dimanche, 16 août 2026
Les reportages européens de Drieu La Rochelle : à la découverte de la Hongrie, de l’Italie, de la Tchécoslovaquie

Les reportages européens de Drieu La Rochelle: à la découverte de la Hongrie, de l’Italie, de la Tchécoslovaquie
Entre 1934 et 1935, l’écrivain français visita trois pays européens et rédigea de longs articles pour l’hebdomadaire parisien Marianne dirigé par Berl.
par Sandro Marano
Source: https://www.barbadillo.it/132700-i-reportage-europei-di-drieu-la-rochelle-alla-scoperta-di-ungheria-italia-cecoslovacchia/
Le philosophe Henri Bergson soutenait que l’attention et l’élasticité sont les deux forces complémentaires que la vie nous offre et dont il faut tenir compte : la première nous permet de discerner les contours des situations, la seconde nous donne la possibilité de nous y adapter au mieux. En y regardant de près, attention et élasticité sont précisément les qualités requises d’un bon journaliste, particulièrement lorsqu’il est appelé à réaliser des reportages. Ces qualités, on les retrouve au plus haut degré dans les reportages européens que Drieu La Rochelle écrivit entre la fin de 1934 et le début de 1935, lors de sa visite en Hongrie, en Italie et en Tchécoslovaquie pour le compte de l’hebdomadaire illustré Marianne dirigé par son ami Emmanuel Berl.

1934 et l’adhésion au fascisme
Nous devons au chercheur Marco Spada et à sa passion pour l’écrivain français la traduction et l’édition de ces textes, précieux à bien des égards. L’année 1934, rappelle-t-il dans son introduction, est un tournant dans la vie de Drieu. C’est en effet cette année-là, après les mouvements anti-gouvernementaux de février qui virent manifester ensemble des camps politiques rivaux, nationalistes comme communistes, qu’il adhéra définitivement au fascisme. Le fruit le plus mûr de cette expérience fut ce superbe essai qu’est Socialisme fasciste.


Il s’agissait donc de comprendre à la fois l’apport de la révolution fasciste et son influence sur certains États d’Europe centrale nés de la dissolution de l’Empire austro-hongrois. Spada écrit: «Le choix des destinations n’était nullement fortuit: la Hongrie était gouvernée par Miklós Horthy, allié des Allemands depuis 1933 et révisionniste convaincu du traité de Trianon [traité de 1920 qui avait fixé les frontières de la Hongrie, réduisant son territoire et sa population]; la Tchécoslovaquie traversait la période de transition entre l’anti-bolchévique Masaryk et le gouvernement de Benes; tandis que l’Italie avait déjà lancé tous ces processus sociaux, politiques et environnementaux qui firent d’elle le phare de l’Europe, alors que celle-ci embrassait lentement l’idée fasciste».
Drieu journaliste
Drieu, dans son travail de journaliste, se montra scrupuleux, attentif, exempt de préjugés. Dans ses reportages, il décrit tous les aspects des nations visitées en partant de la géographie. En effet, comme il le précisera plus tard dans Socialisme fasciste: « Marx avait oublié, entre autres, qu’au-delà du matérialisme des forces de production existe aussi celui de la géographie (...), le matérialisme du climat qui a forgé les patries et qui n’a pas fini de les forger ». Ainsi, géopolitique, économie, aspects sociaux et historiques s’amalgament dans une prose simple, fluide, parfois brillante, riche en détails.
La Hongrie
En visitant Budapest, l’écrivain français s’exclame: « Voici le double bonheur de Budapest: être traversée par le Danube et, sur la rive droite de ce beau fleuve, être d’abord Buda, avec ses belles collines ». Il écrit aussitôt: « La nuit savourée sur les quais de Pest est le troisième enchantement de Budapest, mais qui se recombine avec les deux premiers (...). Je me promène à midi comme à minuit sur le boulevard. La vraie haute société n’y va pas ; mais, Dieu merci, je ne vis pas parmi la haute société. Il y a la bourgeoisie, qui aujourd’hui dirige ce pays, mêlée désormais aux innombrables restes de la gentry, de la noblesse moyenne ou petite – contrairement à nos préjugés qui nous font imaginer la Hongrie entre les mains de deux cents aristocrates». Et il ne pouvait manquer de remarquer, en « tombeur de femmes » qu’il était, la beauté des Hongroises: « Il y a des femmes. Je regarde les femmes. D’ailleurs, je ne ferai que les regarder. Je quitterai la Hongrie sans avoir connu les Hongroises. D’ailleurs, je suis fatigué des aventures fugaces et le voyage, en général, ne m’incline pas à l’amour (...). Et pourtant, la Hongroise est exactement mon type ».
Le voyage de Drieu en Hongrie ne s’arrête pas à Budapest: il continue dans la vaste plaine magyare et dans d’autres villes: « J’adore arriver dans une de ces villes qui sont aux confins du monde. Le bout du monde n’est pas forcément lointain. Ce sont ces villes, grandes ou petites, dont on n’a jamais entendu parler, même quand on n’est pas complètement ignorant en géographie. Ce sont ces villes où l’on n’aurait jamais pensé venir, et dont on devient à jamais citoyen sentimental, simplement parce qu’on y a traîné ses souliers pendant trois jours ».
Le reportage sur la Hongrie se distingue par le dialogue entre un noble hongrois, propriétaire de vastes domaines et aux tendances libérales, et Drieu lui-même. Ici, l’écrivain français propose l’idée d’une fédération danubienne regroupant les petits peuples vivant le long du fleuve, pour dépasser l’étroitesse des revendications nationalistes: « Vous pouvez redevenir grands en participant à un État danubien plus sain, plus stable et plus fort que l’État autrichien. Non pas un État hiérarchique comme l’ancien, mais fédératif ».

La Tchécoslovaquie
Quant à la Tchécoslovaquie, Drieu loue surtout sa démocratie parlementaire et autoritaire, qui a su mener une vraie réforme agraire contre les grands domaines, réforme dont il décrit brièvement les points essentiels. Et, tout en reconnaissant que subsiste un problème de minorités allemandes qui conduira bientôt à la crise des Sudètes, ainsi qu’une séparation de fait entre les populations tchèque et slovaque, il ne manque pas d’adresser une critique voilée à la politique hitlérienne: « Ce peuple slave de Tchécoslovaquie a d’un bond atteint la “sagesse” politique de ces peuples d’essence germanique qui, dans les recoins d’Europe, démontrent – contre l’affirmation hitlérienne – que le germanisme peut s’accorder avec le système parlementaire ».
La Bohême et la Moravie lui apparaissent comme des régions riantes, pleines d’eau et de forêts, qui le réjouissent. Et, pour le ravir également, il y a les petites villes: « Voici la première vision de ces petites villes tchèques ou moraves qui, à l’image des villes allemandes, offrent toujours une charmante place centrale. Ces places sont bordées de maisons d’un ou deux étages, étroites, posées sur des arcades modestes et un peu austères (...) qui présentent toujours quelque délicieux ornement de la Renaissance ou de la Contre-Réforme jésuite, deux époques joyeuses qui se font face aux marges du trou noir de la guerre de Trente Ans ».
En comparant ensuite Prague à Budapest, il observe que si à Budapest la nature est plus vaste et généreuse, à Prague, le passé artistique est infiniment plus fort. Ce qui le surprend positivement, c’est « la rencontre, au cœur de l’Europe, entre la vitalité slave, la volonté germanique et l’intelligence latine et juive ».

L’Italie
À l’Italie fasciste, Drieu consacre trois reportages datés respectivement du 26 décembre 1934, des 2 et 9 janvier 1935. L’écrivain français saisit aussitôt le caractère fondamental de la révolution fasciste, à savoir qu’il s’agit d’une révolution en marche, graduelle, qui «avait devant elle une tâche immense: faire passer un pays qui s’attardait dans les charmes nocifs ou vicieux d’une enfance retrouvée au XVIIᵉ siècle vers la rude discipline d’une nation mûre, s’exprimant dans un État moderne».
Il s’attarde alors, avec de nombreux détails, sur la forme sociale du nouvel État qui s’exprimait dans le contrôle exercé sur les banques, la lutte contre la tuberculose et divers instituts sociaux: des assurances contre les accidents à la prévoyance sociale, de l’ONMI (Œuvre Nationale pour la Maternité et l’Enfance) «qui assiste la mère pendant la grossesse, l’accouchement et la période post-natale» à la magistrature du travail et aux conventions collectives de travail qui sont une pièce de la construction corporative prenant racine dans la Charte du Travail de 1926.
Drieu visite l’université de Rome, « à la géométrie vivante, élégante », et assiste au fervent élan constructif de l’Italie fasciste, notamment aux travaux d’assainissement des marais Pontins et à la naissance de Littoria (aujourd’hui Latina), et il informe avec admiration de la valorisation de l’agriculture par le régime: «À la fin de 1933, l’État fasciste travaillait à l’assainissement de plus de quatre millions d’hectares sur seize millions de terres cultivables et y avait dépensé trois milliards et demi de lires. On a asséché et drainé les fonds; creusé des canaux; consolidé et terrassé les collines; reboisé les montagnes. La bataille du blé a été engagée et rapidement gagnée ». Il ne manque pas de noter l’effort du régime pour réduire les grands domaines: «Ainsi avance un régime qui n’attaque le système capitaliste que de façon indirecte et qui doit s’occuper autant de panser les blessures que celui-ci provoque que de le frapper avec prudence».
En appréciant « l’intelligence réaliste » de Mussolini et « la puissance poétique » du nouvel État, Drieu conclut : « Ce qui est beau, c’est que le génie d’une époque et d’un homme élève un peuple au-dessus de lui-même ; ce qui est encore plus beau, d’une beauté fatale, c’est qu’un peuple, au moment où il est au-dessus de lui-même, reste encore lui-même ».
Pierre Drieu La Rochelle, Marianne. I reportage europei (1934-1935), ( = Marianne. Les reportages européens (1934-1935), édité par Marco Spada, Eclettica 2026, 153 pages, 14 euros.
21:19 Publié dans Littérature, Livre, Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : pierre drieu la rochelle, livre, lettres, lettres françaises, littérature, littérature française, années 30 |
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Quand l’espace devient un champ de bataille

Quand l’espace devient un champ de bataille
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
La guerre en Ukraine ne se décide plus seulement sur le front. Celui qui contrôle l’espace informationnel contrôle le champ de bataille. C’est précisément pour cette raison que la constellation de satellites russe «Rasswet» provoque actuellement de fortes inquiétudes à Kiev.
Selon Politico, le système russe se développe beaucoup plus rapidement que prévu initialement. Des experts ukrainiens mettent en garde: Moscou pourrait ainsi acquérir un avantage technologique qui dépasserait largement le cadre de l’Ukraine. La véritable importance de ce développement réside cependant ailleurs.
La guerre en Ukraine a toujours été, dès le départ, une guerre d’asymétrie technologique. Starlink est devenu l’un des instruments militaires les plus importants pour Kiev. La communication par satellite a permis d’assurer des liaisons stables, même lorsque les infrastructures classiques étaient détruites ou perturbées. Renseignement, communication, pilotage de drones et commandement des opérations se sont progressivement fondus en un système numérique global.
Cela a créé une constellation remarquable. Une entreprise privée américaine est devenue l’un des acteurs majeurs sur un théâtre de guerre européen.
L’accès à un réseau de communication s’est soudainement transformé en une ressource stratégique. Dans le même temps, le contrôle de cette ressource n’était ni à Kiev, ni à Bruxelles, mais en dernier ressort entre les mains d’un groupe américain. L’incident lié au blocage de certains terminaux Starlink a montré combien la guerre moderne dépend désormais des plateformes numériques. Celui qui contrôle l’infrastructure contrôle aussi sa disponibilité.
C’est ici que «Rasswet» entre en jeu. La Russie ne dispose pas encore d’une flotte de satellites comparable à Starlink. Pour des usages militaires, ce n’est d’ailleurs pas nécessaire dans l’immédiat.
Ce qui compte n’est pas le nombre absolu de satellites. Ce qui compte, c’est la capacité d’assurer, à un moment donné, une connexion stable sur une zone déterminée. Une couverture limitée pourrait déjà suffire pour piloter des drones en temps réel, transmettre des données de renseignement sans délais importants et connecter plus efficacement les unités militaires entre elles.
Cela changerait les rapports de force.
Jusqu’à présent, une partie du problème pouvait être résolue de façon administrative. Les accès indésirables ou non autorisés pouvaient être bloqués. Un réseau satellitaire national obéit à d’autres règles. Le conflit se déplace alors du contrôle des accès vers une confrontation technique beaucoup plus complexe.
La guerre électronique, les opérations de brouillage, les attaques contre les stations au sol, les cyber-opérations ou même la capacité à détruire des satellites deviendraient soudain beaucoup plus importantes et beaucoup plus coûteuses. Le véritable tournant ne réside donc pas uniquement dans la nouvelle technologie. Il réside dans le fait que la voie à sens unique prend fin.
La guerre en Ukraine apporte donc un enseignement qui dépasse largement l’Europe de l’Est. La puissance militaire du XXIᵉ siècle ne se définit plus exclusivement par les chars, l’artillerie ou les avions de combat. Elle naît à l’intersection de l’espace, de l’intelligence artificielle, des technologies de communication et des systèmes d’armes autonomes.
Qui possède ses propres satellites gagne une indépendance stratégique.
Qui dépend de systèmes étrangers, reste dépendant des décisions étrangères. La prochaine concurrence globale entre grandes puissances ne se jouera donc pas seulement sur terre, en mer ou dans les airs. Elle se décidera en orbite.
#geopolitique@global_affairs_byelena
20:03 Publié dans Actualité, Défense | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, défense, satellites, starlink, rasswet, espace |
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«La métapolitique à son plus haut niveau»: les Définitions de Giorgio Locchi

«La métapolitique à son plus haut niveau»: les Définitions de Giorgio Locchi
par Joakim Andersen
Source: Arktos Journal, 14 août 2026
Giorgio Locchi (1923–1992) fut, aux côtés de figures telles que Dominique Venner et Alain de Beniost, l’un des fondateurs de la Nouvelle Droite française. Guillaume Faye le comptait parmi ses sources d’inspiration les plus importantes, et lorsqu’on lit les références de Faye à Locchi, il apparaît rapidement comme un penseur précieux et original.
Malgré cela, Locchi demeure relativement méconnu dans le monde anglophone, peu de ses textes ayant été accessibles aux non-francophones. C’est pourquoi l’anthologie Définitions (publiée en anglais par Arktos en 2024) rend un grand service à la culture: il s’agit d’une collection de textes traduits offrant une bonne introduction à sa pensée.


L’hégémonie largement libérale qui domine encore l’Occident fait que de larges pans de la vision du monde dominante sont considérés comme allant de soi, et même restent sans nom. Comme les poissons, nous manquons de mots pour désigner l’eau dans laquelle nous nageons. Locchi est comme un soleil qui éclaire ce qui, sinon, resterait caché. Il nomme des aspects du sens commun concernant l’humanité et l’histoire, à l’aide de termes tels qu’égalitarisme, conception segmentaire de l’histoire et mentalité.
Mais Locchi identifie également une alternative : la tendance surhumaniste, représentée par des figures telles que Wagner et Nietzsche. Cela le rend intéressant d’un point de vue métapolitique, mais aussi précieux pour les universitaires, les artistes et les militants politiques.
Les Définitions de Giorgio Locchi – proposées en anglais par Arktos, sont également disponibles sur Amazon.
En partant de l’anthropologie d’Arnold Gehlen, Locchi montre que l’homme est un être biologique, mais en même temps « ouvert au monde », perpétuellement libre de choisir:
« Réduire l’homme à une espèce biologique, c’est le dépouiller de son humanité, de son historicité. C’est, bien sûr, le désir inconscient des sociétés épuisées par l’histoire. »

Ceci s’applique aussi bien aux individus qu’aux sociétés, car « la culture est la nature de l’homme ». Locchi identifie deux types idéaux anthropologiques, tout en restant parfaitement conscient qu’il s’agit de tendances coexistant chez la plupart des gens. D’un côté, il y a l’homme de masse, incapable de faire autre chose que suivre ; de l’autre, le fondateur/héros, qui possède et réalise une idée de sa société.
Dans le modèle de Locchi, il n’y a pas de contradiction nécessaire entre l’individu autonome et sa société: le fondateur/héros conserve et ennoblit à la fois la culture et la société de son peuple. L’alternative est une fausse dichotomie : « En prenant la tête d’une société, le héros occupe de plein droit le sommet de la hiérarchie sociale. »
Il convient également de noter, dans ce contexte, la réflexion de Locchi sur la relation entre société et mythe : « comme lien social, le Mythe organise la société, garantissant sa cohérence dans l’espace et à travers le temps. » Le mythe est central, ce qui signifie qu’une société qui perd ses mythes, ou laisse ses ennemis les remplacer, s’expose à de grands dangers. Une telle société a besoin de nouveaux mythes, et Locchi considérait Bach et Wagner comme des tentatives en ce sens. C’est un projet digne d’intérêt pour les artistes, philosophes et musiciens.

Locchi développe également l’une des idées centrales de la Nouvelle Droite: la conception sphérique du temps. Il identifie la vision linéaire, ou plus précisément segmentaire, de l’histoire qui caractérise aussi bien la bourgeoisie que la gauche, avec pour objectif « la fin de l’histoire ». Une telle vision de l’histoire est marquée par un élan égalitaire : la fin de l’histoire ne laisse pas de place pour les « grands hommes » ou l’inégalité. En même temps, Locchi montre que la conception égalitaire de l’histoire a connu trois phases : du mythique à l’idéologique puis au scientifique. Toutes procèdent de la même mentalité.

Une autre intuition précieuse de Locchi est que l’analyse idéologique doit identifier les mentalités et les sentiments sous-jacents. Contrairement au mode de pensée linéaire, une mentalité anti-égalitaire guide Nietzsche, Wagner et les Révolutionnaires Conservateurs des années 1920. Pour Nietzsche, passé, présent et futur coexistent ; leurs significations s’influencent mutuellement, et les événements révolus sont potentiellement toujours présents. Pour Locchi, l’histoire est « la lutte entre les hommes au nom d’images qu’ils créent eux-mêmes et qu’ils cherchent, en les réalisant, à égaler ». Ici aussi, on retrouve un idéal agonistique sans complexe, où la rivalité et la compétition ne sont pas vues comme négatives mais, au contraire, comme le moteur de l’histoire.
L’idéal agonistique est profondément indo-européen, ce dont Locchi était parfaitement conscient. Son essai « Identité indo-européenne et monde moderne » est une application fascinante de la vision indo-européenne du monde à la société, dans laquelle les mythes indo-européens de la guerre entre Ases et Vanes illustrent comment « les ‘dieux-prédateurs’, continuateurs du ‘premier homme’ comme auto-domesticateur, s’imposent à travers la magie liante de leur chef, Odinn-Wotan. »
De même, deux catégories sociales peuvent être identifiées historiquement : « ceux qui ont atteint un niveau supérieur de conscience… se proposaient comme élite » ; « la ‘domestication’ de la masse était assurée par l’élite. » Ici, Locchi s’appuie sur la description par Dumézil des trois fonctions indo-européennes, qu’il réduit et combine en deux. C’est aussi fascinant à lire que son massacre intellectuel du projet de Lévi-Strauss. Pour Locchi, toute société a une élite de magiciens et de guerriers qui, ayant acquis la maîtrise de soi, peuvent aussi revendiquer le droit de la diriger.
Dans l’ensemble, Définitions est un trésor, ou un arsenal, pour la véritable droite. Locchi écrit avec autorité sur Wagner, Nietzsche et Dumézil, ainsi que sur Spengler et la Révolution conservatrice.

Il aborde la « maladie américaine » qui a frappé l’Europe, décrit l’Empire européen comme un idéal, et identifie le rêve égalitaire de mettre fin à l’histoire – et, avec elle, à l’humanité au sens locchien (« alors l’histoire, dans son ensemble, se termine aussi avec nous »). Il décrit les tentatives de réhabiliter et de neutraliser Nietzsche ; il observe au passage que « les ‘sociétés froides’ devraient en réalité être qualifiées de branches mortes culturelles ».
La vision claire de l’homme et de l’histoire chez Locchi est inspirante, tout comme sa mise en garde contre les tentatives de sortir de l’histoire. Tout aussi inspirantes et impressionnantes sont ses analyses des mythes, d’Œdipe et du mythe indo-européen de la création à L’Anneau du Nibelung et la guerre des dieux.
La mentalité qui guide Locchi ressort en contraste marqué avec la mentalité et les sentiments qui guident les « libéraux » et « gauchistes » d’aujourd’hui ; et pour la plupart des lecteurs, Locchi sera probablement une source d’inspiration.
En résumé, Définitions incarne la métapolitique à son meilleur, et l’époque actuelle semble également mûre pour la tendance surhumaniste et la conception sphérique de l’histoire, d’une manière que les années 1980 ne l’étaient peut-être pas.
18:25 Publié dans Livre, Livre, Nouvelle Droite, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livre, nouvelle droite, philosophie, giorgio locchi |
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Les États-Unis vendent de l’euro pour sauver le yen – le séisme financier japonais atteint désormais l’Allemagne

Les États-Unis vendent de l’euro pour sauver le yen – le séisme financier japonais atteint désormais l’Allemagne
Source: https://report24.news/usa-verkaufen-euro-um-den-yen-zu-re...
Washington, en collaboration avec Tokyo, a soutenu le yen en chute libre – et pour cela, a précisément vendu des euros. Selon le Financial Times, la BCE n’a été informée qu’après la transaction, alors que le Japon, plus grand détenteur étranger de bons du Trésor américain, a de moins en moins de raisons de placer son capital aux États-Unis ou en Europe. Ce revirement japonais tombe particulièrement mal pour l’Allemagne : Berlin inonde le marché des capitaux de nouvelles dettes, alors que l’un des principaux créanciers de l’Occident pourrait rapatrier ses fonds.
Le vendredi 31 juillet, le Japon et les États-Unis sont intervenus conjointement sur le marché des changes pour éviter une nouvelle chute du yen. La devise japonaise était tombée à près de 164 yens pour un dollar – un niveau inédit depuis environ quarante ans. Tokyo aurait mobilisé près de 36,6 milliards de dollars ce jour-là ; la veille, presque 59 milliards de dollars avaient déjà été injectés sur le marché, selon les calculs de Reuters. Le yen s’est alors temporairement redressé jusqu’à 155,20 pour un dollar. Il cote désormais autour de 159. Le message des marchés est clair : même des interventions de plusieurs dizaines de milliards n’offrent à Tokyo guère plus qu’un court répit.
Mais le plus intéressant a été la façon dont Washington a financé ses achats de yen : les Américains ont vendu des euros. Pas de vente de dollars, ce qui aurait affaibli leur propre monnaie et ravivé les inquiétudes inflationnistes. Pas de pression supplémentaire sur le marché obligataire américain, déjà fragilisé. À la place, le Trésor américain a puisé dans ses réserves d’euros. HSBC a qualifié cette démarche d’« éventuellement sans précédent » auprès de Reuters. Washington dispose d’environ 26 milliards d’euros immédiatement mobilisables pour ce type d’intervention. Lorsqu’il a fallu limiter ses propres problèmes, c’est donc une devise de réserve étrangère qui a été sacrifiée.
À Francfort, on n’aurait été informé que lorsque tout était déjà joué. Selon le Financial Times, la BCE n’a pas été consultée avant la transaction américaine. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, n’a parlé à Scott Bessent, le secrétaire au Trésor américain, que le samedi suivant. Plusieurs banquiers centraux européens ont vu dans cette opération une rupture avec les usages entre grandes banques centrales occidentales. Reuters avait d’abord seulement mentionné des contacts entre la BCE et la Fed ; la chronologie n’a été clarifiée que plus tard. Washington avait besoin d’une devise dont la vente ne lui ferait pas trop de mal. L’euro a manifestement rempli ce rôle de façon parfaite.
Les milliers de milliards japonais pèsent sur Washington
Pourquoi l’administration Trump s’occupe-t-elle autant du yen ? Le Japon est un allié proche, mais sur les marchés financiers, l’amitié s’arrête là où commencent les milliers de milliards. Selon les dernières données disponibles du Trésor américain, le Japon détenait, fin mai, 1143 milliards de dollars de bons du Trésor américain. Il reste ainsi le principal créancier étranger de Washington. En février, ce chiffre était encore de 1239 milliards de dollars. En trois mois, les avoirs déclarés ont donc diminué de plus de 96 milliards.
C’est risqué pour Washington. Si Tokyo veut soutenir le yen, il lui faut des dollars ou d’autres devises étrangères à vendre contre des yens. Une grande partie des réserves japonaises est investie en bons du Trésor américain. S’ils sont vendus, leur prix baisse et leurs rendements augmentent. Or, Washington ne peut pas se permettre cela actuellement. Le rendement des obligations américaines à 30 ans a récemment approché à nouveau les 5,3 %. Pour un État qui doit continuellement refinancer son immense dette, chaque hausse de rendement devient très coûteuse. Reuters a d’ailleurs cité la crainte de ventes supplémentaires de Treasuries japonais comme l’une des principales motivations de l’intervention américaine.

Bessent a donc déjà prévu la suite. Grâce au dispositif FIMA Repo de la Fed, les banques centrales étrangères peuvent déposer des Treasuries en garantie et obtenir des dollars en échange. Le Japon n’a donc pas besoin de vendre ses Treasuries sur le marché en cas de besoin de liquidités. Le secrétaire au Trésor américain a même évoqué, après l’intervention, une possible extension de cet instrument. En d’autres termes : Washington aménage une sortie de secours à son principal créancier étranger pour éviter qu’il ne vende massivement les Treasuries en cas de crise.
Le calcul est simple. Si le yen continue de baisser, Tokyo doit mobiliser des sommes de plus en plus importantes pour le défendre. Si le Japon vend des Treasuries, les coûts de financement américains augmentent. Si Washington vend lui-même des dollars, il affaiblit sa propre monnaie et risque d’aggraver l’inflation. Donc, on vend de l’euro. Pour les Américains, c’était la solution la plus confortable. Apparemment, les Européens n’ont même pas été consultés.
L’argent japonais n’a plus besoin de l’Occident
Derrière cette spectaculaire intervention se cache un problème bien plus vaste. Pendant des décennies, les investisseurs japonais ont placé leur argent à l’étranger, faute de rendements au pays. Assureurs, banques, fonds de pension et gestionnaires d’actifs achetaient des Treasuries américains, des obligations d’État européennes et d’autres actifs étrangers. En parallèle, le yen est devenu la devise de prédilection pour les carry trades: s’endetter à bas coût au Japon, placer l’argent ailleurs à meilleur rendement, et empocher la différence.
Cette époque s’achève. Les obligations d’État japonaises à 30 ans offrent désormais presque 4% de rendement. Les titres allemands de même maturité, environ 3,6%. Même les obligations japonaises à deux ans rapportent environ 1,64% – un record depuis 31 ans. Mitsubishi UFJ, Daiwa et d’autres gestionnaires japonais lancent déjà de nouveaux fonds pour attirer à nouveau les épargnants nationaux vers les obligations japonaises. Parallèlement, la Banque du Japon entend réduire son portefeuille d’environ 48.000 milliards de yens sur l’exercice en cours, tandis que le gouvernement devrait, selon JPMorgan, émettre environ 15.000 milliards de yens de dette supplémentaire. Tokyo a besoin d’acheteurs – et les cherche de préférence sur le marché domestique.
La question devient donc de plus en plus gênante pour les investisseurs japonais: pourquoi placer son argent à Washington, Francfort ou Paris, alors que le rendement est de retour au pays ? Investir à l’étranger, c’est aussi prendre un risque de change ou payer pour le couvrir. Avec des taux japonais plus élevés, l’ancien attrait des obligations occidentales disparaît vite. Il n’est pas nécessaire que le Japon vende un millier de milliards de Treasuries en un jour. Il suffit que les assureurs, fonds et banques achètent moins de nouvelles obligations américaines ou européennes et rapatrient davantage de capitaux à l’échéance.

La BCE avait déjà mis en garde en 2023, alors que les rendements japonais étaient encore beaucoup plus bas. Une normalisation de la politique monétaire nippone pourrait entraîner un rapatriement de capitaux, soulignait le rapport sur la stabilité financière. Les investisseurs japonais auraient un impact significatif sur les marchés obligataires internationaux, notamment sur certains segments de la zone euro. Trois ans plus tard, ce scénario théorique est devenu une réalité motivée par le rendement.
Les carry trades risquent de provoquer la prochaine vague de ventes
La situation est encore plus explosive à cause du yen carry trade. Pendant des années, les investisseurs pouvaient se financer quasiment gratuitement au Japon et placer cet argent dans des obligations, actions ou autres actifs mieux rémunérés à travers le monde. Tant que le yen restait faible, c’était lucratif. Si la devise s’apprécie fortement, cela devient vite un piège. Les positions doivent être débouclées, les actifs vendus et les yens rachetés. Ce mécanisme a déjà provoqué de fortes turbulences à l’été 2024. UBS estimait le volume du yen carry trade concerné à environ 500 milliards de dollars à l’époque.
Pour l’instant, ce commerce perdure. Le yen s’est de nouveau affaibli après la récente intervention, attirant à nouveau les spéculateurs. Pour Tokyo, c’est un cercle vicieux : plus le carry trade reste attractif, plus la pression sur la devise perdure. Il faudra tôt ou tard intervenir à nouveau pour des milliards, ou relever davantage les taux. Or, des taux japonais plus élevés rendent le rapatriement du capital encore plus attractif. Washington, Francfort et les marchés actions internationaux dépendent ainsi d’une devise qui a longtemps servi de distributeur automatique à bas coût pour le monde entier.
L’Allemagne a soudainement besoin de chaque acheteur
Pour l’Allemagne, ce déplacement intervient au pire moment. Le frein à l’endettement a déjà été assoupli politiquement à tel point que son nom devient ironique. Pour 2026, près de 97,9 milliards d’euros de nouvelles dettes sont prévues dans le budget principal. En y ajoutant les « fonds spéciaux », l’endettement doit dépasser 180 milliards d’euros. S’y ajoute un fonds spécial pour les infrastructures de 500 milliards d’euros. Berlin a donc besoin, pour des années, d’acheteurs pour d’énormes volumes de dette nouvelle.
Or, ces acheteurs retrouvent désormais des alternatives ailleurs. Si les assureurs ou fonds de pension japonais préfèrent placer leurs milliards au pays, les emprunteurs européens devront offrir des rendements plus élevés. Les premiers signes sont déjà visibles. Quand les taux longs japonais ont fortement augmenté en juillet, les marchés obligataires européens ont eux aussi souffert. Les analystes de la Commerzbank ont explicitement évoqué le risque de rapatriement du capital japonais. L’Allemagne paie déjà nettement plus d’intérêts qu’à l’époque des taux zéro. Chaque dixième de point supplémentaire devient, avec la montée des dettes, une somme réelle. Et ce n’est ni le ministre des Finances ni un fonds spécial qui paiera – ce sera le contribuable.
La France et l’Italie souffrent encore plus de telles hausses de taux. Mais l’Allemagne est dans le même bateau que les autres pays de la zone euro. Si les taux des États très endettés montent plus vite que ceux des Bunds allemands, la BCE sera à nouveau pressée d’intervenir. La zone euro connaît ce scénario. Dès que les marchés recommencent à différencier le risque des dettes souveraines, les responsables politiques européens retrouvent soudainement leur attachement aux fameux « instruments de stabilité ».

Le yen faible exerce une pression supplémentaire sur l’industrie allemande
Pour l’industrie exportatrice allemande, le yen n’est pas un détail. Un taux de change extrêmement faible donne aux industriels japonais un avantage compétitif substantiel sur les marchés mondiaux. Nomura a calculé qu’environ un tiers de la forte hausse des profits des grands groupes japonais au premier trimestre 2026 était due à la faiblesse du yen. Toyota, Honda et d’autres exportateurs en profitent directement. Honda a vu son bénéfice trimestriel plus que doubler récemment et a cité elle-même la faiblesse du yen comme facteur favorable.
Les concurrents se trouvent notamment à Stuttgart, Munich et Wolfsburg. Les constructeurs allemands font déjà face à des prix de l’énergie élevés, la réglementation européenne, une demande intérieure faible et la concurrence chinoise. Dans le même temps, le Japon vend avec un « rabais de change ». Il en va de même pour la mécanique, l’électronique et de nombreux produits industriels spécialisés. Un yen plus fort ôterait donc au moins une partie de ce désavantage aux exportateurs allemands. C’est ici que le calcul s’inverse: un yen plus fort serait le bienvenu pour les industriels allemands. Mais ce même yen fort peut faire éclater les carry trades, rapatrier le capital japonais et ainsi augmenter les coûts de financement de l’Allemagne. Le Japon agit donc sur deux leviers très différents de l’économie allemande.
Le grand effondrement du dollar n’a pas lieu – pour l’instant
La disparition annoncée du dollar n’apparaît, pour l’instant, guère dans les chiffres sur les réserves. À long terme, la devise américaine a certes perdu du terrain, mais au premier trimestre 2026, sa part dans les réserves mondiales a même augmenté, selon le FMI, de 56,42 % à 57,13 %. L’euro est passé sur la même période de 20,38 % à 20,03 %. Ceux qui voient déjà le dollar à l’agonie doivent donc interpréter les chiffres de manière très généreuse. Le vrai problème de Washington est ailleurs: les Treasuries américains doivent trouver chaque année des acheteurs en quantités gigantesques – et c’est justement le Japon, jusqu’ici l’un des principaux acheteurs, qui retrouve des taux attractifs chez lui.

L’or reste néanmoins recherché. Les banques centrales ont acheté 289 tonnes nettes au deuxième trimestre, et 345 tonnes sur le premier semestre. La Pologne, l’Ouzbékistan et la Chine figurent parmi les plus gros acheteurs. Mais c’est le chiffre semestriel le plus bas depuis 2022. Il n’est donc pour l’instant pas question d’une fuite accélérée de toutes les banques centrales hors du dollar. L’attaque la plus sérieuse contre le modèle financier américain vient actuellement d’un phénomène beaucoup plus banal : le retour des taux d’intérêt au Japon.
Et cela suffit déjà à rendre Washington nerveux. Tokyo détient plus de 1000 milliards de dollars de Treasuries, doit défendre sa monnaie et peut soudain offrir à ses épargnants des rendements inimaginables depuis des décennies. Les Américains réagissent par des soutiens de liquidité, des achats conjoints de yen et la vente de réserves en euros. Quand les États-Unis ont dû choisir ce qu’ils souhaitaient protéger – le dollar, leur marché de la dette ou les sensibilités européennes –, c’est manifestement l’euro qui a été sacrifié en premier.
17:56 Publié dans Actualité, Affaires européennes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, japon, dollar, yen, finances, asie, affaires asiatiques |
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