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samedi, 09 janvier 2021

L'influence de Carl Schmitt sur la politique nationaliste chinoise

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L'influence de Carl Schmitt sur la politique nationaliste chinoise

par Maurizio Stefanini

Ex : http://novaresistencia.org

Des changements importants ont eu lieu dans le discours et l'attitude des autorités chinoises à l'égard des menaces intérieures et extérieures. Ces changements indiquent le passage d'un illibéralisme pragmatique à un antilibéralisme de principe. Il est possible de retracer cette transition grâce à l'influence croissante du juriste allemand Carl Schmitt sur l'Académie chinoise et le Parti communiste.

Le tropisme prégnant de la République populaire de Chine vers Hong Kong présente une certaine réminiscence de l’ère nationale-socialiste. Et ce n'est pas une hyperbole polémique. Ce serait l'influence croissante de la pensée de Carl Schmitt qui a fait passer le régime de la phase simplement non libérale qui se déroulait au moment de la modernisation par Deng Xiaoping à une phase ouvertement non libérale, qui depuis l'arrivée au pouvoir de Xi Jinping, a atteint son paroxysme.

La thèse est de Chang Che : un sinologue d'origine chinoise, ainsi qu'un analyste de la politique américaine et de la politique technologique. Il est le directeur exécutif de l'Oxford Political Review et il l'a expliqué dans un essai paru dans The Atlantic, en citant la politologue italienne Flora Sapio, qui enseigne l'histoire internationale de l'Asie de l'Est à l'Université orientale de Naples.

Mais nous devons également nous rappeler que Schmitt, après avoir risqué d'être inculpé à Nuremberg et après avoir été qualifié de "criminel de guerre", a été largement réévalué en Italie, par un groupe idéologiquement transversal d'universitaires allant de Gianfranco Miglio à Massimo Cacciari, en passant par des personnalités telles que Giorgio Agamben, Pietro Barcellona, Emanuele Castrucci, Fulco Lanchester, Angelo Bolaffi, Danilo Zolo, Carlo Galli, Giacomo Marramao. Pas seulement pour nous, qui suivons ses préceptes dans nos analyses politiques : parmi ses admirateurs, il faut aussi citer Walter Benjamin, Leo Strauss ou Jacques Derrida.

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Mais dans un pays qui, comme le nôtre, est souvent obsédé par l'idée de trouver du fascisme partout, cette fascination pour une personnalité est au moins unique, une personnalité qui, après avoir utilisé le vocable de "Révolution conservatrice" au début des années 1930, a rejoint le Parti national-socialiste des travailleurs allemands le 1er mai 1933 et est devenue, en novembre de la même année, président de l'Union nationale socialiste des juristes, et rédacteur en chef du Journal des juristes allemands au mois de juin suivant.

En décembre 1936, il est vrai, un magazine SS l'avait alors attaqué de front, l'accusant d'être un "opportuniste" et imposant son exclusion. Et en 1937, il a fait l'objet d'un rapport confidentiel du régime, dans lequel son "papisme" était particulièrement montré du doigt.

Il a cependant eu le temps de mettre en vigueur les lois de Nuremberg qui, en 1935, avaient interdit toutes les relations, non seulement maritales mais aussi sexuelles, entre les Juifs et les "Aryens". "Aujourd'hui, le peuple allemand est redevenu allemand, même d'un point de vue juridique. Après les lois du 15 septembre, le sang allemand et l'honneur allemand sont redevenus les concepts de base de notre droit. L'État est désormais un moyen de servir la force de l'unité populaire. Le Reich allemand n'a qu'un seul drapeau, celui du mouvement national-socialiste ; et ce drapeau n'est pas seulement composé de couleurs, mais aussi d'un grand et authentique symbole : le signe du serment populaire de la croix gammée ».

Malgré sa marginalisation théorique pendant la guerre, il avait alors fourni des conseils juridiques à la fois pour la politique allemande d'expansion et d'occupation.

Mais surtout, sa théorie de la relation "ami-ennemi" comme critère constitutif de la dimension politique semble avoir ensorcelé nos facultés de sciences politiques, surtout à l'époque de la transition de la Première à la Deuxième République : absolument obsédée par l'objectif de réaliser à tout prix une "démocratie d'alternance", et méprisant cette autre dimension politique de la coopération, dédaigneusement qualifiée de "farce".

Mais c'est peut-être précisément ces vicissitudes de l’histoire italienne qui démontrent l'incroyable capacité de Schmitt à réagir face aux contextes politiques les plus divers, au point de produire les résultats les plus surprenants.

Ainsi, si en Italie l'impact de son œuvre a porté principalement sur une critique de longue date du "bipartisme imparfait", alimentée par les analyses de Maurice Duverger ou de Giorgio Galli, si en République fédérale d'Allemagne, en opposition aux mauvais souvenirs laissés par la République de Weimar, l'institution dite de la ‘’méfiance constructive’’ ou les fortes barrières dressées face à toute tentative de changement dans l’ordre constitutionnel sont typiquement schmittiennes, en Chine le contexte est évidemment celui d'un régime marxiste-léniniste qui a décidé, à un moment donné de l’histoire chinoise, d'accepter le marché mais pas le pluralisme politique.

40039806._SX318_.jpgPar ailleurs, le contexte chinois est celui d'une culture dans laquelle l'école légaliste a agi en profondeur. Courant philosophique fondé au IIIe siècle avant J.-C. par Han Fei qui, en opposition aux idées confucéennes de bienveillance, de vertu et de respect des rituels, prêchait le droit du prince à exercer un pouvoir absolu et incontesté. Seule source du droit, le prince légaliste ne délègue aucune autorité à qui que ce soit. A côté de lui, il n'y a que des exécuteurs testamentaires, aux tâches strictement délimitées. En-dessous d'eux se trouvent les sujets, obligés seulement d'obéir.

En réalité, le confucianisme, autre pôle historique de la pensée politique chinoise, tend également à être autoritaire. Mais avec l'idée que même le souverain a des devoirs et des règles à respecter et peut, le cas échéant, être contaminé par une idée de démocratie libérale de type occidental.

Sun Yat-Sen a essayé, comme plus tard ses émules à Taiwan, une hybridation entre Locke et Confucius, synthèse qui semble fonctionner. Alors qu'en Chine continentale, le légalisme, Schmitt et le communisme se sont ‘’hybridés’’.

Le grand enseignement de Schmitt est caractérisé par la volonté bien nette d’articuler une élimination des ennemis externes et internes de l'État : les premiers doivent être identifiés par le ius belli, les seconds par l'identification suivie de l'élimination de ceux qui "perturbent la tranquillité, la sécurité et l'ordre" de l'État. Pour ce faire, l'État ne peut être empêché par les limites de l'État de droit libéral. Sinon, l’Etat ne serait pas en mesure de protéger ses citoyens des ennemis.

Selon Chang Che, c'est exactement la logique qui sous-tend la répression qui a été imposée à Hong Kong dans le but officiel de protéger l'île de "l'infiltration de forces étrangères".

"Bien que les universitaires chinois soient souvent limités dans ce qu'ils peuvent et ne peuvent pas dire", note-t-il, "il leur arrive d'exprimer des désaccords en public. Parfois, ils se permettent même de critiquer les dirigeants chinois, même si leurs critiques restent limitées et prudentes. Cette fois, cependant, l'énorme volume d'écrits produits par les universitaires chinois, ainsi que la nature de leurs arguments - cohérents, coordonnés et souvent rédigés dans un jargon juridique sophistiqué - suggèrent qu'il existe désormais un nouveau niveau de cohésion à Pékin sur la portée acceptable du pouvoir de l'État.

Jinping.pngXi Jinping a redéfini le centre de gravité idéologique du parti communiste, redéfini la tolérance limitée de la dissidence, laquelle pouvait parfois se manifester mais a désormais disparu, de même toute forme d'autonomie, qui aurait pu être accordée au Xinjiang, à la Mongolie intérieure et à Hong Kong, a été supprimée.

Tout cela est justifié par un nouveau groupe d'idéologues en pleine ascension que l'on a appelé les "étatistes". Plus précisément, il semble s'agir d'une redéfinition de ce que l’on appelait jadis les "légalistes". Cette redéfinition est basée sur les enseignements de Schmitt mais, cette fois, au service du parti de Mao. L'un de leurs forums en ligne est Utopia, où, en 2012, il était clairement indiqué que "la stabilité doit prévaloir sur tout le reste".

Selon Chang Che, il s'agit d'un concept typiquement schmittien, qui peut s'expliquer par la traduction en chinois de Schmitt par le philosophe Liu Xiaofeng au début du millénaire, dont est issue, dans l’ancien Empire du Milieu, une véritable "fièvre schmittienne".

Un autre grand admirateur de Schmitt était Chen Duanhong, professeur de droit à l'université de Pékin. "Sa doctrine constitutionnelle est ce que nous vénérons", a-t-il écrit en 2012 à propos de ce qu'il a décrit comme "le théoricien le plus influent", rejetant son adhésion au nazisme comme "un choix personnel". Chang Che cite également des témoignages d'étudiants selon lesquels les concepts schmittiens sont désormais "un langage commun dans l'établissement universitaire".

Citant le "juriste allemand Carl Schmitt" en 2018, Chen Duanhong a expliqué l'évaporation progressive du régime de garantie accordé à Hong Kong au moment de sa "rétrocession" par Londres, en distinguant entre les normes étatiques et constitutionnelles et en faisant valoir que "lorsque l'État est en grave danger", ses dirigeants ont le droit de suspendre les normes constitutionnelles : "en particulier les dispositions relatives aux droits civils.

Plus explicitement encore, l'idée d'utiliser les théories de Schmitt pour forger une mise en garde contre Hong Kong a été défendue dans un livre publié en 2010 par Jiang Shigong : un professeur de droit de l'université de Pékin qui avait travaillé au bureau de liaison Pékin-Hong Kong entre 2004 et 2008, et qui, en 2014, figurait parmi les auteurs d'un livre blanc du gouvernement chinois sur Hong Kong.

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Haig Patapan.

Chang Che cite également Haig Patapan, un professeur de politique à l'université Griffith en Australie, qui, à son tour, a écrit sur l'influence de Schmitt en Chine, et selon lequel le schmittisme pourrait devenir une idéologie du régime à la place d'un marxisme perçu comme n'étant plus approprié.

Le nationalisme et les ennemis extérieurs pourraient justifier le monolithisme du Parti communiste bien plus qu'une notion de lutte des classes qui entre forcément en conflit avec la stratification acceptée par le régime. Il cite également William Kirby, professeur d'études chinoises à Harvard et auteur d'un livre sur l'attrait du modèle de modernisation allemand en Chine depuis l'époque de Tchang Kaï-Chek.

Les événements de la pandémie auraient davantage renforcé les étatistes. Et en effet, l'essai se termine par une citation de Flora Sapio : "Depuis que Xi Jinping est devenu le chef suprême, la philosophie de Carl Schimtt a trouvé une application encore plus large tant dans la théorie du parti que dans la vie universitaire. Ce changement est significatif : il marque la transition de Pékin de ce qui était un gouvernement illibéral - qui a enfreint les normes libérales par commodité - à un gouvernement antilibéral - qui répudie les normes libérales par principe.

Source : Linkiesta

vendredi, 01 janvier 2021

La Turquie pivote vers le centre du nouveau grand jeu

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La Turquie pivote vers le centre du nouveau grand jeu

Pepe Escobar

Ex: https://www.unz.com

Lorsqu'il s'agit de semer la zizanie et de profiter de la division des autres, la Turquie d'Erdogan est une véritable superstar.

Sous le délicieux nom de Countering America's Adversaries Through Sanctions Act (CAATSA), l'administration Trump a dûment imposé des sanctions à Ankara pour avoir osé acheter des systèmes russes de défense anti-missiles sol-air S-400. Les sanctions visaient l'agence turque d'acquisition de matériel de défense, la SSB.

La réponse du ministre turc des affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, a été rapide : Ankara ne reculera pas - et réfléchit en fait à la manière de réagir.

Les caniches européens ont inévitablement dû assurer le suivi. Ainsi, après le proverbial et interminable débat à Bruxelles, ils se sont contentés de sanctions "limitées" - ajoutant une nouvelle liste pour un sommet en mars 2021. Pourtant, ces sanctions se concentrent en fait sur des individus non encore identifiés, impliqués dans des forages en mer au large de Chypre et de la Grèce. Elles n'ont rien à voir avec les S-400.

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L'UE a en fait proposé un régime de sanctions très ambitieux, inspiré du Magnitsky Act américain, qui vise à protéger les droits de l'homme dans le monde entier. Cela implique l'interdiction de voyager et le gel des avoirs de personnes considérées unilatéralement comme responsables de génocide, de torture, d'exécutions extrajudiciaires et de crimes contre l'humanité.

La Turquie, dans ce cas, n'est qu'un cobaye. L'UE hésite toujours fortement lorsqu'il s'agit de sanctionner un membre de l'OTAN. Ce que les eurocrates de Bruxelles veulent vraiment, c'est un outil supplémentaire et puissant pour harceler surtout la Chine et la Russie.

Nos jihadistes, pardon, les "rebelles modérés"

Ce qui est fascinant, c'est qu'Ankara sous Erdogan semble toujours faire preuve d'une sorte d'attitude consistant à dire, "le diable peut s'en soucier".

Prenez la situation apparemment insoluble dans le chaudron d'Idlib, au nord-ouest de la Syrie. Jabhat al-Nusra - alias Al-Qaida en Syrie - est maintenant impliqué dans des négociations "secrètes" avec des gangs armés soutenus par la Turquie, comme Ahrar al-Sharqiya, sous l’oeil des officiels turcs. L'objectif : augmenter le nombre de jihadistes concentrés dans certaines zones clés. L'essentiel : un grand nombre d'entre eux proviendront de Jabhat al-Nusra.

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Ankara reste donc, à toutes fins pratiques, entièrement derrière les djihadistes purs et durs du nord-ouest de la Syrie - déguisés sous le label "innocent" de Hayat Tahrir al-Sham. Ankara n'a absolument aucun intérêt à laisser ces gens disparaître. Moscou, bien sûr, est pleinement consciente de ces manigances, mais les stratèges rusés du Kremlin et du ministère de la défense préfèrent laisser faire pour le moment, en supposant que le processus d'Astana partagé par la Russie, l'Iran et la Turquie puisse être quelque peu fructueux.

Erdogan, en même temps, donne magistralement l'impression qu'il est bel et bien impliqué dans le pivotement de son pays vers Moscou. Il entre en effervescence quand il parle de "son collègue russe Vladimir Poutine" et quand il soutient l'idée - initialement présentée par l'Azerbaïdjan - d'une plateforme de sécurité régionale unissant la Russie, la Turquie, l'Iran, l'Azerbaïdjan, la Géorgie et l'Arménie. M. Erdogan a même déclaré que si Erevan fait partie de ce mécanisme, "une nouvelle page pourrait s'ouvrir" dans les relations Turquie-Arménie, jusqu'ici inextricables.

Il sera bien sûr utile que, même sous la prééminence de Poutine, Erdogan ait un siège très important à la table de cette organisation de sécurité putative.

La vue d'ensemble est encore plus fascinante, car elle présente divers aspects de la stratégie d'équilibre eurasiatique de Poutine, qui implique comme principaux acteurs la Russie, la Chine, l'Iran, la Turquie et le Pakistan.

À la veille du premier anniversaire de l'assassinat du général Soleimani, Téhéran est loin d'être intimidé et "isolé". À toutes fins utiles, elle contraint lentement mais sûrement les États-Unis à quitter l'Irak. Les liens diplomatiques et militaires de l'Iran avec l'Irak, la Syrie et le Liban restent solides.157191553.jpg

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Et avec moins de troupes américaines en Afghanistan, le fait est que l'Iran, pour la première fois depuis l'ère où l’on ne cesse plus de parler de l'"axe du mal", sera moins entouré par le Pentagone. La Russie et la Chine - les nœuds clés de l'intégration eurasienne - l'approuvent pleinement.

Bien sûr, le rial iranien s'est effondré par rapport au dollar américain, et les revenus pétroliers sont passés de plus de 100 milliards de dollars par an à quelque 7 milliards. Mais les exportations non pétrolières dépassent largement les 30 milliards de dollars par an.

Tout est sur le point de changer pour le mieux. L'Iran est en train de construire un oléoduc ultra-stratégique reliant la partie orientale du golfe Persique au port de Jask dans le golfe d'Oman - en contournant le détroit d'Ormuz ; ainsi, l’Iran est prêt à exporter jusqu'à 1 million de barils de pétrole par jour. La Chine sera le premier client.

Le président Rouhani a déclaré que l'oléoduc sera prêt d'ici l'été 2021, ajoutant que l'Iran prévoit de vendre plus de 2,3 millions de barils de pétrole par jour l'année prochaine - avec ou sans sanctions américaines, que celles-ci soient allégées par le tandem Biden-Harris ou non.

L'anneau d'or

L'Iran est bien relié à la Turquie à l'ouest et à l'Asie centrale à l'est. Un élément supplémentaire important de l'échiquier qui se met en place est l'entrée des trains de marchandises qui relient directement la Turquie à la Chine via l'Asie centrale - en contournant la Russie.

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Au début de ce mois, le premier train de marchandises a quitté Istanbul pour un voyage de 8.693 km en 12 jours, passant sous le Bosphore via le tout nouveau tunnel Marmary, inauguré il y a un an, puis le long du couloir moyen Est-Ouest via la ligne ferroviaire Bakou-Tbilissi-Kars (BTK), à travers la Géorgie, l'Azerbaïdjan et le Kazakhstan.

En Turquie, il est connu sous le nom de "chemin de fer de la soie". C'est la BTK qui a permis de réduire le transport de fret de la Turquie vers la Chine d'un mois à seulement 12 jours. L'ensemble du trajet entre l'Asie de l'Est et l'Europe occidentale peut désormais être parcouru en 18 jours seulement. Le BTK est le nœud clé du "couloir du milieu" de Pékin à Londres et de la "route ferroviaire de la soie" du Kazakhstan à la Turquie.

Tous ces projets s'inscrivent parfaitement dans le programme de l'Union européenne, en particulier celui de l'Allemagne : mettre en place un corridor commercial stratégique reliant l'Union européenne à la Chine, en contournant la Russie.

Cela permettrait à terme de consolider l'une des alliances clés des années folles : l’alliance Berlin-Beijing.

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Pour accélérer cette alliance présumée, on dit à Bruxelles que les eurocrates profiteraient du nationalisme turkmène, du pan-turquisme et de la récente entente cordiale entre Erdogan et Xi en ce qui concerne les Ouïgours. Mais il y a un problème : beaucoup d’Etats turcophones préfèrent une alliance avec la Russie.

De plus, la Russie est incontournable lorsqu'il s'agit d'autres corridors. Prenez, par exemple, un flux de marchandises japonaises allant à Vladivostok, puis via le Transsibérien à Moscou et ensuite vers l'UE.

La stratégie de contournement de la Russie par l'UE n'a pas vraiment été un succès en Arménie-Azerbaïdjan : ce que nous avons eu, c'est un recul relatif de la Turquie et une victoire russe de facto, Moscou renforçant sa position militaire dans le Caucase.

Entrons maintenant dans un nouveau jeu encore plus intéressant : le partenariat stratégique Azerbaïdjan-Pakistan, désormais en surrégime dans les domaines du commerce, de la défense, de l'énergie, de la science et de la technologie, et de l'agriculture. Islamabad a d'ailleurs soutenu Bakou sur le Haut-Karabakh.

L'Azerbaïdjan et le Pakistan entretiennent tous deux de très bonnes relations avec la Turquie : une question d'héritage culturel turco-persan très complexe et interdépendant.

Et ils pourraient se rapprocher encore davantage, avec le corridor international de transport nord-sud (INTSC) qui relie et reliera plus sûrement encore non seulement Islamabad à Bakou, mais aussi les deux à Moscou.

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D'où la dimension supplémentaire du nouveau mécanisme de sécurité proposé par Bakou, qui unit la Russie, la Turquie, l'Iran, l'Azerbaïdjan, la Géorgie et l'Arménie : tous les quatre veulent ici des liens plus étroits avec le Pakistan.

L'analyste Andrew Korybko l'a joliment surnommée "l'anneau d'or" - une nouvelle dimension de l'intégration de l'Eurasie centrale, avec la Russie, la Chine, l'Iran, le Pakistan, la Turquie, l'Azerbaïdjan et les "stans" d'Asie centrale. Tout cela va donc bien au-delà d'une éventuelle Triple Entente : Berlin-Ankara-Beijing.

Ce qui est certain, c'est que la relation Berlin-Moscou, si importante, restera forcément froide comme de la glace. L'analyste norvégien Glenn Diesen a résumé le tout : "Le partenariat germano-russe pour la Grande Europe a été remplacé par le partenariat sino-russe pour la Grande Eurasie".

Ce qui est également certain, c'est qu'Erdogan, un maître du pivotement, trouvera des moyens de profiter simultanément et de l'Allemagne et de la Russie.

samedi, 26 décembre 2020

L'influence de Carl Schmitt en Chine

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L'influence de Carl Schmitt en Chine

Par Daniele Perra

Ex: https://www.eurasia-rivista.com

"πόλεμος πάντων μὲν πατήρ ἐστι, πάντων δὲ βασιλεύς, καὶ τοὺς μὲν θεοὺς ἔδειξε τοὺς δὲ ἀνθρώπους, τοὺς μὲν δούλους ἐποίησε τοὺς δὲ ἐλευθέρους."

"Conflit, de toutes choses père, de toutes choses roi, de quelques-uns il a fait des dieux, d’autres il a fait des mortels, d'autres des serviteurs, d'autres encore, il a fait des hommes libres"

(Héraclite, fragment 53)

Dans une lettre datée de 1933, Martin Heidegger, félicitait le juriste Carl Schmitt, son compatriote, pour le succès de l'ouvrage La notion du politique, qui en était alors à sa troisième édition. Heidegger le félicitait pour la citation que Schmitt avait faite du fragment 53 d'Héraclite et de l'interprétation correcte qu'il avait donnée des concepts fondamentaux de πόλεμος (polemos) et βασιλεύς (basileus). Dans le même temps, Heidegger a non seulement révélé à Schmitt qu'il préparait sa propre interprétation du fragment héraclitéen, directement lié au concept de ἀλήθεια (aletheia), mais aussi qu'il traversait lui-même une forme de "conflit".

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Heidegger et Schmitt étaient tous deux bien conscients que le Superbe d'Ephèse, avec le terme "conflit", ne voulait pas indiquer uniquement et exclusivement une lutte armée. En fait, cela devait être compris également dans le sens de conflit interne. Ce πόλεμος, pour Heidegger, n'était autre que ce "travail de l'ego" qui l'a conduit à ce qu'il a lui-même défini comme un "combat au corps à corps avec son propre moi", à abandonner l'enseignement pendant plusieurs années, mais aussi à produire par la suite quelques ouvrages fondamentaux comme la volumineuse étude sur Nietzsche et Holzwege (Les chemins qui ne mènent nulle part) [1].

Le choix de commencer par le fragment 53 d'Héraclite pour cette réflexion sur l'influence de la pensée de Carl Schmitt en Chine n'est pas fortuit. Le conflit dont s'occupe le penseur grec, et dont Heidegger a compris l'essence, appartient à juste titre à la liste de ces concepts théologiques qui, selon Schmitt, ont été "sécularisés" par la doctrine moderne de l'État.

photo-rabbin-daniel-farhi-héraclite.jpgDans le contexte islamique, puisque la révélation y est à la fois prophétie et loi, le sens réel du terme conflit utilisé par Héraclite apparaît avec toute sa force perturbatrice dans le concept théologique de djihad. Cela, rappelons-le, signifie littéralement "effort" et indique l'engagement de l'homme à s'améliorer, à devenir un "vrai" être humain, paraphrasant l'interprétation qu'en donne l'imam Khomeiny [2].

Le djihad, tel que rapporté dans un hadith bien connu du prophète Muhammad, peut être de deux types : majeur (ou intérieur) et mineur (ou extérieur). Le djihad majeur consiste en la lutte intérieure, comme nous venons de le dire, pour devenir un véritable homme ; tandis que le djihad mineur indique en fait la lutte armée contre un ennemi extérieur au dar al-Islam (maison de l'Islam). Donc, contre quelqu'un qui se trouve dans le dar al-harb (maison de la guerre).

Ce concept se retrouve déjà dans la civilisation chinoise traditionnelle. Au-delà des frontières impériales, en effet, se trouvait l'espace des "barbares" : une région "inculte", un royaume de la guerre et un espace purement quantitatif dans lequel les vertus de jen (solidarité de groupe) et de yi (équité) n'étaient pas pleinement réalisées.

En termes de théorie géopolitique classique, les concepts de conflit interne et externe peuvent facilement être appliqués à l'idée organique de l'État (une entité vivante qui est à la fois morale et spirituelle) développée par Friedrich Ratzel [3]. Ainsi, si l'État est considéré comme un organisme, son conflit intérieur est son effort pour devenir une entité forte, unie et pleinement souveraine, capable d'agir indépendamment et sur un pied d'égalité avec les autres acteurs internationaux dans un théâtre régional ou mondial. Et il est clair que cet effort interne représente la condition préalable essentielle de l'effort externe et, par rapport à ce dernier, joue un rôle primordial.

Maintenant, en voulant transposer l'idée, que nous venons de reconstruire dans le présent texte, à l'actualité géopolitique de la République populaire de Chine, il apparaît évident que les concepts schmittiens de la politique comme "conflit" et de l'opposition dichotomique ami/ennemi ont connu une diffusion notable (et peut-être même inconsciente) à Pékin.

La politique de la "Chine unique" menée par la République populaire se traduit en effet ouvertement par un effort interne dont l'objectif est la réalisation d'une unité nationale complète non seulement en termes territoriaux (rétablissement de la souveraineté sur Taiwan, par exemple), mais aussi en termes idéologiques, en luttant contre cet "ennemi interne" qui se présente sous les différentes formes de séparatisme soutenu par l'Occident : du modèle terroriste du Mouvement islamique du Turkestan oriental (qui a été supprimé récemment de la liste des organisations terroristes par les États-Unis par pure coïncidence) à la rébellion "sorosienne" à Hong Kong, jusqu'à l'influence exercée par des sectes anti-traditionnelles comme le Falun Gong, aujourd'hui revigorée par l'alliance avec le phénomène des QAnon.

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Le chercheur chinois Liu Xiaofeng (profondément influencé par Schmitt), dans son recueil d'essais Sino-Théologie et philosophie de l'histoire, souligne les différences entre le concept européen d'État-nation et le substrat idéologique dans lequel s'est développé l'État chinois actuel. Les meilleurs penseurs politiques chinois, dit le professeur de l'université de Renmin, ont parfaitement compris que l'impérialisme européen moderne était loin de l'ancien concept d'Empire (plus proche, à certains égards, de celui des Perses et des Chinois). Et ils ont réalisé qu'à l'époque moderne, il n'y avait pas qu'un seul impérialisme, mais plusieurs formes d'impérialisme contradictoires, une pour chaque État-nation[4].

coverimage.jpgDans ce contexte, selon l'historien et homme politique Liang Qichao, qui a vécu au tournant des XIXe et XXe siècles à l'époque du déclin inexorable et de la partition impérialiste de l'espace chinois, la solution ne pouvait être que la création d'une forme de nationalisme chinois. Cependant, ce que Qichao considérait comme du nationalisme était une forme de conscience politique et culturelle nationale, mais pas du nationalisme au sens européen du terme. En fait, ce concept est resté complètement étranger à la forme impériale traditionnelle qui, même aujourd'hui, dans son expression modernisée et influencée par le marxisme-léninisme, ressemble davantage au modèle achéménide qu'à l'idée européenne de l'État-nation et de ses impulsions impérialistes. Et, en tant que telle, elle s'est imposée dès son origine comme un dépassement en nuance de cette idée.

L'historiographie occidentale, à travers ce qu'on appelle l'histoire globale, a tenté de dépasser le système eurocentrique basé sur l'État-nation, en le remplaçant par une idée de l'histoire axée sur le changement des structures sociales. Liu Xiaofeng, contrairement à certains de ses collègues et compatriotes, a eu le mérite de réaliser que cette histoire mondiale n'est pas née avec l'essai de William H. McNeill de 1963, The Rise of the West. A History of Human Community [6]. Il a également compris que le désir de surmonter l'eurocentrisme a simplement abouti à une forme assez paradoxale de cosmopolitisme qui cache un impérialisme naturel de matrice anglo-américaine (celui qui est sorti vainqueur du choc avec les autres formes d'impérialisme européen). Ce cosmopolitisme, en effet, continue de considérer le canon "occidental", inspiré des valeurs du capitalisme libéral, comme le meilleur modèle dans l’absolu. Cependant, ce cosmopolitisme occidental examine d'autres modèles avec la bienveillance due au bon sauvage que l’on étudie selon les canons de l’anthropologie et, peut-être, que l’on éduquera à terme (même par le biais du "bombardement humanitaire") pour l'émanciper de lui-même.

81Oe29BuvPL.jpgAinsi, l'histoire mondiale n'a été que la superstructure historiographique du libéralisme occidental à l'époque de la guerre froide et de l'instant unipolaire.

Bien avant l'essai de McNeill, comme le rappelle à nouveau Xiaofeng, Carl Schmitt a publié Le Nomos de la Terre, un ouvrage qui, plutôt que de subvertir l'eurocentrisme aujourd'hui disparu, a pleinement réalisé qu'il avait déjà été remplacé par un système centré sur l'Amérique [7]. Mais Schmitt, contrairement aux prophètes de l'histoire mondiale, utilisait encore un modèle historiographique centré sur les entités étatiques. L'idée fondamentale de Schmitt était de comprendre que les affrontements entre États resteraient fréquents et intenses, indépendamment du mythe cosmopolite de la citoyenneté mondiale, et que cela deviendrait même extrême dans certains cas.

Schmitt, en effet, a compris que la création et la croissance/le développement des États-Unis se sont déroulés dans un contexte où le jus publicum europaeum (celui qui régissait la guerre entre les monarchies chrétiennes européennes sur le sol du Vieux Continent) n'avait aucune valeur.

31V21xQ3hSL._SX327_BO1,204,203,200_.jpgLes États-Unis sont nés dans un "espace libre" où prévalait la loi du plus fort, celle de l'état de nature et sur le fond idéologico-religieux du thème biblique de l'Exode et de la conviction messianique de la construction du "Nouvel Israël" et de la "Jérusalem sur terre" : des principes qui sont à la base de l'idée puritaine de supériorité morale et de prédestination et qui représentent les fondements existentiels de l'américanisme. Les États-Unis sont nés en totale opposition au modèle européen. Leur entrée sur le Vieux Continent marque le passage de la guerre "légale" à la guerre "idéologique" : l'ennemi doit non seulement être vaincu, mais diabolisé, criminalisé et donc anéanti. Ce que les États-Unis ont fait, c'est ramener en Europe la loi du plus fort, en la considérant, comme les Européens l'avaient fait avec l'hémisphère occidental à l'époque moderne, comme un "espace libre" à soumettre à la simple conquête.

Xiaofeng applique ces idées schmittiennes à la situation géopolitique actuelle en Extrême-Orient et en Chine en particulier. La Chine, à un moment où la « lutte intérieure », que nous évoquions, n'avait pas encore abouti à la formation d'un État fort et pleinement souverain qui lui permettrait de participer pleinement (et équitablement) au forum international, a dû opter pour un accès "technique" au système, par l'entrée dans les institutions internationales. Cette méthode était opposée à celle purement politico-militaire utilisée par le Japon au tournant des XIXe et XXe siècles, lorsque le processus de modernisation endogène réalisé par l'Empire nippon lui a permis de s'affirmer comme une puissance mondiale.

Cependant, l'erreur fondamentale de la classe politique chinoise dans la première moitié du XXe siècle a été de croire que le droit international s'appliquait avec équité à tous les membres de la communauté qui acceptaient ses normes. Xiaofeng rappelle que Tchang Kaï-chek restait fermement convaincu, malgré l'avertissement du conseiller militaire allemand Alexander von Falkenhausen, que les puissances européennes (France et Grande-Bretagne) et les États-Unis viendraient au secours de la Chine face à l'agression japonaise à la fin des années 1930 [8]. De toute évidence, rien de tout cela ne s'est produit et ce n'est qu'avec le début de la Seconde Guerre mondiale et l'entrée des États-Unis dans le conflit que la situation a commencé à changer. 

La nature réelle du droit international a été bien décrite au délégué en URSS de la République de Chine de l'époque, Chiang Ching-kuo, par Joseph Staline. Le "Vozhd", très franchement, lui a dit : "tous les traités sont des chiffons de papier, ce qui compte, c'est la force" [9].

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En effet, la méthode "technique" décrite par Xiaofeng, par laquelle la Chine a d'abord essayé de se garantir une participation au système des relations internationales, ne lui a pas permis d'atteindre pleinement un équilibre des pouvoirs avec les puissances européennes ou avec les Etats-Unis. Ce n'est qu'avec la révolution maoïste et la victoire dans la guerre de Corée que la possibilité de cet objectif a commencé à se manifester.

Il est bon de rappeler que les États-Unis ont historiquement appliqué à la Chine, avant et après Mao (et bien qu'en phases alternées), une stratégie appelée "politique de la porte ouverte". Dans la période unipolaire, cette politique stratégique a pris la forme d'une sorte d'accord (théoriquement parfait) selon lequel la Chine, exportateur de biens et importateur de liquidités, prenait en charge les titres de la dette américaine, tandis que les États-Unis, consommateur et débiteur, pouvaient compter sur une suprématie militaire durable en se concentrant sur une nouvelle révolution technologique, pour laquelle la concurrence chinoise n'était même pas prise en considération. Comme le dit l'historien Aldo Giannuli : "Dans la vision néo-libérale, l'ouverture mondiale des marchés aurait dû faire de la Chine le principal centre manufacturier du système mondial, mais à condition que le fossé technologique reste constant, voire s'élargisse, et que la balance commerciale ne penche pas trop vers l'Est" [10].

Cependant, avec la crise de 2008, cette entente s'est rapidement fissurée et s'est détériorée déjà sous l'administration Obama qui, dans une tentative de se mettre à l'abri, a opté pour la stratégie géopolitique du « Pivot vers l'Asie » en relation avec le déplacement rapide du centre du commerce mondial vers l'Extrême-Orient. Une stratégie que l'administration Trump a tenté de pousser à l'extrême par une militarisation constante des mers adjacentes aux côtes chinoises et en incitant aux opérations de sabotage le long des voies de communication de la nouvelle route de la soie.

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L'erreur de jugement américaine a donc une origine beaucoup plus lointaine que ce qui est constamment proposé dans les analyses géopolitiques actuelles. Avec la traversée du fleuve Yalu et l'entrée des volontaires chinois en Corée, Pékin avait déjà envoyé un signal assez clair aux États-Unis : vous n'êtes pas les bienvenus de l'autre côté du 38e parallèle. Avec les réformes et les politiques d'ouverture de Deng Xiaoping au début des années 1980 et l'échec du soulèvement de la place Tienanmen, Pékin a envoyé un autre signal aux États-Unis : la Chine n'est plus un "espace libre" où l'on peut opérer à volonté (comme l'a fait Washington en Europe) ou divisible par des moyens économiques et des politiques d'infiltration culturelle.

L'ascension rapide de la Chine hors du "contexte libéral" et en vertu d'un système "illibéral", profondément étatiste et bien décrit également dans le nouveau plan quinquennal du PCC centré sur le principe de la double circulation (demande interne/demande externe), a envoyé un nouveau signal: la fin du système mondial centré sur les États-Unis est proche.

L'accord de libre-échange RCEP - Regional Comprehensive Economic Partnership est le premier pas vers la construction d'une sphère de coopération asiatique libérée de la présence déstabilisatrice de l'Amérique du Nord.

Il est clair qu'une telle éventualité ne sera pas acceptée de plein gré par les États-Unis. Mais aujourd'hui, Pékin, consciente de la nécessité d'un État fort, y compris en termes d'homogénéité idéologique et d'objectifs, est également bien préparée à la lutte contre l'ennemi extérieur.

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[1] J’ai traité ce sujet dans mon livre Essere e Rivoluzione. Ontologia heideggeriana e politica di liberazione, NovaEuropa, Milano 2018.

[2]Cf. R. Khomeini, La più grande lotta. Per liberarsi dalla prigione dell’ego ed ascendere verso Dio, Irfan Edizioni, Roma 2008.

[3]Cf. F. Ratzel, Lo Stato come organismo, “Eurasia. Rivista di studi geopolitici” 3/2018.

[4]L. Xiaofeng, Sino-Theology and the philosophy of history. A collection of essays by Liu Xiaofeng, Brill, Boston 2015, p. 99.

[5]Ibidem.

[6]L. Xiaofeng, New China and the end of the international American law, www.americanaffairsjournal.org.

[7]Cf. C. Schmitt, Il nomos della terra, Adelphi Edizioni, Milano 1991.

[8]New China and the end of the international American law, ivi cit.

[9]Ibidem.

[10]A. Giannuli, Coronavirus. Globalizzazione e servizi segreti, Ponte alle Grazie, Milano 2020, p. 236.

 

 

mercredi, 23 décembre 2020

L'Arctique est le prochain théâtre de l'Amérique pour le double endiguement de la Russie et de la Chine

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L'Arctique est le prochain théâtre de l'Amérique pour le double endiguement de la Russie et de la Chine

Par Andrew Korybko

Ex : http://oneworld.press

L'Arctique, c'est l'Amérique

La doctrine "Avantage en mer" récemment dévoilée par la marine américaine identifie l'océan Arctique comme le prochain théâtre de la tentative américaine de double endiguement de la Russie et de la Chine. À cette fin, le document propose que Washington recoure à des moyens désespérés tels que le déploiement délibéré de ses forces navales à des fins supposées de "désescalade" qui risquent en fait de provoquer une guerre nucléaire.

La doctrine de « Avantage en mer » de l'Amérique

La date du 17 décembre 2020 a été un jour très important pour plus d'une raison. Alors que le monde entier regardait la conférence de presse de fin d'année du président Poutine, la marine américaine a dévoilé sa doctrine "Avantage en mer". Cette dernière a attiré l'attention de la RT pour avoir identifié la Russie et la Chine comme les principaux rivaux des Etats-Unis, mais n'a depuis lors pas réussi à générer une réponse significative dans la Communauté Alt-Media. C'est une erreur, car le document est un must pour tous ceux qui veulent mieux comprendre la stratégie navale américaine pour le siècle à venir. Après tout, les tout premiers mots de son avant-propos se lisent de façon inquiétante : "Nos actions au cours de cette décennie vont façonner l'équilibre des forces maritimes pour le reste de ce siècle", soulignant ainsi la signification stratégique suprême de cette doctrine. De nombreux aspects de cette doctrine peuvent et doivent être analysés, mais le plus prometteur d'entre eux concerne peut-être la tentative américaine de double endiguement de la Russie et de la Chine dans l'océan Arctique.

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La concurrence polaire

Le texte ne dit pas grand-chose à ce sujet, mais il est tout à fait clair que cette région deviendra le prochain théâtre de cette stratégie jusqu'ici vouée à l'échec. Les deux grandes puissances multipolaires y ont des intérêts quasi identiques en ce qui concerne l'utilisation de ce que la Russie considère comme la route maritime du Nord et que la Chine considère comme la « route polaire de la soie » comme un raccourci pour faciliter le commerce maritime avec l'Europe. Elles sont également toutes deux très intéressées par les énormes gisements d'hydrocarbures de la région. L'Amérique est donc naturellement obligée d'interférer avec ces deux objectifs afin de retarder le plus longtemps possible la disparition de son hégémonie unipolaire. Elle rend son intention transparente en écrivant ce qui suit dans le texte :

"Nous ne pouvons pas céder notre influence dans des domaines où la concurrence quotidienne se fait jour, y compris dans les eaux régionales américaines et dans l'Arctique. Les décennies à venir apporteront des changements dans la région arctique qui auront un impact significatif sur l'économie mondiale, étant donné l'abondance de ses ressources naturelles et sa situation stratégique. La Chine considère cette région comme un maillon essentiel de son initiative "One Belt One Road". Les nations arctiques rouvrent d'anciennes bases, déplacent des forces et revigorent les exercices régionaux. Ces tendances vont persister dans les décennies à venir. Nous devons continuer à aller de l’avant et à positionner nos forces de manière appropriée".

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Les autres très rares références à la région concernent l'impact géostratégique du recul des glaces océaniques dans cette région, la construction par la Chine de brise-glaces polaires et d'autres navires "à une vitesse alarmante", et les prétendues ambitions de Pékin d'exploiter son initiative "Belt & Road" (BRI) dans le but de "permettre à ses forces d'opérer au plus loin de ses côtes que jamais, y compris dans les régions polaires". Il y a aussi une brève mention de l'acquisition prévue du "Polar Security Cutter" par les garde-côtes, mais ce sont les seules fois où l'Arctique ou les régions polaires sont mentionnés dans la doctrine. Néanmoins, elles sont suffisantes pour prouver qu'il s'agit d'un théâtre émergent de la rivalité entre grandes puissances.

Proposition provocatrice

Ce qui est particulièrement inquiétant dans tout cela, c'est que la doctrine "Avantage en mer" fait une proposition très provocante sur le positionnement naval des Etats-Unis dans le monde, y compris dans l'Arctique, en envisageant son inclusion dans le document. La plus inquiétante concerne l'observation selon laquelle "les activités qui ne sont pas des guerres peuvent avoir des effets stratégiques", qui est utilisée comme base pour affirmer que "le fait de déployer nos forces navales loin en avant - au péril de la vie et dans des environnements contestés - augmente les risques pour les rivaux qui envisagent la voie de l'escalade et empêche la crise de dégénérer en guerre". Cette affirmation est censée contrecarrer de manière préventive la "tentative probable de la Russie et de la Chine de s'emparer d'un territoire avant que les États-Unis et leurs alliés ne puissent mettre en place une réponse efficace, ce qui les mettrait devant le fait accompli", mais elle crée en réalité les conditions d'une guerre nucléaire dans le pire des cas, c'est-à-dire dans le cas où cette manœuvre imprudente conduirait à une guerre nucléaire par erreur de calcul.

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Biden : une politique de la corde raide

Le président élu Biden héritera donc de ce qui pourrait bien être la doctrine militaire la plus dangereuse que les États-Unis aient jamais connue, à savoir celle de mettre délibérément leurs forces navales en danger dans le but supposé d'"empêcher qu'une crise ne dégénère en guerre". En d'autres termes, il cherche à insérer de manière provocante les forces navales américaines au centre d'une crise en espérant que personne n'osera tirer sur elles, sinon elles risqueraient de déclencher une guerre nucléaire. Cette stratégie est extrêmement dangereuse et peut théoriquement se jouer n'importe où dans l'océan, mais son apparition potentielle dans l'Arctique pourrait très facilement impliquer les deux rivaux nucléaires des États-Unis, étant donné que c'est le seul endroit au monde où leurs intérêts se chevauchent de très près, comme cela a été expliqué précédemment. Comme certains pensent que les États-Unis sont déjà très en retard sur ce front, ils pourraient donc recourir à des mesures aussi désespérées dans le but de forcer leurs rivaux à faire des concessions ou de risquer une guerre nucléaire.

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Réflexions finales

La doctrine "Avantage en mer" de la marine américaine n'est pas de bon augure pour la paix mondiale, surtout si l'on considère le fait qu'elle propose une politique de ce que l'on ne peut qualifier que de « bravade nucléaire de facto », en insérant délibérément ses forces au centre d'une crise avec la Russie et/ou avec la Chine dans un but supposé de "désescalade". L'océan Arctique est le point de convergence des intérêts navals des trois parties, ce qui en fait donc le théâtre où cette politique pourrait avoir l'effet le plus déstabilisant. S'il est vrai que les États-Unis pourraient l'employer dans la mer Baltique, la mer Noire ou la mer de Chine méridionale, aucun de ces endroits ne risquerait d'impliquer ses autres rivaux eurasiens, donc de provoquer une véritable crise mondiale, comme si cela se produisait dans l'Arctique. L'Amérique pourrait même donner la priorité à cette question si elle pense que son bluff de guerre nucléaire pourrait conduire à la régulation des forces militaires dans l’Arctique, puisque, là, sur ce théâtre, les Etats-Unis sont si loin derrière la Russie et ont donc le plus à gagner d'une rétro-ingénierie belliciste dans ces eaux glacées.

vendredi, 18 décembre 2020

La Chine est en constante évolution mais reste toujours une

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La Chine est en constante évolution mais reste toujours une

Alejandro Linconao

Ex : https://grupominerva.com.ar

Si nous cherchons à comprendre l'histoire comme le fit Spengler qui la voyait en tant qu'organisme vivant et changeant, nous pouvons comprendre le dynamisme des civilisations, avec leurs périodes de paix et de chaos, un dynamisme d'une logique toujours inattendue. Du point de vue du visionnaire allemand, l'histoire, comme tout ce qui est cosmique, "porte l'empreinte de la périodicité" (Spengler, 1966). Cette périodicité, cette alternance, est clairement perceptible dans la vaste histoire chinoise.

L'histoire de l'homme semble répéter des cycles similaires à ceux de la nature. Une période d'instabilité est suivie d'un changement qui établit une nouvelle stabilité, puis cette même stabilité est renouvelée à son tour. Lorsqu'une forme primitive devient plus complexe, il devient nécessaire d'avoir de nouvelles formes d'organisation qui puissent l’englober. Ainsi, partant de clans isolés, le processus va créer des villages, puis transformer les villages en villes-État, puis enx royaumes et, dans certains cas, il est nécessaire d’établir un empire. L'histoire de la Chine est un bon exemple d’un tel processus.

La longue existence de la Chine en tant qu'unité se reflète dans le fait qu'elle connaît des cycles différents mais similaires. Son groupe humain, bien que diversifié, en est venu à former une identité qui occupera les mêmes coordonnées géographiques pendant des milliers d'années. Le peuple chinois a connu cinq dynasties et de multiples guerres, invasions et révolutions jusqu'à l'arrivée des temps modernes. Les Chinois d'aujourd'hui pourraient bien tourner leur regard et s'identifier aux Chinois d'il y a deux millénaires et même à ceux d'il y a 4000 ans. Ils peuvent remonter à des époques lointaines et trouver des formes, des particularités qui leur sont communes, ils peuvent constater que ceux d'hier et ceux d'aujourd'hui partagent une identité.

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Chine : identité et changement

La Chine a traversé les millénaires en actualisant toujours son visage, il est toujours le même mais différent. Tout au long de son histoire, elle a conservé des caractéristiques identifiantes qui la rendent unique. Divers groupes ethniques ont développé des axes qui ont commencé à dominer les différences linguistiques et ethniques.

La dynastie des Zhou (1046 av. J.-C. - 256 av. J.-C.) est la plus ancienne des dynasties mentionnées dans la littérature chinoise. Parmi les œuvres littéraires de cette époque figure le célèbre I Ching.  Dans cette longue période, Confucius émerge avec sa doctrine morale qui coexiste avec des conceptions plus anciennes et est liée à des pratiques magiques. Ces croyances moyennement uniformes ont été fusionnées sous le nom de taoïsme. La Chine, dans des mouvements pendulaires, se concentrera davantage sur l'une ou l'autre école, mais il ne fait aucun doute que les deux constituent partiellement le noyau de « l'être chinois ». La dynastie des Zhou, au sein de laquelle ces doctrines ont pris une forme achevée, a été la dernière avant l'arrivée des empires. Durant cette dynastie, une façon de penser les relations humaines et le pouvoir a été cultivée. Cet intérêt pour la bonne gouvernance et la conscience sociale déterminera un lien fort entre l'intelligentsia et la classe dirigeante qui prendra une importance particulière dans la prochaine dynastie (Pletcher, 2010).

Sous la dynastie Zhou, les gouvernements féodaux tomberont et l'empire chinois naîtra avec la dynastie Qin. Au temps de l'empereur Qin Shi Huang (247 av. J.-C. - 221 av. J.-C.), les différentes cultures locales ont commencé à s'unir en une civilisation commune, la Chine a ainsi acquis son visage définitif. Ainsi, un autre élément essentiel de l'identité chinoise verra le jour : l'empereur, quelqu'un qui détient un pouvoir absolu. Sa figure est l'emblème de l'unité du pays.

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La bureaucratie, autre élément caractéristique de l'État chinois, naîtra également à cette époque. On cherchait un système administratif stable qui établisse une bureaucratie centralisée. Pour avoir accès à la bureaucratie, il fallait passer des examens pour prouver la connaissance des classiques confucéens. Après deux millénaires, le système d'examen de la fonction publique chinoise a été aboli en 1905 par la dynastie Qing dans une tentative maladroite de modernisation. Le système lui-même a finalement été démantelé avec l'avènement de la révolution communiste (Pletcher, 2010).

L'échec de la rupture provoquée par la modernité

La figure de Mao a été un séisme dans l'histoire chinoise, mais même ses apparentes nouveautés ont répété l'histoire de ce pays ancien. C'était un révolutionnaire, oui, mais avec une grande empreinte chinoise.

Le communisme avec Mao a changé les institutions et a cherché, inutilement, à détruire leur milieu culturel. Cependant, les anciennes institutions, telles que les clans familiaux, ainsi que la pensée, les pratiques et les croyances populaires resteront latentes dans le cœur des gens.

Le gouvernement communiste maintiendra et même renforcera la bureaucratie, bien qu'elle soit dissociée de sa tradition. De même, le gouvernement communiste égalitaire établirait Mao comme le chef suprême et inattaquable, ce qui, sans le dire, fit de lui l’équivalent d’un empereur. Il revenait une fois de plus à l'une des coordonnées de l'idiosyncrasie chinoise.

La présence de l'absolutisme est une figure commune dans l'histoire chinoise. Sous la dynastie Ming, en 1380, la fonction de Premier ministre a été abolie, l'empereur exerçant directement le pouvoir. Toutes les décisions importantes sont venues directement de lui. Les classes moyennes sont devenues les véhicules des désirs impériaux. Au niveau communautaire, les villages étaient organisés de façon autonome et régis par la morale confucéenne plutôt que par le droit civil. Les communautés fonctionnaient indépendamment du pouvoir central, même le premier empereur Ming a opposé son veto à l'entrée des fonctionnaires dans les zones rurales (Huang, 1998). Le système politique atomisé a compensé leur manque de force par des appels moraux et des punitions brutales. Le pouvoir impérial et ses décisions ont été renforcés, bien que les communautés aient conservé leurs propres particularités.

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La révolution culturelle chinoise sanglante (1966-1976), qui a persécuté les traditions millénaires, n'était pas quelque chose de nouveau. L'histoire de la Chine enregistre de nombreuses persécutions comme celles qui ont privilégié les taoïstes contre les bouddhistes et les néo-confucéens. À bien des égards, la pensée de Mao a un prédécesseur dans la rébellion de Hong Xiuquan. Le Hong messianique s'opposerait à la fois à l'influence étrangère et aux traditions chinoises et, après de violentes luttes, deviendra empereur. Cependant, il ne peut échapper à son histoire et inscrit des idées dans la tradition confucéenne (Pletcher, 2010). Le régime des rebelles de Hong, un siècle avant celui de Mao, a dicté des mesures révolutionnaires et radicales parmi lesquelles la collectivisation de la propriété foncière. Cependant, ces idées collectivistes, ainsi que les idées confucéennes qu'il détenait, remontent à deux mille ans.

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L'idée d'une organisation communautaire forte remonte au moins au savant Mancio ou Mencius (370 av. J.-C. - 289 av. J.-C.) et à d'autres écrivains de la fin de la période Chou et du début de la période Han. Ils décrivent un système idéal dont on peut supposer qu'il s'inspire du I Ching. Le système appelé Ching t'ien (Bodde, 2008) impliquait la division des terres en une grille de neuf secteurs distribués à huit familles. Chaque famille occupe un secteur, laissant le neuvième pour la culture communale, par laquelle elle rend hommage au seigneur du lieu (Legge, 1875). Les paysans ont dû privilégier le travail du secteur commun avant celui de leur propre secteur. Cette image commune est restée ancrée dans certaines connotations idylliques en Chine et on peut supposer que ces récits ont encouragé les aspirations socialistes.

Le "Grand Bond en avant" proposé par Mao, qui visait à industrialiser le pays, n'était pas non plus sans précédent. Des mesures similaires avaient déjà été prises, par exemple, sous la dynastie Song (960-1279) avec l'industrie sidérurgique, il y a mille ans.

La répétition historique dans l’orbite du géant asiatique est une évidence historique. C'est un signe de renouvellement dans ce qui est similaire, sa forte identité le fait se renouveler, changer mais à sa manière.

Sa forte identité l'amène à se concevoir comme le centre du monde. Depuis la dynastie des Zhou, ce que nous, Occidentaux, désignons comme la Chine s'appelle Zhōngguó, le pays du centre. Cette pensée a animé sans doute l'histoire du pays pendant des millénaires, apportant parfois sa propre inertie.

L'arrivée du communisme a été un événement perturbateur mais, en même temps, la répétition de constantes historiques. L'intervention de Mao dans l’histoire chinoise a été l'une de ces tempêtes qui balaient cycliquement la Chine et les nations en général. Cependant, elle ressemblait à une tempête dévastatrice qui frappe des régions entière et fait apparaître les anciennes fondations sur lesquelles l’histoire et la vie du peuple se sont déroulées.

Bien que les conséquences de la désastreuse Révolution culturelle ne soient pas encore guéries, la sève de la Chine coule toujours dans son corps ancien. Aujourd'hui, les pratiques d'inspiration taoïste se mêlent à la pensée confucéenne ; la médecine traditionnelle à la science occidentale, les rituels sont maintenus et récupérés tout en s'adaptant au contexte mondial. La Chine allie la tradition à une modernité qui ne parvient pas à étouffer ses valeurs consubstantielles. Le géant restera debout tant qu'il conservera ses coordonnées fondatrices, les mâts de son existence, son ancienne identité.

L'histoire chinoise est un exemple particulier de cycles historiques qui ne sont autres que des cycles humains. L'histoire humaine est imprévisible et changeante, cette imprévisibilité et ces changements relevant du particulier, mais elle prend une forme cyclique, ce qui est une règle générale. Comme le mythique Zhang Guo Lao chevauchant son âne à l'envers, lorsque nous avançons, nous le faisons en regardant en arrière.

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Références :

Bodde, D. (1986) The State and Empire of Chin in Fairbank, J. K., & Twitchett, D. C. (Eds.). The Cambridge History of China: Volume I, The Ch’in and Han Empires, 221 B.C.-A.D. 220. Cambridge University Press.

Huang, R. (1998) The Ming Fiscal Administration in The Cambridge History of China. Volume 8. The Ming Dynasty, 1368 – 1644, Part 2. Cambridge University Press.

Legge, J. (1875) The Chinese Classics: Vol. 2. The Life and words of Mencius.

London: Trübner & CO. & Ludgate Hill

Pletcher, K. (Ed.). (2010). The history of China. Britannica Educational Publishing.

Spengler, O. (1966) La decadencia de Occidente, Tomo II, trad. Morente, M. G.. Madrid: Espasa-Calpe, S.A.

 

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dimanche, 06 décembre 2020

Le déclin des Etats-Unis et l’Axe islamo-confucéen

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Le déclin des Etats-Unis et l’Axe islamo-confucéen

Par Daniele Perra

Ex: https://www.eurasie-rivista.com

Parler ouvertement du déclin impérial des États-Unis d'Amérique, surtout lorsque les prétendus "accords d'Abraham" sont signés et que l'Union européenne publie une résolution condamnant le prétendu empoisonnement de l'opposant russe Alexei Navalny, qui bloque en fait les travaux pour le Nord Stream 2 (réalisant ainsi le rêve de Washington)[1], est une opération compliquée qui risque de générer plusieurs malentendus.

S'il est vrai que les États-Unis sont inévitablement confrontés à une période de crise et de déclin, il est tout aussi vrai que leur hégémonie mondiale (ce qui, en termes géopolitiques, pourrait être défini comme un "moment unipolaire") est encore loin d'être terminée.

Cependant, et malgré les apparences, il y a des signes évidents de ce déclin, tant au niveau interne qu'externe. Un énorme volume de fiction et de propagande a été produit autour de l'élection de Donald J. Trump en 2016. Une propagande dont même les personnages insoupçonnés (ou presque) qui, jusqu'à récemment, désignaient les États-Unis comme le principal ennemi, n'étaient pas à l'abri.

La victoire de Donald J. Trump a en effet été présentée comme la victoire d'un candidat anti-système et d'une forme nord-américaine de "populisme", même si elle a été déclinée en termes totalement postmodernes. Aujourd'hui, bien que la campagne présidentielle actuelle suive plus ou moins les mêmes pistes, on peut dire, en connaissance de cause, que Donald J. Trump, loin de remporter les élections de 2016 grâce à ses impulsions populistes et anti-systémiques, les a remportées principalement parce qu'il a dépensé deux fois plus que son adversaire pour la campagne [2]. Ce qui a été présenté comme une lutte entre le bien et le mal (l'affrontement entre le président anti-système et l'État dit "profond"), n'est rien d'autre qu'un affrontement entre différentes stratégies et appareils, ce qui n’est pas du tout étranger à l'histoire des États-Unis. Et on peut dire (toujours en connaissance de cause) que l'émergence de forces perturbatrices internes est historiquement synonyme de crise et de déclin pour une "entité impériale". Plutôt qu'une force révolutionnaire (comme la propagande l'a dépeint), le trumpisme est simplement la dernière tentative pour sauver la mondialisation américaine et, avec elle, une hégémonie mondiale de plus en plus déclinante.

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Notre analyse portera principalement sur les facteurs externes qui sont à l'origine de ce déclin. Et à cet égard, plusieurs facteurs doivent être pris en compte. Tout d'abord, nous devons garder à l'esprit que la crise pandémique a inévitablement accéléré toute une série de processus géopolitiques qui, selon toute probabilité, auraient pris plusieurs mois, voire des années, pour émerger. Dans d'autres analyses publiées dans Eurasia, il a été fait référence, par exemple, aux accords de cessez-le-feu commercial entre la Chine et les États-Unis qui, seulement en janvier de cette année 2020, ont été présentés par les officines de propagande américaines comme une grande victoire de la diplomatie de Washington. Mais quelques mois plus tard, on parlait déjà à nouveau de "guerre froide" et de "bipolarisme".

En fait, les accusations continues et répétées contre la Chine pour la propagation (et souvent même la fabrication)[3] du virus ont incité Pékin à modifier sa stratégie à l'égard de sa puissance rivale en déclin : les Chinois sont passés d'une stratégie d'accompagnement du déclin à une stratégie nettement plus agressive.

L'accord de coopération entre l'Iran et la Chine, paraphé en juillet, est étroitement lié à ce changement de stratégie. Les fondements de cet accord remontent à la visite de Xi Jinping à Téhéran en 2016. À cette occasion, les deux pays ont produit un communiqué commun sur 20 points qui révèle des passages d'un intérêt tout particulier. Le point 5, par exemple, stipule : "Les deux parties se soutiennent fortement l'une l'autre en ce qui concerne les questions relatives à leurs intérêts fondamentaux tels que l'indépendance, la souveraineté nationale et l'intégrité territoriale. La partie iranienne poursuit son engagement ferme en faveur de la politique de la Chine unique. La partie chinoise soutient le "Plan de développement" de la partie iranienne ainsi que le renforcement du rôle de l'Iran dans les affaires régionales et internationales"[4].

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Le point 7 dit : "L'Iran se félicite de l'initiative de la Chine concernant la "ceinture économique de la route de la soie et la route maritime de la soie du XXIe siècle". En s'appuyant sur leurs forces et avantages respectifs ainsi que sur les possibilités offertes par la signature de documents tels que le "protocole d'accord sur la promotion conjointe de la ceinture économique de la route de la soie et de la route maritime de la soie du XXIe siècle" et le "protocole d'accord sur le renforcement des capacités industrielles et minérales et des investissements", les deux parties développeront la coopération et les investissements mutuels dans divers domaines, notamment les transports, les chemins de fer, les ports, l'énergie, l'industrie, le commerce et les services"[5].

Il est tout à fait clair que la coopération stratégique fondée sur ces hypothèses peut être perçue comme une menace directe par les États-Unis. Le pacte, qui durera 25 ans, redonne en effet de la vigueur au projet de la nouvelle route de la soie et redonne à l'Iran un rôle central dans le processus d'intégration eurasienne. En outre, elle surmonte le régime de sanctions nord-américain connu sous le nom de stratégie de "pression maximale", transformant la République islamique en un carrefour de première importance pour le commerce eurasien (l'Iran est au carrefour des directions Nord-Sud et Ouest-Est du continent) exactement comme dans l'Antiquité, lorsque la langue parlée le long de la route de la soie était le persan.

Comme l'a déclaré Ali Aqa Mohammadi (conseiller du Guide suprême Ali Khamenei) : "Ce document bouleverse le régime des sanctions et contrecarre de nombreux plans américains pour la région [...] La coordination entre la Chine et l'Iran peut faire sortir la région de l’emprise des États-Unis et briser leur réseau régional.

La coopération stratégique entre les deux pays est non seulement axée sur les investissements dans le secteur de l'énergie ou dans les infrastructures [7], mais aussi dans le secteur militaire. Le premier résultat (et aussi le plus inquiétant pour les États-Unis) des accords sino-iraniens a été le refus par le Conseil de sécurité des Nations unies de la demande nord-américaine de prolongation de l'embargo sur la vente d'armes à la République islamique, qui a expiré en octobre 2020. En fait, à partir d'octobre, la Chine commencera à fournir à Téhéran divers systèmes et armements de nouvelle génération.

Il est bien connu que la Chine et la Corée du Nord ont développé des liens militaires étroits avec l'Iran depuis le début des années 1980. Pékin, par exemple, a fourni un grand nombre de missiles balistiques à la République islamique nouvellement formée pendant la guerre contre l'Irak pour contrebalancer les plates-formes de lancement Scud B de fabrication soviétique fournies à l'armée de Saddam Hussein. La Chine a également joué un rôle fondamental en aidant Téhéran à développer son secteur militaire, à tel point que les plates-formes de missiles iraniennes actuelles sont basées sur des technologies chinoises[8].

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Par conséquent, grâce à cet accord de coopération, l'économie et le secteur militaire de Téhéran seront sérieusement renforcés. Dans le même temps, la Chine pourra bénéficier non seulement d'un approvisionnement stable (et de prix réduits) en hydrocarbures, mais aussi d'une entrée effective sur un vaste marché pour ses produits technologiques.

Mais ce ne sont pas les seules raisons pour lesquelles l'axe Pékin-Téhéran est considéré comme une menace sérieuse pour les États-Unis. Il y a d'autres facteurs à prendre en compte.

Tout d'abord, il est important de souligner, une fois de plus (si besoin est), que les États-Unis n'ont plus la force de faire face à un conflit militaire direct de grande envergure avec une puissance rivale.

L'Iran et la Chine ont tous deux montré qu'ils étaient "prêts" à affronter directement les États-Unis, si nécessaire. En comparaison, cette volonté (et cette disponibilité) s'est transformée en une sorte de dissuasion stratégique. Une guerre contre l'Iran (ou une attaque directe sur son propre territoire - la "ligne rouge" établie par le Corps des gardiens de la révolution) n'a jamais été réellement déclarée, car le Pentagone lui-même est conscient qu'elle coûterait de l'argent, causerait de graves dommages aux intérêts nord-américains dans la région, des vies humaines et une crise énergétique mondiale aux effets imprévisibles.

Une fois de plus, la Chine et l'Iran ont montré qu'ils ne veulent pas du tout la guerre, mais qu'ils sont prêts à la mener. Et tous deux savent parfaitement qu'en cas de conflit direct avec l'un des alliés régionaux des Etats-Unis (au Moyen-Orient ou dans la zone indo-pacifique), tout "l'Occident" et son opinion publique prendront inévitablement parti contre eux. C'est pourquoi un tel conflit a besoin non seulement d'une valeur stratégique mais aussi d'une valeur "morale". À cet égard, comme l'a souligné l'analyste Hu Xijin, les dirigeants de l'Armée populaire de libération ont établi qu'un éventuel conflit entre la Chine et un pays voisin avec lequel Pékin a des différends territoriaux doit respecter des exigences spécifiques : a) la Chine ne doit en aucun cas tirer le premier coup de feu ; b) la Chine doit montrer à la communauté internationale que tous les efforts ont été faits pour éviter le conflit ; c) la Chine ne doit jamais se permettre d'être impliquée de manière impulsive dans une confrontation militaire directe.

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En outre, un récent rapport du Pentagone a montré la menace que représente pour les États-Unis le renforcement militaire continu de la Chine[9].

L'un des objectifs de Pékin est de doubler ses capacités nucléaires d'ici 2030. De plus, la Chine possède plus de 12.000 missiles balistiques d'une portée comprise entre 500 et 5.000 km : elle a donc la capacité de frapper les intérêts américains dans le Pacifique occidental. Mais ce qui préoccupe vraiment le Pentagone, ce sont les capacités conventionnelles de l'Armée Populaire de Libération. Celle-ci possède en effet les forces navales et terrestres les plus nombreuses au monde : une armée dynamique et moderne capable de surmonter rapidement des conflits maritimes limités et, par conséquent, de défier la domination thalassocratique nord-américaine.

Il est tout aussi important de comprendre comment les États-Unis réagissent à la menace posée par la croissance des puissances eurasiennes et par leur coordination. En ce sens, outre les opérations classiques de sabotage le long de la nouvelle route de la soie, il faut se concentrer sur la signature des récents "accords d'Abraham" entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn (mais avec la possibilité de les étendre à d'autres monarchies arabes).

Il convient de souligner tout d'abord qu'il ne s'agit pas d'un simple coup de pouce électoral pour la campagne présidentielle de Donald J. Trump, ni d'une simple "justification" pour vendre des technologies militaires sophistiquées aux monarchies du Golfe aux dépens de la Chine. Si l'on oublie que de tels accords, signés par des entités financières (avant d’être politiques) qui, en réalité, n’ont jamais été en guerre contre Israël mais qui coopèrent souvent et volontairement avec lui à plusieurs niveaux, représentent la victoire du profit sur tout le reste (sur l'Homme avec un "H" majuscule, sur tout ce qui, malgré les efforts de l'"Occident", continue à maintenir en vigueur des valeurs sacrées, celles de la religion et celles des idées), ce qui est le plus intéressant ici est la portée géopolitique de l'opération de Trump.

Elle ouvre les marchés arabes à Israël et, grâce au projet de Corridor Trans-Arabe (étudié en opposition directe avec les corridors économiques de la Nouvelle Route de la Soie)[10], ouvre les portes de l'Océan Indien à l'entité sioniste. Ainsi, dans un sens plus large, les accords d'Abraham cherchent à saper (ou à limiter) le processus d'intégration eurasienne. Comme l'a laissé entendre le secrétaire d'État américain Mike Pompeo lui-même, plus pragmatique et moins enclin à la rhétorique pseudo-pacifiste de la propagande trumpiste, l'axe Israël/Monarchies du Golfe est fonctionnel pour la défense des intérêts américains dans la région et permet une plus grande concentration des forces dans la zone indo-pacifique.

Ces accords doivent donc être compris non seulement en termes anti-iraniens ou anti-turcs, comme une grande partie des analyses géopolitiques ont tenté de le démontrer, mais aussi anti-pakistanais et anti-chinois. Le Pakistan, par exemple, étant le seul État musulman à posséder un arsenal nucléaire, est naturellement dans la ligne de mire des sionistes. Aujourd'hui plus que jamais, après avoir pris acte de la tentative de limiter l'influence wahhabite en son sein [11] par les dirigeants politiques actuels, sa dénucléarisation figure parmi les objectifs premiers du sionisme.

Cependant, les "accords d'Abraham" ont également jeté les bases d'une autre menace pour la stratégie régionale sioniste et nord-américaine : le rapprochement et la revitalisation d'un lien entre l'Iran et la Turquie qui surmonte également le contraste entre les deux pays sur le champ de bataille syrien.

Le 8 septembre, la sixième réunion de haut niveau du Conseil de coopération entre Téhéran et Ankara a débuté. L'objectif de cette coopération, qui est bloquée depuis plusieurs années précisément à cause du conflit syrien, est de renforcer les relations entre la Turquie et l'Iran dans les domaines commercial et sécuritaire. En fait, les deux États ont également lancé récemment plusieurs opérations militaires conjointes dans le nord de l'Irak contre des groupes terroristes kurdes.

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Ce renforcement des relations, outre qu'il permet de mettre un terme aux interprétations sectaires (d'origine principalement occidentale) des conflits du Moyen-Orient, est également utile pour reconstruire le dialogue entre les forces de résistance au régime sioniste en Palestine : le Hamas (aujourd'hui, lié à la Turquie et au Qatar) et le Hezbollah (Parti et mouvement de résistance d'inspiration khomeyniste). Lors des réunions au sommet tenues à Beyrouth, les dirigeants politiques des deux mouvements, ayant surmonté les divisions générées par le conflit syrien, sont arrivés à la conclusion que le Hamas et le Hezbollah sont sur la même ligne dans l'opposition et la lutte contre Israël [12]. Sans considérer le fait qu'amener le Hamas au même niveau de capacité militaire que le Hezbollah, en plus de représenter une certaine menace, constituerait une fois de plus un élément de dissuasion contre de nouvelles opérations sionistes potentielles dans la bande de Gaza [13].

En février dernier, lors d'une conférence donnée à l'Institut d'études stratégiques d'Islamabad, l'ambassadeur iranien au Pakistan Seyyed Mohammad Ali Hosseini a suggéré l'idée de créer une alliance entre cinq pays (Turquie, Iran, Pakistan, Chine et Russie) pour favoriser la coopération eurasienne et résoudre pacifiquement tout différend régional.

La formation d'une telle alliance permettrait en outre de créer une forme de ceinture de sécurité capable de protéger l'Asie centrale (le "cœur du monde") des actions de sabotage, de déstabilisation et d'endiguement de tout développement, menées par l'Amérique du Nord.

Les premiers signes dans cette direction proviennent des exercices militaires "Caucase 2020" qui se dérouleront dans la région du Caucase entre le 21 et le 26 septembre et qui, axés sur les tactiques de défense et d'encerclement, impliqueront des unités militaires de Chine, de Russie, du Pakistan, d'Iran, d'Arménie, de Biélorussie et du Myanmar.

Il y a lieu d’être absolument convaincu que la création d'un axe islamo-confucéen (ou islamo-confuciano-orthodoxe)[14] pourrait représenter l’accélérateur du déclin de l'hégémonie américaine et de la faillite de toutes les stratégies visant à empêcher la naissance d'un ordre mondial multipolaire. L'espoir doit aussi se faire jour, d'ailleurs, de voir advenir le réveil des civilisations anciennes et combatives de l'Eurasie afin d’aider l'Europe à surmonter ce qui semble être une condition irréversible d'assujettissement culturel et géopolitique.

NOTES:

[1] Voir European Parliament Resolution on the situation in Russia: the poisoning of Alexei Navalny, www.europal.europa.eu.

[2] Fait qui montre bien comment fonctionne la « démocratie américaine » dont on vante tant le modèle. Voir à ce propos : Jean-Michel Paul, The economics of discontent. From failing elites to the rise of populism, Bruxelles 2018.

[3] Et, last but not least, la « recherche scientifique », menée par la Rule of Law Society et par la Rule of Law Foundation de Steve Bannon et Guo Wengui, qui prétendent démontrer l’origine du virus dans le laboratoire de Wuhan.

[4]Full text of Joint Statement on Comprehensive Strategic Partnership between I.R. Iran, P.R. China, www.president.ir.

[5]Ibidem.

[6]Iran-China deal to ditch dollar, bypass US sanctions: Leader’s Advisor, www.presstv.com.

[7] Cet accord de coopération prévoit plus de 400 milliards d’investissement. Une autre somme de 220 milliards sera versée au profit du secteur des infrastructures, visant le développement des liens ferroviaires (trains à grande vitesse) tant à l’intérieur de l’Iran que pour relier ce pays au reste de l’Eurasie : de la Chine à l’Asie centrale et, de là, à la Turquie et à l’Europe.

[8]China’s key role in facilitating Iran’s military modernization and nuclear program, implications for future relations, www.militarywatchmagazine.com.

[9]H. Xijin, China must be militarily and morally ready for a potential war, www.globaltimes.cn.

[10]Selon le mode particulier qu’implique le Corridor CPEC (China Pakistan Economic Corridor) ; il y a la possibilité que celui-ci soit prolongé pour relier directement le port de Gadwar au Pakistan à celui de Shabahar en Iran. Les deux ports seraient ainsi reliés entre eux et renforcés par une liaison ferroviaire qui, à son tour, favoriserait un développement économique régional de grande ampleur.

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[11] Récemment, il y a eu des manifestations anti-chiites à Karachi au Pakistan (ce qui met en exergue l’influence profonde du wahhabisme saoudien sur une bonne part de la population pakistanaise). Ces désordres montrent clairement quelles sont les motivations géopolitiques à l’œuvre dans cette région du monde. Déchaîner à nouveau la violence au Pakistan, pour le déséquilibrer de l’intérieur, s’avère utile pour retarder le mise en œuvre définitive du CPEC et pour discréditer le rapprochement lent mais continue du gouvernement d’Imran Khan avec les puissances d’Eurasie :la Russie et la Chine en premier lieu.  

[12]Hamas-Hezbollah talks and Iran-Turkey cooperation come at crucial time, www.middleeastmonitor.com.

[13] Les bombardements ont lieu tous les jours sur la Bande de Gaza, dans le silence assourdissant des médias occidentaux, silence qui a pour objectif de faire ignorer ces faits.

[14]Dans ce cas précis, on ne peut parler en termes « huntingtoniens », soit en terme de choc des civilisations, vu que l’Occident n’est pas une civilisation mais une construction idéologique utile pour garantir la domination américaine sur les espaces géographiques, soumis « géopolitiquement » à Washington.

vendredi, 20 novembre 2020

De l’Occident vers l’Orient, « le centre géoéconomique de la planète se déplace »

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De l’Occident vers l’Orient, « le centre géoéconomique de la planète se déplace »

 
Un an après le premier cas recensé de coronavirus, la pandémie a tué plus d’1,3 million de personnes. Un imprévu de l'histoire qui a provisoirement interrompu la mondialisation et masqué une tendance géopolitique cruciale. En effet, seule la Chine atteindra en 2020 une croissance positive parmi les pays du G20. Pékin qui est devenue une puissance de premier plan, est désormais capable de rivaliser avec les Etats-Unis. La Chine est-elle alors la grande gagnante de l’année? Sputnik a interrogé Thomas Flichy de la Neuville, géopoliticien et auteur du livre «2020, une année géopolitique au prisme de l’histoire» aux Editions Bios.
 
 
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vendredi, 06 novembre 2020

Le rapprochement sino-iranien: nouveau champ d’action de la guerre économique

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Le rapprochement sino-iranien: nouveau champ d’action de la guerre économique

par Nathan Crouzevialle

Ex: https://infoguerre.fr

Mai 2018, Donald Trump décide de se retirer unilatéralement des accords sur le nucléaire iranien, imposant par la suite de nouvelles sanctions contre l’Etat perse, et cela malgré l’opposition des Etats européens. Forte de cette stratégie, c’est la Chine qui apparaît ici comme axe de repli pour la République Islamique.

Conséquence des relations irano-américaines, la République islamique se tourne vers la Chine

L’Empire du milieu n’a pas attendu plus tard que cet été pour montrer sa volonté de signer un accord historique[i] « Lion-Dragon » prévoyant des investissements de 400 milliards de dollars sur 25 ans. 280 milliards de dollars d’investissement destinés aux industries pétrolières et gazières et 120 milliards pour les transports et la technologie sont les termes de l’accord, contre quoi l’Iran s’engage à vendre à l’état chinois des barils de pétrole à bas prix.

C’est donc l’Iran qui apparaît comme nouveau terrain d’affrontement, où deux camps s’opposent. D’un côté, un bloc composé des Etats-Unis en figure de proue accompagnés par des pays européens que sont la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. De l’autre côté, l’Iran, la République Populaire de Chine et dans une certaine mesure la Russie. Si cette division bipartite peut sembler quelque peu simpliste, il n’en reste que chacun des acteurs placent ses pions enfin d’empêcher une avancée adverse.

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Victime de l’extraterritorialité du droit américain, le pays est victime d’un manque crucial de capitaux étrangers, pourtant indispensables à son développement. Et alors que le taux d’inflation et de chômage ont atteint des niveaux records en Iran, c’est sur fond d’ennemi commun que naît une union bilatérale[ii] au goût d’ambition mondiale pour le parti communiste chinois et régionale pour la république Islamique. C’est sur une région historiquement « maîtrisée » par les Etats-Unis que la Chine démontre sa capacité à défier l’état américain.

L’Iran : pièce de l’échiquier de la Belt and Road Initiative

Belt and Road Initiative ou les nouvelles routes de la soie en français, voilà ce qui dicte le jeu chinois. Matérialisation concrète d’une forme d‘impérialisme chinois, le pays ne cesse d’étendre son influence géopolitique via des infrastructures et des accords commerciaux ambitieux. L’Iran apparaît comme pierre angulaire du projet. Il est important de noter que l’Iran est le troisième exportateur de pétrole pour la Chine mais que c’est également plus de 60% du pétrole qui est à destination du marché asiatique qui transite par le détroit d’Ormuz. On comprend dès lors que la Chine n’a aucun intérêt à laisser se dépérir le pays bien au contraire.

Le développement promis des infrastructures de transport comme le port de Chahbahar – qui est exclu des sanctions américaines – ou celle d’un train qui reliera directement Urumqi dans le Xinjiang à Téhéran en passant par les quatre pays d’Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan et Turkménistan), fait de toute évidence sens pour l’Iran[iii]. Dans la même lignée, la Chine qui est désormais capable de produire des centrales nucléaires compte bien également équiper ce pays avec ces technologies.

De plus, cet accord permettrait un renforcement dur approchement militaire des deux Etats. En effet, pour la première fois en décembre 2019, la Chine, l’Iran et la Russie ont mené des manœuvres communes dans l’Océan Indien et le Golfe d’Oman afin « d’assurer la sécurité internationale du commerce » selon les communiqués officiels. En réalité derrière cette démonstration de force, la Chine veut être impliquée dans de nouvelles zones d’opérations pour assurer son influence pour assurer la bonne tenue de son modèle commercial[iv].

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La communication officielle ne doit pas masquer la réalité[v], il apparait évident que cette union de circonstances permet à la Chine de s’assurer une présence militaire dans des zones d’influence stratégiques primordiales, telles que le détroit de Malacca et le détroit d’Ormuz. La Chine est désormais très présente dans la zone de l’océan indien ou son influence se fait de plus en plus pesante pour les différents acteurs. L’empire milieu a notamment pour projet la construction d’une deuxième base militaire à côté du port pakistanais de Gwadar après celle construite à Djibouti. Cette présence militaire inédite renverse le prisme américain jusqu’à alors dominant dans la région et se place comme un acteur majeur dans la région. C’est sans oublier, que l’embargo de l’ONU sur la vente d’armes à l’Iran prendra fin le 18 octobre, et s’il n’a pas été reconduit le pays perse pourrait s’avérer être un nouveau marché de taille pour Pékin.

Les enjeux monétaires

La Chine installe en réalité un « pont » virtuel mettant hors-jeu les Etats-Unis, profitant de la politique agressive menée par le président américain à l’encontre de l’Etat iranien. Le pétrole exporté sera payé par des échanges de biens, de services et de technologies mais également via la nouvelle monnaie électronique chinoise « l’e-RMB ». Cette toute nouvelle monnaie numérique permet en réalité à l’Iran et à la Chine de contourner sans problème toute sanction imposée par les États-Unis – évitant toute liaison avec le cours du dollar également. De plus, elle permettra à Pékin de faire prévaloir une autre monnaie que le dollar devenant de la sorte une réelle alternative aux billets verts américains.

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Au terme de cette démonstration, Il apparaît que l’Iran se confirme comme un point stratégique majeur pour la Chine. Cela d’une part pour la sécurisation de ces sites maritimes et terrestres, mais également via une sécurisation énergétique indispensable pour l’Etat asiatique. Cette situation pourrait aboutir très probablement à une certaine dépendance économique pour l’Iran vis-à-vis de la Chine mais elle amène également une contradiction forte au sein de la république islamique. Cette dernière proclame vouloir exporter la révolution et protéger les musulmans dès lors il est intéressant de constater son silence sur le traitement réservé aux Ouïghours. Ce silence en dit long sur les besoins en financement de l’économie iranienne.

Il semblerait donc que le rapport de force sino-américain ait trouvé un nouveau terrain de jeu, l’Etat iranien pris entre les deux hégémons doit faire un choix cornélien. Cette grille de lecture sous le prisme de la guerre économique nous permet de mieux comprendre les enjeux derrière cet accord titanesque. La Chine comme à son habitude joue une partie de Go en plaçant ses pions dans la région pour encercler des zones d’influence. Sa relation avec l’Iran n’est pas sans arrière-pensée[vi]

Nathan Crouzevialle.

Notes

[i] https://www.courrierinternational.com/article/geopolitique-teheran-et-pekin-main-dans-la-main

[ii] https://www.cairn.info/revue-outre-terre1-2011-2-page-519.htm

[iii] https://lecridespeuples.fr/2020/07/16/les-sanctions-americaines-poussent-la-chine-et-liran-vers-un-partenariat-strategique/

[iv] https://www.revueconflits.com/iran-chine-russie-allies-de-circonstance-michel-nazet/

[v] https://www.lesclesdumoyenorient.com/Entretien-avec-Thierry-Kellner-sur-les-relations-entre-la-Chine-et-l-Iran-les.html

[vi] https://www.youtube.com/watch?v=bo5dzWD1tpM&t=754s

vendredi, 30 octobre 2020

L’échec spectaculaire de la campagne anti chinoise occidentale

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L’échec spectaculaire de la campagne anti chinoise occidentale

Par Joseph Thomas

Source New Eastern Outlook

Alors même que l’AFP tente de dépeindre une récente réunion des Nations Unies comme une prise de position historique contre ce qu’elle prétend être des violations des droits de l’homme par la Chine dans sa région du Xinjiang, ce même article souligne l’ampleur de l’échec et la diminution de l’influence occidentale en général.

Le titre de l’AFP est le suivant : « Près de 40 nations exigent de la Chine qu’elle respecte les droits des Ouïgours », et note que parmi ces « presque 40 nations″ se trouvent les États-Unis, la plupart des États membres de l’UE, l’Australie ainsi que le Japon et une poignée d’autres États clients occidentaux.

Voila ce que dit l’AFP :

Les États-Unis, le Japon et de nombreux pays de l'UE se sont joints 
mardi à un appel exhortant la Chine à respecter les droits de l'homme
de la minorité ouïgour, exprimant également leur inquiétude quant
à la situation à Hong Kong. "Nous demandons à la Chine de respecter les droits de l'homme, en
particulier les droits des personnes appartenant à des minorités
religieuses et ethniques, notamment au Xinjiang et au Tibet"
, a

déclaré l'ambassadeur allemand auprès des Nations unies, Christoph
Heusgen, qui a dirigé l'initiative lors d'une réunion sur les droits
de l'homme.

L’initiative, signée par 39 nations, a été contrée par une autre présentée par le Pakistan et signée par 55 nations, ainsi que par une autre présentée par Cuba et signée par 45 nations. Ce nombre de signatures est très éloquents à l’égard de la puissance décroissante de Washington et de son ordre international.

Malgré la campagne de propagande anti-chinoise menée par l’Occident et axée sur les abus présumés de la minorité ouïgour du Xinjiang, région à prédominance musulmane, pas une seule nation à majorité musulmane n’a soutenu l’initiative occidentale à l’ONU. En fait, de nombreuses nations à majorité musulmane sont venues à l’aide de la Chine. Il s’agit du Pakistan lui-même, de l’Iran et de la Syrie, mais aussi de l’Irak occupé par les États-Unis et même du Koweït, du Qatar, des Émirats arabes unis et de l’Arabie saoudite. Même les nations ayant des conflits territoriaux avec la Chine dans la mer de Chine méridionale et un passé de tensions, notamment le Vietnam et les Philippines, ont soutenu Pékin.

L’Inde, bien que membre du projet anti-chinois « Quad » de Washington, s’est abstenue de signer l’une ou l’autre déclaration, comme un grand nombre d’autres nations clés qui tentent doucement de se réorienter à mesure que le pouvoir mondial se déplace de l’Ouest vers l’Est. Cela inclut la Turquie, membre de l’OTAN, qui a été pendant de nombreuses décennies un fidèle serviteur de l’hégémonie occidentale.

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Pourquoi personne ne s’intéresse à la croisade anti-chinoise de l’Occident ?

Il y a trois raisons principales pour lesquelles la majorité du monde n’est pas intéressée par cette campagne de propagande anti-chinoise menée par les États-Unis.

Premièrement, et c’est le plus important, cette campagne de propagande américaine est basée sur des allégations fabriquées de toutes pièces.

Comme beaucoup d’autres l’ont fait remarquer depuis des années, y compris les médias occidentaux eux-mêmes à un moment donné, la Chine a été confrontée à un problème de terrorisme très réel au Xinjiang. L’actuelle campagne de propagande menée par les États-Unis contre la Chine dépeint les mesures de sécurité et les campagnes de déradicalisation comme des « violations des droits de l’homme », tout en omettant totalement la violence qui les a rendues nécessaires au départ.

Pire encore, des preuves documentées exposent le fait que les États-Unis et leurs alliés étaient à l’origine des efforts visant à radicaliser les extrémistes ouïgours.
Toutes choses étant égales par ailleurs, les nations qui n’ont pas investi dans l’obsession de Washington d’encercler et de contenir la Chine ou qui n’en bénéficient pas n’ont aucune raison d’approuver une campagne de propagande fondée sur des allégations fabriquées de toutes pièces et résultant du séparatisme parrainé par les États-Unis et du terrorisme qui en découle.

En fait, en soutenant la campagne américaine contre la Chine, ils soutiendraient une ingérence qui pourrait un jour se retourner contre eux. La liste des nations que les États-Unis et leurs partenaires ont déjà détruites [ou essayent de détruire, NdT] au cours du seul XXIe siècle est considérablement longue et ne cesse de s’allonger.

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Deuxièmement, les États-Unis et leurs alliés occidentaux n’ont manifestement pas la capacité de contraindre les nations désintéressées à soutenir leur campagne de propagande anti chinoise en cours. Le manque de motivation des nations du monde à y adhérer et le manque de moyens de pression des États-Unis pour les forcer à le faire ont conduit la plupart des nations à soutenir ouvertement la Chine ou à éviter de prendre position.

La troisième est due à l’essor de la Chine. Ses relations internationales sont fondées sur des liens économiques et commerciaux plutôt que sur la force militaire, l’ingérence politique ou d’autres stratégies de « soft power » de l’Occident.

L’essor de la Chine signifie également l’essor de nombreuses nations qui font des affaires avec Pékin. Les projets d’infrastructure, les investissements, le tourisme et le commerce menés par les Chinois dans le monde entier stimulent les économies des nations désireuses de travailler avec la Chine d’une manière que l’Occident ne peut tout simplement pas concurrencer.

Afin de travailler avec la Chine, ces nations doivent contourner l’hostilité croissante de Washington envers la Chine et toutes les façons dont elle se manifeste, comme cette initiative « allemande » qui vient d’être lancée à l’ONU.
L’échec de la propagande du Xinjiang signifie l’échec total de la propagande américaine

Cette dernière initiative de l’ONU marque peut-être l’apogée de la campagne de propagande anti chinoise menée par Washington.

Cette initiative montre à quel point le reste du monde s’intéresse peu à cette campagne et les nombreux mensonges qui ont été révélés au grand jour sont la base de la campagne elle-même. Alors que la Chine poursuit la réintégration de Hong Kong dans le continent après avoir mis fin aux troubles financés par les États-Unis et qu’elle remplace les agitateurs soutenus par les États-Unis dans des endroits comme le Tibet par des progrès économiques, les États-Unis doivent inventer de nouvelles histoires pour attaquer la Chine.

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Mais si le monde ne s’intéresse pas aux mensonges des États-Unis concernant les « millions » de Ouïghours détenus et maltraités dans la région du Xinjiang en Chine, sachant parfaitement ce que font les États-Unis et pourquoi, il y a peu de chances que de nouveaux mensonges aient plus d’attrait dans un avenir proche.

Tant que la Chine restera fidèle à sa stratégie actuelle, qui consiste à apporter la croissance économique et la stabilité politique au monde face à la belligérance et à la coercition des États-Unis, sans avantages perceptibles pour les partenaires potentiels, cette tendance de l’Occident à perdre sa crédibilité, parallèlement au déclin de sa puissance politique, économique et même militaire, se poursuivra.

Ce n’est que lorsque les États-Unis et leurs partenaires restants seront prêts à se réorienter vers ce que le monde est en train de devenir plutôt que vers ce qu’ils souhaiteraient qu’il soit, qu’ils commenceront (comme tout le monde) à profiter pleinement des avantages d’un nouveau monde multipolaire où la souveraineté nationale et le progrès économique, étayés par un équilibre des pouvoirs plus équitable, supplanteront la poursuite destructrice de l’hégémonie mondiale par l’Occident.

Joseph Thomas

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone

 

jeudi, 29 octobre 2020

Deux aspects non visibles de la géopolitique

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Deux aspects non visibles de la géopolitique

Par Alastair Crooke

Source Strategic Culture

Au niveau visible, la lutte géopolitique actuelle concerne le maintien de la primauté du pouvoir américain ; le pouvoir financier étant un sous-facteur de ce pouvoir politique. Carl Schmitt, dont les réflexions ont eu une telle influence sur Leo Strauss et sur la pensée américaine en général, préconisait que ceux qui ont le pouvoir doivent « l’utiliser ou le perdre ». L’objectif premier de la politique est donc de préserver son « existence sociale ».

Mais à un niveau moins visible, le découplage technologique vis-à-vis de la Chine est un aspect implicite d’une telle stratégie (camouflé sous le slogan de la récupération des emplois et de la propriété intellectuelle « volés » aux États-Unis) : L’objectif que l’Amérique cherche réellement à atteindre est de s’accaparer, au cours des prochaines décennies, toutes les normes mondiales en matière de technologie de pointe, et de les refuser à la Chine.

Ces histoires de normes peuvent sembler obscures, mais elles sont un élément crucial de la technologie moderne. Si la guerre froide était dominée par une course à la construction du plus grand nombre d’armes nucléaires, la lutte actuelle entre les États-Unis et la Chine, ainsi que vis-à-vis de l’UE, se jouera, au moins en partie, par une lutte pour contrôler l’établissement de normes bureaucratiques qui se cache derrière les industries les plus importantes de l’époque. Et ces normes sont encore à établir.

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La Chine s’est depuis longtemps positionnée stratégiquement pour lutter dans cette « guerre » des normes technologiques (voir « les normes chinoises 2035 », un plan directeur pour la gouvernance de la cybernétique et des datas).

Le même argument est valable pour les chaînes d’approvisionnement qui sont maintenant au centre d’une lutte acharnée qui a des implications majeures pour la géopolitique. Il est difficile et onéreux de démêler le rhizome des chaînes d’approvisionnement construites au cours de décennies de mondialisme : Les multinationales qui vendent sur le marché chinois n’ont pas d’autre choix que d’essayer de rester sur place. Toutefois, si le découplage, qui est un élément clé de la politique étrangère américaine, persiste, des produits allant des serveurs informatiques aux iPhones d’Apple pourraient se retrouver avec deux chaînes d’approvisionnement distinctes, l’une pour le marché chinois et l’autre pour une grande partie du reste du monde. Ce sera plus coûteux et moins efficace, mais c’est la voie que la politique prend (du moins pour l’instant).

Où en sommes-nous dans cette lutte pour le découplage ? Jusqu’à présent, c’est assez confus. Les États-Unis se sont concentrés sur le découplage de certaines technologies de pointe (qui ont également un double potentiel de défense civile). Mais Washington et Pékin sont restés à l’écart du découplage financier (jusqu’à présent), car Wall Street ne veut pas perdre un commerce financier bilatéral de 5 000 milliards de dollars.

Il y a quelques années, lors de leurs déplacements en Europe, les passagers devaient généralement sortir d’un train lorsqu’ils atteignaient la frontière, et passer à un autre train et à d’autres wagons, au-delà de la frontière. Cette pratique existe toujours. Les chemins de fer fonctionnaient sur des voies à écartement totalement différent. Nous n’avons pas encore atteint ce point là en technologie. Mais l’avenir risque de devenir plus complexe, et plus coûteux, si l’Europe, les États-Unis et la Chine adoptent des protocoles différents pour la 5G. Cette technologie, avec sa faible latence, permet d’extraire et de modéliser en temps quasi réel des données très diverses (un facteur qui change la donne pour les systèmes de ciblage de missiles et de défense aérienne, où chaque milliseconde compte).

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Il est donc possible que la 5G soit divisée en deux systèmes concurrents pour refléter les différentes normes américaines et chinoises ? Pour que des étrangers puissent entrer en concurrence, il pourrait être nécessaire de fabriquer des équipements distincts pour ces différents protocoles. Une certaine division est également possible dans le domaine des semi-conducteurs, de l’intelligence artificielle et dans d’autres domaines où la rivalité entre les États-Unis et la Chine est intense. Pour l’instant, les infrastructures russes et iraniennes sont pleinement compatibles avec la Chine. L’Occident n’est pas encore un « système séparé » ; il peut encore travailler avec l’Iran et la Russie, mais la double fonctionnalité dans la sphère technologique coûtera néanmoins, et nécessitera probablement, des aménagements juridiques minutieux, afin d’éviter toute sanction légale ou réglementaire.

Et pour être clair, la bataille pour l’influence sur les normes technologiques est distincte de la « guerre réglementaire » dans laquelle les données, l’IA et les éco-sphères réglementaires sont « balkanisées ». L’Europe est presque inexistante dans la sphère analytique du Cloud, mais elle essaie de rattraper rapidement son retard. Elle doit le faire. La Chine est tellement en avance que l’Europe n’a pas d’autre choix que de se frayer un chemin au bulldozer dans cet espace, c’est-à-dire en « réglementant » les activités américaines dans le Cloud (déjà sous la menace de lois anti-trust) vers l’Europe.

Les entreprises du cloud fournissent à leurs clients un espace de stockage de données, mais aussi des outils sophistiqués pour analyser, modéliser et comprendre les vastes ensembles de données qui se trouvent dans le Cloud. La taille même des ensembles de données modernes a déclenché une explosion de nouvelles techniques pour en extraire des informations. Ces nouvelles techniques sont rendues possibles par les progrès constants de la puissance et de la vitesse de traitement des ordinateurs, ainsi que par l’agrégation de la puissance informatique pour améliorer les performances (connue sous le nom de calcul haute performance, ou HPC).

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Nombre de ces techniques (« extraction de datas », « apprentissage machine », ou IA) font référence au processus d’extraction d’informations à partir de données brutes. L’apprentissage machine fait référence à l’utilisation d’algorithmes spécifiques pour identifier des modèles dans les données brutes et présenter ces données sous forme de modèle. Ces modèles peuvent ensuite être utilisés pour faire des déductions sur de nouveaux ensembles de données ou pour guider la prise de décision. Le terme « Internet des objets » (IoT) fait généralement référence à un réseau d’ordinateurs et de dispositifs physiques connectés qui peuvent générer et transmettre automatiquement des données sur des systèmes physiques. Le « système nerveux » qui sert à la « messagerie corporelle » sera de type 5G.

L’UE réglemente déjà les Big Data ; elle a l’intention de réglementer les plate-formes américaines de Cloud ; et elle cherche à établir des protocoles européens pour les algorithmes (afin de refléter les objectifs sociaux et les « valeurs libérales » de l’UE).

Toutes les entreprises qui dépendent de l’analyse et de l’apprentissage machine dans le Cloud seront donc touchées par cette fragmentation réglementaire en sphères distinctes. Bien entendu, les entreprises ont besoin de ces capacités pour faire fonctionner efficacement la robotique et les systèmes mécaniques complexes, et pour réduire les coûts. L’analytique a permis d’énormes gains de productivité. Accenture estime que l’analytique pourrait à elle seule générer jusqu’à 425 milliards de dollars de valeur ajoutée, d’ici 2025, rien que pour l’industrie du pétrole et du gaz.

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Ce sont les États-Unis qui ont déclenché ce cycle de découplage, mais la conséquence de cette décision initiale est qu’elle a incité la Chine à répondre par son propre découplage des États-Unis, dans le domaine des technologies de pointe. L’intention de la Chine n’est plus simplement de perfectionner et d’améliorer la technologie existante, mais de faire passer les connaissances existantes à un autre niveau technologique (par exemple en découvrant et en utilisant de nouveaux matériaux qui dépassent les limites actuelles de l’évolution des microprocesseurs). [Technologie quantique, NdSF]

Ils pourraient bien réussir, dans les trois prochaines années environ, étant donné les énormes ressources que la Chine consacre à cette tâche (c’est-à-dire aux microprocesseurs). Cela pourrait modifier l’ensemble du calcul technologique, et accorder à la Chine la primauté sur la plupart des domaines clés de technologie de pointe. Les États ne pourront pas facilement ignorer ce fait, qu’ils prétendent ou non « aimer » la Chine.

Ce qui nous amène au deuxième domaine non visible de cette lutte géopolitique. Jusqu’à présent, les États-Unis et la Chine ont largement séparé la finance du découplage principal. Mais un changement substantiel est peut-être en cours : Les États-Unis et plusieurs autres États expérimentent des monnaies numériques émises par leurs banques centrales, et les plateformes internet FinTech commencent à supplanter les institutions bancaires traditionnelles. Pepe Escobar remarque :

Donald Trump réfléchit à des restrictions sur Ant's, Alipay et d'autres plateformes 
de paiement numérique chinoises comme Tencent Holdings... et, comme pour
Huawei, l'équipe de Trump prétend que les plateformes de paiement numérique
de Ant's menacent la sécurité nationale des États-Unis. Il est plus probable que
Trump s'inquiète de ce que Ant menace l'avantage bancaire mondial que les
États-Unis considèrent depuis longtemps comme acquis.

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L'équipe Trump n'est pas la seule. Le gestionnaire de fonds spéculatifs 
américain Kyle Bass, de Hayman Capital, affirme que Ant et Tencent sont
"des dangers visibles et actuels qui menacent la sécurité nationale des
États-Unis plus que tout autre problème"
. Bass estime que le Parti communiste chinois pousse son système de
paiement numérique en yuan vers environ 62% de la population mondiale
d'une manière qui menace l'influence de Washington. Ce qui a commencé
comme un simple service de paiement en ligne s'est depuis fortement
transformé en une véritable jungle de services financiers. C’est en train
de devenir une véritable locomotive en matière de prêts, de polices
d'assurance, de fonds communs de placement, de réservation de voyages
et de toutes les synergies multi plate-formes permettant de réaliser des
ventes et des économies d'échelle. À l'heure actuelle, plus de 90 % des utilisateurs d'Alipay utilisent l'application
pour d'autres raisons que le simple paiement. Cela "crée effectivement un
écosystème en boucle fermée où il n'est pas nécessaire que l'argent quitte
l'écosystème du portefeuille"
, explique l'analyste Harshita Rawat de Bernstein
Research.

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Rawat note que Ant a "utilisé son service de paiement comme une source 
d'acquisition d'utilisateurs pour construire des fonctionnalités de services
financiers plus larges"
. Il s'agit notamment de trouver des moyens de croiser
l’ambition de Ant de devenir le centre de services financiers de la Chine avec
celle d'Alibaba de devenir le principal bazar en ligne... Étant donné que de nombreux Chinois ont déjà téléchargé l'application Alipay,
le PDG Eric Jing envisage d'exporter son modèle à l'étranger. Il collabore avec
neuf start-ups de la région, dont GCash aux Philippines et Paytm en Inde. Ant
prévoit d'utiliser le produit de sa cotation en bourse pour accélérer son pivot
vers l'étranger.

Le point ici est double : La Chine est en train de préparer le terrain pour défier un dollar papier, à un moment sensible de faiblesse du dollar. Et deuxièmement, la Chine met en place une politique de « fait accompli », en façonnant les normes de bas en haut, grâce à l’adoption généralisée de sa technologie à l’étranger.

Tout comme Alipay fait d’énormes percées en Asie, le projet chinois « Smart Cities » diffuse les normes chinoises, précisément parce qu’elles intègrent de nombreuses technologies : Systèmes de reconnaissance faciale, analyse de données volumineuses, télécommunications 5G et caméras IA. Toutes représentent des technologies pour lesquelles les normes restent à définir. Ainsi, les « villes intelligentes », qui automatisent de multiples fonctions municipales, contribuent également à l’évolution des normes chinoises.

Selon les recherches de RWR Advisory, un cabinet de conseil basé à Washington, les entreprises chinoises ont conclu 116 accords pour installer des systèmes de « ville intelligente » et de « ville sûre » dans le monde entier depuis 2013, dont 70 dans des pays qui participent également à l’initiative « Nouvelle Route de la soie ».

La principale différence entre les équipements pour villes « intelligentes » et « sûres » est que le second est principalement destiné à l’enquête et au suivi de la population, tandis que le premier vise principalement à automatiser les fonctions municipales tout en intégrant des fonctions de surveillance. Des villes d’Europe occidentale et méridionale ont signé au total 25 projets de ce type.

Mark Warner, vice-président Démocrate de la commission du renseignement du Sénat américain, voit la menace chinoise en termes très clairs : Pékin a l’intention de contrôler la prochaine génération d’infrastructures numériques, dit-il, et, ce faisant, d’imposer des principes « contraires aux valeurs américaines ». « Au cours des 10 à 15 dernières années, le rôle de leader [des États-Unis] s’est érodé et notre influence pour établir des normes et des protocoles reflétant nos valeurs a diminué », déplore Warner : « En conséquence, d’autres, mais surtout la Chine, ont comblé ce vide pour promouvoir des normes et des valeurs qui profitent au parti communiste chinois ».

Tout indique que l’influence de la Chine sur les normes technologiques mondiales augmente. Mais il est tout aussi certain que la réaction de Washington s’intensifie. Si les États-Unis devenaient plus conflictuels, cela pourrait conduire la Chine à accélérer son évolution vers des alternatives parallèles. Il pourrait en résulter, à terme, une arène où les normes industrielles feraient doublon.

Alastair Crooke

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone

samedi, 24 octobre 2020

Les limites du pouvoir chinois

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Les limites du pouvoir chinois

Par Pepe Escobar

Source The Saker

En ce qui concerne les États-Unis et la Chine, tout dépend du résultat de la prochaine élection présidentielle américaine.

Trump 2.0 va surtout considérablement accélérer sa stratégie de découplage, visant à acculer la « vile » Chine par une guerre hybride à multiple fronts, à miner l’excédent commercial chinois, à coopter de larges pans de l’Asie, tout en insistant toujours pour caractériser la Chine comme le mal incarné.

L’équipe Biden, même si elle ne prétend pas vouloir tomber dans le piège d’une nouvelle guerre froide, selon le programme officiel du parti démocrate, ne serait que légèrement moins conflictuelle, « sauvant » ostensiblement « l’ordre fondé sur des règles » tout en maintenant les sanctions imposées par Trump.

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Très peu d’analystes chinois sont mieux placés que Lanxin Xiang pour étudier l’échiquier géopolitique et géoéconomique : expert des relations entre la Chine, les États-Unis et l’Europe, professeur d’histoire et de relations internationales à l’IHEID à Genève et directeur du Center for One Belt, One Road Studies à Shanghai.

Xiang a obtenu son doctorat au SAIS Johns Hopkins, et est aussi bien respecté aux États-Unis qu’en Chine. Au cours d’un récent webinaire, il a exposé les grandes lignes d’une analyse que l’Occident ignore, à ses propres risques et périls.

Xiang a mis l’accent sur la volonté de l’administration Trump de « redéfinir une cible extérieure » : un processus qu’il qualifie de « risqué, dangereux et hautement idéologique ». Non pas à cause de Trump – qui « ne s’intéresse pas aux questions idéologiques » – mais parce que « la politique chinoise a été détournée par les véritables guerriers de la Guerre Froide ». L’objectif : « un changement de régime. Mais ce n’était pas le plan initial de Trump ».

Xiang dévoile la logique qui sous-tend ces « guerriers du froid » : « Nous avons fait une énorme erreur au cours des 40 dernières années ». C’est-à-dire, insiste-t-il, « absurde – en relisant l’histoire, et en niant toute l’histoire des relations entre les États-Unis et la Chine depuis Nixon ». Et Xiang craint « l’absence de stratégie globale qui crée une énorme incertitude stratégique – et conduit à des erreurs de calcul ».

Pour aggraver le problème, « la Chine n’est pas vraiment sûre de ce que les États-Unis veulent faire ». Parce que cela va bien au-delà de l’endiguement – que Xiang définit comme une « stratégie très bien pensée par George Kennan, le père de la guerre froide ». Xiang ne détecte qu’un schéma de « civilisation occidentale contre une culture non caucasienne. Ce langage est très dangereux. C’est une reprise directe de Samuel Huntington, et montre très peu de place pour le compromis ».

En un mot, c’est la « façon américaine de tomber dans la guerre froide ».

La surprise d’octobre ?

Tout ce qui précède est directement lié à la grande inquiétude de Xiang concernant une éventuelle surprise d’octobre : « Cela pourrait probablement se produire à Taïwan. Ou un engagement limité en mer de Chine méridionale ». Il souligne que « les militaires chinois sont terriblement inquiets. Une surprise d’octobre comme engagement militaire n’est pas impensable, car Trump pourrait vouloir rétablir une présidence de guerre ».

Pour Xiang, « si Biden gagne, le danger d’une guerre froide tournant à la guerre chaude sera réduit de façon spectaculaire. » Il est tout à fait conscient des changements dans le consensus bipartite à Washington : « Historiquement, les Républicains ne se soucient pas des droits de l’homme et de l’idéologie. Les chinois ont toujours préféré traiter avec les Républicains. Ils ne pouvaient pas traiter avec les Démocrates – les droits de l’homme, les questions de valeurs. Maintenant, la situation est inversée ».

Xiang, d’ailleurs, « a invité un conseiller de haut niveau de Biden à Pékin. Très pragmatique. Pas trop idéologique ». Mais dans le cas d’une éventuelle administration Trump 2.0, tout pourrait changer : « Mon intuition est qu’il sera totalement détendu, il pourrait même inverser la politique de la Chine à 180 degrés. Je n’en serais pas surpris. Il redeviendrait le meilleur ami de Xi Jinping ».

Dans l’état actuel des choses, le problème est « un diplomate en chef qui se comporte comme un propagandiste en chef, profitant d’un président erratique ».
Et c’est pourquoi Xiang n’exclut jamais une invasion de Taïwan par les troupes chinoises. Il imagine le scénario d’un gouvernement taïwanais annonçant « Nous sommes indépendants », associé à une visite du secrétaire d’État : « Cela provoquerait une action militaire limitée, et pourrait se transformer en escalade. Pensez à Sarajevo. Cela m’inquiète. Si Taïwan déclare son indépendance, les Chinois l’envahissent en moins de 24 heures. “

Pékin fait-il des erreurs de calcul?

413iZy1UTfL.jpgContrairement à la plupart des universitaires chinois, Xiang fait preuve d’une franchise rafraîchissante sur les propres lacunes de Pékin : « Plusieurs choses auraient dû être mieux contrôlées. Comme l’abandon du conseil initial de Deng Xiaoping, selon lequel la Chine devrait attendre son heure et faire profil bas. Deng, dans son dernier testament, avait fixé un délai pour cela, au moins 50 ans ». Le problème est que « la rapidité du développement économique de la Chine a conduit à des calculs hâtifs et prématurés. Et une stratégie mal pensée. La diplomatie du « guerrier loup » est une attitude – et un langage – extrêmement affirmés. La Chine a commencé à contrarier les États-Unis – et même les Européens. C’était une erreur de calcul géostratégique ».

Et cela nous amène à ce que Xiang caractérise comme « l’extension excessive de la puissance chinoise : géopolitique et géoconomique ». Il aime citer Paul Kennedy : « Toute grande superpuissance, si elle est trop étendue, devient vulnérable. » Xiang va même jusqu’à affirmer que l’initiative des « Nouvelles routes de la soie » (NRS), dont il loue le concept avec enthousiasme, est peut-être dépassée : « Ils pensaient qu’il s’agissait d’un projet purement économique. Mais avec une portée mondiale aussi large ? »

Les NRS sont-elles donc un cas de surcharge ou une source de déstabilisation ? Xiang fait remarquer que « les Chinois ne s’intéressent jamais vraiment à la politique intérieure des autres pays. Ils ne sont pas intéressés par l’exportation d’un modèle. Les Chinois n’ont pas de véritable modèle. Un modèle doit être mûr, avec une structure. A moins qu’il ne s’agisse de l’exportation de la culture traditionnelle chinoise ».

Le problème, une fois de plus, est que la Chine pensait qu’il était possible de « se faufiler dans des zones géographiques auxquelles les États-Unis n’ont jamais trop prêté attention, l’Afrique, l’Asie centrale, sans nécessairement provoquer de réactions géopolitiques. C’était de la naïveté ».

Xiang aime rappeler aux analystes occidentaux que « le modèle d’investissement dans les infrastructures a été inventé par les Européens. Les chemins de fer. Le Transsibérien. Les canaux, comme au Panama. Derrière ces projets, il y a toujours eu une concurrence coloniale. Nous poursuivons des projets similaires – moins le colonialisme ».

Pourtant, « les planificateurs chinois se sont mis la tête dans le sable. Ils n’utilisent jamais ce mot – géopolitique. » D’où ses plaisanteries constantes avec les décideurs chinois : « Vous n’aimez peut-être pas la géopolitique, mais la géopolitique vous aime. »

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Demandez à Confucius

L’aspect crucial de la « situation post-pandémique », selon Xiang, est d’oublier « ce truc de guerrier-loup. La Chine pourrait être en mesure de relancer son économie avant tout le monde. Développer un vaccin vraiment efficace. La Chine ne devrait pas le politiser. Elle devrait montrer une valeur universelle à son sujet, poursuivre le multilatéralisme pour aider le monde, et améliorer son image ».

En matière de politique intérieure, Xiang est catégorique : « Au cours de la dernière décennie, l’atmosphère chez nous, sur les questions de minorités, sur la liberté d’expression, s’est resserrée au point de ne pas aider l’image de la Chine en tant que puissance mondiale ».

Observez cette situation, « l’opinion défavorable envers la Chine » dans une enquête sur les nations de l’Occident industrialisé qui ne comprend que deux pays asiatiques : le Japon et la Corée du Sud.

Et cela nous amène à l’ouvrage de Xiang, The Quest for Legitimacy in Chinese Politics, sans doute l’étude contemporaine la plus importante réalisée par un chercheur chinois capable d’expliquer et de combler le fossé politique entre l’Est et l’Ouest.

Ce livre est une telle percée que ses principales analyses conceptuelles feront l’objet d’une chronique complémentaire.

La thèse principale de Xiang est que « la légitimité dans la philosophie politique de la tradition chinoise est une question dynamique. Transplanter les valeurs politiques occidentales dans le système chinois ne fonctionne pas ».

recasting-the-imperial-far-east-britain-and-america-in-china-1945-50.jpgPourtant, même si le concept chinois de légitimité est dynamique, souligne Xiang, « le gouvernement chinois est confronté à une crise de légitimité ». Il fait référence à la campagne anti-corruption des quatre dernières années : « La corruption officielle généralisée, qui est un effet secondaire du développement économique, fait ressortir le mauvais côté du système. Il faut rendre hommage à Xi Jinping, qui a compris que si nous laissons cela se poursuivre, le PCC perdra toute légitimité ».

Xiang souligne comment, en Chine, « la légitimité est basée sur le concept de moralité – depuis Confucius. Les communistes ne peuvent pas échapper à cette logique. »

Avant Xi, personne n’osait s’attaquer à la corruption. Il a eu le courage de l’éradiquer et a arrêté des centaines de généraux corrompus. Certains ont même tenté deux ou trois coups d’État.

Dans le même temps, Xiang est catégoriquement opposé au « durcissement de l’atmosphère » en Chine en matière de liberté d’expression. Il mentionne l’exemple de Singapour sous Lee Kuan Yew, un « système autoritaire éclairé ». Le problème est que « la Chine n’a pas d’État de droit. Il y a cependant beaucoup d’aspects juridiques. Singapour est une petite ville-État. Comme Hong Kong. Ils ont juste repris le système juridique britannique. Cela fonctionne très bien pour cette taille. »

Et cela amène Xiang à citer Aristote : « La démocratie ne peut jamais fonctionner dans les grands pays. Dans les villes-États, elle fonctionne. » Et armés d’Aristote, nous entrons à Hong Kong : « Hong Kong avait un État de droit – mais n’a jamais eu de démocratie. Le gouvernement était directement nommé par Londres. C’est comme ça que Hong Kong fonctionnait en réalité – comme une dynamo économique. Les économistes néolibéraux considéraient Hong Kong comme un modèle. C’était un arrangement politique unique. Une politique du magnat. Pas une démocratie – même si le gouvernement colonial n’a pas gouverné comme une figure autoritaire. L’économie de marché a été déclenchée. Hong Kong était dirigée par le Jockey Club, HSBC, Jardine Matheson, avec le gouvernement colonial comme coordinateur. Ils ne se sont jamais souciés des gens en bas de l’échelle ».

Xiang note que « l’homme le plus riche de Hong Kong ne paie que 15 % d’impôt sur le revenu. La Chine a voulu conserver ce modèle, avec un gouvernement colonial nommé par Pékin. Toujours une politique de magnats. Mais maintenant, il y a une nouvelle génération. Des gens nés après la rétrocession – qui ne connaissent rien de l’histoire coloniale. L’élite chinoise au pouvoir depuis 1997 n’a pas prêté attention à la base et a négligé le sentiment de la jeune génération. Pendant toute une année, les Chinois n’ont rien fait. La loi et l’ordre se sont effondrés. C’est la raison pour laquelle les Chinois du continent ont décidé d’intervenir. C’est l’objet de la nouvelle loi sur la sécurité ».

Et qu’en est-il de l’autre acteur « malveillant » favori de l’autre côté du Beltway – la Russie ? « Poutine aimerait voir la victoire de Trump. Les Chinois aussi, jusqu’à il y a trois mois. La guerre froide était un grand triangle stratégique. Après le voyage de Nixon en Chine, les États-Unis se sont retrouvés au milieu, manipulant Moscou et Pékin. Maintenant, tout a changé ».

Pepe Escobar

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone

mardi, 20 octobre 2020

Carl Schmitt and the Development of Conservative State Theory in China

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Carl Schmitt and the Development of Conservative State Theory in China

Seminar Series: Greater China Legal History
Organized by: CUHK LAW
 
Speaker: Prof. Ryan Mitchell
Date: 9 October 2020
 
 
Over the last decade or so, China’s Supreme People’s Court and the country’s political leaders have consistently rejected the idea of a “judicialized” Constitution, allowing individual litigation.
 
At the same time, the government has also been more vocal and emphatic than ever before in endorsing the national Constitution’s practical and symbolic importance. Is it really possible to endorse “constitutionalism” without endorsing judicial review? If so, how? Arguably, both Anglo-American liberalism and Marxism fail to provide a model for such an approach to constitutionalism—but other traditions, including German conservative state theory, have helped to fill the gap.
 
In discussing the reception of this body of thought in China, this lecture will focus specifically on the role of Carl Schmitt, the controversial but still influential jurist who argued for Executive “dictatorship” after World War I, was a leading critic of liberalism, and later was disgraced after choosing to collaborate with the Nazi regime.
 
Although Schmitt’s political choices have made him an uncomfortable source of guidance in China as elsewhere, his unique and thorough arguments about public law and politics continue to provide him with global influence. From issues of territorial sovereignty to the balance between different institutions of government, Schmitt’s version of constitutionalism can help to explain various developments in modern China’s legal order, and even some similar trends worldwide.

Les États-Unis ne trouvent pas d’alliés pour lancer une guerre contre la Chine

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Les États-Unis ne trouvent pas d’alliés pour lancer une guerre contre la Chine

Par Moon of Alabama

Les États-Unis veulent contrer la position économique et politique croissante de la Chine dans le monde.


L’administration Obama a tenté un « pivot vers l’Asie » en construisant une zone économique à bas tarif via le Partenariat Trans Pacifique (TPP) qui aurait exclu la Chine.

L’administration Trump a rejeté le TPP et s’en est retirée. Elle a lancé une guerre économique contre la Chine en augmentant les droits de douane sur les produits chinois, en interdisant les fournitures de haute technologie aux fabricants chinois et en refusant aux entreprises chinoises l’accès à son marché.

Elle a également tenté de construire une coalition militaire qui l’aiderait à menacer la Chine. Elle a relancé le dialogue quadrilatéral de sécurité 2007-2008 et l’a rebaptisé « Quad de consultations États-Unis-Australie-Inde-Japon ». L’objectif était d’en faire une OTAN asiatique sous commandement américain :

Le diplomate n°2 du Département d'Etat américain a déclaré lundi que Washington visait 
à "formaliser" des liens stratégiques croissants avec l'Inde, le Japon et l'Australie
dans un forum connu sous le nom de "Quad", une initiative qui, selon les experts, est
implicitement destinée à contrer la Chine dans la région indo-pacifique. "C'est une réalité que la région indo-pacifique manque de structures multilatérales
fortes. Ils n'ont rien d'équivalent à la force de l'OTAN ou de l'Union européenne",

a déclaré le secrétaire d'État adjoint américain Stephen Biegun lors d'un séminaire
en ligne en marge du forum annuel sur le partenariat stratégique entre les États-Unis
et l'Inde. "Il y a certainement une possibilité, à un moment donné, de formaliser une structure
comme celle-ci"
, a-t-il ajouté.

Mais il s’avère que ni l’Australie, ni le Japon, ni l’Inde n’ont d’intérêt à adopter une position ferme vis-à-vis de la Chine. Tous considèrent la Chine comme un partenaire commercial important. Ils savent que tout conflit avec elle leur coûterait très cher.

Le 6 octobre, le secrétaire d’État Mike Pompeo s’est envolé vers Tokyo pour une réunion avec les autres ministres des affaires étrangères du Quad. Il s’est vite rendu compte que personne ne se joindrait à son discours militant :

Lors d'une réunion avec les ministres des affaires étrangères du Japon, de l'Inde et 
de l'Australie à Tokyo, le secrétaire d'État Mike Pompeo a insisté mardi pour qu'ils
renforcent leur quatuor de démocraties afin de résister à une Chine de plus en plus
affirmée. ... Si, comme il le semble, Pompeo cherchait à pousser les autres membres du Quad à prendre
le parti des États-Unis dans une confrontation avec la Chine, il n'a pas obtenu de
soutien public retentissant, et ses propos se sont heurtés à ceux de son hôte. Pompeo a visé directement le Parti communiste chinois dans ses remarques avant

que les diplomates de haut niveau des quatre nations ne s'assoient pour discuter. "En tant que partenaires de ce Quad, il est plus que jamais essentiel que nous
collaborions pour protéger nos peuples et nos partenaires de l'exploitation, de
la corruption et de la coercition du PCC"
, a-t-il déclaré. Mais le principal porte-parole du gouvernement japonais, Katsunobu Kato, a insisté

lors d'un point de presse mardi: "Cette réunion du Quad ne s’est pas faite en ayant
un pays particulier à l’esprit."

L’Australie et l’Inde étaient également réticentes à dire quoi que ce soit qui pourrait potentiellement offenser la Chine.

L’initiative de Pompeo a échoué. L’ancien ambassadeur indien M. K. Bhadrakumar explique pourquoi le Quad ne fonctionnera pas :

La Chine ne peut être battue car, contrairement à l'URSS, elle fait partie de la même 
société mondiale que les États-Unis. Regardez l'étendue des champs de bataille entre
les États-Unis et la Chine : gouvernance mondiale, géoéconomie, commerce, investissements,
finances, utilisation des devises, gestion de la chaîne d'approvisionnement, normes et
systèmes technologiques, collaboration scientifique, etc. Cela témoigne de la vaste
portée mondiale de la Chine. Ce n'était pas le cas de l'URSS. Surtout, la Chine n'a pas d'idéologie messianique à exporter et préfère donner l'exemple
par ses performances. Elle ne cherche pas à provoquer un changement de régime dans d'autres
pays, et s'entend en fait plutôt bien avec les démocraties. ... Les États-Unis ont créé l'ASEAN, mais aujourd'hui, aucun partenaire asiatique en matière

de sécurité ne veut choisir entre l'Amérique et la Chine. L'ASEAN ne peut pas être
réorientée pour former une coalition afin de contrer la Chine. Ainsi, aucun des opposants
à la Chine au sujet de la mer de Chine méridionale n'est prêt à rejoindre les États-Unis
dans leurs provocations navales contre la Chine. La Chine a des ressources, y compris de l'argent, à offrir à ses partenaires, alors que
le budget américain est en déficit chronique et que même les opérations courantes du
gouvernement doivent maintenant être financées par la dette. Les États-Unis doivent

trouver les ressources nécessaires pour maintenir leurs infrastructures humaines et
physiques à des niveaux compétitifs par rapport à ceux de la Chine et d'autres grandes
puissances économiques. Pourquoi diable l'Inde devrait-elle se mêler à cette affaire chaotique dont le point
culminant est acquis d'avance ? ... La Chine n'a pas besoin de faire la guerre parce qu'elle est déjà en train de gagner.

Les États-Unis ont également tenté d’inciter leurs alliés européens de l’OTAN à prendre position contre la Chine :

Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, a averti, samedi, que l'influence 
croissante de la Chine avait créé un "changement fondamental dans l'équilibre mondial
des pouvoirs"
qui ne devait pas être négligé. Dans une interview au journal allemand Welt am Sonntag, publiée à l'avance, le responsable

norvégien y déclarait que Pékin disposait du deuxième budget de défense au monde après
les États-Unis et qu'il investissait massivement dans des armes nucléaires et des missiles
à longue portée qui pourraient atteindre l'Europe. "Une chose est claire : la Chine se rapproche de plus en plus des portes de l'Europe",
a-t-il déclaré. "Les alliés de l'OTAN doivent relever ce défi ensemble."

Cette initiative coulera en Europe aussi vite que l’initiative du Quad a coulé en Asie et pour les mêmes raisons. La Chine n’est pas un danger idéologique ou militaire pour l’Europe. C’est un mastodonte économique et les relations avec elle doivent être gérées avec soin. Elles exigent du respect et des discussions, et non des roulements de tambour.

La Chine a dépassé les États-Unis en tant que premier partenaire commercial de l’UE :

Au cours des sept premiers mois de 2020, la Chine a dépassé les États-Unis pour devenir 
le plus grand partenaire commercial de l'Union européenne (UE), a déclaré Eurostat,
l'organisme statistique de l'UE. ... Les importations de l'UE en provenance de Chine ont augmenté de 4,9 % en glissement
annuel au cours de la période janvier-juillet, a noté Eurostat. Selon l'Office fédéral des statistiques d'Allemagne, la plus grande économie de l'UE,
la Chine, premier partenaire commercial de l'Allemagne depuis 2016, a dépassé les
États-Unis pour la première fois au deuxième trimestre de cette année pour devenir
le plus grand marché d'exportation de l'Allemagne, et les exportations allemandes
vers la Chine en juillet ont presque retrouvé leur niveau de l'année dernière.

Il est temps pour les États-Unis de se regarder dans un miroir et de s’éveiller à la réalité. C’est un pays très endetté avec une armée bien trop chère et, de plus, inefficace. Au cours des dernières décennies, son rôle économique dans le monde n’a cessé de décliner. Ses constantes prises de positions militantes et son attitude « faites comme on vous le dit » ont aliéné ses alliés. Sans alliés, les États-Unis n’ont aucune chance de vaincre la Chine dans un conflit potentiel.

Ce que les États-Unis pourraient encore faire, c’est rivaliser honnêtement avec la Chine. Mais cela nécessiterait de l’humilité, une politique industrielle forte et une main-d’œuvre bien payée et compétitive.

Aucune de ces conditions n’est en vue.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

mardi, 13 octobre 2020

Les Momies Blondes, les Tokhariens et les Indo-Européens de Chine

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Les Momies Blondes, les Tokhariens et les Indo-Européens de Chine

 
 
Les découvertes archéologiques de momies datant de 4 000 ans, dans le désert du Taklamakan en Chine occidentale, ont enflammé l'imagination des chercheurs, qui ont été surpris de découvrir qu'il s'agissait d'individus caucasiens venus d'Europe. Les réponses à ce mystère des momies blanches pourraient se trouver dans l'histoire plus récente de la province de Xinjiang ; des archives Chinoises mentionnent des marchands aux yeux bleus et à la barbe rousse, tels que les Yuezhi et les Sogdians venus de l'ouest, tout comme on retrouve des manuscrits rédigés dans une mystérieuse langue Indo-européenne connue sous le nom de Tokharien. Il existait donc clairement à la fois des peuplades Iraniques et Tokhariennes vivant en Chine occidentale à des époques plus tardives, dont les momies de Tarim doivent, tout du moins en partie, être les ancêtres. Le bassin désertique de Tarim était alors une route commerciale vitale, située au carrefour de l'est et de l'ouest, entouré d'oasis qui étaient autant de stations pour quiconque se déplaçait le long de la Route de la Soie. Les momies caucasiennes de type Europoïde et les antiques langages Indo-européens de la région vont à l'encontre des idées reçues sur les limites de la civilisation Européenne à l'Âge du Bronze. Les fouilles réalisées dans la région suggèrent une activité s'étalant sur plusieurs millénaires, qui regroupait divers langages, styles de vie, religions et cultures.
 
 
 
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Illustration des Tokhariens et des momies de Tarim par Andrew Whyte http://basileuscomic.com/
Illustration du char d'Andronovo par Christian Sloan Hall https://www.deathlord.co.uk
Musique : Bnde originale par Deor (site personnel en construction) Doug maxwell - Lau Tzu Ehru Doug Maxwell - Oud dance Quincas moreira - Dawn of Man Kevin McLeod - Dhaka Sources : Adams, D., (2019) ‘Tocharian C: its discovery and implications’ https://languagelog.ldc.upenn.edu/nll...
 
A dictionary of Tocharian B https://www.win.tue.nl/~aeb/natlang/i...
 
Gray, Russell & Atkinson, Quentin & Greenhill, Simon. (2011).
 
Language Evolution and Human History. Good, I., ‘A Social Archaeology of Cloth some preliminary remarks on prehistoric textiles of the Tarim Basin’ (Peabody Museum) http://www.safarmer.com/Indo-Eurasian...
 
Hollard, C. et al. (2018). New genetic evidence of affinities and discontinuities between bronze age Siberian populations. American Journal of Physical Anthropology 167 (1): 97–107.
 
Katariya, A., ‘Ancient History of Central Asia: Yuezhi-Gurjar History’, Article No 01 Mair, V., ‘Ancient Mummies of the Tarim Basin’ https://www.penn.museum/sites/expedit...
 
Ning, et al. (2019), ‘Ancient Genomes Reveal Yamnaya - Related Ancestry and a Potential Source of Indo-European Speakers in Iron Age Tianshan’ https://www.cell.com/current-biology/...
 
Wenkan, X. (1996) ‘The Tokharians and Buddhism’ Xie, M. et al, (2013) Interdisciplinary investigation on ancient Ephedra twigs from Gumugou Cemetery (3800 B.P.) in Xinjiang region, northwest China. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/2...
 
Yang, Y. (2019), ‘Shifting Memories: Burial Practices and Cultural Interaction in Bronze Age China A study of the Xiaohe-Gumugou cemeteries in the Tarim Basin’ http://www.diva-portal.org/smash/get/...
 
Selections from the Han Narrative Histories https://depts.washington.edu/silkroad...

samedi, 03 octobre 2020

La Russie fait exploser la stratégie indo-pacifique des États-Unis

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La Russie fait exploser la stratégie indo-pacifique des États-Unis

Par M. K. Bhadrakumar

Source Oriental Review via The Indian Punchline

Ex: https://lesakerfrancophone.fr

La rencontre entre le ministre russe des affaires étrangères Sergey Lavrov et son homologue chinois Wang Yi à Moscou, le 11 septembre dernier, s’est déroulée à un moment particulièrement délicat de la politique régionale. La Russie s’efforce d’établir une ligne neutre dans l’impasse entre l’Inde et la Chine tout en se rapprochant de la Chine pour faire face à la pression américaine.

Les politiques américaines incitent la Russie et la Chine à renforcer encore leur « partenariat stratégique global de coordination pour une nouvelle ère ». En résumant sa rencontre avec Wang, M. Lavrov a déclaré que les discussions se sont déroulées dans « une atmosphère de respect et de confiance mutuels et qu’elles ont été très substantielles ». Il a ajouté : « Nous avons discuté des principaux problèmes internationaux et réaffirmé la proximité de nos points de vue sur les solutions efficaces à y apporter… Nous sommes convenus de poursuivre notre étroite collaboration ».

De manière significative, la partie la plus frappante des remarques de M. Lavrov concernait la région Asie-Pacifique. Lavrov a attaqué frontalement la stratégie indo-pacifique des États-Unis :

Nous (la Russie et la Chine) avons noté le caractère destructeur des actions de Washington qui sapent la stabilité stratégique mondiale. Elles alimentent les tensions dans diverses parties du monde, y compris le long des frontières russes et chinoises. Bien sûr, nous sommes inquiets de cette situation et nous nous opposons à ces tentatives d’escalade de tensions artificielles. Dans ce contexte, nous avons déclaré que la stratégie dite « Indo-Pacifique » telle qu’elle a été planifiée par ses initiateurs, ne conduit qu’à la séparation des États de la région, et est donc lourde de conséquences pour la paix, la sécurité et la stabilité dans la région Asie-Pacifique.

Nous nous sommes prononcés en faveur d’ une architecture de sécurité régionale centrée sur l’ASEAN en vue de promouvoir l’agenda unificateur, et de préserver le style de travail et la prise de décision par consensus dans ces mécanismes, comme cela a toujours été fait dans le cadre de l’ASEAN et des entités associées. Nous assistons à des tentatives de division dans les rangs des membres de l’ASEAN avec les mêmes objectifs : abandonner les méthodes de travail basées sur le consensus et alimenter la confrontation dans cette région qui nous est commune à tous.

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Les médias d’État chinois ont souligné les propos de M. Lavrov. Wang a répondu que les relations entre la Chine et la Russie sont devenues « des forces clés de stabilité dans un monde turbulent ». Il a souligné que l’alliance Chine-Russie a fait preuve d’une « forte résilience » sur fond de « profonds changements invisibles en un siècle » dans la politique mondiale.

La rencontre Lavrov-Wang s’est déroulée dans le contexte des troubles en Biélorussie, dont la Russie a accusé les États-Unis. La veille de la réunion à Moscou, un haut responsable législatif russe a ouvertement affirmé que les États-Unis avaient un plan directeur pour créer des tensions politiques en Russie, où des élections régionales doivent avoir lieu le 13 septembre. Les médias sociaux et l’Internet jouent une fois de plus un rôle majeur dans l’orchestration des manifestations en Biélorussie.

Il est intéressant de noter que lors de la réunion avec Lavrov, Wang a également appelé à « une coopération plus poussée entre la Russie et la Chine dans le domaine de la sécurité internationale de l’information, dans un contexte où certains pays politisent les technologies de l’information et la cyber-sécurité et en contiennent d’autres sous prétexte de sauvegarder leur propre sécurité nationale ».

Les remarques de M. Lavrov sur la stratégie indo-pacifique ont coïncidé avec la 53e réunion des ministres des affaires étrangères de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) et les réunions connexes, y compris la 10e réunion des ministres des affaires étrangères du Sommet de l’Asie de l’Est, à Hanoï, du 8 au 11 septembre. L’ASEAN est confrontée à une pression croissante des États-Unis pour qu’elle se joigne à elle contre la Chine, mais elle a refusé de prendre parti. Le communiqué commun adopté lors de la réunion de Hanoï reflète cette position.

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La semaine dernière, Reuters a cité le ministre indonésien des affaires étrangères, Retno Marsudi, qui déclarait que l’ASEAN devait rester résolument neutre et unie. « Au sein de L’ASEAN, l’Indonésie veut montrer à tous que nous sommes prêts à être un partenaire », a déclaré M. Retno. « Nous ne voulons pas nous laisser piéger par cette rivalité. » La position de l’Indonésie devient importante à un moment où les États-Unis tentent de diviser le consensus de l’ASEAN sur la neutralité en jouant sur les intérêts des différents pays membres.

Les États-Unis espèrent que certains pays de l’ASEAN se trouvent devant un dilemme quant à la manière d’équilibrer les liens pour tirer le meilleur parti des deux grands acteurs, tandis que d’autres pourraient être tentés d’utiliser la rivalité entre les États-Unis et la Chine comme une occasion d’obtenir un avantage économique ou militaire. Cette dernière y a fait allusion lorsqu’elle a déclaré à Reuters : « (L’ASEAN a) une bonne culture, mais nous devons l’entretenir. Nous ne pouvons pas tenir pour acquis que ces valeurs seront éternelles ».

Fait significatif, le Vietnam et l’Indonésie, deux pays influents de l’ASEAN, sont également des partenaires majeurs de la Russie. Les remarques de M. Lavrov peuvent donc être considérées comme signifiant un nouveau niveau d’engagement de la Russie dans la région Asie-Pacifique, tout en renforçant le partenariat avec la Chine, et en allant au-delà d’une simple réponse réflexive aux événements – principalement, la crise actuelle des relations de la Russie avec l’Occident.

Il est intéressant de noter que Moscou souscrit sans équivoque à la description de la « région Asie-Pacifique » et pas au concept d’« Indo-Pacifique », que Lavrov a considéré avec dérision comme un terme politiquement chargé. On peut dire que le terme « Indo-Pacifique » serait quelque peu trompeur, même dans le contexte de la politique russe. La Russie s’intéresse beaucoup plus à l’Asie-Pacifique qu’à l’Océan indien ou au sous-continent indien – compte tenu de son engagement non seulement avec la Chine mais aussi avec le Japon, les deux Corée, les États-Unis – en tant que puissance du Pacifique – et avec la sécurité de l’Extrême-Orient.

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Bien sûr, l’Inde s’inscrit dans un contexte géopolitique plus large, mais dans la perception russe, l’Inde reste un membre surnuméraire de la communauté Asie-Pacifique. Là où la Russie a une différence d’opinion avec l’Inde, c’est dans sa perception de la présence sécuritaire américaine en Asie-Pacifique comme une puissance extra-régionale intrusive et de plus en plus déstabilisatrice.

Fondamentalement, la Russie aborde l’Asie-Pacifique dans une perspective mondiale, alors que la vision de l’Inde se réduit à des préoccupations concernant la montée en puissance de la Chine. Du point de vue russe, l’Asie-Pacifique est un théâtre central de l’ordre mondial au XXIe siècle où d’intenses luttes géopolitiques éclatent, où une bataille d’idées, de normes et d’institutions est déjà en cours. En tant que puissance mondiale renaissante, la Russie est obligée de se positionner sur le devant de la scène dans la région.

En effet, Pékin est bien conscient du changement d’attitude de la région de l’ASEAN envers la Russie au cours des dernières années. Contrairement à l’époque soviétique, aucun pays de l’ASEAN, Philippines comprises, n’a plus tendance à identifier la Russie comme une menace ou un acteur malveillant. D’autre part, les relations de la Russie avec presque tous les États de l’ASEAN sont confortables. Ainsi, une implication plus active de la Russie dans les affaires de l’Asie-Pacifique est une bonne chose pour la Chine.

En termes simples, il convient à Moscou et à Pékin de faire cause commune dans la région Asie-Pacifique alors que leurs relations respectives avec les États-Unis sont si difficiles, et alors que tous deux ont subi une forte pression de la part de ceux-ci. Il ne sera pas surprenant de voir une augmentation des efforts diplomatiques russes dans la période à venir pour étendre ses relations dans la région de l’ASEAN.

M. K. Bhadrakumar

Traduit par Hervé, relu par Wayan pour le Saker Francophone

mardi, 29 septembre 2020

L’Afrique à la croisée des chemins dans un monde multipolaire

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L’Afrique à la croisée des chemins dans un monde multipolaire

Mikhail Gamandiy-Egorov

Observateur-Continental

Dans une réalité en constante ébullition et à l’heure d’une confrontation géopolitique de plus en plus marquée entre les partisans de la multipolarité et les nostalgiques de l’ère unipolaire, plusieurs régions du monde observent, analysent, et entrevoient les actions à adopter dans le cadre de leurs intérêts. L’Afrique ne fait pas exception.

Selon le quotidien bulgare Douma «pendant que l’Europe coopère avec le continent africain par soi-disant clémence, des pays comme la Chine et l’Inde font preuve de relations d’égal à égal ». Et se pose par la même occasion la question: «quelle approche, occidentale ou orientale, serait plus attractive pour les Africains?».

Ledit média mentionne par ailleurs plusieurs points fortement importants. Notamment que le continent africain, malgré les défis existants et évidents, peut se vanter de perspectives fortement intéressantes, y compris dans le cadre des changements observés sur l’arène internationale. En effet, nombre d’experts estiment que les pays du continent africain sont capables d’une percée économique impressionnante semblable à celle qu’a pu réaliser l’Asie du Sud-Est. La population du continent croît rapidement et la part de la population en âge de travailler est déjà la plus importante au niveau de toutes les régions du monde. Et que dans des conditions favorables, la croissance économique de l’Afrique pourrait dépasser les attentes les plus audacieuses.

Pendant ce temps, le combat pour l’influence géoéconomique, mais également géopolitique, sur le continent si longtemps montré par des clichés au niveau du mainstream médiatique occidental, ne cesse de croître également. Plusieurs raisons peuvent être avancées à cela: les perspectives fortement intéressantes pour les pays africains sur le moyen terme, y compris celles avancées ci-haut, mais également une vision fortement, voire radicalement, différente sur l’avenir du monde entre les partisans de la multipolarité et de l’unipolarité. Les derniers souhaitant imposer via le réseau du système néocolonial préétabli, et s’il le faut par la force, leur agenda aux pays africains. Les partisans de la multipolarité privilégient quant à eux une interaction misant sur le respect de la souveraineté des Etats et des traditions respectives, sans la fameuse mentalité de donner des leçons – tout en pensant pour autant à leurs intérêts de façon logique et pragmatique.

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C’est d’ailleurs le cas de la Chine, premier partenaire économico-commercial du continent africain en tant qu’Etat, qui bien souvent accusée par l’establishment politique et médiatique occidental de pratiquer une conquête agressive en Afrique afin d’imposer sa domination mondiale, en réalité correspond justement à une vision pragmatique des relations internationales. A savoir que Pékin ne force personne de vivre et de penser à sa manière, mais est prêt à se battre dans la pure concurrence dans le cadre de ses intérêts, notamment économiques. L’Inde représente également un cas intéressant. Troisième partenaire économico-commercial de l’Afrique, dont les échanges avec le continent fin 2019 représentaient 65 milliards d’équivalent de dollars.

Bien que l’approche indienne se diffère de l’approche chinoise dans nombre de secteurs et de façon générale, New Delhi met également un fort accent sur le respect de la souveraineté. Pendant ce temps, d’autres acteurs renforcent également leurs positions. La Russie a fait son plein retour en Afrique et poursuit le processus engagé. Ou encore la Turquie, qui a elle aussi connu une forte progression des échanges avec les pays africains au cours des 5-10 dernières années. Faisant le bonheur de nombreux habitants du continent africain souhaitant voir des puissances non-occidentales renforcer les liens avec leurs pays et leur continent. Tout en stimulant la concurrence et donc l’attractivité des conditions offertes par chaque acteur.

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Evidemment, l’Occident ne reste pas les bras croisés. Observant le développement sans précédent des relations entre l’Afrique et les puissances non-occidentales – ayant pour la plupart lancé ouvertement le défi à l’unilatéralisme si désiré par l’élite occidentale, cet Occident tente par tous les moyens de reprendre la main. Que ce soit les Etats-Unis, pour qui l’un des objectifs majeurs officiellement déclaré sur la scène internationale est d’empêcher la poursuite de montée en puissance de la Chine et de la Russie, y compris en Afrique. La France qui bien que maintenant encore son réseau françafricain, voit son influence aller en chute libre au niveau de la société civile africaine, surtout appartenant aux pays d’Afrique francophone. Le Royaume-Uni tente de maintenir sa propre influence au niveau des pays anglophones du continent, là aussi bien souvent sans le succès recherché. L’Allemagne quant à elle essaie de se frayer son propre chemin.

Mais le plus important probablement à dire dans ce paradigme de lutte géopolitique et géoéconomique, c’est que l’Afrique doit comprendre qu’elle fait désormais partie intégrante du monde multipolaire. Et qu’elle possède, à terme, tous les moyens pour s’imposer comme un bloc majeur d’influence dans cette réalité relativement récente. C’est n’est évidemment pas ce que l’Occident souhaitait pour l’Afrique. Pas plus que pour les autres blocs du monde, qu’ils soient d’Eurasie ou d’Amérique latine. Mais l’histoire mondiale suit son cours. Les événements contemporains aussi. Et en ce sens la minorité occidentale devra l’accepter. Plus particulièrement les élites occidentales et pas tant les peuples qui pour nombre d’entre eux approuvent le concept multipolaire.

Lorsque cette réalité sera acquise pour une large part des pays africains, il sera également important à bâtir une véritable unité africaine, tellement voulue et rêvée par les grands leaders du continent: de Lumumba à Sankara, de Mandela à Kadhafi et par beaucoup d’autres grands noms. Tout en s’organisant à bâtir une capacité réelle de défense commune de la souveraineté – car si aujourd’hui nombre de pays africains ont cette capacité, ce n’est pas malheureusement pas le cas de tout le monde. Et dans le cadre de cette véritable souveraineté et d’appartenance de plein droit au monde multipolaire en qualité de bloc puissant, les nations africaines sauront choisir les partenaires stratégiques externes au continent dans l’objectif d’une coopération qui saura tenir compte des intérêts de chaque partie impliquée.

Mikhail Gamandiy-Egorov

 

Observateur-Continental

vendredi, 11 septembre 2020

The New Axis: Berlin-Warsaw-Moscow-Bejing?

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The New Axis: Berlin-Warsaw-Moscow-Bejing?
 
by Konrad Rekas
Ex: http://oneworld.press
 
In fact, the axis from Berlin through Warsaw to Moscow and Beijing, the continental bridge that realists wrote about, who saw geopolitical and geoeconomic benefits and obviousness – this is the future.

What is the lesson from the anniversary of the Molotov-Ribbentrop Pact? That it was the Polish minister Józef Beck who could and should sign a pact with Molotov or Ribbentrop, and preferably with both - instead of sitting like this… believing in "Western guarantees".

Do Not Count On The Mistakes Of Others By Making Our Own

Poland has focused on the German-Russian conflict many times in its history, most often not supporting either side, but the forces that provoked these clashes. And despite the immediate benefits - it was a strategic Polish FAULT, which had to be based on the hope that one of our great neighbours would also make a mistake and act against their own geopolitical interests. Such a mechanism took place, for example, on the eve and during the Great War, which MUST be an almost successful suicide both for Russia and Germany - because that was the reason why it broke out. A similar situation happened in World War II, when Hitler, in turn, not only betrayed Nazism by selling it to great capital, but also tried to deny the geopolitical destiny of Germany, causing a war only in the interest of the Anglo-Saxons and for their rule over the World. Par excellence, therefore, both the Russian mistake in World War I and the German fault in World War II temporarily paid off for Poland - however, in the first case, almost only because there was simply a season to appoint small and weak national transition states in Central Europe as a necessary stage of reaching World Government (i), and in the second case, we were shielded by the scale of the Soviet victory and the suspension by communism of further geopolitical and civilization processes for less than half a century.

For the truth, the German-Russian alliance, or more broadly the Euro-Eurasian alliance, is the most obvious thing in the World, and it is by no means true that this is a deal, without exception, that can only deadly for the very existence of Poland. Well, that is, this is deadly, but only in a situation where Poland itself assumes the absurd role of the Trojan horse of Atlantism, deliberately acting against its own geopolitical determination. If we, Poles, stop considering as our historical mission to counteract the absolutely necessary combination of the potential of Europe and Eurasia - then we will become BENEFICIARIES, and not a hindrance to this process, which is also profitable for us.

China: A Necessary Fulfilment To Eurasia

Equally evident, but more recent date, is the geopolitical falsehood of the conflict with China, which seems to be the dominant economic power of Asia, and is our natural partner, not an enemy, for Poland and the whole of Central Europe, thus providing an opportunity to escape the trap of medium development and investment, barely keeping us alive, but transferring profits outside our country. And it does not matter for such an emerging natural European-Russian-Chinese alliance that historically China had moments in its long history, or rather makings, when the periodic advantage of the mercantile factor could make it the Ocean Empire. However, there has always been an introverted withdrawal to the Continental areas and the return of the domination of the political factor over the trade factor, typical for this formation.

Now the situation might only look different. But is it really bad? Let us remember, however, that such as United States had all the data to not go Alfred Mahan’s way, but to remain an alternative Continent, that is China has this comfort in the opposite direction to some extent. Their real return to Zheng He’s routes does not have to deny Eurasianism, but only supplement its formula.

Anyway, the Eurasian choice of Europe (including Poland) would be a salvation for all of us from the burdensome American dependence and the destruction of suicide, which for the Old Continent were two World Wars, and for Poland a joyful appearance in the Second one as a pretext, a spark, and the first a victim of a conflict that artificially divides (our) natural allies. In fact, the axis from Berlin through Warsaw to Moscow and Beijing, the continental bridge that realists wrote about, who saw geopolitical and geoeconomic benefits and obviousness – this is the future. Let us not repeat the mistakes of our ancestors, let us not ignore the reality that is happening around us. Whenever we went against our geopolitical destiny in history, only sacrifice and destruction awaited us. It is high time to change that.

(i) Nota bene, on the eve of the Great War, Russia was planning to give Poles independence, because it was already fed up with us, and its ruling spheres felt a deep reluctance to think about joining more lands inhabited by Poles. In addition, the Russians finally found a partner, in the form of Polish National-Democracy, to whom they could leave Poland - both in the conviction of the unity of interests and the durability of such governments in reborn Poland, more reliable than conservatives deprived of social support. This has been a theme that has been running in Polish-Russian relations for 300 years. Already Catherine II, sending Nikolai Repnin to Poland as her ambassador, instructed him: "We need reliable Poles!". And nothing has changed since the times of the Great Empress...

By Konrad Rękas
Polish journalist
 

mercredi, 09 septembre 2020

Kris Roman ontmoet Dr Koenraad Elst over Indië/China - deel 2 & deel 3

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Время Говорить:

Kris Roman ontmoet Dr Koenraad Elst over Indië/China - deel 2 & deel 3

Deel 1:

http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2020/09/01/kris-roman-ontmoet-dr-koenraad-elst-over-indie-china.html

 
 
Deel 2 In het praatprogramma Время Говорить ('Tijd om te Spreken') ontvangt Kris Roman speciale gasten die hun bevindingen en kennis over actuele thema's aan het grote publiek verduidelijken.
 
In deze aflevering, opgenomen op 17-08-2020, is Dr. Koenraad Elst te gast. Recent (zomer 2020) vonden er dodelijke schermutselingen plaats tussen Indiaase en Chinese grenswachten plaats.
 
Dr. Koenraad Elst zal ons verduidelijken wat er aan de hand is. De veelheid aan informatie die Dr. Koenraad Elst meegaf verplicht ons het interview in drie delen te publiceren.
 
Dr. Koenraad Elst is Dokter in de Oosterse filologie en geschiedenis, Licentiaat in de wijsbegeerte, Indo-Iranistiek en Sinologie.
 
 
Deel 3:
 

samedi, 05 septembre 2020

Observations sur le devenir eunuque de la tyrannie en Occident

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Observations sur le devenir eunuque de la tyrannie en Occident

par Nicolas Bonnal

« Alors les requins arrivèrent et mangèrent les femmes et les enfants d’abord ».

La montée du totalitarisme se précipite en occident.  Ce totalitarisme n’est pas vraiment puritain comme le pense Shamir ; il est obsédé sexuel et il pousse jusqu’à l’abjection sa tendance sadique et perverse. Contrairement à ce que d’autres aussi pensent la cible n’est pas le mâle blanc, mais la possible famille, entité potentiellement naturelle et reproductrice,  qu’il s’agit d’éradiquer, en commençant du reste par les femmes et les enfants. Il s’agit donc de détruire les trois, la femme, l’enfant, l’homme. Comme disait Chesterton la famille est le seul Etat qui crée et aime ses citoyens, elle est donc l’Etat à détruire pour les princes de ce monde et leurs stewards.

ARIANE-BILHERAN.jpgCible enfantine ? La philosophe Ariane Bilheran rappelle à ce sujet :

« L’école n’accomplit plus sa mission, et chaque jour le niveau dégringole dans les égouts, laissant des générations à l’abandon, et des professeurs pieds et poings liés avec le sentiment qu’ils ne parviennent pas à accomplir leur mission, tout simplement parce que, si ces bases fondamentales ne sont pas acquises (au lieu de cela, je rappelle que l’OMS préconise d’enseigner « les relations sexuelles » avec pénétration » à l’âge de 6 ans – mention ajoutée dans la version en espagnol « con penetración », « avec pénétration », je renvoie à mon livre L’imposture des droits sexuels), rien ne pourra s’inscrire ensuite du côté des apprentissages intellectuels. »

L’obsession pédophile est officialisée à l’école, rappelle Ariane :

« Enfin, j’imagine que lorsque l’enfant subira les cours sur les « droits sexuels », avec l’enseignant « partenaire » (dont je rappelle qu’il s’agit d’un « éducateur sexuel » habilité par le ministère de la santé, et non pas d’un professeur de l’éducation nationale normalement constitué, cf. mon livre L’imposture des droits sexuels), le masque sera bien pratique pour le faire taire et le conditionner encore plus à se taire… »

Je vous laisse découvrir les trente pages (gratuites) de ce travail admirable et généreux (l’auteure a été virée de Facebook comme je le suis de…Google, coronavirus oblige). Et j’en viens à mon affirmation : l’affirmation d’un pouvoir de type eunuque au niveau occidental. Les hommes politiques n’ont plus de famille ou d’enfants, et on dirait que c’est pour cela qu’ils ont été choisis, de Merkel à Macron, et du Luxembourg à l’Irlande. La première ministresse finlandaise se vante d’avoir été éduquée par un couple de même sexe (il y a encore des sexes alors?). C’est même pour cela qu’elle a été choisie (car on n’élit plus personne, on maintient au pouvoir).

Enfin établissons une constatation ; ces personnalités sont autoritaires et adorent commander, surveiller, sanctionner. Leur pouvoir s’est étendu avec l’informatique et  le coronavirus leur a permis d’établir leur dictature. Je pense souvent à Hal 9000  et à sa voix asexuée dans 2001, et j’ai établi un lien dans mon livre sur Kubrick entre l’ordinateur et l’hermaphrodite. L’ordinateur désexualise l’humanité, alors on en profite. Chesterton a vu que l’Amérique était déjà une nursery en arrivant aux USA et que le citoyen du futur serait considéré comme un enfant. D’où la rage mondiale et mondialiste quand la Clinton ne fut pas élue…La révolte des « déplorables » fut jugée inqualifiable et la tyrannie virale a permis de le châtier (piquer) comme il se devait.

41VMQS9SW9L._SY291_BO1,204,203,200_QL40_ML2_.jpgCette réalité du pouvoir eunuque m’est  apparue en lisant Michel Maffesoli qui citait le chercheur hongrois Balazs. Pourquoi ? Parce que ces auteurs ont découvert (Balasz) et rappelé (Maffesoli) que les eunuques ont déjà gouverné le monde, avec leur gant de velours et leur main de fer. C’était dans l’empire chinois de la décadence.

Je cite Maffesoli qui va se faire attraper par la police :

« Dans son livre La bureaucratie céleste, l’historien de la Chine antique, Etienne Balazs, souligne la prédominance des eunuques dans l’organisation de l’Empire. Ne pouvant procréer ils élaborent une conception du monde dans laquelle un ordre abstrait et totalement désincarné prédomine. L’élément essentiel étant la surveillance généralisée. »

Puis il applique à notre triste époque :

« En utilisant, d’une manière métaphorique cet exemple historique, on peut souligner que la mascarade en cours est promue par la « bureaucratie céleste » contemporaine dont l’ambition est stricto sensu d’engendrer une société aseptisée dans laquelle tout serait, censément, sous contrôle. Et en reprenant la robuste expression de Joseph de Maistre, c’est toute « la canaille mondaine » qui sans coup férir s’emploie non pas à faire des enfants, mais à infantiliser la société : il faut en effet noter que pas un parti politique n’a osé s’élever contre le port du masque généralisé. »

En surgit un ordre puritain basé sur la technologie, donc éminemment anglo-saxon :

Ce qui montre bien, endogamie oblige, que c’est la classe politique en son ensemble, aidée par des médias aux ordres et soutenue par des « experts » soumis, qui est génératrice d’un spectacle lisse et sans aspérités. Mais l’hystérie hygiéniste, le terrorisme sanitaire, ne sont pas sans danger. Car c’est lorsqu’on ne sait pas affronter le mal que celui-ci se venge en devenant en son sens strict pervers : per via, il prend les voies détournées s’offrant à lui. »

Je ne partage pas la suite du texte qui évoque une réaction soi-disant un peu bestiale ; je suis plus pessimiste que cela. Comme l’a dit Paul Virilio peu avant de mourir, nous vivons dans une société de dissuadés.

md30420192686.jpgJe cite maintenant Etienne Balazs, qui a mieux souligné que Marcel Granet ou René Guénon les périls de cette société chinoise de l’époque baroque, apparemment sage et traditionnelle :

« Cette élite improductive tire sa force de sa fonction socialement nécessaire et indispensable, de coordonner, surveiller, diriger, encadrer le travail productif des autres. »

Et en effet cette élite eunuque s’occupe de tout, se mêle de tout et gère tout, un peu comme l’Etat bonapartiste décrié par Marx dans son fastueux 18 Brumaire.

  1. Taricat, un commentateur de Balazs, écrit sur la stérilisation de la société par cette élite eunuque qui fait tant penser à nos eurocrates :

« Mais c'est surtout par une répression plus subtile que cette classe dominante se reproduisait. Détenant le monopole de l'éducation, elle avait mis en place un régime d’enseignement et d'examens qui sélectionnait le recrutement des fonctionnaires ; cooptation, recommandations, examens permettaient la reproduction d'une élite intellectuelle présentant une uniformité de pensée tout à fait propice à la cohésion de l'appareil administratif. »

Cette classe, comme la mondialiste ou l’énarchie qui nous dirige, hait le petit capitalisme qui survivrait (services, hôtels, restauration, etc.), les petits entrepreneurs, les travailleurs autonomes :

« Outre cette raison, la principale entrave au développement capitaliste fut la mainmise totalitaire de l'Etat qui paralysait toute initiative privée, n'accordant le droit à l'investissement qu'à ses propres fonctionnaires (et uniquement pour l'investissement foncier). Nous voudrions ajouter à cette argumentation que te monopole d'exploitation de la main d'œuvre étant constamment détenu, par l'Etat, il n'y avait pas de travailleurs libres sur le marché, condition impérative, comme l'a montré Marx, du développement capitaliste. »

Elle a donc détruit la Chine et permit son invasion et son pillage par un occident toujours aussi inconscient de ses crimes et de sa bêtise.

Voilà où nous en sommes : et je rappellerai la fin de 2001 quand l’ordinateur extermine l’équipage qu’il juge impropre à mener la mission. On en revient aussi à Matrix et à cet objectif sinistre de liquider ce virus qu’est l’homme.

Sources :

Michel Maffesoli : Macron ventriloque de la farce masquée (le courrier des stratèges)

Étienne Balazs, La bureaucratie céleste : recherches sur l'économie et la société de la Chine traditionnelle, Paris, Gallimard, 1968

Taricat Jean. http://www.persee.fr/doc/homso_0018-4306_1969_num_12_1_1221

Le moment paranoïaque (le déferlement totalitaire) face à la dialectique du maître et de l’esclave, Ariane BILHERAN

Bonnal – Kubrick (Dualpha, Amazon)

mercredi, 02 septembre 2020

Kris Roman ontmoet Dr Koenraad Elst over Indië/China

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Время Говорить

Kris Roman ontmoet Dr Koenraad Elst over Indië/China

Nederlandse versie

 
In het praatprogramma Время Говорить ('Tijd om te Spreken') ontvangt Kris Roman speciale gasten die hun bevindingen en kennis over actuele thema's aan het grote publiek verduidelijken. In deze aflevering, opgenomen op 17-08-2020, is Dr. Koenraad Elst te gast. Recent (zomer 2020) vonden er dodelijke schermutselingen plaats tussen Indiaase en Chinese grenswachten plaats. Dr. Koenraad Elst zal ons verduidelijken wat er aan de hand is. De veelheid aan informatie die Dr. Koenraad Elst meegaf verplicht ons het interview in drie delen te publiceren.
 
Dr. Koenraad Elst is Dokter in de Oosterse filologie en geschiednis, Lycentiaat in de wijsbegeerte, Indo-Iranistiek en Sinologie.
 

03:07 Publié dans Actualité, Traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, tradition, inde, chine, koenraad elst, histoire | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

dimanche, 30 août 2020

Effondrement occidental : l’Allemagne tentée par l’axe Moscou-Pékin ?

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Effondrement occidental : l’Allemagne tentée par l’axe Moscou-Pékin ?

Le chaos post-Covid dans lequel se débat l’empire occidental capitaliste pourrait bien rebattre les cartes des alliances géopolitiques plus vite qu’il n’y paraît. « L’Alliance eurasienne définitive est plus proche que vous ne le pensez », écrit le journaliste Pepe Escobar dans un récent billet.

Rappelons que l’Eurasie désigne conjointement l’Europe et l’Asie en tant que continent unique. Comme nous l’explique le Grand jeu à longueur de ses chroniques reprises sur le yetiblog, l’alliance Moscou-Pékin est déjà factuelle à l’heure qui l’est. Ces deux puissances ont bien compris qu’une véritable puissance se mesurait à deux critères :

  • son autonomie économique-énergétique-technologique (souveraineté)
  • une alliance intelligente avec le ou les puissances qui peuvent lui permettre de se procurer ce dont elle manque encore.

Il est une autre chose que ces deux puissances émergentes ont aussi très bien assimilé : on ne peut plus compter sur une vieille puissance décatie comme l’est l’Amérique de Trump (ou de Biden). Pepe Escobar citant Poutine :

« Négocier avec l’équipe Trump, c’est comme jouer aux échecs avec un pigeon : un oiseau dément qui marche sur l’échiquier, chie sans discernement, renverse des pièces, déclare la victoire, puis s’enfuit. »

Le pragmatisme allemand dans l’océan des dérives psychopatheuses occidentales

À la différence de leurs homologues déments du bloc occidental. Poutine et Xi Ping ont ceci de commun qu’ils sont de vrais chefs d’État pragmatiques et intelligents, pas les chargés de mission demeurés et inopérants de quelques mafias financières occultes en pleine désintégration (suivez mon regard du côté de l’Élysée).

Un seul pays occidental échappe au carnage psychopatheux qui frappe le bloc occidental : l’Allemagne. C’est le fameux pragmatisme allemand qui a permis à ce pays de se tirer de l’épisode pandémique de coronavirus bien mieux que ses voisins européens. C’est le pragmatisme allemand qui a fait de Berlin la puissance dominante de l’assemblage hétéroclite qu’est l’Union européenne. Et soyez persuadés que Frau Merkel a pris depuis longtemps la mesure de la déliquescence de ses homologues washingtoniens quels qu’ils soient ou quels qu’ils pourraient être après la présidentielle US du 3 novembre.

Lorsqu’il parle d’« alliance eurasienne » – qui devrait inclure l’ensemble de la partie occidentale du continent européen – Pepe Escobar évoque naturellement surtout une jonction Berlin-Moscou-Pékin, les autre pays membres de l’UE étant partie négligeable, sinon ridicule.

Le lobbying de Moscou et de Pékin auprès de Berlin

Il va de soi que l’Allemagne a encore de nombreux intérêts à défendre au sein du bloc occidental, ses exportations d’automobiles vers les États-Unis par exemple. Mais l’effondrement économique de l’Occident, les désordres monétaires qui finiront par s’ensuivre avec un euro trop fort pénalisant les exportations allemandes, le constat enfin que l’axe Pékin-Moscou est en train de prendre l’ascendant militaire sur l’empire US, y compris dans sa chasse-gardée maritime, font grandement réfléchir la chancellerie allemande. Se couper de l’approvisionnement en gaz et pétrole russes, risquer de subir une fermeture du détroit d’Ormuz suite aux agressions permanentes du Deep State US contre l’Iran serait suicidaire pour l’Allemagne.

Si l’axe Moscou-Pékin est déjà une réalité, écrit Pepe Escobar, le rapprochement Berlin-Pékin est déjà largement avancé. Et le chaînon manquant, mais pas si lointain, pragmatisme oblige, est le lien Berlin-Moscou. La conclusion imminente du Nord-Stream II, le lobbying malin de Moscou pour séduire Frau Merkel et surtout les séquelles économiques inouïes de l’épidémie de Covid sur le capitalisme occidental, pourraient bien précipiter ce jeu de bascule fatal pour Washington.

=> Lire : Definitive Eurasian Alliance Is Closer Than You Think par Pepe Escobar sur Zero Hedge.

dimanche, 16 août 2020

Communisme revisité : ces nouveaux penseurs dont s’inspire Xi Jinping pour diriger la Chine d’une main de fer

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Communisme revisité : ces nouveaux penseurs dont s’inspire Xi Jinping pour diriger la Chine d’une main de fer

Ex: https://www.atlantico.fr

 
 

Atlantico.fr : Quelles sont les influences philosophiques dont semble s'inspirer Xi Jinping, notamment dans sa gestion de la crise de Honk Kong ?

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Barthélémy Courmont : Les influences du régime chinois depuis quelques années, et notamment après l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, semblent converger vers la reconnaissance des multiples facettes de la pensée chinoise. On pense aux travaux influents de Yan Xuetong sur le neoconfucianisme, ou encore au Tianxia 2.0 de Zhao Tingyang, entre autres. Ces penseurs brillants et reconnus ont en commun de mobiliser les fondements de la civilisation intellectuelle chinoise pour inscrire le régime dans la continuité de cette histoire pluri-millénaire et, à l’heure où la Chine revient au centre du monde après un siècle-et-demi de mise à l’écart (qualifiés à tort ou à raison « d’humiliations »), de légitimer le pouvoir. C’est une véritable rupture avec la révolution culturelle et le maoïsme, qui privilégiaient la mise au pilori des anciennes pensées et avaient pour ambition de créer une société nouvelle et « pure ». Cette ligne idéologique très prononcée, et qui mena la Chine au désastre, a donc laissé place à une approche pragmatique et inclusive de tout ce qui a fait la Chine, y-compris le nationalisme du Kuomintang. C’est pour cette raison qu’il est erroné de considérer que le régime actuel est profondément marqué idéologiquement, sa force étant précisément de ne pas être prisonnier d’une doctrine trop rigide.

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Il est en revanche indiscutable, et les événements de Hong Kong le confirment, que l’affirmation de puissance chinoise s’accompagne d’une certaine manière de penser les institutions chinoises. Et sur ce point, l’obsession de la stabilité et de la légitimité (inspirée du mandat céleste de la Chine impériale) est au cœur des préoccupations des dirigeants actuels, avec en conséquence une très grande méfiance pour les mouvements démocratiques, qualifiés de déstabilisants, voire chaotiques, et la justification d’un régime fort, au nom de l’ordre et de la stabilité. On trouve ainsi des influences diverses, chinoises mais aussi étrangères, y-compris chez des théoriciens très marqués comme le nazi Carl Schmitt, qui mettait en avant les « vertus » d’un système étatique fort face aux risques de chaos des démocraties. En clair, les influences politiques de a Chine contemporaine ne sont pas libérales, le libéralisme politique étant même suspecté d’être instrumentalisé par des puissances étrangères. 

Concernant le sort de Hong Kong, ces influences diverses expliquent le durcissement des mesures chinoises, tout autant que la mise en avant d’un « complot » étranger, pour ne pas dire occidental, qui ferait de Hong Kong une épine dans le pied de Pékin. Cette approche converge avec l’idée selon laquelle, pour les dirigeants chinois, Hong Kong appartient à la Chine depuis 1997, et que Pékin a donc toute autorité pour faire évoluer le système politique selon son bon vouloir. Il est à ce titre important de rappeler que toute critique de la répression à Hong Kong est qualifiée par Pékin d’ingérence dans ses affaires intérieures.

Ces influences sont-elles surprenantes ?

Non, pour plusieurs raisons. D’abord parce que derrière le vernis des discours convenus, la Chine n’est plus communiste (dans sa version maoïste, et même marxiste-leniniste) depuis quarante ans. Ce qui ne veut pas dire qu’elle est libérale (pourquoi le binarisme hérité de la Guerre froide doit-il nécessairement opposer les deux, sans alternative?). Les dirigeants chinois continuent d’honorer Mao Zedong dans le seul but de maintenir la stabilité du régime et d’éviter le sort de l’URSS, mais à continuer de croire que la Chine est communiste, les puissances occidentales s’enfoncent dans une voie sans issue. La Chine est autoritaire et ne s’en cache pas. Elle n’hésite plus d’ailleurs à comparer les vertus de son autoritarisme (stabilité et ordre, toujours) aux vices de la démocratie qu’elle juge incapable de répondre aux attentes des populations. Il y a lieu de s’en inquiéter, mais c’est en tout cas le vrai défi chinois, le communisme étant réservé à ceux qui restent englués dans une logique de guerre froide d’un autre âge.

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Ensuite, tout connaisseur de l’histoire de la Chine comprend l’obsession de la stabilité, compte-tenu des innombrables révoltes que ce pays a connues. Dès lors, une pensée politique ne peut être influente auprès des dirigeants chinois que si elle met en avant la stabilité, et donc prône un régime fort.

Enfin, le mandat de Xi Jinping coïncide avec une affirmation de puissance (la Chine est devenue deuxième puissance économique mondiale en 2010, soit peu avant l’arrivée au pouvoir de Xi) et, dans le même temps, une faillite des Etats-Unis sûr la scène internationale. Contrairement à ses deux prédécesseurs, Xi a des ambitions qu’il ne cache pas, avec une feuille de route dont l’objectif est le statut de première puissance mondiale (pas uniquement économique) en 2049. Dans ce contexte, une pensée à la fois nationaliste et mettant en avant la récupération des territoires perdus bénéficie d’une grande influence.

Au regard de ces influences philosophiques, que peut-on deviner des intentions politiques du président chinois pour l'avenir ?

Il faut bien avoir en tête, et c’est trop rarement le cas quand on cherche à comprendre la Chine, que cohabitent plusieurs courants de pensée, et que leurs influences sont plus ou moins importantes selon les équipes au pouvoir et le contexte politique (et géopolitique). Dès lors, et compte-tenu des conséquences de la crise sanitaire, tant économiques et sociales que politiques voire identitaires et sécuritaires, les intellectuels les plus influents pourraient être concurrencés par d’autres courants de pensée. Il n’y a pas d’idéologie figée au sommet du pouvoir en Chine, tout dépendra surtout des succès ou des échecs du pouvoir actuel.

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Concernant Xi Jinping, il est indéniable que le président chinois est plus « fort » que ses prédécesseurs et qu'il rassemble de nombreux pouvoirs. Mais il peut aussi être contesté selon ses résultats. Ses ambitions de recomposer l’espace chinois sont sans doute les plus inquiétantes, notamment en ce qui concerne Taïwan. Hong Kong pourrait n’être  qu'une étape, sorte de test pour mesurer les réactions aux ambitions de la Chine.

lundi, 10 août 2020

China: Zwischen Neuer Weltordnung und Neuer Seidenstraße

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China: Zwischen

Neuer Weltordnung

und Neuer Seidenstraße

 

von Alexander Markovics

Kaum ein Land fasziniert und polarisiert westliche Beobachter heute so sehr wie China. In den Augen des Westens ist China eine totalitäre kommunistische Diktatur, dass durch seine mustergültige kapitalistische Wirtschaft nun dazu in der Lage ist, autoritäre Regierungen auf der ganzen Welt zu unterstützen. Gleichzeitig ist der Westen aber von ihm wirtschaftlich und nun auch zunehmend technologisch abhängig, Stichwort 5G. Doch wie kam es dazu, dass dieses Land, dass nach dem Zweiten Weltkrieg der ärmste Staat der Welt war heute eine Wirtschaftsmacht sondergleichen werden konnte? Und wie gefährlich ist Peking wirklich? Droht Europa die „Gelbe Gefahr“ wie uns neokonservative Propagandisten in Bezug auf den Coronavirus und angebliche Weltmachtsambitionen glaube machen wollen?

Nach dem Ende des Zweiten Weltkriegs in Asien und den Wirren des Bürgerkriegs zwischen Nationalisten und Kommunisten gelang es dem Land unter der Führung der Kommunistischen Partei Mao Zedongs, im Rahmen des von ihm propagierten Marxismus mit sinischen Charakteristiken, zur Atomwaffen besitzenden und blockfreien Macht aufzusteigen. Außenpolitisch orientierte sich China in dieser Periode an den Prinzipien des Antiimperialismus und schaffte es nicht nur dem Westen in Korea Paroli zu bieten, was zur bis heute andauernden Teilung des Landes führte, sondern auch zur Unterstützung zahlreicher kommunistischer Aufstandsbewegungen gegen die europäische Kolonialherrschaft in Afrika, was China bis heute großes politisches Renomee auf dem schwarzen Kontinent verschafft hat.

Die Idee einer blockfreien Bewegung, die sowohl vom Westen als auch vom sowjetkommunistischen Osten unabhängig sein sollte, verschafften dem kommunistischen China sogar in Europa eine gewisse Strahlkraft, wo nicht nur die Teile der radikalen Linken und Albanien sich an Peking zu orientieren begannen, sondern auch Proponenten eines genuin europäischen Sozialismus wie Jean Thiriart, die chinesische Unterstützung für den Aufbau einer europäischen Befreiungsarmee im Kampf gegen die USA suchten. Doch beseelt vom Wunsch China in Redkordtempo zu industrialisieren (Großer Sprung nach Vorne) und eine Verbürgerlichung und Erstarrung des Kommunismus im eigenen Land zu verhindern (Kulturrevolution) brachte Mao das Land an den Rand eines neuen Bürgerkriegs, verschlimmerte oder bescherte ihm (je nach Perspektive) eine katastrophale Hungersnot und sorgte für einen kulturellen Genozid an Chinas jahrtausendealter Kultur.

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Auch die Sowjetunion beäugte diese Ereignisse kritisch und entzog China sogar die zugesagte Hilfe beim Aufbau eines eigenen Atomprogrammes. Das daraus hervorgehende Chinesisch-sowjetische Zerwürfnis führte zu einem innerkommunistischen Kalten Krieg, der auch von Einkreisungsängsten Chinas hinsichtlich der UdSSR und einer Kritik am aus pekinger Sicht zu laschen Kurs Moskaus gegen den Westen getrieben war, der schließlich den USA zu gute kam. Nach Maos Tod kam es zu einer Revolte des pragmatisch orientierten Parteiflügels gegen die Thronfolger Maos. Aus dieser ging der dem konservativen Flügel der chinesischen KP angehördende Deng Xiaoping siegreich hervor und schaffte es das Land nach den Schrecken der Kulturrevolution wieder in die Normalität überzuführen und das chinesische Wirtschaftswunder, welches China heute zur zweitgrößten Wirtschaftsmacht der Welt machte, einzuleiten. Dazu schuf Deng zahlreiche Sonderwirtschaftszonen im Land, wo Formen der Marktwirtschaft abseits der kommunistischen Zentralplanung getestet werden sollten.

Dadurch wurde der Grundstein für Chinas Status als Exportnation und den technologischen Austausch mit dem Westen gelegt. Vor dem Hintergrund dieser geschichtlichen Entwicklung muss die derzeitige Führung der kommunistischen Volksrepublik unter Xi Jinping mitsamt ihrer geopolitischen Vorstöße gesehen werden. Obwohl sein Vater einer jener Parteikader war, die unter Maos Kulturrevolution in die Verbannung aufs Land geschickt wurden, ist es gerade Xi der die größte Machtfülle aller chinesischen Machthaber seit Mao besitzt. Als Präsident auf Lebenszeit ist ihm nicht nur die größte kommunistische Partei der Welt untergeordnet, sondern auch gleichzeitig die chinesische Volksbefreiungsarmee, die direkt auf die Partei, nicht etwa auf den Staat, vereidigt ist. Politisch sieht sich China selbst als „leninistische Marktwirtschaft“, die gewisse Aspekte des Kapitalismus unter Führung der kommunistischen Partei in ihre eigene Wirtschaft integriert. Was widersprüchlich klingen mag, widerspricht sich insofern nicht selbst, als das schon Marx den Kapitalismus als notwendige Voraussetzung für ein wahrhaft kommunistisches System erkannt hatte. Dies sieht man auch am Staatsapparat selbst, der von seinem Selbstbewusstsein her eindeutig kommunistisch ist und sich weiterhin zu Karl Marx und Lenin bekennt, dabei aber die Besonderheit des chinesischen Weges betont.

Kulturpolitisch versucht man sowohl Tradition und Moderne zu vereinen, was sich nicht nur in der Hinwendung zur konfuzianischen Philosophie, sondern etwa auch in einer Rehabilitierung der chinesischen Ahnenreligion, dem Shenismus, ausdrückt. Ein starker, staatlich geförderter Nationalismus hält das über eine Milliarde Einwohner zählende Land zusammen, was sich etwa auch darin ausdrückt, dass sich über 90% aller Chinesen zur Ethnie der Han bekennen. Geopolitisch verfolgt China mit der Neuen Seidenstraße ein in der Geschichte noch nie dagewesenes Infrastrukturprojekt. Das als „Ein Gürtel – eine Straße“ betitelte Projekt umfasst mehr als 60 Länder in Afrika, Asien und Europa. Der geplante Wirtschaftsgürtel folgt dabei dem Verlauf der antiken Seidenstraße, wohingegen die (maritime) Straße durch die Häfen Südostasiens, Indiens und Afrikas bis in die Levante und das Mittelmeer verläuft. Was insbesondere für Europa und Afrika nach einer großen Chance für engere wirtschaftliche Beziehungen mit China klingt, ist für die USA der reinste Alptraum.

Seit Admiral Halford Mackinder seine Herzlandtheorie Anfang des 20. Jahrhunderts dargelegt hatte, versuchen sie ein Zusammenwachsen der Eurasischen Halbinsel zu verhindern und genau das wird durch das chinesische Projekt letztlich erreicht. Denn China intensiviert im Zuge der seit 2013 laufenden Bemühungen um die Neue Seidenstraße nicht nur seine Beziehungen zu Russland und damit Eurasien, sondern sucht im Rahmen der Shanghaier Organisation für Zusammenarbeit den Farbrevolutionen der USA in Asien einen Riegel vorzuschieben und politische Lösungen auch mit dem Iran, Pakistan und dem Rivalen Indien zu finden. Dazu gehören auch Marinestützpunkte Chinas, wie am Horn von Afrika und ein Aufrüsten seiner Streitkräfte. Den intellektuellen Unterbau für dieses ganz Eurasien umfassende Integrationsprojekt liefert der aus Guangdong stammende und in Peking lehrende Philosoph Zhao Tingyang. In seinem 2005 auf chinesisch und 2020 in deutscher Übersetzung erschienenem Buch „Alles unter dem Himmel. Vergangenheit und Zukunft der Weltordnung“ legt Zhao die Grundlage eines Gegenuniversalismus, der ausgehend vom Konzept des tianxia (Alles unter einem Himmel), dem „Miteinander der zehntausend Völker unter einem Himmel“ der chinesischen Antike, das friedliche Zusammenleben und die Kooperation der Völker auf der Erde gewährleisten soll.

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Die Grundlage dabei bildet nicht wie im westlichen Liberalismus das Individuum, sondern die Sippe und das Volk. Dabei geht er nicht von der Bestimmung des Feindes als grundlegendem Merkmal des Politischen aus wie es vom Konservativen Revolutionär Carl Schmitt definiert wurde, sondern sieht der konfuzianischen Philosophie folgend die Kooperation zwischen den Menschen als das Wesen des Politischen an. Dabei kritisiert er den liberalen Kulturimperialismus und Demokratieexport des Westens scharf und fordert die USA dazu auf, es den verschiedenen Völkern selbst zu überlassen ihr politisches System zu wählen. Die gegenwärtige Außenpolitik sieht er als unzureichend an, da sie sich nur mit den aus seiner Sicht egoistischen Problemen der Nationalstaaten beschäftigen würde, dabei aber außerstande sei große Probleme wie etwa den Palästinakonflikt zu lösen.

Die gegenwärtige, von den USA geprägte Weltordnung sei in Wahrheit ein Chaos, daher fordert Zhao eine Weltpolitik, welche auf einer globalen Ebene dazu in der Lage ist Lösungen für politische Probleme, welche alle Völker betreffen, zu erarbeiten. Da die Globalisierung immer stärker die Defizite der internationalen Politik enthülle, tue neben der staatlichen und zwischenstaatlichen Politik eine Weltpolitik not, wobei er die Schaffung eines Weltstaates vehement ablehnt. Denn ohne Weltordnung drohe die Gefahr, so Zhao, dass Medien-, Finanz- und Hochtechnologiefirmen die Staaten Stück für Stück kidnappen würden, wodurch sich der Mensch selbst sein eigenes jüngstes Gericht schaffen würde. Angesichts dieser Ideen und der bisherigen Außenpolitik unter Xi Jinping braucht man vor dem neuen China keine Angst zu haben.

vendredi, 31 juillet 2020

Brief Thoughts on Tao Te Ching

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Brief Thoughts on Tao Te Ching

Ex: http://www.counter-currents.com

Author’s note: Cited passages are taken from the 1988 Stephen Mitchell translation, London, Macmillan.

Tao Te Ching, the “Book of the Way,” was ostensibly composed by the pseudonymous Lao Tzu, about whom next to nothing is known, sometime around the time of Confucius (551-479 BC). It’s things like this that add even more irresistible mystique to this slender volume, its lucid prose and valuable insights aside. Tao Te Ching reads like a happy accident of the recorded histories of Earth, its ruminations on being not-being coming across almost ironically due to the fact that they exist on paper. In some ways, one could argue that Tao being extant is one of the greatest ironies known to man.

Aside from its ephemeral diction and the general obscurity of its author, Tao is known for the basic description of the ideals of Taoism — that is, living in accordance with Tao, the “way” or “truth” of the universe. Much of the Western conception of Eastern spiritualism and the thinking of East Asians stems from our exposure to the practices of Confucianism and Taoism, with many things from either school often being inaccurately attributed to the other in our collective conscience. In some ways, the appeal of the East when it comes to Western thought can be partially explained by this same alienness and exoticness, but with the important caveat that these works still remain intelligible to us within our own cultural context. The great Ezra Pound was famously inspired by Eastern poetry and art in his own compositions, cutting his teeth on translations of Confucius and other great Chinese writers both before and during his own time as a writer. Reading through the Cantos alongside Tao will inevitably reveal some parallels to the reader.

East Asian writings are so stimulating to the right kinds of Western minds because they often dwell upon the same topics that Westerners dwelled upon, but with a wholly different set of ethics and metaphysical principles underlying their thought processes. It is not necessarily true that Asian philosophers arrive, invariably, at conclusions or questions remarkably similar to those in the Western tradition, but that our readings of these works with the mind of a Westerner allows us to make connections to concepts that we deal with in our own philosophical musings — in some ways, we’re comparing notes, and in other ways, we’re taking away insights that could only be made possible by our own conceptions of things like honor and being. The Western Taoist and the Eastern Taoist inevitably practice the Way differently, but that may also be the point.

To explain the premises of Taoism now would take days, so I encourage anyone interested in the book or this philosophy to explore it on their own. Rather, I would like to focus on two concepts discussed in Tao that are immediately applicable to the struggles of the West; and more specifically, those fighting to save it.

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One of the most important concepts in Tao is that of the awkwardly-rendered and deliberately ambiguous “being not-being,” — effortless action, wu wei 無爲 — the act of living in accordance with the Way. Action springs forth from the knowledge that the situation at hand is unknowable, but through observation and instinct, can be made known by one’s own hand. One of the more elegant descriptions of this premise comes from zhang 22:

The Master, by residing in the Tao,
sets an example for all beings.
Because he doesn’t display himself,
people can see his light.
Because he has nothing to prove
people can trust his words.
Because he doesn’t know who he is,
people recognize themselves in him.
Because he has no goal in mind,
everything he does succeeds.

It would be easy to dismiss this as nonsensical babble. But the truth of this particular segment lies in how one determines the meanings of the self and what it means to “know” who one is. In the less abstract sense of things, one could argue that the West is in a permanent state of unknowing of our identity, especially in the modern day and age in which such things are nebulous and often impossible to grasp.

But doesn’t the idea of rejecting a concrete definition of one’s identity fall directly in opposition to our struggle, the struggle of asserting our collective identities and personhood in the face of those who claim such things do not exist? Not necessarily. One could also make the argument that knowledge of the self in terms intelligible to another human, or in fact, one’s own self, because we speak to ourselves in the tongue understood by others, is not actual knowledge of one’s identity at all. The idea of not-being or not-knowing in the Tao is the idea of shrugging off the medium through which we parse these concepts — is a description of yourself really useful when the words you need to use to describe such a thing are mired in their own implications and subtexts? We can say that we are white, European, traditionalists, nationalists, or any other number of these things when talking to others. But who are we, really?

The next zhang offers some clues:

Express yourself completely
then keep quiet.
Be like the forces of nature:
when it blows, there is only wind;
when it rains, there is only rain;
when the clouds pass, the sun shines through.

If you open yourself to the Tao,
you are at one with the Tao
and you embody it completely.
If you open yourself to insight,
you are at one with insight
and you can use it completely.
If you open yourself to loss,
you are at one with loss
and you can accept it completely.

Open yourself to the Tao,
then trust your natural responses;
and everything will fall into place.

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Far from the pacifism or woo-ish “let the wind blow” weaves of New Agey nonsense, our Lao Tzu seems to be telling us that there is intense value to be found in the visceral — the visceral tempered by the knowledge gleaned as we spring into action. We as fighters for the West are not-are by engaging in action when we see that our struggle demands it. When we march, we think not of ideas. Even when we write of ideas, we think not of ideas; we make them known to us through the swift motion of our understanding making its way forth by ink onto paper. When we decided to make the plunge into these spheres, knowing that it may well cost us our lives or livelihoods, we thought not of what grand ideology or philosophy made such a thing just, practical, or self-serving. We simply did. We obviously consider these things after the fact, but that is the key — rather than dream up rationale for our actions and then engage in actions, we went forward with gut instincts then sought to understand the causes of our predicament afterward. We made the universe known through doing, not through proving.

But perhaps the most important zhang of Tao is the one that puts the biggest smile on my face. For being not-being in time and space is quite the task, it is easy to get bogged down in seriousness, or even worse, begin to miss the point and start explaining yourself. When our enemies describe us — invariably incorrectly — it is easy enough to laugh, and remember the words of zhang 20 quite simply:

Other people are excited
as though they were at a parade.
I alone don’t care,
I alone am expressionless,
like an infant before it can smile.

Other people have what they need,
I alone possess nothing.
I alone drift about,
like someone without a home.
I am like an idiot, my mind is so empty.

Other people are bright;
I alone am dark.
Other people are sharp;
I alone am dull.
Other people have a purpose;
I alone don’t know.
I drift like a wave on the ocean,
I blow as aimless as the wind.

At this point in time, we ought not to seek to correct our detractors. They fumble about against a tide they fail to understand. The Right has the book thrown at us every day. We simply ride the winds where they take us, and we’ve done a cracking good job of it so far. Above all, we are nothing like those bogged down with the hubris of pretending to know who we or they are — we simply are.

mardi, 30 juin 2020

Le chancre de Hong Kong

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Le chancre de Hong Kong

par Georges FELTIN-TRACOL

Ex: http://www.europemaxima.com

Malgré la menace persistante du coronavirus, la République populaire de Chine renoue avec ses problèmes d’ordre politique, environnemental, économique et social. Outre le ralentissement perceptible de l’« atelier du monde », le retour d’une forte pollution urbaine et de vives tensions frontalières avec l’Inde, l’agitation recommence à Hong Kong.

Depuis son retour à la mère-patrie chinoise en 1997, la principale place financière d’Extrême-Orient fait preuve d’une indiscipline habituelle qu’amplifie une nouvelle révolution de couleur qui suit celle des « parapluies ». Il y a un an, il s’agissait de contester un projet de loi permettant les extraditions vers la Chine continentale. Il s’agit aussi maintenant de s’opposer depuis le mois dernier à un projet de loi de sécurité nationale contre les risques de sédition, de subversion et de sécession. Ce nouveau texte passe directement devant le parlement chinois sans se préoccuper du parlement local de Hong Kong.

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Les manifestants anti-Pékin à Hong Kong bénéficient du soutien officiel de Washington et de Londres. Donald Trump pourrait sanctionner la Chine si elle promulgue ces lois. Pour sa part, Boris Johnson se dit prêt à accorder la nationalité britannique aux résidents de Hong Kong, quitte à revenir sur une loi qui l’interdisait datant de Margaret Thatcher. Cette ingérence des Anglo-Saxons est inacceptable. Les Chinois se souviennent que Hong Kong devint une colonie britannique au lendemain de la Première Guerre de l’opium par l’odieux traité de Nankin de 1842. L’implantation anglaise résulte donc d’une intervention militaire coloniale destinée à encourager la consommation massive d’une drogue interdite dans l’Empire du Milieu. Le peuple chinois rumine encore ce viol territorial.

Partout où les Anglo-Saxons partent d’un territoire, ils le laissent appauvri et divisé : coupure artificielle de la péninsule coréenne en 1945, partage sanglant entre l’Inde et le Pakistan, tensions communautaires gréco-turques à Chypre, etc. On peut y rajouter l’existence d’un Canada multiculturaliste négateur de la spécificité identitaire canadienne-française.

La région autonome spéciale de Hong Kong dispose d’un statut particulier d’une durée de cinquante ans selon le principe officiel d’« un pays, deux systèmes ». Toutefois, les dirigeants chinois ont peu à peu compris que ce principe ne tient pas face à la mentalité anglo-saxonne qui prévaut toujours à Hong Kong. Par ses ambiguïtés consubstantielles, la langue anglaise ne véhiculerait-elle pas une perception du monde liquide, marchande et profondément corrosive ?

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Des droitards français chez qui le Mur de Berlin n’est jamais tombé dans leur tête soutiennent par anti-communisme désuet les revendications des agitateurs professionnels de Hong Kong sans s’apercevoir, ni comprendre que derrière elles s’avancent des prises de position humanitaristes, cosmopolites et gendéristes qu’ils combattent par ailleurs en Europe. Cette schizophrénie et ce manichéisme témoignent d’un grand aveuglement. Oui, la Chine populaire cumule un communisme persistant, un nationalisme renaissant et un ultra-libéralisme d’État. Détaché des contraintes propres aux ploutocraties ochlocratiques de l’Ouest crépusculaire, l’État chinois se fait stratège géopolitique. Il conçoit les « nouvelles routes de la soie » eurasiatiques. Au contraire du Bloc occidental atlantiste, Pékin sait respecter la souveraineté étatique de ses partenaires. La Chine ne dénonce jamais les violences policières aux États-Unis, ne critique pas les trente années de répression militaire britannique en Irlande du Nord, n’incite pas, à l’inverse des ambassades US, les banlieues de l’immigration allogène de l’Europe occidentale à se soulever.

L’effervescence stérile de Hong Kong contraste avec une autre région administrative spéciale devenue chinoise en 1999, Macao. Par l’ancienneté de la présence européenne dès 1557, l’ex-colonie portugaise devrait elle aussi être en pointe dans la contestation, ce qui n’est pas le cas. Comment expliquer cette différence, sinon par un état d’esprit tout autre ? Sortons du cadre universel et uniforme coutumier et acceptons le plurivers éclectique des puissances, des civilisations, des races, des États et des peuples. Le monde chinois ne correspond pas au « monde » occidental post-blanc, ni au monde russe et encore moins aux mondes africains ou arabe. L’éloignement relativise de fait la primauté de certaines valeurs plus que négligeables telles que l’idéologie des droits de l’homme.

Il est par conséquent risible de voir Londres en plein Brexit difficile, pris par un regain d’indépendantisme en Écosse, voire en Ulster, et Washington, plus que jamais capitale des États-Désunis d’Amérique, s’indigner des intentions légitimes de la Chine populaire. Le gouvernement central de Pékin devrait crever au plus vite l’abcès purulent de Hong Kong et y proclamer l’état d’urgence. L’armée de libération populaire mettrait enfin au pas une populace christianomorphe rétive à l’ordre grand-spatial han.

Georges Feltin-Tracol

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 178.