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jeudi, 15 janvier 2026

Le développement comme destin collectif ou le communautarisme du développement

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Le développement comme destin collectif ou le communautarisme du développement

Cristi Pantelimon

Source: https://www.facebook.com/profile.php?id=100005135564621

Une phrase que j’ai lue chez un jeune analyste chinois, Mao Keji, ne me laisse pas en paix: il est important qu’il soit jeune, car il représente, pour ainsi dire, l’avenir.

Keji (photo) dit qu’il s’est rendu compte, en vivant en Chine lors des débuts de la modernisation rapide de ces dernières années (qui comportait ses aspects négatifs : pollution, etc.), que «les problèmes que pose le développement ne peuvent être résolus que par encore plus de développement».

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C’est troublant, car nous, Européens, sommes depuis longtemps parvenus à une conclusion différente: que le développement n’apporte rien d’important, et que, si nous l’acceptons, nous le faisons en raison de l’inertie de la civilisation à laquelle nous appartenons, et éventuellement poussés par l’urgence de ne pas perdre le rythme face à d’autres civilisations.

Mais, en réalité, toute la philosophie occidentale, européenne et moderne, repose sur la méfiance envers le progrès. Le conservatisme, comme le montre Panajotis Kondylis, a été précisément une réaction aux Temps Nouveaux, modernes, qui mettaient en avant le rationalisme moderniste et modernisant.

Le conservatisme n’est pas seulement une réaction à l’événement appelé Révolution française, mais une opposition totale à cette tendance transformatrice, dans un sens rationaliste.

L’œuvre maîtresse de cette pensée « conservatrice » est sans aucun doute «La question de la technique» de Martin Heidegger, où le grand philosophe allemand montre comment la technique moderne est totalement différente, dans son essence, de la vieille technique, traditionnelle, poétique, par exemple celle de la Grèce antique.

Mais, en fin de compte, tous les grands penseurs de l’Allemagne, pays d’ingénieurs, de poètes et de philosophes de génie, partagent la même idée.

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Friedrich Georg Jünger affirme dans Die Perfektion der Technik une chose encore plus grave: à savoir que la modernité technique ne fait qu’envelopper et façonner la pauvreté, et ne contribue en rien à accroître la richesse de la planète.

Lorsque une civilisation rationalise et traite ses ressources, c’est un signe que celles-ci sont épuisées. La richesse ne réside pas dans les usines, mais dans la nature, dans les eaux de la planète ou dans les minerais de la terre.

Cette ligne de philosophie sceptique à l’égard de la technologie rejoint la pensée sceptique sur la modernisation, élaborée par les économistes.

Nicholas-Georgescu-Roegen-1906-1994.jpgNotre Georgescu-Roegen (photo) en est le porte-drapeau et figure de proue. Mais il a des disciples importants en Occident, comme Serge Latouche, et d’autres encore.

Une des racines de l’écologisme est précisément cette prémonition et cette présupposition d’un conflit fondamental entre l’activité de la technique moderne, la technologie, et le destin réel (bon) de l’homme.

Frithjof Schuon nous dit même que, plus nous essayons d’améliorer concrètement notre vie via des moyens techniques (pour obtenir le confort matériel), plus, sur le plan cosmique, nous ferons face à une réaction plus dure de la Création, et donc à des calamités inattendues.

Et voilà que, dans une modernité européenne qui pense fondamentalement ainsi (fondamentalement, c’est-à-dire uniquement ainsi, même si apparemment il existe aussi une autre tendance ; la pensée en Europe moderne n’avance qu’ainsi, et les idéologies sont les seules que le progrès ait tenté), les Chinois viennent nous communiquer, apparemment, l’opposé: que le développement est le remède à nos maladies historiques.

Plus nous nous développons, plus il est bon de nous développer encore davantage. Mais, probablement, cette croissance est ressentie par les Chinois à un niveau collectif.

Ce n’est pas, cette forme d’optimisme, le fruit d’un calcul individualiste. L’individualisme occidental a déposé les armes face à la modernisation et est devenu écologisme, scepticisme, quand il a emprunté la voie idéologique, ou simplement une réflexion philosophique qui a tenté de délégitimer le destin de la modernité (Heidegger), en cherchant un nouveau sens encore avant Platon ou Aristote.

Nous, Roumains, avons une position privilégiée pour juger ces choses.

Pourquoi ?

D’abord parce qu’à la différence des Occidentaux, nous ne savons pas penser de façon individualiste.

Ensuite parce qu’à la différence des Occidentaux, nous n’avons jamais été véritablement développés.

Dans ces conditions, expérimenter un collectivisme du développement ou, mieux encore, un communautarisme du développement, ne peut être qu’une expérience historique particulière.

Pour cela, il faut observer attentivement la Chine.

Là-bas, le collectivisme de l’optimisme du développement recommence, cette fois, à l’échelle collective.

Les prémisses sont effrayantes, mais la lutte s’engagera, et il faut en prendre conscience.