jeudi, 06 août 2026
L’anatomie de l’illusion et des barricades algorithmiques

L’anatomie de l’illusion et des barricades algorithmiques
La lutte de l’intellectuel révolutionnaire pour la vérité à l’ère de la post-vérité
Adnan Demir
Cette étude examine les mécanismes organisés du mensonge institutionnalisés par les régimes compradores et autoritaires modernes afin de préserver leur emprise sur le pouvoir, ainsi que les dynamiques psychopolitiques de l’ère de la « post-vérité ». S’appuyant sur les paramètres de la « Triade noire » (narcissisme, machiavélisme, psychopathie) en psychologie politique, elle analyse les dispositions psychologiques des dirigeants et des élites, tout en expliquant, à travers les théories de la « dissonance cognitive » et du « tribalisme politique », le processus par lequel les masses consentent à cette machinerie du mensonge. L’étude examine le choc ontologique provoqué par ce cynisme organisé lorsqu’il est importé dans les sociétés non occidentales (au sein de la civilisation orientale) et déconstruit la contradiction entre la rhétorique « anti-occidentale » et la dépendance pratique au « capital global ». Dans la dernière partie, dépassant les réflexes individuels de repli, elle théorise des tactiques de guérilla algorithmique et des méthodes de contre-hégémonie révolutionnaire capables de briser les blocages numériques et les barricades de trolls.
La normalisation de la mort de la vérité et du cynisme organisé
Le monde moderne assiste à une ère de « cynisme organisé » qui a dépassé les mécanismes de censure grossiers des dictatures classiques, et qui a été rationalisé et industrialisé à grande échelle. De Donald Trump à Recep Tayyip Erdoğan, les modèles de leadership jingoïste et leurs élites sont capables de répéter, avec un aplomb total et sans la moindre gêne, des mensonges que les données empiriques peuvent réfuter en quelques secondes. Pour les individus sains vivant selon les axes de l’honnêteté et de la rationalité, ce n’est pas une simple déception ordinaire : cela produit un état de paralysie mentale – une « éclipse de la raison » systématique.
Ce tableau ne peut néanmoins pas être lu comme une simple défaillance morale ou une insuffisance intellectuelle des acteurs politiques. Ce à quoi nous sommes confrontés, c’est à une machine psychopolitique sans faille, conçue pour protéger le pouvoir, fabriquer le consentement et soumettre les masses. La première condition pour arrêter cette machine est d’en décrypter les rouages, le fondement philosophique et la psychologie sociale de son acceptation dans le moindre détail.

Cadre théorique : le mensonge comme instrument du pouvoir et psychologie des masses
Le gaslighting politique et la « Triade noire »
Pour une personne ordinaire, mentir déclenche des élans de conscience, la peur d’être démasqué et un examen moral intérieur. Le fait que ce mécanisme ne fonctionne pas chez les cadres dirigeants jingoïstes est directement lié au cluster de traits défini en psychologie comme la « Triade noire » :
Triade noire = {Narcissisme, Machiavélisme, Psychopathie}
Dans cette typologie de leadership, l’empathie et la culpabilité semblent largement absentes. Pour les élites qui les entourent, défendre le mensonge n’est pas une position morale, mais la plus cruciale preuve de loyauté. Celui qui défend le mensonge du leader avec le plus de ferveur consolide sa place au sein du bloc de pouvoir.
La méthode la plus brutale sur ce plan est le « gaslighting politique ». L’objectif ici n’est pas de convaincre les masses de la réalité du mensonge. Affirmer à la télévision le strict contraire de la réalité dans un climat où l’inflation, l’injustice et la décadence ont atteint leur paroxysme, c’est envoyer le message suivant aux gouvernés: «La vérité n’a aucune importance. Je détiens le pouvoir de déclarer que le noir est blanc, et vous êtes obligés de vous soumettre à cette illusion». C’est une forme de domination psychologique qui pousse l’esprit dissident à douter de la réalité concrète qu’il perçoit, et qui l’asservit ainsi.
Les refuges mentaux des masses et le tribalisme politique
Le fait que la société «accepte sciemment» ou reste silencieuse face à cette immense machine du mensonge s’explique par deux concepts fondamentaux :
Dissonance cognitive :
L’esprit humain ne peut contenir simultanément des informations contradictoires.
Pour un électeur, accepter que le leader auquel il s’est attaché pendant des années par un sentiment d’appartenance quasi-sacré est un menteur ou un exploiteur, équivaut à l’anéantissement de son propre passé et de son identité. Plutôt que de supporter cette lourde douleur existentielle, l’esprit choisit la voie la plus simple: rationaliser le mensonge et se réfugier dans les théories du complot pour préserver sa zone de confort.
Tribalisme politique :
Quand la politique cesse d’être un choix rationnel de gouvernance et devient une guerre tribale, la morale est suspendue. Pour le membre de la tribu, le mensonge du chef est une « tactique de guerre » légitime, lancée pour vaincre l’ennemi (l’opposition). Ainsi, le mensonge n’est pas applaudi comme immoralité, mais comme intelligence tactique.
1. La fracture entre civilisations: choc ontologique de l’Orient et immoralité importée
La civilisation occidentale a, depuis Machiavel, théorisé et institutionnalisé la politique comme un jeu pragmatique d’équilibres de pouvoir, indépendant de la morale. Pour l’individu occidental, le mensonge d’un politicien n’est pas surprenant ; le système tente de limiter ces mensonges par la justice indépendante et des mécanismes de contrôle.
En civilisation orientale, la situation est différente à un niveau ontologique :
Ancienne tradition orientale vs. Élites compradores modernes
Unité de la morale et du politique vs. Outils « post-vérité » importés
Recherche de justice et de sacralité vs. Manipulation débridée et incontrôlée
La philosophie ancienne de l’Orient légitime l’autorité de l’État à travers une compréhension métaphysique de la justice et de la morale. Le leader n’est pas seulement un administrateur, mais un guide de conscience. Par conséquent, les mensonges effrontés proférés en regardant les masses dans les yeux ne constituent pas une déception politique ordinaire dans les sociétés orientales : ils produisent un choc ontologique qui ébranle les piliers millénaires de la justice de la société.
Les élites qui imposent cette immoralité aux masses sont des structures compradores (collaboratrices) qui doivent leur existence et leur légitimité à leurs maîtres occidentaux. Elles importent les technologies de fabrication du consentement et les stratégies de relations publiques développées en Occident. Mais, appliquées à un terrain oriental dépourvu d’institutions d’équilibre, ce qui en résulte est un cynisme organisé absolu, sauvage et sans limites.
2. Anti-impérialisme schizophrène et dépendance globale
Le refuge privilégié des régimes jingoïstes orientaux est le discours « local et national ». Un ennemi extérieur artificiel (l’Occident, les conspirations mondiales) est constamment inventé pour manipuler les masses. Mais cette rhétorique n’est qu’un rideau qui dissimule la dépendance structurelle en coulisse :
Rejet culturel, reddition économique
Tandis que le régime dénonce l’Occident comme immoral et hostile au niveau de la superstructure culturelle, au niveau de l’infrastructure économique il est le plus fidèle exécuteur du capitalisme néolibéral. Celui qui ferme ses portes aux valeurs démocratiques formelles de l’Occident les ouvre grand aux institutions financières occidentales, aux capitaux spéculatifs et aux mécanismes d’exploitation.
Mécanismes concrets de dépendance :
Expropriation et bradage :
Des cadres se disant anti-impérialistes transfèrent la richesse publique, les mines et les infrastructures nationales à des entreprises multinationales occidentales et à des fonds mondiaux.
Servitude financière :
Pour maintenir leur économie de rente, ils deviennent fortement dépendants du capital financier centré à Londres et New York via des taux d’intérêt élevés.
Reddition juridique :
Ces structures, qui piétinent le droit local contre leur propre peuple, acceptent sans réserve la compétence de tribunaux d’arbitrage internationaux (par exemple, les tribunaux de Londres) dans les contrats conclus avec des capitaux étrangers.
Ce tableau, c’est « l’anti-impérialisme schizophrène ». Le régime qui joue au « lion » sur la scène intérieure implore la légitimité de ses maîtres occidentaux à huis clos, en échange de services de tampon contre la migration, de supplétif militaire et de permis de destruction environnementale.
3. Guérilla algorithmique et contre-hégémonie
Face à un tel blocus, se retirer dans des refuges, faire une détox médiatique ou céder à l’apathie ne peut être le choix de l’intellectuel révolutionnaire. Face à la puissance organisée, la résistance ne peut venir que d’un intellect organisé et de méthodes alternatives :
[BARRICADE DE CENSURE / TROLLS]
[Langage algorithmique & glitch] / [Détournement des plateformes] / [Guérilla QR]
Tactiques de guérilla algorithmique
Pour contourner la censure virtuelle et les armées de trolls, il faut exploiter les vulnérabilités des algorithmes d’intelligence artificielle :
Langage algorithmique (algospeak) :
Coder les concepts politiques sensibles via des métaphores, des émojis et des modifications de lettres pour échapper aux filtres. Désarmer l’IA tout en s’adressant à la capacité humaine de reconnaissance des motifs.

Glitch et camouflage visuel :
Incliner légèrement les textes, complexifier les arrière-plans et jouer sur les pixels pour tromper les systèmes de reconnaissance optique de caractères (OCR).
Détournement des tendances (trend-jacking) :
Infiltrer les hashtags artificiellement promus par les trolls pour y diffuser des preuves de corruption du régime et des dénonciations de ses mensonges.
Résistance hybride : relier la rue au numérique
Guérilla QR :
Convertir un document ou un texte analytique censuré sur internet en QR code, puis l’apposer dans les rues, les stations de métro et aux arrêts de bus avec des slogans intrigants. Dépasser les barrières numériques par l’action physique.
Samizdat numérique (e-samizdat) :
Créer des canaux de diffusion d’informations non censurées via des réseaux de messagerie chiffrés, sans serveur central ni algorithme, se propageant de pair à pair (P2P).
Conclusion : l’organisation de l’espoir
L’atmosphère de post-vérité créée par les régimes jingoïstes vise à implanter dans les masses la perception que « jamais ils ne partiront, tout ce que nous faisons est inutile » (l'impuissance apprise). Le principal carburant du régime, c’est le désespoir de la société.
La tâche ultime de l’intellectuel révolutionnaire est de s’inscrire dans la perspective historique indiquée par Antonio Gramsci :
« Pessimisme de l’intelligence, optimisme de la volonté. »
Aussi professionnelle que puisse sembler l’organisation du cynisme qui nous fait face, elle est par nature fragile. Parce que les mensonges ne remplissent pas les ventres, ne payent pas les dettes et ne peuvent cacher la décomposition éternellement. Ces régimes finiront par se heurter à la réalité qu’ils ne peuvent plus masquer, à la réalité économique qu’ils ont eux-mêmes créée, et s’effondreront comme des tigres de papier. Résister, c’est construire et protéger, dès aujourd’hui, le port moral, intellectuel et révolutionnaire où la société pourra se réfugier au moment de cet effondrement inévitable.
21:18 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : actualité, stratégie, stratégie révolutionnaire |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
À la veille d’un soulèvement mondial

À la veille d’un soulèvement mondial
Un point de vue chiite
Damir Nazarov
À la veille de la procession funèbre d’Arbaïn, tous ceux qui ont été confrontés à la barbarie, au terrorisme et à la dictature totale de l’oligarchie au pouvoir devraient étudier la voie du légendaire Imam Hussein (paix sur lui), dont l’épée fut brandie comme symbole de la lutte pour la justice contre la tyrannie oppressante de son temps.
Depuis plus de trois ans, nous sommes témoins de la façon dont la kakistocratie américaine, incarnée par le régime Trump, tente d’étouffer la planète entière, quitte à détruire ses vieux alliés, qu’il s’agisse de l’Europe ou du Japon. Le phénomène Trump rappelle une fois de plus à tous les amoureux de la liberté qu’il est temps d’emprunter la voie révolutionnaire, où le principal mot d’ordre de l’humanité devrait être: «la liberté face à l’expansion des autocrates».
Aujourd’hui, nous voyons comment la puissante alliance des néoconservateurs américains, des sionistes et de leurs séides de droite, les loyaux de l’UE, tente de remodeler complètement la communauté internationale à leur image. Aux États-Unis, rares sont ceux qui ne s’inquiètent pas des plans concoctés par les grandes entreprises technologiques de s’emparer des centres de données, puis de tous les types de médias. Désormais, Elon Musk et le Pentagone ne sont plus seulement associés à l’impérialisme d’outre-Atlantique: ils sont devenus un instrument destructeur pour réprimer la liberté humaine partout et en tout temps.
En Europe, malgré l’atmosphère anti-palestinienne dominante, on observe néanmoins un esprit lucide en Espagne, en Irlande, en Slovénie – et regardez ce qui s’est passé en Espagne, où le Maroc, allié proche d’Israël et des États-Unis, a provoqué une crise migratoire. Les sionistes et les néoconservateurs continueront à déstabiliser l’Espagne afin de liquider le principal allié de la Palestine en Europe, lui ôtant complètement sa souveraineté. D’ailleurs, ils ne s’arrêteront pas à l’Espagne.
En ce qui concerne le sionisme, sa croisade ne se limite pas à la réalisation du projet IMEC sur les ossements et les cadavres des habitants du Moyen-Orient. Pour les « cosmopolites radicaux », il s’agit désormais, à l’aide de l’intelligence artificielle, d’anéantir physiquement toute critique et opposition à leurs actions. Ils sont allés si loin que leurs agents aux États-Unis déclarent ouvertement n’avoir que faire du bien-être des Américains ou du déclenchement d’une guerre mondiale, car l’essentiel est «la défense d’Israël».
La situation est assombrie par les alliés de l’empire américano-sioniste au Moyen-Orient, dont les Émirats arabes unis ou le régime syrien sont des exemples frappants. Les Émirats sèment le chaos partout, du Soudan à la Somalie et au Cham, où ils se distinguent par le financement de séparatistes et de combattants locaux. En Syrie, il y a eu un véritable coup d’État avec une trahison flagrante de la part du gouvernement Baas: désormais, à Damas, règne une ancienne branche d’Al-Qaïda syrienne (interdite en Fédération de Russie). Son leader favorise largement l’occupation sioniste et utilise des discours anti-iraniens pour renforcer sa propre dictature. Le but ultime du nommé Ahmed al-Sharaa : intégrer la Syrie à toute coalition dirigée contre le bloc de « l’Axe de la Résistance ».
Le Yazid collectif de notre temps a déjà pris une forme moderne : il est partout, il ne regarde ni la religion, ni la nation, ni votre attachement à telle ou telle idéologie. Sa tâche principale est de vous faire croire que toute forme de résistance est inutile et que leurs plans pour instaurer une dictature totale ne sont qu’une question de temps. Dans une telle situation, il ne faut ni désespérer ni s’attrister, car c’est exactement ce que souhaitent les forces de Satan. Le soulèvement de l’Imam Hussein (paix sur lui) est d’abord une lumière d’espoir pour tous les insoumis au sein de la communauté mondiale. Dans la lutte de la vérité contre le mal, il y a à la fois une « révolte contre le monde moderne » pour reprendre l'expression de Julius Evola, une libération de la classe ouvrière selon le marxisme, et même le slogan des Jacobins «liberté et égalité», qui est aujourd’hui plus que jamais nécessaire à la classe révolutionnaire en formation.
La minorité ne l’emporte pas toujours sur la majorité, mais elle laisse au moins un rayon d’espoir pour les générations futures.
20:36 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, politique internationale |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Le Japon et l’Arabie Saoudite mettent Washington devant le fait accompli

Le Japon et l’Arabie Saoudite mettent Washington devant le fait accompli
À propos des titres de dette américains. Plus précisément, à propos de
a.) la dette américaine achetée par d’autres pays, et
b.) des mesures d’urgence auxquelles Washington se voit désormais contraint.
Joachim Van Wing
Source: https://joachimvanwing.substack.com/p/japan-en-saudi-arab...
Par l’émission d’obligations, des pays comme la Belgique ou les États-Unis financent leur dette publique. Ce ne sont pas « les pays » en soi, mais le ministère des finances ou le trésor qui achètent ces obligations. Et pas seulement des obligations à dix ans, mais aussi de plus en plus de titres d’État comme les Treasury Bills ou bons du trésor, les fameux T-Bills.
Qui sont les plus grands détenteurs de dette américaine ?
- Le Japon, avec environ 1140 milliards de dollars de réserves, accumulées grâce à des excédents commerciaux sur plusieurs décennies.
- Le Royaume-Uni, avec environ 950 milliards de dollars conservés à Londres par des banques centrales étrangères, des fonds souverains, des banques et des investisseurs institutionnels.
- La Chine, avec environ 660 milliards de dollars provenant d’excédents d’exportation. Ces dollars sont en grande partie recyclés vers les bons du Trésor américain via la Banque populaire de Chine.
- La Belgique, avec environ 470 milliards de dollars détenus par Euroclear pour des banques centrales étrangères, des fonds souverains et des investisseurs institutionnels.
- L’Arabie Saoudite, avec environ 140 milliards de dollars d’obligations américaines. Si l’on ajoute le recyclage des pétrodollars et le commerce garanti en dollars, l’exposition totale monte à plusieurs milliers de milliards.
Cessez-le-feu dans le Golfe Persique
Si vous vous demandez pourquoi Washington et le Pentagone ont soudainement stoppé une nouvelle escalade contre l’Iran, ce n’est pas seulement à cause des stocks de munitions américains épuisés, qui ne peuvent être reconstitués en raison du moratoire chinois sur les exportations. En effet, depuis le 4 avril 2025, les entreprises d’armement occidentales sont coupées de 16 éléments essentiels sur lesquels la Chine détient le monopole mondial: Samarium, Gadolinium, Terbium, Dysprosium, Lutetium, Scandium, Yttrium, Néodyme, Praséodyme, Cérium, Lanthane, Europium, Holmium, Erbium, Thulium et Ytterbium.
Une autre raison s’ajoute désormais. Lorsque l’Arabie Saoudite subit encore davantage de représailles iraniennes, et que ses infrastructures et son industrie pétrolière et gazière sont encore plus endommagées… alors les dégâts sont si importants que l’Arabie Saoudite se voit contrainte de liquider des titres de dette américains pour financer la reconstruction. Cette vente massive, ce dumping d’obligations américaines… c’est ce que Scott Bessent, Wall Street, Capitol Hill, la Maison-Blanche et le Pentagone veulent éviter à tout prix.
La vente de ces obligations américaines n’est pas une menace en l’air de Mohammed Bin Salman. Elle reflète à quel point la position financière de l’Arabie Saoudite est devenue précaire et délicate, maintenant que les exportations de pétrole sont quasiment à l’arrêt et que le budget saoudien est profondément déficitaire. Quelle est l’ampleur du mécontentement de la population saoudienne, jusqu’où ira la grogne du peuple ? Nul ne le sait.

La crise du Yen japonais
Vous n’avez pas pu manquer la nouvelle: le Yen japonais est tombé en crise ces derniers jours et semaines, la monnaie et les marchés financiers ont chuté, et Washington s’est empressé d’aider d’une manière bienveillante et altruiste.
Les taux d’intérêt américains continuent d’augmenter et creusent désormais un fossé encore plus grand avec le Yen, ce qui fait que le capital fuit le Yen vers les actifs en dollars plus que jamais. Pour stopper cette hémorragie, la Banque du Japon – à la recherche de liquidités – se voit obligée de vendre des obligations américaines.
Et c’est précisément ce que Washington veut éviter à tout prix, car le dumping de titres de dette ferait encore grimper les taux d’intérêt sur la dette américaine. Des taux plus élevés signifient que le gouvernement américain doit payer encore plus d’intérêts sur une dette publique incontrôlable qu’il a de plus en plus de mal à financer.
La solution ? Un sauvetage, où le Trésor américain rachète des Yens japonais, que la Banque du Japon utilise en retour pour acheter des obligations américaines afin de soutenir le Yen. Autrement dit: comment le Trésor américain, via une passerelle japonaise, monétise sa propre dette. Avec ce stratagème, Scott Bessent maintient encore un moment le taux d’intérêt sous les 4,8 %.
Pour conclure
Les États-Unis n’ont aucune marge de manœuvre ni choix politique lorsque des crises géopolitiques risquent de faire monter les taux d’intérêt. Si Riyad et Tokyo menacent de vendre des titres de dette américains, alors le Pentagone cesse le feu au-dessus de l’Iran ou Bessent recourt au « contrôle quantitatif de la courbe de taux par procuration ».
S’il s’avère que cela est possible et que le Trésor américain peut monétiser sa propre dette impunément… cela constitue, pour les acteurs institutionnels, un signal fort de prudence et se traduit inévitablement par une demande croissante d’or comme valeur refuge. Si ce n’est pas possible et que ce tour de passe-passe de Bessent tourne à la catastrophe ou à un boomerang, alors personne ne sait où ira le prix de l’or.
L’administration Trump doit réussir à faire passer tous ces foyers de crise au-delà des élections de Midterm. La montagne de dettes américaine devient de plus en plus difficile à soutenir et même des partenaires historiques comme le Japon et l’Arabie Saoudite sont en difficulté. Les calamités imprévues dans le Golfe Persique ont fait exploser la facture énergétique pour l’économie japonaise et en même temps, les revenus pétroliers saoudiens ont chuté. Si les républicains perdent leur confortable majorité après novembre – ce qui semble probable – alors la chasse juridique au président s’ouvre et toute proposition républicaine échoue au Congrès et au Sénat. L’ingouvernabilité et la gestion en mode panique prennent alors une nouvelle dimension et une nouvelle signification.
20:22 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, états-unis, finance, japon, arabie saoudite |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Jünger, Tallement des Réaux, et l'homme différencié

Jünger, Tallement des Réaux, et l'homme différencié
Claude Bourrinet
L’homme différencié, Jünger le trouve dans la littérature française, dans un Grand Siècle où l'ombre des temples solennels du classicisme a eu tendance à dérober à la vue un courant persistant, volontiers rebelle, nourri de baroque et d'esprit de liberté, tous héritiers de Montaigne. Il est incarné par Racan, Saint-Amant, l'exquis et malheureux Théophile de Viaux, victime de l'intolérance, Corneille, malgré ses efforts pour ne pas dévier des grands boulevards, et d'autres, et par notre La Fontaine, le dernier de nos poètes avant André Chénier, l'ultime refuge de la langue des dieux, et enfin par un Waldgänger des Lettres, longtemps négligé, Tallemant des Réaux : « La Fontaine est fablier de naissance. Si Tallemant avait, comme il y a songé, concentré ses matériaux en histoire de la Régence [de Marie de Médicis], il eût fallu le déplorer. Son charme réside justement dans ce qu'il a de périssable, de terre à terre, dans l'aspect primesautier de son tissu ; on voit ici comment l'histoire se forme et se fige. Ses notices généalogiques sont semblables à des semences : elles prolifèrent en vrilles de caractères et d'absurdités, elles s'épanouissent en anecdotes, en plaisanteries, en concetti et en capricios. Nous sommes au XVIIe siècle, à égale distance du Moyen Âge et de l’État national. La liberté est encore un contrepoids d'importance.
De nos jours, surtout après l'extermination de la noblesse campagnarde et le nivellement de l'artisanat, une telle œuvre serait inconcevable. Les principes générateurs d'anecdotes sont de grandes exceptions. »
Jünger répond en partie à la question : « Comment écrit-on l'Histoire ? »
Philippe Ariès, dans son premier livre, Le Temps de l'Histoire, dit de même, à peu de chose près, au moment où Jünger écrivait ces lignes. Il procède à une brève mise en perspective de la construction du « récit national ». Il met en parallèle l'exégèse marxiste du passé, et celle des monarchistes, dont le théoricien le plus talentueux et systématique, outre Maurras, est Bainville. Or, il montre que ces deux approches sont parentes, téléologiques, interprétant la marche de l'Histoire comme l'application de lois abstraites, et d'une sorte d'élan vers un aboutissement qui était fatalement dans les germes, quitte à faire entrer de force dans l'appareil théorique ce qui dépasse. Or, il montre qu'avant le façonnage d'une Histoire par l'hégélianisme, puis par le romantisme et la République (le « roman national »), le passé était surtout un récit familial, clanique, à mémoire de générations plus ou moins proches, anamnèse s'éteignant à mesure que l'on descend vers le peuple (ce dernier oublie très vite ses racines familiales), dont les véritables dépositaires sont les castes aristocratique et bourgeoise, dans les mémoires et souvenirs, Journaux intimes et archives. Ces écrits confortent l'enracinement, et structurent ce qui, autrement, sombrerait dans le néant. La première Histoire est celle d'hommes pourvus d'une généalogie. La « Grande Histoire » les efface, et leur réserve le sort des oubliés anonymes des liquidations contemporaines.
Jünger note cette vaporisation mémorielle dans le style : « A notre époque, la narration commence à se modifier, ainsi qu'on peut l'observer en toute réunion d'hommes qui ont beaucoup vécu. Elle perd son allure de caractérologie et prend celle du pur mouvement. Au lieu de personnes, ce sont les situations qui font surface. Le destin adopte la forme de courbes, d'épreuves et de tâches précises. »
Notre âge de la sociologie a achevé le processus. On ne peut écrire un roman, désormais, que s'il ressemble à une chronique journalistique, ou à un rapport de police.
Du reste, sa réflexion va fort loin, jusqu'à la définition d'une anthropologie sous le regard de Dieu. Que désire-t-il, au fond, Dieu ? A-t-il en vue une humanité abstraite ? Rencontre-t-on, au coin de la rue, cette « humanité » ? « En retournant à l'unité, ne perdons-nous pas quelque joie, celle que le temps et la multiplicité peuvent peut-être seuls nous donner, et ne faut-il pas chercher la raison de notre existence dans le fait que Dieu a besoin de l'individuation ? »
C'est justement ce que nous offre Tallemant des Réaux : « Les Historiettes, que je suis en train de lire, sont supérieures, pour la densité et la substance charnelle, aux histoires de Saint-Simon. Elles dessinent une espèce de zoologie sociale. »
Et il renforce cette idée, le 28 juin 1945 : « Les Historiettes de Tallemant des Réaux sont devenues, depuis le jour où je les ai découvertes, en 1942, l'une de mes lectures constantes : je ne connais guère d'anecdotier plus vigoureux. La noblesse y ressemble encore à une forêt antique, avant que l'absolutisme ne l'ordonne en parc domanial, que la démocratie n'y procède à des abattis, et que ceux-ci n'aboutissent finalement à l'extirpation des racines. »
L'exemple de Tallemant des Réaux nous permet de définir ce que Jünger prise le plus, dans la littérature, et qui explique, d'ailleurs, sa passion bibliophilique : il cherche dans le livre un prolongement à un milieu enraciné dans un sol singulier, comme le fossile témoigne d'une longue histoire et de la nature d'un terrain, dont la nature et la saveur se retrouvent dans l'objet qui en est né. Le 24 juillet 1945, il note : « Aujourd'hui, j'ai terminé le second volume de Tallemant des Réaux. Cette lecture rapproche le passé, dans les moindres détails de sa vie, comme un télescope. La poudre des tombeaux, des caveaux de famille se ranime, se revêt d'une vie qui devient présence.
Tallemant nous offre une notion concrète du XVIIe siècle, et d'une fraîcheur telle que si l'on se plongeait dans un bain de jouvence.
12:25 Publié dans Littérature, Révolution conservatrice | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ernst jünger, tallement des réaux, lettres, lettres françaises, lettres allemandes, littérature, littérature allemande, littérarture française |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook

