vendredi, 28 février 2025
USA : lutte entre populistes MAGA et oligarques tech au sein des républicains
Etats-Unis: lutte entre populistes MAGA et oligarques tech au sein des républicains
Par Alexander Markovics
Si Donald Trump doit son succès électoral non seulement à sa personnalité charismatique mais aussi à une autre réalité, c'est sans aucun doute à son talent pour unifier une alliance de forces politiques opposées derrière lui: d'une part, la Trad-Right (droite traditionnelle) composée des partisans populistes de son mouvement MAGA et des Américains de tendance chrétienne et traditionaliste. D'autre part, nous retrouvons la Tech-Right (droite technologique) : des oligarques financièrement puissants et des "Techbros" comme Peter Thiel (Palantir), Elon Musk (Twitter, Tesla) et Sriram Krishnan (photo, ci-dessous), qui a été récemment nommé conseiller en IA de Donald Trump. Cependant, avant même que Trump ne prenne ses fonctions, une lutte interne a éclaté : le principal point de discorde est de savoir si les États-Unis ont besoin d'immigration de travailleurs qualifiés. Quelles opinions proposent les deux camps ?
Techbros contre populistes MAGA
Pour la Tech-Right, le facteur innovation prime sur tout le reste – et cette fraction du capital provenant de Silicon Valley est même prête à laisser entrer des immigrants hautement qualifiés dans le pays, afin d'attirer des milliers d'Indiens aux États-Unis dans un cadre de "braindrain", pour que les États-Unis puissent gagner la course au développement de l'IA. C'est pourquoi ils soutiennent la politique d'accorder des visas pour l'immigration qualifiée, ce qui a conduit à la première grande dispute parmi les partisans de Trump, avant même son entrée en fonction. En face d'eux se trouvent les partisans de MAGA. Ce sont des Américains d'origine européenne, blancs, qui veulent défendre leur identité et sont opposés à l'immigration de masse. Pour eux, les visas HB1 soutenus par les Techbros ne sont rien d'autre qu'un code pour désigner l'immigration de masse, une mesure qui poursuit la politique de remplacement de population. Pour des figures comme Laura Loomer, Steve Bannon et Rod Dreher, mais aussi des milliers de nationalistes blancs sur X (anciennement Twitter), le droit à la préservation de leur propre identité est primordial, et non l'innovation et la technologie.
Silicon Valley : Capitalisme Woke ou "Lumières sombres" ?
L'ambiance des partisans de MAGA envers les Techbros de Silicon Valley a été bien résumée par le modérateur américain Tucker Carlson, qui a déclaré que la véritable menace en 2019 ne venait pas du gouvernement fédéral américain, mais des entreprises. À l'époque, c'était principalement le capitalisme woke d'Alphabet/Google à Meta/Facebook qui essayait de faire taire les partisans de MAGA et de criminaliser Donald Trump en particulier. Cependant, comme le montrent sans équivoque les photos de l'inauguration de Trump, où soudainement son ancien adversaire Mark Zuckerberg apparaît, il y a eu un changement de mentalité au sein de certaines élites technologiques. Ce sont des représentants de courants de pensée qualifiés de "Lumières Sombres" (Dark Enlightenment) et de "Néo-réaction", tels que Curtis Yarvin, qui rêvent de transformer les États-Unis en une monarchie techno-féodale, ce qui a partiellement fait glisser la Silicon Valley vers la droite. Pour eux, dans le cadre de leur nouveau libertarianisme, l’idéologie woke et les droits de l'homme ne comptent plus, seul le progrès du capitalisme et de l'innovation technique dans le sens du concept des "Lumières Sombres" compte. Pour cette raison, ils s'harmonisent très bien avec les questions importantes pour Trump, celles qui sont relatives à la liberté d'expression et à la lutte contre les interdictions de pensée propre à la vague"woke", cependant, de nombreux autres champs de conflits émergeront également à l'avenir entre Tech-Right et Trad-Right.
Automatisation – Robots et IA au lieu des emplois ?
Une question essentielle est celle de l'automatisation. Alors que les partisans de MAGA, principalement issus de la classe ouvrière, plaident pour la création d'emplois supplémentaires, les oligarques de Silicon Valley sont surtout connus pour soutenir l'automatisation croissante de l'économie, afin de réduire les coûts de production. Déjà lors de la grève des dockers en 2024 dans les ports de la côte est et du golfe ainsi que lors des grèves de Hollywood (SAG-AFTRA), il était essentiellement question de la sécurité de l'emploi et de la menace que représente l'automatisation.
Restrictions sur les contenus générés par l'IA et systèmes autonomes
Un autre sujet dans la recherche en IA concerne les systèmes autonomes. Les voitures autonomes sont également un objectif de critique de la part de cercles conservateurs, qui soulignent ici le manque d'autonomie du conducteur et les dangers des voitures autonomes (par piratage). De même, l'intelligence artificielle fera son entrée dans de plus en plus de domaines de la vie, grâce à des applications comme ChatGPT et DeepSeek, que les entreprises technologiques souhaitent enrichir avec des contenus d'IA. Cela appelle naturellement aussi des critiques : au Texas, on discute déjà des lois sur le contrôle de l'IA pour protéger les enfants des contenus inappropriés, tandis que les entreprises technologiques plaident pour un minimum de régulations.
Une droite contre l'innovation – un conflit qui remonte aux débuts de la philosophie occidentale
Le cœur du conflit entre Tech Right et Trad Right repose finalement sur un ancien conflit philosophique entre conservatisme et innovation. Les philosophes grecs comme Platon et Aristote ont déjà écrit sur le conflit entre le droit divin et le désir d'améliorer les lois. Par exemple, Platon posait la question de savoir comment les lois humaines pouvaient être meilleures que celles données par un être supérieur, plus sage et plus ancien comme Dieu. Aristote a même soutenu qu’en cas de doute, il vaut mieux conserver une vieille loi imparfaite que d’adopter une nouvelle prétendue meilleure.
En fin de compte, les modifications fréquentes des lois poussent les gens à s'y conformer de moins en moins. La technologie et l'innovation sont finalement des forces subversives qui favorisent l'érosion de l'existant – cela concerne aussi l'identité humaine. Ainsi, les partisans de MAGA luttent dans ce conflit pour le droit à l'auto-préservation, tandis que les élites technologiques de Silicon Valley se battent pour plus de pouvoir pour la technologie et l'application des innovations. Dans ce conflit, l'une extrême se situe dans la position traditionaliste, dérivée de la tradition de Platon et d'Aristote, qui rejette le changement technologique comme subversif, tandis que l'autre extrême réside dans une position transhumaniste, comme celle de Nick Land, qui cherche à surmonter l'être humain lui-même sur le chemin vers le post-humain.
La synthèse entre Tech-Right et Trad-Right peut-elle réussir ?
Comment un compromis peut-il être possible face à des positions aussi divergentes ? Sans aucun doute, cela ne peut se faire qu'en établissant une synthèse entre conservation et technique, qui tient à la fois compte de l’identité ancrée des gens et de leurs traditions tout en envisageant un futurisme des possibilités d'innovations techniques, mais qui ne cherche pas à surmonter l'être humain lui-même, mais simplement à l'aider. Il existe sans aucun doute dans la fraction Techright des tendances vers un transhumanisme interplanétaire, difficilement conciliable avec un traditionalisme préservant l'identité, tout comme du côté des partisans de MAGA, se trouvent des personnes comme Laura Loomer et Steve Bannon, qui préféreraient déjà faire cesser l'alliance avec les Techbros plutôt que de la prolonger. Mais si la transformation populiste des États-Unis doit avoir un avenir, il est indéniablement nécessaire que Trump réussisse à réaliser une synthèse entre les deux camps pour rendre à l'Amérique sa grandeur. En fin de compte, c'est également dans l'intérêt d'un nouveau nationalisme américain de maîtriser sa propre oligarchie et de canaliser son pouvoir, plutôt que de se laisser submerger ou de permettre à celle-ci de rejoindre le camp adverse. Pour nous, Européens, il sera en tout cas intéressant de suivre ce conflit au sein du camp trumpiste, car des conflits similaires surgiront également sans aucun doute en Europe, dès que le globalisme aboutira également au cimetière de l'histoire dans le Vieux Continent.
16:13 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : états-unis, tradright, techright, populisme, maga | |
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