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jeudi, 26 mars 2020

Ernst Jünger entre panique, système et rebelle

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Ernst Jünger entre panique, système et rebelle

par Nicolas Bonnal

Le système occidental use de la peur pour se maintenir. Virus, terrorisme, chiites, climat nationalisme, fascisme, Chine, sexisme, Poutine, ce qu’on voudra, tout justifie l’agenda.

Nous autres antisystèmes sommes aussi soumis à un feu croisé d’affolements divers : troisième GM, faillite du système, acheter de l’or, fin des religions, culture Illuminati, disparition des libertés, de l’eau, de l’air, du reste… On en deviendrait drôle ! Cela n’empêche pas de continuer de cliquer et de laisser Assange à ses bourreaux.

Un qui en a bien parlé de cette conjonction du monde automatique moderne et de la croissance corrélée de la panique est Ernst Jünger. Traité du rebelle, XIII…

71LDopSYPwL.jpg« La peur est l’un des symptômes de notre temps. Elle nous désarme d’autant plus qu’elle succède à une époque de grande liberté individuelle, où la misère même, telle que la décrit Dickens, par exemple, était presque oubliée. »

Jünger évoque justement le Titanic ; on se souvient du succès effarant de ce film répugnant. Il écrit donc :

« Comment ce passage s’est-il produit ? Si l’on voulait nommer l’instant fatal, aucun, sans doute, ne conviendrait mieux que celui où sombra le Titanic. La lumière et l’ombre s’y heurtent brutalement : l’hybris du progrès y rencontre la panique, le suprême confort se brise contre le néant, l’automatisme contre la catastrophe, qui prend l’aspect d’un accident de circulation. »

Jules Verne a bien montré que l’automatisme (la civilisation mécanique) croissait avec la peur. Voyez les 500 millions de la Bégum qui montre la montée du péril parano allemand sur fond de grosse industrialisation. Il y a une grosse promesse, raconte Jünger, mais elle croît avec un grand risque et une grosse trouille :

« Il est de fait que les progrès de l’automatisme et ceux de la peur sont très étroitement liés, en ce que l’homme, pour prix d’allégements techniques, limite sa capacité de décision. Il y gagne toute sorte de commodités. Mais, en contrepartie, la perte de sa liberté ne peut que s’aggraver. La personne n’est plus dans la société comme un arbre dans la forêt ; elle ressemble au passager d’un navire rapide, qui porte le nom de Titanic, ou encore de Léviathan. Tant que le ciel demeure serein et le coup d’œil agréable, il ne remarque guère l’état de moindre liberté dans lequel il est tombé. Au contraire : l’optimisme éclate, la conscience d’une toute-puissance que procure la vitesse. Tout change lorsqu’on signale des îles qui crachent des flammes, ou des icebergs. Alors, ce n’est pas seulement la technique qui passe du confort à d’autres domaines : le manque de liberté se fait sentir, soit que triomphent les pouvoirs élémentaires, soit que des solitaires, ayant gardé leur force, exercent une autorité absolue. »

Jünger a vu le lien entre les mythes grecs et le progrès technique, comme Anouilh, Giraudoux, Domenach, Cocteau et quelques autres. Le Titanic n’est pas seul en cause. C’est aussi le syndrome du radeau de la méduse, épisode affreux de notre histoire et qui rappelle que la méduse nous transforme en pierres (en cœurs de pierre).

Et nous finissons comme des bougies dans un tableau de Bosch :

« On pourrait élever une objection : d’autres ères de crainte, de panique, d’Apocalypse ont suivi leur cours, sans que ce caractère d’automatisme vînt les renforcer, leur servir d’accompagnement.

Laissons ce point : car l’automatisme ne prend ce caractère terrifiant que s’il s’avère être l’une des formes, le style même de la fatalité, dont Jérôme Bosch donnait déjà une représentation incomparable. »

Mais Jünger souligne l’essentiel. Nous crevons de trouille et c’est la marque du monde moderne (la vie aurait dû rester un « risque à courir, pas un problème à résoudre », comme dit un Bernanos écœuré) :

« On constatera que presque tous, hommes ou femmes, sont en proie à une panique telle qu’on n’en avait plus vu dans nos contrées depuis le début du Moyen Age. On les verra se jeter avec une sorte de rage dans leur terreur, en exhiber sans pudeur ni retenue les symptômes. »

On veut se cacher (collapsologues, catastrophistes, apocalyptiques, à vos bateaux, à votre or, à vos cavernes !) :

71XW0DHwSNL.jpg« On assiste à des enchères où l’on dispute s’il vaut mieux fuir, se cacher ou recourir au suicide, et l’on voit des esprits qui, gardant encore toute leur liberté, cherchent déjà par quelles méthodes et quelles ruses ils achèteront la faveur de la crapule, quand elle aura pris le pouvoir. »

L’automatisme progresse évidemment avec la panique, et dans le pays qui reste le plus avancé, l’Amérique :

« La panique va s’appesantir, là où l’automatisme gagne sans cesse du terrain et touche à ses formes parfaites, comme en Amérique. Elle y trouve son terrain d’élection ; elle se répand à travers des réseaux dont la promptitude rivalise avec celle de l’éclair. Le seul besoin de prendre les nouvelles plusieurs fois par jour est un signe d’angoisse ; l’imagination s’échauffe, et se paralyse de son accélération même. » 

Jünger va même plus loin ici :

« Toutes ces antennes des villes géantes ressemblent à des cheveux qui se dressent sur une tête. Elles appellent des contacts démoniaques. »

Nous avons parlé du rôle narcotique de l’info dans un texte ici-même, en citant Platon, Théophraste, Fichte et Thoreau. Reprenons Thoreau :

« À peine un homme fait-il un somme d’une demi-heure après dîner, qu’en s’éveillant il dresse la tête et demande : « Quelles nouvelles ? » comme si le reste de l’humanité s’était tenu en faction près de lui. Il en est qui donnent l’ordre de les réveiller toutes les demi-heures, certes sans autre but ; sur quoi en guise de paiement ils racontent ce qu’ils ont rêvé. Après une nuit de sommeil les nouvelles sont aussi indispensables que le premier déjeuner. »

« Dites-moi, je vous prie, n’importe ce qui a pu arriver de nouveau à quelqu’un, n’importe où sur ce globe ? »

Nous risquons toujours la guerre avec la Chine et la Russie, comme durant la Guerre Froide. Jünger remarque :

« Il est certain que l’Est n’échappe pas à la règle. L’Occident vit dans la peur de l’Est, et l’Est dans la peur de l’Occident. En tous les points du globe, on passe son existence dans l’attente d’horribles agressions. Nombreux sont ceux où la crainte de la guerre civile l’aggrave encore.

La machine politique, dans ses rouages élémentaires, n’est pas le seul objet de cette crainte. Il s’y joint d’innombrables angoisses. Elles provoquent cette incertitude qui met toute son espérance en la personne des médecins, des sauveurs, thaumaturges. Signe avant-coureur du naufrage, plus lisible que tout danger matériel. »

Ce naufrage n’est pas très prometteur d’autant que la solution semble impossible. Jünger envoie promener le yoga, pourtant recommandé avec la Kabbale dans Sex in the City :

« Reste à signaler une source d’erreurs – nous songeons à la confiance en l’imagination pure. Nous admettrons qu’elle mène aux victoires spirituelles.

Mais notre temps exige autre chose que la fondation d’écoles de yoga. Tel est pourtant le but, non seulement de nombreuses sectes, mais d’un certain style de nihilisme chrétien, qui se rend la tâche trop facile. On ne peut se contenter de connaître à l’étage supérieur le vrai et le bon, tandis que dans les caves on écorche vifs vos frères humains. »

Reconnaissons que nous avons progressé. On les écorche moins vifs, on les bourre vifs et on les surinforme vifs. Mais passons. Jünger encore pour conclure (si c’est encore possible) :

« Car nous ne sommes pas impliqués dans notre seule débâcle nationale ; nous sommes entraînés dans une catastrophe universelle, où l’on ne peut guère dire, et moins encore prophétiser, quels sont les vrais vainqueurs, et quels sont les vaincus. »

Comme on sait Jünger défend le recours aux forêts. Comme on sait aussi les montagnes sont bourrées de parkings payants et nous venons d’apprendre que dans les Pyrénées la ballade sera payante. On paie un automate…

Jünger définit son rebelle :

« Quant au Rebelle, nous appelons ainsi celui qui, isolé et privé de sa patrie par la marche de l’univers, se voit enfin livré au néant. Tel pourrait être le destin d’un grand nombre d’hommes, et même de tous – il faut donc qu’un autre caractère s’y ajoute. C’est que le Rebelle est résolu à la résistance et forme le dessein d’engager la lutte, fût-elle sans espoir. Est rebelle, par conséquent, quiconque est mis par la loi de sa nature en rapport avec la liberté, relation qui l’entraîne dans le temps à une révolte contre l’automatisme et à un refus d’en admettre la conséquence éthique, le fatalisme. »

Sources:

Jünger – Traité du rebelle, le recours aux forêts –archive.org

 

lundi, 23 mars 2020

Salut à l’ultime sorélien de Russie !

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Salut à l’ultime sorélien de Russie !

par Georges FELTIN-TRACOL

Soudaine et abrupte, la nouvelle s’est vite répandue : le décès d’Édouard Limonov à Moscou le 17 mars dernier à l’âge de 77 ans, victime du crabe. La provocation politique, militante et littéraire perd l’un de ses maîtres incontestés.

De son vrai nom Édouard Veniaminovitch Savenko, Édouard Limonov naquit le 22 février 1943 dans une ville russe qui lui était quelque peu prédestinée, Dzerjinsk, en l’honneur de Félix Dzerjinski, le chef de la Tchéka, l’ancêtre de la Guépéou et du KGB. Savenko père appartenait d’ailleurs au NKVD en tant qu’officier commissaire politique.

limonov.jpgSuite à une affectation paternelle, le garçon grandit dans la ville industrielle de Kharkov aujourd’hui en Ukraine. Ce surdoué fut d’abord « un lecteur assidu, dévorant tout ce qui [lui] tombait sous la main (1) ». Au collège, il joue au garnement insupportable avec des résultats scolaires décevants. À la fin de l’adolescence, il commet des larcins mineurs. Mortifié d’être exempté du service militaire, ce myope ne supporte plus la pesante ambiance sous Khrouchtchev et Brejnev. Incontrôlable et provocateur, il quitte l’Union soviétique en 1974. Quelques plumitifs y ont vu l’indice que derrière une apparente attitude dissidente culturelle et artistique, Limonov aurait été un agent clandestin du KGB au même titre d’ailleurs que l’« arctiviste onanophobe » Piotr Pavlenski…

Il proclamera plus tard sa fierté d’être le « fils d’un samouraï (2) ». En effet, son père « était un puritain : il ne buvait pas, ne fumait pas (3) ». Ce dernier était-il un homo sovieticus exemplaire ? Limonov relate une anecdote troublante. Le jour de la mort de Staline, tandis que sa mère pleure le défunt et qu’ils tentent de le réveiller, il leur lance : « Taisez-vous, vous n’avez aucune idée de qui vous pleurez… (4) » Et il se rendort !

Édouard Limonov commente cette réaction déroutante de la part d’un membre du PCUS, serviteur incontestable du régime. « Dans les années 1950 – 1960, l’Union soviétique était comparable à ce que George Orwell décrit dans 1984. Les millions de prolos y étaient en réalité plus libres que n’importe qui. Bien sûr, à Moscou et dans les grandes villes, les intellectuels étaient surveillés par le KGB. Mais l’appareil répressif ne se souciait pas des pauvres ouvriers, perdus dans l’immensité des ghettos pour prolos (5). »

Il a toujours recherché une synthèse entre son père militaire et sa mère ouvrière au caractère bien trempé dont il se doutait que la jeunesse fût agitée… Leur fils, lui, eut le privilège, parfois chèrement payée par des détentions plus ou moins longues, de mener une vie punk. Emmanuel Carrère rapporte dans son Limonov (POL, 2010) qu’il le découvre quand sa mère, Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie française, reçoit l’un de ses premiers ouvrage avec une dédicace dans laquelle il se qualifiait de « Johnny Rotten de la littérature russe », Johnny Rotten étant le meneur du groupe britannique de musique punk Sex Pistols.

À l’instar d’Alexandre Soljenitsyne qu’Édouard Limonov n’a guère apprécié, les « nouveaux philosophes » anti-totalitaires et germanopratins ne sont jamais parvenus à le domestiquer. À Esprit, au Nouvel Observateur, à Études ou à Commentaires, il a préféré écrire pour le quotidien communiste L’Humanité et le mensuel nationaliste Le Choc du Mois. Il révèle tout son talent dans L’Idiot International de Jean-Edern Hallier. L’auteur du Bréviaire pour une jeunesse déracinée (Albin Michel, 1982) accueille avec joie un écrivain qui a bien roulé sa bosse et qui œuvre à la convergence de l’idée nationale et de la justice sociale.

Au début du XXe siècle, Édouard Limonov aurait sans doute suivi Georges Sorel. L’a-t-il au moins lu ? L’homme de lettres n’hésite pas à recourir à la violence. Il la juge nécessaire, indispensable, voire salutaire. Il tire en Transnistrie contre les Moldaves roumanophones, en Abkhazie contre les Géorgiens et en Bosnie aux côtés des Serbes du président Radovan Karadzic. Ces péripéties guerrières dévaluent son crédit sur la place vérolée de Paris où les éditocrates de l’Hexagone le condamnent au nom de la morale des droits de l’homme. Son rejet de l’atlantisme et du libéralisme en fait en 1993 l’une des principales cibles d’une virulente campagne de presse fomentée par un palmipède imprimé, dénonciateur psychotique d’une fantasmatique alliance « rouge – brune ».

Édouard Limonov assume cette désignation. revenu en Russie, il fonde, le 1er mai 1993, en compagnie d’Egor Letov et d’Alexandre Douguine le Parti national-bolchevik (PNB). Par de nombreux coups d’éclat médiatiques, le PNB combat la politique néo-libérale et pro-occidentale de l’ivrogne Eltsine, puis de Vladimir Poutine. Concevant la politique comme une forme d’art achevée, ce mouvement inclassable exige des mesures hyper-natalistes telles l’autorisation de la polygamie et l’obligation imposée aux femmes russes d’avoir au moins quatre enfants avant l’âge de 35 ans.

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Édouard Limonov avoue volontiers avoir « pris le parti de choquer, de provoquer dans le but d’attirer vers nous des militants. La Russie était une page blanche : la vie politique était inexistante. Il fallait être créatif et oser des expériences nouvelles. Nous avons privilégié le radicalisme, avec un mélange d’idées d’extrême gauche et d’extrême droite. Pour moi, “ extrémisme ” n’est pas péjoratif (6) ». Sarcastiques, les slogans nationaux-bolcheviks (ou « natsbol ») concurrencent les meilleurs adages situationnistes : « Le Mur est mort, vive le Mur ! », « Le capitalisme, c’est de la merde ! » ou bien l’indigeste « Mangez les riches ! »

Les actions coup-de-poing des « natsbols » agacent progressivement Alexandre Douguine qui envisage un néo-eurasisme révolutionnaire – conservateur moins tonitruant. Il rompt avec le PNB en avril 1998. Dès lors, « le parti est devenu de plus en plus rouge et socialiste (7) ». Puis la formation « natsbol » se scinde. Le gouvernement russe l’interdit finalement le 7 août 2007. Entre-temps, Édouard Limonov a purgé deux ans de prison pour une tentative esquissée (et peut-être provoquée ?) de coup d’État au Kazakhstan en 2001 afin de réintégrer les régions russophones du Nord kazakh à la Russie parce qu’« après la proclamation d’Indépendance, des millions de Russes se sont retrouvés sous la coupe d’un régime qui lui était hostile (8) ».

9782742778119.jpgLibéré, Limonov se rapproche de l’opposition libérale anti-Poutine. Il purge alors diverses peines de détention administrative en tant que principal animateur de la contestation en 2010 – 2011. Il se ravise en 2014 et se sépare des libéraux quand le président russe soutient indirectement la révolte de Donetsk et de Lougansk, et annexe la Crimée. Ses livres, Le Vieux (Bartillat, 2015) et Kiev Kaputt, justifient ce surprenant revirement, car « Poutine ne s’est pas réconcilié avec Limonov (9) ». S’il salue la diplomatie du Kremlin, il continue néanmoins à s’opposer au poutinisme intérieur, économique et sociale. Il affirme « être plus radical et plus à droite que le pouvoir dans le domaine de la politique extérieure (10) ». En revanche, « je suis beaucoup plus à gauche que le pouvoir en politique intérieure, poursuit Limonov. J’exige la nationalisation de l’industrie gazière et pétrolière. J’exige la confiscation des biens des grosses fortunes, la privation pour celles-ci de la citoyenneté russe et leur expulsion de Russie (11). »

On peut croire que dans Kiev Kaputt comme l’imagine un journaliste de droite qui confond encore le Dixiland avec son bourreau historique, les États-Unis d’Amérique, Édouard Limonov souhaite restaurer l’URSS d’autant qu’on constate une évidente resoviétisation de son discours. Il insiste régulièrement sur l’héritage de la Grande Guerre patriotique (1941 – 1945) et développe une incessante rhétorique « antifasciste » contre les nationalistes ukrainiens. En réalité, Limonov ne « regrette [pas] le passé. La nostalgie, c’est une faiblesse. Mais en tant que personne née dans les dernières années de la “ Grande Guerre patriotique ”, j’éprouvais un sentiment de […] loyauté vis-à-vis de ce grand empire. De la nostalgie, non (12) ».

Ses nombreuses expériences vécues au plus bas de l’échelle sociale lui procurent une vraie expertise sociologique comparative entre d’une part les sociétés soviétique et russe, et, d’autre part, leurs homologues occidentales italienne, française et étatsunienne. Comme son compatriote trop tôt décédé Alexandre Zinoviev et notre ami croate Tomislav Sunic, il comprend que les unes ne valent pas mieux que les autres. Lorsqu’il quitte Paris, il laisse un beau cadeau d’adieu, un formidable essai d’entomologie psychopolitique qui est aussi un remarquable pamphlet, Le grand Hospice occidental récemment réédité chez Bartillat en 2016.

En observateur minutieux, Édouard Limonov note que « la vie quotidienne dans toute société de civilisation blanche, que ce soit le Bloc occidental – l’Europe et ses essaimages (États-Unis d’Amérique, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud, Israël…) – ou le Bloc de l’Est, rappelle un Hospice bien géré. L’immense majorité des “ malades ”, placés sous sédatifs, se conduisent raisonnablement et docilement. Leurs visages sont gras et luisants. Ils sont satisfaits de leur sort. Le calme règne dans l’Hospice… (13) » Quel percutant diagnostic !

51WB729T0FL._SX289_BO1,204,203,200_.jpgIl confirme à Axel Glydén qu’« en Occident, vous êtes vieux, archaïques et vous allez tous mourir, au sens intellectuel du mot. À force de ressasser le passé, vos cerveaux sont encombrés d’interdits. Et vous allez faire du surplace pendant des siècles. Les intellectuels français sont manichéens. Hantés par le passé, ils sont enfermés dans des dogmes (14) ». Ayant connu la « stagnation » brejnévienne du début des années 1970, Édouard Limonov perçoit une stagnation mortifère qui imprègne à son tour l’Occident.

Édouard Limonov éprouve enfin un vif intérêt pour les petites gens. Son dernier passage en France remonte aux temps paroxystiques des Gilets jaunes. Il se réjouit de ce réveil populaire violent. Il y voit un lointain cousinage avec ses manifestations anti-Poutine en 2010 – 2011. Lui-même ancien militant « natsbol » devenu écrivain russe réputé, Zakhar Prilepine peut-il être considéré comme son successeur au moins sur le plan littéraire ? Les prochaines années trancheront.

Les cieux ont perdu leur quiétude habituelle. Le duo foutraque Jean-Edern Hallier et Édouard Limonov s’est reconstitué. Pas sûr que Saint Pierre apprécie cette connivence fantasque…

Georges Feltin-Tracol

Notes

1 : Limonov par Limonov. Conversations avec Axel Gyldén, L’Express Roularta Éditions, 2012, p. 22.

2 : Idem, p. 38.

3 : Id., p. 36.

4 : Id., p. 39.

5 : Id., p. 31.

6 : Id., p. 114.

7 : Id., pp. 115 – 116.

8 : Id., p. 92.

9 : Édouard Limonov, Kiev Kaputt, La manufacture de livres, coll. « Zapoï », 2017, p. 137.

10 : Idem, p. 32.

11 : Id.

12 : Limonov par Limonov, op. cit., p. 93.

13 : Édouard Limonov, Le Grand Hospice occidental, Les Belles Lettres, coll. « L’Idiot International » n° 5, 1993, p. 27.

14 : Limonov par Limonov, op. cit., p. 120.

samedi, 21 mars 2020

Ernst Jünger et nos paniques modernes

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Ernst Jünger et nos paniques modernes

par Nicolas Bonnal

Ex: https://nicolasbonnal.wordpress.com

Ernst Jünger et nos paniques modernes : « La panique va s’appesantir, là où l’automatisme gagne sans cesse du terrain et touche à ses formes parfaites, comme en Amérique. Elle y trouve son terrain d’élection ; elle se répand à travers des réseaux dont la promptitude rivalise avec celle de l’éclair. Le seul besoin de prendre les nouvelles plusieurs fois par jour est un signe d’angoisse ; l’imagination s’échauffe, et se paralyse de son accélération même… Toutes ces antennes des villes géantes ressemblent à des cheveux qui se dressent sur une tête. Elles appellent des contacts démoniaques.»

Le système encense l’effroi. Terrorisme, chiites, climat, racisme, fascisme, Chine, sexisme, virus, Poutine, ce qu’on voudra, tout justifie l’agenda.

Nous autres antisystèmes sommes aussi soumis à un feu croisé d’affolements divers : troisième GM, faillite du système, acheter de l’or, fin des religions, culture Illuminati, disparition des libertés, de l’eau, de l’air, du reste…

Un qui en a bien parlé de cette conjonction du monde automatique moderne et de la croissance corrélée de la panique est Ernst Jünger. Traité du rebelle, XIII…

« La peur est l’un des symptômes de notre temps. Elle nous désarme d’autant plus qu’elle succède à une époque de grande liberté individuelle, où la misère même, telle que la décrit Dickens, par exemple, était presque oubliée. »

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Jünger évoque justement le Titanic ; on se souvient du succès effarant de ce film répugnant. Il écrit donc :

« Comment ce passage s’est-il produit ? Si l’on voulait nommer l’instant fatal, aucun, sans doute, ne conviendrait mieux que celui où sombra le Titanic. La lumière et l’ombre s’y heurtent brutalement : l’hybris du progrès y rencontre la panique, le suprême confort se brise contre le néant, l’automatisme contre la catastrophe, qui prend l’aspect d’un accident de circulation. »

Jules Verne a bien montré que l’automatisme (la civilisation mécanique) croissait avec la peur. Voyez les 500 millions de la Bégum qui montre la montée du péril parano allemand sur fond de grosse industrialisation.

Jünger a vu le lien entre les mythes grecs et le progrès technique, comme Anouilh, Giraudoux, Domenach, Cocteau et quelques autres. Le Titanic n’est pas seul en cause. C’est aussi le syndrome du radeau de la méduse, épisode affreux de notre histoire et qui rappelle que la méduse nous transforme en pierres (en cœurs de pierre).

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Et nous finissons comme des bougies dans un tableau de Bosch :

« On pourrait élever une objection : d’autres ères de crainte, de panique, d’Apocalypse ont suivi leur cours, sans que ce caractère d’automatisme vînt les renforcer, leur servir d’accompagnement.

Laissons ce point : car l’automatisme ne prend ce caractère terrifiant que s’il s’avère être l’une des formes, le style même de la fatalité, dont Jérôme Bosch donnait déjà une représentation incomparable. »

Mais Jünger souligne l’essentiel. Nous crevons de trouille et c’est la marque du monde moderne (la vie aurait dû rester un « risque à courir, pas un problème à résoudre », comme dit un Bernanos écœuré) :

« On constatera que presque tous, hommes ou femmes, sont en proie à une panique telle qu’on n’en avait plus vu dans nos contrées depuis le début du Moyen Age. On les verra se jeter avec une sorte de rage dans leur terreur, en exhiber sans pudeur ni retenue les symptômes. »

On veut se cacher (collapsologues, catastrophistes, apocalyptiques, à vos bateaux, à votre or, à vos cavernes !) :

 « On assiste à des enchères où l’on dispute s’il vaut mieux fuir, se cacher ou recourir au suicide, et l’on voit des esprits qui, gardant encore toute leur liberté, cherchent déjà par quelles méthodes et quelles ruses ils achèteront la faveur de la crapule, quand elle aura pris le pouvoir. »

L’automatisme progresse évidemment avec la panique, et dans le pays qui reste le plus avancé, l’Amérique :

« La panique va s’appesantir, là où l’automatisme gagne sans cesse du terrain et touche à ses formes parfaites, comme en Amérique. Elle y trouve son terrain d’élection ; elle se répand à travers des réseaux dont la promptitude rivalise avec celle de l’éclair. Le seul besoin de prendre les nouvelles plusieurs fois par jour est un signe d’angoisse ; l’imagination s’échauffe, et se paralyse de son accélération même. » 

Jünger va même plus loin ici :

« Toutes ces antennes des villes géantes ressemblent à des cheveux qui se dressent sur une tête. Elles appellent des contacts démoniaques. »

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Nous risquons toujours la guerre avec la Chine et la Russie, comme durant la Guerre Froide. Jünger remarque :

« Il est certain que l’Est n’échappe pas à la règle. L’Occident vit dans la peur de l’Est, et l’Est dans la peur de l’Occident. En tous les points du globe, on passe son existence dans l’attente d’horribles agressions. Nombreux sont ceux où la crainte de la guerre civile l’aggrave encore.

La machine politique, dans ses rouages élémentaires, n’est pas le seul objet de cette crainte. Il s’y joint d’innombrables angoisses. Elles provoquent cette incertitude qui met toute son espérance en la personne des médecins, des sauveurs, thaumaturges. Signe avant-coureur du naufrage, plus lisible que tout danger matériel. »

Jünger encore pour conclure (si c’est encore possible) :

« Car nous ne sommes pas impliqués dans notre seule débâcle nationale ; nous sommes entraînés dans une catastrophe universelle, où l’on ne peut guère dire, et moins encore prophétiser, quels sont les vrais vainqueurs, et quels sont les vaincus. »

Comme on sait Jünger défend le recours aux forêts. Comme on sait aussi les montagnes sont bourrées de parkings payants et nous venons d’apprendre que dans les Pyrénées la ballade sera payante. On paiera un automate. Mais ne paniquons pas !

Bonne continuation…

Sources

Jünger – Traité du rebelle, le recours aux forêts – archive.org

jeudi, 19 mars 2020

Origines du coronavirus: les États-Unis accusés, un roman fait fantasmer

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Origines du coronavirus: les États-Unis accusés, un roman fait fantasmer

Ex: http://www.france-irak-actualite.com

Revue de presse : Breizh-info (16/3/20)*

51VCA16J0BL._SX210_.jpgLa Chine accuse les États-Unis ! Nous avions déjà la crise sanitaire et la crise économique, voici peut-être une nouvelle crise diplomatique majeure puisqu’un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères suggère que l’épidémie n’est pas nécessairement accidentelle…et qu’elle provient d’Amérique !

Le coronavirus est-il apparu aux Etats-Unis ?

Les Etats-Unis ont-ils sciemment développé et exporté le COVID-19 dans la province de Hebei et plus précisément dans la ville de Wuhan ? C’est en tous cas l’accusation exprimée dans un « tweet » par Zhao Lijian, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Il soutient en fait la théorie disant que le virus n’est pas apparu initialement dans la province chinoise, comme les scientifiques –y compris chinois- le présumaient, mais au pays de l’Oncle Sam. En guise de preuve, il partage une vidéo prise au Congrès, à Washington DC, ou un spécialiste évoque des cas potentiels de coronavirus antérieurs à ceux de Wuhan.

Zhao Lijian surenchérit en se demandant entre autres si l’armée américaine avait importé le virus, exigeant également des explications de la part des autorités compétentes.

 Lijian Zhao 赵立坚

✔ @zlj517

2/2 CDC was caught on the spot. When did patient zero begin in US? How many people are infected? What are the names of the hospitals? It might be US army who brought the epidemic to Wuhan. Be transparent! Make public your data! US owe us an explanation!

Le Wuhan, nouveau centre du monde (et des théories les plus incroyables)

Wuhan, dont l’agglomération compte plus de onze millions d’habitants, fut officiellement le point de départ de la pandémie et fut placée en quarantaine dès le 23 janvier.

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C’est aussi là que se trouve le laboratoire de haute spécificité biologique livré par la France en 2003 lorsque la Chine connaissait une épidémie de SRAS mais entretenait de bonnes relations avec Jacques Chirac.

Depuis, divers virus tels qu’Ebola ou le H1N1 y furent étudiés mais des rumeurs persistantes évoquent aussi des recherches pour mettre au point des armes bactériologiques. Des observateurs imaginent donc que le Coronavirus pourrait être une expérience ayant mal tourné, même si la plupart s’accordent pour dire qu’il provient d’un animal, et plus précisément d’une chauve-souris.

Ce scénario digne d’un roman de science-fiction n’est pas sans rappeler…un roman de science-fiction !

En 1981, le roman d’anticipation  Les yeux des ténèbres évoquait une arme bactériologique aux caractéristiques proches du COVID-19 et se propageant dans le monde entier aux alentours de l’année 2020. Si, dans la première version, celui-ci apparaissait en Russie, une réédition sortie en 2008 le faisait cette fois apparaître dans le Wuhan !

Dean Koontz, l’auteur, rentre ainsi dans le cercle fermé des auteurs dont l’œuvre fictive a été rattrapée par la réalité, aux côtés de George Orwell ou d’Aldous Huxley!

*Source : Breizh-info

mercredi, 18 mars 2020

Hommage à "l'ami" Edouard Limonov, le punk russe des lettres

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Hommage à "l'ami" Edouard Limonov, le punk russe des lettres

Par Axel Gyldén
Ex: https://www.lexpress.fr

Grand reporter à L'Express, Axel Gyldén a connu l'écrivain russe, disparu le 17 mars, qui se considérait comme "un génie". Rencontre avec un mégalomane sympathique.

Edouard Limonov n'avait pas d'ami. "Ce qu'il faut dans la vie, c'est mener des projets avec des gens et les fréquenter le temps que dure ce projet, qu'il soit politique, littéraire ou autre. Mais avoir des amis, quel intérêt?", m'avait asséné le provocateur professionnel Edouard Limonov en 2011 pendant l'interview fleuve (5 jours, 40 heures) qu'il m'avait accordée dans le cadre d'un projet éditorial sous la forme d'un livre entretien édité par L'Express (1) et qui, avouons-le, espérait surfer sur le succès phénoménal du remarquable Limonov (P.O.L.) d'Emmanuel Carrère. 

Cet automne-là, Edouard Limonov m'avait reçu au cinquième étage d'un immeuble de l'avenue Lénine, à la périphérie de Moscou. Chez l'écrivain russe, c'est un garde du corps du corps qui vous ouvrait la porte. Juste derrière, en veste et coule roulé noirs, droit comme un i et sec comme une trique, se trouvait le sulfureux écrivain international, politicien russe et agitateur d'idées. 

VIDÉO: Edouard Limonov: "Je me considère comme un génie" 

41oMmodk19L._SX317_BO1,204,203,200_.jpgD'une poignée de main ferme, il accueillait les visiteurs sans manières dans son appartement de 100 mètres carrés à la déco minimaliste: quelques chaises, un bureau en formica, un fauteuil en skaï et, sur les murs gris, trois ou quatre photos où l'on reconnaissait le maître des lieux, pour la plupart des clichés pris à Paris, dans le Marais, où il avait vécu au début des années 1980, et devant Notre-Dame.

Il n'a pas voulu me dire - c'était ma première d'une longue série de questions - ce qu'il pensait du succès fulgurant du livre que venait de lui consacrer Emmanuel Carrère et qui l'avait, en quelque sorte, ressuscité. Cependant, il était clair que l'écrivain russe, tricard à Paris depuis les années 1990 en raison de son engagement pro serbe en Yougoslavie vingt ans auparavant, se délectait de cette réhabilitation inattendue offerte sur un plateau par le romancier français.  

Enfant surdoué, rebelle, voyou, poète, agitateur et écrivain...

C'est le génie d'Emmanuel Carrère d'avoir consacré un livre à Limonov, dont la trajectoire se confond avec celle de la Russie, depuis Khrouchtchev jusqu'à Poutine, et les soubresauts de notre époque, des années Mitterrand à celle de Slobodan Milosevic. 

La biographie de l'écrivain décédé est fascinante. Enfant surdoué puis adolescent rebelle, voyou, ouvrier en Ukraine, "Eddy" devient poète underground à Moscou sous Leonid Brejnev, majordome au service d'un milliardaire à New York, écrivain déjanté (puis pestiféré) à Paris, puis soldat pro slave dans les Balkans aux côtés des Serbes, et enfin, de retour à Moscou, chef du parti "nasbol" (national-bolchevik) - interdit en 2007-, et enfin prisonnier politique, puis héros d'un best-seller en France, récompensé par le Renaudot.

LIRE AUSSI: Interview d'Edouard Limonov: "Poutine règne par le mensonge total" 

Personnage hors du commun, Edouard n'était pas antipathique, ni particulièrement chaleureux. C'était d'ailleurs l'essentiel de son charme pour peu que l'on goûte à l'humour glacial. Comme il est plaisant, à l'heure de la "com" et de la séduction à tout prix, de rencontrer quelqu'un qui ne cherche pas à plaire... 

Anti-politiquement correct avant que cette posture ne devienne à la mode, Limonov balançait ses réponses comme des cocktails Molotov, parfois accompagnées d'un rire sardonique à la manière de Joker le personnage borderline et nihiliste de Batman. "L'industrie du tourisme me dégoûte, expliquait-il tranquillement lorsqu'on l'interrogeait sur la notion de vacances. J'ai été enchanté lorsque j'ai appris que des touristes allemands avaient été dévorés par des requins en Egypte.

"Salvador Dali? Un minable!"

Limonov-d-Emmanuel-Carrere-Pol.jpgCette manière de parler peut être déstabilisante. Elle est aussi rafraîchissante. Car, au moins les propos de Limonov procédaient-ils d'une pensée réellement personnelle, hors sol et hors cadre, qui a le mérite d'interroger les certitudes. Tout en l'écoutant énoncer ses vérités dégoupillées, il fallait toujours se demander si elles étaient à prendre au second ou au troisième degré. Tout bien réfléchi, c'était au premier. 

Tour à tour mégalo, fanfaron, lumineux, agressif, excessif, foutraque et de mauvaise foi, Limonov, 69 ans à l'époque, n'avait pas renoncé à combattre l'esprit bourgeois et tous ceux qu'il considérait comme ses porte-parole, pêle-mêle: Mikhaïl Gorbatchev ("un plouc"), BHL ("le troubadour de la rive gauche"), Bernard Pivot ("regarde-moi ce visage sans volonté..."), Salvador Dali ("un minable")! 

Il y avait du Sid Vicious, chanteur et bassiste des Sex Pistols, chez cet écrivain qui se présentait comme "le punk de la littérature russe" et, aussi, un peu de Louis-Ferdinand Céline, avec qui il partageait le glorieux statut de "pestiféré" des lettres. "Les prix littéraires, c'est de la merde", asséna-t-il, parmi mille saillies, lors de nos entretiens. 

"Les Russes sont lourdingues, surtout s'ils sont alcoolisés"

A propos de ses compatriotes russes, Limonov disait : "Ils sont lourdingues, surtout s'ils sont alcoolisés. Des gens capables d'emmerder le monde toute la soirée si l'on aborde un sujet qui leur tient à coeur." 

Et puis, aussitôt après: "L'âme russe, c'est moi! Un mec capable de prendre des risques sans réfléchir aux conséquences. Il faut se jeter dans des situations sans réfléchir. Faute de quoi, on reste le cul sur sa chaise, incapable de construire son histoire. Il faut vivre tant que l'on est vivant." 

Mégalomane, Limonov? Sûrement. Il suffisait qu'il ait séjourné dans la même ville, Rome, qu'un terroriste des Brigades Rouges dans les années 1970, sans avoir jamais fréquenté ni croisé ce dernier, pour qu'il trouve une signification historique à cette banale coïncidence et, mieux, fasse du terrorisme italien d'extrême gauche un élément de sa propre biographie. 

A coup sûr, dans l'au-delà, sa créativité débordante lui permettra de raconter partout qu'avant de partir, il fut l'un des grands témoins, sinon le protagoniste majeur, de la crise du coronavirus! Sacré Edouard... 

Note:

(1) Limonov par Edouard Limonov, conversations avec Axel Gyldén (Ed. L'Express), 2011, 142p., 12,90€. 

Ernst Jünger & The End Times by Tomislav Sunić: The Balkanization of The System

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Ernst Jünger & The End Times by Tomislav Sunić: The Balkanization of The System

 
 

mardi, 17 mars 2020

Approaching D’Annunzio

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Approaching D’Annunzio

Reviewing a story collection in 1925, an American critic compared Gabriele d’Annunzio’s influence on the Italian mindset to that of Rudyard Kipling in England. “[T]o understand him is to understand pre-war and immediately post-war Italy.” [1] [1] That sort of remark is almost inaccessible to us today; when we think of the Great War, if we think of the Great War at all, we surely don’t automatically think of Kipling or d’Annunzio. That is one hurdle in approaching d’Annunzio today.

Another is the peculiarity of his style, replete with obsessively detailed sex, gore, and flights of fantasy. That 1925 American reviewer took special exception to one of the stories at hand, “The Death of the Duke of Ofena,” in which in a few brief pages a half-dozen people are successively impaled, hanged, dismembered, and burned alive. [2] [2]

Here and there you read that d’Annunzio’s fiction and poetry never gained much acclaim outside Italy, because his idiom and imagery defy faithful translation. And in the writer’s own time there was also the problem of censorship. Even in France, his works were often bowdlerized or never published at all. The Holy See put most of his works on its Index Librorum Prohibitorum in 1911, and they remained there (I presume) until the Index ceased in 1966.

At root, d’Annunzio seems to have regarded himself as a Man of the Renaissance, rather than simply a “Renaissance man”: someone from the age of Benvenuto Cellini, a soldier-poet-dandy, full of sensuality and operatic emotions. Someone who understood that overwhelming passion is the fuel that makes the creative soul run. A “bold, bald-headed, perhaps a little insane but thoroughly sincere, divinely brave swashbuckler [3]” — as a young sometime-fan named Ernest Hemingway once put it.

It’s hard not to think that d’Annunzio’s public persona was something of an act, a self-caricature put on to get attention. Maybe it was; certainly, he never seems to have shown self-consciousness about the whole thing. The self-promotion started early. When he was 17 and publishing his second book of poetry, he anonymously informed the Rome newspapers that the young genius d’Annunzio had just been killed by falling off his horse — alas! By the time the “error” was discovered, he was famous, and the public was thrilled to learn the brilliant young poet hadn’t died after all.

The arc of his life connects the epoch of aestheticism and “decadence” of the 1880s and 90s (Whistler, Huysmans, Swinburne, etc.), and the age of Italian Fascism, to which d’Annunzio contributed both style (black uniforms, Roman salutes) and song. He didn’t write “Giovinezza, Giovinezza,” but that was the marching song of his followers when he was dictator of the city-state of Fiume in 1919-1920. After that, the Fascisti appropriated it as their own anthem.

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Benito Mussolini called d’Annunzio a John the Baptist figure, “the first Duce,” and obsequiously modeled his own oratorical style on the poet’s. This admiration was not reciprocated. D’Annunzio considered Mussolini a buffoon, and the Fascisti a tawdry spoof of the heroic cult that d’Annunzio had hoped to lead. After Mussolini’s March on Rome in 1922, relations between poet and Duce were frosty. D’Annunzio was excluded from the new Royal Academy of Italy until Mussolini decided it might be good public relations to extend a welcome to Italy’s greatest living writer. D’Annunzio slapped back the belated invitation with a snarl: “A thoroughbred horse should not mix with jackasses. This is not an insult, but a eugenic-artistic fact.” [3] [5]

Nevertheless people blamed d’Annunzio for Mussolini. One of them was Hemingway, who long hero-worshipped d’Annunzio, and met him once in 1918. Five years later, covering a Mussolini speech for the Toronto Daily Star [3], he saw the mimicry and the bombast, and decided d’Annunzio was a “jerk [6].”

What had happened in the meantime was the pinnacle of d’Annunzio’s public career, his 1919 capture of Fiume. Fiume, on the Adriatic, was a mostly Italian town, but had long been under Austrian rule, as indeed much of Italy had been sixty years earlier. Off in Paris, the Allied leaders at the Versailles Conference had decided to award Fiume to the new made-up country of “Jugoslavia” (as it was then spelled). Captain d’Annunzio, with about 2,000 fellow mutineers from the Italian army, marched upon Fiume and claimed it for the Kingdom of Italy. The Kingdom demurred, however, and wouldn’t take it. (A purely diplomatic move; Italy was one of those victors meeting at Versailles, and couldn’t be seen treating with freebooting renegades.) D’Annunzio and his followers thereupon declared Fiume to be an independent city-state, under the leadership of the poet himself. Each morning he went to his balcony and declaimed poetry and speeches to the appreciative crowds.

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He had ambitions beyond Fiume. He was certain the new Jugoslavia would start to fall apart. And when it did, he and his army (with the aid of some unhappy Croats and Montenegrins) would seize territory from the oppressive Serbian regime in Belgrade. This, of course, didn’t happen. After 15 months d’Annunzio was forced out — but by Italy, which eventually agreed to annex Fiume. And Italian it remained until 1945. D’Annunzio in Fiume is often dismissed as a comic-opera figure whose coup ended in fiasco. But like Columbus with the egg, he showed Europe (and Mussolini) that the thing could be done.

The saga of this doughty little city-state on the Adriatic, standing fast against the might of the world, is something that ought to have appealed to Hemingway. But the mood of the time had shifted. Here was d’Annunzio in 1920, still exalting war in the style of 1914, calling for eternal vengeance and a ground soaked with blood. Hemingway took it all personally. He’d served as an ambulance driver on the Italian front, where he was wounded, decorated, and ever after appalled by the endless, meaningless carnage. Back home in Chicago, he wrote a little poem called “D’Annunzio.” It goes: “Half a million dead wops / And he got a kick out of it / The son of a bitch.” [4] [7]

* * *

51ELxVNVWuL._SX323_BO1,204,203,200_.jpgIn her 2013 biography of d’Annunzio, [5] [8] Lucy Hughes-Hallett says d’Annunzio’s life is the most thoroughly documented of any figure, in large part because he was an assiduous diarist, describing his daily doings in minute detail — the quality of the asparagus he was eating, the comeliness of the serving maid, and every lurid fantasy that sprang to his busy mind. Much of this note-taking served as raw material for his novels:

His works are full of descriptions of sex so candid they still startle . . . We have his descriptions not only of his lovers’ outward appearances but of the secret crannies of their bodies, of the roofs of their mouths, of the inner whorls of their ears, of the little hairs on the back of a neck, of the scent of their . . .

Et cetera. Too much information, suggests the biographer. For lack of a more precise category, his novels and poetry are grouped into the late-19th century Decadent school. But his obsession with the lurid and surreal probably has its closest approximation in the work of a painter, Salvador Dalí.

Images and ideas recur in d’Annunzio’s life and thought, moving from reality to fiction and back again: martyrdom and human sacrifice, amputated hands, the scent of lilac, Icarus and aeroplanes, the sweet vulnerability of babies, the superman who is half-beast, half-god. [6] [9] 

To learn more about D’Annunzio’s life and accomplishments, see the following works on this site:

Additionally, Kerry Bolton’s essay on D’Annunzio is included in his book, Artists of the Right, and Jonathan Bowden’s lecture on him is included in his Extremists.

Notes

[1] [10] Thomas Caldecot Chubb, “Sparks from the Hammer,” in The Saturday Review of Literature, June 24, 1925.

[2] [11] Gabriele d’Annunzio, Le Faville del Maglio (Milano: Fratelli Treves), 1924.

[3] [12] Marcel F. Grilli, “The Poet and the Duce,” The New Masses, July 12, 1938.

[4] [13] Ernest Hemingway, Complete Poems (Lincoln NE: University of Nebraska Press), 1979.

[5] [14] Lucy Hughes-Hallett, Gabriele D’Annunzio: Poet, Seducer, and Preacher of War (New York: Alfred A. Knopf), 2013. Published in England as The Pike: Gabriele D’Annunzio (London: Fourth Estate), 2013.

[6] [15] Hughes-Hallet, Gabriele D’Annunzio.

Article printed from Counter-Currents Publishing: https://www.counter-currents.com

URL to article: https://www.counter-currents.com/2020/03/approaching-dannunzio/

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[1] [1]: #_ftnref1

[2] [2]: #_ftnref2

[3] bold, bald-headed, perhaps a little insane but thoroughly sincere, divinely brave swashbuckler: https://www.etbrooking.com/2016/12/28/hemingway-il-duce/

[4] here: https://www.counter-currents.com/artists-of-the-right-order/

[5] [3]: #_ftnref3

[6] jerk: https://newrepublic.com/article/116326/gabriele-dannunzio-poet-seducer-and-preacher-war-reviewed

[7] [4]: #_ftnref4

[8] [5]: #_ftnref5

[9] [6]: #_ftnref6

[10] [1]: #_ftn1

[11] [2]: #_ftn2

[12] [3]: #_ftn3

[13] [4]: #_ftn4

[14] [5]: #_ftn5

[15] [6]: #_ftn6

lundi, 16 mars 2020

Four French Collaborationists: Châteaubriant, Céline, Drieu, Brasillach

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Counter-Currents Radio Podcast No. 264
Four French Collaborationists:
Châteaubriant, Céline, Drieu, Brasillach

 

To listen in a player, click here.

To download the mp3, right-click here and choose “save link as” or “save target as.”

This is a lost London Forum talk by Michael Walker on four French artists of the Right: Alphonse de Châteaubriant, Louis-Ferdinand Céline, Pierre Drieu La Rochelle, and Robert Brasillach. If anyone has details about when this talk was given, please post a comment below.

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“Homage to Robert Brassilach”
Michael Walker

Comme le temps passe
Robert Brasillach

My homage is for the way you lived to die
That I a coward cannot emulate
You knew and wrote
Reason turns malevolent
after childhood disperses
And slumps into mature consideration
You could not have lived with yourself after failing.
So the leaden sentence was a gift
Better to die as you died
In the fluency and grace of certainty and light
Like poor Pucelle
Than grapple with compromise and penance
To win years in retirement and shame
Dying defiant
Sin pañuelo
The Castilian way.
Happiness a bagatelle
To a fascist
Dying well essential
Dying well redeems
The quintessence
Not delaying
Nor complaining
Nor dreading
Unbitter witness
The theatrical end
Many shrink and strive to safety
Delay complain and dread
And run away and hide
And sacrifice their pride for a
Doubtful grace
Not you a thief or cheat
Perhaps a busy undertaker
Coffins lined in neatly ordered rows
“The Bubonic East has
Broken out” –the facts
Every issue packed and bracketed
Childhood spoilt and spilled
Venom packed away in lofts or cellars
Then taken out and filmed
Nothing like that within you
So they held their tryst with you
Many shrink and strive to safety
They show their heads
Where they fear no censure
The dumb speak no treason
The illiterate pen no error
They called you traitor and acolyte to murder
But no betrayal was within you
Those
Who mattered to you
Will wait and wait
Carlists on horseback
Ragamuffin Spain
The islands of childhood
You walk to them
Punctual formal and correct
In the fields of your Great Faith
Le paradis terrestre
Martyr’s etiquette at the shore
Running and returning
Your last breath faithful
Hear the sea roar

Comme le temps passe
Robert Brasillach

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vendredi, 13 mars 2020

Stanisław Przybyszewski

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Stanisław Przybyszewski

Halina Floryńska-Lalewicz

Author: Culture.pl

Writer, poet, dramatist and essayist. Born on 7 May 1868 in Łojewo near Kruszwica, died 23 November 1927 in Jaronty– Inowrocław county.

Upon graduation from a German gymnasium in Toruń (Thorn), Przybyszewski went to Berlin to study architecture and medicine from 1889. In 1892 he edited "Gazeta Robotnicza", the Polish socialist weekly appearing in Berlin. The following year he married the Norwegian writer Dagny Juel and in 1894-98 lived mostly in Norway. While in Germany and Norway, he stayed in close touch with the circles of international Bohemia; he was friends with Edvard Munch, Richard Dehmel, August Strindberg and others.

In 1898 he arrived in Kraków and was appointed editor of "Życie". The following year the magazine went bust for censorhip and financial reasons. In 1901-05 Przybyszewski lived in Warsaw, devoting himself to literary work.

From 1906 to 1918 he stayed in Munich. In 1917-18 he contributed to the Expressionist magazine "Zdrój" which was published in Poznan.

In 1919 he returned to Poland to take civil service posts in Poznan and Gdansk. He also got involved in social responsibility projects - he was the champion and organizer of the construction of a Polish gymnasium and the Polish House in Gdansk. In 1924 he got employed at the Civil Office of the President of the Republic. He was awarded the Officer Cross and the Commander Cross of the Polonia Restituta Order. An active man of letters till his last days, he was the author of a great many publications and gave tremendously popular public lectures.

Przybyszewski's role in the Young Poland period goes beyond the facts contained in his curriculum vitae and, indeed, beyond what he wrote. In the late 19th and early 20th centuries he was a major figure, if not a prophet, of literary life. Writers of more intellectually mature works used to start their discourse from comments on his views. A large percentage of his generation spoke his language. One of the reasons for it was his eccentric personality and his scandalizing legend which included erotic excesses, drinking and the notorious divorce of Jadwiga and Jan Kasprowicz which he had caused. More than that, he was the one to formulate the main philosophical ideas of his generation in a most extreme and dramatic way, and did it through literary provocation.

spybook.jpgHe earned fame in Berlin, where he became a hero of the international artistic community. It was in Berlin that he published his resonant essay "Zur Psychologie des Individuums. I - Chopin und Nietzsche. II - Ola Hansson" 1892 as well as poems Totenmesse, 1895 (Polish version: Requiem aeternam, 1904), Vigilien, 1895 (Polish version: Z cyklu wigilii, 1899), De profundis, 1895 (Polish version 1900), Androgyne, 1900. They introduced themes which would be central to all of his work: individualism, the metaphysical and social status of creative individuals, fate of geniuses, the sense of such attributes of genius as "degeneration" and "illness". He continued to present his philosophical views in essays published in a number of magazines and later collected in the volumes "Auf den Wegen der Seele" 1897 ("Na drogach duszy" [On the Paths of the Soul], 1900), "Szlakiem duszy polskiej" [On the Paths of the Polish Soul], 1917, "Ekspresjonizm, Słowacki i Genesis z ducha" [Expressionism, Slowacki and Genesis from the Spirit], 1918.

Initially open to various views, Krakow's "Życie", coming out in 1897-1900, was transformed into a magazine of the young generation when Artur Górski was appointed editor-in-chief in early 1898, to become the organ of Young Poland. In no. 1 of 1899 Przybyszewski published Confiteor, the manifesto of the new art and one of its key writings. Its main slogan, "art for art's sake", was not just an appeal for the autonomy of artistic activities. It was born out of Przybyszewski's conviction, shared with other artists, that art reveals important truths about existence, reaching the Absolute. The artist's "naked soul", stripped of conventions and freed from social constraints and intellectual stereotypes, is able to transcend the seeming biological and spiritual dualism of the human being. Indeed, this dualism is one of cognitive powers, and conceals the basic unity of being. According to Przybyszewski, the opposition of soul and brain is the opposition of intuitive and discursive cognition; the former, analytical and communicable, belongs to the unified order of social phenomena; the latter is a way in which the individual communicates with absolute reality.

Przybyszewski's manifesto, affirmative of creative individuals as bearers of metaphysical insight, was targeted against the positivist program of socially involved art and the positivist concept of progressive natural and social evolution. It juxtaposed two types of cognition, two moral models and two development ideas: the social one and the individual one. Przybyszewski invoked the anti-positivist trends of contemporary philosophy, represented by Friedrich Nietzsche, Arthur Schopenhauer, Eduard Hartmann, as well as Polish romantic tradition (mainly Słowacki's philosophy of Genesis), theosophy and occultism. His views were also influenced by the heritage of naturalism. The sphere of the Absolute, in which the "naked soul", freed from social constraints, belongs, initially had strongly marked features of the sphere of biology and drive, believed to determine the conscious life of man and to cause permanent moral conflict. Przybyszewski based on it his concepts of "blameless guilt", doom and evil, the latter perceived as the inseparable element of being. Gradually, however, the "naked soul" evolved to become increasingly spiritual, its destructive and self-destructive energy proving the evolution's driving force towards individual perfection. Przybyszewski combined Slowacki's concept of King Spirit who destroys the existing forms of being to create finer ones, with Nietzsche's idea of the Overman. To legitimize these ideas, he finally accepted the concept of re-incarnation.

spybook2.jpgPrzybyszewski translated the philosophical issues raised in his essays and narrative poems into the language of literary prose and drama. A very prolific writer, he published many novels, all of them trilogies, in German and Polish, notably Homo Sapiens, German edition 1895-96, Polish edition. 1901; Satans Kinder, 1897; Synowie ziemi [Sons of the Earth], 1904-11; Dzieci nędzy [Children of Poverty], 1913-14; Krzyk [The Cry], 1917; Il Regno Doloroso, 1924. All of his novels had basically the same type of protagonists, i.e. outstanding individuals destroyed by the social world and by their internal demons. These doomed characters were presented in extreme, frequently pathological, emotional states of alcoholism, jealousy, destructive love. The plots were weak and served as a pretext to analyze the characters' internal states. This new type of the protagonist required appropriate narration techniques that were different from those used in realistic novels. Przybyszewski made innovative use of (seemingly) indirect speech and of internal monologue.

As they violated taboos of social behaviour and were - intentionally - morally provocative, all of his books aroused intense public response. Translated into English, Italian, Czech, Bulgarian, Serbo-Croatian, Yiddish and many other languages, his novels and essays had a major influence on the period's literature, particularly in Scandinavia and Central Europe.

He also wrote a number of dramas, including Das grosse Gluck, 1897; Złote Runo [Golden Fleece], 1901; Śnieg [The Snow], 1903; Matka [Mother], 1903; Odwieczna Baśń [Perennial Fairytale], 1906; Śluby [The Oaths], 1906; Gody życia [The Nuptials of Life], 1910; Topiel [Deep Water], 1912; Miasto [The Town], 1914; Mściciel [The Avenger], 1927. Their themes and characters were similar to those of the novels. Likewise, the plots were flimsy, and were compensated for by numerous monologues and discussions revealing the inner life of the characters.

Przybyszewski's dramas were put on stage in many Polish and European theatres; in a number of cases the staging preceded the coming out in print. In 1921, marking Przybyszewski's thirtieth anniversary as a writer, his dramas appeared in the repertoires of the theatres of Krakow, Warsaw and Lvov. All the premieres were accompanied by heated debates on their literary and moral aspects.

Both the work and the legend of Przybyszewski lost some of its popularity in the twenty years separating the two world wars, other literary events eclipsing them. Przybyszewski's other side came to the forefront, however. This enemy of involvement of art and of any social ties gave himself in to the tide of patriotic feeling, publishing a bilingual pamphlet "Polen und der heilige Krieg; Polska and the Holy War" (1916), an apotheosis of the struggle for national liberation. After World War I his support for the freshly regained statehood was not limited to words; he championed and master-minded pro-Polish public actions and became a valued civil servant. Once a poet maudit, he had a funeral worthy of a dignitary, writes his biographer, Stanisław Helsztyński. Przybyszewski was buried in Góra in the Kujawy region. His coffin was placed in a four-horse carriage decorated with state insignia. The funeral procession was a three-quarter mile long and included state and Church dignitaries, chancellors of colleges and universities, writers and journalists. An honorary salute was fired over his grave. A public collection of money which lasted for four years paid for the stately tomb that has survived to the present day.

Przybyszewski played a major role in Polish cultural life as an artist, thinker and taboo-breaking provocateur. Writing in Polish as well as German, he was among the best-known Polish writers in Europe. Today he is of interest mostly to historians of literature and culture as well as to lovers of the period of Young Poland. Of the few stagings of his dramas, the most interesting performance was that of Matka directed by Krystian Lupa in Jelenia Góra in 1979.

Major publications: "Wybór pism" [Selected Writings], Wroclaw 1966; "Listy" [Letters] vol. 1-2, Wroclaw 1954.

Author: Halina Floryńska-Lalewicz, January 2004
 

mercredi, 11 mars 2020

La vie des fourmis de Maurice Maeterlinck

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par Denis BILLAMBOZ
Ex: https://interligne.over-blog.com
 
Pour clore la trilogie qu’il a consacrée aux insectes vivant en société organisée, Maurice Maeterlinck, après avoir étudié la vie des abeilles et des termites, s’est intéressé à celle des fourmis qui est encore plus complexe car il existe une diversité énorme de fourmis, différentes d’une espèce à l’autre, vivant selon des principes, des règles et des mœurs complexes eux aussi. « On en a décrit à ce jour six mille espèces qui toutes ont leurs mœurs, leurs caractères particuliers ». Il n’a pas étudié lui-même les fourmis comme il n’avait pas auparavant étudié la vie des termites, il a compulsé les meilleurs auteurs parcourant la presque totalité de la production sur le sujet à la date de la publication de son ouvrage. Rappelons que s’il a publié « La vie des abeilles » en 1901, « La vie des termites » n’est paru qu’en 1926 et  « La vie des fourmis » en 1930.
 

Maurice_de_Maeterlinck,_crop.jpgLa fourmilière est peuplée par des reines, des femelles fécondées, vivant une douzaine d’années, d’innombrables cohortes d’ouvriers (ou ouvrières ) asexués vivant trois ou quatre ans et de quelques centaines de mâles qui disparaissent au bout de cinq à six semaines. Dans une fourmilière peuvent cohabiter plusieurs colonies avec plusieurs reines et même parfois différentes espèces en plus ou moins bonne harmonie. La fourmilière héberge aussi une quantité de parasites, l’auteur écrit qu’on en comptait, au moment de la rédaction de son ouvrage, « plus de deux milles espèces, et d’incessantes découvertes accroissent journellement ce nombre ». Je n’ai pas eu la curiosité de vérifier cette donnée auprès d’autres sources, la vie et l’histoire de ce monde en miniature sont pourtant fascinantes et permettent de formuler moult élucubrations plus ou moins fantaisistes mais, pour certaines, tout à fait plausibles. L’auteur s’est penché sur cette vie grouillante et pourtant très organisée qui peut évoquer l’humanité à une échelle réduite et peut-être même dotée d’une intelligence au moins comparable. C’est là un vaste champ d’investigation, de réflexion, d’imagination et  de recherche qui ne sera sans doute jamais exploré jusqu’à ses ultimes limites.

Pour suivre le préfacier, Michel Brix, nous retiendrons que l’auteur formule deux interrogations à travers cette trilogie : « les insectes sont-ils heureux ? Et quelle spiritualité serait susceptible d’éclairer et de conforter les humains dans leur marche vers une existence plus « sociale », marquée par le renoncement à l’intérêt individuel ?» Ainsi, la trilogie est-elle empreinte de cette double question et principalement ce troisième opus consacré aux fourmis qui sont plus dévouées au collectif que les abeilles et les termites, leur l’esprit de sacrifice étant absolu. Maeterlinck les considère comme les infimes parties d’un tout vivant, à l’exemple d’une cellule d’un corps humain.

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Certaines espèces de fourmis sont extrêmement évoluées, elles peuvent cultiver des champignons, élever des parasites, moissonner, elles sont encore plus ingénieuses et mieux organisées que les abeilles et les termites. Mais, comme si toute évolution impliquait un esprit hégémonique et conquérant, « seules, entre tous les insectes, les fourmis ont des armées organisées et entreprennent des guerres offensives ». Nombre d'entre elles peuvent aussi causer des dégâts cataclysmiques dans la végétation, dans les villages, partout où leur énorme flot se déverse en un  fleuve tranquille mais dévastateur. Elles ont aussi inventé l’esclavage en contraignant les espèces les moins solides, les moins débrouillardes, à les servir.

L’étude de la vie des fourmis bute néanmoins sur de nombreux mystères que la science n’a pu élucider avant la publication de cet ouvrage et pas davantage aujourd’hui, même si la connaissance a probablement évolué depuis la publication de l'opus. Un des problèmes fondamental réside dans l’expansion incessante du nombre des individus, la reine pond sans cesse à un rythme effréné sans qu’aucun système de régulation ne freine le processus de reproduction. Quel pourrait être le but d’une telle frénésie reproductrice ? L’auteur laisse cette question en suspens. Pour clore la trilogie, nous resterons sur une autre interrogation formulée également par Maeterlinck : « Les fourmis iront-elles plus loin ? » Rien ne permet de le dire mais rien n’est impossible, l’accroissement exponentiel du nombre des individus reste une hypothèse plausible et, dans ce cas, l’étendue des dégâts qu’elles causent peut croître elle aussi de façon extraordinaire. Et si cette question n’appartenait pas au seul domaine de la science ? A la lecture de la trilogie, on constate que Maeterlinck n'a pas craint de se la poser.


Denis BILLAMBOZ


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mardi, 03 mars 2020

Henri Conscience et la chouannerie belge

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Henri Conscience et la chouannerie belge

Ex: https://lepassebelge.blog

« De Boerenkryg » , le roman d’Henri Conscience (1853), relate de manière réaliste le soulèvement contre le régime français, pour la foi catholique et pour la patrie belge, qui mobilisa dans toutes les couches de la population. Mais la diffusion de cette œuvre, comme le souvenir des événements eux-mêmes, se sont largement estompés (1798).

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Le monument conçu par Ernest Dieltiens et érigé en 1898 à Herentals pour le centenaire de la guerre des Paysans. (Source: https://www.herentals.be/boerenkrijgmonument)

   La Belgique est française depuis trois ans et Overmere, près de Termonde, appartient au département de l’Escaut quand, le 12 octobre 1798, un huissier, accompagné de quelques soldats de l’armée occupante, vient saisir les biens d’un citoyen récalcitrant à l’impôt. L’affaire fait rapidement le tour du village. Les jeunes commencent à s’attrouper, montrant les dents ou les poings en direction des sbires qui n’en mènent pas large. Les cris de « Vive l’Empereur » (d’Autriche) sont lancés comme autant de défis. Les représentants de l’ordre n’insistent pas: ils s’en vont sous les huées.

   Partie remise, bien sûr. On envoie peu après des gendarmes pour réduire les bagarreurs. Mais les jongens ont ameuté les communes environnantes. La guerre des Paysans est déclenchée. Elle va s’étendre, à des degrés divers, dans toutes nos provinces et, malgré l’appellation réductrice, mobiliser dans toutes les couches sociales. La République mettra trois mois au moins pour venir, partiellement, à bout de l’incendie.

   Un demi-siècle s’est écoulé depuis ces événements quand Henri (ou Hendrik) Conscience en fait, en 1853, la matière d’un roman qui sera l’un de ses plus grands succès, tant en néerlandais qu’en traduction française.

De Boerenkryg (La guerre des Paysans), observe Kevin Absillis (Université d’Anvers), a « ancré dans la mémoire collective belge et flamande » ce chapitre de l’histoire en en faisant, « selon les standards d’alors, une épopée tourbillonnante » [1]. C’est une révolte pour la foi et pour la patrie – patrie qui est bien d’un bout à l’autre la Belgique. Même si l’essentiel de l’action se situe en Flandre, dans le village campinois de Lichtaart (Kasterlee) rebaptisé du nom de Waldeghem, les héros sont les « Belges opprimés » et la « Belgique combattante » . Cinq mois après la parution du livre, le roi Léopold Ier offrira à Conscience une bague en diamant comme « marque de Sa haute bienveillance » .

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Depuis, des interprétations en sens divers ont fait leur chemin. L’une d’elles veut que l’intérêt pour la chouannerie belge ait été lié à la crainte – nullement infondée – d’une résurgence des projets annexionnistes français après la révolution de 1848 et surtout sous le Second Empire. D’autres exégèses tiennent du procès idéologique intenté à un écrivain chantre de la tradition catholique et rurale. L’historien et journaliste Marc Reynebeau, dans Het klauwen van de leeuw (1995), y ajoute une dose de freudisme: la haine de la France serait liée à un complexe d’Œdipe, l’artisan du renouveau des lettres flamandes étant né d’un père français! Kevin Absillis entend pour sa part exonérer l’auteur de sa supposée mauvaise réputation pour en faire un louable réformiste. Il se demande surtout, à la fin de son étude, si la modernité opposée au conservatisme culturel et religieux des paysans n’est pas elle-même une construction discursive (beaucoup moins appréciée par ses protagonistes quand elle est invoquée dans un contexte colonial…).

   Qu’en est-il au fond ? Pour « l’homme qui apprit à lire à son peuple » , selon l’expression consacrée, il n’est pas douteux que la Terreur condamne 1789 et que nos contrées, au XVIIIè siècle, n’avaient pas de leçons de libertés à recevoir de la France, étant sur ce point beaucoup mieux loties qu’elle. Dès les premiers paragraphes du prologue de De Boerenkryg, Conscience n’hésite pas à qualifier la Belgique de « pays natal de la liberté » , rappelant que dès le Moyen Age, entre prince et peuple, « les droits et les devoirs de chacun étaient réglés par des lois écrites » . Toute notre histoire a été « un gigantesque déploiement de forces pour la défense de la liberté » , ajoute l’écrivain, se montrant aussi éloigné de la monarchie absolue portée à sa quasi-perfection par Louis XIV que du libéralisme national et romantique pour lequel le passé antérieur à la Révolution française se résume à une longue nuit.

   cms_visual_1024445.jpg_1519392015000_300x399.jpgCeci posé, le lecteur du récit ne peut manquer d’être frappé par le soin qui y a été mis à casser les stéréotypes et autres images d’Epinal. Le meneur de l’insurrection à Waldeghem, Bruno Halinx, n’a rien du fruste campagnard qu’on serait tenté de se représenter dans ce rôle. Fils du notaire de la localité, il a pu bénéficier d’un enseignement de qualité à l’école latine des augustins d’Anvers. Le futur héros est raffiné, quelque peu efféminé même, au point que le début de l’œuvre ressemble à un roman d’apprentissage, où la force des circonstances transforme un homme peu viril en chef intrépide.

   La fiancée de Bruno, Genoveva, est tout aussi éloignée de la Vlaamse boerin dont il « conviendrait » qu’elle soit une femme faible et effacée. Fille du maître d’école et sacristain, elle est intelligente et bien au fait des questions politiques. Sa fermeté et son intransigeance vont jusqu’à susciter l’admiration des soldats français pour qui elle n’a rien à envier à l’icône de la République! Mais son héroïne à elle est Charlotte Corday, qui a assassiné Marat pour sauver les vies de ses futures victimes.

   Quant au collaborateur de l’ennemi, Simon Meulemans, devenu commandant d’un régiment de sans-culottes qui opprime le village, il dépasse tout autant les figures unidimensionnelles. Il n’est pas Wallon ou francophone – ce qui aurait été pour l’auteur le choix de la commodité. Il est né et a grandi à Waldeghem. Révolutionnaire fanatique, responsable de l’exécution du père de Bruno, il peut aussi être taraudé par le doute. A la fin, il revient à Dieu et à la Belgique.

   En toile de fond de ces figures qui déjouent les a priori, on n’en retrouve pas moins la mise en valeur d’un passé glorieux et d’un héritage ancestral proposés comme remèdes aux dérives du temps présent. Le mal en Simon, qui est l’autodéracinement, est symbolisé par sa décision de se faire appeler Brutus, en référence au fondateur légendaire de la République romaine, qui fit condamner à mort ses deux fils royalistes. Qui rejette le nom de son père mérite la plus grande « indignation » possible, avait déjà écrit Conscience dans De Leeuw van Vlaenderen (Le Lion de Flandre, 1838). Et ce n’est pas fortuitement que la conversion du futur Simon « Brutus » commence à Bruxelles où il séjourne pendant la première occupation française (novembre 1792 – mars 1793). Il y subit l’influence d’un club entiché des doctrines venues de Paris, qui l’amène progressivement à quitter le droit chemin et à mépriser la vie pieuse de sa campagne natale.

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Cette dualité entre ruraux résistants et citadins égarés (ou à tout le moins passifs) s’exprime encore dans l’épilogue où Henri Conscience s’imagine, longtemps après les faits, en interviewer de Genoveva, devenue une vieille dame de 75 ans. « Maintenant, lui dit-elle, les histoires du pays ne disent pas un mot des pauvres Brigands [2] qui eurent le courage de verser leur sang à flots pour l’indépendance commune, alors que les villes courbaient lâchement la tête devant la tyrannie de l’étranger » .

   Relevons encore – ce que ne font pas Kevin Absillis ni Philippe Raxhon – la manière habile dont sont distillées, dans les propos de Simon, des expressions d’origine biblique, comme pour souligner la prétention de l’idéologie jacobine à s’ériger en religion. Ainsi, quand le séide du nouveau régime déclare à ses concitoyens de Waldeghem qu’il a rejoint les rangs des apôtres de l’affranchissement pour « annoncer la liberté des peuples jusqu’aux confins de la terre » (« tot aen de uiterste uithoeken der aerde » ), la similitude avec la parole du Christ envoyant ses témoins en mission [3] a été de toute évidence voulue. Et quand le même personnage affirme ailleurs qu’ « en vérité, un républicain ne devrait avoir sur terre ni père, ni mère, ni amis » (« in der waerheid, een Republikein zou op aerde noch vader, noch moeder, noch vrienden mogen hebben » ), comment ne pas y entendre une résonance du renoncement évangélique [4] ?

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On le voit: La guerre des Paysans mérite à coup sûr d’être considérée comme autre chose et plus qu’un pensum patriotique simpliste. Mais encore faut-il lire ce livre et sa diffusion sur papier, pour l’heure, est en panne. La dernière réédition (en néerlandais) date de 1985… Le souvenir des boerenkrijgers s’est tout autant estompé derrière les tragédies des deux guerres mondiales. Quelques cercles d’histoire locale maintiennent la flamme, certes, et nombreux demeurent les monuments élevés naguère aux héros de 1798: à Herentals, Mol, Bornem, Overmere, Turnhout, Hasselt, Clervaux… Mais combien de passants, en les voyant, pourraient dire à leurs enfants quelle épopée ces vieilles pierres devaient préserver de l’oubli ?

P.V.

[1] « Mag Conscience spreken ? « De Boerenkryg » (1853) anders gelezen » , dans De grote onleesbare. Hendrik Conscience herdacht, dir. Kris Humbeeck, Kevin Absillis & Janneke Weijermars, Gent, Academia Press, 2016, pp. 463-496. Cfr aussi Philippe RAXHON, « Henri Conscience and the French Revolution » , dans Nationalism in Belgium. Shifting Identities, 1780-1995, dir. Kas Deprez & Louis Vos, Basingstoke (Hampshire, Great Britain) – New York, Macmillan Press Ltd – St. Martin’s Press Inc., 1998, pp. 72-80. On notera que le premier auteur critique sans ménagements la lecture que fait le second du roman de Conscience.

[2] C’est ainsi que les Français désignaient les paysans insurgés.

[3] Les Actes des Apôtres, 1:8.

[4] Luc, 14:26. – Matthieu, 10:37.

lundi, 02 mars 2020

Le contrôle des mots dans 1984 d’Orwell

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Le contrôle des mots dans 1984 d’Orwell

par Quraishiyah Durbarry

Ex: https://echyelledejacob.blogspot.com 

“Les frontières de mon langage sont les frontières de mon monde” (Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus)

“On ne commande pas aux âmes comme aux langues”, affirme Spinoza. C’est le langage qui définit une société et crée la cohésion au sein d’un peuple. Contrôler le langage est l’apanage de l’État, que ce soit un État créé dans un but utopique, démocratique ou totalitaire car le langage permet d’avoir accès au logos du peuple, et ainsi commander leurs « âmes ». Dans les Histoires florentines, Machiavel relève comment pour conditionner l’homme, toute politique doit nécessairement passer par la logique, en se tissant par le biais du langage. Continuant la même idée, Hobbes affirme que l’humain peut facilement être assujetti par un système langagier qui amalgame la peur et l’orgueil. Ainsi si l’État créé une situation de frayeur et de fierté simultanées, il créé en même temps un peuple obéissant qui de lui-même serait prêt à renoncer à ses droits pourvu qu’il ait l’impression, fausse certes, d’être en train de faire ou encore de dire ce qu’il faut.
 
Le langage comme outil de contrôle politique
Le contrôle utopique du discours


On peut penser que « contrôle utopique » est un genre d’oxymore qui met en parallèle deux idées contraires. Or, en nous basant sur le Kallipolis de Platon, nous voyons que tel n’est pas le cas. Comme dans un état dystopique, l’État utopique doit contrôler le langage pour contrôler le savoir du peuple. Dans La République, l’État est géré par un groupe de philosophes qui choisissent ce qui est bien pour la population en se donnant pour but le bien-être du peuple, au lieu du contrôle absolu qu’est le but avoué de Big Brother, mais la similitude entre les deux états est plus que dérangeante.

Par exemple pour créer les « guerriers » de l’État, Socrate établit les lois du discours qui doivent nécessairement être basées sur la vérité selon lui. Mais pour Socrate sa vérité est la seule qu’on puisse concevoir pour ne pas corrompre les jeunes esprits par le mensonge et la fiction. Il décide donc que pour la bonne gouvernance il faudrait bannir tout simplement certaines fables, et même les idées qui relèveraient du mensonge :

« … jamais dans un État qui doit avoir de bonnes lois, ni vieux ni jeunes ne doivent tenir ou entendre de pareils discours sous le voile de la fiction, soit en vers soit en prose, parce qu’ils sont impies, dangereux et absurdes. »

Dans les deux cas, utopie ou dystopie, c’est l’État qui détient le pouvoir de discerner entre le bien et le mal et dans les deux cas le libre arbitre individuel est sacrifié. Dans L’Orange mécanique d’Anthony Burgess nous voyons comment l’État en voulant réprimer ce qu’il considère mal, réprime le libre arbitre et de ce fait réprime l’homme aussi. 

novlangue.jpgLa Novlangue

Le novlangue est la langue inventée par le Parti pour remplacer l’ancilangue à Océania. Le novlangue n’est pas traité uniquement dans la trame du roman, mais Orwell consacre également une partie importante au développement de cette langue dans son appendice. En 1984, le Novlangue est encore en mode décollage, même si le dictionnaire novlangue est à sa onzième édition et ce n’est qu’en 2050 qu’il effacera complètement l’ancilangue. Se rapprochant de l’hypothèse Sapir-Whorf, selon lequel c’est le langage qui détermine notre perception du monde et que chaque société, différente de par leur système linguistique, développe des pensées et des réflexions distinctes, Orwell dépeint un monde inconscient, manipulé par un système de langage élaboré. Dans son essai Politics and the English Language publié en 1945, Orwell émet déjà l’idée de la corrélation qui existe entre la langue et l’esprit. Le novlangue, pour le but du Parti, se développe donc en s’appauvrissant. Dans un premier temps, toute connotation associée aux mots est éliminée, puis on procède par éliminer les synonymes et les antonymes. La langue devient rigide, ne permettant aucune souplesse d’esprit, aucune émotion d’y traverser. La grammaire subit le même traitement. Tout était simplifié de telle façon à ce que la personne réfléchit le moins possible, ou ne réfléchit pas du tout.

Le novlangue a comme fin de sectionner la pensée en découpant la langue afin qu’il ne reste que des mots domestiques pour les robots de l’angsoc. De ce fait, il est planifié et instauré de manière à éliminer systématiquement, et plus efficacement que la torture, le crime par la pensée, et toute autre forme d’hérésie. 

Le langage comme contrôle de la pensée

Pour Orwell, la situation politique reflète le langage et si l’un est corrompu, il s’ensuit que l’autre doit l’être aussi. S’appuyant sur les constructions de la langue anglaise, il démontre comment le langage est utilisé dans la politique pour créer une fausse impression de sécurité, pour rassurer le peuple à obéir sans réfléchir. L’Océania est continuellement en guerre. Cette guerre a deux buts. Premièrement de garder le peuple dans un État de frayeur et deuxièmement de faire de sorte que le peuple soit satisfait et même fier de cette guerre. De ce fait, au lieu de mettre l’emphase sur tous les manques, l’État utilise un langage hautement positif. L’emphase est mise sur les victoires, sur la capture des ennemis, sur des augmentations imaginaires et aucune mention n’est faite des bombardements continuels, sur la qualité de vie misérable ou sur la diminution permanente des ressources.

Dans Le Cru et le Cuit, Claude Lévi-Strauss démontre comment dans une région où la cuisson de la nourriture est inconnue, le peuple n’a pas de mot pour signifier le concept « cuit » et comme dans « la langue il n’y a que des différences», il ne possède pas de signifié pour désigner le concept « cru ». De la même façon, le novlangue éliminait toute idée de révolte en supprimant d’abord les mots et ensuite les concepts mêmes qui sont associés à ces mots :

« On remarqua qu’en abrégeant ainsi un mot, on restreignait et changeait subtilement sa signification, car on lui enlevait les associations qui, autrement, y étaient attachées. »

C’est le concept hégélien qui stipule qu’on ne peut penser ce qu’on ne peut dire. De même selon Boileau « ce qui se conçoit clairement s’exprime clairement et les mots pour le dire viennent aisément. » Ainsi donc, il faudrait retenir la conception anti-platonicienne et anti-idéaliste qui voudrait que les choses n’existent pas en dehors des mots qui servent à les designer.

Orwell relève aussi comment l’orthodoxie commande une certaine forme de répétition, tant et si bien que le langage ad absurdum résulte en un reductio ad absurdum de la logique. Dans 1984, les orateurs du Parti inculquent le même genre d’orthodoxie par leur jargon à la fois répétitif et inflammatoire. Dans ce système de répétition, les mots deviennent que des sons, du bruit qu’on émet à la gloire du Parti et ne véhiculant aucun sens à part bien-sûr la célébration du Parti. Ainsi les chansons accomplissent ce but à la perfection car elles permettent à la fois l’apprentissage par cœur sans réflexion et la scansion du Parti. 

Inversion de la logique
« Le gros mensonge »

C’est par une manipulation psychologique élaborée que le Parti arrive à ses fins dans 1984, s’infiltrant subtilement dans le cerveau tant et si bien que la personne même ne se rencontre pas qu’elle a été lobotomisée. Inverser la logique de l’individu c’est changer sa perception de telle façon qu’il devient impossible à cette personne d’avoir un quelconque raisonnement approprié :

« Par manque de compréhension, ils restaient sains. Ils avalaient simplement tout, et ce qu’ils avalaient ne leur faisait aucun mal, car cela ne laissait en eux aucun résidu, exactement comme un grain de blé, qui passe dans le corps d’un oiseau sans être digéré. »

Dans Mein Kampf, Adolf Hitler utilise le terme « Le Gros Mensonge ». Le gros mensonge est l’utilisation d’un mensonge, si grand, que personne ne croirait que quelqu’un puisse avoir eu l’audace d’avoir inventé une telle chose. Le public se laisse facilement manipuler par une voix autoritaire et au lieu de remettre en question la rhétorique étatique, ils préfèreront croire à n’importe quelle ineptie. « Big Brother », les termes ne sont pas anodins, représente ce parent qui veille sur eux, et crée dans leur esprit l’image de cette personne primordiale à leur sauvegarde. Les citoyens sont donc psychologiquement amputés de toute forme de rébellion. 1984, jouant sur les mots et la parole, crée un climat langagier envahissant où l’individu est amené à croire à tout ce que le parti proclame, même s’il détient des informations contraires. Par exemple, après avoir proclamé une diminution dans la ration de chocolat, le Parti annonce qu’il y a en effet une augmentation de ration et le peuple l’acclame sans se poser des questions.

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Le peuple utilisant différents niveaux de compréhension, de fanatisme ou même d’intelligence va boire les paroles de l’état qu’ils ont été amenés à croire infaillible, allant même jusqu’à mettre en doute leur propre conception de l’histoire. Par exemple, durant le rassemblement pour la semaine de la Haine, le parti change d’allégeance politique de sorte que son ennemi devient son allié et son ancien allié devient son ennemi et le peuple, par une prouesse d’imagination, accepte cela en rejetant la faute sur Goldstein, l’adversaire choisi de Big Brother, qui a dû changer leurs bannières. 

La double pensée

Selon Philippe Breton, la manipulation consiste à construire une image du réel de telle façon qu’il a l’air d’être réel. Océania est un état délabré où les gens croient quand même à la richesse, où le peuple est courbé et malade mais croit quand même à la vigueur, où c’est la pénurie qui règne et les gens croient à l’abondance.

La double-pensée est un mot novlangue signifiant « contrôle de la réalité. » C’est le fait d’accepter deux idées opposées, simultanément et absolument. Elle est utilisée comme arme de manipulation psychologique de sorte que la personne soit incapable de penser par soi ou même de voir la contradiction dans leurs idées et accepter plus facilement les « gros mensonges ». Ce sont les mots qui permettent la contradiction, mais utilisées à perpétuité les contradictions deviennent admissibles, voire même analogues. Ainsi les slogans du Parti sont eux-mêmes construits sur les propos antinomiques :

« La guerre c’est la paix. La liberté c’est l’esclavage. L’ignorance c’est la force. »

De même, toutes les choses dégoûtantes sont décrites par des mots élogieux pour faire avaler la pilule à la population, par exemple la cigarette de la Victoire et le Gin de la victoire. Tout comme les noms des ministères : le ministère de la Paix s’emploie à faire la guerre, le ministère de la Vérité s’occupe des mensonges, le ministère de l’Amour se consacre à la torture, et le ministère de l’Abondance s’attèle à créer la famine. Le terme « canelangue » de même est insultant quand il est utilisé contre un opposant mais élogieux pour décrire un partisan. Et le mot « noirblanc », qui peut résumer le but machiavélique du parti et son système de double pensée, veut dire : faire croire à quelqu’un que le noir est blanc s’il est appliqué à un opposant mais signifie une croyance absolue dans le parti et ne pas seulement dire mais croire que le noir est blanc quand c’est voulu par ce dernier.
2+2=5

En 1939, Orwell écrit déjà qu’il est « possible qu’on arrive à une ère où deux et deux font cinq quand le dirigeant le voudra. » 1984 est essentiellement axé sur le contrôle psychologique de la personne. Même si la torture physique est présente, c’est le contrôle mental qui est la priorité du Parti. La manipulation mentale, qui passe principalement par le langage, est si subtilement distillée dans l’inconscient que la population ne se rend même pas compte de son endoctrinement. Même Julia qui se révolte contre le Parti ne pouvait avoir d’autre mémoire que celle du Parti.

« Dire de ce qui est que cela est, et dire de ce qui n’est pas que cela n’est pas, c’est dire la vérité » selon Aristote dans sa Métaphysique. De là découle l’idée que ce qui est vrai est réel. Or, la réalité de quelqu’un peut ne pas être partagée par un autre car l’imaginaire de chacun est différent. Mais dans 1984, le Parti travaille à ce que l’imaginaire soit le même pour tout le monde, la même réalité doit être partagée par tous et ainsi la même vérité sera détenue par tous.

Le Parti ne peut admettre que les gens puissent réfléchir par eux et procède donc à détruire toute logique chez la personne. Au début du roman, Winston écrit :

« La liberté, c’est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit»

En détruisant même cette simple logique mathématique, le Parti détruit toute forme de réflexion et d’indépendance mentale. De sorte qu’il n’y a plus de réalité objective mais seulement la réalité à laquelle le Parti veut faire croire. Se basant sur le système de la double pensée, le Parti habitue la personne à accepter toute sorte d’incohérences. Pour soumettre la personne, il ne suffit pas de lui faire croire à une notion fallacieuse, mais de croire à ce que le Parti veut lui faire croire, et d’y croire seulement parce que le Parti lui demande de croire. C’est pour cela que 2+2 peut faire 3 si le Parti le veut. Cette croyance établie, même les personnes intelligentes comme Syme n’arrivent pas à voir hors la logique du Parti. Une fois guéri, Winston peut lui aussi accepter les dichotomies sans se questionner et finalement trace 2+2=5. 

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Effacement de la mémoire
La propagande


Comme système totalitaire, Océania a recours à une propagande minutieuse pour endoctriner sa population. Elle passe par le bourrage de crâne, à instaurer la crainte, à modifier et contrôler les comportements de tout un chacun et surtout à changer et à recréer la connaissance.

Les enfants sont lobotomisés, comme dans La République de Platon où l’éducation de l’enfant est prise en charge pour ne pas le laisser corrompre par d’autres idées. Selon Bertrand Russell, une éducation autoritaire aide à créer des esclaves aussi bien que des despotes car la personne accepte l’idée que la seule relation possible entre deux personnes est une relation où l’un ordonne et l’autre obéi. L’association des Espions et de la Ligue de la jeunesse, à l’instar d’un certain Hitlerjugend, travaille à soumettre les enfants et les femmes, qui sont parmi les plus fervents adorateurs du parti. Tout comme le contrôle de l’acte sexuel, qui devient important pour un état totalitaire où la frustration sexuelle est dirigée vers le fanatisme. Dans les deux textes, les femmes sont instruites à avoir une répugnance pour le sexe qu’elles ne devaient accomplir que dans le but de la procréation.

Les phrases, les mots, et les images ne laissent aucun répit, aucune liberté. Par exemple les mots « facecrime » et « crime de la pensée » qui décrivent des crimes qu’on commet par ses expressions ou par sa pensée, c’est-à-dire si la personne n’a pas montré l’expression ou la pensée attendue de lui. En plus, la présence de la Police de la Pensée qui surveille les moindres gestes renforce cet état de terreur. Winston craint même qu’il puisse se trahir de dos ou dans son sommeil.

Il y a un vrai culte de la personnalité, emprunté au régime mussolinien, autour de Big Brother. À commencer par le terme affectueux « grand frère », les membres du parti ne doivent pas seulement vénérer mais aimer Big Brother. Ainsi les défilés dans les rues sont récurrents et chaque jour les membres sont soumis aux « Deux Minutes de la Haine ». La propagande pour être effectif joue sur l’affect de la personne. La figure de Goldstein créer par le Parti pour représenter l’ennemi est efficace car elle pousse la haine des membres à son paroxysme même Winston ne peut que se laisser emporter, et parallèlement accentue l’amour pour Big Brother.

La propagande est si réussie que Winston depuis le début ressent de l’amour envers O’Brien et même à la fin, quand ce dernier est en train de le torturer, il ne peut s’empêcher de l’admirer. Le but de la propagande de l’Océania est d’arriver justement à un amour inconditionnel à l’égard de Big Brother. Le Parti vise à posséder l’esprit de tout un chacun, l’endoctrinement absolu. Winston ne peut mourir tant que ses sentiments ne changent pas et de façon lugubre, pour montrer la victoire totale de Big Brother, le roman se termine par cette phrase en majuscule :

« Il AIMAIT BIG BROTHER » 
 
Mutabilité de l’Histoire

Poussant à l’extrême la notion que ce sont les gagnants qui écrivent l’histoire, le Parti utilise ce concept pour ratifier l’Histoire de sorte à effacer la mémoire des personnes. Le Parti commence par détruire le passé, tout ce qui a trait aux souvenirs est irrémédiablement abattu et toute chose véhiculant un morceau d’Histoire est impérativement modifiée. Sans informations du passé, ou encore sans les moyens de comprendre ses informations, il ne serait même plus nécessaire de censurer l’Histoire hétérodoxe. La manipulation de la langue est utile dans ce qu’il n’affecte pas que le présent, mais a de l’emprise sur le passé aussi bien que le futur.

Winston Smith travaille au Ministère de la Vérité, dont le but est de propager le mensonge. Son travail consiste à changer l’histoire au fur et à mesure que les évènements changent. Le passé est rectifié, remanié et changé tant de fois que le passé même n’existe plus. Il est intéressant de noter que le tube dans lequel les informations désuètes sont jetées pour être oubliées s’appelle « trou de mémoire ». L’écriture-même qui est un acte de transcendance perd de sa fonction. Winston se demande pour qui et pourquoi il écrit un journal quand son seul sort est l’oubli.

Comme l’Histoire passe par le langage, il devient impératif de falsifier ou d’effacer les écrits pour changer le cours de l’histoire. Sans la mise en parole, la mémoire s’atrophie et s’efface. Et c’est à force d’altérer la mémoire que le Parti peut faire tout croire aux personnes car l’individu n’a plus d’ancrage dans le passé. Comme le Parti ne peut être infaillible, alors c’est la mémoire qui doit l’être. Winston se demande continuellement s’il n’est pas fou car « aujourd’hui, la folie était de croire que le passé était immuable.»

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La mutabilité de l’Histoire permet donc la recréation de l’Histoire. Par exemple, quand Winston inventa le personnage d’Ogilvy, ce membre exemplaire du Parti, participant ainsi consciemment à la propagande et pensant avec une certaine fierté que c’est sa rédaction qui allait être acceptée. Éventuellement, Ogilvy a plus d’existence que Winston lui-même, et a l’instar du roman de Mary Shelley, la créature éclipse le créateur.

Le langage, seul vestige de la mémoire antérieure, doit être effacé et recréé à son tour. Après son premier acte de révolte, l’écriture, les souvenirs de Winston remontent à la surface par ses rêves et il se réveille en prononçant le mot « Shakespeare ». La littérature, surtout la littérature classique, fait partie de l’imaginaire collectif et ne peut que réveiller chez la personne idéologie et révolte. Pour établir et maintenir l’oligarchie, il faut être sûr que toute la littérature antique serait ensevelie et il ne suffira pas de les détruire tout simplement car les idées peuvent renaître. L’instauration du novlangue ferait le reste du travail et terminerait la destruction physique par la destruction mentale de ces œuvres car même s’ils ont échappé au pillage, ils n’auront plus de signification. 

Réalité et constructivisme

Le contrôle de la vérité, ou sur ce qu’il veut établir comme vérité, permet au Parti de construire une réalité voulue. Se basant sur les données qu’il possède, qu’il pressent comme véridiques, puisque c’est prouvé par les documents, l’individu est amené à recréer sa réalité ou plutôt à accepter la réalité du Parti. Même Winston est amené à questionner la réalité à chaque fois et a des doutes sur sa réalité en l’opposant à la réalité que le Parti veut lui faire croire.

En psychologie, le terme dissonance cognitive renvoie à l’inconfort que ressent un humain quand il se trouve confronté à des idées contraires aux informations qu’il détient comme réalité. Un des buts du Parti est alors d’enlever cet inconfort de l’esprit des personnes pour qu’elles ne doutent plus. Et pour ce faire, il commence donc par effacer les données déjà établies dans leur esprit, et même jusqu’à dans leur imaginaire pour arriver à l’orthodoxie ultime.

L’un des plusieurs slogans du Parti stipule « Qui commande le passé commande l’avenir ; qui commande le présent commande le passé. » Se basant sur la théorie du constructivisme opposée à la réalité, le Parti met en avant l’idée que la connaissance des faits découle d’une construction exécutée par la personne. Selon Arthur Schopenhauer, tout ce qui est n’a de valeur que pour le sujet. Le Parti alors ne conserve que ce qui a de la valeur pour lui. Le reste est oublié et doit être oublié par tout le monde. La réalité est détruite et reconstruite selon les besoins du Parti. Par exemple O’Brien tente de convaincre Winston que sa réalité est fausse en lui montrant une copie de la photo que Winston avait jetée dans le trou de mémoire tout en lui demandant de croire que la photo n’existe pas.

Pour construire la réalité de tout un peuple, le Parti procède en détruisant la mémoire de tout un chacun et d’y mettre les souvenirs qu’il veut. Le cas de Winston semble alors très improbable dans ce système. Winston se demande à plusieurs reprises s’il est la seule personne à avoir une mémoire. O’Brien lui-même à un moment lui accorde qu’il est le dernier homme à s’en souvenir. Le livre d’horreur qu’est 1984, nous pousse à nous demander si même la révolte de Winston n’est pas manigancée du début à la fin. Le journal qui lui permet son premier pas vers l’anarchie a été acheté chez M. Charrington qui travaille pour la Police de la Pensée. C’est lui qui lui chante le premier morceau d’une chanson ancienne qui réveille ses souvenirs et c’est chez lui-même qu’il achète le bloc de corail qui agissant à un certain degré comme la madeleine de Proust, réveillant son inconscient. O’Brien lui avoue qu’il le surveille depuis sept ans. Winston Smith n’est alors qu’un rat dans un labyrinthe et la mémoire elle-même devient malléable dans la main du Parti qui la recréé et l’efface selon sa volonté. 
 
84livGO.jpgConclusion

1984 est classé premier dans les meilleures ventes sur Amazon et est actuellement le livre le plus vendu au monde. Sean Spicer, Directeur de la communication de la Maison-Blanche, pour l’inauguration présidentielle de Donald Trump annonça qu’il y avait pour cet évènement « le plus grand public jusque-là ». Défiée par les statistiques, Kellyanne Conway, porte-parole du nouveau Président américain, a dit que Sean Spicer se référait en fait à des « faits alternatifs », ayant ainsi recours aux mêmes procédés que l’État de l’Océania dans 1984. Le pouvoir sur les mots est souvent utilisé par les gouvernements pour maintenir la population dans un état inférieur, leur faisant croire ce qu’ils veulent. La falsification, l’exagération, la dramatisation sont autant de méthodes auxquelles l’État a recours pour manœuvrer la personne. Utilisés comme outil de manipulation et de propagande, les mots peuvent diriger toute la pensée d’un peuple. Que ce soit dans les États utopiques ou dystopiques, pour contrôler le peuple, un travail minutieux sur le langage est élaboré, car c’est à travers le langage qu’ils atteignent la pensée et peuvent diriger le peuple dans la direction qu’ils souhaitent. Ainsi ce n’est peut-être plus vers une utopie que nous devons nous tendre. Huxley dans son épigraphe pour le Meilleur des mondes cite Nicolas Berdiaeff : « … Les utopies sont réalisables. La vie marche vers les utopies. Et peut-être un siècle nouveau commence-t-il, un siècle où les intellectuels de la classe cultivée rêveront aux moyens d’éviter les utopies et de retourner à une société non-utopique, moins ‘parfaite’ et plus libre ».

Annexe : Présentation de 1984

1984 dépeint un monde d’après-guerre où seulement trois États dominent le monde : l’Eurasia, l’Estasia et l’Océania. Ces trois pouvoirs totalitaires contrôlent un monde dépourvu de toute liberté, et chacun de ces États ont leur propre philosophie : le Néo-Bolchévisme en l’Eurasia, le Culte de la Mort ou l’Oblitération du Moi en Estasia et l’Angsoc en Océania (socialisme anglais en novlangue). Il y a une guerre continuelle entre ces trois États qui sert leurs intérêts communs pour maintenir la dictature.

L’histoire est racontée par Winston Smith, un homme de 39 ans qui travaille au Ministère de la Vérité. Son travail consiste à ratifier les informations antérieures pour qu’elles soient à jour avec les communications actuelles du Parti. Il décrit le monde dans lequel il vit. Un monde détruit, géré par la propagande, la manipulation et la peur. La figure de Big Brother, leur leader, avec la phrase « Big Brother vous regarde », se trouve partout. En plus, les citoyens sont surveillés tout le temps grâce à des « télécrans » qu’ils n’ont pas le droit d’éteindre et par la Police de la Pensée qui surveille leurs moindres faits et gestes. Le peuple vit dans un état de fatigue et de manque qui le rend plus docile et facile à manipuler. Il n’y a plus de vie privée et les relations elles-mêmes sont factices car les enfants sont encouragés à dénoncer leurs parents et la sexualité devient taboue, pour gommer tout désir chez l’humain. 

Winston, la seule personne qui est assez consciente pour se rendre compte de ce qui se passe, se révolte en commençant à écrire un journal pour noter ses pensées, qui vont à l’encontre de l’État. Il est hanté par le passé, par ses souvenirs et n’arrive pas à faire abstraction du passé, contrairement aux autres. En même temps il rêve de faire partie d’un groupe révolutionnaire, La Fraternité, mené par Goldstein, l’ennemi du Parti. Il veut s’associer à O’Brien, un membre du Parti qu’il pense faire partie de La Fraternité. Révolté par l’asexualité chez la femme, il s’éprend d’une femme Julia qui elle aussi se rebelle contre le Parti. Leur promiscuité devient un acte politique et voulant aller plus loin dans leur révolte même s’ils savent qu’ils risquent la torture et la mort, ils se joignent à O’Brien qui confirme l’idée de Winston, qu’en effet il est membre de la Fraternité.

Pour se voir aussi souvent qu’ils le veulent, Winston loua une chambre chez M. Charrington, un vieil antiquaire qui recèle encore quelques objets du passé, notamment le journal que Winston avait acheté, un presse-papier incrusté d’un corail qui deviendra un fétiche pour Winston et un tableau qu’il essaie de lui vendre. Entretemps O’Brien lui fait parvenir le livre de La Fraternité écrit par Goldstein lui-même après que Winston et Julia se sont dits prêts à tout, que ce soit le suicide ou le meurtre, pour servir le groupe.

Alors qu’ils sont dans la chambre de M. Charrington, Winston et Julia sont arrêtés et torturés. M. Charrington, membre actif de la Police de Pensée surveillait Winston pendant tout ce temps et le télécran caché à l’arrière du tableau avait tout enregistré. Winston découvre qu’O’Brien est loin d’être révolutionnaire et que le livre de Goldstein est écrit par le Parti lui-même pour chasser les criminels par la Pensée et vérifier l’orthodoxie du peuple.

On apprend que Julia s’est facilement rendue après la torture mais Winston prend plus de temps à être guéri croyant en une réalité objective. Peu à peu, avec l’accroissement dans la torture, Winston devient aussi lobotomisé que les autres et commence à croire que la réalité est seulement dans la tête. Mais le dernier faisceau de révolte est éteint quand Winston est forcé à renier son amour pour Julia, et ainsi la trahir. Ultime torture, réservée au détenus de la chambre 101, qui consiste à mettre l’humain en face de ses phobies et ainsi le forcer à se rendre complètement – une cage de rats sur son visage qui s’ouvrira sur l’ordre d’O’Brien pour lui dévorer le visage. La victoire est complète. Un Winston vaincu promène les routes en attendant la balle qui va le tuer, avec dans son cœur l’amour d’une seule personne : Big Brother.

Quraishiyah Durbarry 

Sur l’auteur

Enseignante de formation, Quraishiyah Durbarry a publié plusieurs nouvelles et poèmes en français et en anglais dans diverses revues (Point Barre, Vents Alizés, Contemporary Poets…).

A été co-lauréate du « Prix Livre d’or – Romans 2011 », organisé par la Mairie de Quatre-Bornes (Ile Maurice) et présidé par Ananda Devi.

A publié un recueil de poèmes : Entre Désir et Mort (ISBN : 9782332471154) et un roman : Féminin Pluriel (Harmattan, ISBN : 978-2-336-00843-1)
Co-lauréate du prix d’écriture du festival Passe Portes et de l’Union européenne à Maurice en 2015 (pour la pièce L’Attrape-bête, mise en scène en 2016 pour le même festival et ayant recu le prix coup de coeur de Daniel Mesguish.)

Lauréate du prix d’écriture du festival Passe Portes et de l’Union européenne à Maurice en 2016 (pour la pièce Le Minotaure.), présidé par Bernard Faivre d’Arcier.

En cours de publication, Sandor Marai, Mémoire et Vérité

Bibliographie 

Besnier Jean-Michel, Les Théories de la Connaissance, PUF, collection « Que sais-je ? », Paris, 2005.
Breton Philippe, Convaincre sans manipuler, La Découverte, 2015
Hobbes, Leviathan, Chapitre XIV Ludwig Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, 1921.
Festinger Leon, Une théorie de la dissonance cognitive, Enrick B. Editions, 2017.
George Orwell, 1984, Éditions Gallimard, (format Kindle), 2013.
Georges Orwell, Politics and the English Language, first published 1945, the Estate of the late Sonia Brownell Orwell, 1984 (format Kindle).
Lévi-Strauss Claude, Mythologiques 1 : Le cru et le cuit, Plon, Amazon Media EU S.à r.l. (format Kindle), 2014.
Platon, La République, traduction de Victor Cousin, Amazon Media EU S.à r.l. (format Kindle)
Russell Bertrand, Power: A New Social Analysis, Routledge, 2004.
Saussure Ferdinand, Cours de linguistique générale, Ed. Payot, 1964.
Spinoza, Traité théologico-politique, Chapitre XX.
Whorf Benjamin Lee, Language, thought, and Reality – Selected Writings of Benjamin Lee Whorf, MIT Press, 2nd Revised edition, 2012.
Sitographie

George Orwell, Review of Russell’sPower: A new social analysis, 1939
Observatoire B2V des Mémoires, Mémoire et émotion, Le rôle des émotions dans le fonctionnement de la mémoire, B2V 2013.
http://www.observatoireb2vdesmemoires.fr/les-memoires/la-... (consulté le 27.01.17).
Filmographie
Kellyanne Conway: Press Secretary Sean Spicer Gave ‘Alternative Facts’, 2017.

https://www.youtube.com/watch?time_continue=2&v=VSrEE...
Two minutes of hate 1984, 2015

https://www.youtube.com/watch?v=0KeX5OZr0A4
 

jeudi, 13 février 2020

The Pre-Death Thoughts of Faust

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The  Pre-Death  Thoughts  of  Faust

(1922 - #59)

N. A. BERDYAEV (BERDIAEV)

         The fate of Faust -- is the fate of European culture. The soul of Faust -- is the soul of Western Europe. This soul was full of stormy, of endless strivings. In it there was an exceptional dynamism, unknown to the soul of antiquity, to the Greek soul. In its youth, in the era of the Renaissance, and still earlier, in the Renaissance of the Middle Ages, the soul of Faust sought passionately for truth, they fell in love with Gretchen and for the realisation of his endless human aspirations it entered into a pact with Mephistopheles, with the evil spirit of the earth. And the Faustian soul was gradually corroded by the Mephistophelean principle. Its powers began to wane. What ended the endless strivings of the Faustian soul, to what did they lead? The Faustian soul led to the draining of swamps, to the engineering art, to a material arranging of the earth and to a material mastery over the world. Thus we find spoken towards the conclusion of the second part of Faust:

   Ein Sumpf zieht am Gebirge hin,
   Verpestet alles schon Errungene;
   Den faulen Pfuhl auch abzuziehn,
   Das letzte waer das Hoechsterrungene,
   Eroeffn ich Raeume vielen Millionen,
   Nicht sicher zwar, doch taetig-frei zu wohnen.

   Nigh the mountain a swamp doth stretch,
   Pollutes there every advancement;
   To drain off the foul pool,
   Would be the utmost highest achievement,
   I'd open up space for many a million,
   Not indeed secure, but active-free to be.

       And thus do end during the XIX-XX Centuries the searchings of the man of modern history. With genius Goethe foresaw this. But the final word for him belongs with the mystic chorus:

   Alles Vergaengliche
   Ist nur ein Gleichnis;
   Das Unzulaengliche,
   Hier wird's Ereignis;
   Das Unbeschreibliche,
   Hier ist's getan;
   Das Ewig-Weibliche
   Zieht uns hinan.

   All the Transitory
   Is but a Symbol Image
   The Insufficient
   Here doth transpire;
   The Ineffable
   Here doth act;
   The Eternal-Feminine
   Upward doth draw us.

        And draining the swamp is but a symbol of the spiritual path of Faust, merely a sign of spiritual activity. Upon his path, Faust passes from a religious culture over to an irreligious civilisation. And in this irreligious civilisation the creative energy of Faust becomes drained, his endless aspirations die. Goethe gave expression to the soul of Western European culture and its fate. Spengler, in his challenging book, "Der Untergang des Abendslandes" ["The Decline of the West"], announces the end of European culture, its ultimate transition over into civilisation, which is the beginning of the death-process. "Civilisation -- is the irreversible fate of a culture". The book of Spengler bears within it an enormous symptomatic significance. It conveys the feeling of crisis, of sudden impending change, that of the end of an entire historical era. It speaks about the great sorry affair of things in Western Europe. We, as Russians, have been split off from Western Europe already for many a long year, from its spiritual life. And since our access to it has been blocked, it has seemed to us to be more fortunate, more orderly, more happy, than it is in actuality. Even prior to the World War, I very acutely sensed the crisis of European culture, the impending end of an entire world era, and I expressed this in my book, "The Meaning of Creativity". During wartime also I wrote an article, "The End of Europe", in which I expressed the thought, that the twilight period of Europe has begun, that Europe is at an end as a monopolist of culture, that the emergence of culture out beyond the bounds of Europe has been inevitable, for other continents and other races. Moreover, two years back I wrote an etude, "The End of the Renaissance", and a book, "The Meaning of History: Attempt at a Philosophy of Human Fate", in both which I definitely expressed the idea, that we are experiencing the end of modern history, that we are living out the final remnants of the Renaissance period of history, that the culture of old Europe has tended towards deterioration. And therefore I read the book of Spengler with an especial tremulation. In our era, with its historical disintegration, thought is focused upon the problems of the philosophy of history. It was the same in the epoch, when Bl. Augustine conceived of his first rendering of a Christian philosophy of history. It is possible to foresee, that philosophic thought henceforth will be concerned not so much with problems of gnosseology, as rather by problems of the philosophy of history. In the "Bhagavad Gita" revelations occur during a time of warfare. During a time of war there can be resolved ultimate problems about God and the meaning of life, but it is difficult to get concerned over analytic gnosseology. And in out time is at work the thinking during a time of war. We live in an epoch inwardly akin to the Hellenistic epoch, the epoch of the collapse of the ancient world. The book of Spengler -- is a remarkable book, in places almost of genius, it stimulates and makes for thought. But it cannot be too much a surprise for those Russian people, who long since already have sensed the crisis, about which Spengler speaks.

* * *

       

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Spengler can convey the impression of being an extreme relativist and sceptic. Even mathematics for him is something relative. There exists the ancient Apollonian mathematics, -- a finite mathematics, and there exists the European Faustian mathematics, -- an infinite mathematics. Science is not unconditional, not absolute, but is rather the expression of the souls of various cultures, of various races. But still, in essence, it is impossible to classify Spengler under any sort of current. Academic philosophy is quite alien to him, and he holds it in contempt. He is first of all his own unique individualist. And in this he is akin to the Goethean spirit of contemplation. Goethe intuitively contemplated the primal phenomena of nature. Spengler intuitively contemplates the history of the primal phenomena of culture. He, just also as with Goethe, is a symbolist as regards world-concept. He refuses to think employing abstract concepts, he does not believe in the fruitfulness of such thinking. All abstract metaphysics is foreign to him. From the morbid methodologism and gnosseologism, in which German great thought emerged, from the sick and futile reflection, Spengler has instead turned away towards living intuition. He casts himself into the dark ocean of the historical existence of peoples and penetrates into the soul of races and cultures, into the styles of the various epochs. He makes a break with the epoch of gnosseologism in the philosophy of thought, but he does not pass over to ontologism, he does not construct any sort of ontology and does not believe in the possibility of ontology. He knows only of being, as manifest in cultures, as reflected in cultures. The primal grounds of being and the meaning of existence remain for him hidden. The morphology of history for him -- is the solely possible philosophy. With him there is not even a philosophy of history, exclusively it is rather -- a morphology of history. All the truths, the truths of science, of philosophy, religion, -- are for Spengler merely the truths of culture, of cultural types, of cultured souls. The truths of mathematics -- are the symbols of various styles of cultured souls. Such an attitude towards cognition and being is characteristic to a man of a late and waning culture. The soul of a man set within an epoch of cultural decline tends to ponder over the fate of cultures, over the historical fate of mankind. It has always been so. Such a soul has no interest either in the abstract knowledge of nature, nor in the abstract knowledge of the essence and meaning of being. Of interest to it is the culture itself, and everything -- is merely reflected in the culture. It is struck by the dying off of once flourishing cultures. It is wounded by the inevitability of fate. Spengler is very capricious, he does not consider himself bound by anything in general obligatory. He is, first of all -- a paradoxicalist. For him, just as for Nietzsche, paradox is a means of cognition. In the book of Spengler there is a sort of affinity with the book of the youthful genius [Otto] Weininger, "Sex and Character", and despite all the different themes and spiritual outlook, the book of Spengler -- is just as remarkable a phenomenon in the spiritual culture of Germany, as is the book of Weininger. In breadth of intent, in scope, in its unique intuitive insights into the history of cultures, the book of Spengler can take its place alongside the remarkable book of [Houston Stewart] Chamberlain ("Die Grundlagen des neunzehnten Jahrhunderts" ["The Foundations of the Nineteen-Hundreds"]). After Nietzsche -- comes Weininger, Chamberlain and Spengler -- the sole genuinely original and remarkable figures in German spiritual culture. Just like Schopenhauer, Spengler has contempt for professors of philosophy. He offers a very arbitrary list of writers and thinkers, and in his opinion of the remarkable books, esteemed by him. These people are of a quite various a spirit. But they all bear some relationship to the principle of the will to live and the will to power, all have bearing on the crisis of culture. These are -- Schopenhauer, Proudhon, Marx, R. Wagner, Duhring, Ibsen, Nietzsche, Strindberg, Weininger. Is Spengler a pessimist? For many, his book has to produce the impression of a very boundless pessimism. But this is not a metaphysical pessimism. Spengler does not desire the quenching of the will to live. On the contrary, he desires the affirmation of the will to live and the will to power. In this he is closer to Nietzsche, than to Schopenhauer. All cultures are doomed to a withering away and death. Our European culture is also doomed. But it is necessary to accept fate, not oppose it, and to live it out to the end, and to the end manifesting the will to power. With Spengler there is the amor fati. The pessimism of Spengler, if such a term be properly applicable to him, is a pessimism culturo-historical, and is neither a pessimism individually-metaphysical nor individually-ethical. He -- is a pessimist on civilisation. He denies the idea of progress, and he returns to the teaching about cyclical returns. But with him there is no pessimistic balance of suffering and pleasure, of a pessimistic understanding of the very essence of life. He admits of an inexhaustible creative wellspring of life, lodged within the primal impulse, begetting culture all ever new and anew. He is fond of this will to cultural flourishing. And he perceives the death of a culture as a law of life, as an inevitable moment within the vital fate of a culture itself. Surprisingly strong with Spengler is a correlation of phenomena in various spheres of a culture and the discerning from them of an unique symbol, such as signifies that selfsame culture, that selfsame cultural style. He transfers concepts from mathematics and physics over into painting and music, from art into politics, from politics into religion. Thus, he speaks about an Apollonian and a Faustian mathematics. He discerns one and the same primary phenomenon within various epochs, within various cultures. And he regards it possible to admit of one and the same sort of such phenomena, as Buddhism, Stoicism and Socialism, belonging to various epochs and cultures. His most remarkable thoughts are about art and about mathematics and physics. And with him there are truly intuitions of genius.

         Spengler -- is of an areligious nature. In this is his tragedy. With him there is as it were an atrophied religious sense. Whereas both Weininger and Chamberlain -- are of a religious nature, Spengler -- is areligious. He is not only himself non-religious, but he also does not understand the religious life of mankind. Yet he examined the role of Christianity within the fate of European culture. This -- is the most striking side of his book. In this is its spiritual deformity, almost its monstrous defect. It is not necessary to be a Christian, in order to understand the significance of Christianity within the history of European culture. The pathos of objectivity ought to be brought to bear on this. But Spengler does not sense himself under the compulsion of any such objectivity. He does not ponder on Christianity within history, he does not see a religious meaning. He knows, that culture is religious by its nature and by this it is distinct from civilisation, which is irreligious. But he has been able to express very noble thoughts, such as only can be expressed by a non-believing soul in our epoch. Behind his civilised self-feeling and self-awareness can be sense the imprint of a culture, which has lost its faith and is tending towards decline.

* * *

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Spengler understands and senses the world foremost of all as history. This he regards as the modern perception of the world. It is only to such an attitude towards the world that there belongs a future. Dynamism is characteristic to our times. And only a perceiving the world as history is a dynamic perception. The world as nature is static. Spengler contrasts nature and history, as two methods of viewing the world. Nature is expanse. History is time. The world presents itself to us as nature, when we view it from the perspective of causality, and it presents itself to us as history, when we view it from the perspective of fate. That history is a matter of fate, is all very well and good with Spengler. Fate cannot be conceived of by means of a causal explanation. Only the perspective of fate gives us a grasp upon the concrete. Spengler's assertion is quite correct, that for ancient man there was no history. The Greek perceived the world as static, for him it was from nature, from the cosmos, and not from history. He did not know historical remoteness. Spengler's thoughts on antiquity are very insightful. And it mustneeds be admitted, that Greek thought did not know of a philosophy of history. It was not a matter of either Plato, or of Aristotle. The point of view of a philosophy of history is contrary to the aesthetic ponderings of the Hellene. The world for him was a completed cosmos. Hellenic thought created the Hellenic metaphysics, so inconducive for conceiving the world as an historical process. Spengler senses himself as an European man with a Faustian soul, with its infinite aspirations. He not only sets himself distinct from ancient man, he moreover asserts, that the ancient soul for him is inconceivable, is impenetrable. This however does not prevent him from drawing upon its understanding and insights. But does history exist for Spengler himself, is he one for whom there is a world, as history, and not as nature? I think, that for Spengler history does not exist and for him a philosophy of history is impossible. Not by chance did he call his book a morphology of world history. The morphological perspective derives from nature-knowledge. Historical fate, the fate of culture exists for Spengler only in that sense, that fate exists for a flower. The historical fate of mankind does not exist. There does not exist a single mankind, a single subject of history. Christianity was the first to have rendered possible a philosophy of history, in that it revealed the existence of a single mankind with a single historical fate, having its own beginning and end. Thus first for the Christian consciousness is revealed the tragedy of world history, the fate of mankind. Spengler however turns back to the pagan particularism. For him there is no mankind, no worldwide history. Cultures, races -- are isolated monads with an isolated fate. For him the varied types of culture experience a cyclical turning of their own fate. He returns to the Hellenic perspective, which was surpassed by the Christian consciousness. With Spengler the Baptismal water as it were was missing. He abjures his own Christian blood. And for him, just as for the Hellene, there does not exist the perspective of an historical remoteness. The historically remote distance exists only in this instance, if there exists an historical fate of mankind, a worldwide history, if each type of culture is but a moment of a worldwide fate.

       The Faustian soul with its endless aspirations, with the distance opening up before it, is the soul of the Christian period of history. This Christianity shatters the boundaries of the ancient world, with its delimited and narrowed horizons. After the appearance of Christianity in the world, an infinity opened up. Christianity rendered possible the Faustian mathematics, the mathematics of the endless. Of this Spengler is not at all aware. He does not posit the appearance of the Faustian soul in any sort of connection with Christianity. He has made an examination of the significance of Christianity for European culture, for the fate of European culture. This fate however -- is a Christian fate. He wants to push Christianity back exclusively to the sense of a magical soul, to a type of Hebrew and Arabic culture, to the east. And he thus dooms himself to a lack of understanding of the meaning of European culture. For Spengler generally there does not exist a meaning to history. The meaning of history also cannot exist amidst such a denial of the subject of the historical process. The cyclical turnings of the various types of culture, lacking connections between them of a single fate, is totally meaningless. Moreover, the denial of a meaning to history makes impossible a philosophy of history. There remains but the morphology of history. But for the morphology of history there is merely the manifestation of nature, in it there is no unique historical process, no fate, as a manifestation of meaning. In Spengler the Faustian soul ultimately loses its connection with Christianity, which gave it birth, and in the hour of the waning of the Faustian culture it attempts to return to the ancient sense of life, tacking on it also the theme of history. In Spengler, despite his distasteful civilisation pathos, there is sensed also the exhaustion of a trans-cultural man. This weariness of a man of an era of decline quenches any sense of the meaning of history and its connections to historical fates. There remains only the possibility of an intuitive-aesthetic insight into the types and styles of the souls of cultures. Faust does not bear up under a time of historical fate, he does not want to experience it to the final end. He, weary and exhausted by the modern history, agrees it the better to die, having experienced a short moment of civilisation, set at the summit of culture. He is captivated by the thought, that he is to be given this final mitigation and consolation of death. But there is no death. Fate continues on even beyond this side of what the Faustian soul had acknowledged as the sole life. And the burden of this fate has to be carried across into the remote eternity. For Spengler's Faustian soul the remote eternity is hidden, the historical fate beyond the bounds of this life, of this culture and civilisation; to the end of his days he wants to restrict himself to the cycle of a dying civilisation. He foresees the rise of new cultures, which likewise will pass over into a civilisation and die. But these new souls of cultures are foreign to him and he regards them for himself as impenetrable. These new cultures which, perhaps, will arise in the East, will not have any sort of inward connection with the dying European culture. Faust loses the perspective of history, of historical fate. Culture for him -- is merely a springing forth, a blossoming and fading flower. Faust ceases to understand the meaning and the bond of fate, since for him the light of the Logos has grown dim, there has grown dark the sun of Christianity. And the appearance of Spengler, a man exceptionally gifted, at times close to genius in certain of his intuitions, is very remarkable for the fate of European culture, for the fate of the Faustian soul. There is nowhere further to go. After Spengler -- there is already the plunge into the abyss. With Spengler there is a great intuitive gift, but this -- is but the giftedness of a blindman. As a blindman, no longer still seeing the light, he throws himself off into the murky ocean of culturo-historical being. With Hegel there was still a Christian philosophy of history, in its sort no less Christian, than the philosophy of history of Bl. Augustine. It knows of an unified subject of history and meaning to history. It shines through everything with the rays of the Christian sun. With Spengler there are no longer these rays. Hegel belongs to a culture, possessing a religious basis; Spengler senses himself as already having passed over into a civilisation, bereft of religious basis. One might moreover still note, that the point of view of Spengler unexpectedly reminds one of the perspective of N. Danilevsky, as developed in his book, "Russia and Europe". The culturo-historical types of Danilevsky are very similar to the souls of the cultures of Spengler, but with this difference, that Danilevsky is quite lacking in the enormous intuitive gift of Spengler. Vl. Solov'ev criticised N. Danilevsky from the Christian point of view. For Spengler the fate of the history of the world remains unsolved, since for him history is but an aspect of nature, a phenomenon of nature, and it is not in that nature -- is an aspect of history, as it is for historical metaphysics.

* * *

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  Every culture inevitably passes over into civilisation. Civilisation is the fate, the doomed lot of culture. Civilisation however ends up by death, it is already the beginning of death, the exhaustion of the creative powers of a culture. This -- is a central thought of Spengler's book. "We are civilised people, and not people of the Gothic or Rococco". What differentiates civilisation from culture? A culture -- is religious as to its basis, civilisation -- is irreligious. For Spengler -- this is a fundamental distinction. And he regards himself as a man of civilisation, since he is irreligious. A culture derives from a cult, it is bound up with a cult of ancestors, it is impossible without sacred traditions. Civilisation is the will to worldwide might, to an ordering of the surface of the earth. A culture -- is national. Civilisation -- is international. Civilisation is the worldwide city. Imperialism and socialism alike -- are civilisation, and not culture. Philosophy and art exist only in a culture, in a civilisation they are impossible and unnecessary. Possible and necessary within civilisation is only the engineering art. And Spengler gives the appearances, that he understands the pathos of the engineering art. Culture -- is organic. Civilisation -- is mechanical. Culture is grounded upon inequality, upon qualities. Civilisation in contrast is pervaded by the aspiration for equality, it seeks to be based upon quantities. Culture -- is something aristocratic. Civilisation -- is something democratic. The distinction of culture in contrast to civilisation is of something extraordinarily fruitful. With Spengler there is a very acute sense of an inexorable process of the victory of civilisation over culture. The decline of Western Europe for him is first of all the decline of the old European culture, the exhaustion within it of the creative powers, the end of art, of philosophy, of religion. Civilisation has still not reached its finish. Civilisation will still celebrate its victory. But after civilisation will come the onset of death for the Western European cultural race. And after this, culture can blossom forth only in other races, only in other souls.

       These thoughts are expressed by Spengler with an astounding brilliance. But are these thoughts something new? For us, as Russians, it is impossible to be taken aback by these thoughts. We long since already know of the difference of culture from civilisation. All the Russian religious thinkers have asserted this difference. they all sensed a certain sacred terror at the perishing of culture and the ensuing triumph of civilisation. The struggle against the spirit of philistinism, which so wounded Hertsen and K. Leont'ev, people of quite varied tendencies and outlook, was grounded upon this motif. Civilisation by its nature is pervaded by a spiritual philistinism, by a spiritual bourgeoisness. Capitalism and socialism entirely alike are infected by this spirit. Beneathe the hostility towards the West of many a Russian writer and thinker lies concealed not hostility towards Western culture, but rather hostility towards Western civilisation. Konstantin Leont'ev, one of the most insightful of Russian thinkers, loved the great culture of the West, he loved the colourful culture of the Renaissance, he loved the Catholic great culture of the Middle Ages, he loved the spirit of chivalry, he loved the genius of the West, he loved the mighty manifestation of the sense of person within this great cultural world. But he abominated the civilisation of the West, the fruition of the liberal-egalitarian process, the extinguishing of spirit and the death of creativity within civilisation. He comprehended already the law of the transition of culture over into civilisation. For him this was an inexorable law within the life of societies. Culture for him corresponded to that period in the developing of societies, which he termed as the period of the "blossoming of complexity", civilisation however corresponded to a period of "simplistic confusion". The problem of Spengler was quite clearly posited by K. Leont'ev. He likewise denied progress, he confessed a theory of cycles, he asserted, that after the complex blossoming forth of culture there ensues decline, decay, death. The process of "liberal-egalitarian" civilisation is the onset of death, of disintegration. For Western European culture he regarded this death as irreversible. He saw the perishing of the flourishing culture in the West. But he wanted to believe, that a flourishing culture was still possible in the East, in Russia. Though towards the end of his life he lost also this faith, he saw, that also in Russia civilisation was triumphing, that in Russia matters were going towards a "simplistic confusion". And then he came to be imbued with a dark apocalyptic outlook. So also Vl. Solov'ev towards the end lost faith of a possibility within the world of a religious culture and he had an anguished sense of the onset of the kingdom of the Anti-Christ. Culture is possessed of a religious basis, there is in it a sacred symbolism. Civilisation however is of the kingdom of this world. It is the triumph of the "bourgeois" spirit, of a spiritual "bourgeoisness". And it makes totally no difference, whether it be a civilisation capitalistic or socialistic, it is alike -- a godless philistine civilisation. Indeed even Dostoevsky was not an enemy of Western culture. Remarkable in this regard are the thoughts of Versilov in "The Adolescent". "They are not free, -- says Versilov, -- but we are free". "Only I alone in Europe with my Russian melancholy then was free... To the Russian, Europe is precious the same, as is Russia: each stone in it is dear and precious. Europe has been our fatherland the same, as also is Russia... O, to the Russian, dear are these old foreign stones, these miracles of God's old world, these bits of sacred wonders: and to us this is even more dear, than it is to them themselves. They have now other thoughts and other feelings, and they have ceased to appreciate the old stones". Dostoevsky loved these "old stones" of Western Europe, "these miracles of God's old world". But he, just as with K. Leont'ev, denounces the people of the West for this, that they have ceased to revere their "old stones", they have forsaken their own great culture and have surrendered themselves completely to the spirit of civilisation. Dostoevsky loathed not the West, not the Western culture, but rather the irreligious, the godless civilisation of the West. Russian Easternism, Russian Slavophilism was merely a veiled struggle of the spirit of a religious culture against the spirit of an irreligious civilisation. The struggle of these two spirits, of these two types, is innate to Russia itself. This is not a struggle of East and West, of Russia and Europe. And many Western people too have felt anguish, almost to the point of agony, at the triumph of the irreligious and monstrous civilisation over a great and sacred culture. Suchlike have been the romantics of the West. Suchlike were the French Catholics and symbolists -- Barbey d'Aurevilly, [Paul] Verlaine, Villiers de L'Isle-Adam, Huysmans, Leon Bloy. Suchlike was Nietzsche, with his anguish over the tragic Dionysian culture. Not only remarkable Russian people, but also the most refined and perceptive Western people with anguish felt, that the great and holy culture of the west was perishing, that it was dying, that coming to it was a civilisation alien to it, a worldwide city, irreligious and international, that a new sort of man was coming, a parvenue, obsessed with a will to world power and taking possession of all the earth. In this victorious march of civilisation was dying the soul of Europe, the soul of European culture.

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The originality of Spengler was not in the positing of this theme. This theme had already been posited with an extraordinary alacrity by Russian thought. The originality of Spengler lies however in this, that he has no desire to be a romantic, he does not wish to anguish over the dying great culture of the past. He wants to live in the present, he wants to accept the pathos of civilisation. He wants to be a citizen of the worldwide city of civilisation. He preaches a civilisation's will to world power. He is consentual to trading off religion, philosophy, art for technology, for the draining of swamps and the erecting of bridges, for the invention of machines. The uniqueness of Spengler lies in this, that there has not been yet a man of civilisation, a drainer of swamps, endowed with such an awareness as with Spengler, a sad awareness of the inexorable decline of the old culture, endowed with such a keenness and such a gift of penetration into the culture of the past. Spengler's self-feeling for civilisation and his self-awareness are at the root contradictory and ambiguous. In him there is not civilisation's arbitrary sense of value and self-smugness, there is not that faith in the absolute excellence of its own epoch, of its own generation over all the epochs and generations that went before. It is impossible to construct a civilisation, to defend the interests of a civilisation, to dry up swamps with such a mindset as Spengler has. For these deeds what is necessary is a dulling of consciousness, becoming thick-skinned, with a naive faith in the endless progress of civilisation. Spengler tends to understand everything too well. He is not the new man of civilisation, he is rather, the dying Faust -- the man of the old European culture. He -- is a romantic in an era of civilisation. He wants to give the appearance, that he is interested by the engineering art, by the draining of swamps, by the erection of the world city. In actuality, he writes instead a remarkable book about the decline of European culture and by this he works a deed of culture, rather than of civilisation. He is as such unusual a cultural man, overwhelmingly a cultural man. Such people tend poorly to build the world city of civilisation. They are better at writing books. Faust hardly can be called a fine engineer, a fine maker of civilisation. He is dying at the very moment, when he decides to set about the draining of swamps. Spengler is not a man of civilisation, as he wants both himself and us to believe,  - he is a man of a late and declining culture. And therefore in his book is discerned the evidence of grief, foreign to a man of civilisation. Spengler -- is a German patriot, a German nationalist and imperialist. This is clearly expressed in his booklet, "Preussentum und Sozialismus" ["The Prussian and Socialism"]. In him there is the will to world power for Germany, there is the faith, that during the period of civilisation, such as still remains for Western Europe, this world power of Germany will be realised. He combines with civilisation this will and this faith for himself, he finds for himself a place within it. But the history of recent years has inflicted such a blow to the imperialistic mindset of Spengler. If imperialism and socialism -- be not one and the same thing, then -- certainly, Spengler is moreso the imperialist, than a socialist. The civilisation of a world city however is beginning to move more rapidly in the direction of realisation of a world power and world kingdom, the kingdom of this world, through socialism, rather than through imperialism.

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       Our era has features of affinity with the Hellenistic era. The Hellenistic era brought to an end the culture of antiquity. And, according to the thought of Spengler, this was a transition of the culture of antiquity over into civilisation. Suchlike is the doomed lot of every culture. And for both our era and for the Hellenistic era alike there is characteristic the mutual interaction of East and West, the meeting and coming together of all cultures and all races, a syncretism, the universalism of civilisation, the feeling of an end-time, the demise of an historical era. And in our era too the civilisation of the West turns towards the East and the trans-cultural people of this civilisation seek for light from the East. And in our era too within the various theosophic and mystical currents there occurs the jumbling together and combining of various systems of beliefs and cults. And in our era too there is the will towards a worldwide uniting in imperialism and the selfsame will finds expression also in socialism. Cultures and states cease to be nationally isolated. The individuality of the cultures passes over into the universality of civilisation. And in our era too there is the thirst to believe and a powerlessness to believe, a thirst to create and a powerlessness to create. And in our era too there predominates an Alexandrianism both in thought and in creativity. Within history daylike and nightlike eras follow in succession. The Hellenistic era was a transition from the daylight of the Hellenic world over to the night of the Medieval Dark Ages. And we stand at the threshhold of a new night era. The daytime of modern history is at an end. Its rational light is dying down. Evening ensues. And it is not Spengler alone who sees the signs of the encroaching twilight. Our time in many of its portents is reminiscent of the beginning of the early Middle Ages. The have begun the processes of drawing back and consolidation, similar to the processes of drawing back and consolidation during the time of the emperor Diocletian. And it is not so improbable an opinion, to imagine that there is beginning a feudalisation of Europe. The process of the collapse of states is transpiring parallel to an universalistic uniting. There are occurring enormous transmigrations and displacements of masses of mankind. And there will perhaps ensue a new chaos of peoples, from which nowise quickly will a new orderly cosmos take shape.

        The World War has drawn Western Europe out of its customary, its established boundaries. Central Europe lies inwardly devastated. Its powers not only materially, but also spiritually, have become overstrained. Civilisation through imperialism and through socialism has to pour forth across the surface of all the earth, has to move even towards the East. Into the civilisation will be brought ever new masses of mankind, new segments. But the new Middle Ages will be a civilised barbarism, a barbarism amidst machines, and not amidst forests and fields. The great and sacred traditions of culture will turn inward. The true spiritual culture, perhaps, will happen to experience a catacomb period. The true spiritual culture, having survived its Renaissance period, having gone through its humanistic pathos, will happen to return to certain principles of a religious medieval culture, not a barbarian Middle Ages, but rather a cultural Middle Ages. Upon the pathways of the modern, the humanistic, the renaissance history, everything is already exhausted. Faust upon the paths of an outward endlessness of aspirations exhausted his powers, he wore down his spiritual energy. Still, there remains for him movement towards an inner infinity. In one of his aspects, Faust has had to totally surrender himself over to the external material civilisation, a civilised barbarism. Though in another of his aspects he has to be faithful to the eternal spiritual culture, the symbolic existence of which was expressed by the mystical chorus at the finish of the second part of "Faust". Suchlike is the fate of the Faustian soul, the fate of European culture. The future is twofold. With Spengler, the preeminence of spiritual culture is sundered. It passes as it were over totally into civilisation and dies. Spengler does not believe in an abiding meaning to world life, he does not believe in the eternal aspect of a spiritual reality. But even if spiritual culture should perish amidst the quantities, it then still will be preserved and abide amidst the qualities. It was carried forth both through the barbarity and night of the old Middle Ages. It will be carried forth also through the barbarity and night of the new Middle Ages, prior to the dawn of a new day, to a coming Christian Renaissance, when there will appear the St. Francis and the Dante of the new epoch.

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       The truths of science for Spengler are not independent truths, but are rather truths relevant of the culture, of cultural styles. And the truths of physics are connected with the souls of a culture. There is a very remarkable chapter about the Faustian and Apollonian nature-knowledge. Mighty strides in physics have been characteristic of our era. Within physics there is occurring a genuine revolution. But the discoveries, which the physics of our era is uncovering, are characteristic of the decline of a culture. Entropy, connected with the Second Law of Thermodynamics, radioactivity and the decaying apart of atoms of matter, the Law of Relativity -- all this tends to shake the solidity and stability of the physico-mathematical world-perception, and it undermines faith in the lasting existence of our world. I might say, that all this -- represents a physical apocalypsis, a teaching about the inevitability of the physical end of the world, the death of the world. Only during the era of the waning of European culture does there arise such an "apocalyptic" disposition within physics. What a difference it is from the physics of Newton. Newton in his physics did not give his own interpretation of the Apocalypsis. The physics of our day can be termed the pre-death thoughts of Faust. It has become impossible to seek for stability in the physical world order. Physics posits a death sentence for the world. The world is perishing in its proportionate discharge of warm energy into the universe, of energy, unreturnable into other forms of energy. The creating energies at work in forming the manifold of the cosmos, are subsiding. The world is perishing from an irreversible and insurmountable striving towards physical equilibrium. And is not the striving towards equilibrium, towards equality, in the social world that same sort of entropy, that same ruination of the social cosmos and culture in a proportionate discharge of warm energy, unreturnable in any sort of energy as is creative of culture? A pondering over the themes, posited by Spengler, leads to these bitter thoughts. But the bitterness of these thoughts ought not to be inescapable and gloomy. Not only physics, but also sociology, do not have belonging to them the final word in deciding the fates of the world and of man. The loss of a physical stability is not an irreversible loss. It is in the spiritual world that it is necessary to seek for stability. It is in the depths that it is necessary to seek for points of support. The world as external lacks infinite perspectives. The absurdity within it has been shown over the ages. But there is apparent an infinite inner world. And it is with it that there ought to be connected our hopes.

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        In the large book of Spengler nothing is said about Russia. Only in the table of contents of the projected second volume is there a final chapter entitled -- "Das Russentum und die Zukunft" ["The Russian and the Future"]. There are grounds to think, that Spengler sees in the Russian East that new world, which will come to replace the dying world of the West: in his booklet "Preussentum und Sozialismus" several pages are devoted to Russia. Russia for him -- is a mysterious world, incomprehensible for the world of the West. The soul of Russia is still more remote and ungraspable for Western man, than is the soul of Greece or of Egypt. Russia is an apocalyptic revolt against antiquity. Russia -- is religious and nihilistic. In Dostoevsky is revealed the mystery of Russia. In the East can be expected the appearance of a new type of culture, of a new soul of culture. Yet this too contradicts the suggestions about Russia as a land nihilistic and hostile to culture. In the thoughts of Spengler, ultimately not followed out to the end, there is a sort of something turned backwards, where its opposite end seems an assertion of Slavophilism. And for us these thoughts are of interest, this turning of the West towards Russia, these expectations, connected with Russia. We are situated in more propitious a position, than is Spengler and the people of the West. For us the Western culture is attainable and graspable. The soul of Europe does not represent for us a soul remote and incomprehensible. We are in an inner communion with it, we sense in ourselves its energy. And yet at the same time we are the Russian East. Therefore the scope of Russian thought has to be broader, from its apparent remoteness. The philosophy of history, towards which the thought of our era turns, with great success has to be worked out in Russia. The philosophy of history always was of a basic interest within Russian thought, beginning with Chaadayev. That, which we are experiencing at present, ought ultimately to lead us out of our isolated existence. Granted that at present we are still moreso pushed back eastwards, but at the end of this process we shall cease to be the isolated East. Whatever happens with us, we inevitably have to emerge onto the world stage. Russia -- is at the middle between East and West. In it clash two torrents of world history, the Eastern and the Western. In Russia is hidden a mystery, which we ourselves cannot fully fathom. But this mystery is connected with a resolving of whatever the themes of world history. Our hour has still not come. It will be connected with the crisis of European culture. And therefore such books, as the book of Spengler, cannot but excite us. Such books are closer to us, than to the European peoples. This -- is our style of book.

Nikolai  Berdyaev.

(1922)

©  2003  by translator Fr. S. Janos

(1922 - 59,1 -en)

PREDSMERTNYE  MYSLI  FAUSTA.  Berdyaev's article is the 3rd of a four part anthology, "Osval'd Shpengler i Zakat Evropy", first published by book-publisher "Bereg" 1922, Moscow, p. 55-72. This entire 1922 Oswald Spengler anthology has been included in the V. V. Sapov edited Berdyaev-reprint under the partially inclusive title, "Smysl Istorii; Novoe Srednevekov'e", Publisher "Kanon", 2002 Moscow, p. 312-404; the Berdyaev title p. 364-381. (The other three selections included in this Spengler anthology are: F. Stepun -- "Osval'd Shpengler i 'Zakat Evropy'", S. Frank -- "Krizis zapadnoi kul'tury", Ya. Bukshpan -- "Nepreodolennyi ratsionalizm".

 




Е-текст по-русский:  Кротова ..

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vendredi, 31 janvier 2020

In Defense of Mishima

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In Defense of Mishima

I have read Andrew Joyce’s article “Against Mishima [2]” at The Occidental Observer with great interest and mixed feelings. I admire Dr. Joyce’s writings on the Jewish question, but to be candid, his critique of Mishima is on the whole tendentious and shallow. It is also overly emphatic on some topics while neglecting or downplaying other equally, if not more, important ones.

Dr. Joyce seems fixated on Mishima’s sexuality, which Joyce attributes to his unhealthy family environment and peculiar upbringing. Mishima’s sexuality is understandably regarded as unsavory by most traditional-minded people. But Dr. Joyce had gone a bit too far with his meticulous attention to this particular issue. Furthermore, I’m afraid that many of his claims about Mishima’s private life are based on taking his novel Confessions of a Mask as a straightforward autobiography, which is not supported by Mishima scholarship.

Mishima is certainly not a paragon of traditional sexual morality. That said, is he still worthy of the respect he receives from white nationalists? I believe the answer is yes, if we focus on the uplifting aspects of his life and work, including many of his writings and speeches that were given short shrift in Dr. Joyce’s article and perhaps are also generally less known to people who do not read Japanese.

The kernel of Dr. Joyce’s argument is that “if key aspects of his biography, including the death, are linked significantly more to his sexuality than his politics, then this is grounds to reconsider the worth of promoting such a figure,” which was later reinforced by his other claim that “a theory thus presents itself that Mishima’s carefully orchestrated death was a piece of homosexual sadomasochist theatre rather than anything political, let alone fascistic or in the tradition of the Samurai.”

To be frank, I found this assertion utterly preposterous. When a man delivers a speech about the importance of the Samurai tradition, then kills himself Samurai-style by cutting open his stomach—literally “spilling his guts”—it seems perverse to wonder if he is being insincere, if he is engaging in “homosexual sadomasochist theatre.” Irony, camp, and theatrics are all fake. There is nothing ironic or campy or fake about actually killing oneself.

Joyce simply ignores the text of Mishima’s final speech, in which he decried the ugly post-war era of Japan, deploring its materialistic and spiritually vacuous society. He lambasted venal and cowardly mainstream politicians. He called for Constitutional reform. He highlighted the authenticity of the Japanese military tradition, contrasting it to the miserable reality of the Japanese Self-defense Force, pointing out the dishonor of the Japanese military forever being a mercenary force of America and capitalists. He rejected the hypocrisy and nihilism of the post-war democracy and its mantra of “respect for human lives.” He reasserted the paramount status of the Tennō (Emperor) and Dentō (tradition), and urged the audience to die as real men and warriors combating the nation-wrecking post-war political regime and value system.

Then he demonstrated that he meant it.

The speech remains every bit as pertinent, powerful, and inspiring when read today as it was back then. The speech alone is enough to guarantee the immortality of Mishima as a nationalist figure of global significance, to say nothing of his numerous politically and culturally themed writings, fiction and non-fiction alike, and his other relevant speeches, which Dr. Joyce was either unaware of or chose to ignore.

A central argument of Dr. Joyce against Mishima is that “he seems hardly political at all. His fiction, denounced by early critics of all political hues as full of ‘evil narcissism’ possessing ‘no reality,’ is almost entirely devoid of ideology.” This could not be further from the truth and seems based on sheer ignorance. I wonder how many works of Mishima Dr. Joyce has actually read or even read about? Did he ever read Mishima’s final speech in full, or his Anti-Revolutionary Manifesto?

Admittedly, Mishima was not a political theorist or a philosopher; he was primarily a novelist and playwright. But being a nationalist writer and activist, his literary world was rich in themes drawn from Japanese history, traditional culture, politics, and current affairs. And, when it comes to political and ideological relevance, it is accurate to understand Mishima more as a Right-wing artist and inspirational activist than a theorist, which certainly has value for the Dissident Right in the West.

4806040005_b70748afe4_b.jpgDr. Joyce maintained that “Mishima, of course, never explored the Emperor’s role in World War II in any depth, and his chief fixation appears solely to have been the decision of the Emperor to accede to Allied demands and ‘become human.’” This is a baffling statement which again simply betrays Dr. Joyce’s lack of knowledge. Besides rightfully decrying the Showa Emperor’s self-demotion to “become human” from his traditional status of “Arahitogami” (god in human form or demigod), Mishima also critically examined the Emperor’s role in politics before, during, and after the war, which revealed that what Mishima essentially venerated was not the individual Tennō but the tō (the unique and time-honored Japanese monarchical system).

For example, Mishima criticized the Showa Emperor, expressing strong sympathy with the rebel soldiers of the “2.26 Incident” of 1936, who were genuine patriots with lofty ideals who were mercilessly crushed by the explicit order of the Emperor. His Patriotism and Voice of the Martyrs were written with great feeling in commemoration of them. [1] [3]

Mishima also extolled the spirit and actions, and lamented the defeat of, the Samurai bands (prototypes of the movie The Last Samurai) who held fast to traditional values in defiance of Japan’s westernization in the wake of the Meiji Restoration. This is justifiably perceived as his criticism of the Meiji regime. Interested readers are recommended to take a look at my old review of the book Persona: A Biography of Yukio Mishima here [4].

Mishima believed that the Emperor could unify Japanese society as a cultural figure, standing above the political realm. He believed that if the monarchy stood as a national and cultural principle of unity, this would create a free space for political debate and cultural innovation, without endangering the cohesion of society. This view is rooted in Japanese tradition, but seeks to make space for important elements of modernity, including political pluralism and cultural freedom. One may agree or disagree with such views, but contra Joyce, they do exist, and they are not vague or vacuous.

A comprehensive search will discover that Mishima’s many books, essays, dramas, and speeches contain explicit or implicit messages defending Japan’s political, cultural, and military traditions, including but not limited to Bushido, expressed with the beauty and exuberance that are Mishima’s literary hallmarks and showing his profound cultivation in ancient Japanese and Chinese classics. His non-fiction books on cultural and political topics include For the Young Samurais, Introduction to Hagakure, Sun and Steel, and Theory of Cultural Defense. The same themes are discussed in his novel Runaway Horses and numerous essays. The five books cited above are especially popular and widely read in France and Italy.

In Sun and Steel (1968), Mishima writes, “Sword/martial art means to fight and fall like scattering blossoms, and pen/literary art means to cultivate imperishable blossoms.” Mishima has certainly lived up to this ideal himself, fulfilling it with his own sword and pen. According to literary critic Koichiro Tomioka, Sun and Steel is almost Mishima’s “literary suicide note” in which his cultural and philosophic thoughts were condensed. In it, Mishima argues that it is exactly the post-war era, in which all values have been inverted, that necessitates the revival of the ancient ethic code of “Bun-Bu-Ryodo” (cultivating a mastery of both pen and sword), as when “Bu” (sword) is gone, “Bun” (pen) slackens and decays. It is in the healthy tension created by the contrasting “Bun” and “Bu” that Mishima was seeking to reclaim traditional Japanese sensibilities.

Mishima also made some famous political statements in a long and heated debate with Leftist students at Tokyo University in 1969, the peak of a cultural and political maelstrom that had swept across Japan’s campuses at large. Their discussion went beyond different political stances into philosophical realms. While the students advocated transcending time and realizing a conceptual revolution in a new space, Mishima upheld the continuum of time. The topics included the Emperor, arts and aesthetics, ego and flesh, morality of violence, politics and literature, time and space, beauty as concept and reality, etc. While being an avowed and ardent Right-wing nationalist in politics and culture, Mishima actually showed sympathy with the Left-wing students’ opposition to capitalism and big business, telling the students: “If you guys are willing to recognize the sanctity and solemnity of the Emperor [as the head of the Japanese national community], I am willing join your ranks.”

Dr. Joyce also made a few jaundiced remarks that detract from his credibility. For example, he claims “[Mishima] was so poor at articulating his ideas to troops during his coup attempt that he was simply laughed at by gathered soldiers.” This is a surprisingly uninformed and erroneous assertion. It was true that Mishima was jeered and taunted by the gathered troops, who interrupted his speech multiple times by shouting. But their behavior had nothing to do with Mishima’s alleged inability to articulate his ideas. Mishima, after all, made a career of articulating ideas, a talent that did not fail him in his final speech.

The problem, rather, lies with the soldiers themselves, who understandably resented the fact that they were convened to listen to Mishima’s speech under duress because Mishima had taken their commander hostage. Moreover, most post-war Japanese servicemen were mere salarymen in a prosperous and materialistic society. They had little connection with the Japanese warrior tradition and were hardly capable of appreciating the problems of the spiritually vacuous society that had produced them. Mishima was perhaps aware of the possibility that he was “casting pearls before swine,” but he knew that his actions would give his words a far larger audience than the hecklers before him. Interestingly enough, according to a 2015 Mishima memorial in the Japanese nationalist publication Sankei Shimbun, some of the soldiers who mocked Mishima’s words later came around to his way of thinking.

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Dr. Joyce states that “[Mishima] lied during his own army medical exam during the war in an effort to avoid military service.” This was simply not true. According to a number of Japanese books and essays on Mishima written by his supporters and critics alike, a large amount of evidence on this particular issue pointed to Mishima’s father Azusa Hiraoka using his government connections to help his son evade military conscription, about which Mishima was unaware. Another version of the story is that, although Mishima passed the initial exam, he was diagnosed with pulmonary infiltrates and was judged physically unqualified and excluded from military service, which was unsurprising due to his chronically weak physical conditions from early childhood.

Rather than chasing after such pointless shadows, it is far more worthwhile to take notice of the fact that Mishima had long felt pangs of conscience and an acute sense of survivor’s guilt for his inability to fight as a result of his physical condition in his youth, which partly explained why he took up body building after the war, striving to become a better man in both physical and spiritual senses, and entered the cultural and spiritual world of Bushido and the Samurai.

Another baseless and snide remark from Dr. Joyce is “One could add speculations that Mishima’s military fantasies were an extension of his sexual fixations, including a possible attempt to simply gain power over a large number of athletic young men. But this would be laboring an all-too-obvious point.” There is simply no evidence that Mishima harbored such baleful intent toward the young men who joined his Tatenokai (Shield Society). There has not been a single allegation of sexual impropriety, either before or after Mishima’s death, either from the young men themselves or from the media at large, including many hostile tabloid papers eager to pounce on the first possible chance to sling mud at Mishima. Surely one could expect that Mishima’s young followers, however juvenile and starry-eyed they might have been back then, would have said something in the last half-century if they had really become targets of Mishima’s “sexual fixations.”

Dr. Joyce moves from disparaging Mishima to demeaning Japanese culture in general in his misguided dismissal of Seppuku. Joyce’s major source, namely Toyomasa Fuse, is a Leftist who hates his ancestral cultural roots, like many Japanese and other East Asians who have either grown up in post-war American society or have been educated in toxic American institutions of higher learning. A simple search online reveals that Fuse was one of a select few Japanese groomed by the American occupation regime as a new intellectual elite. Fuse went to the US in 1950, sponsored by the US government, and later received both his Master’s and Ph.D. degrees from UC Berkeley, where he became a full-fledged Leftist and anti-traditionalist scholar. He was an active member of the anti-Vietnam War movement and moved from the US to Canada in 1968 with some other anti-war college professors. As the founder of the hilariously named Canada Suicide Studies Society, he specialized in and taught “Suicide Studies” at York University from 1972 until his retirement in 1997. Consulting Fuse on Japanese militarism is like consulting the Frankfurt School about Prussian militarism. Joyce, of all people, should know better.

The last sweeping and sloppy charge against Japanese culture by Dr. Joyce that I would like to counter is this: “Again, we must question, at a time when we are trying to break free from high levels of social concern and shaming in Europe, whether it is healthy or helpful to praise practices originating in pathologically shame-centered cultures.”

Surely Dr. Joyce realizes that social shaming in today’s Western countries is fundamentally different from social shaming in traditional Japanese society.

The shaming of whites in Western societies was imposed by an alien hostile elite on the native white populace for the purpose of undermining their traditional culture and values. But the shame culture of Japan is imposed by the Japanese community on its own members to encourage them to live up to communal standards and serve the common good. To put it simply, shaming in the West is an alien contrivance to undermine white society by pinning whites down with false guilt, while shaming in Japan is an indigenous and organic way that the Japanese maintain social norms and enhance social cohesion. The gradual decline of Japanese shaming culture in recent years due to Western influence is another trend that has alarmed traditionalists and nationalists in Japan.

If white societies had greater social cohesion and responsibility, reinforced by shaming, they probably would have resisted the takeover of hostile alien elites. Perhaps, then, white nationalists should study and adopt Japanese shaming mechanisms instead of bashing and trashing them. By calling traditional Japanese shame-centered culture embodied by Mishima “pathological,” Dr. Joyce might as well be quoting from the Frankfurt School, which sought to pathologize healthy white family and social norms, which are not so different from healthy Japanese norms.

Note

[1] [5] Two of the leaders of the uprising, senior captain Asaichi Isobe and senior captain Hisashi Kōno, evoked the greatest empathetic feelings from Mishima, and their patriotism, sincerity, and Samurai mettle became sources of his literary creations. Mishima wrote Patriotism and Voice of the Martyrs based on the Prison Note of Isobe, which featured the revengeful ghosts of the 2.26 uprising soldiers and Kamikaze pilots.

In a conversation with Tsukasa Kōno, elder brother of senior captain Hisashi Kōno, who was a key member of the uprising and committed suicide after the coup failed, Mishima remarks on the Showa Emperor’s dismissive words on the officers who decided to commit suicide: “Go ahead and kill themselves if they want. I’m not going to honor those despicable men with any official envoy.” Mishima commented: “It was not the rightful conduct for a Japanese Emperor. This is so sad.” Tsukasa asked Mishima: “Had those young officers known what the Emperor had said, would they have still shouted ‘Tennō Heika Banzai!’ (Long Live His Majesty the Emperor) before the firing squad?”

Mishima answered: “Even when the Emperor didn’t behave like an emperor, subjects ought to behave like subjects. They knew they must fulfill their part as subjects and chanted ‘Long Live the Emperor,’ believing in the judgment of the heaven. But what a tragedy for Japan!” When uttering his, he looked teary and his voice choked. After publishing Voice of the Martyrs, Mishima wrote in a letter to Tsukasa: “I wrote it with an intention to present it before the memorial tablets of your younger brother and other deceased officers of the 2.26 Uprising.”

 

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[1] Image: https://www.counter-currents.com/wp-content/uploads/2014/08/Grave_of_Yukio_Mishima.jpg

[2] Against Mishima: https://www.theoccidentalobserver.net/2020/01/08/against-mishima-sex-death-and-optics-in-the-dissident-right/

[3] [1]: #_ftn1

[4] here: https://www.counter-currents.com/2014/09/naoko-inoses-persona-a-biography-of-yukio-mishima/

[5] [1]: #_ftnref1

vendredi, 24 janvier 2020

Un numéro de la revue Europe sur Joseph Roth - Loyalität zu Joseph Roth

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Un numéro de la revue Europe sur Joseph Roth

Loyalität zu Joseph Roth

par Christopher Gérard

Ex: http://archaion.hautetfort.com

empire austro-hongrois,joseph roth,autriche,mitteleuropa,europe centrale,vienne,littérature allemande,littérature,lettres,lettres allemandesIl y a quatre-vingt ans, mourait en exil à Paris, à l’Hôpital Necker, l’un des plus grands écrivains de l’ancienne Double Monarchie austro-hongroise, Joseph Roth (1894-1939). Issu d’une famille juive des confins galiciens de l’Empire, Roth se convertit au catholicisme et passa du socialisme utopique au monarchisme nostalgique. Il fut, avec ses superbes romans La Marche de Radetzky et La Crypte des Capucins, le mémorialiste d’un empire disparu et le théoricien d’un conservatisme éclairé, celui des Habsbourg. Deux excellentes raisons de le lire !

Écrivain et chroniqueur, notamment pour le Frankfurter Zeitung dont il fut le correspondant à Berlin dans les années 20, Roth voyait tout, surtout ce que les autres ignoraient : la sombre poésie de deux mégalopoles, Berlin et aussi sa chère Vienne), en pleine métamorphose et livrées à une guerre civile larvée (« Maintenant, on chante à gauche l’Internationale et, à droite, le Deutschland über Alles. Simultanément, alors qu’il serait plus raisonnable de chanter ces hymnes l’un après l’autre. »)

Lucide, Roth y décelait les symptômes d’une crise qui emporta ce qui, après le funeste Traité de Versailles, restait de la Vieille Europe : en 1933, n’écrivait-il pas à son ami Stefan Zweig : « C’est l’Enfer qui prend le pouvoir » ?

Le promeneur Roth décrivait sans illusions un monde qui basculait à l’aide d’images puissantes et originales, qui sont d’un poète menacé par des « orang-outang mécanisés », les mêmes qui brûlèrent ses livres et le chassèrent de sa patrie.

Pour saluer ce grand écrivain un moment oublié après la guerre, la vénérable revue Europe lui consacre une splendide livraison de près de deux cents pages tour à tour sensibles et pointues, et ce à l’occasion d’un double anniversaire, le cent vingt-cinquième de sa naissance en Galicie et le quatre-vingtième de son suicide au Pernod.

3219330321.jpgComme l’écrit justement Claudio Magris, qui a tant fait pour le ressusciter, Joseph Roth incarna bien « l’aède du crépuscule de la vieille Europe et de l’identité individuelle », quels que fussent ses masques qu’il porta avec une sorte de dandysme narquois, celui du juif galicien converti au catholicisme autrichien ou celui du caporal qui se prétendit officier de l’Armée impériale et royale. Désespéré par la perte de sa patrie, réduit à une misère noire que son ami Zweig, entre autres bienfaiteurs, tenta d’atténuer, Roth finit ses jours dans deux endroit mythiques de la Rive gauche, tous deux situés en face l’un de l’autre  à l’ombre du Sénat, l’Hôtel Foyot, où logèrent Joseph II et Rilke, détruit en 1938 au moment de l’Anschluss, et le Café Tournon, demeuré intact, où je me rends en pèlerinage à chacun de mes passages parisiens, seul ou en compagnie de l’un ou l’autre confrère. J’aime à y rêver à ces émigrés monarchistes devant un verre de bourgogne.

Oui, un bien beau numéro d’Europe, revue qui publia déjà Roth de son vivant et que se procureront tous ses amis.

Christopher Gérard

Europe 1087-1088, hiver 2019, Joseph Roth, 366 pages, 20€

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mercredi, 22 janvier 2020

Remembering Christopher Tolkien, 1924–2020

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Remembering Christopher Tolkien, 1924–2020

J. R. R. Tolkien’s youngest son, Christopher, died on January 15 at the age of 95. Even in old age, Christopher cut a striking scholarly figure, sitting as he did in a green cardigan before a log fire. His reedy voice, occasionally crackling like the dry wood in the stone hearth at his feet, carrying with it subtle wisps of academic gravitas, as smoky shadows curled like grey-blue snakes around a towering bookcase filled with leather-bound tomes looming like Orthanc over his shoulder. Shelves stacked with studies of ancient texts like the Ancrene Wisse and the Ormulum. The whole scene — a sequence from a documentary entitled J.R.R.T: A Film Portrait of J.R.R. Tolkien (1996) — is somewhat reminiscent of the ominous expository chapter “The Shadow of The Past” from Tolkien’s magnum opus. A prescient image, given Christopher’s filial crusade to preserve the integrity of his father’s work and bring unpublished manuscripts like The Silmarillion (1977) and Unfinished Tales (1980) to light.

Christopher, born in Leeds while his father tutored at University there and later educated at Oxford’s famous Dragon School, joined the Royal Air Force and served in South Africa before lecturing at New College Oxford from 1964 to 1975 and publishing his own translation of The Saga of King Heidrek the Wise (1960). Described by his father as his “chief critic and collaborator,” he was warmly welcomed by such intellectual giants as C. S. Lewis, Charles Williams, Owen Barfield, Warren Lewis, and Nevill Coghill, as a junior member of the famed Inklings group that met at the Eagle and Child Inn on St Giles, Oxford.

Christopher only left his role at the thirteenth-century cloistered college to work on his recently deceased father’s papers in the mid-1970s. It was a decades-long and painstakingly laborious task that he maintained, with great stamina and energy right up until the end of his life. Christopher diligently edited the 12 volume History of Middle Earth, The Children of Hurin (2007), The Legend of Sigurd and Gudrun (2009), The Fall of Arthur (2013), Beowulf: A Translation and Commentary (2014), Beren and Luthien (2017), and The Fall of Gondolin (2018).

Sadly, Christopher’s was unable to ensure the fidelity of Peter Jackson film versions of both The Lord of the Rings and The Hobbit. Speaking to Le Monde from his villa in the South of France in 2012, Christopher accused Jackson of having “eviscerated the book by making it an action movie for young people aged 15 to 25.” He continued:

Tolkien has become a monster, devoured by his own popularity and absorbed by the absurdity of our time . . . the chasm between the beauty and seriousness of the work, and what it has become, has gone too far for me. Such commercialization has reduced the aesthetic and philosophical impact of this creation to nothing. There is only one solution for me: turning my head away.

And indeed, that is exactly what he did by also refuting the recent and rather underwhelming Tolkien biopic starring Nicholas Hoult and Lilly Collins — a lead I shall follow when the Amazon serialization of the prequel to The Lord of the Rings hits the screens, a televisual spectacular allegedly focusing on the Second Age of Middle Earth and starring the Iranian Nazanin Boniadi and Puerto Rican Ismael Cruz Cordova, a somewhat incongruous piece of casting which will no doubt be supplemented by various south-east Asians and Africans over the course of the plot. Perhaps it is best that Christopher did not live to see his efforts sullied by such Hollywood virtue signaling.

So as per Bilbo’s Last Song, I say adieu to a great man who fulfilled the wishes of all Tolkien purists and hope that he may rest in the knowledge that his endeavors were not in vain.

Day is ended, dim my eyes,
but journey long before me lies.
Farewell, friends! I hear the call.
The ship’s beside the stony wall.
Foam is white and waves are grey;
beyond the sunset leads my way.
Foam is salt, the wind is free;
I hear the rising of the Sea.

Farewell, friends! The sails are set,
the wind is east, the moorings fret.
Shadows long before me lie,
beneath the ever-bending sky,
but islands lie behind the Sun
that I shall raise ere all is done;
lands there are to west of West,
where night is quiet and sleep is rest.

Guided by the Lonely Star,
beyond the utmost harbour-bar,
I’ll find the heavens fair and free,
and beaches of the Starlit Sea.
Ship, my ship! I seek the West,
and fields and mountains ever blest.
Farewell to Middle-earth at last.
I see the Star above my mast!

 

Article printed from Counter-Currents Publishing: https://www.counter-currents.com

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mercredi, 15 janvier 2020

Ryuji Tsukazaki on Mishima

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Ryuji Tsukazaki on Mishima

Following the publication of my review of Yukio Mishima’s guide to Hagakure, Andrew Joyce, a fellow contributor to The Occidental Observer, has published a thorough and highly critical account of the Japanese writer’s life. I was going to draw attention to Joyce’s piece, which has already been republished by The Unz Review.

Here is a partial summary of Joyce’s points:

  1. Despite being married, Mishima had a completely degenerate gay sex life and neglected his children.
  2. Mishima’s right-wing politics were adopted late and were vague, insincere, and ultimately a kind of posing.
  3. Mishima’s spectacular last day, far from being a serious traditionalist/militarist political statement, was merely the ultimate enactment of his perverse and self-destructive psycho-sexual fantasies.

Joyce concludes:

Members of the Dissident Right with an interest in Japanese culture are encouraged to take up one or more of the martial arts, to look into aspects of Zen, or to review the works of some of the other twentieth-century Japanese authors mentioned here. Such endeavors will bear better fruit. Above all, however, there is no comparison with spending time researching the lives of one’s own co-ethnic heroes and one’s own culture. As Europeans, we are so spoiled for choice we needn’t waste time with the rejected, outcast, and badly damaged members of other groups.

I invite you to read Joyce’s piece in full.

runaway.jpgAll this having been said, I still encourage people to watch Paul Schrader’s film on Mishima and to read Mishima’s guide to Hagakure (or better yet, Hagakure itself). I will myself, when time permits, try to read Mishima’s later more political fiction (e.g. Runaway Horses) and other nonfiction. A work of art is no less compelling, a logical argument no less persuasive, whatever the author’s personal deficiencies or proclivities.

On TOO, Joyce’s piece has received an informative, nuanced, and detailed comment from a certain Ryuji Tsukazaki, who seems to be fluent in Japanese. I reproduce Tsukazaki’s comment in full:

This essay probably needed to be written. But to any readers who think it seems a little unfair aggressively negative – it is.

The assertion that Mishima “seems hardly political at all” is just silly. It’s true that rightists who read his fiction often find it disappointing. Taken as a whole, his literary oeuvre certainly contains more weird homoeroticism than it does right-wing nationalism. But Mishima also wrote a lot of non-fiction, which was mostly explicitly political. Some titles that come to mind right away are “In Defense of Culture”, “For Young Samurai”, and “Lectures on Immorality”. (These are all my unofficial titles. I don’t think any of them are officially translated.) They are treatments of Japanese political culture, identity, and morality in the post-war era. It’s impossible to tie them to gayness or sadomasochism; they’re obviously sincere. Mishima also took part in debates on campuses during the late 60s student riots (he wrote essays about them too).

Despite the assertion that he became political “in the 60s”, perhaps because he was afraid of growing old – his most explicitly political work of fiction, Patriotism, came out in 1961, halfway through his career, when he was 35. “The Sailor Who Fell from Grace with the Sea”, another major midcareer work of fiction, isn’t explicitly political, but very clearly touches on themes of authentic masculinity, loyalty, and patrimony.

“he argued that Japanese right-wingers “did not have to have a systematised worldview,”” I don’t know the context of this quote, or what he said in the original, but it’s actually hard to argue with – especially because Japanese right-wingers have never HAD a systematised worldview. The desire for metaphysical, moral, and/or ideological formal systemization is very European. Prewar Japanese historical figures will often be described as fighting for democracy and human rights in one context and as fierce right-wing militarists in others (Kita Ikki and Toyama Mitsuru come to mind). If Mishima’s assertion bothers you, don’t sweat it – it’s not about you, it’s about the Japanese.

“Mishima is a pale shadow of ultra-nationalist literary contemporaries like Shūmei Ōkawa…” I have to niggle about this. Shumei Okawa is neither literary nor contemporary. He was active in the prewar era only, and I’m unaware of any fiction he wrote. The others you mentioned may be superior to Mishima as ultranationalists but not as men of letters.

As I said, this essay did need to be written – it’s hard to look deeply into Mishima and feel comfortable with Western rightist idolization of him. He was nothing so simple and appealing as le based Japanese samurai man. And it’s true that his life and work was driven greatly by his sexuality. It’s untrue that he was politically insincere or shallow. He was nothing like a European fascist, and he couldn’t be called a traditionalist. Nonetheless, he prioritized the authentically Japanese over the modern or Western; he prioritized the healthy over the sick, and the strong over the weak; and the masculine over the feminine or androgynous. He brought up these themes repeatedly in his writings, fiction and nonfiction.

“Mishima was a profoundly unhealthy and inorganic individual” – this sentence stuck out to me as undeniably true. And I think it’s also true of many other important writers and thinkers. When Nietzsche wrote that wisdom appears on earth as a raven attracted by the scent of carrion, he was doing nothing so simple as attacking wisdom. Blond Beasts rarely write groundbreaking philosophy or provocative fiction; conflicted people who hate themselves and/or the world they were born into do that more. (Nietzsche himself could be described as an unhealthy and inorganic individual, though not to Mishima’s level.) Mishima’s disturbed sexuality and weak, sick childhood were catalysts that forced him to really grapple with masculinity and identity on a personal and intellectual level. When we read about him we should be aware that he was not an ubermensch and that he was a pervert. I don’t see that as reason to dismiss him.

samedi, 11 janvier 2020

Mort aux fafs ! La nouvelle charge d'Alcide Gaston !

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82 pages. Imprimé sur un luxueux papier couché!

Mort aux fafs !

La nouvelle charge d'Alcide Gaston !

The road of excess leads to the palace of wisdom ( Le chemin de l’excès mène au royaume de la sagesse) - William Blake in The Marriage of Heaven and Hell

Dans cette véritable catharsis littéraire, Alcide Gaston érige plus que jamais l’excès au rang de purge existentielle, exercice ô combien périlleux et réservé à une certaine trempe d’hommes différenciés.

Confrontant volontiers le phantasme à la triste réalité, ce nouveau scandale éditorial plongera le lecteur dans une intrigue au sein de laquelle le « camp national » subit l’inenvisageable.

Fort éloigné d’un quelconque style d’écrivain « con-for(t)-maté », cette contribution de Gaston rappelle avant tout aux jeunes malappris dotés d’égos démesurés, qu’il en cuira à quiconque néglige le respect que l’on doit à celles et ceux qui nous ont précédés sur le chemin menant à la Victoire !

Avertissement de l’éditeur :

Compte tenu du simple fait que cet ouvrage comporte dans sa fiction plusieurs scènes que la morale réprouve, il est entendu que ledit livre s’adresse, et sans exclusive pour son lieu de dépôt légal, aux Hommes, Femmes, LGBT…XYZ de plus de 18 années révolues. Et/ou  dans un pays exigeant autre législation, l’importateur se conformera aux lois en vigueur de son propre pays d’importation.

jeudi, 09 janvier 2020

Orwell on Screen

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Orwell on Screen

David Ryan
George Orwell on Screen
Jefferson, N.C.: McFarland & Company, 2018

This book took me down a rabbit hole when I discovered it last June. For several days I didn’t want to do anything but watch old television dramatizations and documentaries about George Orwell’s works and life. There have been a surprising number of them, and most of the key ones can be found online or in other digital media. A few, alas, have vanished into the ether, and we have to make do with David Ryan’s script synopses.

OOS-1.jpgTo his credit, Ryan does not spend much ink on critical analyses of the various presentations. That would make for a very fat and dreary book. In nearly every instance he’d have to tell us that the production was uneven and woefully miscast. I wondered if he was going to carp about the misconceived film adaptation of Keep the Aspidistra Flying (1997; American title: A Merry War). Not a bit of it; he leaves it to us to do the carping and ridicule. What he does provide is a rich concordance of Orwell presentations over the years, with often amazing production notes, technical details, and contemporary press notices. And if you don’t care to get that far into weeds, George Orwell on Screen is still an indispensable guidebook, pointing you to all sorts of bio-documentaries and dramatizations you might never discover on your own. This is particularly true of the many (mostly) BBC docos produced forty or fifty years ago, where you find such delights as Malcolm Muggeridge and Cyril Connolly lying down in tall grass and trading tales about their late, great friend.

TV and film versions of Orwell’s last novel (published as Nineteen Eighty-Four in England, 1984 in America) weigh very heavily in the text, and also take up a lot of viewing time when you try to sit through them all. Among the first entries were live teleplays, one broadcast by NBC in 1953 (for the Studio One series), the other staged and broadcast twice by the BBC the following year.  There was no videotape in those days, but we do have adequate if fuzzy kinescopes, recorded with a 16mm film camera aimed at a studio monitor. There were also radio adaptations in that era, including two riotous parodies by Spike Milligan and his Goon Show gang. And then, in 1956, came a big-budget feature film that was made in England but distributed under the American title 1984.

It raises some questions, this obsession with Orwell’s novel in the first half-decade or so after his death in January 1950. Was there a political motive at work, early in the Cold War? Was the book so rich in drama and human interest that everyone wanted to do it, the way all actors want to be Hamlet? I think the answer is much simpler. Live TV drama was a gaping maw that needed to be fed, and the hunger for scripts was intense, because radio drama was still very much a thing, too. (The first radio version was an American one soon after the book’s publication in 1949. It stars, incredibly enough, David Niven as a very suave-sounding Winston Smith.) Another reason for the abundance of 1984 productions might be that Orwell’s novel was that rare thing, a work of fiction that almost immediately entered common parlance, even among the many millions who never read the book. You’d have to go back to early Dickens or maybe Uncle Tom’s Cabin to find a novel with that kind of widespread impact. By 1950 anybody literate enough to read a newspaper knew who or what Big Brother was, and maybe could even appreciate jokes about “thoughtcrime” and “Room 101.”

Those two early teleplays, from NBC and the BBC, were melded together in a 1956 feature film, with Edmond O’Brien, Jan Sterling, Michael Redgrave, and Donald Pleasance (partly reprising his role from the BBC version). This version surpasses other screen adaptations in one respect: its exterior shots. It was made on location in London, and made use of recognizable landmarks and wartime bomb damage, giving us the dismal look and feel of the city in the novel. When there’s a celebration in Victory Square we don’t need to have it explained to us that this is really Trafalgar Square.

Balanced against this virtue are the movie’s oddities, and they are legion. Edmond O’Brien as Winston looks wasted and beaten-down, as Winston should, but here’s it’s as a paunchy and cirrhotic figure, rather than the gaunt and pallid nicotine addict in the book. Michael Redgrave wears a spaceship-commander uniform as the Inner Party bigwig O’Brien. Only in this movie they change his character’s name to O’Connor, because two O’Briens in the same film was thought to be too confusing for the audience.

And then there’s the problem of the finale. The novel’s finish was thought too downbeat, with Winston a broken man, drunk on clove-scented gin and separated from Julia, waiting for a bullet in the back of the head. So the director shot two different endings, one in which Julia and Winston get back together again, briefly, after which Winston finds redemption by cheering for Big Brother; and a second one in which Julia and Winston shout “Down with Big Brother” and start ripping down Big Brother posters. This “Down with Big Brother” ending is said to have been distributed in the British (and presumably European) market. I saw it on television someplace a long time ago and it was a real surprise: had I completely misremembered the ending?

*   *   *

Viewing the two teleplays and their mashup in the 1956 movie, one notices that, production values aside, the American “take” on the Orwell story was very different from the British one. American tastemakers conceived of 1984 as futuristic science-fiction. You see this in the lurid cover of the original Signet paperback, and in the posters for the 1956 film. The stark sets and random costumes in the 1953 Studio One production will put one in mind of something by Edward D. Wood, Jr. The designers were aiming for something like German Expressionism, but the effect is more like a cardboard dollhouse. While Big Brother posters are everywhere, “BB” is nothing like the mustachioed Stalin avatar that Orwell had in mind. Instead, “Big Brother Is Watching You” appears over a “hairless, freakishly distorted cartoon face [that] looks like something Mad magazine has commissioned from Picasso” (as author David Ryan puts it).

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Speaking of Ed Wood: Lorne Greene plays a very fey O’Brien, rather like Bunny Breckinridge’s “Ruler” character in Plan Nine from Outer Space. He wears an ornate suitcoat, sort of early-Roxy-usher, to indicate his high status in the Inner Party. When he slips Winston Smith (Eddie Albert) his address and suggests they get together that evening, it looks to all the world like a homosexual assignation. And some of the costume choices suggest that the crew didn’t understand the book at all. Orwell put most of his Party members in “overalls”: meaning, the kind of onesie garment that flight mechanics would wear; like Winston Churchill’s “siren suit.” But the costume people at Studio One saw “overalls” and thought of farmers’ bib overalls. So Eddie Albert as Winston was going to go around attired in necktie and farmer overalls, foreshadowing his 1960s sitcom role in Green Acres. But it appears somebody caught the mistake at the last minute, and came up with a few grease-monkey outfits, so at least Winston and the male ensemble don’t look entirely foolish.

What I found most baffling and annoying about this 1953 NBC production is that it entirely ignores the significance of Emmanuel Goldstein in the Two Minutes’ Hate. There is no Goldstein; instead the giant telescreen shows us a beefy talking-head known as Cassandra. Perhaps the Studio One producers were chary of Goldstein’s Jewishness. Or perhaps they didn’t want to complicate things by alluding to the whole Trotsky-vs.-Stalin saga, or suggest that Orwell’s novel (author’s disclaimers notwithstanding) really truly was about Soviet Communism.

This coyness carried over into the 1956 feature film, scripted by the same scenarist, William Templeton. Once again, no Emmanuel Goldstein, no explicit suggestion of Communism per se. But this time they couldn’t call the telescreen traitor Cassandra, because in mid-1950s England “Cassandra” had a very special meaning: not the doomsayer of Ilium, but a popular, snarky columnist in the Daily Mirror. It would be like calling the Goldstein figure “Liberace.” So when the morning scrum at the Ministry of Truth gathers for their Two Minutes’ Hate, their wrath focuses upon a talking head called “the archenemy Kalador.” Kalador? Just a sci-fi-sounding name the writer or someone pulled out of the air. Inexcusable.

No such issues in the 1954 BBC teleplay. The costumers knew what “overalls” were, and the producers weren’t touchy about using the name Emmanuel Goldstein or alluding to Leon Trotsky. Here the Goldstein on the telescreen is even made up to look like Trotsky. This production is twice as long as the American one, and has sufficient time to develop minor characters and subplots. Winston Smith is played by Peter Cushing, which gives the drama something of a Hammer Horror aspect (after all, Nineteen Eighty-Four is indeed a horror tale). The real diamond in the cast, though, is young Donald Pleasance as Syme, the nerdy lexicographer who can’t stop talking about the wonders of Newspeak. In fact, I’m pretty sure he has more lines in this teleplay than he does in the book.

The BBC dramatization is also much more inventive when it comes to Room 101. NBC’s Studio One version briefly locks Eddie Albert in a cubicle with (unseen) rats. Eddie screams. Blackout. So much for the horrors of Room 101. But the BBC crew really went to town. They built a whole kludgy apparatus for the rats, involving a cage, a face mask, and a kind of plastic ventilation coil running between them (something like a supersized version of the Habitrail ducts that hamsters scamper around in). Unfortunately the rats weren’t at all fearsome or hungry when they shot this scene, so we end up with insert shots of peaceful lab rats sniffing around their cage. But you have to give the set techs an E for Effort.

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The crucial difference between the 1953 American teleplay and the 1954 British one is how they approach the material. Once again, the American team thought they were doing science fiction. The British team dealt with it all as naturalistic kitchen-sink drama. This seems to me to be the only correct way to deal with Orwell. Those bedraggled Party members, sullenly putting in time at the Ministry of Truth; downing their disgusting grey stew at the canteen; maintaining themselves in a mild stupor with regular shots of cheap gin—this is pretty much wartime London as Orwell knew it and as the BBC crew remembered it. There’s very little here that’s futuristic.

Tellingly, when The Goon Show did their parody, “Nineteen Eighty-Five,” it was mainly a series of jokes about the food at Big Brother Corporation’s office canteen.

ANNOUNCER:
(over public address system) BBC workers. The canteen is now open. Lunch is ready. Doctors are standing by.

FX:
SOUND OF CANTEEN HUBBUB, CUPS & SAUCERS CLINKING

WINSTON:
As I sat at my table eating my boiled water I began to hate Big Brother Corporation.

The “naturalistic” BBC television script had a long afterlife. After being presented twice in 1954 and parodied by the Goons in 1955, it was re-produced in 1965, for a series called The World of George Orwell. And when Michael Radford made his visually stunning feature with John Hurt and Richard Burton (filmed and released in A.D. 1984), the film’s mise-en-scène recalled the fetid atmosphere of the BBC teleplays rather than the confused, big-budget 1956 movie. What’s missing in the Radford version is a clear backstory, as reflected in the novel’s atmosphere of wartime privation and squalor. This was something easy to get across in the 1954 BBC teleplay, but it doesn’t really register in the Radford version, which seems to take place in an alternative reality that exists somewhere outside our own chronological scheme.

*   *   *

Finding the right tone for dramatizing Orwell seems to be more of an obstacle for scriptwriters than it ought to be. Nearly everything he wrote was a depresso-gram, highly resistant to playful optimism. Earlier I mentioned Keep the Aspidistra Flying, a woeful black comedy that is set in the 1930s but follows a similar plot arc to Nineteen Eighty-Four. Somebody made a BBC teleplay of Aspidistra in the 1960s, and that seems to have been pretty faithful to the book. I.e., it was a downer. It didn’t get revived or rebroadcast, and eventually the BBC lost or erased the tapes. When the property came up again thirty years later as a feature production, the decision was made to turn it into a frothy period piece about a carefree young couple (Richard E. Grant and Helena Bonham-Carter), and that’s pretty much what we got. The idea seemed to be that the only acceptable treatment of the 1930s was something out of Masterpiece Theatre.

Two of Orwell’s best and most adaptable novels, Burmese Days and Coming Up for Air, have never gotten anywhere near feature production. The first seems to be permanently trapped in development hell, while the second was made into a BBC teleplay way back in 1965 and hasn’t been heard from since.

And then there’s Animal Farm, filmed twice but very unsatisfactorily, once in cel animation (1954) and once in live-action-plus-CGI (1999). In both instances the directors/animators missed the essential point: that this is a talking-animal tale (“A Fairy Story,” Orwell subtitled it), and the talking animals need to have distinct, developed personalities. Those personalities get lost in these films. Because in the first production the animals don’t really get to talk, the whole drama being explained in voice-over narration. The 1999 production went to the other extreme, giving us an Uncanny Valley of “real” talking barnyard animals. Instead of Orwell’s fairy-tale anthropomorphized critters, we get grotesque close-ups of drooling dogs and snot-nosed hogs. The effect is horrifying. Any sympathy we might bring to Orwell’s delightful creations doesn’t stand a chance.

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jeudi, 02 janvier 2020

Les moins de seize ans ou les solitudes pédérastiques de Tonton Gabriel

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Les moins de seize ans ou les solitudes pédérastiques de Tonton Gabriel

par Juan Asensio

(texte de 2013)

Ex: https://www.juanasensio.com

Autres textes sur le sujet: Gabriel Matzneff dans la Zone.

Nous pouvons lire, à l'entrée Robert Brasillach du truculent Dictionnaire des injures littéraires de Pierre Chalmin (1), une méchanceté écrite par Gabriel Matzneff pour Le Figaro littéraire : «Brasillach que plus personne ne lirait aujourd'hui si, au lieu d'avoir été fusillé, il était mort écrasé par un autobus en juin 1944».

Nous pourrions retourner cette saillie du reste assez stupide car Brasillach continue d'être lu, à Gabriel Matzneff, en lui faisant remarquer que plus personne ne le lirait aujourd'hui si, à la place des orifices de jeunes enfants des deux sexes, il évoquait dans ses livres si paresseux, comme tout un chacun ou presque, ceux de ses seules épouse (notre Lovelace des bacs à sable a été marié, brièvement) et (innombrables) maîtresses. Lire Gabriel Matzneff, ce n'est en effet pas être sensible à sa prétendue petite musique, ce n'est pas manifester sa dilection pour les auteurs antiques, ce n'est pas soutenir, plus ou moins silencieusement, un de ces hérauts, de plus en plus fatigué à vrai dire et qui a besoin pour se déplacer de sa canne à pommeau doré, de la droite buissonnière qui fut très souvent garçonnière, ce n'est pas s'intéresser au subtil mélange entre envolées métaphysiques et cabrioles priapistiques, ce n'est certainement pas défendre la liberté de l'esprit contre ce qu'il appelle les quakers et les quakeresses de la pruderie.

Lire Gabriel Matzneff, ce n'est même pas s'offrir un de ces petits plaisirs secrets que, bien jeune, nous nous accordions en lisant en cachette les textes de Sade et de Casanova alors même que, selon l'auteur, nous ne saurions lire la description détaillée de fines parties de plaisir entre un adulte et un jeune enfant sans éprouver nous-même un désir trouble. Or, si l'imagination d'un jeune adolescent (et même celle d'un adulte) peut être ravie, au sens premier du terme, par les pages où Sade déploie ses infernales machines de souffrances et de plaisir ou par la truculence arsouille et irrévérencieuse du Vénitien, les passages où Gabriel Matzneff évoque ses parties de jambes en l'air, eux, sont absolument tout ce que l'on voudra, libidineux, pornographiques donc cliniques, ridicules ou drôles, mais jamais érotiques.

Lire Gabriel Matzneff, c'est donc très sûrement perdre son temps. Lire Gabriel Matzneff, c'est assez vite tout de même (sauf lorsque l'on ne sait pas lire, cette cécité est fort répandue) découvrir que le maître que nous cherchions, jeune, que tout jeune enfant passant sa vie à dévorer des livres cherche plus ou moins sans le savoir, est un petit professeur bagué, cravaté et dégénéré, que l'esprit libre tant vanté dans notre société soumise à des milliers de diktats aussi invisibles que sournois n'est qu'un pleurnicheur vouant aux gémonies celles (les renégates, dit-il) qui l'ont plaqué et renié, que l'homme fort ne craignant aucune polémique est un pauvre type esseulé et qui, devenant vieux, sera non seulement toujours esseulé, de plus en plus seul à vrai dire mais surtout de plus en plus pathétique, un vit bientôt flaccide condamné à subir les gestes du personnel soignant d'une maison de retraite en guise de fier étendard affichant son mépris des «vieux culs nécrophages de la rue Sébastien-Bottin» (2), que le théologien à la mode de Vladivostok est un mécréant à la petite semaine affirmant que le Christ semble s'être «fait chair, flesh, que pour nous permettre de tringler les premières communiantes et de tailler des pipes aux petits chanteurs à la queue de bois» (pp. 12-3, l'auteur souligne), que le pécheur impénitent, Gilles de Rais saupoudré de talc ayant sa place à toutes les bonnes tables de Saint-Germain-des-Prés, écrit chacun de ses textes ou presque sans jamais parvenir à masquer son cri («Pardonnez-moi ! Pardonnez-moi !»), rêvant de «confession publique» comme au temps où le sacrement de pénitence représentait quelque chose «chez les chrétiens primitifs», et saisissant l'occasion inespérée que lui offre Jacques Chancel en réintroduisant ladite «confession publique dans nos mœurs» (p. 13) par le biais de sa collection, tout en hurlant de trouille et de sainte horreur au moment de monter sur le bûcher, alors que Gilles de Rais, lui, comme oublie de le rappeler notre hagiographe gaminophile, est devenu grand parce que ses crimes immondes sont indissociables du pardon qu'il a demandé, à genoux, aux mères et aux pères des enfants qu'il a dilacérés, violés et tués, avant de finir rôti, pour la plus grande gloire des cieux et la purification nécessaire d'un monstre trahi par le diable qu'il n'est jamais parvenu à conjurer.

Petit auteur, auteur mineur si l'on veut, Gabriel Matzneff n'est pas un homme mineur mais un petit homme ridicule et exécrable.
 

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Je ne perdrai toutefois pas mon temps à ferrailler avec ce pédéraste comme lui-même aime à se décrire, qu'il s'agisse de l'affubler de cet épithète de nature plutôt que de celui de paidophile ou pédophile qui lui convient du reste admirablement, ou de rejoindre ce vieux rétiaire cacochyme et larmoyant, autrefois éphèbe impertinent pressé de vivre et de jouir, sur le terrain boueux où il a livré l'un de ses combats les plus minables et truqués (3), insultant ceux qu'il appelle les sycophantes de persister à ne pas comprendre que son art littéraire, dont il se fait une si haute opinion, ne saurait être jugé à l'aune sordide et lilliputienne de la morale.

Je me contenterai donc de frapper au point censé être le plus douloureux pour un cacographe, étant donné que ces hongres sont toujours persuadés que non seulement ils savent écrire, mais que leur œuvre, rare ou abondante, possède quelque qualité indéniable dans la sphère esthétique. Ce point, c'est justement le livre et lui seul, sa qualité littéraire supposée donc, qui devrait le hisser hors de la tourbe puante des minables considérations moralisatrices ou sentant le vieux slip de l'ordre prétendûment conservateur voire réactionnaire qui serait la mort de notre écrivain réputé libre et affranchi de tout, et qui se laisserait pourtant mourir s'il devait passer plus d'une journée sans pouvoir bénéficier du bienfait immarcescible d'une salutaire pédicure.

Les moins de seize ans ne constituent même pas un livre scabreux, et il est infiniment drôle de relire les stupidités qui furent écrites lorsqu'il parut, sous la plume de Roland Jaccard pour Le Monde qui évoque un «livre provocant et salutaire, courageux et spirituel» ou de Thierry Garcin pour Le Quotidien de Paris qui parle d'un ouvrage ayant créé de «salutaires remous, pour avoir mis les professionnels du progressisme au pied du mur».

Ce livre, s'il constitue, en effet, une confession non point douloureuse ou choquante mais ridicule, s'il évoque la plus grande idée fixe ou obsession, le mot est de Matzneff lui-même, de l'auteur, qui avoue que ses «obsessions sont pareilles à ces baudruches qu'on attache sous les aisselles des petits enfants qui apprennent à nager : qu'elles crèvent [et il] coule à pic» (p. 14), s'il détruit donc définitivement le rempart lilliputien pitoyable que les imbéciles et les vicieux (l'un et l'autre pouvant aller de concert bien sûr) dressent comme une muraille de Chine autour de l'écrivain qui n'écrirait qu'une fiction, soit une réalité purement esthétique, forcément et férocement artistique, parfaitement éloignée de la réalité (4), ce livre est la confession, navrante bien davantage que terrible, d'une solitude.

Solitude d'un écrivant qui se croit écrivain, parce qu'il a beaucoup lu les auteurs antiques, ce qui lui permet de saupoudrer son livre de latin non pas de cuisine mais d'alcôve («Mille puellarum, puerorum mille furores», repris aux Mémoires de Casanova) et de nous rappeler que l'Antiquité consommait les très jeunes enfants de façon immodérée, et solitude parce que, comme tous ceux de son espèce, Gabriel Matzneff est un écrivain mineur qui se croit grand. Il suffit, pour se convaincre de cette nullité bienheureuse, de relire les lettres de la petite fille au vilain monsieur qui ponctuent Les moins de seize ans, et qui sont censées, nous précise l'auteur en note, avoir «été écrites par une adolescente de quinze ans». «Il n'y a pas une ligne qui ne soit d'elle», termine, on s'en doute fièrement, Matzneff (p. 19) et, ma foi, je ne sais s'il s'agit de lettres bien réelles ou d'un jeu de l'écrivain s'étant mis à la place d'une jeune fille mais, dans les deux cas, leur nullité purement littéraire est patente, tout comme est ridicule, mais j'avais déjà souligné cette étonnante dimension à propos des larmoyants Carnets noirs, leur bêtise et fadeur érotiques : «X, mon amant pain d'épice, sucre d'orge, sucre d'or, je t'aime, tu sais, je t'aime» (p. 51). Gabriel Matzneff, aussi sordide qu'un phallus gonflé à l'hélium au beau milieu d'une aventure de Maya l'abeille.

J'ose donc affirmer, contre l'évidence même semblerait-il, que la solitude est le sujet réel, profond, évident même des Moins de seize ans, et non pas les goûts sexuels de Gabriel Matzneff qui écrit pourtant qu'il n'a «jamais eu de rapports sexuels avec une personne de [s]on sexe qui soit âgée de plus de dix-sept ans, sauf une fois avec un garçon de vingt-deux, mais ce soir-là [ils avaient] fumé force sebsi de hasch, [ils étaient] complètement défoncés» (p. 22, l'auteur souligne).

Ce sujet réel, profond, évident, est la solitude et non pas la différence entre l'homosexualité, comiquement moquée, avec un don de prescience qu'il convient de saluer si nous songeons à l'épisode grotesque du mariage homosexuel («ils veulent l'honorabilité et la sécurité, le sourire de leur concierge et les palmes académiques, le certificat de bonnes mœurs et le contrat de mariage», p. 82) et la pédérastie ou plutôt, nous dit l'auteur qui pourtant prend grand soin de distinguer ces deux dernières réalités, la pédophilie (5).

Ce sujet réel, profond, évident, le seul à vrai dire, n'est pas ce que nous pourrions nommer la perversité de Gabriel Matzneff qui sait parfaitement que «la dissemblance psychique entre un adulte et un enfant est, elle aussi, une évidence» (p. 23) et qui jouit donc, mais en cachette, de l'étalage de cette dissemblance, comme tout pervers qui se respecte. Deux façons et deux façons seulement existent de pervertir l'innocence : la force brutale de la bête, et le coupable termine derrière des barreaux emmailloté dans une camisole de force et la ruse de l'esprit, qui est la marque des prédateurs supérieurs dont Gabriel Matzneff, qui se vante de n'avoir jamais rien arraché qui ne lui eût été par avance donné, fait évidemment partie. Je ne me prononce pas sur le type de peine que j'imagine pouvoir convenir à ce type de salopard amateur de «marginalité, [de] bohème, [de] solitude» (p. 81) et, surtout, qui n'est attiré que par une seule chose, moins les très jeunes filles et garçons qui, comme il le confesse, forment une espèce de troisième sexe (cf. pp. 24-5), que l'innocence (cf. p. 72).
 

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Ce sujet unique est la solitude, pas même le caractère clandestin des amours de Gabriel Matzneff, qui affirme qu'il se «tamponne le coquillard» de l'approbation de la société, la «transgression» étant son équilibre, sa santé, sa joie (p. 84), qui écrit que «la chasse aux gosses [doit] demeure[r] un sport périlleux, et défendu !» (p. 85), qui avoue grivoisement qu'il s'est rapproché des scouts, un temps, pour disposer plus facilement de jeunes proies (cf. p. 93, Matzneff se décrivant même comme un «membre actif, il va sans dire» des scouts, sa carte de membre certifiant donc sa qualité de «pédagogue professionnel», bonne ruse pour qu'un père sourcilleux surprenant l'auteur en train de «sodomiser» son rejeton ne puisse donc que croire qu'il s'agissait «d'un de ces «grands jeux» éducatifs dont les scouts ont le secret», p. 94), Gabriel Matzneff qui ne cesse de nous rappeler qu'il est contraint de cacher ce qu'il appelle poétiquement ses «aventures de traverse» (p. 63), de se cacher, surtout avec les garçons, pour étancher ses passions non point secrètes, puisque l’œuvre de Gabriel Matzneff est tout entière une apologie lucide, revendiquée, décomplexée (6), passionnée de la pédérastie, mais condamnable moralement et, surtout, pénalement : «Pour les garçons, c'est une autre paire de manches. Si je ne cache pas trop mon amante de quinze ans, mes aventures avec les petits garçons se déroulent dans une stricte clandestinité» (p. 29).

Je discutais, il y a quelques jours à peine, avec une matznévienne hystérique (pléonasme) qui me soutenait par A + B que Gabriel Matzneff n'avait jamais commis ses larcins pédérastes mais qu'il les avait imaginés dans ses textes, donc sublimés. En somme, nul n'avait le droit de reprocher à un écrivain ce qu'il écrivait, et de citer bien évidemment d'autres salauds des lettres comme Céline : il me fut facile de lui opposer une bonne centaine des propres textes de l'auteur pour lui rappeler que Gabriel Matzneff ne s'est jamais caché d'aimer les «très jeunes [qui] sont tentants», surtout lorsqu'ils résident dans certains pays pauvres, Maroc ou Égypte, «où les gosses attendent souvent quelque profit de leurs complaisances amoureuses» (p. 44), l'auteur confessant très clairement qu'il a donc payé des gamins bien que, s'empresse-t-il d'ajouter, «si violence il y a, la violence du billet de banque qu'on glisse dans la poche d'un jean ou d'une culotte (courte) est malgré tout une douce violence. Il ne faut pas charrier. On a vu pire» (p. 45). En effet, nous avons par exemple vu un pédéraste écrire des livres pédérastiques depuis des dizaines d'années sans que personne ou presque n'y trouve à redire, alors, de quoi nous plaindrions-nous, sycophantes envieux que nous sommes ?

Le sujet évident, profond, unique de notre livre n'est pas la concaténation de sophismes qui tous n'ont qu'un seul but : décomplexer, légitimer, ancrer au passé le plus ancien et illustre des pratiques que la société contemporaine réprouve, y compris pénalement, à tort ou à raison, ce n'est pas du tout l'objet de cette note modeste : «La pédérastie, seule forme possible de la paternité pour celui qui répugne à fonder une famille» (pp. 73-4) ou bien encore : «Les adultes qui n'aiment pas les enfants ne supportent pas que les enfants soient aimés par ceux qui les aiment» (p. 41), sophismes d'autant plus vite enchaînés que, comme le sait parfaitement Gabriel Matzneff qui s'en vante (même s'il ne parle pas, dans ce cas, de lui-même), jamais aucun de ses jeunes amants «n'a trahi le secret, jamais aucun des enfants n'a porté plainte». L'auteur évoque l'affaire, à l'automne 1973, d'un «quinquagénaire, gros, moche, borgne, qui dans un village de l'Est, proche de Forbach, organisait chez lui des ballets roses» (pp. 42-3), mais il est évident que sous le masque du repoussant «Tonton Lucien» se cache le visage si lisse et beau (comme me le confia, le regard chaviré, l'une de ses récentes maîtresses) de Gabriel Matzneff. Il en évoque d'autres, de ces affaires scabreuses, comme celle liée à Mlle Hindley et M. Brady, «accusés d'avoir séduit, torturé et assassiné deux enfants et un adolescent» en 1964, l'auteur ayant d'ailleurs pris le soin d'écrire un article de défense, une «chronique, non recueillie en volume pour l'instant», pour ces «ogres» pour lesquels il avoue avoir «un faible» (p. 46). On a vu pire.

Le sujet évident, unique, profond, inavouable des Moins de seize ans n'est même pas ce jeu malsain avec le vocabulaire religieux, le pervertissement de l'amour, la parodie sacrilège consistant à affirmer que l'amour du pédéraste pour sa proie doit «être un amour qui féconde, libère, «donne le vie», tel l'Esprit-Saint dans la prière byzantine» (p. 65), puisque Matzneff claironne qu'il a donné, avant que du plaisir, de l'amour à ses amants et maîtresses, le sujet véritable de ce livre et de chacun des livres de l'auteur n'est pas cet appel constant, répété, troublant, au Jugement, à «l'heure adorable et terrible où nous nous présenterons devant l'autel nuptial du Christ» et où «nous serons jugés sur l'amour» (p. 33).

L'unique sujet, profond, véritable, incontournable des Moins de seize ans n'est pas le sacrilège et l'évocation de la souillure physique mais surtout spirituelle que cet homme indigne inflige à l'une de ses jeunes maîtresses : «Profitant de l'absence de ses parents, nous faisons pour la première fois l'amour dans sa chambre d'enfant, dans son petit lit, parmi ses poupées» (pp. 72-3).

L'unique sujet profond, véritable, évident, scandaleux, n'est pas le détournement parodique du sacré qui peut faire écrire à Gabriel Matzneff, minable chanoine Docre, des horreurs qui devraient le conduire à macérer durant les dernières années de sa vie dans une trappe oubliée où il passera ses journées à demander le pardon de Dieu sans oser ne serait-ce que chuchoter ses prières : «Coucher avec un/une enfant, c'est une expérience hiérophanique, une épreuve baptismale, une aventure sacrée» ou bien : «Pour un esprit religieux, faire l'amour avec un/une enfant, c'est célébrer la divine liturgie, épiclèse, communion au corps et au sang, dithyrambe du seigneur Dionysos» (p. 75).

Le sujet évident, unique, profond des Moins de seize ans et en fait de tous les livres de Gabriel Matzneff n'est pas sa peur, son immense peur de voir l'une de ses chères maîtresses ou cher amant prendre la poudre d'escampette (l'auteur maîtrise la rupture, à laquelle il a consacré un livre, tout comme il nous rappelle ici, plusieurs fois, l'insensibilité amoureuse de certains de ses jeunes compagnons de jeux, cf. p. 60), mais sa peur de s'entendre dire qu'il n'y a pas eu d'amour, mais du sexe et du vice, pas de beauté, mais de la baise sordide face à la «nécessaire clandestinité» (p. 67), grande peur du mal-pensant que celui-ci exorcise comme il peut, par exemple en faisant tenir à sa maîtresse de 15 ans ce discours qui exsude la peur, sous une apparente bonhomie, le bonheur ridicule d'une gamine confondant un vieux pervers avec l'homme de sa future vie de femme : «Mais même si un jour tu devais me faire souffrir, beaucoup souffrir, jamais l'idée ne pourrait seulement m'effleurer de regretter t'avoir connu. Je suis par avance payée au centuple de mon bonheur présent» (p. 51).

L'unique sujet, profond, visible, indéniable, de Gabriel Matzneff n'est pas le seul argument qu'il juge recevable pour interdire la pédérastie, du moins, soyons prudents, la réfréner : «Une femme, à la rigueur, on la prend, puis on la jette; mais c'est un jeu qu'à moins d'être un salaud ont doit s'interdire avec les très jeunes. Quinze ans est l'âge où l'on se tue par désespoir d'amour, ne l'oublions pas» (p. 57). Ne l'oublions pas en effet, et rappelons que des femmes ou des hommes de tout âge peuvent, par amour, tenter de se suicider ou réussir à le faire, et n'oublions pas les innombrables passages des Carnets noirs où Gabriel Matzneff traite comme une chienne l'une de ses maîtresses, surnommé Gilda, jeune femme qu'il sait pourtant fragile psychologiquement, et qu'il n'hésite pas à virer chaque fois qu'il a terminé de la baiser, oh, pardon, ce terme est grossier, choisissons celui, utilisé par l'auteur, de «gamahucher». Mais Gabriel Matzneff n'était sans doute pas, nous pouvons rêver (7), à l'époque où il a écrit ses Moins de seize ans, le Monsieur Ouine d'opérette et dolent qu'il est devenu quelques années plus tard, puisque, dans les années 70, il affirmait et écrivait que le fait d'aimer «un gosse n'a de sens que si cet amour l'aide à s'épanouir, à s'accomplir, à devenir pleinement soi-même, à faire voler en éclats les barreaux de la cage familiale, à repousser d'une main légère les faux devoirs auxquels le société prétend l'assujettir» (p. 65) comme celui, sans doute, d'honorer, par sa piété, une vertu antique que Matzneff devrait connaître, sa mère et son père.

La solitude de Gabriel Matzneff est le sujet de chacun de ses livres, exprimée en termes pathétiques (au sens premier de l'adjectif qui évoque la souffrance) lorsqu'il évoque, et il a raison, le fait que «la société occidentale moderne [...] rejette le pédéraste dans le non-être, royaume des ombres, Katobasiléia» (p. 30), le pédéraste étant «réduit à la fuite, au néant, au royaume de la mort» (p. 31).

La solitude de Gabriel Matzneff est le sujet de ce livre et de tous ses autres livres, lui qui se décrit comme «l'homme du discontinu», «l'homme de l'instant» qui «n'aime pas l'avenir», seul le présent le captivant (p. 63). Il est troublant de constater que c'est justement Gabriel Matzneff qui, il y a quelques années, me conseilla de lire un livre tout à fait remarquable, L'Homme du néant, dont je rendis d'ailleurs compte dans ma série intitulée Langages viciés, ouvrage surprenant dans lequel Max Picard analyse Hitler comme surgeon historique le plus accompli de l'homme creux, c'est-à-dire gonflé de néant, réduit à vivre dans un monde et une époque caractérisés par leur discontinuité radicale.

La solitude de Gabriel Matzneff, sa meilleure compagne, ne cesse-t-il de nous rappeler, et bien évidemment sa pire ennemie, qu'il s'agit de vaincre en multipliant, au long d'une journée, les amours décomposés, en multipliant les maîtresses car non seulement avoir «tenu dans vos bras, baisé, caressé, possédé un garçon de treize ans, une fille de quinze ans» fait paraître «fade, lourd, insipide» tout le reste (p. 69), mais aussi parce que même ces petits plaisirs peuvent, à la longue, surtout lorsqu'ils sont monodiquement répétés et enchaînés depuis des années tout de même, devenir ennuyeux.

La solitude de Gabriel Matzneff non pas tant, comme Richard Millet, dernier écrivain de langue française autoproclamé, que faiseur tout à fait conscient de n'être qu'un faiseur, la petite ritournelle de cet auteur n'étant confondue, après tout, avec une littérature digne de ce nom que par les imbéciles, à savoir toute une partie de la droite blogosphérique branchée qui aime Causeur et les raouts du Cercle cosaque (quoi, vous me dites que c'est la même chose ? En effet, Leroy ou Guillebon ont déjà colonisé ces petites officines de la contestation murrayienne branchée), ainsi que la gauche léoscheerienne, qui n'a pas encore, je crois, été suffisamment caractérisée, bien qu'il s'agisse d'un épiphénomène, comme l'est du reste toute mode. Plus curieux est le soutien du Point où Matzneff signe ses chroniques ridicules, mais il est vrai que Yann Moix, l'un des plus navrants barbouilleurs de la décennie, officie au Figaro pour le bonheur de ses lecteurs, alors...

Solitude du faiseur qui écrit comme il baise, en rigolant et en passant à la suivante ou au suivant : «C'est un trip super-débandant» (p. 70) pour sûr, tout comme l'est aussi, d'un seul point de vue stylistique, la platitude avec laquelle Matzneff évoque la nullité érotique de l'une de ses maîtresses : «Tout ce qu'elle savait faire, c'était écarter les cuisses et attendre que ça se passe. Jamais une initiative, jamais une caresse un peu sensuelle, d'évidence un corps d'homme ça ne l'intéressait ni ne l'excitait, ça la gênait plutôt. Une vraie bûche» (p. 71).

La solitude de Gabriel Matzneff, pur narcissisme et même «fixation autoérotique survenue à l'époque ambiguë de l'adolescence» (8) est l'unique sujet qu'il importe de lire et de critiquer : solitude de celui qui se croit écrivain et n'est qu'écrivant, parfois même cacographe poussif qui, à force de jouer de la flûte comme un moderne Joueur de Hamelin, finit quand même par connaître son unique petit air, grâce auquel il charmera les gosses, les vieilles salopes et les vieux porcs, solitude existentielle du prédateur contraint de se cacher, en France du moins, pour assouvir sa passion pédérastique et même pédophilique, solitude amoureuse de celui qui, à mesure qu'il se transforme en momie coquette, voit ses anciennes proies se transformer en ce qu'il appelle des renégates, solitude intellectuelle de ce Casanova des cours d'école, solitude spirituelle de celui qui, après la publication d'Isaïe réjouis-toi, perdit son «père spirituel» et qui, du moins à l'époque, se déclarait «éloigné de toute vie liturgique et sacramentelle», solitude eschatologique de ce Monsieur Du Paur qui, en baisant des gamins, déclare éprouver la «nostalgie du Christ, né de la Femme et de l'Esprit, adolescent vierge qui transfigure les contraires, sexe divinisé, intégrité retrouvée, plénitude, androgyne primordial, descendu au plus profond de l'enfer pour [le] ressusciter d'entre les morts, tel l'enfant bénie qui un soir d'août a posé sa main fraîche sur [son] front ardent» (p. 115).

Finalement, notre fier entrepreneur de démolitions n'est qu'un pervers lacrymal, qui planque sa trouille et son vice sous des paletots stylistiques et des prétentions littéraires censées frapper de nullité la morale petite-bourgeoise, à laquelle il aspire pourtant tout entier, que chacune de ses jérémiades invoque pour qu'elle daigne le reprendre et lui accorder un pardon mérité.

Finalement, notre Lovelace aux mille et une maîtresses et amants n'est qu'un vieil homme, désormais, qui réclame le jugement et le pardon et fait absolument tout ce qu'il peut pour procrastiner avec ce qu'il sait constituer son unique salut, intime, visible, évident, à savoir : une solitude rédimée qui ne permettra sans doute pas à son œuvre surestimée de survivre, mais qui conférera, peut-être, un semblant d'honneur à un homme qui, par chacun de ses actes et ses écrits, a bafoué cet honneur.

Finalement, notre libre penseur, notre hérésiarque, notre impénitent mécréant n'est qu'un cathare mal dans sa peau, un jouisseur affamé de chasteté et même de continence, un pervertisseur de l'esprit d'enfance qui confond le respect de la pureté et de l'innocence enfantines avec sa fringale comique et pathétique de baiser un Christ à l'image d'un angelot, un Origène qui attire les badauds en levant bien haut une paire de ciseaux avec laquelle il menace de se châtrer, et qu'il range aussitôt dans la poche de son veston jusqu'à son prochain numéro une fois qu'il a reçu un peu d'attention.

Pauvre Gabriel Matzneff, si pressé de jouir comme un bouc en éternelle érection, pauvre diable affamé de grandeur et de cohérence rimbaldienne, spirituelle donc, qui ne tirera même pas le dernier enseignement de celui qui fut son maître, Henry de Montherlant, qui eut l'élégance de ne pas imposer à ses semblables la vision d'un homme se transformant en pourriture libidineuse.

Notes

(1) Le Livre de poche, 2012, p. 96.

(2) Les moins de seize ans (Julliard, coll. Idée fixe, 1974), p. 12. Les pages entre parenthèses renvoient à cette édition.

(3) Truqué car enfin, sauf erreur de ma part, Franz-Olivier Giesbert, un de ces cumulards des honneurs factices à la française (puisqu'il est membre du Siècle, membre de l'Association Universelle des Cultures, membre du jury du Prix P. J. Redouté, du Prix Aujourd'hui, du Prix de la Fondation Mumm, du Prix Louis Pauwels, Président du Prix de la Fondation Alexandre Varenne et membre du Conseil d'Administration de l'Établissement public du Musée du Louvre depuis octobre 2000) qui lui a ouvert les colonnes du Point est aussi membre du jury du Prix Renaudot qui a récompensé son dernier ouvrage paru, Séraphin c'est la fin !.

(4) Lisons l'auteur : «Ces idées fixes, ces passions, ces obsessions, ces expériences nourrissent ma vie, qui elle-même nourrit mes livres, car je n'ai aucune imagination, et je ne puis exprimer sur la page blanche que ce que j'ai vécu, connu, éprouvé» (p. 16). À ce titre, le passage qui suit, et qui développe le fait que des auteurs comme Dostoïevski ou Thomas Mann ont été contraints de passer par la fiction pour mettre en scène leur goût immodéré des enfants, est exemplaire et sans la moindre ambiguïté, Gabriel Matzneff soulignant le fait que, lui au contraire, va ôter son masque à Dionysos, lequel peut «manger le morceau» (p. 17).

(5) «[...] à dix-huit ans passés on n'est plus un enfant; le règne de la pédophilie s'achève, commence celui de l'homosexualité» (p. 25).

(6) «J'ai horreur de Socrate, de Platon, de toute la mélasse sublime dont ils enrobent le désir et le plaisir, j'ai horreur de la pédérastie à prétentions pédagogiques. On peut caresser un jeune garçon sans se croire obligé de lui donner une leçon de maths ou d'histoire-géo dans la demi-heure qui suit. Et qu'on ne nous casse pas les pieds avec l'amour des âmes. L'âme, ça n'existe pas, et si ça existe, ça n'existe qu'incarnée, chair dorée, duveteuse [...]» (p. 32).

(7) Nous pouvons en effet rêver, car Matzneff semble avoir toujours été ce monstre propret et impeccablement vêtu que nous montrent ses plus récentes photographies : «Le plus important service que je puisse rendre à un adolescent, après lui avoir transmis tout ce que je suis capable de lui transmettre, c'est de lui enseigner à se passer de moi» (p. 66).

(8) Gabriel Matzneff cite à la page 81 le professeur Albeaux-Fernet, dans un article du Monde daté du 7 mai 1974.

dimanche, 22 décembre 2019

RIP: Vladimir Bukovsky, the Defiant

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RIP: Vladimir Bukovsky, the Defiant

Ex: https://www.americanthinker.com
 

One of the first things famous Soviet dissident Vladimir Bukovsky (1942–2019) told me about himself was that his roots were Polish.  After the crushing of the Kościuszko Insurrection of 1794, his ancestor, Pan Bukowski, was taken prisoner by the Muscovites and shipped off to Siberia.  This was a harsh introduction to Russian living for the family.  Vladimir would continue into the footsteps of his forefathers.

Vladimir was born in the matrix of the Soviet Union, but as a teenager, he self-liberated.  At 14, he heard about communist leader Nikita Khrushchev's secret speech blaming Stalin for slaughtering millions.  Soon after, he rooted for the Hungarian freedom fighters in 1956.  He started asking questions.  He challenged the system.  Upon his first arrest in 1959, the youngster refused to become a snitch for the Soviet secret police.  And the KGB judged him, partly with rigid annoyance and partly with grudging admiration, unfit for recruitment.

In 1963, Vladimir was arrested, tried, and sentenced to two years for anti-Soviet agitation.  They locked him up in a psychiatric ward (psikhushka), where he was "diagnosed" with "symptomless schizophrenia."  According to Soviet "science," anyone opposing communism had to be a schizophrenic, even when he did not display any symptoms.  He was medicated forcibly.  Bukovsky told me that the trick was to learn how to regurgitate the psychotropic drugs so the hospital wardens and nurses would not notice.

After getting out in 1965, the intrepid dissident plunged right back into anti-communist activities.  He co-organized a demonstration and a petition drive in solidarity with other Soviet dissidents.  For this he was rearrested and thrown back into the red looney bin.  Now things turned tougher.  The KGB wanted to turn their prisoner into a vegetable.  Forcible administration of drugs and their doses increased.  Luckily, the regurgitation trick continued to serve the dissident.  Vladimir endured half a year of this but was unexpectedly released after half a year in mid-1966.  

Six months later, Bukovsky joined a demonstration in defense of other nonviolent protesters who were on trial or under lock and key, only to be seized himself and tried for violating a ban on public protest.  In his defense, he invoked Soviet law, which Soviet judges and secret policemen were apparently violating.  Because Vladimir refused to express remorse for demonstrating, he was sent to the Gulag — a penal colony with a forced labor regime in Bor in the Voronezh region.  His sentence was three years.  He got out in 1970.

Drawing on his experiences in the Gulag and, in particular, in psychiatric wards, the dissident began compiling a record of the Soviet abuse of psychiatry.  To add insult to injury, he discovered that some of the communist psychiatrists who worked hand in glove with the KGB were treated cordially in the West and even invited to scholarly conferences at some of the leading institutions.  The work of the medical monsters who facilitated the torture of political prisoners was treated seriously by some in the West.  Bukovsky resolved to expose it.  He managed to get his report smuggled out to the West.

Consequently, a veritable storm broke out among French, British, and other psychiatrists, some of whom demanded transparency from their Soviet colleagues and believed the dissident accounts of abuse.  For this Vladimir found himself under pre-trial detention in isolation and almost a year later received a sentence of 12 years for "slandering Soviet science."  While serving his sentence, he secretly co-authored a manual on how to beat the Soviet system of interrogation to avoid being accused of insanity.  The manual eventually found its way to the West, where it was widely disseminated.

Bukovsky became a cause célèbre.  The KGB was livid.  In 1976, at the height of détente, the Kremlin decided to further burnish its "liberal" credentials.  Thus, Moscow agreed to swap the perky freedom-fighter for the head of the communist party of Chile, Luis Corvalán, who was incarcerated following a successful military coup to thwart a red revolution in that country.  Compliments of General Augusto Pinochet, Vladimir was thrown out of the USSR and landed in the West.

He settled in England, where he successfully pursued a degree in biology at Cambridge University, where he settled permanently.  Further, he trained as a neuropsychologist and continued his career as a writer and a human rights campaigner.  He published prodigiously.  Vladimir exposed communist crimes globally as well as Western naïveté regarding the Soviet Union.  He joined numerous initiatives championing freedom.  Among others, Bukovsky animated the American Foundation for Resistance International, which aspired to coordinate all anti-communist activities by the captive people in all countries afflicted by Marxism-Leninism.  At the height of Gorbymania in the West, Vladimir and his associates dared to question the sincerity of secretary general of the Communist Party of the USSR Mikhail Gorbachev.  They pointed out quite correctly that the Soviet leader wanted to save communism, not to destroy it.

In 1992, at the invitation of Russia's president, Boris Yeltsin, Bukovsky returned to Moscow.  The Kremlin solicited his assistance in putting together evidence for the public trial of the Communist Party for its crimes.  Yeltsin eventually scrapped the idea, but not before Bukovsky was able to copy over a million pages of secret documents from Stalin's archives.  While Vladimir scanned away right in front of their noses, the KGB guardians of the documentary treasure trove had no idea what either a scanner or a laptop was, so, while watching him curiously, they never interrupted him.  Later, to his own great surprise, the former dissident was permitted to fly out of Moscow undisturbed with his computer full of archival goodies.

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In 1995, Bukovsky's magnum opus, Judgment in Moscow, emerged from this research trip.  Published in several languages, sadly, it had to wait nearly 25 years for an English translation and publication.  Because we failed to smash communism after it tripped, he warned us about the resurgence of post-communism and its threat of metastasizing in the West in the form of political correctness and socialist étatism.  Vladimir further cautioned everyone about the European integration and its totalitarian potential.  He was always full of unorthodox ideas.  Arguably the most shocking to us was his opinion about the Muscovite state and its successors.  Bukovsky told Dr. Sommer explicitly: "It is not my fault that I was born in the Soviet Union.  Why should I harbor any sentiment to that entity?  And Russia was a logical way to the USSR, even if many fabulous people lived there. ... Therefore, as long as Russia does not fall apart into several entities, it will remain dangerous.  A divided Russia is in the interest of the world, just as a united central Europe is in the interest of the world. ... This is not a question of nationalism and resentment, but of physics and balance.  Big and demoralized Russia will always harm her smaller neighbors.  Only its dividing and balancing can eliminate the danger, although not completely because Russia is a universe of slavery."

At the end, Vladimir had the last laugh: he was buried a hundred yards away from the grave of Karl Marx at Highgate Cemetery in London.  Non-conformist, defiant, and free, Vladimir Bukovsky, RIP.

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jeudi, 19 décembre 2019

Hommage à Michel Mohrt

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Hommage à Michel Mohrt

par Christopher Gérard

Ex: http://archaion.hautetfort.com

Je suis très ému ce soir de rendre hommage à Michel Mohrt,  écrivain que j’ai découvert, jeune étudiant, au début des années 80, par le truchement, en quelque sorte, de son, aîné Pierre Drieu la Rochelle, dont la figure me fascinait déjà.

MM-prison.jpgEn effet, dans deux de ses romans, Mon Royaume pour un cheval et La Guerre civile, Mohrt évoque à la fois Drieu, qu’il avait  rencontré dans le Paris de la fin de l’Occupation, et surtout Bassompierre, son camarade aux Chasseurs alpins sur le front italien, devenu Bargemont dans plusieurs de ses romans, condamné à mort après la Libération et fusillé, malgré l’intervention de grands résistants, pour son engagement sur le front russe. Singulière figure que celle de Bassompierre, qui incarne les déchirements d’une certaine France et dont le tragique destin a profondément marqué Mohrt : une partie importante de son œuvre témoigne de son inconsolable tristesse.

Michel Mohrt, qui mourut presque centenaire (1914-2011) aura connu le terrible XXème siècle dans sa totalité ; il aura vu son existence brisée à jamais par la défaite de 1940. Dans La Campagne d’Italie, merveilleux roman stendhalien sur les illusions perdues d’une jeune guerrier frustré de sa victoire, il fait dire à son double romanesque, Talbot : « on ne s’en remettra jamais ».

Mohrt rejoint son cadet Michel Déon (1919-2016), qui lui aussi, ne se remit jamais de la débâcle. Il existe d’ailleurs entre ces deux maîtres des connivences, un dialogue, qui témoignent d’une forme de mélancolie bien française, toute en retenue, mais déchirante. Comme l’a bien remarqué Marcel Schneider : « Mohrt est de ceux qui n’ont jamais pu accepter ni même comprendre la débâcle. Elle est pour eux comme la blessure d’Amfortas, qui saigne toujours sans pouvoir se guérir ». Cette plaie béante fut rendue plus douloureuse encore par les règlements de compte de la Libération.

mm-italie.jpgEcoutons Mohrt évoquer ce jeune officier démobilisé après une campagne bien courte qui, contrairement à celle du jeune Stendhal, ne fit pas de lui ce dragon victorieux entrant dans Milan pour occuper - en vainqueur - une loge à la Scala  : « Je n’avais plus confiance en moi, parce que j’avais perdu confiance en mon pays. Comme lui, je le sentais vaincu. Je passais mon temps à ruminer la défaite, cherchant à en préciser les causes, si évidentes pour moi ». C’est à ce moment que cet avocat réfugié en zone libre se met à lire les auteurs qui, après la défaite de 1870, proposent une réforme intellectuelle et morale qui ne viendra pas. Même espoir chez Mohrt d’un relèvement, même hantise de la guerre civile - qui viendra, car aux massacres de la Commune succèdent ceux de l’Occupation et de la Libération. Mohrt a dit et répété qu’il avait l’impression d’assister, « à la naissance d’une vérité officielle qui contredisait tout ce que j’avais vu ou cru voir ». Les années d’après la défaite, il les vécut « en somnambule » et dans l’amertume.

Quittant une France qui l’ulcérait, Mohrt, tel un Emigré de 1792, mit le cap à l’ouest : l’Amérique, thème fondamental de son œuvre, fut le refuge qu’il a décrit avec sympathie dans nombre de ses romans, par exemple dans L’Ours des Adirondacks ou dans Les Nomades ; une Amérique sudiste et anglomane qui ne doit plus guère exister. Une Amérique qui fait songer à celle d’André Fraigneau dans Les Etonnements de Guillaume Francoeur, encore un livre pour happy few. Une Amérique cosmopolite au meilleur sens du mot, c’est-à-dire vieil-européenne, encore francophile, aux campus pareils à des oasis de culture dans un monde barbare : « cette vie studieuse, à la fois austère et confortable, me convenait à merveille. Je me sentais protégé par le gothique, par la tasse de thé de cinq heures, par le silence de la bibliothèque, par l’horaire des cours comme, neuf ans plus tôt, je m’étais senti protégé par les servitudes et les plaisirs de la vie militaire.  J’oubliais Paris, mon amertume, mes déconvenues, j’avais enfin l’impression d’avoir trouvé ma vraie vocation, un havre de paix où me livrer en toute tranquillité à ce qui aurait toujours été la plus grande joie de ma vie, mon recours dans les épreuves, mon vice impuni : la lecture ».

mm-guerre.jpgPeu d’écrivains français peuvent se vanter d’avoir enseigné aux prestigieuses universités de Yale ou de Californie ; très peu nombreux sont ceux qui reçurent en outre la proposition d’intégrer le corps professoral de Princeton. Paradoxe pour ce chouan nourri de Maistre et de Maurras, et qui fut, des décennies durant, l’un des principaux passeurs en France - chez Gallimard - des plus grands écrivains américains du siècle vingtième : qui se souvient que c’est Mohrt qui introduisit Roth et Kerouac chez Gallimard ? Sans oublier son travail en faveur de Faulkner , à qui le liait une sensibilité commune : « Les hommes de l’Ouest ont entre eux bien des ressemblances. Nous étions un peu chouans. Avec M. de Charrette, nous serions allés « chasser la perdrix », nous étions sudistes ».

Toute une sensibilité se révèle, par exemple dans cet entretien avec Bruno de Cessole, où Mohrt se livre : « L’écho romanesque d’un traditionalisme, un refus du moderne qui trouve ses répondants chez Maistre, Baudelaire, Maurras et qu’ont incarné en ce siècle T.S. Eliot et Ezra Pound ».

Dans Vers l’Ouest et Ma Vie à la NRF, Mohrt évoque son « exil » au Canada (transfiguré dans son roman Mon Royaume pour un cheval) et surtout, pendant six ou sept ans aux States, comme visiting professor. L’ancien lieutenant de Chasseurs alpins, décoré de la Croix de Guerre, y initie ses étudiants aux œuvres de Morand, Drieu, Jouhandeau, alors indésirables dans les Lettres françaises.

Mohrt a aussi chanté les marins et les navires, la mer et sa Bretagne natale, pour laquelle il prit, tout jeune, quelques risques : son grand roman La Prison maritime narre en effet les tribulations - et l’initiation amoureuse - d’un jeune Breton d’avant-guerre mêlé à de mystérieux trafics d’armes avec l’Irlande.

Enfin, dernier thème que je voudrais évoquer, c’est celui de Venise, que Mohrt a bien connue et peinte - car il était aussi peintre et dessinateur. Dimanches de Venise est un livre délicieux sur la Sérénissime, où l’auteur mettait ses pas dans ceux de Barrès, de Morand évidemment et de Fraigneau. Très longtemps, le jeune juriste, le jeune officier de chasseurs alpins, l’homme d’affaires et l’avocat captif dans la France occupée avait rêvé de l’Italie, qu’il ne découvrit qu’à près de quarante ans, après sept ans en Amérique.

Nice en 1939, Little Italy à la fin des 40’ lui en donnèrent un avant-goût, mais c’est à la maturité qu’il put enfin fouler le sol italien, et découvrir Venise, ville maritime qui ne pouvait que plaire à ce Breton, et qu’il vit avec le regard du peintre : « Venise, dit-il, n’est pas pour moi un devoir de français, mais l’atelier qui me manque à Paris ». Après Paul Morand, Mohrt « change l’eau de la lagune en encre », ou plutôt en aquarelle : « Venise a été pour moi la preuve aveuglante que c’est par les sens que nous faisons l’expérience du monde, non par l’idée ».

Ecrivain solitaire, austère et raffiné, peintre du dimanche, Michel Mohrt incarna le Chouan, le Sudiste tiré à quatre épingles, qui nous manque. Il est vrai que son élégance, son choix parfait de cravates en tricot, ses tweeds, ses chemises Brooks Brothers au col boutonné, cette dégaine d’officier en retraite me séduisirent d’emblée.

Un dernier mot : reprenant mes notes et ouvrant dans le désordre ses livres (lus il y a parfois vingt ou trente ans), je me rends compte à quel point Mohrt est tout sauf un écrivain mineur. Ses livres continuent de faire rêver ; ils n’ont guère vieillis (contrairement, par exemple, aux romans de Nimier) ; ils constituent des talismans que je suis heureux, que nous sommes heureux, mes confères et moi-même, de vous transmettre ce soir.

Ce trésor de votre littérature, prenez-en soin !

Christopher Gérard

Le 8 novembre MMXIX

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mercredi, 18 décembre 2019

Avec Bruno Favrit

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Avec Bruno Favrit

par Christopher Gérard

Ex: http://archaion.hautetfort.com

Biographe de Nietzsche et grand lecteur de Giono, Ramuz et Tesson, Bruno Favrit est l’auteur d’une œuvre secrète, qu’il dissimule non sans une hautaine jubilation. Il livre aujourd’hui la suite de Midi à la source (voir ma notule du 26 mai 2013, sur le présent site), ses carnets intimes, et qui couvrent cette fois les années 2012 à 2018.

J’y retrouve bien des leitmotive d’une œuvre que je suis depuis plus de quinze ans : une vision spartiate du monde, le recours aux montagnes et aux forêts, vécues comme des organismes vivants et vues comme des refuges contre un monde de plus en plus massifié, l’appel des sommets tant physiques (l’escalade et la randonnée à fortes doses) que psychiques (l’introspection quotidienne et la fortification de l’âme), la fréquentation des écrivains singuliers et des philosophes libertaires, le mépris pour les tricheurs et les perroquets, le dégoût des villes (où Favrit déjeune et dîne pourtant en excellente compagnie), le refus passionné de toute médiocrité, fût-elle cachée au plus profond de soi.

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Comme je l’ai déjà écrit, il y a du Cathare chez Favrit, avec, d’une part, des exigences et des tourments qui sont ceux d’une âme noble, et de l’autre des vitupérations qui, si elles sont rarement infondées, montrent son peu de détachement pour une époque il est vrai peu séduisante.

Mais l’amour du vin d’un fier disciple de Dionysos, celui des fromages chez ce passionné, comme Gabriel Matzneff, de diététique. La volonté de réenchanter le monde, la méfiance pour les mirages.

Bref, le portrait d’un « humaniste misanthrope » comme il se définit lui-même, d’un hors-la-loi fasciné par le mythe du surhomme.

Christopher Gérard

Bruno Favrit, Dans les vapeurs du labyrinthe. Carnets 2012-2018, Ed. Auda Isarn, 320 pages, 23€

Chroniques du Cinquième Quartier

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Chroniques du Cinquième Quartier

par Georges FELTIN-TRACOL

Le nouvel ouvrage de Laurent Binet qui vient d’obtenir le Grand Prix du roman de l’Académie française, se démarque avec brio de l’ensemble des titres proposés en cette rentrée littéraire. Le Goncourt du premier roman 2010 pour HhhH et l’Interallié 2015 pour La septième fonction du langage commet avec Civilizations (on déplorera le recours à l’anglais) une plaisante uchronie : la conquête de l’Europe au XVIe siècle par les Incas, puis par les Aztèques.

Par quelles heureuses circonstances les peuples précolombiens arrivent-ils à subjuguer d’un continent où règnent alors Charles Quint, François Premier, Henry VIII d’Angleterre et Soliman le Magnifique ? On sait que les Incas et les Aztèques ignorent l’usage de la roue, ne connaissent ni le fer ni le cheval, et seront bientôt les victimes des « chocs viraux » (la grippe par exemple) apportés par les Européens. Laurent Binet introduit dans son histoire trois divergences uchroniques. La mineure se rapporte à Christophe Colomb. Il a bien « découvert » les Antilles, mais il n’a pas pu rejoindre l’Espagne. Prisonnier des Taïnos, il continue la rédaction de son journal de bord et enseigne le castillan à Higuénamota, la petite princesse de la tribu. Comme Christophe Colomb « n’était jamais rentré, […] personne, par la suite, ne s’était plus risqué à essayer de franchir la mer Océane ».

Les tournants uchroniques

Laurent Binet ne s’avance pas sur les conséquences géopolitiques de cet échec. En dehors de prouver la véracité que la Terre est ronde, les « Grandes Découvertes » de la Renaissance avaient pour objectif principal le rétablissement des échanges commerciaux fructueux avec la Chine, l’Inde et le Japon interrompus par le blocus de l’Empire ottoman. Si les Espagnols renoncent à traverser l’Atlantique, on peut supposer que les Portugais intensifient leur présence tout au long de la côte africaine. Ils renforcent la surveillance de la voie stratégique vers les Indes trouvée en 1498 par Vasco de Gama qui contourne les pressions mahométanes. L’autre répercussion omise par l’auteur de la non-découverte des Amériques est la poursuite au-delà de Gibraltar vers le Sud de la Reconquista. Les royaumes coordonnés de Castille et d’Aragon massent toutes leurs forces vers 1493 – 1494 et débarquent en Afrique du Nord avec l’espoir de ré-évangéliser la terre natale de Saint Augustin… La mobilisation considérable des moyens matériels et humains nullement détournés par l’exploration des « Indes Occidentales » permet l’occupation espagnole du littoral rifain et oranais.

Les deux majeurs sont plus complexes. Laurent Binet suppose que la guerre civile entre Atahualpa et Huascar est un désastre pour le premier. Dans notre histoire, Atahualpa remporte le conflit sur son demi-frère. L’auteur imagine au contraire que la fortune des armes l’abandonne. Soucieux d’échapper à une destruction complète, lui et les siens franchissent la Cordillère des Andes, traversent l’isthme de Panama et se réfugient aux Antilles où ils se lient avec des Indiens métissés de Vikings. Car le tournant uchronique déterminant remonte en fait à des événements historiques très antérieurs.

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Laurent Binet les désigne en tant que « Saga de Freydis Eriksdottir ». Fille du Viking Erik le Rouge, Freydis est une femme énergique au mauvais caractère qui voyage à l’Ouest du Groenland et visite le Vinland, les côtes de l’actuel Canada. Elle n’hésite pas avec son équipage à combattre les Skraelings, les autochtones de ces lieux. Elle continue son périple toujours plus au Sud. Son navire atteint Cuba. Les Vikings apportent des vaches, des chevaux, le maniement du fer et… des maladies contagieuses.

En dépit des épidémies, des relations se nouent entre Vikings et Skraelings. « Les deux groupes se mélangèrent si bien que d’autres enfants naquirent. Certains avaient les cheveux noirs, d’autres les cheveux blonds ou rouges. Ils entendaient les deux langues de leurs parents. » Malgré l’insularité, les innovations vikings parviennent jusqu’à la terre ferme continentale. Les Skraelings polythéistes intègrent dans leur panthéon le redoutable dieu du tonnerre Thor.

Résurgence d’une histoire hérétique

L’apport décisif des Vikings aux « Amérindiens » que décrit Laurent Binet rappelle furieusement la fameuse thèse iconoclaste de Jacques de Mahieu (1915 – 1990) exposé dans Le grand voyage du dieu-soleil (1971), L’Agonie du Dieu Soleil. Les Vikings en Amérique du Sud (1974), Drakkars sur l’Amazone (1977) et Les Templiers en Amérique (1980). Pour cet historien hérétique français exilé en Argentine après 1945 dont les travaux érudits demeurent bien trop méconnus ou, plus exactement, ont été écartés par les coteries universitaires déliquescentes, les civilisations précolombiennes les plus avancées (aztèque et inca) seraient d’origine nordique. Vers l’An mil, les « drakkars » les plus téméraires auraient caboté jusqu’au delta géant de l’Amazone. Leurs marins auraient ensuite remonté les sources du fleuve géant et y auraient rencontré des tribus qui, quelques générations plus tard, auraient donné les souverains incas. Des Vikings revenus d’au-delà de l’Océan en auraient parlé à des marins byzantins, turcs et portugais ainsi qu’aux Templiers. Ces derniers auraient dès lors franchi à leur tour l’Atlantique, rencontré les ancêtres des Incas et ainsi contribué à l’émergence de la puissance aztèque en Amérique centrale. Laurent Binet a-t-il eu l’occasion de lire l’œuvre magistrale de Jacques de Mahieu ? Difficile de répondre à cette interrogation.

L’Inca Atahualpa et les siens s’emparent donc par inadvertance d’un empire en Europe qui prend le nom de « Cinquième Quartier ». Charles Quint décède au cours d’une tentative d’évasion. Son fils et héritier, le jeune Philippe II, meurt quant à lui noyé sur ordre implicite de l’Inca. Bien que baptisé, Atahualpa conserve le culte du Soleil ou « indisme ». Ce nouveau culte qui permet la polygamie chez les souverains incite Henry VIII d’Angleterre à rompre avec le catholicisme, à avoir deux épouses simultanées (Catherine d’Aragon et Anne Boleyn) et à fonder la variante anglaise de la religion du Soleil !

L’étonnante réussite politique d’Atahualpa en Europe s’explique aussi par le ralliement autour de lui des marginalités politiques et religieuses. En Espagne, ce lecteur attentif de Machiavel interdit l’Inquisition, promulgue à Séville un édit de tolérance religieuse et s’assure de la fidélité des Morisques musulmans et des marranes (juifs convertis au christianisme). Dans le Saint Empire romain germanique divisé entre catholiques et protestants luthériens, l’introduction officielle du culte solaire et l’application d’une réforme agraire déjà en vigueur en Espagne et aux Pays-Bas attirent vers lui les anciens rebelles paysans de Thomas Müntzer et des anabaptistes vaincus.

Atahualpa envoie un message à son frère ennemi Huascar. Il le reconnaît comme le seul monarque de l’« Empire des Quatre Quartiers » ou Tahuantinsuyu. En contrepartie, il lui annonce avoir fondé un nouvel empire et lui demande de lui livrer d’énormes quantités d’or et d’argent. Son règne européen est néanmoins marqué par l’invasion de la France par les Aztèques alliés aux Anglais. Les Anglo-Aztèques tuent François Premier, sacrifient les Fils de France et pillent les villes françaises. Atahualpa est contraint de partager le « Levant (l’Europe) » avec cet ennemi redoutable.

Un XVIe siècle bouleversé

La dernière partie du livre se déroule une génération plus tard. Elle relate les péripéties malencontreuses de Miguel de Cervantès. Dans une vie pleine de désagréments, il est un temps hébergé par Michel de Montaigne. L’irruption des peuples précolombiens bouleverse la physionomie de l’Europe. Le roi de France est « Chimalpopoca, fils de Cuhautémoc et de Marguerite de France. […] Le roi de Navarre Tupac Henri Amaru, fils de Jeanne d’Albret et de Manco Inca, le duc de Romagne Enrico Yupanqui et ses huit frères et sœurs, fils et filles de Catherine de Médicis et du général Quizquiz, sont aussi français ou italiens qu’ils sont incas ou mexicains ». Quant au futur empereur – roi, l’infant Philippe Viracocha, il est le « fils de Charles Capac et de Marguerite Duchicela ».

Cervantès participe à la bataille navale de Lépante, quelque temps après que le pape s’est placé à Athènes sous la protection de la Sublime Porte. « D’un côté, l’armada turque du kapitan pacha, la flotte vénitienne du vieux Sebastiano Venier, les forces austro-croates, auxquelles s’étaient adjoints les contingents d’Espagnols et de Romains en exil, emmenés respectivement par le fougueux marquis de Santa Cruz Alvaro de Bazan et Marc-Antoine Colonna. De l’autre, l’armada hispano-inca dirigée par Inca Juan Maldonalo, appuyée par la flotte portugaise, par les galères génoises de l’ingénieux Jean-André Doria, neveu du grand amiral, par celles toscanes de Philippe Strozzi, et surtout par les redoutables corsaires barbaresques du terrible Uchali Fartax, le Renégat teigneux. En tout, près de conq cents bâtiments, dont six galéasses vénitiennes, forteresses flottantes à la puissance de feu sans égal. »

Auteur très politiquement correct, Laurent Binet écrit son utopie, une véritable apologie du métissage et du multiculturalisme. Cependant, la conception sacrale du pouvoir selon Atahualpa correspond à la pratique traditionnelle. Le souverain inca de l’Europe accepte les anciennes religions monothéistes mais, à l’instar du culte civique de l’empereur romain dans l’Antiquité, il fait du rite solaire le ciment politique d’une société politique ethniquement et spirituellement bigarrée. Une leçon pertinente à méditer en ces temps de discours déplacés en faveur d’une laïcité plus que jamais faisandée.

Georges Feltin-Tracol

• Laurent Binet, Civilizations, Grasset, 2019, 381 p., 22 €.

samedi, 14 décembre 2019

La Terreur d'Arthur Machen

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La Terreur d'Arthur Machen

par Juan Asensio

Ex: http://www.juanasensio.com

Autres textes: Arthur Machen dans la Zone.


La nouvelle intitulée La Terreur, écrite par Arthur Machen en 1917, peut être rapprochée de l'un des textes les plus fameux de l'auteur, Les Archers, publié, lui, le 29 septembre 1914 dans l'Evening Standard et qui fut l'une des sources les plus probables de la légende des Anges de Mons, sur laquelle cette page Wikipédia rédigée en anglais, fournit les principales caractéristiques.

La traduction française par Jacques Parsons de ce texte aussi célèbre qu'a priori anodin s'étend sur moins de cinq pages de notre édition (1) mais la brièveté de cette nouvelle est sans commune mesure avec la légende (et ses prolongements jusqu'à notre époque) qu'elle a fait naître selon toute vraisemblance.

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C'est peut-être même cette brièveté, cette efficacité, qui sont à l'origine de la légende évoquant une légion d'anges venus prêter main-forte aux soldats anglais en mauvaise passe face aux troupes allemandes durant la Première Guerre mondiale.

Quoi qu'il en soit des phénomènes complexes qui ont conduit un texte littéraire à devenir ce que les sociologues et les experts en sciences criminelles appellent depuis quelques années une légende urbaine, un autre texte de Machen, une longue et splendide nouvelle intitulée La Terreur, semble n'être qu'un long commentaire des Archers, examinant les raisons du basculement d'un texte littéraire dans la légende et ce corpus de récits essentiellement oraux qu'Albert Dauzat, dans un beau livre aujourd'hui complètement oublié intitulé Légendes, prophéties et superstitions de la guerre publié en 1919 aux Éditions La Renaissance du Livre, a étudiés.

Je doute que La Terreur ait été enseignée en guise de modèle, remarquable, de propagande réussie en période de conflit. Elle devrait l'être en tout cas, et par toutes les officines de contre-espionnage. Arthur Machen décrit dans sa longue nouvelle une série de faits étranges qui surviennent dans une Angleterre en guerre contre l'Allemagne, un pays ennemi accusé d'avoir installé, sous la terre anglaise, des bases secrètes depuis lesquelles il distille une terreur implacable dans l'esprit des habitants de l'île réputée imprenable.

La vérité bien sûr, aussi surprenante qu'apocalyptique, n'aura strictement rien à voir avec les capacités allemandes à mettre sur pied un plan de guerre psychique sans faille mais ce point nous importe peu, de même que l'analyse que nous pourrions tirer des présupposés théologiques de Machen qui le font parvenir à une conclusion dont l'effet a été savamment distillé par notre grand maître du crescendo.

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En quelques mots présentée, cette conclusion évoque une fin du monde possible traitée sous un angle pour le moins original puisqu'elle imagine une révolte des animaux contre l'homme déchu de sa grandeur, lui qui a quitté depuis «des siècles [...] sa robe royale et a essuyé sur sa poitrine le chrême qui l'a consacré» (p. 271).

Cet aspect-là de notre texte nous semble quoi qu'il en soit bien moins important que l'étude consacrée à la thématique du secret (l'un des mots les plus employés par Machen dans ce texte, avec ceux d'énigme et de mystère) et, aussi, mais ce point découle du précédent, les façons de le transmettre puis de le percer à jour.

L'oralité, à ce titre, est une des dimensions essentielles de la nouvelle de Machen, comme elle l'était dans Le Grand Dieu Pan, le titre le plus connu de l'auteur qui fut traduit par Paul-Jean Toulet, non sans que ce dernier n'en subisse le charme sulfureux.

Dans La Terreur, nous nous trouvons en temps de guerre : l'auteur cite lui-même (cf. p. 190) la légende de Mons qu'il a contribué à créer ou même créée de toutes pièces et il s'attarde longuement sur les vecteurs de la terreur, qui sont les conversations des habitants, puisque la censure du gouvernement veille pour que rien ne filtre de ce qui se produit dans plusieurs régions reculées de l'Angleterre. À vrai dire, les dirigeants anglais, selon toute vraisemblance, ne comprennent pas ce qui survient dans leur propre pays et l'imposition de la censure la plus stricte peut dès lors être comprise comme un paravent masquant une criante incompétence, aussi bien scientifique que militaire.

Quoi qu'il en soit, cette oralité est tellement puissante, nous dit Arthur Machen, que le récit des événements survenus «en sera secrètement transmis de père en fils, deviendra plus insensé à chaque génération, sans jamais réussir cependant à dépasser la vérité» (p. 268), cette vérité qui nous sera dévoilée à la fin du texte, à condition que nous ne nous laissions pas abuser par l'ambivalence, nous le verrons, de ce qui sera révélé, au sens apocalyptique du terme.


La suite de cet article figure dans Le temps des livres est passé.
Ce livre peut être commandé directement chez l'éditeur, ici.

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