace as a political activity, there are two main models related to this new area of human activity at the moment. The first is e-government. This term should be understood as the implementation of special services which facilitate relations between the authorities and citizens and provides different services such as electronic payments, virtual receptions, and processing queries through remote access. All of these actions are designed to facilitate and simplify the lives of taxpayers in the country where the use of post-modern communication technologies is prevalent.

The second is the use of cyberspace as a medium and a tool for the dissemination of certain political cultures. Highly significant in this respect are the efforts by the U.S., where the government uses the Internet as a new means to achieve their goals. This is furthered not only by the civilian sector, but also via different law enforcement organizations and special agencies.

In 2011, it became known that the U.S. military launched a program associated with the manipulation of social networks. As the British “Guardian” noted: “The discovery that the US military is developing false online personalities – known to users of social media as "sock puppets" – could also encourage other governments, private companies and non-government organisations to do the same. Centcom spokesman Commander Bill Speaks said: "The technology supports classified blogging activities on foreign-language websites to enable Centcom to counter violent extremist and enemy propaganda outside the US."[8]

At the end of 2011, the White House announced the creation of a virtual embassy in Iran for "strengthening ties with the Iranian people"[9]: http://iran.usembassy.gov/. It is significant that at the same time, the U.S. Congress had taken various measures to ease ties with Iranian officials and the imposition of sanctions is damaging the Iranian economy. Before that, the United States had opened a virtual consulate for Gaza.[10]

Actually, there are several terms used by the U.S. government to designate innovative ways to influence a foreign society through the Internet: digital diplomacy, Internet diplomacy, Twitter diplomacy, public diplomacy, and Web 2.0. The most common term among the establishment of the United States engaged in foreign policy issues and determining influence over other countries is the latest one.

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The technology of Web 2.0 unleashed for the interaction of political activists by Internet technologies was effective during the mass protests in Tunisia and Egypt, as well as for coordination and self-organization of various opposition political groups in Russia.

Threats of Cyberspace

As we can see, cyberspace is not a utopia, as earlier science fiction writers had claimed. This is a new domain of human activity where there are limitations, disasters, epidemics, and flaws, although they do not directly affect people's lives – it all depends on the choice of the individual. If someone is so carried away playing computer games that they become unable to adequately perceive reality, does this not make the scourge of cyberspace the virtual equivalent of real-world drug addiction[11]?

Cyber dependence is linked not only with professional duty or entertainment; it is the very nature of the Internet. The American contemporary philosopher of anarcho-primitivism John Zerzan, for example, noted that the human psyche, after having used the Internet as least once, is subject to irreversible consequences.[12]

The same concept can be applied to "disease" in this "world". In 1983, Fred Cohen deliberately developed a program that can infect other programs by modifying them so that they evolve their possible evolutional copy, as he noted in his dissertation. Based on a biological analogy, he called this new program a “virus”.

The term "worm" was coined by John Brunner in his novel "Shockwave Rider", issued in 1975. While viruses are just an infected computer program (or file), worms "crawl" forward and copy themselves between systems. Using the vulnerability of computers known as the back doors, worms spread without the help of inconsiderate users. In 1988, the Morris worm penetrated and infected about 60,000 hosts of the Arpanet nascent network, which was the prototype of the current Internet. Robert Morris himself, the creator of the worm, was the first person prosecuted and convicted in accordance with the Computer Fraud and Abuse Act of 1986[13].

If we have quarantine measures against dangerous diseases in the physical world and there are even international conflicts involving epidemics or deliberate infections (biological weapons), should this not be the case in cyberspace? The history of the last decade demonstrates such phenomenon. The most illustrative cases were:

- Cyber attacks in 2007 on Estonian government websites;

- Actions of hacktivists in August 2008 during the attack of Georgia on South Ossetia and the peacekeeping operation of Russia;

- Impact of the Stuxnet worm on computer systems of Iran's nuclear power plant;

- Numerous actions of hacktivist groups such as Anonymous, Syrian Cyber Army, etc.;

- Leaks carried out by Julian Assange and Edward Snowden, with an indirect impact on U.S. and international politics.

According to experts, the number of such attacks will only increase and the methods of hackers will improve in the future. This is forcing many governments to reconsider their policies regarding the Internet and take special measures to protect this domain.

Cyberconflicts

Of course, cyberspace is both a medium for conflict and a tool. If classical geopolitics uses the concepts of power by the sea (Sea Power) and power by the land (Land Power), and Air Power and Space Power developed in their wake, then Cyber Power is the most recently talked about new domain of control. The U.S. military places special significance upon it.

Robert M. Lee from the US Air Force wrote that “Cyber power will be as revolutionary to warfare as airpower, but the current vectoring of the domain will determine which nation will hold cyber dominance and to what effect. In the early years of the cyberspace domain, the United States primarily considered cyber power a means of establishing broad command and control across the war-fighting domains. Cyberspace focused on communication; indeed, operational success depended upon maintaining the lines of communication. As the domain grew, it assumed additional roles to provide a support force to traditional military operations while experts explored other roles—a process that occurred at the highest levels of secrecy. Many of the first cyberspace leaders realized that cyber assets offered a number of options for attack, defense, and exploitation never before afforded to military commanders. In a highly connected world where substantial advancements in technology were common, the capabilities and weapons in cyberspace became even more impressive”[14].

Cyber operations can be carried out in all areas of warfare: in the air, space, cyberspace, and on land and sea. Furthermore, despite the immaturity of operational doctrines for cyberspace, doctrines for air and space remain relevant and applicable to the field of cyberspace. In other words "cyber operations are just another set of tools from the arsenal of a commander".[15]

U.S. Cyber Command was first created in 2010, although attention was paid to this new domain earlier than that. For example, in December 2005, cyber operations were included in the basic manual about the service and the mission of the U.S. Air Force.[16]

China, Iran, and other countries rushed to develop their own cyber military capabilities with relevant doctrines and strategies. Budgets for cyber security also begin to increase rapidly. U.S. Cyber Command stated in January 2013 that its staff of personnel will be increased by five times. Britain also hurried to upgrade its cyber arsenal and argued that the country needs network security due to the fact that 6% of Britain's GDP is earned through transactions that are somehow connected to the Internet.

John Arquilla, the famous expert on network wars, writes that the "exploits of cyberwars on a small scale may eventually reach large sizes, given the clear vulnerability of advanced military and various communication systems that every day more and more cover the world. He believes that cyberwar is destined to play a more prominent role in future wars.[17]

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Arquilla believes that there is an opportunity to possibly develop a certain code of conduct, e.g. the prohibition of cyberattacks against purely civilian targets, at least between states. Some shadow networks, i.e. radical political groups, may also follow a certain code. The second thesis is hardly likely, as in the case of terrorist actions, the aim of such groups is to intimidate the population in order to achieve their political goals, and cyberspace is a prime opportunity for this.

Because cyberpower can quickly hit networks and information systems worldwide in a special war, eroding the frontline of combat, this feature, combined with its destructive power, generates fear among the population because cyberpower’s capabilities may be as strong as those experienced from terrorist attacks.[18]

Therefore, to underestimate its power to influence public opinion and politics would be a serious mistake. Even if we consider only the military aspect of cyber conflict, it still differs greatly from the war on land, sea, air, and space. Freedom of action is a characteristic of superiority in cyberspace. A rough summary for supremacy in cyberspace can be "freedom of action during the time of attack" (i.e. the ability to act, even during and after the attack).[19]

But there is another point of view, according to which, on the contrary, cyber assets utilized in conflicts actually "soften" their nature and minimize the damage to the enemy and the costs incurred on the attacking side. Naval Postgraduate School Defense Analysis Distinguished Professor Dorothy Denning believes that "if you can achieve the same effects with a cyber weapon versus a kinetic weapon, often that option is ethically preferable ... If an operation is morally justifiable, than a cyber route is likely preferable, because it causes less harm".[20]

On the question of ethics in cyberspace, we can address the use of unmanned aerial vehicles, which have become the subject of public debate in the United States and other countries. Proponents of a massive use of drones in the U.S. suggest three main reasons why this industry needs to be developed: (1) UAVs can carry out tasks that people are not capable of due to psychological constraints (e.g. duration of operations and extreme maneuvers); (2) the preservation of the pilot's life during hazardous missions and a reduced political risk (which would be heightened in the case that a downed pilot is captured); (3) reduction of costs incurred in connection with the systems required to maintain the functions of the pilot (oxygen, climate control, ejection seats, etc.) and the possibility of using a more basic design than the one that is needed for aircraft designed for on-board team operations[21] There is a tendency that drones in the future may even replace actual strategic bombers in the U.S. Air Force.

Another part believes that the use of drones violates international law and leads to a large number of civilian casualties. The report of the New American Foundation stated that for the first two years that Obama was president, he ordered four times as many UAV bombings than George W. Bush did during his eight year tenure. This report gives the approximate number of people killed in Pakistan as being between 1489 to 2297 (April 2012).[22]

The Bureau of Investigative Journalism also shows interactive maps on its website that mark the spot where U.S. drone attacks occurred, as well as statistical data such as the names of the killed civilians.[23]

All in all, the deadliest man-machine interface (the UAV) is the most visible demonstration of how cyber asserts can be utilized for military purposes.

Conclusion

All these factors suggest that geopolitics has gained a cybernetic factor in which the basic axioms still apply, but at the same time, which is also another level of reality with entirely new rules.

Careful analysis and monitoring of cyberspace and the development of appropriate rules are imperative for today. This requires a revision of classical political categories and a revaluation from the current moment. We must remember that cybernetics is word first created thousands of years ago, but its meaning was somewhat different. The word “cybernetics” (κυβερνητική) was first mentioned by Plato in his work "Laws".[24] It is translated as "the art of the helmsman". In his third to last book, believed to be the most solid in terms of the arrangement of the works of the ancient Greek philosopher, the state is compared with a ship, and its helmsmen are God, fate, and good time. Despite the enthusiastic attempts from the first creators of the Internet to make cyberspace a zone of free creativity without political interference, cyberspace remains political and the thesis of Plato is still actual and relevant.




[1] William Gibson, Neuromancer. New York: Ace Books, 1984

[2] The National Strategy to Secure Cyberspace, Washington, DC: White House, 2003.

[3] Alexander Klimburg (Ed.), National Cyber Security Framework Manual, NATO CCD COE Publication,

Tallinn 2012 P. 8 http://www.ccdcoe.org/publications/books/NationalCyberSecurityFrameworkManual.pdf

[4] Valerie November, Eduardo Camacho-Hubner, Bruno Latour. Entering a risky territory: space in the age of digital navigation. Environment and Planning D: Society and Space 2010, volume 28, p.583.

[5] David Clark, Characterizing cyberspace: past, present and future, MIT/CSAIL Working Paper,

12 March 2010, P.1

[6] Alexander Klimburg, Philipp Mirtl. Cyberspace and Governance – A Primer. The Austrian Institute for International Affairs, Working Paper 65 / September 2012

[7] Heinz von Foerster. Cybernetics of Cybernetics. University of Illinois, Urbana 1979

[9] Mutter, Paul. Few Virtues to "Virtual Embassy in Iran". December 23, 2011. http://www.fpif.org/blog/few_virtues_to_virtual_embassy_in_iran

[10] http://gaza.usvpp.gov/about_econsulate.html

[11] Dene Grigar. Lara Croft: Cyber Heroine. Leonardo June 2006, Vol. 39, No. 3, Pages 269-270.

[12] John Zerzan. Twilight of the Machines, 2008

[13] A Better Way to Battle Malware. November 22, 2011. Winter 2011, Issue 65. http://www.strategy-business.com/article/11403?pg=all

 

[14] Robert M. Lee. The Interim Years of Cyberspace.// Air & Space Power Journal, January–February 2013, Р. 58

[15] Eric D. Trias, Bryan M. Bell. Cyber This, Cyber That . . . So What?//Air & Space Power Journal. Spring 2010, Р. 91

[16] Hon. Michael W. Wynne, Flying and Fighting in Cyberspace, Air and Space Power Journal 21, no. 1, Spring 2007: 3, http://www.airpower.au.af.mil/airchronicles/apj/apj07/spr07/spr07.pdf

[17] Arquilla J. Cyberwar Is Already Upon Us. MarchH/April 2012. http://www.foreignpolicy.com/articles/2012/02/27/cyberwar_is_already_upon_us

[18] Robert M. Lee. The Interim Years of Cyberspace.// Air & Space Power Journal, January–February 2013, Р. 63

[19] Eric D. Trias, Bryan M. Bell. Cyber This, Cyber That . . . So What?//Air & Space Power Journal. Spring 2010, Р. 96-67

[20] Kenneth Stewart. Cyber Security Hall of Famer Discusses Ethics of Cyber Warfare. America's Navy, 6/4/2013 http://www.navy.mil/submit/display.asp?story_id=74613

[21] Policy Options for Unmanned Aircraft Systems. A CBO Study. June 2011. Congress of U.S. Congressional Budget Office. Р. 3.

[22] Masters, Jonathan. Targeted Killings.// CFR, April 25, 2012.  http://www.cfr.org/counterterrorism/targeted-killings/p9627?cid=nlc-dailybrief-daily_news_brief-link14-20120426

[23] Interactive map. August 10th, 2011 http://www.thebureauinvestigates.com/2011/08/10/google-map/

[24] Plato: Laws, Books 1-6 (Loeb Classical Library No. 187) by Plato and R. G. Bury, 1926

 

samedi, 06 décembre 2014

"Ne pas livrer les Mistral aux Russes ravit les paléo-atlantistes"...

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"Ne pas livrer les Mistral aux Russes ravit les paléo-atlantistes"...

Ex: http://metapoinfos.hautetfort.com

Nous reproduisons ci-dessous un entretien donné par Olivier Zajec à l'hebdomadaire Marianne et consacré à l'affaire de la vente des deux bâtiments de projection et de commandement de type Mistral à la Russie. Olivier Zajec est maître de conférences en science politique à l'université de Lyon 3 et a notamment publié La nouvelle impuissance américaine - Essai sur dix années d'autodissolution stratégique (Editions de l’œuvre, 2011).

Marianne : La France a suspendu sine die la livraison du Mistral « Vladivostok » à la Russie. Que vous inspire cette décision et quelles seraient selon vous les conséquences stratégiques et économiques d’une non-livraison de ces bateaux ?
Olivier Zajec* : Je suis en faveur de la livraison de ce bâtiment, et j’ai peur que le report décidé le 25 novembre ne soit à la fois impolitique, masochiste et décrédibilisant. Impolitique, car nous avons intérêt, sur le long terme, à une relation plus adulte avec la Russie, et ce n’est pas en reniant notre parole que nous y parviendrons.  Masochiste, car nous fragilisons notre industrie de défense, l’un de nos atouts les plus solides sur le plan industriel. Décrédibilisant, car la valeur ajoutée de l’offre française d’armement sur le marché export réside justement dans une alternative à la vassalisation technologique et normative américaine. C’est ce que recherche un client comme l’Inde. Avec cette décision qui ravit les paléo-atlantistes, nous manifestons notre soumission à des postures stratégiques qui ne servent pas nos intérêts (et je ne parle pas seulement de la France, mais de l’Europe). Livrer le Mistral n’empêcherait nullement la France de jouer son rôle dans la crise en cours en Ukraine, qui doit absolument être dénouée. Tout au contraire, en réalité, car cette manifestation d’indépendance lui conférerait le rôle de tiers, ce qui lui permettrait d’arbitrer le pugilat grotesque qui oppose les nostalgiques de l’URSS que l’on rencontre parfois au Kremlin, et les hystériques russophobes qui semblent avoir pris l’ascendant à l’OTAN. Notons tout de même que beaucoup de ceux qui s’élèvent contre cette vente sont les mêmes qui dansaient de joie lors de l’entrée des Américains dans Bagdad en 2003. À défaut d’autres qualités, il faut leur reconnaître une certaine constance dans l’aveuglement. 

Comment évaluez-vous les conséquences d’une brouille avec Moscou notamment en ce qui concerne les négociations avec l’Iran ou sur la Syrie ?
 Moscou est un acteur incontournable du jeu moyen-oriental, qu’on s’en réjouisse ou qu’on le regrette. M. François Hollande, étant donné la complexité du puzzle régional et suivant l’impulsion américaine, est en passe, bon gré mal gré, de se convertir au réalisme sur le dossier iranien, ce qui était hors de question il y a encore peu de temps. Puisque cette lucidité bienvenue s’applique désormais vis-à-vis de Téhéran, qui redevient un interlocuteur, pourquoi ne pas l’appliquer – même provisoirement – à Damas, étant donné la nature de l’adversaire commun ? Bachar el-Assad n’est pas la menace immédiate. La fourniture d’armes aux islamistes syriens fut une faute majeure de notre diplomatie. Agir stratégiquement, c’est aussi hiérarchiser les priorités et coordonner les fronts : que se passerait-il si le régime syrien s’effondrait aujourd’hui ? Il suffit d’observer la Libye post-kadhafiste pour le comprendre. L’intervention militaire peut être une solution, il ne faut jamais l’exclure a priori. Mais à condition qu’elle ne perde jamais de vue le contexte de l’engagement. « Frapper » n’est pas une fin en soi, mais seulement le préalable ponctuel et maîtrisé d’un nouvel équilibre instable des forces politiques. L’État islamique n’est pas sorti tout armé des enfers du soi-disant « terrorisme global ». Ce n’est pas un phénomène de génération spontanée. Il est comptable d’une histoire longue qui plonge ses racines dans l’échec du nationalisme laïc arabe. Cet échec a des causes internes, à commencer par la haine qui sépare Sunnites et Chiites, et les réflexes claniques des élites arabes. Mais aussi des causes externes, en particulier l’incroyable légèreté avec laquelle certaines puissances (et d’abord les États-Unis) ont, depuis des décennies, détruit les fragiles équilibres de la région en jouant l’obscurantisme pétro-rentier contre l’autoritarisme laïc, et le wahhabisme contre la puissance iranienne. Les Occidentaux, de ce point de vue, ont aussi besoin de Moscou pour parvenir à une solution sur place, qui prenne en compte l’intérêt de tous les acteurs.

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Pourtant lors du récent G20 de Brisbane, Poutine a été à l’unanimité, par les médias comme les politiques, présenté comme « isolé » sur la scène internationale...
« Si tout le monde pense la même chose, c’est que quelqu’un ne pense pas ». Cet unanimisme, sur un sujet aussi complexe, n’est certainement pas un très bon signe pour la pensée stratégique et politique française. Vladimir Poutine est moins isolé sur la scène mondiale que François Hollande sur la scène européenne. Tout est question de focale, d’échelles d’analyse, et en l’occurrence, c’est une myopie persistante qui caractérise le commentaire journalistique occidental.

Lors du dernier sommet de l’APEC (un forum de coopération économique dans la région Asie-Pacifique, ndlr), Moscou et Pékin ont eu, de leur côté,  plaisir à mettre en scène leur rapprochement entre « isolés » de la scène internationale. Ce rapprochement est-il viable et peut-il marquer un changement majeur dans les équilibres internationaux ?

 Très certainement. Mais il ne faut surtout pas surestimer ce rapprochement. Pékin et Moscou se méfient l’un de l’autre. Cependant, sur ce sujet comme sur d’autres (politique spatiale, énergie, défense du principe de non-ingérence dans les relations internationales), Russes et Chinois semblent poussés les uns vers les autres par un certain unilatéralisme moraliste occidental. 

Beaucoup de commentateurs considèrent que l’objectif de Poutine est de reconstituer un empire soviétique. On retrouve également tout un discours sur les supposés « réflexes de guerre froide de la Russie ». Comment percevez-vous l’agitation de ce spectre d’une nouvelle guerre froide  ? 
J’y discerne le signe que le logiciel de certains experts est resté bloqué en 1984, et que leur appréhension diplomatique est celle qui prévalait sous Ronald Reagan. Les saillies de M. John McCain sont typiques de ce blocage générationnel : « Nous devons nous réarmer moralement et intellectuellement, dit-il, pour empêcher que les ténèbres du monde de M. Poutine ne s’abattent davantage sur l’humanité. » Sans nier la vigueur des réactions russes en Ukraine, il faut remettre les choses dans leur contexte, car cette crise procède d’éléments de nature différente : la profonde corruption des élites ukrainiennes, pro et antirusses confondus ; l’extension ininterrompue de l’OTAN aux marges de la Russie, depuis plus de vingt ans, alors que la main tendue s’imposait ; la méfiance atavique des Baltes et des Polonais vis-à-vis de Moscou, qui ne cesserait que si les Russes rentraient dans l’OTAN (et encore n’est-ce pas sûr) ; enfin, la propension américaine à jouer sur les divisions européennes. La France et l’Allemagne, qui ont tout à gagner à une relation apaisée avec la Russie, sont les premiers perdants du mauvais remake de John le Carré auquel nous assistons. 

Que pensez-vous justement de l’absence totale d’identité stratégique de l’Europe, sinon l’alignement aveugle sur Washington ?
Je crois sincèrement que les mots ont un sens. Il n’y a pas, en l’état, d’identité « stratégique » de l’Europe. Nous apportons simplement un appui tactique ponctuel à des opérations relevant d’une stratégie américaine, qui a intérêt à ce que l’Europe demeure un objet et non un sujet des relations internationales. Cette tutelle prolongée sur des alliés tétanisés permet à Washington de masquer sa propre perte d’auctoritas au niveau mondial. Plus généralement, les démocraties « occidentales » semblent s’ingénier à se placer dans le temps court du spasme moral, et non dans le temps long de la stratégie. S’il en était autrement, nos décisions sur les dossiers ukrainien, irakien, syrien, libyen et iranien auraient pris une autre tournure, moins tonitruante et plus réaliste. Pour avoir une stratégie, il faut avoir une conscience politique. L’Europe prise dans son ensemble n’en a pas, malheureusement. La France, elle, qui a la chance de disposer d’une armée extrêmement professionnelle malgré des budgets en baisse constante, a prouvé au Mali en 2013 et en Côte-d’Ivoire en 2002 qu’elle pouvait agir avec efficacité. Et qu’elle pouvait donc encore avoir une stratégie. Ce sont ces modèles, mesurés et dépourvus d’hubris, qu’il faut considérer en priorité.

Olivier Zajec, propos recueillis par Régis Soubrouillard (Marianne, 1er décembre 2014)