dimanche, 01 février 2026
Pas même le Venezuela et l’Iran suffisent à Trump: il menace maintenant l’Irak

Pas même le Venezuela et l’Iran suffisent à Trump: il menace maintenant l’Irak
par Sergio Caruso
Source: https://www.ariannaeditrice.it/articoli/non-bastano-venez...
Pas même le Venezuela et l’Iran suffisent à Trump qui menace à nouveau l'Irak, un pays que les États-Unis ont contribué à dévaster avec leur invasion de 2003, menée sur la base d’accusations présentées à l’ONU — les fameuses armes de destruction massive — qui se sont révélées infondées par la suite, mais qui, en attendant, ont justifié bombardements, occupation militaire et le renversement violent de Saddam Hussein, ouvrant une phase de chaos que l’Irak n’a jamais vraiment surmontée.
Aujourd’hui, après avoir annoncé l’envoi d’un second groupe d’attaque navale dans le golfe persique, Trump revient à la charge en menaçant ouvertement Bagdad, avertissant que si l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki revenait au pouvoir, les États-Unis retireraient leur « aide », comme si ce soutien n’avait été dès le départ qu’un levier politique plus qu’un acte de solidarité, et comme si l’Irak n’avait pas déjà été profondément marqué par une intervention qui a détruit institutions, infrastructures et cohésion sociale.

Les paroles de Trump, confirmées par plusieurs sources internationales, s’inscrivent dans une logique désormais consolidée: Washington revendique le rôle de principal garant de la stabilité irakienne, mais utilise en même temps ce rôle pour conditionner ouvertement les choix politiques internes du pays, en présentant l’« aide » américaine comme indispensable tout en ignorant que l’instabilité actuelle, pour l'essentiel, est une conséquence directe de l’invasion et de la gestion post-guerre.
Le soutien apporté après 2003 — en termes de sécurité, de formation militaire et de fonds pour la reconstruction — a toujours été accompagné d’énormes avantages géostratégiques pour les États-Unis, du contrôle d’une zone clé pour les routes énergétiques à la présence militaire permanente au cœur du Moyen-Orient, jusqu’à la possibilité de contenir l’influence iranienne, transformant l’Irak en un terrain de compétition entre puissances plus qu’en un État réellement souverain.
Dans ce contexte, les menaces de Trump contre le retour d’al-Maliki ne sont pas seulement un jugement personnel sur un leader controversé, mais un signal politique direct aux élites irakiennes, encore une fois appelées à choisir sous pression extérieure, avec le risque d’aggraver les fractures internes entre forces pro-américaines, groupes proches de Téhéran et une population de plus en plus fatiguée d’être l'otage d’un équilibre imposé de l’extérieur.
Les implications politiques sont profondes : sur le plan intérieur, de telles déclarations alimentent la perception selon laquelle le processus politique irakien est contrôlé de l’extérieur, ce qui affaiblit encore la confiance des citoyens dans les institutions et renforce les acteurs armés ou populistes qui se présentent comme défenseurs de la souveraineté nationale ; sur le plan régional, l’Irak reste un nœud central du jeu au Moyen-Orient, pris entre les États-Unis et l’Iran, et chaque intervention verbale ou militaire de Washington contribue à durcir le conflit, rendant plus difficile une stabilisation durable et confirmant l’image d’un pays qui, plus de vingt ans après la chute de Saddam, continue de payer le prix d’une guerre décidée ailleurs et jamais vraiment terminée.
20:07 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : irak, moyen-orient, monde arabe, monde arabo-islamique |
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jeudi, 15 janvier 2026
Pakistan et Arabie saoudite: affaires, armes et alliances

Pakistan et Arabie saoudite: affaires, armes et alliances
Enrico Toselli
Source: https://electomagazine.it/pakistan-e-arabia-saudita-affar...
Il a suffi d'un seul affrontement aérien entre le Pakistan et l'Inde pour garantir à Islamabad des commandes d'avions Jf-17 (photo), les chasseurs chinois qui ont remporté la victoire contre les avions de fabrication française, permettant ainsi au Pakistan de sortir théoriquement du programme du Fonds monétaire international dans les six mois.

Un accord avec l'Arabie saoudite vaut déjà 4 milliards de dollars, entre la conversion d'un prêt et de nouveaux achats. Mais six pays seraient en négociation pour l'achat de ces chasseurs. Ils s'ajoutent à la Libye qui a déjà signé une commande gigantesque.
Ce n'est pas seulement une question économique. Car l'accord avec Riyad va bien au-delà de la fourniture d'avions et d'autres systèmes d'armes. Il prévoit des interventions militaires réciproques en cas d'attaque contre l'un des deux pays. Le Pakistan est par ailleurs un allié proche de la Chine, ce qui pourrait entraîner des changements considérables dans l'échiquier du Moyen-Orient et du golfe Persique. Notamment à la lumière de ce qui se passe en Iran.
Des changements rapides, des alliances qui naissent et meurent en l'espace de quelques semaines. Tout cela dans une région proche de l'Europe et qui, en partie, donne sur la Méditerranée, avec la Turquie, Israël et la Libye en constante agitation.
Mais il n'y a pas lieu de s'inquiéter: la brillante politique étrangère européenne a réussi à exprimer son inquiétude face aux événements en Iran. À peu près ce que l'Europe a fait face à l'extermination de 70 000 Palestiniens à Gaza...
20:36 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, pakistan, arabie saoudite, moyen-orient, asie, affaires asiatiques |
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mercredi, 14 janvier 2026
L'Iran au cœur du conflit géopolitique – Zones d’influence, intérêts, logique d’escalade

L'Iran au cœur du conflit géopolitique – Zones d’influence, intérêts, logique d’escalade
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
PARTIE 1
La situation actuelle d’escalade autour de l’Iran ne peut être comprise qu’en la lisant comme un conflit entre des zones d’influence clairement définies. Il ne s’agit ni, au principal, d’un processus de réforme interne en Iran ni d’une question «systémique» abstraite, mais de la confrontation entre les intérêts stratégiques de quatre acteurs: les États-Unis, Israël, la Russie et la Chine. Toute analyse qui omet ce cadre reste nécessairement incomplète.
L’Iran n’est pas simplement un acteur de second ordre mais est un espace-clé où ces intérêts se croisent. Sa position géographique – entre le Golfe Persique, la mer Caspienne, le Caucase et l’Asie centrale – en fait un pivot pour la projection de toute puissance étatique. Qui gagne en influence en Iran ou le neutralise, modifie l’équilibre stratégique de plusieurs régions en même temps.
Pour les États-Unis, l’Iran occupe depuis des décennies une place centrale dans leur politique de mise en ordre dans les régions du Moyen-Orient et d'Asie centrale. Un État iranien autonome limite l’espace d’influence américain entre la Méditerranée et l’Asie centrale. Un Iran affaibli ou recentré politiquement donnerait à Washington non seulement plus de marges de manœuvre mais aussi un accès à des zones sensibles – du Caucase du Sud à la mer Caspienne et vers l’Asie centrale. L’objectif n’est pas tant de contrôler l’Iran lui-même que l’espace que l’Iran bloque aujourd’hui.

Israël voit l’Iran sous un angle différent, existentiel. Pour Tel-Aviv, l’Iran est le seul acteur régional capable, militairement, idéologiquement et structurellement, de remettre en question la supériorité stratégique d’Israël à long terme. La présence iranienne en Syrie, au Liban et indirectement dans toute la région levantine est donc perçue non comme un problème tactique, mais comme une menace fondamentale. Il en découle un intérêt clair: un Iran durablement affaibli ou transformé politiquement perd cette capacité de projection.
Pour la Russie, l’Iran constitue un pilier central de stabilité dans le sud. Un État iranien solide limite l’influence des puissances étrangères dans le Caucase, la mer Caspienne et l’Asie centrale. De plus, l’Iran est pour Moscou un partenaire en matière de sécurité, qui aide à maintenir l’instabilité loin du territoire russe. Une chute de l’Iran n’allégerait pas le fardeau de la Russie, mais engendrerait une cascade de nouveaux risques – de l’insécurité militaire aux dynamiques migratoires et extrémistes.

La Chine poursuit surtout des intérêts géoéconomiques. L’Iran est pour Pékin un maillon indispensable de la connectivité eurasienne: approvisionnement énergétique, axes de transit et projets d’infrastructure à long terme convergent ici. Un Iran déstabilisé couperait les corridors centraux des connexions occidentales de la Chine et réduirait la profondeur stratégique de Pékin dans l’espace eurasien. L’intérêt de la Chine est donc clairement orienté vers la continuité et la prévisibilité de l’État iranien.
Face à ce contexte, la logique actuelle d’escalade s’explique: la pression extérieure rencontre des tensions internes, qui sont délibérément renforcées pour forcer des décisions politiques autrement inaccessibles. Les charges économiques pour la population, les luttes de pouvoir internes et la fatigue sociale agissent comme catalyseurs. De telles configurations sont connues dans d’autres régions – elles créent des dynamiques difficiles à maîtriser dès qu’un certain seuil est dépassé.
Particulièrement critique est l’érosion de l’élite sécuritaire iranienne. La suppression ciblée de figures clés comme Qassem Soleimani a non seulement touché aux capacités opérationnelles, mais aussi affaibli le poids politique des acteurs sécuritaires.
Un effondrement de l’Iran serait perçu très différemment par les acteurs mentionnés, mais ses conséquences régionales seraient indéniables. Au lieu d’un transfert ordonné, un vide de pouvoir se créerait, entraînant interventions extérieures, conflits par procuration et une déstabilisation durable. Les expériences en Irak, en Libye et en Syrie parlent d’elles-mêmes.
L’Iran est donc le terrain clé d’un conflit géopolitique plus vaste.
Partie II – Conséquences pour l’Allemagne et l’Europe: une lecture géopolitique ciblée
Une destabilisation de l’Iran ne serait pas un événement régional lointain pour l’Europe, mais un choc externe avec des répercussions directes sur l’économie, la société et la sécurité. Cela ne dépend pas d’une proximité ou d’une distance politique par rapport à Téhéran, mais du rôle structurel de l’Iran dans les enjeux mondiaux liés à l’énergie, aux migrations et à la sécurité. Pour l’Allemagne, ces effets sont particulièrement perceptibles, car sa stabilité économique et politique réagit de manière extrêmement sensible aux perturbations externes.

Énergie : pourquoi l’Iran agit via les prix
Le levier central est le détroit d’Hormuz, l’un des points névralgiques mondiaux de l’énergie. Il ne s’agit pas seulement d’un blocage réel, mais déjà de la menace crédible de perturbations. Les marchés de l’énergie anticipent: les risques sont immédiatement intégrés dans les prix.
Pour l’Allemagne, cela agit indirectement mais inévitablement. La hausse des prix du pétrole et du GNL entraîne une hausse mondiale des prix du gaz, indépendamment de l’origine du gaz. Le gaz est souvent le prix de référence pour l’électricité en Allemagne. Si le prix du gaz augmente, les prix de l’électricité suivent via ce mécanisme. D’où une cascade bien connue : prix de l’énergie plus élevé -> coûts de production accrus -> pression sur l’industrie -> pression politique sur le gouvernement, avec moins de marges de manœuvre économiques qu’auparavant.
Migration: réactions en chaîne régionales
Un Iran affaibli provoquerait non seulement des flux de réfugiés, mais déstabiliserait toute l’ordre régional – de l’Irak et la Syrie au Caucase. La conséquence serait une pression migratoire durable et multiforme vers l’Europe. L’Allemagne en serait particulièrement touchée, puisqu’elle sert de point final à la migration vers l'Europe. La perception que l'on a de la capacité de contrôle étatique est plus importante que le nombre absolu. Les chocs externes renforcent la polarisation sociale et l’instabilité politique.
Sécurité: émergence de zones grises
La déstabilisation régionale crée aussi des risques pour la sécurité en Europe. Il ne s’agit pas seulement de terrorisme mais aussi de zones grises où se superposent radicalisation, criminalité organisée et structures financières et logistiques illégales. De plus, en période de tension accrue, l’Europe devient le terrain arrière des services de renseignement concurrents, lorsque les États-Unis, Israël, la Russie et la Chine jouent leurs intérêts indirectement les uns contre les autres. La importance politique et économique de l’Allemagne accroît sa vulnérabilité.
Asymétrie entre décision et coûts
Les principales décisions d’amorcer l'escalade sont prises en dehors de l’Europe. Cependant, les coûts économiques, sociaux et sécuritaires retombent sur l’Europe – en particulier l’Allemagne. La politique étrangère devient ainsi, inévitablement, une politique intérieure: via les prix de l’énergie, la migration et la sécurité.
D’un point de vue géopolitique, l’Allemagne devrait suivre une ligne claire, orientée par ses intérêts, une ligne prônant la désescalade. Le critère n’est pas la prise de parti mais la limitation des dégâts. Cela implique: œuvrer pour la désescalade, pour la sécurité des voies maritimes internationales – en particulier le détroit d’Hormuz – et prendre clairement ses distances avec des scénarios planifiant une chute de régime, dont l’Europe supporterait les coûts.
La stabilité de l’État doit primer sur les expérimentations géopolitiques. Ce n’est pas une question de sympathie politique, mais de préservation lucide des intérêts allemands (et européens).
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Un nouveau bloc de puissance – et la perplexité de l’Allemagne

Un nouveau bloc de puissance – et la perplexité de l’Allemagne
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
La possible formation (https://www.bloomberg.com/news/articles/2026-01-09/turkey... ) d’un pacte militaire tripartite entre la Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan n’est pas un événement marginal et exotique, mais le symptôme de changements plus profonds. Ceux qui considèrent ce processus de manière isolée négligent sa véritable nature. Il ne s’agit pas d’idéologie, pas de religion, pas même principalement de rivalités régionales – il s’agit de l’érosion des garanties de sécurité existantes et de la recherche d’architectures de substitution qui soient fonctionnelles.
Déjà, l’alliance saoudo-pakistanaise a modifié la structure du pouvoir au Moyen-Orient. Le Pakistan fournit la dissuasion nucléaire, des missiles, une masse militaire. L’Arabie saoudite apporte du capital. L’éventuelle adhésion de la Turquie en ferait plus qu’une simple alliance utilitaire: Ankara y apporterait l’industrie, la technologie, l’expérience opérationnelle – et surtout la capacité d’intégrer la puissance militaire dans une stratégie politique. Le résultat ne serait pas une «mini-OTAN», mais un cartel de sécurité spécialisé, où chacun contribue avec ce qui manque à l’autre.

Mais le point clé se trouve ailleurs: ce pacte ne se crée pas contre les États-Unis, mais à cause des États-Unis. Parce que les garanties de sécurité américaines sont aujourd’hui perçues comme politiquement volatiles. Parce que les acteurs régionaux ont appris que ces garanties ont une durée de vie limitée. Le pacte tripartite est donc moins une attaque contre l’ordre établi qu’un vote de défiance à son encontre.
C’est ici que commence le problème stratégique pour l’Allemagne. Berlin a tendance à moraliser ou à ignorer toutes nouvelles configurations de pouvoir. Les deux options seraient erronées. D’un point de vue réaliste et de sécurité, un tel bloc représente avant tout une rupture avec l’ordre en place, avec des conséquences à long terme. Pas nécessairement déstabilisateur lors de sa création, mais risqué, car il crée des couches supplémentaires de dissuasion, de malentendus et de chemins possibles pour en arriver à une escalade.
Le rôle de la Turquie est particulièrement délicat. En tant que membre de l’OTAN, Ankara ne peut pas bâtir une architecture de sécurité parallèle sans compromettre la cohérence de l’alliance. Mais isoler la Turquie ou la mettre sous pression publiquement ne ferait que l’inciter davantage à adhérer à de telles constructions. La seule approche stratégique sensée est la relier plutôt que la sermonner: impliquer, assurer la transparence, consulter. Non par sympathie, mais par intérêt propre.
Le facteur nucléaire qu'apporte le Pakistan aggrave encore la situation. Il ne s’agit pas tant de voir s'instaurer une prolifération immédiate que de percevoir une stabilité en crise. Plus la dissuasion nucléaire devient dense dans des régions déjà fragmentées, plus le risque de mauvaises évaluations est grand – surtout lorsque plusieurs centres de pouvoir envoient des signaux simultanément.
De plus, des acteurs tiers sont aussi sous pression. L’Iran est en fait contenu sans être officiellement nommé. Israël perd son exclusivité stratégique. L’Inde doit interpréter toute montée en puissance du Pakistan comme une menace. Même la Chine fait face à une évolution silencieuse de son levier pakistanais. Le pacte tripartite agit ainsi comme un catalyseur, accélérant des tensions existantes sans pour autant les résoudre.
Que cela signifie-t-il pour l’Allemagne? Certainement pas une politique d'ordre symbolique. Ni l’illusion qu’on puisse «prendre position» sans moyens ni influence. Le rôle de l’Allemagne ne peut être que celui d’un stabilisateur dans l’ordre: limiter les risques d’escalade, protéger les routes commerciales et maritimes, suivre une logique de non-prolifération cohérente, et surtout mener une politique extérieure qui ne se résume pas à des formules de valeurs, mais qui définit clairement ses intérêts.
Le constat principal est décevant: le possible pacte tripartite montre moins la force de ses membres que la faiblesse de l’architecture de sécurité existante. Ceux qui le condamnent uniquement n’apprennent rien. Ceux qui l’analysent voient: le monde réorganise la sécurité. L’Allemagne ferait bien de cesser enfin d’être spectatrice.
#géopolitique@global_affairs_byelena
15:37 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, géopolitique, turquie, pakistan, arabie saoudite, moyen-orient |
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lundi, 22 septembre 2025
L’attaque israélienne à Doha: la fin des refuges sûrs dans un Moyen-Orient multipolaire

L’attaque israélienne à Doha: la fin des refuges sûrs dans un Moyen-Orient multipolaire
par Peiman Salehi
Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/31254-peim...
Le raid aérien israélien contre les dirigeants du Hamas à Doha, en septembre 2025, a été bien plus qu’une opération militaire. Il s’agit d’une rupture symbolique dans l’architecture même de la diplomatie au Moyen-Orient. Pendant des décennies, le Qatar s’est forgé une image de «médiateur neutre» en accueillant des négociations entre les talibans et Washington, ou en servant de plateforme à des pourparlers indirects entre l’Iran et les États-Unis. L’attaque israélienne a brisé cette perception: l’ère des «refuges sûrs» pour la diplomatie en Asie occidentale est terminée.

La capitale du Qatar, Doha, a longtemps été décrite comme un pôle paradoxal. D’un côté, elle abrite la base aérienne d’Al-Udeid, la plus grande installation militaire américaine de la région. De l’autre, elle a accueilli les bureaux du Hamas et a servi de plateforme pour des négociations entre des acteurs considérés comme hostiles par Washington et Tel-Aviv. Doha a prospéré dans cet espace contradictoire, se forgeant un rôle de médiateur mondial. La décision israélienne de lancer une frappe aérienne sur Doha a brisé ce paradoxe. Elle a montré que même un allié des États-Unis, un supposé médiateur «protégé», n’est pas immunisé contre la logique qui veut l’expansion du champ de bataille. En frappant les dirigeants du Hamas alors qu’ils étaient apparemment en pourparlers avec des responsables qataris, Israël n’a pas seulement sapé la souveraineté du Qatar, mais a aussi envoyé un message glaçant aux autres acteurs du Sud global: la neutralité est une illusion dans les conflits actuels.
L’un des aspects les moins abordés de l’attaque de Doha est sa portée pour le Sud global. Pendant des années, des États comme le Qatar, Oman ou la Turquie ont cherché à affirmer leur indépendance en s’imposant comme médiateurs. Ces rôles n’étaient pas seulement diplomatiques; ils étaient aussi l’expression de la volonté des petits États de façonner la multipolarité à leur manière. L’attaque israélienne peut être interprétée comme faisant partie d’une stratégie plus vaste visant à démanteler ces espaces dédiés aux médiations indépendantes. C’est, en fait, une déclaration selon laquelle l’Occident, par le biais de ses mandataires régionaux, ne tolérera pas que des acteurs non occidentaux tentent de créer des cadres diplomatiques alternatifs. Doha n’est pas seulement une capitale attaquée; c’est un symbole de la souveraineté fragile des médiateurs du Sud global.
L’attaque révèle également une vérité plus profonde sur la géographie changeante de la résistance. En visant des dirigeants du Hamas sur le sol qatari, Israël a étendu le champ de bataille au-delà de Gaza, du Liban ou de la Syrie. Le message est clair: il n’existe plus d’«arrière» où les leaders de la résistance peuvent opérer en relative sécurité. Paradoxalement, cela pourrait avoir l’effet inverse de ce qu’Israël recherche. Au lieu d’isoler le Hamas, l’attaque pourrait encourager une coordination plus étroite entre l’Iran, le Qatar et même la Turquie, qui partagent désormais un intérêt commun à résister aux ingérences israéliennes. En ce sens, l’attaque pourrait accélérer la consolidation de ce que certains analystes appellent un «axe de résistance multipolaire».

Du point de vue des relations internationales, l’attaque de Doha est un signe supplémentaire de l’érosion de l’ordre libéral. Les États-Unis soutiennent depuis longtemps que leurs alliances au Moyen-Orient reposent sur des règles et une certaine prévisibilité. Pourtant, lorsque Israël lance une frappe aérienne sur le territoire de l’un des partenaires les plus proches de l’Amérique, ces règles s’effondrent dans la contradiction. Si Washington a toléré l’attaque, cela révèle une complicité et une hypocrisie: proclamer le respect de la souveraineté tout en la violant via un allié. Si Washington n’a pas été consulté, cela révèle une crise encore plus profonde: l’hégémonie américaine s’est érodée au point que son allié le plus proche ignore ses intérêts. Dans les deux cas, la crédibilité de l’ordre libéral subit un nouveau coup.
L’importance de l’attaque de Doha dépasse le Moyen-Orient. Elle illustre une dynamique clé du monde multipolaire émergent: la rupture de la distinction entre «centre» et «périphérie». Dans un ordre unipolaire, les petits États pouvaient trouver protection en s’alignant sur l’hégémon. La stratégie du Qatar, pendant des décennies, a été précisément d’héberger des troupes américaines tout en jouant le médiateur en marge. Dans un contexte multipolaire, cependant, cette protection n’est plus garantie. Ce développement pousse les États du Sud global à faire un choix net: continuer à dépendre de garanties sécuritaires occidentales de moins en moins fiables, ou investir dans des alliances alternatives dans un cadre multipolaire. Le sommet BRICS+ de cette année a déjà montré un intérêt croissant pour cette dernière option. L’attaque de Doha pourrait encore accélérer ce réajustement stratégique.
D’un point de vue civilisationnel, l’attaque souligne les limites de l’universalisme occidental. Israël, en tant qu’avant-poste de l’Occident au Moyen-Orient, a clairement fait comprendre que la survie de son hégémonie prime sur le respect de la souveraineté, de la diplomatie ou du droit international. Le Sud global, cependant, considère la souveraineté comme la dernière ligne de défense contre la domination. Ce choc de priorités n’est pas seulement géopolitique, mais aussi civilisationnel. Le silence de nombreuses capitales occidentales après l’attaque de Doha contraste fortement avec l’indignation des sociétés arabes et musulmanes. Pour les élites occidentales, le calcul de la puissance l’emporte sur les principes qu’elles affirment défendre. Pour l’opinion publique du Sud global, la violation de la souveraineté du Qatar est un rappel de plus que l’ordre libéral n’est pas universel, mais appliqué de façon sélective.

L’attaque israélienne contre Doha doit être comprise comme un tournant. Il ne s’agit pas seulement du Hamas ou du Qatar; il s’agit des fondements ébranlés d’un système international où la diplomatie bénéficiait autrefois de sanctuaires. Dans la nouvelle réalité multipolaire, même les États «neutres» deviennent des champs de bataille potentiels. Pour Israël, cela peut sembler un succès tactique. Pour la région, il s’agit d’une rupture stratégique qui pourrait avoir des conséquences inattendues: la perte de confiance dans la médiation dirigée par l’Occident, la consolidation d’une résistance multipolaire et l’accélération, pour le Sud global, de la recherche de cadres alternatifs de sécurité et de diplomatie. En résumé, la guerre est entrée à Doha non pas à coups de roquettes ou de troupes, mais parce que l’architecture même de la diplomatie a été bombardée. Le refuge sûr a disparu, et avec lui, une autre illusion colportée par le monde unipolaire.
15:00 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, diplomatie, doha, qatar, israël, moyen-orient |
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lundi, 15 septembre 2025
Sur le rapprochement irano-arabe - Les actions d'Israël rapprochent les Arabes des Iraniens

Sur le rapprochement irano-arabe
Les actions d'Israël rapprochent les Arabes des Iraniens
Alexander Douguine
Alexander Douguine soutient que les actions de Trump et d’Israël accélèrent la formation d’alliances anti-occidentales et rapprochent les Arabes des Iraniens.
Trump a réussi à rapprocher l’Inde et la Chine, et maintenant il rapproche également les Iraniens et les Arabes. J’ai remarqué que Trump contribue à la construction d’un monde multipolaire, non pas directement (en l’admettant), mais de manière opposée — en prenant sporadiquement des décisions politiques abruptes qui accélèrent la création d’alliances anti-occidentales aux niveaux régional et mondial, et les renforcent.
La réaction vague de Trump aux frappes israéliennes contre le Qatar a provoqué une vague de perplexité parmi les États arabes. Ils étaient prêts à s’approcher davantage d’Israël, trahissant les forces de la Résistance et l’Iran, mais subir en plus des frappes de missiles était le coup de trop.
Si les Israéliens avaient tué la direction du Hamas, cela aurait pu être en quelque sorte acceptable. Mais quelqu’un a averti le Hamas à la dernière minute (on dit que ce sont les Turcs), et seuls les Qataris ont souffert de la frappe. Quelques-uns, seulement six personnes, mais pourquoi y en a-t-il eu tout court ? Quel genre de « tir ami » sous forme d’attaques de missiles contre des alliés est-ce là ? Trump n’avait rien à dire sur le sujet, et Netanyahou ne parle tout simplement à personne s’il n’en a pas envie. Ceci est désormais évident pour tout le monde.
Il est trop tôt pour dire que les positions des Iraniens et des monarchies du Golfe convergent (ce n’est pas encore le cas), mais la proposition de l’Iran d’installer sa défense antimissile à la place de l’américaine tombe à point nommé. Les monarchies du Golfe et d’autres États arabes de la région sont devenus les otages de la politique d’Israël, qui les ignore complètement et se comporte comme le maître absolu du Moyen-Orient, entouré de vassaux et d’esclaves. Un rôle désagréable pour des élites arabes pragmatiques et prêtes au compromis, mais néanmoins fières.
19:23 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, moyen-orient, iran, émirats arabes unis, qatar |
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lundi, 18 août 2025
Du Zangezour au Corridor de David: la refonte silencieuse du commerce mondial et la voie vers la guerre avec l'Iran

Analyses:
Du Zangezour au Corridor de David: la refonte silencieuse du commerce mondial et la voie vers la guerre avec l'Iran
Ibrahim Majed
Source: https://geoestrategia.eu/noticia/44912/geoestrategia/del-...
Sur l'échiquier changeant de la géopolitique mondiale, peu d'événements sont aussi importants et aussi peu médiatisés que l'émergence de deux corridors: le corridor de Zangezur et le corridor de David.
Ces projets, qui s'étendent du sud du Caucase au nord de l'Irak, ne sont pas seulement des infrastructures: ils sont les instruments d'un nouvel ordre géopolitique.
Ce ne sont pas seulement les flux commerciaux et énergétiques mondiaux qui changent, mais aussi le paysage stratégique de toute guerre future contre l'Iran.
Le corridor de Zangezur: rompre le lien Est-Ouest de l'Iran
Le corridor de Zangezur, qui traverse la province arménienne de Syunik, est conçu comme un pont terrestre reliant l'Azerbaïdjan à son enclave du Nakhitchevan et, au-delà, à la Turquie.
Avec le soutien de la Turquie et d'Israël et un appui solide des intérêts énergétiques alignés sur l'Occident, ce corridor contourne efficacement l'Iran en tant que centre de transit régional, ce qui sape sa valeur géopolitique le long de la route de la soie Est-Ouest.
- Contournement stratégique de l'énergie: le projet Zangezur est étroitement lié au transport de l'énergie. Il permet au gaz de la Caspienne, provenant d'Azerbaïdjan et d'Asie centrale, d'atteindre l'Europe via la Turquie, sans dépendre de l'Iran ou de la Russie.
- Asphyxie économique de l'Iran: comme l'initiative chinoise « Belt and Road » et le corridor de transport nord-sud de la Russie dépendaient autrefois de l'Iran, ce changement redirige le commerce de l'Iran, l'isolant économiquement des principaux marchés eurasiatiques.
- Influence d'Israël et de l'OTAN: la présence militaire et les services de renseignement israéliens en Azerbaïdjan se sont considérablement renforcés, profitant de ce corridor pour recueillir des renseignements et, à l'avenir, établir des bases militaires sur le front nord de l'Iran.

Le corridor de David : une porte dérobée vers le flanc occidental de l'Iran
Alors que le corridor de Zangezur affecte l'Iran depuis le nord, le corridor de David (terme désignant la route terrestre émergente qui part de la Palestine occupée, traverse la Jordanie et la Syrie et se dirige vers l'Irak) remplit une double fonction: logistique et militaire.
Accès stratégique pour Israël: cette route offre à Israël une connexion terrestre potentielle avec les forces américaines et alliées stationnées dans le Kurdistan irakien. Il s'agit d'un point d'inflexion en termes de déploiement logistique, de surveillance et même d'armement.
Déstabiliser le Levant: le succès du corridor dépend de la fragmentation de la Syrie et de l'Irak, en maintenant ces deux pays trop faibles ou trop divisés pour résister à sa formation.
Contrôle par les puissances en Irak: le nord de l'Irak, en particulier la région kurde, est devenu une plate-forme non seulement pour les militaires américains et israéliens, mais aussi pour l'extraction d'énergie qui échappe au contrôle de Bagdad.
Redessiner la carte du commerce mondial sous couvert militaire
Ensemble, ces corridors représentent une stratégie sur deux fronts :
- Au nord, le corridor de Zangezur vise à couper les artères économiques de l'Iran, en redirigeant les oléoducs, les chemins de fer et les infrastructures numériques hors du contrôle de Téhéran.
- À l'ouest, le corridor de David offre une voie logistique militarisée directement vers le flanc ouest vulnérable de l'Iran, raccourcissant ainsi le champ de bataille pour une éventuelle guerre future.
Il ne s'agit pas seulement de commerce : c'est une guerre des infrastructures.
Le tableau d'ensemble : l'encerclement et l'isolement de l'Iran
Ces corridors ne sont pas des phénomènes isolés, mais font partie d'une stratégie d'encerclement coordonnée :
- L'Azerbaïdjan est désormais une base avancée pour les opérations israéliennes près du nord de l'Iran.
- Le nord de l'Irak est en train de se transformer en une zone militaire molle avec une forte présence israélienne et américaine.
- Le Levant, en proie à la guerre et aux divisions, offre suffisamment de chaos pour permettre au Corridor de David de s'étendre sans être remarqué.
Pendant ce temps, les exercices militaires de l'Iran à la frontière avec l'Azerbaïdjan, ses liens de plus en plus étroits avec la Russie et la Chine et ses efforts pour sécuriser des routes alternatives vers l'est sont autant de signes que Téhéran voit se former un piège.
Que la guerre commence bientôt ou non, le champ de bataille est déjà en train d'être préparé, corridor par corridor.
* * *

Analyse:
Le « Corridor David », offensive d'Israël pour balkaniser la Syrie et imposer les « Accords d'Abraham »
Alfredo Jalife-Rahme
Bien que cela puisse sembler inconcevable, Israël a lancé un projet d'expansion territoriale qui comprend l'annexion... de la capitale syrienne ! Le président autoproclamé de ce dernier pays semble déjà avoir cherché refuge à Idlib, avec sa famille, sous la protection de la Turquie.
À l'époque du « collectif Biden » – groupe imposteur de la Maison Blanche qui a suppléé l'illégale et trompeuse « auto-pen » (fausse « auto-signature » automatisée) de l'ancien président handicapé –, le corridor géoéconomique projeté depuis l'Inde, passant par les Émirats arabes unis (EAU), l'Arabie saoudite jusqu'à Israël et l'Europe a été bouleversée par l'étrange attaque de la guérilla palestinienne du Hamas de Gaza, aujourd'hui décimée au maximum.
Le corridor géoéconomique Inde-EAU-Arabie saoudite-Israël-Europe «soutenu par les États-Unis» et annoncé lors du sommet du G20 à New Delhi, visait à «rivaliser avec la nouvelle route de la soie de la Chine» [1]. On suppose que l'un des objectifs de la « guerre de 12 jours » menée par Israël et les États-Unis contre l'Iran était de saboter le carrefour géoéconomique de ce pays, âme des BRICS, afin de le déconnecter à la fois de la Route de la Soie avec la Chine et du Corridor de transport international Nord-Sud, qui relie la Russie à l'Inde en passant par l'Azerbaïdjan et l'Iran [2].
Le Moyen-Orient est en proie à la collision des corridors géoéconomiques des trois superpuissances (États-Unis, Russie et Chine) qui définiront la connectivité tricontinentale entre l'Asie/le Moyen-Orient (et l'Afrique) et l'Europe. En parallèle, la puissance régionale (Israël), soutenue par Trump comme jamais auparavant dans l'histoire des États-Unis, cherche à imposer son « Corridor David » [3], qui relie ses deux alliés ethniques et théologiques: les Druzes et les Kurdes du nord-est de la Syrie (la région du Rojava) [4].
Dans mon interview avec NegociosTV, en Espagne [5], j'ai expliqué qu'Israël a intérêt à la balkanisation du Moyen-Orient afin de démembrer les pays et de mieux les contrôler. L'objectif du « Corridor David » est de positionner Israël à la frontière de l'Irak pour tenter de le balkaniser en trois morceaux, et ainsi atteindre les frontières de l'Iran pour lui porter un coup nucléaire sur l'une de ses sept frontières terrestres, qui sont neuf si l'on ajoute ses deux autres frontières maritimes dans la mer Caspienne (ancienne mer des Khazars), la Russie et le Kazakhstan.
Le Premier ministre Netanyahu se heurte au mauvais moment au putschiste syrien Al-Jolani, décapiteur professionnel – condamné hier par les États-Unis pour être le chef d'une des branches d'Al-Qaïda/Daech et dont la capture était récompensée par 10 millions de dollars, mais aujourd'hui sanctifié comme « héros » par l'Europe et Washington –, qui extermine sans distinction les minorités alaouites, chrétiennes et druzes.
Israël a détruit le ministère de la Défense à Damas, ce qui a contraint le décapiteur al-Jolani à fuir avec sa famille vers la région nord d'Idlib, sous la protection de la Turquie. Les médias arabes et turcs ont commencé à dévoiler le plan israélien et son « corridor David », qui vise à intégrer le plus grand nombre de pays démembrés aux « accords d'Abraham ».
Abraham, accepté par les trois religions monothéistes, était originaire d'Ur, à 16 kilomètres du fleuve Euphrate, puis a émigré vers ce qui est aujourd'hui connu sous le nom d'Israël. Il convient de noter que le drapeau israélien comporte deux bandes bleues représentant les deux fleuves, le Nil et l'Euphrate, prétendues frontières du « Grand Israël » : projet talmudique eschatologique du Khazar Netanyahu, d'origine polonaise et dont le nom de famille d'origine est Mileikowsky, dont le père était un collaborateur de Jabotinsky, doctrinaire du révisionnisme sioniste.
Les Kurdes du nord-est de la Syrie, alliés d'Israël, sont installés dans le bassin de l'Euphrate, le plus grand fleuve d'Asie du Sud-Ouest avec ses 2800 kilomètres, qui prend sa source en Turquie et traverse la Syrie et l'Irak. Grâce à l'annexion de la région druze syrienne des hauteurs du Golan et à sa nouvelle pénétration autour du mont Hermon, Israël positionne ses troupes à 10 kilomètres de Damas [6], la capitale syrienne, que son ministre des Finances Bezalel Smotrich exige d'envahir [7].
Pour plaisanter, on dit au Liban que Netanyahu s'apprête à ajouter une troisième bande bleue à son drapeau, qui représenterait le fleuve Litani, toujours sous le contrôle du Hezbollah.
Notes:
[1] «Le corridor Inde-Europe soutenu par les États-Unis qui veut rivaliser avec la nouvelle route de la soie chinoise », Nikhil Inamdar, BBC News, 4 octobre 2023.
[2] « International North-South Transport Corridor (INSTC) », Piyush Shukla, Adda247, 2 août 2022.
[3] « David’s Corridor : The Hidden Axis Behind Israel’s Expansion into Syria and Iraq », Times Headline, 18 juillet 2025.
[4] «La région kurde du Rojava, dans le nord de la Syrie, face à un avenir incertain », Christopher Phillips, Majalla, 28 mars 2023.
[5] «50 jours passionnants à venir ! : Kaléidoscope des balkanisations au Moyen-Orient », Alfredo Jalife, YouTube, 15 août 2025.
[6] « Syrie : la dangereuse stratégie israélienne », Éditorial, Le Monde (France), 18 juillet 2025.
[7] « Smotrich : l'avenir d'Israël est de « s'étendre jusqu'à Damas » », Middle East Monitor, 13 octobre 2024.
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dimanche, 03 août 2025
La menace yéménite

La menace yéménite
Source: https://electomagazine.it/la-minaccia-yemenita/
Yémen. Le général de brigade Saree semble extrêmement déterminé. Les forces armées yéménites ne permettront plus le passage d'aucun navire marchand destiné à traverser ensuite les eaux et le territoire israéliens. Et ce, indépendamment de leur cargaison, de leur destination et de leur pavillon.
Car il est désormais clair pour Saree que la guerre sans merci menée par Israël contre ses « frères » palestiniens signifie une guerre contre tout le monde arabe. Qui ne peut et ne doit pas accepter sans réagir ce qui se passe à Gaza. À savoir un nettoyage ethnique systématique.

Aujourd'hui, la menace de Saree (photo) doit être prise très au sérieux. Même si le général représente l'une des deux factions qui divisent l'armée yéménite. À savoir celle qui soutient les Houthis, les chiites pentésimains, en lutte depuis longtemps contre les sunnites soutenus par l'Arabie saoudite et la coalition du Golfe.
Un conflit qui dépasse largement les limites, pourtant cruciales, de la péninsule arabique. Et qui implique, d'un côté, l'Iran, devenu le bastion de tous les chiites, quelles que soient leurs origines, souvent très différentes.

Comme c'est le cas des Houthis. Qui sont « pentésimains ». C'est-à-dire qu'ils suivent la tradition du cinquième imam. Et présentent des formes rituelles qui ne sont pas très éloignées de celles communes aux sunnites.
De l'autre côté, derrière les Saoudiens, se profilent les États-Unis. Qui soutiennent la tentative, vieille de plus de dix ans, d'arracher une grande partie du Yémen au contrôle iranien.
Il s'agit en substance d'une guerre locale, causée par des raisons historiques et religieuses particulières. Mais elle est devenue un terrain d'affrontement pour des puissances qui agissent et évoluent dans des dimensions bien différentes.
Il s'agit donc d'un nouvel épisode de cette guerre mondiale asymétrique qui, pour ceux qui observent attentivement un planisphère, semble en cours depuis un certain temps déjà.
Cependant, la force des Houthis et de la faction de l'armée yéménite à laquelle appartient le général Saree est considérable. Comme ils l'ont démontré en résistant pendant des années à la tentative de conquête saoudienne.
Tellement considérable qu'elle est devenue une véritable menace pour le commerce international.
Car la menace que représente Saree doit être prise au sérieux. Très au sérieux. De nombreuses compagnies de transport international ont déjà commencé à détourner leurs cargos vers d'autres itinéraires. Cela les oblige à effectuer une longue et coûteuse circumnavigation de l'Afrique. Ce qui, bien sûr, entraînera à court terme une augmentation considérable des prix de toutes les marchandises transportées, du pétrole aux denrées alimentaires.
Aujourd'hui, il est en effet impossible, voire impensable, de considérer un conflit régional comme une entité distincte du contexte mondial.
Certes, la guerre au Yémen est un conflit de longue date dont les racines sont anciennes. Mais les alliances et les intérêts en jeu vont bien au-delà.
Ils finissent inévitablement par influencer nos vies. Et les conditionner de manière extrêmement lourde.
20:45 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, yémen, péninsule arabique, moyen-orient |
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mardi, 15 juillet 2025
La sympathie habituelle des États-Unis pour les terroristes

La sympathie habituelle des États-Unis pour les terroristes
Par Lorenzo Maria Pacini
"C'est nous qui décidons qui est terroriste"
Les États-Unis ont révoqué la désignation de Hay’at Tahrir al-Sham (HTS), également connu sous le nom de Front al-Nosra, comme organisation terroriste étrangère. La décision a été annoncée par le secrétaire d'État Marco Rubio dans un mémorandum daté du 23 juin, publié à l'avance dans le Federal Register.
Oui, vous avez bien lu: une fois de plus, les États-Unis jouent les gendarmes du monde et décident qui reçoit la médaille d'honneur et qui doit être considéré comme un criminel. Ce n'est peut-être qu'une coïncidence, mais les États-Unis n'accusent jamais de terrorisme ceux qui servent leurs intérêts économiques, alors qu'ils sont très prompts à juger ceux qui contredisent leur volonté. La géopolitique de l'intimidation.
Cette révocation s'inscrit dans le contexte d'un changement plus large de la politique américaine à l'égard de la Syrie, après que le président Donald Trump a signé un décret visant à assouplir les sanctions unilatérales contre Damas, en vigueur depuis 1979 en raison de son hostilité envers Israël.
Après la chute du président Bachar al-Assad, le HTS a pris le contrôle du pays et, dans le même temps, Israël a intensifié ses frappes aériennes et occupé de nouvelles zones en Syrie au-delà du plateau du Golan. Le nouveau gouvernement syrien s'est montré ouvert à la normalisation des relations avec Israël, et des négociations sont en cours en vue d'un éventuel accord d'ici 2026. Le changement d'approche des États-Unis et de la Syrie semble marquer un nouveau cap dans la dynamique géopolitique du Moyen-Orient.
L'Iran, un ennemi vraiment mortel
Deux stratégies possibles se dessinent actuellement: l'une implique une intervention militaire directe des États-Unis et d'Israël contre l'Iran; l'autre consiste en une campagne de manipulation psychologique massive visant à la fois la population iranienne et la communauté internationale, prélude à une agression armée. Les méthodes, les raisons et le calendrier dépendront de l'évolution de la situation et des premiers signaux, qui ne sont pas encore suffisamment clairs pour être divulgués. Toutefois, un conflit armé semble inévitable.

L'Iran est bien préparé, mais les stratégies employées par ses adversaires pourraient générer confusion et peur, avec le risque de pertes importantes. L'évolution des événements reste incertaine, mais une chose est claire: les États-Unis et Israël devront réfléchir mûrement avant de s'engager dans un conflit à grande échelle, compte tenu des conséquences.
Parallèlement, des signes de plus en plus nombreux indiquent l'existence d'un plan visant à déstabiliser le Liban, en particulier en ciblant les communautés chiites, avec le soutien d'Israël, des Émirats arabes unis et de leurs alliés. Cela pourrait ouvrir un nouveau front et entraîner l'Iran dans un conflit plus large, voire déclencher une guerre civile libanaise.
La décision de retirer Al-Nosra de la liste des organisations terroristes semble étroitement liée à la volonté de permettre aux partenaires régionaux des États-Unis de soutenir ce mouvement ouvertement, en l'utilisant contre les communautés chiites. Il ne s'agit pas seulement d'une manœuvre diplomatique, mais d'une exploitation planifiée du terrorisme, déguisée en défense du droit international.
Dans ce contexte, il est essentiel de renforcer un front commun de résistance. Que ce soit par la dissuasion nucléaire ou par l'opposition sur tous les fronts, il est urgent de contrer et de neutraliser tous les instruments de l'axe américano-sioniste-wahhabite-HTS, quel que soit le nom qu'il porte. L'Iran, en tout état de cause, doit être abattu par cette alliance nouvelle. C'est l'ennemi par excellence en Asie occidentale et il ne peut être épargné.
L'Amérique de Trump, quant à elle, connaît bien cette litanie: lorsqu'en 2020, le président a ordonné – puis revendiqué fièrement lors d'une conférence de presse nationale – l'assassinat du général Qassem Soleimani, en visite à Bagdad pour des accords de coopération internationale, il l'a fait en réitérant sa promesse de « libérer » la région du monstre iranien. Un monstre qui continue d'être présenté comme tel par la presse internationale, qui s'est rapidement regroupée après 12 jours d'agression israélienne.
La géométrie varie
Pourtant, l'Amérique se retire de son rôle de gendarme du monde, car la puissance militaire, aussi grande soit-elle, ne suffit plus, tout comme l'influence politique n'est plus au rendez-vous. Il y a quinze ans, une bataille comme celle qui a duré 12 jours aurait probablement signifié un massacre pour l'Iran, mais l'Iran a changé et est désormais une puissance mondiale et un pays clé pour la stabilité mondiale. Aujourd'hui, cependant, les États-Unis sont tout au plus capables de sauver leur allié d'une guerre éclair ratée grâce à une série d'attaques ciblées.
Néanmoins, certaines façons de penser semblent difficiles à ébranler: Donald Trump, suivant les traces de George W. Bush, a posé des exigences extrêmes à Téhéran, appelant à une capitulation totale. À une époque, de telles exigences ont donné des résultats: la Yougoslavie a été contrainte de céder le Kosovo, l'Irak a été occupé et la Libye a sombré dans le chaos. Mais aujourd'hui, cette stratégie ne fonctionne plus: le changement de régime en Iran reste un objectif inatteignable. Le programme balistique de Téhéran est toujours actif et son programme nucléaire se poursuit sans relâche.
Washington est confronté à une situation dans laquelle il sera bientôt contraint de démontrer par des faits qu'il peut encore s'imposer par la force sur la scène internationale. Sinon, la vague croissante de défiance à l'égard de l'ordre unipolaire s'intensifiera, le poussant vers une désintégration lente mais inévitable.
Et aujourd'hui, les États-Unis, qui se sont présentés pendant des années comme les champions de la lutte contre le terrorisme islamique, forment des terroristes et les placent à la tête d'un pays tout entier, réalisant ainsi le rêve de Daech de contrôler ces terres et d'exploiter leur position pour maintenir la région dans un état de précarité, de peur et de risque élevé de conflit généralisé. Une fois de plus, la géopolitique des tyrans, qui menace de nuire à tout le monde. Mais, cher tyran nommé Amérique, tes coups ne font plus peur: il y a tout un monde qui a appris à encaisser les coups et à riposter avec force.
La géométrie internationale a changé, et Washington doit s'y faire.
15:41 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, syrie, états-unis, proche-orient, iran, moyen-orient |
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mercredi, 09 juillet 2025
Iran. Premier bilan

Iran. Premier bilan
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/iran-primi-bilanci/
Cessez-le-feu au Moyen-Orient, nous dit-on. Ou plutôt, une illusion de cessez-le-feu, puisque Netanyahu n’a manifestement aucune intention de le respecter. Et l’Iran semble prêt à riposter coup sur coup.
Trump est furieux. Cependant, sa colère ne sert pas à grand-chose. Il espérait calmer le conflit et, en même temps, favoriser un changement de régime en Iran. C’est ainsi que le vieux prétendant au Trône du Paon, désormais complètement américanisé depuis des décennies, a été de nouveau évoqué: Reza Shah.
Mauvais calculs et mauvaises analyses. Car, en réalité, la République islamique semble sortir renforcée et resserrée par ces attaques. Ce n’est pas que l’opposition intérieure n’existe pas, mais il est clair que cela n’a rien à voir avec des sympathies pour Israël ou les États-Unis. Au contraire…
Ainsi, Khamenei a eu le dessus. Il a transféré le pouvoir effectif aux Pasdaran, dépossédant ainsi le modéré Pezeshkian.
En fait, c’est l’état d’urgence. Tout simplement. Ces mesures renforcent le régime iranien et donnent plus de pouvoir à l’aile militaire.
Et affaiblissent ceux qui espéraient une détente avec Washington, en particulier les classes bazari et marchandes.
Après quinze jours de guerre à distance, Israël semble en difficulté. Et ce malgré le militarisme proclamé par Netanyahu.
Il n’a simplement pas réussi à faire plier Téhéran ni à favoriser le dissensus iranien. Au contraire, le régime des ayatollahs semble plus solide que jamais, et la riposte militaire a provoqué de véritables crises de nerfs internes en Israël.
Netanyahu a même dû tenter d’empêcher la fuite des principales villes, notamment des citoyens juifs qui veulent se réfugier, ou plutôt revenir, à l’étranger.
Il est vrai que Bibi mise surtout sur les « colons », qui représentent la face la plus déterminée et agressive du sionisme.
Mais le malaise intérieur en Israël est évident.
Téhéran, d’ailleurs, n’est pas totalement seul. Plus que Poutine, qui est trop occupé en Ukraine pour pouvoir offrir autre chose qu’un soutien politique à l’Iran, le véritable allié du régime des ayatollahs est la Chine. La Chine importe du gaz et du pétrole iraniens, essentiels pour son économie.
La politique de Xi Jinping vise, bien sûr, à éviter autant que possible les conflits directs, surtout avec Washington.
Pourtant, cela n’empêche pas la Chine de soutenir Téhéran de toutes les manières possibles, car elle ne veut absolument pas de changement de régime. Xi Jinping a été très clair et ferme sur ce sujet.
De plus, le Pakistan s’est déjà dit prêt à intervenir militairement aux côtés des Iraniens. Et le Pakistan, en plus de sa puissance nucléaire, est étroitement lié à Pékin.
Puis il y a Kim Jong-un. La Corée du Nord est une puissance nucléaire, et le jeune dictateur, maître incontesté du pays, exploite habilement la situation internationale pour briser l’isolement politique et économique dans lequel Pyongyang était plongé depuis longtemps.
Il a également déclaré être prêt à intervenir militairement pour aider l’Iran.
Une situation donc extrêmement difficile à déchiffrer. Trop de variables, trop d’acteurs. Trop de dangers.
Incontestablement, nous vivons une époque « intéressante », qui, selon une vieille malédiction chinoise, signifie justement « dangereuse ».
19:15 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, iran, moyen-orient, politique internationale |
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lundi, 07 juillet 2025
Fanatiques et fin du monde

Fanatiques et fin du monde
Par Federico Bischoff
Source: https://www.compact-online.de/fanatiker-und-weltuntergang...
Les fondamentalistes religieux du judaïsme, du christianisme et de l’islam rêvent de la dernière bataille, où le diable sera vaincu. Après quoi, le royaume de Dieu s’installera. Pour en savoir plus sur les prophéties religieuses de la fin du monde et leurs effets sur l’histoire mondiale, lisez le bestseller d’Oliver Janich, « Le secret dévoilé ». Très pertinent ! En savoir plus ici: https://www.compact-shop.de/shop/neu/oliver-janich-das-of....
Les gens ordinaires craignent bel et bien qu’une guerre mondiale éclate. Bertolt Brecht écrivait — comme pour lancer un avertissement aux Allemands : « La grande Carthage a mené trois guerres. Elle était encore puissante après la première, encore habitable après la deuxième. On ne pouvait plus la retrouver après la troisième. »
Les fanatiques voient cela plus froidement. Mao se moqua de la crainte des Soviétiques d’un conflit nucléaire mondial et de la politique de détente de Moscou, en argumentant que la Première Guerre mondiale avait libéré un sixième de la Terre du capitalisme, et qu’après la Seconde, d’autres pays étaient devenus socialistes — alors pourquoi craindre la Troisième ?

Pour les apocalypse juifs, la situation est similaire. Au milieu des batailles de 1914-1918, l’Empire britannique donna, pour affaiblir l’ennemi ottoman, le décisif coup de pouce à la colonisation sioniste de la Palestine avec la Déclaration Balfour. Et après 1945, la création de l’État d’Israël ne pouvait plus être empêchée. Alors, qu’est-ce qui s’oppose à une nouvelle guerre mondiale ? — demandent les cyniques.

Martin Buber résuma la pensée des factions apocalyptiques du judaïsme dans son roman « Gog et Magog » :
« Le monde des nations est en agitation, et nous ne pouvons pas vouloir qu’il s’arrête, car c’est seulement lorsque le monde se met en travail qu’adviennent les douleurs du Messie. La délivrance n’est pas un cadeau fini de Dieu, déposé du ciel sur la terre. Dans de grandes douleurs, le corps du monde doit accoucher, il doit toucher le seuil de la mort avant de pouvoir naître. »
Et encore : « Nous devons œuvrer pour que cette lutte s’intensifie jusqu’aux douleurs du Messie. Les nuages de fumée autour de la montagne du monde sont encore petits et éphémères. De plus grands, plus persistants, viendront. Nous devons attendre le moment où le signe nous sera donné… Il ne nous est pas ordonné de l’éteindre, mais de l’enflammer. »
L’outil de Dieu
La dernière phrase est décisive. Le vrai pieux, selon la théorie, n’attend pas la venue du royaume de Dieu, mais agit activement en provoquant l'Armageddon. Celui qui souhaite la venue du Messie sait très bien que la dernière bataille de l’humanité doit la précéder. Dans toutes les religions monothéistes, elle se déroule en Terre Sainte.

Fatalement, l’alliance formée entre des juifs fondamentalistes et des évangéliques partageant les mêmes idées s'avère particulièrement dangereuse. En réalité, l'ancien Testament et les enseignements du Nouveau Testament présentent de grandes différences: Yahvé est un Dieu colérique et punisseur, qui extermina les ennemis d’Israël, et qui contraint les pécheurs de ses fidèles à l’obéissance par le feu et l’épée (voir Sodome et Gomorrhe). Jésus, lui, prêche le pardon et l’amour des ennemis, et il sauve non seulement les Israélites, mais toute l’humanité.
Mais il existe un pont théologique enjambant cette fracture, c’est la fameuse Révélation de Jean dans le Nouveau Testament, qui correspond à la description de l’Armageddon dans l’Ancien Testament par le prophète Ézéchiel. Il y est question du jugement contre « Gog de Magog », un souverain du Nord (ce qui peut s’interpréter comme Babylone/Bagdad, l’Iran ou aussi la Russie d’aujourd’hui).
Ézéchiel : « Oui, tu viendras de ton lieu, du plus extrême Nord, toi et beaucoup de peuples avec toi, qui monteront tous sur des chevaux, une multitude grande et un peuple puissant. Tu monteras contre mon peuple Israël, comme une nuée obscure qui couvre le pays. »
Gog et ses armées seront totalement détruits :
« Et je jugerai contre lui lui envoyant pestilence et sang ; je ferai pleuvoir des pluies diluviennes, des grêlons, du feu et du soufre sur lui et sur ses hordes de guerre, sur beaucoup de peuples qui sont avec lui. »

Dans l’Apocalypse de Jean, une bataille similaire est décrite. Cependant, Gog n’apparaît pas, et les ennemis sont Satan, « la bête », « le faux prophète » et « la prostituée Babylone ». À Jérusalem, 144.000 pieux seront rachetés. Les sept sceaux, sept trompettes et sept coupes de la colère répandent mort et terreur, peut-être avec des armes de destruction massive. À la fin, tous les incroyants seront jetés « dans une mer de feu et de soufre brûlant ». Ensuite, Christ revient sur terre et établit son royaume millénaire.
Chez les juifs fondamentalistes, qui nient Jésus en tant que Sauveur, la venue du Messie est liée à la restauration du mythique temple du roi Salomon. La communauté Chabad Loubavitch est convaincue que cela doit se produire sur le site de l’ancien temple, c’est-à-dire le Mont du Temple à Jérusalem. Mais cela nécessiterait d’abord de démolir un bâtiment important: la mosquée al-Aqsa, vieille de 1300 ans. Enfin, il serait impensable de construire le troisième temple tant qu’un sanctuaire musulman s’y trouve.
Déjà en 1948, le grand-rabbin de l’époque déclarait :
« Tel Aviv ne sera pas la capitale, mais Jérusalem, car c’est là que se trouvait le temple de Salomon, et toute la jeunesse juive est prête à sacrifier sa vie pour conquérir le site de leur temple sacré. » Il est difficile d’imaginer que les musulmans renoncent à leur troisième lieu saint, après La Mecque et Médine, sans être chassés militairement de Palestine.
L’alliance apocalyptique
Les États-Unis, sous la direction des francs-maçons mais avec une majorité évangéliste, sont le creuset où se mêlent ultrareligieux évangélistes et juifs apocalyptiques. Ces fameux puritains (du latin purus = pur) ont émigré de Grande-Bretagne, après les guerres de religion entre anglicans et catholiques aux 15ème et 16ème siècle, quand une certaine tolérance s’était installée, où on les considérait, dès lors, comme dangereux à cause de leurs idées. Dans les colonies américaines, les fervents de l’Ancien Testament dominaient. Il y aurait eu plus de sorcières brûlées là-bas que sous les injonctions de l’Inquisition catholique.
Une coalition lâche entre la majorité blanche protestante (WASP) et les Juifs s’est formée dès avant la Première Guerre mondiale, car les banquiers juifs représentaient la base financière de la future grande puissance, mais cette alliance resta fragile à cause de l’antisémitisme des vieux puritains anglais.
Ce n’est qu’avec la création, au début des années 1970, du mouvement des néoconservateurs qu’une symbiose stable s’est formée, basée sur une solidarité sans compromis avec Israël et sur l'ambition américaine d'exercer une hégémonie sur le monde entier ; toute politique de détente, au Moyen-Orient comme vis-à-vis de l’URSS, a été rejetée. Les néoconservateurs atteignirent leur apogée sous ce président religieux que fut George W. Bush (2001-2009), notamment après le 11 septembre.
Les principaux centres de décision — notamment au Pentagone — furent occupés par des tenants de l'idéologie neocon. Des groupes de travail communs entre le Likoud israélien et les républicains américains (par exemple par le truchement du think tank « Project for the New American Century ») ont sans cesse préparé les guerres qui furent menées contre les États islamiques, notamment en falsifiant des preuves quant aux armes de destruction massive qu'aurait possédées Saddam Hussein, alors qu'elles n’ont jamais existé. Une attaque contre l’Iran, prévue dès 2008/2009, a été évitée de justesse suite à l'intervention de l’état-major américain.

La bataille finale dans l’islam
La figure salvatrice du Mahdi apparaît chez les musulmans après la mort de Mahomet, lorsque les califes ont éliminé le successeur désigné du prophète, Ali. Les partisans de ce dernier, les chiites, voient, depuis, Ali comme le souverain attendu, celui qui doit rétablir la vraie foi. À la fin des temps, il unira tous les musulmans et participera à la bataille décisive contre Dajjâl (le mal ultime, comparable à l’Antéchrist).
L’historien nord-africain islamisé Ibn Khaldoun décrit comme suit, au 14ème siècle, le déroulement de cette bataille finale:
« Ensuite, Jésus descendra et tuera Dajjâl. Ou Jésus descendra avec lui, aidera à tuer Dajjâl et priera derrière lui. » La description montre que, même s’il n’est pas vu comme le Messie, dans l’islam, Jésus joue un rôle positif et important, comme prophète et aussi dans les événements de la fin des temps.
Ce personnage a inspiré les sanglants soulèvements mahdi contre la domination coloniale britannique au Soudan à la fin du 19ème siècle. En Iran, le Mahdi est considéré depuis la Révolution islamique de 1979 comme le véritable chef de l’État. Sa résurrection n’est prophétisée qu’après des bouleversements et des guerres majeurs, ce qui alarme l’Occident, craignant que les mollahs ne provoquent une telle évolution.

Au cours des trente dernières années, l’Iran a adopté une politique extérieure défensive. Des milices chiites comme le Hezbollah ont participé, avec le soutien de Téhéran, à la lutte contre al-Qaida et l’État islamique, et ont défendu aussi, dans la guerre civile syrienne et au Liban, des villages chrétiens. La relation avec le Hamas sunnite, jusqu’à l’escalade récente, était froide.
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dimanche, 29 juin 2025
Grand dérangement au Moyen-Orient

Grand dérangement au Moyen-Orient
par Georges Feltin-Tracol
Les dirigeants du Hamas se doutaient-ils qu’en lançant leur offensive–éclair le 7 octobre 2023, ils changeraient le visage du Moyen-Orient ? Ne faut-il pas maintenant s’interroger sur l’existence d’un enchâssement machiavélique de plans destinés à briser l’« Axe de la Résistance » contre Israël ? Les guerres de Benyamin Netanyahou lui permettront-elles de remodeler à sa guise toute une région et d’arrêter l’apparition d’un monde multipolaire aux valeurs pluriverselles?
À l’origine, les services secrets israéliens ont encouragé l’essor du Hamas opposé à l’OLP de Yasser Arafat. Une fois encore, le golem s’est retourné contre ses maîtres. Malgré le départ des colons israéliens et le retrait des troupes de Tsahal en 2005 sur l’ordre du premier ministre israélien d’alors, Ariel Sharon, Tel-Aviv n’a jamais cessé de surveiller dans le détail la Bande de Gaza dont la superficie correspond à peu près à trois fois Paris (bois de Boulogne et de Vincennes inclus). Par ailleurs en pointe dans le contrôle numérique de masse, Israël a proscrit l’argent liquide et sait parfaitement identifier une population gazaouie désormais martyre.

En agressant l’Iran sans prendre la peine de lui déclarer la guerre tel un autre 1er septembre 1939, Israël ouvre un cinquième front à la suite de Gaza, de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est occupés, du Liban et de la Syrie. Ces différents conflits quasi-simultanés occultent les procès en corruption qui frappent Netanyahou et détournent l’attention de l’opinion publique du contentieux féroce entre la Cour suprême et l’exécutif. Cette nouvelle guerre préventive d’agression soude pour le moment les six partis de la coalition gouvernementale.
Le gouvernement Netanyahou invente un danger nucléaire iranien imminent alors que le premier Guide suprême de la Révolution, Rouhollah Khomeiny, avait émis une fatwa condamnant cette arme redoutable. Ce fait importe peu pour Tel-Aviv qui rêve de briser la « Pieuvre » tant ses tentacules que sa tête. Dans Le Figaro Magazine des 23 et 24 mai 2025, Alexandre Devecchio interroge Stéphane Simon, co-auteur avec Pierre Rehov du 7 Octobre. La Riposte (Fayard, 2025). Stéphane Simon déclare qu’« aujourd’hui, Israël prépare la dernière manche qui vise la fin du régime de Téhéran ». Pourquoi ? Parce que l’instant lui est propice.
La Syrie néo-baasiste de Bachar al-Assad a disparu en décembre 2024 au profit de forces islamistes subventionnées par la Turquie et le Qatar. L’état-major israélien a aussi tiré tous les enseignements de la guerre de 2006 contre le Hezbollah. Quelques exemples rapportent la haute fiabilité des réseaux de renseignement qui associent données satellitaires - numériques et collectes précises d’informations sur le terrain, d’où l’assassinat de Hassan Nasrallah, secrétaire général charismatique du Hezbollah, le 27 septembre 2024. Évoquons aussi le piège des talkies walkies et autres bipeurs qui a tué, blessé ou handicapé plusieurs milliers de cadres du Hezbollah. Produits en Israël, les trois grammes d’explosif implantés, les bipeurs sont cédés à une société hongroise qui les vend ensuite au Hezbollah. Israël avait donc bien préparé cette opération depuis plusieurs trimestres, voire années… Ainsi peut-on se demander si, à l’instar de Franklin Delano Roosevelt qui sût la veille du 7 décembre 1941 l’attaque-surprise japonaise sur Pearl Harbor, Benyamin Netanyahou était au courant de l’action sanglante du 7 octobre sans penser à son ampleur, ni à son impact tragique. Dès son premier mandat de premier ministre (1996 – 1999), il considère l’Iran comme son ennemi principal. Il déteste l’Iran qui signifie « royaume des Aryens ». Cette appellation servirait-elle de prétexte à une susceptibilité mémorielle excessive ?

L’agression contre l’Iran n’est pas une foucade du régime suprémaciste de Tel-Aviv, mais une action de guerre mûrement réfléchie. Appliquant les méthodes opérationnelles de l’OTAN, l’aviation israélienne se serait rendue maîtresse du ciel iranien en dépit des 1500 – 2000 km de distance entre les deux États.
On reste toutefois pantois devant l’impréparation de l’Iran, pourtant puissance régionale de plus de 82 millions d’habitants, face à une guerre préventive aérienne: pas d’abris de défense pour les civils, sécurité publique déficiente, faiblesse de la protection autour des responsables militaires iraniens. À ces manques s’ajoute une absence flagrante de réactions de la part des « tentacules », à savoir d’alliés affaiblis (Hezbollah, Hamas), lointains (les « partisans d’Allah » houthistes du Yémen) ou dubitatifs (les milices populaires irakiennes). L’assassinat de hauts responsables militaires et scientifiques, la destruction de centres stratégiques militaires et nucléaires, le bombardement des locaux de la télévision officielle indiquent la présence en Iran d’agents secrets, de forces spéciales et de collaborateurs locaux, et ce depuis de nombreux mois, même de nombreuses années.
À la lumière des récents événements, deux faits confirment la forte implication d’Israël dans le désordre intérieur iranien. L’un se passe le 31 juillet 2024. Ce jour-là, le chef du Hamas, « Ismaël Haniyeh, rapporte encore Stéphane Simon, meurt dans sa chambre piégée d’une bombe au cœur d’une résidence sécurisée du palais présidentiel » iranien. Toujours pour Stéphane Simon, c’est « la démonstration de l’infiltration du Mossad au cœur du régime iranien ». Sous l’empire Pahlavi, le Shah d’Iran était un allié précieux pour Israël au même titre d’ailleurs que la Turquie laïque et les Kurdes d’Irak et de Syrie. Cette proximité stratégique n’a pas empêché les États-Unis de fomenter en partie la révolution islamique afin de surseoir au développement nucléaire de l’Iran.

Le second concerne la révolution de couleur « Femme – Vie – Liberté », processus incontestable de déstabilisation socio-politique qui s’apparente à une intense action de guerre psychologique. Les manifestants et les manifestantes hostiles aux institutions de la République islamique agissent en idiots utiles du suprémacisme israélien anti-iranien. À côté des actions clandestines montées par les services israéliens sur le sol iranien, « Femme – Vie – Liberté » signale la réalité d’une cinquième colonne qui a pour objectif le renversement de la république islamique. Par qui la remplacer ? Israël ne se tournera pas vers Maryam Radjavi, présidente des Moudjahiddines du peuple qui ont longtemps séjourné dans l’Irak baasiste de Saddam Hussein. Quant à recourir au prétendant impérial en exil Reza Pahlavi, ce ne serait guère judicieux, car il deviendrait aussitôt un nouveau repère d’unité nationale pour tous les Iraniens.
Il est possible que le gouvernement israélien mise sur un éclatement, effectif ou latent, de l’Iran en jouant sur des minorités ethniques. Au Sud-Est, les indépendantistes baloutches pourraient ériger un État qui attirerait ensuite vers lui le Baloutchistan pakistanais. Au Nord-Ouest, les Kurdes édifieraient un territoire autonome à l’image du Kurdistan irakien et, peut-être, du Rojava syrien. Au Sud-Ouest, les arabophones (plus d’un tiers de la population locale) du Khouzistan (ou Arabistan), assez rétifs à la tutelle de Téhéran, s’en sépareraient pour mieux se rapprocher de l’Irak. Mais la plus grande menace provient du Nord, des portes du Caucase.

Les Occidentaux oublient que l’Arménie, encerclée à l’Est et à l’Ouest par la Turquie et l’Azerbaïdjan, y compris par son exclave du Nakhitchevan, entretient d’assez mauvaises relations avec son voisin géorgien. Le seul État qui persiste à aider Erevan s’appelle l’Iran. Pendant la guerre de reconquête de l’Artsakh, l’Azerbaïdjan a bénéficié de l’aide militaire israélienne. La fragilisation poussée de l’Iran inciterait l’Azerbaïdjan à s’emparer des régions iraniennes de langue azérie au nom des vieilles revendications rattachistes, puis d’effacer définitivement l’Arménie des cartes en se partageant avec la Turquie son territoire. Un Grand Azerbaïdjan pèserait alors de tout son poids sur l’avenir non seulement de l’Iran, mais aussi de l’Asie centrale avec le risque accru d’irriter une Russie attentive à son étranger proche et d’encourager les forces islamistes les plus extrémistes à renverser les gouvernements du Kazakhstan, du Tadjikistan, de l’Ouzbékistan, du Turkménistan et du Kirghizistan à partir du foyer inflammable de la vaste vallée de la Ferghana.
L’effondrement de l’Iran assurerait à l’actuel gouvernement israélien la satisfaction de ses visées messianiques dans la reconfiguration géopolitique du Moyen-Orient. La fin de l’« Axe de la Résistance » lui faciliterait la déportation massive des Palestiniens de Gaza, de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est vers le Liban, la Syrie, la Jordanie et l’Égypte aux frontières redessinées, mais aussi vers l’Europe. Le régime de Tel-Aviv ferait deux pierres d’un coup : résoudre la question démographique palestinienne lancinante et semer les ferments de division multiculturalistes chez l’héritière d’Édom, la civilisation européenne d’essence boréenne, qu’il exècre. L’Iran ou le dernier avant-poste de l’Europe boréale ? L’histoire est plus que jamais imprévisible et surprenante.
GF-T
- « Vigie d’un monde en ébullition », n° 162, mise en ligne le 24 juin 2025 sur Radio Méridien Zéro.
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« Les États-Unis ont attaqué non seulement l’Iran, mais aussi la multipolarité… »

« Les États-Unis ont attaqué non seulement l’Iran, mais aussi la multipolarité… »
Onur Sinan Güzaltan
Les États-Unis ont rejoint les attaques d’Israël contre l’Iran, et la guerre s’est intensifiée.
Les États-Unis ont ciblé les installations nucléaires en Iran. Quel est votre avis sur cette question ?
Les États-Unis ont attaqué l’Iran en ignorant le droit et les normes internationales. Cette attaque aura de nombreuses conséquences négatives.
L’Iran, qui est la cible des attaques, y répondra bien sûr de différentes manières. La plus évidente de ces réponses sera de continuer à frapper Israël, la plus grande base américaine dans la région. En dehors de cela, il est possible que les alliés de l’Iran dans la région, notamment les Houthis au Yémen et le Hezbollah au Liban, soient impliqués dans cette guerre qui ne cesse de s'accroître. Il y a de nombreuses bases, centres et soldats américains dans la région… Il est très probable qu’ils soient ciblés dans la période à venir. De plus, l’Iran pourrait prendre des mesures visant à perturber la chaîne économique mondiale via le détroit d’Hormuz et la mer Rouge.
Dans tous les cas, les États-Unis et Israël paieront un prix lourd.
D’un autre côté, en termes de politiques américaines, les discours MAGA, ou « America First » (l’Amérique d’abord), représentés par Trump, sont complètement tombés en désuétude. Les États-Unis sont de nature agressive et l’ont montré une fois de plus au monde avec l’attaque contre l’Iran.
Une autre leçon à tirer de l’attaque américaine contre l’Iran est que les négociations avec l’impérialisme n’ont aucune suite. La Russie a été visée durement à chaque fois qu’elle s’est assise à la table de négociation pour régler la question de l’Ukraine. Assad s’est assis à la table avec l’Occident en 2010, et la guerre civile a immédiatement éclaté dans son pays. Kadhafi a été renversé de façon similaire…
Et l’Iran a été ciblé alors qu’il négociait avec les États-Unis…
Ces exemples montrent que l’impérialisme ne comprend que la force, pas la négociation.
Comment le rôle des États-Unis dans la guerre changerait-il le cours de la guerre ?
Eh bien, les États-Unis sont manifestement un pays puissant. Ils disposent d’une supériorité technologique, d’armes avancées et de capacités de renseignement.
Mais l’Iran est aussi un pays puissant et aura des réponses à donner aux États-Unis.
L’étendue dans laquelle les États-Unis peuvent prendre des risques dans la période à venir sera décisive. Si l’Iran répond, quelle sera la position des États-Unis ? Oseront-ils, par exemple, lancer une opération terrestre ? Je ne pense pas… Les États-Unis ont fait un choix difficile, et je doute qu’ils voient clairement quel chemin suivre.
D’un autre côté, l’attitude de la Russie et de la Chine sera importante.
En frappant les installations nucléaires iraniennes, les États-Unis ont tenté d’envoyer un message non seulement à l’Iran, mais au monde entier; ils ont voulu dire: « Je suis toujours le maître du monde. »
La Russie et la Chine accepteront-elles ce message ?
Il vaut la peine de souligner que l’attaque américaine ne concerne pas seulement l’Iran, mais aussi la multipolarité.

Comment évaluez-vous la situation d’Israël dans la guerre ?
La situation actuelle montre clairement que le système de défense aérienne et le Dôme de fer d’Israël ont échoué face aux frappes de missiles de l’Iran.
Les rapports indiquent qu’Israël ne peut tenir que 10 ou 12 jours de plus dans une telle guerre. C’est précisément la réalité qui se profile derrière l’implication des États-Unis. Trump s’est impliqué dans cette guerre pour sauver Israël, qui s’effondrait et perdait la guerre.
Quant aux déclarations provenant d’Iran, à la fin, le peuple iranien et l’État iranien défendent leur propre terre. C’est une défense territoriale. Et jusqu’à présent, ils ont réussi. Ils ont pu répondre à chaque mouvement israélien par une contre-attaque équivalente.
Il y a eu des discussions sur la supériorité technologique d’Israël et de ses alliés. Mais l’utilisation des missiles Fattah par l’Iran dans ses frappes de représailles a suscité de nouveaux débats à ce sujet. Quel est votre point de vue ?
La réalité sur le terrain nous montre ceci: tout d’abord, l’Iran lutte contre les sanctions occidentales depuis plus de 45 ans. Il a donc développé une économie indépendante.
Deuxièmement, nous voyons maintenant clairement que ces mêmes sanctions ont poussé l’Iran à développer sa propre industrie nationale de défense. Et avec les armes qu’ils produisent, ils peuvent résister contre les États-Unis et Israël.
Troisièmement, l’Iran possède un territoire vaste, ce qui lui donne plus de mobilité, plus de marge pour se retirer et se regrouper. Et si l’on compare les populations, celle de l’Iran est bien plus grande que celle d’Israël. Nous parlons ici d’un peuple avec une histoire plurimillénaire dans la région.
Israël, en revanche, est coincé dans une mince bande de terre. Il a une population fragmentée et un État relativement jeune. Militairement et économiquement, il dépend fortement du soutien financier et militaire des États-Unis et de l’Occident.
Donc, s'il n'y avait eu que l’Iran et Israël, sans implication d’un tiers, cette guerre se serait déjà terminée par la défaite d’Israël.
Des affirmations comme « Le régime iranien s’effondrera en trois jours » ou « L’État va se désagréger » sont creuses. L’Iran résiste depuis des décennies économiquement, socialement et militairement contre l’Occident. Et dans sa lutte contre l’Occident et ses proxies, comme Israël, l’Iran a montré qu’il est très résilient et efficace. C’est ce que nous voyons aujourd’hui.
Ce que nous vivons actuellement prouve que les pays qui comptent sur leurs propres ressources morales et matérielles peuvent rester forts. En résumé: moins vous dépendez de puissances extérieures, plus vos chances sont grandes de résister à l’agression occidentale-israélienne.
Quelle devrait être la position de la Turquie et des pays de la région face à la guerre Iran-Israël après l’intervention américaine ?
Il y a des messages de condamnation du gouvernement turc envers les États-Unis et Israël, mais cette rhétorique n’est pas suffisante.
Des renseignements directs et indirects sont fournis à Israël depuis les bases d’Incirlik et de Kürecik, situées en territoire turc. Ces bases doivent être fermées dès que possible.
En fin de compte, c’est la Turquie, voisine de l’Iran, qui peut devenir la cible, et les conséquences seront graves pour la Turquie.
Tous ceux avec qui je parle dans la région disent la même chose : « Si l’Iran tombe, nous tombons aussi. » Le monde arabe le sait. Et en Turquie, la conscience publique de cette réalité grandit. L’Iran est une puissance clé dans la région. Si les choses tournent contre l’Iran, les conséquences ne toucheront pas seulement les Iraniens, mais toute la région.
C’est pourquoi les pays de la région doivent agir avant qu’il ne soit trop tard.
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jeudi, 26 juin 2025
La proposition en quatre points de Xi Jinping pour apaiser le conflit au Moyen-Orient

La proposition en quatre points de Xi Jinping pour apaiser le conflit au Moyen-Orient
Giulio Chinappi
En pleine escalade de grande envergure entre Israël et l’Iran, Pékin propose une feuille de route vers la paix visant un cessez-le-feu immédiat, la protection des civils, la relance des négociations politiques et le soutien actif de la communauté internationale.
SOURCE première de l'ARTICLE : https://giuliochinappi.wordpress.com/2025/06/21/la-propos...
Jeudi 19 juin 2025, dans l'après-midi, le président chinois Xi Jinping a eu un entretien téléphonique avec le président russe Vladimir Poutine, au cours duquel les deux dirigeants ont échangé leurs points de vue sur la situation au Moyen-Orient. Xi Jinping a présenté une proposition en quatre points: le cessez-le-feu doit devenir une priorité urgente, garantir la sécurité des civils doit être la priorité absolue, le dialogue et la négociation sont les solutions fondamentales, et les efforts de paix de la communauté internationale sont indispensables. Cet échange a eu lieu dans un contexte critique, alors que le conflit entre Israël et l’Iran ne cesse de s’intensifier. La coordination des positions entre Xi et Poutine reflète non seulement la profondeur de la coopération stratégique entre la Chine et la Russie, mais envoie aussi un message clair à la communauté internationale: un appel à contenir les tensions et à préserver la paix régionale.

La crise actuelle au Moyen-Orient a dépassé les limites d’un conflit conventionnel. Lors d’une nouvelle série d’attaques aériennes jeudi 19, Israël a visé trois installations nucléaires iraniennes, tandis qu’un missile lancé par l’Iran a frappé un hôpital en territoire israélien. Les deux parties ont promis des représailles, et le risque d’une escalade incontrôlable s'avèrerait gravissime.
Pendant ce temps, les États-Unis, malgré leur influence déterminante sur Israël, n’ont pas joué un rôle constructif. Au contraire, ils ont continué à alimenter le conflit, allant jusqu’à indiquer leur disponibilité à « intervenir directement », ce qui mine sérieusement les attentes de la communauté internationale en matière de désescalade. La situation étant devenue telle que « rien ne peut être exclu », la fenêtre d’opportunité pour éviter le pire est désormais très étroite.
Une fois que le conflit échappe à tout contrôle, il sera beaucoup plus difficile d’en inverser la trajectoire. Dans ce contexte, la Chine a été la première grande puissance à proposer un plan global et visionnaire, capable de répondre à la fois aux besoins immédiats et aux solutions à long terme, faisant preuve d’un fort sens des responsabilités.

La « proposition en quatre points » est ciblée et va au cœur des enjeux actuels. Elle exhorte en premier lieu les parties en conflit, en particulier Israël, à arrêter rapidement les opérations militaires pour éviter que de nouveaux dégâts soient infligés aux civils. Elle invite ensuite à soutenir fermement une solution politique à la question nucléaire iranienne, et sollicite la communauté internationale, et en particulier ces pays qui exercent une plus grande influence sur les belligérants, à faire des efforts pour apaiser les tensions.
De nature orientée vers le problème, cette proposition ne se limite pas à identifier les voies fondamentales pour la résolution de la crise, mais trace également des parcours efficaces pour atténuer le conflit. Elle met au centre la recherche d’une paix durable et d’une sécurité collective, dans le respect total de l’ordre et de l’équité internationaux. Elle reflète l’analyse précise de Pékin et s’aligne sur les sollicitations répandues dans la communauté globale, en proposant un cadre d’action concret et réalisable.
La Chine a toujours agi comme facteur de paix et de stabilité au Moyen-Orient, comme en témoignent des gestes concrets: faciliter la réconciliation entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, soutenir le retour de la Syrie à la Ligue arabe, défendre la cause des droits nationaux palestiniens, promouvoir la paix à Gaza et l’unité palestinienne, contribuer à des missions de maintien de la paix régionales ou aux aides humanitaires. En tout état de cause, Pékin a basé ses actions sur les principes de justice et sur les intérêts fondamentaux des populations du Moyen-Orient, proposant un nouveau modèle de sécurité commune, inclusive, coopérative et durable.
De l’autre côté, les accords de réconciliation entre l’Arabie Saoudite et l’Iran signés à Pékin, ainsi que la déclaration palestinienne d’unité, témoignent de la confiance de la région dans la position impartiale de la Chine et dans l’esprit de sa nouvelle conception de la sécurité. La récente « proposition en quatre points » de Xi sur le conflit entre Israël et l’Iran confirme cette ligne morale, visant à favoriser concrètement la paix au Moyen-Orient.

Avec une région instable, la paix mondiale reste un objectif difficile à atteindre. Les efforts pour promouvoir un cessez-le-feu et engager des négociations ne sont pas seulement nécessaires pour la région, mais indispensables à la stabilité mondiale. Cela requiert coordination et consensus entre les grandes puissances. La récente conversation téléphonique entre Xi et Poutine illustre cette étroite communication et coordination entre la Chine et la Russie sur les grandes questions internationales. En tant que membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, Pékin et Moscou coopèrent main dans la main sur la scène mondiale, jouant un rôle stabilisateur pour la paix régionale et mondiale. Cela met en évidence non seulement la contribution des pays émergents à la gouvernance globale, mais indique aussi la voie correcte pour que les grandes puissances coexistent dans un esprit de responsabilité partagée.
La crise au Moyen-Orient confirme que le monde est entré dans une « époque de turbulences et de transformations », et la « proposition en quatre points » représente la perspective cohérente de la sécurité selon les vues chinoises. De la guerre russo-ukrainienne à la question israélo-palestinienne, il est évident que les propositions de Pékin sont de plus en plus adoptées par de nombreux pays. Maintenant que des nuages de tension obscurcissent le Moyen-Orient, il est à espérer que la communauté internationale passe des paroles aux actes, en adoptant la « proposition en quatre points » de la Chine. Celle-ci se déclare prête à renforcer la communication et la coordination entre toutes les parties, à construire un consensus, à lutter pour la justice et à jouer un rôle constructif dans le rétablissement de la paix dans la région.
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mercredi, 25 juin 2025
L'Iran est la clé de l'équilibre multipolaire au Moyen-Orient

L'Iran est la clé de l'équilibre multipolaire au Moyen-Orient
par Stefano Vernole
Source : Strategic Culture & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/l-iran-e-la-chiav...
Comme signalé il y a quelques semaines, la D.I.A. américaine avait pris l'Iran pour cible. En résumé, les raisons en étaient les suivantes: l'Iran possède une capacité de représailles directes et pas seulement par procuration via l'Axe de la Résistance au Moyen-Orient ; l'Iran développe d'importantes capacités en matière de missiles et de drones ; l'Iran a des ambitions nucléaires, même s'il est encore loin de pouvoir développer une bombe atomique. Sur ce dernier point, Donald Trump (idole des "altermondialistes malins") a sèchement contredit le chef des services secrets américains, Tulsi Gabbard, en déclarant : « Je me fiche de ce qu'elle a dit. Je pense qu'ils étaient très près d'en avoir une ».
En réalité, dans le rapport de l'agence de renseignement de Washington, ce sont les motivations géopolitiques qui semblaient prévaloir. La coopération de l'Iran avec la Russie, la Chine et la Corée du Nord méritait, du point de vue américain, un durcissement des sanctions économiques, étant donné que la mise en service du corridor ferroviaire entre Téhéran et Pékin permettait de transporter le pétrole en 15 jours au lieu de 40 et de contourner le détroit de Malacca, qui risquait d'être fermé en cas de conflit pour Taïwan.
Ce n'est pas un hasard si les analystes militaires chinois ont immédiatement porté leur attention sur l'agression d'Israël contre l'Iran et en ont tiré des conclusions peu encourageantes: une profonde infiltration des services secrets sionistes dans la chaîne de commandement iranienne suivie de lourdes pertes militaires (celles subies par les Houthis au Yémen ne sont même pas comparables) ; une défense antiaérienne iranienne inefficace ; un manque de vigilance et de préparation dû à une certaine indolence des dirigeants iraniens ; l'échec de la politique de dissuasion iranienne ; crise totale de la tentative de réforme économique lancée par Raisi, puis brisée à la fois par la mort de l'ancien président iranien (difficile aujourd'hui de penser à un accident) et par l'instabilité régionale provoquée par Israël avec la chute d'Assad, l'attaque contre le Liban et le génocide des Palestiniens [1].
Bien sûr, la Chine, la Russie, la Turquie et les pays du golfe Persique, en premier lieu l'Arabie saoudite, ont sévèrement condamné l'attaque militaire israélienne et souhaiteraient sauver le gouvernement de Téhéran du « changement de régime » évoqué par Londres, Washington et Tel-Aviv. La Grande-Bretagne a mis ses bases militaires à la disposition de l'armée de l'air israélienne, transformant ainsi le territoire britannique en une zone de préparation directe pour les opérations contre l'Iran, fournissant à Tel-Aviv non seulement des bases aériennes, mais aussi ses services de renseignement. Elon Musk a activé le système satellitaire Starlink au-dessus de l'Iran, conférant à la coalition occidentale un avantage crucial en matière de communication et de navigation des données, tandis que le porte-avions américain Nimitz, en provenance de la mer de Chine méridionale, se dirige vers le golfe Persique. L'Occident dans son ensemble, avec le communiqué du G7, a fourni une légitimation formelle et « morale » au renversement du gouvernement iranien actuel.
La modalité de l'agression militaire israélienne est identique, tant sur le plan technique (lancement de drones à l'intérieur du pays) que politique (alors que l'Iran était en pourparlers avec les États-Unis), à celle de l'attaque ukrainienne contre les sites nucléaires et les bases russes il y a quelques semaines: la main est manifestement la même.
Pour la Russie, dont l'accord de partenariat stratégique avec l'Iran a été approuvé par Vladimir Poutine lui-même le 21 avril dernier, mais par Téhéran il y a seulement quelques jours, une défaite des ayatollahs serait un désastre géopolitique bien plus grave que la chute d'Assad en Syrie. L'Iran joue un rôle essentiel dans l'équilibre des pouvoirs au Moyen-Orient et est un allié indispensable dans la résistance à la domination mondiale occidentale; en particulier, l'équilibre stratégique dans la mer Caspienne serait rompu et les intérêts de Moscou dans le secteur énergétique seraient menacés au profit des États-Unis qui veulent exporter leur gaz naturel liquéfié.
De plus, un effondrement de l'Iran signifierait: l'effondrement du système d'alliances régionales de Moscou; la domination totale de l'Occident dans la région; l'isolement de la Russie et de ses principaux partenaires. La perte de l'Iran, membre des BRICS, deviendrait une catastrophe géopolitique pour le multipolarisme et confirmerait la capacité de l'Occident à résoudre par la force toutes ses contradictions géopolitiques. La vision à long terme esquissée par Brzezinski dans les années 1990 et par les néoconservateurs américains après le 11 septembre 2001 se réaliserait alors presque définitivement.
De son côté, Benjamin Netanyahu écarterait tout risque d'être remis en cause pour ses crimes évidents, devenant le symbole de la victoire atlantiste au Moyen-Orient.

La Chine, qui a également conclu un accord de partenariat stratégique avec l'Iran et qui dépend fortement du pétrole iranien (environ 90% du pétrole transitant par le détroit d'Ormuz est destiné à Pékin), ne peut se permettre de perdre un partenaire indispensable à ses ambitions géopolitiques.
Que peut-il se passer maintenant ? Si la tentative de médiation diplomatique des pays d'Eurasie et des États voisins échoue, comme cela semble désormais évident, l'escalade devient inévitable.
Les États-Unis, la Grande-Bretagne et Israël, avec le plein consentement de leurs vassaux européens, recherchent des acteurs locaux capables de remplacer Khamenei et de conduire l'Iran vers une rupture avec Moscou et Pékin. Si les dirigeants actuels de Téhéran perçoivent le danger d'un renversement qui pourrait se produire si les États-Unis entrent directement en scène avec leurs forces armées, ils n'auront d'autre solution que d'augmenter le prix du conflit en dépassant toutes les « lignes rouges ». Mobiliser l'Axe de la Résistance, fermer le détroit d'Ormuz au passage des navires (avec le consentement de Pékin, désormais résigné à une guerre totale dans la région) et changer l'inertie de la bataille par une intervention terrestre depuis le Liban, la Syrie et l'Irak, sont les seules cartes dont elle dispose, compte tenu de la domination totale du ciel par Israël.
Plusieurs inconnues subsistent. Certes, la Chine n'interviendrait pas directement (tout comme la Russie engagée en Ukraine), mais elle pourrait aider l'Iran en lui fournissant du matériel militaire et en poussant le Pakistan à entrer en scène (le ministre pakistanais de la Défense a non seulement manifesté sa solidarité immédiate avec Téhéran, mais s'est également déclaré prêt à attaquer Israël en cas d'intervention militaire américaine contre l'Iran). Islamabad, seule puissance nucléaire islamique, apporterait une aide indispensable et pourrait également inciter l'Égypte et la Turquie (dont les dirigeants restent dans le collimateur de Tel-Aviv et le seront de toute façon dans un avenir pas trop lointain) à intensifier leur pression contre Israël. Reste à savoir si cet effet domino complexe n'impliquerait pas également d'autres acteurs mondiaux, à commencer par l'Inde, en quête de revanche après l'échec subi dans la bataille aérienne qui a suivi la crise du Cachemire.
La Troisième Guerre mondiale, évoquée ces dernières heures par Steve Bannon et Tucker Carlson, est-elle peut-être plus proche que nous ne l'imaginons ?
NOTE:
[1] Wang Shichun, "L'Iran sera-t-il la deuxième Syrie d'Assad?", guancha.cn, 14 juin 2025. L'analyste militaire chinois souligne également un conflit interne à l'appareil iranien entre la position du Guide suprême Khamenei, la ligne médiane de Pezeshkian qui attribue une grande partie de la corruption du pays aux Gardiens de la révolution et celle des libéraux qui souhaiteraient privatiser totalement l'économie.
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Téhéran ne cède pas, Israël mise sur les États-Unis: premier bilan de la guerre entre Israël et l'Iran

Téhéran ne cède pas, Israël mise sur les États-Unis: premier bilan de la guerre entre Israël et l'Iran
Andrea Muratore
Après plus d'une semaine, la guerre entre Israël et l'Iran présente des scénarios stratégiques de toute première importance qui sont encore en cours de consolidation, mais dont l'analyse permet de se frayer un chemin à travers un flot de propagande extrêmement visqueux et de comprendre comment le conflit le plus problématique de l'histoire récente du Moyen-Orient pourrait évoluer et façonner la région.
Récit contre réalité, la guerre d'Israël contre l'Iran
Comme toute guerre, celle entre Tel-Aviv et Téhéran est faite de récits autant que de faits. Des récits qui s'avèrent souvent fallacieux à l'épreuve des faits concrets et qui doivent être présentés comme tels. Nous le constatons dans l'attitude des acteurs sur le terrain, directement ou indirectement impliqués dans la guerre, qui a fortement changé au cours des journées où ce conflit s'est développé.
La première tendance, double, est la prémisse nécessaire à tout le reste. Nous constatons en effet que la justification israélienne d'une guerre préventive visant à empêcher Téhéran d'accéder rapidement à une forme de dissuasion nucléaire s'est avérée insuffisante pour expliquer la réelle volonté de Tel Aviv d'entrer en guerre, justifiée en réalité par la tentative d'affaiblir et de saper les fondements du régime iranien.
Après le bombardement de Be'er Sheva jeudi, le ministre de la Défense de Benjamin Netanyahu, Israel Katz, l'a clairement indiqué en désignant l'ayatollah Ali Khamenei comme une cible militaire légitime. Au cours de ces mêmes jours, le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Mariano Grossi, a rejeté l'hypothèse selon laquelle, malgré les critiques de l'organe de Vienne pour avoir violé ses obligations en matière de prolifération, l'Iran accélérerait réellement la possibilité de se doter de la bombe par excellence.

Le régime ne s'effondre pas
Deuxièmement, nous constatons que malgré les coups très durs subis et l'éclaircissement continu des rangs supérieurs des forces armées, l'appareil du pouvoir iranien ne s'est pas effondré. L'architecture dite "baroque", qui pose la structure fondée sur le rôle du Guide suprême et des Gardiens de la révolution sur le gouvernement proprement dit et sur les forces armées traditionnelles, s'est révélée plus souple que prévu.
En particulier, le discours de Netanyahu, repris par de nombreux représentants des camps libéral et conservateur en Europe et aux États-Unis, selon lequel la libération de l'Iran du système de pouvoir actuel serait le résultat des raids de Tel-Aviv, ne s'est pas concrétisé. Indépendamment du jugement global sur le système de la République islamique et sur le Guide suprême, on constate qu'un régime en difficulté sur de nombreux fronts, de l'économie en crise aux questions sociales pressantes, n'a à ce jour aucune alternative crédible dans la société iranienne, que l'idée d'exporter un système démocratique à coups de bombes, une vieille tentation qui refait surface, semble pour le moins fallacieuse et que la ligne de réponse à Israël sur le terrain n'a pas provoqué de protestations ou de soulèvements.
Khamenei refuse la reddition, le système iranien ne s'effondre pas
À cet égard, le discours prononcé jeudi par Khamenei, dans lequel il a rejeté toute hypothèse de « reddition » du pays, comme l'avait demandé le président américain Donald Trump, a eu une importance politique considérable, dictant une ligne de conduite et mettant au défi les éventuels opposants de se manifester: aucun conflit ne semble avoir émergé dans l'architecture pourtant difficilement pénétrable du régime iranien.
Tout bien considéré, l'Iran subit les durs coups de l'offensive aérienne et balistique israélienne et tente de riposter avec une dissuasion balistique bien plus réduite, mais qui ne semble pas inexistante, loin de là. À ce jour, en substance, l'attaque de Tel-Aviv n'a pas encore provoqué le démantèlement total du nucléaire, n'a pas, jusqu'à présent, comme le confirme également le Jerusalem Post, ouvert de fissures irréparables dans le régime et n'a pas, troisième point de la confrontation entre le récit et la réalité, convaincu les États-Unis d'entrer en guerre pour porter un coup décisif à Téhéran, en évitant toute solution diplomatique.

Le dilemme américain et l'heure de la diplomatie
Trump a été sollicité de toutes parts: plusieurs faucons du Parti républicain, menés par les sénateurs Ted Cruz et Lindsey Graham, poussent à s'engager aux côtés d'Israël, et le général Michael Erik Kurilla, à la tête du Commandement central (Centcom) chargé des opérations au Moyen-Orient, semble partager cet avis.
Dans le même temps, on note la froide réticence de l'aile proche du vice-président J. D. Vance et des figures politiques, commentateurs et faiseurs d'opinion proches du monde "Maga", comme le présentateur Tucker Carlson. Mais jeudi, The Donald a déclaré vouloir donner une nouvelle place à la diplomatie, ouvrant une fenêtre de deux semaines pour d'éventuelles rencontres diplomatiques avec les dirigeants de Téhéran.

La « résurrection » de Shamakhani
À ce sujet, certaines informations intéressantes méritent d'être soulignées: tout d'abord, après que Trump ait ouvert cette fenêtre, l'Iran a annoncé que l'amiral Ali Shamakhani, haut conseiller de Khamenei et figure centrale de la diplomatie atomique avec Washington, était vivant et se remettait des blessures subies le 13 juin lors des attaques israéliennes qui ont déclenché la guerre. À propos de récits: Shamakhani avait été déclaré mort sur la base des communiqués militaires israéliens qui annonçaient son élimination.
Tel Aviv pensait avoir tué l'habile négociateur qui, jusqu'à il y a un mois, présentait des demandes pour le moins modérées dans ses discussions avec Washington: ouverture à l'abandon de l'uranium hautement enrichi, négociations directes et continues avec les États-Unis, politique permanente visant la désescalade. La nouvelle de la survie de Shamakhani ouvre la possibilité de recréer l'axe avec le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi au nom de la désescalade. Hier, les premières discussions ont eu lieu à Genève avec les diplomates de l'E3, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni.
À propos de changement de discours: l'Europe, qui n'est pas intervenue dans les négociations entamées en avril par les États-Unis et l'Iran et qui, au début de la guerre, avait largement épousé le discours israélien et les raids, adopte désormais une approche plus inquiète, ouverte aux négociations et au cessez-le-feu. La volonté prématurée de venir en aide au (présumé) vainqueur a atteint son apogée lors du G7, lorsque le chancelier Friedrich Merz a déclaré qu'Israël « faisait le sale boulot pour nous tous ». La situation s'est avérée, comme dirait Giulio Andreotti, « un peu plus complexe ». Et le discours, éternel fléau de la politique internationale, a cédé la place au pragmatisme et à un plus grand réalisme. Ce qui, dans les affaires internationales, devrait toujours être bienvenu.
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Téhéran ne cède pas, Israël mise sur les États-Unis: premier bilan de la guerre entre Israël et l'Iran

Téhéran ne cède pas, Israël mise sur les États-Unis: premier bilan de la guerre entre Israël et l'Iran
Andrea Muratore
Après plus d'une semaine, la guerre entre Israël et l'Iran présente des scénarios stratégiques de toute première importance qui sont encore en cours de consolidation, mais dont l'analyse permet de se frayer un chemin à travers un flot de propagande extrêmement visqueux et de comprendre comment le conflit le plus problématique de l'histoire récente du Moyen-Orient pourrait évoluer et façonner la région.
Récit contre réalité, la guerre d'Israël contre l'Iran
Comme toute guerre, celle entre Tel-Aviv et Téhéran est faite de récits autant que de faits. Des récits qui s'avèrent souvent fallacieux à l'épreuve des faits concrets et qui doivent être présentés comme tels. Nous le constatons dans l'attitude des acteurs sur le terrain, directement ou indirectement impliqués dans la guerre, qui a fortement changé au cours des journées où ce conflit s'est développé.
La première tendance, double, est la prémisse nécessaire à tout le reste. Nous constatons en effet que la justification israélienne d'une guerre préventive visant à empêcher Téhéran d'accéder rapidement à une forme de dissuasion nucléaire s'est avérée insuffisante pour expliquer la réelle volonté de Tel Aviv d'entrer en guerre, justifiée en réalité par la tentative d'affaiblir et de saper les fondements du régime iranien.
Après le bombardement de Be'er Sheva jeudi, le ministre de la Défense de Benjamin Netanyahu, Israel Katz, l'a clairement indiqué en désignant l'ayatollah Ali Khamenei comme une cible militaire légitime. Au cours de ces mêmes jours, le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Rafael Mariano Grossi, a rejeté l'hypothèse selon laquelle, malgré les critiques de l'organe de Vienne pour avoir violé ses obligations en matière de prolifération, l'Iran accélérerait réellement la possibilité de se doter de la bombe par excellence.

Le régime ne s'effondre pas
Deuxièmement, nous constatons que malgré les coups très durs subis et l'éclaircissement continu des rangs supérieurs des forces armées, l'appareil du pouvoir iranien ne s'est pas effondré. L'architecture dite "baroque", qui pose la structure fondée sur le rôle du Guide suprême et des Gardiens de la révolution sur le gouvernement proprement dit et sur les forces armées traditionnelles, s'est révélée plus souple que prévu.
En particulier, le discours de Netanyahu, repris par de nombreux représentants des camps libéral et conservateur en Europe et aux États-Unis, selon lequel la libération de l'Iran du système de pouvoir actuel serait le résultat des raids de Tel-Aviv, ne s'est pas concrétisé. Indépendamment du jugement global sur le système de la République islamique et sur le Guide suprême, on constate qu'un régime en difficulté sur de nombreux fronts, de l'économie en crise aux questions sociales pressantes, n'a à ce jour aucune alternative crédible dans la société iranienne, que l'idée d'exporter un système démocratique à coups de bombes, une vieille tentation qui refait surface, semble pour le moins fallacieuse et que la ligne de réponse à Israël sur le terrain n'a pas provoqué de protestations ou de soulèvements.
Khamenei refuse la reddition, le système iranien ne s'effondre pas
À cet égard, le discours prononcé jeudi par Khamenei, dans lequel il a rejeté toute hypothèse de « reddition » du pays, comme l'avait demandé le président américain Donald Trump, a eu une importance politique considérable, dictant une ligne de conduite et mettant au défi les éventuels opposants de se manifester: aucun conflit ne semble avoir émergé dans l'architecture pourtant difficilement pénétrable du régime iranien.
Tout bien considéré, l'Iran subit les durs coups de l'offensive aérienne et balistique israélienne et tente de riposter avec une dissuasion balistique bien plus réduite, mais qui ne semble pas inexistante, loin de là. À ce jour, en substance, l'attaque de Tel-Aviv n'a pas encore provoqué le démantèlement total du nucléaire, n'a pas, jusqu'à présent, comme le confirme également le Jerusalem Post, ouvert de fissures irréparables dans le régime et n'a pas, troisième point de la confrontation entre le récit et la réalité, convaincu les États-Unis d'entrer en guerre pour porter un coup décisif à Téhéran, en évitant toute solution diplomatique.

Le dilemme américain et l'heure de la diplomatie
Trump a été sollicité de toutes parts: plusieurs faucons du Parti républicain, menés par les sénateurs Ted Cruz et Lindsey Graham, poussent à s'engager aux côtés d'Israël, et le général Michael Erik Kurilla, à la tête du Commandement central (Centcom) chargé des opérations au Moyen-Orient, semble partager cet avis.
Dans le même temps, on note la froide réticence de l'aile proche du vice-président J. D. Vance et des figures politiques, commentateurs et faiseurs d'opinion proches du monde "Maga", comme le présentateur Tucker Carlson. Mais jeudi, The Donald a déclaré vouloir donner une nouvelle place à la diplomatie, ouvrant une fenêtre de deux semaines pour d'éventuelles rencontres diplomatiques avec les dirigeants de Téhéran.

La « résurrection » de Shamakhani
À ce sujet, certaines informations intéressantes méritent d'être soulignées: tout d'abord, après que Trump ait ouvert cette fenêtre, l'Iran a annoncé que l'amiral Ali Shamakhani, haut conseiller de Khamenei et figure centrale de la diplomatie atomique avec Washington, était vivant et se remettait des blessures subies le 13 juin lors des attaques israéliennes qui ont déclenché la guerre. À propos de récits: Shamakhani avait été déclaré mort sur la base des communiqués militaires israéliens qui annonçaient son élimination.
Tel Aviv pensait avoir tué l'habile négociateur qui, jusqu'à il y a un mois, présentait des demandes pour le moins modérées dans ses discussions avec Washington: ouverture à l'abandon de l'uranium hautement enrichi, négociations directes et continues avec les États-Unis, politique permanente visant la désescalade. La nouvelle de la survie de Shamakhani ouvre la possibilité de recréer l'axe avec le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi au nom de la désescalade. Hier, les premières discussions ont eu lieu à Genève avec les diplomates de l'E3, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni.
À propos de changement de discours: l'Europe, qui n'est pas intervenue dans les négociations entamées en avril par les États-Unis et l'Iran et qui, au début de la guerre, avait largement épousé le discours israélien et les raids, adopte désormais une approche plus inquiète, ouverte aux négociations et au cessez-le-feu. La volonté prématurée de venir en aide au (présumé) vainqueur a atteint son apogée lors du G7, lorsque le chancelier Friedrich Merz a déclaré qu'Israël « faisait le sale boulot pour nous tous ». La situation s'est avérée, comme dirait Giulio Andreotti, « un peu plus complexe ». Et le discours, éternel fléau de la politique internationale, a cédé la place au pragmatisme et à un plus grand réalisme. Ce qui, dans les affaires internationales, devrait toujours être bienvenu.
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dimanche, 15 juin 2025
Israël-Iran: même dans une telle crise, l’Europe pusillanime sombre dans l'insignifiance

Israël-Iran: même dans une telle crise, l’Europe pusillanime sombre dans l'insignifiance
Andrea Muratore
Source: https://it.insideover.com/guerra/israele-iran-anche-in-qu...
Des contributions à la désescalade ? Des négociations diplomatiques sérieuses ? Des activités effervescentes pour défendre ses intérêts ? Rien de tout cela. L’Europe s’arrête sur le conflit Iran-Israël, écrasée entre la crainte de démentir la position américaine et le réflexe conditionné de l’interventionnisme.
Il en résulte une position difficilement compréhensible : les mêmes pays qui, depuis plusieurs semaines, ont adopté des positions de plus en plus critiques contre Tel-Aviv en raison de l’escalade des bombardements sur Gaza et des privations imposées par Israël aux civils dans la Bande de Gaza, approuvent désormais, pour l'essentiel, les attaques unilatérales lancées par l’État hébreu contre l’Iran, auquel Washington accorde tacitement son blanc-seing. Ce qui est sans influence aucune sur les deux camps.
Une courte revue de déclarations aide à le comprendre. Emmanuel Macron, président français : « La France réaffirme le droit d’Israël à se défendre et à garantir sa sécurité. » Friedrich Merz, chancelier allemand : « L’objectif doit rester d’empêcher l’Iran de développer des armes nucléaires. » Des paroles similaires des porte-paroles de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. En passant, David Lammy et Antonio Tajani, ministres des Affaires étrangères du Royaume-Uni et de l’Italie, ont invité à la modération… pour l’Iran !
Dire que ces déclarations ne signifient rien ne signifie pas forcément défendre le régime iranien, mais plutôt montrer un principe politique clair : l’Europe est totalement inaudible, insignifiante et prévisible dans ses déclarations. Simplement elle demeure une note marginale dans le monde des relations internationales.

Il est paradoxal de voir Macron parler du droit à la défense d’Israël tout en étant promoteur de la reconnaissance par la France de la Palestine ; les appels européens à la modération et à la dénucléarisation de l’Iran restent inaudibles, tandis que des bombes tombent sur Natanz, Fordow, Ispahan et d’autres centres après qu'aucun pays européen n’a saisi l’aimant avancé par Abbas Aragchi (photo), ministre iranien des Affaires étrangères, qui, après le début des négociations avec les États-Unis sur le nucléaire en avril, a souligné la froideur diplomatique totale du Vieux Continent, en particulier des pays du groupe E3 (Allemagne, France, Royaume-Uni), signataires du Joint Comprehensive Plan of Action (Jcpoa), l’accord de 2015 négocié par Barack Obama et Hassan Rouhani, avec l’Union européenne, la Chine, la Russie et les États-Unis.
Aragchi, diplomate réservé et certainement pas extrémiste, demandait une audience aux diplomaties européennes: «ambassadeur ne porte pas préjudice». Elle ne lui a pas été accordée par les pays de l’E3, et il faut souligner que même l’unique État européen qui avait tenté de jouer le rôle de médiateur, l’Italie, s’est trouvée également dépourvue de toute marge de négociation.
Au moins, Giorgia Meloni a, dans une note du Palazzo Chigi, « réaffirmé le plein soutien aux négociations entre les États-Unis et l’Iran pour un accord sur le programme nucléaire iranien », mais il reste incertain que ces négociations, prévues pour demain en Oman, auront lieu comme prévu. Et la décision de Benjamin Netanyahu de tenir de nombreux pays européens, dont l’Italie, dans l’ignorance de l’imminence des raids montre la faible considération de son gouvernement pour des États amis de Tel-Aviv.
« Les gouvernements européens devraient intensifier la coordination avec l’administration Trump et les États du Conseil de coopération du Golfe pour préserver le canal diplomatique avec l’Iran, en maintenant à court terme un canal secondaire pour la résolution des conflits avec Téhéran », a déclaré à Euractiv Ellie Geranmayed du Conseil européen pour les relations étrangères (Ecfr). Une vision qui présuppose une Europe qui soit puissance de dialogue, mais qui aujourd’hui se heurte à une réalité beaucoup plus désolante, qui parle plutôt d’un Vieux Continent faible et pusillanime, dépourvu de capacité d’influence sur ses voisins, contraint à subir les événements dans chaque dossier: cela vaut pour Gaza, la crise en Libye, la mer Rouge et l'affrontement entre les États-Unis et les Houthi, cela vaut bien sûr pour la guerre en Ukraine et, apparemment, pour la guerre Iran-Israël.
Au final, peut-être que l’opinion de l’Europe est tout simplement insignifiante. Sur la scène mondiale, la position d’une Turquie, d’une Arabie Saoudite, d’une Inde et d’un Pakistan sur une crise comme celle qui s’est ouverte entre l’Iran et Israël a plus d’impact que celle de toute l’Europe, communautaire ou non. Nous sommes prévisibles, marginaux et périphériques. Et nous ne faisons rien pour inverser la tendance. Le déclin du rôle de l’Europe dans le monde en est la conséquence logique et inévitable.
14:45 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, europe, affaire européennes, iran, israël, moyen-orient, politique internationale |
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vendredi, 13 juin 2025
Israël bombarde l’Iran : vague de raids contre le programme nucléaire, hauts commandements militaires tués

Israël bombarde l’Iran : vague de raids contre le programme nucléaire, hauts commandements militaires tués
Andrea Muratore
Source: https://it.insideover.com/guerra/israele-bombarda-liran-o...
Benjamin Netanyahu a franchi le Rubicon dans la nuit du 12 au 13 juin : Israël a lancé une campagne massive de bombardements contre l’Iran et son programme nucléaire, touchant également plusieurs hauts commandants militaires à Téhéran. La possibilité de ces raids était évoquée depuis longtemps, et Netanyahu a toujours envisagé cette option depuis 2009, année de son retour au pouvoir, où il est resté jusqu’à aujourd’hui.
Cinq vagues d’attaques : l’installation principale d’enrichissement nucléaire à Natanz a été ciblée, comme l’a confirmé l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique, ainsi que le centre de recherche nucléaire de Tabriz, et des bases à Kermanshah, Arak et Ispahan, au cœur du pays, sans oublier la capitale. Lors d’attaques ciblées, le général de brigade Mohammad Bagheri, commandant en chef des Forces armées et second après le Guide suprême, son principal afjoint Gholamali Rashid, et Hossein Salami, commandant des Gardiens de la Révolution, auraient été tués. Deux scientifiques nucléaires de haut niveau, Mohammad Mehdi Tehranchi et Fereydoun Abbasi, ont également été tués.
La manœuvre d’Israël semble être une combinaison d’une version à la puissance maximale de la campagne déjà en cours d’élimination ciblée contre les dirigeants ennemis, menée contre des hauts responsables des Pasdaran à l’étranger, ainsi que des leaders du Hezbollah et du Hamas au Liban et à Gaza, avec la différence que, cette fois, il s’agissait de frapper des hauts gradés d’un État souverain, dans le cadre d’attaques stratégiques sur des sites situés dans des zones reculées du territoire de la République islamique. Ces attaques sont encore plus significatives si l’on considère qu’Israël aurait agi en solo, tandis que les États-Unis, engagés dans des négociations avec l’Iran, ont déclaré ne pas être impliqués dans ces raids.

Fait notable, Ali Shamkhani (photo), conseiller du Guide suprême Ali Khamenei, qui menait souvent directement les négociations avec Washington, a été gravement blessé lors de l’attaque. Il y a un mois, Shamkhani déclarait que l’Iran était prêt à signer l’accord nucléaire dans sa version renouvelée.
Les renseignements étendus du Mossad semblent avoir conduit Tel-Aviv à cibler des objectifs systémiques dans tout le pays, et la complexité de cette opération laisse penser qu’un plan élaboré depuis des années a été mis en œuvre, couronné par la décision de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique ce jeudi : “Selon le renseignement israélien, l’Iran poursuit un programme secret pour assembler une arme nucléaire, et dispose de suffisamment de matériel pour assembler 15 bombes nucléaires en quelques jours”, a déclaré un haut responsable du gouvernement israélien au New York Times, évoquant explicitement la résolution selon laquelle Téhéran ne respecte pas ses obligations de non-prolifération nucléaire.
Netanyahu a affirmé que les raids se poursuivraient “aussi longtemps que nécessaire”. La Force de défense israélienne a qualifié cette opération d’“attaque préventive”. Pour le chef d’état-major Eyal Zamir, l’enrichissement nucléaire à Téhéran avait “atteint un point de non-retour”. Ces mots traduisent un climat d’urgence, mais aussi un message politique clair. L’objectif principal de ces raids est, en plus d’affirmer la supériorité tactique israélienne, de creuser une tranchée infranchissable dans les négociations médiatisées par l’Iran. Un sabotage à grande échelle dans un Moyen-Orient en flammes. Et l’on attend désormais la réaction de Donald Trump et des États-Unis. Opposés, en principe, aux raids de Tel-Aviv. Mais désormais confrontés à la nécessité de décider s’ils soutiennent leur allié le plus fidèle dans sa campagne la plus risquée.
17:03 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, iran, israël, moyen-orient |
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dimanche, 08 juin 2025
Trump au Moyen-Orient

Trump au Moyen-Orient
Abbès Tégrarine
La visite du président Donald Trump en Arabie saoudite, au Qatar et aux Émirats arabes unis du 13 au 16 mai a été sa première visite officielle depuis son investiture le 20 janvier 2025. Cette visite revêt sans aucun doute une importance particulière à plusieurs égards. Les médias arabes le qualifient d'historique, car il a précédé la visite du président américain chez les alliés traditionnels de son pays en Europe, chez ses voisins les plus proches ou chez son allié stratégique au Moyen-Orient, Israël. La première de ces conséquences concerne « l'importance économique et stratégique de ces pays pour les États-Unis », comme l'a souligné le représentant spécial adjoint des États-Unis au Moyen-Orient.
De plus, il ne faut pas négliger l'influence considérable des pays du Golfe Persique sur le marché mondial de l'énergie, sans oublier, bien sûr, les impératifs économiques urgents des États-Unis au niveau national et les événements géopolitiques mondiaux. Les États-Unis ont également commencé à compter sur le rôle croissant des trois États du Golfe Persique sur la scène internationale.
Bien que la tournée de Trump dans les pays du Golfe ait porté sur plusieurs questions économiques, politiques et stratégiques importantes pour les deux parties, les plus importantes étant le partenariat économique entre les pays du Golfe et les États-Unis, la politique énergétique, les négociations nucléaires entre les États-Unis et l'Iran, les accords de défense et les garanties de sécurité, la guerre à Gaza, le dossier syrien, les accords d'Abraham, la guerre en Ukraine, etc. Ces questions ont également été abordées lors du cinquième sommet entre les États-Unis et le Conseil de coopération du Golfe, qui s'est tenu le 14 mai à Riyad. Cela a donné un élan puissant au partenariat stratégique entre les deux parties :
L'importance du contexte économique international de la visite de Trump dans le Golfe Persique
Plusieurs facteurs façonnent le contexte international et déterminent la réalité économique mondiale qui coïncide avec la visite du président Trump dans la région du Golfe Persique, ce qui rend cette visite extrêmement importante. Le protectionnisme, qui a atteint des niveaux records, entraîne un affaiblissement correspondant des règles de la mondialisation et a des conséquences particulières sur la crise de la dette souveraine et le maintien des pressions inflationnistes dans le monde.
Les médias arabes ont concentré leur attention sur les accords économiques majeurs annoncés entre les pays du Golfe Persique et les États-Unis.

Les accords saoudo-américains les plus importants :
Dans le cadre des plans plus larges d'investissement de l'Arabie saoudite à hauteur de 600 milliards de dollars dans la production, les produits et les services américains, annoncés en janvier 2025, les accords économiques les plus importants signés lors de la visite de Trump en Arabie saoudite, outre les accords militaires que nous présentons ci-dessous, sont les suivants :
- Nvidia a conclu un accord pour la fourniture de ses puces IA.
- AMD a conclu un partenariat similaire d'une valeur de 10 milliards de dollars avec une société saoudienne, et Amazon s'est engagé dans la « Zone d'intelligence artificielle » avec un plan d'une valeur de plus de 5 milliards de dollars.
- Google soutient un nouveau fonds d'intelligence artificielle de 100 millions de dollars, ainsi qu'un accord de 20 milliards de dollars avec la société américaine Supermicro.

Les accords qataro-américains les plus importants :
Après que le Qatar a annoncé un engagement d'investissement de 1200 milliards de dollars, des accords d'une valeur totale de plus de 243,5 milliards de dollars ont été conclus lors de la visite de Trump au Qatar, à savoir:
- Qatar Airways a signé un accord de 96 milliards de dollars pour l'achat de 210 avions auprès de Boeing, ce qui représente la plus grande commande d'avions à fuselage large de l'histoire et la plus grande commande de 787 de l'histoire.
- L'Autorité de gestion des investissements du Qatar prévoit d'investir 500 milliards de dollars supplémentaires au cours de la prochaine décennie dans les secteurs de l'intelligence artificielle, des centres de données et de la santé aux États-Unis, conformément à son programme de relance aux États-Unis.
Accords entre les Émirats arabes unis et les États-Unis :
La société Emirates Global Aluminium, basée en Oklahoma, réalise un projet de construction d'une usine de production d'aluminium primaire d'une valeur de 4 milliards de dollars, en plus des investissements de la société et du Conseil économique des Émirats arabes unis Tawazun dans un projet de production de gallium afin de soutenir l'approvisionnement en métaux essentiels aux États-Unis.
Dans le domaine des technologies, la société américaine Qualcomm a annoncé son intention de contribuer au développement d'un nouveau « centre d'ingénierie mondial » à Abu Dhabi, axé sur l'intelligence artificielle et les centres de données.
Conséquences politiques et stratégiques de la visite de Trump dans le golfe Persique
Négociations nucléaires entre les États-Unis et l'Iran :
Les médias ont souvent rapporté que les États-Unis avaient présenté à l'Iran une proposition de nouvel accord nucléaire lors du quatrième cycle de négociations à Mascate (11 mai 2025).
À Doha (le 15 mai), le président Trump a annoncé que l'Iran avait globalement accepté les conditions de la proposition américaine et a annoncé la conclusion prochaine d'un accord.

La guerre à Gaza :
Bien que le président Trump n'ait pas soulevé la question du déplacement des habitants de Gaza, auquel les États du CCG s'opposent fermement, ni celle de la création d'une administration américaine « temporaire » ou « transitoire » pour Gaza après la guerre lors du sommet entre les pays du Golfe et les États-Unis, il a réaffirmé, lors d'une réunion de travail à Doha le 15 mai, son souhait que les États-Unis « prennent le contrôle » du secteur de Gaza et le transforment en « zone libre ». Auparavant, Trump avait déclaré vouloir transformer Gaza en « Riviera du Moyen-Orient » en expulsant ses habitants. Cette question restera une pomme de discorde entre les États du Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCEAG), qui soutiennent le plan arabe de reconstruction du secteur de Gaza sans déplacement de sa population, et les États-Unis.
Le dossier syrien :
La question de la réintégration de la Syrie sous la direction du président Ash-Sharaa dans le système régional et international, initiée par les États du Golfe, en particulier l'Arabie saoudite, ainsi que la normalisation des relations américano-syriennes figuraient à l'ordre du jour de la visite de Trump à Riyad. La déclaration « très, très importante » que Trump avait promis de faire en Arabie saoudite était probablement liée à la levée des sanctions contre la Syrie et à sa rencontre avec le président syrien, à laquelle ont également participé le prince héritier d'Arabie saoudite et le président turc Recep Tayyip Erdogan (par vidéoconférence). Lors de sa rencontre avec Ash-Sharaa, Trump a promis de normaliser les relations de son pays avec la Syrie et a discuté avec lui d'un certain nombre de questions, notamment la lutte contre le « terrorisme ». Cela concerne en particulier l'EIIL, la question des combattants étrangers en Syrie (leur départ de Syrie), l'expulsion des membres de la résistance palestinienne et la sécurité des Kurdes. Selon l'agence de presse saoudienne, la déclaration du président Donald Trump sur la levée de toutes les sanctions contre la Syrie a surpris certains membres de son administration.
Guerre en Ukraine :
Lors de sa visite en Arabie saoudite, au Qatar et aux Émirats arabes unis, Trump a cherché à utiliser l'efficacité de la diplomatie du golfe Persique pour servir de médiateur dans la fin de la guerre russo-ukrainienne ou, au moins, faire preuve de bonne volonté pour convaincre les parties russe et ukrainienne de cesser le feu et de poursuivre les négociations directes afin de régler le conflit qui les oppose. Cela est particulièrement pertinent compte tenu des tentatives infructueuses des États-Unis pour obtenir un cessez-le-feu, sans parler de la fin de la guerre. Alors que le temps presse, Trump considère les pays du Golfe Persique, en particulier l'Arabie saoudite, comme un canal utile pour communiquer avec Moscou. L'Arabie saoudite a déjà mené des négociations secrètes entre les États-Unis et la Russie, renforçant ainsi sa position de médiateur neutre.
Influence chinoise :
Dans le cadre de la visite de Trump dans la région, les Américains ont cherché à faire pression sur les États du Golfe Persique, non seulement sur les Émirats arabes unis, le Qatar et l'Arabie saoudite, mais aussi sur les six États du Conseil de coopération des États arabes du Golfe Persique, afin qu'ils prennent leurs distances avec Pékin.
17:51 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, donald trump, états-unis, arabie saoudite, qatar, émirats arabes unis, moyen-orient, politique internationale, monde arabe, monde arabo-musulman |
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mercredi, 28 mai 2025
L'Iran et l'Azerbaïdjan poursuivent leur chemin commun vers la stabilité de la mer Caspienne

L'Iran et l'Azerbaïdjan poursuivent leur chemin commun vers la stabilité de la mer Caspienne
Lorenzo Maria Pacini
Source: https://telegra.ph/Iran-e-Azerbaigian-proseguono-il-cammi...
Le gouvernement Pezeshkian, bien que moins intrusif et moins strict que le précédent, semble s'attacher à maintenir des relations positives avec tous les acteurs régionaux.
Pezeshkian à Bakou
La récente visite du président iranien Masoud Pezeshkian à Bakou, bien que brève en raison de son retour en Iran pour faire face à la terrible explosion dans le port de Shahid Rajaee, a eu un poids politique important: il s'agissait en effet de la première visite officielle d'un président iranien en Azerbaïdjan après six bonnes années, une période au cours de laquelle les relations bilatérales ont connu des phases alternées, marquées par des suspicions réciproques et des déclarations polémiques.
Ces dernières années, surtout depuis la guerre du Karabakh en 2020, une divergence croissante entre les priorités stratégiques de Téhéran et de Bakou a été observée. Le renforcement de la présence israélienne et turque en Azerbaïdjan, la réduction des institutions culturelles iraniennes et le langage souvent provocateur des médias azerbaïdjanais (généralement proches du gouvernement) ont alimenté les inquiétudes de Téhéran. Dans le même temps, des incidents tels que l'attaque de l'ambassade d'Azerbaïdjan à Téhéran et la diffusion d'informations hostiles à Bakou dans les médias iraniens ont renforcé la méfiance des Azerbaïdjanais.

Cependant, la visite de Pezeshkian semble marquer un changement de cap. Ce n'est pas seulement le voyage en lui-même qui est important, mais surtout le ton qui a été adopté. Lors de nombreuses réunions officielles, M. Pezeshkian a utilisé la langue turque azerbaïdjanaise, a récité des poèmes chargés de sens qui ont trouvé un écho sur les médias sociaux, tant en Iran qu'en Azerbaïdjan. Son attitude amicale, sa visite à la tombe de Heydar Aliyev et ses références aux liens familiaux entre les peuples des deux pays ont contribué à raviver la faveur de l'opinion publique azerbaïdjanaise.
L'ouverture d'une nouvelle phase dans les relations n'est pas le fruit du hasard, puisque dès le début de son mandat, M. Pezeshkian avait déclaré son intention de poursuivre la « diplomatie de voisinage » initiée sous la présidence d'Ebrahim Raisi. Dans cette optique, la visite à Bakou s'inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer la coopération politique, économique et culturelle dans la région. Parmi les initiatives présentées figure l'élaboration d'un plan stratégique global visant à renforcer les relations bilatérales dans des domaines clés, essentiels pour consolider le corridor de la mer Caspienne et stabiliser l'influence régionale.
Renforcer les routes eurasiennes
L'un des principaux axes de cette stratégie est l'engagement qu'a pris l'Iran pour renforcer les voies de transit eurasiennes. Le corridor d'Aras - qui traverse la frontière entre l'Iran et l'Azerbaïdjan en suivant le cours de la rivière Aras jusqu'au Nakhchivan - est l'une des alternatives sur lesquelles Téhéran se concentre pour contrer l'influence de projets concurrents tels que le corridor de Zankezour. L'Iran entend ainsi se transformer en un nœud logistique important, capable de relier le golfe Persique à la Russie via le Caucase.


Il n'est pas surprenant que la coopération en matière d'infrastructures soit l'un des domaines les plus prometteurs. L'achèvement du chemin de fer Rasht-Astara, prévu pour 2025, s'inscrit dans le cadre plus large du corridor Nord-Sud et ouvrira de nouveaux débouchés aux marchés russe et européen. Parallèlement, les barrages conjoints sur la rivière Aras - Khoda Afarin et Qiz Qalasi - sont déjà opérationnels, ont une fonction à la fois hydroélectrique et agricole, cruciale dans un contexte de crise climatique. Le corridor interne entre l'Azerbaïdjan et le Nakhchivan, qui traverse le territoire iranien, représente également une opportunité stratégique pour renforcer les liens internes de l'Azerbaïdjan et réduire la dépendance à l'égard des routes contrôlées par des pays tiers.
À la lumière de tous ces éléments, il semble clair que Téhéran et Bakou ont l'intention de surmonter l'ère de la suspicion et de l'ambiguïté. La coopération dans les secteurs de l'énergie, des infrastructures et du commerce reflète la volonté de construire un partenariat durable fondé sur des intérêts concrets. Si les accords signés sont mis en œuvre avec détermination, la trajectoire des relations entre les deux pays pourrait être orientée vers une stabilité durable.

En attendant, des personnalités comme Farzaneh Sadegh (photo), ministre iranienne des infrastructures et du développement urbain, ont rappelé l'importance de l'Azerbaïdjan en tant que partenaire stratégique pour la diversification de l'économie iranienne et l'accès à de nouveaux marchés. Le dialogue bilatéral ne se limite donc pas à des gestes symboliques, mais s'articule autour d'un programme de coopération concret et ambitieux.
Il est important de noter que le président russe Vladimir Poutine a soumis un accord de partenariat stratégique avec l'Iran à la Douma d'État pour ratification au tout début du mois d'avril.
Le pacte, déjà signé en janvier 2025, prévoit une coopération militaro-technique, des initiatives conjointes pour contourner les sanctions, le renforcement de la sécurité dans la région de la Caspienne, le développement d'infrastructures nucléaires et la mise en place d'un système de paiement autonome.
Pendant de nombreuses années, les liens entre Moscou et Téhéran ont été entravés par la présence de personnalités politiques pro-occidentales dans les deux camps, souvent prêtes à subordonner l'intérêt national afin de maintenir des relations cordiales avec l'Europe et les États-Unis. Le même schéma s'est répété par le passé en ce qui concerne la Corée du Nord, obligeant la Russie à rattraper rapidement le terrain perdu pour renforcer notre position stratégique.
L'accord avec l'Iran représente un pas décisif pour la Russie vers le renforcement de sa souveraineté et la protection de ses intérêts fondamentaux. Dans un monde qui devient de plus en plus multipolaire, la possibilité d'être un pôle autonome n'est offerte qu'à ceux qui en ont la force. Il est nécessaire d'être en position de force pour choisir ses alliés en fonction de sa volonté.
Une tension qui peut encore s'apaiser
Le renforcement de la région passera inévitablement par l'autre acteur, la Russie, qui équilibre les intérêts de tous les partenaires locaux.
Entre l'Azerbaïdjan et la Russie, il y a eu dernièrement quelques tensions qu'il sera essentiel d'apaiser afin de consolider le front géopolitique.
Aliyev n'a pas participé au défilé du 9 mai à Moscou, expliquant que « la décision du président Ilham Aliyev de ne pas partir était une conséquence logique de tout ce qui s'est passé dans les relations entre Bakou et Moscou au cours des derniers mois et reflète la position de principe et équilibrée des dirigeants azerbaïdjanais sur les questions clés de l'agenda bilatéral ». Entre-temps, plusieurs questions non résolues se sont accumulées ». Dans ce contexte, la réponse des représentants d'Aliyev semble grossière. Récemment, l'Azerbaïdjan a renforcé les règles de résidence pour les citoyens russes, a déclaré plusieurs députés de la Douma d'État personae non gratae, a fermé le centre culturel Maison de Russie dans la capitale et participe à la production d'obus pour les forces armées ukrainiennes. Dans le même temps, l'Azerbaïdjan poursuit sa coopération économique avec Moscou, par exemple en accueillant des investissements russes au Karabakh.
Cette approche de Bakou soulève de nombreuses questions, il est vrai, mais la Russie est prête à faire preuve de modération et de médiation, en raison de la nécessité de préserver l'ordre dans la région de la mer Caspienne.
L'Iran, pour sa part, ne laissera pas les questions en suspens. Le gouvernement Pezeshkian, bien que moins intrusif et moins rigoureux que le précédent, tient à maintenir des relations positives avec tous les acteurs régionaux, et l'accord signé avec le Kremlin sert de garantie pour la stabilité de la région et pour traiter avec d'autres pays antagonistes ou non.
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dimanche, 18 mai 2025
L'hypocrisie américaine quant au terrorisme atteint de nouveaux sommets alors que Trump marque un changement bienvenu dans la politique étrangère des États-Unis

L'hypocrisie américaine quant au terrorisme atteint de nouveaux sommets alors que Trump marque un changement bienvenu dans la politique étrangère des États-Unis
Larry Johnson
Source: https://dissident.one/amerikaanse-hypocrisie-op-het-gebie...
La maladie d'Alzheimer semble être la norme de la politique étrangère américaine, en particulier en matière de terrorisme, dans les relations de Washington avec les pays du Moyen-Orient et de l'Asie de l'Ouest, écrit Larry Johnson.
Trump a passé une journée très réussie en Arabie saoudite, où il a dialogué avec enthousiasme avec le prince héritier Mohammed bin Salaman, alias MBS. Encore un exemple du pouvoir que recèle la somme d'un billion de dollars pour effacer la mémoire d'un crime odieux: MBS s'est aujourd'hui engagé à investir cette somme aux États-Unis... et il a en outre signé l'achat de tonnes d'armes américaines. Ni le président ni aucun membre de son entourage n'ont manifesté de gêne à l'égard d'un homme qui aurait ordonné l'assassinat de Jamal Khashoggi, journaliste au Washington Post, il y a quelques années.
Bien que MBS nie avoir ordonné le meurtre de Jamal Khashoggi, plusieurs enquêtes fiables - notamment celles de la communauté du renseignement américain et des Nations unies - concluent qu'il a probablement autorisé ou approuvé l'opération. Le meurtre a été largement considéré comme faisant partie d'une campagne plus large visant à réduire au silence les dissidents à l'intérieur et à l'extérieur de l'Arabie saoudite. En février 2021, le bureau du directeur du renseignement national (ODNI) a publié un rapport dont la conclusion est la suivante:
"Nous pensons que le prince héritier d'Arabie saoudite Muhammad bin Salman a autorisé une opération à Istanbul, en Turquie, pour arrêter ou tuer le journaliste saoudien Jamal Khashoggi".

MBS a donc les coudées franches et est toujours considéré comme une compagnie acceptable pour les dirigeants politiques et économiques mondiaux. Mais ce n'est pas là l'insolence la plus flagrante... Donald Trump est allé plus loin en annonçant qu'il envisageait de lever toutes les sanctions contre le nouveau régime syrien - dirigé par un authentique terroriste islamiste - et qu'il prévoyait de rencontrer Ahmed al-Sharaa, anciennement connu sous le nom d'Abou Mohammad al-Jawlani. Jawlani était une figure éminente de l'opposition syrienne et dirigeait le groupe rebelle Hay'at Tahrir al-Sham (HTS), que le département d'État américain a classé parmi les 10 organisations terroristes internationales les plus actives depuis 2017.
Au cours du mois dernier, Jawlani et ses bandes ont massacré des alaouites et des chrétiens en Syrie. Jawlani prétend être un « homme nouveau ». Je pense qu'il est le Saint Paul du monde salafiste islamique. Hamas, prenez note... si vous vous faites couper les cheveux, tailler la barbe et portez un beau costume Brooks Brothers, avec une cravate rouge, Donald Trump pourrait trouver que vous valez la peine d'une visite et d'une discussion. Ce fut un moment absurde et pervers dans le discours de Trump devant des officiels saoudiens et des chefs d'entreprise internationaux... le pire étant que la foule a applaudi comme des phoques dressés qui implorent un anchois savoureux.
Par ailleurs, Trump a soulevé des points importants. Par exemple, il a déclaré que la politique étrangère des États-Unis devrait se concentrer sur la coopération économique plutôt que sur l'intervention dan de pays tiers et la construction de nations alternatives, prenant ainsi implicitement ses distances avec les administrations précédentes. Il a souligné l'importance de la transformation régionale et a exhorté les pays à faire passer le développement économique avant les conflits. S'agit-il simplement d'un cliché ou Trump est-il sérieux quant à sa rupture avec les néoconservateurs? Quoi qu'il en soit, cette partie de son discours a été chaleureusement accueillie.
Trump a également donné une lueur d'espoir concernant l'Iran en réitérant la volonté des États-Unis de négocier avec l'Iran au sujet de son programme nucléaire. Il a suggéré un possible assouplissement des sanctions économiques en échange d'un frein au développement nucléaire, tout en soulignant que cette possibilité ne resterait pas indéfiniment ouverte. Les sionistes s'arrachent les cheveux. Ils ne sont pas contents à Tel Aviv.
La tentative de Trump de relancer les négociations entre l'Arabie saoudite et Israël a échoué. Après que le président Trump a appelé l'Arabie saoudite à rejoindre les accords d'Abraham - une série d'accords visant à normaliser les relations entre Israël et plusieurs pays arabes - le public est resté silencieux... sans applaudir.
Je continue d'espérer, peut-être en vain, que les dirigeants arabes qui rencontreront Trump cette semaine défendront la cause du peuple palestinien et exhorteront Trump à mettre fin à son soutien au génocide. Si cela se produit, je pardonnerai à Trump d'avoir traité avec des terroristes.
13:17 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, donald trump, mbs, arabie saoudite, moyen-orient, monde arabo-musulman, monde arabe |
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vendredi, 16 mai 2025
L'IMEC perturbé: la résistance gagne du temps pour Pékin

L'IMEC perturbé: la résistance gagne du temps pour Pékin
par Abbas Al-Zein (*)
Source: https://www.sinistrainrete.info/articoli-brevi/30454-abba...
La guerre à Gaza a révélé une profonde contradiction entre les intérêts stratégiques de la Chine en Asie occidentale et les avantages poursuivis par Israël, avec le soutien des États-Unis. Alors que Pékin s'efforce de préserver son initiative « la Ceinture et la Route » (BRI), Washington et Tel-Aviv remodèlent activement la région pour marginaliser l'influence chinoise sur les plans politique, économique et logistique.
Au centre de ce bras de fer se trouve le corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC), annoncé lors du sommet du G20 de 2023 à New Delhi. Avec l'Inde, l'Arabie saoudite, Israël, les Émirats arabes unis et les principaux États européens en piste, l'IMEC vise à contourner les routes commerciales traditionnelles de la Chine, en reliant l'Inde à l'Europe via l'Asie de l'Ouest. Le port de Haïfa, dans l'État occupant la Palestine, est un pilier de ce projet.
Gaza : la porte d'entrée d'un affrontement géopolitique
La tentative de Tel-Aviv d'imposer un contrôle total sur Gaza - à quelques kilomètres de la route du corridor - n'est pas seulement un objectif militaire, mais une condition préalable à la sécurité de ce gazoduc commercial construit pour les intérêts occidentaux.
Selon The Diplomat, la guerre à Gaza a déjà « détruit l'IMEC avant même qu'il ne soit commencé », tandis qu'un rapport de l'université Carnegie note que la viabilité du corridor est en suspens après l'opération « Al-Aqsa Flood » et la pause dans la normalisation des relations entre l'Arabie saoudite et Israël.
Une bande de Gaza maîtrisée offrirait à Israël un levier économique, une intégration régionale et une nouvelle fonction géopolitique, en sapant la position centrale de la Chine dans le commerce mondial. Mais tant que la résistance persistera à Gaza et au Sud-Liban, le corridor restera vulnérable, ce qui donnera à Pékin le temps de renforcer ses alternatives stratégiques.

Dans ce contexte, la résistance palestinienne et régionale sert involontairement les intérêts chinois en menaçant les infrastructures israéliennes et en retardant les projets d'intégration menés par les États-Unis. Haïfa et d'autres ports israéliens sont confrontés à une insécurité persistante, qui décourage les investisseurs et complique la planification à long terme des infrastructures.
Contrairement à Washington et à Tel-Aviv, Pékin bénéficie d'un atout multipolaire et la survie de la résistance modifie l'équilibre régional en sa faveur.
Les gains silencieux de la Chine dans la résistance
Bien que la Chine ne soit pas directement impliquée dans la guerre, l'érosion de la résistance palestinienne renforcerait les réseaux concurrents alignés sur l'Occident et réduirait la marge de manœuvre de Pékin. Le maintien d'un état d'indécision sur les théâtres de Gaza et du Liban donne à la Chine un temps précieux pour renforcer ses atouts dans le cadre de la BRI par le biais de couloirs plus sûrs.
Un front parallèle à cette confrontation se développe en mer Rouge. Les activités militaires des États-Unis et d'Israël près de Bab al-Mandab témoignent d'une tentative de monopoliser le contrôle de cet étroit passage stratégique. Bien que ces opérations soient présentées comme une tentative de contrer les « menaces pour la navigation », elles visent en réalité à consolider la domination occidentale sur une artère commerciale mondiale essentielle.
La Chine, qui a établi sa première base navale à l'étranger à Djibouti en 2017 pour protéger les voies de navigation de la BRI, considère cette militarisation comme un défi direct. Selon le Defense Post, les États-Unis visent à « contrer l'influence croissante de la Chine dans la région », citant les exercices navals conjoints sino-russo-iraniens et le soutien chinois à la surveillance des navires alliés.

En avril, les États-Unis ont accusé la société chinoise Chang Guang Satellite Technology Co. de fournir des images satellite aux forces armées yéménites alignées sur Ansarallah pour les aider à cibler les ressources navales américaines et alliées en mer Rouge. L'entreprise a rejeté l'accusation en la qualifiant de « calomnie scandaleuse », mais Washington y voit la preuve que Pékin exploite des entreprises privées pour mener une guerre du renseignement par procuration.
Cet arrangement permet à la Chine de maintenir un déni plausible tout en profitant de la perturbation des opérations maritimes américaines. Le refus de Pékin de condamner les attaques au Yémen et son insistance sur la fin de la guerre à Gaza comme condition de la stabilité régionale sont conformes à sa stratégie plus large qui consiste à éviter la confrontation directe tout en affaiblissant le contrôle des États-Unis.
Selon l'Institut israélien de sécurité nationale, la Chine est « prête à assumer la responsabilité des dommages économiques causés par la crise » de la mer Rouge, en échange de la non-adoption d'une position conforme aux objectifs israélo-américains.
Iran, sanctions et points de pression énergétiques
L'Iran, partenaire le plus proche de la Chine dans la région, joue un rôle tout aussi crucial. Près de 50% des importations chinoises de pétrole proviennent d'Asie occidentale, et l'Iran en fournit une part importante à des prix préférentiels, une relation façonnée par les sanctions et les besoins stratégiques. Pour Pékin, ce corridor énergétique est essentiel pour se protéger de la manipulation du marché par les États-Unis et garantir son autonomie en matière de fixation des prix de l'énergie.
Cependant, Washington a fait de l'Iran une cible centrale de sa stratégie d'endiguement. Du sabotage de l'accord nucléaire à la pression par procuration et à l'étranglement économique, la politique américaine vise à isoler Téhéran et à contraindre ses partenaires - notamment la Chine - à de nouvelles dépendances. Le 1er mai, le président américain Donald Trump a annoncé l'imposition de sanctions secondaires à toute entité qui achète du pétrole ou des produits pétrochimiques à la République islamique.
Cette escalade a pour but de frapper la Chine. En affaiblissant la capacité d'exportation de Téhéran, Washington limite les options de Pékin et l'oblige à dépendre davantage des États du golfe Persique alignés sur les États-Unis. L'objectif de la Chine de désaméricaniser les flux énergétiques est ainsi affaibli et sa vision à long terme de la souveraineté économique est mise à mal.
Dans cette optique, le rôle d'Israël dans la déstabilisation régionale, notamment par la promotion du sectarisme en Syrie et les cyber-opérations contre les infrastructures iraniennes, sert les objectifs des États-Unis en faisant de l'Iran un nœud moins fiable dans le réseau chinois de l'initiative de coopération pour le développement.
Découplage stratégique ou confrontation directe?
L'implication plus large de toutes ces tendances est que l'Asie occidentale n'est plus un théâtre secondaire dans la rivalité entre les États-Unis et la Chine, mais la ligne de front. Les États-Unis ne se retirent pas de la région pour se tourner vers l'Asie de l'Est. Au contraire, ils militarisent l'Asie occidentale elle-même afin d'acculer la Chine au niveau mondial. Des projets tels que l'IMEC, les patrouilles navales en mer Rouge et les sanctions anti-iraniennes sont autant de prolongements de cette logique stratégique.

Pendant ce temps, la Chine continue de marcher sur la corde raide diplomatique, en maintenant sa neutralité, en évitant de s'engager militairement et en invoquant vaguement la désescalade. Mais le fossé entre ses intérêts économiques et sa position politique devient intenable. Alors qu'Israël s'efforce de sécuriser militairement un régime commercial conçu pour remplacer l'initiative de Bretton Woods, Pékin doit décider si sa position passive tiendra ou s'il sera contraint de défendre ses intérêts avec plus d'assurance.
Un équilibre fragile mis à mal par la résistance
Malgré une pression croissante, les forces de résistance en Asie occidentale continuent de jouer un rôle disproportionné dans le façonnement de ce champ de bataille géopolitique. De Gaza au Liban, de l'Irak au Yémen, leur capacité à imposer l'insécurité aux infrastructures rivales - qu'il s'agisse d'aéroports, de pipelines ou de routes maritimes - crée des frictions qui favorisent la Chine sans qu'elle ait besoin d'agir directement.
Les missiles balistiques hypersoniques de Sanaa, les restes de l'arsenal du Hezbollah ou les attaques transfrontalières potentielles de la résistance irakienne contribuent à un environnement dans lequel les plans américains peinent à se stabiliser. Fondamentalement, ces acteurs se sont abstenus de cibler les intérêts chinois, renforçant l'image de Pékin en tant que partenaire commercial neutre plutôt qu'hégémon militaire.
Cet équilibre - dans lequel la résistance maintient la région suffisamment instable pour retarder les projets d'intégration américains, mais pas assez chaotique pour nuire aux investissements chinois - a jusqu'à présent joué en faveur de Pékin. Mais comme Israël cherche à étendre son rôle de plaque tournante économique occidentale et que les sanctions américaines visent à couper la Chine des sources d'énergie alternatives, la marge d'inaction de la Chine s'amenuise.
(*) Abbas est un journaliste politique libanais du réseau Al-Mayadeen Media Network, spécialisé dans la géopolitique et la sécurité internationale. Dans son travail, il analyse également les ressources énergétiques mondiales, les chaînes d'approvisionnement et la dynamique de la sécurité énergétique.
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lundi, 03 février 2025
Houthis et autres complexités

Houthis et autres complexités
Andrea Marcigliano
Source: https://electomagazine.it/houthi-e-altre-carabattole/
Le signal vient des Houthis du Yémen. Ou plutôt de la décision de Trump, à peine installé, d’entamer la procédure pour les inscrire sur la liste des “organisations terroristes”. C’est-à-dire ces organisations que les États-Unis et leurs alliés entendent combattre et éradiquer sans aucune réserve. Sans égard pour quiconque et, surtout, sans respecter les accords internationaux qui régissent les conflits entre États.

Et, en effet, les Houthis yéménites – ou plutôt Ansar Allah, Houthi étant le nom du clan qui les dirige – ne sont ni un État ni un gouvernement. Cependant, ils représentent la majorité de la population du nord du Yémen, de confession zaïdite, une branche, si l’on veut, de la grande famille chiite.
Je dis “si l’on veut”, car les zaïdites trouvent leur origine avec le cinquième imam, Zayd al-Abidin, arrière-petit-fils d'Ali, dont la vision religieuse était imprégnée de solides éléments sociaux. Par ailleurs, elle était très modérée sur le plan doctrinal.
Si bien que les zaïdites, depuis longtemps confinés au seul nord du Yémen, incarnent une version simplifiée du chiisme. Sous de nombreux aspects, ils sont proches de la majorité sunnite.
Néanmoins, ils ont longtemps subi des persécutions. Surtout depuis que les wahhabites ont pris le pouvoir en Arabie. Ces derniers sont, par ailleurs, dirigés par la dynastie royale des Banu Saud. Et ils ne sont ni modérés ni tolérants, malgré une certaine idée répandue chez nous. Preuve en est que dans leur Arabie saoudite, non seulement il n’y a pas d’églises, mais les autres branches de l’islam ne sont même pas tolérées. Pourtant, elles représentent la majorité de la population, notamment sur la côte orientale de l'Arabie Saoudite, et subissent depuis toujours des persécutions systématiques.
Les zaïdites yéménites, longtemps persécutés et plongés dans la plus grande misère, ont essayé pendant longtemps de résister pacifiquement. Mais face à la volonté saoudienne – et au gouvernement fantoche imposé au Yémen – de les exterminer, ils ont pris les armes sous la direction du clan al-Houthi.
Et ils se sont révélés très bien organisés et efficaces. Notamment grâce au soutien croissant de Téhéran. Si bien qu’aujourd’hui, ils peuvent compter sur une force de plus de 200.000 hommes, parfaitement armés et organisés. Ce qui, honnêtement, ne correspond pas vraiment à la définition d’un mouvement terroriste.
Aujourd’hui, la direction politique et stratégique des Houthis a identifié Israël comme le principal soutien de l’offensive saoudienne contre eux. Et, derrière Israël, qui en est l’avant-garde, les États-Unis et leurs alliés, notamment britanniques.

D’où la menace systématique qui pèse sur les convois maritimes battant pavillon américain ou européen. Une menace qui a, en réalité, rendu le passage par Suez impraticable, obligeant les pétroliers et les cargos à emprunter la route bien plus coûteuse qui contourne l’Afrique.
D’où aussi les attaques contre les navires de guerre américains et européens qui exercent une pression sur le Yémen depuis le Golfe. Des attaques en apparence extrêmement efficaces, générant une insécurité et une instabilité notables. Même si, il faut le dire, les informations sur ce qui se passe autour du canal de Suez nous parviennent de manière fragmentaire et filtrée par notre système d’information, pourtant si “démocratique”.
En revanche, les attaques de missiles contre Israël se sont révélées moins efficaces et bien plus sporadiques. Les Houthis ne semblent pas équipés pour une guerre à si longue distance. Ce qui n’a toutefois pas empêché le gouvernement de Tel-Aviv de frapper avec une extrême dureté les bases houthis au Yémen.
Et maintenant, cette décision de Trump. Qui pourrait annoncer une nouvelle croisade, israélienne et saoudienne, contre les “rebelles” yéménites. Une étrange “croisade”, certes. Mais néanmoins destinée à anéantir complètement leur force militaire. En profitant aussi des graves difficultés dans lesquelles se trouve leur “ami” iranien.
13:08 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, moyen-orient, péninsule arabique, yémen, houthis, mer rouge, zaïdites |
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dimanche, 19 janvier 2025
Syrie, Iran: une nouvelle spirale d'escalade menace-t-elle avec de nouvelles guerres au Proche-Orient?

Syrie, Iran: une nouvelle spirale d'escalade menace-t-elle avec de nouvelles guerres au Proche-Orient?
Source: https://report24.news/syrien-iran-droht-eine-neue-eskalat...
Avec la chute du président Assad et la prise de pouvoir par les islamistes en Syrie, une nouvelle spirale d'escalade menace le Proche-Orient. L'Iran, en particulier, est dans la ligne de mire des fanatiques mondialistes, zélotes des changements de régime. La situation est-elle réellement explosive ?
Les récents développements au Proche-Orient dressent un tableau inquiétant où l'on perçoit des glissements de pouvoir de nature géopolitique et l'émergence d'alliances douteuses. Ce qui a commencé il y a plus de 20 ans avec la révélation explosive du général Wesley Clark d'un plan du Pentagone visant à « éliminer sept pays en cinq ans » semble aujourd'hui se manifester avec une clarté effrayante.
La situation actuelle en Syrie n'est que la partie émergée de l'iceberg. Alors que l'Occident présente l'ancien commandant d'Al-Qaida Al-Jolani, aujourd'hui chef du mouvement islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS), comme un prétendu réformateur, une réorganisation dramatique de la région se déroule en arrière-plan.
Le rôle de la Turquie du président Erdogan est particulièrement significatif. Son récent soutien aux groupes djihadistes contre Assad marque un nouveau tournant dans sa course politique qui va à la dérive entre l'Est et l'Ouest. Depuis la tentative de putsch avortée de 2016, au cours de laquelle les services secrets russes lui ont peut-être sauvé la vie, Erdogan manœuvre habilement entre les grandes puissances.
Les liens économiques parlent d'eux-mêmes: les banques chinoises financent les grands projets turcs, tandis que la Russie est un partenaire important en matière d'infrastructures. Parallèlement, Ankara maintient ses livraisons de pétrole à Israël - malgré une rhétorique virulente contre la politique de Tel-Aviv.
Les conséquences de ces développements s'étendent bien au-delà de la région. L'Arabie saoudite observe la situation avec une inquiétude croissante, ce qui pourrait également avoir des conséquences pour l'alliance BRICS. Le projet d'oléoduc Qatar-Turquie semble difficilement réalisable au vu de l'instabilité croissante en Syrie.
Des experts comme Chris Macintosh mettent en garde : la région pourrait devenir un nouvel Afghanistan, avec des conséquences imprévisibles pour l'architecture de sécurité mondiale. Les prochains mois montreront si la communauté internationale est encore en mesure d'empêcher une nouvelle escalade - ou si nous entrons dans une nouvelle phase d'affrontements militaires.
19:28 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, proche-orient, levant, moyen-orient, iran, syrie, géopolitique, politique internationale |
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