lundi, 05 octobre 2026
Cascades de crises mondiales - Escalade au Moyen-Orient, pénuries d’énergie et pressions politiques

Cascades de crises mondiales
Escalade au Moyen-Orient, pénuries d’énergie et pressions politiques
(Situation au 2 octobre 2026)
Jens Kröger
Source: https://jensk250895.substack.com/p/globale-krisenkaskaden...
1. Le réseau imbriqué des crises internationales
Les conflits géopolitiques surviennent rarement de manière isolée. Les affrontements militaires, les perturbations des marchés mondiaux et les luttes de pouvoir intérieures s’influencent mutuellement.
Le conflit larvé entre les États-Unis et l’Iran provoque de profondes secousses sur les marchés internationaux de l’énergie. Cela accroît considérablement la pression économique exercée sur des États européens comme l’Allemagne et la France.
Dans le même temps, les gouvernements de Washington et de Berlin se retrouvent soumis à une forte pression politique intérieure les obligeant à agir. La baisse des taux d’approbation et le risque d’éclatement des coalitions influencent les décisions stratégiques et militaires prises à l’étranger.
Pour comprendre le contexte, il est nécessaire d’examiner le système dans son ensemble: outre la politique quotidienne et les mouvements de troupes, des intérêts financiers profondément enracinés jouent un rôle déterminant.
Depuis des décennies, des réseaux bancaires et des groupes de réflexion occidentaux cherchent à placer sous leur contrôle les ressources mondiales en matières premières. Les orientations politiques prises aux États-Unis ou en Allemagne ont ainsi des répercussions directes sur le prix de l’essence dans les stations-service nationales, la stabilité des réserves d’urgence des différents pays et la sécurité mondiale.
Message essentiel:
« Les escalades militaires au Moyen-Orient, les pénuries mondiales de carburant et les crises politiques intérieures aux États-Unis comme en Allemagne sont étroitement liées. Elles sont alimentées par les luttes de pouvoir actuelles et par des structures financières géopolitiques profondément enracinées. »
2. Le conflit entre les États-Unis et l’Iran: escalade militaire et crise énergétique mondiale
2.1 Déploiement militaire et calendrier stratégique
Les forces armées américaines ont considérablement renforcé leur présence militaire au Moyen-Orient. Pour la première fois depuis avril et pour la deuxième fois depuis 2003, trois porte-avions américains se trouvent simultanément dans la région.

Parmi les forces et unités déployées figurent :
Porte-avions : l’USS Theodore Roosevelt, dont l’arrivée est prévue pour la fin du mois d’octobre, l’USS George Washington et l’USS George W. Bush.
Forces amphibies : le groupe opérationnel du Makin Island, accompagné de la 13e unité expéditionnaire des Marines.
Effectifs : plus de 2 000 à 4 000 Marines américains, ainsi qu’environ 10 000 soldats supplémentaires au total.
Capacités aériennes et défensives : plus d’une douzaine d’avions de combat F-35B, des véhicules blindés et deux batteries supplémentaires de missiles Patriot, déployées en Arabie saoudite et au Qatar afin de protéger les installations pétrolières et gazières locales.
L’un des principaux déclencheurs de la récente spirale d’escalade rhétorique et militaire est un incident survenu à bord d’un avion de ligne de FlyDubai à destination de Tel-Aviv. Le copilote y aurait poignardé le commandant de bord. Malgré des informations contradictoires — allant de deux pilotes à la retraite à un plombier sans expérience aéronautique qui aurait fait atterrir l’appareil —, le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou ont immédiatement attribué l’incident au Corps des gardiens de la révolution islamique iranien (IRGC).
Cet incident sert désormais de possible prétexte — de catalyseur pour une opération sous faux drapeau — à des frappes militaires de représailles immédiates.
Sur le plan stratégique, l’armée américaine est confrontée à un problème technique: les principales installations nucléaires iraniennes se trouvent jusqu’à 600 mètres de profondeur sous une épaisse masse rocheuse, comme le complexe de bunkers «Spitzhackenberg». Les bombes conventionnelles antibunkers ne peuvent pénétrer à une telle profondeur. C’est pourquoi l’option d’une invasion terrestre passe au premier plan: des unités spéciales des Marines devraient alors placer des charges explosives au cœur même des forteresses souterraines.
Le calendrier de ces opérations est étroitement lié aux élections de mi-mandat américaines de novembre. Du côté américain, il est envisagé de reporter les vagues d’attaques de grande ampleur après le jour du scrutin, afin de réduire au minimum les risques politiques avant les élections.
Du côté iranien, en revanche, la crainte d’une attaque américaine massive et inévitable s’accroît, ce qui pourrait conduire les dirigeants iraniens à lancer eux-mêmes une frappe préventive avant novembre.

2.2 Le différend relatif aux réserves stratégiques d’urgence et les accusations de chantage
Les tensions militaires pèsent lourdement sur les marchés énergétiques. Les prix connaissent des hausses spectaculaires à la pompe: l’essence a augmenté de 48%, tandis que le diesel a bondi de 70%.
La vulnérabilité européenne à ce choc des prix résulte d’une chaîne directe de causes et d’effets: pour des raisons politiques, l’Europe a volontairement interdit l’importation de diesel russe et a transféré sa dépendance en matière d’approvisionnement vers les raffineries américaines. Les États-Unis utilisent désormais cette dépendance volontaire comme moyen de pression.
Outre la modification de la structure commerciale, d’autres facteurs aggravants entrent en jeu :
- La persistance de l’incertitude et des attaques contre des pétroliers dans le détroit d’Ormuz.
- L’explosion des coûts du transport et de l’assurance maritimes.
- De nouvelles attaques des Houthis contre les installations de traitement du groupe pétrolier Aramco en Arabie saoudite.
- Les interdictions russes d’exporter des carburants et les restrictions chinoises à l’exportation.
Afin de faire baisser les prix aux États-Unis avant les élections de mi-mandat, Washington adresse un ultimatum à ses partenaires européens (Panneau n°1).

Exigence des États-Unis
Libération de réserves de diesel: l’Allemagne, la France, l’Italie, le Royaume-Uni et l’Irlande devraient débloquer au total 120 millions de barils de diesel issus de leurs réserves stratégiques sur une période de six mois.
Menace d’interruption des exportations: en cas de refus européen, les États-Unis menacent de suspendre totalement leurs exportations de diesel vers l’Europe.
Conséquences possibles pour l’Europe
Épuisement du dispositif d’urgence: les réserves nationales destinées à amortir les graves perturbations de l’approvisionnement tomberaient presque à 0%.
Effondrement de la logistique: puisque l’Europe tire la moitié de son diesel des raffineries américaines, une interruption des exportations américaines provoquerait l’arrêt du transport routier de marchandises, de l’agriculture et de l’artisanat.
* * *
2.3 Informations générales: comment fonctionnent les réserves stratégiques de pétrole?
Les réserves stratégiques d’urgence ne sont pas stockées dans de grands réservoirs en surface. Leur stockage et leur extraction sont techniquement complexes.
Stockage dans des cavernes salines : les cavernes salines sont d’immenses cavités artificiellement creusées par dissolution au cœur de profondes formations salifères. Le pétrole brut y flotte physiquement sur une couche d’eau salée.
Mécanisme d’extraction : pour extraire le pétrole, de l’eau douce est pompée au fond de la caverne. L’eau injectée repousse le pétrole, plus léger, vers le haut et jusqu’à la surface. La cavité doit toujours rester remplie afin d’éviter l’effondrement de la roche.
Risques techniques liés à une utilisation répétée : lorsque de l’eau douce est injectée trop souvent, elle dissout davantage de sel sur les parois. Des morceaux de roche se détachent alors, le pétrole brut est contaminé et la cavité souterraine perd durablement sa stabilité.
3. Politique intérieure américaine : élections de mi-mandat, chute dans les sondages et déclarations de Trump
3.1 Des sondages catastrophiques et la tournée électorale de Trump
À l’approche des élections de mi-mandat, l’administration américaine de Donald Trump subit une pression considérable. Le Wall Street Journal a relevé des niveaux historiquement bas :
- Taux d’approbation global: 37 %. À titre de comparaison, avant de précédentes élections de mi-mandat, George W. Bush se situait à 39 % en 2006 et Barack Obama à 46 % en 2010.
- Effondrement parmi les électeurs latino-américains : chute de 62 points, pour atteindre seulement 15 % d’opinions favorables, contre 77 % d’opinions défavorables.
- Effondrement parmi les électeurs noirs : recul de 49 points du taux d’approbation.
- Chute selon le niveau d’études : électeurs titulaires d’un diplôme de fin d’études secondaires : −37 % ; diplômés de l’enseignement supérieur : −15 % ; titulaires d’un master ou d’un doctorat : +10 %.
- Renversement sur la question migratoire : l’avantage électoral en matière de compétence perçue sur l’immigration est passé de 12 points en faveur des républicains en 2024 à 6 points en faveur des démocrates en septembre 2026.
En raison de ses dérapages verbaux et de ses absences cognitives, de grandes chaînes de télévision conservatrices comme Fox News et Newsmax ont cessé de diffuser en direct les interventions électorales improvisées de Trump. Le président américain est désormais largement relégué sur des chaînes locales marginales, comme Fox 2.
Pour enrayer cette chute, Trump parcourt des États traditionnellement très républicains, les Deep Red States, comme l’Oklahoma, le Texas, l’Ohio, l’Alabama et le Nebraska. Les projections relatives aux sièges du Sénat font toutefois apparaître des pertes considérables, même dans ces bastions conservateurs:
Michigan: 80% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Maine: 74% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Texas: 70% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Ohio: 70% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Iowa: 59% de probabilité de victoire pour les démocrates.
Alaska: 51% de probabilité de victoire pour les démocrates.

3.2 Citations et controverses tirées de l’entretien accordé à Time Magazine
Dans un entretien de plusieurs heures accordé à Time Magazine, ainsi que sur Truth Social, Trump s’est exprimé sur la liberté de la presse et le conflit avec l’Iran.
À propos de la liberté de la presse et du traitement médiatique de son action gouvernementale, Trump a déclaré :
« Même si j’accomplissais quelque chose de vraiment extraordinaire […], ils diraient: pourquoi ne l’a-t-il pas fait plus rapidement? Ce sont tout simplement des gens affreux […] Je crois en une presse libre […], mais je ne crois pas aux fausses informations. »
Concernant la situation militaire en Iran et la manière dont il se définit lui-même en tant que chef du gouvernement, Trump a déclaré:
« J’avais dit qu’il faudrait entre quatre et six semaines pour éliminer la menace nucléaire iranienne. Je l’ai fait en une seule nuit. »
Lorsque le journaliste lui a demandé comment ses déclarations relatives à la destruction totale de l’Iran pouvaient être conciliées avec sa prétention à être un président de la paix, Trump a répondu:
« Parce qu’en détruisant l’Iran, nous instaurons la paix dans le monde. Avec l’Iran, je crois qu’il ne pourrait jamais y avoir de paix. »
Mise en perspective analytique: ces citations témoignent d’une attitude de plus en plus défensive à l’égard de la presse et d’une radicalisation de la politique étrangère. L’affirmation selon laquelle le problème nucléaire aurait été résolu « en une seule nuit » est en contradiction directe avec les mouvements de troupes réels et les difficultés non résolues dans le détroit d’Ormuz.
4. La crise politique en Allemagne: fin de la coalition, scandale de l’OTAN et blocage des réformes
4.1 Le scandale du prix de la paix décerné à l’OTAN et les manifestations citoyennes
En Allemagne, l’attribution du Prix westphalien de la paix à l’alliance militaire de l’OTAN, à l’hôtel de ville de Münster, a suscité une vive controverse. Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a reçu le prix, tandis que le chancelier fédéral Friedrich Merz a prononcé l’éloge officiel.

Des médias critiques comme la Berliner Zeitung ont souligné le renversement orwellien résumé par la formule «la guerre, c’est la paix», consistant à décerner un prix de la paix à une alliance militaire. Ils ont rappelé des interventions historiques de l’OTAN, telles que la guerre de Yougoslavie en 1999.
À l’époque, le bombardement ciblé de sites chimiques comme Pančevo — où l’OTAN avait frappé, malgré un avertissement préalable, un réservoir contenant 450 tonnes de chlorure de vinyle cancérigène — ainsi que celui de la raffinerie de Novi Sad avaient causé des dommages environnementaux et sanitaires durables. Devant l’hôtel de ville, de bruyantes manifestations citoyennes ponctuées de cris tels «Assassins!» ont accompagné la cérémonie.
Les organisateurs ont tenté en vain de couvrir ces invectives en faisant jouer une fanfare militaire.
4.2 Niveaux historiquement bas et ultime conflit au sein de la coalition gouvernementale
Les alliances gouvernementales à Berlin se trouvent au bord d’une paralysie totale :
Niveaux historiquement bas dans le baromètre ARD-Deutschlandtrend: 88% des personnes interrogées se déclarent mécontentes du travail du chancelier Friedrich Merz, contre seulement 10% d’opinions favorables. Par ailleurs, 89% sont insatisfaites du gouvernement fédéral dans son ensemble.
Situation financière critique: avec plus de mille milliards d’euros de dette, les caisses de protection sociale sont menacées de faillite. Après avoir reçu 3,2 milliards d’euros, l’assurance dépendance a encore besoin de 700 millions d’euros de prêts sans intérêt; sans apport supplémentaire, elle risque de se retrouver en cessation de paiement en novembre.
Le conflit autour de la taxe sur le sucre: le ministre des Finances Lars Klingbeil prévoyait une taxe sur les boissons sucrées, susceptible de rapporter entre 450 millions et 1,2 milliard d’euros, ainsi que la création de 223 nouveaux postes administratifs. Le projet a échoué en raison du veto de deux ministres compétents et de l’opposition du groupe parlementaire CDU-CSU.
Ultimatum de la CDU-CSU: le groupe parlementaire bloque la réforme de l’impôt sur le revenu de Klingbeil et exige de la ministre du Travail Bärbel Bas d’importantes concessions concernant les réformes du marché du travail.
Les appels téléphoniques secrets de Steinmeier le président fédéral Frank-Walter Steinmeier est intervenu lors d’entretiens téléphoniques confidentiels avec Lars Klingbeil et Alexander Dobrindt, avertissant du risque de déclenchement d’une crise d’État incontrôlable.
Le jugement de Gauck et la crainte d’élections anticipées: l’ancien président fédéral Joachim Gauck a commenté les spéculations concernant une démission du chancelier Merz en affirmant que celui-ci serait, dans ce cas, un «parfait imbécile politique». Le véritable moteur du blocage berlinois réside dans la peur profondément ancrée des élites politiques face à des élections anticipées rapides, qui entraîneraient, selon les sondages actuels, une progression massive de l’AfD.
5. Analyse géopolitique approfondie : intérêts financiers, oligarques et «empire mort-vivant»
5.1 Le pillage de la Russie dans les années 1990 et la rupture opérée sous Poutine
Un examen des fondements économiques des relations entre l’Occident et la Russie permet de mettre en lumière les racines des conflits actuels.
Les années 1990 et le pillage de la Russie: après l’effondrement de l’Union soviétique, des conseillers occidentaux appartenant à l’entourage de Boris Eltsine ont pris en charge la rédaction de décrets étatiques. Des matières premières et des installations industrielles russes d’une valeur de plusieurs milliers de milliards de dollars ont ainsi été privatisées et transférées à l’étranger. La Semibankirchtchina, ou « règne des sept banquiers », s’est alors mise en place.
Des acteurs financiers occidentaux comme George Soros, Edmond Safra et Jacob Rothschild ont utilisé des intermédiaires tels que Bill Browder, de Hermitage Capital, ainsi que des oligarques locaux, comme Mikhaïl Khodorkovski, afin de prendre le contrôle de ressources stratégiques. L’objectif était d’utiliser les matières premières russes comme garanties de crédit.
Explication: les garanties de crédit servent de sûreté aux banques. Lorsqu’une banque prend le contrôle des réserves pétrolières ou aurifères d’un pays, elle peut s’appuyer sur celles-ci pour accorder des crédits internationaux et percevoir des intérêts. Le pays concerné perd alors la maîtrise de ses propres richesses.
La réorganisation opérée par Poutine à partir de 2000: après son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine mit fin à cet accès direct. Lors d’une réunion autour d’une table ronde, il lança un ultimatum aux oligarques : ils pouvaient conserver leurs biens, mais devaient payer leurs impôts, préserver les emplois et se retirer de la politique.

Lorsque Mikhaïl Khodorkovski, fondateur de l’organisation Russie ouverte, enfreignit ces règles, il fut arrêté en 2003 pour fraude fiscale. L’objectif des intérêts financiers occidentaux — s’emparer des ressources naturelles russes, estimées entre 75.000 et 90.000 milliards de dollars, afin de les utiliser comme garanties financières — se trouva ainsi bloqué.
5.2 Le concept de l’« Empire britannique mort-vivant » et la dynamique Master-Blaster
L’analyste financier Alex Krainer décrit les structures d’influence dissimulées des réseaux financiers et de renseignement britanniques sur la politique mondiale (Panneau n°2).

(NdT: Denktanks = Groupes de réflexion, Boîtes à penser, think tanks).
Ce modèle explique la répartition des rôles entre les groupes de réflexion londoniens et la puissance militaire américaine:
Opérations clandestines: les tentatives d’influence se manifestent dans des affaires telles que le Russiagate, le scandale de blanchiment d’argent de HSBC ou des documents stratégiques comme l’étude Britain and Iran War, publiée par Policy Exchange en juillet 2023, qui esquissait à l’avance le déroulement de la crise au Moyen-Orient.
Retour historique sur 1863: pendant la guerre de Sécession, le tsar russe Alexandre II soutint le président américain Abraham Lincoln. Il envoya les flottes russes de l’Atlantique et du Pacifique à New York et à San Francisco. Cette mesure empêcha une intervention militaire planifiée par la Grande-Bretagne et la France en vue de partager les États-Unis.
Le principe « du plomb ou de l’argent » — Plomo o Plata: Krainer décrit ainsi le mécanisme de domination exercé par le système financier impérial sur les États souverains. Les gouvernements se voient proposer soit « l’argent » — l’intégration à l’élite mondiale et le maintien de leurs privilèges en échange de l’ouverture de leurs ressources nationales —, soit « le plomb » : frappes militaires, changements de régime et appauvrissement en cas de résistance, comme en Libye, en Syrie, au Venezuela ou en Russie.
6. Synthèse et principaux enseignements
Les crises mondiales forment un système cohérent. La politique de puissance militaire, la lutte pour des réserves de carburant devenues critiques, les mécanismes de chantage politique intérieur et les intérêts financiers profondément enracinés s’imbriquent les uns dans les autres (Panneau n°3).

Conflit entre les États-Unis et l’Iran
Problème principal: Renforcement militaire massif — trois groupes aéronavals et 10 000 soldats — avant les élections américaines de mi-mandat ; instrumentalisation d’incidents comme celui de FlyDubai.
Répercussions mondiales: Forte hausse des prix de l’énergie — essence : +48 %, diesel : +70 % — et risque élevé de frappe préventive en raison des installations souterraines situées à 600 mètres de profondeur.
Réserves d’urgence américaines et Europe
Problème principal: Dépendance européenne envers le diesel américain, provoquée par l’embargo contre la Russie; exigence américaine portant sur 120 millions de barils de diesel issus des réserves d’urgence.
Répercussions mondiales: Épuisement des réserves de sécurité européennes jusqu’à un niveau proche de 0%; risque d’effondrement de la logistique européenne des marchandises en cas d’arrêt des exportations américaines.
Crise politique en Allemagne
Problème principal: Niveaux historiquement bas du gouvernement — 88 à 89% d’insatisfaction —, menace de faillite de l’assurance dépendance et blocages réciproques concernant la taxe sur le sucre et les réformes du travail.
Répercussions mondiales: Perte de la capacité d’action politique; avertissements du président fédéral concernant une crise d’État; crainte des élites face aux gains de l’AfD en cas d’élections anticipées.
Intérêts financiers géopolitiques
Problème principal: Lutte pour le contrôle des ressources mondiales — estimées entre 75.000 et 90.000 milliards de dollars en Russie — au moyen du principe «Master-Blaster» et du modèle «du plomb ou de l’argent».
Répercussions mondiales: Persistance des tensions géostratégiques et des guerres par procuration destinées à imposer les structures financières et de crédit occidentales.
14:39 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique internationale, actualité, europe, états-unis, russie, allemagne, affaires européennes, moyen-orient, iran |
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dimanche, 04 octobre 2026
Les géopolémiques de Trump

Les géopolémiques de Trump
par Georges Feltin-Tracol
Décédé le 20 juin dernier à l’âge respectable de 96 ans, le géographe Yves Lacoste a réhabilité la géopolitique à l’université. Quelques mois auparavant, à l’occasion de la parution de son 200ème numéro, Hérodote, sa revue fondée en 1976 avec l’investissement de l’éditeur François Maspero, lui rendait un vibrant hommage.
Rien ne prédestinait Yves Lacoste à la géopolitique. Tenant d’une géographie critique se référant à la fois au marxisme et au tiers-mondisme, ce militant du PCF dans sa jeunesse découvre les écrits de l’historien musulman Ibn Khaldoun (1332–1406) et du géographe français Élisée Reclus (1830–1905), par ailleurs fervent partisan de l’anarchisme. C’est à leur contact et en étudiant sur le terrain les ravages des bombes étatsuniennes sur les rizières du Vietnam du Nord, qu’il comprend que «la géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre», titre de son célèbre essai qui le consacre en patron de la géopolitique dans l’Hexagone dès 1976.
La géographie n’est pas une science objective quand bien même elle emploie des outils mathématiques et statistiques. Certes, la géographie physique qui étudie les morphologies terrestres s’approche d’une certaine rigueur scientifique en dépit du facteur anthropique qu’il ne faut jamais négliger.
Quant à la géographie humaine à laquelle se rattache la géopolitique, elle ne bénéficie pas de cette assurance relative puisqu’elle se fonde sur des présupposés humains qui rendent impossibles l’élaboration de toutes autres paradigmes géographiques au contraire de la géométrie non euclidienne développée au XIXe siècle par Bernhard Riemann. L’étude du monde est par conséquent sujet d’interprétations sans cesse divergentes.
Donald Trump ignore tout de l’épistémologie de la géopolitique. Il possède toutefois un instinct redoutable qui l’entraîne dans une incroyable guerre toponymique. Dès le jour de son investiture, le 20 janvier 2025, un décret présidentiel transforme le golfe du Mexique en «golfe de l’Amérique». Le point culminant de l’Amérique du Nord se situe en Alaska. Le sommet porte le nom de Mont McKinley en hommage au 25e président des États-Unis, William McKinley, assassiné en 1901 par l’anarchiste Leon Czolgosz et mis en avant en permanence par son lointain successeur. En 2015, le sommet change de nom et devient officiellement Denali, ce qui signifie dans l’idiome amérindien local «Celui qui est haut». Trump rétablit son nom précédent en 2025.

Le 27 août 2026, furieux que le gouvernement canadien et des gouverneurs provinciaux, en particulier celui de l’Ontario, Doug Ford, pourtant conservateur populiste lui-même, lui tiennent tête et répondent à ses mesures protectionnistes par une hausse élevées des droits de douane, Donald Trump renomme le lac Ontario en «lac Amérique». Osera-t-il changer le lac Majeur en «lac Trump»?


L’actuel locataire de la Maison Blanche souhaiterait aussi que l’État du Nouveau Mexique devienne l’«État de la Nouvelle-Amérique»… Dès le 2 septembre, il entend dénommer en plein conflit avec l’Iran le détroit d’Ormuz en «détroit Trump». On attend avec impatience qu’il donne son image et ses formes à la Statue de la Liberté tant il est vrai qu’un Donald Trump en robe longue et un peu moulante ferait son plus bel effet. À moins qu’il rebaptise New York, ce fief démocrate progressiste, en Trumpville…

Le 7 septembre dernier, sur son propre réseau social Truth Social, le chef d’État yankee publie une carte de l’Amérique du Nord, des Antilles, de l’Amérique centrale, de Cuba, du Groenland et de l’Islande, en y incluant les territoires français et néerlandais, recouverte de la bannière étoilée étatsunienne.
On reste pantois devant cette représentation fantasmée des USA hypertrophiés, surtout si on la compare avec les actions musclées de l’ICE, la police anti-immigration. Ses agents, recrutés à la va-vite, pourchassent régulièrement les Latinos avant de les expulser vers leurs pays d’origine. Or l’extension territoriale des États-Unis à des territoires majoritairement hispanophones impliquerait-elle l’octroi de la citoyenneté étatsunienne à ces populations pour l’instant expulsables du territoire US ? Quelle contradiction ! Sauf dans l’hypothèse sinistre que les États-Unis renoueraient avec leur funeste passé génocidaire des peuples autochtones et de la traite négrière. On peut aussi imaginer qu’en promouvant la submersion migratoire de l’Europe ainsi que l’instabilité globale en Afrique du Nord, Washington inciterait Afrikaners et Européens de l’Ouest à fuir leurs foyers historiques afin de s’installer dans les méga-« États-Unis » christianomorphes blancs. Cette inquiétante supposition est possible.

Les contentieux géopolitiques ne portent pas que sur les toponymes. Ils affectent aussi planisphères et autres cartes du monde. Évacuons le problème de la centralité cartographique. Les cartes disponibles en Europe sont euro-centrées. En Amérique du Nord, l’américano-centrisme domine. En Australie, la carte fréquente indique le Nord vers le bas et place en son centre l’île-continent des antipodes.
Non, le sujet concerne ici la pertinence de la projection cartographique. Géographes et cartographes savent toute la difficulté matérielle de représenter le globe terrestre tridimensionnel sur une surface plane bidimensionnelle. Il en résulte toujours des distorsions plus ou moins complexes. La carte la plus utilisée en Occident procède de la projection du Flamand Gérard Mercator (1512–1594) destinée à l’origine à la navigation transocéanique. La carte mercatorienne étire les territoires aux hautes latitudes et au contraire les contracte vers l’équateur; il en ressort une représentation visuelle inexacte puisque le Groenland d’une superficie de 2.166.086 km² est vu plus étendu que l’Inde (3.287.263 km²). Sur d’autres projections, le Groenland se présente plus vaste que l’Afrique qui, en réalité, fait quatorze fois la superficie de l’île septentrionale !

Le 4 septembre 2026, l’assemblée générale de l’ONU adopte une résolution intitulée « Rééquilibrer la représentation cartographique mondiale et promouvoir une représentativité équitable des régions du monde, en particulier l’Afrique » malgré le vote hostile des États-Unis d’Amérique et six abstentions dont celle de l’Ukraine. Cette motion approuvée écarte la projection cartographique de Mercator au profit d’une projection récente, réalisée en 2018, appelée Equal Earth, conçue par Bojan Savric, Bernhard Jenny et Tom Patterson. La configuration préserve la surface relative des étendues terrestres (le Groenland y est bien moins étendu que l’Afrique) malgré une diminution partielle et le maintien de déformations aux hautes latitudes septentrionales et méridionales.
Mandaté dès avril 2025 par les cinquante-cinq États de l’Union africaine, le Togo soutient cette initiative aussitôt applaudie par les associations décoloniales wokistes pour qui ce vote représente «un acte de justice cognitive et de réparation mémorielle» en attendant peut-être que les États européens sortent le carnet de chèque, car ces derniers baignent dans la prospérité économique et l’excédent budgétaire astronomique. Pour sa part, l’association CorrectTheMap (« Corriger la carte ») se réjouit de cette adoption qui permettrait de «démanteler l’héritage colonial […] qui déforme l’identité africaine». Six décennies après la décolonisation, il était temps et urgent de réagir! Soulignons la référence explicite à un sentiment identitaire africaine alors que s’aggravent les tensions intra-africaines en Afrique des grands lacs.

Le choix de la projection Equal Earth ne suscite pas le consensus parmi les experts. Le cartographe allemand Arno Peters (1916-2002) réalise dès 1967 sa propre carte inspirée et corrigée de la projection du pasteur écossais James Gall (1808–1895). Le planisphère selon Peters réduit les surfaces aux hautes altitudes et les élargit à l’équateur. La carte qui en résulte est fort correcte. L’émission géopolitique « Le dessous des cartes » diffusée sur la chaîne Arte, connue pour être l’antre des nostalgiques de la division Charlemagne, l’utilise dès son lancement. Il est regrettable que l’ONU, toujours aussi conformiste, n’évoque pas et ne choisisse encore moins la projection Peters n’est point été envisagée, sinon choisie.


Les cartes ne sont jamais neutres. Le sémanticien non aristotélicien Alfred Korzybski (1879-1950) estimait que « la carte n’est pas le territoire ». La carte n’est qu’une simplification assumée, plus ou moins probante, de la réalité géophysique. Donald Trump aurait tout intérêt maintenant de concevoir sa propre projection. En effet, toute projection cartographique expose les arrières-pensées de son concepteur.
GF-T
- « Chronique flibustière », n° 200, d’abord mise en ligne le 1er octobre 2026 sur Synthèse nationale.
12:41 Publié dans Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cartes, atlans, donald trump, états-unis, géopolitique, géographie, cartographie |
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samedi, 26 septembre 2026
Accord à New York: le Groenland devient un protectorat militaire américain

Accord à New York: le Groenland devient un protectorat militaire américain
New York. Dans l’ombre de conflits plus spectaculaires, le gouvernement américain du président Donald Trump n’a pas renoncé à ses ambitions expansionnistes dans son environnement immédiat. Les États-Unis viennent de faire un grand pas vers leur objectif d’annexer le Danemark (1) — même si cela n’est pas présenté ainsi à l’opinion publique mondiale. Mardi, à New York, Trump, la Première ministre danoise Mette Frederiksen et le chef du gouvernement groenlandais Jens-Frederik Nielsen ont signé un «accord de sécurité» portant sur l’Arctique et l’Atlantique Nord. Cet accord vise avant tout à accroître la présence militaire américaine au Groenland et complète l’accord de défense américano-danois de 1951. Il entrera en vigueur à l’issue des procédures parlementaires requises.

Deux nouvelles bases américaines sont prévues, à Narsarsuaq, dans le sud, et à Mestersvig, sur la côte est. Par ailleurs, l’actuelle base spatiale de Pituffik pourra être agrandie. Depuis plusieurs décennies déjà, les États-Unis y exploitent une installation d’importance stratégique destinée à l’alerte antimissile et à la surveillance de l’espace. La mise en place d’un système de défense antimissile «Golden Dome» fait également partie de l’accord. Des représentants américains ont en outre confirmé l’octroi de droits permanents d’accès, de stationnement et de survol. Selon l’interprétation américaine, ces droits devront être maintenus même si le statut constitutionnel du Groenland venait à changer à l’avenir — par exemple si le Groenland était effectivement annexé en tant que 51ᵉ État des États-Unis.
Trump avait auparavant exigé à plusieurs reprises une prise de contrôle du Groenland par les États-Unis et n’avait exclu ni le recours à la pression militaire ni celui à la pression économique. Cette exigence ne figure pas explicitement dans l’accord, mais elle n’est pas non plus abandonnée. À la place, Washington obtient «seulement» des droits à long terme pour assurer la sécurité de l’île et de l’Amérique du Nord — ce qui revient de fait au même. En effet, les États non membres de l’OTAN ne seront pas autorisés à établir de bases militaires au Groenland; les investissements stratégiques d’autres puissances devront également être restreints. Ces dispositions visent en particulier l’influence de la Chine et de la Russie.
Copenhague et Nuuk soulignent certes le maintien de la souveraineté du Royaume du Danemark ainsi que du droit des Groenlandais à l’autodétermination. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a déclaré que l’accord reconnaissait «la souveraineté et l’intégrité territoriale du Royaume», de même que le droit des Groenlandais à l’autodétermination. Quant à savoir ce que cela vaudra encore une fois que cette immense île sera devenue un protectorat militaire américain, c’est une tout autre question (mü).
Source: Zu erst, septembre 2026.
Note:
(1) Remarque : le texte source allemand dit littéralement « Annexion Dänemarks », c’est-à-dire « annexion du Danemark ». Compte tenu du reste de l’article, l’auteur voulait probablement dire « annexion du Groenland ». La traduction ci-dessus conserve néanmoins la formulation originale.
17:49 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, danemark, groenland, états-unis, géopolitique, arctique, atlantique nord, europe, affaires européennes |
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Un livre de Knut Hamsun: La vie culturelle de l’Amérique moderne

Un livre de Knut Hamsun: La vie culturelle de l’Amérique moderne
Par Giovanni Sessa
Source: https://ilfondo.org/la-vita-culturale-dellamerica-moderna...
Knut Hamsun observe l’Amérique de la fin du XIXe siècle et en dénonce la frénésie, l’utilitarisme et la démesure. Un livre qui demeure capable de parler à notre époque.
La vie culturelle de l’Amérique moderne — Un livre de Knut Hamsun
Le Norvégien Knut Hamsun (1859-1952) est l’un des plus grands écrivains de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle. En 1920, il reçut le prix Nobel de littérature, et ses livres marquèrent profondément les lecteurs comme la critique, au point de susciter d’amples débats.
Parmi ses œuvres les plus mémorables figurent notamment les romans à caractère autobiographique Pan et La Faim.
Du premier se dégage avec force la fascination pour la nature sauvage du Grand Nord, que le jeune Hamsun éprouva pendant son séjour dans une petite ville située au-delà du cercle polaire arctique, alors qu’il travaillait comme ouvrier agricole dans le nord de la Norvège.
Dans le second, en revanche, l’écrivain — qui, durant la Seconde Guerre mondiale, fut proche du national-socialisme — relata l’existence dramatique qu’il mena au Danemark, dans la ville de Christiania, en tentant de survivre avec, pour seule compagne, la faim. Dans ces circonstances, le jeune narrateur découvrit le caractère fantomatique de la vie urbaine et moderne.
Dès ses débuts, Hamsun fut un intellectuel antimoderne. Il fut essentiellement un esprit libre et solitaire, qui regardait la vie avec les yeux d’un paysan contemplatif et nostalgique. Ces traits existentiels constituent une constante dans la production littéraire du grand écrivain norvégien. La récente publication, chez Bietti, de son ouvrage La vie culturelle de l’Amérique moderne le confirme. Publié pour la première fois en 1889, un an avant La Faim, ce livre est issu du développement de deux conférences données au Cercle des étudiants de Copenhague.
Précédé d’une préface de Tore Hamsun qui en restitue le contexte, le volume comprend également une postface significative et d’une grande actualité d’Eduardo Zarelli, ainsi que les annexes Ciel obscur et Festina lente. Le texte est divisé en cinq chapitres dans lesquels l’auteur aborde différents aspects de la vie intellectuelle américaine, de la littérature aux arts figuratifs, de l’art dramatique aux effets produits par la vision américaine du monde sur la vie quotidienne.
L’étude est éminemment critique et met en lumière l’essence eschatologique de la civilisation états-unienne. Comparée aux expériences littéraires ultérieures de Hamsun, la prose de ces pages peut paraître rude, encore immature et excessivement chargée de pathos, mais le livre n’en demeure pas moins agréable à lire. Il s’agit, après tout, des débuts d’un grand écrivain.
L’ouvrage fut inspiré par les deux séjours effectués par Hamsun outre-Atlantique à des périodes différentes, pour une durée totale de quatre ans: de février 1882 à l’automne 1884, puis de l’automne 1886 à l’été 1888. Tore Hamsun écrit:
« Il y arriva [aux États-Unis] comme un simple émigrant et lutta chaque jour pour joindre les deux bouts, conquérir une place parmi ses compatriotes et entretenir le feu du talent littéraire qui brûlait en lui » (p. 15).
Le volume est, de fait, porteur d’une polémique implicite à l’encontre de son compatriote Bjørson, homme de lettres renommé porté en triomphe par ses compatriotes lors de son séjour aux États-Unis.
Arriver aux États-Unis, dès la fin du XIXe siècle, impliquait d’entrer dans l’atelier de la modernité.
Entrons maintenant dans le vif du propos de Hamsun. Dès l’ouverture du récit, ses intentions polémiques à l’égard de la vie culturelle américaine apparaissent clairement:
« La première chose qui bouleverse l’étranger épuisé par le long voyage, c’est le vacarme infernal, l’agitation, la vie frénétique dans les rues, la hâte inquiète et précipitée avec laquelle chacun se déplace partout » (p. 41).
Arriver aux États-Unis, dès la fin du XIXe siècle, impliquait de pénétrer dans l’atelier de la modernité, d’être confronté à la «mobilisation totale» des hommes et des choses, d’accéder directement au Ge-stell, au Dispositif de la technoscience au service de la «Forme-Capital». Dans l’Amérique moderne, l’existence humaine est consumée par le binôme travail-consommation :
« Le cœur des hommes bat à tout rompre lorsqu’ils reçoivent un petit feuillet jaune du trésorier municipal, et ils courent à perdre haleine pour payer leurs impôts » (p. 43).
Malgré l’exaltation formelle de la liberté, la vie individuelle est entièrement absorbée par celle de l’Appareil.
Cette situation s’accompagne d’un patriotisme exacerbé, qui pousse les citoyens à croire qu’ils vivent dans le meilleur des mondes possibles, dans le royaume de la liberté. À l’époque contemporaine, cette conviction a conduit certains intellectuels à émettre l’hypothèse de la «fin de l’histoire». Celle-ci se serait réalisée politiquement dans la démocratie parlementaire et dans le «règne de la marchandise» mis en scène par le capitalisme cognitif. En ce sens, le livre de Hamsun revêt une dimension prophétique. L’écrivain soutient que l’autocélébration américaine repose en réalité sur une ignorance crasse:
« L’étranger […] s’étonnera que ce peuple, si épris de lui-même, ne sache que peu ou rien des autres » (p. 45).
C’est cette absence de savoir qui produit :
« la confiance naïve et aveugle des Américains dans leur capacité à vaincre n’importe quel ennemi éventuel » (p. 44),
une confiance qui ne s’est jamais démentie. Il suffit de penser à Trump qui, aujourd’hui encore, affirme ingénument pouvoir ramener à l’âge de la pierre les ennemis de sa politique.
Festina lente, « Hâte-toi lentement », est l’oxymore de la réflexion mûrie et de l’action durable.
Selon Hamsun, les expressions artistiques et littéraires des Américains sont imprégnées d’une vision utilitariste simpliste de l’existence et soutenues par une conception messianique héritée du puritanisme néo-gnostique. Celle-ci pousse cette civilisation à vouloir ramener à elle-même, et à sa propre vision du monde, les autres peuples de la Terre, en recourant même à l’exportation «balistique» de la démocratie.
Toutefois, suggère Zarelli, si le «mal américain» est l’ennemi qu’il faut combattre, il convient de ne pas le concevoir en termes «absolus». L’Amérique possède une âme plurielle. L’auteur de la postface rappelle à juste titre que la culture américaine a également produit une pensée critique à l’égard de la démesure capitaliste et cite à ce propos, entre autres, Emerson, Thoreau, Pound et Kerouac.
L’attitude existentielle qu’il faut retrouver pour s’opposer à la «Forme-Capital» a été parfaitement illustrée par Hamsun dans l’essai Festina lente, «Hâte-toi lentement». Cette expression est :
« l’oxymore de la réflexion mûrie et de l’action durable, à l’image du symbole de la tortue portant une voile qu’utilisait Cosme de Médicis » (p. 265).
Elle implique d’agir en harmonie avec le cours naturel des choses, conformément aux enseignements du savoir traditionnel. À la lumière de cet enseignement, le volume La vie culturelle de l’Amérique revêt une actualité pressante. Il met en évidence la nécessité de remédier au désordre existentiel des hommes de notre temps afin de reconstruire le tissu communautaire déchiré par le nosos, la maladie contemporaine de la démesure, d’origine américaine.
Fiche du livre:
Titre : La vita culturale dell'America moderna (= La vie culturelle de l’Amérique moderne
Auteur : Knut Hamsun
Traduction : Enrica Berto
Préface : Tore Hamsun
Postface : Eduardo Zarelli
Éditeur : Bietti
Année : 2026
Nombre de pages : 284
Prix : 20,00 euros
ISBN : 9788882486037
17:27 Publié dans Littérature, Livre, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : knut hamsun, littérature, livre, lettres, lettres norvégiennes, américanisme, littérature norvégienne, scandinavie, amérique, états-unis |
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vendredi, 11 septembre 2026
Ni pétrole, ni souveraineté, ni élections - Les États-Unis «construisent la démocratie» au Venezuela

Ni pétrole, ni souveraineté, ni élections
Leonid Savin
Les États-Unis «construisent la démocratie» au Venezuela
Les dirigeants des États-Unis et du Venezuela ont annoncé simultanément un nouvel accord stratégique en vertu duquel 65 milliards de barils de pétrole lourd de la République bolivarienne seront cédés au profit de Washington.
Les dirigeants des États-Unis et du Venezuela ont annoncé simultanément un nouvel accord stratégique en vertu duquel 65 milliards de barils de pétrole lourd de la République bolivarienne seront cédés au profit de Washington.
Selon le prix de référence fixé à 65 dollars le baril — bien que le cours en vigueur au moment de la conclusion de l’accord ait été de 88 dollars —, le Venezuela ne recevra des États-Unis que 19 dollars par baril. L’accord porte sur 17 zones d’extraction, dont le lac Maracaibo et des gisements jusque-là inexploités situés près du lit de l’Orénoque.

Des investissements américains d’un montant de 100 milliards de dollars seront mobilisés pour moderniser les infrastructures. Caracas présente cette opération comme manifestement avantageuse, puisque le budget national devrait, prétendument, en tirer 200 milliards de dollars de recettes.
La Chine a réagi avec une inquiétude manifeste, déclarant que ses intérêts devaient, eux aussi, être pris en considération — en premier lieu les prêts accordés auparavant ainsi que l’aide financière fournie en échange de pétrole.
Les chavistes et leurs partisans dans d’autres pays d’Amérique latine ont vivement critiqué l’accord, le qualifiant de nouvelle étape vers la perte de souveraineté. Ils ont toutefois ajouté qu’il était encore possible de revenir en arrière.
La question ne doit pas être envisagée uniquement comme un contrat entre deux États, mais dans une perspective beaucoup plus large, aussi bien dans le contexte de la géopolitique pétrolière que dans celui des dynamiques régionales. En effet, depuis l’enlèvement du président légitime Nicolás Maduro et de son épouse, le 3 janvier, des événements radicalement contraires à l’esprit du chavisme et manifestement dirigés contre la souveraineté du Venezuela se sont produits.
Le premier accord avec les États-Unis avait déjà été signé le 21 janvier et concernait lui aussi les livraisons de pétrole. Dans le même temps, Washington avait interdit toute vente à d’autres pays. Le 30 janvier, la présidente par intérim, Delcy Rodríguez, a annoncé une amnistie pour toutes les personnes qui s’étaient opposées au pouvoir de l’État depuis 1999, c’est-à-dire depuis l’accession d’Hugo Chávez à la présidence de la République.

En février, les conseillers cubains et le personnel médical cubain ont quitté le Venezuela. Les livraisons humanitaires de pétrole à l’île ont été interrompues, ce qui a considérablement aggravé la crise énergétique à Cuba. En mai, le Venezuela a extradé vers les États-Unis Alex Saab, qui avait pendant de nombreuses années contribué à contourner les sanctions imposées par l’Occident et avait occupé un poste ministériel.
Il importe de noter que, lorsque son arrestation a été rendue publique, les représentants du pouvoir ont opposé un silence de mort aux demandes d’information, tandis que ceux qui continuaient de soutenir le gouvernement affirmaient qu’il ne s’agissait que de rumeurs absurdes.
En juillet, après le tremblement de terre, du personnel militaire et technique venu des États-Unis et d’Israël est arrivé dans le pays. Les dirigeants vénézuéliens ne parlent plus de soutien à la Palestine.
À la place, le rétablissement des relations avec Israël a été annoncé. La coopération avec l’Iran a, de fait, cessé. Rappelons qu’Hugo Chávez qualifiait les liens avec la République islamique d’«Axe du Bien», opposé à l’«Empire du Mal», c’est-à-dire aux États-Unis.
Presque simultanément à l’annonce de cet accord et à son approbation par l’Assemblée nationale du Venezuela, Donald Trump et Delcy Rodríguez ont déclaré qu’il était encore trop tôt pour organiser des élections au Venezuela.
De toute évidence, Washington se satisfait pleinement d’un régime aussi docile. On peut s’attendre à ce que soit ensuite formulée l’exigence d’installer des bases militaires sous prétexte de lutter contre le trafic de drogue, ce qui nécessiterait de modifier la Constitution de la République.
Rodríguez comprend, quant à elle, qu’elle a peu de chances de rester au pouvoir après un scrutin, puisque ses actes discréditent entièrement l’héritage de Chávez et de Maduro. Qui plus est, si l’opposition obtenait la majorité, l’actuelle cheffe de l’État par intérim et plusieurs autres membres de l’establishment pourraient se retrouver sur le banc des accusés.
Les déclarations selon lesquelles le pays ne serait pas prêt à organiser de nouvelles élections semblent donc être le résultat d’une entente entre la Maison-Blanche et les autorités vénézuéliennes. Si Washington compte réaliser de nouvelles acquisitions dans le cadre de sa nouvelle politique étrangère, qui définit l’ensemble de l’Amérique latine comme une zone d’intérêts directs des États-Unis, Caracas est, pour sa part, dominée par la crainte très prosaïque de perdre le pouvoir.
C’est d’ailleurs pour cette raison que Rodríguez retarde également l’exécution de plusieurs exigences américaines, notamment celles concernant la libération de prisonniers. Elle doit conserver des atouts pour de futures négociations.

S’agissant de la géopolitique pétrolière, le facteur iranien a manifestement joué lui aussi un rôle. Le projet initial des Américains visant à vaincre la République islamique et à prendre le contrôle des ressources de ce pays a échoué.
De plus, la navigation dans le détroit d’Ormuz, qui constitue la principale voie d’acheminement des hydrocarbures provenant des pays du golfe Persique, demeure paralysée.
Trump tente donc de réorganiser les actifs pétroliers, tout en escomptant des dividendes politiques à la veille des élections au Congrès américain. En contrôlant les vastes réserves pétrolières du Venezuela, Washington disposera de moyens de pression indirects sur les pays qui ont besoin de ce pétrole.
Il n’est pas anodin que le secrétaire d’État Marco Rubio ait été soutenu par la compagnie pétrolière ExxonMobil lors de précédentes élections au Congrès et qu’il en soit un lobbyiste déclaré. C’est également lui qui, dans les faits, dirige Delcy Rodríguez à distance par l’intermédiaire d’une messagerie et interdit à plusieurs figures majeures de l’opposition de retourner au Venezuela.
Étant donné que les autres pays voisins également fournisseurs de pétrole — la Colombie, l’Équateur et le Guyana — suivent eux aussi le sillage de Washington, la Maison-Blanche pourrait consolider ces actifs. Outre le facteur pétrolier, le département d’État exploite activement les questions de sécurité dans la région. Il serait par conséquent possible de constituer une sorte de bloc placé sous le contrôle des États-Unis, séparant l’Amérique centrale des pays andins et de l’Amazonie.
Une telle restructuration aura manifestement des répercussions sur la géopolitique de la région, laquelle, en raison des ingérences extérieures, ne parvient toujours pas à mener une intégration conforme à ses propres intérêts, alors même que des institutions officielles telles que la CELAC, l’UNASUR et le MERCOSUR existent depuis longtemps.

Toutefois, de nombreux obstacles pourraient contrarier les projets à long terme de Washington, qui rêve d’une «Grande Colombie» placée sous son contrôle. Ce n’est pas un hasard si la Maison-Blanche redoute à ce point la tenue d’élections au Venezuela, pays qui nécessite par ailleurs des injections financières colossales. Ce n’est pas non plus sans raison que plusieurs investisseurs ne se pressent pas d’entrer sur le marché de cette république instable — notamment du fait des actions des États-Unis —, où la situation pourrait à tout moment connaître une nouvelle aggravation radicale.
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lundi, 31 août 2026
Les sanctions de Trump contre l’Iran se fracassent contre «la muraille de Chine»

Les sanctions de Trump contre l’Iran se fracassent contre «la muraille de Chine»
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/204607
Comme chacun sait, la Chine avait déjà déclaré à plusieurs reprises qu’elle s’opposait résolument aux sanctions unilatérales et illégales. L’«Empire du Milieu» prendrait toutes les mesures nécessaires afin de protéger avec détermination ses propres droits et intérêts.
Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères fixe des limites claires
Lors d’une conférence de presse, Lin Jian (photo), porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, a déclaré vouloir prendre les mesures nécessaires afin de protéger résolument les droits et les intérêts de la Chine, tout en mettant Washington en garde contre toute tentative de «perturber» les échanges commerciaux entre la Chine et l’Iran.
Ces déclarations faisaient suite aux menaces du secrétaire au Trésor de Trump, Bessent, d’imposer des sanctions secondaires aux pays qui continueraient à commercer avec l’Iran, dans le cadre d’un plan qu’il appelle «Operation Economic Outcast». Ces mesures comprennent des restrictions secondaires dans un large éventail de secteurs, allant des actifs numériques à l’or, en passant par le transport maritime et l’aviation, ainsi que des menaces visant à exclure les partenaires commerciaux de l’Iran du système du dollar.
«Personne n’est exempté ici», a déclaré Bessent après qu’on lui eut expressément demandé si les nouvelles restrictions concerneraient la Chine, premier partenaire commercial de l’Iran. «Il s’agit de l’asphyxie économique de ce régime, et personne ne devrait mettre notre détermination à l’épreuve».
Les possibilités infinies de la Chine
La Chine dispose toutefois d’options pratiquement illimitées face à l’annonce de Trump, comme nous indiquerons ci-dessous.
Elle pourrait, par exemple, recourir à de petites «raffineries-théières», exploitées exclusivement en Chine et protégeant les grandes entreprises énergétiques publiques des restrictions américaines. Ces raffineries utilisent le yuan afin de contourner les systèmes de compensation en dollars. Des banques chinoises locales, faiblement exposées aux comptes de correspondants bancaires américains, ont recours à des réseaux de paiement alternatifs, notamment le système chinois de paiement interbancaire transfrontalier.
Une autre possibilité consisterait à masquer l’origine du pétrole, notamment par des transferts successifs de navire à navire et par le réétiquetage du pétrole iranien comme pétrole brut malaisien ou indonésien. Cela offrirait aux importateurs une protection juridique reposant sur un déni plausible.
Les efforts déployés par les responsables de l’application des sanctions pour retrouver une «trace documentaire» à travers des intermédiaires complexes pourraient également se heurter à de longues chaînes, difficiles à retracer, composées de petites compagnies maritimes et de courtiers. Certains de ces acteurs se consacreraient exclusivement à l’achat de pétrole iranien et retourneraient ainsi efficacement les menaces américaines à leur avantage, en exploitant la réticence traditionnelle du département du Trésor à imposer des sanctions secondaires par crainte d’une escalade commerciale.

La Chine pourrait en outre imposer de nouvelles restrictions à l’exportation de terres rares et de métaux, parallèlement à la conclusion d’accords stratégiques de troc et d’investissement avec l’Iran. Le recours au financement serait ainsi entièrement contourné: la Chine pourrait recevoir du pétrole iranien en échange d’équipements de production, de biens de consommation, du développement d’infrastructures ferroviaires ou portuaires, ou d’une multitude d’autres biens et services.
Le recours à des «lois de blocage» serait également envisageable. Il s’agit d’un instrument du ministère chinois du Commerce interdisant expressément aux entreprises chinoises de respecter les sanctions unilatérales américaines. Une autre possibilité serait de mettre en place des assurances alternatives garanties par l’État, afin de permettre aux pétroliers de satisfaire aux exigences d’entrée dans les ports nationaux tout en opérant en dehors de la réglementation maritime occidentale. L’activation d’une immense capacité d’entreposage sous douane sur le territoire continental serait elle aussi concevable, ce qui permettrait au pétrole iranien d’y demeurer indéfiniment sans être dédouané.
Ainsi, si la situation venait véritablement à se durcir, la Chine pourrait, pour le dire simplement, «dire aux États-Unis d’aller se faire voir». Dans le cas contraire, Pékin pourrait, au sens figuré, «précipiter du haut d’une falaise» l’ensemble de la base industrielle et du secteur du commerce de détail américains.
21:15 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, chine, iran, sanctions, asie, affaires asiatiques |
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Ratcliffe à Moscou: le signal le plus intéressant

Ratcliffe à Moscou: le signal le plus intéressant
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Une nouvelle visite de Steve Witkoff à Moscou ne constituerait désormais guère une information. Que John Ratcliffe s’y rende en personne est une tout autre affaire.
Le directeur de la CIA compte, sans ambigüité, au sein de l’administration Trump, parmi les voix les plus fermes à l’égard de la Russie. Selon The Atlantic, il insiste pour que le soutien américain à Kiev en matière de renseignement soit maintenu et met régulièrement en avant, auprès de Trump, les pertes russes ainsi que la capacité d’action de l’Ukraine.
La logique sous-jacente est très américaine et très trumpienne: celui qui apparaît comme le perdant voit son pouvoir de négociation diminuer.
Il est donc d’autant plus intéressant que ce soit précisément Ratcliffe qui se trouve aujourd’hui à Moscou. Un tel déplacement n’est en effet pas nécessaire pour un échange de routine. Des canaux directs existent entre la CIA et les services russes. Lorsque le chef du renseignement extérieur américain se rend personnellement à Moscou, il s’agit soit d’une question présentant un risque considérable d’escalade, soit de quelque chose qui dépasse déjà les positions exprimées publiquement. Le sens du déplacement n’est pas non plus dénué de signification.
Bien entendu, il n’existe en diplomatie aucune règle simpliste selon laquelle ce serait toujours le plus faible qui se rendrait chez le plus fort. Mais les mouvements politiques obéissent à une certaine hiérarchie. Celui qui fait lui-même le déplacement a quelque chose à transmettre, à empêcher ou à négocier qui lui importe suffisamment pour renoncer à la distance qui avait, jusque-là, été maintenue.
Je vois donc essentiellement deux possibilités.
Ratcliffe apporte un avertissement. Il serait alors question d’un seuil d’escalade que Washington juge suffisamment dangereux pour vouloir le communiquer directement, sans détours ni nuances diplomatiques.
Ou bien nous assistons déjà à la partie la plus intéressante: le passage de l’affrontement public à la négociation des conditions. Ce ne serait pas une «phase de paix». Bien au contraire. C’est précisément avant l’ouverture de négociations sérieuses que les États tentent généralement, une dernière fois, d’améliorer leur position. La pression militaire ne devient alors pas superflue: elle se transforme en argument à la table des négociations.
Le précédent historique doit donc retenir l’attention: en novembre 2021, le directeur de la CIA William Burns s’était rendu à Moscou afin de transmettre personnellement aux dirigeants russes la mise en garde de Washington contre une guerre.
Cela nous apprend peu de choses sur le contenu concret de la mission actuelle de Ratcliffe, mais beaucoup sur son importance. Witkoff se déplace lorsqu’il s’agit d’explorer les possibilités d’un accord. Lorsque Ratcliffe se déplace, il est plutôt question des conditions dans lesquelles un accord devient possible — ou une escalade inévitable.
#géopolitique@global_affairs_byelena
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dimanche, 23 août 2026
L’Amérique sacrifie ses colonies européennes

L’Amérique sacrifie ses colonies européennes
par Alessandro Volpi (*)
Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/33510-ales...
Les stratégies monétaires des prochains mois, face à un risque d’inflation et de stagnation de plus en plus évident, seront décisives.
L’action de la Réserve Fédérale et de la BCE sera donc particulièrement déterminante.
Il est alors utile de s’arrêter, ne serait-ce que brièvement, pour essayer de comprendre ce qui se passe au sein de ces institutions.
À la Réserve Fédérale, le nouveau président Kevin Warsh, nommé par Trump, a décidé de constituer un « groupe de travail » pour définir la ligne de la banque centrale américaine.
Dans ce groupe figurent :
– l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King, membre du Group of Thirty (G30), une organisation privée et exclusive qui réunit les dirigeants des banques centrales et les PDG des plus grandes banques privées (comme Goldman Sachs et JPMorgan),
– Marc Andreessen, cofondateur d’Andreessen Horowitz, un fonds de capital-risque gérant plus de 40 milliards de dollars d’actifs, très actif dans le domaine des cryptomonnaies,
– l’économiste (FMI) et ancien gouverneur de la Banque centrale indienne, Raghuram Rajan, aujourd’hui conseiller principal chez BDT & MSD Partners (banque d’affaires qui gère les capitaux de certaines des familles les plus riches du monde, dont les Dell) et, comme King, membre du Group of Thirty,
– le Prix Nobel 2011 Thomas Sargent, très actif dans le monde des fonds spéculatifs quantitatifs,
– l’ancien gouverneur de la Banque centrale du Brésil, Arminio Fraga qui, avant de diriger la banque centrale, a été le bras droit de George Soros en tant que directeur général du Quantum Fund, et fondateur de Gávea Investimentos, l’une des principales sociétés de gestion d’actifs et de private equity en Amérique latine, autrefois contrôlée par JP Morgan Asset Management.
En résumé, la stratégie monétaire de la plus grande banque centrale du monde, qui déterminera l’avenir du dollar, sera conçue avec la contribution fondamentale d’une élite très restreinte de grands conseillers de la finance privée.
L’affaire de la BCE sera probablement caractérisée, quant à elle, par la démission anticipée de Christine Lagarde afin de permettre à Macron, avant la fin de son mandat, de participer au choix du ou de la prochaine dirigeant(e) de l’institution de Francfort, qui pourrait être l’un des suivants : Klaas Knot, président de la banque centrale des Pays-Bas et membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, Isabel Schnabel, membre du directoire, ou Joachim Nagel, président de la Bundesbank.
En Europe, la stratégie monétaire pourrait donc être définie par un «faucon» de l’austérité.
Si nous essayons de relier les points en réunissant ces deux situations, il en ressort un scénario dans lequel la Fed accompagnera les opérations des géants de la finance américaine sans faire défaut à la liquidité de la bulle hypertrophiée en cours, tandis que le rigorisme de la BCE facilitera la colonisation par ces mêmes géants de la finance américaine de l’épargne du Vieux Continent.
* * *
P.S. J’ai utilisé le terme « stratégie » car il ne s’agit pas ici de « politique » monétaire. Il s’agit de la stratégie du capitalisme financier qui, pour sauver le cœur de l’empire, doit sacrifier les colonies, lesquelles sont d’ailleurs responsables d’avoir accepté cette subordination et d’avoir confié le destin économique de leurs populations à ce système.
(1) Facebook.
13:09 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, europe, affaires européennes, économie, finances |
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samedi, 22 août 2026
Entre multipolarité et “fin des temps” apocalyptique

Entre multipolarité et “fin des temps” apocalyptique
Lorenzo Carrasco
Source: https://jornalpurosangue.net/2026/04/29/entre-a-multipola...
Dans un article opportun intitulé «La fausseté mécaniste – pourquoi l’Occident échoue si souvent en géopolitique», l’ex-diplomate et ancien analyste du MI-6 britannique Alastair Crooke affirme sans détour que la grille de lecture de la rationalité séculière occidentale n’est pas adaptée pour comprendre le conflit israélo-palestinien. Pour lui, il est évident que l’avenir de la région est de plus en plus décidé par des symboles religieux — «[la mosquée] Al-Aqsa contre le Troisième Temple».
Crooke précise: «(…) En Israël, les élections nationales de novembre 2022 ont amené au pouvoir une nouvelle direction qui s'est engagée à parachever la fondation d’Israël sur la “Terre du (Grand) Israël”, en déplaçant la population non juive et en mettant en œuvre la loi halakhique [liée aux coutumes dictées par la Torah et la tradition rabbinique].
«La plateforme du nouveau gouvernement était l’expression d’un dessein eschatologique et messianique, avec une téléologie visant à ouvrir la voie vers la Rédemption messianique. Elle n’était ni séculière, ni formulée dans des termes éclairés.
« Mon argument… est que les modes de pensée occidentaux, séculiers et mécanistes, ne comprennent pas ces changements fondamentaux. L’Occident s’obstine à appliquer ses préceptes conceptuels occidentalisés à quelque chose — le messianisme et la quête de la Rédemption — qui échappe totalement au champ de conscience occidentale postmoderne. Nous comprenons bien la politique de puissance, mais l’eschatologie reste, dans une large mesure, un livre fermé pour la plupart des Occidentaux séculiers ».
D’un autre côté, il affirme que «les États-Unis eux-mêmes sont loin d’être immunisés contre les courants de l’idéalisme messianique, du millénarisme et du manichéisme». Citant l’historien Michael Vlahos, il observe: «Depuis leur fondation, les États-Unis ont recherché, avec une ferveur religieuse ardente, un appel supérieur pour racheter l’humanité, punir les impies et inaugurer un millénaire d’or sur Terre. L’Amérique est restée fidèle à sa vision singulière d’une mission divine en tant que “Nouvel Israël de Dieu”».
Autrement dit, «les États-Unis ne sont pas seulement ‘messianiques’ dans leur nature… mais ils manifestent une vision implicitement biblique, proclamant leur foi dans la nature prédestinée de leur destinée. Une “nation élue”, désignée divinement pour agir au nom de la Providence comme Rédemptrice du monde».
Néanmoins, ce que signale Alastair Crooke, c’est la fin de l’ère dominée par la suprématie de la pensée mécaniste consolidée par les Lumières occidentales, en gros, ces derniers trois siècles et demi. Un système qui s’avère de plus en plus incapable d’expliquer des phénomènes qui relèvent de la métaphysique, y compris la révolution islamique elle-même et la résilience conséquente de l’Iran dans sa confrontation avec deux des plus grandes puissances militaires du monde, la résurgence de la Russie orthodoxe et l’expansion du catholicisme aux États-Unis, en grande partie impulsée par l’immigration hispanique.
En somme, un carrefour entre une multipolarité réelle et la « fin des temps » souhaitée et préparée par des fondamentalistes qui se déguisent en avant-gardistes de la civilisation.
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dimanche, 16 août 2026
Les États-Unis vendent de l’euro pour sauver le yen – le séisme financier japonais atteint désormais l’Allemagne

Les États-Unis vendent de l’euro pour sauver le yen – le séisme financier japonais atteint désormais l’Allemagne
Source: https://report24.news/usa-verkaufen-euro-um-den-yen-zu-re...
Washington, en collaboration avec Tokyo, a soutenu le yen en chute libre – et pour cela, a précisément vendu des euros. Selon le Financial Times, la BCE n’a été informée qu’après la transaction, alors que le Japon, plus grand détenteur étranger de bons du Trésor américain, a de moins en moins de raisons de placer son capital aux États-Unis ou en Europe. Ce revirement japonais tombe particulièrement mal pour l’Allemagne : Berlin inonde le marché des capitaux de nouvelles dettes, alors que l’un des principaux créanciers de l’Occident pourrait rapatrier ses fonds.
Le vendredi 31 juillet, le Japon et les États-Unis sont intervenus conjointement sur le marché des changes pour éviter une nouvelle chute du yen. La devise japonaise était tombée à près de 164 yens pour un dollar – un niveau inédit depuis environ quarante ans. Tokyo aurait mobilisé près de 36,6 milliards de dollars ce jour-là ; la veille, presque 59 milliards de dollars avaient déjà été injectés sur le marché, selon les calculs de Reuters. Le yen s’est alors temporairement redressé jusqu’à 155,20 pour un dollar. Il cote désormais autour de 159. Le message des marchés est clair : même des interventions de plusieurs dizaines de milliards n’offrent à Tokyo guère plus qu’un court répit.
Mais le plus intéressant a été la façon dont Washington a financé ses achats de yen : les Américains ont vendu des euros. Pas de vente de dollars, ce qui aurait affaibli leur propre monnaie et ravivé les inquiétudes inflationnistes. Pas de pression supplémentaire sur le marché obligataire américain, déjà fragilisé. À la place, le Trésor américain a puisé dans ses réserves d’euros. HSBC a qualifié cette démarche d’« éventuellement sans précédent » auprès de Reuters. Washington dispose d’environ 26 milliards d’euros immédiatement mobilisables pour ce type d’intervention. Lorsqu’il a fallu limiter ses propres problèmes, c’est donc une devise de réserve étrangère qui a été sacrifiée.
À Francfort, on n’aurait été informé que lorsque tout était déjà joué. Selon le Financial Times, la BCE n’a pas été consultée avant la transaction américaine. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, n’a parlé à Scott Bessent, le secrétaire au Trésor américain, que le samedi suivant. Plusieurs banquiers centraux européens ont vu dans cette opération une rupture avec les usages entre grandes banques centrales occidentales. Reuters avait d’abord seulement mentionné des contacts entre la BCE et la Fed ; la chronologie n’a été clarifiée que plus tard. Washington avait besoin d’une devise dont la vente ne lui ferait pas trop de mal. L’euro a manifestement rempli ce rôle de façon parfaite.
Les milliers de milliards japonais pèsent sur Washington
Pourquoi l’administration Trump s’occupe-t-elle autant du yen ? Le Japon est un allié proche, mais sur les marchés financiers, l’amitié s’arrête là où commencent les milliers de milliards. Selon les dernières données disponibles du Trésor américain, le Japon détenait, fin mai, 1143 milliards de dollars de bons du Trésor américain. Il reste ainsi le principal créancier étranger de Washington. En février, ce chiffre était encore de 1239 milliards de dollars. En trois mois, les avoirs déclarés ont donc diminué de plus de 96 milliards.
C’est risqué pour Washington. Si Tokyo veut soutenir le yen, il lui faut des dollars ou d’autres devises étrangères à vendre contre des yens. Une grande partie des réserves japonaises est investie en bons du Trésor américain. S’ils sont vendus, leur prix baisse et leurs rendements augmentent. Or, Washington ne peut pas se permettre cela actuellement. Le rendement des obligations américaines à 30 ans a récemment approché à nouveau les 5,3 %. Pour un État qui doit continuellement refinancer son immense dette, chaque hausse de rendement devient très coûteuse. Reuters a d’ailleurs cité la crainte de ventes supplémentaires de Treasuries japonais comme l’une des principales motivations de l’intervention américaine.

Bessent a donc déjà prévu la suite. Grâce au dispositif FIMA Repo de la Fed, les banques centrales étrangères peuvent déposer des Treasuries en garantie et obtenir des dollars en échange. Le Japon n’a donc pas besoin de vendre ses Treasuries sur le marché en cas de besoin de liquidités. Le secrétaire au Trésor américain a même évoqué, après l’intervention, une possible extension de cet instrument. En d’autres termes : Washington aménage une sortie de secours à son principal créancier étranger pour éviter qu’il ne vende massivement les Treasuries en cas de crise.
Le calcul est simple. Si le yen continue de baisser, Tokyo doit mobiliser des sommes de plus en plus importantes pour le défendre. Si le Japon vend des Treasuries, les coûts de financement américains augmentent. Si Washington vend lui-même des dollars, il affaiblit sa propre monnaie et risque d’aggraver l’inflation. Donc, on vend de l’euro. Pour les Américains, c’était la solution la plus confortable. Apparemment, les Européens n’ont même pas été consultés.
L’argent japonais n’a plus besoin de l’Occident
Derrière cette spectaculaire intervention se cache un problème bien plus vaste. Pendant des décennies, les investisseurs japonais ont placé leur argent à l’étranger, faute de rendements au pays. Assureurs, banques, fonds de pension et gestionnaires d’actifs achetaient des Treasuries américains, des obligations d’État européennes et d’autres actifs étrangers. En parallèle, le yen est devenu la devise de prédilection pour les carry trades: s’endetter à bas coût au Japon, placer l’argent ailleurs à meilleur rendement, et empocher la différence.
Cette époque s’achève. Les obligations d’État japonaises à 30 ans offrent désormais presque 4% de rendement. Les titres allemands de même maturité, environ 3,6%. Même les obligations japonaises à deux ans rapportent environ 1,64% – un record depuis 31 ans. Mitsubishi UFJ, Daiwa et d’autres gestionnaires japonais lancent déjà de nouveaux fonds pour attirer à nouveau les épargnants nationaux vers les obligations japonaises. Parallèlement, la Banque du Japon entend réduire son portefeuille d’environ 48.000 milliards de yens sur l’exercice en cours, tandis que le gouvernement devrait, selon JPMorgan, émettre environ 15.000 milliards de yens de dette supplémentaire. Tokyo a besoin d’acheteurs – et les cherche de préférence sur le marché domestique.
La question devient donc de plus en plus gênante pour les investisseurs japonais: pourquoi placer son argent à Washington, Francfort ou Paris, alors que le rendement est de retour au pays ? Investir à l’étranger, c’est aussi prendre un risque de change ou payer pour le couvrir. Avec des taux japonais plus élevés, l’ancien attrait des obligations occidentales disparaît vite. Il n’est pas nécessaire que le Japon vende un millier de milliards de Treasuries en un jour. Il suffit que les assureurs, fonds et banques achètent moins de nouvelles obligations américaines ou européennes et rapatrient davantage de capitaux à l’échéance.

La BCE avait déjà mis en garde en 2023, alors que les rendements japonais étaient encore beaucoup plus bas. Une normalisation de la politique monétaire nippone pourrait entraîner un rapatriement de capitaux, soulignait le rapport sur la stabilité financière. Les investisseurs japonais auraient un impact significatif sur les marchés obligataires internationaux, notamment sur certains segments de la zone euro. Trois ans plus tard, ce scénario théorique est devenu une réalité motivée par le rendement.
Les carry trades risquent de provoquer la prochaine vague de ventes
La situation est encore plus explosive à cause du yen carry trade. Pendant des années, les investisseurs pouvaient se financer quasiment gratuitement au Japon et placer cet argent dans des obligations, actions ou autres actifs mieux rémunérés à travers le monde. Tant que le yen restait faible, c’était lucratif. Si la devise s’apprécie fortement, cela devient vite un piège. Les positions doivent être débouclées, les actifs vendus et les yens rachetés. Ce mécanisme a déjà provoqué de fortes turbulences à l’été 2024. UBS estimait le volume du yen carry trade concerné à environ 500 milliards de dollars à l’époque.
Pour l’instant, ce commerce perdure. Le yen s’est de nouveau affaibli après la récente intervention, attirant à nouveau les spéculateurs. Pour Tokyo, c’est un cercle vicieux : plus le carry trade reste attractif, plus la pression sur la devise perdure. Il faudra tôt ou tard intervenir à nouveau pour des milliards, ou relever davantage les taux. Or, des taux japonais plus élevés rendent le rapatriement du capital encore plus attractif. Washington, Francfort et les marchés actions internationaux dépendent ainsi d’une devise qui a longtemps servi de distributeur automatique à bas coût pour le monde entier.
L’Allemagne a soudainement besoin de chaque acheteur
Pour l’Allemagne, ce déplacement intervient au pire moment. Le frein à l’endettement a déjà été assoupli politiquement à tel point que son nom devient ironique. Pour 2026, près de 97,9 milliards d’euros de nouvelles dettes sont prévues dans le budget principal. En y ajoutant les « fonds spéciaux », l’endettement doit dépasser 180 milliards d’euros. S’y ajoute un fonds spécial pour les infrastructures de 500 milliards d’euros. Berlin a donc besoin, pour des années, d’acheteurs pour d’énormes volumes de dette nouvelle.
Or, ces acheteurs retrouvent désormais des alternatives ailleurs. Si les assureurs ou fonds de pension japonais préfèrent placer leurs milliards au pays, les emprunteurs européens devront offrir des rendements plus élevés. Les premiers signes sont déjà visibles. Quand les taux longs japonais ont fortement augmenté en juillet, les marchés obligataires européens ont eux aussi souffert. Les analystes de la Commerzbank ont explicitement évoqué le risque de rapatriement du capital japonais. L’Allemagne paie déjà nettement plus d’intérêts qu’à l’époque des taux zéro. Chaque dixième de point supplémentaire devient, avec la montée des dettes, une somme réelle. Et ce n’est ni le ministre des Finances ni un fonds spécial qui paiera – ce sera le contribuable.
La France et l’Italie souffrent encore plus de telles hausses de taux. Mais l’Allemagne est dans le même bateau que les autres pays de la zone euro. Si les taux des États très endettés montent plus vite que ceux des Bunds allemands, la BCE sera à nouveau pressée d’intervenir. La zone euro connaît ce scénario. Dès que les marchés recommencent à différencier le risque des dettes souveraines, les responsables politiques européens retrouvent soudainement leur attachement aux fameux « instruments de stabilité ».

Le yen faible exerce une pression supplémentaire sur l’industrie allemande
Pour l’industrie exportatrice allemande, le yen n’est pas un détail. Un taux de change extrêmement faible donne aux industriels japonais un avantage compétitif substantiel sur les marchés mondiaux. Nomura a calculé qu’environ un tiers de la forte hausse des profits des grands groupes japonais au premier trimestre 2026 était due à la faiblesse du yen. Toyota, Honda et d’autres exportateurs en profitent directement. Honda a vu son bénéfice trimestriel plus que doubler récemment et a cité elle-même la faiblesse du yen comme facteur favorable.
Les concurrents se trouvent notamment à Stuttgart, Munich et Wolfsburg. Les constructeurs allemands font déjà face à des prix de l’énergie élevés, la réglementation européenne, une demande intérieure faible et la concurrence chinoise. Dans le même temps, le Japon vend avec un « rabais de change ». Il en va de même pour la mécanique, l’électronique et de nombreux produits industriels spécialisés. Un yen plus fort ôterait donc au moins une partie de ce désavantage aux exportateurs allemands. C’est ici que le calcul s’inverse: un yen plus fort serait le bienvenu pour les industriels allemands. Mais ce même yen fort peut faire éclater les carry trades, rapatrier le capital japonais et ainsi augmenter les coûts de financement de l’Allemagne. Le Japon agit donc sur deux leviers très différents de l’économie allemande.
Le grand effondrement du dollar n’a pas lieu – pour l’instant
La disparition annoncée du dollar n’apparaît, pour l’instant, guère dans les chiffres sur les réserves. À long terme, la devise américaine a certes perdu du terrain, mais au premier trimestre 2026, sa part dans les réserves mondiales a même augmenté, selon le FMI, de 56,42 % à 57,13 %. L’euro est passé sur la même période de 20,38 % à 20,03 %. Ceux qui voient déjà le dollar à l’agonie doivent donc interpréter les chiffres de manière très généreuse. Le vrai problème de Washington est ailleurs: les Treasuries américains doivent trouver chaque année des acheteurs en quantités gigantesques – et c’est justement le Japon, jusqu’ici l’un des principaux acheteurs, qui retrouve des taux attractifs chez lui.

L’or reste néanmoins recherché. Les banques centrales ont acheté 289 tonnes nettes au deuxième trimestre, et 345 tonnes sur le premier semestre. La Pologne, l’Ouzbékistan et la Chine figurent parmi les plus gros acheteurs. Mais c’est le chiffre semestriel le plus bas depuis 2022. Il n’est donc pour l’instant pas question d’une fuite accélérée de toutes les banques centrales hors du dollar. L’attaque la plus sérieuse contre le modèle financier américain vient actuellement d’un phénomène beaucoup plus banal : le retour des taux d’intérêt au Japon.
Et cela suffit déjà à rendre Washington nerveux. Tokyo détient plus de 1000 milliards de dollars de Treasuries, doit défendre sa monnaie et peut soudain offrir à ses épargnants des rendements inimaginables depuis des décennies. Les Américains réagissent par des soutiens de liquidité, des achats conjoints de yen et la vente de réserves en euros. Quand les États-Unis ont dû choisir ce qu’ils souhaitaient protéger – le dollar, leur marché de la dette ou les sensibilités européennes –, c’est manifestement l’euro qui a été sacrifié en premier.
17:56 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, japon, dollar, yen, finances, asie, affaires asiatiques |
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vendredi, 14 août 2026
Lorsque la Pax Americana atteint ses limites

Lorsque la Pax Americana atteint ses limites
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Dans le magazine britannique The Spectator, Tom Switzer met en garde contre un nouveau cataclysme, façon 1914. Ukraine, Iran, mer Rouge, Taïwan, mer de Chine méridionale, Corée, Inde et Pakistan: de plus en plus de crises pourraient se lier, des erreurs de calcul pourraient entraîner une escalade régionale après l’autre – jusqu’à la perte de contrôle.
Cette idée n’est pas nouvelle. Ce qui est plus intéressant, c’est pourquoi ces conflits, pourtant très éloignés les uns des autres, sont liés entre eux.
Le lien, selon Switzer, ce sont les États-Unis. La guerre contre l’Iran consomme des avions, des système de défense antiaérienne, des missiles et des munitions. Le soutien à l’Ukraine mobilise en partie les mêmes ressources,qui sont limitées. Plus Washington a besoin de moyens au Moyen-Orient et en Europe, moins il en reste pour la dissuasion de la Chine dans l’Indo-Pacifique.
Switzer décrit ainsi assez précisément le talon d’Achille de l’ordre actuel: les États-Unis ont des obligations mondiales, mais ne disposent pas de ressources illimitées. Sa conclusion est cependant que c’est précisément pour cette raison que le leadership américain est nécessaire. L’ordre international libéral ne peut pas se maintenir tout seul. Les règles ont besoin de quelqu’un pour les faire respecter. Sans une Amérique désireuse et capable de le faire, l’ordre est mis sous pression.
Mais de quel ordre parlons-nous exactement ?
Si les États-Unis doivent contenir simultanément la Russie en Europe, l’Iran au Moyen-Orient et la Chine en Asie de l’Est, une surcharge pour Washington ne signifie pas nécessairement la fin de tout ordre international.
Cela signifie la fin d’un ordre bien précis: celui de la Pax Americana. Pour l’Allemagne en particulier, cette distinction est révélatrice: en effet, un recul de la domination américaine ne signifierait pas qu’il n’y aurait soudainement plus de politique de puissance sur le continent européen. Au contraire. L’Allemagne, la France, la Pologne, le Royaume-Uni, la Russie et les États intermédiaires devraient ajuster beaucoup plus directement leurs intérêts, leurs besoins de sécurité et les rapports de force entre eux. Cela ne serait pas automatiquement pacifique. La transition pourrait même être dangereuse. Mais à long terme, il pourrait en émerger un ordre européen fondé davantage sur les rapports de force et les intérêts réels de ce continent, au lieu de rester dépendant de la manière dont Washington répartit ses priorités mondiales entre l’Europe, le Moyen-Orient et le Pacifique.
C’est une question fondamentale pour l’Allemagne. Car tant que l’architecture de sécurité européenne est essentiellement organisée par les États-Unis, la sécurité allemande reste inévitablement liée aux intérêts américains hors d’Europe. Un conflit à propos de Taïwan deviendrait alors indirectement une question de sécurité européenne. Une guerre contre l’Iran influencerait les ressources militaires disponibles pour l’OTAN. Et un changement de priorités américain vers le Pacifique modifierait immédiatement la situation stratégique de l’Allemagne.
La puissance mondiale américaine protège l’Europe, mais elle lie aussi l’Europe à la stratégie globale de Washington.
En Asie de l’Est également, un retrait américain ne laisserait pas simplement un vide que la Chine remplirait. Le Japon, la Corée du Sud, l’Inde et l’Australie auraient un intérêt bien plus fort à contrebalancer la Chine par eux-mêmes. Au Moyen-Orient, l’Iran, la Turquie, l’Arabie Saoudite et Israël devraient organiser davantage l’équilibre régional entre eux. Le monde deviendrait peut-être plus agité et régionalisé. Mais c’est justement cette régionalisation qui pourrait, à long terme, empêcher que chaque conflit local ne devienne automatiquement une question de puissance américano-russe ou américano-chinoise. Et c’est ici que la comparaison avec 1914 devient intéressante. À l’époque, des mécanismes rigides d’alliances ont fait qu’une guerre régionale est devenue, en quelques semaines, une guerre entre grandes puissances. Aujourd’hui, il existe une autre forme de couplage: les États-Unis sont présents simultanément dans presque toutes les zones de conflit majeures.
Ainsi, Switzer décrit involontairement autre chose: la Russie, la Chine et l’Iran n’ont pas besoin d’un pacte militaire commun pour mettre l’ordre américain sous pression. Ils n’ont même pas besoin de coordonner entièrement leurs politiques.
Il suffit que chacun agisse là où résident ses propres intérêts: la Russie mobilise des forces en Europe. L’Iran le fait au Moyen-Orient. La Chine oblige Washington à garder des réserves dans le Pacifique.
Trois États, trois intérêts, trois théâtres, mais la même base de puissance américaine.
C’est sans doute le véritable changement de notre époque. Les adversaires de la Pax Americana n’ont pas besoin de vaincre l’Amérique ensemble. Ils doivent simplement faire en sorte que Washington tente de rester suffisamment fort partout à la fois.
Et pour l’Allemagne, une question se pose alors, qui va bien au-delà de Trump, de l’Ukraine ou de l’Iran :
Voulons-nous attendre de voir quelle partie de son ordre mondial Washington pourra encore défendre à l’avenir, ou commencerons-nous un jour à penser un ordre européen selon nos propres intérêts ?
#geopolitique@global_affairs_byelena
19:33 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ordre mondial, actualité, états-unis, pax americana, géopolitique |
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jeudi, 13 août 2026
La crise de Gibraltar

La crise de Gibraltar
Kazuhiro Hayashida
Lire la crise de Ceuta simplement comme un « afflux spontané de migrants depuis le Maroc » ne permet pas d’expliquer la structure politique qui entoure l’événement. L’accord trilatéral de 2020 entre les États-Unis, Israël et le Maroc a lié les revendications territoriales du Maroc, la normalisation avec Israël et le soutien diplomatique des États-Unis dans une même relation d’échange. Par la suite, les relations israélo-marocaines sont passées de la diplomatie à la coopération en matière de renseignement militaire et de défense, suivie par la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. En 2026, les forces armées des deux pays en étaient arrivées à opérer selon un plan de travail conjoint. À peu près au même moment, des arguments ont commencé à apparaître ouvertement du côté israélien selon lesquels Israël devrait soutenir le Maroc dans la «récupération de son Nord», c’est-à-dire de Ceuta et de Melilla, par la diplomatie, des opérations informationnelles et une influence politique à Washington.

Ce qui importe ici, c’est que la coopération entre États n’a pas besoin de prendre la forme « du gouvernement israélien ordonnant au gouvernement marocain de franchir une frontière à une date précise ». Dès lors qu’une alliance est déjà formée et que les intérêts et l’orientation des actions des acteurs convergent, le Maroc peut utiliser ses propres instruments pour faire pression sur l’Espagne, Israël peut amplifier cette pression dans les sphères informationnelle et diplomatique, et les États-Unis peuvent soutenir politiquement et militairement les revendications territoriales du Maroc et ses capacités sécuritaires. Cela suffit à créer un environnement opérationnel. Plutôt qu’une chaîne de commandement verticale nécessitant un ordre écrit, il s’agit d’une coordination stratégique horizontale où des acteurs, partageant le même objectif, utilisent leurs instruments respectifs pour exercer une pression dans la même direction.
Dans cette structure, la crise actuelle de Ceuta sert ainsi plusieurs intérêts simultanément.
- Pour le Maroc, les flux migratoires peuvent être utilisés pour faire pression sur l’Espagne et ramener les questions de Ceuta et Melilla à l’agenda politique.
- Pour Israël, affaiblir un gouvernement espagnol avec lequel il est en conflit sur la Palestine et l’Iran renforce également le Maroc, favorable à Israël, au niveau du détroit de Gibraltar.
- Pour les États-Unis, le renforcement du Maroc en tant qu’allié sécuritaire permet aussi de faire pression sur l’Espagne, dont les relations avec Washington et Israël sont de plus en plus tendues.
- Pour l’extrême droite européenne, la migration de masse peut être présentée comme une « invasion » et exploitée dans la politique intérieure. Un seul événement produit ainsi quasi simultanément des bénéfices politiques pour quatre acteurs différents.

Ce qui rend la situation encore plus artificielle, c’est que ces intérêts convergents n’ont pas émergé par hasard après l’événement. Ils avaient déjà été préparés, aussi bien institutionnellement que rhétoriquement, avant la crise. La pression marocaine sur Ceuta et Melilla avait des précédents. Des personnalités liées à l’establishment sécuritaire américain avaient publiquement proposé à l’avance la méthode concrète de mobilisation civile de masse. Des voix israéliennes avaient avancé des arguments stratégiques en faveur de l’aide au Maroc pour la « récupération de son Nord ». La coopération militaire et de renseignement entre le Maroc et Israël était déjà institutionnalisée.
Dans ce contexte, des informations selon lesquelles « la frontière est ouverte » ont été largement diffusées via des comptes anonymes. Les forces de sécurité marocaines ont permis le passage de personnes pendant une longue période. Des dizaines de milliers de personnes se sont massées à la frontière. Immédiatement après, les États-Unis, Israël et l’extrême droite européenne ont exploité politiquement l’événement en utilisant le même vocabulaire d’« invasion ». Cette continuité temporelle est en soi significative.
L’hypothèse la plus réaliste est donc que, dans le cadre des accords stratégiques et de la coopération sécuritaire déjà établis entre les États-Unis, Israël et le Maroc, le Maroc a utilisé la migration comme instrument de pression contre l’Espagne, tandis que les réseaux politiques et informationnels israéliens et américains amplifiaient les résultats et les transformaient en gains stratégiques. Plutôt qu’une « crise migratoire » isolée, l’événement s’explique mieux comme une opération de zone grise contre l’Espagne, combinant mouvements de population, différends territoriaux, opérations informationnelles, structures d’alliances et politique intérieure d’extrême droite, dans un seul système de pression.
La conséquence la plus importante est que, si cette stratégie réussit, le statut même de Ceuta et Melilla commence à changer. Ces villes, auparavant traitées comme des territoires espagnols fixes, sont progressivement redéfinies sur la scène internationale comme des « territoires pouvant être déstabilisés en permanence par la migration de masse », des « territoires que l’Espagne ne peut contrôler seule », et des « territoires dont le statut futur doit être négocié ». L’effet stratégique des passages massifs de frontières n’est donc pas simplement de créer des difficultés au gouvernement espagnol, mais de remettre en cause la capacité effective de l’Espagne à gouverner les enclaves et de ramener les revendications marocaines à l’ordre du jour politique international.
Un autre point, plus discret, est que cela peut être compris comme une «stratégie Trump-Netanyahu contre l’Italie et la Russie». Pour la Russie comme pour l’Italie, le détroit de Gibraltar revêt une importance stratégique cruciale, bien que ni l’un ni l’autre ne puisse y agir directement.

Pour la Russie, Gibraltar représente la sortie maritime finale de la mer Noire et de la Méditerranée orientale vers l’Atlantique. Pour l’Italie, en tant que puissance méditerranéenne centrale, c’est aussi un point de jonction clé entre la Méditerranée occidentale et l’Atlantique, et donc d’une très grande valeur stratégique. Or, aucun des deux pays ne peut intervenir directement à Gibraltar: la Grande-Bretagne contrôle Gibraltar, l’Espagne occupe la rive nord, et le Maroc se trouve sur la rive sud.
Dès lors que Ceuta et Melilla sont intégrées dans cette équation, la signification change. Si l’influence marocaine s’étend vers Ceuta et que la position de l’Espagne sur la rive africaine du détroit s’affaiblit, l’équilibre des forces qui régit les deux rives de Gibraltar commence à basculer. Les efforts américano-israéliens pour renforcer le Maroc vont donc au-delà d’une simple pression sur l’Espagne: ils constituent une intervention indirecte dans la structure de contrôle du détroit de Gibraltar.
C’est aussi le sens de la « stratégie contre l’Italie » : l’Italie, critique envers Israël, ne peut pas atteindre Gibraltar par ses propres moyens. Mais si elle participe à une restructuration menée par les États-Unis, Israël et le Maroc, elle devra profondément modifier la nature de son engagement politique avec Israël. Quant à la Russie, elle verrait la valeur stratégique de toute prise d’Odessa réduite par l’expansion de l’influence américaine sur le détroit.
Ce qui se joue en toile de fond de la crise de Ceuta n’est donc pas simplement une question de politique migratoire intérieure espagnole : c’est aussi la perspective de voir le détroit de Gibraltar devenir une sphère d’influence américaine. Le Maroc est mis en avant, les États-Unis et Israël le soutiennent en arrière-plan, la capacité d’action politique indépendante de l’Italie est contrainte, et l’intérêt stratégique de la Russie à prendre Odessa est diminué. Ainsi comprise, la signification d’une « stratégie contre l’Italie et la Russie » devient beaucoup plus claire.
Une lecture croisée des documents publics disponibles montre que l’objectif américain est plus large que le simple « retour de Ceuta au Maroc ». Le but profond est d’utiliser le Maroc comme acteur avancé afin d’asseoir une influence dominante sur l’accès sud du détroit de Gibraltar.

Une analyse publiée sur Ynet le 26 avril décrivait explicitement le Maroc comme « un partenaire stratégique des États-Unis, capable d’ancrer la Méditerranée occidentale et de contrôler les accès sud du détroit de Gibraltar ». Elle exposait aussi une structure dans laquelle Israël ferait la promotion des revendications marocaines sur Ceuta et Melilla à Washington. Même le titre : « Les Accords d’Abraham atteignent le détroit », met l’accent non pas sur le territoire espagnol, mais bien sur le détroit lui-même.
En mars, l’ancien responsable du Pentagone, Michael Rubin, avait déjà ouvertement proposé une « nouvelle Marche Verte » du Maroc vers Ceuta et Melilla, soit un plan concret pour faire avancer les revendications marocaines par la mobilisation massive de civils. Ramené à la séquence plus large des événements, la structure devient claire.
L’Espagne et Gibraltar, qui est sous contrôle britannique, occupent la rive nord, tandis que le Maroc s’enfonce de plus en plus dans le camp américano-israélien sur la rive sud. Les États-Unis n’ont pas besoin d’exercer eux-mêmes la souveraineté sur le détroit : en combinant leur alliance militaire avec la Grande-Bretagne et leur soutien sécuritaire et diplomatique pour le Maroc, Washington peut exercer une influence puissante sur les deux rives du détroit.
Le transfert de Ceuta et Melilla signifierait donc plus qu’un simple gain territorial pour le Maroc : il couperait les positions espagnoles en Afrique et ferait de la rive sud du détroit une sphère de sécurité américano-israélo-marocaine.
Pour la Russie, Gibraltar est la sortie de la Méditerranée vers l’Atlantique. Pour l’Italie, c’est également une ligne de vie reliant la Méditerranée centrale à la Méditerranée occidentale et à l’Atlantique. Cependant, aucun des deux pays ne peut contrôler directement le détroit. Si les Etats-Unis consolident la partie nord via la Grande-Bretagne et la partie sud via le Maroc, ils pourront limiter l'accès des Russes à l'Océan Atlantique et, en même temps, ramener sous contrôle américain l'autonomie dont dispose l'Italie dans le bassin occidental de la Méditerranée.
Si l'on interprète la crise de Ceuta comme un instrument pour réagencer ces structures qui confèrent de la puissance, tous les faits mentionnés convergent vers une ligne unique.
13:32 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, ceuta, gibraltar, espagne, maroc, israël, états-unis, italie, russie, méditerranée, géopolitique |
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mardi, 11 août 2026
La communauté dissidente chez Forrest Carter

La communauté dissidente chez Forrest Carter
par Georges Feltin-Tracol
En 1976 sort sur les écrans le cinquième film que réalise Clint Eastwood : Josey Wales hors-la-loi. Bien meilleur que L’homme des hautes plaines (1973), Pale River. Le cavalier solitaire (1985) ou Impitoyable (1992), ce western s’inspire du roman de Forrest Carter, Gone to Texas traduit parfois par Les hors-la-loi du Texas 1, une fresque romanesque qui exalte les « rebelles » sudistes. Un parti-pris guère étonnant pour qui s’intéresse à la vie de son auteur.
Forrest Carter est le pseudonyme partiel d’Asa Earl Carter. Né à Anniston en Alabama en 1925 et décédé en 1979 à Abilene au Texas d’une insuffisance cardiaque, le jeune Carter sert dans la marine pendant la Seconde Guerre mondiale 2. Démobilisé et boursier de l’armée, il étudie le journalisme. Attiré par la vie politique, il se rapproche du démocrate sudiste George Wallace (1919 – 1998) élu en 1963 pour la première fois le gouverneur ségrégationniste de l’Alabama. Carter en devient la plume officielle. Dans le même temps et dans l’ambiance mouvementée de la revendication des droits civiques en faveur des Noirs, Asa Earl Carter rallie le Ku Klux Klan.
Un militant radical assumé
Sa proximité avec le gouverneur Wallace lui permet de bientôt diriger l’Original Ku Klux Klan of the Confederation qui édite le mensuel The Southern et, dans les années 1950, le North Alabama Citizens Council. Cette association ne cache pas sa sympathie pour le courant « dixiecrate » 3. Elle se différencie cependant du Conseil des citoyens blancs de l’Alabama en raison des sorties antisémites fréquentes de Carter.

Animateur d’une émission radiophonique, il s’enflamme vite à l’antenne contre le gouvernement fédéral. Il conspue rapidement la pusillanimité de George Wallace bien qu’il se présente à la présidentielle de 1968 face au républicain Richard Nixon et au démocrate progressiste Hubert Humphrey 4. Il rompt vite avec Wallace, adopte une ligne suprémaciste blanche et l’affronte en 1970 lors de la primaire démocrate pour la désignation du gouverneur de l’Alabama (1,5% des voix). Dépité, il renonce à l’action politique, déménage au Texas et commence une carrière littéraire.
Outre The Rebel Outlaw Josey Wales, publié en 1973 et qui deviendra trois ans plus tard Gone to Texas, Asa Earl Carter sous l’identité de Forrest Carter signe en 1976 la suite, The Vengeance Trail of Josey Wales. Ce méthodiste découvre le chamanisme et se sent maintenant proche des Amérindiens. Déclarant avoir des aïeux cherokees, Forrest Carter écrit d’autres livres teintés d’esprit surnaturel et d’influence New Age.
La présentatrice – vedette télévisée Oprah Winfrey recommande d’abord le lecture de The Education of Little Tree (« Petit arbre » - 1994) avant de se raviser une fois le parcours politique de l’auteur révélé.
Carter se lance aussi dans la biographie romancée du redoutable chef de guerre apache et chamane avisé, Géronimo (1829 – 1909) : Watch for Me on the Mountain (1978) ré-intitulé ensuite Cry Geronimo paru en français dès 1980 sous le titre de Pleure Géronimo.
Ses détracteurs voient dans cet intérêt pour les Amérindiens un prétexte pour mettre en opposition deux minorités ethniques qui défendent leurs droits: le Red Power contre le Black Power pour le plus grand avantage du White Power. À travers le point de vue d’un orphelin cherokee dans Petit Arbre, il faut noter l’évolution d’Asa Earl Carter du suprémacisme blanc de la fin de la décennie 1970 vers un ethnodifférencialisme assumé. Son hostilité envers la société étatsunienne homogénéisée ne faiblit en revanche jamais.
Quand Clint Eastwood achète les droits de Gone to Texas afin de l’adapter pour le grand écran, il ignore tout du passé activiste de Carter. Pendant le tournage, ce dernier a parfois un comportement déplacé. Par exemple, il demande en mariage une serveuse de bar en la menaçant d’un pistolet 5 !
Plutôt que de se focaliser sur l’excellent film de Clint Eastwood qui dérive en partie de la trame initiale du roman et que les critiques accuseront Eastwood de présenter les Sudistes sous un jour favorable 6, examinons l’histoire de Josey Wales écrite par Forrest Carter. L’intrigue se déroule au cours d’un moment crucial de l’histoire occidentale: la guerre de Sécession (1861-1865).

Maurice Bardèche considérait l’incendie volontaire d’Atlanta ordonnée par le général nordiste William Sherman comme le début des temps modernes. Ces films et ces livres s’inscrivent à rebours d’une tendance lourde qui dévalorise le vaincu sudiste. « L’héritage culturel du Sud antérieur à la guerre de Sécession, écrit Tomislav Sunic, a été délibérément occulté par les grands médias et les élites universitaires 7. »
La juste colère d’un partisan confédéré
Modeste fermier du Missouri qui vit avec sa femme et leur jeune fils, Josey Wales se croit à l’abri du conflit en cours. Or ce n’est pas une simple guerre: des civils en armes y participent, surtout à l’Ouest des champs de bataille. Dans une vaste région qui s’étend au Tennessee, au Kansas et au Missouri, l’alignement officiel des territoires ne correspond pas toujours à l’allégeance des personnes. Le Kansas appartient à l’Union; maints de ses habitants soutiennent pourtant la Confédération sudiste. A contrario, le Missouri, État confédéré, sait qu’une part non négligeable de sa population approuve les Nordistes. Il en résulte des guerres civiles locales avec la formation de corps francs, rarement coordonnés aux unités militaires officielles, qui organisent une guérilla sanglante mâtinée d’actes de grand banditisme.
Ces guerres civiles locales, quasi-moléculaires 8, sont bien antérieures à la crise de 1861. Les combats commencent dès 1854 dans le Kansas. Les anti-abolitionnistes (« Free Staters ») organisent des raids violents contre les plantations sudistes qui ripostent à leur tour par l’intermédiaire des Border Ruffians fort vindicatifs (illustration, ci-dessous).

Un militant anti-esclavagiste calviniste enragé, John Brown, en est régulièrement le responsable. Il commet dans la lnuit du 23 au 24 mai 1856 le massacre de Pottawatomie Creek. Très vite, les guérilleros nordistes du Kansas, du Missouri et du Tennessee - les Jayhawkers 9 -, refusent de servir sous l’uniforme des « Tuniques bleues » et font leur propre guerre.
Parmi ces bandes armées irrégulières se remarquent les Red Legs ou « Pattes rouges » 10. Le célèbre Buffalo Bill, de son vrai nom William Frederick Cody, en est un.
Leurs équivalents sudistes sont les Bushwhackers (« Batteurs de campagne »). Originaires du Tennessee, du Missouri, voire du Kansas, ils harcèlent les troupes nordistes, effectuent de brèves et violentes incursions sur leurs arrières et parviennent à couper temporairement leurs lignes de communication et de ravitaillement. Ces partisans confédérés peuvent parfois porter une chemise rouge en référence à la couleur de l’étendard de guerre sudiste 11. Jesse James, Cole Younger et les frères Dalton en font partie.
La force irrégulière des Bushwhackers la plus connue demeure néanmoins les forces du colonel William Quantrill (1837-1865) qui commande jusqu’à quatre cents combattants. D’abord Jayhawker, il change rapidement de camp par amour d’une belle Sudiste 12. À la nouvelle de la défaite en 1865, la plupart d’entre eux rejette la paix et mène une vie de paria. Ils se réfugient dans des territoires amérindiens où ils arrivent à prévenir quelques chefs tribaux de la duplicité intrinsèque des « Tuniques bleues ». Ils rejoignent sinon le Canada ou bien le Mexique où ils offrent leurs compétences militaires au service des Français ou bien des républicains de Benito Juarez. Des Sudistes se réfugient enfin au Brésil où ils sont accueillis par l’empereur Pierre II 13.
Josey Wales pense échapper à l’âpreté du moment. À tort ! Un beau matin, les « Pattes rouges » nordistes attaquent et brûlent sa ferme, massacrent sa femme et leur garçon et le défigurent, croyant l’avoir tué. Une fois ses deux êtres chers enterrés, Wales croise des Bushwhackers qui lui proposent de se venger dans leurs rangs. Forrest Carter parle de « guerre de la Frontière (une guerre dans la guerre) ».
Âgé de 32 ans, mesurant 1,85 m et pesant environ 80 kg, Josey Wales devient vite l’un des lieutenants de Bloody Bill Anderson, l’équivalent littéraire de Quantrill. Chapeau gris de cavalerie et vêtu d’une veste de daim à franges, Wales dispose de deux Colt 44 qu’il maîtrise avec précision et dextérité. Il monte « un énorme étalon rouan, à moitié sauvage ». Les autorités nordistes, lasses des actions de ce groupe de francs-tireurs, mettent leurs têtes à prix. La prime pour Wales s’élève à 3000 dollars !
Vers le Texas !
La reddition sans conditions des forces sudistes oblige les partisans d’Anderson à déposer les armes, puis à jurer fidélité aux États-Unis d’Amérique sous peine qu’un acte civil tel le mariage ou la validité d’un testament ne soit pas valide « Le Sud, après la guerre de Sécession, rappelle encore Tomislav Sunic, fut contraint de subir une rééducation semblable à la rééducation et au reformatage que les Américains firent subir aux esprits européens après 1945 14.» Seul Josey Wales ne renonce pas à la lutte, car « sa loyauté était là-bas, dans la tombe avec sa femme et son fils. Son devoir c’était la haine ». Les faits lui donnent raison. Désarmés, ses compagnons de combat se font tirer dessus. Wales entend amplifier sa vengeance, fort de « sa supériorité au pistolet, la ruse acquise dans des centaines de combats, sa témérité et son audace de guérillero ».
Accompagné d’un survivant de la bande, un adolescent nommé Jamie Burns, Josey Wales veut aller au Texas. Le titre original explique que « les trois lettres GTT, gravées en hâte sur la porte d’une cabane du Sud, suffisaient pour que les parents et les amis de celui qui les avait tracées comprennent qu’il avait des “problèmes” avec la loi et qu’il était parti au Texas ».
Gravement blessé, Jamie Burns meurt en chemin. Josey Wales ne reste pas longtemps solitaire. Il rencontre un Cherokee américanisé – il porte un chapeau haut-de-forme - : Lone Watie dont le nom est une référence explicite au général de brigade confédéré, le Cherokee Stand Watie (1806-1871) 15. Le colonel Stand Watie commande d’abord le 2e Cherokee Mounted Rifles, puis en 1864, promu au grade de brigadier – général, il dirige la 1re brigade de cavalerie indienne. Il n’est pas le seul Amérindien à porter l’uniforme confédéré. « En février 1861, écrit Dominique Venner, la nation Cherokee a rallié la Confédération. Elle sera suivie par les Creeks, les Choctaws, les Chichasawas et les Séminoles 16. » Nation amérindienne américanisée de manière plus ou moins forcée, « les Cherokees s’étaient rangés dans le camp des Confédérés contre un gouvernement qu’ils haïssaient et parce qu’il leur avait pris leur patrie dans les montagnes ». Ils rejoignent la Confédération des États d’Amérique (CSA) 17.
Au cours d’un périple long et dangereux, car les chasseurs de primes traquent Josey Wales, les deux compères sauvent tour à tour une Amérindienne, Taketoha ou « Petit Clair de Lune (Moonlight) », puis une famille de colons paysans, les Turner. Victimes d’une attaque de comancheros, les seules rescapées sont la grand-mère Sarah et sa petite-fille Laura Lee. Les cinq se dirigent vers le ranch du fils de Sarah et père de Laura, Crook River au Texas. Pendant ce temps, la prime sur Josey Wales monte à 7000 dollars. Le plus intéressé et aussi le plus vindicatif de ses poursuivants est le lieutenant Cann Tolly, un « régulateur » sadique et paresseux. « Il assumait une fausse autorité maintenue par un faux gouvernement. »

La description de cet individu déplaisant et antipathique sert à critiquer avec férocité les « profiteurs » de la « Reconstruction », la période d’après-guerre (1865 – 1875) qui voit le Sud vaincu l’arrivée des Carpetbaggers, des aventuriers nordistes qui volent demeures et plantations et qui se présentent en candidats républicains sans la moindre attache concrète. Ils bénéficient de l’aide d’arrivistes, les Scalawags, des Blancs sudistes qui choisissent la collaboration avec les autorités militaires d’occupation yankee. « Les effets psychologiques que la fin de cette guerre eut sur les Américains à la fin du XIXe siècle, explique Tomislav Sunic, présentent des similitudes avec les effets de l’américanisme sur la population européenne après la Seconde Guerre mondiale 18 ».
Concevoir une communauté différente
Le refuge texan de la famille Turner semble illusoire. La ferme se trouve en effet en territoire amérindien et risque à tout instant une attaque. Josey Wales, un nom réputé chez les Amérindiens, va voir le chef comanche Ten Bears. Scène décisive selon Stand Watie qui estime à juste titre que « Ten Bears est un grand guerrier. Il ne connaît pas la peur. Mais aujourd’hui, il va rencontrer un autre grand guerrier, c’est un privilège que peu d’hommes connaissent. Ils le sauront quand ils seront face à face, Ten Bears et Josey Wales… ils connaîtront leurs haines et leurs amours, mais ils connaîtront aussi la fraternité du courage, ce que l’homme mesquin ne connaîtra jamais».

Devant Ten Bears et ses braves, Josey Wales leur lance: «Tout ce qui nous était cher, à toi et à moi, a été détruit. C’est ce gouvernement à langue double de serpent qui a fait ça. Le gouvernement raconte des mensonges, il promet, il donne des coups de poignard dans le dos, il vient manger dans ta maison et viole tes femmes et tue quand tu dors, même de ses promesses. Le gouvernement est tout seul, les hommes vivent ensemble. » Le chef comanche partage cette opinion, lui qui considère que les sorciers et guérisseurs de sa tribu qui se laissent corrompre « recherchaient le pouvoir et la richesse et étaient devenus des “ langues-doubles ” comme les politiciens ». Les deux hommes s’entendent et se comprennent. « Les hors-la-loi et les Indiens […] ont vécu en un temps où la signification des mots de “bien” et de “mal” dépendait essentiellement du type qui les prononçait. Le mal était trop mêlé à ce que nous appelons le “bien”. »
La menace comanche écartée et celle de Cann Tolly définitivement réglée, la ferme Turner célèbre deux mariages: Lone Watie épouse Moonlight et ont une fille; Josey Wales se marie avec Laura Lee et ont un garçon, Jamie en souvenir de Jamie Burns. Les habitants de la ferme veulent ainsi contredire une sentence pessimiste de la famille Wales: « Quand le sol est pauvre, le sang est riche. »

La ferme des Turner incarne pour Forrest Carter le modèle de communauté enracinée même si son assemblage humain est disparate. L’auteur se souvient-il que d’après le mythe, Romulus accepta que sa cité se peuple de divers mâles italiotes qui enlèveront sous peu des Sabines ? Outre l’idéal de la petite société auto-suffisante, sinon autarcique, l’auteur y développe l’esquisse d’un état d’esprit relativement libertarien en raison de son opposition virulente au gouvernement fédéral.
Il est judicieux de lire Les hors-la-loi du Texas, un ouvrage qui condense dans son récit des notions devenues majeures un demi-siècle plus tard. Dès la lecture achevée, rien n’empêche de regarder Josey Wales hors-la-loi de Clint Eastwood qui insiste beaucoup sur cet aspect communautaire lié à des circonstances exceptionnelles.
Georges Feltin-Tracol
Notes:
1 : Forrest Carter, Les hors-la-loi du Texas, Stock, 1981. Les citations non mentionnées en notes sont extraites de cet ouvrage.
2 : Georges Wallace exerce ce mandat entre 1963 et 1967, puis de 1971 à 1979 et de 1983 à 1987.
3 : Les Dixiecrates (ou Southern Democrats) sont des démocrates sudistes hostiles au progressisme culturel des années 1950 – 1960. Ils soutiennent en 1948 le Parti démocrate pour les droits des États qui présente à l’élection présidentielle le gouverneur de la Caroline du Sud, James Strom Thurmond (1902-2003), futur sénateur fédéral républicain de 1956 à 2003. Il réalise 2,41 % des suffrages et gagne 39 grands électeurs.
4 : Georges Wallace réalise 13,53 % des suffrages et obtient 46 grands électeurs, un record pour un candidat indépendant !
5 : Cette anecdote est relatée dans son portrait paru dans Libération des 20 et 21 juin 2015.
6 : Quelques années auparavant en 1969, Andrew V. McLaglen réalisait un autre film formidable, Les Géants de l’Ouest, qui montre des Sudistes d’une manière positive grâce au scénario de James Lee Barrett adapté d’un récit de Lewis B. Patten, The Undefeated. Refusant la défaite de 1865, le colonel James Langdon (Rock Hudson), référence au général Joseph Orville Shelby (1830 – 1897) qui poursuivit les combats en 1865, entraîne une colonne d’hommes, de femmes et d’enfants au Mexique afin de demander la protection de l’empereur du Mexique Maximilien de Habsbourg – Lorraine. La colonne sudiste rencontre les vachers d’un ancien colonel nordiste, John Harry Thomas (John Wayne). Les anciens ennemis s’allient contre des bandits, rejoignent la rébellion de Juarez et combattent le corps expéditionnaire français.
7 : Tomislav Sunic, Homo americanus. Rejeton de l’ère postmoderne, avant-propos de Kevin MacDonald, Akribeia, 2010, p. 247.
8 : Expression du philosophe allemand Hans-Magnus Enzensberger, la guerre moléculaire est clairement expliquée dans Un air de guerre (Xenia, coll. « Franchises », 2016) du Suisse Éric Werner.
9 : De l’anglais Jay, le geai, et Hawker, le faucon, c’est une expression d’origine irlandaise désignant les pillards…
10 : En guise de guêtres, ces cavaliers nordistes portent des peaux de mouton teintes en rouge et dérobées dans des tanneries du Missouri.
11 : « Le drapeau de bataille, Battle Flag, ou Scarry Cross, […] sera aussitôt adopté. […] En langage vulgaire s’énoncera : sur fond rouge, grande croix bleue de Saint-André, lisérée de blanc et semée de treize étoiles blanches. Les étoiles désignent les onze États confédérés, ainsi que le Tennessee qui a fait sécession le 8 juin 1861 et la nation indienne représentée au Congrès confédéré à partir du 9 octobre 1861 par le major Elias C. Boudinot commandant le Second Mounted Rifles. » Dominique Venner, Le blanc soleil des vaincus. L’épopée sudiste et la guerre de Sécession 1607 – 1865, La Table Ronde, 1975, p. 120.
12 : Idem, p. 72.
13 : Cf. Christian Bouchet, « Americana. Les derniers rebelles de la guerre civile », pp. 40 – 41, dans Réfléchir & Agir, n° 61, hiver 2019.
14 : Tomislav Sunic, op. cit., p. 254.
15 : Cf. Sylvain Roussillon, « Stand Watie, le dernier général sudiste » pp. 119 – 125, dans Lénine était un champignon et autres articles. Recueil 2022 – 2025, préface de Xavier Eman, Ars Magna, coll. « Le devoir de mémoire », 2025. Dans le même ouvrage, on peut lire avec profit « La guerre de Sécession : un conflit infini », pp. 31 – 43.
16 : Dominique Venner, op. cit., p. 125.
17 : Dominique Venner présente en annexe du Blanc soleil des vaincus (Document 8, pp. 287 – 288), l’ensemble des « Unités indiennes de l’armée sudiste ». En revanche, aucune mention des bataillons confédérés de Noirs affranchis n’y est faite.
18 : Tomislav Sunic, op. cit., p. 251.
19:34 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sudisme, états-unis, forrest carter, lettres, lettres américaines, littérature, littérature américaine |
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lundi, 10 août 2026
Etats-Unis contre UE: capitulation dans la guerre commerciale, la soumission de Bruxelles face à Washington

Etats-Unis contre UE: capitulation dans la guerre commerciale, la soumission de Bruxelles face à Washington
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/203596
Bruxelles sacrifie l’emploi dans l’agriculture et l’industrie locales pour une paix transatlantique de douteuse qualité. Tandis que l’UE supprime les droits de douane et abaisse les barrières, Washington maintient sans changement sa posture menaçante. Un règlement de comptes qui accentue la dépendance économique de l’Europe.
Un accord d’inégalités
Dans les salles de négociation bruxelloises, une tentative de chantage géopolitique est célébrée comme une « percée historique ». Le récent accord commercial conclu entre l’Union européenne et les États-Unis révèle avec cruauté le déséquilibre du pouvoir dans la relation transatlantique. Tandis que la diplomatie européenne, menée par la Commission européenne, manque de toute autonomie stratégique, Washington dicte les conditions de l’accord.
Le résultat est un déséquilibre flagrant : l’UE ouvre largement son marché, sans restriction, aux biens industriels et aux produits agricoles américains, alors que les États-Unis ne réduisent nullement leurs barrières protectionnistes et leurs droits de douane dans la même mesure. Ce que Ursula von der Leyen et ses technocrates présentent comme une stabilisation des relations est en réalité un acte de soumission diplomatique qui affaiblit encore plus le continent européen économiquement et livre la valeur ajoutée européenne au marché américain.


Agriculture et industrie sacrifiées sur l’autel de la géopolitique
La facture est particulièrement amère pour l’agriculture locale et les PME. Par cet accord, les marchés agricoles européens sont inondés de produits agricoles américains fortement subventionnés, issus de normes de production totalement différentes. Tandis que l’agriculteur autrichien est écrasé par d'interminables exigences européennes, par des diktats de transformation dictés par l'idéologie verte et par des tracasseries bureaucratiques, il doit désormais affronter la concurrence des géants agricoles américains, qui ignorent aussi bien les taxes carbone que la frénésie réglementaire de Bruxelles.
Dans le même temps, le secteur industriel européen demeure le principal perdant. L’espoir que Washington renonce durablement aux droits de douane punitifs sur l’automobile et l’acier en échange de l’ouverture du marché européen s’est avéré naïf. Les États-Unis gardent fermement en main l’instrumentalisation des sanctions extraterritoriales et des obstacles à l’importation. L’UE sacrifie ses industries clés pour apaiser la Maison-Blanche – une stratégie d’apaisement qui, sur les marchés internationaux, est perçue comme pure faiblesse.
La perte de la souveraineté économique
Ce contrat contraignant sur les droits de douane n’est pas un cas isolé, mais s’inscrit parfaitement dans l’image d’une Union qui dilapide sa propre souveraineté pas à pas. Au lieu de mener une politique extérieure indépendante, orientée vers les intérêts réels des États membres de l'UE, Bruxelles agit en exécutant géopolitique des intérêts des grandes entreprises américaines.
La facture de ce contrat contraignant est payée par les forces productives des États membres. Ni les sites industriels établis dans les pays germanophones, ni l’agriculture à petite échelle en Autriche ne peuvent durablement résister à un système qui impose des coûts de production élevés sur le territoire tout en affaiblissant la protection face aux hégémons mondiaux. Le déclin économique n’est pas freiné par cette politique, mais accéléré administrativement.

Il est temps de rejeter le diktat de Bruxelles
Le contrat contraignant avec les États-Unis montre clairement que Bruxelles n’est ni le garant de la prospérité ni le protecteur des intérêts européens. Une politique commerciale qui réduit le continent à un partenaire junior vulnérable au chantage a perdu toute légitimité.
L’Europe n’a pas besoin d’accords de soumission, mais d’un retour à la souveraineté nationale, à un commerce bilatéral équitable et à la protection de sa propre production. Si l’Autriche et ses voisins veulent préserver leur prospérité, ils doivent s’opposer à la liquidation orchestrée par Bruxelles. Il est temps de retirer les œillères transatlantiques et de replacer les intérêts vitaux économiques au premier plan.
Cet article est paru dans ZURZEIT (auteur R.T.), notre partenaire dans la COOPÉRATION MÉDIATIQUE EUROPÉENNE
16:49 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, union européenne, affaires européennes, guerre commerciale, états-unis |
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jeudi, 06 août 2026
Le Japon et l’Arabie Saoudite mettent Washington devant le fait accompli

Le Japon et l’Arabie Saoudite mettent Washington devant le fait accompli
À propos des titres de dette américains. Plus précisément, à propos de
a.) la dette américaine achetée par d’autres pays, et
b.) des mesures d’urgence auxquelles Washington se voit désormais contraint.
Joachim Van Wing
Source: https://joachimvanwing.substack.com/p/japan-en-saudi-arab...
Par l’émission d’obligations, des pays comme la Belgique ou les États-Unis financent leur dette publique. Ce ne sont pas « les pays » en soi, mais le ministère des finances ou le trésor qui achètent ces obligations. Et pas seulement des obligations à dix ans, mais aussi de plus en plus de titres d’État comme les Treasury Bills ou bons du trésor, les fameux T-Bills.
Qui sont les plus grands détenteurs de dette américaine ?
- Le Japon, avec environ 1140 milliards de dollars de réserves, accumulées grâce à des excédents commerciaux sur plusieurs décennies.
- Le Royaume-Uni, avec environ 950 milliards de dollars conservés à Londres par des banques centrales étrangères, des fonds souverains, des banques et des investisseurs institutionnels.
- La Chine, avec environ 660 milliards de dollars provenant d’excédents d’exportation. Ces dollars sont en grande partie recyclés vers les bons du Trésor américain via la Banque populaire de Chine.
- La Belgique, avec environ 470 milliards de dollars détenus par Euroclear pour des banques centrales étrangères, des fonds souverains et des investisseurs institutionnels.
- L’Arabie Saoudite, avec environ 140 milliards de dollars d’obligations américaines. Si l’on ajoute le recyclage des pétrodollars et le commerce garanti en dollars, l’exposition totale monte à plusieurs milliers de milliards.
Cessez-le-feu dans le Golfe Persique
Si vous vous demandez pourquoi Washington et le Pentagone ont soudainement stoppé une nouvelle escalade contre l’Iran, ce n’est pas seulement à cause des stocks de munitions américains épuisés, qui ne peuvent être reconstitués en raison du moratoire chinois sur les exportations. En effet, depuis le 4 avril 2025, les entreprises d’armement occidentales sont coupées de 16 éléments essentiels sur lesquels la Chine détient le monopole mondial: Samarium, Gadolinium, Terbium, Dysprosium, Lutetium, Scandium, Yttrium, Néodyme, Praséodyme, Cérium, Lanthane, Europium, Holmium, Erbium, Thulium et Ytterbium.
Une autre raison s’ajoute désormais. Lorsque l’Arabie Saoudite subit encore davantage de représailles iraniennes, et que ses infrastructures et son industrie pétrolière et gazière sont encore plus endommagées… alors les dégâts sont si importants que l’Arabie Saoudite se voit contrainte de liquider des titres de dette américains pour financer la reconstruction. Cette vente massive, ce dumping d’obligations américaines… c’est ce que Scott Bessent, Wall Street, Capitol Hill, la Maison-Blanche et le Pentagone veulent éviter à tout prix.
La vente de ces obligations américaines n’est pas une menace en l’air de Mohammed Bin Salman. Elle reflète à quel point la position financière de l’Arabie Saoudite est devenue précaire et délicate, maintenant que les exportations de pétrole sont quasiment à l’arrêt et que le budget saoudien est profondément déficitaire. Quelle est l’ampleur du mécontentement de la population saoudienne, jusqu’où ira la grogne du peuple ? Nul ne le sait.

La crise du Yen japonais
Vous n’avez pas pu manquer la nouvelle: le Yen japonais est tombé en crise ces derniers jours et semaines, la monnaie et les marchés financiers ont chuté, et Washington s’est empressé d’aider d’une manière bienveillante et altruiste.
Les taux d’intérêt américains continuent d’augmenter et creusent désormais un fossé encore plus grand avec le Yen, ce qui fait que le capital fuit le Yen vers les actifs en dollars plus que jamais. Pour stopper cette hémorragie, la Banque du Japon – à la recherche de liquidités – se voit obligée de vendre des obligations américaines.
Et c’est précisément ce que Washington veut éviter à tout prix, car le dumping de titres de dette ferait encore grimper les taux d’intérêt sur la dette américaine. Des taux plus élevés signifient que le gouvernement américain doit payer encore plus d’intérêts sur une dette publique incontrôlable qu’il a de plus en plus de mal à financer.
La solution ? Un sauvetage, où le Trésor américain rachète des Yens japonais, que la Banque du Japon utilise en retour pour acheter des obligations américaines afin de soutenir le Yen. Autrement dit: comment le Trésor américain, via une passerelle japonaise, monétise sa propre dette. Avec ce stratagème, Scott Bessent maintient encore un moment le taux d’intérêt sous les 4,8 %.
Pour conclure
Les États-Unis n’ont aucune marge de manœuvre ni choix politique lorsque des crises géopolitiques risquent de faire monter les taux d’intérêt. Si Riyad et Tokyo menacent de vendre des titres de dette américains, alors le Pentagone cesse le feu au-dessus de l’Iran ou Bessent recourt au « contrôle quantitatif de la courbe de taux par procuration ».
S’il s’avère que cela est possible et que le Trésor américain peut monétiser sa propre dette impunément… cela constitue, pour les acteurs institutionnels, un signal fort de prudence et se traduit inévitablement par une demande croissante d’or comme valeur refuge. Si ce n’est pas possible et que ce tour de passe-passe de Bessent tourne à la catastrophe ou à un boomerang, alors personne ne sait où ira le prix de l’or.
L’administration Trump doit réussir à faire passer tous ces foyers de crise au-delà des élections de Midterm. La montagne de dettes américaine devient de plus en plus difficile à soutenir et même des partenaires historiques comme le Japon et l’Arabie Saoudite sont en difficulté. Les calamités imprévues dans le Golfe Persique ont fait exploser la facture énergétique pour l’économie japonaise et en même temps, les revenus pétroliers saoudiens ont chuté. Si les républicains perdent leur confortable majorité après novembre – ce qui semble probable – alors la chasse juridique au président s’ouvre et toute proposition républicaine échoue au Congrès et au Sénat. L’ingouvernabilité et la gestion en mode panique prennent alors une nouvelle dimension et une nouvelle signification.
20:22 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, finance, japon, arabie saoudite |
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mercredi, 05 août 2026
Les limites du Jeu

Les limites du Jeu
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/i-termini-del-gioco/
Tous les Jeux, même les plus complexes et sophistiqués, ont des limites. Des frontières, disons, qui ne peuvent être franchies. Des frontières qui sont souvent et inévitablement temporelles.
Il semble que Washington prépare une attaque massive contre l’Iran, en collaboration avec Israël.
Et que cette attaque devrait avoir lieu prochainement.
Pour certaines raisons, posées, bien sûr, comme excellentes et irréprochables.
Trump est, probablement, contraint d’agir. Contraint, en premier lieu, par sa relation avec Netanyahu. Qui semble le conditionner et, à certains égards, le tenir sous sa coupe. Je laisse à chacun le soin d’en évaluer la raison.
Il est aussi contraint d’agir pour essayer de ramener un résultat positif.
Car, à ce jour, l’offensive militaire américaine en Iran s’est révélée être un désastre.
Ce n’est pas parce que l’Iran a gagné. Simplement parce qu’il ne s’est pas effondré comme Washington s’y attendait. Et, au contraire, il a riposté coup pour coup. Créant de nombreux problèmes aux États-Unis et, en premier lieu, à ses alliés arabes.
Des alliés qui manifestent désormais un malaise croissant. Au point de risquer de désagréger la coalition américaine.
Laquelle, de plus, semble avoir désormais affecté toutes ses principales ressources militaires à la défense d’Israël.
Laissant, de fait, ses « amis » arabes sans protection ni défense.
Cependant, la raison principale pour laquelle Trump doit agir rapidement est liée à la scène politique interne américaine.

Aux prochaines élections de Midterm, qui, dans l’état actuel des choses, pourraient s’avérer désastreuses pour les Républicains.
Désormais, Trump est dans son dernier mandat présidentiel. Il n’est plus éligible, malgré certaines déclarations et revendications ponctuelles.
Cependant, il veut, ou plutôt voudrait, garder le contrôle du Parti républicain. Et peut-être pense-t-il à une succession dynastique. A son fils.
Impossible, toutefois, si les Midterms s’avèrent être un désastre total. Non seulement il deviendrait un «canard boiteux» pour le reste de son mandat. Son avenir politique serait annulé. Le sien ainsi que celui de ses partisans.
En vérité, ceux-ci sont de moins en moins nombreux. Car les prises de distance avec l’Administration, et son alignement sur Israël, en s’impliquant de plus en plus dans un conflit qui est étranger aux intérêts américains, augmentent de jour en jour.
C’est désormais un véritable éboulement.
Trump a donc besoin d’un succès dans le conflit iranien. Et il en a besoin rapidement.
Cela pourrait ne pas suffire à redresser la situation. Mais il est désormais trop tard pour trouver une autre issue.
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mardi, 04 août 2026
Trump à propos de l’Ukraine: «Nous prenons ce que nous voulons»

Trump à propos de l’Ukraine: «Nous prenons ce que nous voulons»
Source: https://report24.news/trump-ueber-ukraine-wir-nehmen-was-...
Donald Trump exprime ouvertement le prix que Washington attend en échange de son soutien à l’Ukraine. L’accord sur les matières premières avec Kiev est qualifié par le président américain d’excellente affaire et il affirme que les États-Unis pourraient « y prendre à peu près tout ce qu’ils veulent ». Juridiquement, cela peut sembler exagéré – mais politiquement, cela décrit assez précisément la ligne américaine.
Dans une interview accordée à la chaîne américaine conservatrice « Real America’s Voice », Trump est revenu sur le contrat relatif aux ressources avec l’Ukraine. Les États-Unis se seraient assurés un accès aux terres rares, a-t-il expliqué. «Nous pouvons y aller à tout moment et prendre à peu près tout ce que nous voulons», a déclaré le président. Selon lui, cet accord pourrait rapporter à l’Amérique plus de 300 milliards de dollars. Pour Trump, la chose est claire: Washington n’a pas soutenu Kiev pendant des années avec des armes et des milliards pour ensuite se retrouver les mains vides.
L’aide militaire n’a jamais été un cadeau
Le ton est rude, mais l’attitude sous-jacente n’est pas nouvelle. Les grandes puissances ne distribuent ni armes ni milliards par charité. Les États-Unis ont soutenu l’Ukraine militairement, financièrement et politiquement parce que ce pays est important pour leur propre stratégie vis-à-vis de la Russie. Sous Trump, un autre aspect s’ajoute désormais ouvertement: le soutien apporté doit être rentable économiquement. L’accord signé en avril 2025 pose les bases de cette rentabilité. L’Ukraine conserve formellement la propriété de ses ressources naturelles et continue de décider des droits d’exploitation et des licences.
Washington ne peut donc pas simplement occuper des mines ou transporter des ressources sans contrepartie. L’affirmation de Trump selon laquelle on pourrait prendre ce qu’on veut ne figure pas dans le contrat. Ce document offre toutefois aux États-Unis de vastes avantages. Un fonds commun de reconstruction doit bénéficier des revenus des nouveaux projets sur les matières premières. Il ne s’agit pas seulement des terres rares, mais aussi du lithium, du titane, de l’uranium, du graphite, du nickel, du cuivre, du pétrole et du gaz. Les gisements qui sont essentiels pour l’armement, les batteries, l’approvisionnement énergétique et l’industrie moderne sont au cœur de l’accord.
Washington obtient un accès privilégié
La partie américaine obtient, pour les nouveaux projets, des possibilités de négociation et d’investissement privilégiées. Même pour l’achat ultérieur des ressources extraites, les entreprises américaines devraient être les premières à pouvoir en profiter. L’Ukraine reste officiellement propriétaire de ses ressources, mais Washington participe activement à leur futur développement. D’autres prestations militaires américaines peuvent également être considérées comme une contribution au fonds commun. De nouvelles armes, des formations ou d’autres aides seraient alors non seulement des soutiens, mais aussi une part d’un modèle économique de participation.
Les États-Unis fournissent, l’Ukraine ouvre ses futurs projets sur les matières premières. Ce n’est pas une vente directe du pays, mais ce n’est pas non plus le soutien désintéressé tel qu’il a été présenté pendant des années en Occident. Trump ne s’en cache pas. Alors que son prédécesseur Joe Biden justifiait l’aide à l’Ukraine principalement par des phrases creuses sur la démocratie, la liberté et les valeurs occidentales, Trump parle de revenus, de participations et de droits d’accès. Il traite la politique étrangère comme une affaire et évalue son succès à ce que les États-Unis en retirent.

L’Europe paie, l’Amérique s’assure des droits
Pour l’Union européenne, la situation est particulièrement décevante. Bruxelles et les gouvernements européens ont également investi bien plus de cent milliards d’euros en Ukraine. Ils financent le budget de l’État, fournissent des armes, prennent en charge les coûts des réfugiés et doivent en outre assumer une grande partie de la reconstruction. Mais des droits concrets d’accès aux projets de ressources ukrainiennes ont surtout été sécurisés par Washington. Les Européens paient et parlent de solidarité. Les Américains paient aussi, mais se font accorder contractuellement des privilèges économiques. Trump dit simplement plus fort que les autres de quoi il s’agit.
Washington a déjà intégré les conséquences économiques de la guerre dans ses calculs, tandis que les Européens croient vraiment qu’ils pourront un jour, d’une manière ou d’une autre (et seulement si l’Ukraine «gagne» contre la Russie), imposer des réparations à Moscou. Tandis que les Européens misent tout sur une seule carte, les Américains gardent, même dans le pire des cas, l’accès aux ressources naturelles du reste de l’Ukraine. Cela explique aussi pourquoi les politiciens de l’UE restent si agressifs, alors qu’à Washington, on adopte une attitude beaucoup plus détendue.
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lundi, 03 août 2026
Derrida et la machine de mort américaine - Porte d’entrée vers l’apocalypse

Derrida et la machine de mort américaine
Porte d’entrée vers l’apocalypse
Ali-Mohammad Mohajer Nasser
Source: https://www.multipolarpress.com/p/derrida-and-the-america...
Ali-Mohammad Mohajer Nasser utilise la philosophie de Jacques Derrida pour examiner comment l’ordre libéral mené par les États-Unis s’est auto-déconstruit à travers ses propres revendications et contradictions.
1er août 2026. Washington a publié un avis de sécurité exhortant tous les citoyens américains à quitter l’Asie de l’Ouest. Plusieurs agences de presse rapportent que les États-Unis et Israël préparent une attaque de grande envergure contre les infrastructures énergétiques et électriques de l’Iran. De l’autre côté, les signes de la préparation de Téhéran à une riposte sévère se font de plus en plus forts. Les médias néo-conservateurs américains évoquent avec jubilation l’arrivée d’une «ère de la bougie» sur notre région.
L’arène politique et militaire ressemble de plus en plus à une roulette russe. Les États-Unis – qui se présentaient longtemps comme le défenseur de l’ordre juridique d’après-guerre – menacent désormais ouvertement et sans détour de commettre des crimes de guerre.
Le régime sioniste, ravi de l’inimitié entre musulmans et chrétiens, se prépare à ajouter une nouvelle ignominie aux annales des crimes contre l’humanité. Netanyahu, enhardi par la récente opération sécuritaire victorieuse de son gouvernement contre l’Espagne, semble désireux de s’attribuer le mérite d’avoir persuadé l’Amérique de déclencher une apocalypse régionale.
L’Amérique, avec son vaste réseau de think tanks d’élite et d’académies diplomatiques, réduit aujourd’hui son message à l’Iran à un seul impératif: meurs, ou nous te tuerons. C’est comme si cette puissance vieille de deux cent cinquante ans ne savait même plus parler anglais, son vocabulaire s’étant effondré dans la contrainte, la force, la mort et la menace d’anéantissement.
C’est là le langage terminal de la démocratie libérale elle-même – ce même régime qui fut autrefois présenté comme l’aboutissement du progrès humain, le stade final de l’évolution civilisationnelle. La même puissance qui prétendait fonder son ordre international sur les droits de l’homme et la dignité humaine se tient désormais nue, ses prétentions universalistes révélées comme le voile d’une réalité bien plus primitive. Toute pensée critique doit désormais affronter l’héritage d’une tradition – humanisme, Lumières, libéralisme – qui a engendré ce monstre.

La guerre ne commence pas seulement avec des missiles. Parfois, la première détonation est celle du langage. Quand la destruction de l’infrastructure vitale d’un pays est proposée non pas comme un dernier recours, mais comme une option routinière dans l’analyse politique et médiatique, il se passe quelque chose de plus profond qu’une simple menace militaire. Les mots eux-mêmes peuvent redéfinir les frontières de ce que signifie être humain.
L’ordre international d’après-guerre reposait sur l’idée que même la guerre devait être soumise à des règles. Les Conventions de Genève et le droit international humanitaire sont fondés sur le principe qu’il faut préserver une distinction entre les cibles militaires et la vie civile – que la souffrance humaine ne doit jamais être réduite à un instrument de politique. En pratique, ces principes ont été violés d’innombrables fois: Vietnam, Irak, Yougoslavie, Afghanistan, Gaza. Pourtant, l’existence même de ces règles reconnaissait que la force brute à elle seule ne pouvait fonder la légitimité.
Mais lorsque la destruction du réseau électrique d’une nation – dont dépend la vie quotidienne de millions de personnes – entre dans le vocabulaire ordinaire de la politique, la question n’est plus seulement celle de la compatibilité avec le droit international. Une question plus vaste et empreinte d’une ironie amère surgit : qu’est devenu cet ordre qui prétendait avoir été construit justement pour limiter la guerre ? Un tel ordre a-t-il jamais vraiment existé ?
Cette interrogation nous mène vers le territoire sombre de la déconstruction – un domaine où l’on affronte non seulement la violation d’une loi, mais l’autodestruction de la fondation discursive de la loi elle-même. Jacques Derrida nous a appris que tout texte – et tout ordre politico-juridique est un texte – est bâti sur la différAnce : le sens et la légitimité découlent de l’exclusion de «l’autre» et de la répression des contradictions internes. Mais précisément au moment où un système revendique la pleine « présence » et la fondation ultime, cet « autre » exclu revient pour en déstabiliser les fondements.
L’ordre libéral d’après-guerre reposait sur un clivage sacré: «nous» – les civilisés, soumis à des règles – contre «eux» – les barbares, sans loi. Les Conventions de Genève, la Charte de l’ONU, la promesse kantienne de la «paix démocratique»: tout visait à tracer une ligne nette entre la guerre légitime (défensive ou humanitaire) et la guerre illégitime (agressive et barbare).
Mais aujourd’hui, l’Amérique – représentante plénipotentiaire de cet ordre – présente ouvertement le bombardement d’infrastructures civiles vitales comme une «option de routine». Le clivage s’effondre: l’Amérique n’est plus la puissance civilisatrice qui fait la loi; elle devient le barbare, sans loi. Quelle différence réelle subsiste-t-il entre la menace de crimes de guerre par l’Amérique et la menace de génocide par Daech? Les deux parlent la langue de la mort pure. Daech, du moins, était franc. Mais l’Amérique, avec la même bouche qui parle des «droits de l’homme», annonce une «ère de la bougie» pour notre région. Cette contradiction dissout si complètement la frontière entre «civilisé» et «barbare» qu’il ne subsiste aucune «présence» métaphysique du Bien.
Derrida parlait de la rature – le sous-effacement: un mot barré mais encore lisible, signalant que sa «présence» est impossible. L’histoire de l’ordre américain est précisément celle de cette rature permanente: on maintient la Charte de l’ONU et les droits de l’homme comme «texte de surface» pour préserver l’image d’une «puissance liée par la règle», mais en dessous, à chaque bombe, à chaque sanction paralysante, on inscrit la «force brute» qui annule ce texte de surface. Aujourd’hui, cette rature est si prononcée que le texte original – la loi elle-même – n’est plus lisible.
Lorsque le Pentagone qualifie le ciblage d’écoles et d’hôpitaux d’«erreur de calcul inférieure à cinq pour cent», il ne s’agit plus de justification juridique, mais d’un calcul mathématique de la mort. C’est précisément ce que Derrida appelait la «violence de l’archè»: une violence qui n’est pas faite pour établir la justice, mais pour prouver l’existence même du pouvoir, chaque fois que celui-ci perd sa légitimité, par une perpétuelle « refondation » qui ne fait que reporter la légitimité.
Aujourd’hui, la langue politique américaine est entièrement imprégnée de la différAnce derridienne: ses mots n’atteignent jamais un sens définitif. «Négociation» signifie «ultimatum». «Dissuasion» signifie «génocide économique». «Ordre régional» signifie «chaos contrôlé». Dans ce jeu infini des signifiants, la menace elle-même devient une performance autoréférentielle. Trump et Hegseth diffusent des vidéos de bombardements et se vantent: «Il y en aura d’autres !». Ce n’est plus une déclaration politique; c’est une blague tragique jouée avec le sang des peuples. Lorsque la guerre est réduite à la comédie et au spectacle, l’ordre lui-même n’est plus qu’un geste – et un geste, aussi létal soit-il, ne peut plus être pris au sérieux comme norme mondiale, car il avoue, dès le départ, son propre nihilisme.
Pourtant, ce « geste » ennemi n’est pas la fin de l’histoire ; il est plutôt le point de départ de l’autopoïèse de la guerre. La guerre, contrairement à ce que l’on croit, n’obéit pas à la logique de celui qui l’initie. La guerre est un système autopoïétique: au moment même où l’ennemi croit que la menace et le spectacle (la quantité de pression) ont atteint leur but politique, une nouvelle qualité surgit soudainement de cette pression – quelque chose qu’aucun calcul du Pentagone, aucun fantasme de Netanyahu n’avait anticipé. Ici, la loi dialectique du passage de la quantité à la qualité – que Schmitt appelait «fondamentalement politique» – s’applique: ce n’est pas la quantité de mort qui détermine l’issue, mais le saut qualitatif dans la volonté de l’assiégé, qui transforme le champ même de l’inimitié en quelque chose d’inattendu. Cette nouvelle qualité peut se retourner comme un boomerang contre l’Occident: l’inimitié poussée au point où l’espace et la géographie deviennent inhabitables pour l’autre. La doctrine de riposte de l’Iran – frappes sur les infrastructures énergétiques du Golfe Persique, sur les villes du régime sioniste – rappelle que l’autopoïèse de la guerre décrite ici n’épargne aucune partie à sa propre logique.
Derrida pensait que la déconstruction n’est pas destruction, mais ouverture d’un nouveau chemin pour l’«autre». Mais dans le cas de l’ordre américain, cette déconstruction équivaut à la construction de son propre cercueil. Lorsqu’un système juridico-politique est tellement contaminé par son «autre» (violence, racisme, intérêts monopolistiques) qu’il ne peut plus se distinguer de cet autre, il est vidé de sa propre métaphysique.
Derrida avait déjà nommé ce moment. Dans «Force de loi», il affirmait qu’aucun ordre juridique ne se fonde sur la raison – il se fonde sur une décision qui ne peut se justifier elle-même, ce qu’il appelait, avec Kierkegaard, la folie de la décision. La déconstruction ne le nie pas. Elle l’expose. L’ordre libéral a survécu tant que sa violence fondatrice restait cachée sous un texte de surface lisible – la Charte, les Conventions, le langage des droits. Ce texte de surface a désormais échoué. Il ne cache plus la violence; il la désigne à peine. Ce qu’il reste, c’est la violence seule, sans voile. Schmitt n’est pas une rupture avec Derrida ici. Il est ce qui demeure quand on pousse la logique derridienne jusqu’au bout, sans trembler.
L’Amérique, en menaçant d’une «ère de la bougie» et de la destruction des infrastructures, déclare explicitement que la «vie civile» n’a aucune existence propre à ses yeux, mais n’est qu’une réserve disponible (Bestand) pour la pression politique. Ce n’est plus une «violation du droit» ou une «contradiction discursive». C’est la proclamation d’un état d’exception existentiel (Ausnahmezustand) par une puissance qui s’est affranchie de toute «distinction politique entre ami et ennemi» et s’est engagée dans une inimitié absolue (absolute Feindschaft).
À ce stade, la «critique du discours» n’est plus utile; la question devient celle de l’identification de l’ennemi et de la décision existentielle. Mais cet aveu même est la plus grande des défaites, car il sort de la «tente de l’ordre mondial» pour se tenir dans le désert du nihilisme nu. Dans le désert, personne ne donne d’ordres; tous sont à la fois chasseurs et proies. Et un chasseur sans loi, aussi bien armé soit-il, ne peut plus prétendre au rôle de maître moral du monde. Ce n’est pas une leçon mineure pour un monde où existent plusieurs puissances nucléaires.
Pour répondre à la question initiale: l’ordre américain a existé, mais non comme une vérité établie – plutôt comme un mythe fondateur. Et aujourd’hui, ce mythe est si enlisé dans ses propres contradictions – génocide à Gaza, menace de crimes de guerre contre l’Iran, chambres de torture d’Abu Ghraib et de Guantánamo – qu’il a perdu tout fondement à sa propre légitimité. Cet ordre peut être écarté – non par arrogance, mais par reconnaissance philosophique de son effondrement. Prendre au sérieux un ordre effondré serait la véritable folie. Il s’est exclu de l’orbite de la rationalité politique collective par sa propre volonté – une volonté de mort. Désormais, tout dialogue avec lui n’est plus un dialogue entre deux sujets, mais entre un être vivant et une machine de mort.

Mais même une machine de mort peut se révéler impuissante face à une décision existentielle soudaine. Derrida nous a enseigné de ne pas croire en la «présence»; mais Schmitt nous enseigne que dans l’instant de l’effondrement du droit, c’est la décision qui crée la présence. Lorsque l’effondrement de la loi est universellement reconnu, des hommes résolus, armés des instruments appropriés à leur volonté, se lèvent pour prendre cette décision. À cette heure-là, qui pourra leur faire la leçon sur les droits de l’homme, les Conventions de Genève et les lois de la guerre humanitaire – des leçons adressées à leur conduite envers les Israéliens et les Américains ? La question contient sa propre réponse, au cœur de la situation – une situation qui a suspendu toute éthique abstraite antérieure.
20:17 Publié dans Actualité, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, philosophie, jacques derrida |
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Ceuta, le chantage de Rabat contre Sánchez et la convergence du Maroc avec les États-Unis et Israël

Ceuta, le chantage de Rabat contre Sánchez et la convergence du Maroc avec les États-Unis et Israël
Giulio Chinappi
Source: https://giuliochinappi.com/2026/08/01/ceuta-il-ricatto-di...
La pression migratoire exercée par le Maroc à Ceuta ne peut être séparée de l’occupation du Sahara occidental et de l’axe construit avec Washington et Tel Aviv, qui exploitent la crise pour attaquer le gouvernement espagnol et sa politique pro-palestinienne.
La nouvelle crise qui a éclaté à Ceuta constitue avant tout une tragédie humaine. En quelques heures, environ 49.000 personnes, selon les premières estimations du gouvernement espagnol, ont atteint l’enclave en franchissant la frontière terrestre ou en contournant à la nage les barrières maritimes qui la séparent du Maroc. D’autres sources ont évoqué un chiffre total proche de 60.000 personnes, tandis que le bilan provisoire fait état d’au moins 57 morts. La ville autonome, qui compte à peine plus de 80.000 habitants, a été submergée par un afflux sans précédent, contraignant Madrid à mobiliser l’armée et à dénoncer une «violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne».
Réduire ce qui s’est passé à un simple mouvement spontané de population revient cependant à ignorer aussi bien l’histoire récente des relations entre l’Espagne et le Maroc que la fonction politique qu’a prise le contrôle des flux migratoires dans la stratégie de Rabat. Les difficultés économiques, le chômage des jeunes, la diffusion de fausses informations sur les réseaux sociaux et la mauvaise interprétation d’un arrêt de la Cour suprême espagnole ont pu contribuer à mobiliser des milliers de personnes. Mais ces facteurs n’expliquent pas à eux seuls comment une frontière normalement soumise à un contrôle strict a pu céder simultanément devant des dizaines de milliers de personnes. Les mêmes observateurs cités par la presse internationale rappellent que le Maroc a déjà été accusé par le passé de relâcher délibérément la surveillance pour transformer la migration en instrument de pression diplomatique.
Le précédent le plus connu remonte à mai 2021. À cette occasion, plus de 8000 personnes étaient entrées à Ceuta après que les autorités marocaines eurent délibérément relâché la garde à la frontière. Cette crise avait coïncidé avec la décision espagnole d’autoriser le secrétaire général du Front Polisario, Brahim Ghali, gravement malade, à recevoir des soins médicaux sur le territoire espagnol. Rabat considéra cet acte comme une offense politique et répondit en exploitant la vulnérabilité de la frontière pour frapper Madrid. Déjà à l’époque, la presse internationale décrivait ce relâchement des contrôles comme une mesure de représailles liée au Sahara occidental, tandis que le Parlement européen condamnait explicitement l’utilisation du contrôle des frontières et des migrants, y compris de nombreux mineurs, comme moyen de pression contre un État membre de l’Union européenne.

Cet épisode eut des conséquences profondes. En mars 2022, le gouvernement de Pedro Sánchez abandonna la position de neutralité suivie depuis des décennies par l’Espagne et déclara que le plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental était la proposition «la plus sérieuse, crédible et réaliste» pour résoudre le conflit. Ce tournant permit de renouer les liens avec Rabat, mais provoqua une grave crise avec l’Algérie et suscita l’opposition du Front Polisario et de larges secteurs de la société espagnole. La séquence politique était difficile à mal interpréter: pression migratoire en 2021, dégradation des relations, puis concession espagnole sur la question stratégique qui intéresse le plus la monarchie marocaine.
La crise actuelle répète le même schéma: les gardes marocains sont d’abord restés passifs et n’ont agi que dans un second temps, lorsque le flux avait déjà pris des dimensions énormes. La capacité ultérieure de Rabat à bloquer de nouveaux passages et à favoriser le retour de dizaines de milliers de personnes confirme en outre que le gouvernement marocain conserve un contrôle déterminant sur la perméabilité de la frontière. Le Maroc dispose ainsi d’un levier particulièrement efficace : lorsqu’il coopère, il est présenté comme un partenaire indispensable de la défense des frontières européennes ; lorsqu’il réduit son action, il peut en quelques heures provoquer une crise capable de déstabiliser le débat politique espagnol et européen. Les migrants deviennent ainsi des instruments inconscients d’une forme de diplomatie coercitive, tandis que les causes sociales qui les poussent au départ sont subordonnées aux objectifs géopolitiques de la monarchie.

Cette stratégie ne peut être dissociée de l’axe construit ces dernières années entre le Maroc, les États-Unis et Israël. En décembre 2020, l’administration de Donald Trump a reconnu unilatéralement la souveraineté marocaine sur l’ensemble du Sahara occidental. Cette décision faisait partie de l’accord par lequel Rabat rétablissait ses relations diplomatiques avec Israël dans le cadre des Accords d’Abraham. La reconnaissance américaine a donc constitué la contrepartie politique offerte à la monarchie marocaine en échange de la normalisation avec Tel Aviv.
En juillet 2023, Israël a lui aussi officiellement reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, renforçant encore le pacte. Déjà en novembre 2021, les deux pays avaient signé un mémorandum de coopération militaire officialisant leurs relations dans le domaine de la défense, ouvrant la voie à des collaborations dans le renseignement, l’industrie militaire, la formation et la cybersécurité. Le Sahara occidental est ainsi devenu une monnaie d’échange géopolitique dans les Accords d’Abraham: les États-Unis et Israël légitiment l’expansionnisme marocain, tandis que Rabat offre la normalisation diplomatique, la coopération militaire et un point d’appui stratégique au Maghreb.
Ce soutien international a renforcé la capacité du Maroc à exercer une pression sur l’Espagne. Rabat sait qu’il peut compter sur la couverture politique des deux puissances qui, plus ouvertement, reconnaissent ses revendications territoriales. Washington et Tel Aviv n’ont pas besoin de diriger concrètement chaque initiative marocaine: il leur suffit d’assurer à la monarchie un environnement diplomatique favorable, de lui fournir une coopération stratégique et de transformer chaque crise avec Madrid en une occasion de frapper le gouvernement Sánchez.
L’Espagne est entre-temps devenue l’un des pays européens les plus critiques envers la politique israélienne. Le 28 mai 2024, Madrid a officiellement reconnu l’État palestinien, présentant cette décision comme une contribution à la paix et à la solution à deux États. Dans les années suivantes, Sánchez a intensifié la pression pour que l’Union européenne revoie ses relations avec Israël, allant jusqu’à demander en 2026 la suspension de l’accord d’association entre Bruxelles et Tel Aviv.

Ce n’est pas un hasard si la crise de Ceuta a été immédiatement exploitée par les États-Unis et Israël pour attaquer cette ligne politique. Trump a présenté les images en provenance de l’enclave comme la preuve des conséquences des politiques migratoires progressistes et comme un avertissement à l’électorat américain. Le Département d’État est allé plus loin, attribuant les faits aux efforts délibérés du gouvernement espagnol pour favoriser l’immigration irrégulière en Europe. Cette accusation a été démentie dans ses fondements: la régularisation approuvée par Madrid concerne des personnes déjà présentes en Espagne avant la crise et n’accorde aucun droit automatique à ceux qui sont arrivés à Ceuta ces derniers jours. Cette falsification des faits n’était pas une erreur, mais une opération de propagande visant à délégitimer Sánchez et à présenter toute politique moins répressive comme une invitation à «l’invasion».
Du côté israélien, l’ambassadeur à l’ONU Danny Danon a profité de la crise pour accuser l’Espagne d’hypocrisie, qualifiant Ceuta et Melilla d’« enclaves coloniales » et liant explicitement la question aux critiques formulées par Madrid à l’encontre de l’occupation des territoires palestiniens. Le message était clair: un gouvernement qui dénonce le colonialisme israélien doit s’attendre à ce que sa propre souveraineté sur les villes nord-africaines soit elle aussi remise en cause. Le ministre espagnol des transports, Óscar Puente, a réagi en soulignant que la nature de la campagne contre l’Espagne devenait de plus en plus évidente.
Il ne s’agit pas non plus d’une rhétorique totalement nouvelle. En mai 2019, Yair Netanyahu, le fils de l’actuel Premier ministre israélien, a publié une carte de Ceuta, Melilla et des autres possessions espagnoles en Afrique du Nord en invitant les «Arabes et musulmans» à commencer par ces territoires la libération des terres qu’ils considéraient comme occupées. Après les protestations, il a précisé que sa provocation était une réponse au soutien espagnol aux organisations favorables à la fin de l’occupation israélienne de la Cisjordanie. Déjà à l’époque, donc, la menace de délégitimer la présence espagnole à Ceuta et Melilla était utilisée comme représailles politiques à la position de Madrid sur la Palestine.
Le Maroc, par ailleurs, ne doit pas être décrit comme un simple exécutant sans volonté propre. La monarchie poursuit un projet autonome de puissance régionale : consolider l’annexion du Sahara occidental, contenir l’Algérie, contrôler les routes migratoires et se présenter à l’Europe comme interlocuteur incontournable. C’est précisément cette autonomie d’intérêts qui rend la convergence avec les États-Unis et Israël efficace. Rabat met à disposition sa position géographique, ses infrastructures militaires et de renseignement, et la normalisation avec Tel Aviv ; en échange, elle reçoit une légitimation territoriale, des armements, une coopération stratégique et une protection diplomatique.
La tragédie des migrants est ainsi instrumentalisée à plusieurs niveaux. Rabat peut utiliser leur désespoir pour rappeler à Madrid que la stabilité de la frontière dépend de la coopération marocaine. Washington utilise les images de Ceuta pour alimenter sa propre offensive contre l’immigration et contre les gouvernements européens non alignés. Tel Aviv s’en sert pour attaquer l’un des principaux soutiens européens de la Palestine et pour mettre sur le même plan l’occupation israélienne et la souveraineté espagnole sur les deux villes. Enfin, les droites espagnoles et européennes exploitent la crise pour réclamer de nouvelles mesures répressives et affaiblir le gouvernement.
Derrière cette opération, il reste les victimes: les jeunes Marocains poussés à fuir par un système marqué par les inégalités, les migrants africains transformés en instruments de négociation, et le peuple sahraoui privé depuis plus d’un demi-siècle du droit de décider de son avenir. La réponse ne peut pas consister seulement en la militarisation de Ceuta. Elle doit commencer par la dénonciation du chantage migratoire, le rejet de la campagne de propagande israélo-américaine et le retour à une position cohérente sur le Sahara occidental. On ne peut en effet défendre le droit à l’autodétermination des Palestiniens tout en acceptant que celui des Sahraouis soit sacrifié aux intérêts géopolitiques de la monarchie marocaine.
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vendredi, 17 juillet 2026
La rupture de Tucker Carlson et l’érosion du consensus en politique étrangère

La rupture de Tucker Carlson et l’érosion du consensus en politique étrangère
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Tucker Carlson, républicain fidèle depuis 35 ans, quitte le parti et veut contribuer à la création d’une troisième force. Il ne souhaite pas se présenter lui-même. Ce n’est pas sa personne qui importe, mais la question que soulève sa rupture: qui définira à l’avenir ce que signifie «America First» – et quelles seront les conséquences pour ceux qui comptent sur les garanties de sécurité américaines?

La comparaison avec Elon Musk s’impose, mais elle mène à des diagnostics différents. La rupture de Musk en 2025 concernait le récit fiscal du trumpisme – la dette et les déficits restant élevés malgré la rhétorique des réformes. Son «America Party» est aujourd’hui largement hors-jeu. La rupture de Carlson touche la deuxième grande colonne de l'édifice trumpien: la promesse de mettre fin à l’interventionnisme militaire. La guerre contre l’Iran a réduit cette promesse à néant.
L’alliance qui en découle n’est plus seulement une rhétorique de talk-show, elle revêt désormais une réelle substance politique: Républicains et Démocrates votent parfois ensemble au Congrès contre l’escalade militaire. Marjorie Taylor Greene, jadis alliée la plus fidèle de Trump, explore publiquement les possibilités de créer un parti «authentiquement centré sur l’Amérique».
À droite, la résistance vient du rejet des guerres de changement de régime et de l’attachement à Israël; à gauche, elle puise dans l’ancienne critique du complexe militaro-industriel et du lobby israélien à Washington. Ce qui unit surtout les deux camps: la colère contre un establishment de politique étrangère qui, au-delà des clivages partisans, poursuit la même ligne. Sur la migration, l’avortement ou les impôts, rien ne les rapproche – c’est une coalition de rejet, pas un parti.
Ce qui importe, c’est de savoir si cette rupture est cyclique ou structurelle. Les chiffres penchent pour la structure: 45% des Américains s’identifient désormais comme indépendants – un record, Républicains et Démocrates n’atteignant chacun que 27%. Sur l’Iran et Israël, la ligne de fracture ne passe pas entre les partis mais en leur sein: 85% des républicains de plus de 50 ans soutenaient l’intervention militaire contre l’Iran, contre seulement 58% des moins de 50 ans. Concernant Israël, déjà 57% des jeunes républicains ont une opinion négative du pays – contre la ligne du parti.
Pour nous, cela confirme ce que nous savions déjà, ce n’est pas une surprise. Le consensus en politique étrangère auquel la politique allemande s’est si longtemps soumise – la loyauté envers l’alliance avant les intérêts propres, la politique de sanctions au lieu d’un partenariat énergétique pragmatique avec la Russie, sur le gaz de laquelle notre prospérité a reposé pendant des décennies – n’a jamais résulté d’une large majorité américaine. Il s’agissait d’un projet de l’establishment de Washington, soutenu par les think tanks, les groupes de pression et un appareil de sécurité qui traverse les deux partis. Que ce soient justement des pans entiers des Républicains et des Démocrates qui se soulèvent désormais ensemble contre cet appareil montre que la ligne prétendument inévitable du transatlantisme a toujours été un choix politique – pas une fatalité.
Pour le débat allemand, cela signifie: ceux qui continuent de subordonner leurs propres intérêts – économiques comme diplomatico-militaires – au consensus d’un establishment qui perd lui-même du terrain aux États-Unis, ne défendent plus un partenariat stratégique, mais une fiction d’inéluctabilité que même les Américains remettent de plus en plus en question.
Carlson ne fondera probablement pas de parti. Mais il montre que le consensus auquel Berlin s’est si longtemps soumis est plus fragile dans son propre pays d’origine que les atlantistes allemands ne veulent bien l’admettre.
#géopolitique@global_affairs_byelena
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lundi, 06 juillet 2026
La Troisième Guerre Mondiale est encore en préparation

La Troisième Guerre Mondiale est encore en préparation
Cristi Pantelimon
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621
La seule manière pour les États-Unis de rester aux commandes des affaires mondiales est une guerre mondiale, c’est-à-dire un conflit à grande échelle dans lequel les États-Unis endossent le rôle d’arbitre et non de participant direct.
L’imagination des stratèges américains n’est pas très riche, c’est pourquoi on répète des schémas datant d’il y a un siècle – par exemple, le réarmement de l’Allemagne et sa préparation au combat contre l’URSS.
Aujourd’hui, l’ennemi désigné, à première vue, c’est la Russie, car la Russie est en action, mais la vraie cible est surtout la Chine, le grand rival stratégique de l’Amérique.
Un point doit être souligné : pour les Américains, peu importe qui remportera le combat.
Le réarmement de l’Europe, conçu soi-disant pour sa défense contre Poutine, peut très bien mener à la ruine de l’Europe. Tant mieux ! Ce qui importe, c’est la guerre et l’arbitre (les États-Unis) dans l’ombre, non son résultat.
De même, le réarmement du Japon, qui ne peut se faire qu’en opposition à la Chine, ne signifie pas que les Américains souhaitent vraiment – ou espèrent – que le Japon l’emporte (tout comme ils n’espèrent pas que l’Ukraine l’emporte sur la Russie). La stratégie est plus cynique : l’important est de provoquer la guerre.
Et les États qui produisent ou achètent des armes (le fameux 5 % du PIB), une fois saturés de technologie militaire, peuvent facilement être dressés les uns contre les autres.
Le cas ukrainien est exemplaire. Une Ukraine bien armée sera toujours une cible pour la Russie. Mais il en va de même pour la Pologne ou un État balte. La tension monte, l’histoire européenne, avec toutes ses tragédies passées, attend cela : la course à l’armement entre voisins. Les motifs de guerre ne manquent jamais !
Voici ce qu’écrit le PDG de Palantir dans un livre d’une franchise typiquement américaine sur la politique d’armement des alliés des États-Unis :
1. Allemagne
« Une résistance face à de nouveaux investissements militaires a, bien sûr, été particulièrement répandue en Allemagne. Günter Grass, romancier et auteur du “Tambour”, s’est célèbrement opposé à la réunification de l’Allemagne de l’Est avec l’Allemagne de l’Ouest, arguant qu’un État allemand unifié pourrait ouvrir la possibilité d’un nouvel Auschwitz. En 1991, il écrivait : “Rien – ni le sentiment d’appartenance nationale, aussi idyllique soit-il dépeint, ni la certitude de la bonne volonté des générations nées après la guerre – ne peut modifier ou effacer l’expérience que nous, criminels, avec nos victimes, avons vécue en tant qu’Allemagne unie.”
Pourtant, la neutralisation de facto du pays au cours des cinquante dernières années a eu des conséquences. Le retrait d’une Allemagne forte et affirmée a sans doute contribué à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Vladimir Poutine a correctement calculé qu’il ne paierait pas un prix significatif pour cette action. Après des décennies d’autoflagellation, l’armée allemande en était venue à ressembler davantage à une caricature de force armée authentique. »
2. Japon
« Il en va en grande partie de même pour le Japon. La démocratie la plus riche de la région aurait aujourd’hui encore besoin du soutien des États-Unis pour repousser – et a fortiori survivre à – une invasion à grande échelle (...)
La faute n’a pas été de dissoudre l’armée impériale japonaise et d’adopter des garanties juridiques destinées à empêcher sa reconstitution dans l’immédiat après-guerre. L’erreur a été de maintenir cette politique pendant trois quarts de siècle, malgré la transformation de l’ordre mondial, y compris l’ascension d’une Chine de plus en plus puissante et affirmée, ainsi que d’une Russie redevenue ambitieuse.
Le désarmement et la privation de l’Allemagne d’une capacité militaire significative ont constitué une réaction excessive, pour laquelle l’Europe paie désormais un lourd tribut. Un engagement similaire, largement théâtral, envers le pacifisme japonais menace, s’il est maintenu, de modifier également l’équilibre des forces en Asie. »
La conclusion est simple, à l’image de l’histoire récente !
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Le conflit permanent contre l’Europe

Le conflit permanent contre l’Europe
par Daniele Perra
Source : Daniele Perra & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/un-conflitto-cont...
En campagne électorale, Donald J. Trump avait affirmé qu’il mettrait fin au conflit en Ukraine dans le mois suivant son élection. Aujourd’hui, près de deux ans plus tard, la situation est bien différente. Ou, ce qui est beaucoup plus probable, Trump mentait en toute connaissance de cause, comme à son habitude. Le conflit en Europe de l’Est est en effet fonctionnel aux plans de «reconstruction» industrielle des États-Unis. Plus précisément, les Américains, selon Trump et le secrétaire général de l’OTAN, vont se «contenter» de produire des armes que les Européens (contraints de porter leurs dépenses militaires à 5% du PIB) devront payer, avant d’en céder une partie à l’Ukraine.
Evidemment, l’objectif est aussi de provoquer la désindustrialisation de l’Europe ; une stratégie qui a été amorcée dès le début des années 2000 et a été révélée en son temps par Edward Snowden. Celui-ci a en effet mis en lumière comment la NSA a pu espionner toutes les communications internes de l’entreprise allemande Volkswagen, afin d’obtenir des avantages compétitifs pour l’industrie automobile américaine (la fameuse « Opération Dragonfish »). C’est assez curieux si l’on pense que les États-Unis accusent constamment la Chine d’espionnage industriel.
Quoi qu’il en soit, ce processus s’est poursuivi avec le démantèlement de la relation économique entre les ressources énergétiques russes et le potentiel industriel de l’Europe occidentale: conflit ukrainien, sabotage du Nord Stream à la clé, et réarmement allemand en accord avec les plans de Palantir, qui vise à utiliser l’Allemagne en tant qu’outil anti-russe (voir « The Technological Republic » d’Alex Karp). La diffusion de la russophobie, en ce sens, est essentielle pour insister sur le réarmement européen et maintenir en vie le complexe militaro-industriel américain; revitaliser la «rust belt» et achever de détruire également l’industrie automobile européenne.
Aujourd’hui, nous assistons à une nouvelle phase d’aggravation du conflit, que la Russie continue de gagner territorialement (mais très lentement), mais de perdre sur le plan sensationnaliste et propagandiste (même si les attaques ukrainiennes sur le territoire russe posent désormais de graves problèmes à Moscou). Un conflit, à mon sens, désormais dépourvu de sens, surtout pour l’Europe qui, si elle n’était pas gouvernée par une élite corrompue et servile, devrait tout faire pour y mettre fin avant qu’il ne soit trop tard.
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lundi, 29 juin 2026
L’ordre mondial post-américain naît aux sources de l’histoire

L’ordre mondial post-américain naît aux sources de l’histoire
Adrian Severin
Source: https://www.estica.ro/news/ordinea-mondiala-post-american...
À Versailles, dans la galerie des Glaces où l’on peut, avec l’œil de l’esprit, contempler les images de la grandeur et du déclin de la monarchie française, là où fut proclamé le Deuxième Reich allemand après la victoire de la Prusse sur l’Empire de Napoléon III, et où le “Tigre” Clemenceau a imposé à l’Allemagne une paix abusive, non seulement sévère mais aussi injuste, à la fin de la Première Guerre mondiale, rendant ainsi inévitable la Seconde Guerre mondiale, suivie par la Guerre froide, puis par l’unipolarisme de la paix américaine aujourd’hui expirée, le Président Donald Trump, sous les yeux des membres du G7, a signé dans un geste destiné à souligner la grandeur du moment, un mémorandum qui met officiellement fin à la guerre menée sans déclaration entre les États-Unis et l’Iran.

Les puissances européennes impuissantes ont salué ce geste, dans l’espoir qu’en mettant fin à la guerre au Moyen-Orient, ils obtiendront, aux sens propre et figuré, un accès à des sources d’énergie à des prix raisonnables, leur permettant de poursuivre la guerre en Ukraine.
Séparément, le mémorandum a également été signé par le président iranien, qui l’a présenté au peuple iranien dans une photo diffusée par les médias. Le guide suprême, l’ayatollah Mojtaba Khamenei, a pour sa part déclaré que, malgré quelques réserves initiales, il a décidé de soutenir le document et a exhorté le peuple à être fier de cette réalisation obtenue grâce à son courage, ses sacrifices et son patriotisme.
Dans ce contexte, se pose la question de savoir qui a perdu et qui a gagné dans la guerre américano-iranienne, déclenchée par les États-Unis avec leurs propres objectifs géostratégiques mais aussi sous l’insistance de leur alter ego israélien, ainsi que des effets de la manière dont ce conflit s’est terminé ou est prévu de se terminer selon un accord de volonté principal entre les principaux belligérants.
LES TROIS GUERRES ASIATIQUES DE L’AMÉRIQUE
Au Moyen-Orient, les États-Unis ont mené une triple guerre :
1) une guerre explicite et directe contre l’Iran ;
2) une guerre implicite et directe contre Israël ;
3) une guerre implicite et indirecte contre la Chine.

1. La résilience stratégique perse.
Dans la guerre avec l’Iran, les États-Unis ont subi une défaite stratégique majeure, consistant en la perte de leur capacité de dissuasion (désormais, personne, et en particulier l’Iran, ne croit plus en l’omnipotence américaine et n’a plus peur de défier ses ordres), ainsi qu'en leur capacité de séduction et de fédéralisation (désormais, personne, et en particulier les États arabes du Golfe, ne croit plus aux garanties américaines de protection contre leurs rivaux régionaux ou les grandes puissances mondiaux).
Cela poussera tous les pays du Moyen-Orient à rechercher d’autres arrangements sécuritaires dans le cadre d’une architecture conçue sur le plan régional, sans apports extérieurs. Par exemple, les monarchies sunnites du Golfe chercheront des solutions de sécurité collective en coopération avec l’Iran chiite, plutôt qu’en affrontant l’Iran sous le parapluie promis par les États-Unis.
2. Le décalage stratégique israélien.
Dans la guerre avec Israël, les États-Unis ont obtenu une victoire d’étape, ayant une valeur stratégique, en parvenant à découpler l’agenda américain de celui d’Israël, victoire qui demande cependant à être consolidée (une fois n’est pas coutume) dans le domaine de la politique intérieure américaine, dans la relation entre l’agenda des intérêts vitaux de l’Amérique et l’agenda du lobby sioniste israélien aux États-Unis.

Dans tous les cas, comprenant que le soutien inconditionnel américain à l’agenda sioniste israélien n’est plus d’actualité, Israël sera finalement obligé de trouver des solutions au niveau régional, en tant que membre du Moyen-Orient, et non comme un alter ego, une incarnation locale des États-Unis.
3. La rivalité stratégique chinoise.
Dans la guerre avec la Chine, les États-Unis sont arrivés à un match nul stratégique (consacré lors de la rencontre Trump-Xi à Pékin) qui a légitimé et ordonné la rivalité stratégique entre eux, consacrant un G2 comme noyau dur d’un monde objectivement multipolaire en passe de devenir un ordre multipolaire. Conjugué à la “Paix d’Anchorage” et au “Partenariat russo-chinois sans limites”, la “Paix de Pékin” suggère, au moins à moyen terme, la viabilité d’un futur ordre tripolaire discipliné par un G2+1. Cela conduit à un nouveau statu quo au Moyen-Orient, ainsi qu’à une nécessaire refondation de l’UE (l’alternative à la refondation de l’UE étant sa disparition).
LE TRÉPIED DE LA SÉCURITÉ MOYEN-ORIENTALE…
Actuellement, au Moyen-Orient, les États musulmans ont une politique intérieure basée sur les enseignements du Coran, mais une politique étrangère guidée par la logique du réalisme géopolitique, tandis qu’Israël a une politique intérieure d’inspiration séculière, mais une politique étrangère fondée sur la conception de l’Ancien Testament. Dans les deux cas, par un effet de retour, la politique étrangère influence aussi l’évolution de la politique intérieure. Il en résulte que le principal danger pour la paix dans la région trouve son origine dans le pathos mystique qui enveloppe le besoin, par ailleurs légitime, de sécurité d’Israël, cette sécurité étant proclamée en termes millénaristes et messianiques, servant ainsi de couverture à un inacceptable impérialisme sioniste à visage religieux.
Dans ces conditions, la sécurité et la stabilité régionales, au moins pour une longue période à venir, jusqu’à l’intégration d’Israël dans un système de sécurité collective moyen-oriental, ne peuvent être assurées que par une entente stratégique entre l’Iran, les États arabes du Golfe (surtout l’Arabie Saoudite) et la Turquie. La Chine a déjà aidé, directement et indirectement, explicitement et implicitement, à entamer la normalisation des relations entre ces acteurs.
…ET SES GARANTIES
Le principal problème pour la réalisation du triangle turco-arabo-persan, après des siècles d’hostilité et de divisions induites par les puissances mondiales extérieures à la région, est le manque de confiance. Or, sans confiance, il n’y a pas de progrès.
Ce manque de confiance rend indispensable l’implication de garants tiers, ayant une fonction de modération et de médiation, et non de discipline et d’arbitrage. Contrairement aux anciennes superpuissances militarisées et militaristes de la Guerre froide, ces garants doivent intervenir non pas par leur capacité à sanctionner, mais par leur capacité à stimuler ; non pas en ajustant de l’extérieur le rapport de forces entre les acteurs régionaux et en armant de manière sélective et discriminatoire, mais en les impliquant dans des projets communs de développement, fondés sur la solidarité de leurs intérêts ; non pas par la terreur induite par l’inégalité des niveaux de puissance, mais par l’harmonie générée par l’égalité des niveaux de développement et l’accès égal aux instruments du développement ; non pas par l’endoctrinement, la domination et l’arbitrage, mais par la communication, la concertation et la coopération.

Une telle approche peut caractériser une puissance continentale traditionnelle, non expansionniste, légitimiste, non militariste et conservatrice comme la Chine (la Chine a été conservatrice et confucéenne même à l’époque de la révolution communiste), et non une puissance maritime, traditionnellement expansionniste et militariste, comme les États-Unis.
LE MULTIPOLARISME ORIENTAL À LA RECHERCHE D’UN ORDRE GLOBAL POST-AMÉRICAIN
En phase avec les évolutions mondiales, le conflit armé imprudemment déclenché par les États-Unis au Moyen-Orient a mis fin à l’ordre construit et dominé par l’Amérique, sur les ruines duquel émerge un monde multipolaire. Une telle réalité exige aussi un ordre multipolaire, qui ne peut naître que par le consensus des membres de la communauté internationale.
L’Iran a subi de sérieux coups tactiques dans cette guerre, mais a obtenu une grande victoire stratégique, suffisante pour le ramener au rang de grande puissance régionale.
Cependant, cela se passe dans un nouveau contexte international qu’il ne peut ignorer et qui, tout en lui offrant le bénéfice de la solidarité, lui impose d’éviter toute tentation hégémonique. Tant qu’il restera dans ce cadre (structuré notamment par les BRICS), il n’y aura pas de raison de susciter la crainte des autres puissances régionales, grandes ou petites. C’est précisément pour cela que les puissances concernées auront intérêt à maintenir ce cadre multilatéral, qui ordonnera et stabilisera le mouvement de tous ses membres, leur offrant une sécurité collective.
En conséquence, la réhabilitation de la puissance perse ne conduira pas à un néo-impérialisme perse qui stimulerait des alliances anti-iraniennes entre les monarchies arabes du Golfe et Israël, sous l’égide de nouveaux accords abrahamiques. Au contraire, la cause palestinienne sera redécouverte et revalorisée comme un vecteur de fédéralisation des acteurs régionaux, pour une géopolitique cohérente ayant pour objectif de discipliner Israël et de l’aligner sur les besoins sécuritaires de la région.

ISRAËL ENTRE SÉCURITÉ PAR LA DOMINATION ET SÉCURITÉ PAR L’INTÉGRATION
À partir de maintenant, tout mouvement d’Israël ne sera plus lu à travers le prisme de la lutte contre les menaces existentielles, mais à travers celui du projet du Grand Israël, du Nil à l’Euphrate. Un projet qui menace tout l’équilibre régional, hostilise tous les pays directement concernés, ainsi que la Turquie néo-ottomane ou le Pakistan nucléaire, et les unit dans un effort non pas pour détruire Israël — car il est aussi nécessaire à la construction de l’ordre régional — mais pour en faire un acteur de cet ordre, respectueux de ses règles.
Même si l’agenda israélien dans la guerre contre l’Iran, la Syrie, le Liban ou le Yémen, ainsi que, pour l’instant, seulement au niveau rhétorique, contre la Turquie, était différent de celui des États-Unis dans la région, la défaite stratégique du principal protagoniste implique aussi la défaite stratégique de son accessoire israélien face à l’Iran et aux autres États arabes.
Le fait est qu’Israël a perdu à la fois la guerre contre l’Iran et celle contre les États-Unis. Le monde arabe (y compris l’Égypte et peut-être même la Jordanie) ne tardera pas à savourer le moment tant attendu de ce règlement de comptes.
Même si Israël affirme que la paix négociée par Trump ne le concerne pas, tentant de s’autonomiser par rapport à la stratégie américaine, il est certain que la défaite de Trump l’implique.
Dans ce contexte, l’État palestinien, séparé ou intégré dans une formule dualiste ou confédérale, qui à l’“ère Netanyahu” était vu comme une menace héréditaire à l’existence d’Israël, pourrait devenir son salut.
DONALD TRUMP: UN VAINCU VICTORIEUX ?
Beaucoup accusent le Président Trump de la défaite stratégique subie, consécutive à l’intervention militaire en Iran sans objectifs clairs ou avec des objectifs irréalistes et irréalisables.
Mais l’administration Trump a-t-elle vraiment subi une telle défaite ? Quelle Amérique a été stratégiquement vaincue au Moyen-Orient ?
Il y a des victoires qui valent une défaite et des défaites qui valent une victoire.
En perdant face à l’Iran, Trump a vaincu les instincts impériaux exclusifs américains, attisés par le narcissisme et un dangereux complexe de supériorité, qui poussent les États-Unis à s’accrocher à un statut de superpuissance mondiale qu’ils ne peuvent plus justifier, continuant vainement à revendiquer les privilèges correspondants et résistant à la naissance d’un ordre mondial post-américain, alors que c’est précisément dans ce nouvel ordre, aux côtés d’autres acteurs mondiaux, que l’Amérique pourrait redevenir grande.
En ce sens, la défaite d’une Amérique liée à un passé révolu représente la victoire de l’Amérique d’un avenir possible.
Pour se réveiller à la réalité et comprendre que ce qui lui paraît inacceptable est en fait inévitable, les États-Unis devaient perdre une guerre. Donald Trump a-t-il calculé de donner à son pays cette défaite révélatrice et salvatrice dans une confrontation avec l’Iran, plutôt que dans une guerre catastrophique (et vraiment nucléaire) avec la Russie ou la Chine ?
En tout cas, on observe que les premiers bourgeons d’un nouvel ordre mondial émergent dans l’Ancien Monde, là où se situent les sources de l’histoire, et non dans le Nouveau Monde. La grandeur du Nouveau Monde décline à mesure que la civilisation humaine, dans sa marche vers l’ouest, retourne à ses origines orientales. La reconquête de cette grandeur dépend non pas de la ténacité à s’opposer à l’émergence du nouvel ordre issu de racines antiques, mais de la sagesse à s’associer à son essor.
C’est pourquoi la défaite de l’Amérique en Iran pourrait, à long terme, valoir comme une victoire. Une victoire non pas contre l’Iran ou la Chine, mais contre ses propres obsessions dominatrices et la frivolité sénile d’un empire moribond.
20:16 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, moyen-orient, proche-orient, israël, états-unis, iran, ordre post-américain |
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samedi, 27 juin 2026
La dangerosité des États-Unis

La dangerosité des États-Unis
par Alessandro Volpi
Source : Alessandro Volpi & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/la-pericolosita-d...
La dangerosité des États-Unis se perçoit quand on tient compte de certains chiffres qui sont très explicites. J’en ai déjà parlé par ailleurs, mais je souhaite essayer de les présenter ici clairement.
1. La dette fédérale approche désormais les 40.000 milliards de dollars. Le coût annuel des intérêts atteint 1200 milliards de dollars. Les rendements des obligations à dix ans dépassent 4,5%. L’assurance contre le risque de défaut de la dette américaine est la plus coûteuse parmi celles concernant les dettes des principaux pays du monde. Les acheteurs étrangers de la dette américaine sont tombés à 25% du total et les adjudications voient une demande à peine supérieure à l’offre, ce qui rend l’intervention des banques américaines fondamentale, alors qu’elles sont déjà saturées de titres qui valent de moins en moins. Aujourd’hui, la dette publique américaine représente 40% de la dette publique mondiale.
2. Le dollar a perdu 11% par rapport à un panier de devises mondiales et continue d’afficher une tendance à la baisse qui ne s’explique pas seulement par la volonté de l’administration américaine de favoriser les exportations grâce à une monnaie faible, mais aussi par une crise de crédibilité internationale. La part des actifs en dollars dans les banques centrales du monde s’est effondrée à un peu plus de 50%, et dans le cas des fonds souverains, elle est même descendue à 48%.
3. Le déficit du compte courant a atteint le record de représenter les deux tiers du déficit global de la planète, tandis que le déficit commercial, bien qu’il se soit partiellement réduit, reste autour de 56 milliards de dollars en mai 2026.


4. La production industrielle américaine stagne à un peu plus de 0%, et les États-Unis produisent 15% des biens manufacturés mondiaux contre 35% pour la Chine.
5. En juin, l’inflation a dépassé les 4,2% et continue d’augmenter, et la persistance de la crise du détroit d’Ormuz la fera encore croître. Dans ce contexte, les espoirs de Trump de ne pas importer les effets inflationnistes de la guerre et des droits de douane se sont révélés vains, rendant de plus en plus concrète la perspective d’une hausse des taux par la Fed de Kevin Warsh, ce qui aura un impact très dur sur le coût de la dette publique et privée. Cela entraînera une contraction de la consommation, qui aux États-Unis repose sur l’endettement et représente un élément essentiel du PIB, estimé à fin 2026 autour de 1,5%.
6. Les bourses américaines sont en pleine bulle financière. Le ratio Cours/Bénéfice (Price/Earnings) estimé à 12 mois est de 21,5. Ce chiffre est nettement supérieur à la moyenne historique des 25 dernières années (qui se situe autour de 17,6x). Cela signifie que le marché est «cher» et que les investisseurs paient une prime élevée pour chaque dollar de bénéfice attendu. En effet, le marché anticipe une croissance des bénéfices de 12 à 14% pour le reste de l’année 2026. Si la production industrielle continue de stagner à 0,1% ou si la consommation venait à baisser en raison de l’inflation (à 4,2%), les entreprises ne pourront pas répondre à ces attentes, déclenchant une correction brutale des prix.
En résumé, les États-Unis ont des dettes gigantesques, dépendent de façon déterminante des prêts consentis par les épargnants et investisseurs du monde entier, ne peuvent plus imprimer de nouveaux dollars pour couvrir la dette et produisent de moins en moins. C’est pourquoi le dollar perd du terrain. Face à cela, ils enregistrent une gigantesque bulle financière, déconnectée de la réalité et soutenue, à nouveau, par le transfert de l’épargne mondiale vers les titres américains, notamment grâce à l’intervention décisive des grands gestionnaires, à commencer par BlackRock. De plus, et c’est un point décisif, ils subissent une inflation qui réduit le pouvoir d’achat d’une large part de la population américaine, frappée par des taux d’intérêt élevés imposés justement par l’inflation et la faiblesse du dollar.
De tout cela découle la dangerosité de l’ex-Empire, qui se retrouve confronté à un véritable bouleversement de son rôle dans les hiérarchies mondiales, un changement que la politique et même la culture populaire des États-Unis devraient affronter, après avoir cultivé pendant des décennies le culte de la suprématie. Il me semble que la situation est vraiment difficile, et dangereuse.
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vendredi, 26 juin 2026
Pax Silica: la Norvège se soumet à la dictature technologique des États-Unis

Pax Silica: la Norvège se soumet à la dictature technologique des États-Unis
Par Øyvind Andresen
Source: https://steigan.no/2026/06/pax-silica-norge-underlegger-s...
Pax Silica est présentée comme une coopération internationale volontaire en matière de technologie et de sécurité. En réalité, cette initiative est un outil américain destiné à contrôler les chaînes de valeur mondiales pour l’IA et les semi-conducteurs – et à contraindre les alliés, y compris la Norvège, à se plier à une dictature géopolitique dirigée contre la Chine. Israël joue un rôle clé dans Pax Silica.
L’initiative Pax Silica, dirigée par les États-Unis, a été lancée à Washington le 12 décembre 2025. Officiellement, son objectif est d’assurer la sécurité des chaînes d’approvisionnement en intelligence artificielle (IA), en semi-conducteurs et en matières premières critiques, ainsi que de protéger les technologies sensibles et de promouvoir l’innovation.
Les sept membres fondateurs sont l’Australie, Israël, le Japon, Singapour, le Royaume-Uni, la Corée du Sud et les États-Unis. Pax Silica dépend du département d’État américain et est dirigée par Jacob Helberg, secrétaire d’État adjoint chargé de la croissance économique, de l’énergie et de l’environnement.
Le nom s’inspire de la «Pax Romana». «Pax» signifie paix, tandis que «Silica» fait référence au silicium – un élément clé des puces informatiques modernes. Selon Reuters, l’un des objectifs centraux est de constituer un contrepoids à l’influence de la Chine dans le domaine de l’IA et de l’accès aux minéraux stratégiques.
D’autres pays ont rejoint l’initiative par la suite: les Émirats arabes unis, les Philippines, la Finlande, la Grèce, l’Inde, le Qatar et la Suède. Taïwan s’est rallié aux principes qui sous-tendent l’initiative.

Washington, 6 mai 2026 : Le secrétaire d’État américain chargé de la croissance économique, de l’énergie et de l’environnement, Jacob Helberg, et l’ambassadrice de Norvège Anniken Huitfeldt signent l’adhésion de la Norvège à Pax Silica. Photo : U.S. Department of State
En mars de cette année, les États-Unis ont annoncé la création d’un fonds lié à Pax Silica, d’une valeur de plus de mille milliards de dollars. Le New York Times a décrit ce projet comme un consortium international, qualifié par Helberg de «coalition de fonds souverains et d’investisseurs institutionnels».
L’adhésion de la Norvège – sans transparence
En mai de cette année, la Norvège a rejoint Pax Silica: l’ambassadrice de Norvège aux États-Unis, Anniken Huitfeldt, a signé l’accord le 6 mai (voir photo ci-dessus). À cette occasion, le sous-secrétaire d’État Helberg a déclaré, sur le site officiel du Département d’État des États-Unis:
« Aujourd’hui, les États-Unis accueillent le Royaume de Norvège au sein de Pax Silica. La Norvège n’est pas étrangère à la confiance que nous construisons. Depuis des décennies, la Norvège est aux côtés des États-Unis et de nos alliés sur les questions qui comptent le plus – sécurité énergétique, sécurité maritime, sécurité technologique, sécurité du capital.
La Norvège apporte une véritable force à cette coalition. L’une des flottes marchandes les plus importantes au monde. Des minéraux critiques, dont des terres rares à Fen. Une énergie hydraulique qui peut garantir la capacité de calcul dont nos économies auront besoin. »
Sur le site d’information Semafor, Helberg précise ce que la Norvège doit apporter à Pax Silica :
« La Norvège abrite le plus grand fonds souverain du monde, et la profondeur de ce capital institutionnel combinée aux réserves de minéraux critiques est importante », a déclaré Jacob Helberg, sous-secrétaire d’État aux affaires économiques, lors d’un entretien.
Autrement dit: les attentes envers ce que la Norvège doit offrir à cette initiative sont importantes: le fonds pétrolier, la flotte marchande, les minéraux critiques – dont le gisement de Fen – et l’hydroélectricité. Ce n’est pas peu de choses qui sont mises sur la table.
Et qu’en retire la Norvège? Selon le gouvernement, cette initiative devrait permettre à l’industrie et aux entreprises norvégiennes d’obtenir un bon accès au marché et de mieux accéder aux chaînes de valeur technologiques avancées. Mais cela semble très peu engageant.
Que propose la Norvège pour son adhésion à Pax Silica ?
Pax Silica n’a pas de cotisation formelle, mais la coopération suppose des investissements et une adaptation stratégique. Selon l’article « Les États-Unis ont un plan » d’Evgeny Morozov dans Le Monde diplomatique (juin 2026), chaque nouveau pays membre doit présenter une offre concrète.
L’Inde s’est engagée à investir 210 milliards de dollars provenant de ses oligarques pour construire une infrastructure d’IA sur des plateformes technologiques américaines. Les Émirats arabes unis ont proposé que leur entreprise d’IA, G42, rompe tous ses liens avec la Chine et conclue des partenariats avec Microsoft.
Ce que la Norvège a proposé, en revanche, n’est pas connu publiquement.
L’adhésion de la Norvège à Pax Silica s’est faite à huis clos, sans vote au Storting (parlement) et sans débat public, bien que cet accord soit probablement l’acte diplomatique le plus important de la Norvège cette année.

À ma connaissance, seul le parti Rødt a protesté: le député Bjørnar Moxnes a déclaré à Nettavisen le 10 mai :
« Le gouvernement se trompe sur l’objectif d’indépendance stratégique vis-à-vis des régimes autoritaires s’il pense qu’une coopération accrue avec les États-Unis de Trump et l’Israël de Netanyahou via Pax Silica est la solution. »
Les États-Unis sanctionnent les pays désobéissants
Pax Silica est présentée comme un accord d’intention non contraignant, mais fonctionne en réalité comme un instrument de pouvoir destiné à promouvoir les intérêts économiques et stratégiques américains dans la rivalité avec la Chine.
Morozov décrit dans Le Monde diplomatique comment les États-Unis ont fait pression sur la Malaisie pour qu’elle abandonne ses projets de stratégie nationale d’IA basée sur la technologie du chinois Huawei.

Les Pays-Bas aussi se sont heurtés aux États-Unis. Le pays a assisté à la réunion fondatrice à Washington, mais a refusé de signer. La raison: la volonté de protéger la société néerlandaise ASML, premier fournisseur mondial de machines de lithographie pour l’industrie des semi-conducteurs – la plus grande entreprise technologique d’Europe.
Les États-Unis ont mis en place des contrôles à l’exportation pour empêcher la vente de technologies avancées, y compris les machines d’ASML, à la Chine. Washington justifie ces mesures par la sécurité, mais la direction d’ASML affirme depuis longtemps que ces mesures sont d’abord motivées par des raisons économiques. Le gouvernement néerlandais a adressé des protestations officielles. Si les Pays-Bas refusent de se plier aux exigences américaines, ils risquent des sanctions.
Israël comme partenaire d’ancrage
Israël est l’un des membres fondateurs de Pax Silica, sur l’initiative directe du Premier ministre Benjamin Netanyahou. Helberg a qualifié Israël de «partenaire d’ancrage», faisant référence à l’écosystème technologique du pays et à sa capacité à obtenir des «résultats asymétriques» par rapport à sa taille.
Cela a été souligné lors d’une réunion à Jérusalem le 16 janvier de cette année entre les autorités israéliennes et américaines, à laquelle Helberg a participé avec des représentants de l’administration israélienne de l’IA.
Sources :
https://www.gov.il/en/pages/israel-and-the-united-states-...
Today, we gathered in the ancient City of David in Jerusalem, setting a vision for the future of our economies while standing directly on the ruins of the Ancient World—foundations laid over three thousand years ago. In most places, ruins are a reminder of what was lost. But… pic.twitter.com/VcLMCifqC0
— Under Secretary of State Jacob S. Helberg (@UnderSecE) January 16, 2026
https://www.jns.org/u.s.-news/trump-nominee-for-economic-...
Israel, US plan AI hub with SMR power – Nuclear Engineering International : https://www.neimagazine.com/news/israel-us-plan-ai-hub-wi...
Minerals Are the New Code: Norway, Pax Silica, and the Alliance Being Built Around the AI Supply Chain – Center for Cyber Diplomacy and International Security : https://cybercenter.space/2026/05/06/minerals-are-the-new...
https://en.globes.co.il/en/article-us-tech-park-in-negev-...
https://jstribune.com/a-peace-etched-in-silicon
https://trinitymirror.net/norway-joins-pax-silica-initiat...
https://www.aei.org/op-eds/a-peace-etched-in-silicon/
Cet article a été publié sur le blog d’Øyvind Andresen: https://andresensblogg.no/
18:21 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, pax silica, norvège, états-unis |
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