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dimanche, 18 octobre 2026

Qui casse et pour qui?

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Qui casse et pour qui?

par Paolo Bolo

Source: https://www.facebook.com/groups/25490245713968808/user/100008351225117

Rappelons une évidence que certains éditorialistes ont égarée entre deux plateaux : les casseurs ne sont ni les étudiants, ni les retraités. Ne l'oubliez pas, car on va s'employer à vous le faire oublier.
 
Le dangereux profil du retraité
 
Regardons les faits. D'un côté, des lycéens et des étudiants armés de pancartes, d'une enceinte Bluetooth et de la conviction que leur avenir mérite mieux qu'un CDD à perpétuité. De l'autre, des retraités équipés de gilets syndicaux, de thermos et de genoux fragiles, dont l'activité la plus violente consiste à entonner un refrain avec trois mesures de retard.
Pour briser une vitrine, il faut de l'élan, une cagoule et un certain sens de l'organisation. Pour une retraitée de 68 ans à la hanche en titane, il faut surtout un banc à proximité.
 
Pourtant, à entendre certains commentaires, on croirait que la place de la République est envahie par des hordes de licence de sociologie et de grands-pères en polaire, prêts à retourner une voiture entre deux pauses café. Le péril gris, voilà le nouvel ennemi intérieur. Qu'on se rassure : aucun retraité n'a jamais incendié une poubelle sans vérifier d'abord qu'elle était bien destinée au tri.
 
La grande théorie de l'amalgame
 
Le procédé est rodé, presque artisanal. On filme une vitrine brisée, on la passe en boucle, et on place à côté l'image d'un million de manifestants. Le téléspectateur, qui a l'esprit vif mais le temps court, fait lui-même le rapprochement. Le million, c'est la vitrine. La vitrine, c'est le million. Des gens qui ont défilé dans le calme deviennent ainsi, par la magie du montage, les complices de quelques cagoulés. C'est la division du travail à la française : les uns cassent, les autres en paient la réputation.
Et s'il reste un doute, il suffit de prononcer « ultra gauche », formule magique qui explique tout. Cette organisation tentaculaire serait donc capable de réunir étudiants, syndicats et retraités, de les faire marcher pacifiquement pendant des heures, puis de les transformer d'un coup de baguette en pilleurs d'enseignes. Quel talent. On songe à lui confier l'organisation des prochains Jeux olympiques.
 
Qui casse, alors ?
 
La question mérite d'être posée sans naïveté. Les casseurs, par définition, ne manifestent pas pour les retraites : ils ne connaissent pas le nombre de trimestres, se moquent de l'âge légal et n'ont aucune opinion sur la surcôte. Ils viennent pour autre chose, casser, parfois piller, rarement défendre quoi que ce soit. Cagoulés, mobiles, organisés en petits groupes, ils s'évaporent avant la fin du cortège, qualité remarquable pour des gens qu'on dit pourtant très repérables.
 
Et c'est là que le mystère s'épaissit. Pourquoi, dans plusieurs villes, ces groupes si identifiables ont-ils pu opérer longtemps, tandis que les cortèges étaient nassés et gazés en un temps record ? Manque de moyens, nous dit-on. Soit. Un manque de moyens très sélectif, qui s'évanouit comme par enchantement dès qu'il s'agit de lancer une grenade sur des gens qui chantent.
 
Y a-t-il un calcul derrière tout cela ? Nous n'en avons aucune preuve, et ce texte est une satire, pas une enquête. Mais quand le même scénario se reproduit à l'identique, on a le droit de poser la question, y compris à voix haute.
 

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Le casseur, cet auxiliaire précieux
 
Car il faut le reconnaître, le casseur rend de grands services à la communication gouvernementale. Il permet de ne plus parler du fond (retraites, salaires, avenir) pour parler de la forme (vitrines, abribus, poubelles). Il transforme le débat public en bulletin météo : « des incidents sont à déplorer ». Il offre au ministre de l'Intérieur l'occasion de s'exprimer à la télévision, l'air grave, devant des images spectaculaires, plutôt que de répondre à la question qui fâche.
 
Imaginez la catastrophe pour l'exécutif : un million de personnes qui défilent sans un seul incident. Il faudrait alors discuter de ce qu'elles disent. Un cauchemar. Heureusement, le casseur est là, ponctuel, dévoué, d'une loyauté tout à fait involontaire. Personne ne l'a invité, mais il arrive toujours miraculeusement à l'heure, étonnant, non ?
 
Qui paie la note ?
 
La facture, elle, se partage équitablement. Le commerçant paie la vitrine. L'étudiant paie sa réputation. Le retraité paie en gaz dans les poumons. Et ceux qui souhaitaient que l'on ne parle surtout pas du fond du sujet ? Rien du tout. C'est l'avantage de la mutualisation: la dépense est collective, le bénéfice reste privé.
 
Conclusion
 
Alors souvenons-nous, et répétons-le à chaque plateau télé, à chaque dîner de famille, à chaque oncle qui commence sa phrase par «mais quand même»: les casseurs ne sont pas les étudiants, ils ne sont pas les retraités. Ils sont ceux dont la présence arrange tout le monde, sauf ceux qui défilent.
 
Qui casse ? Quelques-uns. Pour qui ? À chacun d'y réfléchir, en se rappelant simplement à qui profite le chaos, qui passe en boucle sur les chaînes d’info pour accuser les étudiants, LFI et une ultra-gauche qui n’a jamais existé en France? Qui veux que vous ayez peur?
 
Texte satirique : l'hypothèse d'un chaos toléré ou voulu relève de l'ironie et n'est pas établie à ce jour.

Evola et l’axe Berlin-Moscou-Washington

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Evola et l’axe Berlin-Moscou-Washington

Constantin von Hoffmeister

Quelque chose d’inhabituel prend forme entre Berlin, Moscou et Washington. Markus Frohnmaier, vice-président du groupe parlementaire de l’AfD (Alternative pour l’Allemagne) au Parlement allemand, a confirmé que l’AfD était en contact avec Kirill Dmitriev, envoyé spécial de Vladimir Poutine pour la coopération économique internationale et directeur du Fonds russe d’investissement direct, au sujet d’un projet de forum d’affaires Russie–États-Unis–Allemagne en 2027. Frohnmaier (photo) a déclaré au journal russe Izvestia que les précisions concernant le lieu seraient annoncées ultérieurement et indiqué que Nord Stream et, plus largement, la coopération économique figureraient parmi les sujets abordés. Dmitriev, qui a également joué un rôle dans les contacts économiques de Moscou avec l’administration Trump, avait auparavant indiqué que la Russie était disposée à organiser une telle rencontre.

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L’importance de cette proposition tient moins aux modalités d’une nouvelle conférence internationale qu’aux trois pays concernés : la Russie, ancien principal fournisseur de gaz acheminé par gazoduc vers l’Europe ; l’Allemagne, centre industriel dont le modèle économique dépendait autrefois fortement d’une énergie russe bon marché ; et les États-Unis, puissance qui façonne l’architecture de sécurité européenne depuis 1945. Le philosophe italien Julius Evola aurait reconnu quelque chose de familier dans cette configuration triangulaire. Son œuvre envisageait régulièrement l’histoire non comme une marche ordonnée vers une rationalité toujours plus grande, mais comme un affrontement entre des forces profondes liées au pouvoir, à la hiérarchie, aux intérêts et à la civilisation, que le langage politique officiel dissimule fréquemment. Le projet de forum importe parce qu’il remet certaines de ces forces en lumière.

Julius Evola soutenait que la vie économique devait rester subordonnée à des principes politiques et civilisationnels supérieurs. Qu’aurait-il pensé du fait que les liens énergétiques de l’Allemagne avec la Russie deviennent une épreuve révélatrice de sa position entre Moscou et Washington ?

Au cœur de la discussion se trouve Nord Stream, un nom devenu le symbole de toute une époque révolue des relations économiques germano-russes. Nord Stream 1 a commencé à acheminer directement du gaz russe vers l’Allemagne par la mer Baltique en 2011, tandis que Nord Stream 2 a été achevé sans jamais entrer en exploitation commerciale régulière. En septembre 2022, trois des quatre conduites ont été gravement endommagées par des explosions. Le parquet fédéral allemand a poursuivi une enquête pénale visant à identifier et à poursuivre les responsables. De son côté, l’AfD a demandé une enquête parlementaire sur la gestion politique de l’attaque, notamment sur ce que savait le gouvernement allemand, sur sa réaction et sur les conséquences à en tirer pour les relations de l’Allemagne avec l’Ukraine et la protection des infrastructures critiques. Frohnmaier lui-même a qualifié Nord Stream d’infrastructure économique critique pour l’Allemagne, tandis que la dirigeante de l’AfD, Alice Weidel, a appelé à la levée des restrictions sur le pétrole et le gaz russes.

Quoi que l’on pense de ces positions, le différend dépasse la question du prix d’un mètre cube de gaz. Il porte sur la question de savoir si l’Allemagne devrait à nouveau bâtir une partie de sa stratégie industrielle sur des liens économiques directs avec la Russie. La pertinence d’Evola est ici indirecte, mais éclairante: dans Révolte contre le monde moderne, il rejetait la tendance moderne à faire du calcul économique le critère suprême de la vie politique. Nord Stream pose presque la question inverse. L’Allemagne doit décider non seulement si l’énergie russe serait moins chère, mais aussi quel ordre politique, quelles alliances et quelles dépendances accompagneraient son retour.

La présence américaine rend la proposition plus intéressante encore. Une conférence énergétique purement germano-russe pourrait aisément être présentée comme une tentative de rétablir la relation commerciale qui existait avant la guerre en Ukraine. Un forum Russie–États-Unis–Allemagne suggère quelque chose de plus vaste: la possibilité que les relations économiques avec Moscou puissent un jour être discutées dans le cadre d’un nouvel arrangement incluant Washington, plutôt que simplement contre Washington.

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Dmitriev (photo) est une figure importante à cet égard. Parallèlement à ses fonctions à la tête du Fonds russe d’investissement direct, il a exercé celles d’envoyé présidentiel et participé à des discussions avec des personnalités liées à l’administration Trump sur la coopération économique, l’énergie et la guerre en Ukraine. Aucun engagement américain à participer au forum envisagé pour 2027 n’a toutefois été confirmé; la forme qu’il prendra éventuellement reste donc incertaine. Mais le concept lui-même laisse entrevoir un monde dans lequel la diplomatie commerciale pourrait à nouveau franchir les lignes de fracture géopolitiques qui se sont durcies après 2022.

Evola n’aurait guère considéré les conférences d’affaires internationales comme des vecteurs de transcendance; sa critique de la civilisation moderne visait explicitement la réduction des principes politiques supérieurs à l’économie et aux intérêts matériels. Mais, dans une perspective évolienne, le trait révélateur est qu’ici l’économie devient le terrain sur lequel se négocient les questions de pouvoir. Les gazoducs, les fonds d’investissement, les sanctions, la compétitivité industrielle et le commerce ne sont pas des questions techniques autonomes. Ce sont des instruments par lesquels les États tentent de déterminer leur position au sein d’une hiérarchie des puissances.

Pour l’Allemagne, la question du rétablissement de liens économiques majeurs avec la Russie a acquis une urgence inhabituelle, car la relation énergétique entre les deux pays a déjà été démantelée dans des proportions qui auraient semblé improbables il y a seulement quelques années. Les exportations russes par gazoduc vers l’Europe ont chuté de manière spectaculaire depuis le début de la guerre en Ukraine, tandis que l’Union européenne s’est engagée dans une démarche visant à mettre fin aux importations restantes de gaz russe. Moscou, de son côté, a signalé à plusieurs reprises qu’il serait disposé à reprendre les livraisons, notamment par les infrastructures de Nord Stream encore intactes.

L’AfD a intégré le rétablissement des liens économiques avec la Russie à son argumentaire de politique étrangère, s’opposant ainsi à l’approche adoptée par les gouvernements allemands successifs depuis 2022. Ses détracteurs soutiennent qu’une telle orientation recréerait une dépendance envers Moscou et affaiblirait les efforts européens visant à faire pression sur la Russie au sujet de l’Ukraine; ses partisans affirment que l’Allemagne a nui à ses propres intérêts industriels en rompant une relation économiquement avantageuse.

Le forum proposé réunirait donc dans une même salle les protagonistes d’un différend qui traverse en profondeur la politique allemande depuis des années: l’avenir économique de l’Allemagne doit-il rester étroitement inscrit dans le cadre stratégique euro-atlantique actuel, ou le pays doit-il retrouver une plus grande liberté pour développer des relations de grande ampleur avec la Russie? Les écrits politiques d’Evola ne peuvent apporter de réponse économique à ce différend, mais sa distinction entre les institutions formelles et l’autorité sous-jacente offre une manière de comprendre l’intensité du débat. La question n’est pas simplement de savoir où l’Allemagne achète son gaz. Elle est de savoir qui détient le pouvoir de définir les limites dans lesquelles s’exerce la politique économique allemande.

C’est, en définitive, ce qui donne à l’annonce de Frohnmaier une portée plus grande que ne le laisse entendre l’expression modeste de «forum d’affaires». Aucun accord n’a été annoncé, aucun lieu n’a été confirmé, et rien ne garantit que des représentants des trois pays se rencontreront effectivement en 2027. Pourtant, la tentative elle-même révèle que certains acteurs politiques réfléchissent déjà au-delà de l’architecture diplomatique issue de la guerre en Ukraine.

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L’AfD cherche à se positionner comme un intermédiaire allemand disposé à parler simultanément avec Moscou et, potentiellement, avec Washington, tout en faisant de Nord Stream le symbole d’un possible rétablissement des liens économiques germano-russes. Ses adversaires voient un danger dans cette démarche, craignant à la fois une nouvelle dépendance énergétique et une influence politique russe accrue. La question de fond restera donc ouverte même si le forum n’a jamais lieu: quel type d’ordre européen succédera à la confrontation actuelle?

Evola a bâti une grande partie de sa philosophie sur la conviction que les ordres historiques finissent par s’épuiser et que des périodes d’apparente permanence peuvent dissimuler de profondes transitions. Il n’est pas nécessaire d’adhérer à sa philosophie de l’histoire pour comprendre pourquoi son image d’une structure ancienne perdant son autorité trouve ici un écho. Nord Stream gît endommagé sous la Baltique, l’ancienne relation commerciale germano-russe a largement disparu, et l’ordre européen établi après la guerre froide est soumis à d’énormes tensions. Une rencontre entre Allemands, Russes et Américains ne créerait pas, à elle seule, un nouvel ordre. Mais elle pourrait constituer un modeste indice que les débats sur la forme de cet ordre ont déjà commencé.

 

L’Éthiopie au bord de la guerre - Escalade de la violence dans la Corne de l’Afrique

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L’Éthiopie au bord de la guerre

Escalade de la violence dans la Corne de l’Afrique

Léonid Savine

Les derniers événements en Éthiopie montrent comment les puissances moyennes de la région tentent de faire valoir leurs intérêts et de saisir les occasions qui se présentent pour déstabiliser leurs adversaires géopolitiques.

Le 23 septembre, des combats de grande ampleur ont éclaté dans les provinces du Tigré, de l’Amhara et de l’Afar : la coalition dite « Alliance pour la survie » a commencé à attaquer les troupes et les institutions gouvernementales. Le 7 octobre, des informations ont fait état du franchissement de la frontière éthiopienne par des unités militaires érythréennes. Les relations diplomatiques entre les deux pays ont été rompues.

Dans l’ensemble, le conflit actuel est complexe et comporte plusieurs dimensions : l’Érythrée et l’Éthiopie ont des différends de longue date, d’autant que l’Érythrée est née d’une sécession de l’Éthiopie en 1993. Les provinces du Tigré et de l’Afar, situées dans le nord de l’Éthiopie, où les forces d’opposition locales s’opposent au pouvoir fédéral, jouxtent directement l’Érythrée. Cette zone constitue ainsi une sorte de tampon, tout en pouvant servir de zone grise pour déstabiliser l’Éthiopie. L’Amhara est la plus grande région ; elle abrite le lac Tana, d’où prend sa source le Nil Bleu.

La géographie de ce nouveau conflit n’a rien de fortuit.

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L’Éthiopie est en différend avec l’Égypte au sujet de l’exploitation du barrage et de la centrale hydroélectrique de la Renaissance, situés sur le cours supérieur du Nil — plus précisément sur son affluent, le Nil Bleu —, ce qui suscite les protestations du Caire contre Addis-Abeba. L’Égypte craint que le fonctionnement de la centrale n’entraîne une baisse importante du niveau du fleuve et ne provoque une pénurie de ressources en eau, particulièrement en période de sécheresse. L’Éthiopie affirme pour sa part que cette centrale est nécessaire à la poursuite du développement économique du pays. Elle est également devenue un symbole de dignité nationale et de souveraineté. Le Soudan, en revanche, a plutôt bénéficié de la construction du barrage, qui permet de réguler convenablement le débit et d’éviter les inondations. Mais, compte tenu de la guerre civile qui sévit au Soudan même et d’une certaine influence du Caire, ce pays s’est retrouvé entraîné dans une alliance anti-éthiopienne. Par ailleurs, l’Égypte coopère activement avec Djibouti et la Somalie, qui bordent l’Éthiopie du côté de la mer Rouge. Un important contingent militaire égyptien est en outre déployé en Somalie.

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En août 2026, les dirigeants éthiopiens ont annoncé leur intention de construire de nouveaux barrages sur le Nil, suscitant une nouvelle vague d’indignation en Égypte.

L’Égypte avait déjà menacé l’Éthiopie, allant jusqu’à envisager des bombardements contre le barrage, mais elle semble avoir décidé de passer à une stratégie de conflit par procuration. L’Érythrée sert de fait de couverture à la mise en œuvre des projets du Caire, parmi lesquels figure le soutien conjoint de l’Égypte et de l’Érythrée à des groupes armés antigouvernementaux. Par leur intermédiaire, les deux pays veulent « balkaniser » l’Éthiopie, un État à la composition ethnique diverse.

En septembre, Addis-Abeba a accusé l’Égypte, l’Érythrée et le Soudan de soutenir l’alliance d’opposition dirigée par le Front de libération du peuple du Tigré. Les trois pays rejettent ces accusations.

Le 1er octobre, le ministère éthiopien des Affaires étrangères a publié un bref communiqué ordonnant au haut diplomate égyptien Ahmed Moharam Ahmed Soliman de quitter l’Éthiopie sous quarante-huit heures. En réponse, l’Égypte a expulsé un haut responsable de la mission diplomatique éthiopienne au Caire, lui accordant également deux jours pour quitter le pays. Le nom du diplomate n’a pas été communiqué, mais il a été précisé qu’il était conseiller d’ambassade.

Le 4 octobre, l’Égypte a organisé à El-Alamein un sommet quadripartite réunissant l’Érythrée, le Soudan et la Somalie. Les dirigeants de ces pays ont souligné l’importance de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, déclaré que la sécurité en mer Rouge devait rester avant tout de la responsabilité des États riverains et rejeté les mesures unilatérales portant atteinte aux droits établis sur les eaux du Nil des pays situés en aval.

Il convient de rappeler que, dès octobre 2024, les dirigeants de l’Égypte, de la Somalie et de l’Érythrée avaient constitué une alliance tripartite afin d’accentuer leur pression commune sur l’Éthiopie et, en particulier, de contrer ses tentatives de s’assurer un accès fiable à la mer, alors qu’Addis-Abeba négociait avec le Somaliland — des pourparlers que la Somalie voyait d’un œil jaloux. À l’époque, la médiation turque avait permis une normalisation des relations entre l’Éthiopie et la Somalie.

Désormais, selon Souadik Soufian, collaborateur de l’Institut éthiopien des affaires internationales, le nouveau sommet organisé sous l’égide de l’Égypte a abouti à la formation d’un axe quadripartite susceptible de porter atteinte aux intérêts de l’Éthiopie et à la politique régionale de bon voisinage.

Dans un contexte plus large, cela pourrait menacer le fonctionnement des BRICS, puisque l’Égypte et l’Éthiopie font toutes deux partie de ce groupe d’États.

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Il est intéressant de noter que des analystes occidentaux ont également relevé les intérêts de la Chine dans ce conflit, celle-ci coopérant depuis de nombreuses années avec l’Égypte comme avec l’Éthiopie. Le conflit armé au Tigré avait auparavant contraint la Chine à évacuer ses travailleurs employés sur divers chantiers. La reprise des hostilités dans le nord de l’Éthiopie pourrait déstabiliser davantage le Tigré et les régions voisines, et éventuellement entraîner les États voisins dans le conflit. Pékin fait donc aujourd’hui face à une pression croissante pour préserver ses liens avec deux de ses partenaires africains les plus importants.

En Occident, on a toutefois également souligné que l’escalade du conflit en Éthiopie pourrait s’étendre à l’ensemble de la Corne de l’Afrique, menaçant à son tour la navigation en mer Rouge, déjà entravée par les actions des Houthis sur l’autre rive.

Parmi les autres acteurs ayant des intérêts actifs dans la région figurent les Émirats arabes unis, un investisseur majeur dans l’économie éthiopienne ; le Qatar, qui joue un rôle de médiateur et souhaite préserver le statu quo — il a déjà appelé à un arrêt immédiat de l’escalade — ; les États-Unis, dont les capacités en mer Rouge sont limitées, mais qui souhaitent renforcer leur présence pour contrer les Houthis ; et Israël, qui, à l’instar des États-Unis, cherche à accéder au débouché de la mer Rouge et à le contrôler, et qui a, pour cette raison, reconnu le Somaliland en décembre 2025, devenant de fait le premier État membre de l’ONU à le faire.

Ainsi, compte tenu de cet enchevêtrement complexe, du mécontentement de certains groupes d’opposition éthiopiens à l’égard du précédent accord de cessez-le-feu et des turbulences géopolitiques mondiales, les risques d’extension de ce conflit sont réels.

L’énigme Medvedev

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L’énigme Medvedev

Andrea Marcigliano

Source: https://electomagazine.it/enigma-medvedev/

Dmitri Medvedev parle sans mâcher ses mots. Sans faux-semblants diplomatiques, sans même une once de tolérance.

Il nous y a désormais habitués. Il semble s’être délibérément taillé le rôle du dur, de la voix féroce de l’entourage de Poutine.

Et je souligne « délibérément », car le parcours personnel et la carrière politique de Medvedev auraient laissé attendre tout autre chose.

C’était le plus occidental, voire le plus «américain», des hommes au sommet du Kremlin.

D’abord étudiant brillant, il a ensuite manifesté un vif intérêt pour le modèle économique et social des États-Unis.

Allant même, en des années diplomatiquement plus sereines qu’aujourd’hui, visiter les États-Unis et, surtout, des pôles comme la Silicon Valley.

Dont il aurait voulu importer le modèle en Russie.

Certes, il est devenu, au fil des ans, l’un des plus proches collaborateurs de Vladimir Poutine.

Il a toutefois longtemps incarné l’âme, disons, «occidentale» de l’élite russe.

Celle qui regardait avec intérêt le modèle américain.

Qui voulait donner au pays une orientation résolument «démocratique».

Mais ensuite, les choses ont pris la tournure que l’on sait. Mauvaise, incontestablement.

Washington s’est révélé être un «ami» dangereux. Dévastateur.

Qui a systématiquement œuvré à détruire la Russie. À la démembrer. À la réduire à de petits États faciles à contrôler.

Et c’est ainsi que l’étoile de Medvedev a pâli.

Affecté, par la volonté de Poutine, à une fonction très prestigieuse, mais qui n’est plus opérationnelle.

De fait, il n’est plus en mesure de prendre des décisions stratégiques.

Pas une disgrâce. Plutôt le constat réaliste que la guerre exigeait, et exige encore, d’autres hommes. Dotés d’autres compétences.

Que cela ait plu à Medvedev est assurément douteux.

Ce qui est certain, toutefois, c’est que sa fidélité à Poutine n’a pas faibli.

Tandis que son attitude envers l’Occident, autrefois tant admiré, a radicalement, profondément changé.

Aujourd’hui, Medvedev ne ménage ni les invectives violentes ni les sarcasmes féroces envers l’OTAN et l’Union européenne. Et sa défiance totale à l’égard de la Maison-Blanche est tout aussi manifeste.

Il est devenu un partisan de la guerre à outrance. N’excluant même pas le recours tactique aux armes nucléaires.

Il est contestable que cela ne soit que le fruit de la déception et d’un tempérament porté aux extrêmes.

Medvedev regarde plutôt vers l’avenir.

Et l’avenir comporte une grande inconnue.

La succession de Poutine.

Car le tsar a désormais largement dépassé les soixante-dix ans et, même s’il jouit d’une excellente santé, les jeux de succession commencent à s’ouvrir autour de lui.

Medvedev vient de passer le cap des soixante ans. Et, comme Poutine, il est originaire de Saint-Pétersbourg.

Un Occidental, donc, au sein de la nomenklatura russe.

Il sait toutefois que cela ne saurait guère lui suffire pour prétendre à la succession.

Ses déclarations violentes, ses outrances, disons-le ainsi, doivent donc être envisagées dans cette perspective.

Medvedev cherche probablement aussi l’appui des militaires et, plus généralement, de ceux qui considèrent comme inévitable l’affrontement avec l’Occident. Et avec Washington même.

Y parviendra-t-il ?

Il est trop tôt pour évaluer la situation.

D’autant que le tsar Vlad semble en parfaite forme.

Et bien décidé à tenir fermement la barre.

France, Europe: attachez vos ceintures!

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France, Europe: attachez vos ceintures!

Andrea Zhok

Source: https://www.facebook.com/andrea.zhok.5

Les images des flammes qui enveloppaient l’hôtel de ville de Limoges, en France, et de l’effondrement de son clocher font le tour du monde. Des épisodes comme celui-ci ne peuvent qu’être condamnés, tout comme les actes de pillage qui ont accompagné les manifestations dans de nombreuses régions de France.

Toutefois, si nous nous limitions à ce niveau de réflexion, nous ne ferions que nous livrer à un exercice classique de conservatisme petit-bourgeois, qui a ses raisons, mais qui est aussi tragiquement myope. Faire la morale à propos des voitures brûlées et des vitrines brisées, sans aller au-delà, est simplement le signe que l’on n’a pas encore compris la gravité des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons.

Ce à quoi nous assistons en France, mais désormais aussi, sous des formes différentes, dans de nombreux pays européens — Espagne, Portugal, Albanie, Belgique et, depuis hier, Italie — est tout sauf un événement irrationnel. Il existe en effet des événements historiques qui ne sont irrationnels qu’à l’échelle locale, mais dont la rationalité devient évidente dès que l’on prend suffisamment de hauteur.

Rationnel ne signifie pas indolore, ni exempt d’injustices.

Il faut exercer son regard à tenir ensemble deux niveaux d’analys : celui où l’on peut juger certains actes et certains individus barbares, inciviques, vandales, et celui où l’on peut — et où l’on doit — comprendre que l’histoire est toujours un fleuve qui charrie des débris et des cadavres, mais c'est un fleuve que les sermons n’arrêtent pas.

Ce qui se produit obéit à une implacable rationalité collective, même si ceux qui y prennent part n’en ont souvent qu’une compréhension limitée, voire aucune.

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Depuis de nombreuses années, les populations européennes font l’expérience de classes dirigeantes qui se présentent comme un organisme technocratique anonyme, une muraille de caoutchouc qui se déplace d’elle-même et avance en «pilotage automatique», dans une indifférence totale aux besoins de la population. Le pari de ces couches technocratiques liées à la finance a été de parvenir à endormir les consciences avec l’actuel opium des peuples que constituent les médias — divertissement et information-spectacle — et de dompter les récalcitrants par des mesures restrictives: un coup de matraque par-ci, une fermeture de comptes par-là, une petite loi électorale ici, une annulation d’élections là, etc.

Le postulat général, tacite et incontesté des dirigeants européens est qu’on ne raisonne pas avec la plèbe: on se contente d’alterner la carotte et le bâton.

Tout ce qui est dit publiquement est toujours un mensonge intéressé, sans exception, hormis les cas fortuits où une vérité peut, à son tour, être instrumentalisée. Le discours public est devenu une interminable comédie qui se soucie de moins en moins de préserver un semblant de crédibilité.

Ainsi, personne de sain d’esprit ne pense réellement que la Russie s’apprête à nous envahir, mais cela n’empêche pas des cohortes de petits guignols institutionnels de répéter chaque jour ces conneries avec le plus grand sérieux. Et, naturellement, tout le monde sait que, dans ce jeu de fables montées en épingle par une presse stipendiée, le seul élément qui compte, le pivot qui demeure au gré des circonstances, est la volonté de disposer arbitrairement des ressources publiques pour les orienter vers des intérêts privés.

En substance, les classes dirigeantes ont depuis longtemps pris l’habitude de traiter la population comme un animal idiot, avec lequel toute argumentation rationnelle est exclue et qu’il faut traiter, d’un côté, par des flatteries sélectives et des privilèges ciblés, et, de l’autre, en la réduisant à l’impuissance.

Et ce mécanisme peut fonctionner, et fonctionne longtemps.

Jusqu’au jour où il ne fonctionne plus.

Et il ne fonctionne plus le jour où trop de personnes perdent trop de choses pour pouvoir se permettre de rester dans la torpeur.
Il ne faut pas comprendre ici «perdre trop» comme quelque chose qui irait jusqu’à «mourir d’inanition».
Dans une société moderne, les gens se retrouvent dans des situations de privation insupportable bien avant de «mourir de faim».

Aujourd’hui, par exemple, ne pas avoir les moyens d’utiliser une voiture ou d’accéder à Internet signifie, pour la majorité de la population, être coupé du monde, du travail, de la vie sociale, de la vie tout court. Et le fait que les voitures et les téléphones portables aient autrefois été des biens de luxe ne change rien: c’est désormais le nouveau seuil de «participation à la vie commune», ce qui distingue la vie de la non-vie.

Des populations entretenues comme des bêtes de somme auxquelles on distribue occasionnellement du pain et des jeux, des petits boulots de merde et du baratin télévisuel ne sont pas et ne seront pas, le jour où cette mécanique s’enraye, sensibles aux arguments du respect de l’espace public, de la propriété, des monuments, etc.

Ceux qui brûlent des voitures, des bâtiments historiques et des magasins sont des individus privés de repères culturels et moraux. Mais les véritables coupables, ceux qui devraient être amenés à payer, sont ces couches dirigeantes qui ont cultivé et voulu cette privation, pensant qu’elle leur serait utile.

Aujourd’hui, la cocotte-minute est sur le point d’exploser. Même si cette vague devait retomber, ce n’est que le début, car les classes dirigeantes européennes ne sont en mesure, ni matériellement ni culturellement, de rectifier le cap. Alors, attachez vos ceintures, car nous allons droit dans le mur.