Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

vendredi, 06 février 2026

L’internationale P2 d’Epstein : le réseau du financier comme laboratoire d’intelligence

a166036d748eb62d9f19b04d7a4e88cc.jpg

L’internationale P2 d’Epstein : le réseau du financier comme laboratoire d’intelligence

Andrea Muratore

Source: https://it.insideover.com/spionaggio/la-p2-internazionale...

Le cas des fichiers de Jeffrey Epstein suscite de nombreuses discussions : de l’émergence d’un réseau mondial de trafic d’êtres humains, d'abus sexuels et d’extorsions par le financier décédé d'un prétendu suicide en 2019 lors de sa détention au Metropolitan Correction Center de New York, à des phénomènes politologiques intéressants qui méritent d’être abordés indépendamment de leur enjeu pénal. Il convient notamment de souligner le rôle important du réseau du financier, condamné pour abus sexuels et harcèlements à des fins politiques, ainsi que comme laboratoire d’intelligence capable de connecter différents mondes et systèmes de pouvoir.

Le réseau de pouvoir d’Epstein

On a parlé d’un « réseau mondial » d’Epstein, mais cette affirmation est pour le moins exagérée. Le financier gérait un réseau de contacts qui concernaient essentiellement le monde américain et anglo-saxon de la finance et des affaires, les sphères aristocratiques de Londres, de la Norvège (dont la famille royale est apparentée à celle du Royaume-Uni), d'Israël, et en partie de la Russie et du Golfe Persique, avec une présence limitée en Europe continentale, quasi nulle en Asie, en Afrique et en Amérique latine.

Le système Epstein ressemblait à un laboratoire d’intelligence ou à un système para-maçonnique, et à cet égard, il s’agissait d’une structure à plusieurs niveaux. Ce qui a suscité le plus de scandale et d’indignation, c’est la révélation du réseau de trafics d’êtres humains (lesquels, malheureusement, sont bien mondialisés), des abus et des violences qui concernaient souvent des figures de proue de l’élite mondiale.

MmzLzdKB.jpg

La structuration de ce réseau et l’impunité dont Epstein a bénéficié pendant des années, malgré des dénonciations et des condamnations en justice pour des délits similaires, semblent être les premières conséquences d’une capacité à gérer le pouvoir, qui s’est manifestée sur plusieurs fronts et qui a puisé beaucoup dans l’héritage de Robert Maxwell, homme politique et éditeur, père de Ghislaine, compagne d’Epstein et gestionnaire du trafic international pour l’île de Little Saint James, ainsi qu’un agent clandestin important pour Israël au Royaume-Uni dans la seconde moitié du 20ème siècle.

little-saint-james-k0TE-U3240887730159YwH-656x492@Corriere-Web-Sezioni.jpg

Comme l’a noté Emanuel Pietrobon en dialoguant avec Mow, Maxwell père a assuré « le transfert d’informations secrètes sur la famille royale, des compromissions, l’identification de taupes – c’est lui qui a identifié Mordechai Vanunu comme la source des révélations à la presse occidentale sur l’existence d’armes nucléaires en Israël ». Pour l’analyste géopolitique, « peut-être parce qu’il a essayé de jouer double jeu avec le MI6 et le KGB, ou parce qu’il a tenté de faire chanter ses chefs, Robert est mort par noyade en 1991 » et, d’une certaine manière, une décennie plus tard, Epstein, en rencontrant sa fille, a en quelque sorte hérité de son réseau et de ses capacités d’influence.

Epstein et le monde de l’entre-deux

Epstein, en réalité, était plus un facilitateur qu’un grand stratège ; son système était un « monde de l’entre-deux » où des crimes ont été commis, certes, mais qui a, aussi, indubitablement, facilité des contacts politiques. C’était aussi un repaire d’espions et d’échanges de faveurs et d’intérêts. Un réseau qui tentait de s’étendre vers la Russie, mais rencontrant souvent des murs dressés, et qui, dans le domaine du renseignement, n’agissait pas seulement par le biais de « pièges à miel » de nature sexuelle, mais aussi comme un pont pour des contacts stratégiques.

Le réseau d’Epstein servait ou accélerait des intérêts publics et politiques de groupes bien précis, d’amis personnels, de politiciens et de gestionnaires. Il existe des preuves que, par exemple, via Epstein, le rapprochement entre Israël et le monde arabe, notamment les Émirats arabes unis, a été facilité ; des opportunités ont été créées dans l’État hébreu pour des entreprises stratégiques comme Palantir et des financiers comme Peter Thiel ; et, dans les mois précédant le début du chaos en Ukraine en 2014, un secteur précis de financiers et de figures d’élite de l’anglosphère aurait essayé d’évaluer si un espace de dialogue économique avec la Russie était possible en exploitant les connexions d’Epstein avec la Norvège.

P2.jpg

Les comparaisons avec la P2

Une comparaison très claire pour les lecteurs italiens peut être faite avec le célèbre cas de la loge maçonnique P2, un organisme d’une pénétration politique redoutable et surtout un réseau d’influence clandestin qui a uni d’importants secteurs du sommet du pouvoir national depuis les années 1960 et 1970. Comme Licio Gelli avec la P2, Epstein était l’animateur et le coordinateur du réseau, mais n’en était pas le maître absolu, et ceux qui y participaient le faisaient avec différents degrés d’intérêt.

Dans les deux cas, il y avait ceux qui partageaient le but le plus sombre et occulte (la participation à la loge de l’île dans le cas d’Epstein, la subversion du système démocratique dans celui de Gelli), ceux qui connaissaient des composantes criminologiquement pertinentes du système mais n’y participaient pas directement, et ceux qui étaient simplement intéressés par le profil relationnel, informationnel et privé du réseau sans connaître ou en ignorant le second et le troisième niveau. En parallèle, la dimension internationale: Gelli avait tissé des liens avec les appareils conservateurs de l’OTAN, avec les dictatures latino-américaines de l’époque, et avec les régimes européens de Grèce et du Portugal pour chercher du soutien, tandis qu’Epstein évoluait dans le périmètre que nous avons évoqué.

the-roberto-calvi-murder.jpgEpstein et Calvi, destins croisés

Ce qui relie les deux cas se trouve dans les dossiers d’Epstein et apparait sous trois références à une affaire tout à fait italienne et liée à la loge de Gelli: la fin mystérieuse de Roberto Calvi, un banquier italien important proche de la P2 et président du Banco Ambrosiano, dont la faillite a failli faire chuter, entre 1980 et 1981, l’ensemble de la finance italienne. Calvi, déjà connu comme le « banquier de Dieu » pour ses liens avec l’Institut pour les œuvres de religion (IOR) du Vatican, a été retrouvé mort à Londres le 18 juin 1982, pendu au Pont des Black Friars. Une mort qui soulève de nombreux doutes. Tout comme pour le prétendu suicide d’Epstein en 2019, de nombreux contours restent obscurs.

Epstein et l’affaire P2 : des laboratoires d’intelligence avec des liens internationaux, des systèmes de pouvoir servant des réseaux profonds, et surtout, des chambres de compensation où se cachaient des plans subversifs (pour Gelli) ou profondément criminels (pour Epstein). Reliés par le mur inviolable du silence et des conspirations. Inévitablement, ces structures finiront par céder dans les sociétés démocratiques. Mais les fissures de tels faits restent visibles.

19:41 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, affaire epstein, loge p2 | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Écrire un commentaire