dimanche, 09 août 2026
Allié discret: comment la Chine soutient l’Iran contre les États-Unis

Allié discret: comment la Chine soutient l’Iran contre les États-Unis
Pékin/Téhéran. Dans la guerre contre les États-Unis et leurs alliés, l’Iran ne compte pas uniquement sur la Russie. La Chine, en particulier, joue un rôle important dans le soutien militaire à Téhéran. C’est pourquoi l’inquiétude grandit à la Maison Blanche. Le président américain Donald Trump a déclaré sur sa plateforme « Truth Social » : « Le président Xi m’a promis de ne pas livrer d’armes au régime de Téhéran. Mais s’il le fait, ou si Poutine le fait, cela se terminera très mal pour les deux. »
Il est douteux que Pékin et Moscou se laissent impressionner par de telles menaces. Car, à l’heure actuelle, les États-Unis ne font pas particulièrement bonne figure dans leur confrontation avec l’Iran.
Officiellement, Pékin se montre neutre et appelle à un règlement rapide du conflit. Cependant, des informations récemment révélées indiquent que la Chine a systématiquement renforcé les capacités militaires des Gardiens de la révolution iraniens. En particulier, la précision des missiles et des drones s’est nettement améliorée au cours de la guerre.
Les conséquences sont visibles sur le champ de bataille. Tout récemment, les Iraniens ont attaqué presque simultanément des bases et installations américaines à Bahreïn, au Koweït, au Qatar, à Oman et en Jordanie. Trois soldats américains ont été tués lors de ces attaques. L’expert britannique en défense aérienne Tom Sharpe a parlé de la « vague d’attaques la plus massive depuis le début de la guerre ». Selon lui, Téhéran a utilisé le système de navigation par satellite chinois crypté Beidou-3 (photo). Cela a permis de contourner plus efficacement les contre-mesures américaines contre les missiles et les drones.

Can Kasapoglu, de l’Institut Hudson, voit lui aussi des signes de soutien étranger. Selon lui, les attaques iraniennes se sont améliorées de façon continue depuis la mi-mars. De plus en plus souvent, des installations radar et des infrastructures militaires sont touchées. « Cela suggère que la République islamique a bénéficié d’une aide extérieure. »
La coopération ne se limite pas aux données de navigation. Dès le début de la guerre, la société chinoise Xiamen Victory Technology a proposé aux dirigeants de l’armée iranienne des moteurs pour les drones Shahed. Peu de temps après, il a été révélé que la Chine avait livré des produits chimiques nécessaires à la fabrication de carburant pour fusées, permettant ainsi la construction de nombreux missiles balistiques.
La coopération militaire entre les deux pays remonte toutefois à bien plus longtemps. Depuis des années, la Chine soutient l’Iran avec des technologies et des composants à double usage, civil et militaire. S’y ajoutent des systèmes de surveillance modernes, ainsi qu’un accord de partenariat stratégique conclu en 2021, d’un volume d’investissement de 400 milliards de dollars sur 25 ans. Selon Christopher Walker, du Center for European Policy Analysis, la Chine a également acheté, malgré les sanctions existantes, d’importantes quantités de pétrole brut iranien et mis en place un vaste réseau de négociants de l’ombre (he).
Source: Zu erst, Aoît 2026.
19:54 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, chine, iran |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
L’écrasante puissance de la bureaucratie

L’écrasante puissance de la bureaucratie
De l’utopie révolutionnaire, il ne nous reste en héritage toxique qu’un gigantesque appareil fonctionnel
Par Carlos Marín-Blázquez
Source: https://ideas.gaceta.es/el-aplastante-poder-de-la-burocra...
Pour combattre les diverses formes sous lesquelles la peur se manifeste dans la vie de l’homme, notre époque a choisi de les compartimenter. La théorie veut qu’en appliquant une dénomination précise à chaque trouble psychologique, on abrège le chemin vers son traitement. Il en résulte un foisonnement lexical qui, depuis la littérature médicale, descend jusqu’aux couches les plus populaires du langage. Phobies et névroses, à différents degrés et sous diverses formes, deviennent des réalités proches et perdent peu à peu une part de leur aura maudite, à mesure que le commun des mortels les intègre à son bagage.
L’efficacité du thérapeute commence par sa capacité à nommer le mal dont souffre son patient. Tout médecin sait que la première chose qu’attend le malade assis en face de lui, c’est qu’un mot sorte de ses lèvres, qui, tel un sortilège, dissipe l’énigme qui le tourmente. La formulation du diagnostic est essentielle car, outre qu’elle ouvre la voie à une éventuelle intervention pharmacologique, elle donne un visage défini à ce qui, jusque-là, n’était qu’une constellation diffuse de symptômes.
La liste des maux s’allonge à mesure que la réalité se complexifie. Les multiples pressions de l’environnement font qu’il ne reste quasiment plus personne qui, à un moment ou à un autre de sa vie, ait été épargné par les effets déstabilisateurs que les puissances qui façonnent notre monde exercent sur l’esprit. Voilà pourquoi il est surprenant que jusqu’à présent, il n’existe pas de terme médical pour désigner cette sensation paralysante de malaise qui nous a tous bouleversés — et probablement plus d’une fois — alors que nous faisions face à une démarche administrative.

En effet, la bureaucratie est un pouvoir oppressif. C’est la manière dont une administration dépourvue de sentiments — et de plus en plus souvent de visage — se rapporte à ses administrés. Il s’agit d’un despotisme froid, d’une science de la soumission qui agit en annulant tout lien humain entre les parties. Ses caractéristiques en font la manifestation la plus aboutie des régimes qui, malgré un respect superficiel des formes démocratiques, ont réduit la politique à un exercice distant de rationalisation technocratique.
La bureaucratie s’impose dans les nations qui, après avoir été dépouillées de leur matrice organique, ont été dégradées au rang d’artifice. D’où le fait que sa prolifération se justifie dans la mesure où elle nous rappelle que nous ne sommes plus tant des sujets porteurs de droits politiques inaliénables — si tant est que nous l’ayons jamais été — que des rouages d’une machine à laquelle nous sommes tenus de contribuer.
Les sociétés se fragmentent, les familles se détruisent, les liens communautaires reculent devant l’extension incessante de l’univers des micro-identités, mais la bureaucratie s’impose comme l’élément qui impose un modèle uniformisateur à tous les individus soumis à une même juridiction politique. Il y a des luttes culturelles, des querelles idéologiques, des formes agressives d’activisme social, et malgré cette effervescence apparente, la bureaucratie conserve ses frontières minutieusement délimitées et fait en sorte que la vie soit invivable en dehors du champ délimité par ses règlements.

Mais d’où vient donc ce pouvoir écrasant ? Où situer le moment historique où ce qui n’était jusque-là qu’un moyen plus ou moins modeste d’organiser la vie commune prend une prétention totalisante ? Des penseurs reconnus soutiennent que son origine est indissociable de la conception de l’homme et de la société qui s’impose en Europe avec la modernité politique. Les théories contractualistes de Hobbes et Rousseau insistent, chacune à sa manière, sur une idée mécaniste de la société, selon laquelle ses membres sont dépouillés de leur statut de personne pour devenir des pièces interchangeables — et, par conséquent, aisément remplaçables — au sein de cet artifice à mi-chemin entre le tyrannique et le bienveillant qu’est l’État.
Avec la Révolution française, ces thèses acquièrent une réalité historique. Les révolutionnaires entreprennent une tâche titanesque: la rupture totale avec le passé, la création d’une nouvelle origine. Comme le souligne Robert Nisbet, leur objectif est double: l’individualisation de la société et la rationalisation de tout. L’intérêt pour la personne est remplacé par la vénération de l’Idée. La politique se pare d’un charisme religieux. Il y a un accent fondateur, une ferveur sacrée dans les manifestes qui servent de préambule aux lois votées par la Convention. Et il y a une intolérance fanatique à l’égard de toute opinion soupçonnée de suggérer une direction différente de la soif d’uniformisation qui anime les actions du Comité de salut public.
Pour la première fois, on légifère non pas en fonction de ce que dicte l’expérience, mais selon un dessein utopique sur le « cours de l’histoire » ou la « nature de l’homme ». « Nos révolutionnaires — note Tocqueville — avaient une inclination particulière pour les généralisations larges, les systèmes législatifs stéréotypés et une symétrie pédante ; le même mépris pour les faits incontestables ; la même passion pour réformer les institutions selon des lignes nouvelles, ingénieuses et originales ; le même désir de reconstruire toute la constitution selon les règles de la logique et d’un système préconçu, au lieu de tenter la correction de ses parties défectueuses. »
La flamme révolutionnaire prend facilement parce que l’ordre qui la précède est rongé jusque dans ses racines les plus profondes. Dans la mentalité jacobine, il faut démolir la moindre pierre de l’édifice de l’Ancien Régime pour, aussitôt, commencer à édifier sur ses ruines le palais orné de lois émancipatrices que l’homme nouveau est appelé à habiter. Mais pour atteindre ses objectifs, les révolutionnaires ont besoin de la Terreur. Robespierre, l’Incorruptible, déclare : « Si, en temps de paix, la base du gouvernement populaire est la vertu, en temps de révolution, la base du gouvernement populaire est la vertu et la terreur: la vertu sans la terreur est impuissante; la terreur sans la vertu est criminelle. »
Le monde que fait naître la révolution (et qui reste le nôtre) surgit donc de l’instauration d’une symbiose intime avec la peur. Ce qui nous ramène à la thèse formulée en ouverture de cet article: la peur comme l’un des traits distinctifs de notre époque. Une peur désincarnée, que l’on n’éprouve pas envers une personne en particulier, mais plutôt envers un état de choses, envers un pouvoir à la fois diffus et intimidant, aussi abstrait que menaçant, parce que nous pressentons que sa portée ne connaît aucune limite.
Ce n’est pas un hasard si les révolutionnaires français fondent leur domination sur l’anéantissement de toute instance communautaire dans laquelle la personne pourrait trouver refuge. On légifère contre la famille, l’Église et les corporations, contre toute structure d’autorité autre que l’État. La conséquence est que, désormais, la société n’apparaît plus comme un tissu vivant de relations personnelles, mais comme une masse d’individus homogènes, dont l’esprit se plie avec une facilité déconcertante aux schémas idéologiques diffusés par la propagande.
Pour une large part, nous sommes les héritiers de cette immense expérience de réélaboration de la personne. Nous restons fascinés par le mythe de l’égalitarisme dans un monde de plus en plus inégal ; éblouis par l’idéal de liberté dans un environnement soumis à un contrôle toujours plus étouffant ; séduits encore par les douces notes de la fraternité dans un contexte dominé par le calcul du bénéfice individuel et la logique dévorante de l’utilitarisme.
Nos peurs, certes, ont changé de visage. Désormais, on ne dresse plus de guillotines sur les places publiques pour le plaisir et l’effroi des foules, mais de l’utopie révolutionnaire il ne nous reste en héritage toxique qu’un gigantesque appareil fonctionnel qui étend ses filets sur la quasi-totalité de nos vies. Face à ce panorama, nous sommes seuls, effrayés par l’évidence d’un pouvoir pratiquement absolu, écrasés par l’impassibilité glaciale avec laquelle, chaque jour, ses tentacules nous étreignent.
Le rêve révolutionnaire qui devait apporter la liberté s’achève donc dans un délire de lois, de règlements et d’autres moyens de coercition collective qui étranglent la joie de vivre. La mentalité rationaliste-bureaucratique porte au sommet de la pyramide institutionnelle une nouvelle caste de technocrates qui, depuis leurs positions bien rémunérées, dirigent nos vies avec arrogance sans rendre compte des raisons de leurs décisions. Quand ils se trompent, personne n’assume la responsabilité de leurs erreurs et nous devons tous acquiescer avec un doux sourire de consensus. Jusqu’à ce que, comme l’avait prophétisé Tocqueville, « …chaque nation ne soit plus qu’une multitude d’animaux timides et laborieux, dont le gouvernement est le berger ».

A propos de l'auteur
Carlos Marín-Blázquez (Cieza, 1969). Il est professeur de littérature, écrivain et chroniqueur. Il a publié à ce jour deux recueils d’aphorismes (Fragmentos et Contramundo), un volume de récits (El equilibrio de las cosas) et une compilation d’articles (Una escala humana). Son dernier livre s’intitule Arraigo, un essai publié par CEU Ediciones et qui a obtenu un accessit lors de la deuxième édition du prix Sapientia Cordis. Ses chroniques paraissent régulièrement dans divers médias numériques.
16:45 Publié dans Actualité, Définitions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, définition, bureaucratie |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Pacte de La Mecque: un nouvel axe de puissance voit le jour

Pacte de La Mecque: un nouvel axe de puissance voit le jour
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
Le 7 août, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan ont conclu à La Mecque un pacte de défense qui pourrait profondément bouleverser l’ordre sécuritaire du Moyen-Orient. La formule est la suivante: une attaque armée contre l’un des trois États est considérée comme une attaque contre tous. La logique politique rappelle l’article 5 de l’OTAN – même si, pour l’instant, aucune obligation concrète d’assistance militaire n’a été rendue publique.
Ce qui importe, ce n’est d’ailleurs pas tant le texte du traité que la combinaison de ces trois États.
L’Arabie saoudite apporte le capital, l’énergie et une profondeur stratégique sur le Golfe. La Turquie dispose de la deuxième armée de l’OTAN, de l’expérience du combat et d’une industrie de défense en forte croissance – drones, missiles, guerre électronique, défense aérienne et construction navale. Le Pakistan, quant à lui, possède une grande armée et, en tant que seul État musulman, l’arme nucléaire.
C’est pourquoi le terme de « pacte nucléaire » serait trop exagéré d’un point de vue formel. Riyad nie expressément toute dimension nucléaire, et Islamabad a lui aussi jusqu’à présent refusé d’étendre son parapluie atomique. Mais l’ombre nucléaire du Pakistan est bel et bien présente à la table géopolitique. La dissuasion ne dépend pas seulement de ce qui est explicitement formulé dans un traité, mais aussi des capacités qui le soutiennent.


Le changement le plus immédiat concerne l’Iran. Depuis les attaques américano-israéliennes contre l’Iran fin février, l’Arabie saoudite et d’autres États du Golfe sont eux-mêmes touchés par des attaques iraniennes et par l’escalade autour des voies maritimes régionales. Riyad recherche donc une garantie supplémentaire. La logique d’escalade iranienne envers les monarchies du Golfe devient nettement plus complexe dès lors que derrière l’Arabie saoudite se tiennent Ankara et Islamabad.
Israël aussi doit revoir ses calculs. Le Pakistan n’entretient aucune relation diplomatique avec Israël, les relations entre Ankara et Israël sont fortement dégradées, et l’Arabie saoudite cherche manifestement à élargir sa marge de manœuvre sécuritaire. Le pacte ne vise officiellement aucun État en particulier. C’est précisément cette ouverture qui le rend stratégiquement intéressant: il produit une dissuasion vis-à-vis de l’Iran et limite en même temps la marge de manœuvre de la puissance militaire israélienne.
Pour l’Inde, le conflit traditionnel avec le Pakistan prend une dimension supplémentaire. Le capital saoudien et la technologie militaire turque pourraient accélérer de manière significative la modernisation de la défense antiaérienne pakistanaise, des drones, missiles et systèmes électroniques. Il n’y a même pas besoin de situation de guerre pour cela.
Moscou, lui aussi, observera de près. La Russie entretient des relations avec ces trois pays. Parallèlement, le capital saoudien pourrait accélérer l’expansion militaro-industrielle de la Turquie – et ainsi accroître le poids d’Ankara partout où les intérêts russes et turcs se croisent déjà: dans le Caucase, en Asie centrale et au-delà.
L’enjeu historique est donc plus profond. Ici se dessine la silhouette d’une architecture sécuritaire musulmane autonome: l’argent de Riyad, l’industrie de défense et la portée militaire d’Ankara, les forces armées et la capacité de dissuasion nucléaire d’Islamabad.
Et ce message s’adresse aussi à Washington. Les puissances régionales commencent à organiser davantage leur propre sécurité et à réduire leur dépendance aux garanties américaines.
La Mecque montre la direction que prend le monde: vers des centres de pouvoir concurrents, qui organisent de plus en plus eux-mêmes leurs intérêts, leur armement et leur dissuasion.
#geopolitique@global_affairs_byelena
14:52 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : actualité, moyen orient, turquie, arabie saoudite, pakistan, géopolitique |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook
Ormuz: la bataille du détroit se joue désormais en dollars et en polices d’assurance

Ormuz: la bataille du détroit se joue désormais en dollars et en polices d’assurance
Elena Fritz
Source: https://t.me/global_affairs_byelena
L’affrontement décisif autour du détroit d’Ormuz se déplace. Il ne s’agit plus seulement de savoir qui peut contrôler militairement le détroit. Il s’agit désormais de savoir qui peut encore autoriser, financer et assurer le commerce qui y transite. C’est précisément ici que la puissance de l'Iran sur la voie maritime et la puissance anglo-américaine sur le système financier s’affrontent directement.
Téhéran exige, selon les modèles actuellement discutés, des droits de passage allant de cinq à sept pour cent de la valeur des marchandises; Oman envisage environ trois pour cent. Parallèlement, un projet de loi est à l’étude au Parlement iranien, qui interdirait le passage aux navires américains, israéliens et autres jugés « hostiles », et sanctionnerait les infractions par des amendes pouvant aller jusqu’à 20% de la valeur de la cargaison. Cette loi n’a pas encore été adoptée, et le régime définitif pour le détroit d’Ormuz n’est pas encore fixé.
Mais même un accord politique sur le passage ne résout pas le problème de fond. Un armateur qui paie une autorité iranienne peut se retrouver en conflit avec les sanctions américaines. En même temps, la Lloyd’s Market Association a créé une nouvelle clause-type, selon laquelle la couverture d’assurance peut être annulée en cas de droits de transit, si cette clause figure dans la police. Le capitaine pourrait donc être autorisé à passer, tandis que la banque, l’assureur et la législation sur les sanctions pourraient immobiliser le navire sur le plan économique.
Cela débouche sur une épreuve de force remarquable: l’Iran contrôle la géographie. Washington contrôle l’accès à l’infrastructure du dollar. Londres dispose d’un levier central sur le marché mondial de l’assurance maritime. Pour l’armateur, cela crée un triangle absurde. Il peut refuser les conditions iraniennes et prendre un risque de sécurité considérable. Ou il paie, et risque des sanctions, le gel de ses avoirs ou la perte de son assurabilité.

La réalité de ce risque se reflète déjà dans les mouvements des navires. Le 5 août, selon Kpler, seuls deux navires ont franchi le détroit d’Ormuz; la veille, ils étaient huit. Avant le début de la guerre, le 28 février, ce chiffre était habituellement de 130 à 140 par jour. Au Bab el-Mandeb, le trafic est passé le même jour de vingt navires à un seul. Les Houthis ont également revendiqué des attaques contre deux pétroliers saoudiens près de Yanbu et dans le golfe d’Aden; l’Arabie saoudite n’a pas confirmé ces frappes. Pour le marché, la simple possibilité crédible d’une attaque suffit désormais. Les armateurs n’ont pas besoin d’attendre qu’un pétrolier soit coulé pour modifier leurs routes.
C’est stratégiquement beaucoup plus dangereux qu’un simple blocus. Ormuz et Bab el-Mandeb sont deux charnières de l’approvisionnement énergétique entre le golfe Persique, l’océan Indien, la mer Rouge et la Méditerranée. Si les deux ne fonctionnent plus qu’avec un risque accru, une guerre régionale se mue en problème de transport mondial. Le Brent est repassé au-dessus de 83 dollars le 7 août. Et c’est là que commence la phase vraiment intéressante.
Un règlement durable pour Ormuz nécessite soit un système de paiement compatible avec les sanctions, soit une architecture d’assurance couvrant de tels passages, soit un renoncement iranien aux droits de passage. À défaut, une forte incitation apparaît qui vise à créer des structures alternatives de paiement, d’assurance et de commerce en dehors du système occidental existant.
C’est précisément là que réside le risque à long terme pour Washington et Londres. Les sanctions fonctionnent tant que presque tout le monde a besoin d’accéder au même espace financier et assurantiel. Mais si elles deviennent si étendues que même des voies négociées politiquement deviennent quasi inutilisables sur le plan économique, l’incitation à mettre en place des systèmes parallèles ne cesse de croître.
Pour l’Allemagne, cela signifie à son tour: coûts énergétiques, de fret et d’assurance plus élevés pourraient se répercuter ici, alors que Berlin ne contrôle ni Ormuz, ni la politique de sanctions de Washington, ni le marché de l’assurance à Londres. Les coûts et risques sont internationalisés, mais les leviers décisifs demeurent ailleurs.
Ormuz est donc plus qu’un simple détroit. C’est ici que se décide si, dans le commerce mondial à venir, le contrôle de la voie maritime s'avèrera le plus puissant – ou bien le contrôle de l’argent avec lequel son passage est payé et assuré.
Et si ces deux ordres de puissance n’admettent plus aucun compromis, il n’en résultera pas le retour à un ancien ordre, mais l’émergence d’un second.
#geopolitique@global_affairs_byelena
14:32 Publié dans Actualité, Géopolitique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : détroit d'ormuz, moyen-orient, golfe persique, géopolitique |
|
del.icio.us |
|
Digg |
Facebook

