vendredi, 28 août 2026
George Orwell: langage, pouvoir et réduction de la pensée

George Orwell: langage, pouvoir et réduction de la pensée
Source: https://periodistasporlaverdad.com/george-orwell-lenguaje...
La relation entre langage et pouvoir est souvent formulée de manière intuitive, presque comme un avertissement de bon sens. On dit que les mots comptent, que nommer une chose d’une certaine façon conditionne sa perception, ou que la dégradation du langage appauvrit le débat public.
Cependant, dans l’œuvre de George Orwell, cette intuition acquiert une densité bien plus grande. Il ne s’agit pas seulement du fait que le langage exprime des idées politiques, mais qu’il participe activement à leur formation, à leur limitation et à leur transmission. Le pouvoir n’agit pas uniquement sur les corps ou sur les institutions ; il agit aussi sur le champ du dicible et, ce faisant, sur le champ du pensable.
Cette préoccupation traverse deux textes fondamentaux, très différents l’un de l’autre mais profondément liés. D’un côté, Politics and the English Language, où Orwell analyse la dégradation du langage public et son lien avec la détérioration intellectuelle et morale du discours politique. De l’autre, 1984, où cette intuition devient une construction littéraire extrême: une société dans laquelle le contrôle du langage fait partie d’un système plus large de contrôle de la réalité.
Lus ensemble, ces deux textes permettent de formuler une thèse forte : le langage n’est pas un simple véhicule neutre pour transmettre des pensées déjà élaborées. Il est une condition de possibilité de la pensée elle-même. Modifier le langage ne signifie pas seulement changer la façon dont une chose est dite; cela signifie aussi modifier l’horizon à l’intérieur duquel elle peut être comprise.
Dans Politics and the English Language, Orwell part d’une observation qui semble stylistique, mais dont la dimension est clairement politique. Le langage public — et tout particulièrement le langage politique — tend à se dégrader par des formules toutes faites, des abstractions vides, des euphémismes, des périphrases et des expressions qui remplacent la précision par une sorte d’automatisme verbal. À première vue, cela pourrait passer pour une critique de la mauvaise écriture. Mais le problème qu’Orwell détecte est plus profond : lorsque le langage devient vague, mécanique et préfabriqué, la pensée se fait moins exigeante. Non seulement parce que les mots disponibles sont de moindre qualité, mais parce que le locuteur cesse de confronter réellement ce qu’il dit.

C’est ici qu’apparaît l’une des intuitions les plus puissantes de l’essai: la dégradation du langage n’est pas seulement le reflet de la dégradation de la pensée; elle la renforce aussi. Il existe une relation circulaire entre les deux. On pense mal et, donc, on écrit mal. Mais en même temps, on écrit dans des formes si routinières et opaques que ces mêmes formes rendent la pensée claire plus difficile. Le langage devient une machine à substituer: au lieu d’obliger à préciser, il permet d’éluder; au lieu de rapprocher de l’objet, il le recouvre de formules.
Orwell insiste particulièrement sur le rôle des euphémismes et des abstractions dans la rhétorique politique. Leur fonction n’est pas seulement d’embellir ou d’adoucir: elle consiste à créer une distance entre le mot et la chose. Une action violente peut être présentée avec des termes administratifs, impersonnels ou techniques; une réalité gênante peut être absorbée par une expression neutre qui la rend plus tolérable. L’effet de ce mécanisme n’est pas seulement rhétorique: en changeant la texture verbale d’un fait, on modifie aussi la façon dont ce fait peut être perçu moralement. La brutalité de la réalité s’atténue lorsque le langage ne contraint plus à la regarder en face.
Dans cette perspective, la critique d’Orwell ne se réduit pas à une défense du «bon style». Ce qui est en jeu, c’est la relation entre clarté verbale, responsabilité morale et jugement politique. Un langage trouble favorise une perception trouble; un langage automatisé facilite l’obéissance à des cadres préfabriqués. La perte de précision n’appauvrit pas seulement l’expression: elle affaiblit la capacité de penser contre les inerties de l’environnement.

Cette idée trouve dans 1984 une formulation littéraire bien plus radicale. Si, dans l’essai, la détérioration du langage apparaît comme un symptôme et un instrument de l’appauvrissement de la pensée publique, dans le roman ce processus devient un programme politique explicite. La novlangue n’est pas une langue artificielle conçue simplement pour censurer des mots gênants. C’est une technologie du pouvoir destinée à réduire le champ de la pensée dissidente. Elle ne se limite pas à interdire certaines expressions; elle vise à réorganiser le langage de telle sorte que certaines idées deviennent de plus en plus difficiles à formuler et, à terme, à concevoir.
Ce qui importe ici, ce n’est pas seulement l’élimination de termes, mais la transformation de la structure même du langage. Dans la logique de la novlangue, la réduction du vocabulaire n’est pas présentée comme une perte, mais comme une amélioration: moins de mots, moins de nuances, moins d’ambiguïté, moins de possibilités de déviation. L’idéal implicite, c’est un langage fonctionnel, compact, sans zones d’indétermination ni capacité expansive. Mais c’est précisément là que réside sa dimension politique: plus le langage est réduit, plus l’espace disponible pour l’élaboration critique se resserre.
La thèse fondamentale est extrêmement exigeante: penser dépend, en partie, de la disponibilité de distinctions verbales suffisantes. Sans mots, ou sans une structure linguistique capable de soutenir des différences et des relations complexes, la réflexion perd de l’épaisseur. Elle ne disparaît pas magiquement, mais elle devient plus difficile, plus coûteuse et moins transmissible. La domination n’a alors pas besoin de surveiller chaque idée une à une: il lui suffit de réorganiser le milieu où les idées se forment.

À ce stade, Orwell s’écarte d’une conception simpliste du contrôle idéologique. Il ne suffit pas de diffuser de la propagande ou d’interdire des opinions concrètes. Le pouvoir le plus profond vise à intervenir au niveau préalable où les opinions s’articulent. Il veut façonner la grammaire de la pensée, pas seulement ses contenus superficiels. Voilà pourquoi 1984 n’est pas seulement un roman sur la surveillance, la répression ou le mensonge d’État: c’est aussi, et peut-être surtout, un roman sur la fragilité de la pensée lorsque le langage cesse d’être un espace ouvert et devient une structure administrée.
La connexion entre les deux textes devient alors plus claire. Dans l’essai, Orwell diagnostique une corruption du langage politique qui facilite l’évasion, la manipulation et la paresse intellectuelle. Dans le roman, il imagine la forme extrême de ce processus: un régime où la simplification linguistique ne résulte plus de mauvaises habitudes ou d’intérêts circonstanciels, mais d’une stratégie systématique. Dans les deux cas, le fil conducteur est le même: le langage ne reflète pas seulement le monde, il l’organise, le classe et le rend intelligible d’une certaine manière.
Cette approche est particulièrement féconde pour analyser la narration politique contemporaine. Une grande partie des disputes actuelles ne portent pas seulement sur des faits, mais sur des noms: comment on désigne une politique, comment on nomme un conflit, quels mots acquièrent du prestige et lesquels sont stigmatisés. La lutte pour le langage n’est pas périphérique par rapport au pouvoir; elle fait partie intégrante de son exercice. Celui qui parvient à fixer les termes du débat ne le contrôle pas entièrement, mais il obtient un avantage décisif: il ne définit pas seulement ce qui est discuté, mais aussi à partir de quelles catégories.

Il convient ici d’introduire une précision importante: dire que le langage conditionne la pensée ne signifie pas qu’il la détermine de manière absolue. Orwell ne défend pas une théorie mécanique selon laquelle il suffirait de changer quelques mots pour produire automatiquement de nouvelles consciences. La relation est plus complexe. Le langage n’enferme pas complètement le sujet, mais il configure le terrain sur lequel il évolue. Il élargit ou réduit les possibilités. Il rend certaines distinctions plus disponibles que d’autres. Il facilite certains liens conceptuels et en rend d’autres plus difficiles. En ce sens, son influence est structurelle, non magique.
La redéfinition des concepts est l’une des formes les plus subtiles et efficaces de cette intervention. Il ne s’agit pas toujours d’inventer de nouveaux mots ; il suffit souvent de déplacer le sens des mots existants. Un terme peut conserver sa forme et changer de contenu. Ainsi, la continuité superficielle du langage masque une transformation plus profonde du cadre conceptuel. Les mots sont toujours là, mais ils n’organisent plus l’expérience de la même façon. Et précisément parce que la mutation est graduelle, elle peut passer relativement inaperçue.
Dans le domaine des médias, cette question prend un poids évident. Les médias n’informent pas seulement sur les événements; ils contribuent aussi à stabiliser des vocabulaires, des formules interprétatives et des hiérarchies sémantiques: quelles expressions sont normalisées, lesquelles disparaissent, lesquelles sont présentées comme raisonnables et lesquelles comme suspectes. Il n’est pas nécessaire d’avoir une censure ouverte pour que l’espace verbal se rétrécisse. Il suffit que certains usages s’imposent comme naturels et que d’autres soient progressivement exclus du cadre de légitimité.

Cela rejoint directement la préoccupation d’Orwell pour l’automatisation du langage. Lorsque les formules s’imposent comme substituts de la pensée, le locuteur ne décrit plus une réalité concrète, il reproduit un modèle. L’effet est double: d’une part, la complexité du monde est prématurément simplifiée; d’autre part, le sujet perd l’habitude d’examiner ses propres mots. Le langage cesse d’être un travail et devient une inertie.
La pertinence contemporaine d’Orwell réside précisément dans le fait d’avoir compris que la lutte pour la vérité ne peut être dissociée de la lutte pour l’intelligibilité. Une société peut rester pleine de mots et pourtant appauvrir sa capacité à penser si ces mots deviennent de plus en plus rigides, automatiques ou administrés. Le problème n’est pas seulement qu’on mente. C’est qu’on parle de telle manière que le mensonge, la contradiction ou la manipulation deviennent plus faciles à intégrer dans le discours.
En ce sens, son œuvre oblige à formuler une mise en garde exigeante: défendre la clarté du langage n’est ni un ornement ni un luxe stylistique. C’est une condition de la responsabilité intellectuelle. Plus le langage public est opaque, préfabriqué ou administré, plus il devient difficile de garder un jugement autonome. Non parce que l’autonomie disparaît par décret, mais parce qu’elle perd l’un de ses instruments fondamentaux.
18:43 Publié dans Langues/Linguistique, Littérature, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : langage, langage politique, philosophie, george orwell, lettres, lettres anglaises, littérature, littérature anglaise |
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vendredi, 06 juin 2025
Le langage comme instrument de domination dans la post-démocratie

Le langage comme instrument de domination dans la post-démocratie
Entre souveraineté interprétative et interdiction de penser, Frank-Christian Hansel met l'accent sur le pouvoir des formules de langage. Il montre comment les concepts politiques influencent notre perception et ce qui se passe lorsque nous les remettons en question.
Frank-Christian Hansel
Source: https://www.freilich-magazin.com/politik/ueber-die-sprach...
Avec les mesures qu'elle a prise contre ses détracteurs, l'ancienne ministre fédérale de l'Intérieur Nancy Faeser (SPD) a suscité plusieurs fois l'émoi au cours de ces derniers mois.
À l'ère de l'ordre discursif hégémonique et de l'interconnexion totale des médias, ce n'est plus la parole libre, mais la formule langagière contrôlée qui est le vecteur du pouvoir. Le langage n'est plus seulement le vecteur des pensées, il les façonne. Il ne régule pas ce qui est dit, mais ce qui peut être pensé. Celui qui domine les concepts domine aujourd'hui la réalité.
Une des clés de la déformation idéologique du débat politique réside dans la novlangue moderne, cette forme de langage manipulatrice anticipée par George Orwell dans 1984 et qui contrôle aujourd'hui, sous de nouveaux auspices, ce qui peut être dit en politique. Ce qui était autrefois un concept utilisé pour décrire le contrôle totalitaire du langage est aujourd'hui devenu le langage normal et invisible de nos dirigeants. Trois ensembles de concepts illustrent parfaitement ce phénomène :
« Haine et incitation à la haine »: le verrouillage sémantique de la liberté d'expression
L'expression « haine et incitation à la haine » fonctionne comme une condamnation de toute position divergente. Sa fonction n'est pas descriptive, mais exorcisante: elle bannit la divergence de l'espace légitime. Ce qui relevait autrefois de la liberté d'expression est aujourd'hui pathologisé et criminalisé par cette expression. La liberté d'expression subit ainsi un recodage silencieux: toutes les opinions ne sont plus protégées, mais seulement celles qui s'inscrivent dans la ligne officielle. Le pluralisme apparent masque une exclusion en profondeur des discours challengeurs.
« Notre démocratie » – la revendication morale de la propriété du politique
L'expression « notre démocratie » n'est pas une profession de foi inclusive, mais un marqueur identitaire exclusif. Quiconque s'oppose à « notre démocratie » – que ce soit en critiquant les institutions, les processus à l'oeuvre ou les acteurs de la scène politique – n'est pas considéré comme un démocrate en dissidence, mais comme un fasciste. Le démocratisme devient ainsi une idéologie autoritaire qui déclare que toute opposition politique est une dégénérescence morale. Il en résulte une délégitimation profonde du débat politique, au profit d'un consensus moralisateur qui ne tolère plus aucune alternative.
« Racisme » et question migratoire: l'obligation de silence au nom de la morale
Aujourd'hui, il ne s'agit plus de prôner la supériorité biologique, mais d'abord de remettre en question le statu quo en matière de politique migratoire. Le raciste est désormais celui qui pose des questions. L'antiraciste est celui qui croit. La migration, en tant que phénomène, est soustraite au débat rationnel et confiée à l'espace sacré de l'intangibilité. La dépolitisation d'un sujet politique par une charge morale est l'une des stratégies les plus efficaces du pouvoir postmoderne.
La remigration – l'antithèse sémantique de l'idéologie migratoire
Dans cet univers linguistique restreint, un terme fait irruption comme une bombe qui explose: le terme de "remigration". Cette expression n'est pas seulement un terme administratif et technique, mais constitue aussi une puissante contre-écriture face à l'ordre linguistique post-migratoire. Elle formule la possibilité d'un retour – non pas individuel, mais structurel – et viole ainsi le premier dogme du présent: que la migration ne connaît qu'un aller, jamais un retour.

La remigration est donc la contre-position métapolitique explicite que d'aucuns opposent au fondement du récit postnational. Antonio Gramsci y aurait vu une tentative d'établir de manière positive un nouveau concept d'hégémonie culturelle. Il marque l'altérité de l'ordre actuel. C'est pourquoi ce concept suscite des réactions si violentes. Il n'est pas réfuté de manière rationnelle, mais brûlé moralement – dans un rituel idéologique qui trouve son origine dans la crainte qu'il puisse devenir efficace. Son pouvoir n'est pas dans sa mise en œuvre immédiate, mais dans la remise en question de l'ensemble du cadre sémantique. Il rend dicible ce qui ne pouvait plus être pensé – et ouvre ainsi une brèche dans l'armure du consensus moralement intouchable. Dans cette interprétation, la remigration devient un code stratégique pour la souveraineté – territoriale, culturelle, linguistique.
Ces exemples le montrent clairement : le langage n'est pas un moyen de communication neutre, mais un instrument de domination épistémique. Ceux qui ne parlent pas comme l'exige le discours perdent leur légitimité en tant que citoyens, intellectuels ou êtres humains. Mais ceux qui comprennent le pouvoir du langage peuvent commencer à dépasser son ordre, à le transcender.
La tâche de la critique métapolitique ne consiste pas en une simple protestation, mais en la création de nouveaux concepts qui démasquent et transcendent l'ancien ordre. Le concept de « remigration » est un tel point de rupture. Le penser, c'est ramener l'impensable dans l'espace politique – comme un défi à une forme de domination qui croit pouvoir contrôler l'avenir par le truchement de concepts.
Qui est Frank-Christian Hansel?
Frank-Christian Hansel, né en 1964, est membre de la Chambre des députés de Berlin pour l'AfD depuis 2016. Originaire de Hesse, il a étudié les sciences politiques, la philosophie et suivi des cours en études latino-américaines.
17:33 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : philosophie, langage, langage politique, sémantique, manipulation sémantique |
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mercredi, 12 juillet 2017
Animal Farm: Beware of the Language of Equality

Animal Farm: Beware of the Language of Equality
The impulse for writing this brief essay comes from teaching the book for several years abroad. In my simple observations about the work, I've employed a medical analogy, whereby, Old Major is a social physician; his patient is the ailing, but equally oblivious, population of farm animals, and the illness is the daily life on that farm, owned by Mr. Jones. This analysis of Animal Farm follows a therapeutic progression: from a diagnosis, to a prescribed therapy, and ending finally in a description of a state of health that should result if the treatment is followed. In contrast to the usual interpretation of Animal Farm which highlights Orwell's famous quote that "all animals are equal, but some animals are more equal than others," the message of this medical analogy is that those who control language control politics and power.
In this respect, I'm aware of how Orwell uses Old Major to dramatize Karl Marx's critique of the struggle between owners and workers. But Orwell goes further, with important insights for the Alt Right. Aware that "Convictions are more dangerous enemies of truth than lies," Orwell puts aside whatever his sympathies with the workers might be; he challenges the idea that "All animals are equal." First, he shows the failure of this idea by focusing on who controls language, and then he presents reasons why equality among all the animals might not be all that desirable. In doing this, Orwell went against the egalitarian impulses of his day, displaying an intellectual originality that is rightly admired but perhaps all too seldom imitated.
I. Diagnosis—Medical Analogy
What Old Major offers the other animals is a diagnosis of the exploitation and unfairness that infects daily life on the farm. He states:
We are born, we are given just so much food as will keep the breath in our bodies, and those of us who are capable of it are forced to work to the last atom of our strength; and the very instant that our usefulness has come to an end we are slaughtered with hideous cruelty.Old Major educates the farm animals, making them aware that this is unhealthy. The animals "are forced to work," doing the most burdensome work to exhaustion, and in return, they only receive "just so much food as will keep the breath" in them — so that they can continue to work. As Old Major understands life on the farm, work is a major measure of value for most animals, and "the very instant that our usefulness has come to an end we are slaughtered." Even at the end of a life-time of loyal labour on Manor Farm, animals don't get to enjoy retirement. Instead, they are mercilessly eliminated. Old Major assures Boxer that no animal is immune to this outcome: "the very day those great muscles of yours lose their power, Jones [...] will cut your throat and boil you down for the foxhounds." As with any good doctor, Old Major knows that it isn't enough to diagnose correctly the patient. The treatment must cure the illness.

II. Treatment
To treat the pandemic injustices of Manor Farm, Old Major prescribes the therapy of rebellion. Speaking to the animals gathered in the barn, Old Major says:
[W]ork night and day, body and soul, for the over throw of the human race! That is my message to you, comrades: Rebellion!A reader might ask: Why do the ills of Manor Farm have to be treated by the harsh remedy of rebellion? Any increase in animal rights is a decrease in Jones' control. Any further sharing out of resources diminishes profit for Jones. Moreover, not yet unified with the other animals by hunger, the individual animal poses no threat to Jones. The lone animal can't stand against the immediate punishment of a beating or starvation. Divided, the animals don't have power. Without power, negotiation is impossible. Jones doesn't need to compromise, so why would he? People in power rarely like to share it. The only recourse the animals have, therefore, is to take and redistribute power through violent revolution. Old Major believes that this forceful redistribution of power on the farm will be the end of inequality and making of a society based on harmonious relations without exploitation.
III. State of Health
But having always experienced inequality, the animals don't know what equality is, so Old Major has to show them. He does so in two ways: he addresses all the animals by the revolutionary sobriquet of "Comrade." All the animals are "comrades." Therefore, according to Old Major, "all animals are equal." Old Major further shows this to be true with the power of the vote. Each animal has a vote. The donkey's vote is no less a vote than the horse's vote. A pig's vote is no more a vote than a sheep's vote. Simply put, a vote is a vote is a vote. All votes are equal; consequently, all animals are equal. Yet readers must acknowledge this animal egalitarianism is only Old Major's hope for the future and not quite the reality, especially under the rule of the pigs.
IV. Language as a Measure of Power—Breakdown of Egalitarianism
Language is a measure of power on the Animal Farm. The pigs give the sheep their slogans "Four legs good, two legs bad," and "Four legs good, two legs better." The sheep are incapable of coming up with their own slogans. They're illiterate and under the control of the pigs. The sheep mindlessly memorize and repeat slogans at the pigs' behest. If Wittgenstein is right when he claims, "The limits of my language are the limits of my world," then clearly the sheep have a small world. But even more revealing might be the application of Wittgenstein's idea to describe the relationships of power on the Animal Farm: the limits of language are the limits of power. It is, therefore, no accident that the sheep have the least language and the least amount of power while the pigs have the most language, and the most power. The pigs, after all, write and revise the rules that govern life on the farm for all the animals. However, language alone doesn't separate the pigs from the others.

V. Leisure
Snowball is able to become the hero of the Battle of the Cowshed not only because of language but because of leisure. Orwell describes an ordinary day on the farm shortly after the rebellion:
The pigs did not actually work, but directed and supervised the others. With their superior knowledge it was natural that they should assume the leadership.The pigs do have language ability to a high degree above the other animals. This "superior knowledge" of language is what makes it "natural that they should assume the leadership." Of course, later Snowball clearly makes use of this "superior knowledge" of language by reading about the campaigns of Julius Caesar. Snowball 's learning allows him to organize and direct the animals to defend themselves against the attacking humans; however, without leisure, even the most useful books remain unread. Therefore, it is not insignificant that the "pigs did not actually work;" un-tired at night, the pigs are holed up in the harness-room, studying "from books." There's an undeniably intimate connection between leisure and learning that enables Snowball to be heroic. Even the modern story-tellers of Hollywood can't ignore this fact. That is why the bat-suited hero of Gotham is the leisured Bruce Wayne during the day. Moreover, the iron-clad Tony Stark is equally free from draining daily work when he's not putting in a shift as Iron Man. In understanding Animal Farm, we shouldn't overlook the importance of leisure. Orwell and Hollywood might agree at least on this point: leisure doesn't make a person heroic, but it is awfully difficult to be heroic without leisure. But leisure isn't the only resource where the animals are found to be unequal.
VI. Food
Food not only is the product of the farm, but it is also proof that the egalitarian revolution of Animalism has failed. When the animals returned from a long day's work in the fields, they realized that "the milk had disappeared." If life on Animal Farm were truly egalitarian, wouldn't each animal get a portion of milk? Of course they would. But that doesn't happen. As Napoleon said, "Never mind the milk, comrades!" This inequality with food resources continues throughout the novel. Though the "animals had assumed" that the windfall apples "would be shared out equally," they soon learned that "all the windfalls were [...] for the use of the pigs." And even as the farm faces the winter hardship of food shortages, not all animals make equal sacrifices: "[A]ll rations were reduced, except those of the pigs and dogs." There are many examples of inequality on the Animal Farm that result from power, greed and the pigs' preference for pigs over other animals on the farm. But the most formidable and unyielding source of inequality might be Nature itself.
VII. Nature Isn't Egalitarian
Maybe we would like to believe that the failure of animal egalitarianism wasn't inevitable. But the truth, however, might be that it truly was never possible. The pigs have a natural advantage the other farm animals lack. Orwell writes that the pigs "had taught themselves to read and write." This auto-didactic aptitude for reading and writing reveals more than a few not insignificant natural abilities that the pigs have. The pigs have a passion for learning, for teaching themselves new abilities without being prompted to do so by others; moreover, what the pigs teach themselves is equally important because "to read and write" is to have power over others on the farm. The other farm animals are aware that the pigs are "manifestly cleverer" and therefore, "should decide the questions of farm policy." Nature has made the pigs different. And as Freud observes:
[N]ature, by endowing individuals with extremely unequal [...] mental capacities, has introduced injustices against which there is no remedy.Nature isn't egalitarian, and clearly the pigs have benefited in part from the lottery of chance. Their leadership is the reward for being "superior" to the other animals. Nature and the effort of the pigs have made the animals unequal. Nonetheless, the "remedy" of enforced equality under Napoleon's dictatorship may be far worse than the disease of Nature's "injustices."

VIII. Undesired Outcomes of Egalitarianism
The dream of Old Major's egalitarianism turns into a nightmare under Napoleon's rule, and disagreement is outlawed through violence. One of Boxer's favorite slogans is "Napoleon is always right." He speaks more truth than he understands. Napoleon is always right. If he isn't, he exiles you or kills you. All animals are equal under Napoleon because they're all unable to dissent. Conformity is the unwritten law of Animal Farm. And its immediate consequences can't be ignored: countless deaths and tyranny; however, its unseen insidious effects are more dangerous. Maybe the windmill really fell because Benjamin refused to speak up. Since he "could read as well as any pig," who is to say that he didn't recognize the windmill's flaw of thin walls. If he realized the flaw, could it be that he chose to remain silent out of self-preservation? The silence of conformity comes at a cost: progress. As William Blake writes, "Without contraries is no progression." Doubtless, dissent is essential for progress and a healthy society. Silence puts an end to progress, and the tyranny of Napoleon turns even language into a weapon against the unsuspecting animals.
IX. Language as a Tool of Control
If you can say it, you can think it; you can do it. For this very reason, Napoleon bans "Beasts of England." Having witnessed the execution of their comrades by Napoleon's dogs, the farm animals retreat to the knoll and sing the song as an act of solace. Shortly afterwards, Squealer arrives. Orwell writes:
He announced that, by a special decree of Comrade Napoleon, 'Beasts of England' had been abolished. From now onwards it was forbidden to sing it.The root of resistance is language; rebellion can't flower without it. "Beasts of England" is a song of rebellion, but now that Napoleon is in control, he doesn't want rebellion. The language of rebellion makes rebellion possible. Language comes first; the idea exists in language and only then is action possible. However, Squealer assures the animals that rebellion is "No longer needed" because, of course, Napoleon doesn't want it. To kill the flower, Napoleon tears out the root. It's not that "the Rebellion is now completed," as Squealer states, but rather that Napoleon has simply made rebellion impossible by eliminating its language. When the language of freedom disappears, slavery will be inescapable.
Orwell's work is rare in the world of books, and we do him the honor he deserves by reading it and reading it again. In Animal Farm, while sympathizing with the exploited and the urge for equality, he warned against the manipulation of those in control of the language of egalitarianism, the naive denial of the inescapable reality that animals and humans are not naturally equal, and that we must be wary of those who will manipulate us with words to believe we can be equal while not allowing open discussion about nature's inequalities.
01:40 Publié dans Littérature, Livre, Livre, Philosophie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : george orwell, animal farm, la ferme des animaux, lettres, lettres anglaises, littérature, littérature anglaise, philosophie, philosophie politique, langage politique, idéologie, théorie politique, sciences politiques, politologie |
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