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lundi, 30 mars 2020

Voir au-delà de l’épidémie. Lettre aux lecteurs et amis de l’Antipresse

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Voir au-delà de l’épidémie.

Lettre aux lecteurs et amis de l’Antipresse

par Slobodan Despot

Version vidéo sur YouTube.


Ramenons les choses à leur juste mesure. Un tremblement de terre d’où vous êtes sorti indemne restera moins profondément gravé dans votre souvenir qu’une mauvaise chute dans l’escalier qui vous a estropié. Nous pouvons nous faire contaminer par la fièvre collective en lisant les nouvelles de l’épidémie, c’est en définitive notre destin personnel, et celui de notre famille et de nos proches, qui nous préoccupe vraiment.

Cette épidémie, au jour où je parle, aurait contaminé un demi-million de personnes et fait 26’000 morts dans le monde, dont 200 en Suisse. Dans ce même pays, en 2017, une vague de grippe a causé, les six premières semaines de l’année, près de 1500 décès supplémentaires chez les personnes de plus de 65 ans par rapport aux chiffres normalement attendus à cette époque de l’année. Je cite des chiffres du gouvernement.

Ce n’est pas pour minimiser ce qui nous arrive, c’est pour le replacer dans un cadre rationnel et ne pas céder à l’envie de malheur. De toute façon, je l’ai dit, tout ce qui nous frappe dans notre propre vie et notre sécurité a la dimension d’un cataclysme, qu’il s’agisse d’une pandémie ou d’un drame familial. Des gens qui me sont proches ont été contaminés. Certains luttent avec leurs dernières énergies pour s’en sortir, pour d’autres c’est une grosse grippe.

Mais tout le monde est accroché aux nouvelles, alarmantes, approximatives, contradictoires. On essaie de deviner son propre sort dans des statistiques. Autant le chercher dans le marc de café.

Protégeons-nous comme il se doit, ne laissons aucune précaution de côté mais n’oublions pas que la meilleure armure n’a jamais empêché personne de mourir au combat. C’est la loi de la lutte et c’est la loi de la vie. Cette société s’effondre sous nos yeux pour avoir voulu l’oublier.

Ancrons-nous donc dans notre fragilité et essayons de garder les yeux grands ouverts. Nous sortirons de cette épidémie tôt ou tard. Si la mortalité du virus ne grimpe pas en flèche, l’immobilisation forcée des sociétés devra être levée avant la fin de l’alerte, parce que les dégâts du confinement, économiques, psychologiques, humains, dépasseront les risques de la contagion. Il va bien falloir sortir à l’air libre.

A ce moment-là, sans doute, nous remettrons en marche notre cerveau. Nous essaierons de comprendre ce qui s’est produit. Nous verrons un millier de choses qui dans la panique actuelle nous échappent — même des choses positives. Nous demanderons des comptes.

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Car pendant que nous guettons les chiffres et attendons les thérapies miracles, les affaires continuent, et bien plus fort qu’avant. Sous couvert d’état d’urgence, on adopte des mesures qui ne seront pas levées avec le confinement. Au contraire: qui vont définir le monde où nous vivrons demain.

En France et ailleurs, on adapte les lois sur le travail à la situation de crise… sans aucune intention de revenir en arrière. En Allemagne, on a fermé les frontières pour tout le monde, sauf pour les migrants. Pourquoi? Sont-ils moins contagieux? En Suisse, en Autriche, partout, on vous propose de troquer votre liberté contre de l’hygiène, on trouve formidable de recopier le système de contrôle social chinois, absolu et totalitaire, fait pour une civilisation qui n’a rien à voir avec la nôtre, qui ignore l’autonomie de l’individu. En Orient, le divorce entre les États-Unis et la Chine est devenu agressif et irréversible. En Europe, ces mêmes États-Unis profitent de manœuvres militaires qu’ils n’ont pas annulées à cause du virus pour renucléariser l’Europe avec des armes tactiques tournées vers la Russie. En Russie, justement, on officialise l’autocratie. Partout, c’est déjà très visible, le citoyen est en train de se faire déposséder de ses droits et de ses avoirs au profit de l’État tout puissant ou des multinationales. Ou plutôt, d’une alliance des deux.

A l’issue de cette crise, des millions de gens vont se trouver dans la rue, des entreprises seront par terre et d’autres, comme Amazon, auront prospéré comme jamais de leur vie. Pourquoi la pandémie ne serait-elle une opportunité que pour les puissants et pas pour nous, pas pour les gens ordinaires?

Si nous devons saisir cette opportunité, ou au moins défendre ce qui est à nous, ce n’est pas après la crise que nous pouvons le faire. C’est maintenant, tout de suite. C’est le moment de nous demander comment nous avons pu nous laisser gouverner par des gens d’une telle incompétence, d’une telle lâcheté, d’une telle indécision. C’est le moment de nous demander comment il se fait que les systèmes de santé les plus sophistiqués, les plus coûteux au monde se soient effondrés en quelques jours devant cette épidémie, alors que des pays bien moins riches ont pu réagir et au moins se procurer les moyens de base, pourquoi les courbes de contagion grimpent en flèche dans les pays les plus développés et les plus aseptisés. C’est le moment de comprendre pourquoi la malheureuse Italie a été secourue par la Chine, Cuba et la Russie alors que ses voisins de l’UE n’auront pas bougé le petit doigt. C’est le moment de s’interroger pourquoi les neuf dixièmes des morts du virus dans le monde se situent dans l’Occident ultralibéral. C’est le moment d’admettre que les sociétés contaminées par l’ultralibéralisme n’en réchapperont pas.

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A l’issue de cette crise, l’Union européenne n’existera plus sinon comme une survivance administrative d’un autre temps, à la fois oppressante et superflue. L’État de droit ne sera plus que du passé. C’est maintenant qu’il nous faut réfléchir comment nous allons protéger nos libertés et nos biens dans ce monde-là, non une fois qu’on nous aura dépouillés de tout.

Nous devons aujourd’hui, tout à la fois, nous ancrer dans le présent et nous projeter dans l’avenir, de toutes nos forces. Nous devons penser comme des auteurs de science-fiction. Les romanciers auront vu plus juste que tous les administrateurs et tous les analystes. Nous comprendrons très vite qu’il faut investir non seulement notre cerveau, mais encore notre cœur, notre âme et toute notre vie dans la compréhension de ce qui nous arrive. Parce que le prix de la survie, demain, risque d’être plus coûteux que la vie elle-même.

Vous voulez rester des individus libres, des citoyens, plutôt que de devenir une masse obéissante et manipulée? Nous aussi. Sortons de cette hypnose! Lisons ensemble, réfléchissons ensemble, restons critiques et mal élevés. Les masques qu’on nous fait porter ne doivent pas devenir des bâillons! Le grand poète Pouchkine, mis en quarantaine pendant trois mois à cause du choléra (qui était autrement plus meurtrier), n’a pas passé ses journées à feuilleter la chronique des décès ni à attendre le traitement qui sauve. Il en a profité pour produire des dizaines d’œuvres. Ce fut la période la plus fertile de sa courte vie. Et c’est le meilleur moyen de faire du miel avec la sueur de l’angoisse et de l’amertume.

L’Antipresse a été créée à cause de la crise des médias et pour les temps de crise. Ce n’est pas maintenant que nous allons bêler comme des moutons. A l’heure même où le système médiatique fondé sur la publicité s’effondre, la soif d’information et d’explication du public n’a jamais été aussi grande — et la confiance dans les médias transformés en porte-parole du pouvoir ne survivra pas à la peur qu’ils diffusent.

Nous invitons tous nos lecteurs à diffuser nos textes et nos dossiers, à faire connaître notre travail autour d’eux, à poster chaque article qui les a frappés sur les réseaux sociaux et à lever leur fronde contre tous les écrans de Big Brother. Nous sommes là pour leur servir les cailloux!

Slobodan Despot

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00:16 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, covid-19, pandémie, coronavirus, épidémie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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