samedi, 06 juin 2026
La perte de la fierté sexuelle

La perte de la fierté sexuelle
Source: https://www.heliodromos.it/la-perdita-dellorgoglio-sessua...
La déesse Artémis, Diane pour les Romains, était une vierge chasseresse et protectrice des jeunes filles ayant atteint l’âge de neuf ans, lesquelles formaient sa suite. Il était strictement interdit à tout homme de les regarder nues lorsqu’elles se baignaient dans les ruisseaux sauvages ou les lacs paisibles. Actéon, éduqué à la chasse par le centaure Chiron, les surprit un jour au bain, pendant une partie de chasse dans les bois ; pour le punir, la déesse le transforma en cerf, faisant de lui une proie au lieu d’un chasseur, et ses propres chiens (mastiffs et lévriers) le déchirèrent, ne le reconnaissant pas à cause de cette transformation fatale.
Comme on le sait, les mythes du passé conservent à travers les siècles leur capacité intacte à expliquer ce qui se passe dans l’âme humaine ; ils peuvent donc contribuer à forger une idée précise même sur ce qui nous est présenté comme une urgence sociale, telle que la série des (soi-disant) féminicides, qui se répètent à intervalles réguliers, et qui seraient autrement incompréhensibles en l’absence de repères solides. Et, malgré la volonté de les attribuer à un patriarcat innocent, doté d’un alibi inattaquable du fait de son absence de la « scène du crime » — ayant disparu et s’étant éteint dans le monde actuel — il est évident qu’on l’incrimine pour de simples raisons idéologiques et pour porter un coup décisif à la famille traditionnelle.

En réalité, il faudrait renverser les termes du problème, car c’est justement à cause de la disparition de la société patriarcale — capable de transmettre des mythes comme celui de Diane et Actéon ! — qu’on assiste, malgré les déclarations et les apparences, au mépris actuel envers la femme, à sa marchandisation, à son utilisation à des fins matérielles et dégradantes, les anciens interdits et contraintes morales ayant disparu: de la publicité à la pornographie, des professions improbables à l’impossibilité de continuer à être mères et épouses. Dans la civilisation précédente, mais aussi dans notre monde d’hier, ainsi qu’aujourd’hui encore dans les sociétés qui conservent des traits traditionnels, le respect de la femme était absolu, sa défense passait avant tout, et des actes répétés de galanterie (aujourd’hui ridiculisés !) rythmaient les relations entre hommes et femmes.
D’autre part, la culture de la vie célèbre et exalte celle qui donne la vie, tandis que la culture de la mort, au contraire, méprise et attaque tout ce qui renvoie à la vie, à l’amour et à la procréation. Déjà dans le langage des amants, ce lien « pour la vie » est l’un des thèmes les plus fréquents ; l’amoureux, à juste titre, met sa propre vie entre les mains de l’aimée. D’un côté, l’angoisse de la perte, de l’autre, le besoin d’éterniser le lien, indiquent clairement la peur que cette union puisse se briser. Et une fois cela compris, il n’est pas difficile d’attribuer à l’instabilité et à l’inconsistance actuelles des liens affectifs (« mon corps m’appartient et j’en fais ce que je veux ! ») l’issue destructrice à laquelle peuvent être conduits des hommes décentrés et dépourvus de maîtrise de soi: dignes fils du monde moderne.

Toute relation amoureuse, si elle est authentique et non un simple vice ou un passe-temps, ne peut être considérée que comme éternelle, exempte de toute séparation future. D’où le besoin de possession, garanti par la fidélité et défendu par la jalousie. Et cela se produit et a du sens, au-delà et au-dessus de considérations bourgeoises banales. Et la simple idée que cette femme puisse trahir ou passer à un autre représente, surtout pour l’homme actuel, dévirilisé, une fracture mortelle, capable d’atteindre à l’intégrité de l’être, qui trouve précisément dans la relation affective une confirmation.
La fierté assurée par la condition de bonheur et de partage, grâce à la possession absolue de l’autre être, complémentaire et valorisant, au moment où elle est humiliée et remise en question par cette privation soudaine, convertit l’amour en haine, exigeant sa propre destruction, pour être apaisée ou guérie, l’élimination et le meurtre de celle qui a trahi.
C’est pourquoi, une fois que l’on prend conscience d’avoir confié son propre destin existentiel et son équilibre intérieur à quelque chose d’instable et de changeant, il serait nécessaire de faire un effort de réaction et de maîtrise de soi face aux impulsions auxquelles on obéit habituellement, ce que l’homme ordinaire ne possède pas. La fierté masculine et l’amour-propre, en effet, ne peuvent être fondés sur une possession fictive, sur laquelle on n’a aucun pouvoir réel et dont on ne possède aucune garantie de pérennité.
Le dépassement de soi — qui, de surcroît, donnerait à la même expérience érotique des perspectives plus élevées et plus dignes — serait le seul moyen disponible et véritablement utile pour échapper à ce cercle vicieux de passion, d’attachement et de perte ; c’est-à-dire l’impulsion à se valoriser par la possession, et la tendance à sortir de soi-même dans l’union sexuelle, tout comme dans l’expérience héroïque. D’ailleurs, l’eau, privée d’un contenant ou d’un récipient qui lui donne une forme, peut se transformer en un danger mortel, allant jusqu’à provoquer la noyade de celui qui s’y expose, sans défense, à ses tourbillons mortels.

Dans le mythe précédemment évoqué, on a voulu voir en Actéon l’intellect ou la plus haute capacité rationnelle de l’homme, son aspiration constante à la Vérité, qui tente de capturer, c’est-à-dire de connaître la Sagesse divine ou la Vérité, et qui, en raison de son identité avec elle, tend à voir la Beauté divine. Mais l’issue tragique semblerait indiquer l’insuffisante qualification du «chasseur» pour s’approprier la «proie». Offrant ainsi un enseignement supplémentaire: pour que les plus hautes entreprises aboutissent et que la Connaissance soit définitivement acquise, il est nécessaire d’agir avec un esprit pur, sans scories ni entraves de l’ego. Car la pureté fortifie tandis que l’impureté affaiblit. La pureté construit et l’impureté détruit. La pureté édifie et l’impureté pulvérise.
Le vice et la vigueur n’ont rien en commun : vérité inconnue de tant de porteurs d’une virilité de façade, de brutes sentimentales, de féroces égoïstes, d’insensibles profiteurs. La pureté est force, santé, pouvoir et caractère. C’est l’un des attributs divins les plus importants chez l’homme, et il suffirait de peu pour la ramener à la lumière, retrouvant enfin la fierté d’être Homme.
17:14 Publié dans Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : tradition, mythologie grecque, mythologie, amour, actéon |
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