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dimanche, 13 septembre 2026

Le sublime et l’esthétique du Grand Dieu Pan

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Le sublime et l’esthétique du Grand Dieu Pan

Par Daria Platonova Douguina 

Source: https://pravpublishing.substack.com/p/the-sublime-and-the-aesthetics-of

Extrait d’Optimisme eschatologique, témoignage philosophique de Daria Platonova Douguina recueilli et publié à titre posthume, ce texte était à l’origine une communication présentée lors du séminaire en ligne «Esthétique: la beauté dans le platonisme et hors de celui-ci », onzième séance du cours sur le platonisme organisé par le professeur Alexandre Douguine et Paideuma.tv à l’été 2020.

* * * 

Je voudrais parler un peu du grand dieu Pan. Par le mot « grand », je fais référence à l’œuvre d’Arthur Machen, Le Grand Dieu Pan (1890).

Arthur Machen était un écrivain anglais, précurseur de Lovecraft, sur lequel il exerça une influence considérable, tout comme sur la littérature décadente dans son ensemble. Arthur Machen était tenu en très haute estime par Jorge Luis Borges, lui-même considéré comme un classique du mouvement du «réalisme magique». Il a également influencé le cinéma contemporain: les films de Guillermo del Toro, par exemple, s’articulent largement autour de motifs et d’influences issus de Machen.

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Arthur Machen [Arthur Llewellyn Jones] (1863-1947)

Le Grand Dieu Pan de Machen aborde la question du contact de l’être humain avec le sublime. Avec le beau, le sublime est l’un des deux éléments majeurs de l’esthétique, bien que cela soit souvent oublié.

Le sublime — le sublime en français et das Erhabene en allemand — n’est pas simplement quelque chose de raffiné, d’exquis ou doté d’une forte charge esthétique. Il s’agit plutôt d’une figure, d’une action, d’une histoire, d’une situation ou d’une expérience qui dépasse largement les normes de l’existence et de l’expérience humaines ordinaires.

Cette notion est donc celle qui se rapproche le plus du « sacré », au sens où l’entendait Rudolf Otto, puis, à sa suite, Carl Jung, Mircea Eliade et d’autres.

Une opération visant à élargir les possibilités

Le sublime et le sacré se manifestent dans Le Grand Dieu Pan dans un contexte très intéressant et inhabituel. Le récit s’inspire du folklore irlandais. Son intrigue est assez classique pour la fin du XIXe et le début du XXe siècle.

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Le personnage principal est un scientifique, un médecin qui, au moyen d’une intervention chirurgicale, est capable d’élargir les possibilités de la perception humaine de la réalité. Il mène une expérience sur une simple jeune villageoise prénommée Mary. L’expérience n’est pas entièrement concluante: la jeune fille sombre dans la folie. La patiente se trouve sans cesse confrontée à quelque chose qui la dépasse radicalement et la submerge. Bien qu’elle accède à une sorte de surréalité, elle est incapable de la maîtriser. Le scientifique comprend que la jeune fille a rencontré le dieu Pan, personnification des forces de la nature dans toute leur diversité et leur puissance.

Le lecteur découvre ensuite le récit de la vie de la fille de Mary, née après sa rencontre avec Pan. Cette fille, Helen Vaughan, recèle en elle quelque chose d’à la fois indiciblement beau et terrifiant, capable de pousser ceux qui l’entourent à la folie, jusqu’au suicide ou au meurtre. Les visages des personnes que Helen Vaughan a conduites à la mort restent figés dans la panique, la peur et l’horreur. Cette peur et cette horreur se transmettent à quiconque voit leurs corps.

Au-delà de l’humain

Cette œuvre illustre remarquablement la problématique du sublime. Nous y voyons pleinement l’expérience de la confrontation au sublime, au numineux qui, selon Rudolf Otto, se caractérise à la fois par l’étonnement, l’admiration et une joie incroyable, mais aussi par une peur sauvage et une horreur profonde. Cette rencontre est presque toujours fatale, ou tout au moins traumatisante, pour une personne qui, autrement, demeure dans sa zone de confort — bien qu’un tel état ne doive pas être considéré comme naturel.

Roman_-_Statue_of_the_god_Pan_2nd_century_-_(MeisterDrucke-1173627).jpgDans ce livre, la beauté est interprétée comme une sorte de frontière séparant, d’une part, ce que nous sommes capables de percevoir sans préparation particulière, ce dont nous pouvons nous délecter et que nous pouvons admirer, et, d’autre part, ce qui dépasse nos possibilités et nos capacités, c’est-à-dire le sublime.

Si l’expérience de la rencontre avec le «beau» implique un charme et une fascination temporaires, l’expérience de la rencontre avec le sublime, telle qu’elle se produit dans le récit de Machen, peut être tout autre : elle peut apporter avec elle l’horreur, la mort et la folie.

Ainsi, dans ce récit, le dieu Pan lui-même apparaît comme une représentation générale du sublime, mais nullement du beau.

Il est intéressant de noter que Socrate était souvent comparé à Pan. Son apparence extérieure, jusque dans les rides de son visage, correspond largement aux représentations grecques de l’apparence que devait avoir ce dieu.

Ainsi, depuis les temps archaïques, la rencontre avec le sublime est associée à l’expérience du traumatisme. Elle peut conduire l’être humain à la mort et à la folie, mais elle recèle également la possibilité de rencontrer ce qui se situe au-delà de l’humain…