dimanche, 15 mars 2026
L’Iran et l’essor du Croissant chiite - Le rôle stratégique de l’Iran dans le Moyen-Orient multipolaire

L’Iran et l’essor du Croissant chiite
Le rôle stratégique de l’Iran dans le Moyen-Orient multipolaire
par Nuestra América
Nuestra América sur l’Iran en tant que pierre angulaire du monde chiite à l’ère multipolaire.
Dans l’architecture géopolitique du Moyen-Orient et du monde islamique, l’Iran occupe une position singulière : il est le principal État chiite et l’un des rares acteurs capables d’articuler simultanément pouvoir religieux, politique et stratégique. Cette conjonction a fait de Téhéran une pièce maîtresse dans la configuration d’un ordre international de plus en plus multipolaire.
Historiquement, l’Iran s’est imposé comme bastion du chiisme à partir du XVIe siècle, lorsque la dynastie safavide transforma le pays en centre du chiisme duodécimain, le distinguant de l’environnement majoritairement sunnite de la région. Ce processus a fait de l’Iran le principal pôle religieux et culturel du chiisme, une condition qui continue d’influencer sa politique étrangère contemporaine.
Après la Révolution iranienne de 1979, cette dimension religieuse s’est intégrée à une stratégie politique plus large. Le nouvel État iranien a promu un réseau de relations avec les communautés et mouvements chiites dans différents pays, combinant diplomatie religieuse, soutien politique et coopération militaire. Ce réseau s’est progressivement étendu de l’Iran vers l’Irak, la Syrie, le Liban et le Yémen, formant ce que plusieurs analystes appellent le « Croissant chiite », une ceinture d’influence reliant les présences chiites du Golfe Persique à la Méditerranée.

Dans ce cadre, l’Iran agit non seulement comme un État-nation traditionnel, mais aussi comme le centre idéologique et l’organisateur d’une constellation d’acteurs étatiques et non étatiques. Des organisations telles que le Hezbollah au Liban, les milices chiites en Irak et le mouvement houthiste au Yémen ont entretenu des liens politiques, financiers ou militaires avec Téhéran. Ensemble, ils forment ce que certaines études qualifient « d’Axe de la Résistance » face à l’influence occidentale et à des alliés régionaux comme Israël et l’Arabie saoudite.
Ce rôle prend une dimension supplémentaire dans le contexte d’un monde multipolaire émergent. L’Iran se présente comme l’un des nœuds géopolitiques reliant le Moyen-Orient à des acteurs eurasiens plus larges, entretenant des relations stratégiques avec des puissances comme la Russie et la Chine, tout en participant à des réseaux économiques et diplomatiques qui fonctionnent comme des alternatives au système occidental. Bien que ces alliances ne soient ni homogènes ni exemptes de tensions, elles contribuent à situer l’Iran dans un cadre plus large de pouvoirs globaux.
En même temps, l’influence iranienne n’est ni absolue ni homogène. Au sein même des communautés chiites existent diverses tendances religieuses et politiques, et certains pays à forte population chiite maintiennent des positions indépendantes, voire critiques vis-à-vis de Téhéran. La relation entre identité religieuse et géopolitique est donc complexe et dynamique.
En résumé, l’Iran fonctionne comme la pierre angulaire du monde chiite contemporain, non seulement en raison de son poids démographique ou religieux, mais par sa capacité à articuler des réseaux politiques, idéologiques et stratégiques qui dépassent ses frontières nationales. Dans la transition vers un système international multipolaire, ce rôle fait de Téhéran un acteur central pour comprendre les nouvelles configurations informelles au Moyen-Orient et au-delà.
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18:02 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, moyen-orient, iran, croissant chiite, chiisme |
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mercredi, 22 mai 2024
L'héritage de Raisi

L'héritage de Raisi
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/leredita-di-raisi/
Hadi Nasrallah, le chef du Hezbollah, a déclaré que si Téhéran « trouve des preuves » d'une main israélienne derrière la mort de M. Raisi, cela « entraînera un changement géopolitique dramatique qui mettra le feu à toute la région ». Et il a conclu son tweet par « Israël entraîne le monde vers la troisième guerre mondiale ».
Je ne pense pas qu'il faille sous-estimer cette déclaration et la considérer comme l'expression de l'extrémisme libanais. Le Hezbollah est triplement lié à des cercles très spécifiques à Téhéran et sert souvent de porte-voix à des opinions qui ne peuvent être exprimées officiellement. Mais qui circulent, notamment dans le monde des Pasdaran. Et parmi leurs dirigeants.
Bien sûr, la position officielle sur la mort du président Raisi est qu'il s'agit d'un accident. Une position, pourrait-on dire, corroborée par le Guide suprême lui-même, Ali Khamenei. Qui ne veut absolument pas d'un choc frontal avec Israël. Et, par conséquent, avec Washington.
La vérité ? Personne, probablement, ne la connaît. Et elle n'apparaîtra certainement jamais avec certitude. Pour l'heure, toutes les hypothèses restent légitimes. Et, en même temps, inutiles. Seule compte la version officielle de Téhéran.
Cependant, la déclaration de Nasrallah devrait faire réfléchir. Le fait que Téhéran veuille exclure une confrontation directe avec Tel-Aviv ne signifie pas que la disparition de Raisi ne conduira pas à une nouvelle saison de guerre asymétrique et/ou par procuration.
Tout dépendra de la manière dont se dérouleront les élections imminentes pour la succession à la présidence de la République islamique. Selon la Constitution, ces élections doivent se tenir dans les cinquante jours.
Si la ligne de Rohani devait s'affirmer, c'est-à-dire tenter d'assouplir les relations internationales pour favoriser le développement économique, la tension commencerait à baisser.
Mais il est fort probable que ce soit l'inverse qui se produise. Et qu'au contraire, ceux, Pasdaran et Basiji en tête, qui entendent pousser l'affrontement avec l'Occident collectif - dont Israël est considéré comme la longue main - bien au-delà des limites de ce qu'avait fait Raisi ces dernières années, gagneront en force.
Ce dernier était en effet un conservateur religieux et un khomeiniste de la première heure. Mais il ne représentait pas l'aile la plus radicale de la révolution islamique. Et c'est pour cela qu'il avait été choisi par Khamenei. Pour briser l'isolement international de Téhéran, sans pour autant renoncer à son contrôle sans faille du pays.
Une tâche, il faut le dire, dont le défunt président s'est admirablement acquitté. En réprimant durement toute opposition interne, soupçonnée d'être « influencée par l'étranger ». Mais en tissant simultanément un réseau dense de relations internationales. Comme en témoignent, ces heures-ci, les réactions à sa mort. Et les condoléances de la Russie, de la Chine, des Philippines, de l'Inde, de la Turquie. Et même des rivaux historiques comme les Saoudiens.
Raisi laisse un Croissant chiite - Iran, Liban, Yémen, Irak - plus fort et plus soudé que jamais. Dans un contexte de relations économiques de plus en plus vivantes et fructueuses avec les pays du BRICS. Et de nature à rompre l'isolement dans lequel l'Iran avait plongé après les sanctions.
D'ailleurs, même d'un point de vue strictement stratégique, Téhéran n'est plus isolé, pouvant compter sur une relation très étroite avec la Russie - « grâce » à la guerre en Ukraine - et avec la Chine. Et celle, en plein développement, avec l'Inde.
Un bilan qui, au-delà de ce que l'on peut penser de la figure discutable du défunt président, est résolument très positif.
21:25 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : iran, actualité, politique internationale, asie, affaires asiatiques, moyen-orient, croissant chiite, ebrahim raisi |
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