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vendredi, 06 février 2026

La chute du dernier des Kadhafi

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La chute du dernier des Kadhafi

Mauro Indelicato

Source: https://it.insideover.com/guerra/la-caduta-dell-ultimo-de...

La nouvelle de l’assassinat de Saif Al Islam Kadhafi est arrivée certes de manière inattendue, mais ce n'est pas totalement une surprise. Après tout, le contexte reste celui d’une Libye encore très instable et soumise à des rebondissements constants et rapides. Dans une telle situation, porter le nom de Kadhafi n’est certainement pas une garantie d’immunité. D’autant plus si l’ancien chef Muammar Kadhafi, tué en 2011 après 42 années de règne ininterrompu, avait, à un moment donné, fait de Saif son héritier politique. Un héritage que Saif lui-même a cherché à poursuivre. Du moins jusqu’à hier, lorsque quatre hommes armés ont fait irruption dans sa maison à Zintan sans lui laisser d’échappatoire. Sa mort a probablement marqué la fin d’une ère, celle du kadhafisme. Et, avec elle, plus de cinquante ans d’histoire de la Libye et du Moyen-Orient.

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Les possibles raisons de l’embuscade à Zintan

Il est difficile pour le moment de déterminer qui a réellement appuyé sur la gâchette contre Saif, et qui, simultanément, a armé la main de ses bourreaux. La seule donnée certaine concerne le lieu de l’incident. Comme mentionné précédemment, le second fils du leader a été tué à Zintan. Ici, où le désert embrasse les montagnes à environ 200 km au sud de Tripoli (photo), se trouvent certaines des milices les plus importantes de l’ouest de la Libye. Des groupes armés qui, en 2011, furent parmi les premiers à se soulever contre Kadhafi et qui, quelques mois après la mort de Muammar, ont repéré Saif alors qu’il tentait de fuir vers le Niger. Depuis ce moment, Saif a rarement quitté Zintan. En prisonnier, il s’est transformé en un invité de luxe en 2017, suite à la décision de le libérer et de ne pas appliquer une condamnation à mort prononcée en 2015.

Zintan a donc constitué une sorte de forteresse, à partir de laquelle cultiver ses ambitions politiques. Le fait que quelqu’un soit arrivé jusque-là pour le tuer signifie que certains équilibres ont été rompus. Peut-être des équilibres internationaux. La professeure Michela Mercuri a récemment souligné la faible distance temporelle entre l’assassinat et la publication des nouveaux fichiers sur Epstein. Des documents où le nom de Saif Kadhafi est également apparu, en lien avec des intérêts liés aux comptes libyens encore gelés aux États-Unis et en Europe. Mais il pourrait aussi s’agir de “simples” équilibres locaux. L’analyste Jalel Harchaoui a rappelé que de nombreux groupes à Zintan toléraient de moins en moins la présence de cet invité de luxe. Il était perçu depuis longtemps comme une entrave et comme une menace pour la sécurité de la région.

Ce que représente la mort de Saif

Il ne faut pas exclure l’hypothèse que cela soit lié à la crainte d’un retour de Saif au pouvoir en Libye. Cependant, en suivant cette piste, plus de questions que de certitudes surgiraient. La première concerne la chronologie, puisque Saif n’a pas caché ses ambitions politiques depuis longtemps, et il serait donc intéressant de comprendre pourquoi ses bourreaux se sont armés précisément maintenant. De plus, la figure du second fils était plus symbolique que politique : “Sa figure a fonctionné comme une référence évocatrice, utile dans certaines régions du pays pour signaler un malaise, une protestation ou une demande d’attention”, a déclaré à nos micros Alessandro Scipione de l’AgenziaNova, “sans pour autant déboucher sur un projet organisé ou un leadership capable de rivaliser avec les principaux centres de pouvoir.”

Saif était donc plus un symbole, à sortir au bon moment ou à revendiquer lorsqu’on voulait exprimer un mécontentement face à la situation actuelle et une nostalgie du régime : “Dans ce contexte, la zone kadhafiste – a poursuivi Scipione – ne semble pas avoir disparu, mais continue de se manifester de manière diffuse et non coordonnée.” En résumé, la mort de Saif représente aujourd’hui la fin d’une idée politique, bien avant celle d’un projet politique. Les conséquences seront plus visibles dans les annales de l’histoire que dans les chroniques de l’actualité politique. Car, en réalité, l’assassinat du dernier Kadhafi en politique a définitivement clos une ère de plus de 50 ans.

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