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samedi, 06 juin 2026

Fukuyama et la fin de la «fin de l’histoire»: le modèle chinois défie les certitudes occidentales

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Fukuyama et la fin de la «fin de l’histoire»: le modèle chinois défie les certitudes occidentales

Giulio Chinappi 

Source: https://giuliochinappi.com/2026/06/04/fukuyama-e-la-fine-...

La-Fin-de-l-histoire-et-le-dernier-homme.jpgLa récente évocation par Francis Fukuyama du « modèle chinois » peut être interprétée comme un signe de la crise des certitudes libérales occidentales et de la reconnaissance mondiale croissante de la modernisation chinoise comme voie alternative de développement.

Le politologue américain Francis Fukuyama, surtout connu pour sa thèse sur la «fin de l’histoire», a récemment reconnu dans une interview à la Frankfurter Allgemeine Zeitung que, si la Chine poursuit son élan de développement actuel, alors les prévisions qu’il avait formulées sur ce pays il y a quarante ans s’avéreraient erronées.

Pour Fukuyama, longtemps considéré comme l’un des plus fervents défenseurs de la «démocratie libérale occidentale», il s’agit au moins de la deuxième fois en un peu plus de deux mois qu’il reconnaît publiquement la pertinence du «modèle chinois».

En avril, lors d’une émission, il a déclaré que «les Chinois ont créé un système assez impressionnant» et que celui-ci pourrait devenir «une véritable alternative» à la démocratie occidentale. Bien qu’il n’ait pas totalement abandonné la mentalité binaire «démocratie contre autoritarisme», la thèse même de la «fin de l’histoire» de Fukuyama touche indéniablement à sa fin, entre scepticisme et réflexion, tandis que le «modèle chinois» est de plus en plus observé, accepté et étudié dans le monde.

En tant que l’un des politologues les plus influents, Fukuyama, avec sa thèse de la «fin de l’histoire», a longtemps été utilisé par certains, en Occident, pour attaquer les théories socialistes et discréditer le système chinois. Ses récents changements d’attitude à l’égard du «modèle chinois» ne sont pas des actes isolés; ils reflètent une tendance plus large: les élites intellectuelles occidentales, représentées par Fukuyama, sont de plus en plus contraintes, par la réalité, à porter un regard neuf sur le monde, au-delà de leurs postulats traditionnels.

81GTb0JZm7L._SL1500_.jpgThomas Friedman, auteur de The World Is Flat, a écrit avoir «vu le futur» en Chine et a même suggéré que certains sénateurs américains devraient voyager davantage pour voir le monde de leurs propres yeux. Jonas Nahm, ancien économiste principal au Conseil des conseillers économiques de la Maison Blanche, a décrit «la force de la structure politique chinoise à imposer un changement rapide de haut en bas» comme un facteur clé de son développement. Un changement cognitif autrefois inimaginable s’opère dans les milieux académiques et politiques occidentaux: ils doivent admettre que le soi-disant «consensus de Washington» n’est pas une formule universelle et que le monde n’a pas suivi la voie qu’ils attendaient.

En réalité, l’ensemble des sociétés occidentales traverse un processus historique de «redécouverte de la Chine». Ce qui sous-tend l’aveu de Fukuyama au sujet de ses prévisions «erronées», c’est la visibilité croissante, la reconnaissance et l’adoption des réalisations et de la solution chinoises sur la scène mondiale. Au même moment où Fukuyama constatait que la Chine pourrait devenir «une réelle alternative», un sondage mondial réalisé par Gallup en avril a également attiré une large attention.

Couvrant plus de 130 pays et environ 130.000 personnes interrogées, le sondage a révélé que le taux d’approbation du leadership mondial de la Chine atteignait 36%, dépassant celui des États-Unis, qui était de 31%. Il s’agit du plus grand avantage acquis par la Chine sur les États-Unis depuis près de deux décennies. Les résultats d’enquêtes d’institutions telles que le Yusof Ishak Institute de Singapour, Ipsos et Morning Consult ont également montré la même tendance. Ce n’est ni un hasard ni une coïncidence. Il s’agit plutôt d’une résonance historique de la nouvelle compréhension de la Chine par le monde.

L’Occident a longtemps été le plus réticent idéologiquement et le plus empreint de préjugés envers la Chine. Presque toute la rhétorique pessimiste et les diffamations contre le modèle chinois et les succès du développement chinois sur la scène mondiale proviennent des sociétés occidentales. Pourtant, les barrières idéologiques qui ont longtemps façonné ces visions s’érodent progressivement. Un signe remarquable de ce changement est la popularité croissante des contenus liés à la Chine sur les plateformes sociales étrangères, en particulier occidentales.

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Des tendances comme « China Travel » et le phénomène du « Xiaohongshu cross-checking », qui a amené de nombreux Occidentaux à exprimer leur étonnement quant au sentiment de sécurité en Chine, jusqu’aux thèmes viraux comme « Becoming Chinese » et « Chinamaxxing » sur les réseaux sociaux étrangers, un grand nombre d’internautes ont imité et exprimé leur admiration pour le mode de vie chinois. À travers ces moyens concrets et visibles, la modernisation chinoise a conquis de nombreux jeunes en Occident, et cette vague croissante d’enthousiasme fait fondre progressivement la glace de l’idéologie figée.

En un certain sens, il est historiquement inévitable que la communauté intellectuelle occidentale, longtemps à l’origine de l’idéologie de la guerre froide, relâche ses préjugés contre la Chine, reconnaisse les réussites du développement chinois, admette l’efficacité du modèle chinois et réfléchisse aux limites de la démocratie occidentale. L’aveu de Fukuyama concernant ses prévisions «erronées» peut être vu comme un signe de l’accélération de la sortie de l’état d’ignorance volontaire qui a longtemps caractérisé la compréhension de la Chine par les élites intellectuelles occidentales, et il offre le fondement conceptuel nécessaire à un nouvel ordre mondial, différent, inclusif et basé sur la coexistence harmonieuse.

Au cours des dernières décennies, les élites occidentales représentées par Fukuyama ont considéré la démocratie libérale occidentale comme la seule voie vers la modernisation, alors que toute tentative de suivre un modèle différent était souvent qualifiée d’anomalie ou d’écart par rapport à la norme. Ce monopole du discours et de la théorie a imposé d’importantes limitations intellectuelles à de nombreux pays du Sud global.

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Le succès de la modernisation chinoise n’a pas seulement créé un miracle dans l’histoire du développement humain, mais a aussi produit une profonde libération idéologique pour le monde, brisant le mythe selon lequel « modernisation = occidentalisation ». Un nombre croissant de pays du Sud global poursuivent désormais en toute confiance des voies de développement adaptées à leurs propres conditions nationales, sans douter d’eux-mêmes ni se sentir inférieurs simplement parce que leurs modèles diffèrent de ceux de l’Occident.

Le modèle chinois n’a pas vocation à remplacer qui que ce soit, mais à offrir au monde davantage de choix, en fournissant aux peuples de tous les pays une base théorique plus solide et une référence pratique pour trouver une voie de développement adaptée à leurs propres conditions nationales. L’histoire n’est pas terminée, et l’évolution de la civilisation humaine se poursuit. En tant que participant et contributeur important à ce processus, la Chine continuera à œuvrer avec toutes les nations pour écrire un nouveau chapitre du développement humain.

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Région de la mer Baltique – La mèche du baril de poudre se raccourcit

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Région de la mer Baltique – La mèche du baril de poudre se raccourcit

Alexander Neu

Source: https://www.nachdenkseiten.de/?p=151434

La région de la mer Baltique est actuellement considérée par les experts en sécurité comme la zone de conflit potentiellement la plus explosive, entre l’OTAN et la Fédération de Russie. Une multitude de facteurs de conflit se concentrent dans cette région. Déjà en octobre 2025, j’avais publié sur les NachDenkSeiten un article sur le foyer de tension qu’est la région de la Baltique. Depuis lors, la situation dans cette zone s’est encore aggravée. Il y a quelques jours, j’ai visité la région frontalière entre la Pologne et la Russie. Un silence fantomatique, très peu de trafic transfrontalier avec de longs temps d’attente. L’expression «le calme avant la tempête» m’est venue à l’esprit. Dans ce qui suit, certains de ces conflits potentiels sont esquissés. 

Le terme «région de la mer Baltique» ne doit pas être limité uniquement à la mer elle-même, mais il faut aussi inclure les zones rurales bien au-delà du littoral des États riverains, car ce n’est qu’ainsi que l’on peut saisir l’ensemble des potentiels de conflit.

Données géopolitiques

La mer Baltique est appelée « Ostsee » en allemand. Il s’agit d’une mer intérieure pratiquement fermée, d’une superficie d’environ 413.000 kilomètres carrés et à faible salinité. Le littoral mesure environ 8000 kilomètres. Désormais, à l’exception de la Fédération de Russie, tous les États riverains de la Baltique sont membres de l’OTAN: Danemark, Norvège, Suède, Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne et Allemagne. La Russie ne possède que deux accès maritimes, l’enclave de Kaliningrad et Saint-Pétersbourg. Ainsi, environ 7340 kilomètres de côtes appartiennent aux pays de l’OTAN et environ 660 kilomètres à la Russie.

Par conséquent, l’OTAN contrôle environ 92% du littoral et la Russie à peine 8%. Le seul accès à l’Atlantique sont les détroits au Danemark et entre le Danemark et la Suède (Grand et Petit Belt et l’Øresund). Le Danemark et la Suède, donc l’OTAN, contrôlent également ces points de passage. De fait, la mer Baltique est devenue, dans le contexte de l’élargissement de l’OTAN à l’est, une « mer de l’OTAN ». Le changement d’influence est manifeste lorsqu’on se rappelle que, lors de la confrontation Est-Ouest, la région baltique était quasiment une mer du Pacte de Varsovie dirigé par l’URSS. Les États riverains du bloc soviétique étaient: la RDA, la Pologne et l’URSS – les trois États baltes, la Lituanie, la Lettonie et l’Estonie, faisant partie de l’URSS. Ainsi, la partie sud et est de la Baltique était sous contrôle soviétique. Le nord était neutre, en raison de la neutralité officielle de la Finlande et de la Suède. Seule la partie la plus occidentale était bordée par la RFA et le Danemark.

L’accès stratégique aux deux côtes russes, depuis la fin de la Guerre froide et l’élargissement massif de l’OTAN, n'est plus particulièrement avantageux.

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Saint-Pétersbourg

La position géographique de Saint-Pétersbourg, autrefois stratégique, s’est transformée en un piège, surtout avec l’élargissement de l’OTAN aux États baltes et à la Finlande:

Saint-Pétersbourg se trouve à l’extrémité orientale du golfe de Finlande, long d’environ 400 kilomètres. L’accès est contrôlé au nord par la Finlande et au sud par l’Estonie, donc par l’OTAN. La distance entre les deux rives varie de 40 à 120 kilomètres. Là où les rives du golfe deviennent territoire russe, le golfe se rétrécit en un chenal sur lequel est située Saint-Pétersbourg.

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Ainsi, le golfe de Finlande, avec les rives contrôlées par l’OTAN, est en partie sous la juridiction exclusive de la Finlande et de l’Estonie. Cela signifie que pour naviguer, il faut traverser par endroits des «eaux territoriales de l’OTAN». Une sortie de la marine russe du golfe de Finlande pourrait être empêchée militairement en cas de guerre.

La flotte baltique de la Fédération de Russie, en majeure partie stationnée à Kaliningrad, ne pourrait probablement pas quitter la Baltique en cas de conflit, compte tenu des détroits danois, sans être détruite par l’OTAN. La situation stratégique de Kaliningrad n’est guère plus favorable.

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L’OTAN et le « défi » de Kaliningrad

L’exclave de Kaliningrad est le poste avancé le plus occidental de la Fédération de Russie. Il s’agit d’un territoire relativement petit (environ 15.000 kilomètres carrés), séparé du territoire russe par la Lituanie (exclave). Les lignes d’approvisionnement par rail et par route peuvent être coupées par la Lituanie et la Pologne, et celles par mer ou par avion via Saint-Pétersbourg peuvent également être coupées par l’OTAN. Ce fait rend déjà la région de Kaliningrad dépendante du bon vouloir des pays de transit. Mais lorsque la Lituanie a rejoint l’OTAN et l’UE, la position géographique de Kaliningrad est devenue un « défi » pour l’OTAN.

« Au milieu » de la zone OTAN se trouve une exclave russe, donc ennemie – un porte-avions insubmersible. C’est aussi là que se trouve la flotte de la Baltique de la Fédération de Russie. L’existence de cette exclave russe pose désormais problème à l’OTAN. Pour bien comprendre la chronologie, et donc l’argumentation inhabituelle: l’exclave russe de Kaliningrad existe depuis 1991. Auparavant, toute la région était soviétique. L’élargissement de l’OTAN aux États baltes, donc à la Lituanie, a eu lieu en 2004. Désormais, l’OTAN, qui s’est avancée vers l’est, déclare l’existence de l’exclave comme un problème de sécurité – une logique singulière: là où se trouve l’OTAN, les autres acteurs sont un problème de sécurité.

Dans le contexte de la situation tendue, le commandant suprême américain pour l’Europe et l’Afrique, le général Christopher T. Donahue, a déclaré en juillet 2025 que l’OTAN était en mesure de «détruire Kaliningrad plus rapidement que jamais, depuis la terre ferme, et dans un délai jamais atteint. Nous l’avons déjà planifié et développé» (par “développé”, il faut comprendre planifié).

Le ministre lituanien des Affaires étrangères, Budrys, a même récemment réclamé, dans une interview au NZZ et peut-être inspiré par les propos du général Donahue, la nécessité d’une attaque de l’OTAN sur Kaliningrad:

«Nous devons montrer aux Russes que nous pouvons pénétrer dans la petite forteresse qu’ils ont construite à Kaliningrad. L’OTAN a les moyens de détruire les bases de défense aérienne et les systèmes de missiles russes qui s’y trouvent, si nécessaire».

Relations difficiles – États baltes et Russie

Il est étonnant, voire inquiétant, de constater avec quelle légèreté une guerre avec la Russie est évoquée. Ce sont précisément les États baltes qui se distinguent par une attitude belliqueuse, comme s’ils étaient en toutes circonstances protégés par l’OTAN. Les survols de drones ukrainiens dans l’espace aérien balte en direction de Saint-Pétersbourg et la région de Leningrad élèvent les tensions à un nouveau niveau. Qu’il s’agisse de survols simplement tolérés ou peu critiqués, ou même de drones lancés depuis le sol balte, je l’ignore. Il est cependant remarquable qu’il serait déjà une prouesse technique que des drones à longue portée puissent partir d’Ukraine, traverser l’espace aérien polonais et balte, puis attaquer des infrastructures énergétiques dans le nord de la Russie. Quoi qu’il en soit, à Moscou, la pression sur le président Poutine augmente pour tenir les Baltes pour responsables de l’utilisation (selon Moscou) de leur espace aérien par l’Ukraine.

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Du point de vue du droit international, il faut noter que le statut de neutralité d’un État n’est plus garanti s’il permet ou tolère que son territoire – y compris son espace aérien – soit utilisé par des forces militaires étrangères, facilitant ainsi leur projection de puissance ou la rendant simplement possible. L’État « hôte » ne peut plus invoquer son statut de neutralité, il devient de fait partie au conflit, à moins qu’il n’empêche ou ne tente sérieusement d’empêcher une utilisation militaire de son territoire. Cela semble avoir été compris à Bruxelles, au sein de l’OTAN. Récemment, un drone ukrainien a été abattu par un avion de chasse de l’OTAN dans l’espace aérien estonien, preuve que l’OTAN est bien consciente du risque d’escalade majeure.

hqanli720.jpgLe politologue américain reconnu et spécialiste de l’Europe de l’Est au Quincy Institute for Responsible Statecraft, Anatol Lieven (photo), a récemment publié un appel intitulé: «Washington doit agir pour désamorcer la poudrière balte». Le célèbre économiste américain Jeffrey Sachs a également écrit il y a quelques jours une lettre ouverte au chancelier allemand Friedrich Merz, appelant à une action pour éviter une guerre européenne. Cette lettre a été publiée dans la Berliner Zeitung et mérite d’être lue. Dans le même temps, le vice-président du Conseil de sécurité russe et ancien président de la Fédération de Russie a déclaré le 29 mai sur X que l’Europe était désormais en guerre avec la Russie et que les sociétés européennes ne devraient pas être surprises par des frappes:

«Citoyens des pays de l’UE: vous devez comprendre que vos gouvernements ont unilatéralement commencé une guerre avec la Russie. Soyez donc vigilants et ne soyez surpris de rien. Le sommeil paisible est terminé. Mais vous savez à qui demander pourquoi!».

Les États baltes, en tant qu’États frontaliers, prennent un risque énorme pour eux-mêmes et pour toute l’Europe avec la voie suivie jusqu’ici: ce sont eux qui, en cas de guerre, seraient probablement les premiers détruits. Un regard lucide – libre de tout dogmatisme idéologique – sur une carte de l’Europe de l’Est pourrait déjà aider à évaluer correctement leur propre situation.

Tout en comprenant les expériences historiques négatives des Baltes avec Moscou, il faut nommer trois faits que les États baltes devraient aussi reconnaître et traiter, afin de réduire la tension:

Premièrement: en tant que voisins extrêmement petits et faibles, Tallinn, Riga et Vilnius devraient s’efforcer d’au moins maintenir une coexistence pacifique avec Moscou, et non de provoquer la Russie à chaque occasion, impliquant ainsi l’OTAN et surtout les Européens dans une guerre avec la Russie.

En outre: il n’est pas certain que les États-Unis entreraient en guerre mondiale pour les États baltes. Et il n’est pas non plus certain que les autres pays européens membres de l’OTAN – à l’exception de l’Allemagne, de la Pologne, et peut-être du Royaume-Uni et de la France – suivraient ce chemin désastreux. Les parallèles historiques sont évidents: en 1939, la Pologne comptait sur le soutien de Paris et Londres – et fut abandonnée. Hormis les déclarations de guerre formelles de la France et du Royaume-Uni le 3 septembre contre l’Allemagne nazie, il s’est passé très peu de choses en termes d’opérations militaires – la Pologne était littéralement laissée à elle-même.

Deuxièmement: les trois États baltes ont aussi un passé peu glorieux de collaboration avec l’Allemagne nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui encore, les vétérans baltes de la SS sont célébrés et honorés. Cela devrait soulever des questions en Europe de l’Ouest, au lieu de fermer les yeux sur la nostalgie nazie. Quelle image de l’histoire diffuse-t-on ainsi dans l’UE? De plus, le droit de la citoyenneté et de la langue en Lettonie et en Estonie exclut, au lieu d’intégrer, les minorités russes qui y vivent. Une politique d’intégration intelligente rendrait caduque, du moins dans les pays baltes, l’argumentation russe selon laquelle la Russie doit protéger les Russes de l’étranger, même par la force.

Troisièmement: malgré toutes les craintes, fondées ou non, d’une nouvelle invasion russe, il ne faut pas oublier que l’Union soviétique a retiré ses forces de sécurité en 1990-91 des pays baltes, alors encore soviétiques, ainsi que dans les années suivantes de tous les autres anciens «pays frères» d’Europe de l’Est. Ce geste aurait pu être compris de la part des Baltes comme une main tendue à la réconciliation – cela aurait du moins valu la peine d’essayer.

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Le corridor de Suwałki

Le corridor de Suwałki désigne la région géographique entre la Biélorussie et l’enclave de Kaliningrad, sur une centaine de kilomètres. Les deux États membres de l’OTAN, la Pologne et la Lituanie, y sont voisins. Le terme «corridor de Suwałki» vient de la ville polonaise de Suwałki. Les experts estiment qu’en cas de conflit, la Russie chercherait à contrôler ce corridor, c’est-à-dire à établir une liaison terrestre entre Kaliningrad et la Biélorussie alliée, afin d’assurer une connexion logistique avec Kaliningrad. Fermer le corridor signifierait, logiquement, la création d’un nouveau « corridor de Suwałki », à savoir la séparation physique entre la Lituanie et la Pologne. Cela couperait la liaison terrestre entre les États baltes membres de l’OTAN et le reste de l’OTAN en Europe. Pour les deux camps, le corridor de Suwałki, dans l’une ou l’autre version, est une option stratégiquement peu acceptable.

Dans ce contexte, seule une démilitarisation verbale et matérielle de la région, ainsi qu’une libre circulation par rail et par route entre la Biélorussie/Russie et l’enclave de Kaliningrad, pourraient garantir une stabilité minimale, voire une normalité de bon voisinage.

La « flotte fantôme » russe en mer Baltique

L’UE ou l’OTAN, ou certains de leurs États membres, cherchent à immobiliser (saisir) ou même à bloquer l’accès à la Baltique des navires de la « flotte fantôme » russe ainsi désignée par eux (il s'agit donc d'un blocus naval). Sur la question juridique de la « flotte fantôme », voir ici: https://www.nachdenkseiten.de/?p=140239.

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Cela ne relèverait plus d’une zone grise du droit international, mais constituerait une violation explicite. Ce serait une violation ouverte du droit international. La liberté de navigation (articles 17, 58, 87 et 90 de la Convention sur le droit de la mer), un principe fondamental du droit international, serait suspendue. Plus encore: ce serait une violation du principe de non-recours à la force de la Charte des Nations unies (article 2, paragraphe 4), car les navires battant pavillon russe ont la nationalité russe (art. 91, Convention sur le droit de la mer). La partie russe serait alors en droit d’y réagir, et a déjà menacé de prendre des mesures. Récemment, des navires de commerce battant pavillon russe ont régulièrement été saisis en mer Baltique. La Russie renforce désormais la protection de sa flotte marchande, notamment par des navires d’escorte de la flotte de la Baltique et des démonstrations de force de son aviation. Le potentiel d’escalade est énorme.

Un blocus naval de la Baltique dans le détroit danois pour les navires russes, ou un blocus devant Kaliningrad ou/et Saint-Pétersbourg, serait le casus belli ultime. Une absence de réaction militaire ne serait concevable qu’en cas de renoncement volontaire de la Russie à sa souveraineté. La doctrine nucléaire actualisée de la Fédération de Russie a déjà formulé ses réponses à ce sujet.

Conclusion

Le risque que le baril de poudre explose doit être considéré comme tout aussi élevé dans tous les cas évoqués. Quel que soit le point chaud qui explose en premier, les autres suivront immédiatement, car ils ne sont que des pièces d’un même puzzle: la guerre pour le nouvel ordre mondial du début du XXIe siècle.

Les élites décisionnelles européennes doivent se réveiller à leurs responsabilités envers leurs peuples et redécouvrir la diplomatie, au lieu d’entrer dans la guerre en somnambules, guidées par des principes idéologiques. Cette voie n’est pas démocratiquement légitimée.

 

La perte de la fierté sexuelle

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La perte de la fierté sexuelle

Source: https://www.heliodromos.it/la-perdita-dellorgoglio-sessua...

La déesse Artémis, Diane pour les Romains, était une vierge chasseresse et protectrice des jeunes filles ayant atteint l’âge de neuf ans, lesquelles formaient sa suite. Il était strictement interdit à tout homme de les regarder nues lorsqu’elles se baignaient dans les ruisseaux sauvages ou les lacs paisibles. Actéon, éduqué à la chasse par le centaure Chiron, les surprit un jour au bain, pendant une partie de chasse dans les bois ; pour le punir, la déesse le transforma en cerf, faisant de lui une proie au lieu d’un chasseur, et ses propres chiens (mastiffs et lévriers) le déchirèrent, ne le reconnaissant pas à cause de cette transformation fatale.

Comme on le sait, les mythes du passé conservent à travers les siècles leur capacité intacte à expliquer ce qui se passe dans l’âme humaine ; ils peuvent donc contribuer à forger une idée précise même sur ce qui nous est présenté comme une urgence sociale, telle que la série des (soi-disant) féminicides, qui se répètent à intervalles réguliers, et qui seraient autrement incompréhensibles en l’absence de repères solides. Et, malgré la volonté de les attribuer à un patriarcat innocent, doté d’un alibi inattaquable du fait de son absence de la « scène du crime » — ayant disparu et s’étant éteint dans le monde actuel — il est évident qu’on l’incrimine pour de simples raisons idéologiques et pour porter un coup décisif à la famille traditionnelle.

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En réalité, il faudrait renverser les termes du problème, car c’est justement à cause de la disparition de la société patriarcale — capable de transmettre des mythes comme celui de Diane et Actéon ! — qu’on assiste, malgré les déclarations et les apparences, au mépris actuel envers la femme, à sa marchandisation, à son utilisation à des fins matérielles et dégradantes, les anciens interdits et contraintes morales ayant disparu: de la publicité à la pornographie, des professions improbables à l’impossibilité de continuer à être mères et épouses. Dans la civilisation précédente, mais aussi dans notre monde d’hier, ainsi qu’aujourd’hui encore dans les sociétés qui conservent des traits traditionnels, le respect de la femme était absolu, sa défense passait avant tout, et des actes répétés de galanterie (aujourd’hui ridiculisés !) rythmaient les relations entre hommes et femmes.

D’autre part, la culture de la vie célèbre et exalte celle qui donne la vie, tandis que la culture de la mort, au contraire, méprise et attaque tout ce qui renvoie à la vie, à l’amour et à la procréation. Déjà dans le langage des amants, ce lien « pour la vie » est l’un des thèmes les plus fréquents ; l’amoureux, à juste titre, met sa propre vie entre les mains de l’aimée. D’un côté, l’angoisse de la perte, de l’autre, le besoin d’éterniser le lien, indiquent clairement la peur que cette union puisse se briser. Et une fois cela compris, il n’est pas difficile d’attribuer à l’instabilité et à l’inconsistance actuelles des liens affectifs (« mon corps m’appartient et j’en fais ce que je veux ! ») l’issue destructrice à laquelle peuvent être conduits des hommes décentrés et dépourvus de maîtrise de soi: dignes fils du monde moderne.

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Toute relation amoureuse, si elle est authentique et non un simple vice ou un passe-temps, ne peut être considérée que comme éternelle, exempte de toute séparation future. D’où le besoin de possession, garanti par la fidélité et défendu par la jalousie. Et cela se produit et a du sens, au-delà et au-dessus de considérations bourgeoises banales. Et la simple idée que cette femme puisse trahir ou passer à un autre représente, surtout pour l’homme actuel, dévirilisé, une fracture mortelle, capable d’atteindre à l’intégrité de l’être, qui trouve précisément dans la relation affective une confirmation.

La fierté assurée par la condition de bonheur et de partage, grâce à la possession absolue de l’autre être, complémentaire et valorisant, au moment où elle est humiliée et remise en question par cette privation soudaine, convertit l’amour en haine, exigeant sa propre destruction, pour être apaisée ou guérie, l’élimination et le meurtre de celle qui a trahi.

C’est pourquoi, une fois que l’on prend conscience d’avoir confié son propre destin existentiel et son équilibre intérieur à quelque chose d’instable et de changeant, il serait nécessaire de faire un effort de réaction et de maîtrise de soi face aux impulsions auxquelles on obéit habituellement, ce que l’homme ordinaire ne possède pas. La fierté masculine et l’amour-propre, en effet, ne peuvent être fondés sur une possession fictive, sur laquelle on n’a aucun pouvoir réel et dont on ne possède aucune garantie de pérennité.

Le dépassement de soi — qui, de surcroît, donnerait à la même expérience érotique des perspectives plus élevées et plus dignes — serait le seul moyen disponible et véritablement utile pour échapper à ce cercle vicieux de passion, d’attachement et de perte ; c’est-à-dire l’impulsion à se valoriser par la possession, et la tendance à sortir de soi-même dans l’union sexuelle, tout comme dans l’expérience héroïque. D’ailleurs, l’eau, privée d’un contenant ou d’un récipient qui lui donne une forme, peut se transformer en un danger mortel, allant jusqu’à provoquer la noyade de celui qui s’y expose, sans défense, à ses tourbillons mortels.

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Dans le mythe précédemment évoqué, on a voulu voir en Actéon l’intellect ou la plus haute capacité rationnelle de l’homme, son aspiration constante à la Vérité, qui tente de capturer, c’est-à-dire de connaître la Sagesse divine ou la Vérité, et qui, en raison de son identité avec elle, tend à voir la Beauté divine. Mais l’issue tragique semblerait indiquer l’insuffisante qualification du «chasseur» pour s’approprier la «proie». Offrant ainsi un enseignement supplémentaire: pour que les plus hautes entreprises aboutissent et que la Connaissance soit définitivement acquise, il est nécessaire d’agir avec un esprit pur, sans scories ni entraves de l’ego. Car la pureté fortifie tandis que l’impureté affaiblit. La pureté construit et l’impureté détruit. La pureté édifie et l’impureté pulvérise.

Le vice et la vigueur n’ont rien en commun : vérité inconnue de tant de porteurs d’une virilité de façade, de brutes sentimentales, de féroces égoïstes, d’insensibles profiteurs. La pureté est force, santé, pouvoir et caractère. C’est l’un des attributs divins les plus importants chez l’homme, et il suffirait de peu pour la ramener à la lumière, retrouvant enfin la fierté d’être Homme.

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L’hypocrisie autour du «remplacement de population»

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L’hypocrisie autour du «remplacement de population»

Sacha Vliegen

Source: https://www.feniksvlaanderen.be/blog

Les débats actuels en Flandre, aux Pays-Bas et en Europe sur le concept de « remplacement de population » montrent surtout à quel point notre culture politique peine encore à traiter sérieusement des questions fondamentales pour notre communauté populaire, notre identité et notre démographie. Dès que le mot est prononcé, le débat bascule presque automatiquement de la réalité elle-même vers la suspicion morale à l’égard de celui qui fait usage du vocable. Un premier camp évoque un remplacement délibéré de la population, l’autre réduit toute inquiétude à ce sujet à du complotisme, à du racisme ou à une réédition d’idéologies nées au cours de la première moitié du vingtième siècle. Les deux réactions empêchent une analyse adulte. La question n’est pas seulement de savoir si le terme «remplacement de population» (ndt: ou "Grand remplacement" en France) est bien choisi, mais surtout quels processus sociaux réels se cachent derrière: immigration de masse, déclin démographique, pression sur le marché du travail, fragmentation culturelle, désintégration familiale, perturbations géopolitiques et dépendance structurelle à un modèle économique qui requiert sans cesse de nouveaux travailleurs.

Pour les partis libéraux, de gauche comme de droite, tout le remue-ménage autour du remplacement de population est surtout problématique car ils y voient du complotisme, de la confusion sémantique ou une radicalisation dangereuse. C’est révélateur. Souvent, c’est aussi le seul niveau sur lequel ils formulent une critique. Au lieu de traiter sérieusement les problèmes sous-jacents, ils renvoient à de vieilles théories racialistes, demandent que les partis de droite se distancient d’opinions qui ne figurent pas nécessairement dans leur programme, ou mènent un combat juridique et moral contre des figures et des mouvements qui ne s’inscrivent que partiellement dans ce contexte. Le résultat n’est pas un débat plus serein. Le résultat, c’est que les jeunes, qui ne voient aucun intérêt à faire référence à des fantômes idéologiques vieux d’un siècle, constatent simplement que leurs frustrations concrètes face aux échecs de la société multiculturelle sont d’emblée rendues suspectes. Cela accroît la colère latente. Cela crée précisément le terreau sur lequel un véritable extrémisme peut prospérer, car toute critique raisonnable est étouffée.

815pRxXyDHL._SL1500_-768x1182.jpgC’est pourquoi les questions qui se profilent derrière le concept de "remplacement de population" ne doivent pas être évitées. Quand peut-on considérer quelqu’un comme Flamand, Néerlandais ou Européen? La nationalité de papier suffit-elle? Une carte d’identité suffit-elle? Ou existe-t-il une communauté qui va plus loin que la simple inscription juridique? En Belgique, nous le savons trop bien. Il n’y a pratiquement jamais eu un fort sentiment de "communauté belge", sauf brièvement quand les footballeurs « Diables rouges » avaient encore une chance d'obtenir un succès international. La communauté réelle dans laquelle beaucoup de Flamands se reconnaissent n’est pas inscrite littéralement sur leur carte d’identité. Elle existe dans la langue, l’histoire, les habitudes, les codes sociaux, la mémoire, l’éducation, l’attachement local et les attentes partagées. Elle n’est pas purement biologique, mais elle n'est pas seulement administrative non plus.

Il serait tout aussi absurde de réduire l’identité à la pureté du sang. Faut-il remonter cinq générations pour déterminer qui possède le «bon» sang flamand, néerlandais ou européen? Une telle approche serait non seulement disproportionnellement exclusive, mais aussi nihiliste. Elle remplacerait la réalité vivante de la communauté par une comptabilité généalogique morte. Une communauté n’est pas une catégorie de laboratoire. Elle est historiquement croissante, culturellement formée et vécue relationnellement. On peut rejoindre une communauté, mais pas simplement par des démarches administratives. Cela nécessite assimilation, loyauté, réciprocité et destin partagé. À l’inverse, une communauté peut aussi être redessinée si rapidement que sa reconnaissance disparaît. Ce champ de tension constitue le cœur du débat.

Là où la droite se trompe

L’hypocrisie commence cependant quand les partis de droite nomment bien les symptômes de l’immigration de masse, mais osent rarement en aborder les causes profondes. Il est facile d’utiliser l’immigration électoralement pour expliquer la pression sur le logement, les salaires, les écoles, la sécurité et les prestations sociales. Il est bien plus difficile de reconnaître que l’immigration ne naît pas de rien. Elle est largement poussée par des facteurs d’expulsion. Guerre, perturbation économique, catastrophes écologiques, faillite de l’État et instabilité géopolitique chassent massivement les populations hors de leur région. L’Empire romain d’Occident n’a pas été submergé seulement parce que les Germains voulaient soudain envahir le territoire romain; ils étaient eux-mêmes poussés par les Huns et par de plus grands mouvements aux frontières de l’empire. Aujourd’hui, changements de régime, guerres par procuration, interventions ratées et inégalités mondiales jouent des rôles similaires. Qui veut comprendre l’immigration de masse doit aussi regarder quelle géopolitique déstabilise les sociétés ailleurs dans le monde.

Ce n’est pas un plaidoyer pour un accueil sans limite. C’est au contraire un plaidoyer pour la lucidité. Qui ne voit l’immigration que comme un devoir moral refuse de considérer sérieusement la capacité d’accueil des sociétés. Qui ne voit l’immigration que comme une invasion refuse d’examiner les causes qui obligent les gens à partir. Une position sereine et équilibrée reconnaît les deux: les frontières sont nécessaires, mais la politique extérieure, la politique de guerre et les structures de dépendance économique contribuent aussi aux flux migratoires que l’on déplore ensuite.

The-New-Europeans-National-Geographic-tScheldt.jpgEn plus des facteurs d’expulsion, il existe des facteurs d’attraction. L’accès à la sécurité sociale, à l’éducation, aux soins de santé et au logement rend l’Europe occidentale attractive. C’est compréhensible. L’État-providence est une immense réalisation historique. Mais justement pour cette raison, il ne peut être dissocié indéfiniment de la communauté solidaire d’où il est issu. La solidarité n’est pas seulement un droit abstrait qui peut être revendiqué partout et toujours de la même manière. Elle vit par la confiance, la réciprocité et le sentiment que les sacrifices d’aujourd’hui contribuent à un avenir que l’on reconnaît encore comme le sien. Lorsque des personnes qui n’ont jamais contribué obtiennent immédiatement l’accès à des droits sociaux étendus, cela peut éroder le soutien à la solidarité. Même si les intentions sont humaines, l’effet peut être dissolvant.

Migration: gain ou perte ?

Cela ne signifie pas que chaque migrant est un coût. La question de savoir si l’immigration apporte un gain ou une perte économique ne peut pas être résumée à un seul slogan. Migration de travail, migration familiale, migration d’asile, migration hautement ou peu qualifiée ont des conséquences très différentes. Les jeunes migrants qui travaillent rapidement peuvent contribuer positivement à court et moyen terme. Les migrants qui restent longtemps dépendants des aides, du travail peu rémunéré ou de statuts précaires peuvent en revanche peser lourdement sur les systèmes sociaux. Le résultat budgétaire dépend de l’âge, du niveau d’éducation, de l’emploi, de la taille de la famille, de la durée de séjour, de l’acquisition de la langue et de la qualité de l’intégration. C’est pourquoi il est faux de dire que l’immigration apporte toujours des gains. Mais il est tout aussi faux de dire qu’elle coûte toujours. La vérité est différenciée: certaines formes de migration sont économiquement utiles pour certains secteurs, tandis que d’autres pèsent lourdement sur le plan sociétal, culturel et budgétaire.

La critique prévisible de la droite sur l’idée que la migration peut être utile économiquement a donc en partie un fondement. Il existe effectivement des études et des estimations montrant que certains groupes, surtout quand l’intégration sur le marché du travail échoue, coûtent plus qu’ils ne rapportent. Ces études ne doivent pas être ignorées. En même temps, il faut rester honnête sur leur sensibilité méthodologique. Le résultat de ces calculs dépend fortement de l’horizon temporel choisi, de l’attribution des dépenses collectives, des hypothèses concernant la deuxième génération, la scolarisation et la participation au travail. Les montants précis sont donc moins importants que la conclusion structurelle: la migration devient budgétairement problématique lorsqu’elle s’accompagne de faible emploi, de bas salaires, de dépendance durable et d’intégration insuffisante. Sur ce point, les critiques ont raison. Mais ceux qui en déduisent que la solution consiste simplement en indignation symbolique ou en slogans nostalgiques manquent l’essentiel.

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Le troisième facteur est la démographie. L’État-providence européen se fonde sur un rapport entre suffisamment de contributeurs et une dépendance limitée. Le vieillissement met ce rapport sous pression. Une société avec trop peu d’enfants, de plus en plus de personnes âgées et de moins en moins d’actifs aura tôt ou tard des problèmes à affronter. L’économie moderne tente de résoudre cela par l’activation généralisée, le travail plus longtemps, l’automatisation et l’immigration de travail. Surtout ce dernier facteur devient politiquement explosif. Car ce qui est présenté économiquement comme une nécessité pragmatique est ressenti culturellement comme une perte de repères et de continuité.

Migration et capitalisme

Ici, la question migratoire touche à l’ordre capitaliste lui-même. Dans sa critique de la quatrième phase du capitalisme, Diego Fusaro souligne que le capitalisme contemporain ne fait pas seulement commerce de biens et de travail, mais rend aussi frontières, liens, traditions et communautés fluides. Tout ce qui résiste à la circulation, à la flexibilité et à la consommation est suspecté d’être dépassé, caduc. La nation est désormais perçue comme trop fermée, la famille comme trop restrictive, la religion comme trop normative, la communauté locale comme un élément de ralentissement, la tradition comme pas assez flexible. L’homme idéal du capitalisme tardif est mobile, disponible, individuel, consommable et détaché de tous liens forts. L’immigration s’inscrit dans cette logique, non pas nécessairement comme projet idéologique, mais comme fonctionnalité économique: le travail doit être disponible là où le capital en a besoin.

C’est pourquoi il est trop simple de voir l’immigration de masse uniquement comme un projet culturel ou moral avancé par les élites progressistes. Une partie de la classe supérieure n’a pas forcément intérêt à une immigration illimitée avec droits sociaux complets. Ce qu’elle trouve bien plus attrayant, c’est une immigration optimisée économiquement: suffisamment de travailleurs pour combler les manques, faire baisser les salaires ou maintenir les secteurs, mais sans que ces travailleurs puissent immédiatement participer pleinement à la communauté solidaire. Cela explique pourquoi certains gouvernements parlent avec sévérité de l’immigration, tout en élargissant les visas de travail. Le migrant idéal pour le modèle économique utilitaire n’est pas le nouveau concitoyen, mais le travailleur temporaire: disponible, remplaçable, dépendant et si possible sans trop de revendications.

Politique migratoire de droite: le slopulisme

La pratique des gouvernements européens de droite montre cette ambivalence. La Pologne sous l'égide du parti PiS a longtemps tenu une rhétorique dure sur l’immigration, mais a en même temps accordé de nombreux permis de travail. L’Italie sous Meloni parlait durement de l’immigration illégale, mais a augmenté les quotas de travailleurs non-européens car l’économie et la démographie l’exigeaient. La Hongrie sous Orbán se présentait comme la défenseuse de la souveraineté nationale et de la continuité culturelle, mais a développé des régimes pour travailleurs temporaires permettant l’immigration de travail sans perspective d’intégration totale. Ce n’est pas un détail. Cela montre la tension fondamentale qui existe entre la politique identitaire électorale et la réalité économique.

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En haut: type de travailleurs itinérants au 19ème siècle; en bas: arrivée massive de travailleurs saisonniers flamands à Paris (en arrière-plan, la Gare du Nord), pour des emplois de misère.

Pour un électorat gagné par la promesse d'une "remigration", d'une restauration et d'un retour à un passé clair, c’est inévitablement décevant. Car même les partis qui critiquent fortement l’immigration de masse se heurtent aux besoins du système économique dès qu’ils gouvernent. Les employeurs demandent des travailleurs. Les établissements de soins demandent du personnel. Agriculture, construction, logistique, restauration et industrie cherchent des gens. La base démographique de la population autochtone est affaiblie. Le marché du travail est construit sur une croissance permanente. Et donc, la porte qui est fermée symboliquement est immédiatement rouverte sur le plan économique.

Voilà la vraie hypocrisie. La droite récolte des voix en critiquant l’immigration, mais n'ose pas souvent critiquer le capitalisme qui rend l’immigration fonctionnelle. La gauche critique parfois le capitalisme en termes abstraits, mais n’ose pas reconnaître que l’immigration de masse peut affaiblir la position des classes inférieures en toutes négociations sociales, puis accroître la pression sur les services publics et miner la cohésion culturelle des quartiers populaires. Les libéraux, des deux côtés de l'échiquier politique, défendent la mobilité, la flexibilité et l’ouverture, mais refusent de voir le prix payé par les communautés. Ainsi s’instaure un débat où chacun détient une part de vérité, mais où presque personne ne veut la dire entièrement.

Solutions au remplacement de population

Un point particulièrement sensible est l’émancipation des femmes sur le marché du travail. Cette émancipation a apporté des avantages indéniables. Elle a donné aux femmes l’autonomie économique, la reconnaissance sociale et l’égalité politique. Aucun projet alternatif sérieux ne doit souhaiter revenir à une époque où les femmes étaient maintenues dans une dépendance structurelle. Mais en même temps, l’intégration des femmes au marché du travail a aussi conduit à une marchandisation totale de la vie familiale. Ce qui pouvait autrefois être porté par un seul revenu nécessite désormais souvent deux revenus. Non parce que les familles sont devenues plus libres, mais parce que le marché s’est adapté à cette nouvelle norme. Les prix de l’immobilier, les normes de consommation, les systèmes fiscaux et les attentes de carrière sont construits autour du modèle du ménage à deux revenus. Le résultat est que le choix d’avoir des enfants est de plus en plus ressenti comme une charge économique, une pression temporelle et une perte dans le plan de carrière.

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La société se retrouve ainsi dans une situation paradoxale. Elle dit que les enfants sont importants, mais organise la vie comme si les enfants étaient surtout une gêne. Elle valorise la famille symboliquement, mais la pénalise économiquement. Elle célèbre la liberté de choix, mais rend presque impossible pour beaucoup de parents d'opter vraiment pour plus de temps à la maison. Elle sacralise le travail et considère les soins à apporter aux enfants comme une activité dérivée. Une civilisation qui réduit sa propre reproduction à un choix individuel de style de vie découvrira tôt ou tard que la démographie ne reste pas une affaire privée. Les faibles taux de natalité ne sont pas une simple addition de choix personnels. Ils expriment la valeur qu’une société accorde à son avenir.

Une politique nataliste peut apporter une amélioration, mais seulement si elle est conçue de façon durable et large. Des primes uniques ou une rhétorique familiale symbolique ne suffisent pas. Il faut une normalisation des familles nombreuses, des logements abordables, des revenus stables, une fiscalité adaptée à la famille, des crèches accessibles et surtout une revalorisation du travail qu'exigent les soins à apporter aux enfants. Un revenu de remplacement à, par exemple, quatre-vingts pour cent du revenu de l’un des partenaires qui souhaite rester temporairement à la maison serait une piste sérieuse. Il est important que de telles mesures soient accessibles non seulement aux groupes à faibles revenus, mais aussi à la classe moyenne. Sinon, la politique familiale devient une politique de lutte contre la pauvreté, alors qu’elle doit être une politique de consolidation de la civilisation. Le but ne doit pas être de renvoyer les femmes à la maison, mais de donner aux parents le vrai choix de ne pas entièrement soumettre le temps, les soins parentaux et l’éducation des enfants à la logique du marché.

Conclusion

Voici le cœur du problème: une société qui épuise économiquement ses propres familles aura tôt ou tard besoin d’immigration de travail pour compenser les conséquences de son propre affaiblissement démographique. Qui veut s’opposer au remplacement de population ne peut donc se contenter de frontières surveillées de manière plus stricte. Il doit restaurer les conditions dans lesquelles sa propre population ose à nouveau faire des projets d’avenir. Cela signifie: des charges de logement moins lourdes, moins de pression de travail absurde, une revalorisation de la maternité et de la paternité, une protection des salaires, un enseignement axé sur la communauté, une assimilation culturelle et une économie qui ne traite pas la famille comme un poste de coût considéré comme inefficace.

Le terme "remplacement de population" reste chargé parce qu’il suggère souvent un projet de substitution conscient et centralisé. Cette forme de complotisme est faible sur le plan analytique et risquée sur le plan politique. Mais il est mensonger de prétendre qu’il n’y a pas de transformation démographique, que l’immigration de masse n’a pas de conséquences culturelles, que l’intégration a réussi partout, ou que toute critique n’est qu’une nostalgie racialiste. L’échec du modèle multiculturel est visible dans les quartiers ségrégués, les normes parallèles, les retards scolaires, les tensions religieuses, les problèmes de sécurité et la perte de codes partagés, voilà qui relève de l'évidence. Celui qui nomme cet échec n’a pas besoin d’être biologiste. Il peut simplement constater qu’une société a besoin de bien plus que de procédures juridiques pour rester une communauté.

61pyKJk3c5L._AC_UF1000,1000_QL80_.jpgLa "remigration" est un thème qui, lui aussi, doit être discuté sobrement. Dans un sens limité, juridique et humain, une politique de retour est évidente: celui qui n’a pas de droit de séjour, qui fraude, qui commet un  crime ou un délit grave ou qui rejette l’ordre fondamental de la société d’accueil ne peut prétendre indéfiniment à rester. Mais la "remigration" comme retour massif et nostalgique vers un passé ethniquement figé est une illusion. La réalité de décennies de migration, des familles mixtes, des minorités intégrées et des nouvelles générations ne peut être effacée sans une immense perturbation morale, juridique et sociale. C’est précisément pourquoi le débat doit être mené de façon sereine et équilibrée: il faut être strict là où c’est nécessaire, mais sans fantasmes ni déni de la complexité du réel.

La lutte contre l’immigration de masse ne sera crédible à long terme que si elle s’inscrit dans une critique plus large du modèle économique qui la rend nécessaire. Ce modèle a dissocié le travail de la communauté, soumis les familles à une pression permanente de production, dévalorisé les soins parentaux, rendu les frontières poreuses économiquement et traité les déficits démographiques comme des problèmes logistiques. Il a réduit la famille à un coût alors qu’elle est en réalité le plus bel investissement dans l’avenir. Il a appris aux communautés à se méfier d’elles-mêmes alors que toute solidarité durable commence justement par la reconnaissance, la continuité et la responsabilité partagée.

Il ne suffit donc pas de dire que la migration coûte de l’argent. Parfois c’est le cas. Parfois elle apporte des gains à certains secteurs. Parfois elle contribue temporairement au financement de systèmes vieillissants. Mais la question la plus profonde n’est pas seulement budgétaire. La question est celle du type de société que l’on veut promouvoir. Une société qui résout ses déficits en important sans cesse de nouvelles personnes, sans restaurer ses propres fondements démographiques, économiques et culturels, achète du temps au détriment de la cohésion. Une société qui pathologise toute critique devient aveugle. Et une droite qui parle de remplacement de population mais se tait sur le capitalisme ne génère qu’une opposition à moitié.

81ergnpqGKL._SL1500_.jpgLa conclusion n’est donc pas que toute migration doit être rejetée. Elle est que l’immigration de masse, le déclin démographique et la dissolution capitaliste doivent être pensés simultanément. Qui ne critique que la migration voit le symptôme mais pas le système. Qui ne critique que le capitalisme, mais se tait sur la pression migratoire qu’il engendre, abandonne les classes populaires et les communautés historiques. En ce sens, la pensée d’Alain de Beonist reste très pertinente: qui critique la migration mais se tait sur le capitalisme ne parle qu’à moitié; qui critique le capitalisme mais se tait sur la migration fait de même.

Sources:

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