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vendredi, 06 février 2026

L’Affaire Epstein, un cas d’hystérie transnationale

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L’Affaire Epstein, un cas d’hystérie transnationale

par Claude Bourrinet

J'avertis : je me place d'un point de vue parfaitement amoral.

Ce qui ne veut pas dire immoral, bien entendu.

Ni moral.

Je ne vais pas me faire que des amis, et, du reste, je ne devrais pas me mettre dans ces états là : je ne serai pas compris, il est impossible qu’on me comprenne, hormis quelques lecteurs cultivés, souvent âgés, jouissant du recul de la pensée et de la distance historique, de l’usage de la relativité des choses humaines.

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Dans l’hystérie généralisée suscitée par l’affaire Epstein, qui voit des pédophiles partout au sein des classes dirigeantes, je reconnais le son, le ton, le timbre, l’accent criard d’autres affaires gélatineuses : celles du co vid, de Brigitte, de telle pauvre victime de la sauvagerie allogène, etc. (j’en oublie). Le style n’est pas nouveau (je vais m’expliquer) : on trouve dans tous les torchons glauques, quand on touille la sauce pour la faire monter, un ragoût peu ragoutant, de sang, de sperme, de sueur, de larmes, de crime, de fornication, et de copulations de rats d’égout grouillant dans les caves humides des palais, ceux des princes ou de la république. Jetez un coup d’œil sur la une de certains magazines « people » (populaciers), ou sur des centaines de milliers de messages spasmodiques sur la toile. En Grande Bretagne, où le capitalisme acide a dissous la culture pour jeter les classes populaires dans des vomissures de pulsions nauséabondes, on a par exemple un périodique comme le Sun, tiré à des millions d’exemplaires.

Je m’interroge du reste sur la fascination qu’exercent ces chaudrons de sorcières à la mixture nauséabonde sur un grand nombre de cerveaux. Il y a là-dedans quelque chose de plébéien, de cette dilection douteuse pour les viols, les assassinats sadiques, la guillotine et le lynchage. Comme une manifestation d’une loi de similarité imitative, qui répond au crapuleux par l’infâme, le lascif par le libidineux, et la bestialité par le sadisme. On y rencontre la jubilation des soirs de d’ivrognerie sanglante, comme lors des mises au bûcher, ou des liturgies guillotineuses.

32ec8e048244330cc0bf6d4d674f156f.jpgMais revenons à nos dénonciations vociférantes, visant une classe dominante supposée dégénérée, en voie de putréfaction accélérée (ce qui n’est certes pas impossible). Qui est familier de la littérature latine connaît Suétone, Juvénal, Pétrone, et même le merveilleux Apulée, sait que le motif de la décadence des moeurs est récurrent depuis toujours. C’est un fait assuré : le pouvoir et l’argent corrompent. Pas tout le beau monde, bien évidemment (et il se rencontre dans les basses couches de la population autant de cas d’incestes et de pédophilie que dans la classe supérieure. Peut-être davantage). Mais les chroniques scandaleuses de notre Histoire française (au moyen âge, on a les fabliaux et les farces grivoises pour en parler), depuis les Valois jusqu’à la Ve République, en passant par les Bourbon, la révolution (Danton, puis les « Inc'oyables » - ou "Merveilleuses" de Thermidor, les parvenus du Directoire …), l’Empire (ce brave Napoléon, si friand de chair fraîche), la Restauration, le IIe Empire, la IIIe, la IVe république etc.. Ces temps sont farcis d’actualités scabreuses (en ce qui concerne la IIIe république, il n’est qu’à lire Sodome et Gomorrhe de Marcel Proust … Proust, qui, lui-même…). Il y avait des bordels pour canaliser ce beau monde. Et les pouvoirs, souvent, fermaient les yeux … ou faisaient chanter… Du reste, le champ de l’orgie était assez large. La pudibonderie (hypocrite) de la bourgeoisie républicaine – nourrie du moralisme de certains écrivains pleurnichards et « vertueux » des Lumières, et, plus tard, du catéchisme laïque ou bondieusard de la bourgeoisie industrieuse sous influence anglaise – qui exploitait dans les usines les enfants, assaisonnée, au XXe siècle, de puritanisme américain, nous a habitués à une sévérité morale hyperbolique. Les sociétés traditionnelles, qui en avaient vu d’autres, n’étaient pas si collet monté sur leurs échasses vertueuses. Qui a lu maints romans du XVIIIe siècle, ou des ouvrages historiques sur les mœurs sexuelles des Temps anciens, sait à quoi s’en tenir : on n’était pas spécialement revêche, alors, de ce côté-là, et les jeunes demoiselles étaient très mûres autrefois, et fort folâtres.

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D’ailleurs, ce qui m’a frappé dans la cataracte de messages venant des archives de Washington, pour autant que les images, les photographies supposées ou les brèves vidéos n’aient pas été façonnées par l’Intelligence artificielle (ce qui semble être souvent le cas), c’est que les jeunes filles mises en scène avec Epstein, Trump etc. (que je n’aime pas précisément, je le précise pour les Nuls !), n’ont pas l’air d’être particulièrement traumatisées. Elles paraissent même être dans un état de réjouissance manifeste. Ou bien on ignore le degré de désinhibition pornographique du Nouveau Monde, ou on tombe dans le cliché convenu qu’il y aurait d’une part des bourreaux, et de l’autre de pauvres victimes violentées et innocentes. La réalité est tout autre : la prostitution est une industrie aux Etats-Unis, le dollar jouant le rôle de la savonnette aseptisante, et le dogme du péché originel permet de faire une grande part au Diable, en considérant qu’il faut bien que la chair ait sa part naturelle, surtout quand elle est à moitié excusée par l’appât du gain. Des enfants étaient vendus par leur mère à Mickaël Jackson, qui n’a cependant pas perdu son aura de demi-dieu. Je ne veux pas me substituer à un gardien divin des âmes, mais massacrer, par exemple, des enfants par dizaines de milliers, me paraît bien plus une occasion de damnation qu’une orgie, dont on ressort vivant. Que les MAGA y songent !

Je vais être encore plus clair. Je veux bien que les demoiselles qui sont tombées dans les filets d’Epstein n’étaient pas des professionnelles, mais enfin ! qu’allaient-elles faire dans cette galère ? A moins d’être une demeurée complète, il ne faut pas être sorcier pour deviner ce qu’on risque en fréquentant la jet set !

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Deux idées forces sont à relever dans ce phénomène d’hystérisation. D’abord, l’empreinte profonde, dans les consciences et les cœurs, du manichéisme délirant du protestantisme, qui oppose en les associant une pureté impossible à atteindre, et une dépravation qu’on admet comme variable économique, ou comme penchant inévitable de l’homme (et qu’il faut donc admettre, ce qui nous vaut parfois l’éloge de la pornographie comme nouvelle sainteté – un certain producteur porno assassiné, Larry Flint, a été même considéré comme un héros, ou comme un saint)). Cette surévaluation de la sexualité rompt avec l’éthique antique, qui parlait soit d’éros et de désir, soit de besoin physiologique. Le christianisme a aboli l’érotisme (au sens noble) pour lui substituer le péché de chair, donc la gravelure, l’obscénité.

En soi, le « sexe », dans l’Antiquité, échappait à l’idée de « faute ». Un jeune aristocrate, qui sortait du lupanar, fut apostrophé par Caton l’Ancien, qui le félicita, car il manifestait sa virilité dans ce lieu de débauche. Mais, quelques jours plus tard, le retrouvant dans la même situation de "vidage de bourses" (pour parler comme Montaigne), il le sermonna vertement, en lui reprochant de ne savoir maîtriser ses instincts, et de sacrifier la qualité pour une quantité excessive. Car si l’amour physique, pour les anciens, n’est pas condamnable, puisqu’il fait partie de la nature, s’y adonner est l’opposé d’un comportement de guerrier, de "maître" (dominus).

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L’épouse est destinée à faire des enfants, la maîtresse (ou le jeune amant), ou, si l’on n’a pas la chance d’entretenir une relation amoureuse (seulement concevable hors mariage – et cela durera jusqu’à la fin’amor du XIIe siècle), le bordel - permettent d’assouvir ses besoins, mais avec modération. Rien de trop, là aussi ! Dans l’Europe – surtout l’Italie – de la Renaissance - mais on retrouvera la même générosité sensuelle dans la civilisation baroque catholique, ou sous la Régence et la monarchie française du XVIIIe siècle -  la vie sexuelle, quand bien même l’Eglise tentât d’y faire face – quand elle ne s’y adonnait pas elle-même – était un fait culturel noble (aux deux sens du terme : de valeur éthique, et d’appartenance à une classe; toutefois, la liberté sexuelle était grande dans le peuple, et seule la bourgeoisie était pincée). Il en est resté quelque chose, en France, dans la condamnation de l’hypocrisie, et dans l’éloge de la Nature.

81Yx1HABAkL._UF1000,1000_QL80_.jpgQuant à l’hypocrisie, justement, la scène 2 de l’Acte V du Dom Juan de Molière, la fameuse tirade dite de l’hypocrisie, témoigne de l’utilisation, déjà, du « vice » - comme d'un appareillage accusatoire massif, particulièrement efficace - pour contrôler, ou détruire ses ennemis. L’instrumentalisation méthodique du motif de la corruption est un procédé politique vieux comme le monde, à condition que tout le monde soit d’accord sur ce qu’il y a à stigmatiser. Il ne serait jamais venu à l’esprit des républicains romains groupés autour de Brutus d’accuser César de fornication ubiquiste et abondante ! Sa faute était l’ambition. Un régime sain perçoit la vie politique de cette façon, sous la forme de luttes de pouvoir, et non d’un affrontement entre le Bien et le Mal. Et, ne nous voilons pas les yeux : dans toute société d’animaux sociaux, comme les primates (et l’homme est un animal de cette espèce), le mâle dominant, celui qui a mâté les jeunes concurrents et tué les plus âgés, se tape en pagaïe les femelles, et accapare la grande masse des bananes, sans que l’ordre naturel en soit transgressé (on trouvera toujours à cela des raisons génétiques, biologiques, sociales et « culturelles »).

L’obsession sexuelle, un Lénine l’avait bien vu, est, d’une façon ou d’une autre, un dérivatif. Elle sert à tordre les meilleures causes vers les caniveaux, et surtout à faire oublier les vrais enjeux d’un combat, qui, pour Vladimir Illitch, est celui de la révolution, le passage au communisme ; pour nous, c’est tout aussi bien la lutte de classes, contre la Finance, la technocratie, le sécu-libéralisme, le libertarianisme, l’impérialisme américain, le suprémacisme « blanc » ou sioniste, la destruction de la nature par l’industrie et le productivisme, et, last but not least, le transhumanisme.

14:58 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, affaire epstein, moralisme | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook