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jeudi, 09 août 2007

Trajan

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9 août 117 : L’empereur romain Trajan meurt à Sélinonte de Cilicie (sur l’actuel territoire turc), en revenant d’une expédition contre les Parthes, à qui il avait arraché la Mésopotamie, à la suite d’une campagne militaire visant, dans un premier temps, à maîtriser les Balkans tout entiers et les Carpathes (la Dacie), et dans un second temps, la Mésopotamie, afin de donner à l’Europe romaine, centrée sur la Méditerranée et le Danube, un débouché sur l’Océan Indien dans le Golfe Persique.

Sous le règne de Trajan, deux autres faits majeurs à signaler : le réseau routier de l’Empire, qui est sa marque géostratégique première, atteint l’équivalent de 80.000 km et l’historien Tacite inaugure une pratique, celle de rédiger des « Annales » d’Empire, recensant tous les faits majeurs à retenir pour la postérité, afin de consolider une mémoire historico-politique, capable d’épauler à tout moment les décideurs. Aujourd’hui, en bons disciples de cette discipline « tacitiste », nous retiendrons, de l’aventure politique et militaire de Trajan, que le sort du sous-continent européen est lié à la maîtrise de Danube, du Dniestr, de la Mer Noire, de l’Anatolie et de la Mésopotamie. Autrement, si elle ne maîtrise pas ces espaces ou si elle les laisse sous la domination d’une puissance adverse, l’Europe est fragilisée sur son flanc sud-oriental et se retrouve bloquée, incapable de toute initiative stratégique de grande envergure dans le Vieux Monde.

Les stratèges et historiens anglo-saxons le comprennent parfaitement à l’heure actuelle : en langue anglaise, les ouvrages se multiplient, qui rappellent, explicitent et visent à réactiver cette politique de Trajan, mais dans le sens des intérêts américains, soit dans le sens d’une stratégie « désarticulante », mise en œuvre par une puissance étrangère à notre espace eurasien, qui n’a pas intérêt à voir notre espace civilisationnel se « membrer » (selon la terminologie de Richelieu et de Vauban), et se consolider de manière à être inexpugnable. Ce que Trajan avait conquis pour l’Europe, les Américains voudront le contrôler, à leur profit, en se positionnant sur tous les espaces stratégiques défensifs et offensifs des ennemis de Rome jadis. Ils projettent leur puissance actuelle au départ de la base de Diego Garcia, de la péninsule arabique, de la Corne de l’Afrique et de la Mésopotamie (Robert Steuckers).

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Leo Frobenius

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9 août 1938 : Mort à Biganzolo sur les rives du Lac Majeur en Lombardie du grand africaniste et préhistorien allemand Léo Frobenius, né à Berlin en 1873.

Pour lui, la seule méthode valable en ethnologie est l’approche culturaliste et historique. L’évolution culturelle, pensait-il, se développe en trois stades. Frobenius a mené douze expéditions en Afrique entre 1904 et 1935. Parallèlement à sa connaissance profonde de l’Afrique noire, il était aussi un spécialiste de l’art préhistorique européen, ce qui le conduisit à effectuer des recherches sur les contreforts des Alpes, en Norvège et en Espagne. L’objectif de sa vie de recherches était de comprendre les lois qui ont présidé à la naissance des cultures humaines. Il a procédé à une classification des cultures humaines en “complexes culturels” (en all. : Kulturkreise), chacun de ces complexes étant une entité vivante, biologique, qui connaît trois âges : la jeunesse, la maturité et la sénescence. Chaque culture possède son “noyau”, son centre spirituel, son âme, qu’il appelait, en grec, la “paideuma”.

Les Africains, qui admirent son œuvre, se réfèrent essentiellement aux trois volumes parus en 1912-13, Und Afrika sprach (Ainsi parla l’Afrique). Pour Frobenius, l’humanité a toujours connu des phases soudaines d’Ergriffenheit, de saisie émotionnelle et subite du réel, suivies de longues phases d’application. Les phases d’Ergriffenheit consistent à voir de manière soudaine les choses “telles qu’elles sont dans le fond d’elles-mêmes”, indépendamment de leur dimension biologique.

Pour Frobenius, il est probable que l’idée d’ordre et d’harmonie soit venue d’une observation du ciel et des lois cosmiques, observation qui conduit à vouloir copier cet ordre et cette harmonie, en inventant des systèmes religieux ou politiques. L’arrivée de facteurs nouveaux impulse de nouvelles directions à ces systèmes. Les systèmes ne sont donc pas seulement les produits de ce qui les a précédé objectivement, factuellement, mais le résultat d’un bilan subjectif, chaque fois original, dont la trajectoire ultérieure n’est nullement prévisible. Frobenius met ainsi un terme à cette idée de nécessité historique inéluctable.

Dans le cadre de la “révolution conservatrice” et de la tentative d’Armin Mohler de la réactiver, la vision de Frobenius a inspiré la fameuse conception sphérique de l’histoire, où la personnalité charismatique inattendue (que cette personnalité soit un homme, un peuple, une élite militaire ou civile) impulse justement une direction nouvelle, chaque fois imprévisible et, donc, diamétralement différente de la vision linéaire et vectorielle du temps historique, propre des progressismes, et de la vision cyclique, où il y a éternel retour du même, propre des visions traditionnelles figées (Robert Steuckers).