dimanche, 07 juin 2026
La gauche infantile et sa fascination pour le lumpenprolétariat

La gauche infantile et sa fascination pour le lumpenprolétariat
Sergio Meneses
Source: https://geoestrategia.eu/noticia/46316/opinion/la-izquier...
Le week-end dernier, après la victoire du Paris Saint-Germain en finale de la Ligue des Champions, Paris est redevenue le théâtre de troubles. Des milliers de personnes sont sorties célébrer la victoire du club, mais, comme c’est désormais habituel lors de ce type de festivités massives dans certains quartiers de la ville, des centaines de jeunes ont profité de l’occasion pour détruire des véhicules, brûler du mobilier urbain, piller et affronter la police. Des images de voitures calcinées, de vitrines brisées et de conteneurs en flammes ont circulé sur les réseaux sociaux. Rien de nouveau sous le soleil parisien.
Ce qui est véritablement révélateur, ce ne sont pas les émeutes elles-mêmes — prévisibles et répétées —, mais bien la réaction d’une certaine gauche qui se proclame « transformatrice ». Au lieu de condamner la violence gratuite, une partie d’entre elle l’a justifiée, l’a idéalisée, voire l’a célébrée ouvertement. C’est la gauche infantile, la gauche ACAB, qui éprouve une fascination quasi érotique pour le lumpenprolétariat, surtout lorsque celui-ci se livre à une destruction dépourvue de sens.

Pour ce courant, tout acte de vandalisme commis par des jeunes de quartiers défavorisés se transforme automatiquement en « résistance ». Peu importe qu’il n’y ait aucune revendication politique claire, aucune direction idéologique, ni même l’ombre d’un projet de transformation sociale. Il suffit que les protagonistes appartiennent à des milieux marginaux pour que la destruction soit interprétée comme un cri contre « le système ».
C’est un romantisme répugnant qui se focalise autour de jeunes qui, dans bien des cas, agissent par pure excitation, par mimétisme, par absence de limites ou simplement parce qu'il y a opportunité de piller. Il n’y a nulle part de conscience de classe. Il y a une rage diffuse, un hédonisme destructeur et, bien souvent, de la délinquance pure et simple.
Marx avait déjà mis en garde à propos du lumpenprolétariat: cette strate sociale dégradée, sans conscience de classe, facilement manipulable et prête à servir aussi bien la réaction que le crime organisé. Loin d’être une avant-garde révolutionnaire, le lumpenprolétariat est, selon les mots mêmes de Marx, «la lie de toutes les classes». Aujourd’hui, certains pans de la gauche infantile ont complètement inversé cette appréciation: ce qui était un problème structurel est devenu un objet de fétichisme.
Les organisations sérieuses, celles qui comprennent le sens de la transformation sociale, savent que la violence ne prend sens que lorsqu’elle est subordonnée à un objectif politique clair et dotée d’une direction stratégique. L’incendie de voitures à Paris après une finale de football n’a rien de tout cela. C’est une violence ludique, nihiliste, contre-productive. Loin de rapprocher la classe ouvrière de ses intérêts, elle l’en éloigne: le travailleur qui voit sa voiture détruite ou son quartier transformé en zone de guerre ne ressent pas de solidarité envers les incendiaires, mais du rejet et de la peur.
Néanmoins, pour la gauche ACAB, cette distinction est « bourgeoise ». Condamner les émeutes reviendrait à « stigmatiser les jeunes des quartiers ». Mieux vaut garder le silence ou sortir la phrase attendue: « la violence vient de l’État ».
Cette attitude n’est pas seulement moralement répugnante. Elle est politiquement suicidaire. En légitimant le lumpenprolétariat comme sujet révolutionnaire, cette gauche abandonne la classe ouvrière réelle — celle qui se lève à six heures du matin, paie ses impôts et souhaite la sécurité dans son quartier — pour embrasser les parasites sociaux, vivant en marge de toute contribution productive. Le résultat est prévisible: perte de soutien populaire et renforcement de la droite qui, elle, parle clairement d’ordre et de sécurité.

La gauche à construire — si tant est qu’elle aspire encore à être une alternative au pouvoir — doit rompre radicalement avec cette fascination infantile pour la destruction gratuite. La violence lumpenprolétarienne n’est pas émancipatrice. Elle est régressive. Les intérêts de la classe ouvrière passent par l’éducation, un emploi digne, un logement abordable, une santé publique forte et la sécurité dans les quartiers, non par le spectacle de conteneurs incendiés à chaque événement sportif.
Ceux qui justifient ou se taisent devant ces épisodes ne sont pas les alliés des travailleurs. Ils sont complices de la dégradation sociale. Et à ce titre, ils méritent d’être fermement rejetés.
La véritable transformation sociale ne naîtra pas de jeunes brûlant des voitures sans raison. Elle viendra de travailleurs organisés, conscients et porteurs d’un projet. Le reste n’est que spectacle et folklore lumpenprolétarien.
16:54 Publié dans Actualité, Définitions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gauche, lumpenprolétariat, définition |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook


Écrire un commentaire