vendredi, 05 juin 2026
Petr Bystron au Forum économique international de Saint-Pétersbourg

Petr Bystron au Forum économique international de Saint-Pétersbourg
Source: https://www.unser-mitteleuropa.com/199132
Lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) le 4 juin 2026, le député européen Petr Bystron a évoqué l’importance de la culture, de la coopération économique et du dialogue diplomatique entre l’Europe et la Russie. À cette occasion, il a mêlé des expériences personnelles à une critique fondamentale de la politique étrangère actuelle de l’Europe.
Notre analyse met en lumière les messages politiques de son discours et démontre pourquoi la culture est, pour Bystron, bien plus qu’un simple sujet secondaire de la politique étrangère.
SPIEF 2026 : La culture comme pont entre l’Europe et la Russie
Au début de son discours, Bystron a évoqué un incident en Allemagne, où un activiste politique a été empêché de se rendre à un événement en Italie. Cela avait pour lui une signification particulière, car il a grandi en Tchécoslovaquie, à l’époque derrière le Rideau de fer, et se montre donc particulièrement sensible aux restrictions de la liberté de voyager.
Retour à la coopération économique
En tant que député européen de Munich, Bystron a souligné l’étroite relation de sa région avec des entreprises internationales telles que BMW et Siemens. Il a exprimé le souhait que les entreprises allemandes puissent de nouveau exercer librement leurs activités sur le marché russe à l’avenir.

Petr Bystron (au centre de l’image) au Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF)
La mise en parallèle symbolique des marques allemandes avec des constructeurs chinois comme Geely et Haval, désormais présents en Russie à la place des voitures allemandes, illustre cette idée. Pour Bystron, la question n’est pas seulement de savoir si la Russie peut se passer des produits occidentaux, mais surtout qui occupera les places laissées vacantes. Sa réponse: ce n’est pas l’Europe qui profite du découplage économique avec la Russie, mais surtout les concurrents asiatiques.
Il a été particulièrement critique envers le retrait de Siemens de Russie. Selon lui, des décisions politiques et des sanctions ont obligé une entreprise présente depuis des décennies à quitter le pays. Les sanctions s’avèrent inadaptées comme instrument d’influence politique, et sont des mesures qui nuisent aux entreprises européennes elles-mêmes tout en offrant de nouvelles opportunités de marché aux concurrents d’autres régions.
La culture comme instrument de compréhension mutuelle
Au centre de son intervention se trouvait le rôle de la culture dans les relations internationales. Dans le cadre d’une discussion sur la «diplomatie culturelle» et le «soft power», Bystron a critiqué la position actuelle de nombreux décideurs de l’Union européenne en matière de politique étrangère.
Il a observé qu’une partie de l’UE se trouve aujourd’hui dans une position de confrontation aussi bien envers la Russie qu’envers les États-Unis. C’est une situation historiquement inédite pour l’Europe, tandis que les États-Unis cherchent bel et bien le contact avec la Russie et militent pour une fin à la guerre en Ukraine. Dans ce contexte, il a cité la rencontre des présidents Trump et Poutine en Alaska.
Une histoire commune plutôt que de nouvelles lignes de séparation
Bystron a accordé une attention particulière à la dimension culturelle des relations internationales. Il a souligné que la Russie et les nations européennes partagent depuis des siècles un espace culturel commun et sont liées par une longue histoire.
Il a considéré l’envoi d’un représentant culturel américain à Saint-Pétersbourg comme un signal positif. Cela montre l’importance de la culture pour le dialogue entre États et que la Russie continue d’être perçue internationalement comme une grande nation culturelle. Selon Bystron, les États européens devraient accorder plus d’importance aux points communs culturels avec la Russie et utiliser la culture comme un pont pour la compréhension et la coopération.
Plaidoyer pour le dialogue et la diplomatie culturelle
À la fin de son discours, Bystron a souligné que des relations durables entre États ne peuvent pas reposer uniquement sur des intérêts économiques ou géopolitiques. La culture crée la confiance, ouvre des portes au dialogue et constitue la base d’une compréhension à long terme.
Sa participation au SPIEF s’inscrit donc, selon lui, dans une démarche de dialogue qui devrait être relancé entre l’Europe et la Russie. Le discours de Saint-Pétersbourg montre que le débat sur les futures relations entre l’Europe et la Russie est loin d’être terminé (CR).
Vidéo:
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Révolution nationale, européenne, mondiale

Révolution nationale, européenne, mondiale
Cristi Pantelimon
Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621
Dans les années 80, revivant les événements des années 30 avec l’arrivée légale au pouvoir de Hitler, le grand juriste allemand Carl Schmitt s’intéressait, entre autres, aux méthodes par lesquelles les États ou les régimes constitutionnels pouvaient se défendre contre ces « révolutions » (« renversements ») légales. Au concept classique de légalité, renforcé par celui de légitimité, Schmitt ajoute, emprunté au juriste français d’orientation libérale Maurice Hauriou (« Précis de droit constitutionnel », 1929), le concept de « Supralégalité ». La supralégalité est une disposition qui interdit ou rend très difficile le changement du régime constitutionnel d’un État. L’observation de Schmitt, selon laquelle même les révolutionnaires professionnels, tels les anarchistes, avaient besoin du concept d’État (écrit avec une majuscule) pour instaurer leur nouvel ordre en son sein, montre à quel point l’État est important pour le monde moderne qui se veut global/universel.
Un exemple d’institution de la supralégalité est la Cour constitutionnelle, à laquelle, par exemple, Hauriou n’était pas favorable.
Nous avons actuellement un cas impliquant une telle révolution nationale, avec l’apport de la Cour constitutionnelle. La question est la suivante : l’État roumain se défend-il véritablement en ce moment par les moyens de la supralégalité (la Cour constitutionnelle), ou, au contraire, assiste-t-on à un coup d’État légal, c’est-à-dire à un passage d’un ordre global/globaliste à un ordre universel avec d’autres gènes chromosomiques ?
À l’époque où écrivait Carl Schmitt, existait la tentation d’une Révolution Mondiale Globale (« Legale Weltrevolution ») ; comme dans les années d’entre-deux-guerres, la crainte de Schmitt était que cette révolution globale soit de nature globaliste/universaliste, où les peuples prendraient l’aspect indéfini de l’Homme, de l’Humanité. Les prémisses n’étaient pas très réjouissantes : à l’Ouest, les États-Unis, à l’Est, l’URSS, les deux superpuissances qui manifestaient déjà des tendances globalistes (surtout la première) et qui partageaient, depuis 1978 déjà, le monde en deux blocs aux aspirations universalistes. Il est intéressant de noter que Schmitt place, aux côtés des deux superpuissances, la Chine, notre client d’aujourd’hui, qui poursuit la révolution légale globale, mais dont nous espérons une logique différente !
L’Europe ? Elle aurait pu être une unité, par une révolution européenne, à une condition: que l’Angleterre renonce à être une île! Mais l’Europe était alors, comme aujourd’hui, parasitée par les forces du globalisme a-national. Écoutons Carl Schmitt car ses paroles sont d’une actualité brûlante :
« Les forces et puissances politiques mondiales qui luttent pour l’unité politique du monde sont plus puissantes que l’intérêt européen pour l’unité politique de l’Europe.
Même certains “bons Européens” ne voient plus l’unité politique de l’Europe que comme un produit secondaire (voire un produit résiduel) d’une unité politique globale de notre planète.
Les énergies révolutionnaires qui tendent vers une révolution mondiale sont plus puissantes et plus actives que la tendance vers une révolution européenne, aujourd’hui presque inimaginable.
La légalité d’une révolution européenne supposerait l’existence d’un patriotisme européen, afin de pouvoir conduire à une assemblée constituante au sens de la tradition constitutionnelle continentale européenne.
Cela peut toutefois encore être imaginé, si l’Angleterre ne voulait plus être une île. »
Voilà la problématique actuelle !
Ainsi, notre révolution interne, après 2024, peut être orientée, par le biais de la supralégalité de la Cour constitutionnelle, soit vers la révolution européenne patriotique, soit vers le globalisme européen, et au-delà, mondial, qui nous préparera la grande et définitive contradiction politique de la «Fin de l’histoire», à savoir l’Homme générique, apolitique, celui qui, comme le montre Carl Schmitt, malgré toute son unité apparente, est la somme de toutes les discriminations possibles dans l’ordre juridique et politique.
Écoutons à nouveau le grand juriste :
« L’Humanité, en tant que telle et dans son ensemble, n’a aucun ennemi sur cette planète. Tout homme appartient à l’humanité. Même le criminel, du moins tant qu’il vit, doit être traité en homme ; et s’il est mort, tout comme sa victime, il n’existe plus. Alors il disparaît tout simplement, comme ses victimes décédées.
Jusqu’alors, il reste, bon ou mauvais, un homme, c’est-à-dire un porteur de droits de l’homme.
‘L’Humanité’ devient ainsi un concept asymétrique. Si, à l’intérieur de l’humanité, on opère une discrimination et que l’on nie à l’individu négatif, nuisible ou perturbateur, la qualité d’homme, alors l’homme évalué négativement devient un non-homme et une non-personne, et sa vie n’est plus la valeur suprême.
Sa vie devient une non-valeur qui doit être éliminée.
Des concepts comme ‘homme’ contiennent ainsi la possibilité de la plus profonde inégalité et deviennent, de ce fait, ‘asymétriques’.
Donc, l’Homme de l’Humanité qui ne correspond plus à la révolution globaliste devient un Néant, il perd totalement toute trace de légitimité en tant qu’être socio-politique. Il devient un non-homme.
La révolution globaliste ne peut vivre que comme perfection utopique d’une définition qui se nie dès la première manifestation réelle de vie sociale... »
Dans ce contexte, l’époque où écrit Schmitt est celle où, au-delà des deux superpuissances industrielles (USA-URSS), on recherchait une voie médiane, ou des alternatives de développement assimilables à des espaces définis non globaux-universalistes, mais "zonaux".
C’est le mérite de l’économiste français François Perroux (1903-1987), que Schmitt cite abondamment au début de son étude, d’avoir cherché de telles alternatives zonales-nationales à la grande pression du globalisme économique, ayant particulièrement son origine dans l’aire anglo-saxonne. Notons en passant que Perroux était familier de l’énergie économique de l’Allemagne hitlérienne, qu’il avait étudiée, une Allemagne qui, sur un de ses versants, recherchait précisément une voie de sortie hors du labyrinthe économique anglo-saxon de l’entre-deux-guerres.
Entre-temps, après 1945, la problématique de l’industrialisation revient à l’attention des économistes dans le contexte du bipolarisme soviéto-américain.
L’industrie est reconnue par Carl Schmitt comme le nouveau Nomos de la Terre: «Cujus industria, ejus regio, ou cujus regio, ejus industria», écrira Schmitt. L’idée est claire: la Terre et l’industrie sont le binôme d’or de la territorialité, et non la seule terre comme élément agricole.
Aujourd’hui, avec la Chine comme étendard du nouveau Monde Global, il nous faut réfléchir à nouveau à ces aspects. Apparemment, la Chine est déjà engagée sur la voie d’une révolution légale mondiale sans ingrédients globalistes. C’est l’aspect le plus important du nouveau temps. La Russie ne peut être différente. L’Amérique de Trump n’a pas d’autre choix...
L’industrie reprendra de nouveau la force motrice des États. En même temps, la Révolution Nationale, Européenne et Mondiale contre le Globalisme s’impose comme facteur ultime de désagrégation politique et civilisationnelle.
Depuis un siècle nous vivons la même transformation, qu’il faut arrêter, pour compléter la pensée de Xi Jinping !
19:35 Publié dans Actualité, Définitions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : carl schmitt, révolution, supralégalité |
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L’Arménie sur un carrefour eurasien entre la Russie, l’Occident et la nouvelle géométrie du Caucase

L’Arménie sur un carrefour eurasien entre la Russie, l’Occident et la nouvelle géométrie du Caucase
par Giulio Chinappi
À la veille des élections législatives du 7 juin, l’Arménie se trouve suspendue entre l’héritage stratégique de sa relation avec Moscou et le tournant pro-occidental de Nikol Pachinian, tandis que l’énergie, la sécurité et les corridors régionaux deviennent des terrains de confrontation géopolitique.
SOURCE DE L’ARTICLE : https://giuliochinappi.com/2026/05/30/armenia-al-bivio-eu...
Les élections législatives arméniennes se situent au cœur d’une profonde transformation des équilibres du Caucase du Sud, où la relation historique entre l’Arménie et la Russie est aujourd’hui mise à l’épreuve par la ligne de plus en plus ouvertement pro-occidentale du gouvernement dirigé par Nikol Pachinian. Le scrutin ne concerne donc pas seulement la composition de la prochaine Assemblée nationale arménienne, mais aussi l’orientation stratégique d’un pays qui, pendant des décennies, a fondé sa sécurité sur la coopération avec Moscou et qui cherche désormais à redéfinir son rôle entre Union européenne, États-Unis, Azerbaïdjan, Turquie et espace eurasiatique.
Formellement, la Russie et l’Arménie ne sont pas en conflit. Moscou continue de qualifier l’Arménie de pays « frère » et le Kremlin réaffirme son intention de maintenir le dialogue ouvert avec Erevan. À ce sujet, le porte-parole Dmitrij Peskov a souligné que, malgré la ligne européiste de l’actuelle direction arménienne, la Russie continue de considérer l’Arménie comme un pays proche et observe que cette orientation n’est pas partagée par toutes les forces politiques arméniennes. Il s’agit d’une formule diplomatique, mais aussi d’un message politique : Moscou distingue le peuple arménien, avec lequel elle revendique des liens historiques, culturels et civils profonds, du choix du gouvernement actuel de rechercher un nouvel équilibre tourné vers Bruxelles et Washington.

Cette distinction était déjà apparue clairement lors de la rencontre du 1er avril entre Vladimir Poutine et Nikol Pachinian. À cette occasion, Poutine a rappelé que les relations entre la Russie et l’Arménie ne sont pas nées au cours des dernières décennies, mais se sont forgées au fil des siècles, à travers une histoire commune et une proximité de civilisation. Dans le même temps, le président russe a exprimé l’espoir que les tensions de la campagne électorale ne nuiront pas aux relations bilatérales et que les forces politiques favorables à la coopération avec Moscou pourront pleinement participer au processus électoral. De cette manière, la Russie évite la rupture frontale, mais manifeste aussi son inquiétude quant à la possible marginalisation des composantes arméniennes opposées au tournant occidental.
Le nœud principal réside dans l’incompatibilité croissante entre deux orientations stratégiques. D’un côté, l’Arménie est toujours membre de l’Union économique eurasiatique, soit l’espace d’intégration économique piloté par la Russie. De l’autre, le gouvernement Pachinian a multiplié les signes d’ouverture envers l’Union européenne, allant jusqu’à présenter la perspective européenne comme une possible voie de transformation politique, économique et identitaire du pays. Le Kremlin ne conteste pas en théorie le droit souverain de l’Arménie à développer des relations avec Bruxelles, mais pose un problème concret : il n’est pas possible d’appartenir simultanément à deux unions douanières incompatibles. Poutine l’a dit explicitement lors de son entretien avec Pachinian, expliquant que l’appartenance à une union douanière avec l’UE et à celle de l’Eurasie est « impossible par définition ».

Le gouvernement d’Erevan devra donc peser avec attention ses choix. Le maintien de l’Arménie dans l’espace eurasiatique offre des avantages économiques mesurables, notamment dans le secteur énergétique. Le gaz russe arrive en Arménie via la Géorgie, le long du gazoduc Caucase du Nord-Transcaucasie, tandis que Gazprom Arménie, entièrement contrôlé par la russe Gazprom, opère comme vendeur monopolistique sur le marché intérieur arménien. En 2025, la Russie a fourni à l’Arménie 2,3 milliards de mètres cubes de gaz, après 2,4 milliards par an en 2023 et 2024. En avril 2026, Poutine a indiqué le prix de 177,5 dollars pour mille mètres cubes appliqué à l’Arménie, contre des prix européens autour de 550 dollars pour mille mètres cubes à la fin mai.
Une éventuelle adhésion de l’Arménie à l’UE pourrait donc avoir de fortes conséquences économiques et diplomatiques pour la république caucasienne. Le 27 mai, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré que Moscou avait notifié à la partie arménienne la possible dénonciation de l’accord intergouvernemental de 2013 sur les livraisons de gaz, produits pétroliers et diamants bruts, si Erevan poursuivait son processus d’adhésion à l’UE. Le ministre russe de l’Énergie, Sergej Civelëv, a ensuite précisé que Moscou ne pourrait pas continuer à fournir du gaz et des produits pétroliers aux mêmes prix si l’Arménie passait de l’Union économique eurasiatique à l’Union européenne.
De son côté, le gouvernement actuel d’Erevan affirme pouvoir transformer l’Arménie en un carrefour régional, capable de générer de la richesse grâce à l’ouverture des communications, aux corridors logistiques, aux minéraux critiques et à une nouvelle position entre l’Europe et l’Asie. En particulier, lors d’un meeting électoral, le Premier ministre Pachinian a déclaré qu’il ne servirait à rien de menacer l’Arménie avec des prix plus élevés, car le pays disposerait à l’avenir de beaucoup plus de ressources. Toutefois, remplacer des avantages énergétiques concrets et immédiats par des promesses de transformation future revient à demander à la population d’accepter une transition potentiellement traumatisante, surtout dans une économie aussi petite et vulnérable que celle de l’Arménie.

Dans ce contexte s’inscrit également la visite à Erevan du secrétaire d’État américain Marco Rubio. Le 26 mai, l’Arménie et les États-Unis ont signé une Charte de partenariat stratégique global, paraphée par Rubio et le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan. Dans le même contexte, un accord-cadre de coopération a également été signé concernant la Trump Route for International Peace and Prosperity, le projet TRIPP lié à la réouverture des communications régionales et à la liaison entre l’Azerbaïdjan et la République autonome du Nakhitchevan à travers le territoire arménien. L’agence TASS a également signalé la signature d’un mémorandum sur les minéraux critiques et les terres rares, présenté par Rubio comme un instrument pour renforcer l’indépendance économique.
Le fait que ces accords aient été signés à quelques jours du vote du 7 juin ne saurait être considéré comme un détail anodin. Formellement, Erevan et Washington peuvent présenter le tout comme une simple coopération bilatérale. Politiquement, cependant, l’effet est celui d’un adoubement occidental de la ligne de Pachinian. Dans une campagne électorale déjà polarisée, la présence américaine renforce l’image du Premier ministre comme garant de la nouvelle projection internationale de l’Arménie, mais elle alimente en même temps les accusations de l’opposition, qui voit dans sa politique étrangère une subordination progressive aux intérêts de Washington et un abandon des piliers traditionnels de la sécurité arménienne.
L’Arménie, pour sa part, tente de présenter sa ligne comme multivectorielle et non antirusse. Le ministre des Affaires étrangères Mirzoyan a déclaré qu’Erevan reste intéressée à préserver et à développer des relations de coopération normales avec la Russie, ajoutant qu’aucune des deux parties n’aurait intérêt à une « non-participation ». Mirzoyan a également pris soin d’éviter de lier directement l’état des relations avec Moscou aux élections du 7 juin, affirmant que l’Arménie souhaite construire des relations saines, égalitaires et constructives avec ses partenaires russes.
Cette position apparaît cependant de plus en plus difficile à tenir. Un pays peut certes aspirer à des relations équilibrées avec plusieurs acteurs, mais il ne peut ignorer que les infrastructures économiques, militaires et douanières créent des contraintes objectives. La tentative de Pachinian de positionner l’Arménie à la fois dans l’espace eurasiatique, dans l’orbite de l’Union européenne et dans une nouvelle architecture états-unienne du Caucase du Sud risque de transformer le multivectoriel en ambiguïté stratégique.
Le vote du 7 juin décidera donc si cette trajectoire sera consolidée ou ralentie. Une victoire de Pachinian renforcerait la ligne de la paix controversée avec l’Azerbaïdjan, de l’ouverture vers l’UE et les États-Unis, et la diminution progressive du poids russe dans la politique arménienne. Un bon résultat des oppositions, plus favorables au maintien des liens avec Moscou, pourrait au contraire imposer un changement de cap, du moins en ralentissant le processus de détachement de l’espace eurasiatique. Dans tous les cas, il sera difficile de revenir à la situation précédente : la confiance stratégique entre Moscou et Erevan a été ébranlée, et la relation bilatérale devra être reconstruite sur des bases plus réalistes.
19:04 Publié dans Actualité, Affaires européennes, Eurasisme, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : arménie, caucase, eurasie, europe, affaires européennes, russie, états-unis, géopolitique |
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