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mardi, 21 avril 2026

Parution du numéro 494 du Bulletin célinien

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Parution du numéro 494 du Bulletin célinien

2026-04-BC-Cover.jpgSommaire:

Traduire la nuit. Voyage à l’épreuve de la traduction 

Réception critique de Mea culpa 

Le langage de Céline 

Céline, non-bigame

Consécration

Son patronyme évoque irrésistiblement celui du héros du premier roman de  Patrick Modiano, La place de l’Étoile. Mais lui est “irréprochable” sur le plan idéologique: chroniqueur à Libération et aux Inrockuptibles, il collabore aussi au site internet Slate, résolument ancré à gauche. Et apparaît comme un esprit libre : sa dernière chronique a pour titre « Peu importe que Morrissey soit devenu un vieux facho, son dernier album a tout pour me plaire ».
 

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Audacieux car ce chanteur britannique, ancien leader du groupe The Smiths, est tout sauf politiquement correct. Dans son article  (Slate, 17 mars 2026),  Laurent Sagalovitsch – c’est le nom de ce journaliste – signale que ce chanteur est nationaliste, hostile à l’immigration massive tout autant qu’au multiculturalisme. Peu importe, selon lui, car il demeure un parolier hors pair et le dernier des monstres sacrés, pas moins¹.
 
Si fort soit son désaccord avec ces opinions, elles ne l’empêcheront pas, affirme-t-il, d’écouter sa musique et même d’assister à ses concerts. Et d’argumenter : « Si je commençais à boycotter tous les chanteurs, écrivains, peintres, musiciens et artistes en tout genre dont les opinions me révulsent ou sont contraires à mes valeurs, ma vie serait un enfer. » On ne peut que louer cette indépendance d’esprit qui n’est pas si répandue dans le milieu journalistique.
 
Cela étant, sa tolérance a des limites : « Ce n’est pas pour rien si je me suis toujours interdit de lire les écrits de Louis-Ferdinand Céline. Il existe un seuil à partir duquel j’estime que je ne puis plus en conscience écouter ou lire telle ou telle œuvre. Lorsqu’elle véhicule dans toute sa volubile monstruosité une idéologie à l’abjection avérée. Quand l’accomplissement artistique cesse d’être un reflet de la sensibilité pour devenir un support à  des discours haineux. »  
 

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Le fait qu’il soit né d’un père ashkénaze et d’une mère séfarade justifie certainement cette prévention. On ne peut s’empêcher de comparer cette réaction avec celle d’Émile Brami, d’origine juive et berbère, qui est l’un des admirateurs les plus éclairés de Céline. S’il est bien naturel de ne pas vouloir lire les écrits polémiques lorsqu’on a souffert, directement ou indirectement, de l’antisémitisme, il est dommage de se priver du plaisir de découvrir ces chefs-d’œuvre que sont Voyage au bout de la nuit et plus encore Mort à crédit qui, eux, ne recèlent rien de condamnable.
 
Dans un article plus ancien (Slate, 12 juillet 2022), Sagalovitsch s’interroge sur « cette étrange et malsaine fascination de la France pour Céline ». Il ne souhaite pas pour autant qu’on cesse de le lire ni qu’on l’expurge des bibliothèques mais s’insurge contre la prétendue réhabilitation dont Céline serait l’objet. Ainsi ne supporte-t-il pas qu’on le tympanise avec la publication des inédits ou que Le Monde lui consacre un hors-série. Tout cela concourt, écrit-il, à le réhabiliter.
 

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Est-ce vraiment le cas ? Car enfin toutes les émissions qui lui sont consacrées instruisent indéfiniment son procès au point que le romancier disparaît derrière le pamphlétaire. C’est le cas dans un récent film de fiction consacré à Jean Luchaire dans lequel Céline apparaît sous les traits de Philippe Lévy, ce qui aurait, n’en doutons pas, suscité les sarcasmes de l’intéressé. On conçoit l’allergie qu’il peut susciter mais, dès lors qu’on a affaire à un très grand écrivain, comment empêcher que son œuvre soit consacrée ? Et il me paraît difficile de contester que sa part d’ombre soit mise sous le boisseau, d’autant que, dès lors qu’il s’agit de lui, les historiens ont aujourd’hui davantage la parole que les exégètes littéraires.
  1. (1) Je ne lui donne pas tort sur ce point : sa chanson “There is a place in hell for me and my friends“ (la version accompagnée au piano), pour ne citer qu’elle, est une pure merveille.

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