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dimanche, 01 novembre 2026

Pologne: Bruxelles a-t-elle surestimé ses possibilités?

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Pologne: Bruxelles a-t-elle surestimé ses possibilités?

Elena Fritz

Source: https://t.me/global_affairs_byelena

Les événements du 30 octobre à Varsovie constituent une escalade inattendue du conflit constitutionnel qui couve depuis des années. Après la suspension controversée de la direction du Tribunal constitutionnel, d’importantes forces de police ont été mobilisées, et des manifestations ainsi que des arrestations ont eu lieu. Le président Karol Nawrocki a interrompu son vol vers le Sénégal et est rentré immédiatement. Le Premier ministre Donald Tusk parle de rétablissement de l’État de droit, l’opposition d’un coup d’État.

C’est surtout le contexte politique plus large qui mérite l’attention.

En relativement peu de temps, plusieurs responsables politiques de la mouvance souverainiste, proches à des degrés divers de Donald Trump, ont perdu le pouvoir ou se sont retrouvés soumis à de fortes pressions institutionnelles.

En Roumanie, l’élection présidentielle a été annulée après le succès inattendu de Călin Georgescu. En Hongrie, Viktor Orbán a perdu le pouvoir en avril, après seize années à la tête du gouvernement. En Serbie, Aleksandar Vučić a dû se résoudre à se retirer après des mois de manifestations et une défaite électorale. À présent, en Pologne, le conflit avec le président Nawrocki, proche de Trump, s’envenime.

Bien entendu, ces événements diffèrent considérablement par leurs causes et leurs fondements juridiques. Leur effet politique commun n’en est pas moins frappant: des forces influentes, critiques à l’égard d’une centralisation accrue du pouvoir de décision politique au niveau de l’Union européenne, perdent de leur influence.

Il me paraît tout à fait plausible qu’à Bruxelles, cette évolution soit suivie avec bienveillance. La question va toutefois plus loin: Donald Tusk a-t-il réellement engagé ses dernières mesures sans soutien politique préalable de Bruxelles? Une approbation directe d’Ursula von der Leyen n’a, jusqu’à présent, pas été établie. Compte tenu de la portée de cette intervention, il semble néanmoins naturel de s’interroger, au moins, sur l’existence d’une concertation politique.

C’est précisément en Pologne que cette stratégie pourrait se révéler être une grave erreur de calcul.

En Hongrie, le changement de pouvoir s’est opéré par les élections; en Serbie, après une longue mobilisation de la société. En Pologne, en revanche, le conflit institutionnel s’est aggravé en quelques heures. Tenter d’écarter la direction du Tribunal constitutionnel au moyen d’une suspension juridiquement controversée constitue une voie nettement plus risquée.

À cela s’ajoute la position particulière de Nawrocki. Il dispose d’une légitimité démocratique propre, bénéficie d’un soutien important dans le camp conservateur et entretient des relations étroites avec l’administration Trump.

Sur le plan constitutionnel également, l’affaire est loin d’être aussi claire que Tusk le présente. Le précédent gouvernement PiS a lui-même provoqué d’importants conflits autour de l’indépendance de la justice. Cela ne confère toutefois pas au gouvernement actuel un pouvoir illimité pour remodeler la justice constitutionnelle selon ses propres conceptions politiques. En particulier, l’application au Tribunal constitutionnel de dispositions prévues pour les juridictions ordinaires est juridiquement controversée.

Le parallèle avec la Corée du Sud en décembre 2024 est donc intéressant, du moins en ce qui concerne les risques politiques. Une intervention précipitée dans l’ordre constitutionnel y a finalement conduit à la perte du pouvoir de son auteur. Les différences juridiques et factuelles avec la Pologne sont considérables, mais un revers politique similaire pour les initiateurs n’est pas exclu.

Pour l’Allemagne, cette évolution revêt une importance particulière. La Pologne est un nœud militaire et logistique central du flanc oriental de l’OTAN. Un blocage institutionnel durable à Varsovie compliquerait également la coordination avec l’Allemagne en matière de politique de sécurité ainsi que le soutien à l’Ukraine.

Mon analyse: par son action, Tusk pourrait obtenir exactement l’inverse de ce qu’il cherche à accomplir politiquement. Au lieu d’affaiblir Nawrocki, il pourrait mobiliser le camp conservateur et renforcer encore les relations de celui-ci avec Washington.

Si, de surcroît, une implication politique de la Commission européenne venait à être démontrée, les dommages dépasseraient probablement largement Varsovie. Ursula von der Leyen devrait alors, elle aussi, accepter d’être interrogée sur la conception de l’État de droit qui guide les institutions européennes dans leurs rapports avec les États membres.

La possibilité de circonscrire ce conflit à la Pologne dépendra dans une large mesure de la réaction de Washington et de la capacité de Tusk à donner une assise constitutionnelle solide à son action.

#geopolitik@global_affairs_byelena

Au seuil de l’avenir

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Au seuil de l’avenir

Adnan Demir 

Résumé

Cet article analyse la crise structurelle et qualitative que traverse l’hégémonie libérale-capitaliste centrée sur l’espace atlantique, institutionnalisée après la Seconde Guerre mondiale et caractérisée, dans l’après-guerre froide, par ce que l’on a appelé le «moment unipolaire». L’étude soutient que cette crise ne se limite pas à une perte de puissance géopolitique et économique, mais qu’elle s’approfondit avec l’appauvrissement des capacités de leadership, l’érosion de la légitimité institutionnelle, la transformation industrielle de la production intellectuelle et l’atomisation du tissu social. S’appuyant, comme cadre théorique, sur les travaux consacrés aux cycles des civilisations et à la critique de la modernité, elle affirme que l’ordre actuel présente les caractéristiques d’un «cadavre qu’il faut enlever». Le modèle du «retour à la nature originelle de l’être humain», ou fitra, proposé comme antidote, repose sur trois piliers fondamentaux: l’harmonie biologique et psychologique, une production fondée sur le travail et la propriété, et la solidarité sociale. En conclusion, l’article soutient que la rupture ontologique ne peut être réparée qu’au moyen d’un système de référence transcendant et que, dans cette perspective, la conception islamique de l’être et de la vie offre une alternative globale aux crises mondiales.

* * *

Mots-clés : crise de l’hégémonie, monde atlantique, crise civilisationnelle, fitra, aliénation ontologique, réparation théologique.

1. Introduction

Le système mondial a atteint les limites structurelles de l’ordre centré sur l’espace atlantique, instauré après la Seconde Guerre mondiale et caractérisé, dans les années 1990, par la notion de «moment unipolaire» (unipolar moment) (Krauthammer, 1990/1991). Les débats sur la multipolarité, l’essor des puissances eurasiatiques et l’autonomie institutionnelle croissante du Sud global remettent en question la viabilité de cet ordre. Toutefois, la crise actuelle ne peut être interprétée comme un simple déplacement des rapports de force. L’ordre libéral-capitaliste centré sur l’espace atlantique a considérablement perdu tant sa légitimité institutionnelle que sa capacité à offrir à l’être humain du sens et de la stabilité.

Cette étude examine la crise à trois niveaux:

(i) l’appauvrissement politique et institutionnel;

(ii) la transformation de la production intellectuelle et culturelle;

(iii) l’altération du tissu social.

Sur le plan théorique, elle prend appui sur le cycle d’essor et de déclin des civilisations d’Arnold Toynbee, sur la thèse du choc des civilisations de Samuel Huntington, ainsi que sur les critiques de la modernité formulées par Nietzsche et Weber. L’article soutient que la capacité de l’ordre actuel à se renouveler par ses dynamiques internes est limitée et qu’une sortie de crise pourrait passer par une «revitalisation conforme à la fitra».

2. Cadre théorique : hégémonie, crise civilisationnelle et rupture ontologique

Depuis Gramsci, le concept d’hégémonie ne désigne pas uniquement une supériorité matérielle, mais aussi la capacité à produire du consentement culturel et intellectuel. Après la guerre froide, l’ordre atlantique a tenté de maintenir ce mécanisme de production du consentement au moyen du discours libéral-démocratique et de la culture de consommation. Toutefois, ce mécanisme connaît aujourd’hui une grave érosion, tant à l’intérieur — dans les sociétés occidentales — qu’à l’extérieur — à l’échelle mondiale.

L’analyse des civilisations de Toynbee (1934-1961) avance qu’une civilisation entre dans un processus de déclin lorsque se rompt le lien entre sa «minorité créatrice» et son «prolétariat». De même, Huntington (1996) souligne que les prétentions universalistes de l’Occident ont perdu leur légitimité aux yeux des autres civilisations. Le diagnostic nietzschéen du nihilisme après la «mort de Dieu» et la notion wébérienne de «monde désenchanté» mettent quant à eux en évidence le fait que l’absence de référence transcendante dans la modernité conduit à une crise morale et à une crise du sens. Ce cadre montre que la crise atlantique possède une dimension non seulement politique, mais également ontologique.

3. Appauvrissement institutionnel et intellectuel

3.1. La transformation du leadership politique

Les modèles de leadership historiquement capables de faire preuve de profondeur stratégique et de conscience historique dans les moments de crise ont cédé la place à une fonction de «technicien du système», pilotée par les élites financières, les rouages médiatiques et les gestionnaires bureaucratiques. La réduction des processus électoraux, dans une large mesure, à la collecte de fonds et à la gestion des perceptions, la convergence entre institutions et médias observée dans la gestion de la pandémie et des crises économiques, ainsi que l’affaiblissement de l’obligation de rendre des comptes, sont autant de manifestations de cette transformation. Il en résulte une substitution de l’optimisation des intérêts à court terme à la réflexion stratégique de l’État.

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3.2. La production intellectuelle et l’art

Dans le domaine philosophique, la pensée fondatrice de systèmes a été remplacée par une micro-spécialisation axée sur les citations et le facteur d’impact. La recherche scientifique tend à devenir une activité technocratique financée par les géants technologiques, les groupes pharmaceutiques et les complexes militaro-industriels, plutôt qu’une quête indépendante de la vérité. Dans l’art, la haute culture a cédé la place à l’économie algorithmique des contenus et au populisme commercial. Ces processus témoignent d’un affaiblissement de la capacité de la civilisation à faire émerger une «minorité créatrice».

4. L’altération du tissu social

La modernisation libérale-capitaliste a atomisé l’individu en le coupant de sa famille, de sa communauté et de ses racines historiques. L’épidémie de solitude, l’augmentation des problèmes de santé mentale, la baisse des taux de fécondité et la multiplication des ménages d’une seule personne figurent parmi les indicateurs quantitatifs de ce processus. Quant aux mouvements d’opposition qui apparaissent dans les espaces numériques, ils restent généralement dépourvus d’ossature philosophique et s’essoufflent rapidement après avoir été marchandisés. Ainsi, le système semble avoir détruit non seulement les institutions, mais aussi le sujet social susceptible d’accomplir la transformation.

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5. Le modèle du retour à la fitra: trois piliers fondamentaux

L’article avance que la sortie de la crise actuelle exige, plutôt que des réformes superficielles, une réhabilitation conforme à la nature originelle de l’être humain. Ce modèle peut être construit sur trois piliers :

- L’harmonie biologique et psychologique : revenir aux rythmes naturels en s’éloignant des stimulations artificielles modernes — hyperstimulation, dépendance aux écrans.

- Une production fondée sur le travail et la propriété : limiter la domination de la finance spéculative sur l’économie réelle et élargir l’accès à la propriété à l’ensemble de la population.

- La solidarité sociale : replacer les institutions familiales et communautaires au centre du tissu social.

Ces piliers offrent un cadre alternatif concret face à l’aliénation produite par l’individualisme libéral et le fétichisme de la consommation.

6. Conclusion : réparation ontologique et horizon civilisationnel

À la racine des crises que traverse l’ordre centré sur l’espace atlantique se trouve une aliénation ontologique résultant de la rupture de la relation verticale avec Dieu. Il ne semble pas possible que des systèmes dépourvus de point de référence transcendant produisent durablement de la moralité et de la justice. Dans cette perspective, la conception islamique de l’être et de la vie offre un fondement conforme à la fitra, moral et juridique, en établissant un équilibre dans la relation entre l’être humain et Dieu, entre le dogmatisme scolastique et le nihilisme séculier. La limitation de la propriété par la conscience qu’elle constitue un dépôt confié, la centralité du travail et l’ancrage de la solidarité sociale dans des fondements juridico-moraux sont autant d’éléments qui répondent aux crises actuelles.

En conclusion, un horizon civilisationnel durable dans un monde multipolaire exige, au-delà du paradigme libéral-capitaliste actuel, une réparation ontologique et un rétablissement de la conformité à la fitra. L’ordre de vie intégral proposé par l’islam constitue, dans ce contexte, l’une des principales alternatives à prendre en considération.

Bibliographie — Références fondamentales proposées:

Huntington, S. P. (1996). The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order. Simon & Schuster.

Krauthammer, C. (1990/1991). « The Unipolar Moment ». Foreign Affairs.

Nietzsche, F. (1882/1974). The Gay Science. Vintage.

Toynbee, A. J. (1934-1961). A Study of History. Oxford University Press.

Weber, M. (1905/2002). The Protestant Ethic and the Spirit of Capitalism. Routledge.

18:29 Publié dans Actualité, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, futur, avenir, fitra, philosophie | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

Sommet trilatéral et futur ordre mondial: quelques considérations éparses

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Sommet trilatéral et futur ordre mondial: quelques considérations éparses

Alexandre Douguine

Présentateur : Poursuivons nos conversations. Premièrement, vous avez mentionné Lindsey Graham — ce même néoconservateur ardent qui préparait, peu avant sa mort, un projet de loi antirusse dévastateur. Et malgré son décès, cette loi draconienne a tout de même été adoptée et imposée au Congrès.

Et deuxièmement, concernant l’idée même de l’ordre mondial. Vous avez évoqué un éventuel sommet trilatéral — même si «triple alliance» est une expression historiquement chargée et peu harmonieuse, l’essentiel réside dans les grandes lignes du dispositif. Un sommet international se profile, au cours duquel une rencontre directe entre Vladimir Poutine, Donald Trump et Xi Jinping serait hypothétiquement possible. Il s’agit, au fond, d’une esquisse de la future architecture internationale : trois géants majeurs, trois pôles souverains, trois États-civilisations sur lesquels repose l’ensemble du système.

Et voici qu’apparaît, au sein de ce même système, un détail particulièrement curieux : les médias américains rapportent que, pour le poste de secrétaire général de l’ONU — quelle que soit l’opinion que l’on ait aujourd’hui de cette organisation et quelles que soient les critiques qu’on lui adresse, le mandat d’António Guterres expirant à la fin de cette année —, Washington serait prêt à soutenir non pas un bureaucrate mondialiste issu du système, mais Viktor Orbán. Ce même conservateur qui pourrait séduire les milieux de droite et ce fameux «noyau de MAGA».

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Alexandre Douguine : Bien entendu, la candidature d’Orbán plaira à tout le monde, sauf aux mondialistes et aux réseaux Soros. Ce sont précisément eux qui disposent d’un pouvoir aussi colossal — y compris au sein des Nations unies. Et il est tout à fait possible que la question de sa nomination fasse l’objet de discussions lors de ce sommet trilatéral.

Cela dit, je ne qualifierais pas une telle rencontre d’ordre mondial à part entière. Pour l’instant, ce ne sont que les contours d’un accord préliminaire entre trois grandes puissances engagées dans un conflit géopolitique extrêmement profond. Si cela débouchait sur quelque chose d’analogue à la conférence de Yalta, où des adversaires idéologiques avaient pu parvenir à un accord, ce serait merveilleux. Mais Trump reste malheureusement prisonnier de son absence de liberté — il s’est avéré qu’il était tout simplement incapable de mener la politique souveraine qu’il avait initialement entrepris de mettre en œuvre.

Néanmoins, Viktor Orbán comme secrétaire général de l’ONU est une excellente idée. Je pense que nous le soutiendrions, tout comme la Chine. Il serait un magnifique secrétaire général, sous lequel les Nations unies seraient profondément transformées. Il est très positif que les États-Unis aient avancé son nom. C’est le point de compromis qui convient à tout le monde et qui se prête idéalement au lancement d’un nouveau dialogue.

Les trois grandes puissances doivent assurément discuter des questions à l’ordre du jour. Nous devons bien sûr, nous aussi, sérieusement rattraper notre retard. Regardez: l’Amérique et la Chine sont les leaders incontestés dans le domaine de l’intelligence artificielle. Si les armes nucléaires sont les armes du passé et du présent, alors l’IA est l’arme de l’avenir. Nous devons nous ressaisir et faire un bond en avant. Les arsenaux nucléaires seuls, un immense territoire et des traditions historiques ne suffiront pas à garantir notre statut de grande puissance si nous ne prenons pas, dès maintenant, les mesures les plus énergiques.

Le temps historique se contracte inexorablement, et le poids relatif du facteur nucléaire diminue progressivement. C’est une tendance très inquiétante. Nous sommes tenus de nous tourner vers les hautes technologies; nous devons transformer notre système, passer de cet ordre libéral-capitaliste rudimentaire et déliquescent des années 1990 et 2000 à une machine étatique bien plus sérieuse, efficace et fonctionnelle. Nous faisons face à une concurrence acharnée — et peut-être à une guerre directe — avec des géants tels que la Chine et les États-Unis. Même si nous parvenons à certains accords, nous devrons constamment confirmer notre statut de membre à part entière de ce club tripolaire.

À plus long terme, ce club s’élargira certainement — avec l’Inde comme prochain candidat. Le monde islamique cherche lui aussi aujourd’hui fébrilement des points d’appui, comprenant parfaitement que, prises séparément, toutes ces civilisations peuvent facilement être éliminées une à une par les nouveaux pôles mondiaux. L’émergence d’un monde multipolaire ne signifie donc nullement que nous pourrons nous détendre. Au contraire, elle exigera de nous une concentration colossale — peut-être même plus grande qu’auparavant.

Nous devons nous préparer aussi bien à la guerre qu’à la défense de notre souveraineté civilisationnelle à tous les niveaux. Que ces discussions trilatérales aient lieu ou non — ce serait bien sûr excellent qu’elles aient lieu —, nous ne devons certainement pas compter sur elles. La seule chose sur laquelle nous pouvons compter, c’est l’accroissement de notre propre capacité de combat, de notre force, de notre capacité à être gouvernés et, surtout, de notre efficacité.

Nous avons encore ici un problème sérieux: les excellentes tâches fixées par le président, les instructions et les ordres absolument justes, passent souvent par deux ou trois échelons — et, au moment de leur mise en œuvre, quelque chose s’est perdu, quelque chose a été oublié ou déformé. Les directives s’estompent progressivement et perdent leur énergie. Le pouvoir devrait fonctionner comme un laser: le président l’a dit au Kremlin, il a donné l’ordre — et ce rayon laser traverse toute la verticale du pouvoir jusqu’au dernier échelon de sa réalisation concrète.

Alors seulement, nous serons au même niveau que ceux avec lesquels nous sommes à la fois en guerre — en la personne des Américains — et amis — en la personne de la Chine. Ni la guerre ni l’amitié ne nous dispensent de la nécessité d’entreprendre des efforts colossaux de mobilisation intérieure. Et je parle moins de mobilisation militaire que de mobilisation de l’esprit, d’une mobilisation administrative, organisationnelle, économique et politique résolue.

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Présentateur : Vous avez évoqué le monde islamique comme l’un des pôles possibles de l’avenir, comme l’une des futures forces actives sur la scène mondiale. Et ces dernières années, comme vous l’avez justement souligné, on tente effectivement de le déchirer et de tirer ses morceaux dans différentes directions. Cela se produit déjà, et l’exemple de l’une des principales puissances islamiques — l’Iran — permet d’en tirer les conclusions les plus directes.

Ces derniers jours, la situation autour de ce pays s’est de nouveau fortement aggravée. De Téhéran même parviennent des signaux indiquant que les Iraniens seraient prêts à ouvrir le détroit d’Ormuz si les États-Unis et leurs alliés levaient le blocus des ports iraniens. C’est bien sûr difficile à croire, mais le signal lui-même était retentissant.

Dans le même temps, Trump n’exclut pas la possibilité de nouvelles opérations militaires. Et notre émission est diffusée précisément à la veille des élections en Israël, dont les dirigeants, par l’intermédiaire du Premier ministre, font tout leur possible pour pousser Washington à prendre des mesures extrêmes et à lancer une nouvelle frappe.

En ce moment même, pour ainsi dire, ce nœud se resserre toujours davantage. Alexandre Guélievitch, existe-t-il ici ce fameux fil sur lequel on pourrait tirer pour démêler cet écheveau extrêmement dangereux ?

Alexandre Douguine : Tout d’abord, c’est effectivement d’une importance extrême — peut-être l’événement le plus important non seulement pour Israël lui-même, mais aussi pour l’Amérique et pour le monde entier.

Benjamin Netanyahou est une figure que, je crois, plus de la moitié de l’humanité hait sincèrement, tandis que les autres ne sont tout simplement pas assez au fait du contexte. Une personnalité absolument odieuse que le monde entier qualifie de plus en plus de Hitler de notre époque. Et ce qu’il fait subir à la Palestine, au Liban et à l’Iran, il tente par tous les moyens de le justifier, alors que ce que nous voyons est une véritable agression et un véritable génocide, purs et sans dissimulation.

Dans le même temps, l’opposition qui l’affronte lors de ces élections défend des positions assez similaires. On ne peut pas dire qu’un abîme se soit ouvert entre eux, ni que leurs positions soient aux antipodes les unes des autres. Et pourtant, du point de vue symbolique, la différence est colossale: si Netanyahou est réélu et conserve le pouvoir, cela entraînera inévitablement le risque de nouvelles spirales d’escalade extrêmement violentes au Moyen-Orient et à l’échelle mondiale. S’il part ou si l’opposition parvient à prendre le dessus — ce qui est loin d’être acquis —, des possibilités fondamentalement nouvelles pourraient s’ouvrir. Il est clair que la position de ses adversaires est elle aussi assez dure et fondamentalement sioniste, même si l’on trouve parmi eux différents responsables politiques, dont certains sont plus modérés.

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Quoi qu’il en soit, la société israélienne se trouve actuellement dans un état de crise et de fracture extrêmement grave. Les Iraniens ont porté à Israël des coups très douloureux et sensibles, et la situation réelle y est loin d’être aussi brillante que la propagande officielle tente de la présenter. Les Israéliens sont tout simplement las de cette guerre sans fin. Les gens aspirent au changement: la guerre doit soit être enfin gagnée, soit être immédiatement arrêtée. Et cette construction éternelle et sanglante du «Grand Israël», aux résultats hautement douteux, exige continuellement des sacrifices colossaux de la part des gens ordinaires — pour des raisons totalement obscures.

Les prochaines élections revêtent donc une immense importance symbolique. Une victoire de Netanyahou signifiera de nouvelles décisions, qui seront peut-être les plus radicales et les plus catastrophiques.

Mais, dans le même temps, nous observons qu’au pôle opposé commence un rapprochement rapide de forces qui semblaient auparavant irréconciliables. Des rencontres importantes se déroulent à Téhéran — avec la participation de Saoudiens, de Turcs et de Pakistanais. Une configuration entièrement différente et puissante prend forme. Et si les sunnites et les chiites peuvent surmonter des désaccords séculaires et trouver un langage commun, alors Israël, malgré toute son agressivité exacerbée, sera assurément confronté à de graves difficultés.

Nous sommes au seuil de bouleversements immenses. Le monde entier se trouve dans un état d’instabilité et de turbulence extrêmes. Tout menace, à tout moment, de basculer dans l’abîme — dans de nouveaux conflits de grande ampleur et de nouvelles guerres civiles. Et la situation demeure extrêmement inquiétante.

Génération oxymorique

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Génération oxymorique

par Georges Feltin-Tracol

Mardi 13 octobre 2026: entrée du lycée Paul-Éluard à Saint-Denis–Pierrefitte-sur-Seine dans le département désormais exotique de Seine–Saint-Denis: elle est là! Comme la déclaration fiscale annuelle ou la grippe hivernale, elle revient! Du haut de ses 23 ans, la Suédoise Greta Thunberg apporte son soutien médiatique à l’agitation lycéenne.

Depuis plusieurs semaines, l’Hexagone connaît une intense crise que personne n’a vu venir. À l’exaspération des lycéens s’ajoute le mécontentement profond des étudiants, des enseignants et de quelques anciens Gilets jaunes sur le retour. Il en résulte des rassemblements surprises, des manifestations sauvages et des heurts violents avec une police qui, à partir de la répression inouïe de la Manif pour Tous en 2012–2013, n’hésite plus à charger, à gazer, à matraquer. Les débordements, ou plus exactement les émeutes, des 17 et 18 octobre témoignent de l’installation du chaos en France à six mois de l’élection présidentielle.

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Ce contexte effervescent sert Emmanuel Macron de plus en plus isolé et critiqué. Ainsi se décuple son pouvoir de nuisance! Certains commentateurs de la vie politique craignent que l’éventuelle entrée en guerre, dans le cadre belligène de l’OTAN, contre la Russie permettrait à l’homme qui a tout dissous, y compris ses plus fervents fidèles, à rester en fonction au lendemain du 14 mai 2027. Il prendrait prétexte du conflit pour reporter le rendez-vous électoral crucial. Or le revirement diplomatique de Donald Trump semble pour l’instant infirmer cette funeste hypothèse. En revanche, une situation intérieure confuse et désordonnée justifierait l’interruption de la campagne électorale pour un temps indéterminé. Le Conseil constitutionnel sous la coupe de l’Élysée validerait sans aucun problème cette suspension.

La jeunesse actuelle déteste Emmanuel Macron, mais par son manque de discipline et son grégarisme foncier, elle lui prépare certainement un second mandat de dix ans obtenu dans des circonstances bien sûr exceptionnelles. Ce terrible scénario serait la première contradiction d’une «génération Z» - ou « Gen Z » (Z pour zéro ou zozo?) - écartelée entre diverses pulsions peu maîtrisables.

Greta_Thunberg_in_May_2026.jpgPasionaria de la cause climatique, Greta Thunberg se rend célèbre par l’organisation tous les vendredis dans les années 2018–2019 des manifestations en faveur du climat. Le réchauffement climatique d’origine humaine y est clairement désigné comme le responsable principal de l’augmentation globale des températures sur la planète. Des milliers de jeunes, presque toujours candides, s’absentent de cours peu intéressants par ailleurs pour arpenter les rues au nom d’une «éco-anxiété» stimulée par un système médiatique d’occupation mentale prompt à travailler les esprits.

Les lycéens de 2026 étaient bien trop jeunes pour participer à cette école buissonnière festive, citoyenne et inclusive. Ils en connaissent les images. C’est à se demander s’ils les ont comprises à la vue du déplorable bilan carbone qui ressort des exactions multiples pendant ce mois d’octobre. Casser des vitrines, briser du matériel urbain, incendier des locaux et des poubelles, saccager des magasins et les piller ne favoriseraient-ils pas le dit-réchauffement climatique? La fameuse (et fumeuse!) «Gen Z» se trouve pétrie de contradictions qui disqualifient leurs protestations adolescentes même si les autorités méritent pour leur part un réel mépris.

La lecture des pancartes brandies confirme le panurgisme ambiant. Si certaines font sourire malgré leur vulgarité manifeste («Macron baise ton prof, pas les nôtres» ou «Pas besoin de mec/meuf. L’Éducation nationale nous baise déjà»), d’autres dénotent tantôt une récupération politique avérée («Contre leur guerre, guerre de classe!», «Occupez-vous de notre éducation plutôt que de nos voiles», «Pas de frontière dans nos campus!» ou «Jeunesse fâchée pas facho»), tantôt un hédonisme acnéique individualiste («35°C, 35 par classe, mais le problème c’est le téléphone» ou «Pour une éducation ouverte»).

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Certaines revendications lycéennes réclament la fin de l’interdiction de mâcher du chewing-gum en cours. S’il faut écarter certaines images aux slogans volontairement mal orthographiés conçus par l’intelligence artificielle («On veu un avenire» ou «Des moyens pour l’éducasion»), on doit relever l’emploi massif de la novlangue wokiste, féministe et antifa sur ces banderoles: «Gazez les violeurs, pas les mineurs».

Le sordide enfantisme n’y est pas loin non plus à l’instar, écriture inclusive à l’appui, du «Si tu es plus choqué par des poubelles en feu que par des ados frappé.és, il faut revoir tes priorités». Et l’avenir écologique de la planète? La Gen Z renie-t-elle par conséquent le combat initial de Greta Thunberg? Avec de pareils gamins, l’indispensable décroissance économique ne semble plus d’actualité, car ils demeurent des petits-bourgeois consuméristes happés par l’écran de leurs téléphones décérébrants.

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Certes, quelques exigences lycéennes présentent une vraie légitimité: vétusté des bâtiments, manque d’hygiène aux toilettes, sureffectifs en classe, absence fréquente des professeurs non remplacés, emploi du temps parsemé d’heures sans cours et un logiciel, Parcoursup, qui affecte (ou pas) les nouveaux bacheliers dans une filière universitaire. Or personne ne condamne la massification de l’enseignement secondaire depuis la sinistre loi Haby en 1975! L’ignorance officielle de toute sélection scolaire explique en partie le vaste délabrement du système éducatif en Occident.

Tous les ministres de l’Éducation nationale depuis la présidence de Georges Pompidou (1969–1974) portent la lourde responsabilité de ce naufrage continu. Élèves, collégiens, lycéens et étudiants contribuent eux aussi à ce délitement. Dès la crèche, les enfants n’apprennent plus le sens du travail, le respect de l’autorité et le goût de l’effort. La nécessaire sélection avec une note sur 20 ou sur 10 se voit remplacée par des points colorés censés cerner au mieux de supposées «compétences».

Des programmes scolaires lourds et aberrants en outre parasités d’interventions extérieures inutiles détruisent le sanctuaire préservé des affres de la cité qu’est l’école. L’institution scolaire inculque pendant les treize années de scolarité obligatoire (de 3 à 16 ans) que les élèves ont surtout des droits et presque aucun devoir. Faut-il ensuite s’étonner que des syndicats étudiants minoritaires aimeraient que la note minimale aux examens soit 10 sur 20 quelque soit le niveau réel de connaissance du candidat ? Gendre de Karl Marx, le Français Paul Lafargue, auteur du Droit à la paresse (1880), applaudit de sa tombe ses lointains épigones.

imagptes.jpgFondateur de la cliodynamique, Peter Turchin (photo) analyse le déclin des sociétés humaines par une surproduction de diplômés frustrés de ne pas occuper la fonction qu’ils méritent. Par ailleurs, l’essayiste Emmanuel Todd dénonce régulièrement la chute du niveau scolaire. L’un contredirait-il l’autre? Nullement parce la baisse du niveau enseigné s’accompagne d’un essor considérable de qualifications universitaires dévaluées, notablement dans les sciences humaines.

Il va de soi que toute la jeunesse française n’est pas à honnir. Une partie active et déterminée forme déjà d’éventuelles avant-gardes surgies des milieux nationaliste-révolutionnaire, royaliste et identitaire. On peut même y inclure des éléments dynamiques issus du Rassemblement national de la jeunesse et de Génération Z affiliée à Reconquête!. Leur attitude exemplaire vire parfois au martyre comme Quentin Deranque assassiné par l’ignominie antifa en février 2026. Cette autre jeunesse croît par sa motivation, son enthousiasme et sa combattivité en des principes fondamentaux et obéit à une vision tragique du monde.

La mobilisation des lycéens, l’action des étudiants et la tentative de réveil des franges Gilets jaunes servent enfin de répétition générale à une possible élection à la présidence de la République de Marine Le Pen en mai prochain. Qu’importe son résultat définitif, une faction non négligeable de la population la contestera aussitôt et fera tout pour la chasser au plus vite de l’Élysée si le Conseil constitutionnel n’invalide pas l’élection selon le précédent roumain de 2024. S’ouvrira alors un autre front complémentaire aux autres (médiatique, judiciaire, économique, institutionnel, politique, administratif et diplomatique). Sous une France très américanisée bout encore le Gaulois.      

GF-T

  • « Chronique flibustière », n° 202, d’abord mise en ligne sur Synthèse nationale le 26 octobre 2026.