mardi, 19 mai 2026
La leçon de Desmond Morris: le football sera toujours une question tribale

La leçon de Desmond Morris: le football sera toujours une question tribale
par Roberto Johnny Bresso
Source: https://www.ilprimatonazionale.it/approfondimenti/la-lezi...
Rome, 25 avril – Le zoologiste, éthologue, sociologue et peintre surréaliste anglais Desmond John Morris est décédé à l’âge de 98 ans.
Connu mondialement pour son ouvrage de 1967 Le singe nu : étude zoologique de l’animal homme, dans lequel la thèse principale est que l’homme possède des instincts qui le définissent très clairement, qu’il est naturellement divisé en tribus. Et que son propre corps le caractérise comme un animal pré-symbolique. Une « singe nu », c’est-à-dire sans poils, précisément. Destiné par nature à la guerre, qu’elle soit réelle ou simulée.
Une plume compréhensible et ironique
Le livre a connu un succès retentissant, au point d’inspirer aussi l’ami Stanley Kubrick pour la célèbre séquence d’ouverture de 2001: l’Odyssée de l’espace. Il s’est vendu à dix millions d’exemplaires et a été traduit en trente langues.
Contrairement à beaucoup de sociologues pompeux sans utilité, Morris avait le don d’écrire de manière facilement compréhensible et presque ironique. Inutile de dire que, par la suite, en 1968, toute l’académie des sociologues de gauche a passé des décennies à tenter de discréditer ses thèses. Sans toutefois pouvoir faire grand-chose pour en diminuer l’immense popularité.
La tribu du football
En tant que grand supporter de football (de l’Oxford United, dont il fut aussi dirigeant, et du Pays de Galles, dont provenaient ses ancêtres), en 1981 il publia La tribu du football (The Soccer Tribe). L’un des premiers travaux approfondis et sans moralisme facile sur le phénomène de l'hooliganisme footballistique, y compris sous ses formes violentes. Morris explique que le football n’est rien d’autre qu’une guerre simulée, l’homme s’étant transformé au fil du temps: de chasseur, il est devenu un joueur de football. De plus, tandis que jusqu’alors les supporters étaient considérés comme des entités individuelles, il montre que l’appartenance à un groupe de supporters est tout sauf un comportement désorganisé. Au contraire, elle sous-entend l’acceptation de structures bien délimitées auxquelles ses membres s’identifient. Morris a également défini le phénomène ultras comme « une manifestation d’un tribalisme sain et intrinsèque propre à l’être humain ».
Et bien, dans ce monde contemporain apparemment de plus en plus libre, où existent mille cinq cents formes acceptées de sexualité, paradoxalement, d’autres formes de tribalisme, vues comme un héritage d’une culture essentiellement masculine et guerrière, doivent être démantelées et rendues si inacceptables qu’elles soient destinées à l’abandon. Bien sûr, l'hooliganisme tel qu’on l’a toujours compris est l’un des principaux ennemis de cette mentalité progressiste, puisqu’il permet à un certain nombre d’individus de reconnaître des valeurs et des comportements souvent en contradiction avec ce qui est acceptable par la vulgate commune.
Une scène au théâtre?
Voici donc qu’on exige récemment que les gradins du stade soient vécus comme ceux d’un théâtre. Nous ne parlons pas de comportements racistes ou antisociaux, mais même une simple expression de dissidence ou d'un «support contre» doit être totalement stigmatisée. Deux exemples récents illustrent bien cela: Alessandro Bastoni, joueur de l’Inter, accusé d’avoir simulé une faute lors du match contre la Juventus, est depuis hué dans tous les stades italiens par des salves de sifflets. Tout à fait normal, bien sûr, cela fait partie du jeu. Et pourtant non, c’est, paraît-il, une catastrophe! Appels des médias et des professionnels du secteur pour cesser d'«humilier» le pauvre garçon, qui ne le fait pas, qui est un patrimoine de notre magnifique football, qui n’a pas participé à une Coupe du Monde depuis douze ans et dont les stades tombent littéralement en ruines.
Dimanche dernier, c’est ensuite Mike Maignan qui a orchestré un spectacle pitoyable. Lors de la rencontre Vérone-Milan, il a été sifflé par la Curva Sud véronaise, et il a jugé opportun d’aller pleurnicher auprès de l’arbitre, en prétendant des insultes racistes, mensonge ensuite repris par nos journalistes intègres.
Peut-être parce que j'ai grandi dans les gradins des années 80 et 90, époque où les joueurs subissaient sans broncher des insultes bien plus graves et répétées. Mais peut-être serait-il utile de rappeler la leçon de Desmond Morris, pas seulement en ce qui concerne le football. L’être humain, sans passions ni rites tribaux, n’est rien d’autre qu’un contenant vide pouvant être rempli et manipulé par n’importe quelle stupidité imposée de l’extérieur.
19:18 Publié dans Hommages | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : éthologie, desmond morris, hommage |
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