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mercredi, 11 mars 2026

Je ne suis pas occidental! 

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Je ne suis pas occidental! 

par Roberto Pecchioli 

Source: https://telegra.ph/Non-sono-occidentale-03-10

Au moment de la chute du communisme réel du 20ème siècle, la joie de ceux qui avaient toujours été anticommunistes a éclipsé la réflexion sur l’avenir. Un homme attaché au passé – Pino Rauti, chef historique de l’aile « mouvementiste » et « sociale » du MSI – fut l’un des plus lucides. Il avertit que la fête pour la défaite d’un ennemi historique ne devait pas durer longtemps, car l’autre adversaire – le libéral-capitalisme – avait remporté, qui plus est sans guerre, une victoire historique dont il ferait sentir le poids pendant des décennies. Peu de personnes l’écoutèrent, même au sein de son propre camp. Peu d’autres voix s’élevèrent, de différents points de vue, pour mettre en garde contre les conséquences du triomphe libéral, libéraliste, libertaire. Plus de trente-cinq ans plus tard, de nouveaux décombres transforment le monde en un désert accidenté et un théâtre de guerre spectral, cette « troisième guerre mondiale par morceaux » évoquée par Jorge Mario Bergoglio.

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La longue période de l’unipolarisme américain, de la « fin de l’histoire » avec l’imposition planétaire du modèle libéral-capitaliste sous sa forme globaliste, financière et technologique, semblait toucher à sa fin. L’irruption de la Chine, l’émergence progressive de l’autre géant asiatique, l’Inde, le retour de la Russie, l’alliance des BRICS, semblaient annoncer l’aube d’un monde multipolaire, dans lequel chaque civilisation et chaque aire du globe pouvait revendiquer son rôle et sa spécificité — culturelle, spirituelle, économique, géopolitique. Mais les événements des dernières années – et des derniers mois, voire des derniers jours – replongent le monde dans le cauchemar de la guerre, rendant plus inquiétante et féroce l’axe du soi-disant Occident, dont la clef de voûte est l’alliance entre l’anglosphère et Israël. En crise économique, dépendant financièrement, technologiquement et militairement d’outre-Atlantique, affligé d’une crise démographique et des valeurs à laquelle il ne répond que par un libertarisme/libertinage nihiliste et une ouverture insensée des frontières, le Vieux Continent correspond parfaitement à son nom, avant-garde du crépuscule de l’Occident que les esprits les plus inquiets avaient commencé à percevoir dès la fin de la Première Guerre mondiale, début du siècle américain.

L’aventure guerrière américano-israélienne de ces dernières semaines, quel qu’en soit le résultat, apparaît chaque jour davantage comme la réaction violente de la bête blessée, refusant d’accepter le rôle que lui imposent l’histoire, la démographie et l’économie dans la période actuelle. L’agression contre un État souverain, l’assassinat traître de ses dirigeants, élus — bien ou mal —, à la différence des aristocraties (absit iniuria verbis !) arabes du Golfe, que le pétrole a transformées en autant de Las Vegas sordides où se règlent les affaires les plus indicibles de la planète, est probablement le point de non-retour de l’histoire des dernières décennies. Il est risible d’entendre le brave Merz, homme de BlackRock, chancelier de l’ex-grande Allemagne en crise industrielle et énergétique, affirmer que l’Iran, sans l’intervention militaire des Bons et des Justes, aurait eu la bombe nucléaire en deux semaines. Pas une ou trois, deux. Une réédition du conte des armes de destruction massive de Saddam et de la fiole agitée à l’ONU par Colin Powell à l’époque de Bush père.

L’assassinat politique est devenu une pratique ordinaire de l’Occident en phase terminale: les cas de Saddam, Kadhafi, Nasrallah et maintenant Khamenei, outre l’enlèvement de Maduro, en témoignent, indépendamment du jugement sur les personnes. Ils en sont venus à massacrer les fillettes d’une école de Téhéran. Dommages collatéraux. En Iran, ils s’en souviendront, contrairement à nous autres Italiens, qui avons subi le même sort lors des bombardements des libérateurs, comme à l’école élémentaire milanaise de Gorla, le 20 octobre 1944 (deux cents morts, dont 184 enfants). Un épisode jamais rappelé qui montre la nature servile de nos gouvernements. Ceux qui, au fil du temps, ont fait preuve de dignité, de Craxi à Moro, ont connu le sort que l’on sait (ndt: en Belgique, un massacre similaire a eu lieu à Mortsel, près d'Anvers, où une école a été frappée de plein fouet par des bombes américaines; le bombardement d'Ixelles-Etterbeek à fait, lui aussi, près de 400 victimes)..

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Une affiche italienne commémorant le massacre de Gorla; le monument aux victimes de ce crime de guerre; des images d'enfants massacrés à Mortsel dans des circonstances identiques. En France et en Allemagne des tragédies identiques ont frappé des familles innocentes par centaines de milliers. 

La conclusion est claire : je ne me sens pas occidental. Je ne suis pas l’héritier d’une clique d’assassins assoiffés de pouvoir, mais de trois millénaires de civilisation qui a inventé, entre autres, le concept de personne, la dignité de tout être humain, et distingué la liberté du simple arbitraire, reconnaissant la pluralité des choix, des idées, des modes de vie. Je ne peux pas être occidental parce que j’éprouve encore de la honte face au mal et de l’indignation envers ceux qui le commettent, surtout lorsqu’ils se drapent de pseudo-idéaux humanitaires. Je ne suis pas occidental, car cela voudrait dire couvrir des gouvernements — européens — incapables, corrompus, serviles, ennemis des peuples qu’ils administrent pour le compte d’autrui. Je rejette avec indignation l’antisémitisme : je ne juge pas par catégorie ni, encore moins, par race. Je me demande cependant si le bon sens de millions de personnes opposées au suprématisme délirant de certains secteurs du monde juif n’a pas le droit de le condamner sans être sanctionné pénalement. Ce ne sont pas les tribunaux qui changeront l’opinion de beaucoup sur la clique dirigeante d’Israël.

Je ne suis pas occidental, en outre, parce que je ne sais même pas ce que cela signifie. Si c’est l’héritage de la grande civilisation gréco-romaine, chrétienne et européenne, il n’y a pas besoin d’une définition bâtarde, utile seulement pour nous arrimer au char des intérêts américains. Si c’est le nom collectif de ceux qui veulent dominer le monde à tout prix, imposant un système économique, social, financier, éthique dont les fruits sont l’arrogance, la guerre, le nihilisme, la richesse démesurée et le pouvoir immense de quelques-uns, je le suis encore moins. Par hommage à l’argent et au système Epstein, qu’ils appellent cela Sodome et Mammon. Que ceux qui le souhaitent suivent le sénateur belliciste américain Lindsay Graham, septuagénaire, corpulent, homosexuel, qui exhorte ses malheureux électeurs de Caroline du Sud à mourir pour Israël. Qu’il s’enrôle lui-même, en compagnie de son jeune amant, mais pas nous, ni nos enfants, petits-enfants et compatriotes. Nous sommes de nombreux apatrides: nous devons trouver une identité, des valeurs communes, des intérêts concrets à défendre. Pour l’instant, nous pouvons seulement refuser d’être occidentaux: c’est déjà choisir un camp, fort, moral, politique, voire esthétique.        

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