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mardi, 13 janvier 2026

Quatre bons points pour le RN

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Quatre bons points pour le RN

par Georges Feltin-Tracol

2025 a été l’annus horribilis du RN pour trois principales raisons. D’abord, son fondateur indirect, Jean-Marie Le Pen, s’est éteint le 7 janvier 2025. Ensuite la condamnation en première instance avec exécution provisoire et l’impossibilité théorique de se présenter à la prochaine élection présidentielle pour Marine Le Pen en est la deuxième.

De cette décision judiciaire inique, le système médiatique spécule et travaille sur l’hypothèse d’une rivalité sous-jacente entre Marine Le Pen et Jordan Bardella. Il aimerait répéter le fâcheux précédent de 1997–1998 entre Jean-Marie Le Pen et Bruno Mégret. Inéligible à la suite du traquenard de Mantes-la-Jolie pendant les élections législatives anticipées de 1997, le «Menhir» pensait ne pas pouvoir conduire la liste du FN aux européennes de 1999. N’entendant pas y investir son délégué général, le président du FN pensait plutôt mettre en première place son épouse Jany. Largement relayée par la presse, cette question attisa les dissensions entre les deux hommes, ce qui accéléra la crise cataclysmique de 1998.

Les commentateurs politiques s’échinent dès à présent à monter la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale contre son dauphin putatif. La première tiendrait un discours populiste social-étatiste tandis que le second exprimerait une sensibilité plus identitaire et libérale, quitte à concurrencer sur ce terrain Marion Maréchal d’Identité-Libertés et le tandem de Reconquête! Sarah Knafo–Éric Zemmour. Quant au niveau institutionnel – c’est la troisième raison -, le Premier ministre Sébastien Lecornu écarte volontiers le RN de toutes négociations sérieuses. Dédaigné et toujours soumis au «cordon sanitaire sénile», le RN doit se remettre en question en matière programmatique, en particulier dans la perspective des élections municipales de mars 2026.

Le RN semblerait toutefois avoir compris la nécessité d’avoir des conseillers municipaux nombreux afin d’obtenir un modeste groupe au Sénat lors de son renouvellement triennal en septembre 2026. Il révise par conséquent sa stratégie dans certaines circonstances spécifiques.

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Acquéreur de la marque RPR (Rassemblement pour la République) à l’Institut de la propriété intellectuelle, Franck Allisio (photo), député de la XIIe circonscription des Bouches-du-Rhône (Vitrolles–Marignane–Berre-l’Étang), se porte candidat à la mairie centrale de Marseille. Face au maire sortant social-wokiste Bruno Payan, du député LFI Sébastien Delogu et de Martine Vassal, présidente issue de la soi-disant droite modérée de l’intercommunalité Marseille–Aix Métropole et du conseil départemental, Franck Allisio a compris tout l’intérêt de s’allier avec un poids lourd local, le sénateur identitaire Stéphane Ravier.

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Élu au palais du Luxembourg depuis 2014, Stéphane Ravier (photo), ex-RN et ex-Reconquête!, interpelle sur la réalité évidente du grand remplacement démographique. Marseillais d’abord, il a su susciter dans la cité phocéenne une «galaxie» associative et militante très active. Le duo Allisio–Ravier (qui n’est pas candidat à cette élection) pourra-t-il remporter la deuxième ville de France malgré toutes les difficultés qui découleront de cette victoire de la part des narco-cartels puissants et de services préfectoraux capables de saboter la moindre mesure audacieuse ?

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Les responsables locaux du RN ont l’intelligence tactique de s’allier avec d’autres forces identitaires. Ainsi trouve-t-on un rapprochement louable en Corse. Pour le plus grand mécontentement de Florian Philippot, plus que jamais national-républicain, le RN, présent sur l’«Île de Beauté», vient de sceller une alliance avec Mossa Palatina (« Mouvement palatin ») de Nicolas Battini. Appelé «Union des patriotes», ce regroupement inattendu contraint le président autonomiste du conseil exécutif de la collectivité territoriale de Corse, Gilles Simeoni, à poser sa candidature à la mairie de Bastia.

Ancien soutien d’Éric Zemmour en 2022, Nicolas Battini s’affirme libéral et identitaire corse. Cet ancien indépendantiste privilégie maintenant une large autonomie interne dans le cadre français. Il déplore que le nationalisme corse tant dans sa composante régionaliste–autonomiste que dans son expression indépendantiste conserve un discours marxiste, tiers-mondiste et immigrationniste. La relative émergence électorale de Nicolas Battini aux législatives de 2024 (4,25 % des suffrages en Haute-Corse) confirme le virage identitaire d’une part de l’électorat corse. Il sera très intéressant d’analyser les résultats de cette entente à l’approche des élections territoriales de 2028. Si le RN, centralisateur parisien, reconnaissait enfin la caractère poly-culturaliste enraciné des peuples de France, et pas seulement en Outre-mer, ce serait une véritable révolution intellectuelle. Pas sûr que les caciques du RN acceptent ce tournant impensable pour eux et néanmoins indispensable…

L’avant-dernier bon point remonte au 3 janvier dernier sur le réseau social X. La «candidate naturelle» du RN à la prochaine présidentielle, Marine Le Pen, exprime par un tweet cinglant sa réaction à l’opération militaro-policière d’enlèvement du chef de l’État vénézuélien Nicolas Maduro. Tout en critiquant le régime bolivarien qu’elle qualifie de «communiste, oligarchique et autoritaire», elle désapprouve l’action des États-Unis d’Amérique au nom de ses principes souverainistes. «Il existe une raison fondamentale pour s’opposer au changement de régime que les États-Unis viennent de provoquer au Venezuela, écrit-elle. La souveraineté des États n’est jamais négociable, quelle que soit leur taille, quelle que soit leur puissance, quel que soit leur continent. Elle est inviolable et sacrée. Renoncer à ce principe aujourd’hui pour le Venezuela, pour n’importe quel État, reviendrait à accepter demain notre propre servitude. Ce serait donc un péril mortel, alors que le XXIe siècle est déjà le théâtre de bouleversements géopolitiques majeurs qui font planer sur l’humanité le risque permanent de la guerre et du chaos».

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Par cette condamnation, la présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale renoue pour la circonstance avec la vision géopolitique de l’ancien Front national. Elle se souvient très certainement qu’à rebours d’une opinion publique travaillée par la désinformation médiatique, Jean-Marie Le Pen s’opposait en août 1990 contre l’intervention occidentale en Irak et se rangeait aux côtés d’autres réfractaires au «nouvel ordre mondial» tels Michel Jobert ou Jean-Pierre Chevènement. Sa réaction a surpris certains commentateurs qui ont oublié qu’elle demeure une souverainiste stato-nationale convaincue.   

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Auparavant, début décembre 2025, Jean-Philippe Tanguy (photo), député de la IVe circonscription de la Somme (Abbeville), sort de son champ de compétence dans lequel il excelle – le budget et l’énergie – et réclame une révision des politiques publiques sur la prostitution dans l’Hexagone. La grasse presse subventionnée se gausse alors de cet intérêt soudain pour la «maquereau-économie». Elle aurait dû au contraire noter la continuité. Le FN était jadis hostile à la «police des braguettes». Pour sa part, le RN s’est toujours opposé à l’abjecte loi de 2015 qui pénalise les clients des prostituées et plonge ces dernières dans l’insécurité permanente.

La suggestion de Jean-Philippe Tanguy fait bondir les féministes que Brigitte Macron traite avec raison de «SC». Fidèles à leur idéologie misandre, ces démentes rêvent d’interdire la prostitution elle-même. Et pourquoi pas le froid, le gel et l’hiver ? L’élu de la Somme envisage des lieux coopératifs autogérés par les travailleuses (et pourquoi pas les travailleurs?) du sexe. Il devrait surtout s’inspirer de la Suisse et de la Belgique où le sexe tarifé est légal et bien sûr taxé selon les communes depuis une loi du printemps 2022.

Dans Charlie Hebdo du 18 décembre 2025, l’ineffable Gérard Biard juge cette proposition d’«anti-française». Une remarque saugrenue de la part d’un archétype caricatural de l’anti-France qui exige la légalisation des drogues! Jean-Philippe Tanguy a-t-il sciemment choquer l’esprit bourgeois d’une gauche cosmopolite et d’un extrême-centre mondialiste terrifiés par les accords conclus à Marseille et en Corse? L’Opposition nationale retrouverait-elle l’esprit salutaire de la provocation? En ce début d’année, émettons ce modeste souhait!    

GF-T

  • « Chronique flibustière », n° 180.

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