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jeudi, 30 juillet 2026

Le naufrage du Titanic: un mythe moderne funeste

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Le naufrage du Titanic: un mythe moderne funeste

par Pierre-Emile Blairon

Carl Gustav Jung avait intitulé l’un de ses ouvrages : Un mythe moderne(1) ; le psychologue, dans cet ouvrage paru en 1958, y traitait des soucoupes volantes. Le titre, on le voit, dénotait une pertinence certaine quant à l’importance que décrète le mot même de « mythe », puisque le phénomène perdure et qu’aucune réponse sérieuse n’a encore été apportée à son élucidation.

Le naufrage du Titanic s’est élevé au niveau de mythe moderne tel que l’entend Jung parce qu’il a profondément marqué le monde contemporain. Les dieux nous envoient en permanence des messages que nous ne savons pas, la plupart du temps, interpréter ; celui-ci est pourtant très explicite.

En 1912, le géant des mers, opportunément baptisé le Titanic, prenait pour sa première traversée une route maritime qu’il ne terminera jamais puisqu’il coulera au large de Terre-Neuve, heurté par un iceberg.

Un mythe, on le sait après la définition de Mircea Eliade, est un acte, ou un fait, qui, par la signification que l’inconscient collectif lui attribue, va s’ancrer dans le déroulement de l’Histoire du monde ou d’un peuple et va même influer sur son cours, voire la fonder. D’où, ensuite, l’apparition des rites, qui sont la répétition, ou la commémoration, sur un mode religieux, de l’événement fondateur. Nous n’allons pas revenir ici sur la signification du mot modernité(2) autrement que pour rappeler que ce terme signifie exactement, en langage traditionnel, le contraire de ce qui est entendu de nos jours.

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Le Titanic représentait à cette époque l’emblème de ce qu’on pouvait traduire par modernité. Nous allons voir que l’épopée du Titanic préfigure symboliquement la catastrophe globale de ce qui adviendra un peu plus d’un siècle plus tard, celle que nous sommes en train de vivre.

Titanisme

Dans la mythologie grecque, les Titans forment une race originelle, archaïque, apparue avant même les dieux olympiens (ainsi appelés en raison de leur demeure, le mont Olympe) ; les Titans sont étroitement liés à l’espèce humaine quelle que soit l’origine de celle-ci ; dans un cas, les deux races sont créées par Gaïa, la Terre, (pour les hommes, issus de la Terre, c’est le mythe de l’autotochnie), dans l’autre, les humains sont créés par Prométhée, un Titan.

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Prométhée, fils de Titan, est enchaîné par Zeus. Un aigle dévore son foie (Vase à figures noires, vers 560 – 550 avant J.-C.).

Prométhée est en même temps le créateur de l’Homme physique (il sera fait d’argile, un mythe qu’on retrouvera plus tard repris par les religions du Livre – on n’invente jamais rien), mais Prométhée est aussi l’inventeur de l’humanisme (que certains confondent avec l’amour de son prochain, et même de son lointain, de l’humanité en général et, à ce titre, le précurseur de la passion et de la mission du Christ, d’une part, mais aussi, d’autre part, du surhumanisme, considérant l’Homme comme maître des autres règnes cosmiques, la référence et l’alibi des folies matérialistes de notre monde actuel, ce que les philosophes appellent l’hubris, la démesure élevée en mode de fonctionnement de nos sociétés actuelles, la folie titanesque ; nous ne prendrons pour seul exemple, caricatural, de cette folie que celui de cette course à celui qui élèvera la plus haute tour au monde (on pense à la Tour de Babel), compétition engagée par les Bédouins milliardaires qui les distrait des courses de chameaux dont ils sont friands ; mais cette frénésie de construction verticale s’étend à l’ensemble de la planète, si bien que les villes de culture qui se distinguaient par une architecture enracinée perdent leur spécificité et sombrent dans l’anonymat et l’uniformité de ces terrifiantes mégapoles dont Oswald Spengler avait si bien annoncé la sinistre emprise.

Sept synchronicités époustouflantes à propos du Titanic

Mais nous n’oublions pas pour autant un autre symbole de l’hubris, du titanisme, dont on aura retenu le naufrage prophétique, celui du plus grand bateau de l’époque, le Titanic, si bien nommé, coulé le 15 avril 1912 par un blanc destroyer venu d’Hyperborée, le continent enfoui sous les glaces, un iceberg, avertissement très symbolique donné par les divinités au tout début du XXe siècle, annonçant les deux guerres mondiales qui allaient suivre.

Je voudrais ici révéler, à propos de ce naufrage, une suite de synchronicités pour le moins étranges, une suite qui n’est pas aussi célèbre que celle de Fibonacci mais qui est tout aussi riche en symbolisme.

L’accumulation de ces « coïncidences » ne peut pas être due au hasard ; cette évidence m’est apparue lorsque, constatant une première étrangeté, j’en ai tiré un fil qui m’a conduit à une deuxième extravagance, puis une troisième, et ainsi de suite jusqu’au nombre de 7 coïncidences significatives, toutes dûment référencées et ci-après vérifiables !

Toutes ces synchronicités sont guématriques, c’est-à-dire qu’elles ont toutes un rapport avec des nombres, des dates et des symboles.

Ce phénomène rentre parfaitement dans le cadre de la définition que Jung avait assignée à ce qu’il appelait une synchronicité : « coïncidence simultanée et significative dans l’espace-temps, entre des faits qui ne sont pas connectés, n’étant pas cause l’un de l’autre. L’important, c’est qu’une telle coïncidence soit significative car, dans le cas contraire, il ne s’agirait pas de synchronicité mais de synchronie(3). »

1.

Le 22 juin 2023, nous apprenions qu’un sous-marin de poche affrété pour faire découvrir l’épave du Titanic à un groupe de richissimes amateurs de sensations fortes coulait avec ses passagers à bord ; le sous-marin avait été malencontreusement dénommé : le Titan.

2.

Le concepteur du Titanic, Thomas Andrews (1873−1912), a coulé avec son bateau, de même que le concepteur du mini-sous-marin, Stockton Rush.

3.

Il s’est passé 111 ans entre les deux naufrages ; 111 : le nombre du Pôle, de la glace, de l’Hyperborée, de la Tradition primordiale.

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4.

Ce nombre symbolique a été étudié par René Guénon dans son ouvrage Symboles de la Science sacrée paru en 1962 aux éditions NRF Gallimard, chapitre XV, page… 111, comme il se doit(4).

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5.

Mais ce n’est pas fini ; je parlais de naufrage prophétique mais il fut aussi prophétisé. Revenons quelques années avant l’époque où ce gigantesque bateau a été construit, en 1898. Morgan Robertson, un écrivain new-yorkais, faisait paraître un roman qui s’intitulait The wreck of the Titan(5) (Le naufrage du Titan).

Ce livre racontait le naufrage d’un navire dénommé Titan qui coule en avril à la suite d’une collision avec un iceberg ; environ 2000 des 3000 passagers (la même capacité que le Titanic) qu’emportait le Titan périrent, faute d’avoir pu embarquer sur des canots de sauvetage, en nombre insuffisant pour un navire de ce type (24 pour le Titan, 20 pour le Titanic) ; mais le Titan était réputé insubmersible à cause de ses 19 compartiments présumés étanches (16 pour le Titanic). Le Titanic a coulé dans la nuit du 14 au 15 avril 1912, au large de Terre-Neuve. Il mesurait 271 mètres (contre 243 pour le Titan), jaugeait 60.000 tonneaux contre 75.000 pour le Titan, filait à 23 nœuds, au maximum de sa puissance, lors de la collision, contre 25 pour le Titan, disposait, comme le Titan, de 3 hélices. 1500 passagers sur les 2207 qui avaient embarqué sur le Titanic ont péri.

6.

L’incendie de Notre-Dame de Paris le 15 avril 2019 survient le même jour que le naufrage du Titanic (qui a coulé le 15 avril 1912 à 2h20). Ne s’agit-il pas cette fois de la destruction de sa flèche qui s’élève vers les cieux entourée de flammes alors que le Titanic plonge dans l’enfer des eaux glaciales de Terre-Neuve, non loin des côtes américaines ?

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7.

Enfin, mon ami le professeur Paul-Georges Sansonetti me faisait remarquer que « N‑D.de Paris a pris feu exactement 666 jours après l’élection d’une majorité présidentielle favorable à l’idée d’une déconstruction(6) de l’Histoire de France. C’est comme si l’embrasement de ce chef‑d’œuvre répondait tragiquement à l’indifférence des Français quant à leur mémoire collective », me disait-il.

Les dieux s’adressent aux hommes en émettant des signes, et des signaux d’avertissement en période apocalyptique, qu’il appartient aux humains d’interpréter ; la synchronicité, les coïncidences significatives, font partie du langage symbolique de puissances divines bienveillantes que tout homme attentif peut comprendre afin de prendre les mesures en conséquence.

Nos contemporains sont assommés par le déferlement satanique de propagandes en tous genres, abrutis quotidiennement par des épandages chimiques aériens, coupés de tous liens avec leur environnement et avec la nature, affaiblis par de faux vaccins destinés à les tuer ou à les transformer en robots ou en esclaves. Nos semblables ne réagissent plus, dans leur ensemble, aux moindres stimuli, ils sont apathiques, plongés dans une torpeur morbide, comme lobotomisés, prêts à disparaître dans un sommeil profond.

Combien sont encore assez lucides pour comprendre que les puissants de la planète, nos propres dirigeants, veulent nous faire disparaître par tous les moyens mis à leur disposition par des forces sataniques auxquelles ils sont soumis ? Combien comprennent que tous les horribles événements qui viennent nous affecter (à l’heure où j’écris, des incendies gigantesques), ne sont pas le fait du hasard ou des fatalités naturelles mais un projet orchestré de longue date sur toute la planète pour réduire sa population ?

Pierre-Émile Blairon

Notes: 

(1) Un mythe moderne. « Des signes du ciel », Gallimard, coll. Folio essais.

(2) Voir à ce sujet mon ouvrage La Roue et le sablier où un paragraphe lui est consacré, page 40.

(3) Miguel Rojo Sierra, Introduction à la lecture de C.G. Jung, Georg éditeur.

(4) Voir cette page en illustration.

(5) Couverture du livre The wreck of the Titan.

(6) Elections législatives du 18 juin 2017.

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Relire Bauman. Le relativisme progressiste engendre des cultures faibles et des sociétés liquides

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Relire Bauman. Le relativisme progressiste engendre des cultures faibles et des sociétés liquides

par Pierfranco Bruni

Source: https://www.destra.it/home/rileggendo-bauman-il-relativis...

Zygmunt Bauman, disparu à Leeds le 9 janvier 2017, reste-t-il encore le sociologue de la « liquidité » de la société ? Il était né à Poznań le 19 novembre 1925. Sociologue et philosophe polonais, dont les origines renvoient à la culture juive, Bauman a été l’un de ces chercheurs qui a étroitement lié, à travers des processus culturels, l’aspect sociologique des sociétés et les éléments philosophiques.

Ces deux aspects sont d’une grande importance, car une société, avec ses stratifications sociales et son mouvement de transition à l’époque du postmoderne, peut être lue à travers différents aspects, des éléments divers et articulés, y compris d’ordre anthropologique.

828e0ac0c7733fb2d24b8e243054a483.jpegLes deux aspects fondamentaux sur lesquels Bauman a porté son attention ont été le consumérisme de ces sociétés en transition, surtout dans la culture de la postmodernité, et à l'ère de la mondialisation. Deux points d’ancrage à travers lesquels Bauman a mené sa recherche, dont l'objet a été défini comme étant la « société liquide ». En effet, on se souvient de lui comme d'un sociologue ayant mis en avant les processus sociologiques en soi, les processus philosophiques, les processus anthropologiques, dans une détermination bien définie qui est précisément celle de la « société liquide ». Sur ces deux éléments, le consumérisme et la mondialisation, sur lesquels il s’est attardé, il convient de considérer, du point de vue de la critique sociologique, la réalité du concept de « déchet », c'est-à-dire les vies mise au rebut, la vie à l’intérieur de la mondialisation et l’homme du consumérisme.

Cela a conduit par la suite à une homogénéité des aspects, c’est-à-dire à ce contexte d’expressions que Bauman a défini comme l’homogénéisation des sociétés, dans un parcours uniformisant, des sociétés qui se « dépersonnalisent » et deviennent l’élément porteur d’une réalité déterminée, qui est une réalité culturelle. Dans ce discours, il va de soi qu’il y ait aussi une morale à part entière. Mais qu’est-ce que la société liquide ? C’est une société qui consomme tous ses aspects, et qui, en les consommant, se dissout. Il y a une idée très forte chez Bauman qui dit : « La dissolution devient un processus continu. Rien n’a le temps de se solidifier et ce que j’appelle la modernité liquide, la modernité actuelle, comme les liquides, ne peut garder une forme longtemps.».

Il s’agit indéniablement des sociétés modernes dont le point de référence est l’oubli. Tout est-il oublié parce que tout se dissout ?

izbamloqmages.jpgTout se consomme, tout se perd, tout se détruit et, au fond, selon Bauman, nous vivons dans cette société liquide, dans cette société qui consomme tout, qui perd tout, et tout se perd et, en perdant le tout, on perd aussi les valeurs, on perd également cet aspect des valeurs qui est à l’intérieur de la dimension d’un processus de ramification à part entière. Un processus de ramification qui évolue entre quelques concepts de base : l’espace et le temps, l’identité et l’appartenance.

Je suis d’avis que cela représente le fait significatif d’un processus qui n’est plus lent. Mais improvisé et immédiat. Une vision parfois contradictoire, mais efficace dans un contexte de pensée fragile et faible.

Ses ouvrages, notamment « Retrotopia » et « La culture à l’ère de la consommation », datant de 2016, ont apporté cette dimension essentielle. Que se passe-t-il dans la culture qui vit à l’ère de la consommation ? Elle devient elle aussi une culture « liquide » parce que tout se consomme. Elle se massifie.

imazbvpes.jpgD’autres textes fondamentaux : « État de crise » de 2015 et « Futur liquide. Société, homme, politique et philosophie » de 2014. Dans ce texte, il est mis en évidence que dans un futur, dans le destin d’une société dont l’avenir est liquide, tout devient dissoluble, consommable. Justement. Tout devient, essentiellement, non plus résistant, définitif, mais perdant. Par conséquent, les sociétés, l’homme, bien qu’enracinés dans la politique, dans la philosophie, sont une véritable source de liquidation, et cela a aussi conduit à définir la postmodernité à travers une dimension où notre société vit le « spectre des barbares » qui n’est pas seulement une définition historique, ancienne, mais une définition dans laquelle domine le « spectre des barbares ».

Nous vivons dans « l’obscurité du postmoderne ». En effet, en 2011, il publie son livre « L’obscurité du postmoderne », mais Bauman avait déjà défini cette dimension de la culture et de la « société liquide », au point que, des années auparavant, il avait écrit « Peur de la liquidité, peur du liquide ». Cela signifie que même dans une société postmoderne, l’état solide ne dure pas dans le temps et le lien entre l’état solide et liquide ne fait qu’exprimer la voix des « sociétés relatives ».

9782850612268_large.jpgCette définition a fait de Bauman l’un des chercheurs, sur le plan sociologique, de notre réalité. Il affirmait : « L’attention portée au corps s’est transformée en une préoccupation absolue et en le passe-temps le plus prisé de notre époque. »

Cela nous fait comprendre comment, au sein de notre contemporanéité, les frontières divisent l’espace, mais ne sont pas des barrières. Bauman soulignait: «Les frontières divisent l’espace, mais ne sont pas de simples barrières. Elles sont aussi des interfaces entre les lieux qu’elles séparent, et en tant que telles, elles sont soumises à des pressions opposées et sont donc des sources potentielles de conflits et de tensions».

Il s’agit d’un sujet d’une grande actualité, d’une grande dimension et d’une grande stratification de la pensée. Seules les sociétés et cultures faibles, ou les sociétés et cultures « légères », vivent cette liquéfaction, en soi métaphorique, de la perte des valeurs. Dans les sociétés d’aujourd’hui, il manque l’ordre et il manque, justement, ce concept de transmission de la tradition. Bauman l’avait bien compris, c’est pourquoi il dessine cette « société du liquide », mais tout en dessinant cette « société du liquide », il semble complètement impliqué à accepter et « apprécier » cette vision qui est la structure d’un processus social qui se dissout.

Dans les sociétés qui ont une identité forte, cela n’arrive pas car les racines, non oubliées, font la différence. Mais ce sont des sociétés dont le point de départ est la tradition et non le « progressisme ». C’est aussi une lecture idéologique. C’est précisément dans l’idéologie progressiste que l’homme vit sa chute. Donc une telle société semble être sans espoir.

Chez Bauman, en l’absence d’espoir, il n’y a pas de témoignage spirituel. Il n’y a pas de Foi. Il y a perte. Le regard, quand il est éloigné du religieux, conduit à la défaite de l’homme. Bauman vit la défaite du religieux. Les sociétés liquides sont des structures dans lesquelles domine le relativisme progressiste. Mais malgré tout, il ne met pas en avant la nécessité de retrouver la Tradition. C’est là la tragédie.

Rendons à Rome ce qui appartient à Rome 

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Rendons à Rome ce qui appartient à Rome 

Claude Bourrinet 

Il y a bien un thème aussi redondant que celui de l'Apocalypse, c'est la Chute de l'Empire romain, ou, plus précisément, celui de la présumée "décadence" romaine.

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Pour bien saisir ce dont on parle, il est nécessaire de donner une idée du cadre spatial et temporel. On disserte là d'une civilisation qui a couvert un territoire considérable, bigarré, complexe, mêlant des ethnies et des cultures variées, voire opposées, de l'Euphrate à l'Atlantique, et de l'Ecosse à l'Afrique. Dans l'Antiquité, avec les moyens de transport d'alors, c'était l'équivalent du continent eurasiatique. D'autre part, il faut s'entendre sur la notion d'"Empire". En latin, il signifie emprise politique et militaire sur un territoire. Quant à "Imperator", le général qui était désigné ainsi par ses soldats, après une victoire, sur le champ de bataille même, il n'était pas forcément chef de l'Etat. A ce titre, on peut dire que l'"Empire" a commencé avec l'extension de la Cité latine après l'abolition de la Royauté à la fin du VIe avant J.C. Ce qu'on appelle l'"Empire" n'est que la continuité de l'Etat romain, donc de la République romaine. Auguste ne fut pas "roi", mais le primus inter pares, le "Prince". Cet "Empire" a quand même, en gros, duré plus de 1000 ans en Occident, et 1500 ans en Orient hellénisé. Excusez du peu !

En général, on invoque, pour donner les cause de la soi-disant "décadence" qui a eu raison de Rome, l'éclatement de la famille, les divorces, l'avortement, les orgies et j'en passe. On s'inspire paresseusement, pour nous asséner ces clichés, d'Edward Gibbon, de l'Histoire Auguste, de la littérature tendancieuse, caricaturale et quelque peu excessive de quelques auteurs latins, comme Juvénal, Suétone, ou Tacite, qui avaient des raisons politiques de salir les dynasties antérieures, suivis avec gourmandise par les propagandistes chrétiens. On sait maintenant que ce qui est raconté sur Tibère ou Néron, et d'autres, relève souvent plus du roman grivois ou d'épouvante que de l'Histoire sérieuse. Mais cela n'empêche pas certains, encouragés par Hollywood, de récupérer ces ragots pour en faire des analyses, qui se répètent du reste depuis plus de deux cents ans.

En vérité, on ne sait pas de quoi on parle. Rome a évolué, a changé, il y a eu des crises, des moments d'harmonie (et d'ennui), des effondrements, des redressements, des régimes politiques fondés sur un consensus entre le Sénat et l'exécutif, ou sur l'armée, à partir du IIIe siècle, qui a eu tendance, avec un Dioclétien par exemple, ou d'autre avant lui, à transformer l'Empire en système "totalitaire", préparant ainsi la voie à l'Empire chrétien, au césaro-papisme.

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Rappelons quand même, pour ceux qui rameutent les slogans de la droite bourgeoise, qu'il a existé plusieurs sortes de mariages, à Rome, que les esclaves n'avaient pas le droit de fonder une famille (et ce, bien avant la "chute" de l'Empire, et c'était même un fait de toujours), que les empereurs, durant les siècles de crises, surtout à partir de la mort de Marc Aurèle, en 180, ont fait preuve d'un courage, d'une lucidité, d'une volonté, d'une ténacité exceptionnelles, face aux invasions, aux désastres etc., et que la plupart sont morts de mort violente (mais l'Etat a tenu plusieurs siècles), que les moeurs immorales ne concernaient qu'un extrême minorité des classes possédantes, qu'en général, les Romains, du bas en haut de l'échelle, étaient des gens sobres, durs, rudes, se contentant de peu, que l'infanticide a toujours existé, à Rome - comme dans l'ensemble des peuples antiques, sauf peut-être les Juifs - et que cela n'a pas empêché la Conquête, la Gloire et le Triomphe, que s'il y a une cause qui mit en péril l'Empire, ce furent les épidémies, notamment de peste, qui ravagèrent la population. Le miracle fut qu'un tel ensemble, si disparate et immense, ait tenu autant de siècles.

Quant à savoir s'il y eut "chute", comme certains tableaux, narratifs ou picturaux, nous le font voir avec brio, il faudrait adopter une prudence de sioux. Personne de sérieux ne reprendra la date de 476. Les spécialistes ont de la peine à fixer un terminus à l'Empire d'Occident. Pour celui d'Orient, on est plus assuré, puisqu'on a la date de la prise de Constantinople, en 1453. Mais les contemporains ont longtemps eu le sentiment de continuer à vivre dans l'ensemble "romain". Il faut préciser que les masses, et même l'élite, n'avaient plus le coup d'oeil historique permettant de balayer des siècles de passé. La Rome de Théodose ne ressemblait pas du tout à celle de César, mais personne ne le savait. On pensait que la société romaine de la fin du IVe siècle avait toujours existé. Il n'y eut, pendant très longtemps, qu'une seule date à retenir, c'était celle de la conversion de Constantin, en 312. Dans certaines nations, comme la Grèce actuelle, l'Antiquité, c'est avant tout Byzance, non la République romaine. Et Clovis était encore "Consul", même si ce fut par convention - mais c'était un signe. En général, les peuples ont rarement la perception des "cassures" : ils vivent comme des grenouilles qui ne saisissent pas les changements de températures, et comme des poissons rouges pour lesquels le temps est celui du tour du bocal, et pas plus.

L'Empire romain n'a pas "chuté", il s'est transformé.

La remilitarisation de l’Europe: qui paiera les milliards?

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La remilitarisation de l’Europe: qui paiera les milliards?

Source: https://zurzeit.at/index.php/europas-aufruestung-wer-beza...

L’Europe, ou plus précisément l’UE, souhaite désormais se réarmer, mais on ne sait toujours pas qui devra financer ce programme de plusieurs centaines de milliards.

L’Europe veut consacrer plus de moyens à sa défense qu’elle ne l’a fait depuis la fin de la guerre froide. Après le sommet de l’OTAN, la voie à suivre est claire: les États membres européens doivent augmenter significativement leurs dépenses militaires au cours des prochaines années. Mais le véritable débat ne fait que commencer. Car chaque milliard supplémentaire consacré à la défense nationale doit bel et bien être financé.

Plus de sécurité coûte plus cher

Les pays de l’OTAN se sont accordés pour augmenter progressivement et sensiblement leurs dépenses de défense. L’objectif est de renforcer les capacités militaires de l’Europe et de réduire la dépendance vis-à-vis des États-Unis.

Le contexte géopolitique est le suivant: la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine a incité l’Europe à renforcer ses capacités de défense. Parallèlement, la pression politique augmente depuis des années aux États-Unis pour que les partenaires européens de l’alliance assument une part plus importante de l’effort commun.

Mais cela soulève une question gênante : d’où viendra l’argent ?

La réalité financière

De nombreux États européens doivent déjà aujourd’hui rembourser une dette élevée, assortie d'une augmentation du coût des intérêts et ce, avec une population vieillissante. Dans le même temps, les dépenses pour les retraites, la santé, les soins et la protection du climat augmentent.

De nouvelles dépenses militaires ne peuvent donc être financées que de trois manières: par une hausse des impôts, par un nouvel endettement ou par des économies dans d’autres domaines. Une quatrième option n’existe pas sur le long terme.

C’est là tout le dilemme politique. Car si la hausse des dépenses militaires s’impose de plus en plus dans la politique étrangère, le débat sur leur financement est souvent évité.

Une telle politique de sécurité a besoin d’une économie forte

L’Europe ne peut pas garantir ses capacités de défense uniquement par l’augmentation de ses budgets. Des forces armées modernes ont besoin d’une industrie performante, d’un approvisionnement énergétique stable, d’innovations technologiques et d’entreprises compétitives.

Une économie structurellement faible rend donc également difficile toute politique de sécurité crédible.

C’est pourquoi le débat est souvent trop restreint. Il ne s’agit pas seulement du niveau des dépenses militaires, mais aussi des conditions économiques permettant de les assumer sur le long terme.

Pour l’Autriche, la question se pose de façon particulièrement aiguë. Certes, le pays est militairement neutre, mais les dépenses de défense y augmentent également. En même temps, le budget fédéral est soumis à une forte pression visant sa consolidation.

Les années à venir montreront donc si l’Europe pourra conjuguer le renforcement nécessaire de ses capacités de défense avec une politique budgétaire solide.

La sécurité n’est jamais gratuite. Ceux qui réclament plus de défense doivent donc aussi dire honnêtement comment ils comptent la financer.