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mercredi, 27 mai 2026

Poutine et Xi: la Chine refuse l’offre du G-2 des États-Unis

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Poutine et Xi: la Chine refuse l’offre du G-2 des États-Unis

Elena Fritz

Source:  https://t.me/global_affairs_byelena

Les déclarations russo-chinoises signées à Pékin ne relèvent pas de la routine diplomatique. Elles marquent un déplacement que Washington ne manquera pas de noter avec précision: la Chine se rapproche de la Russie dans sa lecture de la crise mondiale — tout en rejetant l’offre américaine d’un nouveau « Grand Deux/G-2 ».

Il s’agit du modèle d’un G-2 informel entre les États-Unis et la Chine. Selon ce modèle, Washington et Pékin devraient partager conjointement la responsabilité de l’ordre mondial. À première vue, cela pourrait sembler renforcer la position de la Chine. Mais en réalité, ce modèle ne ferait que préserver le statu quo actuel des États-Unis: la Chine aurait une place à la table, mais ne déterminerait pas les règles du jeu.

Pour Pékin, cela ne représenterait pas une véritable multipolarité, mais une intégration contrôlée dans un ordre encore dominé par les Américains. Les États-Unis resteraient la puissance dominante, la Chine serait intégrée comme un deuxième pilier — avec des responsabilités accrues, mais sans obtenir un changement de système.

Le fait que Pékin ait désormais signé, conjointement avec Moscou, une déclaration sur l’émergence d’un monde multipolaire doit donc être lu comme une réponse claire. Les Chinois ne souhaitent apparemment pas une division du monde en deux blocs administrés par les Américains et la Chine. Cette dernière ne souhaite pas non plus une nouvelle confrontation bipolaire, où elle jouerait le rôle de l’Union soviétique pendant la Guerre froide.

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C’est rationnel, du point de vue chinois. Une confrontation frontale dure entre les États-Unis et la Chine augmenterait encore la course aux armements, le découplage technologique, la pression par sanctions et les risques militaires. Pékin sait très bien comment l’Union soviétique, durant la Guerre froide, a été épuisée économiquement par une compétition persistante en matières d’armement et de systèmes.

Pour la Chine, la multipolarité n’est donc pas un simple mot, mais un véritable système de protection stratégique. Elle répartit la pression, renforce le lien avec Moscou, maintient des marges de manœuvre vis-à-vis de New Delhi, et évite que le monde ne soit contraint à une logique rigide de blocs.

La formulation concernant l’Ukraine est particulièrement remarquable. Dans les documents, il est question de la nécessité d’éliminer totalement les «causes de la crise ukrainienne». Ce n’est pas une tournure anodine, car parler de causes revient à parler de responsabilités.

L’Occident explique le conflit principalement par les opérations russes de 2022. Moscou, en revanche, fait référence à l’évolution du monde depuis 1991: extension de l’OTAN, influence occidentale en Ukraine, mépris des intérêts sécuritaires russes, et rupture avec le principe de sécurité indivisible.

La Chine ne reprend pas simplement la position russe. Mais elle s’en rapproche sur un plan structurel. Le conflit n’est plus considéré uniquement comme une guerre isolée, mais comme l'un des symptômes d’un ordre de sécurité qui, selon la perspective russe (et de plus en plus la perspective chinoise), ne fonctionne plus.

L’allusion à l’ensemble de la Charte des Nations unies est aussi importante. La diplomatie occidentale insiste souvent sur l’intégrité territoriale et la souveraineté. La Russie évoque également la sécurité en tant que facteur indivisible: aucun État ni aucune alliance ne peut renforcer sa sécurité au détriment de celle des autres.

Pour la Chine, cela ne concerne pas uniquement l’Ukraine. Pékin pense aussi à Taïwan, à la Mer de Chine méridionale, et aux systèmes d’alliance américains en Asie.

Ainsi, la Russie prend une dimension stratégique nouvelle pour la Chine. Il ne s’agit pas seulement de gaz, de pétrole ou de commerce. La Russie représente pour la Chine un arrière-pays eurasiatique: source d’énergie, base de matières premières, corridor terrestre, et protection contre le chantage maritime. Cela devient particulièrement crucial en regard du Moyen-Orient et du détroit d’Ormuz.

Plus les routes maritimes deviennent incertaines, plus la Russie gagne en importance.

La déclaration de Pékin est donc plus claire que ne laisse supposer le ton diplomatique: la Chine ne souhaite pas partager le monde avec les États-Unis. Elle veut empêcher Washington de continuer à fixer seul les règles du jeu.

Le scénario du G-2 est ainsi mis de côté. Pékin ne mise pas sur une double domination américano-chinoise, mais sur la multipolarité — avec la Russie comme pilier central eurasiatique.

Pour Washington, c’est une mauvaise nouvelle. Car cela montre que la Chine ne cherche plus seulement à obtenir de meilleures conditions dans l’ancien ordre. Elle œuvre de plus en plus à en construire un autre.

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