mardi, 28 avril 2026
La mer Baltique, nouveau théâtre de conflit

La mer Baltique, nouveau théâtre de conflit
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
La guerre modifie sa propre géographie. L'Ukraine reste le théâtre de combat visible. Mais le prochain point de pression dangereux se trouve en Mer Baltique.
Pour la Russie, la mer Baltique n'est pas une mer marginale. C'est un accès aux marchés mondiaux, une route pour les exportations d'énergie et une zone de contact avec l'OTAN. Ceux qui y contrôlent des tankers russes, arrêtent des marins ou entravent la soi-disant flotte de l'ombre ne traitent pas d'un aspect secondaire. Ils touchent un point sensible du pouvoir russe.
Du point de vue occidental, il s'agit de déployer une politique de sanctions. Du point de vue russe, cela peut apparaître comme l'organisation d'un blocus maritime. Et les grandes puissances réagissent rarement par voies juridiques aux blocus. Elles réagissent par l'exercice de la puissance politique.
C'est précisément pourquoi les déclarations de Donald Tusk sont très intéressantes (https://www.ft.com/content/1a5a2502-a45a-40c1-af6f-b30ecc... ). Lorsque le Premier ministre polonais parle d'une confrontation potentielle avec la Russie dans les mois à venir et exprime en même temps des doutes quant à la fiabilité des États-Unis, cela révèle le cœur du problème: l'Europe de l'Est souhaite une fermeté maximale vis-à-vis de Moscou, mais a besoin de garanties américaines pour pouvoir mettre cette fermeté en oeuvre.
C'est la logique classique de l'alliance. La Pologne et les États baltes poussent la logique conflictuelle en avant. Les États-Unis, eux, conservent le contrôle stratégique. L'Allemagne, de son côté, doit payer, livrer et fournir des capacités industrielles.
Pour Berlin, c'est là un rôle défavorable. L'Allemagne n'est pas l'architecte de cette ligne qui mène à l'escalade. Elle n'en est pas non plus la principale bénéficiaire. Mais elle serait l'un des principaux payeurs: tant sur les plans financier, industriel et logistique que politique.
Moscou ne voit pas seulement la Bundeswehr d'aujourd'hui. Elle voit l'Allemagne de demain: son industrie, son génie mécanique, ses ports, ses capitaux, sa logistique. Une Allemagne qui serait dirigée sur le long terme vers une économie de défense modifierait l'équilibre des forces en Europe.

Du point de vue russe, cela donne une image globale: l'Ukraine entrave la Russie. L'Europe gagne du temps. L'Allemagne devient le pilier industriel de la remilitarisation. Parallèlement, la pression sur les voies d'exportation russes en Mer Baltique augmente.
Partager ou non cette perception russe est une question secondaire. Ce qui est essentiel, c'est que cette perception peut influencer l'action russe.
Le danger ne réside pas dans une grande guerre annoncée, mais dans un enchaînement de petites étapes: contrôle des tankers, arrestations, contre-mesures russes, appel à l'article 5, évaluation américaine, escalade européenne.
C'est ainsi que naissent des situations dangereuses: chaque partie considère l'étape qu'elle franchit comme limitée et défensive. L'autre la perçoit comme une attaque.
Pour l'Allemagne, la question centrale demeure :
Quel intérêt allemand y a-t-il à transformer la mer Baltique en une zone de confrontation permanente ?
Toutes les mesures prises contre la Russie ne relèvent pas d'une politique qui assure la sécurité de l'Allemagne. Toute dureté adoptée par l'OTAN ne relève pas de l'intérêt politique de l'Allemagne. Et toute remilitarisation européenne ne renforce pas la souveraineté allemande.
Si Berlin ne développe pas une ligne stratégique propre, l'Allemagne ne sera pas un acteur dans cet ordre, mais une simple ressource: pas un décideur, mais un payeur; pas un stratège, mais un gestionnaire de base logistique pour une politique d'escalade dictée par l'étranger.
Source (https://nationalinterest.org/blog/buzz/russian-media-turn... )
#géopolitique@affaires_mondiales_byelena
15:15 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, mer baltique, europe, allemagne, affaires européennes |
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