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mardi, 11 août 2026

La communauté dissidente chez Forrest Carter

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La communauté dissidente chez Forrest Carter

par Georges Feltin-Tracol

josey-wales-hors-la-loi-1976-2676022727.jpgEn 1976 sort sur les écrans le cinquième film que réalise Clint Eastwood : Josey Wales hors-la-loi. Bien meilleur que L’homme des hautes plaines (1973), Pale River. Le cavalier solitaire (1985) ou Impitoyable (1992), ce western s’inspire du roman de Forrest Carter, Gone to Texas traduit parfois par Les hors-la-loi du Texas 1, une fresque romanesque qui exalte les « rebelles » sudistes. Un parti-pris guère étonnant pour qui s’intéresse à la vie de son auteur.

Forrest Carter est le pseudonyme partiel d’Asa Earl Carter. Né à Anniston en Alabama en 1925 et décédé en 1979 à Abilene au Texas d’une insuffisance cardiaque, le jeune Carter sert dans la marine pendant la Seconde Guerre mondiale 2. Démobilisé et boursier de l’armée, il étudie le journalisme. Attiré par la vie politique, il se rapproche du démocrate sudiste George Wallace (1919 – 1998) élu en 1963 pour la première fois le gouverneur ségrégationniste de l’Alabama. Carter en devient la plume officielle. Dans le même temps et dans l’ambiance mouvementée de la revendication des droits civiques en faveur des Noirs, Asa Earl Carter rallie le Ku Klux Klan.

Un militant radical assumé

Sa proximité avec le gouverneur Wallace lui permet de bientôt diriger l’Original Ku Klux Klan of the Confederation qui édite le mensuel The Southern et, dans les années 1950, le North Alabama Citizens Council. Cette association ne cache pas sa sympathie pour le courant « dixiecrate » 3. Elle se différencie cependant du Conseil des citoyens blancs de l’Alabama en raison des sorties antisémites fréquentes de Carter.

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Animateur d’une émission radiophonique, il s’enflamme vite à l’antenne contre le gouvernement fédéral. Il conspue rapidement la pusillanimité de George Wallace bien qu’il se présente à la présidentielle de 1968 face au républicain Richard Nixon et au démocrate progressiste Hubert Humphrey 4. Il rompt vite avec Wallace, adopte une ligne suprémaciste blanche et l’affronte en 1970 lors de la primaire démocrate pour la désignation du gouverneur de l’Alabama (1,5% des voix). Dépité, il renonce à l’action politique, déménage au Texas et commence une carrière littéraire.

9780843963472_l-1559626838.jpgOutre The Rebel Outlaw Josey Wales, publié en 1973 et qui deviendra trois ans plus tard Gone to Texas, Asa Earl Carter sous l’identité de Forrest Carter signe en 1976 la suite, The Vengeance Trail of Josey Wales. Ce méthodiste découvre le chamanisme et se sent maintenant proche des Amérindiens. Déclarant avoir des aïeux cherokees, Forrest Carter écrit d’autres livres teintés d’esprit surnaturel et d’influence New Age.

La présentatrice – vedette télévisée Oprah Winfrey recommande d’abord le lecture de The Education of Little Tree (« Petit arbre » - 1994) avant de se raviser une fois le parcours politique de l’auteur révélé.

Carter se lance aussi dans la biographie romancée du redoutable chef de guerre apache et chamane avisé, Géronimo (1829 – 1909) : Watch for Me on the Mountain (1978) ré-intitulé ensuite Cry Geronimo paru en français dès 1980 sous le titre de Pleure Géronimo.

81DwzUSr73L._SL1500_-1612548451.jpgSes détracteurs voient dans cet intérêt pour les Amérindiens un prétexte pour mettre en opposition deux minorités ethniques qui défendent leurs droits: le Red Power contre le Black Power pour le plus grand avantage du White Power. À travers le point de vue d’un orphelin cherokee dans Petit Arbre, il faut noter l’évolution d’Asa Earl Carter du suprémacisme blanc de la fin de la décennie 1970 vers un ethnodifférencialisme assumé. Son hostilité envers la société étatsunienne homogénéisée ne faiblit en revanche jamais.

Quand Clint Eastwood achète les droits de Gone to Texas afin de l’adapter pour le grand écran, il ignore tout du passé activiste de Carter. Pendant le tournage, ce dernier a parfois un comportement déplacé. Par exemple, il demande en mariage une serveuse de bar en la menaçant d’un pistolet 5 !

Plutôt que de se focaliser sur l’excellent film de Clint Eastwood qui dérive en partie de la trame initiale du roman et que les critiques accuseront Eastwood de présenter les Sudistes sous un jour favorable 6, examinons l’histoire de Josey Wales écrite par Forrest Carter. L’intrigue se déroule au cours d’un moment crucial de l’histoire occidentale: la guerre de Sécession (1861-1865).

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Maurice Bardèche considérait l’incendie volontaire d’Atlanta ordonnée par le général nordiste William Sherman comme le début des temps modernes. Ces films et ces livres s’inscrivent à rebours d’une tendance lourde qui dévalorise le vaincu sudiste. « L’héritage culturel du Sud antérieur à la guerre de Sécession, écrit Tomislav Sunic, a été délibérément occulté par les grands médias et les élites universitaires 7. »

La juste colère d’un partisan confédéré

Modeste fermier du Missouri qui vit avec sa femme et leur jeune fils, Josey Wales se croit à l’abri du conflit en cours. Or ce n’est pas une simple guerre: des civils en armes y participent, surtout à l’Ouest des champs de bataille. Dans une vaste région qui s’étend au Tennessee, au Kansas et au Missouri, l’alignement officiel des territoires ne correspond pas toujours à l’allégeance des personnes. Le Kansas appartient à l’Union; maints de ses habitants soutiennent pourtant la Confédération sudiste. A contrario, le Missouri, État confédéré, sait qu’une part non négligeable de sa population approuve les Nordistes. Il en résulte des guerres civiles locales avec la formation de corps francs, rarement coordonnés aux unités militaires officielles, qui organisent une guérilla sanglante mâtinée d’actes de grand banditisme.

Ces guerres civiles locales, quasi-moléculaires 8, sont bien antérieures à la crise de 1861. Les combats commencent dès 1854 dans le Kansas. Les anti-abolitionnistes (« Free Staters ») organisent des raids violents contre les plantations sudistes qui ripostent à leur tour par l’intermédiaire des Border Ruffians fort vindicatifs (illustration, ci-dessous).

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Un militant anti-esclavagiste calviniste enragé, John Brown, en est régulièrement le responsable. Il commet dans la lnuit du 23 au 24 mai 1856 le massacre de Pottawatomie Creek. Très vite, les guérilleros nordistes du Kansas, du Missouri et du Tennessee - les Jayhawkers 9 -, refusent de servir sous l’uniforme des « Tuniques bleues » et font leur propre guerre.

81cPUmK7LTL._SY522_-3901969389.jpgParmi ces bandes armées irrégulières se remarquent les Red Legs ou « Pattes rouges » 10. Le célèbre Buffalo Bill, de son vrai nom William Frederick Cody, en est un.

Leurs équivalents sudistes sont les Bushwhackers (« Batteurs de campagne »). Originaires du Tennessee, du Missouri, voire du Kansas, ils harcèlent les troupes nordistes, effectuent de brèves et violentes incursions sur leurs arrières et parviennent à couper temporairement leurs lignes de communication et de ravitaillement. Ces partisans confédérés peuvent parfois porter une chemise rouge en référence à la couleur de l’étendard de guerre sudiste 11. Jesse James, Cole Younger et les frères Dalton en font partie.

La force irrégulière des Bushwhackers la plus connue demeure néanmoins les forces du colonel William Quantrill (1837-1865) qui commande jusqu’à quatre cents combattants. D’abord Jayhawker, il change rapidement de camp par amour d’une belle Sudiste 12. À la nouvelle de la défaite en 1865, la plupart d’entre eux rejette la paix et mène une vie de paria. Ils se réfugient dans des territoires amérindiens où ils arrivent à prévenir quelques chefs tribaux de la duplicité intrinsèque des « Tuniques bleues ». Ils rejoignent sinon le Canada ou bien le Mexique où ils offrent leurs compétences militaires au service des Français ou bien des républicains de Benito Juarez. Des Sudistes se réfugient enfin au Brésil où ils sont accueillis par l’empereur Pierre II 13.

Josey Wales pense échapper à l’âpreté du moment. À tort ! Un beau matin, les « Pattes rouges » nordistes attaquent et brûlent sa ferme, massacrent sa femme et leur garçon et le défigurent, croyant l’avoir tué. Une fois ses deux êtres chers enterrés, Wales croise des Bushwhackers qui lui proposent de se venger dans leurs rangs. Forrest Carter parle de « guerre de la Frontière (une guerre dans la guerre) ».

Âgé de 32 ans, mesurant 1,85 m et pesant environ 80 kg, Josey Wales devient vite l’un des lieutenants de Bloody Bill Anderson, l’équivalent littéraire de Quantrill. Chapeau gris de cavalerie et vêtu d’une veste de daim à franges, Wales dispose de deux Colt 44 qu’il maîtrise avec précision et dextérité. Il monte « un énorme étalon rouan, à moitié sauvage ». Les autorités nordistes, lasses des actions de ce groupe de francs-tireurs, mettent leurs têtes à prix. La prime pour Wales s’élève à 3000 dollars !

8067536-1914412896.pngVers le Texas !

La reddition sans conditions des forces sudistes oblige les partisans d’Anderson à déposer les armes, puis à jurer fidélité aux États-Unis d’Amérique sous peine qu’un acte civil tel le mariage ou la validité d’un testament ne soit pas valide « Le Sud, après la guerre de Sécession, rappelle encore Tomislav Sunic, fut contraint de subir une rééducation semblable à la rééducation et au reformatage que les Américains firent subir aux esprits européens après 1945 14.» Seul Josey Wales ne renonce pas à la lutte, car « sa loyauté était là-bas, dans la tombe avec sa femme et son fils. Son devoir c’était la haine ». Les faits lui donnent raison. Désarmés, ses compagnons de combat se font tirer dessus. Wales entend amplifier sa vengeance, fort de « sa supériorité au pistolet, la ruse acquise dans des centaines de combats, sa témérité et son audace de guérillero ».

Accompagné d’un survivant de la bande, un adolescent nommé Jamie Burns, Josey Wales veut aller au Texas. Le titre original explique que « les trois lettres GTT, gravées en hâte sur la porte d’une cabane du Sud, suffisaient pour que les parents et les amis de celui qui les avait tracées comprennent qu’il avait des “problèmes” avec la loi et qu’il était parti au Texas ».

Stand-Watie-3945980852.jpgGravement blessé, Jamie Burns meurt en chemin. Josey Wales ne reste pas longtemps solitaire. Il rencontre un Cherokee américanisé – il porte un chapeau haut-de-forme - : Lone Watie dont le nom est une référence explicite au général de brigade confédéré, le Cherokee Stand Watie (1806-1871) 15. Le colonel Stand Watie commande d’abord le 2e Cherokee Mounted Rifles, puis en 1864, promu au grade de brigadier – général, il dirige la 1re brigade de cavalerie indienne. Il n’est pas le seul Amérindien à porter l’uniforme confédéré. « En février 1861, écrit Dominique Venner, la nation Cherokee a rallié la Confédération. Elle sera suivie par les Creeks, les Choctaws, les Chichasawas et les Séminoles 16. » Nation amérindienne américanisée de manière plus ou moins forcée, « les Cherokees s’étaient rangés dans le camp des Confédérés contre un gouvernement qu’ils haïssaient et parce qu’il leur avait pris leur patrie dans les montagnes ». Ils rejoignent la Confédération des États d’Amérique (CSA) 17.

Au cours d’un périple long et dangereux, car les chasseurs de primes traquent Josey Wales, les deux compères sauvent tour à tour une Amérindienne, Taketoha ou « Petit Clair de Lune (Moonlight) », puis une famille de colons paysans, les Turner. Victimes d’une attaque de comancheros, les seules rescapées sont la grand-mère Sarah et sa petite-fille Laura Lee. Les cinq se dirigent vers le ranch du fils de Sarah et père de Laura, Crook River au Texas. Pendant ce temps, la prime sur Josey Wales monte à 7000 dollars. Le plus intéressé et aussi le plus vindicatif de ses poursuivants est le lieutenant Cann Tolly, un « régulateur » sadique et paresseux. « Il assumait une fausse autorité maintenue par un faux gouvernement. »

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La description de cet individu déplaisant et antipathique sert à critiquer avec férocité les « profiteurs » de la « Reconstruction », la période d’après-guerre (1865 – 1875) qui voit le Sud vaincu l’arrivée des Carpetbaggers, des aventuriers nordistes qui volent demeures et plantations et qui se présentent en candidats républicains sans la moindre attache concrète. Ils bénéficient de l’aide d’arrivistes, les Scalawags, des Blancs sudistes qui choisissent la collaboration avec les autorités militaires d’occupation yankee. « Les effets psychologiques que la fin de cette guerre eut sur les Américains à la fin du XIXe siècle, explique Tomislav Sunic, présentent des similitudes avec les effets de l’américanisme sur la population européenne après la Seconde Guerre mondiale 18 ».

Concevoir une communauté différente

Le refuge texan de la famille Turner semble illusoire. La ferme se trouve en effet en territoire amérindien et risque à tout instant une attaque. Josey Wales, un nom réputé chez les Amérindiens, va voir le chef comanche Ten Bears. Scène décisive selon Stand Watie qui estime à juste titre que « Ten Bears est un grand guerrier. Il ne connaît pas la peur. Mais aujourd’hui, il va rencontrer un autre grand guerrier, c’est un privilège que peu d’hommes connaissent. Ils le sauront quand ils seront face à face, Ten Bears et Josey Wales… ils connaîtront leurs haines et leurs amours, mais ils connaîtront aussi la fraternité du courage, ce que l’homme mesquin ne connaîtra jamais».

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Devant Ten Bears et ses braves, Josey Wales leur lance: «Tout ce qui nous était cher, à toi et à moi, a été détruit. C’est ce gouvernement à langue double de serpent qui a fait ça. Le gouvernement raconte des mensonges, il promet, il donne des coups de poignard dans le dos, il vient manger dans ta maison et viole tes femmes et tue quand tu dors, même de ses promesses. Le gouvernement est tout seul, les hommes vivent ensemble. » Le chef comanche partage cette opinion, lui qui considère que les sorciers et guérisseurs de sa tribu qui se laissent corrompre « recherchaient le pouvoir et la richesse et étaient devenus des “ langues-doubles ” comme les politiciens ». Les deux hommes s’entendent et se comprennent. « Les hors-la-loi et les Indiens […] ont vécu en un temps où la signification des mots de “bien” et de “mal” dépendait essentiellement du type qui les prononçait. Le mal était trop mêlé à ce que nous appelons le “bien”. »

La menace comanche écartée et celle de Cann Tolly définitivement réglée, la ferme Turner célèbre deux mariages: Lone Watie épouse Moonlight et ont une fille; Josey Wales se marie avec Laura Lee et ont un garçon, Jamie en souvenir de Jamie Burns. Les habitants de la ferme veulent ainsi contredire une sentence pessimiste de la famille Wales: « Quand le sol est pauvre, le sang est riche. »

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La ferme des Turner incarne pour Forrest Carter le modèle de communauté enracinée même si son assemblage humain est disparate. L’auteur se souvient-il que d’après le mythe, Romulus accepta que sa cité se peuple de divers mâles italiotes qui enlèveront sous peu des Sabines ? Outre l’idéal de la petite société auto-suffisante, sinon autarcique, l’auteur y développe l’esquisse d’un état d’esprit relativement libertarien en raison de son opposition virulente au gouvernement fédéral.

Il est judicieux de lire Les hors-la-loi du Texas, un ouvrage qui condense dans son récit des notions devenues majeures un demi-siècle plus tard. Dès la lecture achevée, rien n’empêche de regarder Josey Wales hors-la-loi de Clint Eastwood qui insiste beaucoup sur cet aspect communautaire lié à des circonstances exceptionnelles.

Georges Feltin-Tracol

Notes:

1 : Forrest Carter, Les hors-la-loi du Texas, Stock, 1981. Les citations non mentionnées en notes sont extraites de cet ouvrage.

2 : Georges Wallace exerce ce mandat entre 1963 et 1967, puis de 1971 à 1979 et de 1983 à 1987.

41Fz9Ys4V6L-594449840.jpg3 : Les Dixiecrates (ou Southern Democrats) sont des démocrates sudistes hostiles au progressisme culturel des années 1950 – 1960. Ils soutiennent en 1948 le Parti démocrate pour les droits des États qui présente à l’élection présidentielle le gouverneur de la Caroline du Sud, James Strom Thurmond (1902-2003), futur sénateur fédéral républicain de 1956 à 2003. Il réalise 2,41 % des suffrages et gagne 39 grands électeurs.

4 : Georges Wallace réalise 13,53 % des suffrages et obtient 46 grands électeurs, un record pour un candidat indépendant !

5 : Cette anecdote est relatée dans son portrait paru dans Libération des 20 et 21 juin 2015.

IMG_4167B75D2504-1-1610920605.jpg6 : Quelques années auparavant en 1969, Andrew V. McLaglen réalisait un autre film formidable, Les Géants de l’Ouest, qui montre des Sudistes d’une manière positive grâce au scénario de James Lee Barrett adapté d’un récit de Lewis B. Patten, The Undefeated. Refusant la défaite de 1865, le colonel James Langdon (Rock Hudson), référence au général Joseph Orville Shelby (1830 – 1897) qui poursuivit les combats en 1865, entraîne une colonne d’hommes, de femmes et d’enfants au Mexique afin de demander la protection de l’empereur du Mexique Maximilien de Habsbourg – Lorraine. La colonne sudiste rencontre les vachers d’un ancien colonel nordiste, John Harry Thomas (John Wayne). Les anciens ennemis s’allient contre des bandits, rejoignent la rébellion de Juarez et combattent le corps expéditionnaire français.

7 : Tomislav Sunic, Homo americanus. Rejeton de l’ère postmoderne, avant-propos de Kevin MacDonald, Akribeia, 2010, p. 247.

8 : Expression du philosophe allemand Hans-Magnus Enzensberger, la guerre moléculaire est clairement expliquée dans Un air de guerre (Xenia, coll.           « Franchises », 2016) du Suisse Éric Werner.

9 : De l’anglais Jay, le geai, et Hawker, le faucon, c’est une expression d’origine irlandaise désignant les pillards…

10 : En guise de guêtres, ces cavaliers nordistes portent des peaux de mouton teintes en rouge et dérobées dans des tanneries du Missouri.

11 : « Le drapeau de bataille, Battle Flag, ou Scarry Cross, […] sera aussitôt adopté. […] En langage vulgaire s’énoncera : sur fond rouge, grande croix bleue de Saint-André, lisérée de blanc et semée de treize étoiles blanches. Les étoiles désignent les onze États confédérés, ainsi que le Tennessee qui a fait sécession le 8 juin 1861 et la nation indienne représentée au Congrès confédéré à partir du 9 octobre 1861 par le major Elias C. Boudinot commandant le Second Mounted Rifles. » Dominique Venner, Le blanc soleil des vaincus. L’épopée sudiste et la guerre de Sécession 1607 – 1865, La Table Ronde, 1975, p. 120.

12 : Idem, p. 72. 

13 : Cf. Christian Bouchet, « Americana. Les derniers rebelles de la guerre civile », pp. 40 – 41, dans Réfléchir & Agir, n° 61, hiver 2019.

14 : Tomislav Sunic, op. cit., p. 254.

15 : Cf. Sylvain Roussillon, « Stand Watie, le dernier général sudiste » pp. 119 – 125, dans Lénine était un champignon et autres articles. Recueil 2022 – 2025, préface de Xavier Eman, Ars Magna, coll. « Le devoir de mémoire », 2025. Dans le même ouvrage, on peut lire avec profit « La guerre de Sécession : un conflit infini », pp. 31 – 43.

16 : Dominique Venner, op. cit., p. 125.

17 : Dominique Venner présente en annexe du Blanc soleil des vaincus (Document 8, pp. 287 – 288), l’ensemble des « Unités indiennes de l’armée sudiste ». En revanche, aucune mention des bataillons confédérés de Noirs affranchis n’y est faite.

18 : Tomislav Sunic, op. cit., p. 251.

Dos Passos, cet inconnu

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Dos Passos, cet inconnu

par Marco Iacona 

Source: https://www.centrostudilaruna.it/dos-passos-questo-sconos...

Génération perdue

La “génération perdue”, pour ceux qui ne le sauraient pas, est un groupe d’écrivains américains arrivés en Europe dans la première moitié du XXe siècle, dont font partie Ernest Hemingway, Ezra Pound et Francis Scott Fitzgerald ; trois références essentielles pour les contestataires non seulement américains, qui viendront après, y compris l’archiconnue Beat Generation d’Allen Ginsberg et Jack Kerouac. Les deux “générations” incarnent cette Amérique que nous aimons, capable de représenter avec sincérité faits et personnages, de s’auto-représenter (simultanément) avec une “vaillance” affligée ou une confiance acérée ; mais sans négliger rêves et aspirations, même camouflés sous de rigides et froides désillusions… une attitude pleinement anticonformiste (qui plus qu’eux ?), difficilement reconnaissable (avec une prose particulièrement franche, soignée ou non), qui fascinera intellectuels et narrateurs italiens jusqu’à nos jours. Deux noms parmi tous: Italo Calvino et Cesare Pavese.

9782073001917-475x500-1-3850403180.jpgDu groupe des contestataires du début du XXe siècle, parmi les premiers d’ailleurs à toucher du doigt les dérives de la société du nouveau siècle (guerre comprise, évidemment), fait partie intégrante John Dos Passos. Comment le définir d’abord ? Comment définir cet intellectuel et écrivain qui, dans les premières années soixante, vint en Italie invité par Giano Accame pour participer aux “Rencontres romaines de la culture”, grâce aussi à l’organisation du “Centre de vie italienne” d’Ernesto De Marzio, et avec lui Gabriele Marcel, Michel Déon, Odysseus Elytis (futur prix Nobel) et James Burnham ?

Anarchiste assurément, anarchiste dans la mesure où Dos Passos, d’un point de vue politique, fut définitivement peu définissable. De “droite” dans l’après-guerre (même avec des positions maccarthystes), et de “gauche” pro-communiste dans les années précédentes, les années vingt et trente (on rappelle son engagement civique, son refus de l’événement guerrier et sa collaboration à la revue “New Masses”), années où se constate – disent les critiques – une quasi “parfaite” parenté entre engagement politique, thèmes et formes expérimentales de l’activité de l’ancien étudiant de Harvard.

1919-4186379640.jpgDurant des années disons “intermédiaires” (presque symboliquement, entre deux positions), notre homme fut aussi séduit par les perspectives du “New Deal” américain. Dos Passos peut alors être considéré comme un précurseur idéal et pratique (il fit du bénévolat, entre autres, à la Croix-Rouge), de l’intellectuel jamais fixé sur des positions rigides, capable de se “repositionner” et prêt à défier les (inévitables) vestales de l’orthodoxie politique. Souvent, les “pérégrinations” politiques coïncideront avec les fortunes ou infortunes du romancier, habilement décrétées par la critique internationale.

Dos Passos, et cela le rendait différent de la plupart des écrivains de sa génération, aimait aussi “voler bas”, fusionnant les grands idéaux (qui n’en a jamais eu ?) avec des pages de critique ordinaire et de journalisme franc ; il écrivit des pages séduisantes sur les grands mythes du cinéma (mythes pop, mais alors presque personne ne le savait), James Dean et Rodolfo Valentino qu’il vit mourir l’un après l’autre, se confirmant dans ce domaine un écrivain sans beaucoup de “règles”, si ce n’est sa propre volonté et son propre goût. Mais anarchiste ou défenseur des anarchistes, il le fut surtout en relation avec les événements liés aux deux anarchistes italiens en terre américaine, à savoir Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti, malheureux protagonistes d’une histoire jamais oubliée.

108661-3812876939.jpgEn 1926, un an avant leur condamnation à mort (ils étaient anarchistes mais non communistes), l’un ouvrier, l’autre marchand de poisson, Dos Passos publiait, pour le compte d’un “Comité de défense” pour les deux Italiens détenus depuis 1921, Facing the Chair, un livre dans lequel, parfait libertaire, il blâmait le comportement des juges américains victimes, selon lui, de préjugés politiques.

À cette époque, bien avant la “chasse aux sorcières” du prochain après-guerre, l’Amérique vivait en effet un climat répressif tourné contre la dite subversion politique. En pâtirent, entre autres, les deux anarchistes italiens émigrés en 1908 et accusés de vol et double homicide, bien qu’innocentés par un témoin. Avec Dos Passos, d’autres intellectuels éclairés prirent parti pour les Italiens “Nick” et “Bart”: de Bertrand Russel à Dorothy Parker, de G. B. Shaw à H. G. Wells. Tout fut inutile, naturellement. Malgré les protestations générales, les deux furent exécutés sur la chaise électrique en août 1927. Ultérieurement réhabilités (cinquante ans plus tard !), mais douloureusement sacrifiés sur “l’autel de la fermeté” d’une Amérique oppressive et justicière, une Amérique violente qui, à ce point, ne pouvait plus être celle de l’écrivain libertaire né à Chicago en 1896.

Le_42e_Parallele-1139405073.jpgMalgré la riche biographie, et malgré l'ouverture d’esprit envers un monde qui, depuis le second décade du XXe siècle, offrait plus de canaux de communication (surtout: le cinéma d’Eisenstein, la radio et le théâtre expérimental), Dos Passos est un auteur aujourd’hui peu connu excepté – peut-être – deux volumes : Manhattan Transfer de 1925 et Le 42e parallèle de 1930. Beaucoup, depuis longtemps, ont oublié les témoignages d’estime reçus (de Jean Paul Sartre en 1947, par exemple : « Je considère Dos Passos comme le plus grand des écrivains de notre temps »), mais ils ont oublié surtout ses livres de jeunesse et ceux de la dernière période.

Les premiers sont tout simplement le miroir d’une époque dont le “dépassement” conduira l’auteur à embrasser les positions radicales que la plupart connaissent ; des positions qui au fil des ans ont fasciné la critique de gauche, pour s'entendre…

9780819153609-1735236109.jpgPar exemple, le “livre de guerre” One Man’s Initiation, intéressant pour comprendre la croissance “idéale” de Dos Passos (avec des accents expressionnistes à la manière d’Ernst Jünger, mais très différent par raisons et architectures), et pas si éloigné de l’abondante littérature de guerre qui conquiert les marchés occidentaux dès les années vingt, ou encore Three Soldiers (1921), que l’on peut considérer comme un roman de tradition décadentiste, pessimiste, visant à révéler les terribles mécanismes d’une société moderne à travers l’expérience de la guerre.

Mais les capacités de "narrateur-pluriel" de Dos Passos (ici, oui, précurseur de cette postmodernité qui aime relier en chapitres uniques les sources venant de coins divers du savoir), émergent dans le roman-critique sur la condition du monde investi par le progrès technologique (Manhattan Transfer). À côté de la dénonciation d’une époque où ont pris le dessus les divinités malfaisantes du machinisme (« les turbines, les moteurs à explosion et la dynamite… sont nos divinités cruelles et vengeresses… »), on trouve chez Dos Passos, durant cette période, une quantité importante de citations capables de placer l’auteur au carrefour de deux parcours essentiels de la littérature mondiale: entre les plus classiques comme Mark Twain et les avant-gardes européennes, et auparavant encore Walt Whitman interprété à la manière radicale.

Ici, la “sociologie” de Dos Passos nous montre, avec un langage contemporain, ce monde gris, encore une fois: contemporain de lui-même, que des auteurs très différents (songeons à Chaplin ou à Garcia Lorca) nous ont révélé dans leurs aspects les plus comiques ou sentimentaux. Norman Mailer et William Burroughs tiendront compte, et beaucoup, de ses leçons narratives.

Dos Passos a la “chance” de raconter une période historique qui représente l’alpha de notre époque, croyant en outre y percevoir, en “bon radical” militant, “expérimentateur” et “prolétaire d’élection” (mais bourgeois d’origine), aussi l’inévitable oméga. C’est cela qui fascine les militants de toute “extraction”. Ses œuvres des années trente (la célèbre trilogie U.S.A. composée du 42e parallèle, 1919 et Un tas d’argent), représentent le point de l’engagement “guerrier” maximal, ce sont des fresques complexes de la vie américaine (avec apothéose du collectivisme), composées avec des techniques expérimentales de “faux” réalisme.

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Mais c’est dans ces mêmes chapitres que se consume aussi politiquement la rebéllion anticapitaliste “de gauche” de Dos Passos. Ayant enfin pris conscience du fossé insurmontable existant entre l'idée et la pratique communiste, dès le milieu des années trente l’écrivain cherchera à orienter ses attitudes libertaires vers des rivages libéraux de “droite”. Il était temps… C’est la période (on pouvait s’y attendre après tout), où tous parleront de “crise”, de “déclin”, etc.

13635488-572290970.jpgC’est la période (il manquera encore plus de trente ans avant sa mort !) où Dos Passos commence à devenir un grand oublié (“perdu” de nom et maintenant aussi de fait). Pourtant, l’auteur d’essais et de textes théâtraux et de plus de quarante romans (dont les plus connus et déjà cités, traduits en italien par Pavese), poursuivra son travail jusqu’à sa mort, publiant entre autres une autre trilogie de vie américaine, District of Columbia, une histoire de ses ancêtres portugais, des essais sur Jefferson, des journaux et des correspondances. Son indignation ne servira à rien (à part la dimension collective et militante, demeure le thème du danger encouru par l’individu dans le monde contemporain). Les témoignages d’estime des intellectuels anticonformistes “de droite” ne serviront à rien non plus (au contraire !). Quarante ans après sa mort, que pouvons-nous ajouter alors, par rapport au fait que Dos Passos reste un auteur encore presque entièrement à découvrir ?

Extrait de Linea du 30 septembre 2010.

Logiques multipolaires

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Logiques multipolaires

par Pierluigi Fagan

Source : Pierluigi Fagan & https://www.ariannaeditrice.it/articoli/logiche-multipolari

Veuillez m’excuser de revenir sur des choses déjà dites. Il y a quelque temps, nous avions souligné comment le quatuor AS-PAK-TUR et EGY (Arabie Saoudite, Pakistan, Turquie et Egypte), qui s’était lancé dans une médiation entre les États-Unis et l’Iran, constituait un prélude intéressant à quelque chose de plus conséquent. Il n’est pas utile de s’abreuver de nouvelles et d’analyses de pseudo-stratèges improvisés façon jeu de « Risk » que l'on joue en famille, il suffit de suivre la logique dans un contexte multipolaire.

Que le monde se dirige vers une forme pleinement multipolaire est évident, étant donné qu’il s’agit de 8,3 milliards (9,6 en 2050) d’individus répartis dans 200 États, avec des réalités et des trajectoires de croissance ou de contraction (démographique, économique, technologique, militaire) différentes. Il n’existe aucune forme de puissance capable de dominer une telle complexité, ni sous forme unipolaire, ni bipolaire.

Le système tendra et tendra toujours davantage à s’auto-organiser, même si les États-Unis exerceront encore longtemps un rôle opposé à cette tendance. Cependant, c’est en grande partie le propre déclin de la puissance américaine qui favorise ce processus.

Les États-Unis sont en déclin pour de nombreuses raisons évidentes, parmi lesquelles leur entrée dans une phase où leur extraversion d’antan est devenue antiéconomique. Sur le plan militaire, par exemple, les États-Unis ont incité par tous les moyens leurs partenaires alliés à réarmer par eux-mêmes, comme l’UE, l’Allemagne, le Japon, ces derniers s’engageant dans de nouveaux plans de réarmement inédits depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ils ne peuvent pas faire autrement, même si, lorsque notamment l’Allemagne et le Japon auront atteint de nouveaux niveaux de puissance (dans dix à quinze ans au minimum), il est imprévisible de savoir quelle politique étrangère ils développeront.

Mais à notre époque, les stratégies doivent se projeter à court et tout au plus à moyen terme, au-delà on tombe dans l’incalculable à cause d’un excès de variables.

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Le Pakistan et l’Arabie Saoudite étaient des alliés organiques des États-Unis, la Turquie est même membre de l’OTAN, l’Égypte historiquement proche tout en n’étant jamais très éloignée de la Russie. Entre le Pakistan et l’Arabie Saoudite, il existait déjà un pacte militaire de protection mutuelle ; la Turquie, en revanche (de facto alliée avec le Qatar, qui entretient de bons rapports avec l’Iran et partage avec lui le plus grand gisement de gaz du monde), non, ne participait pas à ce pacte pakistano-saoudien notamment en raison des différentes orientations dans le soutien à l’islam politique (salafiste pour les premiers, Frères musulmans pour les seconds). Par ailleurs, le Pakistan a de plus en plus de liens stratégiques avec la Chine. Ni la Turquie ni le Pakistan n’avaient de sérieux différends avec l’Iran. Avec l’Arabie Saoudite, la question était plus complexe, mais grâce à la médiation chinoise, les tensions se sont largement apaisées.

L’Iran a bien bombardé des cibles saoudiennes, mais en prévenant qu’il s’agissait simplement de représailles contre l’accueil de bases américaines, et l’Arabie Saoudite s’est à plusieurs reprises engagée auprès de Trump afin d’éviter une escalade militaire contre Téhéran. Au point de se brouiller définitivement avec les Émirats arabes unis, qui ont même quitté l’OPEP après soixante ans. Les Houthis se sont en réalité abstenus d’agir contre l’Arabie Saoudite, bien qu’ils soient en conflit gelé avec elle.

L’Arabie Saoudite ne veut ni ne peut, malgré ses nombreux liens militaires et économiques récents avec la famille Trump, adhérer aux Accords d’Abraham tant qu’une solution, même cosmétique, n’aura pas été trouvée à la question palestinienne. L’Arabie Saoudite abrite La Mecque et Médine: son rôle central dans l’islam est naturel. De plus, la majeure partie de la clientèle de ses réserves fossiles est désormais asiatique.

Le Pakistan est non seulement limitrophe mais également en friction ouverte avec son voisin indien, qui connaît en son sein une cohabitation de plus en plus difficile entre nationalistes hindous et musulmans (15 % de la vaste population indienne). L’Inde, bien que cliente pour les hydrocarbures du Golfe, a cherché à développer des liens toujours plus étroits avec Israël. Rappelons que l’Inde, le Pakistan et Israël disposent de l’arme nucléaire. Nous avons déjà évoqué l’étroite coopération entre le Pakistan et la Chine, laquelle, dans une logique pleinement multipolaire, tend à entretenir de bonnes relations avec tout le monde (Golfe, Iran, Pakistan, etc.) et, par principe, ne conclut pas d’alliances militaires formelles (mais peut cependant coopérer).

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La Turquie est également un acteur pleinement multipolaire, une puissance moyenne asiatique-méditerranéenne-musulmane qui combine son appartenance à l’OTAN avec de bonnes relations avec la Russie, tandis que la question chinoise reste gelée en raison de la question ouïghoure. Elle a également des problèmes avec Israël, qui risquent de s’aggraver du fait de la volonté israélienne de s’étendre vers le nord (Liban), du soutien israélien aux Kurdes, et de l’invasion discrète de capitaux et d’entreprises israéliennes en Grèce, le point chaud de la région demeurant la Méditerranée orientale, riche en gisements fossiles (Égée, Chypre, côtes libanaises, etc.).

De là (et d’ailleurs, car tout est imbriqué à différents niveaux), l’alliance signée à Djeddah, incluant même un article 5 de défense mutuelle. Comme tout apprenti géopoliticien le rappelle, "le Pakistan a la bombe atomique, la Turquie l’industrie et l’armée, l’Arabie Saoudite l’argent". Mais cela ne devrait être que la base de nouvelles formes de coopération, à mesure qu’Israël devient de plus en plus menaçant, que Trump et les États-Unis deviennent de plus en plus imprévisibles et contradictoires (on se souvient du faux bruit selon lequel les États-Unis auraient promis à l’AS le développement du nucléaire), que le monde environnant devient plus chaotique, que le poids hégémonique sur l’islam croît.

Certes, les États-Unis sont en perte de puissance, mais le groupe qui occupe la Maison Blanche fait preuve d’une pauvreté stratégique impressionnante et est étouffé par des conflits d’intérêts étroits qui ne relèvent pas seulement de l’éthique, mais constituent une limitation du réalisme tactique et stratégique (voir Israël).

Le cœur de l’islam forme donc désormais son propre pôle: l’Arabie Saoudite emmène le Bahreïn et le Koweït, la Turquie le Qatar. Ils pourront à l’avenir se tourner vers l’Indonésie et les BRICS (l’AS n’a pas suspendu son adhésion, le Pakistan et la Turquie ont déposé une demande), l’Égypte (prudente et déjà membre des BRICS) observe avec intérêt, pour l’Iran ce n’est pas une mauvaise nouvelle, chiites et sunnites ne s’aiment pas mais cohabitent depuis des millénaires, mieux en cela que les Américains avec les Israéliens.

La nouvelle alliance musulmane n’est donc pas une mauvaise nouvelle pour la stabilisation de la complexité multipolaire et constitue un signe clair de l’époque.

La régularisation espagnole dérape

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La régularisation espagnole dérape

Peter W. Logghe

Source: https://www.facebook.com/peter.logghe.94

La mesure espagnole, appelée « normalisation administrative », censée régulariser environ 500.000 sans-papiers présents sur le territoire, à condition de pouvoir prouver une présence d’au moins cinq mois en Espagne ainsi que des liens familiaux ou une activité professionnelle, semble totalement déraper. Car une fois le mécanisme du regroupement familial intégré, ce sont jusqu’à 3 millions de personnes qui pourraient être régularisées. Les services de police espagnols tirent la sonnette d’alarme.

Entre la mi-avril et le 30 juin, 1.174.978 dossiers ont afflué, soit plus du double de ce que cette mesure socialiste envisageait au départ. Plus de 600.000 dossiers ont déjà été déclarés recevables. Deux tiers des demandeurs viennent d’Amérique du Sud, environ un quart d’Afrique. La majorité des demandes proviennent de Colombie, suivie du Maroc, du Venezuela et du Pérou. 80% des demandeurs ont moins de 45 ans, et la majorité sont des hommes. Mais c’est surtout la vague à venir via le regroupement familial qui inquiète le plus les forces de police.

csm_548056_1_5f9d6dd717.jpgLa bombe à retardement

Selon des responsables espagnols de la migration, cités par la presse espagnole, chaque étranger régularisé peut, via le regroupement familial, faire venir plusieurs personnes en Espagne. Un simple calcul, basé sur les 1,2 million de dossiers de régularisation déjà déposés, montre que cette mesure pourrait entraîner une augmentation de la population migrante d’environ 3 millions de personnes. Les forces de police sont claires et sans détour: le système n’est pas prévu pour cela et s’effondrera.

La police espagnole est furieuse, et pour une autre raison encore. Selon la presse espagnole, le gouvernement socialiste de Sánchez a délibérément écarté la police du traitement de ces dossiers de régularisation – alors qu’elle en a la compétence. Résultat: les services de migration sont submergés par les demandes et ne sont pas tous suffisamment formés pour les traiter correctement. La police évoque déjà des fraudes lors de l’octroi de la régularisation…

Les expériences belges du passé nous ont déjà appris que la régularisation a un effet d’appel pour encore plus de nouveaux arrivants. Et il faut noter qu’une fois ces sans-papiers régularisés, ils peuvent circuler librement dans l’espace Schengen – y compris en Belgique.