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vendredi, 23 novembre 2018

Quand le « Menhir » se souvient

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Quand le « Menhir » se souvient

par Georges FELTIN-TRACOL

Avec Fils de la nation, Jean-Marie Le Pen publie après bien des années d’hésitation et d’attente le premier tome de ses Mémoires. Ils concernent la première partie de sa vie, de sa naissance à La Trinité-sur-Mer en juin 1928, jusqu’au début des années 1970 à son accession à la présidence du Front National. Il raconte avec une belle truculence son enfance, son adolescence meurtrie par la disparition subite de son père en mer en 1942, touché par une mine, une scolarité agitée, et des années étudiantes dans la capitale au cours desquelles les Parisiennes se montraient sensibles à la prestance physique du président de la Corpo de Droit.

Jean-Marie Le Pen relate bien sûr son engagement chez les légionnaires parachutistes en Indochine, à Suez et en Algérie. Il en profite pour rétablir quelques vérités aujourd’hui bien étouffées par les cabots universitaires. D’une manière plus intime, et après avoir dépeint un monde qui n’existe plus, celui de sa Bretagne natale, il insiste sur sa passion de la mer. Fils et petit-fils de marin pêcheur, il navigue tôt et juge le métier de marin plus éprouvant que celui de mineur… Ami d’Éric Tabarly, il accepte un jour de prendre à son bord un jeune garçon qui deviendra un grand navigateur amnésique de cette période jugée sulfureuse pour ses intérêts, l’« Amiral » Olivier de Kersauson.

Une révolte d’avant-garde

L’homme des vagues et des embruns garde en lui une forte dimension tellurique. « Par ma mère, je tiens aussi à la terre. Les fenêtres de notre maison de La Trinité donnaient sur le jardin abrité du vent de mer. Mon père y planta le jour de ma naissance un platane sycomore, mon jumeau, dont je ne peux plus faire le tour avec mes bras quand je l’enlace, lors de mes trop rares visites. Les arbres et les pierres me parlent autant que les vagues (pp. 354 – 355). » Il y a du paganisme dans son catholicisme traditionnel. Loin de le rebuter, cette coexistence l’élève. « C’est peut-être pour cela que j’aime tant la Grèce, cet autre pays, avec le Morbihan, où la terre et la mer n’en finissent pas de se mêler. J’ai toujours été philhellène (p. 355). » C’est en 1950 qu’il découvre la patrie d’Homère et d’Aristote. Il comprend tous les bienfaits de la culture classique enseignée par les Jésuites et l’école laïque quand celle-ci inculquait aux garnements de solides connaissances. Il perçoit qu’« il y a quelque chose dans les sanctuaires de la Grèce antique qui rend sensible le sacré (p. 357) ». Cette sensibilité l’amène à reproduire le geste des antiques Hellènes sur le site d’Olympie. « Je me déshabillai et me mis dans la position du départ, comme les athlètes deux mille ans plus tôt, nu comme il convenait (p. 356). » Plus tard, au Parthénon encore épargné du fléau touristique, il renouvelle l’action d’Olympie ! « J’étais seul, encore une fois, et encore une fois je me mis nu. Puis je picorai mes olives et me repus de ma pastèque dont je jetai le vert sous un arbuste (p. 358). »

Cette inclination vers le sacré élémentaire prédisposait très certainement Jean-Marie Le Pen à considérer autrement l’écologie. « J’ai lu en leur temps le docteur Carrel et le docteur Carton, qui furent plus que des précurseurs de l’écologie quand les progressistes, modérés ou de gauche, ne rêvaient encore que béton et bakélite : cela m’aide à ne pas perdre de vue que la récupération de l’écologie par l’extrême gauche est une imposture (p. 366). » Plus jeune député de France en 1956 grâce à la vague poujadiste, il insiste volontiers sur l’aspect pionnier du « mouvement Poujade, que l’on présente comme un combat d’arrière-garde de ploucs ringards, de beaufs menés par quelques fascistes, était en fait très en avance. D’une part, c’est l’agriculture industrielle et la grande distribution qui sont aujourd’hui obsolètes, alors que le bio, le raisonné, le commerce de proximité, les circuits courts ont montré leur intérêt : le coût social de prétendus progrès des années cinquante et soixante n’a pas fini d’être calculé. D’autre part, le fiscalisme, dont je n’ai cessé en soixante ans de carrière politique de dénoncer les méfaits, est non seulement un étrangloir économique, mais la matrice de l’État policier. L’habitude de surveillance, les instruments statistiques qu’il crée, ont été mis à profit par le totalitarisme informatisé qui s’installe. La réaction du peuple était juste, et Poujade l’a exprimée avec talent (p. 211) ». Cet éloge rejoint l’admiration de la rédaction de la revue anarcho-royaliste Le Lys Noir, il y a quelques années. Avant la mode des bio-carburants (qui engendre d’autres problèmes agricoles), Pierre Poujade eut l’anticipation de fonder en 1979 une Association nationale pour l’utilisation des ressources énergétiques françaises (ANUREF), puis dès l’année suivante un syndicat de producteurs de topinambours de l’Aveyron. Il réclama en vain le recours à un carburant national « essence – alcool ».

Il regrette néanmoins l’impasse dans laquelle se fourvoya le papetier de Saint-Céré dans le Lot. « La révolution sociale et mentale que les technocrates menaient par l’impôt devait engendrer, en matière de commerce, les géants de la grande distribution. Pierre Poujade se révolta contre l’État qui spoliait les petits au profit des gens. […] C’était, soixante ans avant Trump, l’espoir d’une contre-révolution nationale et populaire contre la trahison des élites (p. 211). » Jean-Marie Le Pen trouve que Poujade ne comprit pas l’enjeu civilisationnel. « Un grand ministère du commerce et de l’artisanat l’aurait comblé. Pour vouloir le pouvoir, il faut plus d’appétit qu’il n’en avait (p. 218). » Toutefois, « Poujade fut quand même grand, il fut un précurseur. Il a donné un moment un véritable espoir au peuple. Ce fut un libérateur à moitié (p. 221) ».

On y lit au fil des pages les talents culinaires de Roger Holeindre et d’autres portraits parfois incisifs. François « Brigneau, mon ami, mon presque frère, qui fut souvent aussi mon ennemi. Tout nous rapprochait dans la vie, beaucoup, en politique, nous séparait (pp. 361 – 362) ». Son avis sur Charles de Gaulle correspond globalement à l’interprétation de Dominique Venner dans La Grandeur et leNéant. Pressenti un temps à la présidence du futur FN par les membres d’Ordre Nouveau, ce qu’il refusa tout net, Venner n’est cité qu’une seule fois, en page 349, et n’est même pas répertorié en index ! Rencontré en ces temps estudiantins, Jean Mabire est oublié… Impossible de parler de toutes les amitiés de jeunesse.

Des portraits féroces

Le président d’honneur du Front National se montre plus féroce encore envers d’autres contemporains. « Garçon à la parole déjà fuligineuse (p. 159) », Michel Rocard y est qualifié de « diffamateur de bonne foi (p. 256) » quand il hurlait à la « torture » en Algérie. Avec Jean-Louis Tixier-Vignancour, le candidat de l’Opposition nationale à la présidentielle de 1965, Jean-Marie Le Pen confirme ce qu’il avait déjà exprimé précédemment. « La candidature Tixier restera le plus grand regret de ma vie politique (p. 347). » Pourtant, « j’avais été frappé par ses plaidoiries, sa faculté de synthèse. […] L’homme n’était pas […] une personnalité sans ombres et il ne fut pas simple de l’intégrer au projet. Son image était épouvantable, y compris dans le milieu de la droite nationale. Il avait une réputation de picole, justifiée, et de collabo, injuste. C’était un sauteur aussi (p. 341) ». Pour preuve, cette savoureuse anecdote : le célèbre avocat « avait un faible pour les demoiselles très fardées et très vulgaires, au point que je dus un jour supprimer d’une liste d’invités trois putes. Son épouse protesta, vous avez écarté trois amies de mon mari, oui Madame, ce sont de drôles d’amies(p. 345) ».

71ORrZiQexL.jpgAvec le recul, malgré sa jeunesse, le Président Le Pen pense qu’il aurait dû se présenter contre le Général De Gaulle. En dépit d’une défaite certaine face au président sortant, « nous aurions eu les cent mille militants. Gagné des années. Changé Mai 68. Réussi l’union des patriotes qui a toujours été mon objectif. Lancé quinze ans plus tôt, et dans une société beaucoup plus saine, l’aventure qui a produit le Front National (p. 347) ». Par conséquent, au moment des événements, « s’il y avait eu un vrai parti de droite avec une organisation militante en ordre de bataille, la face du monde, ou au moins de la France, aurait pu s’en trouver changée (p. 347) ». Prenant parfois des accents dignes d’Ivan Illich d’Une société sans école en des termes bien plus durs, il dénonce « ce rêve fou d’hégémonie scolaire [qui] est le fruit paradoxal de la “ révolution ” de Mai 68, qui vouait la fonction enseignante au nettoyage des WC. La Salope n’est pas crevée, tel un moloch femelle qui se renforce des armes tournées contre elle. L’Alma Mater affermit la Dictature des pions (p. 379) ». Cette scolarisation programmée de l’ensemble du corps social constitue une retombée inattendue du résistancialisme dont « le pire legs […] fut […] l’inversion des valeurs morales (p. 132) ». Il ne faut donc pas s’étonner que « le résistancialisme […] a perpétué la guerre civile pour pérenniser ses prébendes et son pouvoir. Et qui le perpétue toujours (p. 131) ». L’auteur sait de quoi il parle puisqu’il en a été la cible principale quarante ans durant d’une rare diabolisation avec plusieursprocès intentés à la suite d’infâmes lois liberticides.

Jean-Marie Le Pen dénonce avec force l’Épuration. Il aurait plutôt aimé que les Français se retrouvassent unis autour de la patrie restaurée et de ses martyrs. Ce ne fut pas le cas, par le jeu personnel de l’homme du 18 juin et des manigances communistes. Il n’oublie pas que Maurice Thorez déserta et se réfugia à Moscou, que le PCF démarcha les autorités d’occupation allemande afin de refaire paraître L’Humanité au nom de l’amitié germano-soviétique et que le « Parti » n’a jamais eu75 000 fusillés, mais seulement des centaines de terroristes.

L’Épuration et ses conséquences

Ainsi écorne-t-il le tristement célèbre groupe Manouchian dont l’« Affiche rouge » est enseignée dans les écoles, collèges et lycées de l’Hexagone à des gamins qui n’entendront jamais parler du capitaine de corvette Henri Honoré d’Estienne d’Orves dont la mémoire est insultée par des cloportes sociétalistes. « Sous le nom de résistance, des étrangers vont faire la guerre en France à d’autres étrangers, pour le compte d’un gouvernement étranger, en y impliquant malheureusement le peuple français comme masse de manœuvre d’une stratégie révolutionnaire et comme victime de celle-ci (p. 126). » Profondément légaliste, Jean-Marie Le Pen a toujours désapprouvé les actions violentes illégales et le terrorisme. Le « résistant » « est la perversion morale qui érige en modèle la confusion du militaire et du civil, utilisée à des fins politiques (p. 135) ». A-t-il au moins lu Théorie du partisande Carl Schmitt ?

Cette réticence se comprend parce qu’il considère que « la phraséologie de la décolonisation doit tout au résistancialisme. Celle du terrorisme aussi (p. 133) ». Pendant la Guerre d’Algérie, le FLN n’imita-t-il pas la France libre en créant un GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) qui singeait le GPRF (Gouvernement provisoire de la République française) de 1944 – 1946 ? « Le résistancialisme a bravé l’obéissance et justifié toutes les rébellions, politiques ou morales. Il devait servir de modèle quelques années plus tard aux mouvements qui allaient se lever contre l’autorité de la France. Il exaltait l’attentat individuel, le meurtre “ patriotique ”, le sabotage : on allait s’en souvenir (p. 133). » Ce n’est pas un hasard si le préfet de police de Paris en mai 1968, Maurice Grimaud, provenait de la « Résistance ». Il ordonna par conséquent aux forces de l’ordre une incroyable modération envers les émeutiers gauchistes pour le malheur de la société française.

Il en résulte désormais que « le monde ancien, l’homme ancien, ont été dissous, et se dessinent maintenant l’homme nouveau et ses valeurs nouvelles. Aux héros et aux saints qu’on nous montrait en exemple a succédé l’écocitoyen LGBT friendly et phobophobe, ouvert au vivre ensemble, au culte de la terre mère, qui ne fume pas, accueille le migrant et se prépare à rouler en voiture autonome (p. 380) ». La formule est belle et cinglante. Rectifions-là cependant. La voiture autonome peut aider à sortir de l’emprise des énergies fossiles même si elle implique du fait des terres rares d’autres dépendances stratégiques. Pris dans un sens à la fois écologique et païen, le culte de la terre mère peut, à l’instar des mouvements sociaux-populistes dans les Andes, fort bien susciter l’inévitable re-indigénisation des Albo-Européens. Quant à ne pas fumer, l’auteur aurait pu être plus précis. L’éco-citoyen déteste la cigarette, mais ne rechigne pas à fumer des pétards ! Acte hautement anti-moderne (le tabac vient d’Amérique), ne pas fumer permet en outre de ne pas financer l’État hexagonal ethnocidaire et les firmes multinationales prédatrices. Quant à la phobophobie citoyenneépidermique, elle demeure hémiplégique. Certaines phobies restent plus qu’encouragées par les médiats : la serbophobie dans les années 1990, la corsophobie récurrente, l’omniprésente russophobie et l’incontournable fachophobie. Le phobophobe carabiné a lui-même des propres phobies dont il ne doute pas la portée totalitaire.

Européen convaincu !

Fils de la nation revient enfin sur son hostilité supposée à l’égard de l’Europe. En janvier 1953, avec d’autres jeunes compatriotes, Jean-Marie Le Pen va aux Pays-Bas aider les populations néerlandaises touchées par des inondations catastrophiques. « Je garde quelque fierté de cette équipée hollandaise. Et une conviction européenne forte. Député, quatre ans plus tard, je voterai contre le traité de Rome, dont je perçois tout de suite l’esprit supranationaliste et les pièges qu’il réserve malgré ses avantages immédiats. Cela fera de moi un adversaire résolu de l’usine à gaz bruxelloise et de la révolution mondialiste par le libre-échange, non un ennemi de l’Europe. Surtout pas un ennemi de l’Europe. Je suis Français, patriote, solidement enraciné dans ma petite patrie la Bretagne, mais je me sens aujourd’hui comme en 1953, profondément européen, solidaire des peuples européens devant la submersion migratoire comme je l’étais alors devant la submersion marine (pp. 165 – 166). » Lors de ses dernières campagnes présidentielles, il revendiquera l’« Europe boréale » et soutiendra à une alliance salutaire entre les nations blanches d’Amérique du Nord, d’Europe et de Russie tout en gardant sa fidélité pour ses patries charnelle et politico-historique. Jean-Marie Le Pen s’inscrit lui aussi dans les « trois patries » subsidiaires de l’homme boréen !

Surnommé le « Menhir » du fait de ses origines bretonnes proches de Carnac, Jean-Marie Le Pen apporte un témoignage remarquable. Ce livre connaît un franc succès auprès des milliers de Français (hélas bien trop peu nombreux !) qui ont au moins une fois voté pour lui. Il souligne que « le mépris du peuple est une constante de la gauche (p. 217) ». Il reviendra certainement sur ce mépris dans un second tome intitulé Tribun du peuple. On a dès à présent hâte de découvrir le « phénomène Le Pen » par lui-même.

Georges Feltin-Tracol

• Jean-Marie Le Pen, Mémoires. Fils de la nation, Éditions Muller, 2018, 446 p., 22,90 €.

mardi, 06 novembre 2018

Les soubresauts d’un cadavre

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Les soubresauts d’un cadavre

par Georges FELTIN-TRACOL

Il faut parfois s’attarder sur des événements bousculant l’infiniment petit, à savoir les récents soubresauts du Parti communiste français. Plus grande formation groupusculaire française, le PCF est aujourd’hui très loin du 1er tour de la présidentielle de 1969 où son candidat, Jacques Duclos, avait atteint 21,3 % des suffrages. Aux législatives de 2017, les candidats de la place du Colonel-Fabien n’ont rassemblé que 2,72 % des voix. Ce résultat dérisoire ne les a pas empêchés d’obtenir dix sièges et de former avec six députés d’Outre-mer le groupe Gauche démocrate et républicaine. Aussi présent au Palais du Luxembourg avec douze sénateurs, le PCF dirige encore un département (le Val-de-Marne), dispose d’une trentaine de conseillers régionaux et administre quelques communes, les plus mal gérées de l’Hexagone et les plus touchées par le communautarisme allogène rampant.

Les 6 et 7 octobre derniers, les adhérents communistes devaient choisir entre quatre propositions de base commune à débattre par leur conseil national (au PS, on aurait parlé de « motions »). 30 172 militants y ont participé. Le résultat final révèle un véritable tremblement de terre ! Pour la première fois, le texte de la direction et du secrétaire national, le sénateur de Paris Pierre Laurent, intitulé « Le communisme est la question du XXIe siècle », se retrouve en minorité. Certes, avec 11 461 voix (37,99 %), il arrive en tête dans 49 fédérations et remporte la majorité absolue dans 29 autres dont les Bouches-du-Rhône et la Seine – Saint-Denis. Il est cependant dépassé par la proposition présentée par André Chassaigne, le truculent député du Puy-de-Dôme de la circonscription d’Ambert – Thiers, et de son collègue nordiste, Fabien Roussel. « Pour un manifeste du Parti communiste du XXIe siècle » recueille 12 719 voix (soit 42,15 %), arrive en tête dans 40 fédérations et obtient la majorité absolue dans 24 fédérations, en particulier le Nord, le Pas-de-Calais et le Val-de-Marne. Catalogué « orthodoxe », le duo Chassaigne – Roussel dénonce les atermoiements de Pierre Laurent, rêve d’un PCF plus revendicatif et soutient une ligne d’indépendance par rapport à l’hégémonisme croissant de La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

Les mélenchonistes du PCF connaissent pour leur part une cuisante défaite. Déjà, en 2016, seuls 53,6 % des militants communistes avaient approuvé le soutien officiel à l’ancien sénateur trotsko-mitterrandien de l’Essonne pour la présidentielle. « Se réinventer ou disparaître ! Pour un printemps du communisme » ne récolte que 11,55 % et 3 607 suffrages, c’est-à-dire 3 300 voix de moins que deux ans auparavant. Ce désaveu cinglant traduit l’immense méfiance des derniers communistes à l’égard des « Insoumis ». Dès à présent, Ian Brossat, l’adjoint de l’exquise mairesse de Paris, doit conduire une liste concurrente aux européennes de mai 2019.

Quant à l’éternel opposant Emmanuel Dang Tran qui défend des positions strictement ouvriéristes orthodoxes, sa contribution, « PCF : reconstruire le parti de classe, priorité au rassemblement dans les luttes », ne récolte que 2 385 suffrages (7,90 %). Ce chef de file de la faction « Vive le PCF ! » refuse toute négociation avec les mélenchonistes, l’extrême gauche trotskyste, le PS et la gauche modérée. Ce néo-bolchevik appelle au contraire au retour décomplexé de la tactique du Parti dans les années 1920 appelée « classe contre classe ».

Les cabines téléphoniques ont été supprimées. C’est bien dommage, car on aurait pu mieux observer les jeux d’appareil, les trahisons internes ainsi que les rivalités personnelles exacerbées de ce microcosme tant la crise devient profonde au PCF. Ne vaudrait-il pas mieux l’euthanasier ?

Georges Feltin-Tracol

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 96, diffusée sur Radio Libertés, le 26 octobre 2018.

lundi, 15 octobre 2018

La gauche américaine : critique d’une faillite

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La gauche américaine : critique d’une faillite

par François-Bernard Huyghe

Ex: http://www.huyghe.fr

De quoi la gauche américaine est-elle coupable ? Et qu’est-ce que cela nous enseigne à nous autres Européens ? Après l’élection de Trump, beaucoup ont recouru au principe de causalité diabolique : c’était l’interférence russe, Trump avait triomphé de façon déloyale (il avait osé mentir et faire de la démagogie, ce qui est une première dans l’histoire de la démocratie), ou encore c’était de la faute des « déplorables », alcooliques racistes incultes dont il faudrait que le suffrage censitaire nous délivre un jour. L’indignation humaniste ou les appels à la résistance ont servi à faire oublier que la thèse « nous avons perdu parce que nous sommes les meilleurs » n’est pas très subtile. Un général vaincu une fois est excusable, un chef qui s’est laissé surprendre ne l’est guère, mais un stratège qui veut refaire ce qui a échoué et qui attribue sa défaite à la nature perverse de l’adversaire n’est pas un stratège.

Et puis, il y a des Américains intelligents qui se souviennent que si l’on est vaincu, c’est parce que l’on perd.
 
Nous avons déjà cité Y. Mounk (Le peuple contre la démocratie) qui reproche aux libéraux d’en avoir trop fait en méprisant le besoin d’appartenance des classes populaires, de ne pas avoir su faire fonctionner l’État providence au profit de ceux d’en bas. Mais aussi de n’avoir pas compris le rôle des médias sociaux face aux mass médias libéraux bien-pensants.

Dans un autre genre, F. Thomas (Pourquoi les riches votent à gauche) reproche au démocrates d’outre-Atlantique d’avoir laissé tomber les travailleurs qui formaient leur électorat traditionnel, donc d’avoir oublié les inégalités socio-économiques au profit de « la classe de la connaissance émergente ». Traduction : ce sont sinon les bobos, du moins les bénéficiaires de la globalisation, partisans d’une société ouverte, multiculturelle, méritocratique. Ceux qui se voient comme créatifs, dans le sens de l’Histoire, et moralement supérieurs puisque réceptifs à toutes les différences, donc prêts à s’allier avec toutes les minorités.

Un troisième livre apporte quelques lueurs complémentaires : La gauche identitaire de M. Lilla. Il se penche sur l’hystérie morale qui envahit son camp. Sa thèse est qu’après les grands changements de l’ère Roosvelt (la solidarité pour le bien commun comme programme) et de l’ère Reagan (exaltation de la réussite individuelle), l’Amérique est rentrée, au moins à gauche, dans un période post-politique. Comprenez que l’on ne fait plus de projets de réforme de la société par le pouvoir de l’État ou que l’on ne pense plus les rapports politiques comme affrontements d’intérêts et de valeurs, mais comme des problèmes moraux (et nous ajouterions anthropologiques : les ouverts contre les brutes). Pour Lilla, la gauche américaine révoltée dans les années 60/ 70 contre une Amérique ultra-conformiste, inégalitaire et impérialiste, n’a pas seulement abandonné les classes laborieuses. Elle ne s’est pas seulement choisi d’autres alliés (Noirs, hispaniques, femmes, homosexuels) pour accomplir les principes égalitaires diversitaires d’une société qu’elle approuvait globalement (ou du moins la gauche éduquée recrutée sur les grands campus).
 
À l’individualisme reaganien qui exaltait l’homo economicussans entraves étatiques, elle a répondu par un bizarre culte du Moi.
 
Ce fut la lutte pour l’accomplissement de soi ou pour la libération des entraves - sexuelles, culturelles, morales, nationales, sociales...- qui empêchait chacun de se construire librement, hors de toute filiation et de tout déterminisme. Le pathos de l’authenticité et et bientôt de l’Autre l’autonomie s’est accompagné d’une dénonciation des dominants, dont l’inévitable quinquagénaire blanc hétérosexuel, rendus responsables d’une situation qu’il s’agissait de déconstruire (tout est culture et oppression, rien n’est nature et filiation).

Avec deux dérives dans ce mouvement de libération / dénonciation tous azimuts. La dérive communautaire : l’individualise anthropologique conduit à ne plus considérer les citoyens que comme des composés multi-appartenance (Noir, homo, etc.) parce que multi-souffrance. La dérive politique : puisqu’il ne s’agit plus que de dénoncer des méchancetés, on ne comprend plus la notion de Bien commun et moins encore celle de projet politique (avec ce que cela comporte de conquête de l’opinion, de force symbolique, mais aussi d’alliance de catégories et d’intérêts.

Pour reprendre la meilleure métaphore de Lilla : c’est « le modèle Facebook de l’identité : le moi comme page d’accueil que j’élabore à l’instar d’une marque personnelle, lié aux autres à travers des associations que je peux « liker » ou pas à volonté... Le modèle Facebook de l’identité a également inspiré un modèle Facebook de l’engagement politique...le modèle Facebook est entièrement consacré au moi, mon moi chéri, et non à nos histoires communes, ni bien commun, ni même aux idées. Les jeunes gens de gauche - par contraste avec ceux de droite - sont moisn enclins de nos jours à relier leurs engagements à un ensemble d’idées politiques. Ils sont beaucoup plus enclins à dire qu’ils sont engagés politiquement en tant que X, concernés par les autres X, et concernés par les problèmes concernant la Xitude »
 
Le triomphe de l’identitaire sur le social est celui de la supériorité morale sur l’affrontement politique.

Dans les trois livres de déploration et de remords, l’idée que la gauche américaine a démissionné, donc que plus elle paraît triompher comme idéologie ou comme pensée spontanée des médias et des élites, plus elle abandonne à son adversaire le terrain de la citoyenneté et de la solidarité. C’est sans doute une idée vraie et à laquelle réfléchir chez nous.

vendredi, 12 octobre 2018

Une “Internationale Populiste” ?

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Une “Internationale Populiste” ?

Ex: http://www.dedefensa.org

10 octobre 2018 – Laissant de côté avec un empressement que certains jugeront suspect et qui est simplement révélateur, nous nous entendrons pour proposer à nos lecteurs de nommer “populistes” divers événements qui se produisent aujourd’hui et à propos desquels le jugement général des commentateurs politiques, surtout les moins instruits mais malheureusement les plus écoutés, s’entend pour utiliser ce terme. On verra plus loin, après avoir éclairé l’ambiguïtés de la chose qui pourrait aussi bien se réclamer du souverainisme, du nationalisme, du patriotisme, etc., comment l’on peut se retrouver dans une certaine logique, malgré l’incertitude de ce mot, malgré les différences de ceux qui en sont affublés...

L’expression d’“Internationale Populiste”, directement référée à l’expression communiste (soviétique, trotskiste, etc.) “Internationale Communiste”, commence à être employée. Par exemple, nous l’avons entendue avant-hier, dans un débat sur LCI (24Heures Poujadas, à partir de 29’55”) où l’on parlait notamment des résultats du premier tour des élections présidentielles brésiliennes et de la victoire écrasante (46,06% des voix) du candidat Jair Bolsanaro, – étiqueté d’“extrême-droite” mais enrôlé sans hésitation dans la vague de populisme qui balaye le monde. Quoi qu’il en soit et effectivement, le week-end, comme les jours qui précédèrent (comme ceux qui suivront d’ailleurs) fut propice à l’“Internationale populiste”.

• Mais restons-en pour l’instant au Brésil. Ce pays qui avait été l’étendard de l’antiSystème populiste avec Lula (actuellement emprisonné) puis avec Rousseff jusqu’à sa destitution, s’était ensuite abîmé dans une bouillie pour les chats de corrompus, d’agents de la CIA, etc. Mais voilà qu’il débouche sur ce résultat inédit des présidentielles, avec le candidat du parti de Lula en deuxième position (Fernando Haddad, 29,24 % des voix). Question “populisme” à la sauce française, nous y sommes, avec un intervenant de l’émission déjà citée s’exclamant : « C’est comme si nous avions Le Pen et Mélenchon au second tour »

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Mais voyons Bolsanaro... On sait désormais que ce libéral ultra-dur pour l’économie, cet autoritariste que les généraux soutiennent et qui admire les généraux qui ont assuré longuement au siècle dernier un pouvoir dictatorial au Brésil, qui veut déchaîner l’armée contre la délinquance dont le régime en général (le Système) est responsable, – bref, que ce “populiste” ne l’est que très-moyennement selon le sens strict donné au terme. Il n’est même pas proche du modèle péroniste, d’ailleurs, jusqu’à nouvel ordre sans une Évita à ses côtés. Il a fait appuyer son action sur l’image de communication d’un “Trump brésilien” ou d’un “Trump des tropiques”...

• Ce qui laisserait à penser que Trump est un “populiste” au sens très-large qui nous guide ? Du point de vue de la communication, oui, moins parce qu’il l’a voulu que parce que ses électeurs ont décidé qu’ils l’étaient. (Se souvenir de la fameuse image de Michael Moore du peuple faisant de Trump un “cocktail Molotov humain” et trouvant par là la seule formule par quoi Trump, par ailleurs ami du Corporate Power, du Pentagone et du reste, est un “populiste” : « Across the Midwest, across the Rustbelt, I understand why a lot of people are angry. And they see Donald Trump as their human Molotov cocktail that they get to go into the voting booth on Nov 8 [2016]. and throw him into our political system. [...] I think they love the idea of blowing up the system. »)

(Il est à noter que les grandes orientations de Trump sont résumées par l’expression America First qui n’est en rien un slogan populiste, même si le populisme doit sans aucun doute s’opposer au globalisme comme l’implique le slogan. America First suggère une politique nationaliste et protectionniste [nationalisme économique] qui a historiquement profité au Corporate Power et au capitalisme américaniste. Même si les populistes peuvent éventuellement se dire American Firsters, ils sont loin, très-loin d’être définis par ce seul slogan. Dans tous les cas, dans l’actuelle Grande Crise d’Effondrement du Système, les États-Unis, par leur position de courroie opérationnelle du Système et leur situation interne de crise féroce, tiennent une place très-singul0ière qui rend leur phénomène “populiste” extrêmement difficile à évaluer et à apprécier.)

• Le lendemain du triomphe de Bolsanaro au Brésil, Marine Le Pen rencontrait à Rome le ministre de l’intérieur et Vice-Premier Salvini, chef de la Ligua et homme fort du gouvernement italien, pour sonner le rassemblement des “populistes” européens sur ce thème : « Il faut se battre contre l’UE pour sauver l’Europe ». Le même jour, le Corriere della Sera publiait une interview de l’autre Vice-Premier italien, Luigi Di Maio, chef des 5 Étoiles (M5S) et partenaire populiste (de gauche) du populiste (de droite) Salvini, proclamant qu’en mai 2019, l’UE allait connaître un tremblement de terre sans précédent. « De nouvelles règles politiques vont être imposées [par les votes], comme en Italie » annonce-t-il, et poursuivant en affirmant que ce qui s’est passé en Italie, justement, va se passer au niveau européen pour les élections européennes...

Pour la première fois depuis qu’elles existent, ces élections européennes considérées comme secondaires dans la structure réaliste du Système (comme structure d’appoint), apparaissent comme très importantes. Elles vont être utilisées comme un moyen de développer l’offensive généralisées anti-UE des “populistes” européens, avec l’espoir d’en faire une structure antiSystème au cœur du Système.

• Oui, en effet, partout des scénarios intrigants et d’intrigues diverses se nouent. Par exemple, que dire de l’Allemagne ? Tom Luongo, ce commentateur US qui suit la situation allemande avec bien plus d’attention et de perspicacité que le courant conformiste et fort peu tumultueux des gratte-papiers et gâte-papiers de la presseSystème, nous décrit la situation actuelle. Dans le contexte de cette analyse, il nous fait par conséquent nous interroger pour savoir comment l’Allemagne votera en mai 2019, dans ce scrutin européen sur les questions européennes, avec notamment la question de l’immigration. Pour l’électeur allemand également, les élections de mai 2019 sont une opportunité nouvelle d’exprimer une position hautement critique de l’UE, sinon eurosceptique, – et bien entendu signifiant une défaite cruelle pour Merkel... On cite longuement Luongo.

« Les résultats [de la coalition “forcée” CDU-CSU/SPD] ont été catastrophiques pour les anciens partis allemands dominants. Le SPD continue sa chute vers le statut de parti mineur, un sondage récent de Die Welt le plaçant derrière l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) âgée de cinq ans au niveau national, soit 16% contre 18,5%. [...] [...Quant à l’]Union chrétienne démocrate (CDU) de Merkel, elle compte désormais moins de 25% au niveau national, puisque sa coalition avec l’Union chrétienne sociale (CSU) bénéficie désormais du soutien de moins de 30% des Allemands.

» Plus je couvre cette affaire, plus j'entends des électeurs allemands, certains hostiles, d'autres très révélateurs. Mais ce qui m’est apparu le plus nettement à l’esprit récemment, c’est la possibilité d’une très nette sous-estimation de partis d’opposition tels que l’AfD à cause de la crainte réelle de représailles politiques dans le chef des personnes sondées.

» Les lois allemandes contre le discours de haine sont utilisées pour arrêter des personnes politiquement incorrectes. De la RPGP de l’année dernière aux dernières règles en matière d’expression publique, la répression des discours critiquant le statu quo politique en Europe se renforce rapidement. La question que je me pose est de savoir dans quelle mesure cela affecte les sondages. Quand je vois une interview comme celle-ci, je me demande combien il y a “d’électeurs d’AfD” en Allemagne, comme l'on pouvait se demander combien il y avait “d’électeurs de Trump” aux États-Unis en 2016. S’il y en a un nombre significatif, nous pourrions avoir la surprise d’une avancée bien au-delà de ce qui est prévu de l’AfD aux élections bavaroises du 14 octobre. Cela pourrait constituer le catalyseur pour amener l’AfD à franchir la barre des 20% au niveau national, et commencer à contester la première place de la CDU de Merkel dans les sondages.

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» Une partie de la dynamique pour “franchir le gouffre” [de la crédibilité] dans tout nouveau mouvement, qu’il s’agisse d’un parti politique ou d’une nouvelle technologie, réside dans le passage de la simple protestation contre le leader du marché à la situation où une communauté se sent assez à l'aise pour porter une étiquette personnelle nouvelle ; en l’occurrence un “partisan déçu de la CDU” devenant un “partisan affiché de l’AfD”. Cela fait partie de la crise politique qui n’est plus une potentialité pour l’Allemagne mais désormais un fait établi.

» Il n'y a pas moins de cinq partis avec un pourcentage de soutien à deux chiffres. Merkel perd son soutien au sein de son propre parti. Elle est défiée par tout le monde sur la scène mondiale. Elle a survécu à de multiples attaques contre sa chancellerie, utilisant ainsi plusieurs vies politiques à la manière du chat de la légende avec ses neuf vies. Elle est encore capable de s'en sortir, car aucun des principaux acteurs politiques en Allemagne ne veut que Merkel soit renversée par refus de former un gouvernement de coalition avec l’AfD en cas de nouvelles élections qui élimineraient Merkel du pouvoir.

» Donc, le statu quo sera probablement maintenu jusqu'à ce qu'il y ait un autre événement sensationnel qui enflamme les passions allemandes comme celui qui a déclenché les manifestations de plusieurs semaines à Chemnitz à la fin de l’été. Et cela, comme je l’ai dit dans un article sur mon blog plus tôt cette semaine, pourrait avoir des effets catastrophiques sur l’état de la politique européenne au sens large et sur la crise de la dette souveraine qui se développe lentement. »

• Ces divers points passés en revue ci-dessus sont perçus comme parties intégrantes de la problématique du “populisme”, ce qui laisse à voir combien ce terme est vague et générique, et employé d’une façon arbitraire comme une sorte de convention, – à côté d’autres termes à connotation antiSystème, comme souverainisme, nationalisme, patriotisme. Ce point de la justesse de la signification, on le verra plus loin, n’a guère d’importance puisque ce qui importe est que ce “populisme”-là n’a d’intérêt opérationnel que par son rôle de réaction, nullement par son rôle de proposition.

Nous présentons un constat qui, à notre sens, confirme la puissance de ce mouvement. Il vient de nos observations concernant le site WSWS.org, que nous suivons régulièrement notamment pour la qualité de ses analyses et la densité de son réseau d’analystes, et dont nous savons que ces orientations reflètent bien la discipline trotskiste et les analyses de la direction. Depuis à peu près huit à dix semaines, nous avons senti et constaté un changement de plus en plus net dans le type de sujets traités par le site, et par conséquent dans la forme opérationnelle de contestation idéologique que cela suppose. WSWS.org a largement abandonné le traitement des sujets anti-impérialistes, notamment de l’activisme belliciste et extérieur du Système (Moyen-Orient, Syrie-Iran, Ukraine, mesures militaires et menaces de guerre mondiale, etc.) pour se réorienter vers des sujets plus sociaux (grèves, protestations populaires, etc.) d’un point de vue à la fois activiste et idéologique, en gardant sa distance critique de l’activisme sociétal de l’extrême-gauche libertaire et pseudo-marxiste qu’il estime manipulée.

Notre impression est ainsi que WSWS.org veut se mettre d’abord en position critique, antipopuliste avec la rhétorique antifasciste qui va avec, sans bien entendu abandonner son hostilité au Système mais celle-ci passant au second plan. C’est pour nous un signe que le site trotskiste, qui s’appuie sur ses réseaux d’observateurs, juge que le “populisme” est désormais un mouvement majeur qui s’affirme et met le Système sur la défensive, et qui devient ainsi un concurrent majeur sur le terrain habituel des trotskistes. Sans préjuger de la puissance des uns et des autres, nous voyons là une confirmation “objective” de la dynamique “populiste”, et surtout de la confirmation qu’il faut considérer cette dynamique comme transnationale, – ditto, l’“Internationale Populiste”.

Pour notre compte et à la différence de WSWS.org, constatant que nous ne sommes plus précisément dans les années 1930 et la place du fascisme-communisme-autoritarisme-entropisation étant d’ores et déjà prise par le Système, nous dirons que toutes ces supputations sur la pointilleuse recherche des hypothétiques manquements antidémocratiques à venir de tel ou tel mouvement ne nous intéressent guère. Ayant déjà choisi entre la paille et la poutre, nous ne nous arrêterons pas une seconde à l’analyse critique des divers “diables” que révèlent paraît-il ces divers mouvements. Entre la montagne-Système et la souris-antifasciste, notre orientation est manifeste pour donner du sens à notre commentaire.

Anatomie de l’“internationalisme”

L’on comprend que l’expression “Internationale Populiste” est imitée de la fameuse expression “Internationale Communiste”. (Les trotskistes de WSWS.org sont l’expression de la “IVème Internationale” [“Communiste”, mais en raison des nombreuses dissidences et schismes, le qualificatif est souvent écarté pour éviter amalgames et appropriations abusives].) Aussitôt, une contradiction est mise en avant pour l’emploi de l’expression, et par conséquent l’opérationnalisation éventuelle de la chose : le populisme (comme le souverainisme, le nationalisme, le patriotisme) se définit sans aucun doute comme antiglobaliste et, de plus, il est très-souvent quasiment amalgamé au concept de nation. Il ne pourrait donc pas prétendre former avec des “partis-frères” une “Internationale” qui se voudrait par définition “antinationale” comme l’était l’Internationale Communiste.

Cette restriction, qui est très intéressante à examiner d’une manière concrète, est très contestable par rapport à son approche théorique. L’“internationalisme” de l’Internationale Communiste a toujours été très relatif en s’en tenant au seul aspect théorique. Soit il s’agissait, durant les périodes de paroxysme stalinien, d’un alignement de tous, revolver du NKVD sur la tempe, sur les intérêts de Moscou ; soit les intérêts nationaux de chacun jouaient leur rôle, dans un cadre d’affrontement de diverses intensités selon les pays-membres de l’Internationale contre l’Ouest et le capitalisme. Même dans le “bloc” que formaient l’URSS et ses proches satellites européens, il y avait de fortes dissensions qui empêchaient de parler d’un véritable “internationalisme”. L’un des exemples les plus remarquables est celui de l’antagonisme de l’Allemagne de l’Est (RDA) et de la Pologne, constant durant toute la période communiste, de l’après-guerre jusqu’en 1989.  (La RDA soupçonnant notamment que la Pologne, appuyée par l’URSS, recherchait au-delà du “plan Rapacki” [ministre des AE de Pologne] proposé à l’Occident en 1956-1957 une réunification de l’Allemagne où la RDA minorisée serait engloutie par la RFA occidentale, contre la neutralisation [on disait alors “finlandisation”] de l’Allemagne, avec sortie des deux composants [RFA et RDA] de l’OTAN et du Pacte de Varsovie.)

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Pour analyser cette problématique d’une Internationale Populiste, il n’est évidemment de meilleur exemple que celui de l’UE, en gardant à l’esprit que des liens peuvent être et sont établis avec des oppositions de ce style sur d’autres continents. (On commence à connaître l’activisme en Europe de Steve Bannon et de son groupe Le Mouvement basé à Bruxelles, établissant ainsi un lieu entre l’Europe et les USA. Les accueils des populistes européens à Bannon sont divers, mais ce n’est pas ce qui nous importe : ce qui nous importe est le caractère internationaliste inédit qu’implique cette démarche.)

 Beaucoup de pays de l’UE ont déjà développé une importante composante “populiste”, d’ailleurs avec soit des nuances, soit des orientations idéologiques différentes (droite et gauche) comme dans le gouvernement italien “populiste” actuel. Il est évident que tous ces mouvements ont des conceptions différentes, notamment au niveau économique où l’on trouve des statistes et des libéraux (ou disons des libre-échangistes) ; bien entendu, ils sont anti-globalistes et, toujours d’une façon ou l’autre, souverainistes et nationalistes/patriotes, ce qui les place tous en adversaires de la notion théorique d’internationalisme.

Mais ils ne sont pas là où ils se trouvent ni ne se sont mis ensemble pour proposer un projet commun “internationaliste” mais bien pour s’opposer, voire pour détruire. (Le « Il faut se battre contre l’UE pour sauver l’Europe » signifie, non pas en théorie mais opérationnellement, selon une logique poussée à son terme : “Il faut détruire l’UE”.) Ce but commun est, lui, parfaitement internationaliste, et la démonstration éclatante de cette posture est l’espoir que ces partis européens de l’Internationale Populiste mettent dans les élections par essence internationalistes que sont les élections européennes. Cette logique de destruction peut se retrouver, entre partis “populistes” de tendances diverses, entre des pays de zones et d’espaces différents : leur “internationalisme” tient évidemment au caractère “internationaliste” de leurs cibles.

La bataille européenne est d’autant plus intéressante qu’elle est favorisée par deux facteurs au moins, dont un qui lui est spécifique :

• Le facteur de la radicalisation constante du Système et de ses divers appointés, notamment dans la dénonciation de tout ce qui est perçu comme hostile ou potentiellement hostile. Cette action constante de communication (diabolisation, censure, etc.) concourt par simple réaction logique du type “montée aux extrêmes” à la propre radicalisation des divers “populismes”. C’est là d’ailleurs qu’on constate l’extrême ampleur du concept, puisque tout ce qui n’est pas conforme au Système ou à la tactique du Système avec leurs “alliés” communautaristes et autres est rejeté vers cet étiquetage de diabolisation, cette poussée favorisant à la fois par effet inversé l’union et leur propre radicalisation des divers “populismes”, même si nombre de leurs objectifs sont différents. Ce processus est d’ailleurs valable partout, c’est-à-dire aussi bien hors de l’UE, l’un des plus récents exemples étant la situation du Québec où la victoire électorale d’un parti affirmant sans excès une certaine identité et se démarquant de la ligne du Système est aussitôt diabolisée

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• Le facteur-Brexit est un apport original pour, à notre sens, rapprocher des courants classés “populistes” et souverainistes, des plus modérés aux plus extrêmes. Le Brexit démontre l’extrême difficulté de sortir de la bureaucratie de l’UE ; son effet devrait être de diluer les différences entre ceux des populistes et assimilés qui veulent quitter l’UE et ceux qui veulent y rester, pour les rassembler dans une tactique d’opposition interne et de recherche de la destruction de la bureaucratie de l’UE. Les difficultés du Brexit constituent un frein au projet classique de détachement de l’Europe, et par contre alimentent une dynamique de rassemblement autour de l’affirmation de l’imposture de l’UE prétendant constituer l’Europe, – comme une incitation à évoluer vers un but de destruction. Paradoxalement par rapport à l’énoncé des conséquences, ces difficultés du Brexit tendent à gommer les antagonismes de programme au profit du rassemblement pour la destruction.

(Mais ce paradoxe qui est de voir une vertu dans le but de la destruction est évidemment complètement éclairé et explicité par le fait que l’UE est une construction faussaire, une imposture et un simulacre : chercher sa destruction est une démarche hautement constructive et structurante, par conséquent vertueuse. Cette inversion imposée par une époque qui est un complet simulacre est constamment présente dans nos raisonnements, comme elle l’est dans cette analyse sur le “populisme”.)

Cet ensemble de remarques conduit évidemment à la conclusion que l’idée d’une Internationale Populiste est une variante tactique nouvelle, imposée par les événements, du courant antiSystème. On en revient nécessairement à cette marque, à cette obligation fondamentale qui brouille toutes les positions, tous les programmes, toutes les orientations pour polariser la bataille politique sur l’essentiel qu’est cet affrontement :d’une part le Système, d’autre part la réaction antiSystème.

Que cette réaction prenne aujourd’hui l’allure d’une Internationale Populiste est un événement intéressant et important, mais la signification générale que nous tentons de lui donner dépasse très-largement son éventuelle spécificité. Cet événement important n’est qu’une étape dans le déroulement du processus de la Grande Crise d’Effondrement du Système ; une étape sans aucun doute importante, voire peut-être décisive, mais pour l’instant seulement une étape vers l’objectif antiSystème que nul ne peut écarter dans la dynamique du tourbillon crisique qui nous emporte. C’est une analyse et une conclusion complètement inévitables puisque cette Grande Crise constitue le facteur qui domine et commande tous les autres, absolument tous les autres.

jeudi, 04 octobre 2018

L’élection de la Coalition Avenir Québec (CAQ) : une victoire éclatante pour les patriotes d’Amérique

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L’élection de la Coalition Avenir Québec (CAQ) : une victoire éclatante pour les patriotes d’Amérique

par Patrice-Hans Perrier 

Ex: http://www.zejournal.mobi

Lundi, le 1er octobre, a pavé la voie à un changement drastique du paradigme québécois. Le peuple québécois s’était habitué à un régime parlementaire favorisant un duopole et voilà que la table vient d’être renversée. Une nouvelle formation politique, vieille d’à peine une décennie, aura fait voler en éclats ce régime datant des années 1970.

L’alternance socialo-libérale vole en éclat

En effet, le Parti Libéral du Québec (PLQ), équivalent à l’ancienne UMP française, et le Parti Québécois (PQ), succursale du Parti socialiste en Amérique du Nord, ont dû concéder la victoire à un outsider qui, tel un bateleur, a réussi à brasser les cartes au point que même les médias de l’oligarchie semblent pris au dépourvu.

La CAQ de François Legault, ancien ministre péquiste (PQ) et cofondateur de la compagnie aérienne Air Transat, vient de remporter 74 sièges sur les 125 que compte l’Assemblée nationale du Québec; ce qui lui permettra de former un gouvernement majoritaire. Il s’agit d’un véritable exploit pour celui qui – malgré le fait de s’être lancé en politique il y a vingt ans – a dû attendre novembre 2011 afin d’être en mesure de prendre les rênes de cette coalition dont il avait été le fondateur.

Un rebond politique inespéré

Manifestement surpris par les résultats d’une course qui s’annonçait beaucoup plus serrée, après 39 jours de rebondissements, François Legault semble déterminé à profiter de ce mandat sans équivoque pour « bâtir ensemble un Québec plus fort, un Québec plus fier ! », pour reprendre ses mots de la fin de la soirée électorale. Cette victoire pourrait se comparer à l’élection (hypothétique) d’un Nicolas Dupont-Aignan envers et contre toutes les forces coalisées de la Macronnerie au grand complet !

Redonner du coffre à l’état québécois

Se réclamant d’une certaine forme d’autonomisme, la formation de François Legault pourrait être qualifiée de droite, dans le sens où l’ancienne nomenclature avait l’habitude de cataloguer les divers curseurs d’un spectre politique correspondant aux démocraties libérales d’après-guerre. Prenant acte de la dénatalité, de la difficulté de contenir les flux migratoires ou de l’appauvrissement des régions éloignées du Québec, cette jeune formation politique ambitionne de mettre un terme à ce qui s’apparente à une hémorragie en bonne et due forme.

Reprendre en main notre souveraineté alimentaire

D’entrée de jeu, le nouveau premier ministre désigné devra s’entretenir avec la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, à propos d’un nouvel Accord de libre-échange Canada-États-Unis-Mexique qui a manifestement été bâclé par les négociateurs de l’équipe Trudeau. Le Canada a pratiquement sacrifié la gestion de l’offre des produits laitiers sur l’autel de ce nouveau partenariat qui semble avoir été taillé sur mesure pour favoriser les producteurs américains.

Furieux d’avoir été traités comme de la monnaie d’échange, les producteurs laitiers québécois, de même qu’une part croissante du monde agricole, exigent que le gouvernement provincial s’interpose afin que soient apportées des modifications à cette version 2.0 d’un accord de libre-échange définitivement inique pour les artisans québécois.

Le président général de l’Union des producteurs agricoles du Québec (UPA), Marcel Groleau, poussait les hauts cris le 30 septembre dernier … à quelques heures des résultats des négociations de l’Alena et des élections provinciales. Manifestement crédule, le principal intéressé y est allé de ses lamentations : « le gouvernement du Canada doit résister aux demandes injustifiées des États-Unis et continuer de refuser toute concession dans les secteurs sous gestion de l’offre. Nos producteurs n’ont pas à faire les frais de chaque négociation commerciale. Ça suffit ! »

Hélas, pour Monsieur Groleau, le Canada est pratiquement en train de liquider toute sa souveraineté alimentaire afin de protéger des marchés de l’automobile qui seront, de toute façon, éventuellement sacrifiés au profit du Mexique qui est devenu le sous-traitant numéro un des États-Unis. Qui plus est, le Canada, tel que s’en est confessé le premier ministre Justin Trudeau, lors de son passage de la semaine dernière au Council on Foreign Relations, à New York, met le cap sur le développement de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies de l’information, au détriment de ses anciens secteurs de compétence. Peu importe si la souveraineté alimentaire et l’indépendance du complexe industriel sont remises en cause. Justin Trudeau, fidèle à l’œuvre initiatique de son paternel, s’apprête à pulvériser la souveraineté canadienne.

Les ménages canadiens n’ont plus de pouvoir d’achat

Beaucoup d’Européens s’imaginent que le Canada est un pays de Cocagne, avec des richesses naturelles illimitées, un niveau de vie mirobolant et une diversité culturelle bien assortie à un modèle de société favorisant l’épanouissement de la personne. Tout cela s’apparente à un conte de fées, alors que le Québec compte plus d’un million d’analphabètes et que sa métropole, Montréal, laisse pratiquement mourir de faim plus de 300 000 personnes, alors que près de 50 000 itinérants déambulent dans les rues d’une métropole de moins de 2 millions de personnes. Le Québec représente l’état nord-américain où les contribuables sont les plus taxés et une province où l’éducation connaît des ratés alors que près de la moitié des garçons ne parviennent toujours pas à terminer leurs études secondaires.

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Revoir la fiscalité québécoise

François Legault et sa formation ont, d’ailleurs, promis à plusieurs reprises de revoir la fiscalité québécoise afin d’aider les familles à reprendre leur souffle. Par ailleurs, histoire de désengorger le réseau des garderies pour la petite-enfance, la formation caquiste est disposée à s’asseoir avec les partis de l’opposition afin de discuter de l’implantation d’un nouveau concept de maternelles dédiées aux enfants de 4 ans. On espère, de la sorte, mieux préparer les enfants à la rentrée scolaire du primaire.

Toujours au chapitre de la famille, la CAQ entend implanter un nouveau système d’allocation familiale spécialement conçu pour les familles gagnant 107 000 $ ou moins, cela afin d’aider à combattre un phénomène de dénatalité qui peut se comparer à celui qui gangrène l’Europe. Cette aide financière d’appoint serait accordée à compter de la naissance d’un deuxième enfant et pourrait être substantiellement bonifiée en ce qui concerne les familles de trois enfants.

Restreindre l’immigration de masse

La CAQ, que les ténors de la gauche québécoise ont souvent comparée au Front National de Marine Le Pen, n’a pas caché ses ambitions de faire diminuer les taux d’une immigration qui atteint les 55 000 entrées pour la seule province du Québec, une situation qui fait que les francophones d’Amérique subissent une pression migratoire qui est, toutes proportions gardées, deux fois supérieure à celle qui afflige la France au moment de composer notre analyse. Reste à voir si le nouveau gouvernement de François Legault sera fidèle à sa promesse de faire diminuer à 40 000 entrées cette immigration dont beaucoup de ressortissants finissent par quitter le Québec dans les cinq années suivant leur admission. L’idée étant de pouvoir retenir un maximum de ses nouveaux arrivants, histoire de mieux les intégrer et de parvenir à diriger les flux migratoires en direction de certaines régions qui peuvent éprouver un déficit en matière de main d’œuvre.

Réformer le mode de scrutin

Un peu en harmonie avec une certaine mouvance patriote et nationaliste, ce nouveau gouvernement promet de réformer le mode de scrutin québécois. Province francophone d’un Dominion toujours rattaché à la Couronne britannique et, ne l’oublions pas, à la City de Londres, le Québec vit sous la férule d’un régime parlementaire de type britannique et d’une constitution, rapatriée par Trudeau Père en 1981, qu’il n’a toujours pas signée. Le mode de scrutin n’est absolument pas proportionnel chez nous, ce qui fait que les petits partis sont sous-représentés en termes de député et ce modus operandi fait en sorte de favoriser les grands partis qui en profitent pour régner sur des comtés qui constituent autant de places fortes qu’il convient de conserver dans son trésor de guerre.

Conscient qu’il a réussi à imposer son tempo en contournant ce mode de scrutin, François Legault ne peut pas trahir la promesse qu’il a faite à l’effet de réformer notre mode de scrutin afin d’y incorporer plus de proportionnalité. Toutefois, le principal intéressé sait fort bien que la mise en œuvre de cette importante réforme, qui a été réclamée par plusieurs partis, pourrait lui causer des problèmes lorsque viendra le temps de briguer un deuxième mandat en qualité de gouvernement majoritaire. On suppose qu’il parviendra à « temporiser », pour parler comme un politologue, histoire de pouvoir survivre à sa propre réforme.

Reprendre les négociations constitutionnelles

François Legault a déjà occupé le marocain d’un ministre au sein du Parti Québécois, à une époque où cette formation défendait encore, avec une certaine vigueur, le pré carré du Québec face aux empiétements répétés du fédéral dans ses platebandes. Ayant fait son deuil d’un quelconque projet d’indépendance, le principal intéressé entend reprendre le bâton de pèlerin pour ce qui est de défendre les prérogatives constitutionnelles qui reviennent au Québec.

Plusieurs analystes n’ont pas hésité à comparer celui qui se déclare autonomiste à feu Maurice Duplessis, l’homme fort du Québec durant les années 1940 et 1950. On se rappellera que Duplessis avait, bien avant la fameuse « Révolution tranquille » entrepris de nationaliser une première portion des centrales de production hydroélectrique du Québec et qu’il a institué l’impôt québécois sur le revenu, tel que nous le connaissons actuellement.

Comme le rappelait Robert Comeau, dans un article d’opinion, mis en ligne par le quotidien Le Devoir en 2004 : « face à l’étranglement financier dont le gouvernement du Québec fut victime en 1939, Duplessis, à son retour en politique en 1944, fit de l’autonomie fiscale une priorité. Il refusa en 1951 que le fédéral finance les universités québécoises et mit en place la commission Tremblay en 1953 pour dénoncer les ingérences fédérales dans le domaine des compétences du Québec ».

Ainsi donc, le Québec n’a jamais plus cessé de se battre afin de récupérer des leviers fiscaux susceptibles de lui accorder une certaine autonomie dans des secteurs tels que l’éducation ou la santé. Le Québec est, ne l’oublions pas, la seule province à s’être dotée d’une loi de l’impôt sur le revenu complète (la Loi sur les impôts) bien que calquée dans sa plus grande partie sur la loi fédérale.

Actuellement, c’est surtout au niveau des accommodements religieux que le bât blesse, dans un contexte où la doctrine d’état canadien fait grand cas d’un multiculturalisme qui favorise la balkanisation de la société au grand complet. La population québécoise, consciente de sa position minoritaire dans l’ensemble nord-américain, ne souhaite pas jouer à un jeu des accommodements raisonnables qui contribue, inexorablement, à donner des munitions à des revendications ethniques minoritaires qui servent de cheval de Troie.

À l’instar de la Suisse, qui a déjà légiféré sur la question des minarets dans le paysage national, une majorité de citoyens québécois aimerait que la diversité culturelle issue de l’immigration soit contrainte à une certaine forme d’intégration. C’est, d’ailleurs, ce qui pousse François Legault à brandir la menace d’utiliser la clause nonobstant – ou clause dite dérogatoire – afin de permettre au Québec de se soustraire à certaines dispositions de la Charte des droits et libertés enchâssée dans la Constitution canadienne afin d’interdire le port de signes religieux au sein de la fonction publique. Ici, le nouveau gouvernement caquiste risque de se frotter, assez rapidement, à des mouvements de contestation et des recours qui ne manqueront pas d’être intentés par certaines associations communautaires.

Si le Québec n’est toujours pas en bonne position afin que soit rouverte la Constitution canadienne de 1982, il dispose néanmoins de plusieurs dispositions et autres recours légaux qui sont susceptibles de lui permettre de récupérer de nouveaux leviers administratifs.

Le gouvernement fédéral risque d’être affaibli

In fine, le nouveau gouvernement de François Legault, outre qu’il jouira d’un mandat majoritaire, peut conter sur la division du vote et l’affaiblissement de la classe politique canadienne au niveau du palier fédéral. En effet, le gouvernement Trudeau multiplie les gaffes et n’arrive plus à protéger ses acquis, alors que les Américains viennent d’imposer les termes d’un accord sur le libre-échange (Alena) qui place le Canada dans une posture plus que précaire. Les velléités autonomistes de l’ouest du Canada risquent fort de reprendre du tonus et le premier ministre Justin Trudeau pourrait bien ne plus pouvoir compter que sur l’Ontario comme bastion électoral. Et, encore …

Le Parti conservateur du Canada (PC), qui avait le vent dans les voiles, occupe le strapontin d’une opposition affaiblie depuis qu’une de ses étoiles, le Québécois Maxime Bernier, a claqué la porte en promettant de fonder son propre parti. Qui plus est, malgré le handicap d’un chef qui n’arrive pas à faire consensus, le Nouveau Parti Démocratique (NPD), formation véritablement associée à l’Internationale socialiste, parvient à fédérer une part importante du mécontentement chez les classes laborieuses au pays. Toute cette division du vote risque fort de favoriser l’élection d’un gouvernement minoritaire aux prochaines élections fédérales de 2019. Une situation qui pourrait faire en sorte que le Québec tire son épingle du jeu et parvienne à imposer ses propres intérêts. Une première depuis plus d’un demi-siècle.

lundi, 24 septembre 2018

La trahison conservatrice

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La trahison conservatrice

par Georges FELTIN-TRACOL

Chers Amis de Radio Libertés,

Dans la soirée du 12 septembre 2018, la caste médiatique hexagonale ne pouvait pas s’empêcher de jubiler et d’avoir une éjouissance journalistique. À l’instigation d’un député Vert féminin néerlandais de seconde classe, le Parlement prétendu européen déclencha par 448 voix, et nonobstant 48 abstentions, la procédure prévue à l’article 7 contre la Hongrie pour une violation putative de l’État de droit.

Quelques heures plus tôt, arrivé spécialement de Budapest, le Ministre-président de la Hongrie, Viktor Orban, n’eut qu’une petite dizaine de minutes pour se défendre devant un parterre de clampins peu représentatifs du fait d’une abstention élevée aux élections européennes. Le chef du gouvernement hongrois, lui, a été triomphalement réélu pour la deuxième fois consécutive avec la confiance massive de ses concitoyens qui furent nombreux à participer au scrutin. Ce si court temps de parole accordé à un authentique représentant du peuple ne surprend pas de la part de ce zoo illégitime qui ne sait que donner des leçons à la terre entière sans jamais se les appliquer.

La surprise de ce vote scandaleux surgit des rangs du Parti populaire européen (PPE), la coalition conservatrice à laquelle appartient le Fidesz. Si les élus de Forza Italia ! ont soutenu le dirigeant magyar à l’instar de leurs compatriotes de la Lega et des autres groupes eurosceptiques, soit un total de 177 voix, les eurodéputés du M5S ralliant le camp majoritaire, le PPE a étalé de profondes divisions. Par exemple, sur les dix-huit Les Républicains, dont le président Laurent Wauquiez tient dans les médiats une ligne dure sur l’immigration, seuls trois d’entre eux dont la sarközyste Nadine Morano ont défendu le gouvernement hongrois tandis que neuf illustres inconnus tels Tokia Saïfi, Jérôme Lavrilleux alias « Le chialeur du 20 heures » ou Alain Lamassoure, ont accepté la doxa immigrationniste. Enfin, huit autres ne prirent pas part au vote ou s’abstinrent. Il faut en nommer certains, réputés pour leurs convictions soi-disant de « droite » : Michèle Alliot-Marie, Brice Hortefeux, Rachida Dati et Geoffroy Didier, ancien animateur d’une « Droite forte » (seulement devant les caméras).

Pis, le chancelier conservateur, Sebastian Kurz, président semestriel de l’Union dite européenne, a ordonné à sa délégation conservatrice d’approuver le rapport gauchiste. Il sort ainsi de l’ambiguïté et prouve qu’il garde plus d’affinités avec la rombière de Berlin qu’avec le fringant dirigeant hongrois. L’Autrichien a tout bonnement enterré toute coopération néo-« austro-hongroise » avec le très surfait Groupe de Visegrad. L’attitude de Vienne démontre que le conservatisme actuel préfère se diluer dans le libéralisme et s’éloigne ainsi de l’innovation illibérale. Quant à Viktor Orban, malgré des prises de position pro-israéliennes et libre-échangistes remarquées, il prendra peut-être enfin conscience de l’ampleur de la collusion entre la « droite d’affaires » et l’égalitarisme cosmopolite.

Au même titre que les groupes gauchiste, socialiste, vert-régionaliste et centriste-libéral, le groupe PPE devient plus que jamais un foyer infectieux évident d’économisme bêlant et de droit-de-l’hommisme affligeant. Président de ce groupe à Bruxelles – Strasbourg, le Bavarois de la CSU Manfred Weber, par ailleurs candidat à la présidence de la Commission, avoue volontiers collaborer avec les anti-Européens. « Je me suis engagé durant cette période législative, rassure-t-il au Monde (du 11 septembre 2018), pour qu’aucune force d’extrême droite ne puisse atteindre un poste important [au sein de ce Parlement]. Le PPE a même voté pour des communistes afin de préserver ces postes. » En évoquant les représentants de l’« extrême droite », Weber estime que « ces gens sont des ennemis et ils ne doivent avoir aucun rôle dans les institutions de l’Union ». Quant au président du PPE, l’Alsacien Joseph Daul, il affirme en digne expert de la novlangue mondialiste que « l’Union européenne est basée sur la liberté, la démocratie, l’égalité, la liberté académique, l’État de droit, le respect des droits de l’homme et une société civile libre. Ce sont des valeurs inviolables. Le PPE ne fera aucun compromis, quelles que soient les appartenances politiques (dans Le Figaro du 12 septembre 2018) ». Par cette intervention hilarante s’est révélé un brillant comique, expert en haute-fumisterie !

Largement influencé par des penseurs anglo-saxons d’hier ou d’aujourd’hui comme Edmund Burke et Roger Scruton, le conservatisme continental de ce début du XXIe siècle et sa métastase politicienne, la fameuse « union des droites », contribuent eux aussi au désarmement intellectuel des Européens. Ils ne peuvent pas être des réponses viables aux enjeux fondamentaux du Vieux Continent. Ils incarnent un autre mal que les révolutionnaires traditionalistes communautaires doivent extirper au plus vite de l’opinion. Souhaitons donc que le vote du 12 septembre dernier accélère la décomposition des supposées « droites » européennes !

Bonjour chez vous !

Georges Feltin-Tracol

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 91, diffusée sur Radio-Libertés, le 21 septembre 2018.

jeudi, 13 septembre 2018

Elections parlementaires suédoises: une droite nationale en progression limitée face à deux camps minoritaires

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Elections parlementaires suédoises: une droite nationale en progression limitée face à deux camps minoritaires

par Thomas Ferrier

Ex: http://thomasferrier.hautetfort.com 

A l'issue des élections parlementaires suédoises du 9 septembre 2018, le jeu parlementaire est des plus verrouillés, comme cela avait été annoncé, et les deux partis principaux, les sociaux-démocrates à gauche et les modérés à droite reculent d'environ 6,5 points, ainsi que les écologistes en recul de 2.4 points. Enfin les petites listes sont également laminées dans un contexte à forte polarisation avec 1,4% (-2.5 points).

Les Démocrates Suédois, mouvement de droite nationale dirigé par Jimmie Akesson, sont ceux qui progressent le plus, obtenant 17,6% des voix (+ 4.7) et 63 sièges (+14), mais ils sont loin des prévisions des sondages qui les plaçaient à plus de 20% et ils échouent aussi à obtenir la seconde place devant la droite modérée. C'est donc pour eux une déception. Ils ne peuvent pas en accuser les deux listes de droite nationaliste qui auront probablement réalisé des scores dérisoires (inconnus à cette heure). Le vote utile d'électeurs craignant une absence de majorité au Riksdag (parlement) a pu freiner son ascension. Ses positions eurosceptiques et pas seulement identitaires ont pu effrayer certains électeurs modérés.

Et en outre le matraquage international, il suffisait de lire Le Monde en France pour s'en convaincre, a payé. Nombreux Suédois craignaient de donner l'impression que leur pays devenait une "société fermée". C'est pourtant oublier que les Suédois par le passé avaient démontré une capacité de résistance exceptionnelle. Il suffit de songer qu'ils ont résisté au christianisme un siècle de plus que leurs voisins scandinaves.

La droite nationale, en France et ailleurs, a pu progresser et la Lega de Salvini est annoncée à 34% dans les sondages. Le FPÖ autrichien est intégré à une coalition même s'il n'a pas pu dépasser le score de Haider en 2000, mais de par la seule volonté du chancelier ÖVP Sebastian Kurz. Mais son programme économique anxiogène freine son ascension. Le déficit en crédibilité atteint surtout le RN (ex-FN) français.

Les sociaux-démocrates, principaux responsables depuis les années 70 de la crise sociétale de la Suède, en ouvrant ses frontières à de larges flux, ne sont pas sanctionnés autant qu'ils devraient l'être. Ils obtiennent 28,4% des voix et 100 sièges. La droite modérée ne parvient pas à remonter l'écart et doit se limiter à 19,8% des voix et 70 sièges.

Une coalition de gauche n'obtiendrait que 143 sièges et une coalition de droite aurait aussi 143 sièges soit une parfaite égalité. On peut imaginer selon le modèle danois une coalition de droite minoritaire aux affaires avec des démocrates suédois en soutien sans participation.

Les petits partis de droite se maintiennent (Libéraux à 5,5% et 19 sièges) ou se renforcent (Parti du centre 8,6% et 3 sièges, Démocrates chrétiens 6,4% et 23 sièges), tout comme le Parti de Gauche (Vänsterpartiet, 7,9% +2.2 et 28 sièges +7). Enfin les Verts (Miljöpartiet) tombent à 4,4% (-2.4) 15 sièges (-10). Le candidat de droite Ulf Kristersson n'a pas su convaincre. Quant au social-démocrate Stefan Löfven, qui a durci légèrement la ligne sur la question migratoire, il limite néanmoins la casse mais sans convaincre.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

Élections en Suède : une nouvelle étape du chemin de croix de Bruxelles

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Élections en Suède : une nouvelle étape du chemin de croix de Bruxelles

Ex: http://echelledejacob.blogspot.com 

Décortiquant les résultats des élections suédoises, le rédacteur en chef du mensuel Ruptures Pierre Lévy est formel : c'est là le cauchemar des dirigeants européens qui se poursuit. 

C’était la chronique d’un succès annoncé. Les Démocrates de Suède (SD, un parti comparable à la formation de Marine Le Pen en France) apparaissent comme les grands vainqueurs du scrutin législatif qui s’est déroulé dans le royaume scandinave le 9 septembre. Avec 17,6% des suffrages, ils augmentent leur score de 4,7 points par rapport à 2014, où ils avaient déjà connu une progression sensible. Il y a encore seize ans, ce parti franchissait de justesse la barre des 1%... Le SD a en tout cas été porté par le thème qui a largement dominé toute la campagne électorale : l’immigration.

Texte publié en partenariat avec le mensuel Ruptures

Sur la base des derniers sondages avant le vote, Jimmie Akesson (39 ans), le chef de ce parti depuis 2005, avait même espéré une perspective de 20 à 30%. Si ce niveau n’est pas atteint, sa formation se retrouve en tout état de cause en position déterminante dans le cadre de la formation du futur gouvernement. Ce processus ne devrait pas manquer d’être particulièrement laborieux, puisqu’aucun des deux « blocs » traditionnels ne dispose, et de loin, d’une majorité des députés.

Ces élections ont été marquées par une participation de 84,4% (contre 85,8% il y a quatre ans). Le Parti social-démocrate (SAP) obtient son plus bas score depuis plus d’un siècle : avec 28,4% des voix, il chute de 2,8 points par rapport à 2014 où il avait déjà essuyé une défaite historique. Le SAP semble définitivement tombé de son piédestal, alors qu’il a gouverné le pays pendant 80 des 100 dernières années, et avait pu compter sur près d’un électeur sur deux des années 1930 aux années 1990.

Les Verts, qui étaient le partenaire des sociaux-démocrates dans la coalition sortante, chutent également de 6,7% en 2014 à 4,3%. Ils sauvent de justesse leur représentation parlementaire alors même que la vague caniculaire qui a balayé le pays semblait pouvoir étayer leur discours pro-environnement, espéraient les dirigeants de ce mouvement.

Enfin, le Parti de gauche (qui avait répudié le terme «communiste» en 1990) s’établit à 7,9%, regagnant ainsi 2,2 points. Il soutenait le gouvernement sortant sans y participer, mais est considéré comme partie prenante du bloc tri-partite dit de centre-gauche. Ce dernier totalise ainsi 40,6% (contre 43,6% précédemment).

Un résultat qui le place au coude à coude avec le bloc dit de centre-droit (40,3%). L’écart (30 000 voix) est si serré que c’est désormais le vote des Suédois de l’étranger (prévu pour être publié le 12 septembre) qui déterminera la coalition arrivée en tête. Au sein du bloc de centre-droit, le parti dominant, les Modérés, obtient 19,8% des suffrages, soit une baisse de 3,5 points. Ses trois alliés progressent en revanche légèrement : le Parti du centre (8,6%, +2,5 points), les Chrétiens-démocrates (6,4%, + 1,8) et les Libéraux (5,5%, + 0,1). Ces trois formations ont, pendant la campagne, exclu un «pacte avec le diable», en l’occurrence avec le SD. Pour sa part, le chef des Modérés, Ulf Kristersson, refuse également de négocier avec «l’extrême droite», même s’il a indiqué souhaiter gouverner avec une large majorité.

Le SD a incontestablement capitalisé sur le mécontentement d’une large part des citoyens qui s’est cristallisé sur la question migratoire.

Kristersson a immédiatement appelé le Premier ministre social-démocrate sortant, Stefan Löfven, à démissionner. Pas question a affirmé pour l’heure ce dernier, précisant que pour lui, cette élection a entériné la fin de la «politique des blocs», autrement dit l’alternance entre centre-gauche et centre-droit. A son sens, c’est désormais une collaboration entre les blocs qui s’impose afin de faire barrage à la montée du SD. Un pacte assurant un tel «cordon sanitaire» avait du reste été signé fin 2014 lorsque le gouvernement à dominante social-démocrate avait été mis en minorité sur le budget. Mais ledit pacte n’avait tenu que quelques mois.

Pour sa part, le chef du SD a triomphé au soir du scrutin : «Nous sommes les grands gagnants de cette élection [...] nous allons exercer une véritable influence sur la politique suédoise » ; il s’est dit prêt, dans cet esprit, à négocier avec tous les partis.

Le SD a incontestablement capitalisé sur le mécontentement d’une large part des citoyens qui s’est cristallisé sur la question migratoire. Depuis 2010, ce sont près de 500 000 demandeurs d’asile qui sont arrivés dans ce pays de dix millions d’habitants, dont désormais 18,5% sont nés à l’étranger (14,7% en 2010 ; à titre de comparaison, ce niveau était de 11,6% en France en 2014). C’est surtout en septembre 2015 – date de la décision d’Angela Merkel d’ouvrir en grand les frontières de l’Allemagne sous pression du patronat d’outre-Rhin, créant ainsi un flux considérable vers l’Europe – que les arrivées se sont accélérées : 250 000 en moins de deux ans.

A l’époque, Löfven s’était drapé dans une posture morale d’accueil, et invité ses partenaires de l’UE à faire preuve de «solidarité». Quelques mois plus tard cependant, le chef du gouvernement faisait demi-tour, et établissait des filtres aux frontières, notamment avec le Danemark. Ceux-ci ont été prolongés depuis, et les sociaux-démocrates ont durci progressivement les conditions en matière d’asile (restrictions sur le regroupement familial, permis de séjour seulement temporaires…).

Il s’agissait alors d’endiguer la montée déjà patente du SD. Une évolution d’autant plus inquiétante pour les sociaux-démocrates qu’elle se dessinait – et s’est poursuivie – tout particulièrement au sein de leur électorat traditionnel. Une enquête réalisée peu avant le scrutin montrait ainsi que plus d’un syndicaliste sur quatre s’apprêtait à donner sa voix au SD. Une dirigeante de la grande centrale syndicale LO, historiquement liée aux sociaux-démocrates, admettait que le vote «populiste» était lié à «la précarisation de l'emploi, avec une augmentation des contrats à temps partiel et de l'intérim, [au] recul de l'Etat-providence en Suède, avec la fermeture d'hôpitaux dans les campagnes, les files d'attente dans les centres de soin, ou le niveau qui baisse dans les écoles». Et de mettre en garde : «Sous prétexte de vouloir accélérer l'intégration des réfugiés, la droite et le patronat sont prêts à remettre en cause notre modèle social et le système des accords collectifs, ce que nous n'accepterons jamais.»

Si une sorte de «grande coalition» devait voir le jour, elle ne ferait que nourrir les futures victoires du SD qui apparaîtrait alors comme le seul parti d’opposition

Si la vague migratoire a reflué depuis 2015-2016, 26 000 demandeurs d’asile ont encore été enregistrés en 2017, et 12 000 depuis le début de cette année. La pression sur les services publics est considérable, et ressentie tout particulièrement parmi les moins bien lotis – ainsi que par des immigrants de longue date, amers que les nouveaux arrivants se soient vu offrir nombre d’avantages au détriment de ceux déjà installés.

La tuerie (trois morts, 18 blessés) qui était survenue à Malmö en juin, puis des incidents répétés dans certaines banlieues fin août ont par ailleurs contribué à attiser les tensions. Dans ces conditions, les satisfecits que s’est décernés le gouvernement en matière économique – 2,4% de croissance l’année dernière, des excédents budgétaires, des chiffres officiels du chômage réduits (6,7%) – n’ont pas convaincu les électeurs.

Pour l’heure, l’incertitude est donc grande quant à la formation d’un futur gouvernement. S’il est minoritaire, cela pourrait entraîner une forte instabilité. Si une sorte de «grande coalition» devait voir le jour, elle ne ferait que nourrir les futures victoires du SD qui apparaîtrait alors comme le seul parti d’opposition.

A moins que les Modérés acceptent finalement d’être soutenus par le SD, ce qui donnerait à celui-ci une position de force et rapprocherait le pays de la situation prévalant au Danemark voisin ?

Ce qui est certain en revanche, c’est que le cauchemar des dirigeants européens se poursuit. Au printemps 2017, ils avaient cru pouvoir affirmer que la victoire d’Emmanuel Macron en France donnait le signal d’un retournement des citoyens en faveur de l’Europe ; ils avaient déjà (et contre toute évidence) interprété dans le même sens les élections aux Pays-Bas en mars 2017, de même que les présidentielles autrichiennes en décembre 2016.

Mais dans ce pays à l’automne 2017, puis en Allemagne, en République tchèque, en Hongrie et évidemment en Italie, ils ont dû encaisser les victoires des «populistes », au point que certains s’affolent à haute voix d’un possible dissolution de l’Union européenne. On n’en est certes pas là. D’autant qu’en Suède, le SD n’a guère mis en avant sa revendication d’un référendum sur la sortie de l’UE.

Reste que le scrutin suédois n’a évidemment rien pour rassurer Bruxelles. Le chemin de croix continue.
 

mardi, 11 septembre 2018

Sur le Mouvement Cinq Étoiles

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Sur le Mouvement Cinq Étoiles

par Georges FELTIN-TRACOL

Depuis le 1er juin 2018, au terme de trois mois de tractations plus ou moins officielles, de ruptures publiques, de rabibochages discrets et de multiples pressions, l’Italie a innové en se donnant un gouvernement « jaune – vert » dirigé par l’indépendant Giuseppe Conte. Si le vert est le couleur de la Lega du secrétaire fédéral, Matteo Salvini, désormais vice-président du Conseil et ministre de l’Intérieur, le jaune se rapporte au Mouvement 5 Étoiles (M5S) de l’autre vice-président du Conseil et ministre du Développement économique, du Travail et des Politiques sociales, Luigi Di Maio, dirigeant du M5S. Or qu’est-ce que le M5S ? La version transalpine de La France Insoumise de Jean-Luc Mélanchon ou une originalité écolo-souverainiste ?

M5EtoileJD.pngDans Un populisme à l’italienne ?, Jérémy Dousson, directeur général adjoint du magazine Alternatives économiques, apporte un éclairage intéressant. Le livre étudie un véritable « ovni » politique qui a permis l’avènement en Europe du premier « populisme de gouvernement » ! Paru avant les résultats des législatives du 4 mars 2018, l’ouvrage n’évoque pas bien sûr la nouvelle coalition gouvernementale. L’auteur précisait alors que « le mouvement ne s’allie pas avec les partis qui ont échoué; il gouverne seul ou il ne gouverne pas (p. 110) ». Pas sûr toutefois que Jérémy Dousson aurait conservé sa belle sérénité s’il avait appris l’entente avec la Ligue… Pourtant, « en tant que partis qui expriment, d’une manière différente, la mentalité populiste, prévient Marco Tarchi, leurs vues ne sont pas, sur le fond, incompatibles, donc une alliance est possible et, peut-être, viable (1) »

L’explication des cinq étoiles

Pourquoi le Mouvement 5 Étoiles s’appelle-t-il ainsi ? S’agit-il d’une volonté comique de gagner une cinquième étoile à la Coupe du Monde de football ? Serait-ce plutôt une critique ironique adressée à l’« Établissement » honni ? En fait, « le projet écologiste du M5S s’affiche dès les cinq étoiles de son logo, puisque celles-ci représentent l’eau, les transports, le développement, l’environnement et la connectivité – on pourrait d’ailleurs en ajouter une sixième pour l’énergie (pp. 125 – 126) ». Contre la prédominance de l’automobile et pour une hausse régulière du prix des carburants fossiles, le M5S propose un programme ambitieux sur les énergies renouvelables, une sortie assez rapide du nucléaire et l’interdiction de toute privatisation de l’énergie. Jugeant l’eau bien commun, il réclame des régies publiques de gestion, refuse l’incinération des déchets par les cimenteries et s’oppose aux projets de grands travaux (ligne à grande vitesse Lyon – Turin, pont au-dessus du détroit de Messine qui relierait le Sud de la Botte à la Sicile, etc.) (2). Outre l’hostilité à la kleptocratie qui profite de la rénovation des infrastructures routières et ferroviaires, il justifie son opposition par la trop forte artificialisation des terres arables et ne cache pas apprécier une certaine décroissance. Influencé par La Fin du travail (1995) de Jeremy Rifkin et pariant sur un nouveau modèle économique post-pétrolier, le M5S soutient les monnaies locales et complémentaires, la relocalisation de l’économie, la réduction du temps de travail hebdomadaire à 20 heures, le recyclage des produits et la diminution des déchets. En matière de commerce international, Luigi Di Maio a annoncé que la majorité parlementaire « vert-jaune » ne ratifierait pas le CETA, l’accord de libre-échange UE – Canada, ce qui le rendrait de facto inapplicable à l’ensemble des États membres de l’Union dite européenne.

Le M5S réclame en outre la fin de l’économie de la propriété au profit d’une économie de l’usage dès à présent visible avec l’essor marchand du numérique (Uber, Airbnb…). C’est dans le domaine informatique que le M5S est le plus novateur, lui qui exige le Wi-Fi pour tous et partout. Par l’intermédiaire d’une plateforme numérique, appelée Rousseau, qui « est le portail Internet dévoiler à la gestion du mouvement et à la participation des inscrits à sa vie interne (p. 107) », et sur laquelle sont prises les principales décisions du mouvement. N’ayant aucun siège officiel ni aucune adresse postale, le M5S se définit comme un non-parti politique ou, plus exactement, comme « une libre association de citoyens (p. 75) ». Pour le rejoindre, il suffit de s’inscrire en ligne et de certifier sur l’honneur être citoyen italien et ne pas milité dans un autre parti. L’adhérent du M5S ne verse aucune cotisation. Par ailleurs, « l’organisation du M5S est régie par deux textes : le “ non-statuto ” (les non-statuts) et le “ regolamento ” (le règlement du site Internet du mouvement) (p. 75) ». Jérémy Dousson souligne cependant que derrière le caractère informel du M5S existe une association légale et structurée, la Casaleggio Associati au fonctionnement interne très opaque.

Avant d’avoir son propre site Internet, le M5S utilisa longtemps celui de son fondateur, Beppe Grillo, favorable non pas à la démocratie directe au sens athénien ou helvétique du terme, mais à une démocratie continue grâce au numérique. Au journaliste étatsunien Ian Bremmer de GZERO Media, il explique qu’en raison de l’abstention massive, « la démocratie est dépassée. […] Ce sont des minorités, actuellement, qui contrôlent la démocratie. La démocratie sera remplacée (3) ». Par quoi ? Par les nouvelles techniques de l’information et de la communication. « La méthode la plus démocratique que je connaisse, explique encore Grillo, est d’avoir un référendum en ligne, depuis mon smartphone, sur tous les sujets. Il faut que cette technologie soit disponible (4). »

M5S-1.jpgC’est Beppe Grillo qui pose dès le départ les interdits fondamentaux qui rendent le M5S si singulier. Les eletti (élus) n’existent pas, mais il y a des portavoci, les porte-parole. Avant une approbation en ligne sur la plateforme Rousseau, les éventuels candidats à une fonction élective s’engagent à ne pas cumuler de mandat, à n’effectuer que deux mandats consécutifs, à ne pas embaucher des membres de leur famille au titre d’assistants et à ne pas se parachuter dans une circonscription gagnable. Enfin, tous doivent présenter un casier judiciaire vierge. C’est la raison pour laquelle Beppe Grillo n’a jamais été candidat. Outre que « le comique a fait ou fait encore l’objet d’environ quatre-vingt-dix procès (p. 31) » pour des diffamations publiques, il a été condamné en 1981 pur un homicide involontaire lors d’un accident de la route. En 2014, un tribunal l’a aussi condamné à quatre mois de prison pour avoir brisé des scellés apposées sur le chantier du Lyon – Turin (5).

Un comique en politique

Jérémy Dousson signale la rencontre de Giuseppe Grillo avec Gianroberto Casaleggio en 2004. Ce dernier qui rêve d’un gouvernement mondial très anti-religieux – somme toute assez proche des fadaises de H.G. Wells (6) -, le convainc de monter un blogue qui, après son lancement le 26 janvier 2005, va devenir l’un des plus consultés au monde d’autant que Grillo connaît depuis longtemps une forte notoriété dans la Péninsule. Ce natif de Gênes en 1948 travaille d’abord, une fois un diplôme de comptabilité en poche, dans l’entreprise paternelle, puis devient sans grand plaisir représentant de commerce. Dès qu’il le peut, il fait de l’humour dans des cabarets. Il finit par attirer l’attention et en fait son métier avec un indéniable succès lucratif.

Invité sur les plateaux de télévision, il atteint rapidement la célébrité grâce à des émissions regardées par une quinzaine de millions de téléspectateurs. Il tourne au cinéma en 1984 avec Coluche dans Le Fou de guerre de Dino Risi. Dans ses spectacles, télévisés ou en tournée, il n’hésite pas à étriller les politiciens et à aborder des sujets économiques, sociaux et écologiques. Plus tard, sur son blogue, il traitera des travaux de Karl Polanyi, de la Troisième Révolution industrielle, de la pile à hydrogène, de la pollution et de la corruption politico-administrative qui ravage l’Italie.

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Très tôt, le comique verse dans un anti-berlusconisme catégorique. L’un de ses aides qui rédigent alors ses spectacles collabore au journal d’extrême gauche Il Manifesto. Irrité par les faibles réactions de l’opposition de gauche aux différents gouvernements du Cavaliere, Beppe Grillo inaugure, le 8 septembre 2007, le premier « Vaffanculo Day » ou V-Day, soit le « Jour Va te faire foutre ! » (sous-entendu Berlusconi et les élus multi-condamnés et toujours réélus)… Cette provocation publique lui attire la sympathie d’une partie non négligeable de l’Italie; il la renouvelle l’année suivante. En juin 2009, à l’occasion des élections municipales partielles, il accepte la présence de « listes civiques à cinq étoiles » qui trouvent un électorat protestataire disponible. Se voulant fer de lance de l’opposition à Berlusconi qui gouverne avec la Ligue du Nord et les post-fascistes, Beppe Grillo veut se présenter aux primaires de la gauche organisées par le Parti démocrate à l’été 2009. Les dirigeants de la formation issue du long amalgame de l’aile progressiste de la démocratie chrétienne, des socialistes, du centre-gauche libéral, des écologistes modérés et de l’ancien PCI rejettent sa candidature. Furieux, il fonde dès octobre 2009 le Mouvement Cinq Étoiles et en fait une force anti-politicienne (et non anti-politique) atypique. « Porte-parole et garant du mouvement, il en est aussi le mégaphone (p. 29) », Beppe Grillo utilise sa célébrité en faveur du M5S. Sous la supervision discrète et vigilante de Gianroberto Casaleggio, son autre fondateur, les premiers adhérents s’emparent des réseaux sociaux et arrivent à contourner les médiats écrits, radiophoniques et audio-visuels tant publics que privés. Méfiant à leur égard, Beppe Grillo insiste sur son opposition totale à l’attribution de subventions publiques aux titres de presse (7), aux chaînes de radio et de télévision, aux syndicats et aux partis politiques.

Le M5S connaît dès 2012 ses premiers succès électoraux. En 2012, le candidat du M5S, Federico Pizzarotti, remporte la mairie de Parme (8). En 2016, les candidates grillinistes, Virginia Raggi et Chiara Appendino, remportent respectivement les municipalités à Rome à Turin. Fort curieusement, la popularité du M5S ne va pas pâtir de l’incroyable amateurisme de deux mairesses comme si la plasticité politique du mouvement grilliniste l’immunisait des désagréments du quotidien.

Au-delà de la gauche, de la droite, du centre et des extrêmes

Le M5S ose la radicalité. Au pays du campanilisme, il souhaite regrouper les communes de moins de 5 000 habitants, supprimer les provinces (l’équivalent des départements), séparer les banques d’affaires des banques commerciales et apporter l’appui de l’État aux PME et aux entreprises artisanales qui sont à la base de la troisième puissance économique de la Zone euro et de la deuxième puissance industrielle d’Europe. Le M5S envisage une timide participation des salariés dans les entreprises ainsi qu’un revenu de citoyenneté inspiré du RSA. Jérémy Dousson observe surtout que « le M5S vise clairement les grands capitaines d’industrie et les multinationales, ainsi que “ la caste ”, à l’instar de Podemos (p. 144) ». Faut-il par conséquent le classer à gauche, voire à l’extrême gauche ? Pas évident ! « Refusant de se positionner sur l’échiquier gauche – droite traditionnel, le M5S propose un programme socialement progressiste, économiquement hétérodoxe et radicalement écologique. Sur le modèle des « “ entreprises libérées ”, il s’organise en groupes locaux autonomes au fonctionnement horizontal, focalisés sur le projet inspiré par son chef politique (pp. 11 – 12). » Alors où le ranger ? Difficile de répondre…

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Les élections européennes de 2014 envoient au Parlement de Strasbourg – Bruxelles dix-sept élus (quatorze maintenant après la défection de trois d’entre eux). Anti-euro, le M5S s’oppose à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Afin de peser quelque peu et de ne pas végéter parmi les non-inscrits, les députés européens grillinistes rejoignent le groupe souverainiste eurosceptique Europe de la liberté et de la démocratie directe (ELDD) présidé par le Britannique pro-Brexit Nigel Farage, chef d’UKIP. Outre les Italiens et les vingt Britanniques d’UKIP, ELDD compte aussi un élu allemand de l’AfD, six Français élus à l’origine sur les listes FN (dont trois Patriotes parmi lesquels Florian Philippot et un rallié à Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan), un Lituanien d’Ordre et Justice, un Polonais, un Tchèque et deux Démocrates de Suède. Or, avec la perspective du Brexit, ce groupe risque de disparaître au lendemain des élections européennes de 2019. Au début de l’année 2017, Beppe Grillo négocia avec Guy Verhofstadt, l’ancien Premier ministre belge, un ralliement des députés européens du M5S au groupe charnière de l’ALDE (Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe), pro-euro, atlantiste et fédéraliste européen. Les pourparlers échouèrent au dernier moment devant la fronde menée au sein de l’ALDE par des élus centristes horrifiés à l’idée de siéger aux côtés des affreux grillinistes. Cela n’empêche pas le M5S de se dire ensuite disponible pour des discussions avec les Espagnols de Ciudadanos et les Français de La République En Marche (9)… Macroniens et grillinistes se partagent en effet quelques points communs au niveau organisationnel. « Le temps des idéologies est terminé. Le Mouvement 5 Étoiles n’est fasciste, affirme encore Beppe Grillo, il n’est ni de droite ni de gauche. Le M5S n’a pas de préjugés personnels (10). »

L’échec des négociations avec Guy Verhofstadt provoqua le retrait de Beppe Grillo de la direction du M5S au profit de Luigi Di Maio dont le père militait au MSI. Ce retrait volontaire s’explique aussi par de nombreuses sorties provocatrices de Grillo qui le placent en porte-à-faux par rapport à ses propres militants et électeurs. Jérémy Dousson ne mentionne jamais l’avis de Beppe Grillo sur les tensions au Moyen Orient. Marié en secondes noces à l’Iranienne Tadjk Parvin, le fondateur du M5S est antisioniste. Ne déclare-t-il pas qu’« Israël est une dictature militaire prête à déchaîner la troisième Guerre mondiale (11) » ou que l’État hébreu « est une dictature militaire. Les juifs sont comme Attila, après eux les Palestiniens ne repoussent pas (12) » ? Aux accusations d’antisémitisme, il rétorque à un journaliste communautaire : « Je me méfie de quelqu’un qui a le nez crochu. Je l’enverrai se balader à Gaza avec une kippa sur la tête (13). » On lui reproche enfin d’admirer Maurizio Blondet, journaliste et blogueur catholique traditionaliste anti-sioniste. En Italien affranchi, Beppe Grillo se méfie du clergé catholique. Pour lui, « le Vatican est la plus grande multinationale du monde avec deux millions d’emplois au noir (14) ». Comme bien des Italiens avertis, il sait que les associations humanitaires catholiques contribuent au financement des réseaux de passeurs d’étrangers clandestins en Méditerranée et leur accueil rémunérateur.

La mise à l’écart se comprend par d’autres initiatives du « non-chef » du M5S. Beppe Grillo conteste par exemple la réforme du code de la nationalité qui aurait dû introduire le droit du sol. Auparavant, il discuta avec CasaPound. À cette occasion, il jugea qu’être antifasciste était daté et déclara que « nous avons des batailles en commun. Si quelqu’un de CasaPound veut entrer dans notre mouvement, il n’y a pas de problème (15) ». En 1995, il disait toutefois le contraire. S’il a rejeté l’homoconjugalité, un ministre M5S a officiellement participé en juin 2018 à la GayPride de Rome. Il explique enfin à Ian Bremmer vouloir « un référendum sur l’euro. Laissons le peuple italien décider si nous devons rester dans l’euro, ou non. Pas dans l’UE, mais dans l’euro. Un référendum consultatif, pour ouvrir le débat pendant un an sur un plan B (16) » alors que la coalition a confirmé son maintien sans l’actuelle Eurolande.

L’ultime recours du Système ?

Si « le M5S réalise ses meilleures performances dans le monde ouvrier, la bourgeoisie et chez les chômeurs (p. 48) », les adhérents grillinistes seraient plutôt altermondialistes tandis qu’avant 2018, 40 à 55 % des électeurs étaient ni à droite ni à gauche (peut-être centristes), 30 à 35 % se situaient à gauche et 15 à 25 % à droite. Électeurs et militants du M5S ont néanmoins approuvé l’alliance avec la Lega et les intentions de vote dans les sondages restent très stables pour le mouvement grilliniste au plus grand étonnement des commentateurs politiques en dépit de mauvais résultats aux municipales partielles de ce printemps qui ont vu en revanche une percée de la Lega. Les succès municipaux du parti de Matteo Salvini et sa forte hausse dans les sondages qui le place au moins à égalité du M5S inquiètent fortement l’aile gauche du grillinisme animée par le président de la Chambre des députés, le progressiste Roberto Fico. Celui-ci souligne le combat du M5S en faveur du droit d’asile et s’oppose régulièrement au ministre de l’Intérieur…

Luigi Di Maio, vice-président de la Chambre des députés entre 2013 et 2018, a délaissé le caractère fantasque et imprévisible du mouvement recherché par Beppe Grillo, pour lui donner une respectabilité certaine. Pendant la dernière campagne législative, Jérémy Dousson ne pouvait pas savoir que comprenant à l’instar de son mentor que l’Italie n’a qu’une souveraineté très limitée (17), il s’est rendu à Londres et à Washington y prouver son attachement à l’atlantisme et à l’européisme. On peut même supposer qu’aux dernières heures des tractations avec Matteo Salvini, des émissaires ont probablement rencontré des hiérarques de l’eurocratie pour leur signifier le marché suivant. Bruxelles n’intervient pas sur la question migratoire et en échange l’Italie reste dans la Zone euro et en accepte la discipline monétaire. Peut-on y voir une roue de secours populiste pour le Système ? Les années (ou les mois) confirmeront ou non cette interrogation. L’ambiguïté persiste… Sera-t-elle levée aux élections européennes de 2019 ? Candidat anti-Système et décroissant malheureux aux législatives françaises de l’année dernière dans la 3e circonscription de l’Aveyron (1,31 %), Thierry Noël aurait été approché par le M5S. Un tract défend « une Europe franco-italienne, neutre et protégée, à six nations de l’Ouest européen, sans l’Allemagne et son Reich ultra-libéral, sans l’OTAN, sans loups et sans migrants. Une France zen, sans franc-maçons, sans caïds et sans islamistes; une société de croissance raisonnée, sans nucléaire, sans zombies… (18) » De pareilles propositions rendent bien perplexes les observateurs habitués au sordide confort de l’hémiplégie politicienne moderne.

Selon Eugenio Scalfari, Beppe Grillo « prêche la nécessité d’un tsunami, mais pour mettre à la place on ne sait pas qui et on ne sait pas quoi (19) ». On le sait maintenant puisque le Mouvement 5 Étoiles dirige la Péninsule, ce qui dévalue un peu l’ouvrage de Jérémy Dousson. Néanmoins, il demeure intéressant sur la genèse et les débuts tonitruants d’un mouvement populiste parfait, première ébauche d’une politique post-moderne. Une suite dans les prochaines années sera certainement la bienvenue.

Georges Feltin-Tracol

Notes

1 : « M5S et Ligue : leurs vues ne sont pas, sur le fond, incompatibles », entretien de Marco Tarchi avec Lionel Baland, mis en ligne sur EuroLibertés, le 24 mai 2018.

2 : Bénéficiant des publicités du groupe Benetton, principal actionnaire du concessionnaire des autoroutes italiennes, les médiats tant italiens qu’européens ne se privent pas d’accuser le M5S d’avoir empêché toute construction de pont autoroutier qui aurait évité la catastrophe de Gênes du 14 août 2018. Le M5S, Beppe Grillo en tête, savent fort bien que les travaux d’aménagement routier servent souvent à financer les partis politiques du Système, ce qui double ou triple les frais payés par les contribuables et les usagers. Comme en France, l’entretien régulier des infrastructures de transport pose la question cruciale du financement. Plutôt qu’une « écotaxe » réclamé par un incompétent notoire, ancien sous-ministre aux transports du taxeur en série compulsif Sarközy et soutien de l’ineffable Valérie Pécresse, la suppression du financement public des partis politiques et des syndicats permettrait de réaffecter des millions d’euros vers des actions plus utiles pour l’intérêt général des Français et des Européens.

3 : dans Faits et Documents, n° 453, du 1er au 31 juillet 2018, p. 8.

4 : Idem.

5 : Excellente dans l’idéal, cette pratique pourrait être cependant amendée pour les victimes judiciaires des lois liberticides. Suite à des décisions de bon sens envers les clandestins, Mattei Salvini est menacé de poursuites par la justice italienne soi-disant indépendante et rongée par le gauchisme culturel. La coalition « jaune – verte » fait face à une quadruple pression : médiatique, judiciaire, ecclésiastique et pseudo-européenne. Tiendra-t-elle sur la durée avec un président de la République Sergio Mattarella en embuscade ?

6 : cf. Herbert George Wells, Le nouvel ordre mondial, préface de Pierre Hillard, Éditions du Rubicon, coll. « Influences », 2018.

7 : Selon Grillo, l’existence et la pérennité d’un périodique dépend de ses lecteurs et d’eux seuls.

8 : Federico Pizzarotti est réélu en 2017 en tant qu’indépendant, car il a rompu l’année précédente avec Beppe Grillo et son mouvement.

9 : Les députés européens du M5S montrent une certaine porosité avec les élus de gauche et d’extrême gauche. Ils votent régulièrement la levée de l’immunité parlementaire dans les affaires de liberté d’expression.

10 : cité par Libération du 27 février 2013.

11 : cité par Le Point du 7 février 2013.

12 : cité par L’Express du 13 février 2013.

13 : cité par Le Point, op. cit.

14 : cité par L’Express, op. cit.

15 : cité par Le Point, op. cit.

16 : cité dans Faits et Documents, op. cit.

17 : « Nous, Italiens, nous sommes sous occupation américaine, explique Beppe Grillo, coupable en partie de la crise économique européenne », cité par L’Express, op. cit.

18 : « Thierry Noël vers le Mouvement cinq étoile ? » dans Midi libre du 13 juillet 2018.

19 : Eugenio Scalfari dans L’Espresso, cité par Courrier International du 10 au 16 mai 2012.

• Jérémy Dousson, Un populisme à l’italienne ? Comprendre le Mouvement 5 Étoiles, Les petits matins, 2018, 205 p., 15 €.

 

jeudi, 09 août 2018

Le mouvement AUFSTEHEN de Sahra Wagenknecht fait polémique

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Le mouvement AUFSTEHEN de Sahra Wagenknecht fait polémique: « l’ouverture des frontières désavantage les plus pauvres de nos concitoyens »

Sahra Wagenknecht, Présidente de la fraction LINKS (« La Gauche ») à la Diète fédérale allemande, vient de créer un nouveau mouvement rassembleur, AUFSTEHEN (Debout) ; elle entend proposer et imposer une nouvelle politique d’asile dans son parti et dans la société allemande. Dans un article rédigé spécialement pour la Nordwest-Zeitung d’Oldenbourg, elle a fustigé le « ressentiments » qui animerait les militants de l’AfD mais aussi et surtout, « cette morale générale qui entend promouvoir une culture de l’accueil sans frontières ». Elle écrit : « Une politique réaliste de gauche rejette ces deux exigences maximalistes ». Ce texte a été écrit en collaboration avec le dramaturge berlinois Bernd Stegemann, également membre du nouveau mouvement rassembleur.

Selon Wagenknecht et Stegemann, « les nombreux volontaires de la société civile qui s’occupent d’intégrer les réfugiés » devront recevoir toute l’aide nécessaire mais, par ailleurs, la gauche ne doit plus se laisser dicter sa conduite « par des bandes de passeurs criminels qui amènent des gens en Europe par des voies illégales ». Parce qu’elle a écrit cet article, et quelques autres de même teneur, Wagenknecht a essuyé de vives critiques dans les rangs de son propre parti.

On lui reproche notamment cette phrase : « Nous pensons que la fixation sur la thème des réfugiés est l’expression d’une colère qui s’est accumulée au fil du temps et provient de tous autres domaines de la vie quotidienne. Celui ou celle qui n’a plus que des contrats de travail à durée limitée, celui ou celle dont la retraite est trop chiche et dont les enfants ne peuvent plus recevoir une éducation scolaire décente parce que les écoles publiques vont à vau-l’eau et qu’il manque des professeurs, eh bien, tous ceux-là ont plein de raisons d’être furieux contre ‘ceux d’en haut’ ».

Dans un entretien accordé au Spiegel, elle s’est exprimée sans détour : « Les frontières ouvertes n’apportent que désavantages aux plus pauvres de nos concitoyens car ils n’auront jamais l’opportunité de s’en aller ailleurs. Nous combattons la pauvreté dans les pays en voie de développement mais cela n’est pas possible si nous importons en Europe leur classe moyenne ».

Ex: http://www.zuerst.de

mardi, 03 juillet 2018

Salvini veut faire de la Lega une « force européenne »

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Salvini veut faire de la Lega une « force européenne »

Rome : Le nouveau ministre italien de l’intérieur, Matteo Salvini, veut faire de la Lea une « force européenne ». « Mon objectif est de transformer la Lea en une force européenne et internationale, dépassant les frontières nationales et apportant à tous les peuples d’Europe la liberté, le travail et l’emploi », a déclaré le chef du parti Salvini selon le quotidien Corriere della Sera.

« Je suis pour une Europe de l’espoir, de l’emploi et de la sécurité», expliquait Salvini. « Jusqu’ici, l’Europe, pendant des décennies, a été mal gouvernée. Cela nous a amené une Europe d’emplois précaires, de faillites bancaires et d’immigrations incontrôlées. Tous les partis doivent désormais décidé de quel côté ils se rangent » a ajouté Salvini dans ses déclarations au journal milanais.

A l’occasion de cet entretien, il a très clairement refusé que la Lega rejoigne un jour le PPE (“Parti Populaire Européen”), auquel avait adhéré son alliée “Forza Italia”, le mouvement de l’ancien chef du gouvernement Silvio Berlusconi. Au sein du Parlement européen, le parti de Salvini appartient, tout comme la FPÖ autrichienne, à la fraction dite « Europe des nations et des libertés » (ENL).

Ex: http://www.zuerst.de

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vendredi, 25 mai 2018

M5S et Ligue : leurs vues ne sont pas, sur le fond, incompatibles

Marco Tarchi est politologue, professeur d’université à Florence et écrivain. Il a publié plusieurs ouvrages sur la politique italienne. Lionel Baland l’a interrogé pour Eurolibertés à l’occasion de l’entrée en fonction du nouveau gouvernement regroupant le mouvement anti-système M5S et la Ligue.

 

Le M5S et la Ligue forment ensemble un gouvernement. Les idées des deux partis sont-elles compatibles ou s’agit-il d’une alliance contre nature ? Quelle est la matrice politique du M5S ?

En tant que partis qui expriment, d’une manière différente, la mentalité populiste, leurs vues ne sont pas, sur le fond, incompatibles, donc une alliance est possible et, peut-être, viable. Cependant, comme les priorités des programmes respectifs ne coïncident pas – la Ligue mise sur la lutte contre l’immigration et contre l’insécurité, le M5S prend pour cible principale la « caste » des politiciens, leurs privilèges et leur haut niveau de corruption –, l’élaboration d’un agenda commun n’est sans doute pas une tâche simple. Et il ne faut pas non plus oublier que, se situant sur le même terrain de la contestation de l’establishment et touchant en partie le même électorat, les alliés de gouvernement sont en concurrence directe, ce qui ne peut entraîner, en perspective, qu’une série de distinguo et/ou de frictions.

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Quant à la matrice politique du M5S, il n’y en pas une : c’est l’action de Beppe Grillo, avec ses spectaculaires mises en question de la classe politique et ses dénonciations de ses malfaisances, qui a donné naissance à ce mouvement hétérogène.

Où situez-vous ce mouvement sur l’axe politique gauche-droite ?

Comme tous les mouvements qui se rattachent plus ou moins de près à la mentalité populiste, il est impossible de le situer sur cet axe. Et même ses électeurs, pour l’essentiel, montrent des connotations politiques très variées: lors de la première percée électorale du M5S, en 2013, un tiers d’entre eux avait voté, auparavant, pour des listes de droite ou du centre-droit, pour un tiers pour la gauche ou le centre-gauche, un tiers était composé d’abstentionnistes.

Le M5S, la Ligue et Frères d’Italie portent-ils l’héritage politique du « qualunquismo », une sorte de poujadisme avant la lettre qui s’est développé en Italie au sortir de la IIe Guerre mondiale ?

En ce qui concerne le M5S et la Ligue, oui : il y a des assonances assez significatives avec ce mouvement proto-populiste : dans les idées, dans le style, dans le vocabulaire. Fratelli d’Italia appartient à un autre courant, néo-fasciste à l’origine, et qu’on désigne désormais comme post-fasciste (eux, ils préfèrent se dire patriotes).

La Ligue du Nord avait pour matrice politique les idées autonomistes et fédéralistes du théoricien de l’Union valdôtaine Bruno Salvadori. Le fait que la Ligue du Nord a changé de nom et est devenue la Ligue et se présente désormais dans l’ensemble du pays, modifie-t-il ses fondements idéologiques ? Peut-on considérer que la Ligue se situe désormais sur une ligne politique qui découle des idées nationalistes italiennes portées autrefois par l’écrivain Enrico Corradini ?

La généalogie de la Ligue est bien plus compliquée : Umberto Bossi a toujours souligné sa (très courte, d’ailleurs) fréquentation de Salvadori, mais parmi les fondateurs du mouvement il y avait aussi les responsables de la Liga Veneta, qui avaient été, par contre, assez actifs à l’extrême droite (surtout Franco Rocchetta, leur leader ; un autre responsable piémontais, Borghezio, aujourd’hui encore eurodéputé, avait été membre de Giovane Europa et d’Ordine nuovo), et d’autres militants qui venaient de l’extrême gauche (Maroni, Gremmo, Farassino). Mais dans son essence, je le répète, la Ligue a toujours été un mouvement populiste. Aujourd’hui, elle a renoncé à ses attitudes séparatistes et, au moins partiellement, mis de côté ses instances ultra-fédéralistes, mais je ne lui attribuerais pas l’étiquette nationaliste.

La Ligue et Frères d’Italie ne sont-ils pas devenus deux partis situés sur la même ligne politique ? Pourquoi la Ligue obtient-elle, sans implantation, des voix dans le sud du pays, alors que Frères d’Italie y est actif depuis longtemps et y dispose de cadres formés à l’époque du MSI ou de l’Alliance Nationale ?

Frères d’Italie est coincé entre la position libérale et (pas toujours) conservatrice de Forza Italia et le national-populisme de la Ligue et hésite à se démarquer de ses deux alliés. Ce qui fait qu’une large partie de ses électeurs potentiels penchent vers l’un ou l’autre de ses partenaires. L’implantation du parti de Giorgia Meloni est assez relative et son image de marque est limitée à une exaltation assez acritique de l’identité nationale. Même sur un sujet-clé comme la lutte contre l’immigration, sur lequel sa position est assez proche de celle de la Ligue, Frères d’Italie n’adopte pas le ton outrancier de Matteo Salvini, ce qui déplaît aux opposants les plus fermes aux vagues migratoires sans pour autant lui attirer le vote des fidèles de Silvio Berlusconi, qui, sur les questions sociétales, se situent plutôt, sinon dans le camp progressiste, à proximité de celui-ci. L’avenir de Fratelli d’Italia est donc assez incertain et les sondages lui attribuent actuellement 3,4-3,6 % des intentions de vote.

mardi, 22 mai 2018

L’Italie forme l’épicentre du virage fatal de l’UE

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L’Italie forme l’épicentre du virage fatal de l’UE

 
Auteur : Tom Luongo 
Tom Luongo
 
 
 

 

 

Ex: http://www.zejournal.mobi

La clarté est ici dans les discussions de la coalition italienne. Et les marchés détestent ce qu’ils voient. Bruxelles aussi.

La dette italienne à cinq ans a explosé de plus de 1%, les écarts de CDS ont progressé de plus de 20 points de base en une semaine. Les marchés tentent d’effrayer ces outsiders désormais en charge de l’Italie pour assouplir leurs positions sur la réforme et maintenir un statu quo qui détruit un grand pays et une grande culture.

La Ligue et le Mouvement Cinq Etoiles ont réclamé 250 milliards de dollars d’allégement de dette de la part de la BCE. Il y avait aussi une demande pour développer un mécanisme permettant aux pays de quitter l’euro, selon  un rapport, maintenant discrédité, de Reuters .

La proposition finale ne contient aucun de ces propos incendiaires, mais ne croyez pas que la fuite ne faisait pas partie de leur stratégie de négociation ou qu’elle ne faisait pas partie de l’objectif final.

Parce que le reste de la proposition est déjà assez hostile à Bruxelles (voir ci-dessous). Et avec le président de la BCE, Mario Draghi, qui signale maintenant la nécessité de consolider la dette souveraine européenne sous son égide, ce n’est pas nécessaire pour le moment.

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Voici la version de Martin Armstrong :

Pour que tout le monde comprenne de quoi il s’agit, le président de la BCE, Mario Draghi, a proposé de regrouper les pays de la zone euro pour créer un « nouveau véhicule plus fort » comme instrument de crise pour sauver l’Europe. Il soutient que cela devrait empêcher les pays de s’éloigner les uns des autres en cas de chocs économiques graves. Draghi dit que cela apportera « une couche supplémentaire de stabilisation » ce qui est une expression de code pour le prochain krach obligataire. [Mis en gras par moi]

Cela me dit que Draghi comprend à quel point les choses vont mal et que les dirigeants italiens savent qu’ils ont le dessus dans les négociations sur la dette.

Ils sont prêts à faire pression sur Bruxelles pour obtenir ce qu’ils veulent. Et ils devraient le faire. Le leader de la ligue, Matteo Salvini, comprend à quel point l’euro administré par l’Allemagne a été ruineux pour l’Italie et la majeure partie de l’Europe.

Donc, pour lui, si le prix à payer pour que l’Italie reste dans l’UE, c’est forcer les pays du Nord à accepter la consolidation de la dette et la dépréciation, alors qu’il en soit ainsi.

S’ils n’acceptent pas cela, la nouvelle direction de l’Italie est prête à se tourner vers le peuple et à dire : « Nous avons essayé. Qu’ils aillent se faire foutre. Continuons notre route ».

Tout cela me dit qu’ils ont manœuvré la presse et l’establishment politique pour en arriver là.

electIT2.pngDiviser les divisions

La proposition de la coalition est un méli-mélo de prescriptions politiques de droite et de gauche qui rendront fous le FMI et Bruxelles. Mais, ces deux partis très différents doivent parvenir à un accord s’ils veulent arracher le contrôle de Rome à la folie du statu quo en Europe, qui ne sert les intérêts de personne, sauf des mondialistes qui se tiennent derrière les visages publics de l’UE – Juncker, Merkel, Tusk, Macron, etc.

La Ligue est un ancien parti sécessionniste qui a servi les régions septentrionales de la Vénétie et de la Lombardie avec des discussions sur la responsabilité fiscale et des impôts beaucoup plus bas.  Le Mouvement Cinq Étoiles est né de la dégradation de l’économie et du tissu social de l’Italie du Sud à cause de la pourriture politique émanant à la fois de Rome et de Bruxelles.

L’un réclame une baisse des impôts et de la réglementation, l’autre veut des pensions généreuses et un revenu universel. Ce ne sont pas des différences faciles à surmonter. Mais ils l’ont fait, ne satisfaisant personne. Cela, pourtant est le prix d’un mélange si éclectique de positions politiques.

Cela dit, ils sont clairement d’accord sur les deux questions les plus importantes pour l’avenir de l’Italie, à savoir l’immigration et la place de l’Italie au sein de l’UE.

Les deux parties veulent faire passer l’Italie en premier.  Et le programme législatif maintenant proposé semble s’inscrire dans cette veine, tout en ne paraissant pas (à première vue) trop radical. Dans le rapport de Zerohedge ce matin :

  • Ils veulent obtenir des taux d’imposition de 15 % et 20 % pour les entreprises et les particuliers.
  • Un revenu minimum garanti pour les Italiens les plus pauvres
  • Un revenu de base universel de 780 euros par personne et par mois, financé en partie par l’UE
  • La fin des sanctions contre la Russie
  • Il n’y a aucune mention d’un référendum sur l’adhésion à l’UE ou à l’euro
  • Un accord pour atteindre les objectifs du traité de Maastricht
  • Il n’y a aucune intention de demander à la BCE d’annuler sa dette
  • Ils appellent à relancer la compagnie aérienne Alitalia
  • Ils veulent mettre un terme à la réforme des retraites de Fornero
  • L’impôt forfaitaire deviendra un taux double avec des déductions
  • Ils veulent apporter une forte contribution à la politique d’immigration de l’UE
  • Le plan prévoit la redéfinition de la mission du prêteur Monte dei Paschi di Siena

Les lignes en gras sont les plus importantes, tandis que les marchés se concentrent sur les changements fiscaux et le revenu universel.

Oubliez ça. Si l’Italie parvient à obtenir que l’UE lève les sanctions russes, à retirer la politique d’immigration d’Angela Merkel et fournir un plan pour traiter avec les banques italiennes insolvables, ce serait une victoire titanesque.

Ce sont les questions qui sont au cœur des problèmes fondamentaux de l’UE – son manque de cohésion bancaire et sa bureaucratie antidémocratique.

La vente douce à Italeave

Donc, bien que tout cela semble montrer qu’ils ont cédé sur les positions les plus extrêmes, en fait, ce n’est pas le cas. Le budget de l’Italie est écrasé par le coût des migrants de Merkel. Les deux parties estiment manifestement que la croissance peut revenir dans l’économie italienne au sein de l’euro en abaissant radicalement les taxes pour réévaluer le travail italien à la baisse. Cela lui donnerait un avantage par rapport à l’Allemagne tout en restant dans l’euro.

Ensuite, l’émission d’une nouvelle monnaie parallèle, le Mini-BOT, circulera sur le marché intérieur pour réduire le besoin en euros dans l’économie nationale et libérer les problèmes budgétaires de l’Italie concernant ses besoins de service de la dette.

Ce que je dirais à ce sujet, c’est que les taux de rendement des Mini-BOT s’amélioreront bientôt parce que le service de la dette de l’Italie est extrêmement faible grâce à la politique de taux d’intérêt négatifs de la BCE. Et une fois que le dollar aura commencé à monter, les décisions d’allégement et de consolidation de la dette peuvent être prises par n’importe quel groupe.

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Merkel est dépassée

Le problème maintenant c’est le temps.  La politique de pression de Donald Trump sur l’Iran et la Russie crée le genre d’incertitude que personne ne peut prédire. Il contraint les dirigeants européens à se rassembler et à déclarer leur opposition aux diktats de Washington et à forger une identité indépendante tout en cherchant à mettre fin aux divisions et méfiances culturelles qui ont mené à ce moment, faute d’unanimité fiscale.

Il est clair pour moi que les nouveaux dirigeants italiens comprennent cela avec la somme et la substance de ces points politiques.  Ils pensent pouvoir réaligner la politique intérieure de l’Italie en faveur de l’Italie tout en forçant Bruxelles à faire face à la responsabilité de faire avancer l’Europe d’une manière beaucoup plus équitable que par le passé.

C’est peut-être la raison pour laquelle Angela Merkel a rendu visite au président russe Vladimir Poutine pour la deuxième fois en deux semaines après n’avoir envoyé que des représentants au cours des quatre dernières années.  Ils ne parlaient pas seulement de l’accord avec l’Iran.

Non, cette rencontre avait pour but de sortir l’Allemagne de l’emprise de Trump tout en évitant d’encourir sa colère.  Le long jeu de patience diplomatique de Poutine a été la bonne voie dès le début.  C’est toujours le pari de laisser votre adversaire bluffer et fanfaronner, se frapper la poitrine et avoir des exigences qu’il n’a pas les moyens de faire respecter.

Finalement, les observateurs finissent par se rendre compte que tout cela n’est que de l’air chaud. Au fil du temps, le coût de la résistance à l’intimidation diminue et les avantages de se joindre à un nouveau groupe augmentent. Pour l’Allemagne, c’est l’énergie. Le gaz russe et le pétrole iranien sont nécessaires à l’Allemagne pour maintenir sa compétitivité et Trump sape ces deux derniers avec son manque de diplomatie.

Le refus de Merkel de ses concessions tarifaires proposées pour abandonner le gazoduc Nordstream 2 et acheter du GNL plus cher à Cheniere Energy était plus important qu’on ne le pense. Il n’y a aucune raison pour Merkel de croire que la politique américaine sous Trump ou n’importe quel futur président ne fera pas de volte-face. Pendant ce temps, les pipelines sont pratiquement éternels.

Et Merkel est assez avisée pour mettre son ego de côté, après avoir été déjouée par Poutine sur l’Ukraine, et pour tenir la ligne sur Nordstream 2.

Le grand renversement

Merkel a une voie de sortie ici. Et l’Italie vient de la lui donner. Je ne suis pas sûr qu’elle soit assez intelligente pour le voir.

La BCE veut une consolidation de la dette et un contrôle accru. Pour que l’UE survive, c’est nécessaire. Les Allemands et les autres pays du Nord ne veulent pas être vus en train de renflouer les pays du « Club Med ». Cela serait interprété comme une autre soumission à Washington et à New York. Merkel ne peut pas passer par d’horribles négociations sur l’allégement de la dette comme elle l’a fait avec la Grèce en 2015. Cela détruirait ce qui reste de son capital politique. Si elle se dresse contre Trump sur l’Iran, cependant, elle gagne beaucoup. L’incertitude quant à la réaction de Trump fait baisser l’euro, poussant la BCE à agir enfin sur la dette.

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Les Européens veulent des relations normalisées avec la Russie et un commerce ouvert, en particulier l’industrie allemande. Il y a des dizaines de milliards de possibilités d’investissements en Russie et en Crimée qui n’attendent que la fin des sanctions pour être utilisés, surtout avec un rouble affaibli par les sanctions débiles de Trump.

Il n’y a que la Pologne et les pays baltes qui ne le veulent pas. Mais ils n’ont pas d’importance. Il suffit qu’un seul ministre des Finances vote contre l’extension des sanctions russes pour y mettre fin. Si Merkel tient tête aux États-Unis sur l’Iran, il est plus facile pour l’Italie de forcer l’Allemagne à cesser de harceler tout le monde pour les maintenir.

L’Italie lâche la bombe pour mettre fin aux sanctions russes en juillet. Merkel, « à contrecœur » est d’accord avec cela. Les soucis de Northstream 2 disparaissent. L’UE et la Russie forment un front uni contre d’avantage de belligérance américaine en Ukraine.

Au cours des pourparlers sur la restructuration de la dette à Monte dei Paschi, Merkel et Draghi ont introduit de nouveaux mécanismes de consolidation de la dette comme modèle pour l’avenir.

Est-ce que je pense que c’est le scénario le plus probable ? Non. Mais c’en est un qui pourrait se réaliser si Merkel lit correctement les vents politiques changeants. Si elle commence à penser dans l’intérêt à long terme de l’Allemagne, c’est exactement ce qu’elle fera.

Et elle aura à remercier les eurosceptiques détestés d’Italie pour avoir sauvé son héritage et l’Europe d’une marginalisation politique et économique.

Traduction : Avic – Réseau International

lundi, 14 mai 2018

Le futur gouvernement italien, un cauchemar pour Bruxelles

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Anti-immigration et eurosceptique : le futur gouvernement italien, un cauchemar pour Bruxelles

Photo: © Tiziana Fabi Source: AFP
Ex: https://francais.rt.com

L'UE espérait et appuyait la formation d'un gouvernement droite-gauche en Italie. Finalement, les nationalistes de la Ligue et les antisystèmes du Mouvement 5 Etoiles s'apprêtent à diriger le pays. Bruxelles s'inquiète et les marchés sont fébriles.

C'était le pire des scénarios pour Bruxelles : les tractations entre le Mouvement 5 Etoiles (M5S) et la Ligue ont finalement débuté, après que Silvio Berlusconi, allié de la Ligue mais dont le parti a recueilli moins de voix que celle-ci, a finalement donné son accord à des négociations. Les chefs de file des deux formations, qui à elles deux disposent d'une courte majorité au Parlement, Luigi Di Maio (M5S), 31 ans, et Matteo Salvini (Ligue), 45 ans, se sont rencontrés en début de matinée le 10 mai à la Chambre des députés.

Dans un communiqué conjoint, les deux hommes ont évoqué «un climat positif pour définir le programme et les priorités du gouvernement», ainsi que «des avancées importantes» sur la composition de ce qui devra être la future équipe gouvernementale. Selon la presse italienne, ils ont demandé jusqu'au 14 mai au président Sergio Mattarella, qui a pour l'instant renoncé à nommer un chef de gouvernement «neutre», mesure qu'il envisageait après deux mois d'impasse.

Concrètement, cela signifie que, pour éviter un gouvernement technique destiné à mettre un terme à l'absence de majorité, les deux bêtes noires de la scène politique italienne sont parvenues à poser les bases d'une alliance qui n'avait rien d'évident. En effet, le M5S au populisme revendiqué et la Ligue, qualifiée d'«extrême droite» par ses adversaires, entretiennent des divergences sur le fond. La formation nationaliste proche du Front national français, qui a fait le plein des voix dans le Nord sur la promesse de baisses massives d'impôts, devra gouverner avec le M5S, plus ambivalent sur l'Union européenne et plébiscité par le Sud pour avoir promis un revenu de citoyenneté.

Une alliance qui inquiète Bruxelles et les marchés

Dans le détail, l'alliance devrait donc reposer sur un contrat de coalition à l'allemande : celui-ci contiendra un socle minimum de points sur lesquels le M5S et la Ligue seront parvenus à s'entendre. Les deux partis ont notamment en commun un rejet des forces politiques traditionnelles et des promesses en matière de retraites et de lutte contre l'immigration. En outre, la Ligue et le M5S partagent une défiance nette à l'égard de Bruxelles – même si Luigi Di Maio a renoncé à proposer un référendum sur la sortie de l'Italie de l'UE pour le moment.

Ces convergences de vue, qui semblent pour l'instant avoir eu raison des divergences politiques, ont donc d'autant plus de quoi inquiéter Bruxelles qu'elles se concrétisent désormais dans un projet gouvernemental. Les marchés eux-mêmes commencent à s'agiter : la Bourse de Milan a perdu près de 1% dès l'annonce du début des négociations et, sur le marché de la dette, le spread (écart entre les taux d'emprunt italien et allemand à dix ans) a augmenté d'environ six points.

Signe de la fébrilité de l'UE à l'égard des évolutions politiques en cours sur la péninsule : des responsables européens avaient confié à l'AFP, avant les élections, s'activer «en coulisses» pour favoriser une alliance Renzi-Berlusconi. Si l'UE est loin de tenir ce dernier dans son cœur, elle semblait toutefois estimer que sa présence au sein d'une alliance gauche-droite était préférable au péril que représenterait une victoire du M5S ou de la Ligue. L'hypothèse d'une percée concomitante de ces deux partis et de leur alliance au sein d'un gouvernement était alors perçue comme un scénario catastrophe peu vraisemblable...

Qui sera le prochain dirigeant italien ?

La question la plus épineuse que doivent désormais trancher le M5S et la Ligue est désormais celle du nom du futur chef de gouvernement. Matteo Salvini et Luigi Di Maio, tous deux jeunes et ambitieux, sont en concurrence directe. Le premier conduisait la coalition arrivée en tête aux élections (dans laquelle se trouvait le parti de Silvio Berlusconi), mais le parti du second a obtenu plus de voix que la Ligue. Reste l'hypothèse, privilégiée officiellement, d'un accord entre les deux hommes pour proposer une tierce personne.

Malgré ces incertitudes, les deux chefs de parti se montrent optimistes. «On discute de la réforme des retraites, de l'emploi, des débarquements de migrants, de la légitime défense», a déclaré Matteo Salvini à la presse. Sur Twitter, il a annoncé à ses abonnés : «Nous sommes en train de travailler pour vous», avec une photo de lui à côté d'une grosse pelleteuse.

«Je ne peux pas cacher ma joie et ma satisfaction que finalement nous puissions commencer à nous occuper des problèmes de l'Italie», a fait savoir de son côté Luigi Di Maio, tout sourire, dans une vidéo sur Facebook.

Une autre inconnue demeure. Alors qu'il vient d'être réhabilité par la justice, l'ancien dirigeant italien Silvio Berlusconi pourrait revenir dans le jeu politique. Si, jusque là, ses difficultés avec la justice et sa peine d'inéligibilité l'empêchaient de jouer un rôle aussi important qu'il l'aurait souhaité, une décision du tribunal de Milan pourrait le remettre en selle. Et son influence à droite pourrait parasiter l'entente entre le M5S et la Ligue, qui doivent en partie leur rapprochement à l'affaiblissement politique du Cavaliere.

Lire aussi : «Nous ne sommes pas les toilettes de Macron» : un cas d'ingérence française révolte l'Italie

jeudi, 03 mai 2018

Quelques extraits de la revue de presse de Pierre Bérard (2 mai 2018)

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Quelques extraits de la revue de presse de Pierre Bérard (2 mai 2018)
 
Le point de vue d’Hervé Juvin sur les bombardements occidentaux en Syrie. Il répond aux questions de RT en français (18/04/2018) :
 
- Emmanuel Todd interrogé par France culture se montre rassuré au lendemain des frappes occidentales sur la Syrie. Selon lui « il ne s’est rien passé ». Il ajoute que les trois démocraties originelles (États Unis, Royaume-Uni et France) sont divisées entre une classe oligarchique et une classe populaire, division qui va s’élargissant ce qui lui permet d’annoncer des ruptures en série dans le tissu social. Il note, pour l’avoir lui même éprouvé, que le niveau des diplomates et des politiques russes est très supérieur à celui des occidentaux et que la Russie est devenue à l’insu de son plein gré un modèle pour les partis « populaires »  (terme qu’il préfère à celui de « populistes ») occidentaux, car elle a refusé, contrairement à la Chine, de mettre sa main d’oeuvre au service du capitalisme occidental. Par ailleurs, se basant sur la structure des système familiaux en Syrie, il explique que la victoire de Bachar el Assad était prévisible :
 
Caroline Galacteros : pourquoi la France ne doit pas s’associer aux frappes en Syrie. Cette géopolitologue de l’école réaliste (et patriote) ne voit nul intérêt pour la France à s’engager dans cette nouvelle affaire syrienne. Elle résiste en cela à l’intoxication médiatique qui est souvent le préalable à la guerre. Comme l’Occident ne sait plus mener ses troupes au feu que pour des raisons impérativement humanitaires, il fabrique pour son opinion indigène des bobards idoines sensés émouvoir la sensibilité de son opinion. Le même sketch mensonger nous est servi depuis les mains coupés des enfants par les barbares teutons en 1914 jusqu'aux armes de destruction massive de Saddam-Hitler. Aujourd’hui c’est au tour du boucher Assad de recevoir sa ration de fake news. C’est l’alibi parfait qui sidère les populations jusqu’à ce que le coup soit éventé, bien des années après. Comme le disait Carl Schmitt dans La notion de politique (1927) « Le concept d’humanité est un instrument particulièrement utile aux expansions impérialistes, et sous sa forme éthique et humanitaire, il est un véhicule de l’impérialisme économique » :         
 

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- Enfin, pour en terminer de manière clownesque avec cette affaire des raids sur la Syrie, voici la prestation lacrymale du va-t-en guerre Bernard Henri Lévy. Le ton est grave, la pose solennelle, le débit sentencieux   quand il affirme benoitement que « les occidentaux doivent faire comme les israéliens ». Malheureusement pour sa crédibilité, déjà fortement écornée, Botul a recours à un fake news quand il assimile la situation dans la Ghouta à celle de Sarajevo en 1994-1995. « Je me rappelle, dit-il avec assurance, en Bosnie, à Sarajevo, quand les Serbes envoyaient des armes chimiques sur le marché de Markala… ». Or aucun de ces massacres n’a été décrit par les enquêtes internationales comme relevant de la panoplie des armes chimiques. Ainsi que le confirme à l’AFP Rusmir Smajilhodzic, journaliste de l’agence de Sarajevo. Il déclare en effet que « jamais une attaque chimique n’a été évoquée : ni à l’époque des faits, ni par la suite par les experts ou devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY). Mais comme disait une autre célébrité commise à la propagande d’État, plus c’est gros plus ça passe… :

- Alain Juillet, ancien directeur du renseignement au sein de la DGSE, haut responsable pour l’intelligence économique auprès du premier ministre s’exprime sans trop de fard et sans langue de bois sur les différentes crises traversées depuis une vingtaine d’années et se risque à quelques approches de prospectives. Entretien parfois lumineux mené par le site Thinkerview en avril 2018, malgré sa longueur (2 heures 16 minute) :
 
- Dans son point de vue sur l’actualité du mois de mars, Michel Drac aborde la politique « protectionniste » de Trump, tire les leçons de l’affaire syrienne et du patatras de l'affaire Skripal, évoque la situation en Europe et au sein de l’OTAN, la bouffonnerie de la politique intérieure française (où le dégagisme rattrape les dégagistes eux-mêmes et où l’on pourrait fort bien se diriger vers une stratégie de la tension et une sortie de l’illusion démocratique). Dans le bonus enregistré le 13 avril il fait le constat que les crises commencent à se percuter…:
 

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Bernard Lugan en entretien avec Tv-Libertés pour présenter son livre  Mai 68 vu d’en face. Membre de la Fédération des Étudiants Nationalistes passé à l’AF parce que son chef était en prison, il mène durant les « événements » une véritable guérilla à la tête de son corps franc. Récit plein de verve d’une rébellion qui se voudrait authentique mais qui, en réalité, a servi les intérêts du régime en place. Il est difficile d’être un authentique « révolutionnaire », surtout quand on n’a que 20 ans et que la fougue l’emporte sur la réflexion :
 
- En avril TVLibertés recevait Michel Geoffroy qui y présentait son dernier livre La super Classe Mondiale contre les peuples (éditions Via Romana, 2018). Énarque, contributeur régulier au site de la Fondation Polémia, l’auteur emprunte son titre à l’étude de Samuel Huntington Qui sommes-nous ? Identité nationale et choc des cultures (éditions Odile Jacob) :
 
- Le samedi politique d’Elise Blaise reçoit Michel Drac pour nous entretenir des relations internationales à travers le match Macron-Trump. L'invité s'exprime avec beaucoup de discernement :
 

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- Vidéo de Michel Drac. Note de lecture à propos du livre de Frédéric Lynn Les hommes libres (éditions Bios). Ce nationaliste français y raconte avec humour son expérience de combattant volontaire au sein des unités indépendantistes du Donbass au cours des années 2014-2016. À l’opposé du narratif de la presse occidentale toujours empressée de nous conter l’opposition entre les bons (ukrainiens) et les méchants (pro-russes), le récit du livre est beaucoup moins contrasté. Il nous présente une guerre qui obéit davantage, du côté des russophones, à des considérations locales qu’à des théories géopolitiques de grande envergure. Il nous explique que l’anti-fascisme officiel des républiques de Donetsk et de Lugansk, ressemble davantage par les valeurs qu’il développe à celles que combattent les antifas occidentaux. Nombreuses remarques également sur le caractère de la Russie profonde. Un exposé lumineux. 
 
- La Constitution inclusive est née, tel est est le constat opéré par Florence Rault sur le site de Causeur. Elle y fustige avec bonheur les nombreuses absurdités proposées par le Haut conseil à l’égalité entre les hommes et le femmes :
 
- L'introduction dans les universités brésiliennes de la discrimination positive fondée sur la « race » ou les caractéristiques phénotypiques pose des problèmes inattendus. Parmi les critères possibles l’État de Para, le plus noir du pays, en a retenu certains et a mis en place une grille d’évaluation comprenant, parmi les cases à cocher, de réjouissantes questions telles celles-ci « le nez du candidat est-il court, large et plat ? Quelle est l’épaisseur de ses lèvres ? La couleur de ses gencives est-elle suffisamment violette ? Sa mâchoire inférieurs est-elle suffisamment prognathe ? » Chaque impétrant recevant un nombre de points relatif à chaque critère comme le type de chevelure ou la forme du crâne. Malgré quelques protestations, les activistes noirs ont insisté pour conserver cette grille afin d’éviter les fraudes. En effet certains candidats en sont venus à se grimer pour paraître plus noir et être admis dans les quotas. Ce retour « nauséabond aux heures les plus sombres » de l’anthropologie physique annonce-t-il une célébration de la crâniométrie et de l’angle facial ? Cela se pourrait bien si l’on en juge par l’étonnante réaction des mouvements noirs, et antiracistes, qui s’en montrent partisans. Comme quoi la société arc-en-ciel brésilienne sait tenir les promesses que le CRAN (comité représentatif des associations noires de France) n’a pas pas encore osé formuler :
 
- Le site de la Fondation Polémia publie l’article d’un fonctionnaire ayant assuré un rôle important dans l’administration du dispositif judiciaire entourant la demande d’asile en France. Il décrit l’une des voies offertes aux migrants africains pour rejoindre l’Europe sans trop de difficultés. On y constatera, entre autre, l’action éminemment décisive d’une association comme France Terre d’Asile qui dispose de plus de 900 permanents et d’une dotation annuelle de 68 millions d’euros entièrement versé par l’État, c’est à dire par le contribuable afin d’encourager et d’organiser la submersion de notre continent.
 

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Joseph Savès propose une excellente note de lecture du livre de Stephen Smith La ruée vers l’Europe, la jeune Afrique en route pour le Vieux Continent (édition Grasset). L’explosion démographique de l’Afrique sub-saharienne rend illusoire le développement de ce continent si sa population doit tripler dans le prochain demi-siècle, or elle triplera à coup sûr. Cela rend inopérant le déversement des sommes folles que le monde développé, surtout européen, y transfert en pure perte. D’autant que 42% des africains âgés de quinze à vingt-quatre ans et 32% des diplômés du supérieur déclarent vouloir émigrer. Le plan qui consiste à aider l’Afrique afin d’y maintenir sa population sur place est un échec, d’autant plus que dès qu’est franchi un seuil minimal de prospérité les africains se montrent désireux de rejoindre l’El Dorado européen où ils sont certains d’être accueillis par la bienveillance des communautés diasporiques . Face à cet immense défi il nous faut choisir entre adopter l'éthique de conviction et l’éthique de la responsabilité. Stephen Smith nous livre tous les arguments pour opérer ce choix en toute connaissance de cause : 
 

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- Pour le politologue Frédéric Saint Clair la droite ne doit pas seulement combattre l’islam politique ou terroriste mais doit lutter contre la propagation de l’islam culturel qui conduit à un séparatisme territorial fondé sur une « halalisation » de la société civile. En conséquence Saint Clair propose de rompre avec les principes libéraux qui ont animé l’action de l’État français jusqu’à présent de manière à prémunir  le socle culturel européen qui fonde nos moeurs. Captivante étude du rôle du nu féminin dans l’identité européenne de Praxitèle à Rodin et de la féminité depuis L’Ilade; une féminité que bien entendu la civilisation islamique ne peut qu’exclure de son panorama. Des analyses pétries d’intérêt qui trouvent leurs bases dans la thèse de Samuel Huntington sur les conflits civilisationnels. Il est par ailleurs l’auteur du livre La droite face à l’islam qui vient de paraitre aux éditions Salvator :
 
- Mission « Defend Europe ». Une série d’opérations de communication rondement menées avec à l’issu de celles ci la sympathie de nombreux français et européens. Malheureusement, les seuls à faire du bruit, médiatiquement parlant, sont les immigrationnistes qui semblent avoir juré la perte de l’Europe. Les autres rasent les murs ou appartiennent à l’immense conjurations que constitue « la majorité silencieuse » qui n’est majoritaire que par son mutisme tonitruant. D’où l’importance de ce genre d’initiative et  la nécessité de la soutenir :
 
- L'émission I Média présentée par Jean-Yves Le Gallou et Hervé Grandchamp se penche principalement sur l’opération Defend Europe qui provoque la rage des journalistes de grand chemin et les piailleries des ligues de vertu  :
 
- Reportage honnête d’ Édouard Chanot (Sputnik) sur l’action de Génération Identitaire au col de l’échelle et les échos qu’elle a reçus :
 

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Le premier mai, avec le recul suffisant, l’OJIM analyse les réactions de la presse mainstream à l’action des Identitaires. Dans ses colonnes elle oppose toujours selon les mêmes mantra les « méchants xénophobes de l’extrême droite raciste agissant telle une milice » rappelant les heures sombres de l’Occupation aux gentils citoyens pro-migrants qui interviennent bénévolement pour secourir des miséreux. Pour le coup ceux- ci ne sont qualifiés ni de « milice », ni d’ultra-gauche et aucun journaliste ne rappelle qu’ils opèrent en bande organisée et le plus souvent qu’il sont largement subventionnés. À aucun moment n’est posée la question de savoir qui agit dans la légalité et qui s’en dispense. Bref, un véritable catalogue de la désinformation en vigueur à l’image de l’inimitable Mélenchon accusant l’extrême droite d’avoir saboté les manifs syndicales du premier mai, alors que tout le monde s’accorde à y voir la main de l'extrême gauche des casseurs, de plus en plus violente au fur et à mesure qu’elle se réduit et que ses objectifs deviennent incompréhensibles :
 
- La manifestation pro-migrants organisée à Gap le samedi 28 avril par une vingtaine d’associations aurait réuni à peine 200 participants (la photographie en plan serré que publie les journaux ne permet pas d’en juger, il faut donc croire l’AFP sur parole). Une misère qui en dit long sur les sentiments de la population à l’égard des immigrés clandestins, mais aussi à l’égard de ceux qui les aident et à l'égard du laxisme de l’État qui abandonne ses frontières à la main-mise des passeurs. Ce rassemblement avaient pour but de protester contre Génération Identitaire qui, faut-il le rappeler, a agi conformément à la loi :
 

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- Pour Michèle Tribalat Gérard Collomb, ministre de l’intérieur, ne sait absolument pas de quoi il parle puisque selon lui il y a que 200 000 personnes « d’origine étrangère » en Ile de France. La démographe rétablit les chiffres :
 
- Plan Borloo : commentaires éclairés d’Alain Finkielkraut en deuxième partie de son intervention :
 
- Plan Borloo : un tonneau des Danaïdes inutile et nuisible selon Guillaume Bigot. Un point de vue partagé par l’ex-garde des Sceaux Rachida Dati qui déclare dans Ouest-France que la première 
expérience Borloo en 2002 s’est conclue alors par l’instauration d’une véritable économie souterraine basée sur le trafic de drogue tandis que de nombreux élus et responsables politiques, naïfs ou cyniques, en voulant acheter la paix sociale, ont laissé le terrain au communautarisme, aux caïds et aux imams auto-proclamés, tout cela sous la protection d’association comme SOS racisme. Selon elle, ne pas reconnaître, comme le fait Borloo dans ses propositions, que l’islamisme gangrène ces quartiers, c’est s’exposer à échouer. Comme le dit Alain Finkielkraut à propos du plan Borloo « nous sommes la première civilisation à se ruiner pour financer son propre anéantissement » :
- Gabriel Robin trace pour L’incorrect la mythologie qui a présidé au énième plan Borloo pour les banlieues :

mardi, 01 mai 2018

Jean-Michel Vernochet: "La guerre civile froide"

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Jean-Michel Vernochet: "La guerre civile froide"

Le Libre Journal de Jean-Michel Vernochet N°8 (20 janvier 2018)

Enregistrement public à Meylan

 
Le Libre Journal de Jean-Michel Vernochet n°8 – 20 janvier 2018.
Une émission spéciale enregistrée en public à Meylan.
 
Le Libre Journal de Jean-Michel Vernochet est une nouvelle émission d’ERFM, la radio en ligne et en continu d’Égalité & Réconciliation.
 
Pour ce huitième numéro, Jean-Michel Vernochet était invité par la section d’E&R Grenoble à enregistrer son émission en public.
L’occasion pour Jean-Michel Vernochet de présenter son dernier livre, "La guerre civile froide : La théogonie républicaine de Robespierre à Macron" (octobre 2017) : http://bit.ly/2yHg8jG
 
Un entretien mené par Pierre-Antoine Plaquevent pour "Les Non-Alignés" : http://www.xn--les-non-aligns-nkb.fr/
 
Une vidéo réalisée avec l'aimable autorisation de ERFM.
 
Le Retour aux Sources Éditeur :
 

mercredi, 21 mars 2018

Poutine : la force est avec lui. Un nouveau régime plébiscitaire défie les démocraties

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Poutine : la force est avec lui. Un nouveau régime plébiscitaire défie les démocraties

Journaliste

Ex: https://metamag.fr

Avec un score proche de 77 % des voix, supérieur de 14 % au scrutin de 2012, Vladimir Poutine a obtenu un quasi-plébiscite de ses concitoyens.

Trois jours après avoir été désigné par le ministre des Affaires étrangères britannique Boris Johnson, comme le commanditaire de l’empoisonnement de l’ex espion russe, Sergueï Skripal, l’homme fort de la Russie peut se targuer d’avoir pris sa revanche à la maison, se faisant sacrer par les urnes pour la quatrième fois de sa carrière.

Selon les résultats quasi définitifs de la commission électorale, il obtient 76,6 % des suffrages, devançant de très loin ses challengers. Pour sa part, le taux de participation, s’établissant à 67%, est supérieur de deux points à celui de 2012. C’est la force qui fait sa force. La force est une ­valeur historiquement respectée en Russie, que Poutine cultive, sous ses diverses formes, avec une constance remarquable. La tension avec l’Occident qui a entouré la dernière semaine de la campagne a été pour lui l’occasion de montrer que la Russie était une puissance redoutée.

Face à Vladimir Poutine,  l’opposition était réduite au silence médiatique et à l’insignifiance. Sur les sept candidats (deux communistes, deux ultranationalistes et trois libéraux), un seul a obtenu un score notable, le communiste Pavel Groudinine, avec 12 % des voix. L’ultra nationaliste Jirinovski a fait 6 % comme d’ habitude.  Ksenia Sobtchak , idole des médias occidentaux et figure libérale aux positions proches des européens  et par ailleurs fille du mentor de Poutine, est créditée de moins de 2 % voix..

La question la plus importante, cependant, n’est pas de savoir comment Vladimir Poutine a été réélu, mais ce qu’il compte faire de ce nouveau mandat, qui doit le maintenir au pouvoir jusqu’à 2024.

Curieusement, il en a peu parlé pendant la campagne électorale. Le 1er mars, le maître de la Russie a promis à ses concitoyens des missiles « comme personne d’autre n’en possède actuellement ». Il s’est également engagé à réduire de moitié un taux de pauvreté « inacceptable », sans pour autant dire comment. Mais l’équilibre international est en train de changer au détriment de l’idéologie libérale démocratique de Bruxelles contesté de Washington à Pékin en passant par Ankara Téhéran, et Moscou.

La relation entre la Chine et la Russie « est à son meilleur niveau historique, ce qui constitue un exemple pour l’édification d’un nouveau type de relations internationales fondées sur le respect mutuel, l’équité et la justice », a déclaré dans un message le président chinois, lui-même réélu samedi à l’unanimité à la tête de l’État par le Parlement chinois.

« La Chine se tient prête à travailler avec la Russie pour continuer à faire progresser encore les relations sino-russes [et promouvoir] la paix mondiale », a estimé le président chinois. Moscou et Pékin, tous deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies, se tiennent fréquemment sur la même ligne face aux pays occidentaux dans des dossiers comme la Syrie ou la Corée du Nord.

Vladimir Poutine va pouvoir s’attaquer à… sa succession dans six ans.

Le “tsar”, qui aura 72 ans à sa sortie, en 2024, a l’intention de lâcher un pouvoir qu’il détient sans discontinuer depuis 2000. C’est en tout cas ce qu’il laisse entendre à son entourage, et cela n’est pas sans poser question. Une bataille d’héritage se profile donc si Vladimir Poutine quitte le Kremlin en 2024.

Mais le problème majeur, c’est ce que l’observatrice de la politique russe Alla Chevelkina appelle le “Poutine Collectiv”. “Cela représente Poutine et son entourage très proche. Ces gens-là n’existeront plus à la seconde où ils quitteront leur poste”, détaille la spécialiste. «Ce sont des gens qui aujourd’hui sont très puissants puisqu’ils dirigent les richesses de notre pays. Mais sans Poutine ils ne sont rien», analyse-t-elle.

Ils risquent donc de faire pression sur le maître du Kremlin pour qu’il s’accroche au pouvoir. Pourquoi pas en créant une nouvelle institution, taillée sur mesure, et faisant de lui une sorte de Guide suprême… à la chinoise ? Fils du ciel – sultan – tsar- heureusement qu’il nous reste Merkel et Macron.

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jeudi, 08 mars 2018

Des élections italiennes pour rien?

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Des élections italiennes pour rien?

par Thomas Ferrier

Ex: http://thomasferrier.hautetfort.com

Les élections parlementaires italiennes se sont déroulées ce dimanche 4 mars pour renouveler députés et sénateurs. Il s’agissait de doter le pays d’une majorité gouvernementale. Le résultat en a été une neutralisation réciproque des différences forces politiques et le morcellement du pays.

Au sud, le Mouvement 5 Etoiles (M5S) est largement vainqueur, dépassant parfois les 50%, et notamment en Sicile, en Campanie, en Calabre, en Sardaigne ou dans les Pouilles. Le résultat national est impressionnant puisque, malgré le départ du fondateur Grillo et l’inexpérience politique totale du nouveau dirigeant Di Maio, le M5S obtient 32,7% des voix et 221 sièges (sur 630). Il n’est pas en mesure de gouverner et est victime d’un fort ostracisme des autres partis politiques. Pourtant son poids incontournable va poser un réel problème si l’Italie veut disposer d’une majorité gouvernementale sans lui. Son électorat est complexe. Il est probable que le vote identitaire qui a profité au nord à la Ligue a profité au sud au M5S.

Au nord donc, la Ligue (ex-Ligue du nord) obtient des scores également importants, notamment en Vénétie et en Lombardie, même si ce succès est moindre dans les grandes villes, comme Milan. Avec 17,4% des voix, et 73 sièges, la Ligue de Matteo Salvini réalise son meilleur résultat depuis sa fondation. Ce dernier a mené une campagne nationale dure contre l’immigration et a tempéré ses positions (désormais) eurosceptiques qu’il avait pu mettre en avant sous l’influence du FN français. Surtout la Ligue dépasse Forza Italia et Berlusconi au sein de l’alliance des droites.

Avec 14% des voix et 59 sièges, le mouvement de Berlusconi réalise une contre-performance. Son dirigeant de 81 ans se voit ainsi gentiment invité à une retraite anticipée.

Enfin, Frères d’Italie de Giorgia Meloni réalise 4,4% des voix et obtient 19 sièges. Cette formation de droite nationale, héritière de l’ancien MSI et d’Alliance nationale, réalise un score convenable compte tenu d’un fort vote utile en faveur de la Ligue. Le mouvement est surtout fort dans le Latium.

L’alliance des droites obtient un total de 260 sièges, soit 35 de moins que la majorité. Sans alliés ou sans ralliements, elle ne sera pas en mesure de gouverner le pays. On peut certes imaginer des ralliements opportunistes venus des rangs du M5S mais rien n’est certain.

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Le Parti démocrate de Matteo Renzi est quant à lui sévèrement sanctionné. Avec 18,7% des voix, il réalise une douloureuse contre-performance. La coalition de gauche obtient 112 sièges en tout (-223) et ne peut plus être qu’une force d’appoint. Une grande coalition des centres n’aurait pas davantage de majorité. Il est douteux que la gauche soutienne un gouvernement de droite dominé par la Ligue et pas davantage qu’elle s’associe au M5S pour gouverner.

A gauche, le mouvement « Libres et égaux » obtient 3,4% des voix et disposera de 14 sièges. Les droites radicales, hors coalition, restent marginales, victimes là encore d’un vote utile. Casapound obtient 0,94% des voix et la liste « L’Italie aux Italiens » menée notamment par le mouvement Forza Nueva 0,38% des voix. Néanmoins les droites nationales réunies réalisent le score considérable de plus de 23% des voix. La question de l’immigration a été cruciale, déterminante dans ce résultat.

Conséquence de tout cela, l’Italie n’aura sans doute pas de majorité parlementaire. De nouvelles élections législatives, qui pourraient confirmer ce blocage institutionnel, sont dès lors probables mais pas avant plusieurs mois. A part la fin de carrière de Berlusconi, et la montée des dits « populismes », avec un Salvini qui sera sans doute l’homme de référence de la droite italienne à l’avenir, il est difficile d’imaginer un gouvernement stable en Italie à moins d’un effondrement du M5S. Mais ce dernier bénéficie d’une aura positive, surtout dans le sud, car il n’a jamais été associé au pouvoir, à l’exception calamiteuse de la gestion de la ville de Rome.

Thomas FERRIER (Le Parti des Européens)

Italie: vers une coalition populiste?

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Italie: vers une coalition populiste?

par Nicolas Gauthier

Ex: http://www.bvoltaire.com

Le grand vainqueur de ce scrutin demeure évidemment le mouvement populiste 5 Étoiles (M5S), fondé par l’humoriste Beppe Grillo, et dont la tête de liste, Luigi di Maio, obtient un score de 32 %.

À l’heure où ces lignes sont écrites, les résultats des élections législatives italiennes de ce dimanche ne sont pas encore définitifs. Il n’empêche que les grandes tendances sont là et ne devraient vraisemblablement pas s’inverser de manière significative.

Résultat des courses : le Parti démocrate de Matteo Renzi, idole de la classe politico-médiatique européenne, passe sous la barre des 20 %. En face, la coalition de droite menée par le revenant Silvio Berlusconi (Forza Italia) et ses alliés Matteo Salvini (la Ligue) et Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia) obtient 37 %. On notera encore que la Ligue en question, alliée de Marine Le Pen au Parlement européen, atteint à elle seule presque les 17 % des suffrages ce qui en fait le premier parti de la coalition de droite.

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Mais le grand vainqueur de ce scrutin demeure, évidemment, le mouvement populiste 5 étoiles (M5S), fondé par l’humoriste Beppe Grillo, et dont la tête de liste, Luigi Di Maio, obtient un score de 32 %. Le futur paysage politique italien entérine donc la chute des partis traditionnels, le centre gauche semblant prendre le chemin d’un autre célèbre disparu de centre droit, les démocrates-chrétiens qui régnèrent là-bas presque sans partage des décennies durant.

La Constitution locale étant ce qu’elle est, pour qu’une coalition puisse disposer d’une majorité à l’Assemblée et au Sénat, il lui faut au moins 40 % des suffrages, seuil lui permettant d’envisager une possible coalition. Et c’est là que l’affaire s’annonce délicate, Silvio Berlusconi s’étant fait fort, devant les instances bruxelloises, d’être l’ultime rempart contre la montée des populistes. Rhétorique toute berlusconienne, sachant qu’il est allié avec au moins deux de ces mouvements de type alternatif, Ligue et Fratelli d’Italia.

Pourtant, si Berlusconi tente de constituer une coalition avec le Parti démocrate, il fait fuir ses deux partenaires. Se tourner alors vers les trublions de 5 étoiles ? Il y a peu de chances que ces derniers acceptent. Et Le Figaro de noter non sans raisons : « En réalité, une alliance des populistes du M5S et de l’extrême droite de la Ligue est la seule possibilité pour obtenir une majorité parlementaire au vu des résultats partiels. »

Une telle hypothèse irait donc dans le sens de la logique politique et de la volonté populaire, Luigi Di Maio et Matteo Salvini étant les deux grands gagnants de ce dimanche. Le premier a fait campagne sur le dégagisme ambiant ; le second sur l’immigration massive, préoccupations majeures de ce côté des Alpes.

On imagine qu’à Paris et Berlin, on retient son souffle, tout comme dans les instances européennes. Ce, d’autant plus qu’en Allemagne, Angela Merkel vient enfin de mettre en place une majorité gouvernementale, dont le prix à payer a été de faire des populistes de l’AfD la première force d’opposition allemande. En Italie, cela pourrait être la solution inverse : une alliance des populistes qui cantonnerait les partis de l’establissement au rôle de simples figurants.

L’Histoire nous enseigne que les révolutions surviennent quand l’État ne peut plus et que le peuple ne veut plus. En Italie comme ailleurs, l’État ne peut plus arrêter à la fois vague migratoire et vague populiste. Quant au peuple, il « veut » de moins en moins – la preuve par ce scrutin.

mercredi, 07 mars 2018

L'Italie est-elle en train de s'affranchir de la domination par la finance américaine?

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L'Italie est-elle en train de s'affranchir de la domination par la finance américaine?

par Jean-Paul Baquiast
Ex: http://www.europesolidaire.eu
 
Notre première réaction consiste à se réjouir, essentiellement du fait du succès de 5 Etoiles., lors des élections de dimanche 04/03.

Rappelons les résultats au soir du 5 mars.

Le Mouvement 5 étoiles (M5S) devient le premier parti du pays avec 32 % des voix, selon les premiers résulats. La coalition formée par Forza Italia, de Silvio Berlusconi, la Ligue, de Matteo Salvini (extrême droite) et le petit parti Fratelli d'Italia (« Frères d'Italie »), obtient 37 % des voix, loin devant le Parti démocrate, centre gauche), de Matteo Renzi (19 %), selon des résultats partiels portant sur deux tiers des bureaux de vote.


Sur le Mouvement Cinq étoiles, on peut lire ici un exposé qui nous paraît à peu près objectif
https://www.francetvinfo.fr/monde/italie/elections-italie...

On peut prêter beaucoup d'intentions dites anti-Système à 5 Etoiles. Toutes ne seront pas mises en oeuvre s'il accédait au pouvoir, surtout si c'était dans le cadre d'une coalition quasi inévitable avec Forza Italia et la Ligue, qui se sont toujours montrés obéissants aux consignes de Washington.

Néanmoins 5 Etoiles est le seul mouvement qui présente au moins dans le discours l'originalité de vouloir échapper à la domination de la finance américaine, avant-garde de la domination qu'exerce l'Amérique sur l'Europe depuis 1945. Cette domination se traduit par le mise en tutelle des « élites » italiennes.

5 Etoiles qui prétend ne pas émaner directement de ces élites, mais représenter une aspiration plus profonde des classes travailleuses et de la petite bourgeoisie italiennes, sera le mieux placé pour entreprendre cet effort colossal.

En bonne logique, ceci devrait imposer une sortie de l'Union européenne. Mais celle-ci serait difficile pour l'Italie, à la lumière des difficultés que rencontre actuellement le Brexit. Cependant, grâce à 5 Etoiles au pouvoir, l'Italie deviendrait le seul pays européen a pratiquer un discours d'indépendance à l'égard de l'Union et de tous les intérêts corrompus qui s'y expriment.

En cela, l'Italie se distinguerait favorablement de la France d'Emmanuel Macron, élu et soutenu par Wall Street. Celui-ci est en train de sacrifier tous les acquis scientifiques et économiques du pays ayant fait son originalité et sa force à l'époque des Trente Glorieuses. Elle se distinguerait aussi de l'Allemagne, incapable de se rendre compte que se serait dans le cadre d'une alliance avec la Russie et la Chine qu'elle pourrait au mieux exprimer son génie industriel.

 

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Luigi Di Maio

Nous avions proposé le mois précédent pour cette rubrique Sigmar Gabriel, susceptible de faire sortir un tant soit peu l'Allemagne de la domination Américaine. Mais il semble qu'il n'en prenne pas le chemin, la nouvelle Grande Coalition allemande dirigée par la permanente chancelière Angela Merkel ayant toujours pris ses consignes à Washington. Peut-on cependant reporter cet espoir, concernant cette fois l'Italie, sur Luigi Di Maio, le nouveau chef du Mouvement 5 Etoiles ?

L'agité Beppe Grillo, qui l'avait précédé dans ce rôle, avait suscité un certain intérêt par des propositions susceptibles d'ébranler l'enfermement de l'Italie dans ce que l'on appelle désormais le Système, enfermant les « démocraties européennes » dans la domination de Wall Street, du Pentagone et de leurs relais au sein de l'Union européenne, celle-ci créée à l'initiative de Washington pour jouer ce rôle dans sa lutte contre la Russie. Mais Beppe Grillo avait déçu les militants du Mouvement 5 Etoiles par ses incohérences et son manque de sérieux.

Aujourd'hui 5 Etoiles (voir notre article du 5 mars, L'Italie est-elle en train de s'affranchir de la domination par la finance américaine?) semble avoir repris cette volonté de redonner à l'Italie un minimum de personnalité sur la scène internationale en imaginant des solutions originales permettant un tant soit peu au pays d'échapper au conformisme du Système.

5 Etoiles le doit-il au rôle joué depuis quelques mois en son sein par celui que l'on nomme « le jeune » Di Maio? Wikipedia donne un résumé qui nous paraît à peu près honnête, bien que peu enclin à la sympathie, de son parcours politique (voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Luigi_Di_Maio ) Nous ne le reprendrons pas ici.

Les adversaires politiques de 5 Etoiles, parmi lesquels on retrouve tous les défenseurs d'un enfermement de l'Italie dans le rôle qui a toujours été le sien depuis 1945, celui de paradis touristique, de créateur de modes et à travers les industries du Nord, de relais d'un capitalisme industriel et financier bien établi dans l'Europe rhénane, ont reproché à Di Maio de s'appuyer sur un physique agréable et une aisance dans la vie publique pour cacher le vide qui était le sien.

Nous sommes persuadés du contraire, le concernant. Il lui a fallu une sorte de génie politique pour réussir à s'imposer dans une société restée profondément conservatrice et gérontocrate. S'il accédait au gouvernement, seul ou avec des représentants de Forza Italia, il est très probable qu'il continuerait à exploiter les idées qu'il avait représentées les mois précédents.

Qualifiée de « populiste » il a déjà fait entendre que si l'on désignait par ce nom des défenseurs d'un peuple soumis au silence par les élites, il revendiquait le terme. Habileté peut-être, mais qui vient opportunément relayer en Italie un mouvement d'exaspération contre une immigration hors de contrôle et la dictature des anonymes de Bruxelles.

Pour le moment les représentants des gouvernements européens, en général fort éloignés de 5 Etoiles, font diplomatiquement bonne figure. Mais on peut présager que, s'il agi comme il le promet, toutes les armes seront utilisées contre Di Maio pour le déconsidérer. Sera-il capable d'y faire face? Speriamo.

Note. On lira sur les élections en Italie une analyse de Jacques Sapir
https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-seisme-polit...

samedi, 03 mars 2018

Chronique d'Outre-Rhin

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Chronique d'Outre-Rhin

par Olivier Tisier

Ex: https://metamag.fr

Le désamour des politiciens de la CDU pour la Groko

De nombreuses voix à la CDU se sont élevées pour critiquer gravement l’accord. « Nous sommes à la limite de la trahison » déclare dans “die Welt” le président du Schlessig Holstein Daniel Günther. ll ajoute : « Nous avons perdu les finances et gagné l’économie. Cela n’est pas pareil. Ainsi, notre parti voit le partage des ministères avec des yeux dubitatifs et déçus. » Plus virulent encore, le député CDU au Bundestag Christian von Stetten déclare à “ARD matin” : « La distribution des cabinets est une erreur politique. La décision d’abandonner le ministère des finances a créé une grande déception chez nos militants. Le risque est grand qu’avec un ministre des finances SPD toujours plus de politique européenne s’engouffre dans le ministère des finances d’Allemagne. »

Ainsi, même dans les rangs de la CDU, la crainte d’une hausse d’impôts due à des transferts de fonds vers d’autres États se fait sentir. La nomination d’un ministre social démocrate aux finances agace aussi dans les rangs des jeunes CDU où son chef Paul Ziemiak déclare : « Il faudra être très vigilant dans les prochaines années sur les questions d’équité entre générations et de politique des ménages, surtout si elles sont gérées par un ministre des finances SPD. » Le député de la CDU au Bundestag Carsten Linneman est lui insatisfait. Il déclare dans “Das Westfalen Blatt” : « La répartition du cabinet manque de pondération. Il existe de profond déséquilibre en défaveur de la CDU et à l’avantage de la SPD qui auront des effets néfastes sur la durée. » Sans vouloir me faire l’avocat du diable ou plutôt d’Angéla Merkel, cette dernière n’avait pas le choix. Elle devait lâcher pour pouvoir constituer une “koalition”. Le FDP a vraiment mis la CDU dans une situation inconfortable qui finalement ne satisfait personne. Le député de la CDU au Bundestag Olav Gutting déclare dans “Die Berliner Zeitung” : « Le retour des militants est le suivant : Nous sommes à la limite du reniement ! L’impression générale est que l’on s’est caché sous la table et que l’on nous à fait chanter »… Enfin le chef de la CSU Bavaroise Horst Seehofer a indiqué clairement que le SPD avait posé comme condition à une coalition l’obtention du ministère des finances. Ministère qui était auparavant la priorité de la CSU.

Ainsi, cela grince de tous les côtés et le leadership d’Angéla Merkel commence à revenir de plus en plus au centre des discussions. A tel point que cette dernière à fait, la semaine passée, une conférence de presse pour affirmer qu’elle avait bien reçu la confiance de son parti et de ses militants pour présider aux destinées de l’Allemagne. Ces propos n’ont guère convaincu et elle est, pour la première fois de sa carrière politique, en position de prêter le flanc et d’être bousculée. Gageons que l’AfD se tient d’ores et déjà en embuscade.

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Le retrait de Martin Schulz

Du côté du SPD, Martin Schulz a annoncé le retrait de sa candidature au poste de ministre des affaires étrangères. Il avait déclaré vouloir que cette nomination soit le fruit du vote des militants SPD. Et en raison de ce qu’incarne sa personne il demeurait sceptique sur l’issue. C’est pourtant le poste qu’il avait réclamé à Angéla Merkel pour participer à une coalition. Ce qui lui avait valu les critiques de son prédécesseur Sigmar Gabriel lui aussi SPD.

Cette semaine Martin Schulz a annoncé son retrait de la tête du SPD pour laisser la place à Andréa Nahles ancienne ministre du travail SPD. Pour faire une comparaison avec les visages politiques français Andra Nahles c’est le QI de Ségolène Royal sans hélas en avoir au moins le physique. C’est l’archétype de la politicienne SPD dans l’idéologie pure et complètement déconnectée de la réalité. Bref, un tract AfD ambulant.

Mais finissons-en avec Herr Schulz. Voila donc un homme qui nous explique au soir des élections qu’il n’acceptera pas de conclure un accord de coalition avec la CDU et qui finit par en accepter un. Il met dans la balance d’obtenir le poste de ministre des affaires étrangères au détriment du ministre existant Gabriel qui lui avait laissé pourtant l’investiture du SPD aux élections avant l’échéance. Herr Schulz sentant le vent tourné dans l’opinion renonce à ce ministère. Enfin il quitte la présidence du parti…Existe-t-il un reniement que ce Monsieur Schulz aurait peur de commettre? Comment les Allemands pourraient-il lui faire confiance à lui, l’homme de Bruxelles ? Ni Merkel, ni lui ne sont en phase avec le peuple. Or en politique la nature a horreur du vide .

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L’AfD a 15% dans les sondages n’est plus qu’à un point et demi du SPD

C’est ce que semblent  nous indiquer les nouveaux sondages où l’AfD à 15% vient talonner le SPD descendu à 16,5%. Si l’AfD montait encore de 2 points, elle deviendrait la seconde force politique d’Allemagne. Le premier parti reste l’Union avec 29,5% bien qu’en baisse elle aussi. Au point que le chef de l’INSA,  Herrmann Binkert plaide pour un nouveau vote. D’après lui jamais dans l’histoire une Groko n’a été aussi peu aimée. A eux seuls, les deux partis ne totalisent que 46% ce qui est insuffisant pour constituer une majorité. Il manque 4%. Pendant ce temps les Grünen grimpent d’un demi point à 13%, idem pour die Linke à 11,5% et le FDP à 10,5. Rappelons que la coalition Jamaïque initialement prévue aurait eu une majorité de 53%.

dimanche, 25 février 2018

Que fera Macron?

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Que fera Macron?

par Georges FELTIN-TRACOL

Le nouvel ouvrage de Michel Drac intrigue autant par son titre que par sa couverture. Conçue par Manu DeLille, elle s’inspire de l’artiste contemporain Andy Warhol : on y voit cinq portraits multicolorés du jeune et sémillant président de l’Hexagone. Quant au titre, Voir Macron, il s’agit d’une interrogation sur les actions à venir du nouveau dirigeant français.

MacronQF2.jpgBien que ce livre soit dédié « aux fainéants, aux cyniques, aux extrêmes » – il aurait pu l’être aussi à tous ceux qui dans les gares « ne sont rien », ce n’est pas le premier pamphlet contre l’ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée aux temps de « Flamby». Michel Drac prévient qu’il « n’a rien contre Macron en tant que personne. En fait, c’est le contraire : le nouveau Président ne nous fait pas honte. Il n’a pas l’attitude d’un agité (Sarkozy), et ses discours ne rassemblent pas à de mauvaises rédactions de troisième (Hollande). Le problème, ce n’est pas Macron. C’est le système derrière lui (p. 140) ».

L’État a retrouvé une tenue certaine. Contrairement à ces deux prédécesseurs immédiats, la communication est maîtrisée, les journalistes mis à l’écart, les ministres ne se tirent pas – pour l’instant ! – dans les pattes, les entourages sont professionnels et assez compétents, et la fameuse rivalité Élysée – Matignon se trouve atténuée par l’existence de conseillers communs. Il faut reconnaître qu’Emmanuel Macron a bien observé François Hollande afin de ne répéter le même comportement. Constater le professionnalisme de Macron et de son équipe ne signifie pas approuver son comportement, ses propos et son action politique. « Macron a un côté violent. Ce type a qualifié son opposition de “ foyer infectieux ”, imposé un mandat impératif à ses députés, engueulé le chef d’état-major des armées, expliqué que “ la politique c’est mystique ”, prôné une présidence “ jupitérienne ”, jugé que la France était “ en deuil d’un roi ” (p. 78). » Quel serait son dessein ? « Rendre le monde intégré, donc hyper-complexe. Le rendre incontournable en étant le seul capable de gérer cette hyper-complexité (p. 194). »

Deviner les prochaines lignes de fractures

De quoi traite Voir Macron ? Le sous-titre aide à comprendre : « Huit scénarios pour un quinquennat ». Tout en laissant ouvert le vaste champ des possibles, Michel Drac émet huit hypothèses de crises variées entre 2018 et 2022, voire au-delà. Il part de « trois incertitudes majeures : – Vers un resserrement monétaire brutal ? – La zone euro va-t-elle exploser ? – Vers une ou plusieurs grandes guerres avant 2022 ? (p. 93) ». Inimaginable à l’heure actuelle, ce dernier point semble toutefois le plus probable, sinon pourquoi Macron se démènerait-il autant auprès de l’opinion avec son stupide projet de « Service national universel », un substitut de mobilisation générale de la population non pas contre l’islamisme, mais plutôt contre la Russie, la Syrie et leurs alliés ?

La présidence soi-disant « jupitérienne » cache une « débâcle de la pensée (p. 12) ». Exemple de cet effondrement intellectuel, le débat de l’entre-deux-tours du 3 mai 2017 fut « le choc des néants. Macron, c’est le vide dans la continuité. Le Pen, c’est la rupture qui ne va nulle part. Le vide dans la continuité est plus rassurant : il gagne (p. 10) ». Élu président, Macron hérite de pesanteurs dont il ne peut ni ne veut se défaire. « Notre monde est totalement intégré. Des enchaînements de causalités impossibles à anticiper peuvent répercuter une onde de choc d’un bout à l’autre de la structure globale (p. 173). » Par conséquent, « les crises financières sont le mode de régulation ultime d’un système financier structurellement déséquilibré (p. 37) ». C’est au cours des années 1980 que « les marchés financiers renforcent leur capacité à peser sur la politique économique des États-nations (p. 35) ». Le premier scénario, le plus plausible, celui de la « mort douce », « est un scénario de stabilité planétaire. […] Les élites mondialisées sont relativement intégrées, elles font collectivement le choix de la paix (p. 108) ». Si c’est le cas, Michel Drac pense que « Paris n’a […] pas besoin de choisir entre Washington et Berlin (p. 109) ». Michel Drac soulève un dilemme pour nos gouvernants. « Depuis 2010, la France a resserré son alliance avec la Grande-Bretagne. Mais dans le même temps, Paris suit l’Allemagne dans l’Euroland. Macron devra peut-être choisir entre Londres et Berlin (p. 56). » Ce choix éventuel n’est pas binaire. Il faut rappeler que « la politique étrangère française est sous influence des États-Unis et de leurs associés, Grande-Bretagne et Israël. Mais seulement dans une certaine mesure (p. 52) ». La réalité est encore plus complexe. À la Conférence annuelle sur la sécurité de Munich, la ministresse allemande de la Défense a déclaré, le 16 février dernier, que « nous voulons rester transatlantiques et en même temps devenir plus européens (dans Le Figaro des 17 – 18 février 2018) ». Ces propos ambigus témoignent de l’atlantisme de la CDU – CSU et leur rejet implicite de toute véritable coopération politique européenne qui pourrait se révéler à terme capable de s’émanciper de la tutelle étatsunienne.

MacronQF1.PNGUn pessimisme certain imprègne les scénari diplomatiques pour la Gâteuse républicaine hexagonale. Dans l’un d’eux, « la politique euro-salafiste se conclut par un désastre complet. La France a cessé d’être une puissance mondiale aux yeux des classes dirigeantes de la planète. C’est maintenant une puissance régionale dont le rayonnement ne dépasse pas l’Europe, la Méditerranée occidentale et l’Afrique occidentale. Et cela malgré l’étendue de son domaine maritime et des armes nucléaires. Hors de sa zone d’influence restreinte, Paris n’existe plus que comme supplétif des États-Unis (p. 106) ». Michel Drac insiste sur la souveraineté très limitée de l’Hexagone qui « n’est plus un pays indépendant. Sa politique étrangère est définie entre Washington, Londres, Bruxelles – OTAN et tel-Aviv. Sa politique économique est décidée à Berlin. Sa législation est dictée par la Commission européenne (p. 86) ». Que fera Macron s’il doit choisir entre un pôle atlantique et un autre continental, entre Washington (et plus secondairement Londres) et Berlin ? Nul ne le sait. Devant la montée en puissance irrésistible des États extrême-orientaux (Chine, Inde, Singapour, Corée du Nord) qui contrarie la domination planétaire des États-Unis, la France « doit choisir entre la neutralité et la vassalité. Si elle se reconnaît vassale des États-Unis, elle sauvera peut-être ses intérêts impérialistes en Afrique. Mais elle risque d’être entraînée dans des combats périlleux au service d’un suzerain déloyal. Si elle choisit la neutralité, elle devra le faire en lien avec les autres Européens (p. 49) ».

L’Europe sous emprise atlantiste

Or l’ensemble européen est bien mal en point. Très tôt, « les Anglo-Saxons ont choisi de soutenir la construction européenne pour la détourner (p. 180) ». N’oublions jamais qu’« en profondeur, c’est l’emprise étatsunienne qui explique l’incapacité des États européens à reconquérir leur souveraineté (p. 150) ». Certes, « Madrid se méfie des États-Unis depuis que le rôle de la CIA dans l’indépendantisme catalan a été mis en lumière (p. 170) ». Il pourrait aussi mentionner le jeu fort trouble des agences de Sa Gracieuse Majesté. Néanmoins, avec Donald Trump à la Maison Blanche, de nombreuses rivalités internes minent le « bloc anglo-saxon ». Aux États-Unis, « les milieux d’affaires se déchirent entre capitalisme industriel, capitalisme financier et acteurs de la nouvelle économie (p. 131). » Mieux encore, Michel Drac pronostique que la politique de Trump « sera déterminée par l’évolution erratique des rapports de force à l’intérieur des oligarchies étatsuniennes. L’opposition frontale entre capitalisme bancaire mondialisé et capitalisme industriel américain se complique de nombreuses lignes de fractures. Il y a des bureaucraties rivales, des groupes ethniques rivaux, des réseaux financiers et entrepreneuriaux en compétition (p. 83) ». Quant à l’actuelle Union pseudo-européenne, elle est surtout « pilotée en vue des enjeux de court terme et pour la protection des situations acquises (p. 24) ». Il est vrai que l’entité de Bruxelles « a tendance à se réduire à sa technostructure. Comme projet politique, elle est évanescente. Deux pôles de puissance se sont constitués. D’un côté, des institutions bureaucratiques centralisatrices, Commission et Banque centrale. De l’autre, des institutions interétatiques, Eurogroupe et Conseil européen. Le premier pôle donne l’illusion de la primauté. En réalité, les États-nations lui confient le rôle de père Fouettard. Les décisions économiques sont prises par l’Eurogroupe : renégociation permanente entre États égoïstes (p. 81) ».

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Pour qui suit Michel Drac à travers ses ouvrages, ses conférences et ses interventions sur sa chaîne YouTube, sa critique de l’euro prime sur d’autres considérations plus politiques. Il faut néanmoins lui reconnaître son pragmatisme puisqu’il conclut l’une de ses prévisions de manière optimiste. « Dix ans plus tard, la Confédération européenne fait ratifier sa Constitution par des référendums simultanés dans les dix-sept États-membres (p. 158). » Dans « Euro 2.0 », l’auteur imagine l’Italie émettre une nouvelle monnaie nationale, l’« eurolire » en réponse au Diktat de la monnaie unique. Répliquant à cette décision, la Lombardie, puis la Vénétie fondent le ducat pendant que la Sicile revendique son auto-détermination. C’est une possibilité, difficilement compréhensible pour les Français, en raison de l’unité récente de la péninsule. « L’Italie, explique Luigi Di Maio, chef parlementaire du Mouvement Cinq Étoiles, c’est en réalité une vingtaine de pays très différents, et peut-être même plus (dans Le Monde du 16 février 2018). »

Dans ce contexte volatile, à l’hiver 2019, la conférence du Mont-Tremblant au Québec des grands argentiers du monde décide que « ces monnaies seront entièrement dématérialisées, les paiements s’effectuant par téléphone portable (p. 125) », mesures que proposait l’économiste gréco-australien Yanis Varoufakis quand il était ministre des Finances d’Athènes et cherchait à s’opposer aux créanciers de la Grèce par dès règlements novateurs. Résultat, « l’euro sera la monnaie des échanges extérieurs et inter-régionaux. Les monnaies régionales seront réservées aux échanges intra-régions. Elles pourront être dévaluées par rapport à l’euro (p. 121) ».

macronqf4.jpgLa « stratégie de la tension » et les autres manipulations terroristes plus ou moins sous faux-drapeau contribuent aux moments de crise majeure. Celles-ci se préparent au cœur de divers cénacles intérieurs (les services secrets français) ou extérieurs (les officines anglo-saxonnes, mais pas seulement…). Michel Drac envisage par exemple la CIA inciter son vieux complice, Cosa Nostra, à soutenir l’indépendantisme sicilien tandis que le gouvernement italien très anti-euro obtient le soutien, direct ou non, de la City de Londres, ce qui attise les tensions financières (et même politiques) entre Londres et Berlin. Londres et Washington choisissent finalement l’explosion de la monnaie unique européenne afin de briser nette toute puissance européenne émergente. Comment dans ces circonstances peut se positionner Macron qui se veut en même temps proche des protagonistes ? De son choix dépendra l’avenir du projet européen. « Le point de rupture est proche. De trois choses l’une. Ou bien l’euro engendre un super-État européen. Ou bien la zone explose. Ou bien une combinaison des deux : le super-État naît, mais restreint à certains membres de la zone. Allemagne et périphérie, peut-être avec la France. Mais pas avec l’Europe du Sud (p. 46). » Cette dernière correspond assez bien aux thèses de Laurent Wauquiez avancées dans son essai de 2014, Europe : il faut tout changer. Laurent Wauquiez devient d’ailleurs le Premier ministre de Macron dans une nouvelle cohabitation dans l’une des hypothèses envisagées.

Quels enjeux politico-sociaux ?

Dans une autre, Michel Drac parie sur le retour en politique de Marion Maréchal – Le Pen qui réunit autour d’elle l’aile droite des Républicains, les souverainistes et les frontistes, avant d’accéder à Matignon, toujours dans le cadre d’une cohabitation. L’égérie de la droite en loden reviendra-t-elle ? Pas certain après cinq années d’engagement difficile et exténuant… Cette incroyable cohabitation serait la conséquence du déferlement massif de populations extra-européennes sur le Vieux Continent et aux sanglantes troubles qui en découleraient. On s’approche du gouffre. Déjà, « la République devient grotesque. Elle reconnaît le Conseil représentatif des associations noires, mais interdit l’usage juridique du mot race. Le Blanc et le Noir n’existent pas, sauf le Noir. Absurde. L’antiracisme rend fou (p. 69) ». Cela ne l’empêche pas de se méfier d’« une nouvelle droite européiste anti-immigration (p. 90) » animé par le détonnant maire de Béziers, Robert Ménard. Regrettons que Michel Drac traite à plusieurs reprises des groupes dissidents en France, en Italie et en Ukraine d’« extrême droite ». C’est dommageable et inutile. C’est à se demander s’il ne chercherait pas à obtenir une invitation au prochain dîner du CRIF sous la Pyramide du Louvres en mars 2018.

L’auteur s’arc-boute aussi sur le fétichisme démocratique. La démocratie, qu’il faudrait plutôt parler de « Laosarchie », n’est possible que dans des cadres géographiques restreints et si le politique n’est pas neutralisé par le droit positiviste, la technocratie inféodée aux groupes d’influence et de pression et les médiats. L’abstention massive révèle un je-m’en-foutisme, conscient ou non, des citoyens hexagonaux. Les deux tours des législatives françaises de juin 2017 ont été marqués par une abstention élevée (51,29 et 57,36 %). Dans une démocratie traitée d’« illibérale » comme la Hongrie, elles auraient été tout bonnement annulées. La présente Assemblée nationale dominée par les macronistes, le MoDem, les « Constructifs » et autres radicaux unifiés est peut-être légale, mais elle n’est pas légitime.

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Les saines réactions contre les « migrants » ne sont pas qu’identitaires. Elles comportent un aspect socio-économique indéniable. « La quatrième révolution industrielle détruit plus d’emplois qu’elle n’en crée (p. 27). » Parce que « le e-commerce détruit à peu près trois emplois chaque fois qu’il en crée un (p. 27) », « l’immigration contemporaine s’insère mal dans la société postindustrielle (p. 23) ». Pourquoi recourir à une main-d’œuvre non qualifiée alors que de maintes tâches sont bientôt assumées par des robots ? C’est un autre « grand remplacement »… Dans cette perspective, Michel Drac imagine l’avènement d’une « Europe-forteresse » parce qu’elle « a enfin trouvé une définition. Une définition simple, directe, compréhensible par tous : l’Europe est le sanctuaire de l’homme blanc (p. 190) ». Pour y arriver, il faudra bien sûr défier la clique anglo-saxonne, en particulier les chantres du pandémonium métissé étatsunien. Ces derniers pourraient favoriser en 2022 l’arrivée d’un « président qu’il faut à une nation d’ados attardés (p. 169) », à savoir « un geek sociopathe (p. 166) », « un individu d’une agressivité exceptionnel (p. 162) », le dénommé Mark Zuckerberg. Pas sûr que Michel Drac ait raison, car ce serait une première : la Maison Blanche occupée par un non-chrétien marié à une Asiatique ! Tronche des Texans surarmés… Le combat à venir risque d’être ardu. Michel Drac devine en outre de nouvelles configurations politiques. « En Grèce, d’ex-paramilitaires russes du Donbass se retrouvent du même côté de la barricade que des nationalistes ukrainiens. Dans le camp d’en face, des militants anarchistes formés au Rojava combattent aux côtés d’anciens djihadistes de Daesh (p. 187). »

Ambigu populisme européen…

Beppe-Grillo.jpgSi l’auteur décrit de manière convenable le « système russe : oligarchie hyper-centralisée tempérée d’anarchie provinciale (p. 54) » malgré une erreur vénielle sur le titre du premier ministre russe – celui-ci n’est pas président du Conseil des ministres, mais Président du gouvernement -, certaines de ses conjectures n’emportent pas l’adhésion. Prenons la plus optimiste d’entre elles, « Le printemps italien », qui voit la victoire du Mouvement Cinq Étoiles (M5S) aux législatives italiennes de mars prochain. Il prévoit un gouvernement de coalition entre la Lega de Matteo Salvini et le M5S, puis, dans la foulée, l’émergence d’une force semblable en France, d’abord apparue sur Facebook, Clair et Net, qui s’impose à la surprise aux élections anticipées et cohabite avec Macron. Or ce mouvement dégagiste exige déjà avec la seule différence de taille qu’il est « contre-populiste » : La République en Marche. En outre, Michel Drac ignore la réalité du mouvement fondé par le comique anti-berlusconien Beppe Grillo. Celui-ci se met désormais en retrait de sa création qui cumule les contradictions. Rapporté aux candidatures présidentielles françaises de 2017, le programme « grilliniste » emprunterait à Benoît Hamon, à Jean-Luc Mélenchon, à Marine Le Pen, à Jean Lassalle et à Jacques Cheminade. Grillo est hostile à l’euro et au droit du sol. Depuis quelques mois, le premier-ministrable du mouvement, Luigi Di Maio, s’est exprimé devant les cénacles atlantistes, a autorisé la liberté de vote sur le droit du sol, et ne souhaite plus quitter l’OTAN. En plus, « nous voulons rester dans l’Union européenne, exprime-t-il, et bien sûr, nous voulons rester dans l’euro (dans Le Monde, art. cit.) ». Le véritable danger pour l’Euroland surgirait probablement d’un gouvernement néo-berlusconien avec Forza Italia, la Lega et Frères d’Italie. En revanche, la situation rêvée des oligarques serait une entente surprise entre Forza Italia et le Parti démocrate au pouvoir actuellement, ce qu’envisage Berlusconi si la Lega passe devant lui en nombre de suffrages.

wauquiez-preservatif-21-janv.jpgDans un autre scénario, plus terrifiant intitulé « La grande spolation », Michel Drac postule la destitution de Trump, l’assassinat de son successeur, Mike Pence, un 4 juillet 2019, la proclamation de la loi martiale par le gouvernement de continuité institutionnelle et l’instauration d’un État policier proche des intérêts israéliens. En prenant exemple sur les événements survenus outre-Atlantique, les grands États membres de l’Union soi-disant européenne (Allemagne, Espagne, France) renforcent leur législation anti-terroriste et l’étendent à des domaines inattendus tels les grèves, les manifestations et l’opposition verbale aux dirigeants. Dans ce scénario en partie tiré des rapports de la Trilatérale et du Club Bilderberg, Jean-Luc Mélanchon se trouve assigné à résidence et interdit de communication Internet et Marine Le Pen « internée en hôpital psychiatrique comme “ conspirationniste ” (p. 141) ». Suite à de fortes pressions gouvernementales, Laurent Wauquiez démissionne au profit de Valérie Pécresse. Toute opposition est assimilée à du terrorisme, ce qui facilite les « ajustements financiers […] opérés dans tous les pays de la zone par confiscation pure et simple des propriétés, via le plus souvent des moyens insidieux et indirects. En France par exemple, l’État est maintenant copropriétaire de toutes les propriétés immobilières. Il perçoit donc une redevance de copropriété (p. 144) ». Remplaçant l’ISF, le nouvel impôt sur la fortune immobilière (IFI) qui exonère au passage les plus-values colossales de la Finance anonyme et vagabonde, internationale préfigure des mesures semblables au champ d’expérience réelle grec (blocage des comptes bancaires des particuliers, contrôle des changes, prélèvement autorité de l’épargne par des gouvernements corrompus).

Michel Drac ne sombre pas totalement dans le pessimisme. Au moment où les grands États d’Europe occidentale sont gouvernés par des coalitions plus ou moins bancales, grâce à la robustesse des institutions toujours polémogènes de la Ve République, « la France reste l’État le plus solide de l’Europe occidentale, malgré sa déliquescence économique. Elle n’est pas confrontée à des séparatismes problématiques, comme la Grande-Bretagne, l’Italie et l’Espagne. La Corse ? Une petite île. Paris n’a pas non plus le problème que devient pour Berlin son industrie exportatrice, une fois la mondialisation libre-échangiste remise en cause par la montée des protectionnismes. Soudain, la petite France retrouve une liberté de mouvement depuis longtemps perdue (p. 154) ». Que ce soit Macron ou un(e) autre (?), sera-t-il capable de redonner à l’Hexagone éclatée sociologiquement, géographiquement et ethniquement une revendication de puissance ? Et si Emmanuel Macron n’était pas moins que le Poutine tricolore, celui qui établira une « verticale du pouvoir » ? On en frémit d’avance…

Georges Feltin-Tracol

• Michel Drac, Voir Macron. 8 scénarios pour un quinquennat, Le Retour aux Sources, 2017, 197 p., 17 €.

dimanche, 18 février 2018

Le crépuscule de Merkel

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Le crépuscule de Merkel

« Vide sidéral » et « négociations désastreuses »

Par Bernard Tomaschitz

Après que les accords pour former une « Grosse Koalition » (GroKo) ont été conclus avec la SPD socialiste, on commence à râler et à jaser dans les rangs de la CDU. Pourquoi ? Parce que les sociaux-démocrates ont obtenu deux ministères importants : celui des affaires étrangères et celui des finances. Ce qui donne deplus en plus le ton dans ce mécontentement généralisé, ce sont les critiques adressées à la présidente du parti, la Chancelière Angela Merkel. « Jamais encore dans toute l’histoire de la CDU », il n’y a eu une telle perte de confiance, tant sur le plan émotionnel que sur le plan politique, a déclaré Norbert Röttgen aux journalistes du Tagesspiegel. Röttgen n’est pas n’importe quel permanent du parti, un anonyme sans relief, mais le président de la Commission des affaires étrangères du Bundestag. Cet homme politique, âgé aujourd’hui de 52 ans, constate de « vide sidéral » que représente son parti : il avait pourtant été ministre de l’environnement dans le deuxième cabinet dirigé par Angela Merkel.

Volker-Ruehe-DW-Politik-Berlin-jpg.jpgUn autre grand format du parti de Merkel a pris la parole: Volker Rühe. Répondant aux questions du magazine Stern, cet ancien secrétaire général de la CDU et ancien ministre de la défense ne ménage pas ses critiques à l’endroit des talents de négociatrice de la Chancelière ; sans mâcher ses mots, Rühe déclare : « Pour l’avenir de la CDU, la manière dont Merkel a négocié est un vrai désastre, alors que le salut du parti aurait dû davantage la préoccuper que sa propre situation présente ».

Rühe appelle les chrétiens-démocrates à trouver les bonnes directives pour l’après-Merkel. L’ancien vice-président de la CDU exige de la cheffesse du parti qu’elle place « auxprincipales positions du cabinet et de la direction de la fraction des candidats potentiels au poste de Chancelier mais qui ont encore besoin d’acquérir de l’expérience ». Il est intéressant de noter que Rühe estime, aujourd’hui, que les sociaux-démocrates, malgré le chaos qui règne actuellement dans leurs rangs, sont dans une meilleure position stratégique, à moyen ou à long terme, que la CDU. En effet, la SPD dispose, avec la future dirigeante du parti Andrea Nahles et le nouveau ministre des finances Olaf Scholz de deux candidats potentiels à la chancellerie qui ont du poids. Et Rühe ajoute, sarcastique : « En d’autres mots, ils ont deux as pour l’avenir. Nous n’en avons même pas un seul ! ».

(article issu du site http://www.zurzeit.at ).

lundi, 29 janvier 2018

Présidentielles tchèques : Zeman réélu pour un deuxième mandat

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Présidentielles tchèques : Zeman réélu pour un deuxième mandat

Ex: http://www.zuerst.de

Prague. Les Présidentielles tchèques donnent un bon résultat pour l’Europe parce qu’il est mauvais pour les eurocrates et pour les gauches dévoyées : l’actuel Président tchèque Milos Zeman est réélu et pourra exercer son mandat pendant cinq années supplémentaires. Après le dépouillement des résultats de 95% des bureaux de vote, force était de constater, samedi après-midi, qu’il emportait les présidentielles avec un score de 52,2%, tandis que son concurrent Jiri Drahos obtenait 47,8% des suffrages.

Zeman occupe la fonction de Président depuis 2013. Âgé aujourd’hui de 73 ans, cet ancien premier ministre d’un gouvernement de gauche est devenu, contrairement à beaucoup de ses homologues socialistes d’Europe occidentale, un critique virulent de toute immigration musulmane vers l’Europe. Il a eu aussi maintes fois l’occasion de critiquer les sanctions de l’UE contre la Russie, alors que son concurrent, le scientifique Drahos, est considéré comme pro-occidental. Zeman s’est également engagé pour que les Tchèques aient le droit de porter les armes, pour que le peuple tout entier soit armé pour faire face à tout éventuel problème.

Zeman, malgré son étiquette de gauche, se trouve sur la même longueur d’onde que le nouveau gouverment du « populiste de droite » Andrej Babis qui, toutefois, n’a pu obtenir, ces derniers jours, un vote de confiance. Babis a donc présenté la démission de son gouvernement mais on peut d’ores et déjà envisager que l’ancien et nouveau Président Zeman lui confiera, une fois de plus, la tâche de former un gouvernement.

mardi, 19 décembre 2017

Sahra Wagenknecht ou l'art politique de suggérer des alternatives originales

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Alexander Schleyer :

Sahra Wagenknecht ou l’art politique de suggérer des alternatives originales

Dans le « Parti de Gauche » en Allemagne (la « Linkspartei ») la base gronde et grogne. Elle n’est plus vraiment seule : de nombreux élus refusent désormais d’obéir à la présidente du parti, Sahra Wagenknecht. Pourquoi ? Parce que cette femme de caractère formule des critiques serrées du statu quo et se montre adepte d’une Realpolitik bien adaptée aux réalités contemporaines. Du coup, la « Gauche » estime que sa propre présidente est trop à droite !

Sahra Wagenknecht est têtue : elle prend sans hésiter la liberté de dire haut et clair que tout le monde ne peut pas venir s’installer en Allemagne. Cette audace, elle est quasi seule à la partager. Les menées asociales des patrons de l’économie subissent ses critiques les plus vertes, de même que la valetaille politicienne qui est embourbée jusqu’au cou dans les intrigues des soi-disant « employeurs ». Elle a aussi l’outrecuidance de rejeter l’idée qu’un islam politique puisse s’implanter en Allemagne. A la différence de Merkel qui, au titre de secrétaire à la propagande, a toujours su exploiter le système à son profit, Sahra Wagenknecht ruait déjà dans les brancards au temps de la RDA communiste. Elle fit bien quelques tentatives pour rejoindre sa mère à l’Ouest mais sans succès : elle a vécu chez ses grands-parents dans les environs d’Iéna. Sa mère vivait et étudiait à Berlin et aurait bien voulu garder sa fille près d’elle mais la petite Sahra ne s’est adaptée à aucune école maternelle : elle était rebelle ; dans le jargon communiste de la RDA, elle était « incapable de comportement collectif » (« kollektivunfähig »).

SW-buch.jpgSa scolarité a été marquée du même esprit de rétivité : elle était certes une élève très douée, qui obtenait les meilleures notes mais le régime ne lui a pas permis d’accéder à l’enseignement supérieur. Il a condamné la jeune fille rebelle à descendre de l’échelle sociale : elle a dû abandonner ses études et aller travailler comme secrétaire. Très vite, elle donne sa démission, vivote de petits boulots occasionnels, tout en restant une belle jeune femme aux allures altières.

Elle adhère malgré tout à la SED (l’inamovible parti socialo-communiste au pouvoir) pendant l’été 1989, tout en conservant et son idéalisme et son individualisme. Rebelle sous le régime communiste, elle s’affiche communiste dans la République Fédérale néo-libérale. Jamais elle ne reniera son engagement de l’été 1989 : elle restera la dirigeante majeure de la dite « plateforme communiste ». Pourquoi ? La lâcheté de toujours vouloir « se distancer » est le propre des conventionnels sans épine dorsale et des conservateurs de salon qui, en bout de course, finissent par adopter tous les travers de leurs adversaires de gauche. Cette rébellion anti-communiste d’hier et cette fidélité au communisme aujourd’hui rendent justement le discours de Sahra Wagenknecht intéressant dans un paysage politique, uniquement composé désormais d’opportunistes et d’obséquieux.  Sahra Wagenknecht est marxiste : elle défend donc une vision de la politique qui est collectiviste. Mais cela ne l’empêche pas de rester elle-même, la rebelle que personne ne parvient à dompter.

Elle a la langue acerbe et le ton tranchant, ce qui se remarque tout de suite quand elle est invitée sur les plateaux de télévision, notamment aux émissions du modérateur Markus Lanz. Wagenknecht y a exprimé sans fard son euroscepticisme. Lanz, qui est évidemment un conformiste, fut désarçonné et perdit les derniers lambeaux de sympathie qui lui restait auprès du public, surtout après sa dernière question, dépourvue de pertinence, où il demandait combien gagnait Sahra Wagenknecht.

Dans la question des réfugiés, Sahra Wagenknecht campe résolument sur ses positions, même après deux séances houleuses de sa fraction au parlement allemand. Elle a gardé le cap, n’a édulcoré que quelques détails de son discours, où elle avait notamment déclaré : « Juridiquement parlant, le terme ‘droit d’hôte’ (‘Gastrecht’) n’est certainement pas correct ». « Mais la grande majorité le ressent ainsi ». Cette citation ne vise pas les demandeurs d’asile mais ceux qui demandent simplement une protection (provisoire) au nom de la convention de Genève sur les réfugiés. Leur renvoi, que réclame Wagenknecht, est bel et bien inscrit dans le droit en vigueur, prévu depuis toujours. « Le gouvernement n’est pas maître de la situation », a-t-elle répété sans cesse pour fustiger les résultats de la crise provoquée par l’afflux massif de réfugiés en Allemagne. Jamais elle n’a épargné Merkel, personnification du scandale qui ébranle aujourd’hui la société allemande de fond en comble : « Elle a toujours cru que sa fonction consistait à reconnaître pleinement la souveraineté américaine en Allemagne et à l’accepter sans broncher, ce qui signifie, que cette souveraineté étrangère doit être reconnue comme telle et cela, à jamais », a déclaré Sahra Wagenknecht lors d’un entretien accordé à « Russia Today ».

Tout naturellement, son esprit de rébellion et son hostilité à la domination américaine l’ont amenée à considérer que la seule piste pour sortir la Syrie de la crise était d’amorcer « une coopération plus étroite avec la Russie et de ne plus jouer la seule carte de la confrontation ». Pour assurer la paix au monde, il faut « dissoudre l’OTAN et la remplacer par un système de sécurité collective, qui puisse inclure la Russie ». Dans le cadre de l’Allemagne actuelle, l’idéal d’accueil de la chancelière Merkel, qui est évidemment aberrant, a eu pour résultat de créer dans le pays des problèmes insolubles en matière d’intégration. « C’est un problème aux dimensions gigantesques qui jette le doute dans l’esprit des Allemands et rencontre leur désapprobation profonde ».

Ce qui frappe le plus les observateurs de l’histoire politique allemande depuis les années 1950, c’est que cette femme combattive est tout à la fois l’une des dernières à défendre la RDA et son système social et l’une des dernières admiratrices du Chancelier Ludwig Erhard qui avait fait de la République de Bonn un Etat social bien plus acceptable (même pour une communiste !) que la nouvelle République de Berlin, percluse de néolibéralisme asocial. Ce n’est donc pas un hasard si Sahra Wagenknecht s’est toujours portée candidate sur les listes de gauche en Rhénanie du Nord/Westphalie : elle est bien l’avocate des perdants de la réunification à l’Ouest et non celle des anciennes élites de l’Est.

Alexander Schleyer.

(article paru dans « zur Zeit », Vienne, n°49/2017, http://www.zurzeit.at ).